De Vincent-Marie Thomas, prêtre et docteur en philosophie, sur 1000 raisons de croire :

1033 – 1109
Saint Anselme : réformateur et penseur de la foi
Anselme est moine puis abbé de l’abbaye du Bec (au Bec-Hellouin, en Normandie) dont l’école de théologie fondée par Lanfranc est alors célèbre. En 1093, il est appelé par le roi d’Angleterre Guillaume le Roux à devenir archevêque de Cantorbéry, c’est-à-dire primat d’Angleterre. Il voit dans cette charge le moyen de mettre en œuvre outre-Manche la réforme grégorienne, qui rétablit la discipline dans l’Église et réduit le contrôle des pouvoirs politiques sur elle. Anselme est surtout connu pour l’œuvre à laquelle il a consacré sa vie : chercher à comprendre rationnellement, c’est-à-dire par l’exercice de l’intelligence humaine, ce que la Révélation chrétienne enseigne aux hommes.
Les raisons d'y croire
- Saint Anselme naît en 1033 dans une famille fortunée et puissante. Formé par les bénédictins d’Aoste pour devenir clerc, il hésite pourtant encore sur le parti à prendre : reviendra-t-il sur ses terres pour mener une vie de patricien, ou choisira-t-il de se donner à Dieu ? Et, s’il devient moine, sera-t-il ermite ou cénobite ? Venu demander conseil à Maurille, archevêque de Rouen, il reçoit cette réponse : entrer à l’abbaye du Bec, récemment fondée par Herluin. Anselme choisit alors de renoncer à une existence aisée et honorable pour suivre le Christ pauvre et pénitent.
- L’enseignement dispensé au Bec est particulièrement complet. Outre le trivium et le quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie et musique), les élèves y reçoivent aussi des cours d’histoire, de philosophie, de morale, de médecine ou encore de droit, canon et romain. Cette ampleur de la formation explique qu’on ait pu dire plus tard, par la voix de Bernard de Chartres : « Nous sommes des nains assis sur des épaules de géants. Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux » (Jean de Salisbury, Metalogicon, 3, 4, 46).
- Credo ut intellegam : « Je crois afin de comprendre. » Cette formule de saint Anselme résume bien sa démarche. La philosophie, entendue comme recherche de la vérité sur l’homme, sur le sens de sa vie et sur ses aspirations les plus hautes, a largement progressé grâce à la Révélation chrétienne. L’immortalité de l’esprit, le libre arbitre, la personne humaine ou l’unicité divine sont des thèmes qui appartiennent en propre à la philosophie, mais que la foi chrétienne a permis d’éclairer avec plus d’acuité et de profondeur. « Le contenu de la philosophie chrétienne est donc le corps des vérités rationnelles qui ont été découvertes, approfondies ou simplement sauvegardées grâce à l’aide que la Révélation a apportée à la raison » (Étienne Gilson, L’Esprit de la philosophie médiévale, Vrin, 1998, page 30). Chez saint Anselme, la foi ne dispense donc pas de penser : elle aide l’intelligence à aller plus loin.
- Le Monologion est un essai sur la connaissance de l’existence de Dieu. À la suite d’Augustin d’Hippone, Anselme y développe des arguments logiques et nécessaires à partir des témoignages du monde sensible. Le texte prend la forme d’un monologue, d’où son titre. Dans cet ouvrage, un homme, ignorant ou sceptique à l’égard de la Révélation chrétienne, chemine vers Dieu en demeurant dans le strict domaine de la raison seule.
- Dans le Proslogion, Anselme cherche à élaborer une démonstration de l’existence de Dieu qui soit unique et autosuffisante. C’est ce qu’on appellera plus tard l’« argument ontologique » : tous conviennent que le concept de Dieu est celui dont on ne peut rien concevoir de plus grand. Or, il est plus grand d’exister réellement que seulement dans l’esprit de celui qui en conçoit l’idée. Saint Anselme poursuit ainsi son effort pour comprendre rationnellement ce que la foi confesse.





