De George Weigel sur First Things :
La descente aux enfers à Spire
12 août 2026
Spire est une charmante ville située sur la rive ouest du Rhin. Son splendide centre médiéval est dominé par une magnifique cathédrale du XIe siècle, lieu de repos des empereurs allemands pendant trois cents ans et l’un des plus beaux exemples d’architecture romane en Europe. (Pour les amateurs de la royauté britannique, le futur roi Édouard VII fit la connaissance de sa future épouse, Alexandra, dans la cathédrale de Spire (Dom zu Speyer) en 1861 ; c’est sa sœur, la princesse héritière Victoria de Prusse [« Vicky »], qui joua le rôle d’entremetteuse pour « Bertie ».) Spire fut érigée en diocèse à un moment donné au IVe siècle, un évêque catholique local étant mentionné pour la première fois dans des documents écrits en 346.
Je vous demande un peu de patience pour quelques instants de statistiques fastidieuses, mais révélatrices.
Selon la dernière édition de l’annuaire du Vatican, l’Annuario Pontificio, le diocèse de Spire compte 504 210 catholiques, ce qui, je suppose, signifie que 504 210 personnes résidant sur le territoire du diocèse se déclarent catholiques en cochant la case correspondant à la « Kirchensteuer » (impôt ecclésiastique) sur leur déclaration d’impôts allemande. Le diocèse compte 239 prêtres diocésains et vingt-six prêtres appartenant à des ordres religieux résidant sur son territoire ; il abrite également soixante-cinq diacres permanents, 304 membres d’ordres religieux masculins et 312 membres de communautés religieuses féminines. Aucune ordination sacerdotale n’a eu lieu dans le diocèse en 2024, et à cette date, Spire comptait quatre séminaristes. La fréquentation moyenne des messes dominicales représente 5,1 % des catholiques inscrits.
En juin, le diocèse a annoncé une restructuration majeure, visant à réduire le nombre de ses soixante-dix paroisses de 87 %, pour n’en conserver que neuf. Ces nouvelles « paroisses », qui remplaceront les doyennés diocésains actuels, seront dirigées par un « conseil synodal » et un « comité exécutif à temps plein », les finances paroissiales étant gérées par un « conseil administratif ». Les neuf nouvelles paroisses comprendront des « équipes communautaires » en tant que « lieux de proximité pastorale et de foi vécue ». Tout cela avait été annoncé à l’automne dernier lorsqu’un processus synodal au sein du diocèse avait publié une proposition de réforme structurelle intitulée « Vous serez une bénédiction » — un titre curieux, étant donné que le vicaire général du diocèse avait admis qu’« une grande incertitude et parfois même une certaine résignation étaient palpables » au cours de ce processus consultatif.
En effet. Mais quelle est la cause de cette incertitude ? Réfléchissons à ceci :
Peu avant l’annonce de cette transformation radicale — certains diront même de cette déconstruction — d’un diocèse historique fondé un siècle avant le pontificat du pape saint Léon le Grand, Mgr Georg Bätzing, évêque de Limbourg, a soutenu avec détermination la bénédiction des couples de même sexe en tant que couples, déclarant publiquement que cela se ferait « dans un cadre responsable. « Cela sert les fidèles et, à mon sens, ne met pas en danger l’unité de l’Église. » L’ancien président de la Conférence épiscopale allemande a tenu ces propos juste après que le pape Léon, s’exprimant lors de son vol de retour de Guinée équatoriale, eut critiqué de telles pratiques et déclaré que l’Église « n’approuve pas les bénédictions formelles des couples de même sexe ». Parallèlement, la présidente du Comité central des catholiques allemands, Irme Stetter-Karp, a déclaré qu’elle espérait que « les cérémonies de bénédiction continueront d’être utilisées dans le plus grand nombre d’endroits possible pour bénir les couples de même sexe et les couples se trouvant dans des situations dites irrégulières ».
La course effrénée du catholicisme allemand vers le précipice de l’oubli ecclésiastique comporte de nombreux aspects extrêmement exaspérants ; parmi les plus troublants, en raison de leur malhonnêteté, figure l’affirmation selon laquelle les abus sexuels commis par des membres du clergé obligeraient l’Église à repenser son éthique de l’amour humain et son engagement séculaire en faveur du célibat des prêtres. Il n’existe absolument aucune preuve empirique que les prédateurs sexuels du clergé aient été en quelque sorte transformés en monstres par le sixième commandement et par la conception qu’a l’Église catholique de la manière dont le respect de ce commandement contribue au bonheur et à l’épanouissement de l’être humain. Quant à l’idée selon laquelle le mariage serait une sorte de programme de prévention de la criminalité, de sorte qu’un clergé marié serait moins enclin aux agressions sexuelles, il s’agit à la fois d’une insulte flagrante au sacrement du mariage et d’une affirmation démentie par les graves problèmes d’abus sexuels au sein des confessions chrétiennes où le ministère est exercé par des personnes mariées.
Comme je l’ai déjà souligné dans ces pages, la crise allemande trouve sa source dans l’apostasie : un rejet sans vergogne de ce que l’Église catholique croit et enseigne comme étant la vérité. Le diocèse de Spire n’est pas en train de mourir pour des « raisons financières et de personnel », contrairement à ce qu’affirment les responsables diocésains. Le catholicisme allemand nage dans l’argent grâce à l’impôt ecclésiastique, et 265 prêtres devraient largement suffire pour desservir soixante-dix paroisses. Ce râle d’agonie est dû à l’incapacité de prêcher, d’enseigner et de vivre, avec joie et compassion, l’Évangile dans son intégralité : « la foi qui a été transmise une fois pour toutes aux saints » (Jude 1, 3).
C’est ce qui explique le taux de fréquentation de la messe dominicale de 5,1 %. Et c’est ce qui a provoqué la tragédie de la spirale mortelle de Spire.
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La chronique de George Weigel intitulée « The Catholic Difference » est diffusée par le Denver Catholic, la publication officielle de l’archidiocèse de Denver.



