De l'abbé Philippe Laguérie sur son blog :
Ordinations d’hommes mariés ?
Constat de faillite
samedi 16 mars 2019, par
Je connais assez bien Mgr Wintzer, Archevêque de Poitiers, dans le diocèse duquel j’ai habité presque deux ans. Portant beau, avec son mètre quatre-vingt-dix, affable et souriant, Il avait dû m’accueillir contraint et forcé parce que, SDF à l’époque, j’étais néanmoins en règle avec la République. Quoique baptisé et chrétien, confirmé et prêtre de Jésus-Christ bien avant lui, il avait donc précisé qu’il m’accueillait « comme citoyen français ». Vous allez comprendre pourquoi mais je lui en garde quand même une belle reconnaissance… Il m’avait même donné les facultés, ainsi qu’à mon secrétaire notre sympathique abbé Billot, mais uniquement dans la maison que j’occupais ; je pouvais donc confesser partout sur la terre, sauf à Rome où il faut une faculté spéciale, et dans le diocèse de Poitiers, à l’exception de cette bénie maison.
Il aurait pu envisager d’utiliser ces deux nouveaux résidents prêtres pour quelque apostolat dans un diocèse sinistré, non point par lui d’ailleurs mais par une kyrielle de ses prédécesseurs. Point du tout. Il avait déjà dans son diocèse une douzaine de prêtres en soutane qui le tracassaient fort. Ou encore recréer le séminaire diocésain disparu de belle date ? On sait depuis qu’il est plus facile, dans certains diocèses de France (que je ne nommerai pas) d’obtenir une paroisse si vous êtes un criminel prédateur que si vous célébrez en latin…
Il fallait pourtant trouver une solution à la désertification sacerdotale effrayante des diocèses de province ; et ce souci honore l’Archevêque de Poitiers puisque son proche voisin académicien attendait de ses vœux une église sans prêtres. C’est à présent chose faite, ou à faire rapidement, il faut envisager rapidement d’ordonner des hommes mariés : telle est la trouvaille de Mgr Wintzer. Du moins est-il le premier à dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas depuis longtemps.
Attention aux mauvaises langues ! Il ne s’agit nullement de pouvoir marier des prêtres déjà ordonnés. Ils ont signé, promis, juré ; ils n’avaient qu’à réfléchir avant, ne pas entreprendre de bâtir une tour dont ils n’avaient les ressources nécessaires. N’allons pas donner à ces pauvres âmes, déjà travaillées par toute sorte de phantasmes (Cf. ci-dessous) l’espoir chimérique de convoler en justes noces. Pas de cela chez nous, pour l’heure du moins.
Car cette première restriction est très inconfortable, j’allais dire intégriste, notons-le. S’il n’y a aucune objection dans le sacerdoce lui-même à ce qu’on soit uniment prêtre et marié, pourquoi admettre qu’on soit ordonné étant marié et refuser qu’on se marie étant prêtre ? C’est donc simplement un déroulé historique malchanceux. « Le temps ici, monsieur, ne fait rien à l’affaire » aurait dit notre vieux Molière. Si l’on peut ordonner des gens mariés pourquoi ne pas marier les prêtres. « Ils ont promis », dit l’Archevêque de Poitiers qui feint d’ignorer que l’Eglise aurait parfaitement le pouvoir de les délier de cette contrainte ; comme elle le fait déjà trop souvent, hélas… Mais venons-en au fond.




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