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Eglise

  • Léon XIV et une Europe à reconstruire : un discours très attendu

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    28 septembre 2026

    Léon XIV et une Europe à reconstruire

    En juin dernier, interrogé lors d’une réunion privée sur les attentes et les idées de Léon XIV concernant l’Europe, le Pape a répondu : « Attendez mon discours à Metz. »

    Ce discours, qui sera prononcé le 28 septembre, a été peaufiné dans les moindres détails, étudié pendant des mois, et traduit une dernière fois la veille du voyage.

    Le discours de Metz est attendu avec impatience, et il le mérite.

    Léon XIV se rend chez le vénérable Robert Schuman, le père de l’Europe, et surtout le père d’une vision d’une Europe non bureaucratique et non bureaucratisée.

    Schuman voulait en effet rendre « la guerre impossible », et il y est parvenu en rassemblant d’anciens ennemis et en créant un réseau qui profiterait à tous, afin que personne n’ait à chercher une table de paix après avoir soulevé les vents de la guerre.

    Au début, l’Europe était avant tout une idée d’échange de charbon et d’acier, mais elle est progressivement devenue une réalité plus large, construite autour de nombreuses initiatives qui ont même traversé le Rideau de fer.

    Le Concile Vatican II a donné naissance à l’idée d’un Conseil des conférences épiscopales européennes, né de l’intuition de l’alors monseigneur Roger Etchegaray, qui, dans une simple note, a mis en évidence les nombreuses activités se développant sur le continent européen.

    Les célébrations du millénaire de la Pologne ont conduit l’épiscopat polonais à une initiative extraordinaire : l’envoi de lettres à toutes les conférences épiscopales nationales. Et, en particulier, la lettre aux évêques d’Allemagne, conçue par le cardinal Bolesław Kominek, archevêque de Wrocław, est restée dans l’histoire.

    La Pologne avait aussi été le théâtre de l’Holocauste, des plans d’extermination allemands horriblement mis en œuvre à Auschwitz, précisément sur le sol polonais. La Pologne avait été envahie par l’Allemagne, et la Pologne, tombée dans la sphère d’influence soviétique après la guerre, a été sacrifiée par l’Europe qu’elle aimait tant.

    Les évêques polonais sont allés au-delà de tout cela et ont écrit aux évêques allemands, avec une formule restée dans la mémoire collective : « Nous pardonnons et demandons pardon. »

    En bref, un monde européen a pris racine. La vision de Schuman a trouvé un terrain fertile pour grandir – et elle a grandi, malgré le Rideau de fer. Elle a même contribué à faire tomber le mur de Berlin, ravivant le grand rêve d’une Europe respirant avec ses deux poumons, l’Est et l’Ouest, selon les mots de Jean-Paul II.

    Léon XIV, cependant, a décidé de commencer non pas par l’Europe, mais par Schuman.

    Il s’est rendu en France, mais ne s’est pas arrêté à Strasbourg, où on l’attendait au Parlement européen avec une invitation ouverte et déjà acceptée. Léon n’a pas visité les institutions européennes, mais il a regardé l’Europe pour la première fois à travers les yeux de l’un des hommes vénérables de l’Europe.

    Il n’utilisera peut-être pas l’expression « racines chrétiennes », mais c’est certainement le sens de la présence du pape à Metz aujourd’hui.

    Le Pape arrive à Metz après avoir visité Paris et Lourdes. Le président français Emmanuel Macron a tout tenté pour exploiter le voyage du Pape pour une photo d’opportunité, un peu comme lors de la réouverture de Notre-Dame, où il s’était fait photographier avec tous les dirigeants rassemblés devant la cathédrale, reconstruite après l’incendie de 2019.

    Le Saint-Siège, cependant, est resté ferme. Pas de dîners ou de déjeuners d’honneur, pas de Légion d’honneur pour le Pape – en fait, le pape n’accepte jamais de distinctions individuelles –, pas même l’idée de Macron de pouvoir accompagner personnellement le Pape pendant dix minutes dans Notre-Dame restaurée.

    Cette demande, entre autres, semblait destinée à démontrer que la France possède encore la cathédrale.

    Si les églises françaises sont propriété de l’État, l’État ne peut pas non plus s’immiscer dans les questions religieuses, et Notre-Dame n’y fait pas exception.

    Macron n’a pas non plus assisté à la messe du Pape, comme l’avaient fait ses prédécesseurs. Bien sûr, Macron avait assisté à la messe du pape François à Marseille en 2023, mais c’était parce que c’était le seul moyen pour lui d’accueillir le Saint-Père.

    François a foulé le sol français trois fois en tant que pape, visitant Strasbourg, Marseille et la Corse, en soulignant toujours qu’il se rendait à des événements et des lieux spécifiques, et non en France.

    Léon XIV, cependant, a choisi la France comme quatrième étape d’un voyage européen qui a commencé à Monaco, s’est poursuivi en Espagne, a fait une brève halte à Saint-Marin, et a finalement atteint la fille aînée de l’Église.

    Deux micro-États et deux grandes nations, jusqu’ici parfaitement équilibrés, et un choix clair : Regarder vers ces lieux que le pape François considérait comme le centre de la foi, et que Léon XIV semble plutôt traiter comme les nouvelles périphéries existentielles.

    Monaco est en périphérie, là où le Prince refuse de signer la loi sur l’avortement, et d’où le Pape a lancé un appel extraordinaire en faveur du multilatéralisme.

    L’Espagne est en périphérie, ayant redécouvert son identité culturelle chrétienne avec la visite du Pape, mais devant encore lutter contre une sécularisation rampante.

    Saint-Marin est en périphérie, une minuscule nation que peu considèrent, pourtant extraordinairement active. Et la France est en périphérie, où, entre autres, une incroyable renaissance de la foi est en cours.

    C’est incroyable même pour les évêques, si l’on considère que les évêques de la région parisienne ont convoqué un conseil régional pour comprendre la raison du nombre énorme de baptêmes d’adultes qui ne cesse de croître ces dernières années (24 000 dans la nuit de Pâques 2026).

    La France est une périphérie de la foi parce que son gouvernement a mis de côté les grandes idées catholiques et accueille Léon XIV avec une loi sur l’euthanasie récemment approuvée, qui ne prévoit même pas la possibilité d’objection de conscience pour les infirmiers.

    Le pape rétablira l’équilibre dans le dialogue entre les dirigeants de l’Église et le peuple, mettra les points sur les i en matière de doctrine, et renforcera ainsi l’extraordinaire nombre de catholiques cachés en France.

    C’est un formidable défi.

     

    Lire également : Ce lundi, le pape Léon XIV rendra hommage à la figure de Robert Schuman: « Bien des facettes de sa personne peuvent nous inspirer comme chrétiens »

  • L'homélie du pape lors de la messe célébrée à Lourdes : la vie éternelle est une promesse solide

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE EN FRANCE
    ET VISITE AU SIÈGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES
    POUR L’ÉDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE (UNESCO)

    25-28 SEPTEMBRE 2026

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Prairie du sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes
    Dimanche 27 septembre 2026

    ___________________________________

    Frères et sœurs, pèlerins venus de France et du monde entier, en vous regardant ce matin, réunis dans la maison de notre Mère, je vois le visage universel de l’Église. Certains de vous ont traversé des continents, surmonté des fatigues, apporté vos joies et vos fardeaux jusqu’à cette Grotte sacrée. Quel bonheur d’être ensemble, un seul cœur, une seule famille ! Un solo corazón, una sola famiglia !

    Je tiens à saluer tout particulièrement les pèlerins venus de toutes les provinces et diocèses de France. Vous foulez aujourd’hui le sol de cette terre bénie qui a reçu tant de grâces. Que ce pèlerinage ravive la flamme de la foi dans vos foyers et dans vos paroisses. Portez le réconfort de Lourdes à vos voisins, à vos proches et à tout le peuple français.

    Les textes que la Liturgie nous propose en ce dimanche rejoignent un aspect central du message que la Vierge Marie est venue confier à sainte Bernadette : un appel, tendre et pressant, à la conversion. Jésus pose dans l’Évangile un regard de vérité et de profonde tristesse sur les cœurs fermés : « Vous ne vous êtes pas repentis ! » (Mt 21, 32). Pourquoi cette blessure dans le cœur du Christ ? Parce que Dieu ne veut pas la perte de ses enfants. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle : « Tout homme qui commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra » alors que s’il se convertit, s’il « ouvre les yeux et se détourne de ses crimes, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas » (cf. Ez 18, 26.28). C’est pourquoi les appels à la pénitence résonnent sans cesse dans les Saintes Écritures, et traversent la prédication de l’Évangile au cours des siècles. Ils revêtent une gravité salutaire pour en manifester l’urgence et la nécessité : c’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut (cf. 2 Co 6, 2). Oui, Dieu désire que l’homme vive, qu’il ouvre les yeux et retourne à Lui. Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas.

    Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (13, 5). Mais Il élargit l’horizon de la vie terrestre à celui de la vie éternelle. Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix. La Vierge Marie n’a-t-elle pas dit à sainte Bernadette : « Je ne te promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre » ? 

    Cette promesse, proclamée ici-même, résonne avec une force particulière en cette terre de France et bouscule nos mentalités contemporaines. Dans ce moment de l’histoire, au sein d’une société en quête de progrès et de bien-être matériel, mais parfois tentée d’oublier l’horizon de l’éternité, Marie vient nous rappeler la grandeur et l’ampleur de notre vocation à la vie, à la vie éternelle. Face aux courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse, la Grotte de Massabielle se dresse comme un sanctuaire de l’espérance chrétienne. Ici, aucune fragilité n’est rejetée. Vos béquilles, vos fauteuils roulants, vos larmes cachées ne sont pas des obstacles : ils sont le lieu par excellence où vous êtes pleinement respectés, accueillis et transformés par l’amour infini de Dieu. Lourdes est le lieu béni d’une profession de foi en la beauté et la sacralité de la vie, car elle y est accueillie comme un don précieux de Dieu, appelé à s’épanouir pour l’éternité dans l’amour du Père.

    « Je te promets » ! Oui, la vie éternelle est une promesse solide, certaine, que le Seigneur nous fait. Il nous l’a déjà obtenue par sa mort sur la croix et sa résurrection, et il la réalise déjà chaque jour en nous par la grâce du baptême. Elle est à notre portée, mais il nous appartient de l’accueillir librement, de la saisir, de ne pas y faire obstacle ; or l’obstacle à la grâce et à la vie éternelle, le seul obstacle, c’est le péché, le repli sur soi, ce refus de Dieu qui nous enferme dans nos obscurités! Notre responsabilité personnelle est donc en jeu, et elle est grande ! Dieu nous a voulu libres, car la liberté est une condition de l’amour ; on ne peut pas aimer par contrainte. Cette liberté qui nous est donnée, nous devons l’engager dans un “oui” au Christ, avec le secours de sa grâce, et à la suite de Marie ; un “oui” sans cesse renouvelé, et cela jusqu’à notre dernier souffle : “maintenant et à l’heure de notre mort…” disons-nous dans le  “Je vous salue Marie”.

     On retrouve cet appel insistant à la conversion dans les paroles que Marie prononça ici-même : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! ». Elle répète le mot trois fois… ! et invite Bernadette à en accomplir certains gestes ! Pourquoi donc ? Serions-nous lents à comprendre ? Nous estimons-nous trop facilement sans péché ? Ne la pratiquons-nous pas assez ?  La Vierge nous demande de faire pénitence, non seulement pour nous-mêmes qui en avons besoin, mais aussi « pour les pécheurs », pour un monde qui va mal. Comment nos cœurs ne seraient-ils pas interpellés face aux conflits de plus en plus répandus, qui détruisent tant de vies innocentes. Or le mal que connaît notre époque vient du cœur de l’homme, Dieu n’en n’est pas responsable : « Ce n’est pas ma conduite qui n’est pas bonne – dit-il aux fils d’Israël –, c’est la vôtre » (Ez 18, 25). C’est donc le cœur des hommes qu’il faut changer, à commencer par le nôtre.

    La pénitence est une œuvre suscitée par l’amour en solidarité avec le genre humain : amour pour Dieu dont on veut réparer la blessure de son Cœur causée par nos péchés ; amour pour tous nos frères les hommes qui n’entendent pas cet appel à la conversion et que leurs fautes entraînent vers la mort. Cette exigence de conversion engage l’Église elle-même dans son pèlerinage terrestre. Elle doit avoir le courage de vivre cette conversion en premier lieu. Pour guérir des blessures profondes, des infidélités et des égarements douloureux commis en son sein, nous devons nous tenir humblement sous le regard purificateur du Seigneur. Reconnaître nos propres fautes est indispensable à notre progression spirituelle, comme l’écrivait Saint Augustin : « Que te déplaise toujours ce que tu es, si tu veux atteindre ce que tu n’es pas » (Disc. 169, 15.18)

    Le rappel de notre Mère à notre devoir de prière et de conversion nous remplit d’une grande espérance, car elle nous indique le moyen pour changer le cours des choses, moyen qui n’est autre que celui de nous associer à la passion du Christ. Chers malades qui connaissez la souffrance, si nombreux à Lourdes, il vous est possible de vivre vos peines et vos douleurs dans cet esprit d’offrande, pour entrer dans cette démarche rédemptrice dont le monde a tant besoin. En ce sens vous êtes vraiment au cœur de l’Église, et votre rôle est irremplaçable.

    Pèlerins, frères et sœurs, vous ne repartirez pas de Lourdes comme vous y êtes arrivés : vous repartirez en missionnaires de l’espérance ! Tel est le miracle de ce lieu : susciter la joie de l’espérance au cœur même de l’épreuve et de la peine. La Vierge Marie guérit nos regards et transfigure nos cœurs en leur donnant la paix. Devenez dans vos pays, vos diocèses et vos familles, les témoins actifs de cette force et de cette tendresse divines qui nous permettent de continuer la route et d’atteindre le but. Portés par la prière des malades et l’amour de notre Mère, marchez avec confiance vers l’avenir. Ne craignez pas les tempêtes du monde : la sainte Mère de Dieu veille sur notre marche, elle enveloppe l’Église de son manteau de tendresse ; Étoile radieuse du matin, elle guide nos pas pour nous enfanter, dans la joie, à la vie même de son Fils Jésus.

    Amen.

    Et aussi :

  • Voyage du pape : un bavardage médiatique assourdissant

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    Rarement un voyage pontifical aura suscité pareil bavardage médiatique. Plateaux de télévision, envoyés spéciaux, commentateurs, « experts », micro-trottoirs, duplex en direct, décryptage des gestes et des sourires : pendant plusieurs jours, Léon XIV a occupé une place considérable dans l'espace médiatique français. On a scruté ses déplacements, son style, ses rencontres, sa popularité supposée, la ferveur des foules, la présence des jeunes, jusqu'à ses expressions et à la manière dont il était accueilli par les Français.

    Tout cela a naturellement sa place dans la couverture d'un événement de cette ampleur. Mais à force de vouloir tout commenter, n'a-t-on pas parfois fini par commenter le commentaire plutôt que d'écouter le principal intéressé ?

    Car il y avait, dans cette visite, autre chose qu'un événement médiatique. Il y avait une parole. Et cette parole méritait qu'on s'y arrête.

    Que disait donc Léon XIV ? Que disait-il réellement à la France ? Sur la vie humaine, sur l'embryon, sur la fin de vie, sur la dignité de la personne vulnérable, sur la liberté de conscience, sur la place des croyants dans une société laïque ? Que disait-il aux jeunes qui étaient venus par dizaines de milliers l'écouter ? Que disait-il à une société française qui a profondément modifié son rapport à la famille, à la naissance, à la mort et à la religion ?

    Voilà les questions essentielles. Elles sont autrement plus importantes que de savoir si le pape a été « populaire », si son voyage fut une « réussite » médiatique ou si telle séquence a fait le tour des réseaux sociaux.

    Il y eut donc beaucoup d'images, beaucoup de commentaires et beaucoup d'exégèses. Mais il aurait fallu, par moments, un peu moins de bavardage et un peu plus de silence : le silence nécessaire pour laisser parler le pape.

    Car lorsqu'il affirme que « ce qui est légal n'est pas nécessairement moral », lorsqu'il rappelle qu'« il est impossible de considérer comme normal de donner la mort », ou lorsqu'il insiste sur la dignité inaliénable de toute personne humaine, Léon XIV ne se contente pas de prononcer quelques formules pieuses. Il intervient directement dans les grands débats qui traversent la France contemporaine.

    Ces paroles ne sont ni anecdotiques ni décoratives. Elles interrogent une société qui vient de franchir plusieurs étapes majeures dans l'évolution de sa législation sur la vie et la mort. Elles posent une question fondamentale : tout ce qu'une société démocratique est juridiquement capable de permettre est-il pour autant moralement juste ?

    C'est précisément à cet endroit que le bavardage médiatique devient insuffisant. Car il est relativement facile de commenter une foule, une messe, une rencontre avec des jeunes ou l'image sympathique d'un pape. Il est beaucoup plus exigeant de prendre au sérieux une parole qui oblige à réfléchir, qui dérange certaines évidences contemporaines et qui refuse de confondre la légalité avec la moralité.

    On a donc beaucoup parlé de Léon XIV. Il serait peut-être temps de parler davantage de ce que Léon XIV a dit.

    Et surtout de se demander pourquoi certaines de ses paroles, pourtant prononcées en France devant les plus hautes autorités de la République, ont parfois semblé passer presque inaperçues derrière le flot des commentaires.

    Le pape était sous les projecteurs. Mais son message, lui, était-il vraiment sous les projecteurs ?

  • Le prince Venceslas (28 septembre)

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    De Défendente Genolini sur France Catholique :

    Le prince Venceslas

    Au Xe  siècle, Venceslas, duc de Bohême, fut attaqué par son propre frère contre lequel il refusa de se défendre.

    Une sordide affaire de famille, avec méchanceté et violence d’un côté. Avec douceur et paix de l’autre.

    Venceslas – ou Vaclav – n’a pas 22 ans quand Boleslas, son frère, vient l’assassiner alors qu’il se rend à l’église. La victime n’a pas eu une jeunesse heureuse. Orphelin de père à 13 ans, il devient alors duc de Bohême. Sa mère est haineuse et avide de pouvoir. Elle fait assassiner sa belle-mère, Ludmila, qui a trop d’influence sur Venceslas. Elle persécute les catholiques.

    En montant sur le trône, Venceslas rappelle les prêtres persécutés, mène de grandes réformes sociales et politiques. «  Généreux pour le peuple, ferme avec les grands  », dit-on de lui. Il rachète souvent des esclaves sur le marché de Prague et les fait éduquer. S’il suréquipe son armée, c’est pour imposer le respect. Pour sauver la paix, il préfère un combat singulier avec l’adversaire pour épargner son peuple.

    Il agace son frère, païen et violent, par son genre de vie irréprochable. Sa mort est décidée. Le 27 septembre 929, Boleslas tire l’épée et le blesse à la tête. Venceslas dégaine, mais noblement se ravise et jette son arme : «  Je pourrais t’écraser comme une mouche, mais la main droite d’un serviteur de Dieu ne doit jamais être fratricide.  » Les complices de son frère l’achèvent. Il est le patron vénéré de la Bohême et des Tchèques : «  Il est leur martyr, leur père, leur héros, leur cantique, leur espoir, leur triomphe, leur orgueil, leur image, leur prince, leur prière, leur cierge et leur couronne  », écrit-on.

    La couronne des rois de Bohême devait reposer sur la tête du saint quand les princes ne la portaient pas.

    Le millénaire de sa mort donna lieu, en 1929, à des festivités grandioses.

    Étymologie du nom
    D’origine slave vaclaf «  couronne  » et slava, «  gloire  ».

    Célébrités
    Le premier président de la République tchèque, Vaclav Havel.

    Pensée spirituelle à la lecture de la vie de Venceslas :
    «  La vérité doit s’imposer sans violence.  » (Léon Tolstoï)

    Courte prière à saint Venceslas
    «  Saint Venceslas, consolez ceux qui sont tristes et chassez tout ce qui est mal.  »

    Lire : 

    VOYAGE APOSTOLIQUE
    DU PAPE BENO
    ÎT XVI
    EN RÉPUBLIQUE TCHÈQUE
    (26-28 SEPTEMBRE 2009)

      MESSE EN LA FÊTE LITURGIQUE DE 
    SAINT VENCESLAS, PATRON DE LA NATION

      HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

  • Embryon, fin de vie, laïcité, le pape n'a pas mâché ses mots durant son voyage en France

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    Ce qui frappe dans le voyage de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026, c’est qu’il n’a pas seulement délivré un message spirituel ou diplomatique. Sur des sujets particulièrement sensibles pour la société française — le commencement de la vie, la fin de vie, la dignité de la personne et la laïcité — il a employé des formules d’une remarquable netteté.

    « Personne n’a le droit […] de décider de la vie de tel embryon »

    À l’UNESCO, à Paris, le pape a placé la question anthropologique au cœur de son discours. Sa réflexion commence par une affirmation très simple : « Avant toute chose, la personne humaine est quelqu’un qui est conçu et qui naît. » Et il ajoute : « être humain signifie donc, tout d’abord, être un enfant. »

    Ce n'est pas une abstraction. Léon XIV poursuit en désignant explicitement ceux dont la dignité est la plus facilement relativisée :

    « Le critère qui permet d’évaluer notre engagement est le soin que nous apportons aux plus petits et aux pauvres : les enfants dans le sein de leur mère […] les personnes âgées, les migrants, les réfugiés, et tous ceux qui sont arrogamment exclus parce qu’improductifs. »

    Et il établit un lien direct avec les progrès scientifiques et technologiques : la dignité humaine ne peut dépendre de la performance, de l'autonomie ou de la productivité.

    À Lourdes, le lendemain, le propos devient encore plus frontal. Léon XIV reprend une formule prononcée en juin devant la Fondation Jérôme Lejeune :

    « Personne n’a le droit, jamais, sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! »

    Puis cette phrase, particulièrement forte :

    « Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! »

    Le contexte est important : le pape met ainsi sur le même axe de réflexion l’embryon et la personne âgée, deux moments de l'existence où la personne risque d'être considérée selon des critères extérieurs à sa dignité propre.


    « Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral »

    C’est probablement l'une des phrases les plus directement susceptibles de résonner dans le débat français sur la fin de vie.

    À Lourdes, devant les malades et les soignants, Léon XIV affirme :

    « Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. »

    La formule est courte, mais elle touche à un principe fondamental : la loi civile n'épuise pas la question morale.

    Le pape ne s'est d'ailleurs pas contenté de condamner. Il a proposé une autre conception de la médecine :

    « Veiller sur la personne souffrante et non pas la supprimer. »

    Et il exhorte les soignants :

    « Soyez des serviteurs passionnés de la vie ! »

    Il demande parallèlement de « développer sans relâche les structures de soins palliatifs et de recherche » et d'accompagner les malades « avec tendresse ».

    Son raisonnement est donc assez précis : face à la souffrance, la réponse de la société doit être davantage de soin, d'accompagnement et de solidarité, et non la transformation de la mort provoquée en réponse médicale.


    Une phrase terrible sur la société de la performance

    À l'UNESCO, Léon XIV va plus loin encore. Il met en garde contre une société dans laquelle l'être humain serait implicitement évalué selon son utilité :

    « Nous risquons de ne plus reconnaître la dignité inaliénable des personnes humaines, dont la vie est jugée selon le critère de l’efficacité et qui, lorsqu’elles sont considérées comme n’étant plus productives, sont rejetées et mises au rebut. »

    C'est ici que son discours sur l'embryon et celui sur la fin de vie se rejoignent.

    Le même principe est posé aux deux extrémités de l'existence : la valeur d'une personne ne dépend ni de son autonomie, ni de ses capacités, ni de son utilité sociale.

    Et le pape le formule explicitement :

    « Notre dignité n’est pas détruite par la maladie ou la souffrance, et elle ne dépend pas de nos capacités. Elle appelle au contraire à des soins aimants à chaque étape de la vie. »


    Et sur la laïcité, Léon XIV n'a pas davantage mâché ses mots

    C'est peut-être l'un des passages les plus intéressants de son discours à l'Élysée.

    Le pape ne remet pas en cause la laïcité française. Mais il en donne une interprétation qui est loin d'une conception de la religion confinée à la sphère privée :

    « La véritable laïcité n’exclut pas la dimension religieuse, mais sait au contraire en tirer parti comme d’une ressource éducative. »

    Puis il ajoute :

    « Le chrétien impliqué dans la vie publique, et agissant selon la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie. »

    Voilà qui est très clair : la foi d'un citoyen ne doit pas être considérée comme une anomalie ou une menace lorsqu'il participe à la vie publique.

    Et Léon XIV tire immédiatement une conséquence concrète :

    « C’est précisément la raison pour laquelle l’École catholique a toute sa place dans le paysage éducatif d’un pays comme la France. »

    Il va même jusqu'à définir positivement la laïcité :

    « Une juste laïcité ne consiste donc pas à exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation, mais à travailler pour que l’État et les institutions religieuses dialoguent ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun. »

    Un fil rouge : « que le monde ait la vie »

    Il y a finalement une remarquable cohérence entre les différents discours.

    À l'Élysée : défendre la vie et permettre aux religions de contribuer au bien commun.

    À l'UNESCO : protéger l'être humain contre une civilisation qui pourrait le réduire à son utilité.

    À Lourdes : refuser que la médecine devienne l'instrument d'une mort programmée et demander que les malades soient accompagnés jusqu'au bout.

    Le pape résume lui-même cette vision par une formule qui revient comme une sorte de refrain : « pour que le monde ait la vie ».

    Et c'est sans doute ce qui rend son voyage en France particulièrement significatif : Léon XIV n'a pas choisi l'affrontement politique, mais il n'a pas davantage édulcoré les points sur lesquels la vision chrétienne de l'homme entre en tension avec certaines évolutions législatives et culturelles contemporaines.

    Il a parlé de l'embryon, de l'enfant à naître, de la personne âgée, du malade, de la mort provoquée, de la place de la religion dans la cité et de la liberté de conscience — et, sur chacun de ces sujets, il a rappelé une même conviction : l'être humain possède une dignité qui ne lui est pas conférée par l'État, la médecine, la société ou ses propres capacités.

    Texte intégral du discours à l'Élysée — Vatican

    Texte intégral du discours à l'UNESCO — Vatican

    Texte intégral du discours de Lourdes — Vatican

    (avec l'IA)

  • De l'accueil familial à Lourdes : une jeune convertie quitte son emploi pour rencontrer le Pape et embrasser la vie monastique

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    De Solène Tadié sur le CWR :

    De l'accueil familial à Lourdes : une jeune convertie quitte son emploi pour rencontrer le pape et embrasser la vie monastique

    La grotte du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie
    LOURDES, France — L'extraordinaire ferveur qui a marqué la visite du pape à Paris — première étape de son voyage apostolique en France du 25 au 28 septembre — ne devrait pas faiblir à Lourdes, où des dizaines de milliers de fidèles sont attendus autour de la célèbre grotte de Massabielle lorsque Léon XIV viendra y prier le soir du 26 septembre, avant une messe en plein air sur la prairie du sanctuaire et la traditionnelle procession aux flambeaux le lendemain.

    Parmi elles, une jeune femme de 27 ans participera à ce voyage aux côtés d'un groupe de religieuses cisterciennes, espérant que cette visite confirmera l'appel à la vie contemplative qu'elle ressent depuis son retour à la foi pendant la crise de la COVID-19.

    Ce n'est pas un hasard si Yohanna, interprète en langue des signes pour les personnes sourdes, a choisi Lourdes pour marquer ce nouveau départ après des années de bénévolat auprès de personnes en situation de handicap. C'est à quelques dizaines de kilomètres d'ici, à l'abbaye Sainte-Marie de Boulaur, haut lieu du renouveau monastique en France, que sa vocation a pris forme. Et c'est pour rejoindre cette communauté comme aspirante qu'elle a quitté son emploi à Paris, juste à temps pour assister à la visite du Saint-Père.

    Son histoire reflète un mouvement générationnel plus large en France, où les baptêmes d'adultes ont atteint un nouveau record cette année, principalement grâce aux jeunes adultes.

    Le sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie
    Le sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie

    « Je voulais tout donner à Dieu »

    Mais l'histoire de Yohanna est un témoignage singulier de la grâce divine. Placée en famille d'accueil à l'âge de 4 ans, elle a grandi loin de toute pratique religieuse, dans une vie marquée dès son plus jeune âge par le deuil et la solitude.

    Comme tant d'autres de sa génération, elle s'est d'abord tournée vers les mouvements spirituels proches du Nouvel Âge, très présents chez les jeunes Français, en quête de réponses – une exploration qui a laissé des traces, au sens propre comme au figuré, dans les tatouages ​​qu'elle arbore encore aujourd'hui. Elle évoque ces errances avec un sourire plutôt qu'avec regret, car c'est grâce à elles, croit-elle, qu'elle a finalement retrouvé le chemin de Dieu.

    Cette voie a ouvert ses portes au printemps 2020, dans une résidence universitaire vidée par le premier confinement lié à la COVID-19.

    « Tous les étudiants étaient partis, et j’avais l’impression que c’était la fin du monde », se souvient-elle. « Je n’avais plus rien, je n’avais plus personne. Et soudain, une pensée de Dieu m’a envahie. J’ai eu très envie d’en savoir plus sur lui. »

    Elle a commencé à apprendre à prier grâce à des ressources en ligne et a rapidement intégré la prière à son quotidien. Une fois le confinement levé, elle a pris l'habitude d'entrer dans chaque église qu'elle croisait pour prier seule, tout en évitant les messes, car elle n'en connaissait pas les coutumes. Le déclic s'est produit en 2023, lorsqu'elle a déménagé à Paris et est entrée dans une église un jour de semaine, au moment même où une messe commençait.

    « Je ne savais même pas qu'il y avait une consécration, alors qu'elle est au cœur de la messe catholique. J'ai passé toute la célébration à pleurer au fond de l'église », se souvient-elle. « Et à la fin, j'ai dit au Seigneur : "D'accord, j'ai compris. Maintenant, je veux tout te donner, vraiment tout, ma vie entière. Fais de moi ce que tu veux." Et à partir de ce moment-là, tout a changé. »

    Après s'être installée dans une paroisse du 10e arrondissement de Paris, elle entreprit une période de formation catéchétique et reçut le sacrement de confirmation.

    Chaque année en août, lors du pèlerinage national, elle sert d'interprète aux pèlerins sourds-aveugles – une expérience qui a transformé sa perception du sanctuaire. « Le véritable miracle de Lourdes », dit-elle, « c'est peut-être tout simplement que nous nous retrouvions tous ensemble. »

    Sa conversion fut suivie presque immédiatement par l'appel à la vie consacrée, mais elle était déterminée à ne pas précipiter sa décision, ayant été avertie que les nouveaux convertis « pouvaient être très enthousiastes et penser immédiatement à la vie consacrée, pour ensuite y renoncer rapidement ».

    La grotte du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie
    La grotte du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie

    Un appel inattendu

    Guidée par son curé et le service des vocations de l'archidiocèse de Paris, elle a entamé un discernement auprès des sœurs apostoliques, la vie cloîtrée étant la dernière chose à laquelle elle pensait. « Compte tenu de mon histoire personnelle, j'avais d'énormes clichés sur la vie monastique », a-t-elle déclaré. « J'imaginais toutes sortes de choses démodées. »

    C’est au beau milieu d’une année universitaire difficile, fin décembre 2024, qu’elle se rendit pour la première fois à l’abbaye cistercienne de Boulaur, tout simplement parce qu’elle « avait toujours entendu dire que les monastères étaient un bon endroit pour se reposer et prendre l’air ». Depuis, elle y retourne à chaque vacances. Lorsque les sœurs lui proposèrent de passer quelques jours dans l’enceinte, elle accepta, persuadée que cela ne ferait que confirmer ses préjugés.

    « Je pensais qu’entrer dans le cloître pour la première fois m’aiderait à comprendre que ce n’était pas du tout ma voie, et que cela réglerait la question », a-t-elle déclaré. « Mais lorsque j’ai découvert le cloître pour la première fois, c’était incroyable. Je me suis sentie pleinement à ma place. »

    « Le Seigneur nous connaît mieux que nous-mêmes », a-t-elle poursuivi. « Parfois, il nous conduit vers des choses qui, au premier abord, semblent absurdes, et après coup, on se rend compte que c’est parfaitement logique. »

    Lors du Jubilé de la jeunesse de 2025 à Rome, elle a découvert pour la première fois l'Église universelle parmi des milliers de jeunes « si différents les uns des autres, et tous réunis pour le Seigneur ». Cette expérience influence désormais ses attentes quant à la visite de Léon dans une France qui connaît un nombre record de baptêmes d'adultes.

    Évoquant la visite prochaine du pape à Lourdes, que Mgr Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, a décrite comme celle d’« un simple pèlerin », elle a déclaré : « Le pape Léon X sait ce qui se passe dans notre pays, et je suis certaine que ses paroles nous seront d’un grand réconfort. » Le programme officiel prévoit déjà une prière spéciale pour la France, demandant à la Vierge Marie le renouveau des familles chrétiennes et l’épanouissement des vocations, « en particulier sacerdotales et religieuses ».

    La vocation de Yohanna a d'abord inquiété ses parents adoptifs. Mais face à sa persévérance et à sa joie, ils ont accepté de la conduire eux-mêmes à Boulaur, ce qui leur a permis de rencontrer les sœurs et de découvrir la vie qu'elle s'apprête à embrasser. De là, ils se rendront ensemble à Lourdes pour la visite du pape.

    « Ce sera l’occasion pour eux de rencontrer les sœurs et de voir ce qu’est réellement un monastère, et pas seulement ce que les gens imaginent », a-t-elle déclaré. « C’est déjà un grand pas en avant. »

    Son aspiration, première étape du long chemin vers le noviciat, durera jusqu'en juin. Elle confie être « totalement ouverte » à ce que l'avenir lui réserve. « Si Dieu m'appelle, je serai si heureuse que je lui répondrai par un grand oui, de tout mon cœur. »
  • La France retourne, au moins pour deux jours, à son baptême. Et la suite ? (Rod Dreher)

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    Du substack de Rod Dreher :

    L’Espérance
    La France retourne, au moins pour deux jours, à son baptême. Quelle est la suite ?

    Le pape Léon XIV pleure et prie devant une image de la Madone et de son Enfant

    Vous, chers lecteurs fidèles, savez combien j'aime la France. Et vous savez probablement depuis combien d'années je prie pour que ce pays bien-aimé mais souffrant revienne à son baptême. Vous pouvez donc imaginer pourquoi je suis resté allongé ici, tôt le matin, dans mon lit d'hôtel à Chicago, ville natale du pape Léon XIV, à regarder encore et encore ces vidéos du pèlerinage du pape en France, en pleurant à chaudes larmes et en répétant sans cesse : « Merci, Seigneur, merci ! »

    Les vidéos ont été incroyables, tout simplement incroyables. Voici le pape américain parlant au nom de ce chrétien orthodoxe américain alors qu'il pleure devant une statue de la Madone et de son Enfant devant la cathédrale Notre-Dame, que l'Ennemi a tenté de brûler sans y parvenir…

    …chantant avec la foule rassemblée l'hymne catholique médiéval « Salve Regina », qui fut mis sur cet air à l'abbaye de Cluny au XIIe siècle.

    Ils chantaient en latin ; voici la traduction en français :

    Salut, reine, mère de la miséricorde.
    Vie, douceur, espérance des hommes salut !
    Enfants d’Ève, nous crions vers toi dans notre exil.
    Vers toi, nous soupirons parmi les cris et les pleurs de cette vallée de larmes
    Ô toi, notre avocate,
    tourne vers nous
    ton regard plein de bonté.
    Et montre-nous Jésus le fruit béni de tes entrailles,
    à l’issue de cet exil.
    Ô clémente ! Ô bonne ! Ô douce Vierge Marie.

    C'est dans cette cathédrale, le 10 novembre 1793, que les révolutionnaires blasphémateurs ont démonté l'autel et intronisé la « Déesse Raison ». Où est la Déesse Raison ? Où sont les révolutionnaires ? Morts, et morts. Aujourd'hui, l'autel a été restauré, Dieu y est adoré, et s'y dresse la Mère de Dieu, dorée et rayonnante de la gloire de son Fils, tandis que le pape en pleurs et la foule rassemblée chantent ses louanges et la supplient de les conduire à Jésus.

    Plus tard, au Stade de France, Léon a dirigé une veillée de prière réunissant 80 000 jeunes catholiques français. Les Français ont présenté un spectacle célébrant l'histoire de la foi en France, mettant en vedette ses saints et ses martyrs. (Comme j'aurais aimé qu'ils incluent le père Jacques Hamel, massacré par des islamistes alors qu'il célébrait la messe dans sa petite paroisse de campagne il y a quelques années ; j'ai dédié la version française de The Benedict Option à sa mémoire).

    Le point est : les Français sont un peuple, un peuple avec une histoire, et cette histoire comprend de grandes et saintes actions de chrétiens. L'histoire de la France est l'histoire de la foi chrétienne en France, et des hommes et femmes saints qui en ont fait partie. Quand j'ai vu les vidéos de cette veillée de prière, je n'ai pas pu m'empêcher de me souvenir d'avoir été l'année dernière avec les 20 000 jeunes pèlerins en route pour Chartres. De cette histoire :

    Devant Saint-Sulpice, je m'arrête pour discuter avec un groupe de jeunes femmes portant l'uniforme du mouvement scout de France, mouvement scout, qui a toujours été lié à l'Église catholique, contrairement à sa version plus laïque dans la sphère anglophone. J'en interroge une — Isa, 19 ans, originaire d'Orléans — sur sa présence ici.

    « Jésus », déclare-t-elle.

    Plus :

    Bien que la plupart des pèlerins ne s'expriment pas en termes philosophiques, tous sont préoccupés par la question du sens. Une fois la messe d'ouverture terminée, je rencontre Anna, une pèlerine viennoise, dans un café voisin.

    C'est la première marche de Chartres pour la jeune femme joyeuse de 24 ans. Elle a l'air d'une superfan à un concert de Taylor Swift. Pourquoi est-elle ici ?

    « La tradition est le seul avenir sûr que nous ayons », répond-elle. « Sur quoi allez-vous construire votre vie, sinon sur Dieu ? »

    Il y a aussi quelques pèlerins plus âgés. John Pepino, 57 ans, un professeur né en Angleterre au séminaire de Denton, Nebraska de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre — un ordre de messe en latin fidèle à Rome — participe à son troisième pèlerinage de Chartres, accompagné cette fois par sa fille de 17 ans, Margie.

    « Je me sens comme un grand-père ici », rit-il.

    Ce n'est pas censé arriver, dis-je à Pepino, en plaisantant. Les jeunes, en tant que progressistes naturels, ne sont pas censés vouloir récupérer ce que leurs aînés ont jeté à la poubelle ; ils sont censés vouloir se libérer du poids mort du passé catholique.

    « Je pense qu'il s'agit simplement de jeunes fervents qui ne se reconnaissent pas dans ce que les évêques leur proposent habituellement », dit-il.

    En discutant avec de jeunes pèlerins rassemblés devant Saint-Sulpice au début du pèlerinage, je leur ai demandé, en tant que journaliste, pourquoi ils étaient là. Encore et encore, j'ai reçu une variante de cette réponse :

    La génération de nos parents ne nous a rien donné. Nous sommes ici à la recherche de la tradition. Nous sommes à la recherche de sens. Nous sommes à la recherche d'un but. Nous sommes à la recherche d'une communauté. Nous sommes, en fin de compte, à la recherche de Dieu.

    Il y avait aussi quelques Américains lors de ce pèlerinage. Ce qu'ils ont vu de la foi catholique en France, ils l'ont pris à cœur, car l'expérience de la foi chrétienne est universelle :

    Un prêtre américain qui conduit un groupe de lycéens à Chartres me confie : « Quand ils viennent ici, l’une des choses qu’ils découvrent, c’est qu’une vie catholique joyeuse est possible, qu’une belle vie catholique est possible. Aux États-Unis, les gens se sentent très isolés de cela, parce que nous n’avons pas l’héritage culturel qui nous oriente dans cette direction. Alors, quand les garçons en font l’expérience, ils réalisent que ce n’est pas juste un conte de fées. »

    La plupart de ces garçons, poursuit le clerc, seront exposés à de la pornographie hardcore des années avant même de voir une belle église européenne, ou de rencontrer une beauté extraordinaire dans la nature. Son espoir est qu’ils rentreront chez eux en sachant qu’ils peuvent être sincèrement attirés par quelque chose de beau qui est aussi bon.

    « Voir l’expression sur le visage de ces garçons quand ils voient ce genre de beauté pour la première fois ! » dit le prêtre. « Nous étions à l'abbaye de Fontgombault, et nous étions debout à 4h15 du matin, à écouter les moines chanter les matines dans une église monastique du XIIe siècle — c’est tout simplement quelque chose qu’ils perçoivent immédiatement comme le genre de chose en laquelle ils ont été créés pour se réjouir. »

    Pèlerins en route vers Chartres, 2025

    Cette expérience m'a donné plus d'espoir que je n'en ai eu depuis des années. Avant de quitter Paris, j'ai dîné avec un vieil ami français, Roland, qui m'a dit : « Ces jeunes gens, cette génération nous sauvera. »

    Au moment où j'écris ces lignes, un million de catholiques sont rassemblés le long des Champs-Élysées et sur la place de la Concorde, à Paris, pour entendre le pape dire la messe en français. Regardez cette foule le long des Champs-Élysées, priant au cœur de l'un des pays les plus athées d'Europe :

    Miséricorde pour l’Humanité France 
    @MisericordeF
    Je suis triste quand je vois toute cette effervescence autour du catholicisme, je prédisais cela depuis des années et j'ai l'impression d'être un agent de la CIA qui assisterait impuissant au retour de l'Union Soviétique. Dans 45 ans la France redeviendra catholique et nous n'aurons plus que nos yeux pour pleurer. Je suis bon joueur néanmoins les catholiques sont beaucoup mieux organisés ainsi que plus déterminés que nous les musulmans et même que les sionistes, il faut savoir reconnaître la force de l'international catholique. Les catholiques américains vont maintenant inonder le monde de leur soft power au détriment à la fois de l'hégémonie spirituelle musulmane en Europe de l'Ouest et du lobby sioniste.

    Il est facile de laisser monter son espoir, pour finir déçu. En 1997, le pape Jean-Paul II a célébré la messe pour un million de personnes lors des Journées mondiales de la jeunesse à Paris. Pourtant, la foi a continué son déclin. Mais ces jeunes gens lors du pèlerinage de Chartres n'étaient pas encore nés. Pas plus qu'aucun des jeunes gens rassemblés pour prier avec le successeur de Jean-Paul, Léon, au Stade de France. Personne ne connaît l'avenir.

    Cela signifie énormément pour moi pour une autre raison. Dans deux heures, ici à Chicago lors de la conférence Touchstone, où des intervenants discutent de l'avenir de notre propre pays en difficulté, je donnerai la conférence de clôture. Je parlerai de « l'Amérique de Weimar » et des signes des temps. Mon discours n'est pas destiné à décourager les gens, mais à les éveiller à la tempête qui s'annonce, afin que nous puissions agir !

    Encore une fois : l'avenir n'est pas écrit ! Nous pouvons avoir l'avenir que nous voulons, mais seulement si nous agissons pour qu'il se réalise. Pas l'avenir de l'incroyance et du désespoir, pas l'avenir de la résignation et de l'islamisation, pas l'avenir de la gauche radicale ou de la droite radicale. Nous pouvons avoir l'avenir d'une foi ressuscitée dans le Seigneur ressuscité ! Ils peuvent l'avoir en France, et nous pouvons l'avoir en Amérique — mais nous devons le vouloir assez pour nous sacrifier pour lui, pour cette grande aventure romantique de la vie chrétienne.

    Cela peut être nôtre, mais cela ne se fera pas sans lutte — une lutte avant tout pour nous surpasser, pour vaincre notre faiblesse et notre complaisance, mais ce n'est pas la seule lutte. Que le lecteur comprenne. La semaine dernière en Suisse, un journaliste français expérimenté m'a dit : « On a le sentiment que la France est dans une situation prérévolutionnaire. »

    Le ciel s'assombrit, mais souvenez-vous : la Lumière est apparue dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont ni comprise ni vaincue. Le Christ est ressuscité!

    Alors que je concluais mon Free Press article sur le pèlerinage de Chartres :

    « L'espérance est une mémoire qui désire, la mémoire est une mémoire qui a joui. » Telle est l'essence de l'espérance chrétienne que Chartres offre à ces jeunes idéalistes. L'homme qui a écrit ces mots était Honoré de Balzac. Un Français, naturellement.

    Mes lecteurs chrétiens, protestants et orthodoxes, célébrons aujourd'hui avec nos frères et sœurs catholiques, et puisons de l'espoir dans ce que le Seigneur accomplit là-bas, sur la terre de Saint Denis, Sainte Geneviève, Sainte Jeanne d'Arc, les Carmélites de Compiègne et tous les saints, ceux connus de l'histoire et ceux connus de Dieu seul. N'ayez pas peur : Dieu est vivant, et Il nous appelle — vous et moi — par notre nom.

    Les temps sont mauvais, mais la foi n'est pas encore finie dans les pays d'Occident. Voyez l'espoir dans les rues de Paris aujourd'hui, prenez-le à cœur, et allez faire des disciples dans le monde, en commençant par vous-même.

    Merci, Seigneur, je prie à travers des larmes de joie ce matin. Merci.

  • L'homélie du pape lors de la messe célébrée Place de la Concorde à Paris

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE EN FRANCE

    25-28 SEPTEMBRE 2026

    MESSE

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Place de la Concorde (Paris)
    Samedi 26 septembre 2026

    ___________________________________

    Chers frères et sœurs,

    je remercie Dieu de la grâce qui m’est offerte de me trouver ici, sur cette place de la Concorde, pour célébrer l’Eucharistie. Oui, comme il est bon et doux pour des frères et sœurs de se retrouver ensemble (cf. Ps 132, 1), afin de magnifier la grandeur de Dieu. Puisse ma présence au milieu de vous confirmer votre foi, et vous encourager à sans cesse rayonner et transmettre la vie, la paix et l’amour de Notre Seigneur bien aimé Jésus-Christ.

     « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive » (Jn 7, 37). Frères et sœurs, notre communauté assoiffée s’élance vers le Christ, source d’eau vive ; cette eau qui désaltère et fait fleurir la vie, cette eau de l’amour de Dieu « répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5).

    Le désir de Dieu habite notre cœur au plus profond, et nous crions avec le Psalmiste : « Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant » (Ps 41, 3) ! C’est le cri d’un homme, humble et passionné, dont la soif la plus intérieure et existentielle ne cesse de grandir. Or c’est Jésus-Christ, par son incarnation, qui rejoint tout homme dans son histoire et se révèle à lui comme la véritable source d’eau vive capable d’étancher sa soif. Il ne s’agit pas tant d’une soif matérielle que d’une soif de sens, de vérité et d’accomplissement qui habite le cœur de chacun. Jésus répond à ce désir profond de relation, de communion avec Dieu, en qui réside la plénitude de la vie pour toujours.

    Dans la première Lecture, le prophète Ézéchiel voyait l’eau jaillir du Temple et, se répandant dans le désert, purifier et fertiliser toute chose (cf. Ez 47, 1-2.8-9.12). Plus tard, saint Jean verra l’eau jaillir du côté transpercé de Jésus rendant l’Esprit (cf. Jn 19, 30-34). Tous peuvent alors s’abreuver à cette source afin de renaître et recevoir le don de l’Esprit pour devenir enfants de Dieu, des créatures nouvelles.

    Frères et sœurs, force est de constater qu’ici-bas, rien ne parvient à nous combler pleinement. Lorsque nous croyons enfin notre recherche achevée et nos efforts récompensés, bien souvent le vide intérieur resurgit, plus profond encore. Alors, pour le combler, il se peut que nous recherchions de nouveaux plaisirs, que nous voulions posséder de nouvelles choses, que nous fassions tout pour nous “divertir” afin de ne plus ressentir ce malaise intérieur !

    La Liturgie de la Parole de ce jour nous invite à sonder notre cœur : quelle est notre soif la plus profonde ? Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif ? Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles mais laissent notre cœur vide? Baptisés, nous avons reçu l’eau vive dont parle l’Évangile, mais avons-nous vraiment rencontré le Christ personnellement ? L’être humain est fondamentalement un être de désir et seul Dieu peut combler le vide intérieur. Oui, frères et sœurs, Jésus-Christ, le Bon Pasteur nous guide, comme le berger guide ses brebis, vers la source du bonheur et de la paix. Il connaît chacun et chacune de nous par son nom. Rien ne lui échappe de nos secrets, de nos intentions, de nos faiblesses. Il scrute les profondeurs de notre cœur. Il a donné sa vie pour nous et continue de la donner par les sacrements. Il porte sur ses épaules les brebis fatiguées ou blessées, et ramène avec délicatesse celles qui se sont égarées. Jésus révèle l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. Pour Lui, aucun de nous n’est un numéro sur une carte d’identité, ni un matricule, mais une personne, une personne unique et irremplaçable.

    Vous voyant ici rassemblés, frères et sœurs, héritiers d’une longue et belle histoire sainte en France, je vous dis : abreuvez-vous, à votre tour, à cette source qu’est le Cœur de Jésus transpercé. Oui, vous avez soif de Dieu, de vie, de vérité, d’unité, de paix, de communion, de bonheur. Vous aspirez à redécouvrir un horizon lumineux, à bâtir une nation renouvelée à partir de ses racines irriguées par la foi. Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. Il vous revient d’apporter l’espérance là où règnent le découragement et la sécheresse spirituelle.

    C’est en acceptant de vivre en vérité sous le regard de Jésus que nous sommes authentiques, que nous pouvons regarder nos vies avec lucidité. Elles sont, certes, fragiles, vulnérables, vouées au passage de la mort, mais elles sont aussi merveilleuses, miraculeuses, capables de se renouveler dans leurs relations et de s’ouvrir au véritable amour.

    « Celui qui croit en moi, […] de son cœur couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38). En nous abreuvant à la source qu’est le cœur du Christ, nous devenons nous-mêmes, comme l’a écrit Origène, des puits, des sources et des fleuves pour les autres (cf. Homélie 12, 1, 2-3). Le croyant qui y boit devient lui aussi source de vie par son lien existentiel avec le Christ et communique cette même vie au prochain.

    Chers frères et sœurs, l’eau vive de l’Esprit Saint s’est répandue en abondance et continue à porter ses fruits dans l’Église par les missionnaires et les témoins dans toutes les cultures et de tous les peuples. Elle féconde tout ce qui se laisse toucher, transformer par elle pour produire son fruit, c’est-à-dire la sainteté de ceux qui adorent le Dieu véritable et servent leurs frères et sœurs dans la charité avec générosité. Dans ce beau pays qu’est la France, beaucoup se sont abreuvés à cette eau vive au fil des siècles et ont totalement consacré leur vie au bien : les premiers martyrs tels Blandine, Pothin, Irénée ; les saints fondateurs et fondatrices d’Ordre religieux, les saints évêques comme Martin, François de Sales ; les hommes et les femmes au cœur sensible aux besoins de leurs prochains comme Vincent de Paul, Frédéric Ozanam, Jeanne Jugan, et tant d’autres. Encore aujourd’hui, ils sont nombreux dans notre société, nos paroisses, nos différentes activités, ceux qui continuent à s’engager en faveur de la vie, de la famille, de la vérité, de la paix, de la fraternité, de la justice.

    De cette belle ville de Paris, je prie avec ferveur pour que l’eau vive de l’Esprit Saint se répande sur toute la France. Je pense à vous, chères familles, qui, malgré les multiples difficultés que vous affrontez au quotidien, persévérez courageusement dans votre mission. Je vous remercie du fond du cœur pour tout le bien qui se réalise à travers vous : que Jésus soit toujours concrètement présent au milieu de vous. Je pense à vous chers jeunes, vous êtes l’Église d’aujourd’hui. Comme il est beau de voir votre enthousiasme, votre dynamisme, votre engagement et la joie au sein des communautés chrétiennes. Je pense également à vous, chers catéchumènes et néophytes qui entreprenez le chemin de la foi, de la conversion et de l’initiation chrétienne. Puissiez-vous témoigner à d’autres autour de vous du cheminement que vous vivez et les motiver à s’interroger à leur tour. Que le don de l’Esprit Saint fasse de vous des témoins vivants prêts à répandre autour de vous la civilisation de l’amour.

    Frères et sœurs, tournons-nous vers la Mère de Dieu, Source de Salut, celle qui guide nos vies vers son Fils, Auteur de toute grâce. Par son “oui” libre et confiant, elle est devenue l’écrin, humble et voulu par Dieu, où l’amour du Père s’est incarné pour se donner au monde.

    Invoquons-la avec confiance, afin que par son intercession, des sources d’eau vive jaillissent au sein du Peuple de Dieu et fassent partout fleurir en France des germes de foi, d’espérance et de charité.

    Amen !

  • Homélie pour le vingt-sixième dimanche du temps ordinaire

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     Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 21,28-32.

     Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : 'Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne'.

     Celui-ci répondit : 'Je ne veux pas. ' Mais ensuite, s'étant repenti, il y alla.

     Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : 'Oui, Seigneur ! et il n'y alla pas.

     Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ». Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.

     Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n'avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole.

    Homélie- Texte du Père Octavio Ortíz. Source : es.catholic.net – Traduction de l’espagnol

     Le texte de l’homélie fait référence à d’autres lectures de ce dimanche : le livre d’Ezechiel d’abord (18, 25-28), puis la Lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens (2, 1-11). Le lecteur trouvera l’ensemble de ces textes ici :

    http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=readings&localdate=20110925

     Un des thèmes principaux de ce dimanche, sur lequel nous voudrions méditer, est celui de la conversion de l’âme à Dieu. Le texte du prophète Ezéchiel nous parle de la responsabilité personnelle. Chacun a le grave devoir et la responsabilité de convertir son âme à Dieu. La rétribution de nos œuvres est quelque chose de personnel. Chacun de nous sera récompensé ou puni selon ses propres œuvres. Par conséquent, chacun de nous doit orienter sa vie vers Dieu avec amour, et se repentir de ses péchés.

     Dans l’évangile, cet enseignement s’approfondit avec la prédication du Baptiste, et avec l’arrivée du Messie, le Christ Seigneur. Il ne suffit pas d’obéir seulement en paroles aux commandements de Dieu. Il faut que les œuvres accompagnent nos paroles. C’est bien cela, la véritable conversion. Pour cette raison, comme le dit l’évangéliste, les publicains et les prostituées précéderont les docteurs de la loi dans le Royaume des cieux.

     Alors que les premiers ont dit « non » à la volonté de Dieu, mais ensuite, ont abandonné leur mauvaise conduite, les seconds – c’est-à-dire les docteurs de la loi -, se croyant justes, n’ont pas senti le besoin de se convertir et de faire pénitence pour leurs péchés. Par leurs paroles ils ont dit « oui » à Dieu, mais leurs œuvres étaient différentes. Quel grand danger que celui de se sentir juste et de ne pas avoir besoin de repentance !

     La lettre aux Philippiens, quant à elle, nous offre le modèle du chrétien : l’humilité et l’abaissement du Christ Seigneur, qui accomplit en tout et fidèlement la volonté du Père.

     C’est à juste titre que le chapitre 18 du prophète Ezéquiel a été appelé le chapitre de la responsabilité personnelle ou de la rétribution personnelle. Pour comprendre de quoi il s’agit, il faut encadrer le texte dans une perspective historique. Le peuple est en exil, après la chute de Jérusalem. La tradition théologique a interprété ce qui s’est passé comme le résultat des prévarications et des infidélités du peuple, tout au long de son histoire. En réalité, il s’agissait d’une situation fatale, inévitable, que cette génération devait affronter. Elle a ainsi supporté les fautes et les péchés des ancêtres, sans autre destin possible. Mais en même temps, le peuple a estimé que le châtiment était supérieur aux fautes que lui-même n’avait pas commis. Il se sentait donc traité injustement.

     Dans cet état de choses se pose la question essentielle : où est l’amour de Dieu ? Où est le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob ? Qu’est devenue la promesse du Seigneur ? Le peuple avait l’impression que Yahveh avait rompu son Alliance. Le temple avait été détruit. Jérusalem, la cité sainte, avait été pillée, dévastée, incendiée. Le peuple, déporté. Tout n’était que désespoir, abattement, défaite.

     Le prophète Ezéchiel se lève alors et d’une voix forte, oriente le peuple vers un autre chemin. Il énonce un principe général : « l’âme qui pèche, c’est celle qui mourra » (Ezech. 18, 20). Autrement dit, la responsabilité est personnelle et chacun répondra de ses propres actes. De même, la rétribution est également quelque chose de personnel. On peut considérer que les actes passés influencent, conditionnement le présent d’une certaine manière, mais ils ne constituent pas un héritage fatal, une sorte de « fatum » dans le cadre d’une tragédie grecque.

     Il sera certainement difficile de se libérer des conditions du passé, mais cela reste possible. Dieu dit d’ailleurs : « Je ne désire pas la mort de celui qui meurt… Convertissez-vous donc, et vivez » (Ezéch. 18, 32).

     Ainsi donc, le thème de la responsabilité personnelle renforce la question, plus essentielle encore, de la conversion du pécheur.

     Non, Dieu n’est pas injuste dans sa façon d’agir. Lorsque nous lui tenons tête et que nous l’accusons, d’une certaine manière, de nos malheurs. Nous devons sonder notre âme plus profondément, pour découvrir la vérité de nos misères et la vérité de son amour infini et patient. Mais nous ne découvrirons cet amour que lorsque nous ferons l’expérience de l’amour de Dieu en Jésus-Christ. Lorsque nous nous rendrons compte de ce que signifie l’Incarnation. Lorsque nous entrerons dans le mystère de la rédemption et que nous comprendrons que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle (Jn 3, 16).

     A cet égard, il est très instructif de se référer à ce que le Pape Jean-Paul II écrivait dans son livre Entrez dans l’espérance, 11 : « Homme, toi qui juges Dieu, qui lui ordonnes de se justifier devant ton tribunal, pense à l’intérieur de toi-même, regarde si tu n’es pas le responsable de la mort de ce Condamné, si ce jugement contre Dieu n’est pas en réalité un jugement contre toi-même. Réfléchis et juge si ce jugement et son résultat – la Croix et puis la Résurrection – ne sont pas pour toi l’unique moyen de salut ». Ainsi donc, l’éloquence du Vendredi Saint est celle de l’amour de Dieu qui veut qu’aucun ne périsse, mais que le pécheur se détourne de sa mauvaise vie.

     Dans l’Evangile apparaît à l’évidence la tragédie de ceux qui se croient justes. Les grands prêtres et les anciens du temple ne reçoivent pas le message de pénitence. Ils s’imaginent qu’ils n’en ont pas besoin. Ils observent la loi, se considèrent comme justifiés, pratiques les normes extérieures, se montrent surs de leur excellence. Les autres sont de pauvres ignorants de la loi. Comme ils se trompent ! En s’excluant eux-mêmes du groupe des pécheurs, ils s’auto-excluent de la miséricorde de Dieu, de son pardon et de sa bonté éternelle. Par conséquent, si avec leurs paroles ils ont di « oui » à la volonté de Dieu, leurs œuvres, elles, n’ont pas été bonnes. Ils n’ont pas pratiqué la justice et le droit. Ils se sont révélés hypocrites, sépulcres blanchis. Ils n’ont pas aimé la vérité.

     Par contre, les pécheurs publics, ceux qui ont clairement dit « non » à Dieu et à sa volonté, changent lors de la prédication du Baptiste. Ils se repentent. Ils se sentent interpellés dans leur conduite. Ils se rendent compte de la misère morale face à la puissance et à la majesté de Dieu, et ils se convertissent. Ils ont d’abord dit « non », mais ensuite, ils ont dit « oui ».

     Ici, il est important de se souvenir des paroles de l’encyclique Redemptoris missio :

     « Tout homme est donc invité à « se convertir » et à « croire » à l'amour miséricordieux de Dieu pour lui: le Royaume croîtra dans la mesure où tous les hommes apprendront à se tourner vers Dieu comme vers un Père dans l'intimité de la prière (cf. Lc 11, 2; Mt 23, 9) et s'efforceront d'accomplir sa volonté (cf. Mt 7, 21) ».

    (Jean-Paul II, Redemptoris missio 13). En réalité, le Pape nous montre que  nous avons tous besoin de conversion.

     Le Christ est Seigneur. L’hymne christologique de la Lettre aux Philippiens est l’un des textes fondamentaux dans l’élaboration de la christologie. Dans cet hymne, le centre autour duquel s’oriente la réflexion est la phrase finale : Jésus-Christ est Seigneur.

     « Dans la traduction grecque des livres de l’Ancien Testament, le nom ineffable par lequel Dieu se révèle à Moïse (cf. Ex 3, 14), YHWH, se traduit par « Kyrios » (Seigneur). « Seigneur » devient depuis lors le nom le plus habituel pour désigner la divinité même du Dieu d’Israël. Le Nouveau Testament utilise en ce sens fort le titre « Seigneur » pour le Père, mais l’utilise également – et ici est la nouveauté – pour Jésus, le reconnaissant comme dieu (cf. 1 Co 2, 8) ». (Cf. Catéchisme de l’Eglise catholique 446).

     Ainsi, l’hymne aux Philippiens indique clairement la divinité et l’humanité parfaite du Christ. Lui, malgré sa condition divine, n’a pas fait étalage de son statut divin. Dans cet hymne, on ne parle pas des discours du Seigneur, de ses enseignements, mais de ses œuvres : il s’est dépouillé. Il a pris la condition d’esclave. Il s’est soumis même à la mort. Il nous enseigne le chemin que le chrétien doit suivre : le chemin de l’obéissance aux plans divins, le chemin de l’humilité, le chemin de l’accomplissement de la volonté de Dieu à travers les œuvres, et pas seulement en paroles.

     Ici nous admirons la puissance du Christ : un pouvoir très différent de celui de l’homme, qui désire imposer et faire sa propre volonté. La puissance du Christ est la puissance de l’obéissance au Père, c’est la puissance de l’amour et de la vérité, c’est la puissance de celui qui sert et donne sa vie pour ses amis. Le Christ est Seigneur. C’est lui qui a le nom qui est au-dessus de tout nom. Et ceci est notre espérance. Nous pouvons espérer dans la puissance de Dieu. Une puissance qui agit dans notre monde, qui le change de l’intérieur. Une puissance qui ne s’exerce pas d’une façon despotique, mais amoureuse. Le Christ est notre espérance !

     Chaque jour, nous devons nous tourner un peu plus vers le Père des miséricordes. En effet, en entrant à l’intérieur de nous-mêmes, nous remarquons l’ « inadéquation » entre notre être, notre identité comme hommes et comme chrétiens, et notre « agir » quotidien. Nous réalisions combien nous sommes fragiles et combien nous avons besoin de pardon et de miséricorde. Le bon chemin pour réaliser ce parcours de conversion est l’examen de conscience quotidien. Il s’agit de réserver quelques minutes en milieu de journée, ou en fin de journée, pour examiner notre parcours, selon le vécu de nos engagements. C’est également revoir le fonctionnement de notre amour, de notre dévouement aux autres, de l’accomplissement de nos devoirs.

     L’absence du sens du péché, qui est l’un des grands maux de notre époque, est dû, en partie, à cette incapacité à entrer à l’intérieur même de notre cœur et à voir que, à côté des choses bonnes, il y a aussi l’indifférence, l’infidélité, un rapport plus lâche à l’amour de dieu.

     L’examen de conscience n’est pas un moment de scrupules ou de mépris de soi-même. Au contraire. C’est un moment de résurgence intérieure, c’est le moment d’une « étreinte du Père de miséricordes », malgré nos misères et nos faiblesses. L’âme qui fait un examen de conscience, découvre Dieu et commence un chemin de conversion et de transformation qui ne connaît aucune limite.

  • St Vincent de Paul, prêtre et fondateur (1581-1660)

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    Source : http://www.levangileauquotidien.org/

    St_Vincent_de_Paul.pngCe saint, dont le nom est devenu synonyme de charité, est l'une des plus pures gloires de la France et de l'humanité tout entière. Il naquit à Pouy, près de Dax (France), le 24 avril 1581. Ses parents faisaient valoir une petite ferme et vivaient du travail de leurs mains. Les premières années de Vincent se passèrent à la garde des troupeaux. Un jour qu'il avait ramassé jusqu'à trente sous, somme considérable pour lui, il la donna au malheureux qui lui parut le plus délaissé. Quand ses parents l'envoyaient au moulin, s'il rencontrait des pauvres sur sa route, il ouvrait le sac de farine et leur en donnait à discrétion.

     Son père, témoin de sa charité et devinant sa rare intelligence, résolut de s'imposer les plus durs sacrifices pour le faire étudier et le pousser au sacerdoce : « Il sera bon prêtre, disait-il, car il a le cœur tendre. »

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  • Saint Vincent de Paul, un véritable homme de foi (27 septembre)

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    Une homélie inédite du cardinal Joseph Ratzinger à la Cathédrale de Munich, le 26 avril 1981, traduite sur le site "Benoît et moi" (archive du 27/9/2014)

    A relire aussi: la méditation d'Angélus du 26 septembre 2010, à Castelgandolfo:

    « (...) nous célébrerons demain la mémoire liturgique de saint Vincent de Paul, patron des organisations caritatives catholiques, dont c'est le 350e anniversaire de la mort.
    Dans la France du XVIIe siècle, il a touché du doigt le fort contraste entre les plus riches et les plus pauvres. En effet, en tant que prêtre, il a pu fréquenter les milieux aristocratiques, les campagnes et les bas-fonds de Paris.

    Poussé par l'amour du Christ, Vincent de Paul a su organiser des formes stables de service aux exclus en donnant vie à ce qu'on a appelé les «Charités», c'est-à-dire des groupes de femmes qui mettaient leur temps et leurs biens à la disposition des personnes les plus marginalisées. Parmi ces bénévoles, certaines ont choisi de se consacrer totalement à Dieu et aux pauvres, et ainsi, avec sainte Louise de Marillac, saint Vincent fonda les «Filles de la Charité», première congrégation féminine à vivre la consécration «dans le monde» au milieu des personnes, avec les malades et les nécessiteux».

    LA VRAIE FORCE DE GUÉRISON - L’homme de Foi, St Vincent de Paul,

    Homélie du Cl Joseph Ratzinger à la Cathédrale de Munich, le 26 avril 1981

    Chers frères dans le Christ,

    “Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion, à la fraction du pain et aux prières” (Actes 2, 42). C’est ainsi que st Luc décrit la première communauté chrétienne dans la première lecture qu’on vient d’entendre. Il souhaite ainsi la donner en exemple pour l’Église de tous les temps. Il énumère les forces qui sous-tendent l’édifice de l’Église, et qui lui donneront toujours sa cohésion et son dynamisme.

    Ce que nous pouvons remarquer avant tout, c’est que cette Église prie ; elle ne s’éloigne pas de la maison du Seigneur, devenant elle-même un temps spirituel. Elle est au service de la gloire de Dieu dont elle tire sa joie. Elle nous apparaît comme un culte permanent rendu à Dieu sous la conduite des apôtres. Mais sa prière qui la tourne vers Dieu ne la détourne pas pour autant des hommes ; elle ne fuit pas dans un isolement idyllique devant les luttes parfois si dures qui jalonnent l’Histoire.

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  • Est-il miséricordieux de violer la dignité fondamentale de la personne humaine en mettant fin à sa vie ?

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    De Fionn Shiner sur Crux Now :

    L’euthanasie d’un enfant néerlandais de presque deux ans est un exemple de « miséricorde » utilisée pour justifier des actes contestables, déclare un cardinal à Crux Now.

    L’euthanasie récente d’un enfant de près de deux ans aux Pays-Bas montre que l’idée de miséricorde est « souvent utilisée de nos jours pour justifier des actions éthiquement discutables », a déclaré un cardinal néerlandais de haut rang.

    S'adressant à  Crux Now,  le cardinal Wim Eijk, président de la Conférence des évêques néerlandais et évêque de la Conférence chargé de l'éthique médicale, a expliqué que le cas de l'enfant handicapé euthanasié à la fin de l'année dernière montre que la miséricorde est mal comprise dans les cultures occidentales.

    « De nos jours, le mot « miséricordieux » est souvent utilisé pour justifier des actes moralement discutables. Mais est-il miséricordieux de violer la dignité fondamentale de la personne humaine en mettant fin à sa vie ? » a déclaré Eijk.

    « Ce qui relève véritablement de la miséricorde, c’est d’apporter des soins adéquats, en l’occurrence des soins palliatifs. Si les formes classiques de soins palliatifs s’avèrent insuffisantes pour réduire la souffrance à un niveau supportable, la sédation palliative peut constituer une solution », a-t-il ajouté.

    L'enfant est né prématurément à 26 semaines et a subi des lésions cérébrales ayant entraîné une paralysie cérébrale et une déficience visuelle. Il souffrait également de crises d'épilepsie, présentait une bronchiolite et souffrait d'insomnie.

    Ses parents et le médecin ont décidé de mettre fin à la vie de l'enfant, profitant d'une nouvelle législation néerlandaise autorisant l'euthanasie des mineurs, introduite en 2024. Le cas de cet enfant était le premier du genre.

    Plus tôt ce mois-ci, un comité d'examen néerlandais a conclu que l'affaire avait été « bien gérée », même si certains médecins impliqués n'étaient pas d'accord avec cette décision.

    Eijk a déclaré que cela montre que « beaucoup de gens dans la société occidentale préfèrent la mort à une vie avec un handicap ».

    « La société actuelle a plus de mal à accepter la souffrance et le handicap. Cela se manifeste notamment par la tendance, chez la plupart des gens, à considérer l'apparence parfaite comme l'idéal. Même en l'absence d'imperfections visibles, nombreux sont ceux qui ont recours à la chirurgie esthétique, alors qu'elle est en réalité inutile », a-t-il déclaré.

    Eijk a également déclaré qu'il existait d'autres moyens de soulager la souffrance et que, dans certains cas, il était licite de supprimer la conscience même si cela devait finalement entraîner la mort.

    « Si, malgré l’utilisation d’analgésiques et d’autres mesures visant à réduire les symptômes pénibles à un niveau tolérable, il peut être permis de supprimer la conscience en administrant des sédatifs, dans la mesure nécessaire pour rendre les symptômes supportables. Il peut parfois être nécessaire de supprimer complètement la conscience », a-t-il déclaré.

    « Dans ce cas, le patient ne s’alimentera ni ne s’hydratera, et finira par mourir. La mort n’est cependant pas l’intention première, mais un effet secondaire, justifiable faute d’autres traitements possibles », a expliqué Eijk. 

    L'intégralité de l'interview entre  Crux Now  et Eijk est disponible ci-dessous.

    Cet entretien a été raccourci.

    Question cruciale : Pourquoi pensez-vous que certaines personnes préfèrent la mort à une vie avec un handicap ?

    Eijk : Je pense que beaucoup de gens dans les sociétés occidentales préfèrent la mort à une vie handicapée. Jusque dans les années 1960, la plupart des gens étaient bien mieux armés pour faire face à la souffrance, à l’adversité, à la maladie et au handicap qu’aujourd’hui. La société actuelle est moins apte à gérer la souffrance et le handicap.

    Cela se manifeste très clairement dans la tendance actuelle de la plupart des gens à considérer l'apparence parfaite comme l'idéal. Même en l'absence d'imperfections visibles, nombreux sont ceux qui ont recours à la chirurgie esthétique, alors qu'elle est en réalité inutile. Dans ce contexte, il est extrêmement difficile d'accepter la maladie et le handicap, surtout lorsqu'aucun traitement n'est possible.

    De plus, le respect de la dignité inviolable de la vie humaine s'est érodé ces dernières décennies. Par conséquent, face à la maladie et au handicap, la décision de mettre fin à ses jours est souvent prise, car les personnes ne souhaitent plus être confrontées à de telles situations.

    Pourquoi les Pays-Bas font-ils partie des trois seuls pays à autoriser l'euthanasie pour les mineurs ?

    La loi néerlandaise sur l'euthanasie stipule que la vie des personnes souffrant de souffrances insupportables et désespérées peut être interrompue sous certaines conditions, à condition qu'elles le choisissent de leur plein gré. Cette loi s'applique donc dès l'âge de 12 ans.

    À partir de 18 ans, chacun peut décider lui-même si l'euthanasie doit être pratiquée sur lui. Entre 16 et 18 ans, la décision revient au jeune concerné, mais ses parents doivent être consultés.

    Entre 12 et 16 ans, ce sont les parents qui prennent la décision concernant l'euthanasie, mais le jeune concerné doit être consulté. 

    En outre, la législation néerlandaise autorise l'interruption tardive de grossesse, c'est-à-dire l'avortement à partir du moment où le fœtus est viable hors de l'utérus (ce qui est présumé être le cas à partir de la 24e semaine de gestation). Cette législation prévoit également l'interruption de grossesse chez les nouveau-nés jusqu'à l'âge d'un an.

    Il n'existait aucune législation encadrant l'euthanasie des enfants âgés de un à douze ans. Les pédiatres estimaient que, dans le cas de certains enfants souffrant de maladies graves et incurables, ils devraient pouvoir pratiquer l'euthanasie sans risquer de poursuites judiciaires. Ils ont donc exhorté les responsables politiques à légiférer en ce sens.

    En conséquence, une réglementation officielle concernant l'euthanasie des enfants âgés de un à douze ans a été introduite en 2024. Les enfants âgés de un à douze ans ne peuvent être considérés comme capables de décider de leur plein gré de mettre fin à leur vie.

    Dans leur cas, le médecin et les parents ont donc dû conclure qu'aucun traitement médical ne pouvait guérir la maladie ni soulager les souffrances, et que ces dernières n'étaient possibles qu'en mettant fin à la vie de l'enfant. Ils préfèrent, si possible, prendre cette décision en concertation avec lui.

    Toutefois, il est stipulé que les mesures mettant fin à la vie ne doivent pas être prises si l'enfant exprime le souhait de continuer à vivre.

    Que révèle un cas comme celui-ci sur la philosophie sous-jacente d'une culture ?

    Depuis les années 1960, époque où la prospérité a permis de vivre indépendamment des autres, la culture est devenue individualiste et, au fil des décennies, même hyper-individualiste. L'idéal éthique de cette culture est l'autonomie de l'individu.

    Au départ, cette autonomie signifiait qu'un individu ne devait pas être empêché d'agir à sa guise, sauf si cela nuisait à autrui. Progressivement, cet idéal a évolué, au point que l'autonomie en est venue à englober le fait d'être ce que l'on souhaitait être : homme, femme, personne non binaire, ou, par le biais de procédures de changement de sexe, appartenir aussi étroitement que possible au sexe opposé.

    Cette autonomie en est venue à signifier également que l'individu avait le droit, sous certaines conditions, de mettre fin à sa vie par euthanasie.

    De plus, une vision dualiste de l'humanité prévaut dans la culture actuelle. La conscience est considérée comme la véritable essence de l'être humain : le centre cérébral où résident la capacité de penser, l'aptitude à prendre des décisions autonomes et celle de nouer des relations humaines.

    Le corps, en quoi les êtres humains ne diffèrent pas du règne animal, est perçu comme secondaire, comme un moyen par lequel la personne humaine – c’est-à-dire la conscience – s’exprime. Si une personne acquiert la conviction que le corps, et donc la vie physique, a perdu toute valeur, elle peut choisir d’y renoncer et de mettre fin à ses jours.

    Objectivement parlant, l'être humain n'est ni seulement son corps, ni seulement son âme, mais bien l'âme et le corps. Le corps est une composante essentielle de la personne humaine. La suppression de son corps constitue donc une atteinte fondamentale à sa dignité inhérente.

    Les partisans de l'euthanasie diraient probablement que l'enfant souffrait atrocement et que, par conséquent, mettre fin à ses jours était un acte de miséricorde. Pourquoi l'Église enseigne-t-elle que ce raisonnement est dangereux ?

    Le mot « miséricordieux » est souvent employé de nos jours pour justifier des actes moralement discutables. Mais est-il miséricordieux de violer la dignité fondamentale de la personne humaine en mettant fin à sa vie ?

    Ce qui relève véritablement de la miséricorde, c'est d'apporter des soins adéquats, en l'occurrence des soins palliatifs. Si les formes classiques de soins palliatifs s'avèrent insuffisantes pour réduire la souffrance à un niveau supportable, la sédation palliative peut constituer une solution.

    Si, malgré l'utilisation d'analgésiques et d'autres mesures visant à réduire les symptômes pénibles à un niveau tolérable, il peut être permis de supprimer la conscience en administrant des sédatifs, dans la mesure nécessaire pour rendre les symptômes supportables. Il peut parfois être nécessaire de supprimer complètement la conscience.

    Dans ce cas, le patient cessera de s'alimenter et de s'hydrater, et finira par mourir. La mort n'est cependant pas l'intention première, mais un effet secondaire justifiable faute d'autres traitements.

    Quelles mesures concrètes l'Église peut-elle prendre pour enrayer la progression de l'euthanasie ?

    L’Église doit continuer de proclamer la dignité fondamentale de la vie à laquelle tout être humain, sans exception, a droit de la conception à la mort naturelle. Cela signifie que, selon la loi morale naturelle, la vie d’un être humain innocent est inviolable. Sur cette base, des actes tels que l’avortement, l’euthanasie et le suicide assisté sont, par essence, moralement répréhensibles.

    De plus, l’Église doit continuer à souligner l’importance de soins palliatifs adéquats. Les soins palliatifs, y compris la sédation palliative, rendent l’euthanasie inutile.

    Il est également important que l'Église continue de proclamer la spiritualité chrétienne de la souffrance, ce qui est généralement trop peu fait. Dans nos souffrances, comme le dit Jean-Paul II, nous pouvons découvrir un appel à suivre le Christ dans ses souffrances d'une manière particulière.

    Nous portons alors notre croix avec Jésus. Unis à lui dans sa souffrance et sur sa croix, nous pouvons puiser une grâce et une force particulières pour supporter nos propres souffrances. En réalité, c'est Jésus qui porte alors notre croix pour nous. 

    Pourquoi pensez-vous que l'Église a perdu le débat sur des questions telles que l'euthanasie et l'avortement dans le monde occidental ? Croyez-vous qu'il soit possible de reconquérir le terrain culturel ?

    Comme je l'ai dit en réponse à la deuxième question, depuis les années 1960, une culture hyper-individualiste a émergé, dont l'idéal éthique est l'autonomie de l'individu. Cette culture est réfractaire à une morale partagée par une communauté. L'Église est, par essence, une communauté de croyants, fondée par le Christ.

    Dans son message, l'Église défend une morale partagée par tous. L'hyper-individualiste, en revanche, n'est pas réceptif à une telle conviction morale commune.

    Une culture chrétienne peut-elle être rétablie, même en Occident ? Ces cinq ou six dernières années, nous avons constaté – notamment en France, mais aussi aux Pays-Bas et en Angleterre – une augmentation annuelle du nombre de jeunes souhaitant rejoindre l’Église.

    Il y a aussi de jeunes catholiques qui, bien que baptisés enfants, n'ont reçu aucune autre éducation religieuse et qui découvrent leur identité catholique. Ils décident ensuite de vivre en accord avec elle. Ils prennent conscience du vide de la culture actuelle.

    Cette culture ne propose aucun critère permettant de distinguer le vrai du faux, le bien du mal. C'est pourquoi ses habitants se mettent en quête de la vérité. Ils découvrent le Christ comme la vérité incarnée et son Église comme l'enseignante de cette vérité sur TikTok et autres réseaux sociaux.

    Ces jeunes croyants sont généralement enclins à adhérer pleinement à l'enseignement de l'Église, notamment en ce qui concerne le respect de la vie humaine. C'est un phénomène encourageant.

    Cela remet-il en cause la culture actuelle ? Non, mais cela sème les graines de ce que le pape Benoît XVI appelle une « minorité créative ». Un jour, lorsque la culture hyper-individualiste actuelle s’effondrera sous le poids de son propre vide, cette minorité pourra contribuer à l’émergence d’une nouvelle culture chrétienne.