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Eglise

  • France : un groupe parlementaire veut forcer les prêtres à briser le secret de la confession

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    De Philippe Marie sur Tribune Chrétienne :

    « Une atteinte sans précédent à la liberté religieuse »: un groupe parlementaire veut forcer les prêtres à briser le secret de la confession

    À la veille de l’examen d’une proposition de loi du groupe "Ensemble pour la République", de Gabriel Attal, la Conférence des évêques de France exprime sa « grande préoccupation » et estime que plusieurs dispositions du texte menacent des libertés fondamentales, parmi lesquelles le secret de la confession

    La Conférence des évêques de France a choisi de tirer la sonnette d’alarme. Dans une déclaration publiée le 29 mai, à quelques jours de l’examen en séance publique de la proposition de loi visant à prévenir et lutter contre les violences en milieu scolaire, les évêques font part de leur « grande préoccupation » face à plusieurs dispositions qu’ils jugent dangereuses pour les libertés fondamentales. Les évêques prennent soin de rappeler qu’ils soutiennent pleinement la lutte contre les violences faites aux enfants. Ils soulignent que l’Église est elle-même engagée depuis plusieurs années dans « un travail de vérité » et dans la prévention des abus sexuels. Mais ils estiment que certains articles du texte franchissent une limite préoccupante.

    Dans leur déclaration, ils écrivent ainsi que « certains articles de la proposition de loi qui sera débattue lundi en séance publique à l’Assemblée nationale remettent en cause plusieurs libertés fondamentales, comme la liberté de conscience, le secret professionnel, la liberté d’enseignement ou la liberté de culte ». C’est pourquoi la Conférence des évêques de France « interpelle les parlementaires à ce sujet et exprime ici sa grande préoccupation ». Au cœur de cette inquiétude figure l’article 9 de la proposition de loi. Celui-ci modifie l’article 434-3 du Code pénal en ajoutant une disposition particulièrement sensible : « N’en sont pas exceptés les ministres des cultes s’agissant des informations dont ils ont eu connaissance dans l’exercice de leur ministère. »

    Pour l’Église catholique, il ne fait guère de doute que cette disposition vise directement le secret de la confession. Les ministres du culte sont explicitement mentionnés et les informations reçues « dans l’exercice de leur ministère » comprennent nécessairement celles confiées dans le cadre du sacrement de pénitence.

    Or, pour l’Église, le secret de la confession n’est pas un simple secret professionnel comparable à d’autres obligations de confidentialité. Il relève du droit divin et de la nature même du sacrement. Le Code de droit canonique affirme sans ambiguïté que « le secret sacramentel est inviolable ». Le canon 983 précise qu’il est interdit au confesseur de trahir le pénitent « en paroles ou de toute autre manière et pour quelque cause que ce soit ». Depuis des siècles, l’Église enseigne qu’aucune autorité civile ne peut exiger d’un prêtre qu’il révèle ce qu’il a appris sous le sceau de la confession. Un confesseur doit accepter toutes les conséquences possibles plutôt que de violer ce secret. Aux yeux de nombreux catholiques, la disposition examinée par les députés constitue donc une remise en cause directe de la liberté de culte.

    L’inquiétude de l’épiscopat ne concerne toutefois pas uniquement la confession. Le texte renforce également les pouvoirs de l’État sur les établissements privés sous contrat, dont une grande partie relève de l’enseignement catholique. Le nouvel article L. 442-1-5 du Code de l’éducation permet ainsi au représentant de l’État de prononcer « la fermeture définitive de l’établissement ou des classes concernées ». Plus encore, le nouvel article L. 442-1-6 prévoit que certaines mesures pourront être prises « sans mise en demeure préalable » en cas « d’atteinte d’une particulière gravité aux valeurs de la République ».

    Pour les évêques, ces dispositions soulèvent également des interrogations majeures en matière de liberté d’enseignement. En associant dans une même mise en garde la liberté de conscience, la liberté de culte, le secret professionnel et la liberté d’enseignement, la Conférence des évêques de France montre qu’elle perçoit dans ce texte un enjeu qui dépasse largement le seul cadre de la protection de l’enfance.

  • Quand le scoutisme catholique européen veut former des militants LGBT

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    De "Tribune chrétienne" :

    « Scout toujours, gay ! » : quand le scoutisme catholique européen veut former des militants LGBT

    De la France à l’Italie, plusieurs mouvements scouts se réclamant du catholicisme adoptent désormais les concepts d’identité de genre, d’inclusion LGBT et de reconnaissance des orientations sexuelles. Une évolution qui suscite une inquiétude croissante chez ceux qui voient dans le scoutisme une école de foi avant d’être un laboratoire des nouvelles idéologies

    Pendant des décennies, le scoutisme catholique a constitué l’un des plus puissants instruments de formation chrétienne de la jeunesse. On y apprenait l’esprit de service, le sens du devoir, la maîtrise de soi, le goût de l’effort, la vie de prière et la fidélité au Christ. Aujourd’hui, une autre logique semble s’imposer progressivement au sein de plusieurs mouvements européens : celle de l’idéologie LGBT. En France, les signaux d’alerte se multiplient depuis plusieurs années. Messages diffusés à l’occasion de la Journée internationale contre les LGBT-phobies, promotion de « l’inclusion », mise en avant de la « visibilité » LGBT, recours à l’écriture inclusive, diffusion de supports inspirés du militantisme gay contemporain : autant d’éléments qui témoignent d’une évolution profonde des Scouts et Guides de France.

    Le problème n’est pas le respect des personnes. Celui-ci fait partie intégrante de l’enseignement chrétien. Le problème est l’introduction dans l’éducation scoute d’une vision de l’homme, de la sexualité et de la famille qui s’éloigne de l’enseignement constant de l’Église. Or ce qui se produit en France apparaît désormais également en Italie.

    Le 3 mai dernier, l’AGESCI, l’Association des Guides et Scouts Catholiques Italiens, a adopté un document intitulé Identité de genre et orientation sexuelle et affective. Ce texte affirme que l’identité de genre et l’orientation sexuelle doivent être reconnues et valorisées au sein de la communauté scoute. Il considère également que ces éléments ne peuvent constituer un obstacle à l’exercice de responsabilités éducatives. Pour de nombreux observateurs catholiques italiens, il s’agit d’une rupture doctrinale majeure. Car l’Église a toujours distingué l’accueil des personnes et l’évaluation morale des comportements. Elle n’a jamais enseigné que l’homosexualité ou la transidentité devaient être présentées comme des réalités positives ou comme des composantes à célébrer de l’identité humaine.

    Le document italien va plus loin encore. Il appelle à combattre les attitudes qualifiées d’« homolesbobitransphobes », dans une logique qui tend à assimiler toute critique de l’idéologie LGBT à une forme de discrimination. Cette approche reprend les catégories aujourd’hui largement diffusées dans les milieux militants LGBT

    Lire l’article

    Le parallèle avec la situation française est frappant. Dans les deux pays, le même vocabulaire s’impose. Inclusion, reconnaissance des identités, diversité des orientations sexuelles, visibilité, lutte contre les discriminations : autant de notions qui occupent désormais une place centrale dans le discours scout. Dans le même temps, les références explicites à la morale catholique deviennent de plus en plus discrètes. Cette convergence n’a rien d’anodin. Sans qu’il soit possible d’affirmer l’existence d’une coordination organisée, une même dynamique idéologique traverse aujourd’hui plusieurs mouvements du scoutisme catholique européen. Les mêmes concepts apparaissent, les mêmes revendications sont relayées et les mêmes évolutions anthropologiques sont présentées comme inéluctables.

    Le paradoxe est saisissant. Le scoutisme fut créé pour former des jeunes enracinés dans la vérité, capables de résister aux pressions du monde et de vivre selon une loi morale exigeante. Il apparaît aujourd’hui, dans certains mouvements, comme un lieu d’adaptation aux grandes tendances culturelles contemporaines. L’enjeu dépasse largement les seuls scouts. Derrière ces débats se profile une question fondamentale : quelle conception de l’homme veut-on transmettre aux nouvelles générations ? L’anthropologie chrétienne repose sur la complémentarité de l’homme et de la femme, sur la réalité de la nature humaine et sur une vision de la sexualité ordonnée au bien de la personne. L’idéologie LGBT propose au contraire une identité fondée sur le ressenti individuel et détachée de toute référence objective à la nature.

    C’est pourquoi l’inquiétude de nombreuses familles est profonde. Elles ne confient pas leurs enfants au scoutisme catholique pour qu’il reprenne les catégories idéologiques du temps présent. Elles y cherchent une formation humaine et spirituelle enracinée dans l’Évangile. De la France à l’Italie, le constat devient difficile à ignorer : sous le langage de l’accueil et de l’inclusion, une partie du scoutisme catholique abandonne sa mission première. Et lorsque les mouvements chargés de former la jeunesse commencent à adopter les principes du monde plutôt que ceux de l’Église, la devise « Scout toujours ! » risque de perdre une part essentielle de son sens.

    Et en Belgique ? Quelle est la position des "scouts" autrefois catholiques ? En Belgique, les mouvements de jeunesse comme Les Scouts promeuvent activement l'inclusion et considèrent l'orientation sexuelle comme une caractéristique à respecter et à valoriser. La discrimination y est jugée inacceptable, avec des ressources pédagogiques dédiées pour lutter contre l'homophobie et garantir un environnement sécurisant pour tous. Voir : https://lesscouts.be/fr/le-scoutisme/diversite-et-inclusion/lgbtqia

  • Un évêque italien exhorte les catholiques à évangéliser les musulmans

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    De sur The European Conservative :

    Un évêque italien exhorte les catholiques à évangéliser les musulmans

    L'évêque Antonio Suetta affirme que l'accueil des migrants musulmans devrait inclure une invitation à embrasser le christianisme.

     
    Un évêque catholique du nord de l'Italie a appelé les chrétiens à évangéliser activement les musulmans vivant en Europe, les avertissant qu'ils ne doivent pas « cacher » leur foi face à la montée des migrations et à la sécularisation.

    Dans une lettre pastorale publiée à l'occasion de la Pentecôte, l'évêque Antonio Suetta de Vintimille-San Remo a soutenu que l'accueil des migrants musulmans devait aller de pair avec la proclamation ouverte du christianisme, insistant sur le fait que le salut ne vient que par Jésus-Christ.

    La lettre, intitulée « Il n'y a pas de plus grand amour que celui-ci » , a été publiée en amont d'une nouvelle initiative diocésaine visant spécifiquement à établir des liens avec les musulmans vivant dans la région proche de la frontière française, une zone fortement touchée par l'immigration ces dernières années.

    S'inspirant de la célèbre rencontre de saint François d'Assise avec le sultan pendant les croisades, Suetta affirmait que les chrétiens devaient aborder les musulmans avec « charité » et « respect », mais sans pour autant abandonner le zèle missionnaire ni diluer l'enseignement catholique.

    L’évêque a insisté à plusieurs reprises sur le devoir des chrétiens de convertir les non-chrétiens, notamment les musulmans résidant en Europe. Tout en reconnaissant que les musulmans vénèrent un seul Dieu et partagent certaines valeurs morales avec les chrétiens, il a soutenu que l’islam et le christianisme présentent des conceptions de Dieu fondamentalement différentes.

    « Pour les chrétiens, Dieu est notre Père et, dans son essence, il est Amour », écrivait Suetta, opposant cela à ce qu’il décrivait comme la conception islamique d’un Dieu plus distant auquel l’homme doit se soumettre.

    Il a également mis en garde contre ce qu'il a décrit comme l'effondrement moral de la société occidentale laïque, affirmant que de nombreux migrants musulmans associent à tort l'immoralité moderne au christianisme lui-même.

    « Ce n’est que lorsqu’ils entrent en contact avec des chrétiens fidèles à leur foi qu’ils réalisent que la sécularisation est une corruption du christianisme », a écrit l’évêque.

    Suetta insistait sur le fait que la simple coexistence pacifique avec les musulmans ne suffisait pas, car les catholiques ont la responsabilité de partager ce qu'ils croient être la vérité de l'Évangile.

    Dans l'un des passages les plus percutants de sa lettre, il comparait l'évangélisation au fait de jeter une corde à quelqu'un qui se noie dans une rivière.

    « Si nous voyons quelqu’un emporté par le courant et que nous possédons une corde pour l’aider, ce serait une négligence grave de ne pas la lui lancer », a-t-il écrit.

    L'évêque a également fait valoir qu'éviter l'évangélisation par crainte d'offenser autrui reviendrait à trahir la mission même du christianisme.

    Dans le même temps, il a souligné que les efforts de conversion ne doivent jamais impliquer de coercition. L’évangélisation, a-t-il déclaré, doit se faire « avec douceur et respect », par le dialogue, la charité, la prière et le témoignage personnel.

    Le diocèse de Vintimille-San Remo a annoncé qu'à partir de l'année pastorale 2026-2027, il lancera des programmes de formation et des rencontres visant à aider les catholiques à mieux comprendre l'islam tout en renforçant leur confiance en leur propre foi.

    Suetta conclut en qualifiant l'évangélisation d'« acte de charité le plus élevé et le plus beau », exhortant les catholiques à prendre au sérieux le commandement du Christ de « faire des disciples de toutes les nations ».

     
    Nick Hallett est rédacteur adjoint pour europeanconservative.com. Il a auparavant travaillé comme journaliste pour Breitbart et comme rédacteur en chef du site web du Catholic Herald .
  • Magnifica humanitas : une magnifique encyclique, mais aussi incohérente sur la guerre et la paix

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Magnifique encyclique, mais aussi incohérente sur la guerre et la paix

    “Désarmée et désarmante”: voilà comment devrait également être l’intelligence artificielle selon le pape Léon. Dans son encyclique “Magnifica humanitas”, il consacre tout un chapitre, le cinquième et dernier, à s’opposer à la “culture de la puissance” qui normalise la guerre, élevée au rang de “prolongement naturel de la politique” alors que les développements technologiques sont désormais en mesure d’imposer même “dépassement de la théorie de la ‘guerre juste’ trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict”.

    Dans les 240 pages que compte ce document, on retrouve de nombreuses invectives contre les guerres et les armes mais à peine quelques lignes – aux paragraphes 192 et 197 – consacrées à reconnaître que “l’usage de la force armée ne doit intervenir en dernier recours, en cas de légitime défense”, mais qu’on ne pourrait cependant plus qualifier de “juste”.

    Pour appuyer cette thèse, dans une note de bas de page, la n°182, le pape Léon renvoie à l’encyclique “Fratelli tutti” du pape François, qui a en effet été le premier à déclarer dans un document pontifical qu’il était “très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible ‘guerre juste’”.

    Mais dans la même note, le pape Léon renvoie également au Catéchisme de l’Église catholique, d’une valeur magistérielle bien supérieure, qui réaffirme en revanche au n°2309 le bien-fondé de “la doctrine dite de la ‘guerre juste’” et qui énumère “les strictes conditions d’une légitime défense par la force militaire” et qui résume comme suit, au n°2308, l’enseignement de l’Église, avec les mots de la constitution “Gaudium et spes” du Concile Vatican II : Aussi longtemps cependant "que le risque de guerre subsistera, qu’il n’y aura pas d’autorité internationale compétente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait dénier aux gouvernements, une fois épuisées toutes les possibilités de règlement pacifique, le droit de légitime défense”.  Un droit – précise le Catéchisme au n°2265 – qui “peut être un devoir grave, pour qui est responsable de la vie d’autrui”, étant donné que “la défense du bien commun exige que l’on mette l’injuste agresseur hors d’état de nuire” incluant “le droit de recourir même aux armes”.

    Selon le Catéchisme, les “conditions strictes” susceptibles de justifier une guerre défensive sont au nombre de quatre et doivent être rencontrées cumulativement :

    1. “Que le dommage infligé par l’agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain.”
    2. “Que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces.”
    3. “Que soient réunies les conditions sérieuses de succès.”
    4. “Que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer. La puissance des moyens modernes de destruction pèse très lourdement dans l’appréciation de cette condition.”

    Si c’est bien ce que nous disent les documents magistériels de l’Église, il faut donc reconnaître que, sur la question de la “guerre juste” et de la légitime défense, l’encyclique “Magnifica humanitas” pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.

    Premièrement par la contradiction entre la “légitimité” reconnue à une guerre de défense armée s’inscrivant dans le cadre des conditions fixées par le Catéchisme et la négation de la qualification de “juste” à une telle guerre.

    Deuxièmement par la disproportion flagrante entre la quantité d’invectives contre toutes les guerres et les armes, non seulement dans “Magnifica humanitas” mais aussi dans de nombreuses autres interventions orales et écrites du pontificat actuel, et les très rares et dérisoires références à la légitimité de la guerre défensive, pourtant reconnue.

    Et troisièmement, par le contraste entre le soutien de fait apporté par le pape Léon à l’héroïque guerre de défense menée par l’Ukraine contre l’agresseur russe et les nombreux discours dans lesquels ce même pape condamne toutes les guerres et les armes, apparemment sans exception.

    Toutes ces contradictions sont mises en lumière avec une rare finesse documentaire par Luca Diotallevi, professeur de sociologie à l’Université de Rome III et aux Facultés théologiques de l’Italie septentrionale dans une longue intervention que l’on retrouvera dans le dernier numéro de la prestigieuse revue “Il Regno”, proposée en lecture intégrale y compris pour les non-abonnés.

    L’analyse du professeur Diotallevi montre combien ces contradictions ont marqué les dernières décennies de la vie de l’Église à tous les niveaux, jusqu’au sommet de la hiérarchie, tout en passant sous silence le pontificat de François – sur lequel un jugement semble “prématuré” – et plus encore sur celui de Léon.

    On retrouve en effet dans l’Église un certain pacifisme qui non seulement tait ce que le Catéchisme dit noir sur blanc mais aussi ce que Paul VI avait déclaré aux Nations Unies le 4 octobre 1965 outre son cri très souvent cité “jamais plus la guerre, jamais plus la guerre!”, d’ailleurs repris tel quel dans l’encyclique “Magnifica humanitas”, c’est-à-dire que “Tant que l'homme restera l'être faible, changeant, et même méchant qu'il se montre souvent, les armes défensives seront, hélas!, nécessaires.”

    Personne ne semble davantage se rappeler l’appel de Jean-Paul II en 1992 devant les Nations Unies et l’Europe à “désarmer l’agresseur” dans les Balkans en guerre : “La conscience de l'humanité, désormais soutenue par les dispositions du droit international humanitaire, demande que soit rendue obligatoire l'ingérence humanitaire dans les situations qui compromettent gravement la survie de peuples et de groupes ethniques entiers : c'est là un devoir pour les nations et la communauté internationale.”

    On oublie aussi l’affirmation nette de Joseph Ratzinger le 4 juin 2004 à l’occasion de la commémoration du débarquement de Normandie, qui a sonné le début de la fin de la domination nazie et de la victoire du monde libre : “S’il y a eu jamais, dans l’histoire, un bellum justum, c’est bien ici, dans l’engagement des Alliés, car l’intervention servait finalement aussi au bien de ceux contre le pays desquels a été menée la guerre.”

    Sur le terrain des faits, il n’y a aucun doute que le pape Léon – à la différence de son prédécesseur François qui en était venu à demander à l’Ukraine de hisser “le drapeau blanc” – considère comme “juste” la défense armée déployée par la nation ukrainienne contre l’agression russe. On se souvient du jugement tranché qu’il a posé sur ce conflit avant d’être élu pape. Et on peut se douter que ce jugement tient toujours aujourd’hui, si l’on prend la peine de décrypter ses faits et gestes.

    On peut prendre pour exemple ce qu’il a déclaré à l’occasion du quatrième anniversaire de l’agression russe, à l’Angélus du 22 février 2026 : “Quatre ans se sont écoulés depuis le début de la guerre contre l’Ukraine. Mon cœur se tourne encore vers la situation dramatique qui est sous les yeux de tous : combien de victimes, combien de vies et de familles brisées, combien de destructions, combien de souffrances indicibles ! J’invite tout le monde à se joindre à la prière pour le peuple ukrainien meurtri.”

    Ou encore ce que le pape Léon a déclaré lors de l’audience générale de mercredi dernier après l’aggravation des attaques russes contre la population civile : “Je suis avec une profonde préoccupation l’évolution du conflit en Ukraine, qui connaît ces jours-ci une intensification dramatique. Je tiens à exprimer ma proximité envers toutes les victimes des récentes attaques, particulièrement lorsque celles-ci touchent des populations civiles. Là où s’abattent les missiles et les drones, ce sont les espérances qui s’effondrent, les foyers et les lieux de prière qui sont réduits en cendres, et des vies innocentes qui sont brisées.”

    Mais si on ne peut remettre en question la solidarité du pape Léon avec le peuple ukrainien qui combat pour défendre sa liberté et sa vie, il semble incohérent que de tels soutiens soient assortis de condamnations aussi fréquentes que généralisées sur les dépenses militaires, comme si ces dernières étaient toutes et toujours peccamineuses.

    L’encyclique “Magnifica humanitas” est truffée de telles condamnations. Mais elles se trouvent résumées dans le discours que le pape Léon a prononcé le 14 mai dernier à l’occasion de sa visite à l’Université “La Sapienza” de Rome : “Au cours de l’année écoulée, l’augmentation des dépenses militaires dans le monde, et en particulier en Europe, a été considérable : on ne peut appeler ‘défense’ un réarmement qui accroît les tensions et l’insécurité, appauvrit les investissements dans l’éducation et la santé, dément la confiance dans la diplomatie, enrichit des élites qui se moquent du bien commun. Il faut également être attentif au développement et à l’application des intelligences artificielles dans les domaines militaire et civil, afin qu’elles ne déresponsabilisent pas les choix humains et n’aggravent pas la tragédie des conflits. Ce qui se passe en Ukraine, à Gaza et dans les territoires palestiniens, au Liban et en Iran illustre l’évolution inhumaine de la relation entre la guerre et les nouvelles technologies, dans une spirale d’anéantissement. Que l’étude, la recherche et les investissements aillent dans la direction opposée : qu’ils soient un ‘oui’ radical à la vie ! Oui à la vie innocente, oui à la vie des jeunes, oui à la vie des peuples qui invoquent la paix et la justice !”.

    On peut être d’accord avec plusieurs aspects de cette déclaration du pape, mais certains passages se heurtent à la réalité. Comment par exemple condamner la défense nécessaire dont l’Europe doit se doter – d’autant plus dans un contexte de désengagement croissant de l’allié américain – pour garantir sa propre sécurité contre des agressions futures et, de fait, contre celles qui s’exercent déjà depuis des années sur son flanc oriental, en Ukraine ?

    On ne peut condamner a priori les innovations technologiques mises en œuvre par cette même Ukraine pour produire les systèmes de défense et d’attaque de drones de nouvelle génération les plus avancés au monde, en mesure de bloquer l’avancée russe.

    Ces incohérences dans la prédication du pape Léon recueillent l’adhésion ininterrompue, qu’elle soit sincère ou calculée, d’une grande partie de l’opinion publique et des classes dirigeantes, à l’enseigne d’une invocation consensuelle à la paix.

    Mais si l’on aspire véritablement à une paix juste, à une pax opus iustitiae, on ne peut pas davantage faire comme si elles n’existaient pas.
     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • La prière de Jeanne à Domrémy (Péguy)

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    jeanne_d_arc.jpgAujourd'hui, nous célébrons la fête de Jeanne d'Arc qui appartient à l'Eglise universelle et non seulement à la France. Qui a mieux célébré Jeanne que Charles Péguy? C'est l'occasion, en ces temps de détresse où la grande pitié de l'Eglise nous accable et où le mal semble partout triompher de méditer cette prière de Jeanne à Domrémy (Le Mystère de la Charité de Jeanne d'Arc) :

    Ô mon Dieu si on voyait seulement le commencement de votre règne. Si on voyait seulement se lever le soleil de votre règne. Mais rien, jamais rien. Vous nous avez envoyé votre Fils, que vous aimiez tant, votre fils est venu, qui a tant souffert, et il est mort, et rien, jamais rien. Si on voyait poindre seulement le jour de votre règne. Et vous avez envoyé vos saints, vous les avez appelés chacun par leur nom, vos autres fils les saints, et vos filles les saintes, et vos saints sont venus, et vos saintes sont venues, et rien, jamais rien.

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  • Jeanne d'Arc, une figure de foi et d'amour (30 mai)

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    Le texte intégral du « panégyrique de Jeanne d’Arc » prononcé par le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, le samedi 30 mai 2015 en la cathédrale Notre-Dame de Rouen. (source)

    Jeanne d'Arc, figure de foi et d'amour

    Le cardinal Vingt-Trois encourage les Français à redécouvrir la figure de sainte Jeanne d’Arc, dont la vie « fut d’abord une affaire de foi chrétienne », et qui a « fait la guerre par amour des gens opprimés par la violence et les destructions sauvages, amour de son roi et de son pays, amour même de ses ennemis qu’elle s’emploie à convaincre de se retirer avant le combat ».

    Dans le cadre des « Fêtes Jeanne d’Arc », le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, avait prononcé ce « panégyrique de Jeanne d’Arc » le samedi 30 mai 2015 en la cathédrale Notre-Dame de Rouen – ville où mourut la sainte.

    Dans une société de chrétiens « vivant comme si Dieu n’existait pas », la « leçon de Jeanne d’Arc » est nécessaire, a-t-il souligné : « Quand il aurait été si commode de se taire, d’oublier, voire de renier l’appel de Dieu, quand une simple abjuration semblait capable de lui sauver la vie, elle ne voulut connaître que la fidélité à Celui qui était son seul Seigneur. »

    Panégyrique de sainte Jeanne d’Arc, par le card. Vingt-Trois

    Le 30 mai 1431, après avoir été jugée par le tribunal ecclésiastique et avoir été livrée à la justice séculière des anglo-normands, Jeanne d’Arc fut brûlée vive à Rouen sur la Place du Vieux-Marché et ses cendres jetées à la Seine depuis le pont où nous lui avons rendu hommage ce matin. Un quart de siècle plus tard, la sentence fut rapportée et Jeanne d’Arc réhabilitée. Prise dans l’étau d’une guerre civile dont notre pays a malheureusement trop souvent éprouvé les dégâts, Jeanne d’Arc a très vite, -et pour longtemps-, symbolisé une figure du patriotisme et de l’unité nationale. Sa canonisation en 1920 s’inscrit aussi dans la reconnaissance de ce symbole.

    Cette canonisation a marqué un tournant dans les relations entre l’Église catholique et l’État français. Après les luttes passionnées qui avaient abouti à la loi de Séparation en 1905, les gouvernants des années vingt, héritiers politiques des grandes figures de la lutte anticléricale, n’ont pas hésité à prendre leur part de l’hommage rendu à Jeanne d’Arc. Au lieu d’ignorer, de combattre ou même d’interdire les solennités johanniques, ces gouvernants républicains trouvèrent plus utile à la société d’en faire une fête nationale et d’y associer étroitement l’État français lui-même. Le président de la République protestant, Gaston Doumergue n’hésita pas à présider personnellement en 1929 les fêtes johanniques à Orléans.

    Dans les mêmes années vingt, l’Action Française se taillait une réputation militante à coups d’agressions, verbales ou physiques. Se présentant comme le dernier rempart du nationalisme et la seule école du patriotisme, elle fustigeait l’invasion de la France par des vagues d’immigration et faisait monter la haine contre ceux qu’elle appelait les « métèques ». Elle tentait de récupérer la fête de Jeanne d’Arc, récemment canonisée, et d’en tirer une caution religieuse que son opposition déclarée à la hiérarchie catholique lui rendait d’ailleurs inaccessible.

    La laïcité de la République progressait mieux par l’inclusion des différences et leur gestion raisonnable que par l’interdit et l’exclusion des particularités. Ces gouvernants, sans renoncer à leurs convictions laïques, comprenaient que la force et la richesse d’une société dépendent plus de la vitalité de ses corps intermédiaires que de leur effacement, de leur marginalisation et moins encore de leur extinction. Leur laïcité était assez vigoureuse, -et peut-être, pour certains, était-elle devenue assez sereine !-, pour ne point trembler d’entretenir des relations publiques avec l’Église catholique.

    Il n’est pas anecdotique que Jeanne d’Arc fût l’occasion symbolique de cette nouvelle étape des relations entre l’État français et l’Église catholique. Sa figure héroïque était demeurée très vive dans la conscience collective. Les épreuves récentes et sanglantes de la Première Guerre mondiale pour la défense du territoire national donnaient à sa canonisation un ton d’authentique actualité dans une France où le patriotisme n’avait pas encore sombré dans la défaveur qui l’identifie trop commodément à un nationalisme étroit.

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  • Les options du pape Léon concernant « Traditionis custodes »

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    De JD Flynn sur le Pillar :

    Les options du pape Léon concernant « Traditionis custodes »
    Que pourrait faire le pape au sujet de « Traditionis custodes » ?

    28 mai 2026

    Quoi qu’il arrive cet été, le pape Léon XIV devra certainement faire preuve de fermeté face à la Fraternité Saint-Pie X, basée en Suisse, et à la détermination de ce groupe à consacrer de nouveaux évêques malgré l’interdiction papale qui s’y oppose

    Alors que le Vatican du pape Léon a promis des sanctions rapides si le groupe allait de l’avant, la controverse a attiré l’attention internationale, compte tenu notamment des termes sans concession dans lesquels la situation peut être décrite, et de l’intérêt croissant porté aux rites liturgiques préconciliaires depuis que le pape François en a restreint l’usage en 2021.

    Pour certains, la confrontation entre le pape et la FSSPX soulève des questions sur l’obéissance et l’autorité dans une Église hiérarchisée. Mais pour d’autres, elle soulève des questions sur la manière dont Léon va gérer les séquelles chaotiques des efforts de son prédécesseur pour restreindre la forme extraordinaire de la messe, en particulier au vu de sa popularité apparemment croissante parmi les jeunes catholiques en Occident.

    Faire face à cette situation sera plus qu’un test de détermination pour Léon. Ce sera un test de la créativité canonique et pastorale du pontife, face à une situation qui ne semble pas vouloir disparaître.

    Le scénario le plus probable pour la FSSPX au cours de l'été est que ses évêques mettront en œuvre ce que le supérieur général, le père Davide Pagliarani, a annoncé qu'ils feraient : consacrer des évêques, malgré l'avertissement papal contre ce projet.

    Il en résultera que les consacrés et les consécrateurs encourront la peine canonique d’excommunication, que Léon a laissé entendre que le Vatican était susceptible de prononcer officiellement — une mesure rare pour le Vatican, mais destinée à faire comprendre la gravité de la désobéissance de la FSSPX et à appeler ses dirigeants à revenir en communion avec le successeur de saint Pierre.

    Ces dernières semaines, le cardinal Victor Fernandez, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a évoqué la possibilité que des prêtres ordinaires, voire des laïcs, encourent et voient prononcée l’excommunication susceptible d’être infligée aux dirigeants de la FSSPX. La perspective de prononcer cette sanction à l’encontre de laïcs semble peu probable.

    Mais quelle que soit l’étendue des sanctions prononcées et rendues publiques à l’encontre de la Fraternité Saint-Pie X, la situation concernant ses dirigeants ne manquera pas de soulever une question au sujet de ceux qui assistent actuellement aux liturgies du groupe : « Et eux, alors ? »

    En résumé, étant donné que les dirigeants de la Fraternité Saint-Pie X seront très certainement sanctionnés cet été, il est naturel que les événements en cours soulèvent des questions quant à savoir si l’Église va reconsidérer ses accommodements envers les laïcs catholiques attachés aux liturgies préconciliaires — si, de manière encore plus définitive, ils doivent éviter les messes célébrées par la Fraternité Saint-Pie X, où devront-ils se rendre ?

    C’est pour cette raison – entre autres – que l’on pense généralement que Léon XIV envisage actuellement de modifier ou de réexaminer les restrictions de 2021 sur la liturgie préconciliaire établies par le pape François dans Traditionis custodes.

    Au cours des dernières semaines, la liste des audiences privées du pape a compté plusieurs personnalités susceptibles d’avoir un poids sur la question, notamment un groupe d’érudits dont le livre sur le phénomène des catholiques traditionalistes en Occident est à paraître, ainsi qu’un certain nombre de clercs ayant occupé des postes de responsabilité liturgique au sein de l’Église.

    Et bien que le nombre de catholiques assistant régulièrement aux liturgies préconciliaires soit statistiquement faible dans le contexte global de l’Église, il semble croître parmi les jeunes catholiques et susciter l’attention et l’intérêt dans tout l’Occident catholique.

    Et, à bien des égards, les restrictions imposées par le document Traditionis custodes de François n’ont guère contribué à endiguer ce phénomène — ce qui semblait pourtant être son objectif — et pourraient au contraire être mises en corrélation, à tout le moins, avec une montée en puissance de celui-ci.

    À la lumière de cela, alors que la controverse autour de la FSSPX prend de l’ampleur, on peut s’attendre à ce que des questions se posent quant à savoir si le pape Léon compte s’attaquer à la situation créée par Traditionis.

    S’il le fait, plusieurs options s’offrent à lui.


    L’objectif déclaré de Traditionis custodes est de réglementer l’usage des rubriques liturgiques préconciliaires dans le cadre d’une « recherche constante de la communion ecclésiale ». Mais, du moins en Occident, il n’est pas certain que cet objectif ait été atteint par le motu proprio : au contraire, on observe des signes d’une discorde croissante entre les adeptes de la liturgie traditionnelle et leurs évêques, les curés de paroisse se trouvant le plus souvent pris entre deux feux : sympathisants des communautés qu’ils ont accompagnées pastoralement, tout en souhaitant encourager l’obéissance à l’Église locale.

    Il est possible que Léon XIV revienne simplement sur la pertinence du motu proprio dans les mois à venir, en l’abrogeant purement et simplement tout en exhortant les évêques à mettre l’accent sur les textes liturgiques postconciliaires en tant qu’« expression unique du rite romain », tout en revenant au statu quo établi par *Summorum Pontificum*, cet ensemble de permissions accordées par Benoît XVI pour l’utilisation des textes liturgiques qu’il désignait sous le nom de « forme extraordinaire ».

    Mais cela semble peu probable. Abroger Traditionis au profit de son prédécesseur immédiat serait perçu comme un rejet audacieux de l’auteur du motu proprio, le pape François, et donc comme une démarche s’écartant du style d’unité et de conciliation que Léon a adopté.

    Il est également possible que Léon laisse Traditionis intact, tout en demandant au Dicastère pour le culte divin du Vatican de se montrer généreux dans l’octroi d’autorisations permettant aux prêtres de célébrer la forme extraordinaire, aux églises paroissiales d’être utilisées pour sa célébration, et à la création de nouvelles paroisses personnelles dédiées à l’observance des rites liturgiques préconciliaires. Certains indices laissent penser que les diplomates de Léon ont déjà indiqué cette approche, au moins à titre de mesure temporaire, dans plusieurs pays.

    Mais l’appel du Vatican à une « nouvelle perspective » sur les inclusions liturgiques suggère que les projets de Léon pourraient bien être plus vastes qu’une simple interprétation « généreuse » de Traditionis, et que l’insistance de ses diplomates en faveur de cette approche auprès des conférences épiscopales n’est qu’une sorte de mesure temporaire.

    Certains catholiques ont évoqué la possibilité de créer un ordinariat personnel, voire plusieurs, à l’intention des catholiques et des membres du clergé attachés à une liturgie traditionaliste — peut-être en guise de reconnaissance du solide réseau de communautés qui s’est constitué parmi les adeptes des liturgies d’avant le concile.

    Cette option semble toutefois peu probable sous le pontificat de Léon XIV.

    D'une part, le temps passé par Léon dans le diocèse de Chiclayo lui a permis d'acquérir de l'expérience dans la construction de l'unité entre des groupes de clergé séculier qui se chevauchent, étant donné que son diocèse comptait de nombreux prêtres de la prélature personnelle de l'Opus Dei, ainsi que des laïcs associés à cette prélature. Cela pourrait lui donner une idée des possibilités d'une structure distincte dotée d'une mission pastorale unique, et de la mesure dans laquelle celle-ci pourrait exister sans sectarisme.

    D’autre part, l’objectif de Traditionis semble être de favoriser l’unité entre les catholiques, et l’idée d’une structure ecclésiale entièrement parallèle pour les catholiques traditionalistes n’est guère susceptible d’être perçue à Rome comme une voie vers l’unité ecclésiale souhaitée, en communion avec les évêques diocésains locaux et les autres catholiques locaux. En fait, un ordinariat personnel serait probablement considéré comme encourageant le genre d’insularité que Traditionis était censé combattre, et qu’il a, ironiquement, facilité dans certaines communautés.

    De plus, les ordinariats créés pour le patrimoine anglican ont été confrontés à des problèmes récurrents liés aux réalités pratiques de la gestion financière et du personnel, et cette expérience a probablement suscité au sein du Siège apostolique une certaine réticence à l’idée de mettre en place des structures canoniques similaires.

    Mais une possibilité plus probable serait une modification de Traditionis, qui encouragerait en fait la création de paroisses personnelles destinées aux catholiques attachés à la forme extraordinaire, ainsi que la publication de lignes directrices sur la meilleure façon de les intégrer dans les diocèses.

    L’avantage d’une telle structure serait sans doute de permettre une relation étroite entre les communautés traditionalistes et leur évêque diocésain : plutôt que d’assister aux liturgies d’instituts religieux ou d’institutions proches du schisme comme la FSSPX, les catholiques de tendance liturgique traditionaliste resteraient intégrés dans une communauté faisant pleinement partie du diocèse où elle est implantée, et fonctionnant sous la charge pastorale directe et la supervision de l’évêque diocésain.

    Cet encouragement pourrait s’accompagner d’instructions sur la manière dont les prêtres diocésains pourraient être sélectionnés, formés et affectés à ces paroisses, ainsi que de conseils destinés aux catholiques sur la manière d’entretenir des relations à la fois avec leur paroisse personnelle et avec les autres catholiques de leur territoire.

    Et comme les paroisses personnelles ne sont pas territoriales — c'est-à-dire limitées au seul territoire d'un diocèse —, les directives relatives à leur création pourraient également inclure des indications sur la célébration de la forme extraordinaire en plusieurs lieux d'un même diocèse, afin de rassembler les catholiques de toute une région sous une seule structure paroissiale.

    Une modification de Traditionis qui encourage les paroisses personnelles pourrait être perçue à Rome comme permettant, sous le pontificat de Léon, une « nouvelle perspective » qui assure « généreusement » à la fois la charge pastorale et la structure paroissiale des communautés traditionalistes, tout en donnant aux évêques une plus grande facilité de supervision et de discernement que ce qui était possible en vertu des termes de Summorum pontificum.

    Bien sûr, il appartient à la FSSPX elle-même de déterminer les choix que sa propre direction pourrait faire cet été, et comment le pape Léon pourrait y répondre.

    Certaines personnalités ecclésiastiques ont même suggéré que la Fraternité pourrait bien renoncer à ses projets actuels et rechercher une forme de reconnaissance institutionnelle au sein de l’Église, peut-être sous la forme d’une prélature personnelle — « si, comme tout catholique, elle reconnaît la doctrine de l’Église dans son intégralité, y compris les décrets du Concile Vatican II, qui ne peuvent être authentiquement déclarés contraignants que par les évêques en union avec le pape et sous son autorité ».

    Cela semble hautement improbable. Mais à mesure que les dirigeants de cette communauté se rapprochent de la perspective d’une excommunication officielle, des milliers de catholiques de son entourage chercheront un lieu d’accueil et d’accompagnement au sein de la communion de l’Église.

    À en juger par certains signes, Léon semble disposé à leur offrir cela. Reste à savoir comment.

  • Quand Paul VI professait la foi catholique

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    On célèbre aujourd'hui la mémoire de ce pape; l'occasion de se rappeler la belle Profession de foi" qu'il publia le 30 juin 1968.

    PAUL VI

    PROFESSION DE FOI (30 juin 1968)

            A la gloire du Dieu très saint et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, confiant en l'aide de la Très Sainte Vierge Marie et des bienheureux apôtres Pierre et Paul, pour l'utilité et l'édification de l'Église, au nom de tous les pasteurs et de tous les fidèles, Nous prononçons maintenant cette profession de foi, dans la pleine communion spirituelle avec vous tous, chers frères et fils.

    UN SEUL DIEU, PERE, FILS ET SAINT-ESPRIT

            Nous croyons en un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, créateur des choses visibles comme ce monde où s'écoule notre vie passagère, des choses invisibles comme les purs esprits qu'on nomme aussi les anges, et créateur en chaque homme de son âme spirituelle et immortelle.

            Nous croyons que ce Dieu unique est absolument un dans son essence infiniment sainte comme dans toutes ses perfections, dans sa toute-puissance, dans sa science infinie, dans sa providence, dans sa volonté et dans son amour. Il est Celui qui est comme il l'a révélé à Moise; et il est Amour, comme l'apôtre Jean nous l'enseigne : en sorte que ces deux a voulu se faire connaître à nous, et qui, "habitant noms, Être et Amour, expriment ineffablement la même divine réalité de Celui qui a voulu se faire connaître à nous, et qui, " habitant une lumière inaccessible ", est en lui-même au-dessus de tout nom, de toutes choses et de toute intelligence créée. Dieu seul peut nous en donner la connaissance juste et plénière en se révélant comme Père, Fils et Esprit-Saint, dont nous sommes par grâce appelés à partager, ici-bas dans l'obscurité de la foi et au-delà de la mort dans la lumière éternelle, l'éternelle vie. Les liens mutuels constituant éternellement les trois personnes, qui sont chacune le même être divin, sont la bienheureuse vie intime du Dieu trois fois saint infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir à la mesure humaine. Nous rendons grâce cependant à la bonté divine du fait que de très nombreux croyants puissent attester avec Nous devant les hommes l'unité de Dieu, bien qu'ils ne connaissent pas le mystère de la Très Sainte Trinité.

            Nous croyons donc au Père qui engendre éternellement le Fils, au Fils, Verbe de Dieu, qui est éternellement engendré, au Saint-Esprit, personne incréée qui procède du Père et du Fils comme éternel amour. Ainsi en les trois personnes divines, coaeternae sibi et coaequales, surabondent et se consomment, dans la surexcellence et la gloire propres à l'être incréé, la vie et la béatitude de Dieu parfaitement un, et toujours " doit être vénérée l'unité dans la trinité et la trinité dans l'unité ".

    LE CHRIST, DIEU FAIT HOMME

            Nous croyons en Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est le Fils de Dieu. Il est le verbe éternel, né du Père avant tous les siècles et consubstantiel au Père, homoousios to Patri, et par lui tout a été fait. Il s'est incarné par l'œuvre du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie et s'est fait homme : égal donc au Père selon la divinité, et inférieur au Père selon l'humanité et un lui-même non par quelque impossible confusion des natures mais par l'unité de la personne.

            Il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité. Il a annoncé et instauré le Royaume de Dieu et nous a fait en lui connaître le Père. Il nous a donné son commandement nouveau de nous aimer les uns les autres comme -il nous a aimés. Il nous a enseigné la voie des béatitudes de l'Évangile : pauvreté en esprit, douceur, douleur supportée dans la patience, soif de la justice, miséricorde, pureté du cœur, volonté de paixpersécution endurée pour la justice.

            Il a souffert sous Ponce Pilate, Agneau de Dieu, portant sur lui les péchés, du monde, et il est mort pour nous sur la croix, nous sauvant par son sang rédempteur. Il a été enseveli et, de son propre pouvoir, il est ressuscité le troisième jour, nous élevant par sa résurrection à ce partage de la vie divine qu'est la vie de la grâce. Il est monté au ciel et il viendra de nouveau, en gloire cette fois, pour juger les vivants et les morts : chacun selon ses mérites - ceux qui ont répondu à l'amour et à la pitié de Dieu allant à la vie éternelle, ceux qui les ont refusés jusqu'au bout allant au feu qui ne s'éteint pas.

            Et son règne n'aura pas de fin.

    L'ESPRIT-SAINT ET LA VIERGE MARIE

            Nous croyons en l'Esprit-Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils. Il nous a parlé par les prophètes, il nous a été envoyé par le Christ après sa résurrection et son Ascension auprès du Père; il illumine, vivifie, protège et conduit l’Église; il en purifie les membres s'ils ne se dérobent pas à la grâce. Son action, qui pénètre au plus intime de l’âme, rend l'homme capable de répondre à l'appel de Jésus : " Soyez parfaits comme votre Père céleste est Parfait " (Matth., 5, 48).

            Nous croyons que Marie est la Mère demeurée toujours vierge du Verbe incarné, notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ, et qu'en raison de cette élection singulière elle a été, en considération des mérites de son Fils, rachetée d'une manière plus éminente, préservée de toute souillure du péché originel et comblée du don de la grâce plus que toutes les autres créatures.

            Associée par un lien étroit et indissoluble aux mystères de l’Incarnation et de la Rédemption, la Très Sainte Vierge, l’Immaculée, a été, au terme de sa vie terrestre, élevée en corps et en âme à la gloire céleste et configurée à son Fils ressuscité en anticipation du sort futur de tous les justes ; et Nous croyons que la Très Sainte Mère de Dieu, nouvelle Ève, mère de l’Église, continue au ciel son rôle maternel à l'égard des membres du Christ, en coopérant à la naissance et au développement de la vie divine dans les âmes des rachetés.

            LE PECHE, LA CROIX ET LE BAPTEME

            Nous croyons qu'en Adam tous ont péché, ce qui signifie que la faute originelle commise par lui a fait tomber la nature humaine, commune à tous les hommes, dans un état où elle porte les conséquences de cette faute et qui n'est pas celui où elle se trouvait d'abord dans nos premiers parents, constitués dans la sainteté et la justice, et où l'homme ne connaissait ni le mal ni la mort. C'est la nature humaine ainsi tombée, dépouillée de la grâce qui la revêtait, blessée dans ses propres forces naturelles et soumise à l'empire de la mort, qui est transmise à tous les hommes et c'est en ce sens que chaque homme naît dans le péché.

            Nous tenons donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine, "non par imitation, mais par propagation", et qu'il est ainsi "propre à chacun".

            Nous croyons que Notre-Seigneur Jésus-Christ, par la sacrifice de la croix, nous a rachetés du péché originel et de tous les péchés personnels commis par chacun de nous, en sorte que, selon la Parole de l'Apôtres "là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé".

            Nous croyons à un seul baptême institué par Notre -Seigneur Jésus-Christ pour la rémission des péchés Le baptême doit être administré même aux petits enfants qui n'ont pu encore se rendre coupables d'aucun Péché personnel, afin que, nés privés de la grâce surnaturelle, ils renaissent "de l'eau et de l'Esprit-Saint" à la vie divine dans le Christ Jésus.

            L’ÉGLISE, EDIFIEE PAR JESUS-CHRIST

            Nous croyons à l'Église une, sainte, catholique et apostolique, édifiée par Jésus-Christ sur cette pierre qui est Pierre. Elle est le Corps mystique du Christ, à la fois société visible instituée avec des organes hiérarchiques et communauté spirituelle, l'Église terrestre; elle est le peuple de Dieu pérégrinant ici-bas et l'Église comblée des biens célestes; elle est le germe et les prémices du Royaume de Dieu, par lequel se continuent, au long de l'histoire humaine, l'œuvre et les douleurs de la Rédemption et qui aspire à son accomplissement parfait au-delà du temps dans la gloire.

            Au cours du temps, le Seigneur Jésus forme son Église par les sacrements qui émanent de sa plénitude. C'est par eux qu'elle rend ses membres participants au mystère de la mort et de la résurrection du Christ, dans la grâce du Saint-Esprit qui lui donne vie et action. Elle est donc sainte, tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu'elle n'a elle-même d'autre vie que celle de la grâce : c'est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient; c'est en se soustrayant à sa vie qu'ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté. C'est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ces fautes, dont elle a le pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de ]'Esprit-Saint.

            Héritière des divines promesses et fille d'Abraham selon l'Esprit, par cet Israël dont elle garde avec amour les Écritures et dont elle vénère les patriarches et les prophètes; fondée sur les apôtres et transmettant de siècle en siècle leur parole toujours vivante et leurs pouvoirs de pasteurs dans le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui; perpétuellement assistée par le Saint-Esprit, elle a charge de garder, enseigner, expliquer et répandre la vérité que Dieu a révélée d'une manière encore voilée par les prophètes et pleinement par le Seigneur Jésus.

            Nous croyons tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise, et que l'Église propose à croire comme divinement révélé, soit par un jugement solennel, soit par le magistère ordinaire et universel. Nous croyons à l'infaillibilité dont jouit le successeur de Pierre quand il enseigne ex cathedra comme pasteur et docteur de tous les fidèles, et dont est assuré aussi le corps des évêques lorsqu'il exerce avec lui le magistère suprême.

            L'UNITE ET LA CATHOLICITE DE L'EGLISE

            Nous croyons que l'Église fondée par Jésus-Christ et pour laquelle il a prié est indéfectiblement une dans la foi, le culte et le lien de la communion hiérarchique. Au sein de cette Église la riche variété des rites liturgiques et la légitime diversité des patrimoines théologiques et spirituels et des disciplines particulières, loin de nuire à son unité, la manifestent davantage.

            Reconnaissant aussi l'existence, en dehors de l'organisme de l'Église du Christ, de nombreux éléments de vérité et de sanctification qui lui appartiennent en propre et tendent à l'unité catholique et croyant à l'action du Saint-Esprit qui suscite au cœur des disciples du Christ l'amour de cette unité. Nous avons l'espérance que les chrétiens qui ne sont pas encore dans la pleine communion de l'unique Église se réuniront un jour en un seul troupeau avec un seul pasteur.

            Nous croyons que l'Église est nécessaire au salut, car le Christ qui est seul médiateur et voie de salut se rend présent pour nous dans son Corps qui est l'Église. Mais le dessein divin du salut embrasse tous les hommes; et ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile du Christ et son Église mais cherchent Dieu sincèrement et, sous l'influence de la grâce, s'efforcent d'accomplir sa volonté reconnue par les injonctions - de leur conscience, ceux-là, en un nombre que Dieu seul connaît, peuvent obtenir le salut.

            LE CORPS ET LE SANG DU SEIGNEUR

            Nous croyons que la messe célébrée par le prêtre représentant là personne du Christ en vertu du pouvoir reçu par le sacrement de l'ordre, et offerte par lui au nom du Christ et des membres de son Corps mystique, est le sacrifice du calvaire rendu sacramentellement présent sur nos autels. Nous croyons que, comme le pain et le vin consacrés par le Seigneur à la Sainte Cène ont été changés en son corps et en son sang qui allaient être offerts pour nous sur la croix, de même le pain et le vin consacrés par le prêtre sont changés au corps et au sang du Christ glorieux siégeant au ciel, et Nous croyons que la mystérieuse présence du Seigneur, sous ce qui continue d'apparaître à nos sens de la même façon qu'auparavant, est une présence vraie, réelle et substantielle.

            Le Christ ne peut être ainsi présent en ce sacrement autrement que par le changement en son corps de la réalité elle-même du pain et par le changement en son sang de la réalité elle-même du vin, seules demeurant inchangées les propriétés du pain et du vin que nos sens perçoivent. Ce changement mystérieux, l'Église l'appelle d'une manière très appropriée transsubstantiation. Toute explication théologique, cherchant quelque intelligence de ce mystère, doit, pour être en accord avec la foi catholique, maintenir que, dans la réalité elle-même, indépendante de notre esprit, le pain et le vin ont cessé d'exister après la consécration, en sorte que c'est le corps et le sang adorables du Seigneur Jésus qui dès lors sont réellement devant nous sous les espèces sacramentelles du pain et du vin, comme le Seigneur J'a voulu, pour se donner à nous en nourriture et pour nous associera l'unité de son Corps mystique.

            L'unique et indivisible existence du Seigneur glorieux au ciel n'est pas multipliée, elle est rendue présente par le sacrement dans les multiples lieux de la terre où la messe est célébrée. Et elle demeure présente, après le sacrifice, dans le Saint Sacrement, qui est, au tabernacle, le cœur vivant de chacune de nos églises. Et c'est pour nous un devoir très doux d'honorer et d'adorer dans la sainte hostie, que nos yeux voient, le Verbe incarné qu'ils ne peuvent pas voir et qui, sans quitter le ciel, s'est rendu présent devant nous.

            ROYAUME DE DIEU ET CIVILISATION

            Nous confessons que le Royaume de Dieu commencé ici-bas en l'Église du Christ n'est pas de ce monde, dont la figure passe, et que sa croissance propre ne peut se confondre avec le progrès de la civilisation, de la science ou de la technique humaines, mais qu'elle consiste à connaître toujours plus profondément les insondables richesses du Christ, à espérer toujours plus fortement les biens éternels, à répondre toujours plus ardemment à l'amour de Dieu, à dispenser toujours plus largement la grâce et la sainteté parmi les hommes.

            Mais c'est ce même amour qui porte l'Église à se soucier constamment du vrai bien temporel des hommes. Ne cessant de rappeler à ses enfants qu'ils n'ont pas ici-bas de demeure permanente, elle les presse aussi de contribuer, chacun selon sa vocation et ses moyens, au bien de leur cité terrestre, de promouvoir la justice, la paix et la fraternité entre les hommes, de prodiguer leur aide à leurs frères, surtout aux plus pauvres et aux plus malheureux. L'intense sollicitude de l'Église, épouse du Christ, pour les nécessités des hommes, leurs joies et leurs espoirs, leurs peines et leurs efforts, n'est donc rien d'autre que son grand désir de leur être présente pour les illuminer de la lumière du Christ et les rassembler tous en lui, leur unique Sauveur. Elle ne peut signifier jamais que l'Église se conforme elle-même aux choses de ce monde, ni que diminue l'ardeur de l'attente de son Seigneur et du Royaume éternel.

            LES VIVANTS ET LES MORTS

            Nous croyons à la vie éternelle. Nous croyons que les âmes de tous ceux qui meurent dans la grâce du Christ, soit qu'elles aient encore à être purifiées au purgatoire, soit que dès l'instant où elles quittent leur corps Jésus les prenne au paradis comme Il a fait pour le bon larron, sont le peuple de Dieu dans l'au-delà de la mort, laquelle sera définitivement vaincue le jour de la résurrection où ces âmes seront réunies à leur corps.

            Nous croyons que la multitude de celles qui sont rassemblées autour de Jésus et de Marie au paradis forme l'Église du ciel, où dans éternelle béatitude elles voient Dieu tel qu'il est et où elles sont aussi, à des degrés divers, associées avec les saints anges au gouvernement divin exercé par le Christ en gloire, en intercédant pour nous et aidant notre faiblesse par leur sollicitude fraternelle. Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église, et Nous croyons que dans cette communion l'amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l'écoute de nos prières, comme Jésus nous l'a dit : Demandez et vous recevrez. Aussi est-ce avec foi et dans l'espérance que Nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir.

            Béni soit le Dieu trois fois saint. Amen.

  • Une communauté mariale franciscaine traditionnelle florissante au Royaume-Uni va être dissoute.

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Une communauté mariale franciscaine traditionnelle florissante au Royaume-Uni va être dissoute.

    Après des années de croissance en termes de vocations, de conversions et de présence médiatique, la Famille de Marie Immaculée et de Saint François a demandé sa dissolution en raison d'un manque de « soutien pratique et canonique ».

    Le père franciscain marial Serafino Lanzetta figure parmi les frères et sœurs touchés par la dissolution.
    Le père franciscain marial Serafino Lanzetta figure parmi les frères et sœurs touchés par la dissolution. (photo : Edward Pentin)

    Une communauté traditionnelle florissante de frères et sœurs franciscains sera entièrement dissoute le 31 mai, exactement huit ans après sa création au Royaume-Uni. 

    La Famille de Marie Immaculée et de Saint François, communément appelée Marian Franciscans, a annoncé sa décision le 27 mai, après que les frères eux-mêmes aient voté pour sa dissolution le 27 avril. L'évêque Philip Egan de Portsmouth, en Angleterre, a publié un décret le 24 mai confirmant cette décision. 

    Dans un communiqué, les frères ont déclaré : « Il ne nous appartient pas de présenter les motivations de l’évêque de Portsmouth », mais ont ajouté qu’ils avaient décidé de cesser leur ministère au Royaume-Uni après « une période de discernement » concernant leur avenir à long terme dans le pays. 

    « Malgré la croissance du nombre de fidèles et de l’activité apostolique, il n’a pas été possible d’obtenir le soutien pratique et canonique nécessaire à la formation, au parrainage et aux futures ordinations sacerdotales », ont-ils ajouté. Ils ont précisé qu’« une série d’options ont été envisagées », mais qu’aucune n’offrait de solution viable pour assurer la pérennité de la communauté « sous sa forme actuelle ».

    Les frères ont souligné que cette décision n’était « ni le résultat, ni une réaction à un incident ou une série d’incidents », ajoutant que leur demande de dissolution « découlait de questions plus générales concernant la viabilité future de la communauté et de sa mission au Royaume-Uni ».

    Les Marian Franciscans, une communauté d'une vingtaine de frères mendiants inspirés par la spiritualité mariale de saint François d'Assise et de saint Maximilien Kolbe, ont développé un apostolat important au Royaume-Uni à travers le ministère paroissial, les retraites, la prédication, la vie dévotionnelle, l'édition et l'évangélisation en ligne.

    L’évêque Egan les a accueillis pour la première fois dans le diocèse de Portsmouth en novembre 2014 ; ils ont pris en charge la paroisse Sainte-Marie de Gosport, près du port de Portsmouth. Quatre ans plus tard, l’évêque Egan a officiellement érigé l’association publique de la Famille de Marie Immaculée et de Saint François. 

    Face à l'augmentation des vocations, les frères ont ouvert une deuxième maison dans le diocèse en février 2020, et leur ministère offre aux fidèles la messe traditionnelle en latin, les vêpres quotidiennes et l'Heure Sainte, les premiers vendredis et premiers samedis du mois, des groupes d'hommes, des retraites et des conférences, ainsi qu'un travail pastoral à Londres, notamment au couvent de Tyburn.

    Mais suite à la lettre apostolique Traditionis Custodes du pape François en 2021 , la communauté a déclaré que l'autorisation diocésaine pour les célébrations de la liturgie traditionnelle « était devenue plus restrictive ».

    En 2022, des frères ont quitté Gosport pour le diocèse de Dunkeld, en Écosse, où ils ont été accueillis par l'évêque de l'époque, Mgr Stephen Robson, en compagnie d'une vingtaine de sœurs franciscaines mariales. Des projets d'acquisition d'un couvent, d'une chapelle et d'un terrain pour leur usage à long terme étaient à l'étude, mais ils ont été suspendus lorsque le nouvel évêque du diocèse, Mgr Andrew McKenzie, les a informés en février 2025 que l'achat du bien immobilier, pourtant convenu, « ne serait pas ratifié et qu'ils devraient quitter le diocèse ». 

    Les fidèles affirment que la communauté de Dundee, située dans le diocèse de Dunkeld, est en plein essor, avec une fréquentation en forte hausse et de nombreuses jeunes familles participant à la vie liturgique et spirituelle de l'apostolat. Le communiqué précise également que la communauté de Dundee est marquée par un grand nombre de baptêmes, de consécrations mariales et un engagement accru des fidèles.

    Les Marian Franciscans attiraient des vocations du Royaume-Uni et de l'étranger, et la communauté comptait des membres de nationalités diverses répartis sur quatre continents. Les frères ont développé une importante présence médiatique grâce à Radio Immaculata, une station de radio en ligne diffusant 24 heures sur 24, et à une chaîne YouTube, utilisées pour leurs homélies, leurs conférences et leurs émissions en direct. 

    Dans leur communiqué de presse, les frères ont déclaré que les sympathisants de la communauté « ont exprimé leur gratitude pour le témoignage, la prière et le ministère des frères au Royaume-Uni, leur attribuant le mérite d'avoir favorisé les conversions, les vocations, la dévotion mariale et une participation renouvelée à la vie sacramentelle et dévotionnelle dans un large éventail de communautés. »

    En novembre dernier, un membre éminent des Marian Franciscans a publiquement critiqué le document marial du Vatican, Mater Populi Fidelis , qui minimisait deux titres historiques de dévotion à la Vierge Marie. Le père Serafino Lanzetta a déclaré que cette note doctrinale représentait un net recul, non seulement par rapport à l'enseignement des saints, des docteurs de l'Église et du magistère ordinaire des papes, mais aussi par rapport à la position du concile Vatican II sur le rôle de Marie dans le salut. Il a également lancé un appel filial au pape Léon XIV afin qu'il réexamine le document.

    Suite à la dissolution de la communauté, les frères ont déclaré dans leur communiqué que l'évêque de Portsmouth autoriserait les frères-prêtres incardinés dans le diocèse à poursuivre leur apostolat dans les trois lieux existants au sein du diocèse, dont une église de l'ordinariat. 

    Ailleurs, les Marian Franciscans « cesseront d'exister en tant que communauté canonique » le 31 mai, et leurs « apostolats et activités communautaires prendront donc fin ». Les frères et sœurs ne seront plus Marian Franciscans. Dans l'intervalle, des « dispositions transitoires » sont mises en place, notamment un soutien concret par le biais de l'association caritative de la communauté, les Amis des Marian Franciscans. 

    « La dissolution des Marian Franciscans marque la fin d'un chapitre singulier de la vie catholique contemporaine au Royaume-Uni », ont-ils écrit. « Leurs soutiens gardent espoir que la mission des frères, et les fruits spirituels qui y sont associés, perdureront et pourront un jour renaître en Grande-Bretagne sous une nouvelle forme. »

    Le journal The Register a contacté les Marian Franciscans et le diocèse de Portsmouth pour obtenir des commentaires, mais ils n'avaient pas répondu au moment de la publication. 

  • Pas de bénédictions pour les couples homosexuels : les Coptes renouent le dialogue avec Rome

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    De Luisella Scrosati sur la NBQ :

    Pas de bénédictions pour les couples homosexuels : les Coptes renouent le dialogue avec Rome

    Tawadros II annonce la reprise des pourparlers théologiques à la suite des assurances données par Léon XIV. La crise déclenchée par Fiducia supplicans, mal accueillie tant par les catholiques que par les non-catholiques, s'apaise ainsi, ce qui confirme que s'adapter au monde nuit gravement au dialogue œcuménique. 

    29/05/2026

    « Les membres du Saint-Synode ont décidé de reprendre le dialogue théologique avec l’Église catholique à la suite des assurances concernant la non-bénédiction des couples de même sexe, exprimées lors de la conversation téléphonique entre Sa Sainteté le pape Tawadros II et Sa Sainteté le pape Léon XIV, vendredi 15 mai de cette année. » Une communication laconique, de quelques lignes seulement, mais qui pèse comme un poids énorme dans le contexte catholique actuel. Le Synode de l’Église copte orthodoxe – l’une des Églises non chalcédoniennes –, réuni le 22 mai dernier, a donné son feu vert, dans la déclaration exprimant les délibérations mûries au cours de l’assemblée, à la reprise du dialogue théologique avec l’Église catholique, rassuré par un appel téléphonique passé directement par le pape Léon XIV à Tawadros II, à la tête de l’Église copte depuis 2012.

    Ce qui signifie que la pmublication de François et de Tucho Fernández, *Fiducia supplicans*, a non seulement suscité la révolte de conférences épiscopales catholiques entières, mais a également refroidi les relations avec les orthodoxes (voir ici) et a même provoqué l’interruption du dialogue œcuménique avec les Coptes. Un désastre sur toute la ligne. Dialogue qui, grâce au changement de cap du pape Léon, a désormais repris. Pour satisfaire le puissant lobby gay présent au sein de l’Église, Bergoglio et Fernández n’ont pas hésité à sacrifier l’idole de l’œcuménisme. Celle-ci est d’ailleurs brandie à nouveau lorsqu’il s’agit de démanteler la doctrine et la discipline catholiques. La réaction de l’Église copte face à l’assurance donnée par Léon XIV est une preuve supplémentaire que le dialogue œcuménique le plus sérieux depuis Vatican II, à savoir celui avec le monde des Églises orthodoxes et orientales non catholiques, est sérieusement compromis chaque fois que le monde catholique envoie des signaux d’adaptation au monde et d’éloignement de la Tradition apostolique.

    Lors de son vol de retour d’Afrique, le Pape avait déclaré, à propos de la position avancée par les évêques allemands, que « nous ne sommes pas d’accord avec la bénédiction formalisée des couples, en l’occurrence des couples homosexuels ou des couples en situation irrégulière ». Une certaine perplexité subsiste quant à l’emploi de l’adjectif (« formalisée »), qui semble tout de même laisser la porte ouverte à des bénédictions non formalisées, et donc à ces bénédictions « dont la forme ne doit pas être fixée par un rituel imposé par les autorités ecclésiales », introduites précisément par Fiducia supplicans.
    Le cardinal Fernández s’est lui aussi montré opposé au vademecum qui, en Allemagne, permettrait de bénir les couples homosexuels, en faisant publier sur le site du Dicastère pour la Doctrine de la Foi la lettre que le préfet avait envoyée le 18 novembre 2024 à l’évêque de Trèves, Mgr Stephan Ackermann.

    Problème résolu ? Je ne dirais pas. S’il est assez clair que le pape cherche à ressouder l’Église en son sein et à rétablir les relations œcuméniques sur une question aussi épineuse et source de division que la bénédiction des couples homosexuels, il n’en reste pas moins que l’ambiguïté persiste, pour au moins deux raisons. Premièrement : les déclarations du pape étaient des propos officieux, et non pas à proprement parler des actes du Magistère. Dans le cas de l’appel téléphonique à Tawadros II, nous ne connaissons même pas les détails du contenu de la conversation, bien que la volonté des Coptes de reprendre le dialogue théologique avec le Saint-Siège laisse penser à une prise de distance par rapport à Fiducia supplicans.

    Deuxièmement, si, du vivant de François, l’aspect délibérément maintenu ambigu par le pape et par Fernández concernait le destinataire de ces bénédictions – des individus ou des couples ? –, l’ambiguïté porte désormais sur la formalisation de ces bénédictions. Dans son sport favori, la recherche de prétextes, Tucho, in illo tempore, avait tenté une distinction improbable entre les bénédictions « liturgiques ou ritualisées » et les bénédictions « spontanées ou pastorales », ces fameuses bénédictions de 10 ou 15 secondes. La réponse que le pape Léon avait donnée dans l’avion en avril dernier semble en effet continuer à maintenir en vie ce type de bénédictions, tandis que nous ne savons rien de celle donnée au pape copte.

    En somme, une fois de plus, le Saint-Siège ne prend pas clairement position. Le problème des bénédictions autorisées par *Fiducia supplicans* persiste donc, car même une bénédiction « non formalisée » (sic) reste une bénédiction et donc un sacramentel. Et la logique des sacramentaux, qui découle de leur nature, comme l’exprimait bien le Responsum de 2021, est que « ce qui est béni soit objectivement et positivement ordonné à recevoir et à exprimer la grâce ». Les couples homosexuels et irréguliers, en tant que couples, ne sont pas ordonnés au dessein de Dieu et, par conséquent, toujours en tant que couples, ne peuvent en aucun cas être bénis. Telle est la vérité qui découle de la nature de la bénédiction d’une part, et du dessein du Créateur d’autre part. Tout le reste n’est que balivernes.

    Il n’y a pas encore suffisamment d’éléments pour déterminer si le pape Léon ne peut pas ou ne veut pas donner une clarification officielle, digne de ce nom. Ce que nous pouvons espérer (et pour quoi nous devons prier sérieusement), c’est que cette tentative louable, opportune et attendue de réunification des différentes composantes du monde catholique s’accomplisse sur le roc solide de Pierre et de la vérité.

  • "Ce n'est certainement pas en édulcorant le contenu ou en adoucissant les exigences que le christianisme peut devenir attractif" (Léon XIV)

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    Discours du pape Léon XIV
    aux participants à l'assemblée plénière
    du Dicastère pour l'évangélisation –
    Section des questions fondamentales concernant
    l'évangélisation dans le monde

    Salle du Consistoire, jeudi 28 mai 2026

     

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, que
    la paix soit avec vous !

    Éminences, Excellences,
    Chers frères et sœurs,

    C’est une joie pour moi de vous rencontrer à l’issue de la session plénière du Dicastère pour l’Évangélisation – Section des questions fondamentales concernant l’évangélisation dans le monde. Cette occasion me permet de partager avec vous quelques réflexions sur la vie de l’Église, notamment pour les années à venir.

    Avant toute chose, je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude pour l'excellent travail accompli par le Dicastère lors du Jubilé de l'année dernière . Nous avons vécu un temps de grâce qui a vu des millions de pèlerins affluer à Rome. Quel était le chiffre final ? On parle de 30 millions…  [le chiffre est annoncé]  Plus de 33 millions ! Cet événement a nécessité un effort d'organisation considérable, qui s'est traduit par un accueil chaleureux sur tous les fronts et, surtout, par l'attention portée à la dimension spirituelle, compte tenu de l'abondance des grâces que le Seigneur a répandues sur les fidèles.

    La destination de la Porte Sainte des quatre basiliques papales n'a pas empêché l'Année Sainte d'être vécue intensément dans les Églises locales. Partout dans le monde, l'espérance est devenue le thème central de la vie chrétienne. L'accent mis sur la « plus jeune sœur », qui, presque inaperçue, entraîne avec elle les deux aînées, la foi et la charité, doit encore être proclamé et vécu avec ferveur et conviction. Le monde a plus que jamais soif d'espérance. Il aspire à vivre en paix et dans la certitude que l'engagement à bâtir une cité digne des enfants de Dieu est non seulement possible, mais réel, car il est imprégné d'une espérance qui offre des objectifs authentiques, non illusoires. Ne cessons donc pas cette proclamation, soutenue par la promesse du Seigneur Jésus de demeurer toujours avec nous ; elle se manifeste dans le témoignage que nous sommes appelés à rendre en disciples fidèles à sa Parole (cf.  Mt  28, 18-20).

    L’évangélisation doit demeurer la motivation fondamentale de toute action de l’Église universelle et des communautés locales ; c’est la seule façon pour la foi elle-même de se redécouvrir sans cesse dans toute sa beauté et d’exprimer pleinement sa crédibilité. L’annonce de l’Évangile, qui suscite l’espérance, n’est pas une utopie : c’est un témoignage qui attire les cœurs car il révèle l’appel à l’amour et à la vérité.

    Il ne faut pas sous-estimer le fait que, notamment dans les pays occidentaux, la crise de la foi, conjuguée à d'autres facteurs socioculturels, a engendré une indifférence religieuse généralisée. Pour beaucoup, la foi n'a plus sa place dans leur vie. Le danger sous-jacent, dont la gravité n'est pas toujours perçue, est que l'essence même de ce qu'il y a de plus humain – à savoir la quête de sens – risque de se perdre. Les grandes questions existentielles demeurent sans réponse, tandis qu'une culture technologique censée satisfaire tous les besoins se répand.

    Même dans ce contexte, la rencontre avec le Christ redonne tout son sens et sa valeur à la vie des personnes, et l’Église redécouvre la pertinence permanente du mandat qu’elle a reçu du Seigneur ressuscité. Nul ne peut la remplacer dans cette mission, aussi urgente que nécessaire pour assurer un fondement solide à l’avenir de l’humanité, un avenir de paix, de justice, de liberté et de fraternité.

    Comme l’a souligné le Consistoire de janvier dernier, l’exhortation apostolique  Evangelii gaudium du pape François « demeure une référence essentielle. Outre l’introduction de nouveaux contenus, elle recentre tout sur le  kérygme  , cœur de notre identité chrétienne et ecclésiale » ( Lettre aux cardinaux , 22 avril 2026). Je vous invite donc, vous aussi, à revisiter  Evangelii gaudium  dans votre action, à tous les niveaux, afin de promouvoir une mission « christocentrique et kérygmatique… née d’une rencontre avec le Christ, capable de transformer des vies » ( ibid . ).  

    La forte demande de spiritualité, qui prend de l’ampleur – notamment chez les jeunes – et qui s’est manifestée clairement lors du Jubilé des jeunes, mérite toute notre attention. La nouvelle génération n’est pas fermée à l’Évangile ; au contraire, nombreux sont ceux qui, en le redécouvrant, souhaitent mieux le connaître, car ils pressentent qu’il recèle le secret du vrai bonheur. Je suis certain que votre Dicastère est particulièrement attentif à cette question que nos contemporains posent avec une insistance croissante et qui exige une réponse crédible et cohérente. L’évangélisation ne repose ni sur l’efficacité des structures, ni sur la pertinence sociale, ni même sur l’approbation que l’on peut recevoir à un moment donné. L’essentiel demeure de se confier à la conduite de l’Esprit Saint, de suivre les chemins qu’il trace pour conduire de nombreuses personnes au Christ, à sa Parole qui sauve, à son amour qui renouvelle la vie.

    Aujourd'hui, l'évangélisation doit notamment composer avec l'évolution des conditions et des dynamiques qui entourent la transmission de la foi d'une génération à l'autre. Dans certaines régions du monde, cette transmission a quasiment cessé, ce qui exige de relever de nouveaux défis. Les causes de cette situation sont multiples et bien connues ; il en résulte toutefois une « pauvreté » spirituelle chez les jeunes générations, un manque de motivation et de moyens pour développer, en toute liberté, cet engagement envers la foi qui donne sens à la vie. Grâce à Dieu, de nombreuses initiatives, diverses et variées, voient le jour à travers le monde, permettant aux communautés, associations, mouvements et groupes ecclésiaux chrétiens de rencontrer les jeunes, de les écouter et d'engager le dialogue avec eux. Le climat culturel dominant, dans des sociétés saturées de médias et de consommation, diminue la capacité d'apprendre avec patience et de mener, avec effort, une quête personnelle de la vérité, avec persévérance et esprit critique. Chaque message risque d'être perçu comme une simple opinion parmi d'autres.

    Dans ce contexte, la transmission de la foi implique nécessairement la rencontre de personnes et de communautés qui expriment la joie de la foi chrétienne et la cohérence d'une vie inspirée par l'Évangile. Ce n'est certainement pas en édulcorant le contenu ou en adoucissant les exigences que le christianisme peut devenir attractif, mais en témoignant avec humilité et courage du « chemin, de la vérité et de la vie » qui ont converti et sanctifié tant de personnes. Comme l' a déclaré Benoît XVI : « Ce dont nous avons besoin en ce moment de l'histoire, ce sont des hommes qui, par une foi éclairée et vécue, rendent Dieu crédible dans ce monde. […] Nous avons besoin de personnes qui gardent les yeux fixés sur Dieu, apprenant de Lui la véritable humanité. Nous avons besoin de personnes dont l'intelligence est éclairée par la lumière de Dieu et dont Dieu ouvre le cœur, afin que leur intelligence puisse dialoguer avec celle des autres et que leur cœur puisse ouvrir celui des autres. Ce n'est que par des hommes touchés par Dieu que Dieu peut revenir aux hommes » (L' Europe dans la crise des cultures, par Benoît XVI , Sienne, 2005, p. 63-64). Le caractère sacré de la vie demeure donc l’expression la plus convaincante de la beauté de la foi chrétienne, qui transcende les âges et parle à toutes les cultures.

    Je voudrais également vous adresser quelques mots concernant la catéchèse, qui joue un rôle déterminant dans la vie de l’Église par son engagement dans la formation et la transmission de la foi. Une attention particulière est due aux catéchumènes, dont le nombre de demandes de baptême ne cesse d’augmenter. Le service joyeux de la communauté, qui consiste à accueillir et à accompagner les catéchumènes, ne saurait s’arrêter à la célébration du sacrement. La tâche qui suit exige une responsabilité tout aussi grande : celle d’offrir un environnement où s’accomplissent les attentes qui les ont conduits à adhérer au Christ et à son Église. Le devoir de faire vivre le choix de foi accompli par le baptême implique, en particulier pour les communautés paroissiales, la nécessité de rechercher constamment la haute qualité de la vie chrétienne (cf. saint Jean-Paul II, Lettre apostolique Novo millennio ineunte , 31), afin de veiller à ce que les nouveaux baptisés aient un espace de croissance harmonieuse, fruit de relations interpersonnelles vécues dans l’amour et le service réciproque. 

    Il convient d’accorder une attention similaire aux garçons et aux filles qui reçoivent le sacrement de la Confirmation. J’encourage les nombreuses initiatives qui les accompagnent dans leur cheminement de foi, contribuant ainsi à leur épanouissement humain et chrétien. Ces initiatives sont d’autant plus efficaces que chacun d’eux bénéficie d’une attention personnalisée, reflet de l’amour unique et personnel du Seigneur.

    Chers amis, je vous remercie pour votre service à mon ministère et à toute l'Église et, vous confiant à la Vierge Marie, disciple parfaite et missionnaire de l'Évangile, je vous accompagne de ma bénédiction. Merci !

    __________________________________

    Bulletin du Bureau de presse du Saint-Siège , 28 mai 2026

  • Un chapelet mondial pour la paix avec le pape Léon XIV Ce 30 mai 2026, un chapelet en simultané avec les fidèles du monde entier

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    D'Anne van Merris sur zenit.org :

    Un chapelet mondial pour la paix avec le pape Léon XIV Ce 30 mai 2026, un chapelet en simultané avec les fidèles du monde entier

    28 mai 2026

    Ce samedi 30 mai 2026 à 19 heures, le pape Léon XIV présidera un chapelet pour la paix dans le monde devant la réplique de la grotte de Lourdes, située dans les jardins du Vatican. Cette tradition papale a lieu chaque année fin mai, un mois spécialement dédié à la Vierge Marie.

    Si de nombreux fidèles et membres de la Curie romaine pourront se joindre physiquement à la prière du pape, le monde entier pourra aussi participer en simultané au chapelet, qui sera retransmis en direct par les médias. Plusieurs sanctuaires ont déjà rejoint cette initiative, coordonnée par le Dicastère pour l’évangélisation : les sanctuaires de Zarvanytsia en Ukraine, Antipolo aux Philippines, Fatima au Portugal, Medjugorje en Bosnie-Herzégovine, Lourdes en France, Byblos au Liban et Loreto en Italie.

    Prier pour éviter le désaccord : "La langue en accord avec la vie et les lèvres avec la conscience" © Vatican Media

    Prier pour éviter le désaccord : « La langue en accord avec la vie et les lèvres avec la conscience » © Vatican Media

    Depuis le début de son pontificat, le Saint-Père ne cesse d’appeler les catholiques à prier pour la paix dans le monde, en particulier au Moyen-Orient, en Afrique et en Ukraine. L’année dernière, le 31 mai 2025, il a déjà présidé un chapelet à cette intention. Quelque 2 000 fidèles étaient présents dans les jardins du Vatican, alors que la prière était retransmise et récitée à l’unisson dans le monde.

    Le pape avait alors donné un bref discours, dans lequel il avait rappelé l’importance de demander l’intercession de la Vierge Marie pour éviter les divisions : « Regardons donc notre existence comme un chemin pour suivre Jésus, pour marcher, comme nous l’avons fait ce soir avec Marie. Et demandons au Seigneur de savoir nous louer chaque jour, “avec la vie, avec la langue, avec le cœur et avec les lèvres avec la voix et avec la conduite” (St Augustin), en évitant le désaccord : la langue en accord avec la vie et les lèvres avec la conscience. »

    Plus récemment, le 11 février 2026, en la fête de Notre-Dame de Lourdes et de la Journée mondiale des malades, le pape s’est aussi rendu devant la Vierge de Lourdes au Vatican, afin de prier pour les malades. Et très prochainement, il aura l’occasion de prier devant la grotte de Massabielle, au sanctuaire de Lourdes, lors de son voyage apostolique prévu en France du 25 au 28 septembre 2026.

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