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Culture - Page 4

  • La polygamie, pierre d’achoppement du premier voyage du pape Léon en Afrique

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    La polygamie, pierre d’achoppement du premier voyage du pape Léon en Afrique

    Oui, c’est rien moins qu’un hymne au mariage monogame et indissoluble qui a remporté le Superbowl de la chanson italienne à Sanremo en cette première nuit de mars, avec « Per sempre sì » chantée par Sal Da Vinci, ce qui lui a valu un commentaire enthousiaste dans « Vatican News » de la part de Mgr Antonio Staglianò, président de l’Académie pontificale de théologie, pour cette « résistance poétique » inattendue, à rebours de l’esprit du temps qui boude les mariages en faveur du « polyamour ».

    Mgr Staglianò fait référence à la note doctrinale « Una caro » publiée en novembre dernier par le Dicastère pour la Doctrine de la foi au sous-titre éloquent : « Éloge de la monogamie », qui prend pour modèle l’amour de Jésus qui s‘est sacrifié jusqu’au bout, érigeant ainsi le don réciproque du mariage chrétien au rang de sacrement.

    Mais le fait que le mariage chrétien soit monogame et indissoluble n’est pas forcément une évidence partout dans le monde, au contraire, il continue à faire face à des difficultés qui ne datent pas d’hier, comme la note « Una caro » le reconnaît elle-même.

    La note en cite deux en particulier : la polygamie, encore largement pratiquée principalement en Afrique subsaharienne, et le « polyamour », entendu comme « une forme publique d’union non monogame », qui augmente principalement en Occident.

    Le cas de l’Afrique touche l’Église catholique de manière d’autant plus particulière qu’il s’agit du seul continent où le christianisme est en expansion, avec 20% du total mondial des catholiques baptisés, mais où la polygamie fait obstacle à de nombreux baptêmes potentiels.

    Ce n’est pas la première fois que l’Église catholique tente de prendre ce problème à bras-le-corps et, depuis quelques années, elle cherche à établir une ligne commune. Le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar a demandé à douze experts de travailler à la rédaction d’un document unitaire sur la question, dont le projet – préalablement approuvé par le Dicastère pour la Doctrine de la foi – a été débattu en assemblée plénière à Kigali, au Rwanda, entre le 30 juillet et le 4 août 2025.

    Ce projet a ensuite été présenté à huis clos à l’assemblée par sœur Ester Lucas, une théologienne mozambicaine, et le texte est actuellement en phase de finalisation, avant d’être remis aux conférences épiscopales nationales. Mais on a déjà appris que la pratique consistant à attribuer aux polygames la reconnaissance officielle de « catéchumène permanent », c’est-à-dire de candidat à un baptême ne pouvant être célébré qu’après son abandon de la polygamie, c’est-à-dire en pratique quasi jamais, a été critiquée.

    En revanche, on vise à renforcer le « soin pastoral » et l’accompagnement des polygames, qui resteront tels pour la plupart « étant donné que les époux ne peuvent briser les liens entretenus » , mais ils pourront cependant acquérir une meilleure compréhension du mariage chrétien, comme « profondément lié au mystère du Christ et de l’Église ». Étant entendu que, s’ils satisfont aux conditions pour accéder aux sacrements, la première épouse et les enfants pourront être baptisés, tandis que le mari polygame et les autres femmes « seront encouragés à vivre leur foi de manière pénitentielle et dans l’espérance d’une pleine intégration dans la communauté de Jésus ».

    Il faudra cependant affirmer à tous avec clarté que « la polygamie n’est pas une condition normative, pas même dans les sociétés où elle est légalisée ».  D’autant que pas moins de trente-et-un pays africains la reconnaissent légalement.

    Et l’Église catholique fait encore face à une autre difficulté : celle de l’attitude adoptée par les autres confessions chrétiennes en la matière. Au sein de l’Église anglicane, ce sujet fait l’objet de vives discussions depuis la fin du XIXe siècle, et la solution qui fait aujourd’hui consensus depuis 1988 permet de baptiser un polygame ainsi que sa femme et ses enfants, pour autant qu’il n’ajoute pas d’autres femmes à celles qu’il a déjà.

    Sans parler du millier d’Églises africaines indépendantes, fondées et dirigées par des leaders autochtones, qui se sont largement répandues ces dernières décennies, allant jusqu’à rassembler plus de la moitié des chrétiens dans un pays comme l’Afrique du Sud. Ces Églises ont une attitude très indulgente envers la polygamie. Le professeur Marzio Barbagli de l’université de Bologne, qui est l’auteur d’un volumineux travail de recherche historique et sociologique à l’échelle mondiale intitulé « Monogamia, Storia di un’eccezione », qui vient de sortir récemment chez Mulino, attribue même aux Églises indépendantes africaines « la naissance d’une figure inconnue sur les autres continents et à d’autres périodes historiques : celle du chrétien polygame. Au Burkina Faso, pas moins de 24% des chrétiens ont plusieurs épouses et au Tchad, la polygamie est davantage répandue parmi les chrétiens que parmi les musulmans ».

    La recherche du professeur Barbagli, qui couvre une période de trois millénaires, confirme que « dans les cultures humaines, c’est la monogamie qui est rare, tandis que la polygamie est courante ». Les Grecs et les Romains ont été les premiers, à partir du Ve siècle avant Jésus Christ, à adopter le système monogame de formation des familles, que le christianisme a rendu « exclusif, durable et plus égalitaire en ce qui concerne l’obligation de fidélité conjugale ».

    Et cela dans un monde qui, hors de la domination romaine, était totalement polygame, avant d’être peu à peu conquis à la monogamie d’abord en Europe, puis aux Amériques, plus tard encore au Japon, en Chine et en Inde, tandis que cette transition est encore en cours dans d’autres pays d’Asie et d’Afrique subsaharienne.

    Le Pape Léon abordera vraisemblablement la question de la polygamie à l’occasion de son premier voyage africain, programmé du 13 au 23 avril en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée Équatoriale. Et peut-être tiendra-t-il compte de ce que la note doctrinale « Una caro » ajoute dans une note de bas de page, à propos de quelques aspects de ce phénomène qu’elle estime devoir mettre en valeur :

    « Des études approfondies sur les cultures africaines montrent que les différentes traditions accordent une importance particulière […] au rôle que la première épouse est appelée à jouer vis-à-vis des autres épouses. […] La première épouse régulièrement mariée selon les coutumes traditionnelles est souvent présentée comme celle donnée par Dieu à l’homme, bien que ce dernier puisse accueillir d’autres femmes. Dans le cas de la polygamie, la première épouse se voit attribuer une place particulière dans l’accomplissement des rites sacrés liés aux funérailles ou dans l’éducation des enfants nés d’autres femmes de la famille ».

    Mais le jésuite Anthony R. Lusvardi, professeur de théologie sacramentelle à la Grégorienne, a quant à lui écrit ceci dans son commentaire de « Una caro » paru dans le dernier numéro de « La Civiltà Cattolica » :

    « À bien y regarder, si l’on analyse honnêtement l’état actuel de la culture occidentale, il convient d’éviter de présenter la polygamie comme un phénomène exclusivement africain. Mark Regnerus de l’Université du Texas et d’autres chercheurs ont forgé l’expression iconique ’monogamie sérielle’ pour qualifier des modèles relationnels – caractérisés par des divorces fréquents et des cohabitations de courte durée – aujourd’hui largement dominants en Occident. La pratique de la gestation pour autrui introduit elle aussi une tierce personne dans le mariage à des fins de procréation, sans reconnaître à la femme qui accouche aucun des droits et des protections dont bénéficie l’épouse. […] En outre, depuis la légalisation de l’union entre personnes de même sexe dans plusieurs pays occidentaux, certaines voix critiques de la structure monogame de la famille, considérée comme oppressive, ont commencé à promouvoir des systèmes considérés comme plus inclusifs, comme le ‘polyamour’. La montée, en Europe, de communautés musulmanes avec une longue tradition de polygamie pourrait rendre ce sujet encore plus incontournable à l’avenir. »

    Bref, comme le dit notamment le professeur Barbagli en conclusion de sa recherche, « le déclin de la polygamie n’a pas coïncidé avec la pleine affirmation de la monogamie. Et certainement pas sous la forme indissoluble pour laquelle l’Église catholique s’est toujours battue ».

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Technologie, réseaux sociaux, IA : le risque que les humains deviennent des objets

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    De Tommaso Scandroglio sur la NBQ :

    Technologie, réseaux sociaux, IA : le risque que les humains deviennent des objets

     

    La Commission théologique internationale a publié une note sur l'anthropologie chrétienne face au développement technologique. Ce document met en garde contre le transhumanisme et le posthumanisme et explique comment la généralisation des technologies a un impact négatif sur l'identité.

    09/03/2026

    Le 4 mars, la Commission théologique internationale a publié une longue note intitulée « Quo vadis, humanitas ? Réflexions sur l’anthropologie chrétienne face à certains scénarios d’avenir pour l’humanité » . Cette note, divisée en 164 points, traite du développement humain en relation avec le développement technologique. La Commission théologique y examine de nombreuses questions conceptuelles, souvent abordées de manière verbeuse et tout aussi souvent hors sujet. Nous en soulignons ici deux particulièrement frappantes.

    D'après ce document, deux phénomènes philosophiques, aux répercussions immédiates dans le domaine technologique, sont particulièrement dangereux pour le développement harmonieux de l'humanité : le transhumanisme et le posthumanisme. « Le transhumanisme  lit-on dans la note – est un mouvement philosophique qui part du principe que les êtres humains peuvent et doivent utiliser les ressources de la science et de la technologie pour dépasser les limites physiques et biologiques de la condition humaine, […] façonnant ainsi leur propre évolution et maximisant leur potentiel, jusqu'à remodeler l'être humain pour le rendre apte à aller au-delà » (14). Le transhumanisme, en définitive, prône l'avènement du surhomme, un homme si surpuissant qu'il deviendrait autre que lui-même. Un homme qui dépasse – et c'est là une pure dystopie – sa propre nature et se dénature de ce fait. Le posthumanisme, en revanche, rend « la frontière entre l’humain et la machine complètement fluide » (15), prêchant l’absence d’une nature spécifique pour la personne humaine : l’homme serait indéterminé et pourrait donc potentiellement fusionner avec d’autres entités dans un tout cosmique.

    Dans les deux cas, on assiste à une tentative de déformer l'homme, puisqu'un « jugement négatif est porté sur la condition humaine telle qu'elle est, et finalement sur son identité . De là naît le rêve de la réinventer, un rêve motivé par l'insatisfaction face à ce qui est donné tel quel » (57). Un trait propre à toute idéologie se dessine ainsi : le rejet de la réalité pour en inventer une nouvelle. La tentation est donc de se substituer au Créateur pour devenir soi-même créateur. Le potentiel technologique actuel, désormais perçu comme omnipotent, rend le désir incessant d'autopoïèse de l'homme encore plus séduisant.

    En réponse à ces deux thèses philosophiques, on peut rappeler que l'être humain doit se perfectionner non pas parce que la nature l'exige, par manque de quelque chose, mais parce que c'est ce que la nature demande. La nature lui sert de critère pour atteindre sa propre perfection, mais aussi de limite : ontologiquement, l'homme ne peut jamais être différent de ce qu'il est, ou plutôt , de qui il est. Cette perfection, explique la note, est possible non seulement en exploitant le potentiel naturel, mais surtout par la grâce divine : « Le sens juste de ce “dépassement” caractéristique de l’humain se trouve dans le “transhumain” exprimé par Dante au premier Chant du Paradis, comme dans d’autres modes d’expérience de la “divinisation”, l’effet d’une union intime avec Dieu par la grâce plutôt que le produit de techniques humaines plus ou moins élaborées. […] À ce niveau de discours, on peut mesurer la profonde distance qui existe entre le rêve de “devenir comme des dieux” (cf.  Gn  3,4) d’un certain  transhumanisme  ou  posthumanisme  et le don de la “divinisation” compris comme participation à la vie divine dans l’humanité transfigurée des enfants de Dieu en Christ » (24). C’est dans la participation à l’être de Dieu – c’est ce qu’indique le terme, certes imparfait, de “divinisation” employé dans la note – que l’homme se perfectionne, c’est-à-dire qu’il devient toujours plus humain, toujours plus lui-même. Une participation imparfaite ici-bas et parfaite au Paradis : « nous serons comme lui, « Car nous le verrons tel qu’il est » (1 Jn 3, 2). Dans le transhumanisme et le posthumanisme, la quête de transcendance est vouée à l’échec, car l’homme est réduit à sa seule dimension physique, et parce qu’il se fonde uniquement sur ses capacités humaines, et surtout parce que la nature, comprise métaphysiquement, constitue une limite infranchissable. En revanche, dans le christianisme, la volonté de transcender, c’est-à-dire de dépasser non pas la condition naturelle mais la condition de la nature déchue, est accessible grâce aux forces de l’âme et à la grâce de Dieu. Un mouvement de transcendance si élevé, bien plus élevé que celui imaginé par les transhumanistes, qu’il nous rend semblables à Dieu.

    Un second thème suggestif abordé par la note est celui du rapport entre technologie et identité. À cet égard, la Commission écrit que, puisque « la technologie numérique, les médias sociaux, l’intelligence artificielle [sont] des outils plus étroitement  liés à notre compréhension de nous-mêmes , utilisés pour nous exprimer sous diverses formes de communication sociale, pour façonner des identités personnelles ou collectives, pour cultiver des relations avec autrui, une transformation plus intime s’opère. La technologie numérique n’est plus seulement un outil, mais constitue un véritable environnement de vie, avec sa propre manière de structurer les activités et les relations humaines » (33). L’intuition est pertinente : la technologie numérique n’est plus seulement un moyen, mais un environnement, une structure technologique déjà sociale car nous vivons en son sein, nous y sommes immergés et, par osmose, nous en assimilons le contenu. C’est une condition existentielle. Cet environnement techno-social, si omniprésent, flexible, personnalisable, englobant la quasi-totalité de nos activités et, concernant l’IA, imitant l’intelligence humaine, transforme nos identités. Le risque est que les humains, de sujets, deviennent des objets, et les instruments, d'objets, des sujets ; que les humains, d'agents, deviennent des sujets, et les instruments, d'acteurs, des sujets. En substance, le danger réside dans le fait que notre identité est façonnée par les réseaux sociaux, l'IA et les innombrables appareils que nous utilisons. Les humains deviennent ainsi des cyborgs et les machines des humanoïdes. Un véritable échange d'identités s'opère, où le réel devient virtuel et le virtuel devient réel.

    La note se concentre ensuite sur une manière particulière de construire son identité par le biais des technologies numériques : « Dans de nombreux environnements de l’infosphère, on observe une insistance à être reconnu, à partager en permanence en ligne pensées et émotions, qui doivent être “reconnues par autrui”. Malgré le besoin humain légitime de reconnaissance, ce phénomène excessif est symptomatique d’une incertitude identitaire. Précisément parce que celle-ci doit être “inventée” sans instances objectives externes (nature, valeurs culturelles, rôles sociaux, coutumes partagées), l’identité est plus fragile : elle invoque la reconnaissance mais doit la négocier, l’attirer, la conquérir, quitte à crier ou à déformer la réalité. Le moi, aujourd’hui, lutte dans l’espoir d’être reconnu par quelqu’un » (43). Le moi se construit avec des milliers, des millions de « j’aime » et d’abonnés, c’est-à-dire par l’appréciation, la considération, le consensus. Vous existez si vous existez pour les autres, au-delà des paramètres objectifs tels que la nature, les valeurs culturelles, les rôles sociaux, les coutumes partagées. Le moi est alors désincarné de la nature, de son histoire, de ses relations sociales physiques, de sa famille, de ses talents. L’identité naît et meurt dans le virtuel. Vous êtes l’image que les autres ont de vous. Narcisse n'est que l'image qu'il voit se refléter dans l'eau. Et cette eau, aujourd'hui, s'appelle les réseaux sociaux.

  • Affaire Galilée : "on est bien loin de l'image d'Épinal du martyr en proie à la persécution de l'Église..."

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    Un podcast de l'Institut de France :

    L’affaire Galilée, ou l’hypothèse sans preuve

    avec l’historien Aimé Richardt
    archive du 3 février 2008
    Avec Christophe Dickès, journaliste

    Dans un ouvrage qui fera date, Aimé Richardt, lauréat de l’Académie française pour sa biographie de Fénelon (1994), décrypte le mythe Galilée en rétablissant une vérité historique fondée sur une étude minutieuse des textes. Dans "La vérité sur l’Affaire Galilée", l’auteur donne les raisons de la condamnation du Florentin en la replaçant dans le contexte des connaissances historiques et scientifiques de l’époque. Un ouvrage préfacé par Mgr Huot-Pleuroux, ancien Secrétaire Général de l’Episcopat.

    Émission proposée par : Christophe Dickès
    Référence : hist318

    Télécharger l’émission (56.14 Mo)

    Le 22 juin 1633, un certain Galilée fut condamné à Rome par le tribunal du Saint Office. La sentence prononcée par des cardinaux de l’Eglise catholique -appelés en la circonstance Inquisiteurs Généraux, fut la suivante : « Nous te condamnons dit le jugement à la prison formelle de ce Saint Office pour le temps qu'il nous plaira de fixer. De plus, au titre d'une pénitence salutaire, nous t'ordonnons de réciter les 7 psaumes de la pénitence salutaire, une fois par semaine, pendant les trois prochaines années... ».

    Et pourtant, Galilée ne fit pas un seul jour de prison… Il ne récita pas plus les psaumes de la pénitence salutaire puisqu’il confia ce pensum à sa fille religieuse qui s’en acquitta dûment. Et Galilée termina ses jours tranquillement à Acerti, près de Florence, où il vécut jusqu’à sa mort en 1642.

    Le nom de Galilée est généralement associé à un symbole, parfois même à un mythe, celui de la résistance à l’obscurantisme religieux en général et catholique en particulier. Pourtant qui connaît réellement Galileo Galilei, fils de Vincenzio Galilei né à Pise le 15 février 1564 ? Quelles furent ses spécialités scientifiques ? Qu’a-t-il inventé et légué à la science et à la postérité ? Peut-on parler à son endroit de victime de l’Eglise et de l'obscurantisme? Bref, pourquoi Galilée fut-il condamné par l'Eglise catholique? C’est le propos de cette émission d'Un jour dans l'Histoire.

    L'auteur.

    Aimé Richardt, historien, est l'auteur de nombreux ouvrages consacrés aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il s'est intéressé à l'affaire Galilée, après avoir étudié l'œuvre d'un des plus grands intellectuels de l'histoire de l'Eglise, Robert Bellarmin [[FX de Guibert, 2002]]. Il est aussi l'auteur de Louvois, le bras armé de Louis XIV [[Tallandier, 1998]]; Le Soleil du Grand Siècle, prix Hugues Capet [[Tallandier, 2000]], Les savants du Roi Soleil [[FX de Guibert, 2003]], etc.

    Présentation de l'éditeur.

    Depuis le XIXe siècle, la cause était entendue : l'Église catholique avait condamné, emprisonné et martyrisé Galilée, un astronome génial, qui avait démontré que la Terre tournait autour du Soleil, ce que l'Église refusait d'admettre.

    Or la réalité est tout autre ! Non seulement Galilée n'a jamais passé un jour en prison, n'a jamais été martyrisé, mais Aimé Richardt démontre, en s'appuyant sur des documents irréfutables, que Galilée n'a jamais prouvé la rotation de la Terre autour du Soleil, et que l'Église était fondée à le condamner. En effet, les plus hautes autorités religieuses lui avaient demandé, en 1616, d'apporter une preuve à sa théorie, qui était d'ailleurs celle de Copernic, ou de parler d'hypothèse et, surtout, de ne pas intervenir dans l'explication des textes de la Bible qui paraissaient soutenir la thèse opposée du géocentrisme.

    Après l'avoir promis, Galilée est revenu sur sa parole, il a donc été jugé et condamné, avec une mansuétude toute particulière, réclamée par le pape qui était son ami. On est bien loin de l'image d'Épinal du martyr en proie à la persécution de l'Église...

  • L'érosion systématique du patrimoine chrétien serbe au Kosovo

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    De Batko Slaviša Milačić sur The european Conservative :

    L'érosion systématique du patrimoine chrétien serbe au Kosovo

    Entre juin 1999 et mars 2004, 155 églises et monastères chrétiens ont été détruits ou gravement endommagés.

    Le harcèlement et la destruction persistants du patrimoine chrétien serbe au Kosovo par la majorité musulmane albanaise constituent l'une des violations les plus graves et continues de la liberté religieuse et de l'intégrité culturelle en Europe contemporaine. Ce phénomène, ancré dans un esprit de vengeance ethnique post-1999 et alimenté par des influences islamistes radicales, s'est manifesté par le ciblage délibéré de sites de l'Église orthodoxe serbe, le déplacement massif de Serbes chrétiens et l'exportation de l'extrémisme musulman à l'étranger. Loin d'être des actes criminels isolés, ces incidents forment un schéma qui sape les fondements mêmes de la présence chrétienne dans la région et exige une action corrective urgente de la part des puissances occidentales responsables de la situation actuelle. 

    Les archives historiques documentent l'ampleur des destructions avec une précision glaçante. Selon le Centre international pour la justice transitionnelle et des sources corroborées par l'Église orthodoxe serbe, 155 églises et monastères chrétiens ont été détruits ou gravement endommagés entre juin 1999 et mars 2004, suite à l'intervention de l'OTAN et à la mise en place de l'administration internationale. 

    Ce chiffre englobe les attaques de représailles survenues immédiatement après la guerre, qui se sont intensifiées de façon dramatique lors des troubles de 2004, période durant laquelle 35 sites supplémentaires ont été rasés ou gravement endommagés en quelques jours. Parmi les exemples les plus notables figurent des chefs-d'œuvre médiévaux tels que l'église Sainte-Vierge de Ljeviš (XIVe siècle, incendiée à l'intérieur) ; l'église du Christ-Sauveur (XIVe siècle, incendiée) ; la cathédrale Saint-Georges de Prizren (XXe siècle, minée et incendiée) ; le monastère des Saints-Archanges (XIVe siècle, pillé et incendié) ; l'église Notre-Dame de Ljeviš à Prizren (inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, incendiée) ; l'église Saint-Nicolas à divers endroits (plusieurs fois détruite ou vandalisée) ; l'église Saint-Panteleimon de Potkaljaja (XIVe siècle, endommagée) ; l'église Saint-Côme-et-Saint-Damien (XIVe siècle, endommagée) ; et d'innombrables autres édifices des XIVe et XVe siècles qui incarnaient la civilisation chrétienne médiévale de Serbie. Ces actes d'iconoclasme, impliquant souvent l'utilisation de dynamite, d'incendies criminels et de pillages, visaient à effacer les symboles visibles de l'identité et de la présence chrétienne serbe et européenne au Kosovo.

    Des fresques serbes vieilles de plus de huit siècles ont été la cible de vandales et de terroristes.
    Photo issue du projet « Racines de l’âme ».
    Crédit photo : Darko Dozet (Dozetdarko sur Wikipédia serbe, CC BY-SA 3.0 RS , via Wikimedia Commons).

    La dimension humaine est tout aussi dévastatrice. Plus de 250 000 Serbes chrétiens ont été exilés du Kosovo depuis 1999, ce qui constitue un bouleversement démographique forcé, perpétré par la violence, l’intimidation et le nettoyage ethnique. Cet exode, qui a vu des communautés entières contraintes de fuir vers la Serbie et au-delà, a atteint son apogée immédiatement après la guerre et s’est poursuivi lors des troubles ultérieurs, notamment les pogroms de 2004 qui ont déplacé 4 000 personnes supplémentaires. Aujourd’hui, la minorité serbe restante vit dans des enclaves sous une pression constante, et les taux d’émigration témoignent d’une purge silencieuse mais implacable.

    À cette offensive intérieure s'ajoute la projection extérieure de l'extrémisme musulman albanais. Le Kosovo a fourni à l'État islamique et aux groupes affiliés l'un des contingents européens les plus importants par habitant de combattants étrangers. On estime qu'entre 2012 et 2016, 300 à 400 Albanais du Kosovo ont rejoint les rangs djihadistes, soit plus de 16 combattants pour 100 000 habitants, un taux supérieur à celui de nombreuses zones de conflit. Des figures emblématiques comme Lavdrim Muhaxheri, commandant albanais du Kosovo au sein de l'État islamique, tristement célèbre pour ses activités de recrutement et d'exécution, illustrent cette radicalisation, qui puise ses racines dans les influences wahhabites et salafistes de l'après-guerre, financées par des réseaux étrangers. Si la plupart des combattants opèrent depuis l'étranger, cet extrémisme renforce un climat idéologique hostile au christianisme, contribuant aux actes d'intimidation et aux attaques contre les lieux de culte chrétiens.

    La création d'un Kosovo indépendant en 2008, reconnu par de nombreux États occidentaux malgré les violations de la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'ONU, a institutionnalisé ce déséquilibre. Les autorités de Pristina qualifient souvent les incidents de simples cambriolages ou d'actes de vandalisme, et les poursuites sont rares, ce qui permet à l'impunité de perdurer. Des affaires récentes – comme les cambriolages de février 2026 à l'église Sainte-Nedelja de Gornja Gušterica (pillée, environ 70 euros volés) et à l'église Saint-Dimitrije de Dobrotin (dont la boîte à offrandes a été pillée) – ainsi que les 26 attaques recensées contre des croyants serbes, des cimetières ou des lieux de culte chrétiens au cours de la seule année écoulée, témoignent d'une persistance plutôt que d'une diminution.

    L’Europe et les États-Unis, architectes de l’intervention de 1999 et du cadre subséquent pour le Kosovo, doivent faire face à la profonde injustice infligée aux Serbes chrétiens. Les politiques qui ont privilégié l’autodétermination des Albanais musulmans au détriment de la protection des minorités ont permis l’effacement de la culture chrétienne et une manipulation démographique. Un changement radical est impératif : il faut imposer un contrôle international rigoureux des sites religieux, conditionner la reconnaissance et l’aide à des garanties vérifiables pour les minorités, relancer un dialogue constructif entre Belgrade et Pristina sous l’égide de l’ONU et traduire les responsables en justice. L’inaction porte atteinte à la crédibilité morale de l’Occident et risque d’aggraver la déstabilisation des Balkans. La survie du christianisme au Kosovo est en jeu : justice différée est justice refusée.

    Batko Slaviša Milačić est un historien et analyste monténégrin.
  • Eglises en Belgique : fermetures, réaffectations... Où en est-on ?

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    Nous avons posé la question à une I.A.; voici sa réponse qui semble conforme à la réalité :

    Contexte des fermetures permanentes des églises et lieux de culte en Belgique

    En Belgique, les fermetures permanentes d'églises et de lieux de culte sont souvent liées à la sécularisation de la société, à la baisse de la fréquentation religieuse, aux coûts d'entretien élevés et à des décisions administratives ou ecclésiastiques. Ce phénomène touche principalement l'Église catholique, qui gère la majorité des édifices religieux dans le pays. Entre 2012 et 2019, un total de 132 églises ont été désaffectées sur l'ensemble du territoire belge. En Flandre, le gouvernement régional a encouragé l'Église à accélérer le processus de désaffectation des églises inutilisées, en demandant aux autorités locales de prendre l'initiative pour leur réutilisation à des fins non religieuses. Les tensions portent surtout sur les délais : l'Église est pressée de dresser des listes d'édifices superflus dans un délai d'un an.

    À Bruxelles, l'archidiocèse envisage de fermer de nombreuses églises parmi les 108 existantes dans l'agglomération, en raison de leur état critique et de la faible affluence. Actuellement, la capitale compte 92 églises catholiques diocésaines actives, après une réorganisation des paroisses autour de clochers principaux. Un certain nombre d'édifices devraient être désaffectés dans les prochaines années. Ces fermetures posent des défis patrimoniaux et budgétaires, rendant complexe leur réaffectation. Des cultes comme l'orthodoxie, le protestantisme ou l'islam expriment un intérêt pour reprendre certains lieux.

    Des cas spécifiques illustrent cette tendance, comme l'église de Wadelincourt (près de Beloeil), fermée depuis 2018 et en cours de réaffectation par la commune. Plus largement, des discussions sur le financement public des cultes ont émergé, avec des propositions pour le supprimer, bien que sans suite concrète. La Belgique reste neutre religieusement, reconnaissant et finançant plusieurs cultes (christianisme, islam, judaïsme, etc.), comme le rappelle la Constitution.

    Situation actuelle et perspectives (début 2026)

    En 2026, les fermetures permanentes continuent sporadiquement pour des raisons de sécurité ou d'inutilisation, comme l'église Saint-Éloi de Ten-Brielen, fermée en urgence en février 2026 en raison de risques d'effondrement. Les débats sur la réutilisation des églises persistent. En Belgique, l'accent est mis sur la préservation patrimoniale et la réaffectation, avec une collaboration entre Église et État.

    Processus général de réaffectation des églises en Belgique

    La réaffectation des églises en Belgique désigne le changement d'usage d'un lieu de culte désaffecté (désacralisé), souvent motivé par la sécularisation, la baisse de la fréquentation et les coûts d'entretien élevés. Ce processus n'est pas nouveau : historiquement, des églises ont été réaffectées à d'autres cultes ou usages profanes. Il implique une désaffectation préalable, qui retire le caractère sacré du bâtiment selon le droit canon (canon 1222) et les réglementations régionales. Les églises antérieures à 1795 sont généralement propriétés communales, gérées par des fabriques d'église (établissements publics chargés du temporel du culte). La procédure varie par région (Flandre, Wallonie, Bruxelles), mais inclut toujours l'évêché, la commune et parfois le gouvernement régional.

    Étapes clés :

    1. Réflexion initiale : Discussion entre fabrique d'église, curé, évêché, commune et citoyens pour évaluer l'état du bâtiment et les besoins.
    2. Inventaire des biens mobiliers : Obligatoire pour lister meubles, objets liturgiques et patrimoines (via CIPAR en Wallonie).
    3. Délibérations : Approbations successives de la fabrique, de la commune et de l'évêché.
    4. Demande officielle : Soumise au gouvernement régional (Wallonie) ou équivalent, avec motivation et projet de réaffectation.
    5. Désacralisation : Décret épiscopal finalisant la perte du caractère sacré.
    6. Réaffectation : Nouvelle destination (culte autre, usage mixte, profane), avec subsides possibles (AWaP en Wallonie, fonds régionaux).

    Les usages profanes doivent être "non inconvenants" (pas d'usages dégradants). Priorités : transfert à une autre communauté catholique, puis chrétienne, puis profane.

    Réaffectation en Flandre

    La Flandre accélère les réaffectations via le "Programma Toekomst Parochiekerken" depuis 2011, obligeant des plans stratégiques par commune (85 % couverts en 2023). Les catégories incluent valorisation (tours guidés), usage concomitant (autres cultes), secondaire (partagé) ou réaffectation totale. Le gouvernement flamand encourage les bourgmestres à identifier les églises superflues, avec subsides pour restauration. De nombreuses églises ont été désaffectées depuis 2013 (Préférences des bourgmestres : récréatif (68 %), socio-culturel (54 %), commercial (47 %), logement (34 %).

    Exemples :

    • Sint-Jozef (Anvers) : Usage orthodoxe.
    • The Jane (Anvers) : Restaurant.
    • Bibliothèque Kaulille (Limbourg) : Bibliothèque partagée. 

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  • Sacré aux Goya, le film qui bouleverse l'Espagne

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    D'Hortense Leger sur aleteia.org :

    “Les Dimanches”, le film sacré aux Goya qui bouleverse l’Espagne

    Récompensé par cinq prix à la cérémonie des Goya ce 28 février, dont celui du meilleur film, "Les Dimanches" de la réalisatrice espagnole Alauda Ruiz de Azúa, explore avec finesse la tempête intérieure d’une jeune femme discernant sa vocation religieuse. Entre amour, foi et liberté, ce long-métrage bouleverse le cinéma espagnol et interroge croyants comme non-croyants.

    Lire la suite sur aleteia.org

  • 2050 : le nouveau livre du duo Sarah-Diat

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    LDE5127

    « Dans vingt-cinq ans, l'Église sera-t-elle encore un phare,

    ou l'écho lointain d'une voie oubliée ? »

    Le catholicisme européen épouse de façon troublante les convulsions d'un monde sécularisé : la morale devient fluide, l'héritage contesté, le passé abandonné au nom d'un présent en perpétuelle mutation. On ne craint plus de se détourner de ses racines, comme si l'arrachement pouvait engendrer un renouveau.

    2050, co-écrit par Nicolas Diat et le cardinal Robert Sarah.

    Auteurs

    • Cardinal Robert Sarah : Préfet émérite du Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements au Vatican, il est une figure éminente de l'Église catholique, originaire de Guinée. Connu pour ses positions conservatrices et sa défense de la tradition liturgique, il a déjà collaboré avec Nicolas Diat sur plusieurs ouvrages à succès, tels que Dieu ou rien (2015), La force du silence (2016) et Le soir approche et déjà le jour baisse (2019).
    • Nicolas Diat : Journaliste et essayiste français, spécialiste des questions religieuses et vaticanes. Il est l'auteur de plusieurs livres d'entretiens avec des personnalités ecclésiastiques, et sa collaboration avec le cardinal Sarah est marquée par des réflexions profondes sur la foi et l'Église contemporaine.

    Publié en mars 2026, 2050 est un ouvrage sous forme d'entretiens entre les deux auteurs, qui explore l'avenir de l'Église catholique d'ici à 2050, soit dans environ 25 ans. Le cardinal Sarah y exprime ses préoccupations face aux signes de "perte de la foi" dans l'Église, particulièrement en Occident, tout en partageant des motifs d'espérance pour son renouveau. Le livre aborde des thèmes comme le rôle divin dans l'Église, la crise spirituelle actuelle, et des critiques implicites envers certaines évolutions modernes au sein de l'institution ecclésiale.

    Détails pratiques

    • Éditeur : Fayard (groupe Hachette Livre).
    • Format : Broché, grand format, environ 288 pages.
    • ISBN : 978-2213725185.
    • Prix indicatif : Autour de 20-25 € (selon les distributeurs).
    • Disponibilité : Disponible en librairies physiques et en ligne (comme Amazon, Fnac, ou le site de Fayard), y compris en précommande ou achat immédiat.

    Ce livre s'inscrit dans la lignée des œuvres précédentes du duo, qui combinent réflexion théologique, critique sociétale et appel à la spiritualité.

    Le livre prend la forme d'entretiens entre les deux auteurs, où le cardinal Sarah livre une réflexion théologique et critique sur l'avenir de l'Église d'ici à 2050, en partant de la situation spirituelle en 2025. Il exprime à la fois des inquiétudes sur la "perte de la foi" et des motifs d'espérance pour un renouveau centré sur Dieu.

    2050 s'inscrit dans la continuité des collaborations précédentes entre Sarah et Diat, comme Dieu ou rien (2015), La force du silence (2016) ou Le soir approche et déjà le jour baisse (2019). Il s'agit d'un dialogue sur l'espérance et la crise de la foi, projeté sur 25 ans. Le titre évoque une vision prospective : "Dans vingt-cinq ans, l'Église sera-t-elle encore un phare ou l'écho lointain d'une voix oubliée ?" L'ouvrage compte environ 256 pages et explore la dérive spirituelle de l'Église et du monde, en appelant à un recentrage sur la dimension divine.

    Thèmes principaux

    1. La centralité de Dieu dans l'Église : Le cardinal Sarah critique le discours dominant dans l'Église au début de 2025, qui privilégie des thèmes temporels comme le climat, l'écologie, les migrations et le dialogue culturel, au détriment de la place de Dieu. Ces sujets, bien qu'importants, deviennent problématiques lorsqu'ils relèguent la dimension spirituelle. Sarah insiste sur le fait que "tout procède de Dieu : son projet, son initiative, son accomplissement", et que l'homme est appelé à vivre "de Dieu, par Dieu et pour Dieu".
    2. La crise de la liturgie : Un appel urgent est lancé pour restaurer la vérité de la liturgie, qui doit redevenir la célébration du mystère chrétien où "Dieu est premier". Sarah dénonce les liturgies modernes transformées en "spectacle, scène d’agitation profane, lieu d’expressions culturelles désordonnées", envahies par les cris, les caméras, les applaudissements et les téléphones. Il souligne que "Dieu parle dans le silence", et que la liturgie actuelle fuit ce silence essentiel.
    3. La déthéologisation du monde et le mythe prométhéen : Le monde contemporain est décrit comme "déthéologisé", où l'homme a usurpé la place de Dieu sans même avoir à le combattre, car Dieu est déjà "mort ou oublié". Cela s'apparente au mythe de Prométhée, où l'homme s'empare du "feu céleste" pour se libérer d'un joug ancestral, menant à un orgueil planétaire. Cette usurpation entraîne une spirale de violence, de mensonge, d'égoïsme et de sang.
    4. La révolte humaine contre le Créateur : Depuis la chute originelle, l'humanité se révolte contre Dieu, préférant l'indépendance à l'abandon confiant à son amour. Cela génère "ténèbres et malheur", avec des manifestations concrètes comme les guerres ravageant l'Ukraine, la Palestine, l'Irak, la Syrie, la Libye, le Soudan et la République démocratique du Congo. Sarah voit ces conflits comme les "fruits amers" de cet orgueil, et critique le monde postmoderne qui s'obstine dans sa déchéance.
    5. Espérance et renouveau : Malgré les inquiétudes sur la "perte de la foi", particulièrement en Occident, le livre offre des "raisons d'espérer". Sarah invite à un retour à la foi authentique, à la prière et au silence, pour que l'Église redevienne un phare spirituel. Il s'agit d'une vision eschatologique où l'Église, en se recentrant sur Dieu, peut surmonter la crise et rayonner à nouveau.

    Le cardinal Sarah adopte un ton critique, fidèle à ses positions passées. Il dénonce une Église "décentrée" de Dieu, influencée par des préoccupations mondaines, et appelle à une réforme liturgique et spirituelle. Ses opinions reflètent une vision traditionaliste, où la modernité (postmodernité) est vue comme une révolte contre Dieu, source de tous les maux actuels. Cependant, il équilibre cela par une espérance théologique, invitant les fidèles à persévérer dans la foi pour un avenir où l'Église triomphera en redevenant fidèle à sa mission divine.

  • Une histoire magistrale et instructive des plus célèbres biologistes chrétiens

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    De sur le Catholic World Report :

    Une histoire magistrale et instructive des plus célèbres biologistes chrétiens

    L'ouvrage de Niels Arboel, *  The Wonder of Creation*, se compose de vingt notices biographiques de catholiques, de protestants et d'un orthodoxe.

    En 1998, l'Académie nationale des sciences a mené une enquête souvent citée,  révélant que seulement 10 % de ses membres croyaient en Dieu et en la vie après la mort. Parmi les biologistes, ce chiffre tombe à seulement 5 %. À titre de comparaison, 81 % des Américains croient en Dieu , ce qui signifie que les biologistes les plus éminents du pays sont seize fois moins susceptibles de professer la foi en un Créateur que le citoyen moyen.

    Dans l'introduction de son excellent ouvrage, Arboel, biologiste danois fort de plus de trente ans d'expérience dans l'enseignement secondaire et universitaire et membre de la Société des scientifiques catholiques, décrit quatre visions de la relation entre science et religion : le conflit, l'indépendance (faisant écho à l'affirmation du regretté paléontologue Stephen Jay Gould selon laquelle la science et la foi sont des « magistères non superposés »), le dialogue et l'intégration.

    Arboel affirme que le modèle d'indépendance a été « de loin le plus dominant pendant plus d'un siècle ». Ayant été étudiant à la fin des années 2000, à l'époque où les auteurs du mouvement « nouvel athée », mené par le zoologiste Richard Dawkins de l'université d'Oxford, vendaient des millions d'ouvrages affirmant que Darwin permettait, selon Dawkins lui-même, d'être un « athée intellectuellement épanoui », la prédominance de ce modèle pacifique semble optimiste. Cependant, comme le démontre Arboel, il est absolument impossible d'être un darwinien intellectuellement épanoui sans reconnaître les contributions de nombreux biologistes chrétiens.

    L'ouvrage « The Wonder of Creation »  se compose de vingt notices biographiques. Leurs protagonistes ont tous apporté des contributions indispensables à la biologie et étaient chrétiens. Pourtant, à tous autres égards, ils sont très différents. Parmi les sujets d'Arboels figurent des catholiques, des protestants et un orthodoxe (Theodosius Dobzhansky). Deux d'entre eux sont en voie de canonisation (le Danois Niels Stensen, connu en anglais sous le nom de Nicolas Steno, a été béatifié, tandis que Jérôme Lejeune a été déclaré vénérable), tandis qu'Alexander Fleming, le découvreur de la pénicilline, était franc-maçon (Arboels explique que Fleming était un presbytérien écossais et que les Églises protestantes sont moins méfiantes à l'égard de la franc-maçonnerie que le catholicisme).

    L'une des caractéristiques remarquables de cet ouvrage est son ton non polémique. Compte tenu des nombreux travaux de scientifiques « néo-athées » tels que Dawkins ou Victor J. Stenger et des nombreuses réponses à leurs best-sellers, on pourrait s'attendre à un ouvrage d'apologie. Or, les commentaires d'Arboels sont minimes, se limitant à l'introduction et à l'épilogue. C'est là un atout majeur, car cela permet aux preuves rassemblées par l'auteur de parler d'elles-mêmes ; une approche bien plus convaincante que de céder à la tentation d'interprétations historiques excessivement subjectives.

    L'ouvrage « The Wonder of Creation » n'est pas une hagiographie. Arboels n'occulte pas les faiblesses embarrassantes de certains de ses sujets : il note par exemple que Carl von Linné, dont la classification des organismes vivants figure dans tous les manuels de sciences du secondaire, employait une taxonomie similaire pour les humains, croyant à la supériorité biologique des Européens blancs sur les autres races ; ces opinions déplaisantes étaient partagées par deux autres protagonistes du livre d'Arboels, le biologiste et géologue suisse-américain Louis Agassiz, ainsi que le père français de la paléontologie, Georges Cuvier.

    En revanche, Arboel démontre que les scientifiques n'ont pas à être des prisonniers suffisants et détachés de leur tour d'ivoire, mais peuvent concilier une vie d'étude avec la pratique de l'amour du prochain. Il cite l'exemple de Nicolas Steno, converti du luthéranisme en Italie, ordonné prêtre catholique puis évêque. Il devint alors une sorte de saint François scandinave, menant une vie d'une austérité radicale, vêtu d'un manteau usé, dénonçant les abus financiers au sein du clergé et donnant la majeure partie de ses revenus aux pauvres.

    Pendant ce temps, Jérôme Lejeune , le pédiatre et généticien français qui découvrit que la trisomie (une copie supplémentaire du chromosome 21) est à l'origine du syndrome de Down, ne se reposa pas sur ses lauriers après cette découverte capitale. Au contraire, Lejeune se consacra à ses patients et milita sans relâche pour améliorer leur vie. Il s'opposa également publiquement à l'avortement, considéré par beaucoup comme la « solution » au syndrome de Down. C'est probablement pour cette raison, comme il le comprit, qu'il ne reçut jamais le prix Nobel. Alors que la poursuite vaine des gloires terrestres est courante dans le monde universitaire, Lejeune fut un rare exemple de chercheur clairvoyant, davantage attiré par la récompense éternelle.

    L'ombre de Charles Darwin plane sur  *The Wonder of Creation* . Arboels explique que les objections chrétiennes à sa théorie de l'évolution (bien plus répandues chez les protestants que chez les catholiques) tenaient moins à une lecture littérale du livre de la Genèse qu'à l'idée qu'un processus biologique fondé sur le hasard semble laisser peu de place à un Créateur.

    Pourtant, Arboels souligne que les évolutionnistes théistes existent depuis Darwin lui-même. Parmi eux figure Asa Gray, principal allié de Darwin dans le milieu universitaire américain et fervent presbytérien. Arboels note que l'agnosticisme de Darwin était moins lié à ses découvertes scientifiques qu'au problème de la théodicée (la conciliation d'un Dieu d'amour avec la présence du mal et de la souffrance), le naturaliste anglais ayant été profondément affecté par la mort de ses jeunes enfants. Darwin a pourtant explicitement approuvé la synthèse de l'évolution et de la création proposée par Gray. Ironie du sort, le plus farouchement opposé à Darwin parmi les protagonistes d'Arboels, Louis Agassiz, n'était pas un fondamentaliste religieux, mais un protestant plutôt progressiste et non orthodoxe, en voie de devenir unitarisme.

    Par ailleurs, la théorie de l'évolution de Darwin serait incomplète sans les contributions de plusieurs chrétiens. Parmi eux, Gregor Mendel, le moine augustin autrichien qui découvrit les principes fondamentaux de la génétique, occupe une place prépondérante. Le néo-darwinisme est la synthèse des découvertes de Darwin et de Mendel, et l'un des principaux artisans de cette synthèse fut le biologiste évolutionniste russo-américain Theodosius Dobzhansky, également étudié par Arboels. Alors que beaucoup ont perçu la survie du plus apte selon Darwin comme incompatible avec un Dieu bienveillant, Dobzhansky a proposé une réponse à cette théodicée en synthétisant la théologie chrétienne et la biologie évolutionniste. Selon lui, les êtres humains sont dotés de liberté, ce qui leur permet de faire le bien comme le mal. De même, la nature est libre, et lorsqu'elle choisit le bien, cela conduit au progrès évolutif.

    Est-ce une simple corrélation sans lien de causalité que tant de biologistes de renom aient été des chrétiens pratiquants ? L’ouvrage d’Arboels propose une réponse négative à cette question. Se référant à Stanley Jaki, Arboels soutient que si l’Europe chrétienne n’était certes pas la seule grande civilisation, la révolution scientifique s’y est déroulée, et non en Inde, en Chine ou au Moyen-Orient musulman, car la vision judéo-chrétienne du monde rejetait le panthéisme et établissait une distinction entre le Créateur et sa création, dotée d’une libre arbitre.

    De plus, Arboels démontre que la vision que de nombreux scientifiques avaient de leurs travaux était guidée par leurs convictions chrétiennes. La découverte par Lejeune de la cause du syndrome de Down fut pour lui une impulsion à servir Dieu en se mettant au service des plus démunis (Matthieu 25:40). L'éducation presbytérienne de Fleming, qui mettait l'accent sur la prédestination, le convainquit que Dieu l'avait créé pour découvrir la pénicilline et ainsi contribuer au bien-être de l'humanité. Quant à Louis Pasteur, qui découvrit que les germes sont à l'origine des maladies et les principes fondamentaux de la vaccination, il affirmait que « la chance ne sourit qu'aux esprits préparés » et que, pour améliorer le monde, nous devons prendre notre destin en main et accomplir la volonté de Dieu.

    Par ailleurs, la foi chrétienne de nombreux protagonistes du livre d'Arboel les a aidés à rejeter les superstitions matérialistes courantes chez les scientifiques. Par exemple, la primatologue Jane Goodall, récemment décédée et lauréate du prestigieux prix Templeton pour la réconciliation de la foi et de la science, ne partageait pas la conviction du zoologiste britannique Desmond Morris, répandue chez les tenants du matérialisme scientifique, selon laquelle l'Homo sapiens n'est qu'un « singe nu ». Au contraire, Goodall, qui a contribué à la découverte de la complexité des chimpanzés (elle fut la première scientifique à observer leur capacité à fabriquer des outils), estimait que, bien que les singes soient capables d'émotions complexes, ils ne peuvent commettre le mal ou un altruisme pur comme nous. Ceci est cohérent avec la conception chrétienne selon laquelle les humains sont les seules créatures (hormis les anges) dotées du libre arbitre.

    De même, le paléontologue Simon Conway Morris a rejeté l'idée que la conscience ne serait qu'une illusion due à l'activité neuronale et que la seule différence intellectuelle entre les humains et les vers de terre résiderait dans le développement cérébral plus avancé des premiers. Il a soutenu, au contraire, que l'esprit et le cerveau sont distincts, conformément à la conception selon laquelle les humains, contrairement aux animaux, ont été créés à l'image de Dieu (Genèse 1:27).

    L'ouvrage « The Wonder of Creation »  est une ressource précieuse pour les éducateurs de la Science Chrétienne et pour quiconque s'intéresse à l'histoire des sciences. J'aurais souhaité qu'il paraisse entre 2006 et 2010, au plus fort de la popularité des nouveaux athées. Un débat entre Niels Arboel et Richard Dawkins sur les relations entre foi et science aurait été un spectacle fascinant.

    L'émerveillement de la création : Les biologistes chrétiens les plus célèbres de l'histoire,
    par Niels Arboel, Queenwood Media Productions, 2025, relié, 507 pages


    Filip Mazurczak est historien, traducteur et journaliste. Ses articles ont été publiés dans First Things , la St. Austin Review, l' European Conservative, le National Catholic Register et de nombreuses autres revues. Il enseigne à l'université jésuite Ignatianum de Cracovie.
  • Un cardinal japonais affirme que les chrétiens sont victimes d'une « persécution polie » au Japon

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    De Nirmala Carvalho sur Crux :

    Un cardinal japonais affirme que les chrétiens sont victimes d'une « persécution polie » au Japon.

    Le Japon est confronté à une « persécution polie » qui menace les garanties accordées à la liberté de religion, selon le cardinal Tarcisio Isao Kikuchi, archevêque de Tokyo.

    Le cardinal japonais réagissait aux récentes remarques faites au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies à Genève, en Suisse, à l'occasion du 20e anniversaire de sa fondation.

    Parmi ceux qui ont pris la parole lors de la session anniversaire figurait Monseigneur Daniel Pacho, sous-secrétaire du Saint-Siège pour le secteur multilatéral de la Section pour les relations avec les États et les organisations internationales.

    Pacho a déclaré que les soi-disant « nouveaux droits », un terme souvent utilisé par le Saint-Siège pour désigner des revendications en matière de droits de l'homme formulées plus récemment — notamment dans des domaines tels que l'avortement, le suicide assisté, l'identité de genre et l'orientation sexuelle — sont utilisés pour supprimer des droits de l'homme traditionnels, comme la liberté religieuse.

    À LIRE AUSSI : Un responsable du Vatican déclare à l’ONU que les prétendus « nouveaux droits » peuvent porter atteinte à la liberté religieuse

    Dans son entretien avec Crux Now , Kikuchi a déclaré que cela affectait même la situation au Japon.

    « On prétend souvent que, en raison du principe de séparation de l’Église et de l’État, l’Église devrait s’abstenir de parler de toute question relevant du domaine politique », a déclaré le cardinal.

    Ce qui suit est la conversation de Crux Now avec Kikuchi, éditée pour des raisons de longueur et de clarté.

    Enjeu crucial : Au Japon, les catholiques constituent une infime minorité et le christianisme se heurte souvent à une indifférence sociale plutôt qu’à de l’hostilité. Comment ces « nouveaux droits » influencent-ils votre manière de diriger l’Église et de nourrir la foi dans un tel contexte ?

    Cardinal Kikuchi : La Constitution japonaise actuelle d’après-guerre, rédigée à la lumière de l’expérience négative de l’union du shintoïsme d’État et du gouvernement, qui a entraîné des persécutions et de graves difficultés pour les religions non shintoïstes, y compris l’Église catholique, garantit la liberté de religion et une stricte séparation entre l’État et la religion.

    Nous sommes néanmoins confrontés à une situation difficile que l'on pourrait qualifier de forme de « persécution polie ».

    Dans le contexte actuel, les activités religieuses sont généralement bien accueillies par le public tant qu'elles restent confinées à leurs propres locaux, tels que les temples et les églises. Cependant, le principe de séparation de l'État et des religions est souvent mal interprété et interprété comme signifiant que les questions religieuses ne devraient jamais être abordées dans l'espace public.

    De plus, la culture japonaise valorise fortement la conformité et l'harmonie sociale. C'est pourquoi, lorsque l'Église prend position publiquement sur une politique gouvernementale, surtout lorsque celle-ci porte atteinte à la dignité humaine, ou lorsqu'elle publie des déclarations publiques, par exemple en appelant à l'abolition des armes nucléaires pour une paix durable ou à un traitement équitable des migrants, elle est critiquée pour son « excès de politisation ».

    On soutient souvent que, du fait du principe de séparation entre la religion et l'État, l'Église devrait s'abstenir de parler de toute question liée et considérée comme politique.

    Cela rend difficile pour l'Église de prendre position sur les questions portant atteinte à la dignité humaine. La religion n'est pas reconnue comme une autorité morale dans ce pays et, tant que nous restons dans l'enceinte de l'église, nous sommes considérés comme inoffensifs et sans histoire.

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  • "L’inculturation n’est pas une concession secondaire ni une simple stratégie pastorale, mais une exigence intrinsèque de la mission de l’Église" (Léon XIV)

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    MESSAGE DU SAINT-PÈRE LÉON XIV
    AUX PARTICIPANTS AU
    « CONGRÈS THÉOLOGIQUE ET PASTORAL »
    DE GUADALUPE, AU MEXIQUE

    Chers frères et sœurs :

    Je vous salue cordialement et vous remercie de votre réflexion sur le signe d’inculturation parfaite que le Seigneur a accordé à son peuple en la personne de Notre-Dame de Guadalupe. En méditant sur l’inculturation de l’Évangile, il convient de reconnaître la manière dont Dieu lui-même s’est révélé et nous a offert le salut.

    Il a choisi de se révéler non comme une entité abstraite ni comme une vérité imposée de l’extérieur, mais en s’inscrivant progressivement dans l’histoire et en dialoguant avec la liberté humaine. « Après avoir, à maintes reprises et de diverses manières, parlé à nos pères par les prophètes » ( Hébreux 1, 1), Dieu s’est pleinement révélé en Jésus-Christ, en qui il ne communique pas seulement un message, mais se communique lui-même. C’est pourquoi, comme l’enseigne saint Jean de la Croix, après le Christ, il n’y a plus de parole à espérer, plus rien à dire, car tout a été dit en lui (cf. Ascension du Mont Carmel , II, 22, 3-5). Évangéliser, c’est avant tout rendre Jésus-Christ présent et accessible. Toute action de l’Église doit chercher à introduire les êtres humains dans une relation vivante avec lui, une relation qui illumine l’existence, interpelle la liberté et ouvre un chemin de conversion, les préparant à recevoir le don de la foi en réponse à l’Amour qui donne sens et soutient la vie dans toutes ses dimensions.

    Cependant, la proclamation de la Bonne Nouvelle s’inscrit toujours dans une expérience concrète. Garder cela à l’esprit, c’est reconnaître et imiter la logique du mystère de l’Incarnation, par lequel le Christ « s’est fait chair et a habité parmi nous » ( Jn 1, 14), assumant notre condition humaine, avec tout ce qu’elle implique dans sa dimension temporelle. Il s’ensuit que la réalité culturelle de ceux qui reçoivent la proclamation ne saurait être ignorée, et l’inculturation n’est pas une concession secondaire ni une simple stratégie pastorale, mais une exigence intrinsèque de la mission de l’Église. Comme le soulignait saint Paul VI , l’Évangile – et, par conséquent, l’évangélisation – ne s’identifie à aucune culture particulière, mais est capable de les imprégner toutes sans se soumettre à aucune ( Exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi , 20).

    Partant de cette conviction, inculturer l’Évangile signifie suivre le chemin parcouru par Dieu : entrer avec respect et amour dans l’histoire concrète des peuples afin que le Christ soit véritablement connu, aimé et accueilli au cœur de leur propre expérience humaine et culturelle. Cela implique d’embrasser les langues, les symboles, les modes de pensée, de sentiment et d’expression de chaque peuple, non seulement comme des vecteurs extérieurs de la proclamation, mais comme des lieux réels où la grâce désire demeurer et agir.

    Il convient toutefois de préciser que l’inculturation ne saurait se réduire à la sacralisation des cultures ni à leur adoption comme cadre d’interprétation définitif du message évangélique. Elle ne saurait non plus se limiter à un accommodement relativiste ou à une adaptation superficielle du message chrétien, car aucune culture, aussi précieuse soit-elle, ne peut se fondre sur la Révélation ni devenir le critère ultime de la foi. Légitimer tout ce qui est culturellement acquis ou justifier des pratiques, des visions du monde ou des structures qui contredisent l’Évangile et la dignité de la personne reviendrait à ignorer que toute culture – comme toute réalité humaine – doit être éclairée et transformée par la grâce qui découle du Mystère pascal du Christ.

    L’inculturation est plutôt un processus exigeant et purificateur, par lequel l’Évangile, tout en demeurant entier dans sa vérité, reconnaît, discerne et accueille les germes de la Parole présents dans les cultures, et simultanément purifie et élève leurs valeurs authentiques, les libérant de ce qui les obscurcit ou les déforme. Ces germes de la Parole , traces de l’action antérieure de l’Esprit, trouvent en Jésus-Christ leur critère d’authenticité et leur plénitude.

    De ce point de vue, Notre-Dame de Guadalupe est une leçon de pédagogie divine concernant l'inculturation de la vérité salvifique. Elle ne canonise aucune culture ni n'absolutise ses catégories, mais elle ne les ignore ni ne les méprise non plus : elles sont accueillies, purifiées et transfigurées pour devenir un lieu de rencontre avec le Christ. La Vierge de Guadalupe révèle la manière dont Dieu s'approche de son peuple : respectueuse dans son approche, intelligible dans son langage, et ferme et douce à la fois dans son accompagnement vers la rencontre avec la plénitude de la Vérité, avec le fruit béni de ses entrailles. Sur la tilma, parmi les roses peintes , la Bonne Nouvelle pénètre dans le monde symbolique d'un peuple et rend visible sa proximité, offrant sa nouveauté sans violence ni contrainte. Ainsi, ce qui s’est passé à Tepeyac n’est pas présenté comme une théorie ou une tactique, mais comme un critère permanent pour discerner la mission évangélisatrice de l’Église, appelée à proclamer le Vrai Dieu pour qui nous vivons , sans l’imposer, mais aussi sans diluer la nouveauté radicale de sa présence salvatrice.

    Aujourd’hui, dans de nombreuses régions des Amériques et du monde, la transmission de la foi ne va plus de soi, notamment dans les grands centres urbains et les sociétés pluralistes marquées par des conceptions de l’humanité et de la vie qui tendent à reléguer Dieu à la sphère privée, voire à l’ignorer complètement. Dans ce contexte, le renforcement de la pastorale exige une inculturation capable de dialoguer avec ces réalités culturelles et anthropologiques complexes, sans pour autant les accepter sans esprit critique, afin de favoriser une foi mature et adulte, soutenue dans des contextes exigeants et souvent difficiles. Cela implique de concevoir la transmission de la foi non comme une répétition fragmentée de contenus ni comme une simple préparation fonctionnelle aux sacrements, mais comme un véritable chemin de disciple, où une relation vivante avec le Christ forme des croyants capables de discerner, de rendre compte de leur espérance et de vivre l’Évangile avec liberté et cohérence.

    Dès lors, la catéchèse devient une priorité indispensable pour tous les pasteurs (cf. CELAM, Document Aparecida , 295-300). Elle est appelée à occuper une place centrale dans l’activité de l’Église, à accompagner de manière continue et profonde le cheminement vers une foi véritablement comprise, embrassée et vécue personnellement et consciemment, même lorsque cela implique d’aller à contre-courant des discours culturels dominants.

    Lors de ce congrès, vous avez cherché à redécouvrir et à comprendre comment diffuser dignement le contenu théologique de l'événement de Guadalupe et, par conséquent, de l'Évangile lui-même. Puisse l'exemple et l'intercession de tant de saints évangélistes et pasteurs qui ont affronté ce même défi en leur temps – Toribio de Mogrovejo, Junípero Serra, Sebastián de Aparicio, Mamá Antula, José de Anchieta, Juan de Palafox, Pedro de San José de Betancur, Roque González, Mariana de Jesús, Francisco Solano, parmi tant d'autres – vous accorder lumière et force pour continuer à proclamer l'Évangile aujourd'hui. Et que Notre-Dame de Guadalupe, Étoile de la Nouvelle Évangélisation, accompagne et inspire chaque initiative menant au 500e anniversaire de son apparition. Je vous accorde de tout cœur ma bénédiction.

    Cité du Vatican, 5 février 2026. Mémoire de saint Philippe de Jésus, protomartyr mexicain.

    LEÓN PP. XIV

  • John Murphy : l'évêque qui, il y a 50 ans, a prédit la culture de mort d'aujourd'hui

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    De sur le NCR :

    L'évêque qui a prédit la culture de mort d'aujourd'hui — il y a 50 ans

    COMMENTAIRE : L’archevêque gallois John Murphy savait que le monde séculier fonde ses espoirs sur la carrière, le confort et l’argent. La vie, lorsqu’elle ne correspond pas à ces critères, est considérée comme superflue.

    L'archevêque John Aloysius Murphy (1905-1995), dont la vie, comme celle de saint John Henry Newman (1801-1890), a couvert la majeure partie du siècle dans lequel il a vécu, est un homme digne d'être rappelé pour plusieurs raisons. 

    Durant son mandat d'archevêque de Cardiff, au Pays de Galles, de 1961 à 1983, il fut justement surnommé « Le Bâtisseur ». À son arrivée à Cardiff, il n'y avait que deux écoles secondaires catholiques dans tout le sud du Pays de Galles. 

    Avant la fin de la décennie, l'archidiocèse avait créé 14 écoles polyvalentes pour répondre aux besoins des milliers d'enfants catholiques de la région. Entre 1960 et 1980, l'archevêque Murphy supervisa la construction de 39 églises, 14 nouveaux collèges et lycées et 33 nouvelles écoles primaires. Son œuvre fut à la fois exceptionnelle et historique. Son engagement dans ce programme de construction pour l'Église ne l'empêcha cependant pas d'apporter une contribution significative au Concile Vatican II.

    Il était bien connu dans tout son diocèse, non seulement pour ses visites aux paroisses, mais aussi pour ses lettres pastorales, qui révélaient son talent d'écriture. Il affirmait que s'il n'était pas devenu prêtre, il aurait aimé faire carrière dans le journalisme. 

    Tous ses propos ne sont pas tombés dans l'oubli. Sensible à son époque, il prédit que, « dans un avenir laïque et humaniste, où le seul péché sera la souffrance, le seul mal la maladie ; où les enfants seront considérés comme une maladie, et les maladies incurables intolérables ; où il est tout à fait possible que les êtres humains libres se voient interdire d'avoir un enfant ; ... dans cet avenir froid et clinique, vous chercherez en vain les rebelles ailleurs que dans les rangs de l'Église catholique. »

    Si les paroles de l'archevêque n'étaient pas une prédiction, elles n'en constituaient pas moins un avertissement. Il avait pressenti la pandémie d'avortements et la prolifération de l'euthanasie. Mais il avait aussi perçu les tendances inhérentes à un monde séculier et sans Dieu, incapable de se corriger. Seule l'Église catholique pouvait sauver le monde. Seuls les catholiques prêts à se rebeller pouvaient le ramener sur le chemin de la guérison.

    Si les catholiques du monde actuel prenaient au sérieux l'avertissement de l'archevêque Murphy, ils se rebelleraient contre un monde qui idolâtre le confort et qui trouve intolérables la douleur de l'accouchement et la solitude des personnes âgées. 

    L’humanisme séculier porte en lui les germes de sa propre destruction. C’est ce que l’archevêque Murphy avait compris. Et c’est pourquoi il a perçu l’impérieuse nécessité pour les catholiques (et sans doute aussi pour d’autres évêques) de se rebeller contre un ennemi de la vie.

    Ceux qui défendent la vie ne doivent pas se laisser intimider par les hautes sphères du pouvoir. Dans l'affaire Beal c. Doe (1977), le juge Thurgood Marshall de la Cour suprême a exprimé son mépris pour les défenseurs de la vie. « Je suis consterné », a-t-il écrit, « par la faillite morale de ceux qui prônent un "droit à la vie" qui, dans le cadre des politiques sociales actuelles, se traduit par une existence misérable pour tant de pauvres et leurs enfants. » 

    Il est intéressant de noter que Clarence Thomas, devenu juge à la Cour suprême, est né dans la cabane en bois de ses parents à Pin Point, en Géorgie. Son enfance fut marquée par une extrême pauvreté. Après l'abandon du foyer par son père, il fut élevé par son grand-père au sein d'une communauté Gullah défavorisée. Les ancêtres les plus anciens connus de Thomas étaient des esclaves. Ce n'est qu'à l'âge de sept ans qu'il bénéficia pour la première fois de commodités telles que l'eau courante et des repas réguliers.

    Poussé à son terme logique, l'argument de Marshall impliquerait que quelqu'un comme Clarence Thomas, aujourd'hui le membre le plus ancien de la Cour suprême, aurait peut-être mieux fait de ne pas naître.

    Il semblerait que Marshall n'ait guère d'affection pour les chrétiens, puisque leur fondateur est né dans une crèche. Les dirigeants politiques devraient œuvrer à sortir les pauvres de la misère plutôt que de les condamner à une mort prématurée en partant du principe abusif que la pauvreté sera toujours leur fléau. 

    Le juge Marshall était un homme instruit, mais il n'avait peut-être pas lu « His Eye Is on the Sparrow », l'autobiographie d'Ethel Waters, conçue suite à un viol dans une banlieue misérable de Philadelphie, mais devenue par la suite une chanteuse de jazz immensément célèbre et une actrice de théâtre et de cinéma distinguée. 

    Il ignorait peut-être l'histoire de Wilma Rudolph, la dix-septième enfant née de parents noirs pauvres. Malgré un handicap dès son plus jeune âge, elle remporta trois médailles d'or en athlétisme aux Jeux olympiques de Rome de 1960.

    Sans la foi en un Dieu bienveillant, l'espoir disparaît et le désespoir s'installe. Même les personnes en position d'autorité peuvent avoir une piètre opinion d'autrui.

    Il convient de se souvenir de l'archevêque Murphy et de l'imiter comme d'un bâtisseur d'espoir et comme d'un modèle de courage pour les évêques d'aujourd'hui, sévèrement critiqués pour leur prétendue inertie morale. La foi, l'espérance et la charité ne sont pas les fondements de l'humanisme séculier. Le monde séculier fonde ses espoirs sur la carrière, le confort et l'argent. La vie, lorsqu'elle ne correspond pas à ces critères, est considérée comme négligeable.

    Certains se rebellent simplement par colère contre la vie ou par oisiveté. L’archevêque Murphy appelle les catholiques à se rebeller pour une bonne raison : s’opposer à la faillite morale d’un monde indifférent au caractère sacré de la vie et qui considère ses défenseurs comme des ennemis. 

    Qui héritera du monde ? La réponse est : tous ceux à qui Dieu a fait don de la vie.

  • Benoît XVI et l'identité spirituelle de l'Europe

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    Du Tagespost :

    Benoît XVI et l'identité spirituelle de l'Europe

    Des scientifiques et des représentants de l'Église saluent l'engagement inlassable de Joseph Ratzinger envers les racines chrétiennes et le fondement culturel du continent.

    24 février 2026

    Des universitaires et des représentants d'institutions ecclésiastiques se sont réunis la semaine dernière à l'ambassade d'Allemagne près le Saint-Siège à Rome pour rendre hommage à l'œuvre du pape Benoît XVI, et notamment à son engagement pour l'identité culturelle et spirituelle de l'Europe. « Il ne s'en est jamais lassé », a déclaré l'historien et ancien rédacteur en chef de L'Osservatore Romano, Giovanni Maria Vian, selon un article du Catholic World Report, lors de cette conférence organisée en amont du centenaire de la naissance de Benoît XVI l'année prochaine.

    En tant que théologien, puis préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et enfin pape, Joseph Ratzinger s'est efforcé de faire comprendre que l'Europe ne devait pas être perçue uniquement comme un projet économique ou politique, mais comme un concept culturel et historique dont les fondements sont indissociables du christianisme. Cela a été affirmé lors de l'événement intitulé « Ricordando Benedetto XVI » (En mémoire de Benoît XVI), illustré par plusieurs exemples.

    L'Europe ne peut exister sans le christianisme.

    Par exemple, dans son discours très remarqué prononcé à Subiaco en 2005, à la veille de la mort de Jean-Paul II , Ratzinger avertissait : « La tentative, poussée à l’extrême, de réguler les affaires humaines au mépris total de Dieu nous conduit toujours plus près du précipice, vers un isolement toujours plus grand de l’humanité par rapport à la réalité. » Une Europe qui renie ses racines chrétiennes et cherche à établir une communauté humaine sans Dieu ne peut perdurer. Cette conviction a façonné toute la pensée de Ratzinger et est devenue un thème central de son pontificat.

    Comme l'explique Mariusz Kuciński, directeur du Centre d'études Ratzinger à Bydgoszcz, en Pologne, Ratzinger envisageait une Europe fondée sur trois piliers fondamentaux : les Dix Commandements, la philosophie grecque et le droit romain. Le christianisme y jouait un rôle unificateur. Si ces fondements étaient séparés, « il ne resterait finalement plus rien », affirme Kuciński.

    “Veluti si Deus daretur”

    Parmi les contributions majeures de Ratzinger à la compréhension de l'identité européenne, les intervenants ont également cité son ouvrage de 2004, « Sans racines », coécrit avec Marcello Pera. Ratzinger y défend l'idée que l'Europe est plus qu'une confédération d'États ou une union politique ; c'est un projet spirituel dont l'identité naît de l'union de la foi et de la raison. Parallèlement, il met en garde contre une « étrange et pathologique haine de soi dans le monde occidental ». Si l'Occident déploie des efforts louables pour s'ouvrir aux valeurs étrangères, « il ne s'aime plus lui-même ».

    Il a exhorté les chrétiens à agir comme une « minorité créative » et à renforcer une nouvelle orientation vers les valeurs spirituelles, non seulement au sein de l'Église, mais aussi dans la conception culturelle de l'Europe dans son ensemble. Dans ce contexte, les participants ont également repris l'appel bien connu de Ratzinger à, en quelque sorte, renverser l'axiome des Lumières : même ceux qui n'ont pas accès à la foi devraient s'efforcer de vivre leur vie « veluti si Deus daretur » – comme si Dieu existait.

    Lors de la cérémonie, il a également été souligné que Ratzinger avait apporté sa contribution à la réflexion sur la crise de l'identité européenne bien au-delà de ses fonctions officielles. Même après sa démission en 2013, il est resté attentif aux évolutions ecclésiastiques et sociétales. Pour beaucoup, il est devenu une source d'inspiration, notamment quant à la manière dont l'Église et la société peuvent trouver leur place dans un monde de plus en plus sécularisé.