Jean-François Mangin résume, dans la notice reprise ci-dessous, l'apport de saint Benoît. Il rejoint notre concitoyen Léo Moulin, agnostique, qui avait une immense admiration pour la Règle de saint Benoît, véritable modèle d'équilibre. Benoît nous est proche : n'a-t-il pas vécu dans une époque de décomposition, celle qui suivit la chute de l'empire romain, et n'a-t-il pas, en ces temps troublés, jeté les bases d'une civillisation nouvelle dont les abbayes seront les noyaux? C'est ce qui lui a valu d'être proclamé patron de l'Europe. Cela devrait nous inciter, plutôt qu'à nous lamenter sur tous les symptômes de la décrépitude actuelle, à tourner le dos à ce qui meurt sous nos yeux pour semer de nouveaux germes de vie...
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Saint Benoît, père de l'Europe chrétienne
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Benoît, père des moines d'Occident (11 juillet)
Lors de l'audience générale du mercredi 9 avril 2008, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à l'évocation du père des moines d'Occident : saint Benoît de Nursie :Chers frères et sœurs,
Je voudrais parler aujourd'hui de saint Benoît, fondateur du monachisme occidental, et aussi Patron de mon pontificat. Je commence par une parole de saint Grégoire le Grand, qui écrit à propos de saint Benoît: "L'homme de Dieu qui brilla sur cette terre par de si nombreux miracles, ne brilla pas moins par l'éloquence avec laquelle il sut exposer sa doctrine" (Dial. II, 36). Telles sont les paroles que ce grand Pape écrivit en l'an 592; le saint moine était mort à peine 50 ans auparavant et il était encore vivant dans la mémoire des personnes et en particulier dans le florissant Ordre religieux qu'il avait fondé. Saint Benoît de Nursie, par sa vie et par son œuvre, a exercé une influence fondamentale sur le développement de la civilisation et de la culture européenne. La source la plus importante à propos de la vie de ce saint est le deuxième livre des Dialogues de saint Grégoire le Grand. Il ne s'agit pas d'une biographie au sens classique. Selon les idées de son temps, il voulut illustrer à travers l'exemple d'un homme concret - précisément saint Benoît - l'ascension au sommet de la contemplation, qui peut être réalisée par celui qui s'abandonne à Dieu. Il nous donne donc un modèle de la vie humaine comme ascension vers le sommet de la perfection. Saint Grégoire le Grand raconte également dans ce livre des Dialogues de nombreux miracles accomplis par le saint, et ici aussi il ne veut pas raconter simplement quelque chose d'étrange, mais démontrer comment Dieu, en admonestant, en aidant et aussi en punissant, intervient dans les situations concrètes de la vie de l'homme. Il veut démontrer que Dieu n'est pas une hypothèse lointaine placée à l'origine du monde, mais qu'il est présent dans la vie de l'homme, de tout homme.
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La romancière Sigrid Undset bientôt canonisée ?
D'OSV News ?
La cause de la canonisation de la romancière Sigrid Undset devrait être inaugurée cet automne.
Détail de la couverture de l'édition de luxe Penguin Classics de « Kristin Lavransdatter » de Sigrid Undset, dont la cause de canonisation devrait s'ouvrir cet automne. (Photo OSV News)(OSV News) — Des préparatifs sont en cours en Norvège pour ouvrir une cause de canonisation pour la romancière lauréate du prix Nobel Sigrid Undset, a annoncé l'évêque Fredrik Hansen d'Oslo le 8 juillet.
Des préparatifs sont en cours en Norvège en vue de l'ouverture d'une cause de canonisation pour la romancière Sigrid Undset, lauréate du prix Nobel, a annoncé l'évêque d'Oslo, Fredrik Hansen, le 8 juillet 2026. Undset est représentée sur un portrait non daté. (Photo OSV News/Aage Remfeldt/Aage Rasmussen via Wikipedia Commons, domaine public) « Elle est bien plus qu'une auteure et une lauréate du prix Nobel. Pour nous, elle est un modèle de foi chrétienne, d'une vie vécue dans la vertu et dans la recherche de la sainteté », a déclaré l'évêque Hansen à propos d'Undset lors d'une messe où il a fait cette annonce.
« Elle a toujours manifesté une préoccupation concrète et constante pour les pauvres. Elle s'est dévouée corps et âme à sa fille, à la vie et à son caractère sacré. À travers ses nombreux ouvrages, elle a marqué d'innombrables croyants, les a inspirés à vivre en Christ et a témoigné de nos saints du Moyen Âge », a-t-il déclaré, selon un communiqué de presse .
Auteur de «Kristin Lavransdatter»
Née au Danemark en 1882 et ayant grandi en Norvège, Undset est surtout connue pour son roman « Kristin Lavransdatter », une trilogie retraçant la vie de son héroïne au Moyen Âge. Ce roman lui valut le prix Nobel de littérature en 1928, « principalement pour ses descriptions saisissantes de la vie nordique au Moyen Âge », selon l'organisation Nobel.
Ses recherches sur le catholicisme médiéval l'ont amenée à se convertir au catholicisme en 1924, et en 1928, elle est entrée dans le Tiers-Ordre dominicain. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s'est réfugiée à New York, où elle a publiquement milité pour la résistance norvégienne au nazisme. Elle est retournée en Norvège après la fin de la guerre en 1945 et est décédée en 1949 à Lillehammer.
Avant de rendre publique l'initiative, Mgr Hansen l'a présentée à la Conférence des évêques nordiques, qui regroupe les évêques du Danemark, de Finlande, d'Islande, de Norvège et de Suède, ainsi que des spécialistes de la vie d'Undset. Sa cause de canonisation sera officiellement ouverte cet automne, a-t-il précisé.
« Un modèle de vie en Christ »
L'évêque Hansen a annoncé la nouvelle lors d'une messe célébrée en l'honneur de la fête de sainte Sunniva dans les ruines du monastère bénédictin de Selja, île considérée comme le berceau du christianisme norvégien et siège de son premier diocèse. Selon la légende, sainte Sunniva, reine chrétienne du Xᵉ siècle, aurait fui l'Irlande pour échapper à un mariage forcé avec un tyran et serait morte à Selja, lieu depuis lors duquel des miracles auraient été attribués.
L'évêque Fredrik Hansen d'Oslo, en Norvège, est photographié ici (photo non datée). (Photo OSV News/avec l'aimable autorisation du séminaire et de l'université Sainte-Marie) « À l’instar de sainte Sunniva et de ses compagnes, Sigrid Undset doit elle aussi être pour nous un modèle de vie en Christ », a déclaré l’évêque Hansen. Il a encouragé les fidèles à prier pour le travail accompli par le diocèse en sa faveur.
Une fois la cause officiellement ouverte, Undset recevra le titre de « servante de Dieu ». Si sa cause progresse, elle recevra du pape le titre de « vénérable » en reconnaissance de sa vie d'héroïque vertu chrétienne. Un miracle reconnu, attribué à son intercession, sera alors normalement requis pour sa béatification, et un second miracle reconnu pour sa canonisation.
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La foi "pathologisée" : une terrible épée de Damoclès sur la liberté de conscience pour les temps qui viennent ?
De Laurent Dandrieu dans Valeurs Actuelles (1/7/2026) via le site "Pour une école libre au Québec" :
De la pathologisation de la religion
Pour certains, toute foi religieuse fervente tend à être vue comme une névrose. D’où la tentation d’un contrôle liberticide sur l’éducation des enfants. Un texte de Laurent Dandrieu dans Valeurs actuelles du 1er juillet 2026.
C’est assurément un bon choix qu’a fait cette année le Festival de Cannes en donnant sa palme d’or à Fjord, de Cristian Mungiu, non seulement parce que ce film, dont l’action se passe en Norvège à l’approche de Noël, est climatiquement rafraîchissant, mais parce que le cinéaste roumain, comme à son habitude, réussit à faire réfléchir à un sujet primordial sans imposer de réponse. Ce n’est pas le lieu ici de parler des qualités cinématographiques de l’œuvre — nous y reviendrons quand il sortira en salle, à la mi-août —, mais de voir comment il peut nous éclairer sur un phénomène inquiétant, qui n’est pas sans lien avec l’actualité française.
Posons d’abord le cadre du récit: il est centré sur une famille composée d’un époux roumain et de son épouse norvégienne, qui ont récemment quitté la Roumanie pour venir vivre en Norvège, plus près des grands-parents maternels de leurs cinq enfants. Une famille chrétienne fervente, où les enfants sont élevés de manière aimante, mais dans un cadre strict — lectures bibliques, prière quotidienne obligatoire, ni téléphones ni réseaux sociaux. Ces restrictions si éloignées des normes de la société libérale avancée norvégienne deviennent des circonstances aggravantes lorsque, des bleus ayant été découverts sur l’aînée, les parents sont accusés de brutalités physiques sur leur progéniture — eux reconnaissent seulement des petites tapes sur les fesses quand les enfants étaient plus petits.
Dans le procès qui s’ensuit, le représentant de l’état, loin de se concentrer sur ces éventuelles violences, ne dissimule pas son hostilité aux valeurs religieuses de ce couple — le simple fait d’adhérer à une conception de la “famille traditionnelle” consistant en l’union d’un homme et d’une femme étant clairement une circonstance aggravante, et la non-adhésion à la théorie du genre devenant, pour ce progressisme d’état, le signe d’une éducation rétrograde contraire aux valeurs libérales de la société norvégienne. Que l’avocate des parents, faisant remarquer qu’en entendant leur imposer ces valeurs au détriment de ce qu’ils veulent transmettre à leurs enfants, la société se montre en réalité assez peu libérale, pose une argumentation ponctuellement efficace, mais dont on sent bien qu’elle est amenée à devenir politiquement de plus en plus fragile.
Cristian Mungiu a, certes, donné une puissance dramatique supplémentaire à son récit en confrontant une famille de culture roumaine au puritanisme post-luthérien scandinave. Mais comment ne pas penser, devant ce Fjord, à la France et à la tentation qui s’y fait jour, de plus en plus nettement, d’instrumentaliser l’indispensable lutte contre les violences faites aux enfants pour exercer un contrôle liberticide sur le droit des parents à éduquer leurs enfants selon leurs conceptions et à leur transmettre les valeurs auxquelles ils sont attachés? De la récente proposition de loi “Bétharram” aux contrôles agressifs multipliés dans les écoles hors contrat, en passant par une pression administrative contre l’école à la maison qui confine souvent à l’interdiction de fait, on assiste bel et bien à une offensive en règle pour faire entrer l’enseignement privé dans le giron des sacro-saintes “valeurs de la République”.
Et ce d’autant plus que ces “valeurs de la République”, référent fluctuant auquel on peut faire dire à peu près tout ce que l’on veut, sont pour certains enragés de la laïcité totalement incompatibles avec toute conviction religieuse, a fortiori si celle-ci emprunte une forme un peu conséquente. Il y a longtemps déjà que, dans les colonnes du Monde et de Libération, tout catholique prenant sa foi un peu au sérieux est qualifié sans autre forme de procès de “traditionaliste” ou d’“intégriste”, ce qui pour cette presse est synonyme de “sectaire”. Et que, dans les médias de service public et les discours d’une certaine gauche, toute manifestation de foi engagée est assimilée à un fanatisme contraire à la raison.
Fjord a le grand mérite d’attirer notre attention sur cette pathologisation de la foi, malheureusement appelée à devenir, dans les années qui viennent, une terrible épée de Damoclès sur la liberté de conscience.Lien permanent Catégories : Actualité, Culture, Enseignement - Education, Films, Foi, Politique, Société 0 commentaire -
"Suscepimus, Deus, misericórdiam tuam in médio templi tui" (Introït du 14e dimanche du TO)
Introitus Introït Ps. 47, 10-11 SUSCÉPIMUS, Deus, misericórdiam tuam in médio templi tui: secúndum nomen tuum, Deus, ita et laus tua in fines terrae: iustítia plena est déxtera tua. Ps. ibid., 2 Magnus Dóminus, et laudábilis nimis: in civitáte Dei nostri, in monte sancto eius. ℣. Glória Patri. Nous avons reçu, ô Dieu, Ta miséricorde au milieu de Ton temple : comme Ton nom, ô Dieu, Ta louange s’étend jusqu’aux extrémités de la terre, Ta droite est pleine de justice. Ps. Le Seigneur est grand et très digne de louange : dans la cité de notre Dieu, sur Sa sainte montagne. -
Pourquoi la Révolution américaine a apporté la liberté — et la Révolution française, la terreur
De Solène Tadié sur le NCR :
Pourquoi la Révolution américaine a apporté la liberté — et la Révolution française, la terreur
COMMENTAIRE : L’expérience de Lafayette et d’autres vétérans de la guerre d’indépendance américaine explique pourquoi beaucoup en sont venus à considérer la Révolution française comme l’antithèse de la liberté qu’ils avaient défendue de l’autre côté de l’Atlantique.

« Serment de La Fayette à la Fête de la Fédération », Inconnu, ca. 1790-91, Musée Carvavalet, Paris (photo : Domaine Public) « L’humanité a obtenu gain de cause. La liberté ne sera plus jamais sans asile. »
Lorsque le marquis de Lafayette écrivit ces mots en 1781, peu après la victoire de l'armée continentale à Yorktown, il pensait avoir assisté à un événement que le reste du monde imiterait : un peuple se libérant de la tyrannie pour se gouverner comme il l'avait toujours souhaité.
En moins de dix ans, ce Français serait contraint à l'exil de sa patrie, qui se déchirait au nom des idéaux mêmes que son exemple avait contribué à inspirer, et passerait des années dans une prison autrichienne.
Le 250e anniversaire de l'indépendance américaine est l'occasion de célébrer la longue amitié franco-américaine. Mais c'est aussi l'opportunité d'aborder une question absente des commémorations officielles : les révolutions américaine et française étaient-elles véritablement des événements de même nature, séparés seulement par le temps et l'espace ?
Ceux qui ont vécu ces deux événements connaissaient la réponse. Nombre d'officiers français envoyés par le roi Louis XVI outre-Atlantique combattre aux côtés des insurgés coloniaux se retrouvèrent de l'autre côté des barricades lorsque la révolution éclata dans leur propre pays (1789-1799) : traqués, emprisonnés et exécutés par un régime qui se proclamait l'héritier légitime de la liberté pour laquelle ils avaient combattu en Amérique.
Révolutions politiques contre révolutions idéologiques
« Comparer les deux révolutions est une erreur », a déclaré au Register l’historien Reynald Sécher, l’un des plus éminents spécialistes français des mouvements contre-révolutionnaires et auteur de *Le génocide français : la Vendée* . « La Révolution américaine avait pour seul but de s’affranchir de la tutelle du roi d’Angleterre, une tutelle qui s’exprimait presque exclusivement par le biais d’obligations fiscales. Fondamentalement, les insurgés ne remettaient pas en cause la nature même de la société. »
La France, c'était une toute autre histoire, a déclaré Sécher.
« Les révolutionnaires avaient un programme précis », expliqua-t-il, « qui consistait à détruire la monarchie de droit divin et la société traditionnelle et ordonnée, pour les remplacer par un monde nouveau, un ordre nouveau, un homme nouveau. »
Il soutenait, en outre, que la Révolution américaine était de nature politique – visant à rompre avec une couronne lointaine qui avait abusé de ses droits – tandis que la Révolution française était purement idéologique. Selon Sécher, il s'agissait d'un projet de transformation fondamentale qui s'attaquait à tout ce qui échappait à son contrôle, y compris la foi du peuple.
La Constitution civile du clergé, la persécution systématique des prêtres résistants et la déchristianisation forcée de régions entières n'étaient pas de simples excès de ce mouvement, insistait Sécher, mais son corollaire naturel. Cette campagne contre la foi catholique a également abouti à l'exécution publique des seize carmélites de Compiègne pendant la Terreur, en 1794, pour avoir refusé d'abjurer leur vocation religieuse.
Le roi Louis XVI était entré en guerre aux États-Unis pour des raisons bien moins philosophiques que stratégiques ; la guerre de Sept Ans (1756-1763) avait coûté à la France son premier empire colonial, et soutenir les insurgés était une façon de régler ses comptes avec l'Angleterre.
Mais ce que les officiers envoyés outre-Atlantique découvrirent les marqua profondément. Ils rencontrèrent une société qui aspirait à l'autonomie sans pour autant bouleverser le monde dans lequel elle s'inscrivait. Les églises restaient actives et les institutions locales conservaient leur dynamisme, jouant même un rôle clé dans le processus d'indépendance. C'est cette expérience d'une liberté ordonnée et profondément enracinée que ces hommes rapportèrent chez eux. Et c'est précisément ce qui leur permit, le moment venu, de reconnaître l'inverse.
Les hommes qui connaissaient la différence
La France s'allia officiellement aux insurgés américains en 1778. Parmi les officiers déployés aux côtés des Américains figuraient plusieurs hommes qui allaient devenir par la suite des figures de proue de la résistance armée contre la Révolution française. « En réalité », notait Sécher, « la majorité des officiers de la Marine royale française rejetaient la révolution dans leur propre pays, ce qui entraîna des démissions massives et de nombreux exils. »
L'un des exemples les plus révélateurs de ce paradoxe est sans doute celui d'Armand Tuffin de La Rouërie. Noble et ami personnel du général George Washington, il s'illustra en combattant en Amérique, se forgeant une réputation de commandant courageux.
« Parlementaire et héritier d’une famille illustre, cet homme était un rebelle qui s’était soulevé contre son propre monde – le monde de la tradition – au nom de la liberté individuelle et collective », explique Sécher. « C’est avec cette logique qu’il s’est enrôlé aux côtés des insurgés américains. »
Pourtant, dès qu'il a remis le pied sur sa terre natale, une amère réalité s'est imposée à lui.
« Il comprit immédiatement que la nature de la révolution en cours était contraire au droit naturel — et que le seul véritable garant et protecteur de ce droit naturel était le roi, la monarchie de droit divin. »
Il organisa la résistance dans sa province natale de Bretagne et fonda un mouvement contre-révolutionnaire qui allait devenir la Chouannerie .
François-Athanase de Charette de la Contrie, autre vétéran des campagnes américaines, allait devenir la figure emblématique de la contre-révolution vendéenne. En 1793, cet officier de marine français fut sollicité par des paysans vendéens pour mener leur soulèvement contre une république qui fermait leurs églises et enrôlait de force leurs fils. L'armée qu'il commandait se nommait l'Armée catholique et royale.
« Il ne s’est pas battu pour la monarchie par nostalgie », a insisté Sécher, « mais parce qu’elle lui semblait le régime le mieux à même de défendre les droits naturels énoncés par le Christ, saint Thomas d’Aquin et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est ce paradoxe que ses contemporains peinent à saisir. »
Au traité de La Jaunaye en 1795, les conditions qu'il obtint pour les Vendéens étaient sans équivoque : la liberté de culte et l'exemption de la conscription – la défense des droits locaux et des libertés individuelles face à une révolution qui, selon son expérience, était synonyme de déchristianisation, de centralisation autoritaire et de conscription imposée de force aux campagnes. Il fut capturé et exécuté par les autorités républicaines en 1796.
Cette histoire reste gravée dans la mémoire collective d'une partie du pays. Au Puy-du-Fou, le célèbre parc historique vendéen où l'épopée de Charette est reconstituée chaque année devant des centaines de milliers de visiteurs, Nicolas de Villiers — dont le père, Philippe, fondateur du parc, se considère comme un héritier des combattants blancs de Vendée — conserve sur le mur de son bureau un certificat attestant que sa famille compte parmi les « Fils de la Révolution américaine ». Ce paradoxe, semble-t-il, n'a jamais nécessité d'explication.
Le verdict de Burke
Aucun contemporain n'a saisi plus clairement les enjeux qu'Edmund Burke, l'un des plus grands esprits de son temps, dès 1790. L'homme d'État et philosophe irlandais, qui avait défendu avec passion les colons américains au Parlement britannique — tout en s'opposant à leur indépendance totale —, était consterné par ce qu'il voyait se dérouler en France, considérant la révolution comme la fin de la chevalerie et l'extinction de la gloire de l'Europe.
Comme il l'écrivait dans sa brochure « Réflexions sur la Révolution de France », les révolutionnaires, contrairement aux Américains, mettaient en péril leur postérité en ne préservant pas l'héritage de leurs ancêtres. Burke exprimait avec force et clarté ce que des figures telles que La Rouërie et Charette avaient déjà compris par l'expérience du terrain.
« Tu as mal commencé », écrivait-il, « parce que tu as commencé par mépriser tout ce qui t’appartenait. Tu as établi ton commerce sans capital. »
Pour Burke, la liberté détachée de toute contrainte morale devenait inévitablement destructrice : « Il est inscrit dans la constitution éternelle des choses que les hommes à l’esprit intempérant ne peuvent être libres. Leurs passions forgent leurs chaînes. »
Ces réflexions restent tout aussi pertinentes 250 ans plus tard.
Ce qui distinguait la Révolution américaine de la Révolution française, c'était avant tout une conception de la liberté que les sociétés occidentales sont aujourd'hui contraintes de reconsidérer : l'idée que la liberté sans racines, sans héritage et sans ordre moral n'est qu'un prélude à la tyrannie.
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Nunc scio vere (Introït pour la fête des saints Pierre et Paul)
Introitus Introit Act. 12, 11 Act. 12,11 NUNC scio vere, quia misit Dóminus Angelum suum: et erípuit me de manu Heródis, et de omni exspectatióne plebis Iudæórum. Ps. 138, 1-2 Dómine, probásti me, et cognovísti me: tu cognovísti sessiónem meam, et resurrectiónem meam. ℣. Glória Patri. Maintenant, je reconnais d’une manière certaine que le Seigneur a envoyé Son ange : qu’Il m’a arraché de la main d’Hérode et à toute l’attente du peuple juif. Ps. 138, 1-2. Seigneur, Tu m'as sondé, et Tu me connais : Tu sais quand je m’assieds, et quand je me lève. Les pièces grégoriennes de la fête des saints Pierre et Paul (Una Voce)
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Omnes gentes plaudite manibus (Introït du 13e dimanche du TO)
Introitus Introït Ps. 46, 2 OMNES gentes, pláudite mánibus: iubiláte Deo in voce exsultatiónis. Ps. ibid., 3 Quóniam Dóminus excélsus, terríbilis: Rex magnus super omnem terram. ℣. Glória Patri. Nations, battez toutes des mains ; célébrez Dieu par des cris d’allégresse. Ps. Car le Seigneur est très haut et terrible, roi suprême sur toute la terre. ℣. Gloire au Père. -
Il y a cinquante ans, Pierre Chaunu, historien visionnaire, annonçait notre présent
Pierre Chaunu (1923-2009) est de ces historiens qu’on a trop souvent lu en diagonale, ou seulement pour ses travaux monumentaux sur Séville et l’Atlantique et l’histoire quantitative, alors qu’il avait une profondeur anthropologique, démographique et civilisationnelle particulièrement aiguë, surtout dans ses derniers livres et ses interventions publiques.
Il insistait beaucoup sur :
- La continuité comme essence de l’histoire (« l’essentiel s’appelle permanence ») face à l’écume du changement perpétuel.
- La démographie comme révélateur ultime du moral d’une civilisation (il parlait très tôt de « déchristianisation » et de « suicide démographique » de l’Europe).
- Le rôle central du christianisme dans la genèse de l’Occident moderne, et le vide spirituel et anthropologique qu’a laissé son recul.
- Une vision tragique mais lucide de l’Histoire : l’homme n’est pas maître absolu de son destin, les structures profondes (démographie, croyances, cadres mentaux) pèsent lourdement.
Beaucoup de ses mises en garde des années 70-90 sur la dénatalité, la perte de sens, le rapport au temps long, sonnent aujourd’hui avec une force presque prophétique.
Pour lui, la démographie n’est pas un simple indicateur économique ou statistique parmi d’autres : elle constitue le révélateur ultime du moral d’une civilisation, de sa vitalité profonde, de son rapport à la vie, à l’avenir et à la transcendance. Contrairement aux événements spectaculaires (guerres, crises), le déclin de la natalité est insidieux : il ne fait pas de « cadavres visibles », il est un « refus de la vie » silencieux.
Contexte historique et comparaison
Chaunu arrive à cette conviction par son travail sur l’Amérique espagnole (surtout Séville et l’Atlantique). Il observe le choc démographique colossal post-Conquête : la population amérindienne s’effondre (estimations très débattues, de ~80 millions à une fraction en quelques décennies), en grande partie à cause des maladies, mais aussi des ruptures culturelles et spirituelles. Cela lui montre que les civilisations peuvent mourir par implosion démographique, pas seulement par conquête extérieure.
En Europe, il contraste cela avec la vitalité médiévale : le « monde plein » du XIIIe siècle, avec une forte densité, des défrichements massifs, des clochers partout. L’Église y joue un rôle ambivalent : elle promeut le mariage tardif pour réguler la pression sur les ressources, ce qui finit par internaliser une certaine méfiance vis-à-vis de la chair et du plaisir, selon lui.
La « peste blanche » et le suicide démographique
Dans Le Refus de la vie (1975) et surtout La Peste blanche : comment éviter le suicide de l’Occident (1976, avec Georges Suffert), Chaunu alerte sur le retournement brutal de la fécondité européenne après le baby-boom. Il parle explicitement de « suicide » parce que :
- C’est un choix collectif inconscient, porté par l’individualisme hédoniste, la société de consommation, la sécularisation.
- La pilule (1960) et la légalisation de l’avortement (1975 en France) accélèrent le phénomène.
- Le « refus de l’enfant » révèle un rapport altéré au temps et à la mort : l’enfant incarne l’avenir et rappelle la finitude. Une société qui ne veut plus d’enfants est une société qui ne veut plus se projeter au-delà d’elle-même.
Citation emblématique :
« La dénatalité, pour un homme quelconque, est comme la peste et la guerre, de l’ordre du destin. [...] La peste et la guerre font des morts, le refus de la vie ne fait rien. Les premiers se voient, le second ne se voit pas. »
Lien avec la déchristianisation
Chaunu, protestant engagé, voit une corrélation profonde entre le recul du christianisme et ce suicide démographique. Le christianisme avait fourni :
- Une sacralisation de la vie et de la famille.
- Un « transfert eschatologique » vers les valeurs laïques (Lumières, République) qui avait maintenu un temps la vitalité.
- Une vision de l’homme comme créature responsable devant Dieu et l’avenir.
Avec la déchristianisation (qu’il observe déjà dans les mentalités du XVIIIe siècle, via les travaux comme ceux de Vovelle qu’il a encadrés), ce cadre s’effondre. La société devient « stérile » spirituellement et biologiquement : culte de l’adolescent/consommateur immédiat, rejet de la transmission, égoïsme temporel. Il note que « le racisme est une fleur qui pousse dans la famille trop réduite » — les sociétés vieillissantes et atomisées deviennent plus craintives face à l’Autre.
Actualité de Chaunu
Dès les années 1970, il prédit l’« hiver démographique » européen, la pyramide des âges inversée, les tensions migratoires et identitaires qui en découlent. Il ne cesse de répéter que la démographie est la prospective par excellence : plus fiable que les indicateurs économiques.
Ses analyses restent discutées (certains lui reprochent un ton alarmiste ou une lecture trop « civilisationniste »), mais les chiffres lui donnent rétrospectivement raison sur l’ampleur du déclin de la fécondité autochtone en Europe.
La Peste blanche (1976).
Ce livre est un dialogue entre Pierre Chaunu (l’historien) et Georges Suffert (le journaliste). Il s’inscrit dans la continuité de Le Refus de la vie (1975) et prend la forme d’une enquête vive, alerte, parfois prophétique. Il ne s’agit pas d’un traité académique lourd mais d’un cri d’alarme accessible, structuré autour du contraste entre le passé vital de l’Occident et son présent suicidaire.
Le concept central : la « peste blanche »
Chaunu oppose deux fléaux :
- Les pestes traditionnelles (Noire, etc.) : visibles, bruyantes, dramatiques, avec cadavres, cloches, quarantaines. Elles tuent brutalement mais laissent des survivants qui reconstruisent.
- La peste blanche : invisible, indolore, silencieuse. Elle ne fait pas de « morts visibles » immédiatement. C’est le refus de la vie, le déclin volontaire de la natalité, l’indifférence à la transmission.
Citation clé (extraite des présentations du livre) :
« Lorsque autrefois la peste s’abattait sur une ville […], chacun en était averti par la rumeur, les cloches, les grands feux […]. La peste blanche, au contraire, est invisible, apparemment indolore. Pourtant à court terme, elle est tout aussi dramatique que les pestes d’autrefois. »
Qu’est-ce que cette peste ?
- La désespérance (perte de sens et d’avenir).
- L’indifférence à la vie et à la postérité.
- Le culte du bonheur immédiat (hédonisme consumériste).
- Le mépris de l’histoire et de l’avenir (présentisme).
Conséquence directe : le suicide démographique de l’Occident.
Analyse historique et causes
Chaunu mobilise son expertise (notamment sur l’Amérique latine post-Conquête) pour montrer que les civilisations peuvent s’effondrer par implosion interne plus que par choc externe. Il relie cela à :
- La déchristianisation progressive : le christianisme avait sacralisé la vie, la famille, la transmission. Son recul laisse un vide anthropologique.
- L’individualisme moderne et la société de consommation qui font de l’enfant un « coût » plutôt qu’une bénédiction et un projet.
- Les évolutions techniques (pilule, avortement) qui accélèrent un mouvement déjà entamé dans les mentalités.
- Un rapport altéré au temps : l’Occident, qui avait inventé le progrès et la projection dans l’avenir, se replie sur l’instant.
Il parle d’un « refus de la vie » collectif, inconscient, qui n’est pas perçu comme tel par les individus (« pour un homme quelconque, la dénatalité est […] de l’ordre du destin. […] Le refus de la vie ne fait rien. Les premiers [peste/guerre] se voient, le second ne se voit pas »).
Structure et ton
Le livre alterne :
- Diagnostic historique (« jadis », « naguère »).
- Analyse du présent (« aujourd’hui »).
- Perspectives d’« avenir retrouvé » (propositions pour inverser la tendance).
Chaunu et Suffert sont décrits comme optimistes par tempérament, mais lucides. Ils ne se contentent pas de déplorer : ils cherchent des voies de redressement (retour à un certain sens du sacré, valorisation de la famille, prise de conscience collective).
Actualité en 2026
Écrit il y a cinquante ans, le livre a vu ses prédictions confirmées de manière spectaculaire : fécondité européenne durablement sous le seuil de remplacement, vieillissement accéléré, dépendance migratoire croissante, tensions identitaires et économiques liées à la pyramide des âges inversée. Chaunu y voyait déjà le risque d’une « résignation anticipée devant les asservissements possibles ».
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Voilà pourquoi le départ des Jésuites est une perte pour Liège
De Kathleen Wuyard-Jadot sur Boulettes Magazine :
Pourquoi le départ des Jésuites est une perte pour Liège
16 juin 2026Après plus de 450 ans de présence ininterrompue dans la Cité ardente, les Jésuites quittent Liège cette année. Plus que le départ d’une communauté religieuse, c’est une page majeure de l’histoire éducative, intellectuelle et sociale liégeoise qui se tourne. Leur absence prive en effet la ville d’un héritage vivant, qui a contribué à former des générations d’élèves, d’enseignants, d’ingénieurs et de citoyens.
C’est que les Jésuites étaient présents à Liège depuis 1569. Mille cinq cent soixante-neuf, vous imaginez ? Quelques décennies seulement après la fondation de la Compagnie de Jésus par Ignace de Loyola, ils s’implantent en principauté, où ils développent rapidement une œuvre éducative d’envergure. Dès 1582, ils fondent le Collège en Isle, qui accueillera jusqu’à un millier d’élèves. Plus tard viendront le Collège des Anglais, le Collège Saint-Servais et le Collège Saint-Louis. L’Institut Gramme ? Encore eux, au début du XXe siècle.
Peu d’institutions peuvent revendiquer une telle continuité dans l’histoire liégeoise. Pendant près de cinq siècles, les Jésuites ont accompagné les transformations de la ville. Traversé les bouleversements politiques, les révolutions industrielles et les mutations sociales. Et ce, sans jamais abandonner leur mission première : transmettre le savoir et former la personne humaine dans toutes ses dimensions.
Disclaimer : l’auteure de ces lignes a été en première ligne pour en juger, ayant fait toutes ses humanités à Saint-Servais. Aujourd’hui encore, un lien bien plus fort qu’un CESS perdu depuis belle lurette unit ses alumni. « La mafia Saint-Servais » se rient certains, tant on se retrouve, rencarde et renseigne entre nous.
Une conception exigeante de l’éducation
Plus qu’en raison du prestige aujourd’hui terni d’une école dite d’élite, c’est parce que la contribution des Jésuites ne se mesure pas seulement au nombre d’écoles qu’ils ont fondées à Liège. Elle réside aussi dans une vision particulière de l’éducation.
Depuis le XVIe siècle, la pédagogie ignatienne repose sur une conviction forte.
L’école ne doit pas seulement transmettre des connaissances, mais aider chacun à développer son intelligence, son sens critique, sa liberté intérieure et son sens des responsabilités.
Une approche qui a inspiré des générations d’enseignants (et d’élèves) à Liège.
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La tradition éducative jésuite valorise l’excellence académique sans la dissocier de l’excellence humaine. Elle encourage la rigueur intellectuelle, certes. Mais aussi le respect de l’autre, l’écoute, la capacité de dialogue et le discernement.
Dans une société souvent marquée par la polarisation et l’immédiateté, autant dire que cette culture de la réflexion et du respect apparaît plus précieuse que jamais.
Pour et avec les autres
L’une des formules les plus connues de la tradition jésuite ? La volonté de former des « femmes et des hommes pour les autres et avec les autres ». Une expression qui dénote d’une philosophie profondément humaniste.
Les Jésuites ont en effet toujours considéré que l’éducation devait préparer les jeunes à contribuer au bien commun.
La réussite individuelle n’a de sens que si elle s’accompagne d’un souci des plus fragiles et d’une attention à la société dans laquelle chacun évolue.
Une vision qui a marqué durablement la culture de nombreuses institutions liégeoises. Et a encouragé l’engagement social, le sens du service et la responsabilité citoyenne. Bien sûr, le départ des Jésuites ne signifie pas la disparition de ces valeurs essentielles. Mais il prive la ville de ceux qui en furent pendant des siècles les porteurs directs et les témoins quotidiens. Et franchement ? Quel gâchis.
On ne citera pas de noms, on sait que certains POs ont le bras long. Mais ceux qui ont refusé de trouver un compromis pour garder les Jésuites restants ? Vous savez qui vous êtes. Et dans les mots d’une autre icône de la religion, la nonne Unella : honte, honte honte !
Liège sans Jésuites ? Un sacré vide
La capacité à créer des ponts entre la foi, la culture, la science et la société a constitué l’une des richesses de leur présence. Dans une époque où les institutions peinent parfois à dialoguer entre elles, les Jésuites représentaient une tradition de médiation intellectuelle et humaine dont Liège bénéficiait encore.
Bien sûr, les écoles fondées par les Jésuites vont continuer d’exister. Les œuvres qu’ils ont inspirées poursuivront leur mission.
Mais une institution n’est jamais plus tout à fait la même lorsqu’elle perd ceux qui lui ont donné naissance – et qui ont incarné son esprit pendant des siècles.
Oui, décidément, ce départ est une perte. Parce qu’il met fin à une présence qui reliait la ville à une histoire exceptionnelle de transmission, de culture et d’engagement. Il rappelle aussi qu’un patrimoine ne se résume pas à des bâtiments ou à des archives. Il vit à travers des femmes et des hommes qui portent une vision du monde.
Pendant plus de 450 ans, les Jésuites ont contribué à faire de Liège un lieu d’éducation, de réflexion et de service.
Leur héritage demeure. Mais leur absence laisse incontestablement un vide dans le paysage humain et intellectuel de la Cité. Et pas seulement parce que désormais, plus personne ne va patrouiller le Carré crucifix au cou sur le temps de midi pour récupérer les brebis égarées.
Au-delà de la religion, une question de patrimoine et de diversité
On vous entend, noter que gnignignagnagna, Saint-Servais, grenouille de bénitier, tout ça. Ce n’est pas déraisonnable, mais ce n’est pas non plus toute la vérité. Déjà, parce qu’en ce qui concerne l’auteure de ces lignes (toujours elle !), une de ses dernières messes date probablement de sa fin de rhéto. Comment faire mieux qu’une reprise bof réussie de One of Us en pleine église Saint-Christophe ?!
Mais plus sérieusement, regretter le départ des Jésuites ne relève pas nécessairement d’une adhésion religieuse ni même d’une pratique de la foi. La question dépasse largement le cadre confessionnel.
Elle touche au patrimoine vivant de Liège et à la diversité des institutions qui composent son identité.
Une ville s’enrichit de la coexistence d’acteurs porteurs d’histoires, de traditions et de visions différentes du monde. Et les Jésuites, bien que toujours moins nombreux au gré des années, faisaient partie de cette pluralité. Leur présence apportait une sensibilité éducative, culturelle et humaniste particulière, forgée au fil des siècles.
Dans une époque clivée, la disparition d’une telle singularité constitue une perte collective. Que l’on ait ou non la foi, difficile de nier la valeur d’un héritage qui a contribué à la richesse intellectuelle et sociale de la cité. Préserver la diversité d’une ville, c’est aussi préserver les traditions qui l’ont façonnée. Amen.
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Le christianisme, nouvelle contre-culture ? Pourquoi des jeunes hommes se tournent vers l’Église
De Liv Klingert sur The European Conservative :
Le christianisme, nouvelle contre-culture : pourquoi des jeunes hommes se tournent vers l’Église
« Les générations précédentes ont donné des réponses insuffisantes, issues de la dictature du relativisme, en affirmant : “C’est bien si c’est vrai pour toi ; mais ce n’est tout simplement pas vrai pour moi.” C’est superficiel », déclare le père Daniel Ebert Steiner.
21 juin 2026Au Royaume-Uni, un rapport controversé de 2025 — dont la méthodologie a depuis été sérieusement remise en question — fait état d’une multiplication par quatre du nombre de 18-34 ans fréquentant l’église au moins une fois par mois, 20 % des jeunes hommes de moins de 34 ans y assistant régulièrement, contre seulement 4 % il y a six ans.
Pourtant, il est encore difficile de nier un intérêt pour le christianisme et un renouveau — très discret. À Pâques 2026, 21 000 adultes et jeunes ont été baptisés en France, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2025, année qui avait déjà connu une hausse de 32 % des baptêmes par rapport à l’année précédente. À titre de comparaison, en 2021, on comptait environ 4 100 baptêmes d’adultes.
Environ 45 % des jeunes Espagnols (âgés de 15 à 29 ans) se déclarent catholiques. Cela marque un revirement spectaculaire ces dernières années, l’identification catholique chez les jeunes Espagnols ayant augmenté de près de 50 % par rapport à 2020.
Une tendance similaire s’observe au Danemark. Mais la question est la suivante : pourquoi ces jeunes hommes ont-ils commencé à fréquenter l’église ?
Pour le prêtre catholique Daniel Steiner Ebert, qui exerce au Danemark, cela s’explique par un manque de profondeur dans la vie :
« Notre société propose depuis longtemps aux gens une vie vide de sens. Le christianisme était ennuyeux ; nous l’avons essayé, alors les gens ont voulu tenter autre chose, et pendant un certain temps, tout le monde a voulu devenir bouddhiste ou adepte du New Age, tandis que d’autres se sont tournés vers le sexe, la drogue et le rock’n’roll. Mais aucune de ces choses n’apporte de profondeur. Même le bouddhisme, en tant que philosophie, offre le vide : le but est de ne faire qu’un avec le néant, ce qui entre en conflit avec la perception que l’humanité a d’elle-même, car, au fond de nous, nous savons que nous sommes plus que rien. Les gens sentent qu’on ne peut pas vivre avec l’idée du néant. Les êtres humains sont en quête ; ils sont religieux, et cela les pousse vers une rencontre avec le christianisme. »
Un sondage d’opinion a montré que la majorité des catéchumènes français s’étaient intéressés à la religion à la suite d’une épreuve de la vie ou d’une forme de maladie, tandis que d’autres avaient vécu une expérience religieuse. D’autres encore se sont tournés vers l’Église après avoir fait l’expérience de la beauté.
Le père Daniel Steiner Ebert estime que ces tendances sont l’expression d’une rébellion qui trouve ses racines dans les expériences de vie des jeunes eux-mêmes.
« Ils ont grandi auprès de parents laïques. Ils ont goûté au fruit de la laïcité et, à travers leur propre expérience, l’ont trouvé insatisfaisant. Ils appartiennent à une génération qui a été durement touchée par l’adversité. Combien d’entre eux n’ont pas été touchés par le divorce au sein de leur famille ? Nous vivons dans une société où les troubles mentaux et la santé mentale en général n’ont jamais été aussi mauvais, et la jeune génération en ressent les conséquences dans sa propre vie. »
Il ajoute que les réponses apportées par les générations précédentes à ces problèmes ne fonctionnent pas.
« Les êtres humains cherchent des réponses. Les générations précédentes ont donné de mauvaises réponses, issues de la dictature du relativisme, exprimées ainsi : c’est bien si c’est vrai pour toi ; ce n’est tout simplement pas vrai pour moi. C’est superficiel. »
Une rupture avec le progressisme
Selon le père Ebert, ce sont les jeunes hommes qui sont à l’origine de ce regain d’intérêt pour le christianisme, car le monde laïc a mené un programme d’endoctrinement remarquable ciblant les femmes. Une forme malsaine de féminisme a cherché à éradiquer les femmes et la féminité traditionnelle, et de nombreuses femmes ont été éblouies par cette idéologie et piégées par son influence, a déclaré le père Ebert.
« C’est un féminisme toxique qui s’en prend également aux hommes. Il incite les femmes à se libérer des hommes, ce qui est tout à fait contraire à l’esprit chrétien. Dieu nous dit qu’il n’est pas bon pour l’être humain d’être seul. Mais les hommes sont laissés pour compte tandis que la société adhère à l’idée que les hommes sont des porcs stupides. »
Lorsque la société s’en prend à la masculinité, de nombreux hommes se replient sur eux-mêmes et cherchent autre chose — malheureusement, parfois vers des formes extrêmes de masculinité, notamment sur Internet, incarnées par des influenceurs en ligne tels qu’Andrew Tate. Cependant, d’autres continuent à chercher et trouvent le christianisme, ajoute le prêtre.
« Le christianisme implique un amour sacrificiel — se sacrifier pour les autres. C’est là que réside la véritable masculinité. »
« C’est profondément ancré chez les hommes. Les femmes, bien sûr, font aussi des sacrifices, mais cela prend une forme différente. Les garçons adorent jouer aux gendarmes et aux voleurs ou aux soldats, où il s’agit de combattre le mal et de se sacrifier. Et c’est précisément ce vers quoi tend le christianisme : se sacrifier pour ce que l’on aime. »
Dans les milieux catholiques, un débat a lieu sur le nombre d’hommes qui se sont détournés de l’Église parce qu’elle s’est féminisée, en particulier parmi les écrivains catholiques américains. Ebert se montre réceptif à cette analyse.
« Le clergé a sans doute été influencé par la société laïque, et tous les prêtres n’ont pas eu le courage d’aller à contre-courant. Beaucoup ont davantage abordé des sujets qui ne prêtaient pas à controverse plutôt que ceux qui en suscitaient. Mais de plus en plus de prêtres de l’Église catholique commencent aujourd’hui à se rendre compte que cela ne fonctionne pas et qu’il faut dire les choses telles qu’elles sont et rester fidèle à l’Évangile. Pendant longtemps, on n’a pas osé parler de l’enfer, par exemple, alors même que c’est Jésus qui en parle le plus dans les Écritures. Jésus avait d’autres facettes que celle d’un homme doux et amoureux des fleurs. Cela a été ignoré – et c’est ainsi qu’une image incomplète du Seigneur a été prêchée –, mais peu à peu, un changement s’opère. »
Ce changement intervient alors que de nombreux jeunes manifestent un intérêt accru pour des formes plus traditionnelles de christianisme. Les jeunes sont particulièrement attirés par le catholicisme et l’orthodoxie, car ces confessions exigent davantage des croyants sous la forme de sacrements et de jeûne, ce qui séduit ceux qui recherchent davantage de discipline.
De nombreux jeunes catholiques sont enthousiastes à l’égard de la messe selon la forme extraordinaire (la messe traditionnelle en latin ou messe tridentine), et le père Ebert n’en est pas surpris.
« Cette tendance est liée à la beauté. On entend souvent dire que la beauté est relative, mais ce n’est pas vrai : elle est objective et reflète la beauté de Dieu. Personne ne contemple un coucher de soleil en se disant qu’il est affreux à regarder. La musique classique est universelle parce que la beauté est objective. Ainsi, lorsque les jeunes assistent à la messe traditionnelle, il s’agit pour eux de vivre un culte aussi parfait que possible – authentique et solennel – et de vouloir que la beauté fasse partie intégrante de la liturgie. Cela attire tout particulièrement une génération qui a grandi dans une société dépourvue de beauté. »
La foi dans une société laïque
L’intérêt croissant pour le christianisme se manifeste également au Danemark. Une enquête Verian, menée par le journal danois Berlingske Tidende en 2025, a établi qu’au moins 10 % des jeunes Danois âgés de 18 à 35 ans se rendent régulièrement à l’église. Ce n’est le cas que de 7 % des personnes âgées de 36 à 59 ans. Parallèlement, l’enquête montre que les jeunes constituent le groupe qui fréquente le plus régulièrement l’église. Selon l’enquête, 7 % des 18-35 ans déclarent aller régulièrement à l’église. En 2010, une enquête similaire avait révélé que seuls 3 % des Danois de cette tranche d’âge fréquentaient l’église. Le nombre de fidèles a donc plus que doublé.
Le prêtre estime que l’intérêt n’est pas aussi fort que dans d’autres régions connaissant un renouveau discret, en partie à cause de la « loi de Jante », une norme scandinave qui encourage le conformisme.
« Au Danemark, il y a cette éternelle loi de Jante, une véritable dictature qui ne cesse de rabaisser les gens, et qui affecte la communauté religieuse. Cela signifie qu’il est encore dangereux de parler de foi au Danemark. Même si les jeunes générations en ont envie, il existe une culture, véhiculée par les générations plus âgées, selon laquelle la religion n’est pas quelque chose que l’on affiche en public. La société est en réalité quelque peu schizophrène, car nous avons une Église populaire qui est une Église d’État – et donc publique – mais qui ne doit pas l’être trop ouvertement. »
Mais est-il important de s’exprimer publiquement ? L’ancien pasteur danois Morten Dahlin a déclaré que tant qu’on croit, peu importe qu’on fréquente régulièrement l’église.
« Croire sans aller à l’église est contradictoire », affirme le père Ebert :
« Si vous êtes chrétien, vous l’êtes dans toutes vos actions, pas seulement en privé. Tout le monde est faible et sujet au péché, mais être chrétien, c’est se battre et lutter aux côtés du Seigneur et de Sa grâce. Le fait d’être chrétien ne devrait pas être un grand secret. Nos ancêtres ont maintes fois donné leur vie pour cela en tant que martyrs. Il est tout à fait anti-chrétien de penser que la foi relève exclusivement de la sphère privée. »
La foi des jeunes chrétiens implique une rupture avec la culture, poursuit-il :
« La culture danoise n’est plus une culture chrétienne, même si nous nous fondons sur des valeurs chrétiennes. Le Danemark est fortement influencé par le socialisme, et nous nous sommes éloignés du véritable christianisme pour tout confier à l’État. Cela crée une société froide où les gens n’aident pas leurs semblables, car cette tâche est laissée à l’État. C’est un système mort. »
Le père Ebert ajoute que Jésus nous enseigne que chacun doit s’entraider ici et maintenant, et ne pas simplement laisser cette tâche à quelqu’un d’autre. Il poursuit :
« Nous nous disons chrétiens, mais il y aurait un tollé si quelqu’un remettait en cause l’avortement. Ce n’est tout simplement pas un sujet de débat au Danemark, même si l’on compte aujourd’hui environ 15 000 avortements par an. Ce n’est en aucun cas un pays chrétien. De surcroît, nous sommes une société de consommation qui fait croire aux gens qu’ils ont droit à quelque chose simplement parce qu’ils le veulent. C’est un état d’esprit très différent de la culture chrétienne d’origine. »
Ce renouveau discret tient en grande partie à la quête des jeunes, qui recherchent quelque chose de plus que ce qu’offre la culture actuelle. La question est toutefois de savoir si ce renouveau discret perdurera chez les jeunes qui ont trouvé la foi.
« Le christianisme n’est pas une idée politique ; il ne s’ancrera donc durablement que s’ils ont fait l’expérience du Dieu vivant et compris que Jésus est véritablement ressuscité des morts et nous a sauvés — alors, je crois qu’il s’ancrera. »
Aux jeunes hommes qui s’intéressent au christianisme et qui recherchent un sens à leur vie ainsi que des modèles plus positifs en dehors de la politique, le prêtre lance un appel mobilisateur :
« Tournez-vous vers saint Joseph. Il incarne l’homme parfait — à l’exception de Jésus, bien sûr — et si l’homme moderne se laisse inspirer par Joseph, c’est là qu’il trouvera la voie pour sortir de la situation dans laquelle se trouve notre société aujourd’hui. Il entretenait une relation parfaite avec la Vierge Marie et sa famille. Ses priorités et sa volonté de sacrifice ont été déterminantes, et nous pouvons en tirer des enseignements. »
Liv Klingert est une journaliste et chroniqueuse danoise spécialisée dans la culture, la religion et les idées. Elle a écrit pour des médias à travers toute l’Europe.
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Le cardinal Müller met en garde depuis le Parlement italien : l'Europe court à sa perte si elle renonce à ses racines chrétiennes
D'InfoVaticana :
Müller met en garde depuis le Parlement italien : l'Europe court à sa perte si elle renonce à ses racines chrétiennes.
L'intervention a eu lieu lors de la réunion intitulée « Diktat eurogenre : Racines chrétiennes, liberté religieuse et éducative menacées dans l'UE » , organisée par l'association catholique I RadicaTi dal diritto naturale alla legge et promue par le député Massimo Milani.
Une conférence contre l'idéologie du genre et la dérive culturelle européenne
Cette réunion a été créée dans le but d'analyser les conséquences de certaines politiques promues depuis Bruxelles dans des domaines tels que la famille, l'éducation, la liberté religieuse et la liberté d'expression.
Les organisateurs ont dénoncé le fait que certaines initiatives européennes présentées sous l'égide de la lutte contre la discrimination favorisent une imposition idéologique croissante sur les questions liées au genre, à la sexualité et à l'anthropologie humaine.
Selon les organisateurs de l'événement, l'Europe traverse une phase dans laquelle la défense des racines chrétiennes et de la conception traditionnelle de la famille est fréquemment présentée comme un obstacle au progrès, tandis que certains courants idéologiques bénéficient d'une protection institutionnelle privilégiée.
C’est dans ce contexte que Müller est intervenu, développant une vaste réflexion sur la crise spirituelle, culturelle et politique que traverse le continent.
« L'Europe est née du christianisme »
Le cardinal allemand a rappelé que les pères fondateurs du projet européen — des personnalités telles que Robert Schuman, Alcide De Gasperi ou Konrad Adenauer — n'ont jamais conçu l'Europe comme une simple structure économique ou administrative.
Selon lui, l'unité européenne est née d'une vision commune de la personne humaine profondément marquée par le christianisme, ce qui a permis le développement de concepts aujourd'hui considérés comme fondamentaux tels que la dignité humaine, la liberté de conscience, l'égalité devant la loi et les droits fondamentaux.
« L’Union européenne repose aujourd’hui sur ces fondements », a-t-il déclaré.
Il a donc averti qu'une Europe détachée de l'Évangile court le risque de « se suicider et de sombrer dans sa propre chute ».
La crise de la famille et de l'identité humaine
Müller a identifié la désintégration de la famille et la confusion autour de l'identité humaine comme quelques-uns des principaux symptômes de la crise culturelle européenne.
Comme il l'a expliqué, le continent traverse un processus de remise en question des réalités anthropologiques les plus fondamentales, largement impulsé par l'idéologie du genre et les mouvements transhumanistes qui cherchent à redéfinir la nature humaine elle-même.
Le préfet émérite a dénoncé ce qu'il a qualifié de transformation culturelle inspirée par une logique « jacobine », contraire à la famille naturelle et à l'identité personnelle.
Elle a également accusé certaines institutions européennes de promouvoir une forme de « totalitarisme de genre » qui menace progressivement la liberté de pensée et d'éducation.
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