Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Eglise

  • Sur les écrans : DAENS, le retour

    IMPRIMER

    DAENS, le retour.

    DAENS

    A partir de ce mercredi 11 mars, une trentaine de salles de cinéma mettent à l’affiche le film de Stijn Coninx consacré à l’abbé Adolf Daens (1839-1907) et à son action, à Alost, en faveur des travailleurs des filatures, exploités et réduits à la misère.

    Le film est superbe et ses qualités plastiques méritent incontestablement le détour. C'est à juste titre qu'il a été retenu à Hollywood parmi les cinq meilleurs films étrangers… en 1993 !

    Une première question se pose : pourquoi ce film revient-il sur nos écrans trente-quatre ans après sa sortie ? Stijn Coninx déclare dans La Libre Belgique (11 mars 2026) que « le film peut ouvrir une discussion actuelle sur les conditions de travail ». Il ajoute : « Qui va donner à manger à tous ces enfants ? c’est une phrase qui résonne encore dans beaucoup de pays et même dans certaines familles en Belgique. » Certes, dans beaucoup de pays existent encore des travaux pénibles, malsains, mal rémunérés mais, en Belgique, nous n’en sommes plus aux conditions de vie du XIXe siècle. Tous les économistes estiment que notre pouvoir d’achat a doublé depuis 1990[1] et que le risque de pauvreté a diminué[2]. De plus, toute une série d’organismes publics et privés sont là pour subvenir aux besoins essentiels des plus défavorisés. Pour mourir de faim, chez nous, il faut le vouloir mais Stijn Coninx persiste et évoque la « misère » réelle d’aujourd’hui c’est-à-dire le « burn out ». Pour traiter de ce mal réel et répandu, il faudrait un autre film, dans un autre cadre.[3] La misère à laquelle se confronte Daens est celle d’autres pays où le film a peu de chances d’être projeté. Alors, pourquoi ce retour chez nous ? La veille de la manifestation nationale du 12 mars pour bien persuader les manifestants que rien n’a changé ? Tocqueville a bien montré que plus une société est égalitaire et plus la moindre inégalité devient insupportable.[4] A chaque manifestation nationale, on entend cette plainte : pourrai-je emmener mes enfants en vacances ? On manifeste aujourd’hui, non pour survivre mais pour gagner plus et travailler moins. Alors, pourquoi ressortir ce film maintenant ? On peut tenter une autre explication vu qu’à l’approche de Pâques, il est de coutume, notamment sur certaines chaînes de télévision, de donner des leçons à l’Eglise.  Daens servirait-il à décrire l’Eglise dont tout un chacun rêve ou devrait rêver ? Voyons cela de plus près.

    Le film, en lui-même, est très interpellant. Il montre de manière saisissante I'extrême et scandaleux dénuement de la classe ouvrière à Alost au XIXe siècle, l'indifférence cynique et calculatrice de la bourgeoisie francophone et d'un Parti catholique borné, gangréné par le libéralisme, conservateur à I'excès. Le film est même susceptible de bouleverser davantage encore le spectateur si celui-ci pense que les ouvriers d'hier sont devenus les affamés du Tiers monde et que les nantis aveugles qui discourent dans les salons ou se donnent bonne conscience par des soupes populaires, sont notre propre image ! Ainsi, les analyses et les demandes pressantes de Léon XIII dans Rerum novarum, réactualisées par Jean-Paul II dans Centesimus annus, par Benoît XVI dans Caritas in veritate, par François dans Fratelli tutti et résumées par Léon XIV dans Dilexi te, doivent continuer à guider I'action sociale, économique et politique des hommes de bonne volonté, d'autant plus qu'aujourd'hui la question sociale est devenue mondiale ! Le film montre que cette question sociale, hier en Belgique comme aujourd'hui sur I'ensemble de la planète, ne peut se régler durablement par de simples "aides humanitaires" qui ne sont souvent, comme l'écrit avec audace et lucidité M. Schooyans[5], que des "feuilles de vigne" cachant de troubles jeux d'intérêts. Hier comme aujourd'hui, I'avenir des pauvres n'est pas simplement dans les collectes ou I'expédition de boîtes de lait, la solution passe par l'évangélisation intégrale des hommes et des sociétés. A ce titre, le film est une parabole grave qui doit mobiliser les consciences.

    Toutefois, nous ne pouvons souscrire sans réserve à toutes les dimensions de ce film.

    1. Un jugement erroné

    L'abbé Daens y est présenté comme un héros sans reproche, attaché à appliquer I'enseignement de Rerum novarum et, à cause de cela, semble-il, en opposition de plus en plus radicale avec la hiérarchie de I'Eglise de Belgique et même avec l'Eglise de Rome. Il est acculé finalement à continuer son action dans la dissidence pour rester fidèle à la classe ouvrière qui le soutient et à sa conscience généreuse[6] .

    Dans cet esprit, le film nous montre, sans réserve et finalement de manière positive, trois comportements qui ne peuvent être acceptés par une conscience chrétienne bien formée parce qu'ils sont contraires à I'enseignement le plus constant de I'Eglise :

    Lire la suite

  • Quatre nominations épiscopales qui revêtent une véritable importance stratégique

    IMPRIMER

    De Miguel Escrivá sur InfoVaticana :

    Les quatre nominations qui préfigurent le modèle de cardinal du nouveau pontificat

    Les quatre nominations qui préfigurent le modèle cardinal du nouveau pontificat

    Alors que le pontificat de Léon XIV approche de sa première année, il devient possible de distinguer, parmi les nombreuses nominations épiscopales de ces derniers mois, celles qui revêtent une véritable importance stratégique. La plupart répondent à la logique habituelle de pourvoir des postes vacants, mais certaines se distinguent par le fait qu'elles concernent des fonctions dont l'accession au cardinalat est quasi assurée, avec tout ce que cela implique. Parmi celles-ci, quatre nominations méritent une analyse conjointe : le nouveau préfet du Dicastère pour les évêques et les nominations aux sièges épiscopaux de Vienne, Prague et New York. Ces quatre décisions offrent un aperçu du type de cardinal qui commence à se dessiner comme figure de proue du nouveau pontificat et de la génération qui pourrait bien façonner le cours de l'Église dans les décennies à venir.

    Les quatre noms auxquels je fais référence sont Filippo Iannone au Dicastère pour les évêques, Josef Grünwidl à Vienne, Stanislav Přibyl à Prague et Ronald A. Hicks à New York. Iannone a été nommé préfet le 26 septembre 2025 ; Grünwidl est passé d’administrateur apostolique à archevêque de Vienne le 17 octobre 2025 ; Hicks a été transféré à New York le 18 décembre 2025 ; et Přibyl a été promu à Prague le 2 février 2026. Vienne demeure un siège cardinalice, et New York l’est depuis des générations ; Prague conserve un poids symbolique considérable et, bien que le cardinalat ne lui soit pas garanti, elle est en très bonne position pour l’obtenir.

    S'il faut définir ces profils dans leurs grandes lignes, ce n'est pas à cause d'une idéologie profondément enracinée, mais parce qu'ils appartiennent tous à la catégorie des ecclésiastiques « post-conflit ». Ce ne sont pas les progressistes à l'ancienne, agitant des bannières, négligés et rustres, se délectant de scandaliser la bourgeoisie catholique avec une esthétique du « pauvre prêtre » érigée en performance morale. Ce ne sont pas non plus des artisans de la restauration doctrinale, liturgique ou ascétique. Ils sont autre chose : des administrateurs ecclésiastiques aux manières douces, à l'aise avec les réalités culturelles, institutionnellement fiables, habiles avec les médias et suffisamment malléables pour ne rompre avec rien, mais plutôt pour infléchir l'axe de l'Église sans avoir besoin de le déclarer. Cela est peut-être plus déstabilisant que le progressisme tapageur des années 1980, car il s'essouffle sans bruit et réforme sans admettre qu'il s'agit de réformes. La mutation cesse d'être présentée comme un combat et devient la norme. C'est là sa force.

    Filippo Iannone est peut-être l'exemple le plus frappant de profil technocratique. Il n'est pas un homme à la théologie profonde ni affilié à une école spirituelle reconnue, mais plutôt à l'appareil juridique et canonique de Rome. Juriste et canoniste de formation, il est préparé pour les tribunaux, les universités et l'administration de la Curie romaine ; son discours public insiste sur les procédures, les normes, les processus et l'efficacité du droit pénal canonique. Pour l'instant, tout cela relève du vœu pieux. Il dirige actuellement l'instance même qui assiste le pape dans la nomination des évêques du monde entier. Un préfet qui, vraisemblablement, ne prêchera pas l'hétérodoxie, mais qui promouvra des hommes « équilibrés », « orientés vers le dialogue », « non clivants », et d'ici une décennie, le corps épiscopal mondial sera façonné par le haut, avec des profils souples, dociles et doctrinalement ouverts.

    Josef Grünwidl correspond parfaitement à l'archétype du « prêtre des années 90 », et des quatre, il est le plus audacieux lorsqu'il s'agit de sortir des sentiers battus et d'explorer les profondeurs de l'hétérodoxie. Sa biographie est celle d'un homme d'envergure diocésaine viennoise, dépourvu de la profondeur intellectuelle comparable à celle de Schönborn et d'une quelconque maîtrise liturgique manifeste. Dans des entretiens avec l'archidiocèse de Vienne, il a plaidé pour la poursuite du débat sur le diaconat féminin, affirmé que le célibat est un mode de vie précieux mais pas nécessairement indissociable du sacerdoce, appelé à une plus grande participation des femmes aux processus décisionnels et mis en garde contre le « néo-intégralisme » et un christianisme « exclusiviste ». Tout cela définit assez bien son profil : il n'est pas un révolutionnaire de principe, mais un homme de décompression doctrinale, vigilant face à toute affirmation trop catégorique de l'identité catholique qui pourrait paraître trop exclusive ou trop sûre d'elle. Ce type d'évêque peut être plus corrosif qu'une rupture frontale, car il ne se présente pas comme un ennemi de la tradition, mais comme un modéré raisonnable qui la relègue au coin des personnes suspectement rigides.

    Stanislav Přibyl propose une version centre-européenne de ce même modèle. Son discours public insiste sur le dépassement des polarisations, la construction de ponts, l'écoute, le dialogue, l'apprentissage du processus synodal et la levée des « bulles sociales ». Parallèlement, il évoque le dépôt de la foi et la nouvelle évangélisation, ce qui lui permet de se présenter comme un homme équilibré, et non comme un progressiste affirmé. C'est précisément là le nœud du problème : il n'est plus nécessaire de nier verbalement le dépôt de la foi pour le vider de sa substance normative dans les faits. Il suffit de l'envelopper d'une rhétorique constante de réconciliation, d'écoute et d'accompagnement, où toute définition tranchée est soupçonnée de créer des divisions. D'un point de vue critique, c'est là que réside le danger : la vérité révélée n'est pas niée, mais fonctionnellement subordonnée à l'idéal supérieur de la coexistence ecclésiale.

    Ronald A. Hicks incarne aux États-Unis ce nouveau cléricalisme modéré. Son ascension est indissociable de ses origines chicagoanes et de sa longue collaboration avec Blase Cupich, auprès duquel il exerça les fonctions d'évêque auxiliaire et de vicaire général avant de rejoindre Joliet, puis New York. Dès sa première interview après sa nomination à New York, il employa le langage désormais caractéristique de ce courant : l'écoute attentive des fidèles, la volonté d'éviter les divisions, le soutien aux personnes en souffrance, la priorité accordée à la guérison et une gouvernance axée sur la mission. On ne retrouve nulle part le progressisme intransigeant de certains prélats américains du début de l'ère post-Vatican II, mais bien la même évolution vers un épiscopat thérapeutique, inclusif et apaisé. D'un point de vue traditionnel, le passage, à New York, d'un homme comme Dolan, avec toutes ses limites, à un homme formé au sein de l'écosystème Cupich est loin d'être anodin. Cela signifie que même les principaux diocèses américains n'exigent plus un profil idéologique marqué : un responsable pastoral au ton affable, obéissant aux préceptes romains et utilisant un langage apaisant suffit.

    Autrement dit, ces hommes ne sont pas dangereux parce qu'ils ressemblent à des loups. Ils le sont parce qu'ils paraissent inoffensifs. Ils n'affichent pas l'agressivité du progressisme des années 1980, mais au fond, ils partagent la même méfiance envers un catholicisme défini, viril, sacrificiel et hiérarchisé. Simplement, ils l'expriment désormais autrement. Ils ne ridiculisent plus la tradition ; ils la relativisent. Ils ne l'attaquent plus aussi frontalement et la manipulent en en minimisant l'impact. Ils ne font plus de provocations ; ils instaurent un climat où ce qui est fort, clair et liturgiquement sérieux devient marginal par simple désintérêt institutionnel.

    Ces profils révèlent une masculinité sacerdotale affaiblie : des gestes plus doux, une autorité paternelle moindre, une plus grande propension au langage émotionnel et relationnel, un ascétisme moins rigoureux, et une moindre gravité ni un sentiment de sacralité. Il serait imprudent de réduire cela à une caricature psychologique, mais il serait naïf de nier l’évolution de l’habitus clérical. Le prêtre séminariste des années 1990 et du début des années 2000 était socialisé de manière à ne pas paraître trop autoritaire ni trop détaché de son environnement. On attendait de lui qu’il soit accessible, sensible, davantage un bâtisseur de relations qu’un gardien du mystère. Il en résulte un épiscopat qui, en apparence, peut sembler élégant, voire courtois, mais qui rayonne rarement du poids quasi mystique de sa charge.

    C’est pourquoi ils ont aussi tendance à manquer d’un véritable intérêt pour la liturgie. Ils ne sont pas des iconoclastes liturgiques comme dans les années 1970, mais la liturgie n’a plus pour eux une importance théologique centrale. Elle leur sert de cadre pastoral, de scène fonctionnelle, de soutien communautaire. En fin de compte, l’absence de débat liturgique ne signifie pas l’amour de la liturgie, mais plutôt l’indifférence.

    Le progressisme brutal de la génération précédente a suscité des réactions hostiles. Il a scandalisé, provoqué des résistances et contraint les individus à se définir. Ces nouveaux profils, eux, n'ont pas cet effet. Ils sont suffisamment orthodoxes en apparence, suffisamment corrects dans leurs formes, suffisamment institutionnels dans leur langage. Ils n'incitent pas à la rupture car ils ne tiennent presque jamais de propos formellement intolérables. Mais ils remodèlent la sensibilité ecclésiale par osmose : moins de dogmes explicites, moins de ferveur surnaturelle, moins de place centrale accordée au sacrifice, moins de conscience du combat spirituel, moins de sacerdoce comme altérité sacrée, moins de liturgie comme acte de culte, davantage de processus, plus d'écoute, plus d'accompagnement, plus d'équilibres, et un synodalisme très marqué.

    En ce sens, ils peuvent être plus dangereux. L'ancien modèle progressiste engendrait des conflits. Le nouveau engendre la dissolution. Le premier apparaissait comme un adversaire. Le second se présente comme un évêque ordinaire. Un modèle post-héroïque, post-liturgique, post-dogmatique dans le ton, sinon toujours dans la lettre ; une Église qui conserve le vocabulaire catholique, mais le prononce avec une conviction toujours plus faible.

  • Le conflit iranien et les critères de l'Église pour une guerre juste

    IMPRIMER

    Du Père Gavan Jennings  sur le Catholic Herald :

    12 mars 2026

    Le conflit iranien et les critères de l'Église pour une guerre juste

    L'adage selon lequel « la première victime de la guerre est la vérité » est généralement attribué au dramaturge grec antique Eschyle. Il aurait peut-être dû dire que la première victime de la guerre est la rationalité. Rien n'attise autant les passions que la vue des dernières armes de guerre : avions de chasse F-35, missiles hypersoniques, bombes MOAB, etc., ou le spectacle de l'ennemi enfin vaincu. C'est dans des moments comme celui-ci que la théorie classique de la guerre juste, formulée notamment par saint Augustin, saint Thomas d'Aquin et l'École espagnole de Salamanque, se révèle un trésor pour l'Église, nous permettant de réfléchir avec lucidité à la guerre.

    Cette théorie de la guerre juste sous-tend le paragraphe 2309 du Catéchisme de l'Église catholique et les « conditions strictes » exigeant un « examen rigoureux » avant que le recours à la force militaire défensive puisse être légitimement envisagé. Ces quatre conditions sont essentiellement les suivantes : cause juste, dernier recours, probabilité de succès et proportionnalité.

    Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire conjointe contre l'Iran, baptisée « Opération Fureur Épique ». Lors des premières attaques, ils ont mené 900 frappes contre des missiles iraniens, des systèmes de défense aérienne, des infrastructures militaires et des sites de pouvoir, tuant le guide suprême iranien, Ali Khamenei, ainsi que d'autres responsables.

    Le monde est inquiet. Nous espérons que les dirigeants des États-Unis et d'Israël sont conscients de leurs actes, car, comme le stipule le paragraphe 2309 : « L'évaluation de la légitimité morale de ces conditions relève du jugement prudentiel de ceux qui sont responsables du bien commun. » Tout jugement prudentiel exige une analyse approfondie de toutes les informations pertinentes disponibles concernant une action envisagée – informations auxquelles nous, simples citoyens, n'avons généralement pas accès. Compte tenu de l'incroyable complexité des enjeux géopolitiques et militaires liés à la guerre, il est très difficile d'avoir une certitude absolue quant à la légitimité d'une action militaire particulière, et nos propres jugements sont donc toujours limités par ce manque de connaissances.

    Cela dit, il pourrait être utile d'examiner ce que certains des principaux commentateurs catholiques ont dit à propos de cette guerre, à la lumière des « conditions strictes » énoncées dans le Catéchisme de l'Église catholique .

    Concernant l'exigence d'une cause juste – à savoir que « le préjudice infligé par l'agresseur à la nation ou à la communauté des nations doit être durable, grave et certain » – il ne fait guère de doute que l'Iran sème le chaos au Moyen-Orient et au-delà par le biais de ses groupes terroristes affiliés tels que le Hamas, le Hezbollah et les Houthis, même si, le plus souvent, leur victime est Israël plutôt que les États-Unis, et Israël est parfaitement capable d'assurer sa propre sécurité, comme le souligne Edward Feser. L'affirmation du président Donald Trump selon laquelle « notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes émanant du régime iranien » semble exagérée.

    En juillet dernier, George Weigel a soutenu les frappes contre l'infrastructure nucléaire iranienne, déclarant que « priver le régime iranien de l'immense capacité destructrice des armes nucléaires était impératif, moralement et stratégiquement. Dans ce cas précis, face à l'échec manifeste de la diplomatie, aux diverses formes d'agression en cours et aux intentions très claires du régime, la frappe préventive était moralement justifiable, même si les conséquences à moyen et long terme de cette action justifiée ne peuvent être connues avec certitude à l'heure actuelle. »

    On peut toutefois se demander si la menace d'une action nucléaire de la part de l'Iran était plus lointaine que imminente, auquel cas l'action américano-israélienne semble davantage préventive (éliminer une menace future possible) que préemptive (répondre à une attaque imminente), cette dernière étant moralement défendable mais la première risquant de conduire à l'anarchie mondiale, comme l'a récemment souligné le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Vatican.

    Cette action militaire est-elle un dernier recours ? N’a-t-elle été entreprise qu’après que « tous les autres moyens d’y mettre fin… se soient révélés impraticables ou inefficaces », comme le stipule la seconde condition ? La question est discutable, bien que Robert Royal estime que l’action militaire se justifie par l’échec des « décennies de “dialogue” international avec l’Iran » à empêcher ce pays de « développer des missiles à longue portée, d’enrichir de l’uranium et de soutenir le terrorisme – et ce, depuis un demi-siècle ».

    On peut supposer que l'alliance américano-israélienne était convaincue, avant d'agir, que les « perspectives sérieuses de succès » – la troisième condition requise par le Catéchisme – existaient bel et bien, même si la définition du « succès » reste quelque peu floue. Plusieurs critères semblent pouvoir être envisagés : la destruction de la capacité de l'Iran à produire et à déployer des armes nucléaires ; la destruction du programme de missiles balistiques iraniens et de sa marine ; la réduction de la capacité de l'Iran à financer et à approvisionner ses alliés ; et enfin, la libération du peuple iranien de la tyrannie théocratique.

    Or, il apparaît déjà que cette guerre remplit très peu clairement la condition de proportionnalité, selon laquelle « l’emploi des armes ne doit pas engendrer des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer ». L’appréciation de la proportionnalité prend en compte les conséquences prévisibles. Il n’aurait sans doute pas été difficile d’anticiper au moins une partie du chaos susceptible de résulter de cette intervention militaire.

    Au moment où j'écris ces lignes, un peu plus d'une semaine après l'intervention militaire contre l'Iran, le Moyen-Orient est en proie à l'agitation, les cours mondiaux du pétrole se sont envolés et – de façon inquiétante – Vladimir Poutine a offert son « soutien indéfectible » au nouveau dirigeant iranien. Lors de son angélus du 8 mars, le pape Léon XIV a averti qu'« outre les épisodes de violence et de dévastation, ainsi que le climat généralisé de haine et de peur, il y a aussi la crainte que le conflit ne s'étende et que d'autres pays de la région, dont le Liban, ne replongent dans l'instabilité ».

    Nous ignorons ces avertissements à nos risques et périls, et malheureusement, nous avons déjà connu une telle situation. La chute du régime de Saddam Hussein en Irak en 2003 a engendré des maux bien plus graves qu'elle n'en a résolus : une guerre civile sectaire en Irak (2006-2008) qui a fait des dizaines de milliers de morts, la montée en puissance de Daech, l'expansion de l'influence iranienne au Moyen-Orient et l'exode de la grande majorité des chrétiens d'Irak – l'un des plus grands effondrements de communautés chrétiennes au Moyen-Orient depuis l'Antiquité. On se souvient que le Saint-Siège, sous le pontificat de Jean-Paul II, s'était fermement opposé à l'invasion menée par les États-Unis et avait prédit une grande partie de ses conséquences.

    Le Catéchisme a raison d'affirmer que toute action militaire défensive requiert une « réflexion rigoureuse » avant d'être entreprise, et alors que les conséquences de l'attaque contre l'Iran commencent à se manifester, j'ai pour ma part le sentiment persistant que nous pourrions assister à une répétition du fiasco de 2003.

  • Un ayatollah iranien écrit à Léon XIV pour lui demander d'intervenir dans la guerre au Moyen-Orient

    IMPRIMER

    D'InfoVaticana :

    Un ayatollah iranien écrit à Léon XIV pour lui demander d'intervenir dans la guerre au Moyen-Orient

    Un ayatollah iranien écrit à Léon XIV pour lui demander d'intervenir dans la guerre au Moyen-Orient.
    Ayatollah Mostafa Mohaghegh Damad

    L’ayatollah iranien Mostafa Mohaghegh Damad a adressé une lettre ouverte au pape Léon XIV dans laquelle il lui demande d’user de son autorité morale pour promouvoir la paix et persuader le président américain d’éviter une escalade du conflit qui se propage au Moyen-Orient.

    Selon le National Catholic Reporter, le message du religieux chiite intervient dans un contexte de tensions croissantes suite au conflit qui a débuté le 28 février entre les États-Unis, Israël et l'Iran, ce qui a exacerbé l'instabilité dans la région.

    Un appel religieux à la paix

    Dans sa lettre, l'ayatollah fonde sa demande sur des principes religieux communs aux traditions monothéistes. Pour Damad, la paix et la justice font partie de la volonté divine exprimée dans les religions.

    « La paix, la justice et les nobles vertus de la morale humaine sont la volonté de Dieu dans toutes les religions divines et dans les Saintes Écritures », déclare le religieux dans son message au Pape.

    Dans le même temps, le chef religieux critique l'impact du conflit armé sur la population civile. Dans sa lettre, il dénonce la destruction des infrastructures civiles, des centres médicaux et des centres de recherche, ce qui, selon lui, constitue une violation du droit international et des principes régissant la protection de ces installations.

    Une demande directe au Pape

    Le message de l'ayatollah comprend une demande explicite au pape d'intercéder auprès du président américain.

    Damad demande à Léon XIV de lui rappeler les enseignements de Jésus-Christ et de l'exhorter à éviter toute nouvelle action militaire susceptible de causer davantage de victimes.

    « Nous vous demandons respectueusement, en lui rappelant les enseignements de Jésus-Christ, de le guider afin qu’il s’abstienne de commettre de tels actes et d’empêcher de nouveaux massacres », déclare le religieux dans sa lettre.

    Une figure influente au sein du clergé chiite

    L'ayatollah Mohaghegh Damad est une figure importante au sein de l'establishment religieux chiite iranien, où les érudits en droit islamique acquièrent leur autorité après des années de formation théologique et académique.

    Selon le journaliste iranien Kourosh Ziabari, ce religieux est considéré comme une figure modérée et pragmatique au sein du système religieux iranien, et a défendu à plusieurs reprises des interprétations réformistes de l'islam.

    Au fil des ans, il a critiqué certains aspects du système politique iranien depuis l'intérieur de la structure cléricale et a encouragé les débats sur les questions sociales et religieuses.

    Historique des appels au Vatican

    Le National Catholic Reporter souligne que ce n'est pas la première fois que Damad écrit à un pape. En 2018, il avait écrit au pape François pour lui demander d'intervenir contre les sanctions américaines imposées à l'Iran suite au retrait de Washington de l'accord sur le nucléaire iranien.

    Plus tard, pendant la pandémie de COVID-19 en 2020, il a de nouveau demandé au pape d'user de son autorité morale pour promouvoir la levée des sanctions qui, avertissait-il, aggravaient la pénurie de ressources médicales dans le pays.

    Incertitude quant à l'impact de la lettre

    Bien que la lettre reflète l'inquiétude des milieux religieux face à l'escalade du conflit, plusieurs analystes estiment que l'effet pratique que pourrait avoir l'intervention demandée au pape est incertain.

    Le Saint-Siège a maintenu une présence active dans la diplomatie internationale pendant des décennies en tant que voix morale en faveur de la paix, mais sa capacité d'influence directe dans la crise actuelle au Moyen-Orient reste limitée.

     

    Lettre de l'Ayatollah Mostafa Mohaghegh Damad à Léon XIV :

    Au Très Saint Pape Léon XIV;

    Ce qui suit est soumis à la réflexion du chef des catholiques du monde  :

    L'humanité, ayant enduré des années de guerre et d'effusion de sang au Moyen Âge et lors de deux guerres mondiales dévastatrices, a acquis sagesse et raison. Avec l'adoption de la Charte des Nations Unies, elle a interdit et condamné toute forme d'agression. Puis, quelques années plus tard, avec l'adoption des quatre Conventions de Genève, il a été stipulé que les gouvernements, en cas de conflit, sont tenus de faire respecter la justice et les principes humanitaires. Vous conviendrez que la paix, la justice et les vertus morales sont la volonté de Dieu dans toutes les religions et les Écritures saintes, et constituent un appel à la paix monothéiste.

    Malheureusement, le président des États-Unis, ce grand et vaste pays qui se targue de suivre les enseignements de Jésus-Christ (que la paix soit sur lui), prophète de miséricorde, d'amitié et d'amour, a lancé il y a quelques jours une attaque contre l'Iran, malgré l'opposition d'une grande partie de sa population, afin de soutenir le régime sioniste. Le guide suprême a impitoyablement ciblé l'Iran et, en bombardant des écoles maternelles, primaires et secondaires, a massacré des enfants et des adolescents innocents dans un déluge de sang et de feu. Il a détruit des centres médicaux, scientifiques et de recherche, violant ainsi les normes internationales et le principe d'inviolabilité de ces institutions. Peut-on espérer de l'amitié et de la bienveillance de la part de celui qui se proclame disciple de Jésus-Christ (que la paix soit sur lui), ou la commission de crimes de guerre ?

    Nous vous supplions maintenant de les guider en leur rappelant les enseignements de Jésus-Christ (que la paix soit sur lui), afin qu’ils s’abstiennent de tels actes et qu’aucun autre sang humain ne soit versé.

    Il est à espérer qu'à l'avenir, les gouvernements du monde choisiront l'amitié et la bienveillance plutôt que de s'attaquer les uns aux autres, et qu'ils consacreront leurs efforts au développement, en assurant un niveau de vie décent à leurs populations et en approfondissant les valeurs morales.

     

    Lire également : « Renverser un régime comme le régime iranien est intrinsèquement complexe et semé d’embûches »

  • Thy-le-Château : Week-end « Resurrexit » (17-19 avril) pour les 18-35 ans avec la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre

    IMPRIMER

    unnamed (1).jpg

     Week-end « Resurrexit » (17-19 avril)
    À l’occasion du temps pascal, le week-end Resurrexit vous est proposé du vendredi 17 avril à 18h au dimanche 19 avril à 17h, à Thy-le-Château, au sein de la Communauté des Béatitudes.
    Ce week-end s’adresse aux jeunes gens (18–35 ans) désireux d’approfondir leur foi et de réfléchir à la place de la Résurrection du Christ dans leur vie personnelle.
    Il alternera enseignements solides (théologie, apologétique, vie spirituelle), temps de prière, mais aussi rencontres, échanges fraternels et moments conviviaux, favorisant l’amitié et le soutien mutuel.
    Prix : 55 €
    Lieu : Thy-le-Château (Communauté des Béatitudes, 10 rue du Fourneau, 5651 Thy-le-Château)
    Infos & inscriptions : 0494 16 20 14
     
    Un week-end pour nourrir l’intelligence de la foi et fortifier l’âme.
  • Les chrétiens d'Irak à nouveau sous le feu

    IMPRIMER

    Le retour de la guerre au Moyen-Orient a rouvert de vieilles blessures et de nombreux chrétiens envisagent à nouveau de quitter la région.

    L’archevêque chaldéen d’Erbil, Bashar Matti Warda.

    Une frappe de drone mercredi dernier (4 mars) a endommagé des bâtiments appartenant à l’Église à Ankawa, le district d’Erbil à majorité chrétienne dans le nord de l’Irak, ravivant les craintes des chrétiens locaux quant à leur avenir dans la région, alors que les tensions s’intensifient au Moyen-Orient.

    « Quand la guerre éclate au Moyen-Orient, nous faisons face à une nouvelle érosion, rapide ou lente. On reste ? Nos enfants ont-ils un avenir ? » a déclaré l’archevêque catholique chaldéen Bashar Warda d’Erbil. « Nous craignons les bombes et l’incertitude. Notre espoir en Jésus ne repose pas sur la politique mais sur la présence fidèle de Dieu », a-t-il ajouté.

    L’attaque a endommagé un immeuble appartenant à l’archidiocèse chaldéen d’Erbil – le complexe d’appartements Bienheureux Michael McGivney – ainsi qu’au couvent voisin des Filles chaldéennes de Marie Immaculée. Heureusement, aucune victime n’a été signalée.

    Le complexe d’appartements avait été évacué quelques jours plus tôt en raison de sa proximité avec une base militaire américaine. Le complexe avait servi d’hébergement à de jeunes couples et aux étudiants de l’Université catholique d’Erbil, qui est en partie financée par Aide à l’Église en Détresse.

    John Neill, un collaborateur de longue date et coordinateur de projet pour l’archevêque Warda, a déclaré que la communauté avait été profondément bouleversée par l’attaque : « Nous sommes très inquiets et choqués. La guerre est tellement indiscriminée. Il est miraculeux que personne ne semble avoir été blessé. Nous prions le Saint-Esprit pour aider à protéger tout le monde. »

    Fadi Issa, représentant international de l’AED dans le nord de l’Irak, a averti que la situation sécuritaire dans le pays se détériore rapidement, avec des milices soutenues par l’Iran lançant des missiles sur des bases militaires américaines et certains projectiles atterrissant dans des zones peuplées.

    Selon M. Issa, le rythme des lancements de missiles et de drones visant Erbil a augmenté ces derniers jours. Certains ont été interceptés par des systèmes de défense aérienne, mais d’autres sont tombés à Ankawa, notamment près d’églises et d’immeubles résidentiels.

    Le couvent voisin – également soutenu par l’AED – fait partie d’un complexe comprenant un centre de catéchisme et l’église Saints Pierre et Paul qui, aux heures de pointe, accueille jusqu’à 1 000 jeunes découvrant le christianisme.

    M. Issa a déclaré que les communautés chrétiennes des plaines voisines de Ninive – la patrie ancestrale des chrétiens irakiens – sont de plus en plus inquiètes de la possibilité d’une nouvelle escalade. « Aujourd’hui, les familles intensifient leurs prières dans l’espoir que la paix prévaudra et que cette guerre chaotique et insensée prendra fin », a-t-il déclaré. « Cette guerre rappelle le déplacement forcé de 2014, et les gens pourraient recommencer à envisager la migration. »

    Il a ajouté que certains chrétiens des plaines de Ninive qui vivaient à Erbil ont commencé à retourner dans leurs villes natales, craignant de nouvelles attaques contre la capitale kurde. De nombreuses familles ont conservé des maisons dans des villes à majorité chrétienne telles que Qaraqosh et Karmles tout en demeurant au Kurdistan après avoir fui l’invasion de Mossoul et des plaines de Ninive par l’État islamique (EI) en 2014.

  • Syméon le Nouveau théologien : se laisser toujours guider par l'amour (12 mars)

    IMPRIMER

    De BENOÎT XVI, lors de l'AUDIENCE GÉNÉRALE du mercredi 16 septembre 2009, cette catéchèse consacrée à Syméon le Nouveau Théologien

    Chers frères et sœurs,

    Aujourd'hui, nous examinerons la figure d'un moine oriental, Syméon le Nouveau Théologien, dont les écrits ont exercé une remarquable influence sur la théologie et sur la spiritualité de l'Orient, en particulier en ce qui concerne l'expérience de l'union mystique avec Dieu. Syméon le Nouveau Théologien naquit en 949 à Galatai, en Paflagonie (Asie mineure), dans une famille noble de province. Encore jeune, il partit pour Constantinople pour y entreprendre des études et entrer au service de l'empereur. Mais il se sentit peu attiré par la carrière civile qui l'attendait et sous l'influence des illuminations intérieures dont il faisait l'expérience, il se mit à la recherche d'une personne qui l'orientât dans le moment de grands doutes et de perplexité qu'il était en train de vivre, et qui l'aidât à progresser sur le chemin de l'union avec Dieu. Il trouva ce guide spirituel en Syméon le Pieux (Eulabes), un simple moine du monastère de Studios, à Constantinople, qui lui donna à lire le traité La loi spirituelle de Marc le Moine. Dans ce texte, Syméon le Nouveau Théologien trouva un enseignement qui l'impressionna beaucoup:  "Si tu cherches la guérison spirituelle - y lit-il - sois attentif à ta conscience. Tout ce qu'elle te dit, fais-le et tu trouveras ce dont tu as besoin". A partir de ce moment-là - raconte-t-il lui-même - il ne se coucha plus sans se demander si sa conscience n'avait pas quelque chose à lui reprocher.

    Syméon entra dans le monastère des Studites, où, toutefois, ses expériences mystiques et son extraordinaire dévotion envers le Père spirituel lui causèrent des difficultés. Il partit pour le petit couvent de Saint Mamas, toujours à Constantinople, dont, après trois ans, il devint le chef, l'higoumène. Il y conduisit une intense recherche d'union spirituelle avec le Christ, qui lui conféra une grande autorité. Il est intéressant de noter qu'il lui fut donné le qualificatif de "Nouveau Théologien", bien que la tradition ne réserve le titre de "Théologien" qu'à deux personnalités:  à l'évangéliste Jean et à Grégoire de Nazianze. Il endura des incompréhensions et souffrit l'exil, mais fut réhabilité par le patriarche de Constantinople, Serge II.

    Syméon le Nouveau Théologien passa la dernière période de son existence dans le monastère de Sainte Marine, où il écrivit une grande partie de ses œuvres, en devenant de plus en plus célèbre en raison de ses enseignements et de ses miracles. Il mourut le 12 mars 1022.

    Le plus connu de ses disciples, Niceta Stetatos, qui a recueilli et recopié les écrits de Syméon, en fit une édition posthume, en rédigeant à la suite une biographie. L'œuvre de Syméon comprend neuf volumes, qui se divisent en Chapitres théologiques, gnostiques et pratiques, trois volumes de Catéchèses adressées aux moines, deux volumes de Traités théologiques et éthiques et un volume d'Hymnes. Il ne faut pas non plus oublier les nombreuses Lettres. Toutes ces œuvres ont trouvé une place importante dans la tradition monastique orientale jusqu'à nos jours.

    Lire la suite

  • Que penser du rapport final du Synode sur les femmes dans l'Église ?

    IMPRIMER

    De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

    10 mars 2026

    Que penser du rapport final du Synode sur les femmes dans l'Église ?

    Le Vatican a publié un autre rapport d'étude commandé à la suite de la phase d'ouverture du Synode sur la synodalité, qui traite du débat sur le rôle des femmes dans l'Église catholique.

    Le dernier document, publié par le Secrétariat général du Synode le 3 mars, présente les conclusions du groupe d'étude n° 5, qui a examiné « la participation des femmes à la vie et à la direction de l'Église ».

    Ce rapport est le troisième d'une série attendue des groupes d'étude créés par le pape François après la première session de la XVIe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques. Ces groupes ont été chargés d'examiner les questions complexes soulevées lors des consultations synodales qui n'ont pas pu être facilement résolues pendant l'assemblée elle-même. Leurs conclusions visent à approfondir la réflexion avant la poursuite du processus synodal au sens large.

    Dans une déclaration accompagnant la publication, le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode, a souligné que le débat sur les femmes dans l'Église doit d'abord aborder les questions culturelles qui façonnent l'Église. « Lorsque nous parlons du rôle des femmes dans la vie de l'Église, nous devons être conscients qu'il s'agit avant tout d'une question d'ordre culturel », a-t-il déclaré, soulignant que dans de nombreuses régions, les normes sociales influencent encore fortement la manière dont la foi est vécue et organisée.

    Le cardinal Grech a fait valoir que l'Église doit distinguer plus clairement les principes authentiques de l'Évangile des habitudes culturelles qui peuvent les obscurcir. « Trop souvent, la manière dont la foi est vécue est déterminée par certains aspects culturels plutôt que par les valeurs de l'Évangile », a-t-il déclaré. Le cardinal a ajouté que la tâche de l'Église était de veiller à ce que son témoignage au sein de sociétés diverses promeuve la dignité de tous les croyants et encourage la responsabilité partagée entre les fidèles. « Notre mission renouvelée est de faire de l'Église une force qui incarne l'Évangile au sein des cultures, en promouvant le respect des droits de tous et la coresponsabilité selon la vocation de chacun ».

    Le rapport final retrace le travail du groupe d'étude et la méthode qu'il a suivie pour examiner le sujet. Il décrit comment les perspectives théologiques, pastorales et canoniques ont été réunies afin d'évaluer la manière dont les femmes contribuent déjà à la mission de l'Église et comment leur participation pourrait se développer davantage.

    Une grande partie du document est consacrée à la synthèse des thèmes qui ont émergé au cours des délibérations du groupe. Parmi les questions explorées figurent les relations entre les hommes et les femmes dans la vie de l'Église, la signification de l'autorité dans les structures ecclésiales et la distinction entre le ministère ordonné et les autres formes de service exercées par les laïcs.

    Le rapport final se compose de trois parties. L'un des axes de réflexion souligne que toute réflexion sur le rôle des femmes ne peut être dissociée d'une conception plus large de l'Église comme communion d'hommes et de femmes partageant une mission commune. Le rapport évoque donc la possibilité que la clarification du champ d'action et des responsabilités du ministère ordonné puisse ouvrir de nouvelles perspectives pour le leadership laïc.

    Pour aborder cette question, le document s'appuie sur les enseignements papaux antérieurs afin de souligner les limites théologiques entourant le sacerdoce, tout en mettant en évidence l'objectif plus large de l'autorité ecclésiale.

    Un deuxième thème clé du rapport concerne ce qu'il appelle la « dimension charismatique » de la participation des femmes à l'Église. Le document note qu'à côté des ministères officiellement institués, il existe de nombreuses autres formes stables de service qui découlent de dons spirituels plutôt que de nominations liturgiques spécifiques.

    Le rapport soutient que se concentrer uniquement sur les ministères officiellement institués risque de réduire la portée de la contribution des femmes à la vie de l'Église. Il suggère que les charismes permettent souvent aux croyants d'atteindre des situations et des communautés que les structures traditionnelles ont du mal à aborder. En ce sens, le document affirme que les dons spirituels devraient être reconnus comme des réalités objectives qui répondent aux besoins pratiques de l'évangélisation.

    La dernière partie du rapport comprend une série d'annexes fournissant des réflexions théologiques et canoniques plus détaillées sur les questions abordées par le groupe d'étude. Elles contiennent également des propositions soumises lors des consultations, indiquant que le débat sur la participation des femmes reste un processus en cours plutôt qu'une question réglée.

    Cette publication s'inscrit dans le cadre de l'initiative synodale plus large lancée par le pape François en 2021, qui vise à encourager les catholiques du monde entier à réfléchir à la manière dont l'Église écoute, discerne et prend ses décisions. La première session de l'assemblée synodale à Rome en 2023 a révélé un vif intérêt pour les questions relatives à la gouvernance, à la participation et au rôle des différentes vocations au sein de l'Église.

    Le rapport contient à la fois des éléments rassurants et des ambiguïtés qui illustrent les tensions actuelles au sein de l'Église.

    Le premier point à reconnaître est que le rapport ne soutient clairement pas l'admission des femmes à la fonction de diacre. Il ne s'agit pas d'une interprétation, mais d'une affirmation contenue dans le document lui-même. Dans son aperçu historique des travaux du groupe d'étude et à nouveau dans son traitement des questions ministérielles, le rapport déclare à la page six : « La question de l'accès des femmes au diaconat ne semblait pas encore suffisamment mûre, tout bien considéré et comme l'a maintenu le pape François lui-même. »

    Depuis plusieurs années, la possibilité d'avoir des femmes diacres fait l'objet d'un large débat, et certains observateurs ont supposé que le processus synodal pourrait finalement approuver une telle évolution. Au contraire, le groupe d'étude indique explicitement que la question reste en suspens et, surtout, qu'elle n'est pas prête pour un changement doctrinal.

    Cette conclusion apparaît plus clairement au paragraphe 32 du rapport, qui décrit les travaux de la commission réactivée sur le diaconat féminin. Le texte note que « lors de la deuxième session du Synode sur la synodalité, le pape François a réactivé les travaux de la deuxième commission d'étude sur le diaconat féminin ». La conclusion de la commission est ensuite résumée avec une clarté similaire, affirmant que la proposition doit être comprise « tout en confirmant ce qui a été exprimé dans la lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis de saint Jean-Paul II ». 

    Ordinatio Sacerdotalis reste la déclaration magistérielle définitive selon laquelle l'Église n'a pas le pouvoir d'ordonner des femmes à la prêtrise. Le diaconat appartient à la même structure sacramentelle des ordres sacrés, et la réaffirmation de ce document préserve efficacement la nature exclusivement masculine du ministère ordonné.

    Le rapport fait également preuve d'une certaine retenue pratique dans son traitement de la gouvernance. À plusieurs reprises, il insiste sur le fait que l'Église dispose déjà de structures canoniques suffisantes pour permettre une plus large participation des femmes sans modifier la doctrine. À la page 15, paragraphe 29, le rapport note que « toutes les possibilités déjà présentes dans le cadre canonique actuel peuvent être pleinement exploitées ». Il affirme également qu'« il n'y a aucune raison ni aucun obstacle qui devrait empêcher les femmes d'exercer des fonctions de direction » dans le cadre de ce que le droit canonique autorise déjà. Concrètement, plutôt que de proposer une réforme radicale du droit canonique, le document suggère d'utiliser les outils dont dispose déjà l'Église.

    Cependant, ces éléments rassurants ne sont qu'une partie du tableau. La section consacrée aux travaux de la Commission sur le diaconat féminin illustre pourquoi certaines déclarations apparemment rassurantes peuvent être à double tranchant. Comme mentionné précédemment, le rapport réaffirme clairement les limites doctrinales établies par l'Église concernant les ordres sacrés. Pourtant, dans le même passage, il avance des propositions qui semblent contradictoires. Comme indiqué précédemment à la page 16 : « La même commission a approuvé à une très large majorité (9 voix pour, 1 contre) une thèse qui envisage la possibilité d'élargir l'accès des femmes aux ministères institués – tels que celui de catéchiste – ou d'en créer de nouveaux... À cet égard, il semble opportun d'élargir l'accès des femmes aux ministères institués pour le service de la communauté. »

    C'est là que réside le double tranchant. Comme indiqué précédemment, le document confirme explicitement Ordinatio Sacerdotalis. Le diaconat appartenant à la même structure sacramentelle des ordres sacrés, la réaffirmation de cet enseignement protège efficacement la conception traditionnelle du ministère ordonné. En ce sens, le rapport présente la question sacramentelle comme close.

    Pourtant, le même paragraphe propose d'élargir l'accès des femmes aux ministères institués et d'établir potentiellement de nouvelles formes de ministère. Lorsque de nouveaux ministères non sacramentels sont élargis alors que la question du diaconat continue d'être réexaminée, les structures peuvent plus facilement être présentées comme un tremplin vers de nouveaux développements. Le fait que le rapport décrive l'élargissement de la commission sur le diaconat féminin renforce l'impression que la question, bien que formellement non résolue, reste ouverte à une réinterprétation future.

    Un autre exemple apparaît dans la discussion du rapport sur la relation entre la gouvernance et les ordres sacrés. À la page 13, le texte stipule : « La potestas primae du Pontife romain peut également être déléguée à des personnes baptisées qui n'ont pas reçu les ordres sacrés... il ne semble y avoir aucun obstacle à étendre cette approche également au niveau local dans les diocèses individuels, sans que cela implique la participation aux ordres sacrés. »

    Dans la pratique, cette évolution est déjà visible. La nomination de sœur Simona Brambilla au poste de préfète du Dicastère pour les instituts de vie consacrée en 2025 et la nomination antérieure de Paolo Ruffini au poste de préfète du Dicastère pour la communication en 2018 montrent comment le leadership laïc est intégré dans la gouvernance de l'Église. Pourtant, la juridiction ordinaire reste étroitement liée aux ordres sacramentels. Si l'autorité peut être largement déléguée à des personnes non ordonnées, la distinction pratique entre le clergé et les laïcs devient moins claire.

    Sur le plan plus culturel du débat, le synode s'est exprimé en termes forts sur le cléricalisme et le genre. À la page 9, paragraphe 4, le document stipule : « Le cléricalisme est la tendance à transférer automatiquement l'autorité et le rôle unique qui appartiennent proprement au prêtre dans la célébration de l'Eucharistie à tous les autres domaines de la vie communautaire. »

    Les sections suivantes renforcent ce thème. L'annexe VI, dans une section intitulée « Tensions critiques concernant le cléricalisme et le machisme », fait explicitement référence à « la contribution du pape François contre le cléricalisme et le machisme ».

    Il devrait être clair que le sacerdoce masculin ne repose pas sur des catégories sociologiques, mais sur la théologie sacramentelle et l'institution divine. Des documents tels que Presbyterorum Ordinis expliquent l'autorité du prêtre principalement en termes de son rôle dans la célébration de l'Eucharistie et la conduite des fidèles. En revanche, les expressions « machisme » et « chauvinisme masculin » s'inspirent de la terminologie sociologique moderne. Plus généralement, les distinctions sacramentelles sont de plus en plus interprétées à travers les cadres culturels contemporains.

    Le passage le plus controversé de l'ensemble du rapport concerne peut-être son interprétation du changement culturel. À la page 10, le document déclare : « La « question des femmes » est un signe des temps, en ce sens que le Saint-Esprit s'exprime également à travers elle. Cela implique que dans ce domaine, un chemin de conversion, c'est-à-dire un changement de mentalité, est nécessaire à tous les niveaux de l'Église. » Le rapport poursuit en soulignant des facteurs tels que le départ des femmes de l'Église et le déclin des vocations.

    Cet argument s'appuie sur la constitution Gaudium et Spes du concile Vatican II, qui encourageait l'Église à lire les signes des temps. Cela n'impliquait toutefois pas d'adopter les hypothèses de la culture séculière ou de laisser les tendances sociales dicter la doctrine. Il s'agissait plutôt d'interpréter les événements contemporains à la lumière de l'Évangile. Présenter la pression culturelle comme une preuve que l'Église doit subir un « changement de mentalité » reste donc sujet à débat.

    Cette interprétation peut également être remise en question lorsque l'on examine les données démographiques émergeant au sein même de l'Église. Ces dernières années, bon nombre des exemples les plus frappants d'engagement féminin dans la vie catholique ne proviennent pas de communautés expérimentant le synode, mais de celles plus fermement ancrées dans la tradition, en particulier les communautés attachées à la messe en latin et aux formes traditionnelles de vie religieuse. On observe un afflux constant de jeunes femmes qui entrent ou discernent leur vocation religieuse dans des couvents et des instituts traditionnels, parallèlement à une tendance plus large des femmes à se convertir ou à redécouvrir la foi à travers ces communautés. 

    Ce phénomène suggère que le mécontentement à l'égard de la culture séculière et le désir de clarté dans la doctrine, la liturgie et la discipline spirituelle pourraient en fait attirer de nombreuses femmes vers les formes de vie catholique que le débat synodal plus large traite souvent comme périphériques.

    Dans l'ensemble, le rapport révèle donc une Église qui navigue sur une voie délicate entre continuité et adaptation. D'une part, il réaffirme clairement les limites doctrinales établies par Ordinatio Sacerdotalis et la tradition du sacerdoce masculin. D'autre part, il fait progresser un langage théologique fortement influencé par les débats contemporains sur le pouvoir, la culture et le genre. Il en résulte un document à la fois rassurant et déstabilisant. 

     

  • De moins en moins nombreux, les chrétiens du Moyen-Orient sont de nouveau pris pour cible

    IMPRIMER

    De Michele Chabin sur le National Catholic Register :

    Les chrétiens du Moyen-Orient, de moins en moins nombreux, de nouveau pris pour cible

    Les attaques et contre-attaques entre Israël et le Hezbollah, une milice soutenue par l'Iran, ont créé une situation désastreuse pour les chrétiens de la région frontalière israélo-libanaise.

    JÉRUSALEM — Les chrétiens sont minoritaires au Moyen-Orient, mais ils sont tout autant concernés par le dernier conflit qui ravage la région que n'importe quel autre habitant, affirment les responsables religieux locaux.

    Depuis qu'Israël et les États-Unis ont uni leurs forces dans une guerre contre le régime islamique iranien le 28 février, l'Iran a lancé des salves de missiles balistiques sur de nombreuses villes israéliennes.

    La semaine dernière, le Hezbollah, une organisation terroriste dotée d'un important arsenal militaire financé par l'Iran, a lancé des salves de roquettes depuis le Liban sur le nord d'Israël, où vit la plupart des quelque 200 000 chrétiens d'Israël.

    En réponse, les troupes terrestres israéliennes ont pénétré dans le sud du Liban afin de détruire les bastions du Hezbollah près de la frontière israélo-libanaise. Au fil des années, et notamment après le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, le Hezbollah a bombardé à plusieurs reprises des villes et des kibboutzim israéliens.

    Le nombre de morts augmente.

    Le 9 mars, un bombardement de chars israéliens dans le village chrétien de Qlayaa, au sud du Liban, a tué le père maronite Pierre al-Rahi. Comme de nombreux autres prêtres libanais et habitants de villages chrétiens du Liban, il avait refusé d'obéir aux ordres d'évacuation des Forces de défense israéliennes, espérant ainsi empêcher le Hezbollah d'entrer dans le village et Israël d'attaquer.

    « Nous ne portons en nous que bonté, bienveillance, amour et prière », a déclaré le père al-Rahi à la chaîne de télévision France24 sur les marches de son église la veille de son assassinat.

    « Nous avons choisi de rester exposés au danger car ce sont nos maisons. Nous ne les laisserons à personne qui voudrait venir les utiliser et les occuper », a-t-il déclaré, faisant clairement référence aux combattants du Hezbollah.

    Selon les médias, le père al-Rahi a été tué lors d'une frappe de l'armée israélienne contre un bâtiment infiltré par des combattants du Hezbollah. Il soignait des villageois blessés lors d'une précédente frappe de l'armée israélienne lorsque celle-ci a frappé à nouveau.

    De nombreux chrétiens libanais ont accusé à la fois Israël et le Hezbollah.

    « Le père Pierre a été tué dans un paisible village chrétien libanais entraîné par le Hezbollah dans une guerre contre Israël. Nous appelons la communauté internationale à placer le Liban sous le Chapitre VII », ce qui désignerait la région comme étant sous l'égide des Nations Unies, a écrit sur Twitter Amine Bar-Julius Iskandar, président de l'Union maronite-Tur Levnon.

    Le pape Léon XIII a exprimé sa « profonde tristesse » pour les victimes des attentats au Moyen-Orient, « pour les nombreuses personnes innocentes, dont de nombreux enfants, et pour ceux qui leur portaient secours, comme le père Pierre al-Rahi ». Le pape « suit les événements avec inquiétude et prie pour une cessation rapide des hostilités », a indiqué le Bureau de presse du Saint-Siège.

    Le père jésuite Jean-Paul II, recteur de l'Institut œcuménique de Tantur à Jérusalem, a déclaré que les chrétiens de Terre Sainte « ont un intérêt direct dans ce qui se passe ici. Les gens possèdent des maisons, des terres. Ils récoltent leurs oliviers. Les chrétiens sont profondément enracinés ici. Nous sommes touchés par tout ce qui se passe. Nous ne sommes pas un groupe extérieur, mais nous sommes souvent négligés par de nombreux dirigeants juifs et musulmans. »

    Le père Paul a déclaré que les églises locales « ont un rôle important à jouer dans la consolidation de la paix et la médiation. Car nous faisons partie de cette terre, de ce peuple, de tout ce qui se passe ici. »

    À Nazareth, dans le nord d'Israël, l'évêque auxiliaire Rafic Nahra, vicaire patriarcal pour Israël et le Patriarcat latin de Jérusalem , a déclaré au Register que les chrétiens locaux étaient profondément choqués par les violences qui ravagent la région. Nombre d'entre eux, citoyens israéliens et travailleurs étrangers, ont passé plus d'une semaine à se réfugier dans des abris anti-bombes. Une aide-soignante catholique philippine a été tuée lors d'une frappe aérienne iranienne.

    « Nous ne sommes pas séparés. Nous ressentons les effets de la guerre comme tout le monde, qu'ils soient chrétiens, musulmans ou juifs », a déclaré l'évêque Nahra. « Chacun souffre de cette guerre et nous prions pour qu'elle prenne fin. Nous voyons les informations ; nous voyons les destructions à répétition et les menaces. Nous avons connu tant de guerres dans cette région. »

    Depuis le début de la guerre, de nombreuses familles chrétiennes ont émigré d'Israël, a déclaré l'évêque Nahra. Il craint que la guerre actuelle et les violences au sein de la société arabo-israélienne n'entraînent de nouveaux départs.

    « Je suis inquiet de voir autant de chrétiens partir. Nous encourageons nos fidèles à rester, à témoigner de notre foi chrétienne et de notre besoin d'être ici, mais nous ne pouvons forcer personne à rester. Nous ne pouvons pas les protéger. Tout ce que nous pouvons leur dire, c'est : « Que Dieu vous bénisse. » »

    Yousef Barakat, directeur général du Centre Notre-Dame de Jérusalem, fait partie de ceux qui envisagent d'émigrer prochainement. Il a déjà dit à son fils, qui a récemment obtenu un diplôme d'études supérieures aux États-Unis et vit maintenant au Texas, de ne pas rentrer au pays.

    « Tous les deux ou trois ans, nous connaissons une crise, et je pense que même après la fin de cette guerre, il sera très difficile pour les chrétiens de vivre ici », a déclaré Barakat. « La plupart des chrétiens de Jérusalem et de Bethléem travaillent dans le secteur du tourisme. En Cisjordanie, je dirais que 70 à 80 % des chrétiens envisagent de partir, à condition de pouvoir obtenir les documents nécessaires, notamment les visas. »

    À moins d'une nette amélioration de la situation, a déclaré Barakat, dans quelques décennies, « il ne restera peut-être plus que quelques familles chrétiennes ici ».

  • José Aparicio Sanz et ses 232 compagnons, martyrs victimes des "Rouges" espagnols (11 mars)

    IMPRIMER

    D'Evangile au Quotidien :

    José Aparicio Sanz et ses 232 compagnons
    Martyrs de la Guerre Civile Espagnole (1936-1939)
    Béatification record du 11 mars 2001 par saint Jean-Paul II
    Mémoire commune : 11 mars
    Mémoire individuelle : ‘dies natalis’ de chacun

    Fruit du grand Jubilé de l'An 2000, cette béatification du 11 mars 2001 est la première du nouveau siècle et du nouveau millénaire. Jamais autant de serviteurs de Dieu n'ont été béatifiés à la fois. (Il faut remonter au Bx Pie IX - Giovanni Maria Mastai Ferretti, 1846-1878, en 1867, pour avoir la béatification de 205 martyrs du Japon.) Chaque cause a été étudiée individuellement. Chacun de ces martyrs avait déjà mené une vie sainte digne de béatification avant que le martyr ne vienne couronner leur carrière. L'Église de Valence, suivie par celles de Barcelone et de Lérida, a commencé à instruire les procès de béatification depuis 50 ans déjà. Une masse de documents a été recueillie.
    Avant cette béatification, saint Jean Paul II avait déjà célébré 10 béatifications pour des martyrs de la guerre civile espagnole, soit, avec ceux de ce jour, 471 martyrs. A savoir: 4 évêques, 43 prêtres séculiers, 379 religieux, 45 laïcs.

    La seconde République instaurée en 1931 amène le "Frente popular" (Front populaire) au pouvoir. Composée de communistes, socialistes et anarchistes, elle est essentiellement anticléricale. Pourtant les évêques ont reconnu au début sa légitimité. Si les violences ne se déclenchent pas tout de suite, néanmoins ce gouvernement révolutionnaire entame d'emblée une persécution juridique : dissolution des ordres religieux et nationalisation de tous leurs biens, approbation du divorce, crucifix retirés des classes.

    Après les lois restrictives vient la persécution sanglante avec la "Révolution des Asturies" en 1934 et les martyrs de Turon.
    En l'été 1936, les "Rouges", comme on les appelle, (à juste titre car leur but est de faire de l'Espagne un état satellite de la Russie), déclenchent la plus grande persécution religieuse qu'ait jamais connu l'Espagne. Sur la liste noire des personnes à abattre figurent en premier lieu tous les prêtres. A cause de sa brièveté dans le temps et de son intensité, c'est un ouragan révolutionnaire comparable à celui de la Révolution française qui s'abat sur toutes les régions où domine leur influence : incendie de couvents, d'évêchés, d'églises, destruction du patrimoine artistique sacré, bref, de tout ce qui rappelle la religion catholique. Mais les révolutionnaires ne sont pas suivis par tout le peuple ; au contraire, il se produit un sursaut de la conscience nationale.

    Une partie de l'armée avec le général Francisco Franco se révolte et crée le "Mouvement national". C'est alors la guerre civile entre "Rouges" et "Nationaux" qui dure de 1936 à 1938. Les révolutionnaires ont vraiment l'intention d'éradiquer l'Église et ils procèdent à des exécutions massives, accompagnées d'une férocité inouïe.
    Sont victimes: 13 évêques, 4184 prêtres, 2365 religieux, 283 religieuses, des milliers et des milliers de laïcs. Ils sont vraiment martyrs car ils ont été tués "en haine de la foi", ce ne sont pas des "victimes de guerre", car ils sont pacifiques et ne prennent pas part aux événements, ni des "victimes politiques ", car ils n'ont pas pris partie. (Notons à ce propos que le parti qui soutenait Franco, la "Phalange", influente surtout au début, avait certaines accointances avec les Nazis.). Conscients de mourir pour leur foi, beaucoup criaient « Vive le Christ-Roi! », ce qui n'est pas sans rappeler la guerre des "Cristeros" au Mexique (1926-1929), et tous, avant de mourir, pardonnaient de tout cœur à leurs bourreaux.

    Lire la suite

  • La polygamie, pierre d’achoppement du premier voyage du pape Léon en Afrique

    IMPRIMER

    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    La polygamie, pierre d’achoppement du premier voyage du pape Léon en Afrique

    Oui, c’est rien moins qu’un hymne au mariage monogame et indissoluble qui a remporté le Superbowl de la chanson italienne à Sanremo en cette première nuit de mars, avec « Per sempre sì » chantée par Sal Da Vinci, ce qui lui a valu un commentaire enthousiaste dans « Vatican News » de la part de Mgr Antonio Staglianò, président de l’Académie pontificale de théologie, pour cette « résistance poétique » inattendue, à rebours de l’esprit du temps qui boude les mariages en faveur du « polyamour ».

    Mgr Staglianò fait référence à la note doctrinale « Una caro » publiée en novembre dernier par le Dicastère pour la Doctrine de la foi au sous-titre éloquent : « Éloge de la monogamie », qui prend pour modèle l’amour de Jésus qui s‘est sacrifié jusqu’au bout, érigeant ainsi le don réciproque du mariage chrétien au rang de sacrement.

    Mais le fait que le mariage chrétien soit monogame et indissoluble n’est pas forcément une évidence partout dans le monde, au contraire, il continue à faire face à des difficultés qui ne datent pas d’hier, comme la note « Una caro » le reconnaît elle-même.

    La note en cite deux en particulier : la polygamie, encore largement pratiquée principalement en Afrique subsaharienne, et le « polyamour », entendu comme « une forme publique d’union non monogame », qui augmente principalement en Occident.

    Le cas de l’Afrique touche l’Église catholique de manière d’autant plus particulière qu’il s’agit du seul continent où le christianisme est en expansion, avec 20% du total mondial des catholiques baptisés, mais où la polygamie fait obstacle à de nombreux baptêmes potentiels.

    Ce n’est pas la première fois que l’Église catholique tente de prendre ce problème à bras-le-corps et, depuis quelques années, elle cherche à établir une ligne commune. Le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar a demandé à douze experts de travailler à la rédaction d’un document unitaire sur la question, dont le projet – préalablement approuvé par le Dicastère pour la Doctrine de la foi – a été débattu en assemblée plénière à Kigali, au Rwanda, entre le 30 juillet et le 4 août 2025.

    Ce projet a ensuite été présenté à huis clos à l’assemblée par sœur Ester Lucas, une théologienne mozambicaine, et le texte est actuellement en phase de finalisation, avant d’être remis aux conférences épiscopales nationales. Mais on a déjà appris que la pratique consistant à attribuer aux polygames la reconnaissance officielle de « catéchumène permanent », c’est-à-dire de candidat à un baptême ne pouvant être célébré qu’après son abandon de la polygamie, c’est-à-dire en pratique quasi jamais, a été critiquée.

    En revanche, on vise à renforcer le « soin pastoral » et l’accompagnement des polygames, qui resteront tels pour la plupart « étant donné que les époux ne peuvent briser les liens entretenus » , mais ils pourront cependant acquérir une meilleure compréhension du mariage chrétien, comme « profondément lié au mystère du Christ et de l’Église ». Étant entendu que, s’ils satisfont aux conditions pour accéder aux sacrements, la première épouse et les enfants pourront être baptisés, tandis que le mari polygame et les autres femmes « seront encouragés à vivre leur foi de manière pénitentielle et dans l’espérance d’une pleine intégration dans la communauté de Jésus ».

    Il faudra cependant affirmer à tous avec clarté que « la polygamie n’est pas une condition normative, pas même dans les sociétés où elle est légalisée ».  D’autant que pas moins de trente-et-un pays africains la reconnaissent légalement.

    Et l’Église catholique fait encore face à une autre difficulté : celle de l’attitude adoptée par les autres confessions chrétiennes en la matière. Au sein de l’Église anglicane, ce sujet fait l’objet de vives discussions depuis la fin du XIXe siècle, et la solution qui fait aujourd’hui consensus depuis 1988 permet de baptiser un polygame ainsi que sa femme et ses enfants, pour autant qu’il n’ajoute pas d’autres femmes à celles qu’il a déjà.

    Sans parler du millier d’Églises africaines indépendantes, fondées et dirigées par des leaders autochtones, qui se sont largement répandues ces dernières décennies, allant jusqu’à rassembler plus de la moitié des chrétiens dans un pays comme l’Afrique du Sud. Ces Églises ont une attitude très indulgente envers la polygamie. Le professeur Marzio Barbagli de l’université de Bologne, qui est l’auteur d’un volumineux travail de recherche historique et sociologique à l’échelle mondiale intitulé « Monogamia, Storia di un’eccezione », qui vient de sortir récemment chez Mulino, attribue même aux Églises indépendantes africaines « la naissance d’une figure inconnue sur les autres continents et à d’autres périodes historiques : celle du chrétien polygame. Au Burkina Faso, pas moins de 24% des chrétiens ont plusieurs épouses et au Tchad, la polygamie est davantage répandue parmi les chrétiens que parmi les musulmans ».

    La recherche du professeur Barbagli, qui couvre une période de trois millénaires, confirme que « dans les cultures humaines, c’est la monogamie qui est rare, tandis que la polygamie est courante ». Les Grecs et les Romains ont été les premiers, à partir du Ve siècle avant Jésus Christ, à adopter le système monogame de formation des familles, que le christianisme a rendu « exclusif, durable et plus égalitaire en ce qui concerne l’obligation de fidélité conjugale ».

    Et cela dans un monde qui, hors de la domination romaine, était totalement polygame, avant d’être peu à peu conquis à la monogamie d’abord en Europe, puis aux Amériques, plus tard encore au Japon, en Chine et en Inde, tandis que cette transition est encore en cours dans d’autres pays d’Asie et d’Afrique subsaharienne.

    Le Pape Léon abordera vraisemblablement la question de la polygamie à l’occasion de son premier voyage africain, programmé du 13 au 23 avril en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée Équatoriale. Et peut-être tiendra-t-il compte de ce que la note doctrinale « Una caro » ajoute dans une note de bas de page, à propos de quelques aspects de ce phénomène qu’elle estime devoir mettre en valeur :

    « Des études approfondies sur les cultures africaines montrent que les différentes traditions accordent une importance particulière […] au rôle que la première épouse est appelée à jouer vis-à-vis des autres épouses. […] La première épouse régulièrement mariée selon les coutumes traditionnelles est souvent présentée comme celle donnée par Dieu à l’homme, bien que ce dernier puisse accueillir d’autres femmes. Dans le cas de la polygamie, la première épouse se voit attribuer une place particulière dans l’accomplissement des rites sacrés liés aux funérailles ou dans l’éducation des enfants nés d’autres femmes de la famille ».

    Mais le jésuite Anthony R. Lusvardi, professeur de théologie sacramentelle à la Grégorienne, a quant à lui écrit ceci dans son commentaire de « Una caro » paru dans le dernier numéro de « La Civiltà Cattolica » :

    « À bien y regarder, si l’on analyse honnêtement l’état actuel de la culture occidentale, il convient d’éviter de présenter la polygamie comme un phénomène exclusivement africain. Mark Regnerus de l’Université du Texas et d’autres chercheurs ont forgé l’expression iconique ’monogamie sérielle’ pour qualifier des modèles relationnels – caractérisés par des divorces fréquents et des cohabitations de courte durée – aujourd’hui largement dominants en Occident. La pratique de la gestation pour autrui introduit elle aussi une tierce personne dans le mariage à des fins de procréation, sans reconnaître à la femme qui accouche aucun des droits et des protections dont bénéficie l’épouse. […] En outre, depuis la légalisation de l’union entre personnes de même sexe dans plusieurs pays occidentaux, certaines voix critiques de la structure monogame de la famille, considérée comme oppressive, ont commencé à promouvoir des systèmes considérés comme plus inclusifs, comme le ‘polyamour’. La montée, en Europe, de communautés musulmanes avec une longue tradition de polygamie pourrait rendre ce sujet encore plus incontournable à l’avenir. »

    Bref, comme le dit notamment le professeur Barbagli en conclusion de sa recherche, « le déclin de la polygamie n’a pas coïncidé avec la pleine affirmation de la monogamie. Et certainement pas sous la forme indissoluble pour laquelle l’Église catholique s’est toujours battue ».

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Selon les évêques soudanais : les massacres au Soudan du Sud marquent une « descente dans l’abîme de la dépravation humaine »

    IMPRIMER

    De Ngala Killian Chimtom sur le CWR :

    Évêques soudanais : Les massacres au Soudan du Sud marquent une « descente dans l’abîme de la dépravation humaine »

    Au moins 178 personnes ont été tuées dimanche 28 février, lorsque des hommes armés ont pris d'assaut le comté d'Ayod dans l'État de Jonglei et le comté d'Abiemnom dans la zone administrative de Ruweng.

    Les évêques catholiques du Soudan et du Soudan du Sud ont décrit les récents massacres perpétrés dans certaines régions du Soudan du Sud comme « une nouvelle descente dans l’abîme de la dépravation humaine ».

    Au moins 178 personnes ont été tuées dimanche 28 février, lorsque des hommes armés ont pris d'assaut le comté d'Ayod dans l'État de Jonglei et le comté d'Abiemnom dans la zone administrative de Ruweng.

    James Monyluak Mijok, ministre de l'Information de la zone administrative de Ruweng, a déclaré que des dizaines de jeunes armés avaient perpétré l'attaque. Il a affirmé que les assaillants venaient de l'État voisin d'Unité et étaient liés à l'Armée populaire de libération du Soudan en opposition (APLS-IO). L'APLS-IO a cependant nié toute implication dans l'attaque, accusant les autorités de politiser les violences.

    Selon Mijok, l'attaque a fait des dizaines de morts parmi les combattants et un nombre indéterminé de femmes et d'enfants. La Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) a ensuite indiqué dans un communiqué que sa base était devenue un refuge pour un millier de personnes à la suite des violences.

    « Ces violences mettent gravement en danger les civils et doivent cesser immédiatement », a déclaré Anita Kiki Gbeho, responsable de la MINUSS, dans un communiqué. « J’exhorte toutes les parties impliquées à cesser les hostilités sans délai et à engager un dialogue constructif pour répondre à leurs griefs. »

    « Nos soldats de la paix continueront de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger les civils qui cherchent refuge sur notre base », a-t-elle ajouté.

    Les évêques catholiques du Soudan et du Soudan du Sud ont publié une déclaration condamnant les violences, affirmant que leurs cœurs étaient « accablés par une profonde tristesse et un esprit profondément alarmé par la cruauté persistante de la violence ».

    Qualifiant les attaques de « brutales » et ciblant des civils, les religieux ont condamné ces « meurtres odieux et insensés » avec la plus grande fermeté.

    « Rien ne saurait justifier le meurtre de civils », affirme le communiqué signé par dix évêques, dont le cardinal Stephen Ameyu Martin Mulla de Juba, président de la Conférence des évêques du Soudan et du Soudan du Sud.

    « Ces actes représentent non seulement une perte tragique de vies humaines, mais aussi une nouvelle descente dans l’abîme de la dépravation humaine, où le caractère sacré de la vie, don sacré de Dieu, est bafoué avec une impunité alarmante. »

    « Le sang de nos frères et sœurs, de nos mères et de nos pères, de nos fils et de nos filles, versé non pas sur un champ de bataille mais au sein même de leurs communautés, crie vers le Ciel », ont-ils ajouté. « Nous sommes profondément bouleversés, non seulement par l’ampleur des souffrances, mais aussi par le mépris flagrant de la dignité humaine que représentent de tels actes. »

    Les religieux ont exprimé leur profonde tristesse et leur vive inquiétude face à la violence croissante dans le plus jeune pays du monde, et ont manifesté leur solidarité pastorale envers les populations touchées qui sont une fois de plus plongées dans le « deuil, la peur et le déplacement ».

    « Aux familles dévastées par cette tragédie, aux mères qui ont perdu leurs fils et leurs filles, aux enfants qui ont perdu leurs parents, aux communautés qui enterrent leurs voisins, nous présentons nos plus sincères condoléances », ont déclaré les évêques.

    « Nous ne pouvons pleinement comprendre la profondeur de votre souffrance, mais nous vous assurons : vous n’êtes pas seul. L’Église est votre famille. Nous pleurons avec vous. Nous prions avec vous. »

    Au-delà de la simple condamnation des meurtres, les membres de la Conférence des évêques catholiques du Sud-Soudan (SSS-CBC) ont également été confrontés à une culture profondément enracinée de violence de représailles qui perpétue le conflit dans la région.

    Les responsables catholiques ont averti que les cycles de vengeance alimentés par la colère, les griefs historiques et la culpabilisation collective continuent de ravager les familles et de déchirer le tissu social des communautés.

    « Avec une honnêteté pastorale, nous devons faire face à une vérité douloureuse : la culture de la vengeance meurtrière s’est enracinée dans certaines parties de notre société », ont-ils déclaré.

    Dans un commentaire au CWR, l'évêque Eduardo Hiiboro Kussala du diocèse catholique de Tombura-Yambio, au Soudan du Sud, a déclaré que « depuis dix ans, le Soudan du Sud est en proie à un conflit et il ne reste que les larmes et la détresse des innocents ».

    « Les combats incessants entre factions rivales continuent de faire des victimes civiles, de déplacer des familles, de détruire des biens et de provoquer des difficultés économiques. Les civils sont fréquemment pris pour cible en raison de leur appartenance ethnique ou de leur affiliation supposée à des groupes opposés », a déclaré l’évêque Hiiboro à CWR.

    Dans un contexte d'instabilité politique croissante au Sud-Soudan, les affrontements entre l'armée nationale (SSPDF) et les forces d'opposition (SPLA-IO) dans l'État de Jonglei sont devenus tragiquement fréquents.

    La paix fragile au Soudan du Sud est menacée par le procès du vice-président Riek Machar, accusé de trahison et de meurtre. Ses partisans dénoncent une manœuvre politique visant à l'évincer, craignant qu'elle ne fasse voler en éclats le fragile accord de partage du pouvoir et ne ravive un conflit brutal.

    Ce dernier épisode s'inscrit dans la longue et tumultueuse rivalité entre Machar et le président Salva Kiir. Bien que les deux hommes aient été d'anciens camarades qui ont obtenu l'indépendance en 2011, leur alliance s'est effondrée en 2013, plongeant le pays dans une guerre civile à caractère ethnique entre les peuples Dinka et Nuer.

    Bien qu'un accord de paix de 2018 ait mis fin aux principaux combats et instauré un gouvernement de transition, ses promesses essentielles n'ont pas été tenues. Des engagements clés, tels que des élections générales et des réformes sécuritaires, n'ont jamais été mis en œuvre.

    En 2019, le défunt pape François avait lancé un appel vibrant à la paix, s'agenouillant pour baiser les pieds des dirigeants politiques du pays.

    « À vous trois qui avez signé l’accord de paix, je vous le demande en tant que frère : restez en paix », avait déclaré le pape François à l’époque.

    « Je vous le demande du fond du cœur. Allons de l'avant. Il y aura de nombreux problèmes, mais ils ne nous vaincront pas. Allez de l'avant, et résolvez-les. Vous avez entamé un processus. Puisse-t-il aboutir », a-t-il déclaré. « Il y aura des luttes et des désaccords parmi vous, mais que cela reste au sein de la communauté – au sein du bureau, pour ainsi dire – mais devant le peuple, unissez-vous, main dans la main ; ainsi, en tant que simples citoyens, vous deviendrez les pères de la nation. »

    Mais la voie de la paix est bloquée. La persécution manifeste de Machar a unifié l'opposition, ce qui a intensifié les combats entre les forces gouvernementales et l'opposition dans son bastion de Jonglei. Au moins 280 000 personnes ont été déplacées dans la région ces deux derniers mois.

    « Même s’il est détenu, injoignable ou incapable de donner des ordres, il est devenu très efficace », a déclaré Akech Daniel Akech, analyste principal pour le Soudan du Sud au sein de l’International Crisis Group.

    Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a exhorté à prendre des mesures urgentes pour préserver l'accord de paix et empêcher un retour à une guerre civile généralisée.

    « Nous nous trouvons à un point critique, où la montée de la violence s'accompagne d'une incertitude croissante quant à la trajectoire politique du Soudan du Sud, tandis que l'accord de paix est soumis à de fortes tensions », a déclaré Volker Türk au Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

    Dans leur déclaration du 4 mars, les évêques catholiques du pays ont rappelé aux dirigeants du gouvernement de transition leur « devoir sacré de protéger la vie » et les ont exhortés à « agir immédiatement, de manière décisive et transparente ».

    Les évêques ont également exigé des enquêtes approfondies et indépendantes sur les récents meurtres d'Ayod et d'Abiemnom afin de garantir que les auteurs de ces crimes soient identifiés et poursuivis en justice.

    Ils ont étendu leur appel à la prière à tous les chrétiens et aux peuples du Soudan et du Soudan du Sud, espérant briser le « cycle de violence ».


    Ngala Killian Chimtom est un journaliste camerounais fort de onze années d'expérience. Il travaille actuellement comme reporter et présentateur pour la Radio Télévision Camerounaise (radio et télévision). Chimtom collabore également avec plusieurs médias, dont IPS, Ooskanews, Free Speech Radio News, Christian Science Monitor, CAJNews Africa, CAJNews, CNN.com et Dpa.