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Eglise

  • L'évêque Varden plaide pour une approche équilibrée de l'immigration et de l'identité nationale

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    L'évêque Varden plaide pour une approche équilibrée de l'immigration et de l'identité nationale

    Un évêque norvégien met en garde contre le purisme ethnique et l'hostilité envers les étrangers, tout en soulignant le devoir des migrants de respecter le patrimoine et les lois de leurs pays d'adoption.

    L’évêque Erik Varden a plaidé pour une approche équilibrée de l’immigration, qui rejette l’idée de considérer chaque étranger comme un ennemi, souvent sur la base de la « pureté ethnique », tout en rappelant aux immigrants qu’ils ont des « devoirs solennels envers leur pays d’adoption ».

    Dans un discours prononcé le 22 septembre devant l'assemblée plénière d'automne de la Conférence des évêques nordiques, l'évêque de Trondheim a observé que le populisme actuel découle des incertitudes et des défis nationaux et mondiaux actuels — des guerres, des « phénomènes météorologiques extrêmes » et d'une crise énergétique, aux réfugiés, aux préoccupations concernant l'IA et à un « tissu social qui se déchire ».

    L'évêque Varden, qui a dirigé les exercices spirituels de Carême du pape Léon XIV pour la Curie romaine plus tôt cette année, a noté que le mot « populiste » est apparu pour la première fois à la fin du XIXe siècle et qu'il découlait d'un sentiment parmi le « peuple » — la majorité de la population d'un pays qui le fait fonctionner — que leurs voix « étaient ignorées par une élite lointaine » et qu'ils se sentaient donc « privés de leurs droits et laissés dans l'ignorance ».

    Dans un tel monde d’« incertitude » et d’aliénation, il est « normal » que les citoyens se tournent vers leur nation, leur peuple , pour trouver la stabilité, a-t-il déclaré, ajoutant que les « cris de protestation » sont « naturels, voire salutaires ». Ce qui unit une nation, a-t-il ajouté, c’est un « sentiment d’origine commune et d’un but partagé ».

    Mais il a mis en garde contre une nation « cherchant la cohérence dans des racines réelles ou imaginaires, en idolâtrant, par exemple, la chimère de la pureté ethnique », ajoutant que cela conduit à l’étroitesse d’esprit, à l’arrogance, au culte des ancêtres et à l’idolâtrie.

    Il a condamné « la rhétorique absurde et vulgaire de ce qu'on appelle la "politique identitaire" », avertissant que « la sauvegarde de la "pureté" nationale » finit par vilipender quiconque « ne correspond pas aux critères étroits d'appartenance ». Ce type de politique, a-t-il déclaré, « se nourrit de ressentiment » et n'offre souvent que peu de « vision constructive et de stratégie réaliste ».

    Il a déclaré qu’au contraire, « nous devons regarder simultanément en arrière et vers l’avenir », en construisant des nations « accueillantes, en préservant notre patrimoine, tout en restant prêts à absorber les richesses artistiques, scientifiques et culturelles apportées par les nouveaux membres ».

    Il a rappelé à son auditoire que les chrétiens ont le devoir d’aider les nécessiteux, « d’ouvrir leurs portes aux sans-abri, de partager leurs richesses matérielles avec les pauvres ». Si les nations veulent protéger leur héritage chrétien, a-t-il ajouté, elles doivent avant tout « maintenir vivante une haute tradition de charité chrétienne ».

    Mais il a également souligné l'importance pour les immigrants de rendre la pareille à l'accueil et à la générosité dont ils bénéficient de la part des pays d'accueil. Citant le Catéchisme de l'Église catholique ( 2241 ), il a déclaré qu'ils ont des « devoirs solennels » envers leur pays d'adoption et qu'ils sont « tenus de respecter avec gratitude le patrimoine matériel et spirituel du pays qui les reçoit, d'obéir à ses lois et de contribuer aux devoirs civiques ».

    Le défi pour les chrétiens, a-t-il poursuivi, est donc de concilier deux tâches : « promouvoir l’unité et le caractère national, menacés à une époque imprégnée de médias mondiaux et bombardée par la publicité du commerce mondial ; tout en prenant soin avec bienveillance des nécessiteux et des étrangers. »

    Pour aider les décideurs politiques à atteindre ce « délicat équilibre », il s'est appuyé sur la Règle de saint Benoît, qui exige que tous les hôtes des monastères soient reçus « comme s'ils étaient le Christ lui-même », mais que si l'hôte souhaite rester et faire du monastère sa demeure, ses motivations doivent être mises à l'épreuve, ce qui requiert leur « générosité et leur détermination ».

    « C’est ainsi que saint Benoît a permis à ses abbayes d’être des lieux marqués par une forte identité communautaire, tout en restant accueillants envers tous, prêts à aider quiconque dans le besoin », a déclaré l’évêque Varden.

    Tout en reconnaissant que la Règle ne peut être appliquée avec précision à l'État-nation, le prélat norvégien estime qu'une « double perspective » peut potentiellement orienter les politiques publiques. Il a toutefois souligné que les citoyens des pays d'accueil doivent également assumer leurs propres responsabilités avant d'appliquer les préceptes de saint Benoît à autrui, ajoutant que c'est un point que « de nombreux manifestes populistes omettent de mentionner ».

    Soulignant la baisse des taux de natalité dans les pays nordiques – une tendance qui touche également la plupart des pays occidentaux –, il a déclaré que sans migrants, « nos services, nos industries et nos systèmes de protection sociale s’effondreraient ». Il a ajouté que ce constat devrait inciter les citoyens des pays d’accueil à l’humilité et à la gratitude envers les immigrants, et les encourager à redoubler d’efforts pour consolider la famille et promouvoir une culture de vie.

    Les catholiques, concluait-il, sont « particulièrement bien préparés » à supporter cette tension, car être catholique signifie nourrir deux loyautés à la fois : un véritable attachement à son lieu, à son peuple et à sa tradition, et un engagement envers l'Église universelle, qui embrasse toutes les nations, tous les temps, et même la mort et l'éternité.

    « La recherche de son identité implique un engagement constant dans un processus de transformation intérieure », a conclu l’évêque Varden. « Si nous vivons selon ces principes et si nous apprenons aux autres à faire de même, cette période d’angoisse pourrait se révéler être un temps de conversion et de grâce, une formidable opportunité de bien. »

    Bien que son discours ait omis de mentionner explicitement l'immigration clandestine ou les préoccupations relatives aux effets de la culture islamique sur les pays d'accueil, les propos de l'évêque Varden sont perçus comme une intervention rare de la hiérarchie de l'Église, souvent critiquée pour privilégier les politiques d'ouverture des frontières et les droits des immigrants au détriment du devoir des gouvernements de gérer les frontières afin de préserver le bien commun.

  • Du gauchisme à la tradition : le retour à Rome d'un jeune juriste

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    De diakonos.be :

    Du gauchisme à la tradition : le retour à Rome d'un jeune juriste

    Ancien militant progressiste devenu juriste à Rome, essayiste et poète, Luigi Trisolino, né le 11 octobre 1989, incarne un parcours intellectuel hors norme. Alors que la Belgique et l'Europe du Nord traversent une crise d'identité et de repères, ce converti de 35 ans livre en exclusivité pour Diakonos.be un entretien sans filtre. Bioéthique, combat contre la sécularisation, critique du centre mou et défense du droit naturel : un regard romain tranchant, adressé directement à une jeunesse en quête d'enracinement et d'espérance.

    *

    Maître Trisolino, vous naviguez professionnellement entre les arcanes de la bureaucratie romaine et la rigueur du droit public, tout en cultivant la sensibilité du poète et la radicalité du converti. Ne serait-ce pas la définition parfaite d'un équilibriste… ou d'un incorrigible romantique qui cherche encore des lois immuables dans un monde qui change d'avis toutes les cinq minutes ?

    — « N’est ce pas avec la même ardeur laborieuse que les fourmis transportent les grains de sable, déplacent des carcasses d'insectes et creusent la terre ? Et les aigles ne dominent-ils pas les hauteurs avec la même force ailée, qu’ils construisent leurs nids au sommet des montagnes ou qu'ils y rapportent des proies pour nourrir leurs petits ? Dès lors, quelque soit le contexte ou le matériau à concevoir, façonner ou transporter — qu'il soit juridique, journalistique, poétique, politique ou théologique —, je demeure le même homme, mû et éclairé par la même conversion au Christ dans la tradition pétrinienne.

    Mon secret pour préserver mon intégrité, sans devoir faire le grand écart ni tomber dans le romantisme, c'est de rester hors de ma zone de confort. En premier lieu intérieurement, par rapport à moi-même, en veillant chrétiennement tel un guetteur pour me tenir prêt, au cas où je devrais affronter davantage d’inconfort encore à l'extérieur, par exemple politiquement, au milieu des autres. Ma conversion a été un long chemin de croix. Mais en luttant, à mon échelle, contre les idéologies mondialistes du genre et du wokisme, je commence déjà à déranger ces progressistes dont mes convictions catholiques m'ont définitivement éloigné.

    Mais j'espère être une source constructive d’inconfort, notamment parmi ces conservateurs fatigués qui, dans leurs discours et leurs actions socioculturelles, se confondent désormais pratiquement avec les figures de cette antichambre du progressisme qu’est devenu le centre mou. Même ma poésie dérange quand elle aborde des thèmes sociaux. C'est qu'elle tranche avec ces poètes aliénés qui alternent entre démission politique et postures civiques de façade, soumis au discours progressiste dominant, au matérialisme et à un néo-pacifisme de circonstance.

    Journalistes et juristes ne sont pas en reste dans ce processus d'auto-destruction intellectuelle et de liquidation des consciences qui s’ensuit. Pour un converti nourri de la tradition catholique, riche de talents qu'il se doit de fructifier, l'engagement doit être total : une présence énergique, déployée partout où il est possible de rendre témoignage. Aujourd'hui, seuls les faux prophètes font consensus. Ce sont eux qu'il nous faut combattre, en affirmant la nécessité vitale, humaine et politique d’enraciner nos identités, nos lois et nos traités dans le droit naturel le plus accompli : celui issu de nos racines chrétiennes.

    Qu'est-ce qui, dans votre parcours de juriste plongé au quotidien dans la rationalité des institutions publiques à Rome, a ouvert la brèche vers la conversion au catholicisme ? La foi a‑t-elle été pour vous une rupture ou l'aboutissement logique d'une quête de vérité ?

    — J’ai pris la réalité à bras le corps pour la regarder en face, dépouillé des filtres relativistes de mon ancien milieu. Et la réalité cette, dans ce qu’elle a de plus essentiel, a accueilli celui qui tentait de la contourner. En dépassant le juridisme qui étouffe si souvent l'État de droit, je me suis également affranchi des fables sur l’être humain que le marxisme néo-trotskyste et le progressisme libéral m’avaient inculqué. La simple curiosité intellectuelle du dilettante sur l’être humain ne me suffisait plus ; je me suis donc engagé dans une quête authentique de la vérité.

    De mon adolescence jusqu'à mes 34 – 35 ans, je n'ai cessé en effet d'explorer différentes chapelles et systèmes de pensée, tel un Ulysse avide de connaître le moindre des îlots le séparant d'Ithaque, sa véritable patrie. Devant la réalité des changements sociétaux, à l’époque du Christ comme aujourd’hui, certaines valeurs naturelles restent non négociables. Je l’ai toujours su mais je m’obstinais à vouloir tout concilier, aveuglé par des lectures dévoyées de la laïcité, de la fraternité et de la diversité culturelle.

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  • De François en Belgique à Léon XIV en France : deux voyages, deux récits médiatiques

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    De François en Belgique à Léon XIV en France : deux voyages, deux récits médiatiques

    Pourquoi le voyage de François en Belgique, en septembre 2024, a-t-il laissé une impression aussi contrastée, alors que celui de Léon XIV en France, deux ans plus tard, a donné lieu à une réception populaire beaucoup plus favorable ?

    La réponse ne tient ni à une opposition simpliste entre une Belgique qui aurait « rejeté » François et une France qui aurait « triomphalement » accueilli Léon XIV, ni à la seule question des abus sexuels. Celle-ci a également occupé une place considérable dans les médias français. La différence tient plutôt à la combinaison des circonstances, au style des deux papes et, surtout, aux images et au récit qui ont fini par dominer la perception de chaque voyage.

    En Belgique, les controverses ont fini par structurer le récit

    Il serait faux de présenter le voyage de François comme un échec. Le pape a connu des moments de véritable enthousiasme, notamment lors de sa rencontre avec plusieurs milliers de jeunes. Mais ces images n'ont pas durablement dominé le récit médiatique.

    La question des abus sexuels occupait une place particulièrement lourde dans le contexte belge. Le roi Philippe et le Premier ministre Alexander De Croo l'avaient placée au premier plan dès les discours d'accueil. François rencontra des victimes et condamna avec force les abus, appelant à ce que leurs auteurs soient jugés, y compris lorsqu'ils appartenaient au clergé ou à la hiérarchie.

    Mais le malaise du voyage ne peut être réduit à cette seule question. Les propos du pape sur les femmes à Louvain-la-Neuve, la réaction de l'université, son hommage au roi Baudouin, ses déclarations sur l'avortement et, enfin, ses propos dans l'avion du retour ont successivement ouvert de nouveaux fronts.

    Le voyage s'est ainsi transformé en une succession de dossiers conflictuels : abus sexuels, place des femmes, avortement, héritage de Baudouin, rapport entre l'Église et une société profondément sécularisée.

    Ce n'est donc pas un sujet unique qui a déterminé l'image de la visite, mais l'accumulation de controverses qui a donné à celle-ci une tonalité essentiellement polémique.

    En France, les abus n'ont pourtant pas disparu du récit

    Toute comparaison sérieuse doit éviter un raccourci : les abus sexuels ont également occupé une place importante dans la couverture française de la visite de Léon XIV. Les médias ont interrogé le pape sur les victimes, la responsabilité de l'Église et les mesures à prendre.

    Il serait donc faux d'opposer une Belgique où les abus auraient tout recouvert à une France qui les aurait ignorés.

    La différence est ailleurs : en France, les abus ont constitué l'un des récits du voyage, mais ils n'ont pas été le seul récit capable de s'imposer.

    D'autres images sont venues leur faire concurrence.

    L'image qui change la perception : une jeunesse catholique visible

    Le rassemblement de dizaines de milliers de jeunes autour de Léon XIV a fourni une image immédiatement lisible : une jeunesse catholique nombreuse, enthousiaste, chantante et priante, réunie publiquement autour du pape.

    Il ne faut évidemment pas en déduire que cette jeunesse représente l'ensemble de la société française. La sécularisation demeure profonde et la pratique religieuse régulière reste minoritaire.

    Mais cette mobilisation a rendu plus difficile une lecture du catholicisme français limitée au déclin, aux églises qui se vident et aux scandales du passé.

    Elle a fait apparaître simultanément deux réalités :

    oui, l'Église a des comptes à rendre ; mais oui aussi, elle rassemble encore.

    Cette coexistence a profondément modifié la perception du voyage.

    Deux papes, deux styles, mais surtout deux contextes

    La personnalité des deux papes a également joué un rôle.

    François avait une manière très spontanée, parfois abrupte, de répondre aux questions. Plusieurs de ses interventions en Belgique ont ainsi suscité de nouvelles controverses.

    Léon XIV apparaît dans un registre plus posé et plus structuré. Cela ne signifie nullement qu'il ait évité les sujets sensibles. Il a au contraire abordé sans détour la défense de la vie humaine, l'avortement, l'euthanasie, la laïcité, la dignité humaine ou encore la place du christianisme dans la société.

    Mais ses paroles ont été accompagnées d'un environnement visuel particulièrement puissant : jeunes, familles, saints, cathédrales, prières, catéchumènes et foules.

    Le pape n'a donc pas seulement parlé : les images ont aussi parlé pour lui.

    C'est un élément essentiel pour comprendre la différence de réception.

    Une Église confrontée à ses blessures, mais aussi capable de montrer sa vitalité

    Les deux Églises sont évidemment confrontées aux mêmes grandes difficultés : sécularisation, baisse de la pratique, vieillissement, scandales et interrogations sur leur avenir.

    Mais elles n'ont pas présenté exactement le même visage au cours de ces deux voyages.

    En Belgique, le poids des abus et des blessures institutionnelles a largement déterminé le cadre dans lequel le pape était attendu. L'Église devait expliquer, reconnaître et réparer.

    En France, Léon XIV a également rencontré une Église fragilisée, mais capable de lui montrer des signes visibles de recomposition : jeunes mobilisés, catéchumènes adultes, pèlerinages, communautés et initiatives nouvelles.

    Il ne s'agit pas de prétendre que l'Église française serait soudainement devenue forte, ni qu'elle échapperait au déclin religieux. Mais certains phénomènes donnent à voir un catholicisme qui n'est plus seulement hérité, mais aussi choisi.

    C'est cette dimension que le voyage de Léon XIV a particulièrement mise en lumière.

    Le rôle des médias : une différence de dramaturgie

    Il serait trop facile d'accuser les médias belges d'avoir « plombé » François ou les médias français d'avoir voulu « sauver » Léon XIV.

    Les journalistes avaient, dans les deux cas, de bonnes raisons de traiter la question des abus. Elle concerne des victimes réelles, des responsabilités institutionnelles et une crise majeure pour l'Église.

    Mais les médias ne racontent pas dans le vide. Ils travaillent à partir des événements, des déclarations et surtout des images que ceux-ci produisent.

    Or les deux voyages n'ont pas fourni le même matériau.

    En Belgique, les controverses se sont succédé et se sont mutuellement renforcées.

    En France, les controverses ont coexisté avec des scènes de mobilisation massive qui ont proposé un autre récit.

    La différence relève donc moins d'une intention médiatique différente que d'une différence de dramaturgie.

    Deux questions différentes pour une même Église

    Au fond, les deux voyages ont posé une même question : que peut encore dire l'Église catholique à une société profondément sécularisée ?

    Mais les images dominantes ont conduit à mettre l'accent sur deux interrogations différentes.

    En Belgique :

    Que fait l'Église pour répondre aux blessures de son passé ?

    En France :

    Pourquoi, malgré son affaiblissement, l'Église est-elle encore capable de rassembler autant de jeunes ?

    Ces deux questions ne s'excluent évidemment pas. Elles décrivent deux dimensions d'une même réalité.

    C'est pourquoi il serait excessif de parler d'une « victoire » de Léon XIV sur les médias ou d'une « défaite » de François provoquée par les médias.

    Les deux voyages ont été traversés par les mêmes grandes questions : abus, sécularisation, place de la religion dans la société et avenir du christianisme. Mais les événements n'ont pas produit les mêmes images et les images n'ont pas produit le même récit.

    En Belgique, les controverses ont largement dominé les images de la visite.

    En France, les images de la mobilisation catholique ont réussi à leur faire concurrence.

    Une même parole, une réception différente

    C'est peut-être là le véritable enseignement de la comparaison.

    François et Léon XIV n'ont pas nécessairement défendu des positions radicalement différentes sur les grandes questions éthiques et anthropologiques. Mais ils ont parlé dans des contextes différents et devant des Églises qui n'ont pas présenté le même visage au même moment.

    En Belgique, le passé a largement pesé sur le présent.

    En France, le présent a davantage permis de parler de l'avenir.

    Le contraste entre les deux voyages ne s'explique donc pas principalement par la présence ou l'absence des abus, mais par la place qu'ils ont occupée dans le récit global de chaque visite.

    François a rencontré en Belgique une Église dont les blessures ont largement déterminé la perception de son passage. Léon XIV a rencontré en France une Église capable de montrer simultanément ses blessures et ses forces vives.

    Et c'est probablement cette coexistence qui a fait la différence.

    Une Église qui ne montre que ses blessures appelle naturellement les questions sur son passé. Une Église qui montre aussi sa jeunesse, sa prière et sa capacité à transmettre oblige à poser une autre question : quel avenir peut encore avoir le christianisme ?

    C'est cette seconde question que le voyage de Léon XIV a davantage réussi à imposer dans l'espace public.

    Au fond, un même message peut être reçu très différemment lorsqu'il est porté par une communauté qui donne publiquement le sentiment d'être vivante.

    (avec l'IA)

  • Léon XIV en France : quand le catholicisme sort du bois

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    Léon XIV en France : quand le catholicisme sort du bois

    Ils avaient pris l'habitude de parler du catholicisme au passé. Léon XIV les a obligés à employer le présent.

    Pendant quatre jours, la France aura vu ce qu'elle ne voit plus guère dans son paysage médiatique ordinaire : une Église catholique visible, assumée et mobilisée. Des centaines de milliers de personnes à Paris, 80 000 jeunes au Stade de France, des foules à Lourdes et à Metz. Et, surtout, une jeunesse catholique qui ne semblait ni honteuse de sa foi ni désireuse de la dissimuler.

    Ce n'est évidemment pas le retour statistique de la France chrétienne d'autrefois. Il serait absurde de transformer quelques jours exceptionnels en retournement démographique. Mais quelque chose s'est produit : le catholicisme a réoccupé l'espace public sans demander pardon d'y être.

    Et c'est peut-être cela qui a le plus dérangé.

    Une Église qui n'a pas demandé la permission de parler

    Léon XIV avait annoncé la couleur dès l'avion qui le conduisait à Paris. Il n'est pas venu comme un diplomate en visite, ni comme une personnalité culturelle venue célébrer le patrimoine français.

    « Je me rends avant tout en France […] en tant que disciple de Jésus-Christ désireux de proclamer la paix, la paix du Christ », déclarait-il aux journalistes.

    Tout est là.

    Il est venu comme pape.

    Il a donc parlé de Dieu, de la foi, de la vie, de la dignité humaine, de la famille, de la paix, de l'avenir de l'Europe. Bref, de tout ce qu'une certaine conception aseptisée de la laïcité voudrait parfois reléguer derrière les portes des églises.

    À Paris, devant les autorités françaises, Léon XIV n'a pas davantage contourné les questions qui fâchent. Et à Lourdes, il a formulé sans détour une critique de la logique de la mort programmée :

    « Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n'est pas nécessairement moral. »

    Puis il a ajouté :

    « Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! »

    Difficile d'être plus clair.

    Et il ne s'est pas arrêté à la fin de vie. À Paris, à l'UNESCO, il a replacé la question de la vie humaine dans une réflexion beaucoup plus large : que devient une civilisation lorsque la vie cesse d'être reçue comme un don pour devenir un objet que l'on produit, sélectionne ou exploite ?

    « La vie n'est plus comprise comme un don, mais comme une marchandise », avertissait-il.

    Voilà donc un pape qui, en France, ne s'est pas contenté de célébrer Notre-Dame ou de saluer le patrimoine chrétien.

    Il a posé des questions de civilisation.

    Et puis il y eut le Stade de France

    Mais le moment le plus révélateur n'a peut-être pas été politique.

    Il a été ecclésial.

    80 000 jeunes au Stade de France.

    Pas pour un concert.

    Pas pour une manifestation politique.

    Pas pour une vedette du sport.

    Pour une veillée de prière avec le pape.

    Et Léon XIV leur a dit quelque chose que notre époque peine à entendre : « Vous êtes l'Église d'aujourd'hui. »

    Pas « l'Église de demain ».

    Pas « l'Église si vous voulez bien vous engager ».

    L'Église d'aujourd'hui.

    Puis, à Paris, il les a exhortés à ne pas garder leur foi pour eux-mêmes :

    « Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. »

    Voilà qui devrait rassurer ceux qui craignent une résurgence du catholicisme dans l'espace public : le pape n'a effectivement pas demandé aux catholiques de rester tranquillement chez eux.

    Il leur a demandé exactement l'inverse.

    Sortez. Témoignez. Transmettez. Servez.

    Et les jeunes semblent avoir répondu présents.

    Le catholicisme n'est pas une pièce de musée

    C'est ici que le débat sur la laïcité devient intéressant.

    La France est laïque. Elle doit le rester.

    Mais la laïcité ne signifie pas que les religions doivent être invisibles. Elle signifie que l'État ne se confond pas avec une religion et garantit la liberté de conscience et de culte.

    Le problème commence lorsque certains semblent confondre neutralité de l'État et neutralisation du religieux.

    Un christianisme patrimonial ne dérange personne.

    Une abbaye transformée en hôtel ? Très bien.

    Une cathédrale visitée par des touristes ? Magnifique.

    Un saint présenté comme une figure historique ? Très bien.

    Mais des catholiques qui prient ?

    Des jeunes qui parlent de Jésus-Christ ?

    Un pape qui affirme publiquement que la vie humaine possède une dignité qui ne dépend ni de son âge, ni de son état de santé, ni de son utilité ?

    Alors soudain, certains découvrent les vertus de la discrétion.

    Le catholicisme est parfaitement accepté à condition de ne plus être vraiment catholique.

    C'est précisément cette logique que le voyage de Léon XIV vient contredire.

    Une parole qui assume les racines chrétiennes

    À Metz, le pape a porté le débat encore plus loin.

    Dans la ville de Robert Schuman, il a parlé des « racines de l'Europe », de paix et d'unité. Et il a appelé les jeunes Européens à ne pas avoir peur de l'avenir :

    « Aimez la vie à chaque instant, et n'ayez pas peur de l'avenir ! »

    Puis cette exhortation, particulièrement forte dans une Europe vieillissante :

    « N'ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu'à son dernier souffle. »

    Il faudrait mesurer la portée de ces mots.

    Dans une société où l'enfant à naître est souvent présenté sous l'angle du droit de disposer de soi, où la fin de vie est de plus en plus pensée en termes d'autonomie et où la famille est devenue l'objet de profondes recompositions, Léon XIV réintroduit une autre logique :

    la dignité précède l'utilité.

    La vie n'est pas digne parce qu'elle est performante.

    La personne n'est pas digne parce qu'elle est autonome.

    L'homme n'a pas de valeur parce qu'il est rentable.

    Et la fragilité n'abolit pas la dignité.

    Voilà une parole chrétienne.

    Et voilà précisément pourquoi elle ne pouvait que rencontrer quelques résistances.

    L'« urticaire » des laïcards ?

    Il faut ici éviter une facilité : tous les défenseurs de la laïcité ne sont évidemment pas hostiles au catholicisme. Et les interrogations sur la place de la religion dans l'espace public sont parfaitement légitimes.

    Mais le voyage aura aussi révélé une réaction plus curieuse : l'impossibilité, pour certains, d'accepter que la visibilité catholique soit simplement... catholique.

    Pourquoi faudrait-il que le croyant s'excuse de croire ?

    Pourquoi faudrait-il qu'une messe publique soit suspecte ?

    Pourquoi faudrait-il qu'un pape, lorsqu'il parle de bioéthique, de famille ou de vie humaine, soit immédiatement sommé de rester dans les limites d'un discours religieux privé ?

    Une société pluraliste doit accepter quelque chose de beaucoup plus exigeant que la simple coexistence des opinions : elle doit accepter que des convictions profondes continuent d'exister publiquement, y compris lorsqu'elles contredisent l'air du temps.

    C'est cela, la liberté.

    Le vrai succès du voyage

    Le véritable résultat de ce voyage n'est donc pas de savoir si la France est redevenue catholique. Elle ne l'est manifestement pas.

    Le résultat est plus modeste — et peut-être plus important.

    On ne peut plus faire comme si le catholicisme n'était qu'un souvenir.

    Il y a encore des catholiques.

    Il y a encore des jeunes catholiques.

    Il y a encore des familles catholiques.

    Il y a encore des vocations.

    Il y a encore des convertis.

    Il y a encore des gens qui veulent transmettre.

    Et, surtout, il y a encore une Église capable de proposer autre chose que l'adaptation permanente aux dernières évolutions culturelles.

    Léon XIV n'est pas venu demander à la France de renoncer à la République.

    Il n'est pas venu abolir la laïcité.

    Il est venu rappeler que la foi chrétienne possède encore quelque chose à dire sur l'homme et sur la société.

    Et il l'a dit sans agressivité, mais sans complexe.

    À ceux qui s'inquiètent de cette visibilité retrouvée, il faudrait finalement rappeler une chose assez simple.

    Une démocratie n'est pas menacée par des citoyens qui prient.

    Elle serait plutôt menacée par une conception de la liberté qui ne tolérerait certaines convictions qu'à condition qu'elles restent silencieuses.

    Le voyage de Léon XIV aura donc produit un paradoxe.

    Ce pape venu proclamer « la paix du Christ » aura réveillé une petite guerre culturelle.

    Mais cette fois, les catholiques étaient là.

    Ils étaient 80 000 au Stade de France.

    Ils étaient des centaines de milliers à Paris.

    Ils étaient à Lourdes.

    Ils étaient à Metz.

    Ils chantaient, priaient, écoutaient.

    Et Léon XIV leur a simplement dit :

    « Vous êtes l'Église d'aujourd'hui. »

    C'est peut-être cela, finalement, qui aura le plus déconcerté.

    Ils avaient enterré le catholicisme.
    Lui leur a simplement montré qu'il respirait encore.

    (avec l'IA)

  • A Metz et dans l'avion du retour, le Pape a confirmé et précisé les propos des jours précédents

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    Ce qui ressort de la journée de Metz, puis surtout de la conférence de presse dans l’avion de retour vers Rome, c’est une réelle continuité avec les prises de position exprimées par Léon XIV pendant son voyage. Il n'a pas cherché, au retour, à édulcorer ses propos sur la vie humaine, la paix, le réarmement, le rôle public de l’Église ou encore les abus sexuels.

    1. À Metz : l'Europe ne peut pas renier ses racines

    À Metz, Léon XIV a développé une idée forte : l'Europe ne peut comprendre son identité et construire son avenir en faisant abstraction du christianisme.

    Il rappelle notamment le rôle de saint Benoît :

    « Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. »

    Et il affirme explicitement :

    « On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. »

    Mais le pape ne propose pas pour autant une Europe confessionnelle. Il établit plutôt un lien entre les racines chrétiennes et les valeurs qui fondent aujourd'hui la coexistence européenne : dignité de la personne, liberté, démocratie, égalité et État de droit. Il rappelle également que la laïcité suppose « une véritable collaboration » et le respect de la liberté de l'Église.

    2. La paix : pas simplement l'absence de guerre

    À Metz, son discours devient particulièrement incisif lorsqu'il aborde la guerre et le réarmement.

    Léon XIV reprend à son compte l'avertissement contre « l’illusion du réarmement » et demande aux responsables politiques d'avoir « le courage dans la négociation » et d'être prêts à « sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix ».

    Il ne s'agit donc pas, précise-t-il, d'un « irénisme naïf ». La paix exige au contraire des « efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ».

    Et il lance aux jeunes une exhortation qui résume assez bien son message français :

    « N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle. »

    Cette phrase est particulièrement importante : la défense de la vie est intégrée par Léon XIV à son discours sur l'avenir de l'Europe, et non traitée comme une question marginale ou strictement confessionnelle.

    3. Dans l'avion : « Nous ne faisons pas de politique, nous appliquons l'Évangile »

    C'est sans doute l'un des passages les plus significatifs de la conférence de presse.

    Interrogé sur la défense de la vie et notamment sur l'euthanasie, Léon XIV refuse très clairement l'idée que l'Église devrait se taire dès lors qu'une question devient politique.

    Il déclare :

    « Lorsque l’Église parle de la défense de la vie ou de questions de doctrine sociale, elle ne fait pas de politique, mais applique l’Évangile à la vie des personnes. »

    C'est une précision importante. Léon XIV confirme ainsi à bord de l'avion ce qu'il avait dit en France : la défense de la vie humaine appartient à la mission propre de l'Église.

    Autrement dit, le pape ne considère pas que parler publiquement de l'avortement, de l'euthanasie, de la dignité humaine ou de la famille constitue en soi une intrusion dans le domaine politique.

    4. Sur les abus sexuels : une précision importante

    La conférence de presse lui permet également de préciser ses propos tenus après sa rencontre avec des victimes à Lourdes.

    Il refuse de reprendre sans nuance l'expression « système d'abus » :

    « Beaucoup d’entre elles ont parlé d’abus systémique. Personnellement, je préfère l’exprimer autrement. »

    Il reconnaît cependant que certaines organisations de l'Église ont pu, dans certaines circonstances, fonctionner « de manière abusive comme un système ».

    Mais il replace surtout la question dans une perspective plus fondamentale :

    « L’abus sexuel est avant tout un problème humain. Lorsqu’il se produit au sein de l’Église, il prend en réalité une autre dimension, car la vie de foi des personnes est profondément blessée et parfois même détruite. »

    Il ajoute que l'Église a « une responsabilité particulière » envers les victimes et doit les accompagner sur le chemin de la guérison.

    Cette nuance est intéressante dans le contexte du voyage : Léon XIV ne minimise absolument pas les abus, mais il refuse également que l'expression « systémique » devienne une catégorie explicative universelle.

    5. Guerre et réarmement : le pape confirme et durcit même son propos

    La question de la guerre Russie-Ukraine lui donne l'occasion de revenir sur son discours de Metz.

    Il insiste sur la responsabilité de l'Église de rappeler la dignité humaine et le caractère sacré de la vie :

    « L’Église a une responsabilité de promouvoir ces valeurs. »

    Et surtout :

    « Il faut continuer à inviter des dirigeants comme ceux de la Russie et de l’Ukraine [...] à venir, à s’asseoir, à dialoguer, à chercher comment résoudre les problèmes sans continuer ces guerres qui n’ont plus de sens. »

    Il dénonce également les intérêts économiques liés à l'industrie de l'armement :

    « Quelques-uns s’enrichissent énormément grâce à une industrie qui promeut la guerre. »

    Et il oppose à ces dépenses les besoins fondamentaux de l'humanité :

    « Avec ces milliards d’euros ou de dollars, on pourrait résoudre des problèmes comme la faim dans le monde, le logement, les situations de chômage. »

    6. Le fil rouge du voyage

    Si l'on met bout à bout Lourdes, Paris et Metz, puis les réponses données dans l'avion, on voit apparaître un discours assez cohérent :

    • la vie humaine doit être protégée, de son commencement à sa fin naturelle ;
    • l'Église a le droit et le devoir de parler publiquement de ces questions ;
    • la famille et la natalité ne doivent pas être considérées comme des réalités dépassées ;
    • l'Europe doit assumer ses racines chrétiennes, sans devenir pour autant un État confessionnel ;
    • la paix ne se construit pas seulement par le rapport de forces et le réarmement, mais par la négociation ;
    • les abus sexuels doivent être pris au sérieux, avec une attention prioritaire aux victimes, mais sans réduire toute la réalité ecclésiale à la catégorie du « systémique » ;
    • enfin, le christianisme demeure pour lui une force capable de contribuer à l'avenir de l'Europe, et non simplement un héritage historique.

    C'est probablement ce qui donne au voyage sa cohérence : Léon XIV ne s'est pas contenté de tenir un discours pastoral sur l'Église ; il a proposé une certaine conception de l'homme et de la société, fondée sur la dignité humaine, la vie, la famille, la liberté, la paix et les racines chrétiennes de l'Europe.

    Et surtout, la conférence de presse dans l'avion a confirmé que ces déclarations n'étaient ni des improvisations ni des maladresses de circonstance : interrogé directement par les journalistes, le pape les a précisées, assumées et, sur plusieurs points, développées.

    (avec l'IA)

  • Le discours du Pape lors de la rencontre " Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité " à Metz

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE EN FRANCE
    ET VISITE AU SIÈGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES
    POUR L’ÉDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE (UNESCO)

    25-28 SEPTEMBRE 2026

    RENCONTRE « AUX RACINES DE L’EUROPE POUR LA PAIX ET L’UNITÉ »

    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV

    Centre des Congrès Robert Schuman de Metz
    Lundì, 28 settembre 2026

    ___________________________________

    Monsieur le Président,

    Monsieur le Cardinal,
    Distinguées Autorités civiles et religieuses,
    Mesdames et Messieurs,

    je suis très heureux de me trouver ici, dans cette ville historique, carrefour au cœur du continent, pour une rencontre au titre évocateur : Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité. Je vous remercie pour les aimables paroles qui viennent de m’être adressées.

    Le titre proposé s’inspire sans aucun doute de la figure du Vénérable Robert Schuman, auquel nous souhaitons aujourd’hui rendre un hommage particulier dans ce centre qui porte son nom, et surtout ici, en Moselle où il a longtemps vécu, où il repose et dont il a longtemps été le représentant à l’Assemblée Nationale. C’est de cette région avec ses tribulations, au XIXe et au XXe siècle, qu’il a puisé l’inspiration pour contribuer à façonner l’Europe d’aujourd’hui et de demain, à travers sa très célèbre Déclaration du 9 mai 1950. Celle-ci est à la fois point de départ et d’arrivée de son engagement pour la réconciliation et l’unité du continent européen, qui a marqué toute sa vie.

    Nous voulons entreprendre aujourd’hui, par la pensée, un voyage qui commence aux racines de l’Europe, pour aboutir à son présent, et se tourner vers l’avenir. Et nous nous demandons de quelle manière Robert Schuman a été façonné par l’histoire de cette terre, dont il était le fils, et comment il a fondamentalement contribué à façonner l’Europe moderne, au point d’en être considéré comme un “Père fondateur”.

    Il est toujours difficile de donner une définition de l’Europe, tant pour le présent que pour le passé. L’Europe a progressivement pris conscience d’elle-même dans les périodes historiques de la civilisation hellénistique, de l’Empire romain, puis de la diffusion du christianisme, en intégrant, au fil du temps, de nouvelles cultures telles que, entre autres, les cultures germaniques et slaves ; jusqu’à englober des régions de plus en plus vastes.

    L’Europe se comprend donc comme une réalité culturelle et historique avant même d’être une réalité géographique. Au fil des siècles, elle a pris de nouveaux contours et de nouvelles définitions, passant par des périodes de croissance, des crises profondes, et de nouvelles renaissances. Une constante, que l’on peut discerner dans son long et tumultueux parcours historique, réside dans le fait que l’Europe s’est épanouie et a progressé lorsqu’elle a su tirer parti des aspects positifs de son passé, et les re-proposer sous des formes nouvelles et créatives grâce à la rencontre avec l’autre. La civilisation européenne est, en effet, également le fruit de rencontres séculaires, même si celles-ci n’ont pas toujours été faciles. Il suffit de penser à la présence de la culture arabe dans la péninsule ibérique, ou à la projection du “Vieux Continent” dans le “Nouveau monde”, ce qui généra, parfois douloureusement, de nouvelles synthèses sur le continent américain.

    Mais pour comprendre cette longue histoire, on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît, que le saint  Pape Paul VI a proclamé son Patron en 1964 [mille neuf cent soixante quatre], le qualifiant de « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ». [1] L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par  saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Chrodegang, se respira un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de partage. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent.

    On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. Robert Schuman en était lui-même conscient lorsqu’il affirmait : « Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, fils d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe ou de profession. Il a fait reconnaître la dignité du travail et l’obligation pour tous de s’y soumettre. Il a reconnu la primauté des valeurs intérieures qui, seules, ennoblissent l’homme. La loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain, et c’est sur elle que reposent depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien ». [2]

    Un autre Père fondateur de l’Europe contemporaine, Alcide De Gasperi, lui fait écho en mettant l’accent sur « l’héritage européen commun », [3] c’est-à-dire « cette morale unitaire qui exalte la figure et la responsabilité de la personne humaine, avec son élan de fraternité évangélique, son respect du droit hérité des anciens, son culte de la beauté affiné au fil des siècles, et sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire ». [4]

    Loin d’être un critère confessionnel exclusif, [5] la référence à la dette de la culture européenne envers le christianisme permet de mieux comprendre combien l’ouverture au transcendent est toujours une dimension constitutive de la personne humaine et une source vivante de civilisation.

    À cet égard, l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne revêt une grande importance. Il encourage « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les églises », tout « en respectant et ne préjugeant pas du statut dont elles bénéficient » dans les États membres. La laïcité qui régit la vie des États n’implique pas seulement le caractère non confessionnel des institutions civiles, mais suppose une véritable collaboration entre les parties prenantes, ainsi que le respect, par les autorités étatiques et communautaires, de l’autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d’organisation, d’expression et de culte.

    Il s’agit de remonter à la source des valeurs qui constituent le fondement de la coexistence civile, à savoir « les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit » (Traité sur l’Union Européenne, Préambule).

    Dans le contexte multiculturel d’aujourd’hui, l’affirmation de l’universalité de ces valeurs, essentielle pour sa survie, passe à la foi par une redécouverte de ses racines et par l’ouverture au dialogue avec l’autre.

    Il s’agit d’une nécessité sociale et politique pour redécouvrir la place centrale de la personne humaine et donner une consistance réelle à des mots tels que liberté, démocratie, paix et unité. À cette fin, se révèle précieuse l’invitation du  Pape François à apprécier la complexité de la réalité européenne dans toute la richesse de ses traditions et de ses sensibilités, en relevant « le défi d’une harmonie constructive, libérée d’hégémonies ». [6]

    Ce double mouvement, de ressourcement et de dialogue, permettra également de retrouver un juste équilibre entre les droits eux-mêmes, ainsi qu’entre les droits et les devoirs, car – comme le rappelait toujours le  Pape François – « au concept de droit, celui - aussi essentiel et complémentaire - de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même ». [7]

    L’Europe contemporaine, en effet, se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyants les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère.

    Comme je l’ai dit lors de ma récente visite aux iles Canaries, en Espagne : « La dignité humaine exige des voies légales et sûres, le secours et l’assistance, la coopération réelle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre » (Rencontre avec les structures d’accueil des migrants).

    Mais tout cela ne serait pas encore suffisant : accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille, en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité, mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison. Il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. L’universalité des valeurs fondatrices de l’Europe nous assure que ce dialogue est possible, et qu’il pourra donner un fondement solide à nos sociétés, permettant d’œuvrer plus efficacement pour la paix et pour un monde réconcilié.

    C’est précisément cette lucidité qui inspira des hommes comme Schuman pour surmonter l’opposition entre identités culturelles et pour donner naissance aux institutions européennes, au terme de l’immense tragédie de la Seconde Guerre mondiale qui avait mis en évidence combien le mal commis par l’homme est grand lorsqu’il estime ne rencontrer aucun obstacle à l’exercice de son pouvoir.

    Robert Schuman, qui a connu des frontières en constante évolution, a contribué à jeter les bases d’une Europe consciente de l’urgence d’abattre les murs qui la déchiraient. Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l’égalité, sans distinction de race ou de classe sociale, et lui a enseigné la dignité du travail. La succession de différentes souverainetés nationales lui a inculqué l’importance du droit international et la valeur de la parole donnée. Ayant grandi dans un contexte où l’orgueil et l’esprit de revanche semblaient prévaloir, Schuman s’est engagé en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples qui, après s’être longtemps affrontés, reconnaissaient enfin qu’ils avaient besoin les uns des autres.

    Quels sont donc les enseignements de Robert Schuman à l’Europe et au monde d’aujourd’hui ? Tout d’abord, un profond désir de paix. Aujourd’hui, malheureusement, la guerre a refait surface, même en Europe : un nouveau « massacre inutile », [8] qui fait chaque jour d’innombrables victimes civiles. Et aujourd’hui encore, comme en 1950 [mille neuf cent cinquante], les paroles contenues dans la Déclaration Schuman restent d’actualité : « La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques ». [9] Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix.

    Certes, la recherche de la paix en Europe, tout comme dans le monde entier, ne doit pas être confondue avec un irénisme naïf. Au contraire, les paroles de Schuman sont plus que jamais d’actualité : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ». [10] Il faut toutefois se garder de l’illusion du réarmement. « Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres » ( Message pour la 59e Journée Mondiale de la Paix, 1 er janvier 2026). Favoriser la paix est une œuvre active. Aujourd’hui, il faut se demander si nous déployons réellement des “efforts créatifs” pour favoriser la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à “endiguer l’hémorragie de la guerre” et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir.

    L’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que s’affronter par les armes ; où l’on met en commun les ressources pour faire en sorte que « toute guerre […] devienne non seulement impensable, mais matériellement impossible ». [11]

    L’Europe selon Schuman repose sur le respect du droit international qui, contrairement aux droits nationaux, ne peut être imposé de force par un État, mais repose sur le principe universellement reconnu selon lequel pacta sunt servanda. Ce principe est précieusement conservé par la législation particulière de cette région, qui couvre aussi les relations entre l’État et l’Église catholique sur la base du Concordat de 1801 entre le Saint-Siège et la France, toujours en vigueur.

    Le droit international et le multilatéralisme soulignent l’égalité effective des États dans leurs relations mutuelles et constituent le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l’origine de tout conflit. Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie. L’Europe peut mettre fin à cette spirale grâce au respect de l’autre qu’elle a su cultiver et préserver, puisqu’elle a largement démontré au cours des quatre-vingts dernières années qu’il est possible de faire valoir des opinions, des revendications et des intérêts divergents, en se rencontrant plutôt qu’en s’affrontant.

    Schuman nous rappelle qu’il faut toujours faire preuve de réalisme et de courage : « L’Europe – affirmait-il – ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». [12] Il ne faut jamais perdre confiance en notre capacité à progresser, même si les pas franchis sont parfois petits et presque imperceptibles. La prétention moderne d’“avoir tout, tout de suite” ne correspond pas à l’histoire et la culture européennes qui, au contraire, enseignent la valeur du temps et de la patience. C’est par de petits pas que l’on peut donner vie à cette solidarité effective qui implique que personne ne se sente abandonné ou oublié.

    En vous livrant ces réflexions, je pense avant tout aux jeunes, appelés à construire l’Europe d’aujourd’hui et de demain. Comme le faisait déjà remarquer Schuman : « Que cette idée d’une Europe réconciliée, unie et forte soit désormais le mot d’ordre pour les jeunes générations, désireuses de servir une humanité enfin affranchie de la haine et de la peur, qui réapprend, après de trop longs déchirements, la fraternité chrétienne ». [13]

    Aux jeunes, je dis : ayez le courage de vivre de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos pays et de toute l’Europe.

    Ne vous soumettez pas à la logique de la violence et de l’oppression.

    Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !

    N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle.

    N’ayez pas peur de travailler sans relâche au service du bien de vos communautés, y compris par l’engagement politique.

    Soyez des bâtisseurs de communautés !

    Et avec vous, l’Europe, solidement enracinée, continuera à s’épanouir et à inspirer le monde entier.

    Que Dieu vous soutienne dans ces résolutions et qu’Il bénisse et protège l’Europe tout entière !

    ________________________________

    [1] St Paul VI, Lett. ap. Pacis nuntius, 24 octobre 1964 : AAS 56 (1964), p. 965.

    [2] R. Schuman, Pour l’Europe, Genève, 2010 5, pp. 57-58.

    [3] Cf. A. De Gasperi, La nostra patria Europa. Discorso alla Conferenza Parlamentare Europea, 21 aprile 1954, in: Alcide De Gasperi e la politica internazionale, Cinque Lune, Roma 1990, vol. III, pp. 437-440.

    [4] Ibid.

    [5] Ibid.

    [6] Discours au Conseil de l’Europe, 25 novembre 2014.

    [7] François, Discours au Parlement européen, 25 novembre 2014 : AAS 106 (2014), p. 997.

    [8] Benoît XV, Lettre aux chefs des peuples belligérants (1er août 1917), 1 er août 1917 : p. 423. AAS IX (1917), p.417-420.

    [9] Déclaration Schuman, Paris, 9 mai 1950.

    [10] Ibid.

    [11] Ibid.

    [12] Ibid.

    [13] R. Schuman, Pour l’Europe, op. cit., p. 46.

  • Les saints archanges Michel, Gabriel et Raphaël (Benoît XVI)

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    CHAPELLE PAPALE POUR L’ORDINATION ÉPISCOPALE DE
    SIX NOUVEAUX ÉVÊQUES

    HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

    Basilique Vaticane
    Samedi 29 septembre 2007

     

    Chers frères et sœurs,

    Nous sommes rassemblés autour de l'autel du Seigneur en une circonstance dans le même temps solennelle et heureuse:  l'ordination épiscopale de six nouveaux Evêques, appelés à exercer différentes tâches au service de l'unique Eglise du Christ. (...)

    Nous célébrons cette ordination épiscopale en la fête des trois Archanges qui sont mentionnés par leur nom dans l'Ecriture:  Michel, Gabriel et Raphaël. (...) Mais qu'est-ce qu'un Ange? L'Ecriture Sainte et la Tradition de l'Eglise nous laissent entrevoir deux aspects. D'une part, l'Ange est une créature qui se trouve devant Dieu, orientée de tout son être vers Dieu. Les trois noms des Archanges finissent par le mot "El", qui signifie Dieu. Dieu est inscrit dans leurs noms, dans leur nature. Leur véritable nature est l'existence en vue de Lui et pour Lui. C'est précisément ainsi que s'explique également le deuxième aspect qui caractérise les Anges:  ils sont les messagers de Dieu. Ils apportent Dieu aux hommes, ils ouvrent le ciel et ouvrent ainsi la terre. C'est précisément parce qu'ils sont auprès de Dieu, qu'ils peuvent être également très près de l'homme. En effet, Dieu est plus intime à chacun de nous que nous ne le sommes à nous-mêmes. Les Anges parlent à l'homme de ce qui constitue son être véritable, de ce qui dans sa vie est si souvent couvert et enseveli. Ils l'appellent à rentrer en lui-même, en le touchant de la part de Dieu. Dans ce sens également, nous qui sommes des êtres humains devrions toujours à nouveau devenir des anges les uns pour les autres - des anges qui nous détournent des voies de l'erreur et qui nous orientent toujours à nouveau vers Dieu. (...)

    Tout cela devient encore plus clair si nous regardons à présent les figures des trois Archanges dont l'Eglise célèbre la fête aujourd'hui. Il y a tout d'abord Michel. Nous le rencontrons dans l'Ecriture Sainte, en particulier dans le Livre de Daniel, dans la Lettre de l'Apôtre saint Jude Thaddée et dans l'Apocalypse. Dans ces textes, on souligne deux fonctions de cet Archange. Il défend la cause de l'unicité de Dieu contre la présomption du dragon, du "serpent antique", comme le dit Jean. C'est la tentative incessante du serpent de faire croire aux hommes que Dieu doit disparaître, afin qu'ils puissent devenir grands; que Dieu fait obstacle à notre liberté et que nous devons donc nous débarrasser de Lui. Mais le dragon n'accuse pas seulement Dieu. L'Apocalypse l'appelle également "l'accusateur de nos frères, lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu" (12, 10). Celui qui met Dieu de côté, ne rend pas l'homme plus grand, mais lui ôte sa dignité. L'homme devient alors un produit mal réussi de l'évolution. Celui qui accuse Dieu, accuse également l'homme.  La  foi  en Dieu défend l'homme dans toutes ses faiblesses et ses manquements:  la splendeur de Dieu resplendit sur chaque individu. La tâche de l'Evêque, en tant qu'homme de Dieu, est de faire place à Dieu dans le monde contre les négations et de défendre ainsi la grandeur de l'homme. Et que pourrait-on dire et penser de plus grand sur l'homme que le fait que Dieu lui-même s'est fait homme? L'autre fonction de Michel, selon l'Ecriture, est celle de protecteur du Peuple de Dieu (cf. Dn 10, 21; 12, 1). Chers amis, vous êtes vraiment les "anges gardiens" des Eglises qui vous seront confiées! Aidez le Peuple de Dieu, que vous devez précéder dans son pèlerinage, à trouver la joie dans la foi et à apprendre le discernement des esprits:  à accueillir le bien et à refuser le mal, à rester et à devenir toujours plus, en vertu de l'espérance de la foi, des personnes qui aiment en communion avec le Dieu-Amour.

    Nous rencontrons l'Archange Gabriel, en particulier dans le précieux récit de l'annonce à Marie de l'incarnation de Dieu, comme nous le rapporte saint Luc (1, 26-39). Gabriel est le messager de l'incarnation de Dieu. Il frappe à la porte de Marie et, par son intermédiaire, Dieu demande à Marie son "oui" à la proposition de devenir la Mère du Rédempteur:  de donner sa chair humaine au Verbe éternel de Dieu, au Fils de Dieu. Le Seigneur frappe à plusieurs reprises à la porte du cœur humain. Dans l'Apocalypse, il dit à l'"ange" de l'Eglise de Laodicée et, à travers lui, aux hommes de tous les temps:  "Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi" (3, 20). Le Seigneur se trouve à la porte - à la porte du monde et à la porte de chaque cœur en particulier. Il frappe pour qu'on le laisse entrer:  l'incarnation de Dieu, son devenir chair doit continuer jusqu'à la fin des temps. Tous doivent être réunis dans le Christ en un seul corps:  c'est ce que nous disent les grands hymnes sur le Christ dans la Lettre aux Ephésiens et dans celle aux Colossiens. Le Christ frappe. Aujourd'hui aussi, Il a besoin de personnes qui, pour ainsi dire, mettent à sa disposition leur propre chair, qui lui donnent la matière du monde et de leur vie, servant ainsi à l'unification entre Dieu et le monde, à la réconciliation de l'univers. Chers amis, votre tâche est de frapper au nom du Christ aux cœurs des hommes. En entrant vous-mêmes en union avec le Christ, vous  pourrez également assumer la fonction de Gabriel:  apporter l'appel du Christ aux hommes.

    Saint Raphaël nous est présenté, en particulier dans le livre de Tobie, comme l'Ange auquel est confiée la tâche de  guérir.  Lorsque  Jésus envoie ses disciples en mission, la tâche de l'annonce de l'Evangile s'accompagne également toujours de celle de guérir. Le Bon Samaritain, en accueillant et en guérissant la personne blessée qui gît au bord de la route, devient sans paroles un témoin de l'amour de Dieu. Cet homme blessé, qui a besoin d'être guéri, c'est chacun de nous. Annoncer l'Evangile signifie déjà en soi guérir, car l'homme a surtout besoin de la vérité et de l'amour. Dans le Livre de Tobie, on rapporte deux tâches emblématiques de guérison de l'Archange Raphaël. Il guérit la communion perturbée entre l'homme et la femme. Il guérit leur amour. Il chasse les démons qui, toujours à nouveau, déchirent et détruisent leur amour. Il purifie l'atmosphère entre les deux et leur donne la capacité de s'accueillir mutuellement pour toujours. Dans le récit de Tobie, cette guérison est rapportée à travers des images légendaires. Dans le Nouveau Testament, l'ordre du mariage, établi dans la création et menacé de multiples manières par le péché, est guéri par le fait que le Christ l'accueille dans son amour rédempteur. Il fait du mariage un sacrement:  son amour, qui est monté pour nous sur la croix, est la force qui guérit et qui, au sein de toutes les confusions, donne la capacité de la réconciliation, purifie l'atmosphère et guérit les blessures. La tâche de conduire les hommes toujours à nouveau vers la force réconciliatrice de l'amour du Christ est confiée au prêtre. Il doit être "l'ange" qui guérit et qui les aide à ancrer leur amour au sacrement et à le vivre avec un engagement toujours renouvelé à partir de celui-ci. En deuxième lieu, le Livre de Tobie parle de la guérison des yeux aveugles. Nous savons tous combien nous sommes aujourd'hui menacés par la cécité à l'égard de Dieu. Comme le danger est grand que, face à tout ce que nous savons sur les choses matérielles et que nous sommes en mesure de faire avec celles-ci, nous devenions aveugles à la lumière de Dieu! Guérir cette cécité à travers le message de la foi et le témoignage de l'amour, est le service de Raphaël confié jour après jour au prêtre et, de manière particulière, à l'Evêque. Ainsi, nous sommes spontanément portés à penser également au sacrement de la Réconciliation, au Sacrement de la Pénitence qui, au sens le plus profond du terme, est un sacrement de guérison. En effet, la véritable blessure de l'âme, le motif de toutes nos autres blessures, est le péché. Et ce n'est que s'il existe un pardon en vertu de la puissance de Dieu, en vertu de la puissance de l'amour du Christ, que nous pouvons être guéris, que nous pouvons être rachetés. (...)

  • Prière à saint Michel en musique

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    Lu et entendu ce 29 septembre, en la fête de l’archange saint Michel, sur le site web « aleteia » : 

    Le Chœur St Michel à Paris, chœur de jeunes hommes chrétiens, a mis en musique la prière d’exorcisme à St Michel de Léon XIII, prière qu’ils chantent à chaque répétition : « saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat, soyez notre secours contre la perfidie et les embûches du démon ; que Dieu étende sur lui son empire, nous le demandons en suppliant.
    Et vous, prince de la Milice céleste, refoulez en enfer, par la vertu divine, Satan et les autres esprits mauvais qui errent dans le monde pour la perte des âmes ».

    Prière composée par le pape Léon XIII (1878-1903), à la suite d’une extase durant laquelle il aurait entendu Satan demander à Jésus-Christ de lui laisser un siècle pour parvenir à détruire l’Église catholique romaine, ce que Jésus lui accorda. Elle a été récitée à la fin de chaque messe basse jusqu’à Vatican II, et demandée par le pape François en octobre 2018.

     Ref. Prière à saint Michel en musique

  • Léon XIV et une Europe à reconstruire : un discours très attendu

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    28 septembre 2026

    Léon XIV et une Europe à reconstruire

    En juin dernier, interrogé lors d’une réunion privée sur les attentes et les idées de Léon XIV concernant l’Europe, le Pape a répondu : « Attendez mon discours à Metz. »

    Ce discours, qui sera prononcé le 28 septembre, a été peaufiné dans les moindres détails, étudié pendant des mois, et traduit une dernière fois la veille du voyage.

    Le discours de Metz est attendu avec impatience, et il le mérite.

    Léon XIV se rend chez le vénérable Robert Schuman, le père de l’Europe, et surtout le père d’une vision d’une Europe non bureaucratique et non bureaucratisée.

    Schuman voulait en effet rendre « la guerre impossible », et il y est parvenu en rassemblant d’anciens ennemis et en créant un réseau qui profiterait à tous, afin que personne n’ait à chercher une table de paix après avoir soulevé les vents de la guerre.

    Au début, l’Europe était avant tout une idée d’échange de charbon et d’acier, mais elle est progressivement devenue une réalité plus large, construite autour de nombreuses initiatives qui ont même traversé le Rideau de fer.

    Le Concile Vatican II a donné naissance à l’idée d’un Conseil des conférences épiscopales européennes, né de l’intuition de l’alors monseigneur Roger Etchegaray, qui, dans une simple note, a mis en évidence les nombreuses activités se développant sur le continent européen.

    Les célébrations du millénaire de la Pologne ont conduit l’épiscopat polonais à une initiative extraordinaire : l’envoi de lettres à toutes les conférences épiscopales nationales. Et, en particulier, la lettre aux évêques d’Allemagne, conçue par le cardinal Bolesław Kominek, archevêque de Wrocław, est restée dans l’histoire.

    La Pologne avait aussi été le théâtre de l’Holocauste, des plans d’extermination allemands horriblement mis en œuvre à Auschwitz, précisément sur le sol polonais. La Pologne avait été envahie par l’Allemagne, et la Pologne, tombée dans la sphère d’influence soviétique après la guerre, a été sacrifiée par l’Europe qu’elle aimait tant.

    Les évêques polonais sont allés au-delà de tout cela et ont écrit aux évêques allemands, avec une formule restée dans la mémoire collective : « Nous pardonnons et demandons pardon. »

    En bref, un monde européen a pris racine. La vision de Schuman a trouvé un terrain fertile pour grandir – et elle a grandi, malgré le Rideau de fer. Elle a même contribué à faire tomber le mur de Berlin, ravivant le grand rêve d’une Europe respirant avec ses deux poumons, l’Est et l’Ouest, selon les mots de Jean-Paul II.

    Léon XIV, cependant, a décidé de commencer non pas par l’Europe, mais par Schuman.

    Il s’est rendu en France, mais ne s’est pas arrêté à Strasbourg, où on l’attendait au Parlement européen avec une invitation ouverte et déjà acceptée. Léon n’a pas visité les institutions européennes, mais il a regardé l’Europe pour la première fois à travers les yeux de l’un des hommes vénérables de l’Europe.

    Il n’utilisera peut-être pas l’expression « racines chrétiennes », mais c’est certainement le sens de la présence du pape à Metz aujourd’hui.

    Le Pape arrive à Metz après avoir visité Paris et Lourdes. Le président français Emmanuel Macron a tout tenté pour exploiter le voyage du Pape pour une photo d’opportunité, un peu comme lors de la réouverture de Notre-Dame, où il s’était fait photographier avec tous les dirigeants rassemblés devant la cathédrale, reconstruite après l’incendie de 2019.

    Le Saint-Siège, cependant, est resté ferme. Pas de dîners ou de déjeuners d’honneur, pas de Légion d’honneur pour le Pape – en fait, le pape n’accepte jamais de distinctions individuelles –, pas même l’idée de Macron de pouvoir accompagner personnellement le Pape pendant dix minutes dans Notre-Dame restaurée.

    Cette demande, entre autres, semblait destinée à démontrer que la France possède encore la cathédrale.

    Si les églises françaises sont propriété de l’État, l’État ne peut pas non plus s’immiscer dans les questions religieuses, et Notre-Dame n’y fait pas exception.

    Macron n’a pas non plus assisté à la messe du Pape, comme l’avaient fait ses prédécesseurs. Bien sûr, Macron avait assisté à la messe du pape François à Marseille en 2023, mais c’était parce que c’était le seul moyen pour lui d’accueillir le Saint-Père.

    François a foulé le sol français trois fois en tant que pape, visitant Strasbourg, Marseille et la Corse, en soulignant toujours qu’il se rendait à des événements et des lieux spécifiques, et non en France.

    Léon XIV, cependant, a choisi la France comme quatrième étape d’un voyage européen qui a commencé à Monaco, s’est poursuivi en Espagne, a fait une brève halte à Saint-Marin, et a finalement atteint la fille aînée de l’Église.

    Deux micro-États et deux grandes nations, jusqu’ici parfaitement équilibrés, et un choix clair : Regarder vers ces lieux que le pape François considérait comme le centre de la foi, et que Léon XIV semble plutôt traiter comme les nouvelles périphéries existentielles.

    Monaco est en périphérie, là où le Prince refuse de signer la loi sur l’avortement, et d’où le Pape a lancé un appel extraordinaire en faveur du multilatéralisme.

    L’Espagne est en périphérie, ayant redécouvert son identité culturelle chrétienne avec la visite du Pape, mais devant encore lutter contre une sécularisation rampante.

    Saint-Marin est en périphérie, une minuscule nation que peu considèrent, pourtant extraordinairement active. Et la France est en périphérie, où, entre autres, une incroyable renaissance de la foi est en cours.

    C’est incroyable même pour les évêques, si l’on considère que les évêques de la région parisienne ont convoqué un conseil régional pour comprendre la raison du nombre énorme de baptêmes d’adultes qui ne cesse de croître ces dernières années (24 000 dans la nuit de Pâques 2026).

    La France est une périphérie de la foi parce que son gouvernement a mis de côté les grandes idées catholiques et accueille Léon XIV avec une loi sur l’euthanasie récemment approuvée, qui ne prévoit même pas la possibilité d’objection de conscience pour les infirmiers.

    Le pape rétablira l’équilibre dans le dialogue entre les dirigeants de l’Église et le peuple, mettra les points sur les i en matière de doctrine, et renforcera ainsi l’extraordinaire nombre de catholiques cachés en France.

    C’est un formidable défi.

     

    Lire également : Ce lundi, le pape Léon XIV rendra hommage à la figure de Robert Schuman: « Bien des facettes de sa personne peuvent nous inspirer comme chrétiens »

  • L'homélie du pape lors de la messe célébrée à Lourdes : la vie éternelle est une promesse solide

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE EN FRANCE
    ET VISITE AU SIÈGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES
    POUR L’ÉDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE (UNESCO)

    25-28 SEPTEMBRE 2026

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Prairie du sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes
    Dimanche 27 septembre 2026

    ___________________________________

    Frères et sœurs, pèlerins venus de France et du monde entier, en vous regardant ce matin, réunis dans la maison de notre Mère, je vois le visage universel de l’Église. Certains de vous ont traversé des continents, surmonté des fatigues, apporté vos joies et vos fardeaux jusqu’à cette Grotte sacrée. Quel bonheur d’être ensemble, un seul cœur, une seule famille ! Un solo corazón, una sola famiglia !

    Je tiens à saluer tout particulièrement les pèlerins venus de toutes les provinces et diocèses de France. Vous foulez aujourd’hui le sol de cette terre bénie qui a reçu tant de grâces. Que ce pèlerinage ravive la flamme de la foi dans vos foyers et dans vos paroisses. Portez le réconfort de Lourdes à vos voisins, à vos proches et à tout le peuple français.

    Les textes que la Liturgie nous propose en ce dimanche rejoignent un aspect central du message que la Vierge Marie est venue confier à sainte Bernadette : un appel, tendre et pressant, à la conversion. Jésus pose dans l’Évangile un regard de vérité et de profonde tristesse sur les cœurs fermés : « Vous ne vous êtes pas repentis ! » (Mt 21, 32). Pourquoi cette blessure dans le cœur du Christ ? Parce que Dieu ne veut pas la perte de ses enfants. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle : « Tout homme qui commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra » alors que s’il se convertit, s’il « ouvre les yeux et se détourne de ses crimes, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas » (cf. Ez 18, 26.28). C’est pourquoi les appels à la pénitence résonnent sans cesse dans les Saintes Écritures, et traversent la prédication de l’Évangile au cours des siècles. Ils revêtent une gravité salutaire pour en manifester l’urgence et la nécessité : c’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut (cf. 2 Co 6, 2). Oui, Dieu désire que l’homme vive, qu’il ouvre les yeux et retourne à Lui. Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas.

    Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (13, 5). Mais Il élargit l’horizon de la vie terrestre à celui de la vie éternelle. Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix. La Vierge Marie n’a-t-elle pas dit à sainte Bernadette : « Je ne te promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre » ? 

    Cette promesse, proclamée ici-même, résonne avec une force particulière en cette terre de France et bouscule nos mentalités contemporaines. Dans ce moment de l’histoire, au sein d’une société en quête de progrès et de bien-être matériel, mais parfois tentée d’oublier l’horizon de l’éternité, Marie vient nous rappeler la grandeur et l’ampleur de notre vocation à la vie, à la vie éternelle. Face aux courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse, la Grotte de Massabielle se dresse comme un sanctuaire de l’espérance chrétienne. Ici, aucune fragilité n’est rejetée. Vos béquilles, vos fauteuils roulants, vos larmes cachées ne sont pas des obstacles : ils sont le lieu par excellence où vous êtes pleinement respectés, accueillis et transformés par l’amour infini de Dieu. Lourdes est le lieu béni d’une profession de foi en la beauté et la sacralité de la vie, car elle y est accueillie comme un don précieux de Dieu, appelé à s’épanouir pour l’éternité dans l’amour du Père.

    « Je te promets » ! Oui, la vie éternelle est une promesse solide, certaine, que le Seigneur nous fait. Il nous l’a déjà obtenue par sa mort sur la croix et sa résurrection, et il la réalise déjà chaque jour en nous par la grâce du baptême. Elle est à notre portée, mais il nous appartient de l’accueillir librement, de la saisir, de ne pas y faire obstacle ; or l’obstacle à la grâce et à la vie éternelle, le seul obstacle, c’est le péché, le repli sur soi, ce refus de Dieu qui nous enferme dans nos obscurités! Notre responsabilité personnelle est donc en jeu, et elle est grande ! Dieu nous a voulu libres, car la liberté est une condition de l’amour ; on ne peut pas aimer par contrainte. Cette liberté qui nous est donnée, nous devons l’engager dans un “oui” au Christ, avec le secours de sa grâce, et à la suite de Marie ; un “oui” sans cesse renouvelé, et cela jusqu’à notre dernier souffle : “maintenant et à l’heure de notre mort…” disons-nous dans le  “Je vous salue Marie”.

     On retrouve cet appel insistant à la conversion dans les paroles que Marie prononça ici-même : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! ». Elle répète le mot trois fois… ! et invite Bernadette à en accomplir certains gestes ! Pourquoi donc ? Serions-nous lents à comprendre ? Nous estimons-nous trop facilement sans péché ? Ne la pratiquons-nous pas assez ?  La Vierge nous demande de faire pénitence, non seulement pour nous-mêmes qui en avons besoin, mais aussi « pour les pécheurs », pour un monde qui va mal. Comment nos cœurs ne seraient-ils pas interpellés face aux conflits de plus en plus répandus, qui détruisent tant de vies innocentes. Or le mal que connaît notre époque vient du cœur de l’homme, Dieu n’en n’est pas responsable : « Ce n’est pas ma conduite qui n’est pas bonne – dit-il aux fils d’Israël –, c’est la vôtre » (Ez 18, 25). C’est donc le cœur des hommes qu’il faut changer, à commencer par le nôtre.

    La pénitence est une œuvre suscitée par l’amour en solidarité avec le genre humain : amour pour Dieu dont on veut réparer la blessure de son Cœur causée par nos péchés ; amour pour tous nos frères les hommes qui n’entendent pas cet appel à la conversion et que leurs fautes entraînent vers la mort. Cette exigence de conversion engage l’Église elle-même dans son pèlerinage terrestre. Elle doit avoir le courage de vivre cette conversion en premier lieu. Pour guérir des blessures profondes, des infidélités et des égarements douloureux commis en son sein, nous devons nous tenir humblement sous le regard purificateur du Seigneur. Reconnaître nos propres fautes est indispensable à notre progression spirituelle, comme l’écrivait Saint Augustin : « Que te déplaise toujours ce que tu es, si tu veux atteindre ce que tu n’es pas » (Disc. 169, 15.18)

    Le rappel de notre Mère à notre devoir de prière et de conversion nous remplit d’une grande espérance, car elle nous indique le moyen pour changer le cours des choses, moyen qui n’est autre que celui de nous associer à la passion du Christ. Chers malades qui connaissez la souffrance, si nombreux à Lourdes, il vous est possible de vivre vos peines et vos douleurs dans cet esprit d’offrande, pour entrer dans cette démarche rédemptrice dont le monde a tant besoin. En ce sens vous êtes vraiment au cœur de l’Église, et votre rôle est irremplaçable.

    Pèlerins, frères et sœurs, vous ne repartirez pas de Lourdes comme vous y êtes arrivés : vous repartirez en missionnaires de l’espérance ! Tel est le miracle de ce lieu : susciter la joie de l’espérance au cœur même de l’épreuve et de la peine. La Vierge Marie guérit nos regards et transfigure nos cœurs en leur donnant la paix. Devenez dans vos pays, vos diocèses et vos familles, les témoins actifs de cette force et de cette tendresse divines qui nous permettent de continuer la route et d’atteindre le but. Portés par la prière des malades et l’amour de notre Mère, marchez avec confiance vers l’avenir. Ne craignez pas les tempêtes du monde : la sainte Mère de Dieu veille sur notre marche, elle enveloppe l’Église de son manteau de tendresse ; Étoile radieuse du matin, elle guide nos pas pour nous enfanter, dans la joie, à la vie même de son Fils Jésus.

    Amen.

    Et aussi :

  • Voyage du pape : un bavardage médiatique assourdissant

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    Rarement un voyage pontifical aura suscité pareil bavardage médiatique. Plateaux de télévision, envoyés spéciaux, commentateurs, « experts », micro-trottoirs, duplex en direct, décryptage des gestes et des sourires : pendant plusieurs jours, Léon XIV a occupé une place considérable dans l'espace médiatique français. On a scruté ses déplacements, son style, ses rencontres, sa popularité supposée, la ferveur des foules, la présence des jeunes, jusqu'à ses expressions et à la manière dont il était accueilli par les Français.

    Tout cela a naturellement sa place dans la couverture d'un événement de cette ampleur. Mais à force de vouloir tout commenter, n'a-t-on pas parfois fini par commenter le commentaire plutôt que d'écouter le principal intéressé ?

    Car il y avait, dans cette visite, autre chose qu'un événement médiatique. Il y avait une parole. Et cette parole méritait qu'on s'y arrête.

    Que disait donc Léon XIV ? Que disait-il réellement à la France ? Sur la vie humaine, sur l'embryon, sur la fin de vie, sur la dignité de la personne vulnérable, sur la liberté de conscience, sur la place des croyants dans une société laïque ? Que disait-il aux jeunes qui étaient venus par dizaines de milliers l'écouter ? Que disait-il à une société française qui a profondément modifié son rapport à la famille, à la naissance, à la mort et à la religion ?

    Voilà les questions essentielles. Elles sont autrement plus importantes que de savoir si le pape a été « populaire », si son voyage fut une « réussite » médiatique ou si telle séquence a fait le tour des réseaux sociaux.

    Il y eut donc beaucoup d'images, beaucoup de commentaires et beaucoup d'exégèses. Mais il aurait fallu, par moments, un peu moins de bavardage et un peu plus de silence : le silence nécessaire pour laisser parler le pape.

    Car lorsqu'il affirme que « ce qui est légal n'est pas nécessairement moral », lorsqu'il rappelle qu'« il est impossible de considérer comme normal de donner la mort », ou lorsqu'il insiste sur la dignité inaliénable de toute personne humaine, Léon XIV ne se contente pas de prononcer quelques formules pieuses. Il intervient directement dans les grands débats qui traversent la France contemporaine.

    Ces paroles ne sont ni anecdotiques ni décoratives. Elles interrogent une société qui vient de franchir plusieurs étapes majeures dans l'évolution de sa législation sur la vie et la mort. Elles posent une question fondamentale : tout ce qu'une société démocratique est juridiquement capable de permettre est-il pour autant moralement juste ?

    C'est précisément à cet endroit que le bavardage médiatique devient insuffisant. Car il est relativement facile de commenter une foule, une messe, une rencontre avec des jeunes ou l'image sympathique d'un pape. Il est beaucoup plus exigeant de prendre au sérieux une parole qui oblige à réfléchir, qui dérange certaines évidences contemporaines et qui refuse de confondre la légalité avec la moralité.

    On a donc beaucoup parlé de Léon XIV. Il serait peut-être temps de parler davantage de ce que Léon XIV a dit.

    Et surtout de se demander pourquoi certaines de ses paroles, pourtant prononcées en France devant les plus hautes autorités de la République, ont parfois semblé passer presque inaperçues derrière le flot des commentaires.

    Le pape était sous les projecteurs. Mais son message, lui, était-il vraiment sous les projecteurs ?

  • Le prince Venceslas (28 septembre)

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    De Défendente Genolini sur France Catholique :

    Le prince Venceslas

    Au Xe  siècle, Venceslas, duc de Bohême, fut attaqué par son propre frère contre lequel il refusa de se défendre.

    Une sordide affaire de famille, avec méchanceté et violence d’un côté. Avec douceur et paix de l’autre.

    Venceslas – ou Vaclav – n’a pas 22 ans quand Boleslas, son frère, vient l’assassiner alors qu’il se rend à l’église. La victime n’a pas eu une jeunesse heureuse. Orphelin de père à 13 ans, il devient alors duc de Bohême. Sa mère est haineuse et avide de pouvoir. Elle fait assassiner sa belle-mère, Ludmila, qui a trop d’influence sur Venceslas. Elle persécute les catholiques.

    En montant sur le trône, Venceslas rappelle les prêtres persécutés, mène de grandes réformes sociales et politiques. «  Généreux pour le peuple, ferme avec les grands  », dit-on de lui. Il rachète souvent des esclaves sur le marché de Prague et les fait éduquer. S’il suréquipe son armée, c’est pour imposer le respect. Pour sauver la paix, il préfère un combat singulier avec l’adversaire pour épargner son peuple.

    Il agace son frère, païen et violent, par son genre de vie irréprochable. Sa mort est décidée. Le 27 septembre 929, Boleslas tire l’épée et le blesse à la tête. Venceslas dégaine, mais noblement se ravise et jette son arme : «  Je pourrais t’écraser comme une mouche, mais la main droite d’un serviteur de Dieu ne doit jamais être fratricide.  » Les complices de son frère l’achèvent. Il est le patron vénéré de la Bohême et des Tchèques : «  Il est leur martyr, leur père, leur héros, leur cantique, leur espoir, leur triomphe, leur orgueil, leur image, leur prince, leur prière, leur cierge et leur couronne  », écrit-on.

    La couronne des rois de Bohême devait reposer sur la tête du saint quand les princes ne la portaient pas.

    Le millénaire de sa mort donna lieu, en 1929, à des festivités grandioses.

    Étymologie du nom
    D’origine slave vaclaf «  couronne  » et slava, «  gloire  ».

    Célébrités
    Le premier président de la République tchèque, Vaclav Havel.

    Pensée spirituelle à la lecture de la vie de Venceslas :
    «  La vérité doit s’imposer sans violence.  » (Léon Tolstoï)

    Courte prière à saint Venceslas
    «  Saint Venceslas, consolez ceux qui sont tristes et chassez tout ce qui est mal.  »

    Lire : 

    VOYAGE APOSTOLIQUE
    DU PAPE BENO
    ÎT XVI
    EN RÉPUBLIQUE TCHÈQUE
    (26-28 SEPTEMBRE 2009)

      MESSE EN LA FÊTE LITURGIQUE DE 
    SAINT VENCESLAS, PATRON DE LA NATION

      HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE