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Culture - Page 2

  • 25e dimanche "ordinaire" : les travailleurs de la onzième heure

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    A5558.jpgRembrandt : les travailleurs de le onzième heure

    http://www.homelies.fr/homelie,ferie,2880.html

    Le maître du domaine sort au petit jour pour embaucher des ouvriers à sa vigne. Il propose un salaire, généreux pour l’époque, de un denier d’argent pour la journée. Voilà pour la mise en situation. Viennent ensuite deux mouvements dans le récit, d’ampleurs égales. Tout d’abord l’embauche successive d’autres ouvriers. L’information pourrait n’être qu’une anecdote, mais un suspens est créé à cause de la négociation du salaire. Nous ne savons pas combien ils seront payés : « je vous donnerai ce qui est juste » dit seulement le maître. Quel est le salaire juste ?

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  • La puissance évangélisatrice de Rome

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    De Jayd Henricks sur le CWR :

    La puissance évangélisatrice de Rome

    La technologie a transformé la manière dont chacun, y compris l’Église, entre en relation avec le monde, et certains catholiques excellent remarquablement dans l’évangélisation en ligne. Le Vatican, en revanche, n’en fait pas partie.

    18 septembre 2026

    Au cours des siècles passés, les grands missionnaires de l’Église — dont beaucoup sont aujourd’hui canonisés — se rendaient aux confins du monde pour y porter le Christ à ceux que l’Église appelait autrefois les païens. Les dangers n’avaient rien d’exagéré. Il fallait des mois pour traverser les océans, avec un risque bien réel de naufrage, de maladie et de famine, risques qui étaient toujours possibles, voire probables. Et lorsqu’un missionnaire parvenait jusqu’à sa destination, la perspective d’un martyre atroce n’était jamais très éloignée. Survivre ne garantissait nullement le succès. Il fallait d’abord passer des années à apprendre une langue étrangère et à s’adapter à une culture inconnue ; ce n’est qu’une fois la confiance gagnée que l’œuvre d’évangélisation pouvait véritablement commencer.

    Les résultats furent contrastés. Saint François Xavier aurait baptisé des centaines de milliers de personnes, mais les pays qu’il évangélisa demeurèrent en grande partie non chrétiens. Les martyrs de l’Amérique du Nord ne connurent presque aucun fruit immédiat ; pourtant, leur sang devint une semence féconde pour des convertis ultérieurs tels que sainte Kateri Tekakwitha — des exceptions importantes, mais rares. Ailleurs, notamment dans une grande partie de l’Afrique, la foi finit par s’enraciner et devint la religion dominante des populations. Le Mexique et l’Amérique du Sud la reçurent eux aussi en masse, même si nous voyons aujourd’hui la sécularisation éroder ce qui avait été conquis.

    Ce qui poussait des hommes et des femmes à tout abandonner pour évangéliser un peuple étranger, c’était la conviction que la foi au Christ n’était pas un chemin parmi d’autres, mais le chemin nécessaire, qui valait tous les sacrifices. Le salut d’une seule âme justifiait le renoncement au confort terrestre, voire à la vie elle-même. Pour ces missionnaires, risquer tout pour avoir une chance de gagner une seule âme au Christ comptait parmi les vocations les plus élevées qu’une personne puisse recevoir.

    L’Église d’aujourd’hui, cependant, agit trop rarement comme si elle partageait cette conviction. Il y a peu d’urgence à conduire les non-chrétiens au Christ, et à peine davantage à catéchiser ceux qui sont déjà baptisés. Des prêtres suivis par des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes enseignent de plus en plus que la loi morale est négociable, ou que la conversion au Christ constitue certes un bel idéal, mais guère une nécessité. Il ne fait aucun doute que d’autres continuent à poursuivre héroïquement l’évangélisation, parfois au prix de véritables risques personnels, y compris à travers les médias modernes. Les « pères Walter Ciszek » de notre époque ne sont généralement pas présents sur les réseaux sociaux, mais ils existent, et nous ferions bien de nous en souvenir. L’Église, quelles que soient les habitudes concrètes de ses membres, demeure par nature une Église évangélisatrice, et elle devrait agir comme telle avec davantage de constance.

    La technologie a transformé la manière dont chacun, y compris l’Église, entre en relation avec le monde, et certains catholiques excellent remarquablement dans l’évangélisation en ligne. Le Vatican, en revanche, n’en fait pas partie. Depuis Jean-Paul II, le Saint-Siège n’a plus disposé d’une voix véritablement puissante, mondiale et évangélisatrice. La nouvelle préfète pour la communication du Vatican, Montse Alvarado, dispose d’une formidable occasion d’aligner les efforts médiatiques du Vatican sur la mission évangélisatrice de l’Église. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’une nouvelle stratégie médiatique du Vatican pour le XXIe siècle. Cela demandera un travail considérable, mais une possibilité beaucoup plus simple et évidente se trouve sous nos yeux, une possibilité que l’Église néglige depuis très longtemps.

    Rome est constamment l’une des villes les plus visitées au monde, et l’année dernière l’a démontré de manière éclatante : les responsables du Vatican et de Rome estiment qu’environ 33,5 millions de pèlerins et de visiteurs ont traversé la ville au cours du seul Jubilé de 2025, un record pour une année — soit plus de 90 000 personnes par jour. À la différence des siècles passés, lorsque les grands missionnaires se rendaient aux confins de la terre à la recherche des âmes, au péril de leur vie, ce sont désormais des millions d’âmes qui arrivent d’elles-mêmes à la porte du Vatican. Imaginons que le Saint-Siège prenne cela au sérieux : non pas seulement comme une source de revenus grâce aux billets des Musées du Vatican, mais comme une occasion permanente d’enseigner et d’évangéliser. Ce ne serait pas difficile et cela permettrait peut-être à l’Église de remplir sa mission davantage que presque tout ce que fait aujourd’hui le Vatican.

    Si j’étais pape — exercice d’imagination comparable au fameux « si j’étais Spider-Man » — je ferais de cette question une priorité absolue : je confierais à une communauté religieuse la mission de former des historiens de l’Église et de l’art qui proposeraient ensuite des visites gratuites des principales églises et des grands sites historiques de Rome. Il faudrait plusieurs années pour former convenablement ces guides, mais certainement pas des décennies, comme c’est si souvent le cas pour les grandes initiatives.

    Ce n’est pas une utopie. Les parcs nationaux forment des gardes forestiers afin qu’ils proposent gratuitement aux visiteurs des visites historiques et pédagogiques, à des personnes qui n’avaient pas demandé de conférence et qui repartent pourtant reconnaissantes de l’avoir reçue. Gettysburg, par exemple, prend vie grâce à l’intervention d’un spécialiste de la guerre de Sécession. Des guides bénévoles accompagnent déjà les visiteurs à Notre-Dame de Paris et à la cathédrale de Canterbury, en expliquant les vitraux et l’architecture sans susciter de controverse. Après tout, c’est l’Église qui a inventé l’idée de communautés religieuses constituées autour d’une mission particulière : prêcher, enseigner ou prendre soin des pauvres. Rien n’empêcherait de créer une nouvelle communauté, ou de réorienter une communauté existante, afin qu’elle remplisse précisément cette mission : former des historiens et des catéchistes dont la vocation serait d’accompagner les pèlerins à travers Rome. La matière ne manque pas : elle est d’une extraordinaire richesse historique et théologique.

    Passez quinze minutes à Saint-Pierre, au Latran, au Panthéon ou dans n’importe lequel des hauts lieux touristiques de Rome, et écoutez les conversations. Le manque de connaissances et de compréhension dont témoignent des millions de visiteurs est profondément attristant. Ils savent qu’ils contemplent quelque chose d’important, mais ils ignorent ce que c’est et pourquoi cela l’est. Ils sont ouverts à une certaine forme d’éclairage, mais on ne leur en donne que des bribes. Plus probablement, ils se contentent de « cocher une case » entre une pizza et une glace, alors que leur curiosité pourrait ouvrir sur tellement davantage ! Ils regardent, mais ne voient pas.

    Je ne leur en fais pas le reproche. Ils savent que Rome est un lieu particulier et ont donc réservé un voyage coûteux dans la Ville éternelle. Malheureusement, la plupart repartent sans avoir véritablement compris ce qu’ils ont vu. Certains font appel à des guides touristiques laïques, mais ces visites sont largement dépourvues de profondeur spirituelle ou de toute véritable appréciation des sacrifices consentis pour faire de Rome le grand sanctuaire de la chrétienté, seulement dépassé par la Terre sainte elle-même.

    Les visiteurs n’apprennent rien du sang des martyrs des Ier, IIe et IIIe siècles, qui furent la semence de l’Église. Ils n’apprennent pas la signification théologique de l’architecture, qui exprime quelque chose de plus sublime que la seule beauté. Ils ne découvrent pas véritablement les saints, car on leur parle souvent davantage des génies artistiques ou des techniques employées dans les chefs-d’œuvre que de l’histoire des personnages représentés. Ils ignorent le scandale lié à la manière dont certains de ces édifices et de ces œuvres d’art ont été financés — un scandale que leurs commanditaires justifiaient précisément par le fait que ces œuvres étaient destinées à rendre sensible le divin. C’est pourtant là l’occasion d’une réflexion honnête sur la manière dont Dieu agit à travers notre faiblesse humaine.

    Ces touristes quittent probablement Rome sans véritablement comprendre ce que sont les clés du Royaume confiées à Pierre, ni la succession ininterrompue de ses successeurs jusqu’au pape Léon XIV aujourd’hui. Il n’est pas excessif de dire que Rome ne peut être comprise indépendamment de la papauté. Si la ville existe sous une forme proche de celle que nous lui connaissons aujourd’hui, c’est en raison de la mission confiée par le Christ à Pierre et du martyre de Pierre sur le lieu même où se dresse aujourd’hui la basilique Saint-Pierre. Combien de visiteurs de Rome comprennent tout cela ? Si Rome ne peut être comprise sans Pierre, pourquoi l’Église n’enseigne-t-elle pas à ceux qui viennent à Rome qui est Pierre, et qui est le Seigneur de Pierre ? Pourquoi n’utilise-t-elle pas les édifices et les œuvres d’art pour évangéliser ?

    Des siècles de sang, de sueur et de larmes ont été investis dans des dizaines de lieux saints, édifiés grâce au travail de pauvres catholiques croyants qui comprenaient l’importance de l’espace sacré et de l’art sacré. Ce trésor matériel et spirituel est aujourd’hui gaspillé par ce qui semble être un péché d’omission, c’est-à-dire le fait de ne pas accomplir le bien que l’on pourrait faire. Une seule âme vaut davantage que toutes les œuvres d’art du Vatican réunies, et pourtant on constate bien peu d’urgence à utiliser ce trésor pour la conversion des âmes.

    Les confessionnaux constituent un témoignage de la vie sacramentelle de l’Église, et ils sont accessibles parce que l’infrastructure existe déjà : il n’y a rien à construire, il suffit de les pourvoir en personnel. Heureusement, de nombreuses églises de Rome offrent chaque jour la confession, dans les confessionnaux traditionnels, visibles de tous — ce qui mériterait d’être imité chaque fois que de nouvelles églises sont construites. Le voyant rouge ou vert placé au-dessus de la « boîte » suscite certainement la curiosité des touristes, mais aucune catéchèse ne vient répondre à cette curiosité. Imaginons un simple dépliant ou un moine en habit présent sur place pour expliquer le sacrement à nos païens contemporains venus en touristes. Je soupçonne que le fruit d’une telle initiative serait éternel pour certains.

    Prenons encore la place Saint-Pierre, où passent chaque jour des dizaines de milliers de touristes largement dépourvus de catéchèse. Des religieux en habit pourraient proposer gratuitement d’expliquer la signification de la façade de la basilique et des saints qui dominent la place, l’histoire du lieu — du martyre de Pierre sous l’empire romain à la conversion de Constantin et à la construction de la basilique primitive, de la contribution de l’Église aux arts et aux sciences au Moyen Âge à la construction de la nouvelle basilique et aux controverses qui l’entourèrent, jusqu’à une présentation honnête du rôle du Saint-Siège durant la Seconde Guerre mondiale, et au-delà.

    Tout cela constitue une matière extraordinairement riche pour les esprits spirituellement curieux qui visitent le Vatican. Les Musées du Vatican eux-mêmes représentent, selon la même logique, une immense occasion manquée. Elizabeth Lev montre depuis des années qu’une visite guidée de la Rome chrétienne peut être substantielle, captivante et véritablement évangélisatrice ; ses visites prouvent qu’il existe à la fois une demande et une matière abondante. Mais ses visites sont payantes et ne touchent que ceux qui savent déjà qu’ils peuvent s’adresser à elle. Pourquoi ne pas reprendre ce qu’elle a déjà démontré comme efficace et en proposer gratuitement une version, par l’intermédiaire d’une communauté religieuse créée précisément à cette fin, aux millions de personnes qui se promènent dans le Vatican ?

    Des visites similaires pourraient être proposées dans les trois autres basiliques majeures, à la Chiesa Nuova, au Gesù, ou même sur des sites tels que le Panthéon et le Colisée — chacun de ces lieux constituant une occasion d’évangéliser le monde au moment même où celui-ci traverse la Ville éternelle.

    Rien de tout cela ne nécessite une approche autoritaire ou pesante. Un touriste présent place Saint-Pierre n’est pas venu écouter un sermon, et le traiter comme un public captif produirait l’effet inverse de celui recherché. Mais il existe un vaste espace entre le silence et la démarche commerciale agressive. Un guide bien formé qui se contente de dire la vérité sur la signification d’un édifice et sur les raisons de sa construction ne fait pas du prosélytisme. Il enseigne, et l’enseignement constitue en lui-même une forme de témoignage.

    Certains craindront que l’institutionnalisation d’une telle démarche ne banalise les lieux, transformant l’espace sacré en une étape touristique supplémentaire accompagnée d’un discours préfabriqué. Mais le risque inverse est précisément celui dans lequel nous vivons aujourd’hui : ces lieux fonctionnent déjà comme des produits de consommation, avec billets d’entrée, photographies et absence d’interprétation, ce qui constitue en soi une forme de banalisation. Expliquer ce que signifie un lieu ne le transforme pas en marchandise ; c’est le laisser muet qui le fait. De courts fascicules pourraient être proposés aux visiteurs, avec l’adresse d’un site Internet bien conçu pour ceux qui souhaiteraient approfondir, avant ou après leur voyage. Les possibilités de créativité sont presque infinies, et le coût, rapporté à ce que l’Église dépense déjà pour entretenir ces édifices, serait faible.

    Plutôt que de risquer leur vie et leur intégrité physique, les missionnaires de l’Église peuvent laisser le monde venir à eux. Trente-trois millions de personnes n’ont pas eu besoin d’être recherchées, poursuivies ou transportées à travers un océan au cours de cette seule année. Elles sont venues d’elles-mêmes, ont payé leur voyage et ont franchi la porte. Le moins que l’Église puisse faire est de les accueillir avec autre chose que le silence. Ce serait un effort digne d’être entrepris en hommage à ceux qui, autrefois, ont donné leur vie pour porter le message de Jésus à toutes les parties du monde.

    Mais, plus important encore, c’est la bonne chose à faire si nous croyons au Credo.

  • Le catholicisme, une « religion minoritaire » en France ?

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    Le catholicisme, une « religion minoritaire » en France ?

    À quelques jours de l’arrivée du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026, un constat s’impose dans les analyses des spécialistes : le catholicisme n’est plus la religion dominante qu’il fut pendant des siècles. Plusieurs sociologues et historiens le décrivent désormais comme une religion devenue, ou en train de devenir, minoritaire, surtout chez les jeunes générations.

    Selon les données de l’enquête European Values Study (EVS) de 2018, souvent citées par les chercheurs, environ 45 à 48 % des Français âgés de 60 ans et plus se déclarent encore catholiques. Chez les 18-29 ans, ce chiffre s’effondre à 15 %. Dans cette tranche d’âge, les « sans appartenance religieuse » dominent (près de 39 %), suivis des athées (28 %), tandis que les musulmans se situent autour de 13 %. Globalement, seuls 30 à 32 % des Français se disent aujourd’hui catholiques, contre 70 % en 1981. La pratique dominicale, elle, stagne à un niveau très bas, de l’ordre de 1,5 à 2 % de la population.

    Yann Raison du Cleuziou, professeur de science politique à l’université de Bordeaux et spécialiste reconnu du catholicisme contemporain, parle de « transition minoritaire ». « Le catholicisme a longtemps été en déclin tout en restant majoritaire. Aujourd’hui, ce déclin le conduit à devenir minoritaire, mais seulement dans certains segments de la société », explique-t-il. Cette recomposition s’accompagne d’une intensification de la pratique et de l’identité chez ceux qui restent fidèles : un « entre-soi » plus marqué, des communautés plus structurées, parfois plus traditionalistes ou charismatiques.

    La sociologue Céline Béraud, dans son ouvrage Une religion parmi d’autres (PUF, 2025), souligne de son côté que le catholicisme se trouve « dans une situation d’entre-deux ». Il conserve une présence sociale « diffuse » – jours fériés, patrimoine architectural, couverture médiatique – mais perd progressivement les privilèges institutionnels qui étaient les siens lorsqu’il était majoritaire. « La pluralité religieuse tend à le déplacer du côté du lot commun », analyse-t-elle.

    Ce n’est pas pour autant une disparition. Plusieurs observateurs notent un paradoxe : en devenant minoritaire, le catholicisme gagne en visibilité. Il se distingue davantage de la norme séculière dominante. On assiste aussi à des signes de renouveau localisé : hausse des baptêmes d’adultes et d’adolescents ces dernières années, dynamisme de certaines communautés, y compris issues de l’immigration.

    La visite du pape Léon XIV, attendue par des centaines de milliers de personnes à Paris, Lourdes et Metz, intervient précisément dans ce contexte. Elle met en lumière à la fois l’effondrement quantitatif de l’affiliation catholique et les dynamiques de recomposition en cours. Pour beaucoup d’experts, l’enjeu n’est plus de reconquérir une majorité perdue, mais d’apprendre à vivre et à témoigner comme une minorité religieuse dans une société profondément sécularisée.

    Dans la « fille aînée de l’Église », le catholicisme n’est plus le cadre culturel quasi naturel qu’il fut. Il devient une option parmi d’autres – une religion minoritaire, certes, mais encore capable de mobiliser et de surprendre.

    (avec l'IA)

  • Le tissu effiloché de l’Église d’Angleterre

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    De Stephen Daisley sur First Things :

    Le tissu effiloché de l’Église d’Angleterre

    14 septembre 2026

    La cathédrale Saint-Paul a trouvé une solution originale pour remplir ses bancs : elle se transforme en salle de concert. Aux termes d’un accord récemment signé, la boîte de nuit londonienne Fabric devient le « partenaire exclusif pour les événements de musique contemporaine » dans le chef-d’œuvre de Christopher Wren, élevé à la gloire de Dieu – ou, comme la cathédrale Saint-Paul se décrit elle-même dans un communiqué de presse, « l’un des lieux les plus emblématiques de Londres ».

    Il y a deux ans, Fabric organisait un concert de l’artiste synth-pop australien RY X, qu’il saluait pour avoir « introduit les synthétiseurs, l’électronique et le spectacle vivant dans un lieu construit des siècles avant leur apparition ». Apprendre que les concerts à Saint-Paul ont débuté en 2024 surprendra sans doute sa chorale nonagénaire. Si seulement ils avaient samplé de l’EDM lors de leurs vêpres !

    Les critiques qui craignent une répétition de la silent disco de la cathédrale de Canterbury – surnommée « la rave dans la nef » – ont reçu l’assurance que les événements sur Ludgate Hill seront « organisés avec respect ». Sandra Lynes Timbrell, directrice de l’accueil des visiteurs de la cathédrale, a déclaré au Church Times que le projet prévoit des « concerts assis » avec une « amplification minimale ».

    Cet accord de partenariat a valu à l’Église d’Angleterre d’être réprimandée par Robert Barron, évêque catholique romain de Winona-Rochester (Minnesota), qui accuse les dirigeants anglicans d’avoir « perdu tout sens de la distinction cruciale entre le sacré et le profane ».

    Le révérend Marcus Walker, commentateur avisé des affaires ecclésiastiques et recteur de la paroisse Saint-Barthélemy-le-Grand à Londres, m’explique que « Dieu se sert de la beauté pour nous attirer à lui ». Il soutient que certaines formes de musique, comme les symphonies, peuvent s’accorder avec le caractère recueilli d’une église. Il cite un concert aux chandelles donné par Nick Cave à Saint-Barthélemy en décembre dernier, où le chanteur a alterné performances musicales et réflexions sur sa foi, comme « l’un des moments les plus profondément spirituels de l’année ».

    Le révérend Walker admet cependant que l’implication de Fabric « complique les choses ». Le club a brièvement fermé ses portes en 2016 après le retrait de sa licence, suite au décès de deux clients de dix-huit ans victimes d’une overdose. L’établissement a rouvert quatre mois plus tard, avec des contrôles et des mesures de sécurité renforcés.

    Une partie de la consternation vient d’un message publié sur X par Sadiq Khan, le maire de Londres, qui a accueilli l’accord de partenariat en des termes pour le moins peu flatteurs : « Fabric. Cathédrale Saint-Paul. Trouvez un duo plus emblématique. L’union de ces deux institutions créera une expérience unique, associant une musique de renommée mondiale à l’un de nos monuments les plus précieux. »

    Voir le maire musulman de Londres célébrer la transformation d’un joyau du patrimoine anglican en un lieu semi-laïque, tout en réduisant un lieu de culte chrétien anglais vénéré au rang de simple monument historique, a été perçu comme une provocation par certains. Relevant le défi lancé par Khan, le journaliste Tom Harwood a proposé : « Boîte de nuit Heaven. Mosquée Baitul Futuh », faisant référence à une boîte de nuit gay réputée et à une mosquée du sud de Londres.

    Malgré le mépris du maire pour l’héritage chrétien de l’Angleterre, la collaboration avec Fabric intervient à un moment de profonde crise pour l’anglicanisme. Cette confession est l’Église établie en Angleterre sans interruption depuis le XVIIe siècle, mais ses origines remontent à la Réforme. Son chef temporel est le roi Charles III, et ses évêques siègent à la Chambre des lords ; pourtant, ses fidèles, les Anglais, sont en réalité peu pratiquants. Seuls 5 % des adultes britanniques fréquentent l’église chaque semaine, un chiffre qui atteint à peine 13 % chez les chrétiens déclarés. Le déclin de la pratique religieuse aux États-Unis ces dernières années pourrait désespérer le clergé américain, mais leurs confrères anglais considéreraient de tels chiffres comme une grâce divine. Le déclin de la religiosité en Angleterre n’est en aucun cas un phénomène exclusivement anglican, comme en témoigne un simple coup d’œil à une messe dominicale typique dans les églises catholiques anglaises. Seul l’islam connaît une croissance en Angleterre.

    La désertion des églises s’accompagne d’un déclin plus général de l’institution. Entre 2010 et 2019, 423 églises anglicanes ont fermé définitivement leurs portes. Le site web de l’Église d’Angleterre propose à la location ou à la vente des églises fermées : on en compte actuellement quarante et une. Face aux nombreux témoignages de vicaires surchargés et sous-payés, contraints par la baisse des vocations à desservir un nombre croissant de paroisses, notre ami le révérend Walker a récemment averti que l’Église était « sur la voie de l’anéantissement », soulignant une diminution de 20 % du clergé rémunéré depuis le début du siècle. Le gouvernement travailliste n’a guère allégé la pression financière en annonçant que les subventions d’un fonds de restauration des églises de 23 millions de livres sterling par an seraient désormais soumises à une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 20 %.

    L’Église d’Angleterre bénéficie d’un fonds de dotation de 11,6 milliards de livres sterling, mais les paroisses n’en perçoivent qu’une infime partie. Des initiatives commerciales comme l’organisation de concerts peuvent sembler anodines en termes de rentabilité ; pourtant, qu’il s’agisse de raves dans les nefs ou de concerts de Fiona Apple près de la chapelle de la Vierge, les cathédrales et les églises d’Angleterre risquent, en accueillant le profane, de laisser s’échapper une part du sacré. Un lieu de culte chrétien offre au pèlerin une expérience qu’aucun espace profane ne peut offrir : la possibilité de rencontrer le Divin au sein d’un monument à sa majesté. Franchissez le seuil d’une église, et vous avez instantanément conscience d’avoir laissé derrière vous le monde matériel pour entrer dans le spirituel. Rien qui puisse altérer cette expérience ne mérite d’être récompensé financièrement.

    L’Angleterre est une nation en proie à de profondes mutations politiques, culturelles et démographiques. La question nationale – qu’est-ce qu’être Anglais ? – est au cœur du débat public pour la première fois de ma vie. Pendant des siècles, l’Église anglicane a constitué, au moins en partie, une réponse, un point d’ancrage qui transcendait les différences sociales, éducatives et régionales. Certes, la carte identitaire d’une nation évolue, mais il est peu probable que l’anglicanisme soit remplacé par une institution aussi bienveillante et fédératrice. La course à la succession de l’Église d’Angleterre attire déjà des candidats de tous bords : autoritaires de gauche comme de droite, nationalistes civiques et ethniques, et adeptes des idées postmodernes et post-chrétiennes. Sans leur Église, les Anglais se dispersent, errant sans repères vers l’inconnu.

    Si elle aspire à guider et à prendre soin de cette nation égarée, l’Église d’Angleterre se doit d’offrir ce que les institutions terrestres ne peuvent apporter : la tradition, la coutume et la continuité ; le réconfort du sacré et un aperçu du Divin. Aucun concert, même le plus respectueux et le plus raffiné, ne saurait rivaliser avec les chants angéliques entonnés au Ciel lorsque la maison de Dieu est sanctifiée pour que son peuple puisse venir le visiter.

  • C'est dans la chrétienté qu'est née la science moderne

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    D'Olivier Bonassies sur 1000 raisons de croire :

    La science moderne est née dans la chrétienté

    La prétendue opposition de l’Église à la science est un mythe grotesque qui a été forgé au XIXe siècle. Non seulement cette vision résiste mal à l’examen historique, mais elle masque une réalité presque inverse : loin d’avoir fait obstacle à l’essor des sciences, le christianisme occidental a fourni le cadre intellectuel et institutionnel dans lequel la science moderne a pu naître et se développer. Il ne pouvait en être autrement, comme l’ont bien montré Pierre Duhem (La Science catholique, en 1906) et Rodney Stark (Le Triomphe de la raison, en 2005). Dans la logique chrétienne d’un Dieu « logos », c’est-à-dire parole, sens, rationalité, l’Église a promu le réalisme, la recherche en vue de l’explication du monde, la rationalité, la liberté, l’individu, les droits des individus, la foi dans le progrès et la raison, favorisant le développement du commerce mais aussi et surtout du savoir, de l’éducation, de l’école et des grandes universités où étaient rassemblées et développées toutes les connaissances.


    Les raisons d'y croire

    • L’Europe chrétienne, qui explore la Terre à partir du XVIe siècle (Christophe Colomb découvre l’Amérique en 1492 ; Vasco de Gama atteint l’Inde en 1498 ; Magellan fait le tour du monde en 1522), découvre qu’elle a une immense avance technologique sur le reste du monde, et c’est ce qui va conduire à sa domination globale dans les siècles qui suivent.
    • La volonté de bâtir des églises et des cathédrales toujours plus grandioses et de favoriser les arts et la civilisation a stimulé fortement le développement des sciences et des techniques. Dès ce XVIe siècle, l’Europe dispose d’inventions que personne d’autre ne détient : moulins à eau, moulins à vent, barrages, production mécanique de papier, attelages de chevaux, harnais, fers, charrue, boussole, lunettes, loupes, cheminées, horloges, chimie, astronomie, techniques agricoles, techniques de tissage, industrie textile, industrie de la fonte (cloches, canons), maîtrise de la poudre, techniques d’architecture, peinture à huile, savoir de navigation, instruments de musique (orgue, violon, clavecin), notation musicale, etc.
    • C’est au Moyen Âge, en Europe encore, que sont créées des universités, à Bologne (1088), Paris (1150), Oxford et Cambridge (XIIe siècle), et beaucoup d’autres encore, chacune avec ses propres spécialités et domaines d’excellence, maintenant ainsi une longue histoire d’excellence académique, ainsi que des contributions importantes à la recherche et à l’éducation supérieure dans le monde.
    • La science moderne prendra son essor à partir de cette base développée dans et par le christianisme et c’est pourquoi, du Moyen Âge au XXe siècle, tous les grands scientifiques qui font progresser la science moderne sont d’origine européenne et judéo-chrétienne.
    • Le martyrologe des savants persécutés par l’Église ne comporte qu’un nom : Galilée, qui fut, en tout et pour tout, condamné à résider chez lui et à réciter les sept psaumes une fois par semaine pendant trois ans, peine dont il confia l’exécution à sa fille religieuse.
    • Jamais le christianisme n’a brûlé les bibliothèques : dans les monastères médiévaux, bien au contraire, les moines et des savants ont préservé et transmis les connaissances antiques, et développé de nouvelles idées.

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  • Brève histoire de la messe dans le rite romain (Uwe Michael Lang) — partie XIV : le bas Moyen-Age: décadence et déclin ?

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    Du site "Esprit de la liturgie" :

    Une brève histoire de la messe dans le rite romain (Uwe Michael Lang) — partie XIV : le bas Moyen-Age: décadence et déclin ?

    Suite de la série d’articles du père Uwe Michael Lang, C.O., tiré cette fois-ci de la traduction de l’abbé Jean-Pierre Herman aux éditions Desclée de Brouwer, avec son aimable autorisation.


    Les manuels d’histoire de la liturgie ont souvent tendance à considérer la fin du Moyen Âge comme un temps de déclin. La messe, dit-on, s’était transformée en un exercice presque exclusivement clérical d’un système rituel envahissant dans une langue incompréhensible. En conséquence, la participation des laïcs a largement disparu, y compris la réception de la sainte communion. Les fidèles préféraient leurs dévotions privées1. Cette lecture s’inscrit dans le contexte général d’une Église en crise qui a presque inévitablement conduit à la Réforme protestante du XVIᵉ siècle. Au cours des dernières décennies, cependant, les historiens ont offert de nouvelles perspectives sur le christianisme de la fin du Moyen Âge et ont souligné que déclin et vitalité existaient côte à côte. Dans le domaine de la recherche liturgique, l’accent traditionnel mis sur les textes est aujourd’hui enrichi par des études pluridisciplinaires du culte dans le Moyen Âge tardif dans une perspective musicale, artistique, littéraire, sociale et religieuse plus générale.

    La participation du peuple

    L’usage du latin comme langue sacrée a certainement éloigné la liturgie de la grande majorité des fidèles laïcs, mais il n’a pas dressé une barrière infranchissable à la participation populaire, comme on le suppose souvent. Dans les pays de langue romane, où la langue vernaculaire s’est développée à partir du latin, il existait au moins une compréhension de base du sens des textes liturgiques2. En outre, la prière des fidèles en langue vernaculaire lors de la principale messe dominicale dans l’église paroissiale offrait aux laïcs une forme d’implication correspondant à leurs besoins spirituels et temporels. Le plus ancien exemple connu de ces bidding prayers en Angleterre précède la conquête normande et a été daté du début du XIᵉ siècle. Dans d’autres pays également, la prière des fidèles se faisait en langue locale, catalan, basque, breton, ainsi que dans les dialectes occitans et allemands3. Ce rite vernaculaire était inséré à un moment donné pendant l’offertoire, généralement après l’encensement des oblats et de l’autel et avant le lavement des mains du prêtre (lavabo).

    La participation liturgique ne peut être réduite à la compréhension des textes, et Frank Senn a proposé une conception plus large qui inclut « d’autres “vernaculaires” que la langue, dont les bâtiments d’église eux-mêmes et l’art liturgique qui les décorait ne sont pas les moindres4 ». Dans une perspective similaire, Éric Palazzo a exploré les dimensions sensorielles de la liturgie : la stimulation de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du toucher et du goût, qui faisaient de la participation à la messe une expérience synesthésique5. Ainsi les fidèles étaient en mesure de participer à la messe de diverses manières qui ne sont pas faciles à saisir pour nous, précisément parce qu’elles n’étaient pas écrites. Paul S. Barnwell parle de « la nature méditative et affective d’une grande partie de la dévotion laïque de l’époque6 ». Les dimensions sensorielles de la liturgie du haut Moyen Âge offraient des stimuli importants pour une telle méditation.

    Les fidèles qui assistaient à la messe chaque semaine (et beaucoup d’entre eux quotidiennement) étaient familiers avec les chants habituels de l’ordinaire de la messe. Il est intéressant de noter que les laïcs trouvaient la messe paroissiale célébrée au maître-autel moins accessible, car ils se trouvaient à une distance physique considérable du prêtre et leur vue était limitée non seulement par le jubé, mais aussi par les servants et les chanteurs dans le chœur. Les messes « privées » à l’autel latéral offraient aux fidèles un moyen plus direct de s’engager dans l’action liturgique, à la fois visuellement et auditivement, ce qui a contribué à leur popularité. Les représentations de la messe gravées sur bois dans la littérature morale et dévotionnelle de l’époque montrent des hommes et des femmes laïcs à proximité du prêtre à l’autel latéral d’une église7.

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  • « Couvrez ce sein que je ne saurais voir » ? Réflexions sur l’image du corps et de la sexualité (Claude Callens)

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    « Couvrez ce sein que je ne saurais voir »

    ?

    Réflexions sur l’image du corps et de la sexualité

    par Claude Callens

    2025

    Le corps est, non pas pour la débauche, mais pour le Seigneur Jésus, et le Seigneur est pour le corps ; et Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera nous aussi. Ne le savez-vous pas ? Vos corps sont les membres du Christ. Vais-je donc prendre les membres du Christ pour en faire les membres d’une femme de débauche ? Absolument pas. Ne le savez-vous pas ? Quand on s’unit à la débauchée, cela ne fait qu’un seul corps. Car il est dit : Tous deux ne feront plus qu’un. Quand on s’unit au Seigneur, cela ne fait qu’un seul esprit. Fuyez la débauche. Tous les péchés que l’homme peut commettre sont extérieurs à son corps ; mais la débauche est un péché contre le corps lui-même. Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l’Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur a payé le prix de votre rachat. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps.

    — 1 Co 6, 13-20

    …​une société pour qui rien n’est sacré part à la dérive…​

    — Nancy Huston
    Mosaïque de la pornographie, Petite bibliothèque Payot/ Rivages, 2007, p. 272
  • Qu’est-ce que la tradition intellectuelle catholique ?

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    Du Dr. R. Jared Staudt sur le CWR :

    Qu’est-ce que la tradition intellectuelle catholique ?

    Voici quatre aspects de la tradition intellectuelle catholique qui reflètent la manière dont elle s’est développée au fil de l’histoire.

    10 septembre 2026

    « Pourriez-vous m’expliquer ce que signifie la tradition intellectuelle catholique ? »

    Cette question simple, posée par un surintendant, reflète le renouveau qui se produit actuellement à travers le pays. Nous avons enfin compris que l’éducation catholique ne peut pas se contenter de suivre les tendances du moment. Même si nous pouvons tirer profit des méthodes contemporaines, nous nous inscrivons dans une tradition inégalée qui remonte à plusieurs milliers d’années. La sagesse transmise de génération en génération est plus pertinente que jamais face aux nouveaux défis qui se présentent à nous.

    Comment saurons-nous quoi faire des nouvelles technologies si nous ne comprenons pas ce que signifie être un être humain et en quoi consiste l’épanouissement humain ? Sans un ancrage intellectuel solide, nous serons simplement emportés par le courant.

    Pour répondre à cette question qui m’a été posée, il faut d’abord réaffirmer que le mot « intellectuel » n’est pas un mot négatif (comme s’il pouvait être relégué au rang de quelque chose d’académique et d’obscur). L’intellect est ce qui nous rend humains : il nous donne la capacité de comprendre la nature des choses et de raisonner au-delà des sensations immédiates. Comme toute autre dimension de notre être, l’intellect a besoin d’être cultivé. Nous pouvons élargir notre esprit en nous confrontant aux idées nobles et difficiles que renferment les grandes œuvres de la culture humaine, ou bien rester dans les formules faciles, simplistes et superficielles qui laissent notre esprit informe.

    Il est trop facile de rejeter les textes anciens et difficiles comme hors de propos dans un monde utilitariste, mais ce serait manquer le cœur même de l’éducation : la formation de la personne.

    Voici quatre aspects de la tradition intellectuelle catholique qui reflètent la manière dont elle s’est développée au fil de l’histoire.

    Premièrement, elle est fondée sur la foi, reçue de la révélation de Dieu ; deuxièmement, elle s’appuie sur la raison en intégrant la tradition philosophique des Grecs ; troisièmement, elle s’étend à l’imagination, exprimant la foi et explorant la vie à travers la littérature et les arts ; quatrièmement, elle embrasse la totalité du réel, formant une vision du monde qui s’appuie également sur les mathématiques et les sciences pour constituer une conception cohérente de la vie humaine.

    La Bible se trouve au fondement de la vie intellectuelle catholique. Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance et nous attire en communion avec lui en nous parlant. Sa révélation doit être reçue et comprise : elle nous enseigne la vérité ultime sur la vie humaine. C’est pourquoi la Bible a toujours stimulé l’alphabétisation, nécessaire pour accueillir le message de Dieu et en explorer les profondeurs. Elle offre un récit qui nous situe dans l’histoire du salut et nous enseigne une manière de vivre ancrée dans la sagesse divine.

    Rien n’a plus de pouvoir pour former l’esprit que la Parole de Dieu, car elle nous introduit dans une relation vivante avec Dieu, qui conforme notre esprit au sien. Les élèves des écoles catholiques doivent posséder une culture biblique : savoir y accéder, connaître l’ossature générale de son récit, et comprendre les manières distinctes dont elle communique à travers ses différents genres.

    La Parole de Dieu n’est pas seulement écrite. Elle s’est faite chair dans un contexte culturel précis, marqué par la Pax Romana et la pensée philosophique grecque. L’harmonie de la foi et de la raison constitue un pilier inébranlable de la tradition intellectuelle catholique. Même dans la compréhension de la révélation divine, la philosophie grecque a fourni une méthodologie inestimable. Les Grecs ont appris aux premiers chrétiens à penser logiquement, à contempler l’intelligibilité de l’univers et à comprendre comment les vertus conduisent à l’épanouissement humain, d’une manière qui complétait la Bible. Aujourd’hui, nous avons un besoin urgent de cet élément de la tradition intellectuelle pour nous aider à contempler à nouveau plus profondément la vérité du réel, en portant attention à la nature de la personne humaine et à ce que signifie mener une vie bonne.

    Les éducateurs savent que la simple lecture de la Bible et la contemplation de la vérité ne marquent souvent pas durablement les élèves. C’est pourquoi l’engagement de l’imagination est également une composante essentielle de la tradition intellectuelle : elle utilise la beauté pour attirer l’esprit vers le vrai et le bien. L’imagination synthétise les diverses connaissances acquises avec l’expérience humaine pour former de nouvelles idées et rechercher le sens.

    La littérature et les récits ont souvent un impact plus fort sur les élèves : ils touchent leur cœur et éveillent en eux le désir d’apprendre. Les arts contribuent à former une imagination sacramentelle qui perçoit un sens plus profond derrière toutes les réalités du monde. L’Église a façonné la plus grande tradition artistique de l’histoire humaine, et nos élèves doivent absolument être formés par ce trésor comme partie essentielle de leur formation.

    À l’opposé de cette synthèse imaginative, le sécularisme cherche à tenir la foi à l’écart de la science, du droit et de l’économie, la réduisant à une opinion subjective. La dernière étape de la formation dans la tradition intellectuelle catholique consiste donc à forger une vision du monde entière en reliant la foi et la raison à l’ensemble du savoir et de la vie humaine. L’Église affirme avec hardiesse que la foi et la raison, y compris la science, ne peuvent se contredire. L’intellect formé par l’Écriture, la raison et les arts peut s’étendre hardiment à tout aspect de la vie humaine, en y apportant la sagesse de la grande tradition. Newman affirmait le « principe selon lequel tout savoir forme un tout et que les sciences particulières en sont les parties », et cette unité doit être retrouvée comme élément d’une formation intellectuelle cohérente.

    La tradition intellectuelle catholique existe comme une grande conversation qui se poursuit sans interruption depuis deux mille ans. Notre rôle est de la faire vivre, d’y entrer nous-mêmes et d’y introduire nos enfants. C’est une conversation qui continue de se déployer à travers le monde et qui ne cesse d’engager de nouvelles idées et de nouveaux défis. Nous pouvons tous être enrichis en entrant dans ce que Matthew Arnold appelait « le meilleur de ce qui a été pensé et dit », afin de connaître plus profondément la vérité, cette vérité qui nous rendra libres (Jean 8, 32).

     

    R. Jared Staudt, docteur en philosophie, est directeur de contenu pour Exodus 90 et enseignant à la section laïque du séminaire Saint-Jean-Vianney. Il est l'auteur de * Words Made Flesh: The Sacramental Mission of Catholic Education* (CUA Press, 2024), * How the Eucharist Can Save Civilization * (TAN), * Restoring Humanity: Essays on the Evangelization of Culture* (Divine Providence Press) et *The Beer Option* (Angelico Press), et directeur de publication de *Renewing Catholic Schools: How to Regain a Catholic Vision in a Secular Age* (Catholic Education Press). Marié à Anne, il est père de six enfants et oblat bénédictin.

  • Un moine de Solesmes dénonce l'ostracisme anti-latin et anti-grégorien

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    Qui n'en a déjà fait l'expérience : dès qu'il s'agit d'introduire un peu de latin ou de grégorien dans les célébrations liturgiques, on se heurte à l'opposition des responsables de l'animation liturgique de nos paroisses qui considèrent que de telles introductions constitueraient un retour en arrière totalement insupportable.

    L'opinion du Frère Patrice Mahieu, moine bénédictin de Solesmes, publié dans La Croix :

    « L’ostracisme anti-latin et anti-grégorien persiste en France malgré les textes clairs de Vatican II »

     

    À l’heure où le pape Léon XIV œuvre pour la communion ecclésiale, frère Patrice Mahieu, bénédictin de Solesmes, pointe un paradoxe : le latin et le grégorien, pourtant défendus par Vatican II, restent marginalisés dans de nombreux diocèses français. Il appelle à une pacification liturgique.

     

    Les réflexions et contributions visant à retrouver une unité liturgique suivent leur cours, avec bonheur. Il s’agit souvent d’analyses et de propositions approfondies, fondées sur une bonne connaissance de la science liturgique. Ces lignes seront plus modestes et s’en tiendront à une simple réflexion pastorale.

    Avant même de prendre en considération le rite utilisé pour la célébration de la messe, nombre de fidèles souhaitent trouver un climat de prière et d’adoration, une célébration qui aide à nourrir le sens du sacré qui permet une vie spirituelle profonde. Pour certains, les marqueurs principaux sont le latin et le chant grégorien ; il se peut même qu’ils ne distinguent pas bien les deux rites.

    Une attente de latin et chant grégorien

    Je me souviens d’un dimanche de juin, où je venais de concélébrer, avec un père abbé, la messe conventuelle dans un monastère de la congrégation de Solesmes. C’était le missel de Paul VI, intégralement en latin et chant grégorien, avec les seules lectures, l’homélie (!) et la prière universelle en langue vernaculaire. Nous avions pris le canon romain.

    Une fidèle me rejoignit à la sortie de la messe et, en me saluant chaleureusement, s’exclama : « Merci, mon père, pour cette très belle messe tridentine ! » Je lui répondis en lui disant ma joie qu’elle ait pu prier de façon à élever son cœur vers Dieu et lui demandai ensuite : « Qu’est-ce qui vous fait dire que c’était une messe tridentine ? » La réponse fut la suivante : « Vous avez pris le canon avec tous les saints… »

    Voilà ce qu’attendent des fidèles qui se tournent vers le missel tridentin. Certains fidèles n’en demandent pas plus. Leur attente est légitime. Si elle n’est pas accueillie, peut-être seront-ils tentés de trouver ce climat liturgique à n’importe quel prix, y compris dans une participation à la liturgie eucharistique même si le célébrant n’est pas en communion avec l’évêque de Rome.

    Un attachement légitime

    J’appartiens à une génération qui a vécu à la fin des années 1960 et durant les années 1970 un rejet du latin et du chant grégorien, alors même que les principes énoncés dans Sacrosanctum Concilium sont clairs : « L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins » (SC 36,1) et « toutefois, soit dans la messe, soit dans l’administration des sacrements, soit dans les autres parties de la liturgie, l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple ; on pourra donc lui accorder une plus large place ». (SC 36,2)

    Un peu plus loin, on lit : « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place » (SC 116).

    Ce n’est pas le lieu ici de revenir sur la façon dont la réforme liturgique a été mise en place, sur le rôle des commissions conciliaires et post-conciliaires, sur les interventions des autorités ecclésiastiques. Il y aurait certainement beaucoup d’enseignements à en tirer.

    Reste que certains fidèles ont toujours été attachés à la langue latine et au chant grégorien. Cet attachement est légitime, car sanctionné par des documents ayant le plus haut degré d’autorité. Une insatisfaction de ces fidèles, encore maintenant, devrait être prise en compte.

    Un certain ostracisme « anti-latin »

    Nous pourrions nous demander si en France, en juin 2026, chaque diocèse compte suffisamment de messes célébrées intégralement en latin, suivant l’ordo en vigueur, accompagné par le chant propre de l’Église romaine, le chant grégorien.

    D’autre part, les séminaristes qui le souhaitent peuvent-ils facilement être formés à la célébration de la messe conciliaire en latin ? N’y a-t-il pas encore des blocages qui rendent impossible, de façon habituelle, une célébration de la messe en latin telle qu’elle est prévue par le concile ?

    Il n’est évidemment pas question de revenir au tout latin, et l’on voit l’effet pastoral bienfaisant, et la légitimité, qu’a l’utilisation des langues vernaculaires, mais ne rencontre-t-on pas toujours un certain ostracisme « anti-latin » ? De telles attitudes, ou un manque d’initiatives dans le sens de l’accueil des textes du concile, favorisent-ils la communion à laquelle le Saint-Père Léon XIV est si attaché et qu’il cherche à affermir et à entretenir ?

    Pour une pacification liturgique

    Les interventions les plus importantes de l’abbé de Solesmes de l’époque, dom Jean Prou, au concile, concernèrent la restauration de la concélébration qu’il appelait de ses vœux, la défense de la langue latine et du chant grégorien. Le texte conciliaire sur la liturgie montre que la pensée de dom Prou fut largement partagée par les Pères.

    De même, saint Paul VI, durant son pontificat n’a cessé de donner des indications pour que le latin ne soit pas évacué de la liturgie, et que les fidèles de tout pays puissent continuer à chanter en latin certaines parties de l’ordinaire de la messe (gloria, credo, pater…).

    Le climat actuel n’indiquerait-il pas qu’il y aurait une fécondité à ce que ces points du concile soient de nouveau présentés et reçus ? Ne serait-ce pas une contribution importante à la pacification des cœurs, à une pacification liturgique ?

  • Le pape dénonce les excès de l’individualisme

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    Le pape Léon XIV a mis en garde mercredi contre un « paradoxe » dans les sociétés occidentales où une importance croissante accordée à la liberté individuelle coexiste avec une peur de plus en plus répandue d'être jugé.

    S’adressant à des évêques de différents pays amis du Mouvement des Focolari, le pape a mis en garde contre les effets de l’individualisme en Occident, « où les réseaux autrefois stables de la famille, de l’amitié et de la communauté cèdent la place à une fragmentation accrue ». (source)

    (...) Je pense aussi à la situation ici en Occident, désormais excessivement marquée par les effets de l’individualisme, là où les réseaux familiaux, amicaux et communautaires autrefois stables laissent place à une plus grande fragmentation, et où la liberté est de plus en plus présentée comme une autonomie absolue – la capacité à poursuivre le bonheur sans aucune limites morales, naturelles voire humaines (cf. Lettres encyclique Magnifica humanitas, n. 118).

    Nous observons pourtant un paradoxe. Malgré l’importance accordée à la liberté individuelle, les gens se sentent aujourd’hui moins libres d’être eux-mêmes ou de suivre leurs idéaux les plus élevés, en raison de leur peur dissimulée d’être jugés ou ne pas rentrer dans le moule. De plus, cette peur de s’ouvrir aux autres, qui accentue le sentiment de division, nous prive en ultime analyse du bonheur pour lequel nous avons été créés, étant donné que nous sommes créés à l’image du Dieu un et trine, qui est lui-même une communion de personnes – Père, Fils et Saint-Esprit. En révélant le cœur du Père, le Christ nous montre la signification la plus profonde de notre existence, de nos relations et de la voie vers le bonheur. À travers le don de l’Esprit, nous sommes devenus des enfants de Dieu, partageant la vie divine, et de cette communion avec Dieu découle notre communion les uns avec les autres en tant que frères et sœurs dans le Christ. Telle est l’Église, un mystère de communion (cf. Dicastère pour la Doctrine de la foi, Communionis Notio, n. 3), le signe et le levain d’unité pour votre monde. 

    (...)

  • Les médias francophones belges : un paysage largement dominé par le progressisme de gauche

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    Les médias francophones belges : un paysage largement dominé par le progressisme de gauche

    En Wallonie et à Bruxelles, le paysage médiatique mainstream présente une orientation clairement progressiste à centre-gauche. Ce constat, longtemps contesté ou relativisé, s’appuie sur l’analyse des lignes éditoriales, du profil des rédactions, de la sélection des sujets et de la place accordée aux différentes sensibilités politiques.

    Les grands acteurs

    La RTBF, service public audiovisuel, est régulièrement accusée d’un tropisme progressiste. Choix des thèmes (immigration, questions de genre, écologie, justice sociale), sélection des invités et cadrage des débats y sont souvent perçus comme favorables aux grilles de lecture de gauche. Le cordon sanitaire médiatique, appliqué strictement depuis 1991, y interdit la parole en direct aux représentants d’extrême droite.

    Le Soir, grand quotidien de référence du groupe Rossel, s’inscrit explicitement dans une ligne progressiste et social-démocrate. Il constitue le titre le plus clairement ancré à gauche parmi les quotidiens généralistes.

    La Libre Belgique, historiquement centre-droit et chrétienne-démocrate, s’est recentrée depuis la fin des années 1990. Elle reste un peu moins progressiste que Le Soir sur certains sujets, mais s’inscrit largement dans le même continuum idéologique dominant. Elle n’offre pas de contrepoint conservateur ou libéral-conservateur significatif.

    Avec la fusion Rossel-IPM, autorisée en juillet 2026 sous conditions, le groupe Rossel contrôle désormais la quasi-totalité de la presse quotidienne francophone (Le Soir, La Libre, La DH, L’Avenir et les titres Sudinfo). Cette concentration renforce encore l’homogénéité éditoriale d’un marché déjà étroit.

    Les exceptions limitées

    Quelques titres se distinguent partiellement. L’Echo défend plus clairement un libéralisme économique (compétitivité, critique de la dépense publique excessive). C’est le média le plus proche d’un positionnement centre-droit sur le plan économique, tout en restant prudent sur les questions sociétales.

    Du côté des pure players, 21 News, lancé en 2024 et lié à des sensibilités du MR, constitue l’initiative la plus explicite pour offrir un espace de droite ou de centre-droit. Son audience demeure toutefois limitée face aux grands médias traditionnels.

    Facteurs structurels

    Plusieurs éléments expliquent cette configuration :

    • Le profil des journalistes, qui se situent en moyenne plus à gauche ou centre-gauche que la population générale.
    • La disparition progressive des anciens médias d’opinion clairement ancrés à droite.
    • Le cordon sanitaire médiatique, qui, s’il cible d’abord l’extrême droite, contribue à un climat où certaines positions conservatrices sont traitées avec une défiance a priori.
    • La concentration économique, qui réduit la diversité des lignes éditoriales.

    Conséquences pour le pluralisme

    Le résultat est un déséquilibre net. Les sensibilités progressistes et centre-gauche disposent d’un accès large et structurant au débat public. Les opinions de centre-droit ou de droite (qu’elles portent sur l’économie, la sécurité, l’immigration, l’identité ou les questions sociétales) restent sous-représentées dans les médias qui touchent le plus large public.

    Ce constat ne signifie pas l’absence totale de pluralisme, ni une censure organisée. Il décrit une réalité structurelle : en Belgique francophone, le spectre médiatique mainstream s’étend principalement du centre-gauche progressiste au centre, avec très peu d’espace pour des voix clairement situées plus à droite.

  • Dai frutti li riconoscerete. L’Italie catholique, soixante ans après le Concile

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    De Maurizio d’Orlando sur le blog d'Aldo Maria Valli :

    Dai frutti li riconoscerete. L’Italie catholique, soixante ans après le Concile

    Je ne suis pas théologien. Ma formation est statistico-économique et économétrique. Je n’entends donc pas juger le Concile Vatican II à travers une dispute entre écoles théologiques. Je me limite à faire ce que l’on fait lorsqu’il s’agit d’évaluer n’importe quelle grande réforme : je compare le point de départ avec le point d’arrivée.

    Le Concile s’est conclu le 8 décembre 1965. Soixante ans se sont écoulés. Le temps des prévisions est terminé. Nous pouvons regarder les résultats.

    Vers 1965, près de 99 % des Italiens se déclaraient catholiques. Plus de 98 % des mariages étaient célébrés à l’église. En 1965 naquirent 1 017 944 enfants ; le nombre moyen d’enfants par femme était de 2,66, largement supérieur au niveau nécessaire pour assurer la continuité des générations. Les décès furent d’environ 517 000 : les naissances les dépassèrent d’un demi-million.

    Les étrangers résidents étaient statistiquement quasi inexistants : 62 780 au recensement de 1961 et 121 116 à celui de 1971. Au milieu des deux recensements, l’année où se terminait Vatican II, il s’agissait donc d’environ une personne sur cinq cents.

    Telle était l’Italie livrée à l’après-Concile.

    Soixante ans plus tard, en 2025, seuls 355 000 enfants sont nés et 652 000 personnes sont mortes. La fécondité est tombée à 1,14 enfant par femme. Le solde naturel a été négatif d’environ 296 000 habitants.

    La même année, le solde migratoire avec l’étranger a été positif de 296 000 personnes.

    Moins 296 000 pour le mouvement naturel. Plus 296 000 pour le mouvement migratoire.

    La correspondance est presque parfaite. Les Italiens qui ne naissent pas sont remplacés par des personnes venant de l’étranger.

    Ce n’est pas une expression inventée par la soi-disant extrême droite. En 2000, la Division de la population des Nations Unies a publié une étude intitulée « Replacement Migration: Is It a Solution to Declining and Ageing Populations? » : « Migration de remplacement : est-ce une solution au déclin et au vieillissement des populations ? ». L’expression désigne précisément l’immigration nécessaire pour compenser une population qui diminue et vieillit.

    Au début de 2026, les étrangers résidents en Italie étaient 5 560 000, soit 9,4 % des habitants. S’y ajoutent ceux qui ont déjà obtenu la citoyenneté italienne et leurs descendants.

    La grande majorité de cette population n’est pas catholique. Selon les estimations de la Fondation ISMU, au début de 2025, sur plus de cinq millions d’étrangers résidents, les catholiques étaient environ 900 000. Les musulmans avaient atteint 1,7 million ; les orthodoxes dépassaient le million et demi. Plus de quatre étrangers sur cinq appartenaient donc à d’autres confessions ou ne professaient aucune religion.

    Ce n’est pas un jugement sur la valeur des personnes. C’est un fait sur la transformation de l’Italie.

    Une Église qui ne transmet plus

    Dans le même laps de temps, la continuité religieuse s’est effondrée.

    Aujourd’hui, pas même un Italien sur trois ne se déclare catholique ? Non : une enquête de 2023 situe encore l’appartenance déclarée autour de 61 %. Mais seulement 17,9 % de la population fréquente hebdomadairement un lieu de culte.

    Le chiffre décisif concerne les enfants. En 1995, 70,3 % des enfants de six à treize ans participaient chaque semaine au culte. En 2023, seulement 32,4 %. Parmi les jeunes adultes, on n’atteint pas un sur dix.

    En 2024, à peine 38,7 % des mariages ont été religieux. En 1965, c’était plus de 98 %.

    Entre 2000 et 2024, les baptêmes ont diminué de 64,6 %, tandis que les naissances ont baissé de 31,9 %. Ce n’est donc pas seulement la dénatalité qui réduit les baptêmes : les enfants diminuent, mais la transmission de la foi diminue deux fois plus rapidement.

    Les séminaristes étaient 6 337 en 1970. En 2019, il en restait 2 103. Les ordinations sacerdotales sont passées de 527 en 2000 à 279 en 2024.

    Ce n’est pas un seul indicateur qui est tombé. Ce sont tombés ensemble l’appartenance, la pratique, les mariages religieux, les baptêmes, les vocations et les ordinations.

    Une coïncidence de soixante ans

    On objectera : post hoc non est propter hoc. Le fait que quelque chose arrive après quelque chose d’autre ne prouve pas que ce soit la conséquence.

    C’est vrai. Mais cela ne prouve pas non plus le contraire.

    Lorsqu’une grande réforme pastorale est suivie de l’aggravation concordante de tous les indicateurs qui auraient dû mesurer son succès, il n’est pas rationnel de proclamer qu’entre les deux faits il ne peut exister aucun rapport. La succession chronologique ne suffit pas à prouver la causalité ; elle suffit cependant à imposer la question.

    Et la question devient inévitable lorsque le Concile est présenté comme la réponse de l’Église à la modernité. On ne peut pas attribuer à la modernité l’échec de la réforme et, en même temps, célébrer comme providentielle la réforme conçue pour l’affronter.

    Peut-être la société italienne se serait-elle déchristianisée de toute façon. Peut-être la natalité se serait-elle effondrée de la même manière. Peut-être la famille se serait-elle dissoute avec la même rapidité et la population manquante aurait-elle été remplacée par la même immigration.

    Mais ce sont aussi des hypothèses. Les faits observables sont autres.

    En 1965, l’Italie était une nation presque entièrement catholique, célébrait à l’église presque tous les mariages, engendrait plus d’un million d’enfants par an et assurait largement sa propre continuité démographique.

    En 2025, la pratique religieuse est minoritaire, les mariages catholiques sont moins de quatre sur dix, la fécondité est tombée à 1,14 enfant par femme et le solde naturel négatif est presque exactement compensé par le solde migratoire. La population qui prend la relève est, en grande majorité, non catholique.

    Quelle est la probabilité que tout cela ne soit que pure coïncidence ? Il n’existe pas de formule honnête capable de la calculer. Mais il faut beaucoup plus de foi pour croire à la coïncidence que pour reconnaître au moins une relation.

    Après soixante ans, il ne suffit plus de répéter que le Concile doit encore être compris, mis en œuvre ou mené à son terme. Soixante ans, c’est plus de deux générations. Le temps de l’expérimentation est terminé. Est arrivé le temps du bilan.

    Les chiffres ne prononcent pas de sentences théologiques. Mais ils enregistrent les résultats.

    Et l’Évangile nous a laissé un critère que même un statisticien peut comprendre : « À leurs fruits vous les reconnaîtrez. »