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BELGICATHO - Page 1189

  • La libération d'Asia Bibi ne mettra pas fin à la persécution des chrétiens au Pakistan

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    De Jean-Marc Four sur le site de France Inter :

    La libération d'Asia Bibi n'arrêtera pas la persécution des chrétiens au Pakistan

    C’est un événement qu’espéraient tous les militants des droits de l’homme : au Pakistan, la Cour suprême a donc acquitté Asia Bibi, une femme chrétienne injustement accusée de blasphème. Mais cette bonne nouvelle n’est qu'apparente car elle n'arrêtera pas la persécution des chrétiens. C'est "le monde à l'envers".

    La voici cette décision de la Cour Suprême Pakistanaise: 56 pages d’explication, le poids du courage politique.

    Les 3 juges de la Cour Suprême Pakistanaise (leurs noms sont là en haut de la première page), ont donc mis fin à 5 ans de procédure et 8 ans d’emprisonnement.  8 ans pour rien : Asia Bibi est relaxée de toutes les accusations. Elle sera libre dans quelques heures.

    L’affaire remonte à 2010

    Cette femme chrétienne alors âgée de 39 ans (elle en a 47 aujourd’hui) travaille aux champs avec trois musulmanes. Elle boit une gorgée d’eau dans un bol appartenant aux trois autres femmes. Ces dernières ne le supportent pas, elles lui demandent de se convertir à l’Islam. Asia Bibi refuse. Procès pour blasphème, menace de pendaison.

    L’affaire durait donc depuis 8 ans, dans un climat de forte pression politique orchestrée par les partis musulmans extrémistes.

    Décision des juges, qui citent Shakespeare, je lis page 55 : « Asia, ça veut dire pêché en arabe, quelle ironie : elle n’a pas pêché, ce sont les autres qui ont pêché contre elle ».  Les juges estiment que les accusations portées contre Asia Bibi sont confuses et contradictoires. La condamnation de première instance est cassée, l’accusée est libérée.

    Et bien sûr, il faut, avec tous les militants des droits de l’homme, s’en féliciter. Le problème c’est que ça ne va sans doute pas changer grand-chose à la situation générale au Pakistan.

    Une double fatwa contre Asia et contre les juges

    Cette femme va bien retrouver la liberté mais à quel prix !

    Dès l’annonce de la décision des juges, des manifestations de colère ont éclaté dans les grandes villes du Pakistan, Karachi, Lahore, Islamabad, à l’appel d’un parti extrémiste le TLP. Et il faut s’attendre à de sérieux mouvements de foule après-demain pour la grande prière du vendredi.

    Asia Bibi va devoir fuir avec son mari et ses deux filles, probablement à l’étranger : une condamnation à mort des religieux extrémistes pèse sur elle. Comme Salman Rushdie, elle vivra toute sa vie avec cette menace dans son dos.

    Et il en va de même pour les trois juges de la Cour Suprême. Même fatwa religieuse à leur encontre, même appel à les assassiner. Près de 300 policiers ont dû être déployés autour des bâtiments de la Cour ce matin.

    D’ailleurs, la décision des magistrats a en fait été prise il y a 3 semaines. Mais elle n’a pas été divulguée avant aujourd’hui, le temps de préparer la protection des juges.

    Au Pakistan, la loi sur le blasphème est telle que l’on peut être poursuivi pour un oui, pour un non. Et les lynchages sont courants, sans même un procès. Le personnel politique n’ose pas s’attaquer à cette loi obscurantiste. Le seul homme à l’avoir fait, Salman Taseer, a été assassiné en 2011. Même le nouveau premier ministre, Imran Khan, pourtant un laïc éduqué à l’occidentale, ne s’est pas hasardé à critiquer la loi. Il s’est contenté cet après-midi d’appeler à respecter le verdict de la Cour Suprême. C’est bien le moins.

    La persécution des chrétiens s’accroît

    Il est donc dangereux être chrétien au Pakistan.

    Le pays compte 4 millions de chrétiens sur 200 millions d’habitants. Et au fil des ans, les agressions se multiplient. C’est l’un des pires lieux au monde pour les chrétiens.

    Viols, enlèvements, conversions forcées à l’Islam. Attaques contre une église à Quetta l’an dernier, 9 morts. Attaque suicide contre une célébration de Pâques il y a 2 ans, 70 morts. Etc.

    Mais cette dégradation ne concerne pas seulement le Pakistan. Selon l’ONG protestante Open Doors, les chrétiens font désormais l’objet de persécutions dans 50 pays au monde.

    Et la situation empire en de nombreux endroits :

    - En Inde, où le nationalisme hindou fait des ravages ;

    - Et dans la Corne de l’Afrique, en Erythrée, en Somalie, au Soudan, où il n’y a même pas de lieux pour prier.

    L’an dernier, près de 3000 chrétiens auraient été tués dans le monde en raison de leurs convictions religieuses. Et les femmes, comme Asia Bibi, sont les premières cibles de la persécution. Donc oui, la décision des juges Pakistanais est courageuse. Mais c’est un îlot au milieu d’un océan de violence.

  • Des prêtres mariés ? Prudence !

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    Des prêtres mariés ? Prudence !

    Écrit par Aceprensa le 

    Face au manque de prêtres dans certaines régions, certains voient la solution dans les prêtres mariés, comme dans les Eglises de rite oriental, où il y a des prêtres mariés depuis des siècles. Cependant, Sviatoslav Shevchuk, archevêque de Kiev, à la tête de l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine, la plus grande des Eglises orientales en communion avec Rome, a un message élémentaire pour les Eglises de rite latin : « Soyez prudents ».

    Dans une interview réalisée par Crux pendant le synode des évêques, on lui a demandé quel conseil il donnerait aux Eglises de rite latin. Voici sa réponse :

    « Qu’elles soient prudentes ! Si je devais donner un conseil, je leur dirais que la suppression du célibat sacerdotal ne résout pas le problème. Mon expérience me dit qu’il y a des prêtres saints qui sont mariés… leur sainteté, leur maturité, est un grand trésor, mais elle n’est pas une conséquence directe de leur style de vie. »

    Shevchuk signale les difficultés pour la formation de séminaristes qui doivent décider avant l’ordination s’ils vont se marier ou rester célibataires. « Nos séminaires n’acceptent aujourd’hui que des jeunes qui ne sont pas mariés, car il est presque impossible d’assurer une période tranquille de discernement pendant la formation » après le mariage.

    Les séminaristes ne peuvent se marier tant qu’ils sont au séminaire. Cependant, dans la seconde partie de leurs études, souvent ils ont une fiancée. Et cela crée des tensions. « Parfois, pendant la formation, il est difficile de centrer l’attention du séminariste sur la communauté, car il y a quelqu’un qui l’attire depuis l’extérieur. »

    « Ils doivent décider s’ils vont être des prêtres mariés ou célibataires avant l’ordination diaconale. Il arrive souvent qu’un candidat qui se sent appelé au mariage, à être père, doive attendre des années pour trouver sa future épouse. Beaucoup de nos séminaristes ne sont pas ordonnés car, après avoir achevé leur formation au séminaire, ils vont à Rome pour poursuivre leurs études. Ils ne peuvent être ordonnés que lorsqu’ils ont achevé leurs études. Et on ne peut vivre comme prêtre marié dans un collège sacerdotal à Rome. »

    Il y a aussi des difficultés pratiques, explique l’archevêque, dans la formation au sacerdoce d’hommes déjà mariés. « Si un homme marié entre au séminaire, il doit abandonner sa famille pendant six ans. Je me rappelle qu’au début des années 90, lorsque notre Eglise est sortie de la clandestinité, il y avait un grand besoin de prêtres et nous avons accepté tous les candidats au séminaire. Chaque semaine, je voyais la souffrance de ces familles qui étaient privées de père. C’était une tragédie sur le plan humain, spirituel, mais aussi économique. »

    « Quand j’ai été nommé recteur du séminaire, avec l’accord de l’évêque, nous avons créé un programme pour les vocations tardives. Si un père voulait commencer sa formation au sacerdoce, s’il avait une formation universitaire, nous l’aidions à s’intégrer dans la communauté du séminaire, mais sans abandonner sa famille. Nous l’aidions à étudier et à recevoir une formation sans abandonner son travail, puisqu’il devait subvenir aux besoins de sa famille. C’était un parcours très personnalisé, que nous pouvions assurer dans notre séminaire. Il a connu un succès partiel, car de ce programme sont issus six prêtres. »

    Shevchuk signale que « la crise de la famille affecte également les familles des prêtres. Nos évêques sont préoccupés non seulement par leurs séminaristes mais aussi par leurs fiancées, et nous avons créé un programme adressé à ces femmes. Souvent, après deux ou trois rencontres, elles décident de ne pas se marier avec un prêtre, ce qui peut rendre les choses plus difficiles. »

    Source: http://www.aceprensa.com/articles/no-es-facil-contar-con-sacerdotes-casados/. Cet article reprend quelques éléments d’une interview plus large à Mgr Shevchuk, réalisée par John Allen et Inés San Martin et publiée dans Crux sous le titre « Eastern prelate urges ‘prudence’ on married priests ». Ce texte a été traduit de l'espagnol par Stéphane Seminckx.

  • L’amour fidèle du Christ est la lumière pour vivre la beauté de l’affectivité humaine

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    D'Hélène Ginabat sur zenit.org :

    Catéchèse sur le 6ème commandement : « la beauté de l’affectivité humaine » (Traduction intégrale)

    Savoir entrer dans une relation profonde avec les autres

    « L’amour fidèle du Christ est la lumière pour vivre la beauté de l’affectivité humaine », a déclaré le pape François en introduisant sa catéchèse. C’est pourquoi, a-t-il expliqué, l’amour humain s’exprime à son tour « dans la fidélité, dans l’accueil et dans la miséricorde ». Pour « des hommes et des femmes adultes », il s’agit de « prendre sur soi le poids de quelqu’un d’autre », « une attitude globale de la personne qui sait assumer la réalité et qui sait entrer dans une relation profonde avec les autres ».

    Le pape François a poursuivi sa catéchèse sur les Commandements au cours de l’audience générale de ce mercredi matin 31 octobre 2018, Place Saint-Pierre. Il est revenu sur le thème, déjà abordé la semaine précédente, de la sixième Parole : « Tu ne commettras pas d’adultère », pour en développer la signification « sponsale » pour tous les hommes et toutes les femmes.

    « Toute vocation chrétienne est sponsale », a répété le Saint-Père, « car elle est le fruit du lien d’amour avec le Christ » : « Dans le sacerdoce, on aime le peuple de Dieu avec toute la paternité, la tendresse et la force d’un époux et d’un père. Et de même la virginité consacrée dans le Christ se vit avec fidélité et avec joie comme une relation sponsale et féconde de maternité et de paternité ».

    Voici notre traduction de la catéchèse en italien du pape François.

    HG

    Catéchèse du pape François

    Chers frères et sœurs, bonjour !

    Aujourd’hui, je voudrais compléter la catéchèse sur la sixième Parole du Décalogue : « Tu ne commettras pas d’adultère », en soulignant que l’amour fidèle du Christ est la lumière pour vivre la beauté de l’affectivité humaine. En effet, notre dimension affective est un appel à l’amour qui se manifeste dans la fidélité, dans l’accueil est dans la miséricorde. C’est très important. Comment se manifeste l’amour ? Dans la fidélité, dans l’accueil et dans la miséricorde.

    Mais il ne faut pas oublier que ce commandement se réfère explicitement à la fidélité matrimoniale et il est donc bien de réfléchir plus à fond sur sa signification sponsale. Ce passage de l’Écriture, ce passage de la Lettre de saint Paul est révolutionnaire ! Penser, avec l’anthropologie de cette époque, et dire que le mari doit aimer sa femme comme le Christ aime l’Église : mais c’est une révolution ! C’est peut-être, à cette époque, la chose la plus révolutionnaire qui ait été dite sur le mariage. Toujours sur la voie de l’amour. Nous pouvons nous demander : ce commandement de la fidélité, à qui est-il destiné ? Seulement aux époux ? En réalité, ce commandement est pour tout le monde, c’est une parole paternelle de Dieu adressée à tous les hommes et à toutes les femmes.

    Souvenons-nous que le chemin de la maturité humaine est le parcours même de l’amour qui va de recevoir des soins à la capacité d’offrir des soins, de recevoir la vie à la capacité de donner la vie. Devenir des hommes et des femmes adultes veut dire arriver à vivre l’attitude sponsale et parentale, qui se manifeste dans les différentes situations de la vie comme la capacité de prendre sur soi le poids de quelqu’un d’autre et de l’aimer sans ambiguïté. C’est par conséquent une attitude globale de la personne qui sait assumer la réalité et qui sait entrer dans une relation profonde avec les autres.

    Qui est donc l’adultère, celui qui vit dans la luxure, l’infidèle ? C’est une personne immature qui garde sa vie pour elle-même et interprète les situations sur la base de son propre bien-être et de sa propre satisfaction. Par conséquent, pour se marier, il ne suffit pas de célébrer le mariage ! Il faut faire un chemin du ‘je’ au ‘nous’, de penser tout seul à penser à deux, de vivre tout seul à vivre à deux : c’est un beau chemin, un beau chemin. Quand nous arrivons à nous décentrer, alors tout acte est sponsal : nous travaillons, nous parlons, nous décidons, nous rencontrons les autres avec une attitude accueillante et oblative.

    En ce sens, toute vocation chrétienne – maintenant nous pouvons élargir un peu la perspective et dire que toute vocation chrétienne, en ce sens, est sponsale. Le sacerdoce l’est parce que c’est l’appel, dans le Christ et dans l’Église, à servir la communauté avec toute l’affection, le soin concret et la sagesse que donne le Seigneur. L’Église n’a pas besoin d’aspirants au rôle de prêtre – non, cela ne sert à rien, il vaut mieux qu’ils restent chez eux – mais elle a besoin d’hommes dont le cœur est touché par l’Esprit Saint dans un amour sans réserve pour l’Épouse du Christ. Dans le sacerdoce, on aime le peuple de Dieu avec toute la paternité, la tendresse et la force d’un époux et d’un père. Et de même la virginité consacrée dans le Christ se vit avec fidélité et avec joie comme une relation sponsale et féconde de maternité et de paternité.

    Je répète : toute vocation chrétienne est sponsale, parce qu’elle est le fruit du lien d’amour où nous sommes tous régénérés, le lien d’amour avec le Christ, comme nous l’a rappelé le passage de saint Paul lu au début. À partir de sa fidélité, de sa tendresse, de sa générosité, nous regardons avec foi le mariage et toutes les vocations, et nous comprenons le sens plénier de la sexualité.

    La créature humaine, dans son indissoluble unité d’esprit et de corps, et dans sa polarité masculine et féminine, est une réalité très bonne, destinée à aimer et à être aimée. Le corps humain n’est pas un instrument de plaisir, mais le lieu de notre appel à l’amour, et dans l’amour authentique il n’y a pas de place pour la luxure ni pour la superficialité. Les hommes et les femmes méritent plus que cela !

    La Parole « Tu ne commettras pas d’adultère », même sous une forme négative, nous oriente à notre appel originel, c’est-à-dire à l’amour sponsal plein et fidèle, que Jésus-Christ nous a révélé et donné (cf. Rm 12,1).

    © Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

  • Exorcismes et prières de délivrance : le témoignage de Mgr Macaire

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    Histoire de l'exorcisme en Martinique avec Mgr Macaire (via le blog du Père Simon Noël)



    Voici une vidéo qui pourra éclairer ceux qui se posent des questions sur les exorcismes et prières de délivrance. L'enseignement de Mgr Macaire est basé sur une expérience personnelle et sur la théologie la plus sûre. 
  • Intelligence artificielle : notre faculté de jugement menacée

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    « L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE NOUS DESSAISIT DE NOTRE FACULTÉ DE JUGEMENT »

     de genethique.org :

    Eric Sadin, écrivain et philosophe, est spécialiste du numérique et de son impact sur nos vies et nos sociétés. Dans son dernier essai, L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle[1], il « appelle à une révolte de la société civile contre l’inféodation de la technique et de la science aux opportunités économiques considérables que promet l’intelligence artificielle ».

    « Nous vivons un changement de statut des technologies numériques : elles ne sont plus seulement destinées à nous permettre de manipuler de l’information à diverses fins, mais à nous divulguer la réalité des phénomènes au-delà des apparences », explique Eric Sadin. Par conséquent, « la technique se voit attribuer des prérogatives inédites : éclairer de ses lumières le cours de notre existence ». Ainsi, les analyses produites par les systèmes d’intelligence artificielle ne se contentent plus de « produire une exactitude supposée », mais elles « recouvrent une valeur de vérité » qui impliquent de s’engager dans le sens de leurs conclusions, de s’y conformer. Par exemple, une application de coaching sportif va inciter l’utilisateur à acheter tel complément alimentaire, ou un robot numérique va sélectionner tel candidat à recruter. De façon plus coercitive encore, des systèmes dictent à des personnes les gestes à exécuter dans le champ du travail. Ce « tournant injonctif de la technique » impacte le libre exercice de notre faculté de jugement, qui « se trouve remplacée par des protocoles destinés à orienter et à encadrer nos actes ». On est ici loin de la « complémentarité homme-machine » largement invoquée.

    Dans le domaine de la santé, le philosophe est tout aussi alarmant : si « on ne cesse de louer les avantages que la médecine est supposée tirer de l’intelligence artificielle », « on n’évoque jamais le fait que ces systèmes sont déjà dotés de la faculté de prescription, appelée à entrainer l’achat de mots-clés par les groupes pharmaceutiques ». Ces systèmes préparent la fin de la consultation « au profit d’abonnements qui, via des capteurs sur les corps, promettent d’interpréter les états et de recommander des produits de bien-être ou des traitements thérapeutiques ». Il faut faire état des « effets collatéraux induits par l’intégration de systèmes d’intelligence artificielle dans la médecine »,demande Eric Sadin.

    Il appelle également à un débat « à la hauteur des enjeux, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui » sur ces sujets. Enjeu économique de taille, l’intelligence artificielle concentre de grands investissements. Le risque, « c’est l’imposition du primat de l’impératif économique sur toute autre considération ». Eric Sadin interroge : « Allons-nous accepter, au nom de la croissance, de voir s’instituer, par le fait de ces systèmes, un dessaisissement de notre faculté de jugement, une marchandisation intégrale de la vie ainsi qu’une extrême rationalisation de tous les secteurs de la société ? ».

    Enfin, le philosophe se méfie des « pouvoirs de la régulation », « sans cesse invoqués comme susceptible de faire contrepoids aux évolutions technologique ». Car, dans notre régime d’ « ordolibéralisme », le rôle du législateur ne consiste plus à nous prémunir des dérives, mais à rédiger des lois « en vue de soutenir l’économie de la donnée, des plateformes et de l’intelligence artificielle ».En outre, « établir des règles en vue d’entraver la recherche » se révèlerait peine perdue estime-t-il, les chercheurs participant du mouvement « croissant de marchandisation intégrale de la vie et d’organisation automatisée à des fins d’optimisation de la société » imposé par le développement de l’IA. Il appelle donc chacun à « faire œuvre de politique », à sortir de l’ « apathie »actuelle face aux « évangélistes de l’automatisation du monde » pour « contredire les technodiscours fabriqués de toute pièce et colportés de partout par des experts patentés ». « Nous devrions manifester notre refus à l’égard de ces dispositifs lorsqu’ils bafouent notre intégrité et notre dignité. Contre cet assaut antihumaniste, faisons prévaloir une équation simple mais intangible : plus on compte nous dessaisir de notre pouvoir d’agir et plus il convient d’être agissant ».


    [1] Eric Sadin, L'intelligence artificielle ou l'enjeu du siècle. Anatomie d'un antihumanisme radical (L'échappée, 2018).

    Sources: Le Figaro, Eugénie Bastié (29/10/2018)

  • Ce que la Pologne peut apporter à l'Europe : la transmission de l'héritage de la foi

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    De Christophe Geffroy sur le site de la Nef (novembre 2018) :

    Transmettre l’héritage de la foi

    Mgr Marek Jedraszewski a été évêque auxiliaire de Poznan (1997-2012), puis archevêque de Lodz (2012-2016) ; il est depuis janvier 2017 archevêque de Cracovie. Nous le remercions vivement d’avoir accepté de répondre à nos questions.

    La Nef – Nous allons fêter en novembre 2018 le centième anniversaire de la renaissance de la Pologne en tant que nation : que vous inspire cet anniversaire ?

    Mgr Marek Jedraszewski – Il ne s’agit pas de la renaissance de la Pologne en tant que nation. La nation polonaise existe et a perduré depuis 966 car la Pologne est l’un des rares pays en Europe qui peut dire que l’adoption de la chrétienté marque à la fois le commencement de son histoire en tant que nation et le début de son histoire en tant qu’État. Pendant les 123 ans où elle fut partagée entre différentes puissances européennes (1795-1918), la Pologne n’existait pas comme entité étatique et c’est l’Église qui endossa, en quelque sorte, la responsabilité de la défense de l’identité nationale et culturelle, devoirs qui incombent normalement à l’État. Grâce à cela la Pologne a toujours existé en tant que nation et des soulèvements successifs ont eu lieu tout au long de l’époque des partages, pour retrouver l’indépendance perdue. Il y a cent ans, les circonstances ont permis à la Pologne de se trouver à nouveau sur les cartes d’Europe en tant qu’État indépendant. C’est le motif des grandes célébrations et des grandes joies que nous vivons actuellement et qui culmineront le 11 novembre 2018.

    Le but de ces cérémonies du centenaire du recouvrement de l’indépendance, n’est pas uniquement de célébrer la joie des Polonais des générations antérieures, ceux de 1918, mais de jeter un regard honnête sur notre histoire difficile au cours de ces cent dernières années car, dans les faits, la Pologne fut vraiment libre à peine 20 ans de 1918 à 1939. Ensuite, un nouveau partage de la Pologne fut perpétré par l’Allemagne nazie et la Russie bolchevique, puis un autre par les gouvernements communistes jusqu’en 1989 officiellement (mais les troupes soviétiques sont restées en Pologne jusqu’en 1993). Les conséquences de ce système se font encore sentir. Ce regard critique et en profondeur sur les cent dernières années, nous oblige encore davantage à considérer avec admiration et reconnaissance les générations successives de Polonais qui ont lutté pour la liberté de la Pologne mais il nous oblige aussi, puisque nous avons maintenant conscience de notre pleine souveraineté et de notre entière responsabilité envers notre pays, à prendre en mains l’avenir de notre Patrie afin d’en faire le bien commun de tous les Polonais.

    Quelle est la place de la religion catholique en Pologne ? Et comment résumeriez-vous la situation actuelle de l’Église polonaise ?

    On ne peut comprendre la Pologne sans comprendre aussi la signification fondamentale du christianisme dans son histoire. Cela concerne les débuts mêmes de l’histoire de notre nation et de notre État. Ces trois éléments (Église, nation, État) ont toujours été étroitement liés et, pendant les périodes où l’État polonais fut liquidé ou bien très limité, c’est justement l’Église qui a assumé ces importants devoirs, afin de sécuriser le bien commun des Polonais : leur culture, leur identité et leur espoir. Et rien de ce qui fait notre histoire, et donc notre passé, n’est devenu moins actuel aujourd’hui. L’Église en Pologne, faisant face à de nouveaux défis, s’applique à transmettre ce grand héritage de la foi chrétienne aux générations suivantes : elle cherche à ce que ce message chrétien et cette invitation à la liberté responsable éclairent ce qu’il faut faire aujourd’hui afin de ne pas s’éloigner de la Vérité de l’Évangile, de la vérité de cette forme de la vie conjugale, de la vie de famille qui est clairement tracée dans l’Évangile du Christ. C’est notre plus grand combat : le soin des époux, de la famille et, par là, le soin du peuple polonais, parce qu’aussi longtemps que le peuple polonais sera attaché à l’Église et à la chrétienté, il restera fidèle aux racines les plus profondes de sa tradition et de son identité.

    La situation actuelle de l’Église polonaise, c’est la situation d’une Église qui ne veut pas renoncer à l’union avec le Saint-Siège. C’est un défi pour accorder une attention pastorale spéciale aux enfants et aux jeunes, afin que le dimanche reste un jour vraiment consacré au Seigneur et pour que notre vie quotidienne à tous – enfants, jeunes et adultes – soit imprégnée de prière. Actuellement il est difficile de pouvoir parler d’un enracinement durable et profond de la foi chrétienne dans le peuple.

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  • Asia Bibi acquittée et libre

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    A voir sur aleteia.org :

    Sylvain Dorient

    Asia Bibi acquittée, le Pakistan en suspens

    Sylvain Dorient

    Loi anti-blasphème : la jurisprudence Asia Bibi pourrait changer les choses

    Athénaïs Clicquot

    Vidéo : Asia Bibi, une foi indestructible

    ... et sur le site de l'Aide à l'Eglise en Détresse :

    COMMUNIQUÉ DE PRESSE :

    Innocentée, Asia Bibi est condamnée à l’exil

    L’AED se réjouit de l’acquittement d’Asia Bibi, première femme condamnée à mort au titre de la loi anti-blasphème et emprisonnée depuis 9 ans au Pakistan, mais dépl...

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    PAKISTAN :

    « À l’annonce de la libération d’Asia Bibi, la vie s’est arrêtée ! »

    Deux prêtres au Pakistan témoignent de la joie et de la crainte mêlées qui accompagnent l’acquittement et l’annonce de la libération d’Asia Bibi. La Cour suprême du Pakis...

    LIRE L’ARTICLE

    PAKISTAN :

    « La famille d’Asia Bibi a dansé de joie »

    Les proches d’Asia Bibi ont décrit aujourd’hui la nouvelle de l’acquittement de celle-ci comme « le moment le plus merveilleux » de leur vie et ont remercié D...

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  • Toussaint : voulons-nous vraiment vivre éternellement ?

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    FIGAROVOX/OPINION (via Le Forum Catholique) - La fête de la Toussaint tombe cette année un dimanche. Pour Hélène Bodenez, la question de la mort que pose la fête du 2 novembre, le lendemain de la Toussaint, nous interroge.

    Hélène Bodenez est professeur agrégée de lettres et enseigne dans un établissement jésuite à Paris. Elle a publié en 2010 À Dieu, le dimanche! aux Éditions Grégoriennes et tient un blog d'opinion: Raison garder.

    La Toussaint, le Paradis pour tous ?

    «La fin dernière est méprisable»… À chaque Toussaint, la phrase culte d'Albert Camus s'impose en repoussoir dans ma mémoire. Dessinant le profil de l'homme absurde dans le Mythe de Sisyphe, le Prix Nobel de littérature en esquissait les contours comme un Dom juan répétant sans cesse le même discours à sa «quantité» de conquêtes. Homme de la répétition tel Sisyphe, ainsi Don Juan défiant ultimement le Commandeur et obtempérant sans trembler à son «donne-moi la main». Rien ne fait fléchir le grand seigneur méchant homme, surtout pas l'enfer dans lequel il tombe et que Molière met en scène avec force éclairs et roulements de tonnerre dans un deus ex machina impressionnant. L'heure de la justice, fin dernière, est méprisée en effet. Croire au ciel par peur de l'enfer, une indignité, une absurdité.

    Changer la mort?

    Si cette fuite en avant pouvait au XVIIème siècle passer pour une provocation inouïe, elle paraît bien commune aujourd'hui dans un monde d'autonomie qui a sommé les dieux de s'en aller. Que nombre de civilisations - et pas que la chrétienne - aient mis en place des représentations de l'au-delà sous le mode de la rétribution des actes ne bouleversent plus grand monde. Qui croit encore que «notre agir n'est pas indifférent devant Dieu»? Le Dies irae ne fait plus peur à grand monde, ne reste qu'un splendide moment de culture, de Mozart à Verdi. Si quelque chose de nous subsiste après la mort, c'est évidemment pour le paradis, un paradis ouvert tous azimuts, polnareffien. La grande égalité rêvée sur terre jusqu'à la l'utopie totalitaire se prolongera au Ciel, pense-t-on allègrement. Qu'on se le tienne pour dit: le «Changer la vie» moderne ne peut que coïncider avec un libertaire «Changer la mort». Le ciel a intérêt à se mettre à la page, vite fait!

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  • L'importance du tourisme religieux en France

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    Lu sur le Forum Catholique :

    La revue mensuelle Juristourisme des Editions juridiques Dalloz a publié dans son numéro de mars dernier tout un intéressant dossier sur le tourisme religieux.

    Juristourisme

    Voici juste l'article de présentation de Jean-François Guy Barrey, Webmestre de Pèlerinages de France :

    LE TOURISME LIE A LA SPIRITUALITE, UNE COMPOSANTE MAJEURE DE L’OFFRE TOURISTIQUE FRANÇAISE

    Le tourisme lié à la spiritualité en France, essentiellement catholique, s’enracine sur dix-neuf siècles d’histoire et un patrimoine bâti exceptionnel, avec 50 000 édifices religieux (monastères, abbayes, cathédrales, églises, chapelles, ainsi que des synagogues et mosquées) dont 10 000 classés Monuments Historiques protégés et ouverts au public. Les grandes cathédrales de France, Notre-Dame de Paris, de Chartres, d’Amiens, de Reims, du Puy, pour n’en citer que quelques-unes, le Mont-Saint-Michel comptent parmi les monuments chaque année les plus visités. La France compte 163 sanctuaires, dédiés pour la majorité d’entre eux à la Vierge Marie. 

    Ce patrimoine remarquable comporte de nombreux sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, de renommée internationale, tels le Mont-Saint-Michel, Rocamadour, Le Puy-en-Velay.

    La France est jalonnée de nombreuses routes et chemins de pèlerinages, dont les chemins du Mont-Saint-Michel, les Chemins de Saint-Jacques de Compostelle, les chemins de Saint-Martin, de saint Gilles, la Voie des Francs, classée patrimoine culturel par le Conseil de l’Europe, qui, partant de Cantorbéry en Angleterre, va jusqu’à Rome.

    Notre patrimoine religieux catholique attire chaque année en France des millions de visiteurs et de pèlerins étrangers et explique pour partie que la France soit et demeure depuis de longues années la première destination touristique au monde. Avec 84,7 millions de visiteurs internationaux ayant généré 42,2 milliards d’euros de recettes touristiques en 2013, le tourisme constitue une industrie majeure pour la France, représentant 7,33% de son PIB en 2012 (source : Atout France/ministère de l’économie). Mais des marges de progrès existent. Un des objectifs majeurs du compartiment « Tourisme et spiritualité » du GIE Atout France est de « positionner la France comme une destination de tourisme spirituel en développant les atouts de l’offre française et permettre d’accroître la notoriété des sites moins connus à l’international, en s’appuyant sur la renommée de sites majeurs (idées de circuits dans l’Hexagone) ».

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  • Inde : un pic de violence antichrétienne au sein de la province la plus peuplée du monde

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    Une dépêche de l'Agence Fides :

    ASIE/INDE - Pic de violence antichrétienne au sein de la province la plus peuplé du monde 

    Groupes extrémistes hindous
  • Quand les diocèses font appel à des religieux venus de l' étranger pour diriger les paroisses

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    De Corinne Lebrave sur France Info (france3-regions.francetvinfo.fr) :

    L'Aveyron manque de prêtres, le diocèse fait appel à des religieux venus de l' étranger pour diriger ses paroisses

    L'Aveyron manque de prêtre. Pour ne pas subir la crise des vocations, le diocèse fait appel à des religieux venus de l'étranger. A Saint-Sernin-sur-Rance, le père Adou arrive de Côte d'Ivoire. 14 des 38 paroisses de l'Aveyron ont été confiées à des hommes d'église originaires d'un autre pays. 

    Cela fait un an que le père Jules Adou est arrivé en Aveyron, depuis sa Côte d'Ivoire natale. L'évêque de Rodez avait lancé un appel pour faire venir des prêtres en renfort dans les paroisses aveyronnaises.

    Depuis un mois, le père Adou a désormais la charge de la paroisse de Saint-Sernin-sur-Rance.

    Aujourd'hui, sur les 38 prêtres en activité en Aveyron, 14 sont d'origines étrangères, dont 5 arrivent de Côte d'Ivoire. Pour l'homme d'église, il a fallu rapidement s'adapter à l'approche française de la religion.   

    Un recours à des prêtres étrangers, qui s'explique par une crise de vocation sur le territoire. Le diocèse de l'Aveyron ne compte aujourd'hui qu'un seul séminariste, d'origine indienne.

    Mais ces religieux venus d'Asie, d'Afrique ou d'Europe de l'est ne sont pas là que pour combler un vide. Ils apportent leur culture, leur personnalité à l'Eglise catholique française.

    Le père Jules restera encore 6 ans dans le département, c'est la durée de sa mission, avant de partir pour de nouveaux horizons.

    Le reportage de Robin Doreau et Régis Dequeker 

    En Aveyron, le diocèse fait appel à des prêtres étrangers pour pallier la crise des vocations dans le département
     
  • Le père absent et l'ensauvagement des jeunes

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    De Chantal Delsol sur le Figaro relayé sur Magistro.fr :

    Ensauvagement des jeunes, où sont les pères ?

    TRIBUNE - La mort d'un adolescent roué de coups par d'autres mineurs et l'affaire du lycéen braquant un pistolet à bille sur son professeur conduisent à s'interroger sur l'effacement des pères, analyse la philosophe*.

    La stupeur domine à voir un garçon de 13 ans tué à coups de barres de fer par des adolescents de son âge aux Lilas (Seine-Saint-Denis). On a le sentiment - le souvenir ? - que "cela n'arrivait pas avant". Les rixes et les règlements de comptes existent dans toutes les zones urbaines, et certaines en sont coutumières. Mais un jeune ado, presque un enfant !

    Puis, on nous informait que, à Créteil, un lycéen a braqué un pistolet à bille sur son professeur afin d'être marqué présent pendant qu'un de ses camarades filmait la scène et la diffusait sur les réseaux sociaux…

    L'enfant n'est pas le bon sauvage de Rousseau. Il attend son humanisation. Si on ne l'humanise pas d'une manière ou de l'autre il se hâte de demeurer au chaud dans la barbarie primitive. Ainsi, ce ne sont pas de mauvais enfants qui vont chercher la barre de fer pour assassiner le voisin de cité - ce sont des enfants qu'on a renoncé à humaniser. Ou pire encore, qu'on se refuse d'humaniser, par utopisme, par démagogie, par lâcheté d'adulte.

    Dans les sociétés mondiales l'ordre social, celui qui permet d'éviter ce genre d'insupportable meurtre, peut être atteint de deux manières possibles. Ou bien l'enfant est éduqué à la liberté, c'est-à-dire en permanent apprentissage de la responsabilité personnelle, ce qui est en principe le cas dans les sociétés démocratiques qui sont des fabriques de citoyens. Ou bien l'enfant est élevé dans la soumission, et un État autocratique vient réprimer tout écart, en général avec tant de sévérité que finalement l'ordre règne. Dans le premier cas l'enfant n'ira pas chercher la barre de fer parce qu'on lui a appris patiemment à remplacer la violence par les mots, et parce qu'il est contrôlé et accompagné par ses parents. Dans le second cas, il n'ira pas chercher la barre de fer parce qu'il sait que la police sera là avant lui, et que sa vie est ruinée s'il se livre à ce genre d'agression.

    Le problème est que chacun de ces modèles sous-entend des conditions spécifiques. Notre modèle, celui occidental qui préfère l'apprentissage de la liberté et de la responsabilité, et la fabrique de citoyens, requiert une éducation soignée, qui ne s'arrête pas à l'affection et au dressage. Éduquer à la responsabilité exige généralement deux parents, c'est-à-dire deux pôles d'autorité capables de maintenir l'équilibre entre l'affection essentielle et la prise de risque que nécessite tout apprentissage de la liberté. Pour cela, les psychiatres le savent bien, il faut généralement un père. L'affirmation s'entend évidemment de façon générale sans préjuger des exceptions nombreuses. On constatera que dans toutes les sociétés dont les pères sont absents ou lointains (sociétés polygames, sociétés matriarcales), le gouvernement est autocratique. Il n'y a pas de hasard si les sociétés occidentales démocratiques sont en même temps, traditionnellement, des sociétés patriarcales (mais certaines sociétés patriarcales peuvent être en même temps autocratiques, comme la Chine).

    Aussi y a-t-il une grande incohérence à vouloir écarter les pères et récuser l'autorité des parents (interdire la fessée !), ou à vouloir comme c'est le cas des lois en cours, programmer délibérément des enfants sans père. On aura remarqué l'enthousiasme frénétique avec lequel nos médias tentent de nous convaincre des bienfaits du matriarcat. Lors de son 50ème anniversaire, en 1995, les Nations unies ont déclaré que les Moso (une minorité ethnique de Chine, NDLR), une société matriarcale sans père ni mari, étaient un "peuple modèle", une "société parfaite" (je cite) !

    On croit rêver. La société sans père est autocratique, parce qu'il faut bien à un moment donné stopper les méfaits du jeune barbare. Et la mère seule a beaucoup de mal à éduquer à la liberté en même temps qu'elle apporte l'indispensable affection, car l'un et l'autre s'entrechoquent et se contredisent.

    Des études sociologiques américaines et norvégiennes (un abstract de nombre de ces études figure dans Le Coût social de la famille déstructurée, de Paul C. Vitz, in Revue éthique, 1996, no 21) ont été faites depuis vingt ans sur le devenir des enfants élevés par la mère seule. Sur des chiffres importants qui garantissent le sérieux des enquêtes, les résultats sont impressionnants. Les jeunes garçons délinquants sont le plus souvent ceux qui ont été privés de père. En France, on renâcle à publier ces enquêtes, et, placés devant ces chiffres, les sociologues ont tendance à récuser la corrélation, qui pourrait "discriminer" les familles monoparentales… Elle existe pourtant, sur le long terme et dans des pays fort divers (États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Norvège… des dizaines d'études sont référencées dans l'article cité ci-dessus).

    Si on ne veut pas de pères dans les maisons, on aura un jour prochain la police dans les lycées et une sévérité pénale singapourienne. Aujourd'hui, le garçon de 13 ans est assassiné parce que nous sommes dans une situation politico-sociale de transition : nous avons une société démocratique (et non un État policier) et en même temps l'autorité parentale et paternelle est dénigrée ou récusée. Nous ne pourrons pas demeurer longtemps dans cette situation. Il nous faudra accepter de légitimer une autorité d'un côté ou de l'autre - aucune société ne peut vivre dans une situation anomique, où les enfants s'entretuent.

    * De l'Institut. Dernier ouvrage paru : "Un personnage d'aventure: petite philosophie de l'enfance" (Cerf, 2017).