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Eglise

  • Fidèle à une vocation particulière : le cas de Rémi Brague

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    De Paul Seaton sur le CWR :

    Fidèle à une vocation particulière : le cas de Rémi Brague

    Ce philosophe et intellectuel catholique français est resté remarquablement fidèle à sa vocation intellectuelle, ramenant les Européens à eux-mêmes et œuvrant pour sauver l'Europe de l'autodestruction.

    Je suis fasciné par les catholiques qui vivent pleinement leur vocation. Lorsque j'en rencontre un, je suis attentif. Je le fais pour voir Dieu à l'œuvre et pour en tirer des enseignements et des encouragements. C'est pourquoi je porte un intérêt particulier aux théologiens et penseurs catholiques.

    Rémi Brague (né en 1947), intellectuel et philosophe catholique français, est un homme qui est resté remarquablement fidèle à sa vocation intellectuelle. Une vocation bien particulière, en effet. Au fil du temps, il a compris qu'il était appelé à ramener les Européens à eux-mêmes et à contribuer à sauver l'Europe de l'autodestruction.

    Dans les pages qui suivent, je relaterai quelques exemples révélateurs de sa fidélité, puis j'esquisserai le cheminement et la stratégie qu'il a suivis pour accomplir sa vocation. Je terminerai par une brève réflexion sur le fossé entre fidélité et réussite matérielle.

    Deux moments déterminants

    Brague a débuté sa carrière universitaire comme spécialiste de philosophie antique. Ses trois premiers ouvrages portaient sur des textes et des thèmes philosophiques classiques : le  Ménon de Platon ; le temps chez Platon et Aristote ; et le concept du monde (le  kosmos ) dans la philosophie d’Aristote. Mais la philosophie classique ne s’est pas arrêtée à l’Antiquité ; elle a influencé et été influencée de diverses manières par les trois grandes religions : le judaïsme, le christianisme et l’islam.

    Afin d'étudier de près cette rencontre aux multiples facettes, Brague entreprit d'apprendre l'hébreu et l'arabe. La connaissance des langues classiques et des langues modernes du savoir ne lui suffisait pas.

    Pour sa fidélité et son apprentissage des langues sémitiques, il fut largement récompensé : il obtint un accès direct aux textes et auteurs fondamentaux (Maïmonide, Alfarabi, Averroès) et aux études dans ces langues, et il se rapprocha encore davantage du cœur de l'Europe, comprise comme un dialogue entre la raison philosophique et la religion révélée, et un trilogue entre les religions et leurs adeptes versés en philosophie.

    Avec le temps, il découvrit également qu'il pouvait mettre à profit ses connaissances, anciennes et nouvelles, pour une cause publique encore plus noble. Ce moment révéla pleinement sa vocation.

    Qu'est-ce que l'Europe ?

    C’était en 1989-1991 : avec l’effondrement du communisme soviétique, un ancien ordre s’était écroulé et un nouveau était en train d’émerger. Certaines questions fondamentales préoccupaient autant le public que les hommes politiques et les universitaires. Qu’était-ce que la démocratie ? Quel était le statut de l’État-nation dans une Europe où les anciens pays du Pacte de Varsovie savouraient leur nouvelle indépendance, tandis que les démocraties occidentales s’employaient à « mettre en commun leurs souverainetés » et à construire une nouvelle Communauté européenne ?

    Cette dernière question a soulevé une troisième série : qu’était réellement l’Europe ? Sur quelles bases une Europe nouvellement unifiée devrait-elle se rassembler ? Quelle était  l’identité fondamentale de l’Europe ?

    Avec d'autres penseurs catholiques (dont le cardinal Joseph Ratzinger), Brague s'est engagé dans la vie publique. En 1992, il publia un ouvrage rare, à la fois érudit et accessible au grand public : * Europe, la voie romaine* (traduit en anglais sous le titre * Eccentric Culture *). Il s'y attachait à définir l'Europe comme une culture. C'était là sa contribution à la recherche et à la vie publique européenne : une  anamnèse  philosophique qui permettrait aux Européens de se remémorer l'Europe et de réfléchir à l'avenir  en connaissance de cause.

    Deux strates et ce qu'il appelait deux formes d'« excentricité » – l'ouverture et l'appropriation de modèles extérieurs d'excellence humaine – formèrent le fondement de la culture européenne. La première strate était la Rome impériale, la seconde, les tribus barbares qui lui succédèrent. Après avoir conquis la Grèce et la Judée, la Rome impériale finit par les adopter comme modèles. Horace immortalisa la première lorsqu'il écrivit que « la Grèce captive mena Rome, captive elle aussi ». Les Actes des Apôtres (1, 8) laissaient entrevoir le parcours providentiel des saints Pierre et Paul et la « conquête » finale de la Rome païenne par le christianisme. Des siècles plus tard, le père de l'Europe , Charlemagne (le chef franc devenu empereur du Saint-Empire romain germanique), s'ouvrit lui aussi, ainsi que son royaume, à la culture classique et à la foi chrétienne. L'Europe se forgea ainsi une double dette et une combinaison singulière de domination et de disciple.

    L'ouvrage contenait également des mises en garde, Brague ayant décelé des évolutions inquiétantes sur la scène contemporaine. Il forgea une expression frappante, « marcionisme culturel », pour désigner un ensemble de tentatives visant à rompre la continuité de la culture et de l'histoire européennes à l'époque moderne. Marcion, l'hérétique du IIe siècle qui niait le lien intrinsèque entre les deux Testaments de la Bible, avait des équivalents contemporains qui s'efforçaient de déchirer le tissu culturel européen au nom de l'individu moderne pleinement émancipé.

    Dans une postface à l'édition de 1998 de son ouvrage, il actualisa son analyse de la situation contemporaine, tout en exposant les craintes et les inquiétudes liées au déclin culturel qui avaient initialement motivé son étude. Hélas, les six années précédentes n'avaient fait que confirmer que l'Europe contemporaine – et notamment nombre de ses dirigeants culturels et politiques – continuait de renier son héritage européen. Il faudrait donc déployer de nouveaux efforts pour convaincre ses contemporains du caractère erroné de la voie empruntée.

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  • Léon XIV : un pontificat de "normalisation" ?

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    Oui, dans une certaine mesure, Léon XIV apparaît comme un pape de "normalisation" ou de consolidation après les pontificats contrastés de Benoît XVI et François.

    Contexte des prédécesseurs

    • Benoît XVI (Joseph Ratzinger) incarnait un conservatisme doctrinal rigoureux : défense de la tradition, critique du relativisme, accent sur la raison et la continuité avec Vatican II interprété dans l'herméneutique de la continuité. Son pontificat visait à "purifier" l'Église post-conciliaire.
    • François (Jorge Bergoglio) a marqué un tournant plus pastoral et "progressiste" : accent sur la miséricorde, les périphéries, l'écologie (Laudato si'), la synodalité, une approche inclusive sur les questions sociales et migratoires, avec des gestes symboliques forts (lavement des pieds à la prison, appels à la réforme). Cela a suscité des tensions, des accusations de confusion doctrinale et des réactions traditionalistes.

    Léon XIV (Robert Francis Prevost, élu le 8 mai 2025) arrive après le décès de François en avril 2025. Américain (Chicago) naturalisé péruvien, augustinien, ancien missionnaire au Pérou et préfet du Dicastère pour les évêques sous François, il n'est ni un restaurateur traditionaliste pur ni un continuateur radical des innovations bergogliennes.

    Profil de Léon XIV : un "modéré" ou un normalisateur ?

    Son style et ses positions suggèrent une phase de stabilisation :

    • Continuité avec François : Il reprend des thèmes comme la synodalité, la défense des migrants, la paix, l'environnement et la critique des nationalismes exclusifs. Il est aussi confronté à des schismes traditionalistes (FSSPX).
    • Ancrage doctrinal : Il affirme les enseignements des prédécesseurs sur le mariage, la sexualité, l'avortement, l'euthanasie et maintient des positions classiques (ex. opposition à l'ordination des femmes comme diacres). Il a critiqué dans le passé la "normalisation médiatique" de certaines réalités familiales alternatives.
    • Style administratif : Réputé gestionnaire équitable, pragmatique et moins "polarisant". Moins de gestes provocateurs que François, plus de mise en œuvre concrète et de dialogue. Son encyclique Magnifica humanitas (2026) aborde l'IA, la dignité humaine et la "normalisation du mal" via la technologie, en défendant une anthropologie chrétienne.

    En résumé, il n'est pas un "retour à Benoît" (pas de restauration liturgique massive ni de combat culturel frontal), ni une accélération progressiste. Il consolide l'héritage de Vatican II, applique la doctrine sociale aux défis contemporains (IA, migrations, travail) et cherche à apaiser les fractures internes tout en maintenant l'orthodoxie sur les points essentiels. C'est une "normalisation" au sens d'une Église moins en turbulence médiatique, plus recentrée sur la mission évangélisatrice et l'unité, après des décennies de polarisation.

    Limites de l'étiquette

    Le terme "normalisation" est subjectif. Pour les traditionalistes, il peut sembler trop bergoglien ; pour les progressistes, trop prudent. L'Église reste traversée par des tensions (synodalité vs. autorité, questions morales). Son pontificat est encore jeune (un peu plus d'un an en juillet 2026), et les actes concrets (nominations épiscopales, liturgie, réformes curiales) définiront mieux sa trajectoire.

    En définitive, oui : Léon XIV semble incarner une papauté de synthèse et de respiration, visant à "normaliser" une Église sortie des extrêmes des deux pontificats précédents — fidèle à la Tradition tout en engageant le monde moderne, sans excès disruptifs.

    Une remise en cause de l'héritage de Vatican II ?

    On n’a pas à attendre de Léon XIV une remise en cause fondamentale de l’héritage de Vatican II. Au contraire, il l’a explicitement et répétitivement réaffirmé comme « l’étoile polaire » (North Star) ou « l’étoile directrice » de l’Église contemporaine.

    Positions claires de Léon XIV

    Dès le début de son pontificat et surtout en 2026, il a lancé une série importante de catéchèses sur les documents du Concile lors des audiences générales. Il invite les fidèles à relire les textes originaux, non pas à travers des interprétations secondaires ou « par ouï-dire », mais pour en redécouvrir la richesse. Il présente Vatican II comme :

    • Une « grande grâce » pour l’Église du XXe siècle (citant Jean-Paul II).
    • Un guide vivant pour l’évangélisation, la dignité humaine, la justice sociale et la paix.
    • Un événement à recevoir dans la continuité de la Tradition, sans rupture.

    Cela s’inscrit dans la ligne de Benoît XVI (herméneutique de la continuité) tout en reprenant l’élan pastoral et missionnaire de François (synodalité, dialogue avec le monde, option préférentielle pour les pauvres).

    Pas de rupture traditionaliste

    • Il n’a pas promu une tolérance plus large pour la forme extraordinaire du rite (messe tridentine) ni remis en cause les réformes liturgiques conciliaires de manière structurelle.
    • Il maintient l’accent sur l’ouverture au monde, l’œcuménisme et le dialogue interreligieux, tout en rappelant les points doctrinaux non négociables.
    • Son profil d’administrateur et de missionnaire (augustinien, expérience péruvienne) le porte davantage vers la mise en œuvre concrète et la stabilisation que vers une contestation du Concile.

    Léon XIV n’est pas un pape de « restauration anti-conciliaire ». Il incarne plutôt une synthèse : fidélité aux acquis de Vatican II, avec une attention aux défis actuels (IA, migrations, paix), sans les excès ou les ambiguïtés qui ont parfois marqué le pontificat précédent.

    Mais on aurait tant besoin :

    • d'une herméneutique de continuité très affirmée face aux interprétations « progressistes » de Vatican II.
    • d'une restauration liturgique plus large (forme extraordinaire, célébrations ad orientem, etc.).
    • de clarifications nettes sur les questions morales (famille, sexualité, bioéthique), l’œcuménisme et le dialogue interreligieux.
    • d'une reprise en main disciplinaire (séminaires, nominations épiscopales, curie) pour lutter contre les dérives (scandales, sécularisation interne).
    • d'un langage plus prophétique face à la modernité (technologie, idéologies woke, relativisme).
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  • L'archevêque Gänswein : « Le moment est venu » de lever les restrictions sur la messe traditionnelle en latin

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    L'archevêque Gänswein : « Le moment est venu » de lever les restrictions sur la messe traditionnelle en latin

    L'ancien secrétaire de Benoît XVI exhorte le pape Léon XIV à revoir la « Traditionis Custodes », citant le besoin pastoral, la vision de Benoît et le « Summorum Pontificum ».

    L’archevêque Georg Gänswein s’adresse aux journalistes le 30 décembre 2023 au Vatican.
    L’archevêque Georg Gänswein s’adresse aux journalistes le 30 décembre 2023 au Vatican. (Photo : Edward Pentin / National Catholic Register)

    Le secrétaire personnel de longue date du pape Benoît XVI a déclaré que le moment était peut-être venu pour le pape Léon XIV de lever les restrictions imposées au rite romain traditionnel.

    L'ancien chef de la maison papale, l'archevêque Georg Gänswein, a déclaré à Nico Spuntoni du quotidien italien Il Giornale le 7 juillet qu'il avait « lu avec intérêt » l'appel du directeur d'Il Giornale à abolir les restrictions sur le rite pré-réformé que le pape François a instituées en 2021 avec son décret papal Traditionis Custodes, ajoutant qu'il espérait une « décision dans cette direction ». 

    En poste comme nonce apostolique dans les pays baltes, l'archevêque Gänswein a évoqué la profonde tristesse de Benoît XVI à la lecture du décret de son successeur. « Je crois que le moment est venu », a-t-il déclaré, « de lever ces restrictions et de dépasser le recul que représente ce texte. » 

    L'entretien coïncidait avec le 19e anniversaire du motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI (2007) , qui libéralisait l'usage du rite romain d'avant 1970. L'archevêque Gänswein a déclaré que son objectif était de « reconnaître pleinement un rite qui n'avait jamais été aboli », de lui redonner sa place au sein de l'Église et de mettre fin aux conflits liturgiques.

    Il a souligné que Benoît XVI, bien qu'habitué aux critiques, restait résolu lorsqu'il était convaincu de la voie à suivre. Cette même détermination, a-t-il suggéré, a guidé la promulgation de Summorum Pontificum .

    Rappelant la genèse de Summorum Pontificum, l'archevêque Gänswein a évoqué l'expérience personnelle de Benoît XVI concernant l'échec d'un accord conclu en 1988 avec l'archevêque Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX). 

    Le 8 mai 1988, alors cardinal Joseph Ratzinger, il avait signé avec Mgr Lefebvre une déclaration doctrinale et une solution canonique pour la FSSPX, prévoyant notamment la nomination d'un futur évêque. Mais le lendemain, convaincu que le Vatican tarderait à appliquer l'accord et conscient de son âge avancé, Mgr Lefebvre écrivit pour signaler qu'il ne suivrait pas le calendrier fixé par Rome et qu'il prévoyait des consécrations épiscopales, qu'il procéda ensuite sans mandat papal le 30 juin de la même année, reniant ainsi l'accord.

    « Pour lui, ayant vécu de près l’accord que Lefebvre a renié en 1988, le schisme fut une source de souffrance personnelle », a expliqué l’archevêque Gänswein. « [Benoît] a dit que cela aurait des conséquences non seulement pour quelques jours, mais que ce serait une blessure à l’unité de l’Église, une blessure qui serait éternelle. » 

    Mais l’archevêque Gänswein a ajouté que Summorum Pontificum visait autant la vie interne de l’Église que la réconciliation de la FSSPX, car Benoît XVI avait constaté des « aspects insatisfaisants » dans l’application d’ Ecclesia Dei , le motu proprio de 1988 du pape saint Jean-Paul II destiné à guérir les divisions consécutives aux consécrations. « Il fallait donc agir », a-t-il rappelé. 

    Benoît XVI était « très satisfait » des résultats positifs de Summorum Pontificum et convaincu qu'il marquait le début d'un dialogue qui pourrait à terme « guérir la fracture liturgique existante ». Le défunt pape avait, « par-dessus tout, une grande confiance dans la jeunesse », a déclaré l'archevêque Gänswein, et il affirmait que le vetus ordo , « célébré depuis des siècles, ne pouvait manquer d'être revitalisé ». Il se félicitait également du fonctionnement des instituts Ecclesia Dei – ces communautés qui célébraient la liturgie romaine traditionnelle mais ne souhaitaient pas faire partie de la FSSPX. 

    « Peut-on dire que Summorum Pontificum a fonctionné ? » a demandé Spuntoni. 

    « Oui, cela portait ses fruits », répondit l’archevêque Gänswein. « Cela fonctionnait particulièrement bien auprès des jeunes, et cela se voit avant tout dans le nombre toujours croissant de pèlerins participant chaque année au pèlerinage Paris-Chartres. »

    « Ces jeunes sont nourris par la beauté de la liturgie », a-t-il poursuivi, avant d'ajouter qu'ils ne sont « nullement opposés » au Concile Vatican II. « Il est faux de dire que ceux qui ont une sensibilité liturgique traditionnelle et assistent aux messes tridentines sont anti-conciliaires ; ceux qui l'affirment sont motivés uniquement par l'idéologie », a-t-il déclaré. 

    Dans une interview accordée la semaine dernière au Corriere della Sera , l'archevêque Gänswein a qualifié d'« horrible » la décision de la FSSPX de consacrer quatre évêques supplémentaires le 1er juillet sans mandat papal, ajoutant que « leur conception de la tradition n'est pas la tradition ». Il a toutefois soutenu que la question de la FSSPX n'est pas principalement une question de liturgie et a donc déclaré croire que Rome pourrait se montrer plus « généreuse et paternelle » envers ceux qui, tout en restant en pleine communion avec Rome, souhaitent célébrer la messe traditionnelle en latin. 

    Le pape François, a-t-il déclaré, a « commis une erreur sans s'en rendre compte » en imposant Traditionis Custodes. Il a souligné que la « majorité des évêques » soutenaient Summorum Pontificum et ses résultats , confirmant ainsi un article paru l'année précédente de la journaliste Diane Montagna qui montrait que les résultats d'un sondage mené auprès des évêques par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi contredisaient la justification avancée pour imposer Traditionis Custodes. 

    « La paix liturgique qui a été mise à mal sera rétablie », a prédit l’archevêque Gänswein. 

  • France : les députés favorables à la loi fin de vie ne pourront plus communier, prévient Mgr Marc Aillet

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    Les députés favorables à la loi fin de vie ne pourront plus communier, prévient Mgr Marc Aillet

    Selon le calendrier annoncé, les députés devraient se prononcer le 15 juillet sur la proposition de loi sur l’euthanasie. L’évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, Mgr Marc Aillet, invite les parlementaires catholiques à un examen de conscience.
    Peut-on se dire chrétien et voter un texte aussi contraire à l’enseignement de l’Église ?

    Mgr Marc Aillet : Il y a là une contradiction profonde. La question de l’euthanasie ou du suicide assisté n’est pas seulement une question confessionnelle. Elle touche à la loi naturelle, c’est-à-dire à ce qui fonde le respect de toute vie humaine dans une société civilisée. Lorsqu’un député se déclare catholique tout en soutenant une législation qui autorise à donner la mort, il se place objectivement en opposition avec un enseignement constant de l’Église, mais aussi avec un principe fondamental de la raison humaine. L’instruction Samaritanus Bonus, publiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi, a clairement réaffirmé que l’euthanasie était « un acte intrinsèquement mauvais, quelles que soient les circonstances ». Un catholique engagé dans la vie publique ne peut pas l’ignorer.

    Une telle position a-t-elle des conséquences spirituelles ?

    Oui, car la foi chrétienne engage toute l’existence. Chacun doit s’interroger en conscience sur la cohérence entre les actes qu’il pose et la foi qu’il professe. Une adhésion publique à une loi gravement contraire à l’enseignement moral de l’Église pose un vrai problème de cohérence ecclésiale. Les parlementaires catholiques qui auront voté ce projet de loi doivent en peser les conséquences. S’ils sont conscients de cette incohérence, ils ne pourront plus communier. L’Église est fondée à le leur rappeler, comme certains évêques l’ont fait aux États-Unis. J’aimerais les inviter à un examen de conscience sincère. Avons-nous le droit de faire de la suppression volontaire d’une vie humaine une réponse à la souffrance ?

    Certains fidèles ne semblent pas insensibles aux arguments des partisans de l’euthanasie, présentée comme un « geste d’humanité ». Que leur dites-vous ?

    Il faut distinguer la véritable compassion de ce que Jean-Paul II appelait une « fausse miséricorde ». Une société vraiment fraternelle ne répond pas à la détresse par l’élimination de celui qui souffre mais par le développement des soins palliatifs, de l’accompagnement psychologique, familial et spirituel. Quant à la liberté, elle ne consiste pas à pouvoir tout faire. La liberté authentique est ordonnée au bien. Contre le discours dominant qui obscurcit gravement les consciences, contre le matraquage médiatique influencé par de puissants lobbies, les fidèles sont appelés à se former – et à soutenir concrètement les personnes malades, âgées ou isolées.

    Qu’en est-il de celles qui demanderaient l’euthanasie ? Quelles conséquences sur le salut de leurs âmes ? Pourraient-elles avoir des obsèques chrétiennes ?

    L’Église continue d’affirmer que le suicide demeure objectivement contraire à la volonté de Dieu, qui est le maître de la vie. Mais elle tient aussi compte des situations concrètes. La souffrance, la solitude, la dépression, les pressions familiales ou sociales sont parfois si fortes qu’elles peuvent altérer profondément la liberté d’une personne. C’est pourquoi le discernement pastoral est indispensable. Le rôle du prêtre est d’aider la personne à retrouver l’espérance, à se réconcilier avec Dieu et à renoncer à son projet. Cet accompagnement spirituel consiste à l’aider à choisir la vie jusqu’à son terme naturel, jamais à cautionner un geste létal. Concernant les funérailles chrétiennes, chaque situation doit être examinée avec prudence. L’Église tient compte de nombreux éléments, notamment des signes éventuels de repentance avant la mort. Rien ne doit être fait qui laisserait penser qu’elle approuve l’euthanasie.

    Qu’en est-il des soignants qui appliqueraient cette loi ?

    Je pense d’abord aux drames de conscience que cette loi risque de provoquer. Les professionnels de santé ont choisi leur métier pour soigner, soulager, accompagner. On leur demanderait désormais de participer à la mise à mort d’un patient. Mais la loi civile ne peut pas abolir les exigences de la conscience morale, que l’on soit ou non croyant. Il est donc essentiel que la clause de conscience soit pleinement garantie.

    Des religieuses au sein d’établissements de soins catholiques ont annoncé leur intention de « résister » ? Qu’en pensez-vous ?

    Une société véritablement démocratique ne peut pas exiger d’institutions fondées sur le respect inconditionnel de la vie qu’elles agissent contre leurs convictions les plus fondamentales. Veut-on que ces établissements ferment, alors qu’ils gèrent des dizaines de milliers de lits ? Qu’ils s’exilent à l’étranger, comme les congrégations chassées de France au début du XXe siècle ? Va-t-on emprisonner les religieuses qui n’appliqueraient pas cette loi ? Il faut défendre la liberté de ces établissements avec détermination.

    Léon XIV a choisi comme devise pour sa visite en France : « Pour que le monde ait la vie ». Qu’attendez-vous de lui ? N’arrive-t-il pas trop tard, après une probable adoption de la loi ?

    Une loi, même adoptée, ne met pas fin au devoir de témoignage des chrétiens. J’attends du Saint-Père qu’il rappelle avec force la dignité inaliénable de toute vie humaine. J’attends qu’il encourage les familles, les soignants, les bénévoles et tous ceux qui accompagnent les personnes malades ou âgées. J’attends surtout qu’il nous redonne le sens de l’espérance. Car l’enjeu ultime est spirituel. Une société s’affaiblit lorsqu’elle présente la mort comme une solution. Le Christ est venu « pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ». C’est cette espérance que l’Église continuera d’annoncer, quelles que soient les évolutions législatives.

  • Saint Benoît, père de l'Europe chrétienne

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    saint_Benoit.jpgJean-François Mangin résume, dans la notice reprise ci-dessous, l'apport de saint Benoît. Il rejoint notre concitoyen Léo Moulin, agnostique, qui avait une immense admiration pour la Règle de saint Benoît, véritable modèle d'équilibre. Benoît nous est proche : n'a-t-il pas vécu dans une époque de décomposition, celle qui suivit la chute de l'empire romain, et n'a-t-il pas, en ces temps troublés, jeté les bases d'une civillisation nouvelle dont les abbayes seront les noyaux? C'est ce qui lui a valu d'être proclamé patron de l'Europe. Cela devrait nous inciter, plutôt qu'à nous lamenter sur tous les symptômes de la décrépitude actuelle, à tourner le dos à ce qui meurt sous nos yeux pour semer de nouveaux germes de vie...

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  • Benoît, père des moines d'Occident (11 juillet)

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    fondazione-agraria-celebrazioni-120-events-images-san-benedetto.pngLors de l'audience générale du mercredi 9 avril 2008, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à l'évocation du père des moines d'Occident : saint Benoît de Nursie :

    Chers frères et sœurs,

    Je voudrais parler aujourd'hui de saint Benoît, fondateur du monachisme occidental, et aussi Patron de mon pontificat. Je commence par une parole de saint Grégoire le Grand, qui écrit à propos de saint Benoît:  "L'homme de Dieu qui brilla sur cette terre par de si nombreux miracles, ne brilla pas moins par l'éloquence avec laquelle il sut exposer sa doctrine" (Dial. II, 36). Telles sont les paroles que ce grand Pape écrivit en l'an 592; le saint moine était mort à peine 50 ans auparavant et il était encore vivant dans la mémoire des personnes et en particulier dans le florissant Ordre religieux qu'il avait fondé. Saint Benoît de Nursie, par sa vie et par son œuvre, a exercé une influence fondamentale sur le développement de la civilisation et de la culture européenne. La source la plus importante à propos de la vie de ce saint est le deuxième livre des Dialogues de saint Grégoire le Grand. Il ne s'agit pas d'une biographie au sens classique. Selon les idées de son temps, il voulut illustrer à travers l'exemple d'un homme concret - précisément saint Benoît - l'ascension au sommet de la contemplation, qui peut être réalisée par celui qui s'abandonne à Dieu. Il nous donne donc un modèle  de  la  vie  humaine  comme ascension vers le sommet de la perfection. Saint Grégoire le Grand raconte également dans ce livre des Dialogues de nombreux miracles accomplis par le saint, et ici aussi il ne veut pas raconter simplement quelque chose d'étrange, mais démontrer comment Dieu, en admonestant, en aidant et aussi en punissant, intervient dans les situations concrètes de la vie de l'homme. Il veut démontrer que Dieu n'est pas une hypothèse lointaine placée à l'origine du monde, mais qu'il est présent dans la vie de l'homme, de tout homme.

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  • 11 juillet : fête de saint Benoît

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    250px-HeisterbachDialogusDetail.jpgLa fête de saint Benoît, célébrée le 11 juillet, est celle de la translation de ses reliques. Le corps de saint Benoît reposa d’abord au Mont Cassin qui, après le passage des Lombards, resta vide de moines. En 672, l’abbé de Fleury, Mummolus, envoya au Mont Cassin une troupe de moines, sous la conduite d’Aigulphe, pour récupérer les reliques de saint Benoît. Petronax ayant restauré le Mont Cassin, le pape Zacharie, en 750, demanda la restitution du corps de saint Benoît dont l’abbé de Fleury ne rendit qu’une part, entre 755 et 757.

    La fête de saint Benoît ne devrait pas être pour nous un simple fait d'une histoire fort ancienne, tant l’esprit de saint Benoît est toujours présent et à l'œuvre dans l'Eglise. La Règle qu'il nous a laissée et dont on a pu dire qu'elle nous donnait un reflet particulièrement pur de l'Evangile, comme le témoignage de sa vie sont pleinement actuels non seulement pour ses fils et ses filles, les moines et les moniales, mais aussi pour tous les fidèles. C'est, pour chacun d'entre nous une invitation à la prière, à la médiation des textes saints et à la charité fraternelle.

    Prologue de la règle de St Benoît

    «… Avant tout, demande à Dieu par une très instante prière qu'il mène à bonne fin tout bien que tu entreprends. Ainsi, celui qui a déjà daigné nous admettre au nombre de ses enfants n'aura pas sujet, un jour, de s'affliger de notre mauvaise conduite. Car, en tout temps, il faut avoir un tel soin d'employer à son service les biens qu'il a mis en nous, que non seulement il n'ait pas lieu, comme un père offensé, de priver ses fils de leur héritage, mais encore qu'il ne soit pas obligé, comme un maître redoutable et irrité de nos méfaits, de nous livrer à la punition éternelle, tels de très mauvais serviteurs qui n'auraient pas voulu le suivre pour entrer dans la gloire. Levons-nous donc enfin, l'Écriture nous y invite : l'heure est venue, dit-elle, de sortir de notre sommeil. Ouvrons les yeux à la lumière qui divinise. Ayons les oreilles attentives à l'avertissement que Dieu nous adresse chaque jour : Si vous entendez aujourd'hui sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs, et ailleurs : Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises. Et que dit-il ? Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Courez, pendant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent.

    Le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la multitude du peuple à laquelle il fait entendre ces appels, dit encore : Quel est celui qui désire la vie et souhaite voir des jours heureux ? Que si, à cette demande, tu lui réponds : « C'est moi », Dieu te réplique: Si tu veux jouir de la vie véritable et éternelle, garde ta langue du mal et tes lèvres de toute parole trompeuse ; détourne-toi du mal et fais le bien; recherche la paix et poursuis-la. Et lorsque vous agirez de la sorte, mes yeux veilleront sur vous et mes oreilles seront attentives à vos prières, et avant méme que vous ne m'invoquiez, je vous dirai : Me voici. Quoi de plus doux, frères très chers, que cette voix du Seigneur qui nous invite ; Voyez comme le Seigneur lui-même, dans sa bonté, nous montre le chemin de la vie. Ceignons donc nos reins par la foi et la pratique des bonnes œuvres; sous la conduite de l'Évangile, avançons dans ses chemins, afin de mériter de voir un jour Celui qui nous a appelés dans son royaume. Si nous voulons habiter dans le tabernacle de ce royaume, sachons qu'on n'y parvient que si l'on y court par les bonnes actions.

    Comme il y a un zèle amer, mauvais, qui sépare de Dieu et conduit en enfer, de même il y a un bon zèle qui éloigne des vices, et conduit à Dieu et à la vie éternelle. C'est ce zèle que les moines doivent pratiquer avec une ardente charité, c'est-à-dire : Ils s'honoreront mutuellement de leurs prévenances. Ils supporteront très patiemment les infirmités d'autrui, tant celles du corps que celles de l'esprit. Ils s'obéiront à l'envi les uns aux autres. Nul ne recherchera ce qu'il juge utile pour soi, mais bien plutôt ce qui l'est pour autrui. Ils se rendront chastement les devoirs de la charité fraternelle. Ils auront pour Dieu une crainte inspirée par l'amour : ils auront pour leur abbé un amour humble et sincère. Ils ne préféreront absolument rien au Christ, qui veut nous conduire tous ensemble à la vie éternelle.

     Réf : Saint Benoît

  • Le libéralisme est-il compatible avec le christianisme ?

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    De Don Samuele Cecotti sur le site de l'Observatoire International Cardinal Van Thuan :

    Le libéralisme est-il compatible avec le christianisme ?

    8 juin 2026

    1. La mort silencieuse du christianisme

    La question de savoir si le libéralisme est compatible avec le christianisme est une question non triviale et d'une importance capitale dans l'Europe des derniers siècles, c'est-à-dire depuis que les idées libérales sont devenues une force établie et une idéologie dominante sur ce qui était (il y a longtemps) le continent de la chrétienté.

    Dès la Révolution anglaise de 1688, puis la Révolution française de 1789, le libéralisme est devenu le symbole idéologique de la nouvelle Europe. Les États-Unis sont nés libéraux. Les révolutions qui ont conduit l'Amérique latine à briser l'unité hispanique et à s'établir en une pluralité de républiques laïques sont également libérales.

    C’est au XIXe siècle que la nouvelle Europe libérale supplantera presque totalement l’ancienne ; ce seront les troupes napoléoniennes qui diffuseront ce nouveau courant libéral, puis la Restauration le préservera en grande partie [1] … et enfin, les révolutions libérales qui embraseront l’Europe du XIXe siècle consolideront l’hégémonie libérale sur le continent. Le cas le plus célèbre et paradigmatique est celui de l’Italie, sans oublier le tournant libéral de l’Espagne sous Isabelle II.

    Les deux guerres mondiales représentent la dernière étape de la grande révolution libérale. La Première marque la fin des derniers empires de l'Ancien Régime (empire tsariste, empire des Habsbourg, empire ottoman) et de l'État prussien-germanique, expression d'une modernité politique alternative, avec l'affirmation des puissances libérales (Angleterre, France, États-Unis… et Italie [2] ). La Seconde est le triomphe (en Occident) du modèle unique de démocratie libérale. Le processus de remodelage de l'Europe au sens libéral fut si intense qu'il est aujourd'hui difficile de concevoir une identité européenne autre que la démocratie libérale, ce qui nous fait souvent oublier que, pour s'imposer, le libéralisme a dû renverser par des révolutions la vieille Europe, ou le christianisme millénaire né en 380 avec Théodose et qui s'est maintenu, quelque peu meurtri et à bout de souffle mais toujours vivant, jusqu'à l' Ancien Régime . L'identité de la vieille Europe ne s'est pas transmise pacifiquement à la nouvelle ; le christianisme ne s'est pas fondu spontanément dans la démocratie libérale. Il a fallu la révolution pour renverser la vieille Europe et imposer la nouvelle. Ce fut une transition violente et loin d'être naturelle.

    Historiquement, il faut donc reconnaître que le christianisme (du moins dans son expression culturelle et politique) et le libéralisme se sont affrontés dans un duel à mort. La victoire du libéralisme a marqué la fin du christianisme en tant que régime politique et en tant que civilisation. Et devant le cadavre de la societas christiana, nous sommes tous témoins et, en quelque sorte, fossoyeurs.

    Si l'on considère que le régime chrétien n'est pas simplement une expression politico-culturelle du christianisme, mais la seule expression politico-culturelle organiquement complète du christianisme, la seule civilisation née du christianisme [3] , ou encore que le christianisme est la seule civilisation chrétienne qui se soit réalisée dans l'histoire, le doute légitime s'impose : la lutte entre le christianisme et le libéralisme n'était-elle pas la lutte des idées libérales contre une expression contingente et relativement contestable du christianisme, mais plutôt la lutte révolutionnaire du libéralisme contre le christianisme dans sa réalisation socio-politico-culturelle historique, et non nullement relative ? C'est ainsi que l'Église catholique a vécu la révolution libérale, comme en témoignent les actes du Magistère et les paroles des papes de 1789 au début du XXe siècle, de Pie VI à Pie X et au-delà. Ces pasteurs avaient conscience que le conflit était total et sans possibilité de compromis, du moins sur le plan doctrinal, et que la survie même de la civilisation chrétienne était en jeu.

    Affirmer que le libéralisme a été le bourreau du christianisme confirme une vérité historique, à savoir la rupture radicale opérée par les révolutions libérales avec la civilisation chrétienne. Cependant, cela ne répond pas à la question initiale : le libéralisme est-il compatible avec le christianisme ? Même en admettant la responsabilité historique (à tort ou à raison) du libéralisme dans la chute du christianisme, on peut supposer que ce conflit a eu un caractère accidentel, contingent et non essentiel, et que, par conséquent, une coexistence, voire une entente, entre libéralisme et christianisme est possible. Telle était l’idée des catholiques libéraux du XIXe siècle et de leurs héritiers jusqu’à nos jours, une idée toujours condamnée par l’Église, au moins jusqu’au concile Vatican II.

    La question ne peut être résolue par l'empirisme historique, mais doit être posée sur le plan doctrinal, où toutefois les choses se compliquent. En effet, avant de pouvoir procéder à la synthèse des doctrines, il est nécessaire de les identifier, ce qui est plus complexe qu'il n'y paraît.

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  • « Démoralisant » : les attaques contre les chrétiens ont presque doublé en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, selon un rapport.

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    De Fionn Shiner sur Crux :

    « Démoralisant » : les attaques contre les chrétiens ont presque doublé en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, selon un rapport.

    Les attaques contre les chrétiens en Israël ont presque doublé cette année, selon un nouveau rapport d'un organisme israélien de défense des droits humains qui analyse les données du premier semestre 2026.

    Le Centre israélien de données sur la liberté religieuse (RFDC) et sa ligne d'assistance téléphonique pour documenter le harcèlement contre les chrétiens ont déclaré qu'entre avril et juin de cette année, il y a eu 83 attaques contre des chrétiens en Israël ou dans les territoires occupés par Israël, contre 44 au premier trimestre. 

    La majorité des attaques ont eu lieu à Jérusalem et comprenaient 46 cas de crachats, quatre agressions physiques et huit agressions verbales.

    « Comme dans les rapports précédents, le nombre élevé d’incidents de crachats demeure particulièrement frappant. Au cours de ce trimestre, 47 incidents impliquaient des crachats, ce qui représente 56 % de toutes les formes de harcèlement enregistrées », a déclaré le RFDC.

    « Ces dernières années, ces actes se sont produits de plus en plus souvent au grand jour, ouvertement, et parfois de manière ostentatoire. Dans plusieurs cas, les auteurs ont même expliqué aux bénévoles de la ligne d'assistance téléphonique – et devant une caméra – pourquoi ils estimaient qu'un tel comportement était justifié », a-t-on ajouté.

    Le Dr John Newton, responsable de la communication et de la recherche pour le bureau britannique de l'organisation caritative catholique Aide à l'Église en Détresse (AED), qui soutient les chrétiens persécutés, a déclaré à Crux Now que ces conclusions étaient « décourageantes ».

    « Le rapport indiquant que les attaques contre les chrétiens en Israël ont doublé au deuxième trimestre de cette année est désolant », a déclaré Newton, ajoutant que cela « fait écho aux conclusions du Rossing Center de Jérusalem – l’un des partenaires de projet d’ACN dans la région – qui a constaté que les hostilités envers les églises et les chrétiens étaient en augmentation depuis 2023. » 

    « Leurs recherches ont révélé que ces attaques sont principalement perpétrées par de jeunes hommes juifs ultra-orthodoxes marginalisés, aux convictions nationalistes extrémistes. Mais même si ces attaques – qui consistent pour la plupart en actes de vandalisme ou en crachats sur des prêtres ou des religieuses – sont en augmentation, il ne faut pas oublier qu’il s’agit du comportement d’une infime minorité », a également déclaré Newton.

    Newton a ensuite souligné que « même parmi les ultra-orthodoxes, un tel comportement est très inhabituel : la plupart des membres de la communauté n'envisageraient jamais, même dans leurs rêves les plus fous, de vandaliser une église. »

    Une montée des sentiments antichrétiens

    Le rapport du RFDC a constaté une augmentation des attaques lors de la Journée de Jérusalem et de la Marche du Drapeau, un événement commémorant la prise de Jérusalem-Est et de la Vieille Ville pendant la guerre des Six Jours de 1967.

    Le rapport indique également que les attaques se produisent fréquemment dans des espaces publics, comme l'agression largement médiatisée d'une religieuse française en avril dernier. 

    « Si certains incidents impliquaient des individus agissant seuls, les déplacements en groupe semblaient encourager les crachats et autres actes similaires », indique le rapport.

    Face à cette situation, Newton a déclaré qu'il était essentiel que les autorités israéliennes collaborent avec les communautés chrétiennes d'Israël pour trouver une solution.

    « Nous exhortons les autorités à travailler en étroite collaboration avec les Églises chrétiennes d'Israël pour trouver une solution à cette recrudescence des attaques, et nous encourageons les gens du monde entier à prier pour tous nos frères et sœurs en Terre sainte », a déclaré Newton.

    Par ailleurs, en avril dernier, une vive indignation s'était également emparée des internautes lorsqu'une image montrant un soldat israélien fracassant la tête d'une statue de Jésus à coups de masse à Debel, dans le sud du Liban, avait circulé en ligne.

    Deux soldats israéliens ont par la suite été condamnés à 30 jours de prison militaire après qu'une enquête des Forces de défense israéliennes a conclu que « la conduite des soldats s'écartait totalement des ordres et des valeurs de Tsahal ».

    Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, a exprimé à la fois une « profonde indignation » et une « condamnation sans réserve » dans une déclaration signée par lui et l’Assemblée des ordinaires catholiques de Terre sainte.

    Dans un autre rapport, le RFDC a également constaté qu'environ 181 incidents de « harcèlement ciblant les chrétiens, les symboles chrétiens et les institutions chrétiennes » ont été commis en Israël en 2025.

  • Tony Abbott : « Parfois, les gouvernements doivent choisir la moins mauvaise option. »

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    Du substack d'Edward Pentin :

    Dans un entretien avec le Register, l'ancien Premier ministre australien défend des politiques d'immigration strictes, appelle à un témoignage catholique plus fort dans la vie publique et rend hommage au cardinal Pell.

    8 juillet

    Tony Abbott est l'un des hommes d'État conservateurs les plus connus d'Australie, ayant été Premier ministre du pays de 2013 à 2015.

    Catholique pratiquant, il est resté une voix influente dans les débats sur l'avenir de la civilisation occidentale, le rôle du christianisme dans la vie publique et les responsabilités morales des dirigeants élus. 

    Durant son mandat de Premier ministre, Abbott a attiré l'attention internationale par la réponse de son gouvernement à l'immigration clandestine par voie maritime et aux réseaux de trafic d'êtres humains ciblant l'Australie. Son gouvernement, qui a rouvert les centres de détention offshore, rétabli les visas de protection temporaire et mis en place une politique de refoulement des embarcations dans le cadre de l'« Opération Frontières souveraines », s'est avéré très efficace pour endiguer ces arrivées. Parallèlement, ces mesures ont suscité des critiques de la part d'évêques catholiques qui réclamaient une réponse plus humaine. 

    Dans cette interview accordée au Register le 23 juin en marge de la conférence de l' Alliance pour une citoyenneté responsable (ARC) à Londres, Abbott affirme que le trafic d'êtres humains est intrinsèquement exploiteur et extrêmement dangereux, ajoutant que les gouvernements responsables doivent parfois choisir « la moins mauvaise option » dans un monde imparfait afin de protéger la vie humaine et de défendre le bien commun. 

    L'auteur d'un nouveau livre, Australia: A History — From Convict Colony to Great Democracy (Australie : une histoire — de la colonie pénitentiaire à la grande démocratie) , Abbott évoque également la nécessité pour davantage de catholiques pratiquants de s'engager en politique, partage son opinion sur le « catholicisme culturel » dans la vie publique et rend hommage à son compatriote, feu le cardinal George Pell. 

    Monsieur Abbott, tout d'abord, le thème de cette conférence est « L'ère de la reconstruction », et des intervenants de renom du monde entier y ont analysé le déclin de la civilisation occidentale et les solutions possibles pour l'enrayer. Quel a été votre principal enseignement de cette conférence ? 

    Je pense que cette conférence est unique en ce sens que, contrairement à la plupart des conférences qui traitent généralement d'économie, de politique et/ou de géopolitique, elle explore en profondeur la culture et la civilisation. On dit souvent que la politique découle de la culture, et que la culture découle en fin de compte de la foi – une foi en laquelle les individus peuvent croire et qui les dépasse. C'est ce qui, à mon avis, fait de cette conférence un événement si particulier.

    Pensez-vous que l'Occident ait besoin d'une présence politique catholique plus affirmée ? La foi catholique est-elle sous-représentée dans l'espace public ?

    Oui, je pense assurément que nous avons besoin de plus de personnes de foi dans la vie publique. J'ai toujours un petit pincement au cœur quand j'entends des chrétiens affirmer que s'impliquer dans les complexités de la vie publique est en quelque sorte un manquement à la foi. Je crois que nous devons être présents dans le monde, même si nous ne devons pas en être totalement issus.

    Que diriez-vous aux hommes politiques catholiques, comme Andy Burnham par exemple , pressenti pour devenir le prochain Premier ministre britannique, qui sont de confession catholique mais n'adhèrent pas pleinement au magistère et ne fréquentent pas régulièrement la messe ? Les catholiques engagés dans la vie publique doivent-ils s'affirmer davantage et pratiquer leur foi comme l'Église le demande ?

    Je ne prétends pas être un catholique parfait, loin de là, mais je pense que nous sommes tous de meilleures personnes, surtout si nous sommes catholiques, si nous assistons plus régulièrement à la messe et si nous recevons les sacrements. 

    En matière d'immigration, nombreux sont ceux qui citent l'Australie comme exemple de lutte efficace contre l'immigration clandestine, les traversées dangereuses et le trafic d'êtres humains. Que diriez-vous aux Américains et aux Britanniques qui s'interrogent sur ce sujet et souhaitent une politique éthique et réellement efficace ?

    J'ai souvent constaté que les théologiens moralistes ne font généralement pas de bons hommes d'État, car dans ce monde imparfait, il faut parfois choisir la moindre mal. Le trafic d'êtres humains est un fléau : il est responsable d'une exploitation considérable et de nombreuses morts, et il est impératif de l'éradiquer. De même que, parfois, des mesures très difficiles et dramatiques sont nécessaires en temps de guerre, je pense qu'il faut parfois être prêt à agir de manière directe si l'on veut mettre fin à ce qui s'apparente, à l'heure actuelle, à une invasion pacifique de la Grande-Bretagne par des personnes traversant la Manche à bord de petites embarcations.

    Concrètement, quel type de réponse politique pensez-vous qui fonctionnerait en Grande-Bretagne et aux États-Unis ?

    La chose humanitaire à faire — la chose véritablement humanitaire — est de mettre fin au trafic d'êtres humains. Dans le cas de la Grande-Bretagne, cela permettrait d'éviter les noyades dans la Manche. Dans le cas des États-Unis, cela empêcherait l'entrée de nombreuses personnes qui ne seront d'aucune utilité pour l'Amérique, ainsi que d'autres qui cherchent simplement une vie meilleure. Mais en fin de compte, en tant que représentants du gouvernement, vous avez un devoir envers vos propres citoyens qui prime sur toute obligation d'offrir une vie meilleure à des étrangers qui n'ont aucun droit légitime sur vous. Les seules personnes qui ont un droit légitime sur un autre pays sont ses citoyens, ou celles qui ont démontré qu'elles peuvent apporter une contribution significative à ce pays — et non celles qui cherchent simplement à améliorer leur propre sort.

    À votre avis, pourquoi n'y a-t-il pas eu, notamment en Grande-Bretagne, beaucoup de politiques efficaces pour remédier à ce problème ?

    Manque de leadership. 

    Quelqu'un a dit que si des soldats russes arrivaient armés, le gouvernement trouverait rapidement un moyen de les arrêter. Alors, est-ce simplement une question de volonté politique ?

    Je pense que certains se sentent contraints par un mélange de culpabilité propre aux pays riches, d'une compassion excessive, voire mal placée, de marxisme culturel, ou encore d'un respect déplacé pour des institutions comme la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). L'idée que la Grande-Bretagne – berceau de nombreux droits humains – doive se montrer soumise à la CEDH me paraît tout simplement absurde.

    Enfin, un mot sur le cardinal George Pell. Comme vous le savez, il attribuait souvent le déclin de la société à l'abandon des valeurs chrétiennes traditionnelles et des vérités morales, ainsi qu'à la montée du relativisme moral. Qu'aimeriez-vous dire à son sujet ? 

    Je pense que le cardinal Pell était un saint des temps modernes. Il fut, en un sens, un martyr contemporain, puisqu'il a subi une forme de crucifixion vivante. Plus on chérira sa mémoire, plus on célébrera son exemple et plus on honorera sa vie, mieux ce sera pour nous tous. 

  • Incidents antichrétiens juin 2026 (OIDAC)

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    Au cours du mois de juin 2026, OIDAC Europe a enregistré 40 crimes de haine antichrétiens ciblant des lieux de culte chrétiens, des symboles religieux, des espaces religieux, des institutions chrétiennes, des membres du clergé, des convertis au christianisme et des individus chrétiens.

    Les crimes haineux enregistrés comprennent 1 et 2 attaques liées à des incendies criminels, 9 cas de vandalisme, 8 cas de profanation, 3 cas de violence physique, 3 vols visant des objets religieux, 2 cas impliquant des menaces, 1 cas de vandalisme combiné à de la violence, 1 perturbation du culte et 1 tentative d'occupation d'un site religieux.

    Parmi les incidents particulièrement graves, on peut citer les menaces proférées contre un professeur de religion catholique converti de l'islam en Belgique ; l' agression d'un curé lors d'un acte de vandalisme dans son presbytère à Lévie et la perturbation d'une prière catholique à Poissy, au milieu de cris d'« Allahu Akbar » et de slogans antichrétiens, tous deux en France ; l'agression d'un prédicateur de rue chrétien à Londres et un appel en ligne à des attaques terroristes lancé par un groupe affilié à l'EI avant la visite du pape en Espagne.

    En juin 2026, le plus grand nombre d'incidents a été enregistré en France (11), suivie de l'Allemagne (8), de l'Italie (7), de la Pologne (4), de la Belgique (2) et de l'Espagne (2). D'autres incidents ont été recensés aux Pays-Bas (1) et en Estonie (1). Hors de l'Union européenne, des incidents supplémentaires ont été enregistrés au Royaume-Uni (3) et en Suisse (1).

    Télécharger le rapport complet

  • Lire en été : “Les mutations de l’Eglise catholique au XXème siècle” de Marcel De Corte

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    Du site de la FSSPX :

    Lecture d’été : “Les mutations de l’Eglise catholique au XXème siècle” de Marcel De Corte

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    Pour le troisième volume de la collection « Marcel De Corte », les éditions Hora Decima proposent les textes et les analyses du célèbre philosophe sur la crise traversée par l’Église après le concile Vatican II, telle qu’il a pu la vivre à son rang de laïc engagé et d’intellectuel catholique intervenant dans les débats de l’époque. Après d’autres, il s’agit là d’un témoignage historique sur une époque difficile pour l’Église.

    Professeur de philosophie à l’Université de Liège en Belgique, Marcel De Corte 1905-1994 était un catholique convaincu et engagé, qui nourrissait un profond amour de l’Église. Il montra une inquiétude très vive devant l’évolution qu’elle connaissait dans la deuxième moitié du XXe siècle, ce qui l’amena à publier de nombreux articles dans diverses revues pour en rendre compte : ItinérairesCourrier de RomeL’Ordre français...

    Cet ouvrage réunit pour la première fois une anthologie raisonnée de ses analyses des bouleversements survenus dans l’Église à partir des années 1960. Le présent recueil offre ainsi une synthèse de la pensée religieuse de Marcel De Corte.

    Il s’honore d'une préface de Mère Marie-Geneviève Rivière qui fut durant trente ans (1993-2023), prieure générale de la Congrégation des dominicaines enseignantes du Saint-Nom-de-Jésus de Fanjeaux.

    Référence de l’ouvrage

    Marcel De Corte
    Les mutations de l’Église catholique au XXᵉ siècle – Où en est le catholicisme ?
    Préface de Mère Marie-Geneviève Rivière.
    Collection Marcel De Corte.
    Éditions Hora Decima, 2025.
    536 pages – Format : 13,5 × 22 × 2,8 cm.
    ISBN/EAN : 9782915844245.
    Prix : 25,50 € TTC.

    Présentation par Mère Marie-Elisabeth sur TV Libertés

    (Sources : TV Libertés - FSSPX Actualités)