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  • L’Église catholique et la période post-conciliaire en France : anatomie d’un effondrement

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    D'InfoVaticana :

    L’Église catholique et la période post-conciliaire en France : anatomie d’un effondrement

    20 septembre 2026

    À une semaine de l’arrivée de Léon XIV à Paris, la Salle de Presse du Saint-Siège a fait quelque chose d’inhabituel : mettre sur la table la série historique complète du catholicisme français. Les chiffres, présentés le 18 septembre lors de la conférence de presse de Matteo Bruni sur le voyage, comparent le pays qui a reçu Jean-Paul II en 1980 à celui qui accueille aujourd’hui le pape augustin. Quarante-quatre années séparent les deux visites. Ce qu’il y a entre les deux, dans la froide comptabilité vaticane, c’est la disparition de deux prêtres sur trois et de près de trois paroisses sur quatre.

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    2026_09_21_09_55_50_Greenshot.pngSource : Salle de Presse du Saint-Siège, bulletin B0728, 18 septembre 2026.

    La lecture du tableau n’admet que peu d’interprétations bienveillantes. En 1980, il y avait un prêtre pour 1 382 habitants ; en 2024, un pour 5 270. Les religieuses, colonne vertébrale de l’assistance et de l’enseignement catholiques pendant deux siècles, sont passées de 87 000 à 17 000 : quatre sur cinq ont disparu sans relève. Les mariages religieux, qui frôlaient les 220 000 en 1980, n’atteignent pas 41 000 aujourd’hui, la chute la plus prononcée de toute la série. Et la dernière ligne dresse le portrait d’une inversion historique : la France qui, en 1980, envoyait des missionnaires dans le monde reçoit aujourd’hui chaque année 1 550 prêtres de plus qu’elle n’en envoie.

    Les rares grandeurs qui progressent méritent une lecture prudente. Les diacres permanents se sont multipliés par vingt-neuf, mais le diaconat se nourrit majoritairement de retraités et supplée, sans le remplacer, au clergé qui manque. Les effectifs des collèges catholiques ont gagné 275 000 élèves, bien que cette demande réponde en grande partie à la recherche de discipline et de niveau académique, et non de catéchèse. Le rebond des baptêmes, confirmations et mariages entre 2020 et 2024 s’explique en partie par la reprise après les fermetures de la pandémie, qui ont fait de 2020 le point le plus bas de la série, même si les confirmations ont augmenté de 28 % et dépassent déjà le niveau de 2010, seul indicateur sacramentel à y parvenir. Les premières communions, en revanche, continuent de baisser même après la pandémie.

    Le chiffre de 74,9 % de baptisés — environ 49,7 millions de personnes sur 66 millions d’habitants — provient des registres sacramentels et mesure l’appartenance nominale. C’est, de loin, le chiffre le plus bienveillant de ceux qui circulent, et il convient de ne pas le confondre avec la pratique réelle.

    Ce que mesurent les sondages

    Le sondage le plus complet de ces dernières années est celui qu’Ifop a réalisé en 2025 pour La Croix et le groupe Bayard. Ses conclusions dessinent une pyramide inversée : 5,5 % des adultes français, soit environ trois millions de personnes, vont à la messe chaque dimanche ou au moins deux fois par mois ; 6,5 % se déclarent catholiques mais ne mettent les pieds à l’église qu’à Noël, Pâques ou « presque jamais ». Et selon le même sondage, à peine 46 % des Français se définissent aujourd’hui comme catholiques, vingt-neuf points en dessous du chiffre de baptisés que gère Rome.

    L’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), dans sa grande enquête Trajectoires et Origines 2019-2020, corrobore le diagnostic : seuls 8 % de ceux qui se déclarent catholiques fréquentent régulièrement un lieu de culte, contre plus de 20 % chez les musulmans, bouddhistes et autres chrétiens, et 34 % chez les juifs. Le catholicisme est, de loin, la confession la moins pratiquée par ses propres fidèles.

    D’autres chiffres complètent le tableau clinique. La France comptait 65 000 prêtres en 1960 ; il en reste aujourd’hui environ 6 700 en activité, dont près d’un tiers sont étrangers. En 2025, 90 prêtres ont été ordonnés pour les 99 diocèses du pays, chiffre frôlant le minimum historique de 88 enregistré en 2023. Et l’indicateur le plus grave de tous, celui qui anticipe la France dans trente ans : à peine 13 % des enfants nés dans le pays reçoivent le baptême dans leurs premières années de vie, contre près de six sur dix à la fin du XXe siècle. La transmission familiale de la foi, qui a soutenu le catholicisme français pendant quinze siècles, s’est interrompue en une seule génération.

    Quand le fil s’est rompu

    La série vaticane commence en 1980, mais l’effondrement est antérieur. L’historien Guillaume Cuchet, dans son ouvrage de référence Comment notre monde a cessé d’être chrétien (Seuil, 2018), situe la rupture avec une précision quasi chirurgicale en 1965, l’année de clôture du Concile Vatican II. Jusque-là, la pratique dominicale, bien qu’érodée depuis le XIXe siècle, descendait en pente douce ; à partir de cette date, elle s’effondre à la verticale et, en à peine une décennie, perd plus de la moitié de ses effectifs. Cuchet, catholique pratiquant et universitaire rigoureux, n’attribue pas la chute au Concile en soi, mais au message que les fidèles en ont reçu : que l’assistance à la messe avait cessé d’être une obligation grave, que l’enfer était suspendu, que les frontières entre l’Église et le monde étaient devenues poreuses. Des millions de catholiques « de devoir » ont compris que le devoir avait été aboli et ont agi en conséquence.

    Le politologue Jérôme Fourquet, dans L’Archipel français (Seuil, 2019), documente le même phénomène sous un autre angle : le prénom. Jusqu’aux années soixante, l’immense majorité des enfants français recevaient des prénoms du sanctoral ; aujourd’hui, la proportion est marginale. La matrice catholique qui donnait forme à toute la société s’est dissoute et a laissé place à un archipel d’identités sans centre.

    Comparaison : le paradoxe des deux France

    Les mêmes jours où Rome publiait son bilan, d’autres chiffres pointaient dans la direction inverse, et la coexistence des deux est ce qui est vraiment révélateur.

    Lors de la Vigile pascale de 2026, 13 234 adultes ont été baptisés, soit 28 % de plus que l’année précédente et plus du triple des 4 124 de 2016. 42 % de ces catéchumènes ont entre 18 et 25 ans. En y ajoutant les adolescents, le total des nouveaux baptisés à Pâques a dépassé les 20 000 personnes.

    Le pèlerinage de Chartres, célébré intégralement selon le missel traditionnel, a réuni en mai près de 20 000 pèlerins ; les inscriptions ont atteint 14 000 en un seul jour, contre 6 000 l’année précédente, et les organisateurs ont dû fermer les inscriptions. Son président, Philippe Darantière, a constaté que beaucoup de ces jeunes sont entrés dans l’Église précisément par la messe tridentine.

    La Communauté Saint-Martin, avec son clergé en soutane, sa liturgie soignée et sa formation exigeante, a ordonné en juin douze prêtres et dix diacres. Une seule communauté apporte donc plus d’un dixième des ordinations sacerdotales de toute la France. Les abbayes qui se maintiennent — Solesmes, Boulaur, Le Barroux, Fontgombault — partagent un trait commun : latin, chant grégorien, observance intégrale. Celles qui ferment — La Grande Trappe, Chantelle, le Carmel de Compiègne, la Visitation de Nevers, toutes annoncées ces dernières semaines — appartiennent à la génération qui a misé sur l’adaptation.

    Le contraste avec le voisin allemand éclaire le même phénomène. La France compte 49,7 millions de baptisés face aux 19,8 millions de l’Allemagne, plus du double ; pourtant l’Église allemande, avec son système d’impôt ecclésiastique et son « chemin synodal », subit une hémorragie de sorties formelles que la France, sans registre civil d’appartenance, ne peut même pas mesurer. Deux modèles distincts d’accommodement au monde moderne ont conduit au même vide.

    Qu’est-ce qui a échoué ?

    Les données permettent de formuler une hypothèse que la sociologie académique entoure souvent de circonlocutions : ce qui s’est effondré en France n’est pas « l’Église » en abstracto, mais un modèle pastoral concret, dominant depuis le milieu des années soixante, et ce qui croît, ce sont précisément les réalités qui se sont situées en marge de ce modèle.

    La vieille maxime attribuée à Prosper d’Aquitaine, lex orandi, lex credendi, apparaît ici moins comme un principe théologique que comme une loi empirique. Une liturgie horizontalisée, réduite à l’assemblée qui se célèbre elle-même, dépourvue de silence, de sacralité et d’exigence, a produit exactement le type de croyant qu’on pouvait attendre : le catholique occasionnel des 6,5 %, qui se sent lié à une tradition familiale mais ne trouve dans la paroisse rien qu’il ne puisse trouver dans une association culturelle. À l’inverse, les communautés qui ont conservé ou retrouvé une liturgie verticale, avec le sacrifice au centre, attirent des jeunes qui n’ont rien hérité et qui cherchent précisément ce que la pastorale de l’adaptation a considéré comme dispensable.

    Le second pilier du modèle échoué est une théologie morale qui a renoncé à proposer. La génération conciliaire française, nourrie par le personnalisme et par une lecture optimiste de la modernité, a dissous le péché dans la « situation », le commandement dans l’« option fondamentale » et la conversion dans l’« accompagnement ». Cuchet le formule sans détour : quand l’Église a cessé de dire que manquer la messe était un péché grave, les fidèles ont cessé d’y aller. Le besoin moral de l’homme, sa faim d’une norme qui le transcende et l’exige, est resté sans réponse, et ce vide a été comblé par l’islam — dont la pratique régulière triple celle des catholiques, selon l’INSEE —, les spiritualités diffuses et, ces dernières années, le retour des jeunes vers les formes les plus exigeantes du catholicisme.

    Joseph Ratzinger, dans une célèbre allocution radiophonique de 1969, avait prévu une Église future plus petite, qui perdrait privilèges et bâtiments, mais qui renaîtrait à partir de communautés petites et ferventes. La France de 2026 semble confirmer le pronostic jusque dans les détails : les bâtiments se vendent, les paroisses se regroupent, et la vitalité se concentre dans des noyaux réduits, jeunes et doctrinalement fermes.

    Ce que verra Léon XIV

    Le pape trouvera à Paris un Stade de France aux 80 000 places épuisées et une place de la Concorde qui attend des centaines de milliers de personnes. Il verra une Église capable de mobiliser des foules et, en même temps, incapable de remplir ses temples un dimanche ordinaire. Il verra 13 000 convertis adultes et un pays où 87 % des nouveau-nés ne sont plus baptisés. La France qui l’accueille est, à la fois, la preuve de l’échec d’un modèle et le laboratoire de ce qui peut venir ensuite. De quelle leçon le Pontife tirera de ce paradoxe dépendra, dans une large mesure, le cap de l’Église européenne dans la prochaine décennie.

    Sources

    (Tableau et chiffres statistiques intégralement conservés ; texte traduit de l’espagnol vers le français.)

  • En Espagne et en France, les foules rassemblées par le pape Léon XIV remettent en question le discours laïque

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    De Solène Tadié sur le NCR :

    En Espagne et en France, les foules rassemblées par le pape Léon XIV remettent en question le discours laïque.

    Le pape Léon XIV a attiré plus d'un million de personnes à Madrid cet été — et la France anticipe déjà un succès sans précédent pour son voyage de septembre.

    Le pape Léon XIV salue les catholiques dans la cathédrale Sainte-Croix-et-Sainte-Eulalie de Barcelone, en Espagne, le 9 juin 2026. Son prochain voyage le conduira en France.
    Le pape Léon XIV salue les catholiques dans la cathédrale Sainte-Croix-et-Sainte-Eulalie de Barcelone, en Espagne, le 9 juin 2026. Son prochain voyage le conduira en France. (Photo : Vatican Media)

    Des voyages européens du pape Léon XIV jusqu'à ce jour, un défi inattendu est apparu au récit qui, jusqu'à récemment, était largement tenu pour acquis à travers l'Europe : celui selon lequel la déchristianisation du continent est un fait établi. 

    Ce phénomène n'a jamais été aussi manifeste que lors de la visite du pape en Espagne, du 6 au 12 juin, qui a culminé avec une messe et une procession pour la Fête-Dieu dans des rues bordées de plus de 30 000 œillets, la Plaza de Cibeles de Madrid étant envahie par une foule immense. Les autorités espagnoles ont dénombré plus de 1,2 million de personnes – dont quelque 2 300 ministres de l'Eucharistie servant la messe – ce qui en faisait la plus grande affluence de toute la visite papale. Le nombre de jeunes catholiques participant à la visite papale était frappant, notamment lors de la veillée eucharistique du 6 juin, présidée par le pape sur la Plaza de Lima, dans la capitale. À bord de l'avion pour Madrid, le pape Léon XIV a plaisanté avec les journalistes, affirmant que malgré un concert de Bad Bunny prévu le même soir, « il y en aura aussi quelques-uns pour voir le pape ». Ces « quelques-uns » se sont avérés être plus d'un demi-million.  

    Cette présence des jeunes a pris de nombreuses formes durant le voyage, mais peu de mouvements l'ont incarnée aussi visiblement que Hakuna, un mouvement d'adoration eucharistique qui a débuté comme un simple groupe de jeunes paroissiaux à Madrid en 2013 et qui s'est depuis étendu à plus de 20 pays.  

    Lors de la veillée eucharistique de la Plaza de Lima, c'est le groupe Hakuna Group Music qui a animé la cérémonie devant la foule nombreuse rassemblée, interprétant sa chanson Tú, el único Rey en présence du Pape — une performance qui est devenue l'un des moments les plus partagés en ligne du voyage.  

    « La visite du pape en Espagne a suscité une immense joie », a déclaré Maca Torres, porte-parole du mouvement, au Register. « Ce fut une explosion de liesse dans tout le pays, c'était formidable. » 

    Un renouveau de la foi en plein essor 

    L'enthousiasme inattendu suscité par la visite de Leo, comme en témoigne l'immense nombre d'Espagnols désireux d'apercevoir le nouveau pape, a bouleversé un discours profondément ancré : celui selon lequel la déchristianisation de l'Europe est trop avancée pour que les nouvelles générations prennent l'Église au sérieux, ou du moins pas à une telle échelle.  

    Longtemps, le déclin de l'identité chrétienne en Espagne a semblé inéluctable, la proportion de catholiques parmi les 18-24 ans étant passée d'environ 90 % dans les années 1970 à à peine un tiers. Les chiffres de l'enquête CIS de décembre 2025 suggèrent toutefois que ce déclin s'est enrayé et, selon certaines analyses, s'est même légèrement inversé, notamment chez les jeunes hommes.  

    Ce regain d'intérêt, à l'instar de l'affluence record lors de la visite papale, révèle, selon Torres, un besoin plus profond et moins quantifiable que la simple taille de la foule. « Les gens ont soif de quelque chose de plus », a-t-elle déclaré. « La société, les plateformes de contenu, les réseaux sociaux, tout notre environnement tentent de nous le vendre – ils nous vendent des miettes, et on se rend compte que ça ne nous désaltère pas. »  

    Le mouvement Hakuna n'est qu'un exemple de ce renouveau de la foi en Espagne. Son Heure Sainte hebdomadaire, centrée sur l'adoration eucharistique, est au cœur du mouvement et explique en grande partie son succès international. « Si l'on exclut Dieu, on vit dans un monde qui ne s'arrête jamais, qui ne connaît jamais le silence », a déclaré Torres. « J'ai entendu un prêtre dire un jour que l'adoration est comme un bain de soleil : on ne s'en rend pas compte, mais quelque chose nous imprègne. » 

    Ce même besoin de radicalité, partagé par toute une génération, est à l'origine de la montée en puissance des jeunes qui consacrent leur vie entière à l'Église, un phénomène que Torres dit avoir observé dans son propre cercle d'amis : « Une renaissance de la foi va nécessairement conduire beaucoup de gens à vouloir donner leur vie entière. » 

    Phénomène contagieux ? 

    Ayant constaté ce renouveau de la foi parmi ses pairs, Sofia Alas, une Guatémaltèque membre de la communauté Hakuna, a déclaré que ce phénomène commence souvent par une influence sociale qui laisse ensuite place à quelque chose de plus intériorisé et de plus profond. 

    « On voit ses amis heureux et on se demande pourquoi », dit-elle. « Ils traversent peut-être la pire période de leur vie, mais ils sont heureux… Cette force vient d’autrui, et on le voit. Et puis on la désire aussi. » Cette même ouverture, dit-elle, s’étend désormais à l’expression publique de sa foi : « Il est évident que les jeunes ont de moins en moins peur de montrer leur foi au reste du monde. » 

    Torres a cité l'exemple de Siloé, un groupe de musique urbaine espagnol populaire sans connotation catholique, dont le chanteur, Fito Robles, a déclaré en interview que son rêve d'enfant était de chanter devant le pape et que son art musical était indissociable de sa foi. « En tant que croyant, cela m'inspire profondément », a déclaré Torres. « Quel courage de s'exprimer ainsi dans la culture sécularisée d'aujourd'hui ! » 

    Le renouveau de la foi en France 

    Torres et Alas se demandent tous deux si le renouveau de la foi qu'ils ont observé en Espagne se manifestera lors de la visite du pape en France du 25 au 38 septembre, notamment compte tenu de sa culture anticléricale.  

    De fait, le regain de ferveur religieuse qui semble animer la jeunesse espagnole fait écho à des observations similaires en provenance de la France voisine, où l'attente suscitée par la visite du pape Léon XIV a déjà entraîné la vente de billets à guichets fermés et des dons sans précédent. 

    Par exemple, Torres et Alas indiquent suivre de près la hausse inattendue des baptêmes d'adultes en France. 

    Les premiers chiffres en provenance de France témoignent d'un enthousiasme qui pourrait déjà rivaliser avec celui observé en Espagne en juin. Lors d'une conférence de presse le 8 septembre, les organisateurs ont annoncé que les inscriptions pour la messe en plein air du 26 septembre place de la Concorde à Paris atteignaient toujours 8 000 par jour, faisant ainsi grimper en flèche l'estimation initiale de 500 000 participants. Ils ont également indiqué envisager d'étendre la zone de l'événement au-delà de l'Arc de Triomphe afin d'accueillir la foule.  

    Les évêques français qualifient cette réaction d'inédite. « Cet enthousiasme témoigne d'une très grande soif spirituelle dans notre pays », a déclaré le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la Conférence épiscopale française, lors du point de presse. 

    Quels que soient les chiffres finaux, pour Torres et Alas, l'essentiel du prochain voyage du Pape réside dans son impact spirituel. Pour Alas, le Saint-Père joue un rôle déterminant dans la consolidation du renouveau spirituel cette année. « C'est merveilleux de voir comment Dieu agit parmi les jeunes », a-t-elle déclaré, « et comment ces jeunes, à leur tour, peuvent aider ceux qui sont plus éloignés à rencontrer Jésus. » 

  • La très belle lettre que le Pape a adressée aux évêques d'Amérique Latine et des Caraïbes

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    LETTRE DU PAPE LEON XIV
    AUX ÉVEQUES D’AMERIQUE LATINE ET DES CARAÏBES
    A L’OCCASION DU TROISIEME CENTENAIRE
    DE LA CANONISATION DE SAINT TURIBE DE MOGROVEJO

    _____________

    Chers frères dans l’Épiscopat,

    en réponse à la requête des évêques péruviens et à l’occasion du troisième centenaire de la canonisation de saint Turibe de Mogrovejo, saint patron des évêques d’Amérique latine, je vous salue avec affection dans le Seigneur et vous remercie pour le service que vous rendez au quotidien. En vous adressant ces mots, mon cœur déborde de gratitude pour le privilège que j’ai eu d’exercer mon ministère épiscopal au Pérou. Là, j’ai connu la foi d’un peuple qui m’a tant donné et auprès duquel j’ai acquis une compréhension plus profonde de ce que signifie être pasteur. Cette expérience m’a rapproché de manière bien spéciale de saint Turibe, lui aussi arrivé d’ailleurs sur cette terre qu’il a fini par conquérir au moyen de sa charité pastorale.

    Mes prédécesseurs se sont longuement attardés sur la figure de cet« illustre métropolite de Lima », [1] rappelant son zèle évangélisateur, [2] son engagement pour l’édification et le renouveau de la vie ecclésiale, [3] sa proximité avec les plus pauvres et les plus vulnérables. [4] Sans revenir sur sa biographie, je voudrais plutôt contempler son ministère à la lumière d’un signe qui nous renvoie à l’origine même de notre mission : l’accueil de l’évêque dans sa cathédrale. [5] Un rite similaire est prévu pour la visite pastorale dans une communauté, [6] comme si l’Église souhaitait sans cesse reconduire le prélat à la signification de cette toute première entrée. Ce que la liturgie exprime en si peu de gestes, l’Apôtre des Andes l’a incarné durant tout son ministère pastoral. Le meilleur moyen d’honorer sa mémoire est donc de nous laisser interpeller par la manière dont il a vécu le ministère que nous avons reçu en partage et de l’imiter.

    Le rite s’ouvre devant la porte de la cathédrale. C’est là que le nouvel évêque est accueilli par l’Église à laquelle il a été envoyé. Il arrive dans une communauté qui le précède, qui a parcouru un chemin de foi et dans laquelle l’Esprit Saint est déjà à l’œuvre. En y franchissant le seuil, l’évêque entre dans une histoire qui ne débute pas avec lui et il se retrouve lié, par son ministère, à un peuple spécifique. Le saint Archevêque Turibe était arrivé dans un milieu dont il ne connaissait guère les peuples et les cultures. Pour paître le troupeau de Dieu, il lui fallait donc s’immerger dans la réalité du lieu et, pour cela, il le parcourut. Ses visites pastorales et son souci de voir l’Évangile proclamé dans les langues locales ont renforcé son lien avec cette terre et ses habitants. Il y a des réalités d’un diocèse qu’il est difficile d’appréhender depuis un bureau. Par conséquent, veillons à ce que la visite pastorale conserve toute sa force : allons personnellement à la rencontre de nos communautés, écoutons notre troupeau et recherchons ceux qui trouvent rarement l’occasion de s’adresser à l’évêque. Le ministère d’un successeur des apôtres exige qu’il vive le cœur tourné vers le ciel et les pieds sur terre.

    Toujours à la porte, l’évêque reçoit un crucifix qu’il embrasse. L’Église lui présente ainsi Celui qui aima les siens jusqu’au bout. Ce geste porte la promesse du don de soi. Le ministère pourra conduire l’évêque sur des chemins insoupçonnés et requérir de lui des sacrifices qu’il n’aurait jamais imaginés. La croix lui rappelle qu’il doit rester avec le troupeau dans les moments difficiles et que protéger les brebis peut comporter un coût pour le pasteur lui-même. Turibe a étendu son baiser au corps souffrant du Seigneur à travers ses voyages et son labeur, en défendant les peuples autochtones, en corrigeant les abus et en restant proche des pauvres et de ceux qui souffraient. Chers frères, il est nécessaire que nous fréquentions assidûment l’école de la croix. L’abandon du troupeau peut commencer bien longtemps avant la fuite visible, lorsque le confort, la peur ou l’intérêt personnel l’emportent sur le bien des fidèles. Le mercenaire calcule ce qu’il risque de perdre, tandis que le pasteur sait qu’il doit donner une part de lui-même pour rester fidèle (cf. Jn 10, 12-13).

    L’évêque reçoit alors l’eau bénite ; il s’asperge et asperge les personnes présentes. Ce geste le ramène à la source commune qu’est le baptême. Avant d’être pasteur, il est disciple ; avant de conduire le Peuple de Dieu, il se compte lui-même au nombre des baptisés, devenus enfants de Dieu dans le Christ. La sainteté du pasteur ne va pas de soi (cf. 1 Tm 4, 16). Saint Turibe pouvait exiger une vie ecclésiale plus fidèle à l’Évangile parce qu’il avait lui-même commencé à s’y soumettre. Qui a reçu la charge de sanctifier a toujours besoin d’être sanctifié ; qui proclame la miséricorde en a besoin lui aussi. Prenons donc soin de notre vie intérieure et gardons à l’esprit que nous sommes des disciples qui ont besoin de conversion.

    Le rite conduit ensuite l’évêque au Tabernacle où il s’agenouille dans un moment d’adoration. Avant d’entamer son ministère, il se tient en silence devant le Saint-Sacrement. Les évêques passent ; le Christ demeure (cf. He 13, 8). Les pasteurs changent, de nouveaux besoins apparaissent, et les projets se succèdent, mais l’Église vit toujours du Seigneur. C’est pourquoi je vous invite à faire de l’adoration eucharistique une priorité pastorale. L’amour de Turibe pour l’Eucharistie transparaissait dans son désir de rapprocher chacun de Jésus. Offrons à nos fidèles du temps et de l’espace pour qu’ils demeurent en sa présence ; encourageons l’adoration prolongée. Je suis convaincu que la sainte présence du Seigneur, accueillie et fidèlement adorée, soutient ce que nos seules forces ne parviennent pas à réaliser et ouvre des voies qu’aucune planification n’aurait pu prévoir. C’est son amour qui transformera nos diocèses.

    Après avoir revêtu ses ornements liturgiques, l’évêque s’approche de l’autel et le baise. C’est le même Seigneur devant lequel il vient de s’agenouiller qu’il contemple maintenant comme celui qui rassemble son Église autour de lui et en fait un seul corps (cf. 1 Co 10, 17). Le saint prélat Turibe a servi une Église vaste et plurielle, en s’efforçant de la maintenir unie. Il est également de notre responsabilité de veiller à ce que la diversité de nos diocèses trouve, dans le Christ, son unité. L’autel nous rappelle que la communion est au cœur même de notre mission.

    Puis il se dirige vers la cathèdre, et l’on lit les Lettres apostoliques – la bulle par laquelle le Pontife romain l’a nommé pasteur de cette Église particulière. L’évêque ne s’est pas octroyé cette mission ; il l’a reçue et l’exerce dans la communion de l’Église, uni au Successeur de Pierre et au Collège des évêques. L’enseignement qu’il dispense depuis sa cathèdre ne découle pas de vues personnelles qu’il tente d’imposer. Il a reçu la foi de l’Église et est appelé à « garder le bon dépôt », à l’approfondir et à le rendre intelligible à ceux qui lui sont confiés (cf. 2 Tm 1, 13-14). Saint Turibe a bien compris cette responsabilité. Son accueil du Concile de Trente, les conciles provinciaux, les synodes diocésains et son œuvre catéchétique témoignent de son désir de transmettre la foi dans son intégralité et de la rendre accessible à ses interlocuteurs. À une époque où de nombreuses voix tentent d’influencer la conscience des fidèles, il est de la responsabilité de l’évêque d’offrir un enseignement clair, patient, enraciné dans la communion, afin d’aider son peuple à reconnaître la voix de l’unique Pasteur.

    Le clergé et les fidèles s’approchent alors pour lui « témoigner obéissance et respect ». [7]La révérence reçue devient pour l’évêque une responsabilité ; l’obéissance offerte exige de lui qu’il fasse preuve de paternité. Celle-ci se manifeste particulièrement dans sa relation avec les prêtres qui lui sont unis de manière singulière dans l’unique sacerdoce et dans la mission confiée à l’Église particulière. Turibe veillait à leur formation, se montrait exigeant quant à l’admission aux ordres, rendait visite à ses prêtres et maintenait la discipline ecclésiastique, conscient que la vie du clergé a des répercussions sur celle du peuple. Chers frères, soyons proches de nos prêtres. Prenons soin tout particulièrement du séminaire et des premières années de ministère, favorisons une fraternité authentique et incitons les prêtres à s’adresser à leur évêque de manière régulière, et pas uniquement en cas de difficulté. La paternité épiscopale se manifeste bien des fois lorsque le prêtre sait qu’il peut frapper en toute confiance à la porte de la résidence épiscopale.

    Après l’Évangile, l’évêque s’adresse pour la première fois à son peuple. Jusque-là la liturgie l’avait placé dans une attitude de réception et d’écoute, le maintenant en silence et en adoration. Ce n’est que maintenant qu’il prend la parole. Cet ordre simple est porteur d’un enseignement qu’il convient de garder à l’esprit en tout temps. Parmi les nombreuses responsabilités qui jalonnent nos journées, nous avons été envoyés pour proclamer la Bonne Nouvelle. À l’exemple des Apôtres, nous sommes appelés à persévérer « dans la prière et dans le ministère de la Parole » (Ac 6, 4). Saint Turibe avait fait de sa vie le prolongement de sa prédication ; et sa prédication était crédible parce qu’il avait laissé l’Évangile imprégner toute son existence. Qu’aucune urgence ni tâche pastorale, aussi nécessaire soit-elle, ne substitue la prière qui est l’antichambre de la prédication. Prenons toujours le temps nécessaire pour écouter la Parole de Dieu et pour préparer soigneusement la manière de la présenter à notre peuple.

    Une fois les rites de réception accomplis et la liturgie de la Parole célébrée, vient le moment de présenter l’offrande. Dans cette offrande, nous pouvons percevoir tout ce que l’évêque remettra, jour après jour, entre les mains du Seigneur : son travail, les projets qu’il entreprendra, les décisions qu’il devra prendre, le peuple qui lui a été confié avec ses préoccupations et espérances. Il y aura des moments où il verra clairement le chemin, et d’autres où il éprouvera sa propre petitesse : tout cela trouve place sur la patène. Il revient à l’évêque de s’offrir fidèlement, mais la fécondité, en dernier ressort, appartientà Dieu (cf. 1 Co 3, 6-7).

    La célébration elle-même révèle la source de cette fécondité. Dans la Sainte Messe, l’unique sacrifice du Christ pour le salut du monde s’actualise sacramentellement, tandis que le peuple est uni à l’offrande de son Seigneur. De ce Saint Sacrifice jaillit la grâce de laquelle l’Église vit et par laquelle le Christ continue de la rassembler et de la sanctifier à travers l’histoire. L’évêque, comme tout prêtre, prête sa voix et ses mains au Christ, le Prêtre suprême et éternel, qui agit à travers son ministère. Ce qu’il célèbre doit s’étendre à sa propre vie, chaque jour plus unie à l’offrande du Seigneur, jusqu’à ce que toute son existence devienne, dans le Christ, une offrande au Père.

    La géographie spirituelle de l’Église en Amérique latine est marquée par des pasteurs qui ont rendu visible cette union entre l’autel et la vie. La figure de saint Turibe n’est donc pas isolée. À travers les siècles et dans différentes régions du continent, s’est formée une véritable constellation d’évêques que l’Église vénère comme saints et bienheureux. Aux côtés du grand archevêque de Lima figurent, parmi d’autres illustres évêques, les saints Antoine Marie Claret, Ezéckiel Moreno, Raphael Guízar et Oscar Romero, et les bienheureux Jean de Palafox, Hyacinthe Vera, Mamert Esquiú, Henri Angelelli, Jesús Jaramillo et Edouard Pironio. Approfondissons le ministère et les écrits de ces pasteurs et faisons-les connaître dans nos Églises locales. Leur témoignage peut nous aider à mieux comprendre la mission de l’évêque et revêtir un intérêt particulier pour la formation des séminaristes et des prêtres. Leurs vies montrent comment une même mission peut prendre diverses formes selon les époques et les circonstances, de même qu’elles forment une école de pasteurs issus de notre histoire ecclésiale. Les saints continuent de former des saints (cf. He 13, 7).

    Confions à Notre-Dame de Guadalupe notre désir de vivre avec fidélité renouvelée la mission que nous avons reçue. À l’aube de l’évangélisation de ce continent bien-aimé, elle a voulu que saint Juan Diego portât sa requête à l’évêque, et que ce fût à ce dernier de discerner et d’accueillir ce que le Seigneur accomplissait par le biais d’un humble messager. Cette rencontre reste pour nous, pasteurs, une invitation à être attentifs à l’action de Dieu qui se manifeste souvent par des voies surprenantes, en engageant des personnes aux parcours singuliers. Par l’intercession de la Mère de Dieu, demandons la grâce de connaître, servir et aimer les Églises qui nous sont confiées, afin que, lorsque viendra le moment de rendre compte de notre ministère au Seigneur, nous nous entendions dire : « Très bien, serviteur bon et fidèle, [...] entre dans la joie de ton seigneur » (Mt 25, 21).

    Avec affection fraternelle, je vous bénis de tout cœur.

    Du Vatican, le 8 septembre 2026, Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie.

     

    LÉON PP. XIV

    ________________________________________________
     

    [1] Pie XII, Message radiophonique au Ve Congrès International de l’Éducation Catholique, 12 janvier 1954.

    [2] Cf. Saint Jean Paul II, Rencontre avec les évêques péruviens, 2 février 1985.

    [3] Cf. Benoît XVI, Message à l’occasion du quatrième centenaire de la mort de saint Turibe, 23 mars 2006.

    [4] Cf. François, Rencontre avec les évêques à Lima, 21 janvier 2018.

    [5] Cf. Cérémonial des Évêques, pp. 1141-1144.

    [6] Cf. Ibid., p. 1180.

    [7] Ibid., p. 1143.

  • Léon XIV : quelle normalité ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    21 septembre 2026

    Léon XIV : quelle normalité ?

    La nouvelle selon laquelle Léon XIV a décidé de rétablir le traitement des cardinaux tel qu’il était avant la réduction décidée par le pape François a eu un impact symbolique plus important qu’on ne pourrait l’imaginer.

    Pendant la pandémie de COVID-19 et la crise économique, le pape François avait réduit les traitements des cardinaux — ce que l’on appelait communément la « pension des cardinaux » — et cette mesure avait certainement fait grand bruit.

    Léon XIV rétablit donc une certaine normalité, et cette décision peut donner lieu à deux interprétations : soit le pape considère que la période d’urgence est terminée et qu’il convient de revenir à la normale ; soit il entend annuler les orientations du pontificat précédent et rétablir les privilèges des cardinaux.

    Ces deux lectures, cependant, n’expliquent probablement pas entièrement ce qui se passe aujourd’hui.

    Léon XIV n’est pas un homme de changements radicaux et il ne cherche certainement pas à se présenter comme un pape rompant avec ses prédécesseurs, et surtout pas avec son prédécesseur immédiat, François.

    Il se révèle toutefois être un pape pragmatique, qui entend « ajuster » certaines mesures.

    François, en effet, ne s’était pas contenté de réduire les traitements des cardinaux. Il avait également ordonné à tous de payer un loyer correspondant aux prix du marché pour les appartements qui leur étaient attribués en raison de leur fonction, manifestant ainsi sa volonté de supprimer les privilèges des cardinaux et de les rapprocher du peuple, jusque dans leurs conditions de vie.

    Bien que ces décisions aient eu un impact médiatique important, elles révélaient aussi la volonté de faire des responsables de l’Église les boucs émissaires de tous les maux.

    Le système du Vatican n’a pourtant pas été conçu pour enrichir les uns ou distribuer des privilèges. Il a été mis en place afin de permettre à tous ceux qui travaillent au Vatican de mener une vie digne. Les salaires du Vatican ne sont pas particulièrement élevés, et celui des cardinaux ne l’est pas davantage.

    Il s’élève à environ 5 000 euros par mois, mais cette somme comprend les frais de logement, la rémunération des personnes qui les aident à entretenir leur maison ainsi que les frais de déplacement officiels. Il s’agit, en somme, d’une sorte d’indemnité forfaitaire, et celle-ci n’est pas particulièrement élevée compte tenu de la fonction exercée par chaque cardinal.

    Le Vatican dispose d’un important patrimoine immobilier constitué au fil des années, principalement géré par l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA) ou par le Dicastère pour l’Évangélisation, mais certains biens appartiennent également, par exemple, à la Maison pontificale.

    Ce patrimoine immobilier a été utilisé pour générer des revenus et pour être donné en location. Il a également été mis à la disposition des employés du Vatican à des loyers généralement inférieurs aux prix du marché. Cela permettait à des employés disposant de revenus modestes — même s’ils étaient exonérés d’impôts — de bénéficier d’un logement décent.

    Lorsqu’un prélat était appelé à Rome, un appartement de fonction lui était attribué gratuitement en raison de sa charge. Cela lui permettait de ne pas avoir à supporter des dépenses supplémentaires liées à une mission qu’il n’avait pas lui-même sollicitée, mais qui lui avait été confiée.

    Le système économique du Vatican est conçu pour permettre à chacun de vivre dignement. Le supermarché du Vatican, par exemple, avait été créé afin d’offrir aux employés un lieu où faire leurs achats à des prix abordables. Le centre commercial du Vatican, installé dans ce qui était autrefois la petite gare de la cité-État, répond au même objectif.

    En outre, le Vatican n’impose pas d’impôts.

    Les salaires sont donc versés nets, et les stations-service du Vatican bénéficient elles aussi de l’absence des taxes de l’État italien. Seuls les employés du Vatican peuvent cependant profiter de ces avantages ; ceux-ci ne créent donc pas de concurrence déloyale avec l’État italien. Ils offrent en revanche la possibilité de vivre dans de meilleures conditions et donnent davantage de sens à la présence au sein du Vatican.

    Sous le pontificat du pape François, ces « facilités » ont progressivement disparu. Le patrimoine immobilier a été davantage orienté vers la recherche de revenus et, dans certains cas, sa gestion a été confiée à des sociétés extérieures. Le supermarché du Vatican, l’Annona, a ainsi été externalisé au profit d’une chaîne italienne de grande distribution.

    Enfin, et ce n’est pas le moins important, François avait cherché à faire face à la crise en réduisant les indemnités des cardinaux, les désignant ainsi, en quelque sorte, comme des responsables à montrer du doigt.

    Léon XIV a commencé à inverser cette tendance, en commençant par rétablir les traitements. Il a également supprimé le gel des augmentations liées à l’ancienneté, mesure qui avait elle aussi été introduite sous le pape François.

    Mais la question des traitements est liée à un autre élément : les finances du Vatican ne seraient pas dans la situation aussi désastreuse que le laissaient entendre les derniers rapports financiers du pontificat de François.

    On parlait de 200 millions d’euros de dettes, alors que le déficit serait en réalité de 70 millions d’euros. Léon XIV a par ailleurs écarté la demande du pape François de ne réaliser les investissements que par l’intermédiaire de l’IOR — l’Institut pour les œuvres de religion, la « banque du Vatican » — et il a supprimé la Commission des dons créée par François, ne serait-ce que parce que le Saint-Siège dispose déjà de dicastères chargés de recueillir les dons.

    Ce retour à la normalité ne s’accompagne toutefois que de petits ajustements et non d’un changement de structure générale. Le Saint-Siège continue de recourir à l’externalisation. Ainsi, le Gouvernorat a confié à Consip la gestion des appels d’offres. L’APSA continue de chercher à accumuler des actifs immobiliers et, surtout, Léon XIV a décidé de ne pas modifier la politique économique, en laissant le cardinal Reinhard Marx à la tête du Conseil pour l’économie pour un troisième mandat.

    En résumé, Léon n’a lancé aucune révolution et il est probable qu’il n’en lancera pas.

    Il s’est simplement livré à un ajustement pragmatique, qui indique également au monde qu’en réalité le système du Vatican n’est pas mauvais et qu’il doit être défendu et soutenu, malgré les faiblesses humaines qui existent toujours. Les règles, en effet, n’éliminent jamais totalement la possibilité de corruption.

    Léon XIV envoie donc des signaux. Il procède à de petits ajustements, mais il n’a pas encore défini une orientation véritablement précise et définitive ; il n’a probablement pas non plus encore pleinement compris tous les rouages du Saint-Siège et de son administration.

    Léon XIV n’a pas encore constitué sa propre équipe. Il est peu probable qu’il remplace des personnes qui, de toute façon, ne sont pas arrivées au terme de leur mandat. Léon a servi pendant deux ans au sein de la Curie et a bénéficié de la courtoisie personnelle de chacun. Il est difficile de destituer quelqu’un qui s’est toujours comporté correctement, du moins dans les relations personnelles.

    Ses choix pourraient également signifier que le pape demande à tous ceux qui ont participé à l’époque de François d’assumer leurs responsabilités, de rembourser certaines dettes ou de corriger les erreurs commises sous l’administration précédente.

    En réalité, il n’y aura pas de véritable retour à la « normalité » — du moins si l’on entend par normalité un retour à la situation qui prévalait avant François. Léon n’interrompra pas non plus un processus déjà engagé, qu’il s’agisse des réformes financières évoquées plus haut ou de la réforme synodale, dont tout le monde parle constamment.

    Léon XIV se contentera d’ajuster son orientation, de dépasser certains choix populistes et de chercher à construire l’unité de l’Église.

    Ce ne sera pas facile.

  • Le Pape appelle à protéger la vie, de la conception à son terme naturel

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    De Cecilia Seppia sur Vatican News :

    Le Pape appelle à protéger la vie, de la conception à son terme naturel

    Léon XIV a envoyé un message à l’occasion de la cinquième édition de la Marche pour la Vie à Bratislava, en Slovaquie pour promouvoir une culture qui prenne soin des plus fragiles et des plus vulnérables. Le secrétaire de la Conférence épiscopale explique que l’Église demande aux institutions de protéger avant tout les enfants à naître, «mais aussi d’aider concrètement les mères et les familles en difficulté».

    Une manifestation qui soit un «moment de prière et de témoignage» et qui suscite une «prise de conscience renouvelée du don précieux de la vie, reçu de Dieu, qu’il faut accueillir et préserver à chaque étape, de la conception jusqu’à son terme naturel». C’est ce que souhaite le Pape Léon XIV dans son message adressé aux organisateurs et aux participants de la cinquième édition de la Marche nationale pour la vie, qui s’est déroulée ce dimanche 20 septembre à Bratislava, capitale de la Slovaquie. Dans ce texte, lu sur la scène de la Marche par le nonce apostolique en Slovaquie, Mgr Nicola Girasoli, le Pape encourage en outre à «promouvoir une culture capable de prendre soin avant tout des plus fragiles et des plus vulnérables, contribuant ainsi à l’édification d’une société plus fraternelle et solidaire».

    Des milliers de familles dans les rues de Bratislava

    La place était bondée à Bratislava pour la dernière édition de la Marche nationale pour la vie, l’un des événements de mobilisation sociale et religieuse les plus importants de Slovaquie. Plus de 30 000 personnes, simples citoyens, familles et jeunes venus de toutes les régions du pays, se sont rassemblées dans la capitale pour réaffirmer la valeur et la dignité intrinsèque de chaque être humain, déterminées à promouvoir et à mettre en œuvre une culture de l’accueil qui protège la vie à toutes ses étapes, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle.

    L'objectif de la mobilisation

    Née à l'origine aux États-Unis en 1974 (en réponse à l'arrêt Roe v. Wade), cette manifestation est devenue au fil des ans un événement très suivi et de grande envergure, qui en est venu à inclure et à mobiliser de nombreuses capitales européennes. Son objectif principal est de sensibiliser l’opinion publique et les institutions législatives à la nécessité d’offrir une protection juridique et un soutien social tant aux enfants à naître qu’aux mères en difficulté, en s’opposant à des pratiques telles que l’avortement et l’euthanasie, sur lesquelles le Pape Léon XIV s’est récemment prononcé, lors de l’audience générale du 16 septembre dernier, en les qualifiant de «honteuses».

    «Tout ce qui s’oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d’homicide, le génocide, l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré; tout ce qui constitue une violation de l’intégrité de la personne humaine, comme les mutilations, la torture physique ou morale, les contraintes psychologiques; tout ce qui est offense à la dignité de l’homme, comme les conditions de vie sous-humaines, les emprisonnements arbitraires, les déportations, l’esclavage, la prostitution, le commerce des femmes et des jeunes; ou encore les conditions de travail dégradantes qui réduisent les travailleurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard pour leur personnalité libre et responsable: toutes ces pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes», a-t-il dit citant Gaudium et spes.

    Marche pour la vie à Bratislava, le 20 septembre 2026
    Marche pour la vie à Bratislava, le 20 septembre 2026   (Dominik Karina)

    Protéger et aider

    En Slovaquie, cet événement est coordonné par les évêques du pays en collaboration avec différentes associations pro-vie; il se présente non seulement comme un moment de réflexion éthique, mais aussi comme une véritable fête des familles. «Notre message est simple: toute vie humaine a sa dignité et doit être protégée. Nous voulons avant tout protéger les enfants à naître. Mais nous voulons aussi aider concrètement les mères et les familles en difficulté», a déclaré Mgr Ivan Ružička, secrétaire général de la Conférence épiscopale slovaque.

    Non à la maternité de substitution

    Cette année, a précisé le secrétaire, la question de la maternité de substitution est également à l’ordre du jour. «Un enfant n’est pas un produit et ne peut faire l’objet d’un contrat. C’est pourquoi nous demandons que la maternité de substitution soit totalement interdite en Slovaquie.» «Nous sommes très heureux, a-t-il ajouté, de voir aujourd’hui autant de familles et de jeunes ici à Bratislava. Pour nous, la Marche pour la Vie est un témoignage d’espoir. Nous voulons construire une société qui protège chaque personne, en particulier les plus vulnérables». La marche s’achèvera dans l’après-midi par des témoignages, des chants et des moments de fête, confirmant ainsi la position de la Slovaquie comme l’un des pôles du débat bioéthique au cœur de l’Europe.

  • Saint Matthieu, apôtre, évangéliste et martyr (+61)

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    D'Olivier Bonnassies sur 1000 Raisons de Croire :

    Saint Matthieu, apôtre, évangéliste et martyr (+61)

    Matthieu, aussi appelé Lévi dans l’Évangile ( Mt 9,9  10,3 ), a été appelé par Jésus alors qu’il était assis à son bureau de collecteur d’impôt, et il a fait partie de la deuxième fournée de six apôtres « choisis » ( Jn 6,70 ), « institués » ( Mc 3,14 ) et « établis » ( Mc 3,16 ) par le Christ Jésus « pour être avec lui » ( Mc 3,14 ) et le connaître au long de ses trois années de vie publique, afin qu’ils puissent être ses fiables « témoins » ( Lc 24,48 ) et le fondement de l’Église. On dit même qu’il a été appelé le dernier, et que tous les autres étaient relativement choqués de devoir accueillir parmi eux un collecteur d’impôts qui avait une si mauvaise réputation, mais Matthieu avait pris la décision de quitter sa vie passée et de s’ouvrir totalement au Christ.

    Ensuite, après la Pentecôte, étant parmi les plus lettrés des apôtres, il sera, selon saint Irénée et Eusèbe de Césarée, missionné par les Douze pour fixer par écrit, « dans la langue des Hébreux », c’est-à-dire dans sa langue maternelle, l'araméen , l’enseignement oral que les apôtres ont donné publiquement en Israël pour attester que Jésus est bien le Messie attendu, annoncé par l’Écriture et les prophètes. Plus tard, sur les traces de la tribu de Lévi, il partira évangéliser sur la route de l’encens, vers l’Arabie et l’Éthiopie, avant d’être martyrisé, selon la tradition, en 61, à Naddarer, dans le sud de l’Égypte, non loin de la frontière, dans ce qui est aujourd’hui le nord du Soudan.


    Les raisons d'y croire

    • Le processus de composition, d’écriture et de publication de l’Évangile de Matthieu est de mieux en mieux connu aujourd’hui, de même que le contexte culturel, économique, linguistique, intellectuel, matériel et liturgique d’Israël au 1er siècle, et tout cela conduit à confirmer la rapidité et la fiabilité de la genèse des textes du Nouveau Testament.
    • Comme pour tous les apôtres, le changement de comportement de Matthieu entre le moment de la Passion, où tous sauf Jean ont abandonné le Christ, et le moment de l’évangélisation où ils ont tout donné pour lui, qui ne peut s’expliquer que par les « nombreuses preuves » ( Ac 1,3 ) données par Jésus de sa Résurrection et par le don de l'Esprit Saint à la Pentecôte ( Ac 2,1-47 ), est une grande raison de croire.
    • Matthieu est ainsi devenu comme tous les autres un témoin intrépide du Christ, que rien ni personne n’a pu faire renier, et il a, lui aussi, scellé son témoignage par le martyre.
    • Son Évangile est un témoignage crédible, remarquable et véridique du Christ, rédigé à l'attention des juifs, qui montre tout particulièrement à quel point Jésus accomplit les prophéties et l’attente d’Israël.
    • Les restes et reliques de saint Matthieu sont aujourd’hui dans la basilique qui porte son nom, à Salerne, en Italie, et de nombreux miracles et guérisons sont attestés en ce lieu.

    En savoir plus

    Les Évangiles sont nés dans le contexte de la naissance de l’Église après la Pentecôte, c’est-à-dire dans le monde juif du 1er siècle. À l’époque, la culture mésopotamienne, la plus ancienne du monde, domine la région : c’est dans cette culture que sont nés l’écriture, le commerce et les premiers savoirs scientifiques (cf. numéro n° 99 de L’Histoire). La langue parlée en Israël au temps du Christ est l’araméen de l’empire parthe, la grande langue commerciale d’échange utilisée dans tout l’Orient, des bords de la Méditerranée à l’Inde, et sur toutes les routescommerciales de l’Antiquité.L’hébreu n’est qu’une langue liturgique (un peu comme le latin pour nous), et le grec est une langue internationale, mais surtout en Méditerranée, de même que le latin et le phénicien, même si les conquêtes d’Alexandre l’ont fait connaître aussi en Orient.

    La vie de en Israël au temps du Christ est structurée autour de trois niveaux de la Torah : une pratique domestique quotidienne, comprenant des lectures et des prières ; la pratique à la synagogue où l’on se réunit surtout le jour du shabbat pour la prière, la lecture et les commentaires des Écritures (la Torah, divisée en 52 parties, permet une lecture continue tout le long des shabbat, de la Genèse au Deutéronome, en intégrant toutes les fêtes liturgiques juives) ; et une pratique liée au Temple, avec les six fêtes qui y sont célébrées sur le cycle d’hiver, d’octobre à juin, avec Rosh Hoshana, Yom Kippour, la fête des Tentes, la Dédicace du Temple, Pâques (Pessah) et Pentecôte (Shavouot), toutes liées aussi à des textes précis. Le cycle d’été, sans fête, est un peu l’équivalent de notre « temps ordinaire ». Chaque semaine, et pour chaque fête, une section de la Torah et un texte des prophètes sont proclamés. Il n’y a pas d’autres Écritures canoniques que la Torah, les prophètes et les psaumes.

    La prédication du Christ s’appuie sur la vie liturgique d’Israël parcourant la Torah. Il se positionne par rapport à ces textes de la Torah et des prophètes lus dans les synagogues ( Lc 4,15 ) et au Temple. Il les commente et leur donne un développement messianique, qui se met en place en lien avec des dates, des lieux et des événements significatifs et bien précis. Par exemple, le dernier jour de la fête des Tentes ( Jn 7,2 ), quand le Christ parle au Temple des « fleuves d’eau vive » qui couleront de son sein ( Jn 7,37-38 ), c’est un commentaire direct des textes de Zacharie ( Za 14,8 ) et Ezéchiel ( Ez 47,1-12 ) qui sont lus ce jour-là. Ou encore, à la Synagogue de Nazareth, « selon son habitude » Jésus fait la lecture du prophète Isaïe, et il commente avec un développement messianique : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » ( Lc 4,16-21 ).

    Après Jésus, les apôtres prêchent la Nouvelle Alliance dans un contexte juif.Tous les protagonistes sont israélites : les apôtres, les disciples, les convertis, les opposants, et tous vont à la synagogue en semaine et au Temple pour les fêtes, en participant aux mêmes offices. Les apôtres sont interrogés au tribunal suprême, le Sanhédrin, où Pierre et Jean donnent un témoignage juridiquement valable, et ils prêchent également sous la colonnade de Salomon, au Temple, ou en privé, oralement, de maître à disciple, selon l’exemple du Christ. Ils se concentrent sur cette prédication, comme « témoins » ( Ac 1,8 ) de tout ce qu’ils ont vu et entendu « depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où Jésus a été enlevé » ( Ac 1,22 ). En fonction des temps liturgiques, ils sont amenés naturellement à rappeler les enseignements du Christ qui correspondent, et c’est ainsi que se fixe très rapidement une catéchèse naturelle, orale, adossée aux lectures des Écritures saintes d’Israël, qui demeurent les seuls « écrits ».

    L’enseignement des apôtres se met donc naturellement en place sur le rythme du calendrier synagogal pour, chaque dimanche, après chaque shabbat, rappeler les faits et gestes que le Christ avait posés en correspondances avec les lectures sabbatiques. Récemment, des chercheurs ont dit avoir montré que les Évangiles de Matthieu et de Luc sont en correspondance avec les textes synagogaux des huit mois du cycle d’hiver – l’Évangile de Marc pouvant, semble-t-il, être mis en correspondance avec les textes des quatre mois du cycle d’été –, ce qui induirait que les Évangiles synoptiques se sont constitués à partir des lectionnaires de la première Église – l’Évangile de Jean, structuré sur les fêtes du Temple, étant un enseignement complémentaire, destiné aux auditeurs déjà initiés. Ainsi, de même que Jésus enseignait aux foules en paraboles et expliquait tout en particulier à ses disciples ( Mt 4,34 ), et que Paul distingue les commençants à qui il faut donner « du lait » et ceux qui sont plus avancés, qui peuvent prendre « de la nourriture solide » ( 1Co 3,1-2 ), il y avait aussi naturellement de la part des apôtres un enseignement public général et un enseignement plus approfondi coordonné avec celui-ci (beaucoup ont bien noté qu’il y a clairement une répartition des récits : les Évangiles synoptiques ne parlent par exemple pas de la résurrection de Lazare, qui était un événement majeur, et l’Évangile de Jean ne dit rien de l’institution de l’Eucharistie, pourtant au cœur des événements de la Cène, rapportée par Jean avec de nombreux détails, ce qui montre que les deux enseignements sont bien coordonnés).

    C’est ainsi que, selon le témoignage de saint Irénée, vers 180, « Matthieu publia chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Évangile à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l’Église » (Contre les hérésies, III, 1,1). Eusèbe de Césarée (265 – 340) dans son Histoire ecclésiastique le confirme, ajoutant que, parmi les apôtres, « seuls Matthieu et Jean ont laissé des mémoires des enseignements du Seigneur. Et la tradition rapporte qu’ils en vinrent à écrire par nécessité » (HE 3,24,5), c’est-à-dire que les apôtres privilégiaient l’enseignement oral, qui était la norme, mais que l’écrit pouvait suppléer en cas de nécessité (dispersion, départ en mission, persécution, etc.). « La Tradition rapporte qu’ils en vinrent à écrire par nécessité. Matthieu, en effet, prêcha d’abord aux Hébreux. Comme il devait aussi aller vers d’autres, il livra à l’écriture, dans sa langue maternelle, son Évangile, suppléant du reste à sa présence par le moyen de l’écriture, pour ceux dont il s’éloignait . Alors qu’après cela Luc et Marc éditaient un Évangile par écrit pour les causes que nous avons dites précédemment (ils s’éloignaient de leur communauté), Jean, à ce que l’on dit, continuait sa prédication tout le temps sans mise par écrit. Finalement, il en vint aussi à écrire, pour la raison suivante. Alors que les trois Évangiles écrits précédemment avaient déjà été transmis chez tous (les fidèles) et chez lui aussi, il les reçut, dit-on en rendant témoignage de leur vérité. Mais il manquait à leurs écrits le seul récit des choses faites par le Christ dans les premiers temps et au début de sa prédication » (HE 3,24,8). Eusèbe de Césarée rapporte aussi qu’on dit qu’un certain Panthène, « allé jusqu’en Inde […] trouva sa venue devancée par l’Évangile de Matthieu chez certains indigènes du pays qui connaissaient le Christ. À ces gens-là, Barthélémy, l’un des apôtres, aurait prêché et il leur aurait laissé l’ouvrage de Matthieu écrit en lettres hébraïques, qu’eux auraient conservé jusqu’au temps où nous parlons » (HE 10,2) et il y a plusieurs autres témoignages comparables.

    L’Évangile de Matthieu qui s’adresse aux juifs est donc certainement le premier Évangile composé et diffusé, comme l’enseignait déjà, en 1911, la Commission biblique du Vatican, en se prononçant sur des questions liées à ce sujet : « Faut-il considérer comme suffisamment fondée par la voie de la tradition l’opinion selon laquelle Mathieu a précédé dans sa rédaction les autres évangélistes et qu’il a composé le premier Évangile dans la langue maternelle alors utilisée par les juifs de Palestine ? Réponse : "oui", pour les deux parties » (Denzinger n°3562) ; et « s’agissant de l’ordre chronologique des Évangiles, est-il permis de s’éloigner de l’opinion corroborée par le témoignage à la fois très ancien et constant de la Tradition et qui atteste qu’après Mathieu qui, le premier de tous, composa son Évangile dans la langue maternelle, Marc a écrit le deuxième, et Luc le troisième. Ou faut-il d’un autre côté considérer comme contraire à cette conception l’opinion qui affirme que le deuxième et le troisième Évangile ont été composés avant la traduction grecque du premier Évangile ? Réponse : " non ", pour les deux parties ». La Commission précise aussi que l’Évangile de Matthieu « ne suit pas toujours l’ordre chronologique » (Denzinger n°3566), ce qui est logique caril est calé sur une seule année liturgique. Comme l’ont remarqué aussi plusieurs Pères de l’Église, il n’y a qu’une seule montée du Christ vers Pâques, alors qu’il y est allé bien sûr chaque année au cours des trois années de sa vie publique. Matthieu est aussi, naturellement l’Évangile qui s’adresse le plus aux juifs car, dans les premières années de la prédication, tous les protagonistes, apôtres, disciples, opposants, enseignants et auditeurs, sont tous juifs. Les apôtres suivent le commandement du Christ qui leur avait demandé d’être d’abord ses témoins « à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie » avant de l’être « jusqu’aux extrémités de la Terre » ( Ac 1,8 ).

    La meilleure compréhension que nous avons aujourd’hui du processus de composition, d’écriture et de publication de l’Évangile de Matthieu donne de nouveaux arguments sur la fiabilité et la rapidité de la genèse de ces textes. Il est clair qu’à chaque fois qu’un miracle ou un événement marquant se produisait, les disciples et les témoins le racontaient des dizaines de fois : « Alors, il a pris cinq pains et deux poissons et… » et tous ceux qui ont fait l’expérience de ce genre de transmission savent que, dans ces conditions, les récits se précisent et se fixent très vite. C’est encore plus vrai dans une culture orale, qui est celle du monde juif après l’Exil, bénéficiant des techniques mésopotamiennes de composition et de mémorisation des textes. Et le Christ lui-même veillait avec toute l’attention, le savoir-faire d’organisation, et la méthode du peuple juif (cf. tout l’Ancien Testament) à ce que la prédication soit précise. Ensuite, les apôtres ont répété cent fois tous les faits et gestes de Jésus dont ils avaient été témoins, « depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé » ( Ac 1,21-22 ), et tous ces enseignements ont donc été naturellement et définitivement fixés très tôt, dès les premières années de prédication, à Jérusalem et en Israël, dans les années 30. Il s’agissait au début de commenter les Écritures tout au long de l’année liturgique, et ces récits n’ont été écrits et diffusés sous forme d’Évangile que plus tard, en fonction des besoins et des nécessités, quand les persécutions et les missions ont conduit les apôtres à se disperser et s’éloigner.

    De son côté, Matthieu, qui était probablement de la tribu de Lévi, est, selon la tradition, parti prêcher sur la route de l’encens, vers l’Arabie et l’Éthiopie. Au temps du Christ, le peuple juif comptait, selon les estimations, entre 4 et 8 millions de personnes, qui se répartissaient en gros pour moitié en Israël et pour moitié dans une diaspora gigantesque et unique au monde, présente dans toutes les régions du monde antique, de la Chine à l’Angleterre, avec des communautés particulièrement importantes à Rome, en Égypte et en Mésopotamie. On estime que les Juifs représentaient entre 5 à 10 % de l’Empire romain, ce qui en faisait une communauté importante et influente. De grandes routes commerciales traversaient le monde antiqueautour d’Israël, qui occupe une position centrale sur les « routes de la soie » notamment, de la Méditerranée à la Chine, mais aussi sur les « routes de l’encens » vers la péninsule Arabique et l’Afrique, et sur la « route de l’étain » vers l’Espagne, l’Europe occidentale et l’Angleterre. Les Juifs en sont les principaux organisateurs : ils font fonctionner le commerce de la Chine à l’Espagne en s’appuyant sur leur diaspora. Leurs circuits commerciaux antiques étaient très organisés et permettaient l’échange et le commerce d’épices, de textiles, de pierres précieuses, de métaux précieux, de technologies et le partage d’idées religieuses et philosophiques, et les apôtres se servent de ces connexions pour la diffusion de l’Évangile.

    Finalement Matthieu donnera le témoignage du martyr, en 61, à Naddarer, au sud de l’Égypte. Selon la vénérable tradition que rapporte le martyrologe romain, les Virtutes Apostolorum (VIe siècle) et La Légende dorée (XIIIe siècle), il fut secondé en Éthiopie par l’eunuque de Candace, la reine d’Éthiopie, dont parlent les Actes des Apôtres ( Ac 8,26-39 ). Deux sorciers, Zaroès et Arfaxar, annoncèrent au roi qu’ils ne pouvaient sauver son fils Euphranor, mourant, mais l’eunuque amena à la cour Matthieu, qui parvint à le sauver. Le roi et sa famille se convertirent, favorisant la christianisation du pays. Le roi suivant, Hyrtaque, voulut se marier à Iphigénie, vierge consacrée au Christ, mais Matthieu refusa. Après 23 ans de mission en Éthiopie, il mourut martyr à Naddarer, en 61, après que le roi eut envoyé un de ses soldats passer l’apôtre au fil de l’épée. Son corps fut transféré à Salerne, en Italie, où une basilique qui porte son nom fut érigée autour de ses reliques : c’est aujourd’hui un important lieu de pèlerinage, et de nombreux miracles et guérisons y sont recensés. En 2014, le pape François a ordonné une étude scientifique des reliques pour confirmer leur authenticité. Les résultats de l’étude n’ont pas été rendus publics, mais le pape François a confirmé que les reliques étaient bien authentiques.

    Matthieu a été célébré par le Caravage qui, dans son tableau très connu (cf. notre illustration), fait bien comprendre à quel point est surprenant le choix de Matthieu, le publicain, par le Christ pour être un de ses plus proches – un des Douze –, et c’est pourquoi le thème de la miséricorde est aussi si fort et si présent dans tout l’Évangile de Matthieu : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez apprendre ce que signifie : "Je veux la miséricorde, non le sacrifice." En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (cf. Mt 9,9-13 ).

    Olivier Bonnassies


    Au delà

    L’Évangile de Matthieu est, comme tous les Évangiles, à lire et à méditer car la parole de Dieu parle d’elle-même. Comme le dit le Christ, ses brebis « reconnaissent sa voix » ( Jn 10,26-27 ).


    Aller plus loin

    Le film Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli, qui retrace magnifiquement le parcours du Christ à partir de l’Évangile de Matthieu notamment.


    En complément

  • "Le publicain Matthieu qui, devenu Apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu"

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    Saint Matthieu du Caravage... - Secret World

    Benoît XVI, lors de l'audience générale du mercredi 30 août 2006, a consacré sa catéchèse à l'apôtre et évangéliste Matthieu (source):

    Chers frères et soeurs,

    En poursuivant la série de portraits des douze Apôtres, que nous avons commencée il y a quelques semaines, nous nous arrêtons aujourd'hui sur Matthieu. En vérité, décrire entièrement sa figure est presque impossible, car les informations qui le concernent sont peu nombreuses et fragmentaires. Cependant, ce que nous pouvons faire n'est pas tant de retracer sa biographie, mais plutôt d'en établir le profil que l'Evangile nous transmet.

    Pour commencer, il est toujours présent dans les listes des Douze choisis par Jésus (cf. Mt 10, 3; Mc 3, 18; Lc 6, 15; Ac 1, 13). Son nom juif signifie "don de Dieu". Le premier Evangile canonique, qui porte son nom, nous le présente dans la liste des Douze avec une qualification bien précise:  "le publicain" (Mt 10, 3). De cette façon, il est identifié avec l'homme assis à son bureau de publicain, que Jésus appelle à sa suite:  "Jésus, sortant de Capharnaüm, vit un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de publicain. Il lui dit:  "Suis-moi". L'homme se leva et le suivit" (Mt 9, 9). Marc (cf. 2, 13-17) et Luc (cf. 5, 27-30) racontent eux aussi l'appel de l'homme assis à son bureau de publicain, mais ils l'appellent "Levi". Pour imaginer la scène décrite dans Mt 9, 9, il suffit de se rappeler le magnifique tableau du Caravage, conservé ici, à Rome, dans l'église Saint-Louis-des-Français. Dans les Evangiles, un détail biographique supplémentaire apparaît:  dans le passage qui précède immédiatement le récit de l'appel, nous est rapporté un miracle accompli par Jésus à Capharnaüm (cf. Mt 9, 1-8; Mc 2, 1-12) et l'on mentionne la proximité de la mer de Galilée, c'est-à-dire du Lac de Tibériade (cf. Mc 2, 13-14). On peut déduire de cela que Matthieu exerçait la fonction de percepteur à Capharnaüm, ville située précisément "au bord du lac" (Mt 4, 13), où Jésus était un hôte permanent dans la maison de Pierre.

    Sur la base de ces simples constatations, qui apparaissent dans l'Evangile, nous pouvons effectuer deux réflexions. La première est que Jésus accueille dans le groupe de ses proches un homme qui, selon les conceptions en vigueur à l'époque en Israël, était considéré comme un pécheur public. En effet, Matthieu manipulait non seulement de l'argent considéré impur en raison de sa provenance de personnes étrangères au peuple de Dieu, mais il collaborait également avec une autorité étrangère odieusement avide, dont les impôts pouvaient également être déterminés de manière arbitraire. C'est pour ces motifs que, plus d'une fois, les Evangiles parlent à la fois de "publicains et pécheurs" (Mt 9, 10; Lc 15, 1), de "publicains et de prostituées" (Mt 21, 31). En outre, ils voient chez les publicains un exemple de mesquinerie (cf. Mt 5, 46:  ils aiment seulement ceux qui les aiment) et ils mentionnent l'un d'eux, Zachée, comme le "chef des collecteurs d'impôts et [...] quelqu'un de riche" (Lc 19, 2), alors que l'opinion populaire les associait aux "voleurs, injustes, adultères" (Lc 18, 11). Sur la base de ces éléments, un premier fait saute aux yeux:  Jésus n'exclut personne de son amitié. Au contraire, alors qu'il se trouve à table dans la maison de Matthieu-Levi, en réponse à ceux qui trouvaient scandaleux le fait qu'il fréquentât des compagnies peu recommandables, il prononce cette déclaration importante:  "Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs" (Mc 2, 17).

    La bonne annonce de l'Evangile consiste précisément en cela:  dans l'offrande de la grâce de Dieu au pécheur! Ailleurs, dans la célèbre parabole du pharisien et du publicain montés au Temple pour prier, Jésus indique même un publicain anonyme comme exemple appréciable d'humble confiance dans la miséricorde divine:  alors que le pharisien se vante de sa propre perfection morale, "le publicain... n'osait même pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine en disant:  "Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis!"". Et Jésus commente:  "Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste. Qui s'élève sera abaissé; qui s'abaisse sera élevé" (Lc 18, 13-14). Dans la figure de Matthieu, les Evangiles nous proposent donc un véritable paradoxe:  celui qui est apparemment le plus éloigné de la sainteté peut même devenir un modèle d'accueil de la miséricorde de Dieu et en laisser entrevoir les merveilleux effets dans sa propre existence. A ce propos, saint Jean Chrysostome formule une remarque significative:  il observe que c'est seulement dans le récit de certains appels qu'est mentionné le travail que les appelés effectuaient. Pierre, André, Jacques et Jean sont appelés alors qu'ils pêchent, Matthieu précisément alors qu'il lève l'impôt. Il s'agit de fonctions peu importantes - commente Jean Chrysostome - "car il n'y a rien de plus détestable que le percepteur d'impôt et rien de plus commun que la pêche" (In Matth. Hom.:  PL 57, 363). L'appel de Jésus parvient donc également à des personnes de basse extraction sociale, alors qu'elles effectuent un travail ordinaire.

    Une autre réflexion, qui apparaît dans le récit évangélique, est que Matthieu répond immédiatement à l'appel de Jésus:  "il se leva et le suivit". La concision de la phrase met clairement en évidence la rapidité de Matthieu à répondre à l'appel. Cela signifiait pour lui l'abandon de toute chose, en particulier de ce qui lui garantissait une source de revenus sûrs, même si souvent injuste et peu honorable. De toute évidence, Matthieu comprit qu'être proche de Jésus ne lui permettait pas de poursuivre des activités désapprouvées par Dieu. On peut facilement appliquer cela au présent:  aujourd'hui aussi, il n'est pas admissible de rester attachés à des choses incompatibles avec la "sequela" de Jésus, comme c'est le cas des richesses malhonnêtes. A un moment, Il dit sans détour:  "Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi" (Mt 19, 21). C'est précisément ce que fit Matthieu:  il se leva et le suivit! Dans cette action de "se lever", il est légitime de lire le détachement d'une situation de péché et, en même temps, l'adhésion consciente à une nouvelle existence, honnête, dans la communion avec Jésus.

    Rappelons enfin que la tradition de l'Eglise antique s'accorde de façon unanime à attribuer à Matthieu la paternité du premier Evangile. Cela est déjà le cas à partir de Papia, Evêque de Hiérapolis en Phrygie, autour de l'an 130. Il écrit:  "Matthieu recueillit les paroles (du Seigneur) en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il le pouvait" (in Eusèbe de Césarée, Hist. eccl. III, 39, 16). L'historien Eusèbe ajoute cette information:  "Matthieu, qui avait tout  d'abord prêché parmi les juifs, lorsqu'il décida de se rendre également auprès d'autres peuples, écrivit dans sa langue maternelle l'Evangile qu'il avait annoncé; il chercha ainsi à remplacer par un écrit, auprès de ceux dont il se séparait, ce que ces derniers perdaient avec son départ" (Ibid., III, 24, 6). Nous ne possédons plus l'Evangile écrit par Matthieu en hébreu ou en araméen, mais, dans l'Evangile grec que nous possédons, nous continuons à entendre encore, d'une certaine façon, la voix persuasive du publicain Matthieu qui, devenu Apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu et écoutons ce message de saint Matthieu, méditons-le toujours à nouveau pour apprendre nous aussi à nous lever et à suivre Jésus de façon décidée.

  • Souffrances et espérance de l’Église en France

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    Du site de l'ECLJ :

    La France a le bonheur et l’honneur de recevoir le Saint Père cette semaine, à Paris, Lourdes et Metz. Pour cette grande occasion, le Centre européen pour le droit et la justice a rédigé un nouveau rapport intitulé «Souffrances et espérance de l’Église en France», que nous publions aujourd’hui.

    Des centaines de milliers d'inscrits aux cérémonies, un engouement fort et large dans la société... Et pourtant, face à cet enthousiasme, certaines voix s'opposent, critiquent cette venue pontificale et invoquent la laïcité et le coût de ce déplacement... 

    C'est précisément cette tension permanente vis-à-vis du catholicisme en France qui est au cœur de notre rapport.

    Après un état des lieux de la pratique religieuse en France, nous présentons les pressions idéologiques, injustices et discriminations «légales» subies par l’Église et les catholiques en France, en particulier dans les domaines religieux, éducatif et sanitaire.

    Nous exposons aussi l’augmentation de la violence à l’encontre des chrétiens, qu’il s’agisse de violences verbales, physiques, ou d’atteintes aux lieux de culte.

    De fait, la «France catholique» reste victime d’injustices et de violences dans son propre pays.

    Mais le but de ce rapport n’est pas d’enfoncer les catholiques dans une attitude victimaire, et de s’y complaire. Il est au contraire de les aider à changer de mentalité: à se libérer d’un esprit de défaite et de soumission à l’égard du monde, auxquels nous nous sommes trop longtemps habitués, pour défendre les droits et libertés de l’Église et de Dieu dans la société.

    Alors que la société s’effondre sous nos yeux et que la France déchoit chaque année davantage, l’Église retrouve, miraculeusement, au milieu des ruines, une nouvelle vigueur. Ce ne sont pas ces ruines qui attirent les milliers de jeunes gens qui se convertissent, mais le désir de tout restaurer dans le Christ.

    Puisse cet exposé des souffrances et de l’espérance de l’Église en France, associé à l’engouement spectaculaire de la venue du Pape, contribuer à libérer les catholiques et à ouvrir les yeux des Français.

    Couverture Rapport

    Les catholiques français se sont habitués à vivre avec une souffrance latente, un sentiment de précarité politique, d’ostracisation, presque de honte. Les catholiques sont non seulement devenus minoritaires au sein de la société française mais, plus grave encore, ils sont à présent incompris. La population, dans son immense majorité, a perdu le sens des réalités essentielles de la foi chrétienne...

    Les catholiques, en revanche, gardent espoir, animés par la foi, l’espérance et la charité, riches de l’immense patrimoine de la chrétienté...

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  • Aucune réponse à la demande d'audience papale du pèlerinage Ad Petri Sedem

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    D'Edward Pentin sur substack :

    Aucune réponse à la demande d'audience papale du pèlerinage Ad Petri Sedem

    Neuf mois après que les organisateurs du pèlerinage Ad Petri Sedem ont sollicité une audience, le Vatican a refusé une messe pontificale à Saint-Pierre et aucune rencontre papale n'a été annoncée.

    Des pèlerins se dirigent en procession vers la basilique Saint-Pierre lors du pèlerinage Ad Petri Sedem de l'année dernière à Rome, le 25 octobre 2025 (Photo : Edward Pentin)

    Le pape Léon XIV rate-t-il une occasion de panser les plaies des catholiques traditionnels en ne rencontrant pas un large groupe représentatif d'entre eux le mois prochain ?

    Le Saint-Père n'a jusqu'à présent pas répondu à la demande d'audience papale formulée par les responsables d'un pèlerinage catholique traditionnel annuel à Rome, bien que cette demande ait été faite il y a neuf mois et que le pape ait déclaré l'année dernière qu'il souhaitait rencontrer de tels groupes.

    Les organisateurs du pèlerinage Ad Petri Sedem (au Siège de Pierre) du 23 au 25 octobre, composés en grande partie de laïcs, avaient sollicité une audience papale dans une lettre signée par deux membres laïcs de l'organisation et remise personnellement par l'évêque Athanasius Schneider lors de sa rencontre avec le pape Léon au Vatican en décembre dernier.

    Dans la même lettre, ils ont également demandé l'autorisation de célébrer une messe pontificale à l'autel de la Chaire de la basilique Saint-Pierre, comme cela s'est produit plusieurs années auparavant, et lors du pèlerinage de l'année dernière qui a eu lieu pendant l'année jubilaire et qui a été célébré par le cardinal Raymond Burke.

    Le pèlerinage est organisé par Coetus Internationalis , une association regroupant 33 associations catholiques traditionnelles du monde entier. L'année dernière, environ 3 000 fidèles ont participé à ce rassemblement annuel de trois jours.

    Après plusieurs demandes de réponse définitive, le Secrétariat d'État a refusé, le 7 août, l'autorisation de célébrer la messe pontificale en la basilique Saint-Pierre. Celle-ci aura lieu en la basilique Sainte-Marie-Majeure le 24 octobre, et sera célébrée par Mgr Athanase Schneider.

    Les organisateurs ont exprimé leur « profonde gratitude » au cardinal Rolandas Makrickas, archiprêtre de Sainte-Marie-Majeure, pour avoir accordé l'autorisation de célébrer la messe.

    Aucune raison officielle n'a été donnée quant à la décision du Vatican. Les pèlerins se rendront néanmoins en procession dans la basilique Saint-Pierre ce jour-là pour vénérer les reliques de l'apôtre Pierre et observer un moment de prière.

    Mais voilà qu'il n'y a pas eu de réponse à la demande d'audience papale, alors qu'aucun engagement papal n'a été annoncé publiquement pendant le pèlerinage, à l'exception de l'angélus du pape le 25 octobre.

    Ce silence surprend particulièrement les catholiques traditionnels, étant donné la volonté déclarée du Saint-Père d'en savoir plus sur eux.

    Dans une interview accordée à la journaliste du Vatican Elise Ann Allen et publiée il y a un an, le pape Léon XIV a déclaré n'avoir pas encore eu l'occasion de « s'entretenir véritablement avec un groupe de personnes qui défendent le rite tridentin ». Il a ajouté : « Une occasion se présentera bientôt, et je suis certain que d'autres se présenteront. » Il a ensuite suggéré que la question pourrait devoir être abordée dans le cadre d'un processus synodal : « C'est une question sur laquelle nous devrons, je pense, peut-être aussi, nous asseoir et discuter lors d'une synodalité. »

    Les observateurs voient dans l'absence d'audience papale une contradiction avec son soutien manifeste à la synodalité, le souhait exprimé par le pape d'écouter tous les fidèles, et notent son ouverture à de nombreux autres groupes qu'il reçoit régulièrement en audience privée.

    Au cours du mois écoulé, le Saint-Père a reçu des représentants d'une grande variété d'organisations, notamment des participants à la réunion « Fratelli tutti : Dialogue socio-environnemental Nord-Sud » (12 septembre) ; les Adorateurs perpétuels du Saint-Sacrement de la Fédération du Saint-Esprit (5 septembre) ; une délégation du Oriel College de l'Université d'Oxford (4 septembre) ; une délégation américaine de la Société de Saint-Vincent-de-Paul (28 août) ; et des évêques de l'Église luthérienne de Norvège (26 août).

    En février, Léon XIV a reçu les membres de Pro Petri Sede, une association laïque, explicitement « à l’occasion de votre pèlerinage à Rome ». Il a souligné que ses membres effectuent régulièrement ce pèlerinage tous les trois ans pour rencontrer le Successeur de Pierre. Il a également rencontré régulièrement des groupes de pèlerins à la fin de ses audiences générales hebdomadaires – une possibilité qui n’est pas offerte aux organisateurs du pèlerinage Ad Petri Sedem .

    Au sein des milieux traditionalistes, certains constatent une tendance à exclure les catholiques traditionalistes de l'accès au Saint-Père. Ils s'inquiètent également du maintien, voire du renforcement dans certains diocèses, des restrictions imposées au vetus ordo – Toronto en étant le dernier exemple .

    Faute d'occasion de rencontrer le Pape, ils s'interrogent sur la manière dont il pourra mieux connaître les fidèles laïcs traditionalistes et leurs préoccupations bien réelles, alors qu'il lui manque la chance de rencontrer un groupe représentatif d'entre eux. Le Pape, se demandent-ils, n'écoute-t-il pas que les cardinaux, les évêques et autres personnes hostiles au rite romain traditionnel, et entend-il ainsi rarement un point de vue équilibré ? Le Pape et le Saint-Siège, en réalité, ne tiennent-ils compte que des opinions du clergé, contrairement aux objectifs de l'ère post-conciliaire qui était censée donner davantage la parole aux laïcs ?

    De plus, ils se demandent si le pape ignore peut-être les résultats d'un sondage mené par le Vatican auprès des évêques, sondage sur lequel se serait fondé le décret Traditionis Custodes du pape François de 2021 , restreignant le rite romain traditionnel. Ce sondage a révélé que la plupart des évêques étaient en réalité favorables au maintien du Summorum Pontificum, le décret de Benoît XVI libéralisant le vetus ordo.

    Pour les catholiques traditionnels qui ont seulement demandé à rencontrer et à entendre le Successeur de Pierre, le silence du Pape risque d'aggraver des blessures qu'une audience aurait pu commencer à panser.

    Conjuguée aux restrictions persistantes, cette situation leur rend difficile de déceler une réelle préoccupation pastorale et laisse plutôt penser qu'une porte se ferme discrètement.

  • 25e dimanche "ordinaire" : les travailleurs de la onzième heure

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    A5558.jpgRembrandt : les travailleurs de le onzième heure

    http://www.homelies.fr/homelie,ferie,2880.html

    Le maître du domaine sort au petit jour pour embaucher des ouvriers à sa vigne. Il propose un salaire, généreux pour l’époque, de un denier d’argent pour la journée. Voilà pour la mise en situation. Viennent ensuite deux mouvements dans le récit, d’ampleurs égales. Tout d’abord l’embauche successive d’autres ouvriers. L’information pourrait n’être qu’une anecdote, mais un suspens est créé à cause de la négociation du salaire. Nous ne savons pas combien ils seront payés : « je vous donnerai ce qui est juste » dit seulement le maître. Quel est le salaire juste ?

    Lire la suite

  • Salus populi ego sum (introit du 25e dimanche du temps ordinaire)

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    Introitus Introït
    Ps 30,7-8  
    SALUS pópuli ego sum, dicit Dóminus: de quacúmque tribulatióne clamáverint ad me, exáudiam eos: et ero illórum Dóminus in perpétuum. Ps. 77, 1 Atténdite, pópule meus, legem meam: inclináte aurem vestram in verba oris mei. V/. Glória Patri. Moi Je suis le salut du peuple, dit le Seigneur ; en quelque tribulation qu’ils crient vers Moi, Je les exaucerai, et Je serai leur Seigneur pour toujours. Ps.Mon peuple, soyez attentif à ma loi, prêtez l’oreille aux paroles de ma bouche. V/. Gloire au Père.
  • Allez vous aussi à ma vigne (25e dimanche du T.O.)

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    Lors de l'Angelus du dimanche 21 septembre 2008, à Castelgandolfo, Benoît XVI a commenté l'évangile de ce jour sur les ouvriers de la dernière heure :

    ... dans l'Evangile d'aujourd'hui (cf. Mt 20, 1-16a), Jésus raconte précisément la parabole du patron de la vigne qui appelle des ouvriers à travailler dans sa vigne, à différentes heures du jour. Le soir venu, il donne à tous le même salaire, une pièce d'argent, suscitant les protestations des ouvriers de la première heure. Il est clair que cette pièce d'argent représente la vie éternelle, don que Dieu réserve à tous. Et ceux qui sont considérés les "derniers", s'ils l'acceptent, deviennent même les "premiers", alors que les "premiers" peuvent risquer de devenir les "derniers". Un premier message de cette parabole est que le patron ne tolère pas, d'une certaine manière, l'inactivité:  il veut que tous soient engagés dans sa vigne. Et, en réalité, le fait d'être appelés est déjà la première récompense:  pouvoir travailler dans la vigne du Seigneur, se mettre à son service, collaborer à son œuvre, constitue en soi une récompense inestimable, qui compense toutes les peines. Mais seul celui qui aime le Seigneur et son Royaume le comprend; celui qui travaille en revanche uniquement pour son salaire, ne comprendra jamais la valeur de ce trésor inestimable.

    C'est saint Matthieu, apôtre et évangéliste - dont c'est d'ailleurs aujourd'hui la fête liturgique -, qui raconte la parabole. Il me plaît de souligner que Matthieu a personnellement fait cette expérience (cf. Mt 9, 9). Avant que Jésus l'appelle, il exerçait en effet le métier de publicain et était par conséquent considéré comme un pécheur, exclu de la "vigne du Seigneur". Mais tout change quand Jésus, en passant près de sa table des impôts, le regarde et lui dit:  "Suis-moi". Matthieu se leva et le suivit. Le publicain se transforma immédiatement en disciple du Christ. Il était le "dernier" et se retrouva le "premier", grâce à la logique de Dieu qui, - heureusement pour nous! - est différente de celle du monde. "Vos pensées ne sont pas mes pensées - dit le Seigneur par la bouche du prophète Isaïe - et mes voies ne sont pas vos voies" (Is 55, 8). Saint Paul, dont nous célébrons une année jubilaire particulière, a lui aussi connu la joie de se sentir appeler par le Seigneur à travailler dans sa vigne. Et quel travail il a accompli! Mais, comme il le confesse lui-même, c'est la grâce de Dieu qui a agi en lui, cette grâce qui a transformé le persécuteur de l'Eglise en apôtre des nations. Au point de lui faire dire:  "Pour moi, certes, la Vie, c'est le Christ, et mourir représente un gain". Mais il ajoute immédiatement:  "Cependant, si la vie dans cette chair doit me permettre encore un fructueux travail, j'hésite à faire un choix" (Ph 1, 21-22). Paul a bien compris que travailler pour le Seigneur est déjà sur cette terre, une récompense.

    La Vierge Marie, que j'ai eu la joie de vénérer à Lourdes il y a une semaine, est le sarment parfait de la vigne du Seigneur. En Elle a germé le fruit béni de l'amour divin:  Jésus, notre Sauveur. Qu'Elle nous aide à toujours répondre avec joie à l'appel du Seigneur, et à trouver notre bonheur dans le fait de pouvoir travailler généreusement pour le Royaume des cieux.