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Eglise

  • Fin de vie : CathoBel publie la prose inacceptable d'un moine de Maredsous

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    Alors que les évêques de France, avec le cardinal Aveline en tête, sont mobilisés contre le vote d’une loi libéralisant l’euthanasie et le suicide assisté, le portail officiel de l’Église catholique en Belgique francophone, CathoBel, publie complaisamment un texte du Frère Réginald-Ferdinand Poswick, moine bénédictin de l’abbaye de Maredsous. (1) Celui-ci plaide pour une libéralisation de ces pratiques, suggérant que certaines personnes âgées puissent volontairement mettre fin à leur vie et proposant même une ritualisation ecclésiale exceptionnelle de ce « départ ».

    Ces positions vont à l’encontre de l’enseignement constant de l’Église, qui refuse absolument de provoquer la mort par des moyens artificiels. Un moine, aussi érudit soit-il, ne peut faire prévaloir une opinion personnelle dans un organe officiel de l’Église (2), au nom d’un évangélisme dévoyé et d’un argumentaire contestable.

    La doctrine constante de l’Église

    L’enseignement officiel de l’Église catholique est clair et inchangé : l’euthanasie (acte qui provoque directement la mort pour supprimer la souffrance) et le suicide assisté sont inacceptables. Le Catéchisme (§2324) les qualifie de meurtre grave, contraire à la dignité de la personne et à la souveraineté de Dieu sur la vie. Jean-Paul II l’a solennellement rappelé dans Evangelium Vitae (1995), position confirmée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et de nombreux documents ultérieurs, y compris sous le pontificat de François.

    L’Église promeut les soins palliatifs, l’accompagnement humain et spirituel, la sédation proportionnée (qui soulage sans viser la mort) et une spiritualité qui voit dans la souffrance et la mort un passage vers la vie éternelle. La dignité de la vie humaine demeure entière jusqu’à sa fin naturelle.

    Les évêques de France

    En cohérence avec cette doctrine, les évêques français alertent sur les risques de dérive : pression sur les vulnérables, banalisation de la mort provoquée et affaiblissement des soins palliatifs. Ils lancent des neuvaines et défendent une anthropologie de la fraternité qui accueille les fragiles plutôt que de les éliminer.

    Le cas belge

    En Belgique, l’euthanasie est légalisée depuis 2002 et n’a cessé de s’étendre (mineurs, troubles psychiatriques, etc.), avec une augmentation constante des cas. CathoBel a mis en avant les propositions du Frère Poswick sous le titre « proposition-choc », tout en précisant que celles-ci n’engagent que leur auteur et vont « à l’encontre de l’enseignement de l’Église ». Cette clause de style ne change rien au fait de donner une tribune à une rupture doctrinale.

    Un moine bénédictin, connu pour ses travaux sur la Bible, l’informatique et la spiritualité, n’a pas autorité pour proposer une telle évolution. Cette publication (désapprouvée par son supérieur) (1) interroge la gouvernance et la fidélité doctrinale de l’Église en Belgique, déjà mise en cause par d’autres affaires ayant nécessité des interventions vaticanes.

    Pourquoi cette divergence ?

    • Contexte culturel : forte sécularisation et tradition de « tolérance » pragmatique en Belgique et aux Pays-Bas. Une partie des catholiques, clercs inclus, s’aligne sur l’esprit du temps au nom d’une « miséricorde » ou d’une autonomie individuelle absolue.
    • Crise interne : difficulté de transmission doctrinale en Europe occidentale. Certains invoquent un « développement pastoral » qui contourne l’enseignement constant, au profit d’un subjectivisme moral.
    • Évangélisme dévoyé : ritualiser la mort provoquée reviendrait à transformer l’Église en aumônerie de la culture de mort, au lieu d’en être le sel et la lumière.

    Le magistère universel prime sur les initiatives locales. Rome a déjà corrigé des dérives similaires. Les fidèles ont le devoir, selon Donum Veritatis, de s’attacher à l’enseignement constant plutôt qu’à des propositions novatrices isolées.

    La réaction (ou l’absence de réaction) des évêques belges

    La Conférence épiscopale de Belgique a réaffirmé par le passé son opposition de principe à l’euthanasie, tout en privilégiant un ton nuancé et pastoral (« Je te prends par la main », 2019). Cependant, face à la banalisation sociale de l’euthanasie et à cette publication interne, une réaction ferme et claire fait défaut. Cette tiédeur contraste avec la position plus résolue des évêques français.

    Ce silence probable s’explique par la peur du conflit dans un pays très sécularisé, une culture du « dialogue » et de l’« accueil » qui l’emporte souvent sur la clarté doctrinale, et une certaine pusillanimité face à l’opinion publique majoritairement favorable.

    Conclusion

    Cette affaire révèle un défi plus large : celui de l’unité doctrinale face à la pression sociétale. Les évêques français ont raison de résister fermement. En Belgique, l’accommodement progressif affaiblit le témoignage prophétique de l’Église. Si les évêques belges restent silencieux, les fidèles attachés à la doctrine ont toute légitimité à rappeler la vérité et à s’adresser, si nécessaire, directement à Rome. L’accompagnement véritable des mourants passe par l’espérance et le respect inconditionnel de la vie, et non par l’administration de la mort.

    (1) Le Père Abbé de Maredsous vient (le 1er juillet en matinée) de publier une mise au point : Opinion de Fr. Poswick sur la fin de vie: la mise au point du Père Abbé de Maredsous

    (2) CathoBel précise "qu'un texte d'opinion publié sur le site cathobel.be n'a aucunement valeur de prise de position de l'Eglise en Belgique."

  • Fraternité Saint-Pie X : "une immense tristesse" (Christophe Geffroy sur La Nef)

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    L'éditorial de Christophe Geffroy sur La Nef ( n°393 Juillet-Août 2026):

    Fraternité Saint-Pie X : une immense tristesse

    Au moment où vous lirez ces lignes, écrites fin juin, sauf bouleversement très improbable, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) aura passé outre l’exhortation du pape, et les évêques consécrateurs ainsi que les quatre nouveaux évêques auront été excommuniés latae sententiae (c’est-à-dire automatiquement, ils se sont eux-mêmes excommuniés) le 1er juillet 2026. C’est une immense tristesse pour tout catholique de voir ainsi une déchirure non seulement persister, mais s’aggraver. Tristesse également de constater l’impossibilité d’un dialogue apaisé entre frères censés professer la même foi. Nul doute que les membres et fidèles de la FSSPX aiment profondément le Christ et estiment, subjectivement, ainsi servir l’Église. Nous savons combien une telle déchirure touche bien des âmes partagées entre leur attachement à cette Fraternité et leur souci de fidélité à l’Église, combien elle divise des familles et des catholiques qui, dans un monde où le christianisme est devenu minoritaire, déplorent d’autant plus ces querelles intestines souvent mal appréhendées.

    Un risque de schisme

    Et pourtant, la réalité est là, la dissidence de la FSSPX est d’une extrême gravité puisqu’elle est de nature schismatique, ainsi que l’avait souligné Jean-Paul II dès 1988. Il ne s’agit pas de divergences secondaires ou « tactiques » qui autoriseraient des points de vue différents, tous légitimes, sur une question ouverte ; non, il s’agit de positions doctrinales – conception de la Tradition, rejet profond du concile Vatican II (liberté religieuse et œcuménisme tout particulièrement) et de la messe réformée par saint Paul VI – et d’une attitude ecclésiale de rébellion susceptibles de conduire à un schisme dans l’Église : qui prétendrait que cela est secondaire ? Au regard de cette réalité, les bonnes intentions des dirigeants de la FSSPX ne suffisent pas et ne peuvent rendre bon et licite un acte dont l’objet ne l’est pas – sauf à tomber dans un pur subjectivisme étranger au catholicisme.

    Certes, « il y a des demeures nombreuses dans la maison de mon Père » (Jn 14, 2), enseigne le Christ. L’Église n’est pas uniformité et il est heureux que des différences puissent s’affirmer en son sein. Mais l’Église n’est pas non plus une « auberge espagnole » devant tout accepter, et il y a des limites largement franchies par la FSSPX depuis bien longtemps. Les prêtres et fidèles qui la soutiennent sont tellement enracinés dans un esprit de combat contre la hiérarchie ecclésiale pour la défense de la « messe de toujours » et de « l’Église de toujours », qu’ils en ont perdu le sensus Ecclesiae, leur combat étant devenu plus important que la communion ecclésiale.

    Un contexte de crise à ne pas oublier

    N’oublions pas, cependant, que tous les torts ne sont pas d’un seul côté. La FSSPX n’est pas tombée du ciel. Elle n’a existé et ne s’est développée qu’en raison d’un contexte de crise très grave dans l’Église dont la hiérarchie a sa part de responsabilité. Méditons ces fortes paroles du sage Benoît XVI : « En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Église n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité ; on a l’impression que les omissions dans l’Église ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions ont réussi à se consolider. Ce regard vers le passé nous impose aujourd’hui une obligation : faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau » (Lettre aux évêques, 7 juillet 2007).

    Dans ce contexte, il faut rendre hommage aux communautés attachées à l’ancien missel qui sont demeurées fidèles à Rome : elles sont d’ailleurs la preuve vivante qu’il est possible de vivre l’attachement à cette liturgie en pleine communion avec le pape et l’Église, rendant caduc l’argument sur « l’état de nécessité » invoqué par la FSSPX. Le cas de cette Fraternité montre combien le fait d’absolutiser le rite liturgique ou tel aspect du magistère conduit à une rigidité et une fermeture d’esprit qui finissent par obstruer l’intelligence et le discernement. C’est un exemple à méditer, notamment pour ceux qui ne sont pas gênés par une certaine porosité avec la FSSPX.

    Après ces ordinations épiscopales sans mandat pontifical, il faut sans doute maintenant laisser les choses reposer. Il convient néanmoins de garder l’esprit ouvert, de ne jamais se satisfaire d’une telle rupture et de toujours essayer de conserver le contact, le dialogue, une main tendue pour le retour dans le bercail de la brebis égarée la plus proche. C’est une intention de prière qui demeure.

  • Un consistoire trop court et trop structuré ?

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Trop court, trop structuré ? Les cardinaux reviennent sur le consistoire synodal

    Les participants soulignent les avantages des échanges entre collègues, mais se demandent si ce format permet réellement et efficacement de transmettre des conseils au Pape.

    Les cardinaux se réunissent pour la messe avec le pape Léon XIII à la basilique Saint-Pierre le 26 juin 2026, lors de leur consistoire.
    Les cardinaux se réunissent pour la messe avec le pape Léon XIII à la basilique Saint-Pierre le 26 juin 2026, lors de leur consistoire. (Photo : Simone Risoluti / Vatican Media)

    CITÉ DU VATICAN — Les cardinaux qui ont assisté au deuxième consistoire extraordinaire du pape Léon XIV ont déclaré avoir apprécié certains aspects de la réunion, mais l'ont trouvée trop brève, insuffisamment axée sur les questions internes urgentes de l'Église et trop structurée pour permettre une discussion libre suffisante.

    Organisée au Vatican les 26 et 27 juin, cette réunion a rassemblé 178 cardinaux du monde entier. Il s'agissait de la deuxième réunion de ce type convoquée par le pape Léon XIII après une interruption de douze ans sous le pontificat du pape François.

    Structuré selon des principes « synodaux », le consistoire a divisé les participants en petits groupes linguistiques pour discuter de thèmes prédéfinis, notamment la première encyclique du pape Léon, Magnifica Humanitas , la promotion du bien commun et la mise en œuvre du Synode sur la synodalité de 2023-2024.

    Les préoccupations mondiales plus larges telles que la guerre, la pauvreté, la fragmentation sociale et un sentiment croissant de solitude et de perte de sens ont été largement abordées, tandis que les questions internes à l'Église ont été largement omises et reléguées à une brève session plénière finale.

    Plusieurs cardinaux ont fait part au Register de leur satisfaction générale quant à la réunion. « C’était très agréable d’avoir l’occasion de partager nos expériences », a déclaré le cardinal Tarcisio Kikuchi de Tokyo . « C’était comme un synode, une continuation du synode. »

    Le cardinal Antoine Kimbanda de Kigali (Rwanda) a déclaré que le consistoire était « merveilleux », car il était « empreint d'un esprit de synodalité, d'écoute mutuelle et de cheminement commun, à l'image du Synode sur la synodalité ». Il a ajouté que, d'après lui, ses confrères cardinaux africains étaient « tous satisfaits » de la réunion, précisant que le consistoire leur avait permis de mieux se connaître, notamment les cardinaux émérites, « qui ont une plus grande expérience ». Cela leur a permis de « s'écouter, d'apprendre les uns des autres et de cheminer ensemble », a-t-il conclu.

    Le cardinal Jaime Spengler de Porto Alegre, au Brésil, a lui aussi décrit le consistoire comme « un véritable espace et un véritable temps de communion, de fraternité et, en même temps, d'une grande transparence ». « Ce fut un réel plaisir », a-t-il déclaré, « de pouvoir partager un peu de la situation, non seulement de l'Église dans le monde, mais aussi de ressentir le moment historique que nous traversons, marqué par les guerres, la polarisation et les inégalités, qui sont un scandale. »

    Selon le cardinal Spengler, « non seulement chacun pouvait s'exprimer, mais il devait le faire », et « personne ne pouvait dire : “Cette situation ou celle-ci ne me concerne pas” ». Il s'est dit « profondément marqué » par le discours de clôture du pape Léon XIII , le qualifiant de « résumé fantastique » de ce qui « s'est réellement passé durant ces deux jours ».

    Le cardinal Raymond Burke , préfet émérite de la Signature apostolique, a déclaré que les cardinaux étaient « très reconnaissants » au pape d’avoir convoqué à nouveau de telles réunions, et il a noté qu’ils échangeaient davantage entre eux. « Nous apprenons à mieux nous connaître, et c’est un fruit très positif », a-t-il affirmé.

    Le cardinal Gerhard Müller , préfet émérite du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, s'est félicité que le consistoire « ait redonné au Collège des cardinaux son rôle légitime : conseiller le Pape et être son premier conseiller ». Il a déclaré que le pape Léon XIII est un homme instruit et bien informé, mais « ni autocrate ni au-dessus des autres, mais un être humain comme les autres ». Cela signifie qu'il doit « toujours être en contact et en dialogue avec tous ses frères engagés dans la même mission ».

    Préoccupations concernant la structure synodale

    Cependant, des inquiétudes ont été soulevées quant à la brièveté du consistoire et à sa structure « synodale », qui, selon certains participants, avait étouffé les discussions sur les questions urgentes, notamment au sein de l'Église.

    Le cardinal Burke a déclaré que, contrairement aux consistoires d'il y a plus de dix ans, où les cardinaux pouvaient librement exprimer leurs préoccupations au pape en séances plénières, on leur a indiqué que le consistoire devait désormais être « conforme à la synodalité ». Il ne s'agissait plus d'un débat ouvert, a-t-il précisé, mais de discussions organisées autour de tables restreintes, suivant « un système de questions proposé ».

    « Nous n'approfondissons pas les sujets en profondeur », a-t-il déclaré au Register le 29 juin, ajoutant que les rapports « ne font que refléter ce sur quoi tous les cardinaux se sont accordés ». Ainsi, si un cardinal soulève un sujet avec lequel d'autres ne sont pas d'accord, mais qui « pourrait être très juste et important à entendre pour le pape, cela ne lui est pas rapporté », a-t-il précisé.

    Le cardinal Müller partageait ces critiques quant à la structure, affirmant que les tables rondes, dans un format synodal, relevaient davantage d'une « forme d'éducation moderne pour les jeunes » ou convenaient mieux aux Jésuites ou aux Augustins qu'aux consistoires. Il rappelait qu'autrefois, tous les cardinaux pouvaient s'exprimer en plénière « que chacun pouvait entendre et partager ».

    « L’essentiel, c’est la séance plénière », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il préférait « des déclarations préparées, réfléchies et écrites, formulées des semaines à l’avance, et non des mots qui surgissent uniquement sous l’effet de la situation ».

    « Nous pouvons servir et aider le Pape par nos propres réflexions, et non par des propos manipulés et contrôlés à l'avance », a déclaré le cardinal Müller. « Je n'ai pas besoin d'un "guide" pour préparer mon discours. Dans notre société actuelle, ce genre de pensée est trop répandu : d'autres prétendent nous diriger et dicter nos paroles. »

    Pour le cardinal, il faut trouver une « meilleure solution », une solution dans laquelle la synodalité n’est pas « exagérée comme solution à tout ».

    Contrairement au premier consistoire extraordinaire du pape Léon XIII en janvier, la réunion de juin comprenait bien une heure de « discussion libre » à la fin, mais chaque cardinal ne disposait que de trois minutes au lieu des cinq ou six minutes habituelles. Le cardinal Müller a fait remarquer que les formules de politesse et les salutations avaient déjà absorbé une partie de ce temps, laissant très peu de place aux interventions de fond, et le cardinal Burke a déclaré ne pas avoir eu suffisamment de temps pour prononcer son discours préparé.

    Consistoire trop court

    Le cardinal Kikuchi a déclaré au Register que le fait de diviser les cardinaux en petits groupes linguistiques avait « en réalité limité » leurs discussions car, en tant que cardinal d'Asie, il n'avait pas pu avoir un aperçu direct de la situation de l'Église en Amérique latine. Il a également jugé la durée totale trop courte. « On a suggéré que, l'année prochaine, nous devrions avoir au moins quatre jours », a-t-il dit. « Peut-être que la prochaine fois, nous aurons plus de temps. »

    Plusieurs cardinaux ont déploré que les questions internes urgentes de l'Église n'aient guère été abordées. Le Register a appris qu'un seul cardinal a évoqué la question de la Fraternité Saint-Pie-X et son acte imminent, probablement schismatique, de consacrer des évêques sans mandat papal – et ce, uniquement parce qu'il a saisi une occasion propice. Le sujet n'a pas été inscrit à l'ordre du jour et, hormis cette unique intervention, la question de la FSSPX n'a ​​pas été soulevée du tout. De même, durant le reste du consistoire, d'autres questions cruciales, telles que le très controversé Chemin synodal allemand ou les interrogations sur ce que certains cardinaux considèrent comme l'influence d'un prétendu lobby homosexuel au sein de l'Église, n'ont pas été abordées.

    Le cardinal Burke a qualifié la question de la FSSPX de « sujet tabou » et a déclaré qu'il estimait que les cardinaux « devraient donner au Saint-Père leurs meilleurs conseils sur la marche à suivre ». Mais lui et d'autres ont fait valoir que le format synodal, ainsi que le temps limité, empêchaient de tels conseils approfondis.

    Le cardinal Kikuchi a fait remarquer que si les cardinaux avaient entamé la discussion sur la FSSPX ou d'autres questions internes délicates sans préparation adéquate, le débat aurait facilement pu dégénérer en une confrontation sur les positions de certains cardinaux. Or, la question de la FSSPX, a-t-il souligné, « ne repose pas sur des sentiments », mais sur des considérations théologiques et canoniques qui exigent un examen approfondi. Les cardinaux, a-t-il précisé, « ne souhaitent pas donner l'impression d'être un groupe de pression », cherchant à influencer le Pape dans sa conduite, au lieu de lui offrir un avis raisonné.

    Le cardinal Spengler a déclaré que les problèmes internes à l'Église, notamment les abus sexuels commis par des membres du clergé et les questions liturgiques – qui avaient été inscrits à l'ordre du jour des deux consistoires mais qui ont finalement été omis – ainsi que d'autres problèmes internes, sont des « situations qui nous préoccupent » et peuvent être scandaleuses. Il a toutefois préféré souligner le « témoignage extraordinaire » des fidèles qui servent les pauvres et les vulnérables, affirmant : « Ces hommes et ces femmes sont de véritables saints. »

    Le cardinal Burke s'est interrogé plus largement sur la pertinence du concept de « synodalité » pour aborder les problèmes de l'Église, que ce soit au sein des consistoires ou dans la vie ecclésiale en général. Lui et le cardinal Müller ont tous deux constaté l'absence de définition solide et consensuelle de ce terme. Lors du consistoire, un cardinal a fait remarquer que la synodalité tend à privilégier la situation contemporaine – la dimension « synchronique » – au détriment de la dimension « diachronique », c'est-à-dire son contexte historique et ses liens avec le modernisme et le libéralisme.

    « Je suis convaincu que Notre Seigneur protégera l’Église », a déclaré le cardinal Burke au Register, « mais nous devons faire notre part et dire : “Non, ce concept de synodalité, même s’il peut avoir une bonne intention en ce sens qu’il veut adapter la foi à l’époque contemporaine, est fondamentalement erroné.” »

    Deux interventions

    Dans son intervention publiée dans le Register, le cardinal Burke a dénoncé le récent rapport du Groupe d'étude synodal n° 9, y voyant une tentative de normaliser les relations homosexuelles au sein de l'Église et une calomnie, selon lui et d'autres, à l'encontre de Courage International et de son apostolat auprès des personnes attirées par le même sexe. Affirmant que le rapport s'écartait de l'enseignement moral constant de l'Église et discréditait injustement Courage, le cardinal Burke a mis en garde ses confrères cardinaux contre une telle approche, qui semait la confusion, la division et ce qu'il considérait comme une manœuvre politique incompatible avec la structure doctrinale et hiérarchique de l'Église. Il a appelé à un retour aux fondements théologiques légitimes du synode, ancrés dans la vérité morale objective, l'autorité épiscopale et l'enseignement constant de l'Église, réaffirmé dans Veritatis Splendor .

    Dans son intervention, le cardinal Müller a exprimé les mêmes préoccupations concernant la formule du consistoire que celles qu'il avait partagées avec le Register, tout en évoquant la FSSPX et la question du schisme. Il a fermement rejeté les accusations de déviation de l'Église par rapport à la foi, a demandé une clarification du statut canonique de la FSSPX et a proposé la création d'une commission chargée de faciliter son retour en pleine communion sous l'autorité du pape.

  • La lettre du Pape au Supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (mise à jour)

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    LETTRE DU SAINT-PÈRE LÉON XIV
    AU RÉVÉREND PÈRE DAVIDE PAGLIARANI
    SUPÉRIEUR GÉNERAL DE LA FRATERNITÉ SACERDOTALE SAINT-PIE X

     

    Au Révérend Pere Davide Pagliarani
    Supérieur Géneral
    de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

    C’est avec paternité que je souhaite m’adresser à vous et, à travers vous, aux évêques, aux prêtres, aux séminaristes et aux fidèles liés à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, conscient de la responsabilité que le Seigneur m’a confiée en tant que Successeur de l’Apôtre Pierre.

    L’Église reconnaît l’attachement à la vie liturgique, l’engagement dans la formation sacerdotale, le zèle apostolique et le désir de fidélité à la Tradition qui caractérisent de nombreuses personnes et communautés liées à cette Fraternité. Cela a motivé l’attitude d’attention et de bienveillance que mes Prédécesseurs vous ont constamment manifestée.

    Dans cet esprit, et rempli d’affection chrétienne, je vous demande et vous prie de tout mon cœur : revenez sur vos pas ! Je vous exhorte à considérer avec attention le bien spirituel des fidèles car l’acte schismatique que vous avez l’intention d’accomplir les priverait de la réception licite, voire dans certains cas valide, des sacrements qu’ils aiment et recherchent pour leur sanctification.

    L’Église est ouverte à un chemin de dialogue et d’entente que le Saint-Esprit peut rendre possible et fécond.

    Je prie pour vous car déchirer la Tunique sans coutures du Christ est un péché d’une extrême gravité. Que le Seigneur éclaire vos consciences et réveille vos cœurs. En vertu de l’autorité que j’ai reçue du Christ, c’est le cœur attristé, mais encore rempli d’espoir, que je me sens le devoir de vous demander de renoncer à votre projet. Je confie ces intentions au Cœur Immaculé de Marie, Mère du Bon Conseil.

    Du Vatican, le 29 juin 2026

    Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul

    LÉON PP. XIV

    Réagissant à cette lettre du Pape, le Supérieur général de la FSSPX lui a adressé cette Lettre du Supérieur général en réponse à Sa Sainteté le Pape Léon XIV

  • 2033 : Le pape Léon XIV appelle tous les chrétiens à célébrer ensemble le 2000e anniversaire de la rédemption du Christ

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    De Courtney Mares sur OSV News :

    Le pape Léon XIV appelle tous les chrétiens à célébrer ensemble le 2000e anniversaire de la rédemption du Christ.

    ROME (OSV News) —  Le pape Léon XIV a appelé tous les chrétiens à travailler ensemble en vue de la célébration de 2033, année jubilaire extraordinaire que l'Église catholique célébrera pour commémorer les 2000 ans de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ.

    Le pape a exprimé cet espoir lors d'une audience, le 30 juin, avec une délégation orthodoxe du Patriarcat œcuménique de Constantinople, venue à Rome pour la fête des saints Pierre et Paul le 29 juin et qui s'est jointe au pape Léon XIV pour prier sur la tombe de saint Pierre dans la crypte de la basilique Saint-Pierre à la fin de la messe papale célébrée pour cette fête. 

    « Votre présence parmi nous exprime la proximité fraternelle de notre Église sœur de Constantinople et de son pasteur et guide, Sa Sainteté Bartholomée, patriarche œcuménique », a déclaré le pape à la délégation le 30 juin. 

    « Je tiens à exprimer une fois de plus ma profonde gratitude pour cette visite, ainsi que pour votre engagement personnel et celui du Patriarcat œcuménique en faveur de la sainte cause de l’unité des chrétiens », a-t-il déclaré.

    Perspectives pour 2033

    Le pape Léon XIV a profité de cette rencontre pour évoquer l'année 2033, année jubilaire qui marquera le bimillénaire de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ. Il a exprimé l'espoir que cet événement marquant devienne un moment de partage pour tous les chrétiens. 

    « Puisse le chemin vers la célébration du deuxième millénaire de la Rédemption en 2033 être entrepris ensemble par toutes les confessions chrétiennes du monde, redécouvrant le don et l’appel à témoigner du Ressuscité », a-t-il déclaré.

    Les propos du pape s'inscrivent dans la continuité d'une vision qu'il avait exposée publiquement pour la première fois lors de son premier voyage international en Turquie et au Liban en novembre, lorsqu'il avait déclaré aux dirigeants chrétiens de Turquie qu'il espérait qu'ils pourraient se réunir à Jérusalem en 2033 pour commémorer ensemble cet anniversaire — plus précisément au Cénacle, lieu traditionnel de la Cène, où Jésus a lavé les pieds de ses disciples, et qui est également vénéré comme le lieu de la Pentecôte, selon le Bureau de presse du Saint-Siège. 

    Le pape Léon XIV a cité la commémoration, l'an dernier, du 1700e anniversaire du premier concile de Nicée comme exemple d'anniversaire célébré conjointement par les catholiques, les orthodoxes et d'autres communautés chrétiennes. Le pape a participé à une prière œcuménique organisée par le patriarche Bartholomée le 28 novembre à Iznik, en Turquie, site de l'ancienne Nicée , lors de sa visite apostolique dans le pays. 

    Une communion entre ceux «qui partagent la foi en Dieu»

    « Cette célébration a offert un témoignage éloquent de la communion qui existe déjà entre ceux qui partagent la foi en Dieu, le Père de tous, et qui croient en Jésus-Christ, comme Seigneur et Fils de Dieu, et en l’Esprit Saint, qui nous inspire et nous conduit à la plénitude de la vérité et de l’unité », a déclaré le pape à la délégation. 

    « Cet événement commémoratif a clairement démontré que le Credo de Nicée doit être le fondement et le principe directeur de ce cheminement œcuménique, offrant le modèle d'une véritable unité dans une diversité légitime : Unité dans la Trinité, Trinité dans l'unité », a-t-il ajouté.

    Dans certaines régions du monde catholique, les préparatifs pour 2033 sont déjà en cours. L'archidiocèse de Denver a lancé l'an dernier une neuvaine de neuf ans en vue du Jubilé.

    Au cours de cette audience, le pape a également souligné la nécessité d'une plus grande coopération entre les chrétiens face aux défis actuels, notamment les conflits mondiaux, les nouveaux défis technologiques et la préservation de la création. 

    La responsabilité partagée des chrétiens

    Le pape Léon XIV a déclaré que la responsabilité partagée des chrétiens « envers la vie et la dignité de chaque être humain, à commencer par les plus jeunes et les plus démunis, est le critère qui déterminera notre destin présent et éternel. »

    « À une époque marquée par les guerres et la polarisation croissante, ainsi que par les divisions culturelles et sociales, les chrétiens — réconciliés entre eux et unis dans leur profession de foi — sont appelés à être un signe crédible de paix, en apportant une contribution décisive aux efforts de tous les hommes et femmes de bonne volonté pour construire la paix », a-t-il déclaré. 

    « De plus, dans la situation actuelle, ce n’est pas seulement la crédibilité du message chrétien qui est en jeu, mais l’avenir même de l’humanité. »

  • 1er juillet : Antonio Rosmini, un bienheureux controversé

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    ANTONIO ROSMINI : un prêtre philosophe sur les autels (mis à l'index en 1847, béatifié en 2007)

    par Bertrand de Belval http://www.libertepolitique.com/

    Le 18 novembre 2007, le philosophe italien Antonio Rosmini (1797-1855) a été béatifié à Novare (Italie). Autant dire un inconnu pour le public français. Qui connaît en effet cet intellectuel brillant, dont l’oeuvre est celle d’un précurseur, et la vie, marquée du sceau de la recherche de la vérité et de la liberté politique, fut tout entière l’expression de la charité. 

    Rosmini n’est pas un personnage anodin. Marie-Catherine Bergey-Trigeaud, sa biographe française, le présente comme « le plus important philosophe italien, et l’un des principaux maîtres de l’histoire de la philosophie catholique ». Chaix-Ruy avait vu en lui « l’un des plus grands esprits de tous les temps ». Dans son encyclique Fides et Ratio (n. 74), Jean Paul II en parle comme un maître. Benoît XVI le cite souvent. Et Jean XXIII avait fait d’un de ses livres, Maximes de perfection chrétienne, son livre de chevet pendant le Concile Vatican II. Pour les Italiens éclairés [1], Rosmini est incontournable… 

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  • Saint Olivier Plunkett, primat d'Irlande martyrisé à Londres en 1681 (1er juillet)

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    Saint Olivier Plunket, Archevêque et Martyr. Fête le 01 Juillet.

    Notice de l'Encyclopaedia britannica :

    Saint Oliver Plunket, Plunket également orthographié Plunkett, (né en 1629, Loughcrew, County Meath, Irlande. mort le 1er juillet 1681, Londres ; canonisé en 1975 ; fête le 11 juillet), primat catholique romain de toute l'Irlande et dernier homme à avoir souffert le martyre pour la foi catholique en Angleterre.

    Plunket a fait ses études et a été ordonné à Rome, où il a été professeur de théologie au College de Propaganda Fide et représentant des évêques irlandais auprès du Saint-Siège. Nommé archevêque d'Armagh et primat de toute l'Irlande en 1669, il arrive l'année suivante à un moment où, après une répression prolongée, l'Église catholique est fortement désorganisée, avec un seul évêque âgé en liberté. S'efforçant de rétablir l'ordre et la discipline conformément aux préceptes du Concile de Trente, Plunket reste en bons termes avec les Anglais et les protestants jusqu'en 1673, date à laquelle il est obligé de se cacher en raison de nouvelles persécutions. Pendant les cinq années qui suivirent, il travailla dans des conditions de plus en plus difficiles, portées à leur paroxysme par la terreur inspirée par le complot de Titus Oates en 1678. L'année suivante, il fut trahi, arrêté et emprisonné au château de Dublin. Son procès à Dundalk fut rendu absurde par les témoignages ignominieux de l'accusation ; il fut emmené à Londres où, après de longues procédures judiciaires, il fut condamné à être pendu, éventré et écartelé ; la sentence fut exécutée à Tyburn devant une grande foule. Plunket a été béatifié par Benoît XV en 1920 et canonisé par le pape Paul VI le 12 octobre 1975. Sa tête est conservée à Drogheda et son corps à l'abbaye de Downside, près de Bath.

  • [Fin de vie] « Ce n’est pas parce qu’une loi a été votée qu’elle est en soi bonne » (Cardinal Sarah)

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    De  Tribune Chrétienne :

    29 juin 2026

    [Fin de vie] Cardinal Sarah : « Ce n’est pas parce qu’une loi a été votée qu’elle est en soi bonne »

    « On assiste parfois à une tyrannie démocratique qui ne reconnaît aucune limite à son pouvoir et interdit toute discussion. Le mot démocratie est ainsi parfois brandi comme un prétexte pour interdire la notion de loi naturelle. » (En France) À la veille du vote solennel du 30 juin sur la proposition de loi relative à l'aide à mourir, cet avertissement du cardinal Robert Sarah résonne avec une force particulière

    Alors que les partisans de l’aide à mourir invoquent régulièrement la souveraineté du Parlement et la légitimité du vote démocratique, le cardinal Robert Sarah rappelle une distinction fondamentale : toutes les lois ne sont pas nécessairement justes. Dans son ouvrage 2050, le prélat guinéen développe une réflexion qui dépasse largement le seul débat sur l’euthanasie et interroge le fondement même de l’autorité politique. Pour lui, lorsqu’une démocratie cesse de reconnaître une vérité morale qui la dépasse, elle court le risque de devenir elle-même oppressive. « Ce n’est pas parce qu’une loi a été votée dans un Parlement démocratique qu’elle est en soi bonne. » Cette affirmation résume l’ensemble de son raisonnement. La démocratie constitue un mode de gouvernement légitime, mais elle ne crée pas le bien et le mal.

    Le vote d’une majorité ne peut transformer une injustice en justice. Le cardinal rejoint ici la grande tradition de la doctrine sociale de l’Église, pour laquelle la loi civile doit demeurer ordonnée à la loi naturelle.

    Il poursuit sa réflexion par une mise en garde d’une grande actualité : « On assiste parfois à une tyrannie démocratique qui ne reconnaît aucune limite à son pouvoir et interdit toute discussion. » Derrière cette formule, le cardinal ne remet nullement en cause la démocratie elle-même ; il dénonce son absolutisation. Lorsque le pouvoir politique prétend devenir l’unique source du droit, il s’affranchit de toute référence supérieure à la dignité de la personne humaine. Cette conviction s’enracine dans une tradition philosophique et juridique bimillénaire. Le cardinal Sarah cite Cicéron : « Il est une loi véritable, la droite raison conforme à la nature, universelle, immuable, éternelle… On ne peut ni l’infirmer par d’autres lois, ni déroger à quelqu’un de ses préceptes. » Cette référence rappelle que certaines vérités fondamentales précèdent les États et les Parlements. Elles ne sont pas créées par les législateurs ; elles leur sont données comme une limite qu’ils ne peuvent franchir.

    Le cardinal fait également écho aux paroles prononcées par le pape Léon XIV devant les responsables politiques réunis à Rome à l’occasion du Jubilé des gouvernants. Le Saint-Père rappelait que « la loi naturelle, universellement valide au-delà d’autres opinions pouvant être discutées, constitue la boussole pour légiférer et agir ». Sans cette référence, avertit le cardinal Sarah, « la démocratie risque de s’enfoncer dans les marécages du relativisme destructeur ». L’enjeu dépasse donc le seul débat sur la fin de vie. Une société peut-elle décider, par un simple vote, que certaines vies ne méritent plus d’être protégées ? Pour le cardinal Sarah, une démocratie privée de fondements moraux risque de glisser vers ce que saint Jean-Paul II appelait déjà une « démocratie sans valeurs », laquelle « se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois ». Les procédures démocratiques demeurent, mais elles peuvent alors servir à légitimer des décisions contraires aux droits les plus fondamentaux.

    C’est pourquoi il cite une nouvelle fois saint Jean-Paul II : « Les lois, quels que soient les domaines dans lesquels le législateur intervient, doivent toujours respecter et promouvoir les personnes humaines. » Et d’en tirer une conclusion d’une grande fermeté : « Une loi qui ne respecterait pas le droit à la vie, de la conception à la mort naturelle, de l’être humain, quelle que soit la condition dans laquelle il se trouve, qu’il soit sain ou malade, encore à l’état embryonnaire, âgé ou en phase terminale, n’est pas une loi conforme au dessein de Dieu. » À la veille du vote du 30 juin, ces pages de 2050 rappellent que le débat sur l’euthanasie ne se limite pas à une question de procédure parlementaire ou d’évolution des mœurs. Il engage la conception même de la dignité humaine. Pour le cardinal Sarah, une civilisation se juge à la manière dont elle protège les plus fragiles. Et cette responsabilité ne saurait dépendre des fluctuations d’une majorité politique.

    Source : 2050 – Cardinal Robert Sarah – Nicolas Diat ( Fayard)

  • « Aucune exception » à l’interdiction canonique de la franc-maçonnerie, préviennent les évêques nordiques

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    Du Pillar :

    « Aucune exception » à l’interdiction canonique de la franc-maçonnerie, préviennent les évêques nordiques

    La conférence des évêques nordiques a publié une lettre pastorale en réponse à « des décennies de spéculation » selon lesquelles la situation en Scandinavie serait un cas particulier.

    La conférence des évêques nordiques a publié une lettre pastorale le 29 juin réaffirmant que les catholiques n'ont absolument pas le droit d'adhérer aux loges maçonniques, en réponse à des « décennies de spéculation » selon lesquelles la situation en Scandinavie constituerait un cas particulier pour l'affiliation catholique à la franc-maçonnerie.

    « Deux du même genre », par Joseph Keppler pour le magazine Puck, 1884. Crédit : Pillar Media.

    La conférence, qui regroupe les diocèses du Danemark, de Suède, d'Islande, de Finlande et de Norvège, a publié la lettre « pour clarifier une question qui, depuis de nombreuses années, voire des décennies, a généré de l'incertitude, des spéculations et des opinions divergentes dans nos pays : la question de savoir si les fidèles catholiques des pays nordiques peuvent être francs-maçons ou appartenir à une loge maçonnique », selon le texte.

    Les évêques ont écrit que « compte tenu des différences parfois perçues entre les divers courants de la franc-maçonnerie, une opinion s'est répandue dans nos pays selon laquelle les francs-maçons des pays nordiques sont distincts de telle sorte que l'adhésion pourrait être autorisée aux fidèles catholiques du Danemark, de Finlande, d'Islande, de Norvège et de Suède. »

    Cependant, les évêques ont réaffirmé que, bien que ces questions aient « suscité de l’inquiétude, voire un certain tumulte dans nos Églises locales », « il n’existe aucune exception, aucune norme ou règle particulière, et par conséquent aucune dispense dans l’Église qui distingue l’adhésion à la franc-maçonnerie dans les pays nordiques des dispositions du droit universel de l’Église », qui interdit totalement aux catholiques d’adhérer à toute association maçonnique, sous peine de sanction canonique.

    La lettre, qui a été diffusée à l'occasion de la fête des saints Pierre et Paul à tout le clergé de la région nordique, comprend quatre « dispositions pastorales et sacramentelles » pour les catholiques qui ont besoin de rompre leur affiliation maçonnique — y compris l'interdiction de recevoir la communion et les autres sacrements jusqu'à ce qu'ils le fassent — et pour les francs-maçons qui souhaitent entrer dans l'Église catholique.

    Les évêques ont également indiqué avoir soulevé la question auprès du Dicastère pour la Doctrine de la Foi lors d'une assemblée plénière à Rome en 2023, qualifiant la réponse du département doctrinal du Vatican de « limpide » quant au caractère universel et absolu de l'interdiction pour les catholiques d'être associés à des loges ou groupes maçonniques.

    « Nous tenons à souligner que la fermeté de l’Église catholique sur la question de l’adhésion à la franc-maçonnerie ne constitue pas un jugement négatif sur la bonne volonté ou les bonnes œuvres des individus », ont écrit les évêques dans leur lettre de lundi. « La position de l’Église découle de la conscience que les principes théologiques et philosophiques de la franc-maçonnerie sont incompatibles avec la confession de foi catholique. »

    Dans l'introduction de la lettre, l'évêque Erik Varden, OCSO, président de la conférence, a déclaré : « Être chrétien, c'est faire des choix fondamentaux. Notre parole doit être un « Oui, oui » ou un « Non, non », et non un « Un peu de ceci et un peu de cela ». »

    « Nous sommes obligés de dire à nos prêtres qu’aucun catholique ne peut être franc-maçon ; afin que nos prêtres puissent à leur tour guider et orienter les infidèles avec clarté et charité — car la prédication de la vérité dans l’amour est une forme élevée de charité. »

    En 2023, une note doctrinale signée par le pape François et le cardinal Victor Manuel Fernandez, préfet de la DDF, a appelé à « une stratégie coordonnée entre les différents évêques » des Philippines pour aborder la question « très importante » de l’appartenance et de la sympathie à la franc-maçonnerie dans le pays.

    La note de la DDF identifiait également « un grand nombre de sympathisants et d'associés qui sont personnellement convaincus qu'il n'y a pas d'opposition entre l'appartenance à l'Église catholique et aux loges maçonniques ».

    Cette note a été publiée en guise de correction à une déclaration publique sur le même sujet, faite plus tôt dans l'année par la commission doctrinale de la conférence des évêques des Philippines, qui exprimait « l'ouverture à la situation des catholiques individuels (au cas par cas) » qui avaient rejoint des loges maçonniques, tout en réitérant l'opposition canonique et théologique de l'Église à l'association maçonnique dans son ensemble.

    La réponse du Vatican n’a offert aucune concession ni ouverture aux catholiques qui ont rejoint des loges maçonniques, même au cas par cas, et a plutôt rappelé à l’évêque que « ceux [catholiques] qui sont formellement et sciemment inscrits dans des loges maçonniques et qui ont adopté les principes maçonniques relèvent des dispositions de la Déclaration [de la CDF de 1983].

    Cette déclaration, signée par le cardinal Joseph Ratzinger de l'époque, a été publiée peu avant l'entrée en vigueur du Code de droit canonique de 1983 et stipulait que « les fidèles qui s'inscrivent dans des associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent recevoir la sainte communion ».

    Une modification du libellé du Code de 1983 par rapport à celui de 1917, qui a supprimé l'utilisation du terme « maçonnique », a donné lieu à une impression erronée dans certains territoires et parmi certains canonistes, selon laquelle l'appartenance des catholiques à la franc-maçonnerie n'était plus toujours et partout impossible et interdite, ce qui a incité le Vatican à publier plusieurs rectifications, avant et après l'entrée en vigueur du nouveau code.

    En fait, le comité chargé de la révision du Code de droit canonique a proposé et décidé de supprimer toute référence explicite à la franc-maçonnerie dans le canon relatif aux sociétés interdites, car on craignait que le canon ne soit autrement interprété de manière trop restrictive — que les catholiques puissent penser que seules les sociétés maçonniques étaient interdites par la loi.

    Dans sa note introductive à la lettre des évêques nordiques de lundi, l'évêque Varden a reconnu cette confusion historique et les différents documents de l'Église qui ont tenté de clarifier les choses au cours des quatre dernières décennies.

    Varden a notamment relevé une déclaration de 1980 de la conférence des évêques allemands — dont il a joint un résumé à la lettre des évêques nordiques — publiée après un dialogue substantiel avec les loges maçonniques locales de ce pays.

    « Nous pouvons être reconnaissants aux évêques allemands d'avoir si clairement exposé, il y a 46 ans, la vérité objective de l'enseignement catholique et d'avoir dénoncé comme une aberration l'idée qu'une prétendue "révolution copernicienne" aurait, avec le concile Vatican II, substitué à la notion de vérité objective une notion de dignité humaine, permettant à chacun de s'arroger le droit d'évaluer subjectivement ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas », a déclaré Varden. « La vérité qui libère et sauve est la vérité révélée par Dieu en Christ, et par nul autre. »

    Le rapport allemand conclut que, malgré la volonté d'un dialogue accru avec les personnes de bonne volonté, la vision du monde maçonnique et les conceptions de la vérité et de la religion demeurent totalement relativistes et incompatibles avec la foi chrétienne. La conception de Dieu en franc-maçonnerie reste déiste et exclut la révélation divine, ont constaté les évêques allemands, et les principes maçonniques de tolérance et d'équivalence entre les religions continuent de favoriser l'indifférence religieuse chez les membres.

    Les évêques allemands ont également déclaré que les rituels et la spiritualité maçonniques ont un caractère quasi sacramentel évident et sont considérés comme supérieurs et plus purs que ceux de la religion personnelle d'un franc-maçon, tandis que la franc-maçonnerie croit et promeut la suffisance de la maçonnerie seule pour la perfection de l'humanité, excluant et niant la nécessité du Christ pour le salut de l'humanité et le pouvoir unique du baptême et des autres sacrements.

    L’idée de prétendues « loges chrétiennes » est une fiction, ont déclaré les évêques allemands, car, même lorsqu’elles ne sont pas explicitement déistes ou athées, les soi-disant loges chrétiennes n’adaptent en réalité que le christianisme à la franc-maçonnerie et jamais l’inverse.

    La déclaration des évêques allemands en 1980 faisait suite à des années de confusion sur cette question au cours des décennies qui ont suivi le concile Vatican II.

    En octobre 1966, les évêques nordiques ont publié une déclaration selon laquelle, en raison de leur nature sensiblement différente, les évêques des diocèses scandinaves pouvaient déterminer eux-mêmes quelles loges maçonniques, le cas échéant, devaient être considérées comme encore proscrites par les normes canoniques et lesquelles pouvaient être tolérées pour les catholiques.

    Cette déclaration, ainsi que d'autres du même genre, a été formellement corrigée en 1981 par le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de l'époque, le cardinal Franjo Šeper, dans une déclaration de la CDF affirmant que la prémisse spécifique selon laquelle les loges maçonniques sont sensiblement différentes dans les différents pays et régions était une interprétation « fausse et tendancieuse » de la loi.

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  • Chrétien ou hérétique ? La théologie politique audacieuse de Peter Thiel, le mentor de JD Vance

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo, en français sur diakonos.be :

    Chrétien ou hérétique ? La théologie politique audacieuse de Peter Thiel, le mentor de JD Vance

    Communion : Finding My Way Back to the Faith, le livre dans lequel le vice-président des États-Unis JD Vance retrace son cheminement vers le catholicisme, vient de paraître aux éditions Harper.

    Lui qui est né et a grandi dans le protestantisme, avant de basculer dans l’athéisme en 2006 puis de se faire baptiser dans l’Église catholique en 2019, il évoque, comme point de bascule, une conférence de Peter Thiel (en photo). Ce grand entrepreneur de la Silicon Valley, fondateur de Palantir et génie de l’intelligence artificielle, est aussi un esprit féru de philosophie et de théologie qui « s’identifiait ouvertement comme chrétien ».

    Si Thiel a joué un rôle déterminant dans l’ascension politique de Vance, notamment en facilitant son rapprochement avec Donald Trump, il a également été son mentor en l’initiant à la pensée de l’anthropologue et philosophe français René Girard (1923 – 2015), longtemps professeur à Stanford, et à sa célèbre théorie du bouc émissaire.

    En bref, au cœur de sa théorie, on trouve l’idée que le désir humain est fondamentalement mimétique et donc enclin à la violence contre ceux qui partagent les mêmes désirs. Mais là où, pour Girard, le sacrifice du bouc émissaire est ce qui vient apaiser cette violence, le monopole technologique représente, aux yeux de Thiel, l’unique échappatoire à la violence mimétique du marché.

    Cette vision de Thiel, qu’il a d’abord expérimentée avec Facebook et PayPal, a constitué un séisme culturel dans la Silicon Valley, et de plus en plus d’entrepreneurs l’ont adoptée : d’Elon Musk avec Tesla et SpaceX à Reid Hoffman avec LinkedIn, en passant par Chad Hurley, Steve Chen et Jawed Karim avec YouTube.

    À terme, cette nouvelle culture vise une sorte de post-humanisme, dans lequel la technologie dépasserait les limites biologiques et sociales de l’être humain.

    Mais dans quelle mesure cette nouvelle culture, que Vance embrasse également, est-elle compatible avec la foi chrétienne et sa vision de l’homme ?

    C’est à cette question que le franciscain Paolo Benanti, éminent spécialiste de l’intelligence artificielle et conseiller du pape, répond de manière critique dans un essai publié en France par Le Grand Continent, puis en Italie dans La Rivista del Clero Italiano, éditée par l’Université catholique de Milan. Il s’agit des mêmes enjeux que le pape Léon aborde dans sa récente encyclique, Magnifica humanitas.

    Retraçons ensemble l’analyse critique de Benanti.

    Peter Thiel, écrit-il, « a compris avant beaucoup d’autres qu’à l’ère numérique, le véritable pouvoir ne réside plus dans le contrôle des moyens de production, mais dans le contrôle des moyens d’imitation et de connexion ».

    Le constat est désormais sans appel : « Facebook a envahi les relations humaines. LinkedIn a cartographié et structuré le monde professionnel. YouTube a démocratisé la production vidéo. Palantir — fondé par Thiel avec le soutien de la CIA — a introduit la logique de l’analyse des données au cœur même de l’appareil de renseignement et de l’armée. »

    S’est donc instaurée « une nouvelle souveraineté : le pouvoir computationnel ». Ces entreprises « ne sont pas seulement un modèle économique ; elles constituent un acte de guerre asymétrique contre l’ordre établi ».

    La création d’univers économiques parallèles en constitue l’expression la plus tangible : « PayPal naît pour rendre obsolète le système bancaire traditionnel ; Amazon désintègre le commerce physique ; Google soustrait aux médias le monopole de l’accès au savoir ; Tesla défie l’industrie automobile fondée sur les énergies fossiles. »

    La question qui en découle est alors la suivante : « Comment un pouvoir aussi alternatif et disruptif peut-il encore être compatible avec les structures démocratiques ? »

    En effet, écrit Benanti, « l'hérésie de Thiel ne s'arrête pas à l'économie : elle s'étend jusqu’à la structure même du pouvoir politique, en s’appuyant sur la prophétie formulée par William Rees-Mogg et James Dale Davidson dans The Sovereign Individual (1997) — un essai préfacé par Thiel et vénéré dans la Silicon Valley comme une sorte de texte fondateur », qui « esquisse un monde dans lequel la politique démocratique n'est plus qu'un résidu ».

    Mais cela ne s’arrête pas là. C’est ici qu’entre en scène le Thiel théologien, avec son récent essai pour First Things intitulé « Voyages to the End of the World », écrit avec Sam Wolfe, dans lequel « la contestation de la démocratie revêt une forme explicitement apocalyptique ».

    Benanti, qui a publié une recension de cet essai dans un précédent article pour Le Grand Continent, écrit : « Thiel relit la modernité scientifique — inaugurée par la Nouvelle Atlantide de Francis Bacon — non pas comme un processus d'émancipation, mais comme un projet sacrilège visant à abolir Dieu. »

    En rapprochant la figure du souverain de Bacon de l’Antéchrist biblique, qui promet une paix et une sécurité illusoires, Thiel « semble penser que ce destin est inéluctable ».

    Sa vision de l’histoire n’est pas linéaire, mais cyclique. « Ce que Thiel envisage n’est pas la "parousie" chrétienne, c’est-à-dire l’événement final qui rachète l’histoire en l’interrompant, mais une simple renaissance à l’intérieur du cycle girardien de la violence mimétique. »

    Le salut ne peut venir — théorise Thiel — « que d'un pouvoir centralisé, total, d'un gouvernement mondial despotique ».

    Et c’est bien cela la mission de Palantir : « une machine capable d'identifier et de neutraliser les menaces avant que la violence mimétique n'explose ». C’est, en même temps, la « Maison de Salomon » qui « confère à une élite un pouvoir quasi divin de surveillance et de prévision ».

    La vision de Thiel ne serait rien d’autre qu’une « hérésie politique » mâtinée de théologie selon Benanti, qui conclut : « En acceptant la technologie de Thiel, notamment à travers Palantir, les institutions adoptent implicitement son diagnostic : la société serait une masse mimétique incapable de s’autogouverner, et l’unique alternative à l’apocalypse serait un ordre technocratique imposé par une élite de souverains. »

    Dans la future course à la présidence des États-Unis, jusqu’à quel point le catholique J.D. Vance voudra-t-il donner du crédit à cette hérésie de son mentor Thiel ?

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • A propos du droit divin et des sacres contre la volonté du pape

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    De l'abbé Hilaire Vernier de la Fraternité Saint-Pierre sur Claves.org :

    Droit divin et sacres contre la volonté du pape

    On trouvera un ensemble de références et explications détaillé dans la vidéo qui accompagne cet article, dans sa description, dans son commentaire épinglé et de manière plus complète encore ici : Références théologiques par argument exposé dans la deuxième partie de la conférence

    La perspective des sacres épiscopaux annoncés par la FSSPX pour le 1er juillet prochain, très probablement conférés contre la volonté du pape, ne peut laisser indifférents les catholiques attachés à la Tradition de l’Église dans son intégralité.

    De tels sacres posent une difficulté grave, non seulement en eux-mêmes, mais aussi dans les justifications avancées par la FSSPX.

    En eux-mêmes, des sacres conférés contre la volonté du pape sont contraires au droit divin, à en croire le magistère constant de l’Église, tel que rappelé et explicité par Pie XII dans Ad Apostolorum principis du 29 juin 1958 : « …c’est Notre devoir exprès de rappeler à tous que la doctrine et les principes qui régissent la constitution de la société divinement fondée par Jésus-Christ Notre-Seigneur sont tout différents. Les sacrés canons en effet décrètent clairement et explicitement qu’il revient uniquement au Siège apostolique de juger de l’aptitude d’un ecclésiastique à recevoir la dignité et la mission épiscopales et qu’il revient au Pontife romain de nommer librement les évêques. »

    À l’appui de cet enseignement, qui se fonde explicitement sur le droit divin[1] et concerne tant la réception de l’éventuelle mission épiscopale (par laquelle sont communiqués les pouvoirs de juridiction et de magistère) que celle de la dignité épiscopale[2] (reçue par le sacre et impliquant l’accord au moins tacite du pape), nous voudrions exposer trois arguments théologiques résultant de la nature même de l’épiscopat catholique.

    Premièrement, on ne peut pas séparer la réception de l’épiscopat catholique de la transmission d’un pouvoir de régence, compris par l’ensemble des théologiens, comme impliquant au moins une aptitude et un titre à recevoir les pouvoirs de juridiction et de magistère du Christ par le pape, constituant le consacré comme prince de l’Église[3]. Il ne s’agit pas ici de confondre ce pouvoir de régence (participation à la dignité royale du Christ, conférée par la consécration épiscopale[4]) avec le pouvoir de juridiction ni d’affirmer que celui-ci est communiqué par le sacre, mais il s’agit de ne pas réduire la distinction entre l’épiscopat et le presbytérat aux seuls pouvoirs de sanctification[5].

    Autrement dit, tout sacre valide confère en lui-même une dignité et un statut princier, de soi inaliénables, qui rendent compte des pouvoirs de sanctification réservés (consacrer les huiles, les calices…) ou propres (ordonner, confirmer) à l’évêque, impliquant d’ailleurs toujours une juridiction (au moins déléguée) pour être exercés légitimement.

    Affirmer le contraire reviendrait à soutenir qu’il ne serait pas contraire au droit divin que tous les diocèses puissent être habituellement gouvernés par des prêtres (non destinés à recevoir la consécration épiscopale), ou que le pouvoir de magistère puisse être détenu par des prêtres. De telles affirmations sont évidemment contraires au lien voulu par le Christ entre, d’une part, l’appartenance à l’Église enseignante et l’épiscopat, et, d’autre part, la détention d’une juridiction ordinaire sur des Églises particulières et l’épiscopat.

    Deuxièmement, on ne peut pas séparer la réception de l’épiscopat catholique de la participation à l’apostolicité formelle de l’Églisecomprise comme la réception légitime du pouvoir d’ordre épiscopal, c’est-à-dire dans la communion hiérarchique[6] avec le successeur de Pierre, Prince des apôtres.

    Quel évêque catholique, même sans juridiction (ou sans diocèse à gouverner), ne serait pas formellement[7] successeur des apôtres, au moins au sens large[8] ? À moins de soutenir qu’un évêque catholique sans juridiction puisse être successeur des apôtres au même titre qu’un évêque orthodoxe, on est tenu d’affirmer cette inséparabilité.

    Troisièmement, on ne peut pas séparer la réception de l’épiscopat catholique de l’appartenance au corps épiscopal dont le pape est la tête, et ce de droit divin, comme le rappelle le père Victor-Alain Berto : « Au contraire un Évêque Sacré dans l’unité de l’Église, même s’il n’a actuellement aucune juridiction de pasteur ordinaire particulier, soit qu’il soit sacré comme évêque titulaire, soit qu’il se soit démis de son siège ou ait été déposé (pour une autre cause que de crime), fait partie du Corps épiscopal, parce que rien en lui ne contrarie la « vocation » des Prêtres du premier rang au gouvernement du peuple chrétien.[9] »

    Il n’est pas question ici de collège épiscopal[10], mais bien du corps dont un évêque ne peut être séparé que par le schisme. À moins de dire que l’on puisse être membre du corps épiscopal contre sa tête, ou que l’on puisse être évêque de l’Église catholique sans subordination au pape, on est tenu d’affirmer cette inséparabilité.

    Ces raisons expliquent que l’on ne trouve aucune référence magistérielle ou théologique antérieure au dernier concile affirmant qu’il ne serait pas contraire au droit divin de sacrer un évêque contre la volonté du pape, quand bien même aucune juridiction ne lui serait conférée. Elles expliquent également que le magistère ne distingue généralement pas le cas des évêques sacrés avec ou sans octroi de juridiction lorsqu’il affirme la nécessité qu’ils le soient toujours en communion avec le Siège apostolique[11].

    Enfin, les motifs invoqués pour justifier ces sacres impliquent non seulement la subversion d’un principe canonique concernant l’interprétation des lois purement ecclésiastiques, mais aussi celle d’un dogme.

    La loi suprême de l’Église, le salut des âmes[12] est comprise comme « nécessité fait loi », et ce, même contre la loi divine interdisant tout sacre contre la volonté du pape. Ce qui revient à affirmer non seulement qu’une règle d’interprétation du droit canon puisse l’annuler en certaines circonstances mais surtout que le salut des âmes puisse exiger de commettre un péché.

    Le dogme « Hors de l’Église, point de salut » semble, quant à lui, devenu : « hors des sacrements reçus par les prêtres de la FSSPX, point de salut ». Or cela est faux pour deux raisons. 

    Premièrement, si la FSSPX disparaissait, les sacrements validement célébrés — même selon le rite traditionnel — demeureraient dans l’Église. 

    Deuxièmement, si l’appartenance au corps de l’Église, au moins désirée implicitement, est toujours et pour tous nécessaire au salut, la réception des sacrements ne l’est pas tout autant, surtout pour des personnes qui en seraient privées malgré elles. Ajoutons à cela que, dans l’absolu, il vaut mieux appartenir à l’Église sans pouvoir recevoir les sacrements que de recevoir les sacrements sans appartenir à l’Église, à moins de considérer que les sacrements puissent être reçus fructueusement par des personnes coupables de péchés graves, comme ceux d’hérésie, de schisme ou de grave désobéissance.

    Puissent ces considérations être reçues sans parti pris ni passion ni esprit de polémique, mais dans un souci de cohérence avec l’attachement inconditionnel à la totalité de la Révélation, telle que transmise et interprétée par le magistère constant de l’Église, valable à toute époque, même en temps de crise ; temps qui n’ont pas échappé à la connaissance du Christ fondant son Église et la régissant selon des principes immuables.

    Pour un exposé plus approfondi de ces arguments concluant à l’impossibilité de sacrer un évêque contre la volonté du pape, en raison du droit divin, une conférence donnée le 8 avril dernier à Paris est accessible ici[13] :

    Références

    Références
    1 Les « sacrés canons » se référant explicitement à ce qui précède : « la doctrine et les principes qui régissent la constitution de la société divinement fondée par Jésus-Christ Notre-Seigneur », indiquent clairement qu’ils sont ici l’expression du droit divin.
    2 Si les deux références canoniques mentionnées dans ce passage se réfèrent à des évêques destinés à recevoir une juridiction, plus loin Pie XII fait référence en note au canon 953 qui parle bien de consécration épiscopale sans distinguer entre celle de l’évêque titulaire (sans juridiction) et celle de l’évêque résidentiel (avec juridiction) : « La consécration épiscopale est réservée au pontife romain, de sorte qu’il n’est permis à aucun évêque de consacrer quelqu’un évêque, sans qu’il ait d’abord connaissance du mandat apostolique l’y autorisant. » (can 953)
    3 Léon XIII, encyclique Sapientiæ christianæ : « ils (les évêques) sont cependant véritablement princes dans la hiérarchie ecclésiastique »
    4 Ch. V. Héris o.p., Le Mystère du Christ, Desclée, Paris 1928, p.329. Il y a chez l’évêque, à la différence du prêtre, du fait même de son pouvoir d’ordre qui lui « confère une dignité royale, qui le fait prince de l’Église… une aptitude radicale à gouverner et à enseigner le peuple chrétien. »
    5 « L’évêque en effet a un ordre par rapport au corps mystique du Christ qui est l’Église, dont il reçoit la charge principale et pour ainsi dire royale. Mais par rapport au corps réel du Christ, contenu dans le sacrement, il n’a pas d’ordre supérieur au prêtre. » (Saint Thomas d’Aquin, opuscule XVIII, Vers la perfection de la vie spirituelle, chapitre 24).
    6 Cette communion peut se définir comme : « la légitimité de l’ordre reçu et l’introduction de celui qui en est revêtu dans la hiérarchie légitime, et par suite dans l’Église universelle. » (Dom Adrien Gréa, L’Église et sa divine constitution, Casterman, 1965, p. 113)
    7 Sont successeurs des apôtres matériellement, tous ceux qui ont reçu validement la consécration épiscopale, comme les évêques orthodoxes qui détiennent véritablement, bien qu’illégitimement, la plénitude du pouvoir d’ordre.
    8 Au sens strict, seuls les évêques résidentiels sont formellement successeurs des apôtres, étant dotés, en plus de la réception légitime de la plénitude du pouvoir d’ordre, d’un pouvoir de juridiction ordinaire, habituel et immédiat sur une Église particulière ou un diocèse.
    9

    Cet extrait cité du livre Pour la sainte Église romaine (p. 243-244) du père Victor-Alain Berto, théologien de Mgr Lefebvre durant Vatican II, est précédé immédiatement par ce passage : « Quel est donc celui de ces deux pouvoirs [de l’Ordre ou de la juridiction] qui opère formellement dans celui qui en est pourvu, l’agrégation au Corps épiscopal ? Nous pensons que c’est le pouvoir de gouvernement, non actuel, mais en tant qu’il est normalement associé au Sacre, en tant que le Sacre y donne « vocation » et que cette « vocation » n’est pas contrariée par le schisme, et dans la mesure où rien n’annule cette vocation. Évêque est celui qui a reçu le Sacre, fut-ce au sein du schisme, fut-ce schismatiquement en se faisant sacrer sans mandat Apostolique ; mais alors il est Évêque sans être du Corps Episcopal ; il a « vocation » pour en être en vertu de son sacre épiscopal, il n’en est pas à cause de son schisme, il n’en sera jamais aussi longtemps qu’il demeurera dans le schisme, parce que le schisme annule la vocation. »

    10 Le collège épiscopal, distingué du corps épiscopal, signifie l’épiscopat uni et subordonné au pape (corps) mais en tant qu’il constitue un seul sujet moral (collège), ce qui arrive ponctuellement et toujours sur demande du pape, comme lorsqu’il convoque un concile œcuménique.
    11 Ainsi, Pie VI enseigne : « C’est à ce Siège (apostolique) absolument et sans exception qu’il appartient de confirmer ou d’infirmer la consécration tant des métropolitains que des autres évêques ». (Constitution Super soliditate 24 novembre 1786)
    12 Ainsi, on peut lire dans le code de droit canon en vigueur, au canon 1752 : « Dans les causes de transfert, les dispositions du can.1747 seront appliquées, en observant l’équité canonique et sans perdre de vue le salut des âmes qui doit toujours être dans l’Église la loi suprême. »
    13 On trouvera un ensemble de références et explications détaillées dans la vidéo et ici :

    Pie VI, Caritas du 13 avril 1791 : « Si ces évêques étrangers à sa métropole ont pu lui imprimer avec une hardiesse sacrilège le caractère épiscopal, ils n’ont pu du moins l’investir d’une juridiction qu’ils n’ont pas eux-mêmes d’après la discipline de tous les temps. »

    Pie IX, Quartus supra, du 6 janvier 1873 : « …nous avons dû veiller à ce que le pouvoir d’instituer des évêques fût rendu tout entier au Siège apostolique d’où il procède (…) Quant à Notre droit de choisir un sujet en dehors des trois candidats proposés, Nous n’avons pas cru devoir le passer sous silence, afin que dans l’avenir le Siège Apostolique ne fût jamais forcé de recourir à l’exercice de ce droit. Du reste, n’en aurions-Nous pas parlé, que ce droit et ce devoir seraient restés dans toute leur intégrité à la chaire de Saint-Pierre.

    En effet, les droits et les privilèges accordés à cette chaire par Jésus-Christ lui-même peuvent être attaqués, mais ne sauraient jamais lui être enlevés, et il n’est pas au pouvoir d’un homme de renoncer à un droit divin qu’il peut être parfois obligé d’exercer par la volonté de Dieu même. »

    Pie IX, Et si multa luctuosa, du 21 novembre 1873 : « Or, la doctrine catholique la plus élémentaire nous apprend que personne ne peut passer pour évêque légitime s’il n’est pas rattaché par la communion de foi et de charité à la pierre sur laquelle a été bâtie l’Église du Christ, s’il n’adhère pas au pasteur suprême auquel ont été confiées, pour les conduire au pâturage, toutes les brebis du Christ, s’il n’est pas lié à celui qui confirme ses frères qui sont en ce monde ; et sans contredit « c’est à Pierre que le Seigneur a parlé, à un seul afin de fonder sur un seul l’unité ».

    Pie XII, Ad Apostolorum Principis, 29 juin 1958 : « …c’est Notre devoir exprès de rappeler à tous que la doctrine et les principes qui régissent la constitution de la société divinement fondée par Jésus-Christ Notre-Seigneur sont tout différents. Les sacrés canons en effet décrètent clairement et explicitement qu’il revient uniquement au Siège apostolique de juger de l’aptitude d’un ecclésiastique à recevoir la dignité et la mission épiscopales et qu’il revient au Pontife romain de nommer librement les évêques. »

  • Un jeune du diocèse de Liège a été ordonné prêtre à Ecône; l'évêque de Liège réagit par un communiqué officiel

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    COMMUNIQUÉ OFFICIEL

    Réaction de Monseigneur Jean-Pierre Delville à l'ordination d'un prêtre de son diocèse dans la Fraternité Saint-Pie-X

    Vincent Richter ordonné prêtre au sein de la Fraternité Saint-Pie X

    Mgr Jean-Pierre Delville a été informé que l’abbé Vincent Richter, un jeune homme originaire de Steffeshausen, dans le diocèse de Liège, a été ordonné prêtre dans la Fraternité Saint-Pie X, à Écône, en Suisse, ce lundi 29 juin, en la solennité des saints Pierre et Paul. L’évêque assure le nouveau prêtre de sa prière et l’encourage à suivre le Christ dans sa future mission au Brésil, en authentique disciple de l’évangile.

    La Fraternité Saint-Pie X rassemble les catholiques qui, à la suite de Mgr Marcel Lefebvre, ont refusé de reconnaître différentes décisions du Concile Vatican II (1962-1965). Cette assemblée des évêques du monde entier, réunis autour du Pape, a validé une mise à jour du catholicisme, avec entre autres des déclarations sur la liberté religieuse, sur l’œcuménisme et sur le respect des autres religions. Ce sont ces éléments et non pas tant les questions de liturgie en latin selon la forme ancienne, qui ont causé la rupture entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint-Pie X. Celle-ci dessert l’église qu’elle a fondée à Steffeshausen. Elle est à distinguer de la Fraternité Saint-Pierre, qui elle aussi célèbre selon l’ancienne liturgie, en particulier à Herstal et à Verviers, mais reconnaît les enseignements du Concile Vatican II.

    La dissidence de Mgr. Lefebvre et de ses disciples n’est pas une première dans l’histoire de l’Église. De tout temps, des catholiques n’ont pas voulu ou pu comprendre que la fidélité à la tradition n’était pas statique, mais dynamique. C’est ce qu'enseignait saint John Henry Newman (1801-1890), docteur de l’Église, en écrivant que, comme tout organisme vivant, l’Église « change pour rester la même » (it changes with them in order to remain the same). C’est inévitable : « ici-bas, vivre c’est changer, et être parfait, c’est avoir changé souvent » (here below to live is to change, and to be perfect is to have changed often) (Essai sur le développement de la doctrine chrétienne, 1845, Section 1, p. 33, n°7). Pour Newman, la doctrine chrétienne, qui s’est accomplie en Jésus-Christ, n’attend pas de nouvelle révélation, mais se développe, en faisant apparaître des éléments latents.

    En outre, en ordonnant, ce 1er juillet 2026, quatre nouveaux évêques sans autorisation du Pape, la Fraternité Saint-Pie-X accentue sa dissidence dans l’Eglise catholique. Cela ne nous empêche pas de rechercher le dialogue avec elle, de nous interpeller mutuellement et d’établir des relations fraternelles.