De Solveig Mineo sur le site Bellica :
« Les femmes sont petites car les hommes les ont privées de nourriture » : fake news !
« Les femmes sont plus petites que les hommes car elles ont été privées de viande depuis la nuit des temps », titrait L’Obs il y a quelques jours. Une part croissante des médias français se fait l’écho d’une théorie excitante élaborée par une anthropologue sans formation en biologie, Priscille Touraille, selon laquelle la différence de taille et de volume musculaire entre hommes et femmes viendrait d’une privation alimentaire orchestrée par les hommes depuis la nuit des temps sur l’ensemble du globe terrestre. En douze ans d’existence, cette théorie n’a été appuyée par aucun spécialiste en biologie évolutive. Si cette fake news prospère, c’est grâce à l’inculture du grand public -journalistes inclus- en matière de biologie évolutive et parce qu’elle flatte nos pulsions complotistes. Serions-nous, femmes, si fragiles, si irrationnelles, qu’il faille nous épargner les rigueurs d’un discours authentiquement scientifique en nous offrant à la place le doux cocon d’une science de niveau infantile ? Et si nous assistions à l’avènement d’un féminisme obscurantiste ?
Mystification scientifique, unanimité médiatique
La théorie présentée par Priscille Touraille dans sa thèse de 2005 puis dans son livre Hommes grands, femmes petites (2008) repose sur un nombre préoccupant de sophismes, comporte de nombreuses failles logiques, s’appuie sur une présentation tronquée des mécanismes de la sélection naturelle et est faiblement étayée sur le plan factuel.
Comme le remarque la journaliste scientifique Peggy Sastre, en douze années, Priscille Touraille (docteur en anthropologie sociale et non physique) n’a jamais publié d’article en peer-reviewedsur sa théorie du dimorphisme sexuel. Autrement dit, elle refuse de se plier à une procédure élémentaire du débat scientifique : soumettre son travail à l’examen d’un comité de lecture d’une revue scientifique, composé de chercheurs reconnus dans le domaine étudié. La quatrième de couverture du livre de Touraille propose de « renouveler » une « investigation remarquablement gelée depuis le XIXe siècle ». À quoi bon débattre de cette thèse révolutionnaire avec d’autres scientifiques, puisque ceux-ci ne seraient que des dinosaures arque-boutés sur des thèses d’un autre âge ?
On comprend aisément les craintes de l’auteure : lorsque des scientifiques qualifiés en matière de biologie évolutive et de génétique s’expriment sur la thèse du dimorphisme sexuel culturellement induit, ils la démontent intégralement, comme dans ce magistral article du biologiste Jerry Coyne.
Le travail de Priscille Touraille porte le sceau prestigieux du CNRS mais seul le volet culturel de sa thèse a pu être évalué. La seule chose qui ait pu être validée dans sa thèse, c’est qu’il existe quelques tribus africaines et asiatiques dans lesquelles la sous-alimentation des femmes est probablement en partie culturellement instituée, et que quelques sources parcellaires, extrapolées et sorties de leur contexte, peuvent laisser supposer que peut-être, un jour, quelque part en occident, cette pratique ait pu avoir lieu.
Le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le Culte divin, prononçait une conférence en anglais sur l’Europe, le 22 octobre dernier à Varsovie, invité par le mouvement Europa Christi. Nous remercions vivement le cardinal Sarah qui nous a confié la publication en français de ce texte remarquable.
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