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Eglise

  • Le tissu effiloché de l’Église d’Angleterre

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    De Stephen Daisley sur First Things :

    Le tissu effiloché de l’Église d’Angleterre

    14 septembre 2026

    La cathédrale Saint-Paul a trouvé une solution originale pour remplir ses bancs : elle se transforme en salle de concert. Aux termes d’un accord récemment signé, la boîte de nuit londonienne Fabric devient le « partenaire exclusif pour les événements de musique contemporaine » dans le chef-d’œuvre de Christopher Wren, élevé à la gloire de Dieu – ou, comme la cathédrale Saint-Paul se décrit elle-même dans un communiqué de presse, « l’un des lieux les plus emblématiques de Londres ».

    Il y a deux ans, Fabric organisait un concert de l’artiste synth-pop australien RY X, qu’il saluait pour avoir « introduit les synthétiseurs, l’électronique et le spectacle vivant dans un lieu construit des siècles avant leur apparition ». Apprendre que les concerts à Saint-Paul ont débuté en 2024 surprendra sans doute sa chorale nonagénaire. Si seulement ils avaient samplé de l’EDM lors de leurs vêpres !

    Les critiques qui craignent une répétition de la silent disco de la cathédrale de Canterbury – surnommée « la rave dans la nef » – ont reçu l’assurance que les événements sur Ludgate Hill seront « organisés avec respect ». Sandra Lynes Timbrell, directrice de l’accueil des visiteurs de la cathédrale, a déclaré au Church Times que le projet prévoit des « concerts assis » avec une « amplification minimale ».

    Cet accord de partenariat a valu à l’Église d’Angleterre d’être réprimandée par Robert Barron, évêque catholique romain de Winona-Rochester (Minnesota), qui accuse les dirigeants anglicans d’avoir « perdu tout sens de la distinction cruciale entre le sacré et le profane ».

    Le révérend Marcus Walker, commentateur avisé des affaires ecclésiastiques et recteur de la paroisse Saint-Barthélemy-le-Grand à Londres, m’explique que « Dieu se sert de la beauté pour nous attirer à lui ». Il soutient que certaines formes de musique, comme les symphonies, peuvent s’accorder avec le caractère recueilli d’une église. Il cite un concert aux chandelles donné par Nick Cave à Saint-Barthélemy en décembre dernier, où le chanteur a alterné performances musicales et réflexions sur sa foi, comme « l’un des moments les plus profondément spirituels de l’année ».

    Le révérend Walker admet cependant que l’implication de Fabric « complique les choses ». Le club a brièvement fermé ses portes en 2016 après le retrait de sa licence, suite au décès de deux clients de dix-huit ans victimes d’une overdose. L’établissement a rouvert quatre mois plus tard, avec des contrôles et des mesures de sécurité renforcés.

    Une partie de la consternation vient d’un message publié sur X par Sadiq Khan, le maire de Londres, qui a accueilli l’accord de partenariat en des termes pour le moins peu flatteurs : « Fabric. Cathédrale Saint-Paul. Trouvez un duo plus emblématique. L’union de ces deux institutions créera une expérience unique, associant une musique de renommée mondiale à l’un de nos monuments les plus précieux. »

    Voir le maire musulman de Londres célébrer la transformation d’un joyau du patrimoine anglican en un lieu semi-laïque, tout en réduisant un lieu de culte chrétien anglais vénéré au rang de simple monument historique, a été perçu comme une provocation par certains. Relevant le défi lancé par Khan, le journaliste Tom Harwood a proposé : « Boîte de nuit Heaven. Mosquée Baitul Futuh », faisant référence à une boîte de nuit gay réputée et à une mosquée du sud de Londres.

    Malgré le mépris du maire pour l’héritage chrétien de l’Angleterre, la collaboration avec Fabric intervient à un moment de profonde crise pour l’anglicanisme. Cette confession est l’Église établie en Angleterre sans interruption depuis le XVIIe siècle, mais ses origines remontent à la Réforme. Son chef temporel est le roi Charles III, et ses évêques siègent à la Chambre des lords ; pourtant, ses fidèles, les Anglais, sont en réalité peu pratiquants. Seuls 5 % des adultes britanniques fréquentent l’église chaque semaine, un chiffre qui atteint à peine 13 % chez les chrétiens déclarés. Le déclin de la pratique religieuse aux États-Unis ces dernières années pourrait désespérer le clergé américain, mais leurs confrères anglais considéreraient de tels chiffres comme une grâce divine. Le déclin de la religiosité en Angleterre n’est en aucun cas un phénomène exclusivement anglican, comme en témoigne un simple coup d’œil à une messe dominicale typique dans les églises catholiques anglaises. Seul l’islam connaît une croissance en Angleterre.

    La désertion des églises s’accompagne d’un déclin plus général de l’institution. Entre 2010 et 2019, 423 églises anglicanes ont fermé définitivement leurs portes. Le site web de l’Église d’Angleterre propose à la location ou à la vente des églises fermées : on en compte actuellement quarante et une. Face aux nombreux témoignages de vicaires surchargés et sous-payés, contraints par la baisse des vocations à desservir un nombre croissant de paroisses, notre ami le révérend Walker a récemment averti que l’Église était « sur la voie de l’anéantissement », soulignant une diminution de 20 % du clergé rémunéré depuis le début du siècle. Le gouvernement travailliste n’a guère allégé la pression financière en annonçant que les subventions d’un fonds de restauration des églises de 23 millions de livres sterling par an seraient désormais soumises à une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 20 %.

    L’Église d’Angleterre bénéficie d’un fonds de dotation de 11,6 milliards de livres sterling, mais les paroisses n’en perçoivent qu’une infime partie. Des initiatives commerciales comme l’organisation de concerts peuvent sembler anodines en termes de rentabilité ; pourtant, qu’il s’agisse de raves dans les nefs ou de concerts de Fiona Apple près de la chapelle de la Vierge, les cathédrales et les églises d’Angleterre risquent, en accueillant le profane, de laisser s’échapper une part du sacré. Un lieu de culte chrétien offre au pèlerin une expérience qu’aucun espace profane ne peut offrir : la possibilité de rencontrer le Divin au sein d’un monument à sa majesté. Franchissez le seuil d’une église, et vous avez instantanément conscience d’avoir laissé derrière vous le monde matériel pour entrer dans le spirituel. Rien qui puisse altérer cette expérience ne mérite d’être récompensé financièrement.

    L’Angleterre est une nation en proie à de profondes mutations politiques, culturelles et démographiques. La question nationale – qu’est-ce qu’être Anglais ? – est au cœur du débat public pour la première fois de ma vie. Pendant des siècles, l’Église anglicane a constitué, au moins en partie, une réponse, un point d’ancrage qui transcendait les différences sociales, éducatives et régionales. Certes, la carte identitaire d’une nation évolue, mais il est peu probable que l’anglicanisme soit remplacé par une institution aussi bienveillante et fédératrice. La course à la succession de l’Église d’Angleterre attire déjà des candidats de tous bords : autoritaires de gauche comme de droite, nationalistes civiques et ethniques, et adeptes des idées postmodernes et post-chrétiennes. Sans leur Église, les Anglais se dispersent, errant sans repères vers l’inconnu.

    Si elle aspire à guider et à prendre soin de cette nation égarée, l’Église d’Angleterre se doit d’offrir ce que les institutions terrestres ne peuvent apporter : la tradition, la coutume et la continuité ; le réconfort du sacré et un aperçu du Divin. Aucun concert, même le plus respectueux et le plus raffiné, ne saurait rivaliser avec les chants angéliques entonnés au Ciel lorsque la maison de Dieu est sanctifiée pour que son peuple puisse venir le visiter.

  • Léon a-t-il découvert une valeur cachée en revenant sur les politiques financières de François ?

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    D'Ed. Condon sur le Pillar :

    Léon a-t-il découvert une valeur cachée en revenant sur les politiques financières de François ?

    Qu’a le pape que n’avait pas son prédécesseur : de nouvelles informations, des résultats en amélioration, ou simplement une attitude différente ?

    14 septembre 2026

    Le pape Léon XIV a abrogé lundi l’une des politiques financières emblématiques du pape François, en revenant sur une série de baisses et de gels de salaires décidés en 2021 pour les hauts responsables du Vatican, y compris les cardinaux résidant à Rome.

    Dans un motu proprio daté du 1er septembre mais publié par le bureau de presse du Vatican le 14 septembre, Léon écrit que « Ces mesures de maîtrise des salaires adoptées par mon Prédécesseur [...] qui étaient aussi nécessaires pour faire face au défi exceptionnel de la pandémie [...] peuvent désormais être surmontées, dans la certitude que les institutions du Saint-Siège et de l’État de la Cité du Vatican continueront, par divers instruments, à s’engager pour garantir la viabilité économique. »

    Cette décision du pape, qui fait également référence à un précédent retour sur une autre mesure d’austérité de l’ère François (l’augmentation des loyers résidentiels dans la Cité du Vatican), constitue le dernier signal provenant du Palais apostolique : Léon se sent de plus en plus à l’aise avec la situation financière du Saint-Siège et confiant dans sa viabilité.

    Il s’agit d’un changement remarquable, tant dans la politique que dans l’état d’esprit, entre les deux papes.

    Les dernières années du pontificat de François avaient été marquées par des mises en garde de plus en plus alarmantes du pape sur l’état des finances du Vatican, ainsi que par de constants bouleversements de politique. En revanche, la première année et demie du pontificat léonin a représenté une libéralisation effective de la politique financière curiale et une manière nettement plus optimiste d’évoquer la santé financière du Saint-Siège.

    Mais, avec seulement des informations partielles sur l’état actuel des finances du Vatican, la question reste ouverte : ce changement résulte-t-il de nouvelles informations, de résultats en amélioration, ou simplement d’un changement d’attitude ?

    L’annonce faite lundi par le Saint-Siège selon laquelle le pape Léon a annulé la baisse et le gel des salaires de 2021 pour les cardinaux de la Curie et les hauts responsables comporte deux contextualisations importantes.

    La première relie les baisses de salaires de 2021 aux retombées de la pandémie de coronavirus et au choc économique mondial qu’elle a déclenché. Mais il convient de noter que le motu proprio de Léon de ce mois-ci introduit un qualificatif en suspens — et avec lui une certaine ambiguïté. Le pape écrit que les baisses de 2021 étaient « aussi nécessaires » en raison du COVID-19. Mais il n’explique pas les conditions auxquelles se référait ce « aussi ».

    S’il est raisonnable et compréhensible que le Vatican, comme n’importe où ailleurs, tourne la page des mesures extraordinaires adoptées au lendemain de la pandémie il y a cinq ans, il faut rappeler que François lui-même avait déclaré à l’époque que la mesure était d’abord et avant tout motivée par « le déficit qui a caractérisé la gestion économique du Saint-Siège pendant plusieurs années » et « pour assurer la viabilité et l’équilibre entre recettes et dépenses dans la gestion économique et financière actuelle ».

    Selon le dernier état budgétaire publié par le Vatican, en novembre de l’année dernière, le déficit structurel du budget curial a presque été divisé par deux entre 2023 et 2024, passant de 83,5 millions d’euros à moins de 44,5 millions. Les dons extérieurs, la performance des investissements financiers et la génération de revenus opérationnels étaient tous en hausse sur la même période.

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  • Les évêques de l'UE s'opposent au "débaptême" : la liberté de l'Église est en jeu.

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Les évêques de l'UE s'opposent au débaptême : la liberté de l'Église est en jeu.

    La Commission des épiscopats des pays européens a fermement et motivé son refus de modifier les registres de baptême, anticipant ainsi l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne sur la demande d'annulation d'un citoyen belge. Cette affaire soulève la question des rapports entre politique et religion et met en lumière l'illusion de la prétendue neutralité des États.

    15/09/2026

    Photo Vatican Media/LaPresse

    La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) rendra prochainement un arrêt sur une affaire relative à une demande de « débaptême ». Un citoyen belge souhaite que son nom soit radié des registres de baptême de l'Église car il ne souhaite plus appartenir à l'Église catholique. Le diocèse a saisi les autorités belges, et l'affaire a ensuite été portée devant la juridiction européenne. Actuellement, la législation nationale interdit cette pratique, imposant à l'Église l'obligation d'inscrire les nouvelles volontés exprimées dans le registre sans pour autant radier le nom.

    Une partie considère cette mesure insuffisante et inappropriée, car elle porte atteinte à la liberté de conscience et aux droits garantis par le Règlement général sur la protection des données (RGPD). C'est vraisemblablement sur la base de ce règlement que la Cour européenne se prononcera.
    La Commission épiscopale des États membres de l'Union européenne (COMECE) a eu raison de présenter, dans un document juridique, les arguments de l'Église catholique contre la modification des registres de baptême.

    La question est juridique, mais avant tout politique , puisqu'elle touche aux rapports entre politique et religion, entre Église et État, entre droit civil et droit canonique. D'où son importance, qui dépasse largement le cadre de cette affaire. Elle touche particulièrement la liberté religieuse, désormais reconnue non seulement par l'État libéral, mais aussi par l'Église. Mais la comprennent-ils de la même manière ? Un incident mineur peut déstabiliser un consensus que l'on croit, à tort, acquis et bouleverser la donne sur une question épineuse.

    Tous les États européens, y compris l'UE elle-même, se réclament aujourd'hui de la neutralité en matière religieuse, reconnaissant ainsi leur incompétence dans ce domaine. Cette neutralité s'exerce de deux manières : soit en excluant toutes les religions de la sphère publique, soit en leur permettant d'y affirmer leur identité. Chacun constate que, dans les deux cas, on parle de neutralité, mais il n'en est rien. L'État, dans les deux cas, réglemente la religion, intervient de manière autoritaire et extérieure, lui impose sa place, la contraint à agir ou à s'abstenir, et ne la reconnaît pas. Elle ne la reconnaît pas, soit parce qu'elle lui interdit d'exister dans l'espace public, soit parce qu'elle la considère comme une religion parmi d'autres, dépourvue d'identité et de dignité propre. Ces deux interprétations de la liberté religieuse ne rendent pas la religion véritablement libre, même si elles reconnaissent la liberté individuelle d'adhérer volontairement à l'une ou à l'autre.

    La liberté de religion n'est pas synonyme de liberté de religion.Dans les deux cas évoqués, l'État se considère supérieur à la religion ; sa neutralité équivaut, en pratique, à la souveraineté. L'Église catholique possède sa propre doctrine, dont un élément fondamental est que le baptême est un sacrement indélébile, une porte d'entrée vers d'autres sacrements et une incorporation non nominale mais essentielle au Corps du Christ. Il en a toujours été ainsi, et il en sera toujours ainsi, et la présence du nom du baptisé en témoigne. Or, l'État, au nom de sa neutralité souveraine, est totalement incompétent en la matière et peut donc, en invoquant souverainement l'une ou l'autre des lois qu'il a promulguées sous cette même souveraineté, en nier la validité.

    Certes, si l'État appliquait non pas ses lois positives, qui n'ont d'autre fondement que sa souveraineté établie et imposée, mais le « bien commun », la situation changerait, car alors les religions prendraient un visage, et celui de la religion catholique brillerait d'un tel éclat que l'État renoncerait à sa neutralité. Mais l'État libéral, s'il demeure tel quel, ne peut aller aussi loin. Il est donc raisonnable de supposer que la décision attendue en octobre autorisera la radiation des personnes baptisées des registres, et si ce n'est pas cette fois-ci, ce sera la prochaine, car tout porte à le croire.

    De plus, si l'Église catholique limite ses prérogatives à se fonder uniquement sur une liberté religieuse très semblable à celle de l'État libéral, sans affirmer sa propre identité et son authenticité dans l'espace public, elle ne peut prétendre à une reconnaissance différente. Si elle exige le respect de son baptême au même titre que celui du droit familial islamique, elle se verra finalement refuser le droit d'être reconnue pour sa spécificité et non selon les préjugés de l'État souverain.

    L'un de ces préjugés est celui de la liberté de conscience . Et de fait, en matière de « débaptême », l'un des critères d'évaluation politique, outre la protection des données personnelles, est la liberté de conscience. Libre alors d'être baptisé, libre aujourd'hui d'être « débaptisé ». L'État libéral moderne raisonne ainsi car, de même que sa souveraineté est vide, la liberté de conscience l'est également à ses yeux. Cet État ne peut même pas envisager qu'il existe dans la vie religieuse quelque chose d'objectif, de transcendant, d'ontologique, d'éternellement valable, d'indélébile, comme le caractère baptismal pour la religion catholique, et que ce quelque chose doive être défendu par la politique car il possède lui aussi une valeur publique. À ses yeux, ce serait une limitation de la liberté de conscience, qui, pour lui, n'est libre que si elle est vide et peut être remplie tantôt par ceci (le baptême), tantôt par son contraire (le débaptême).

  • La Chine tient l’Église à sa botte, à la grande satisfaction de l’opinion publique internationale

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    La Chine tient l’Église à sa botte, à la grande satisfaction de l’opinion publique internationale

    En juillet, août et septembre, la Chine a célébré les quatre premières ordinations d’évêques intégralement attribuables au pontificat de Léon. Les deux évêques précédents, ordonnés à l’automne 2025, avaient en effet été choisis de manière unilatérale par les autorités chinoises pendant l’interrègne entre la mort du pape François et l’élection de son successeur.

    Cette année encore, tout s’est déroulé comme prévu dans  l’accord secret sur la nomination des évêques signé par Pékin et Rome en 2018, et actuellement prorogé jusqu’en 2028. Et comme d’habitude, deux communiqués séparés ont été publiés, par le bureau de presse du Saint-Siège d’un côté, et par l’agence de l’Association patriotique des catholiques chinois de l’autre. Le premier annonce que l’ordination a eu lieu, avec la biographie du nouvel évêque et la notification du jour où le pape l’a nommé. Le second donne les noms des évêques consécrateurs et insiste sur le caractère « officiel » de la nomination du nouveau prélat par le Conseil des évêques chinois (une conférence épiscopale fantoche non reconnue par Rome), datant de plusieurs mois avant l’acceptation de cette même nomination par le pape — qui n’est par ailleurs jamais mentionné.

    En théorie, le pape est censé avoir la faculté de refuser une nomination faite en première instance par les autorités chinoises, mais dans les faits, cela n’est jamais arrivé. Depuis l’entrée en vigueur de l’accord, Rome a toujours avalisé les nominations décidées par Pékin, y compris celles qui ont été décidées en violation manifeste de l’accord lui-même, comme pour l’actuel évêque de Shanghai, Joseph Shen Bin.

    Sur les quatre récentes ordinations épiscopales, la plus significative est celle de Joseph Chang Yanfeng à la tête du diocèse de Chifeng, dans la province de Mongolie-Intérieure.

    Depuis des décennies, une immigration massive de populations d’ethnie Han est en cours dans cette région, réduisant désormais la population d’origine mongole à moins d’un cinquième. Ceci dans le but avoué de promouvoir l’unité nationale — culture, traditions et langue —, avec obligation de l’apprentissage le mandarin dès l’école primaire.

    Et le nouvel évêque de Chifeng est plus qu’aligné sur cette directive politique, qui a récemment pris corps dans une loi « pour la promotion du progrès de l’unité nationale », en symbiose absolue avec le processus de « sinisation » des religions, si cher au président Xi Jinping.

    Le 30 juin dernier, alors que le pape Léon l’avait déjà nommé évêque mais avant que la nouvelle ne soit rendue publique, Chang Yanfeng a organisé une réunion avec les notables du diocèse et des cadres politiques. L'objectif ? « Adapter activement » le diocèse « aux exigences du travail ethnique et religieux de la nouvelle ère, en promouvant soigneusement l’éducation à l’unité nationale et l’étude du droit, en maintenant une foi et une pratique authentiques, en renforçant l’unité des fidèles par une discipline rigoureuse et en garantissant, par l’État de droit, l’harmonie, la stabilité et le bon ordre dans le secteur catholique », d’après le compte-rendu officiel.

    Fin août, nous avons eu la confirmation que cette ligne politique inspire bel et bien le choix des nouveaux évêques par Pékin avec l’inauguration à Wuhan d’un musée dédié aux « œuvres patriotiques et catholiques de Dong Guangqing » — le tout premier évêque ordonné en Chine sans mandat du Saint-Siège, en 1958, en plein règne de Mao Tsé-toung.

    Pour chanter les louanges de cet évêque « pionnier de la voie de l’indépendance, de l’autonomie et de l’autogestion » lors de l’inauguration, deux des plus hauts représentants actuels de l'Église catholique chinoise intégrée au régime ont pris la parole : l’évêque de Shanghai, Joseph Shen Bin, président du Conseil des évêques chinois, et l’évêque de Pékin, Joseph Li Shan, président de l’Association patriotique.

    Un musée similaire de la sinisation de l’Église chinoise a déjà ouvert à Pékin en 2023, lors du quinzième anniversaire de la nomination de Li Shan. Et un autre est en projet à Shanghai.

    Pendant ce temps, le 3 septembre à Hong Kong, la condamnation prononcée en 2022 contre le cardinal Joseph Zen Ze-kiun (96 ans) a été confirmée. L'irréductible défenseur de la liberté de l’Église et des citoyens a été condamné pour avoir collecté des fonds afin d’aider des manifestants détenus ou blessés, avec toujours en toile de fond une accusation jamais classée de « collusion avec des puissances étrangères ».

    Tout cela sans que les organes de presse du Saint-Siège n’y fassent la moindre allusion. Ces derniers ont également passé sous silence les condamnations infligées le 22 août pour « incitation à la transgression » à deux figures de l’opposition démocratique de Hong Kong, Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan, deux convertis au catholicisme. Sans parler de leur mutisme assourdissant sur la condamnation définitive à 20 ans de prison, le 20 mars dernier, de Jimmy Lai (79 ans), lui aussi fervent catholique, le plus célèbre et le plus persécuté des défenseurs des libertés révoquées par le régime.

    « Vatican News », le portail d’information du Saint-Siège, a en revanche abondamment couvert début août le premier dialogue officiel entre des représentants de l’Église catholique — présidés par le cardinal George Jacob Koovakad, préfet du dicastère pour le dialogue interreligieux — et de la pensée confucéenne. Organisées à Séoul, ces rencontres portaient sur le thème : « Nouveau ciel, nouvelle terre et ‘Dafong’, la grande harmonie », en présence de représentants du confucianisme issus de douze pays, dont la Chine.

    L’événement s'est conclu par une déclaration conjointe. Mais sans la moindre allusion à l’instrumentalisation politique que les autorités de Pékin font aujourd’hui du confucianisme — un détournement en revanche pointé du doigt par Gianni Criveller, de l’Institut pontifical des missions étrangères, fin connaisseur de la Chine et directeur de l’agence « AsiaNews », dans un éditorial du 9 septembre pour les cinquante ans de la mort de Mao Tsé-toung :

    « Aujourd’hui, Xi Jinping ne gouverne pas la Chine avec l’idéologie communiste de Mao, mais avec une idéologie nationaliste inspirée par l'instrumentalisation politique du confucianisme. Si Mao combattait le confucianisme, qu’il accusait d'être la cause du retard de la Chine, Xi en fait le cœur idéologique de son nationalisme et de son programme de sinisation. »

    Face à un tel tableau, on s’attendrait à voir grandir dans le monde une méfiance envers le régime de Pékin, qui réprime à ce point la liberté religieuse et toutes les autres libertés.

    Mais il n’en est rien. C’est tout l’inverse qui se produit, à en croire une récente enquête du « Pew Research Center » de Washington menée dans 36 pays.

    L’étude compare la proportion de populations qui expriment une opinion favorable sur la Chine d’un côté, et sur les États-Unis de l’autre.

    Le résultat est édifiant : il n’y a que dans 9 pays — Israël en tête, suivi du Japon, de l’Inde et, en Europe, de la Pologne — que les opinions publiques sont davantage favorables aux États-Unis qu’à la Chine.

    Dans tous les autres pays, c’est le contraire. Au Pakistan, les jugements favorables à la Chine atteignent 90 %, contre 15 % pour les États-Unis. En Indonésie, 72 % contre 29 % ; en Turquie, 43 % contre 13 % ; en Italie, 51 % contre 31 % ; en Espagne, 54 % contre 30 % ; au Royaume-Uni, 46 % contre 41 % ; en Allemagne, 27 % contre 19 % ; en France, 36 % contre 27 % ; en Afrique du Sud, 52 % contre 35 % ; au Nigeria, 78 % contre 63 % ; au Mexique, 59 % contre 49 % ; au Pérou, 61 % contre 51 % ; au Canada, 44 % contre 33 % ; en Australie, 31 % contre 24 %.

    Bien entendu, Donald Trump pèse lourdement dans l’opinion négative portée sur les États-Unis. En 2023, une étude similaire révélait encore une majorité d'avis favorables aux États-Unis par rapport à la Chine dans de nombreux pays. En Italie par exemple, 60 % de la population percevait favorablement les États-Unis, contre 36 % pour la Chine.

    Mais même quand on se limite à demander aux personnes interrogées d’évaluer le niveau de liberté individuelle garanti aux États-Unis et en Chine, l’évolution de l’opinion publique depuis 2023 profite presque partout à Pékin. En Italie, le pourcentage de citoyens convaincus que les libertés individuelles sont garanties en Chine a grimpé de 9 à 15 % en trois ans, tandis que ceux qui estiment qu'elles le sont aux États-Unis a chuté de 64 à 39 %.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Des hommes mariés bientôt ordonnés prêtres dans le diocèse d'Anvers ?

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    Johan Bonny, évêque d’Anvers, s’est rendu à Rome pour avancer son projet d’ordonner des hommes mariés comme prêtres dans son diocèse d’ici 2028, motivé par la pénurie critique de prêtres.

    Le titre de l’article de La Libre (publié le 14 septembre 2026) reprend ses propres mots : « La nécessité m’y contraint ». Six mois après son annonce dans une lettre pastorale de mars 2026 (dans le cadre de la mise en œuvre du processus synodal), Bonny détaille l’état d’avancement.

    Contexte de la pénurie

    Dans le diocèse d’Anvers, il ne reste plus que 70 prêtres de moins de 70 ans, dont les deux tiers sont d’origine étrangère. Les prêtres cumulent des charges très lourdes, allant d’un clocher à l’autre. Aucun n’est plus rattaché à un hôpital, un mouvement de jeunesse ou une école ; un seul aumônier permanent couvre les cinq établissements pénitentiaires de la province. Bonny estime que le recours à des prêtres étrangers n’est pas une solution durable, notamment pour des raisons de langue.

    La démarche auprès de Rome

    Bonny présente son initiative comme pragmatique et non idéologique. Il a discuté de la question au sein de la Conférence épiscopale belge et lors de la visite ad limina avec le pape François. Ses confrères partagent globalement l’avis, mais l’archevêque Luc Terlinden souligne qu’il s’agit d’une démarche propre à l’évêque d’Anvers.

    En juin 2026, Bonny s’est rendu de sa propre initiative à Rome. Il a rencontré le cardinal Lazarus You Heung-sik (préfet du Dicastère pour le clergé) et le cardinal Mario Grech (secrétaire général du Synode des évêques). Il leur a exposé les chiffres de la pénurie flamande ; ils ont indiqué qu’ils en parleraient au pape Léon. En août, d’autres évêques belges (dont Terlinden) ont aussi rencontré le pape ; Bonny suppose que le sujet a été abordé, sans détails publics.

    Une éventuelle ordination d’hommes mariés (viri probati) dans le rite latin exige l’accord du pape. Bonny ne peut pas modifier la discipline seul.

    Préparatifs à Anvers

    Plusieurs candidats ont déjà été identifiés. Ils suivent une formation théologique et pastorale comparable à celle des autres candidats au sacerdoce, de manière « transparente et discrète, à l’abri du regard des médias ». Les critères sont alignés sur ceux des diacres permanents : âge minimum de 35 ans, accord de l’épouse, vie de famille stable, et plus d’enfants en bas âge.

    Bonny reste optimiste quant à une évolution possible d’ici 2028. Ce projet s’inscrit dans un débat plus large sur le célibat sacerdotal et les besoins pastoraux en Europe occidentale, où la pénurie est particulièrement aiguë.

    Lire également : L’évêque auxiliaire de Ratisbonne ouvre la porte à l’ordination d’hommes mariés, mais reconnaît que le problème réside dans « la perte de la foi ».

  • 9 séminaristes font leur rentrée au Grand Séminaire francophone de Belgique : un chiffre historiquement bas

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    Pour l’année académique 2026-2027, le Grand Séminaire francophone de Belgique (à Namur) a fait sa rentrée le lundi 7 septembre 2026.

    Voici la situation selon le discours de rentrée du recteur, l’abbé Joël Spronck (rapporté le 14 septembre 2026) :

    Effectifs

    • 42 hommes sont inscrits au Studium (formation intellectuelle et académique en philosophie et théologie).

    Répartition approximative :

    • 9 séminaristes diocésains (chiffre historiquement bas).
    • 5 nouveaux propédeutes diocésains (année de discernement préparatoire), âgés de 18 à 22 ans.
    • 7 jeunes en formation au Séminaire Redemptoris Mater (Chemin néo-catéchuménal).
    • 7 jeunes à la Maison Saint-Joseph de Namur (propédeutes de la Communauté de l’Emmanuel).
    • 14 religieux, dont deux provenant d’Églises orientales.

    Propédeutique

    Pour la première fois, les propédeutes belges sont accueillis à Metz (et non plus à Namur). Ils y rejoignent des propédeutes de Lorraine, de Strasbourg et du Grand-Duché de Luxembourg dès la fin septembre. Ils reviendront en Belgique pour un expérimental pastoral et une retraite ignatienne.

  • Notre-Dame des Sept Douleurs (15 septembre)

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    Notre-Dame des Sept-Douleurs

    Mémoire obligatoire

    (source : Evangile au Quotidien)

    Le 15 septembre (depuis la rénovation liturgique du Pape Saint Pie X en 1914), la Liturgie de l'Église nous invite à faire mémoire des douleurs de la Vierge Marie. « Votre peine, Vierge sacrée, a été la plus grande qu'une pure créature ait jamais endurée ; car toutes les cruautés que nous lisons que l'on a fait subir aux martyrs, ont été légères et comme rien en comparaison de Votre douleur. Elle a été si grande et si immense, qu'elle a crucifié toutes Vos entrailles et a pénétré jusque dans les plus secrets replis de Votre Cœur. Pour moi, ma très pieuse Maîtresse, je suis persuadé que Vous n'auriez jamais pu en souffrir la violence sans mourir, si l'esprit de vie de Votre aimable Fils, pour lequel Vous souffriez de si grands tourments, ne Vous avait soutenue et fortifiée par Sa puissance infinie » (Saint Anselme - "De l'exercice de la Vierge", I, 5) 

    La  Mémoire obligatoire  de Notre-Dame des Sept-Douleurs - que l'Église nous invite, en cette Octave de la Nativité de la Vierge, à méditer plus particulièrement - a pour but de nous rappeler le martyre inouï qu'endura l'Auguste Vierge Marie en tant que Co-Rédemptrice du genre humain. L'Église honore en ce jour Ses incomparables douleurs, spécialement celles qu'Elle ressentit au pied de la Croix au moment de la consommation du mystère de notre Rédemption. Après s'être concentré sur le déchirement de l'âme de Marie au jour de la Passion de Son Divin Fils, jour où Ses souffrances atteignirent leur maximum d'intensité, la piété des fidèles s'est étendue à d'autres douleurs que la Divine Mère éprouva à différentes occasions de Sa Très Sainte vie. Pour illustrer les douleurs de la Vierge Mère, les peintres représentent Son Cœur percé de sept glaives, symbole des sept douleurs principales de la Mère de Dieu, qui la couronnèrent comme Reine des Martyrs. Voici la liste de ces sept douleurs dont le souvenir est cher aux vrais enfants de Marie :

    1. La prophétie du Saint Vieillard Syméon (Luc, 2, 34-35) 
    2. La fuite de la Sainte Famille en Égypte (Matthieu, 2, 13-21) 
    3. La disparition de Jésus pendant trois jours au Temple (Luc, 2, 41-51) 
    4. La rencontre de la Vierge Marie et Jésus sur la via dolorosa (Luc, 23, 27-31) 
    5. Marie contemplant la souffrance et la mort de Jésus sur la Croix (Jean, 19, 25-27) 
    6. La Vierge Marie accueille Son Fils mort dans Ses bras lors de la déposition de Croix. 
    7. La Vierge Marie abandonne le Corps de Son Divin Fils lors de la mise au Saint Sépulcre.

    Contemplons donc dans les bras de la Vierge Marie, l'Homme-Dieu crucifié à cause de nos iniquités et compatissons aux douleurs excessives de notre Mère du Ciel. Joignons nos larmes aux Siennes et détestons nos péchés qui ayant provoqué la mort de Son Divin Fils, ont également été la cause de Son intime martyre. Prions-La de nous obtenir du Sauveur les grâces nécessaires pour profiter de Ses exemples et imiter Ses vertus lorsqu'Il Lui plaira de nous faire part de Ses humiliations, de Ses douleurs et de Sa croix.

    Pour un approfondissement :&
    >>> Notre-Dame des douleurs - Missel

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  • Notre-Dame des Douleurs (15 septembre)

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    L'homélie (homelies.fr - archive 2007) du Père Joseph-Marie Verlinde fsJ pour cette fête :

    Au lendemain de la Croix glorieuse, l’Église nous invite à porter nos regards vers celle qui se tient debout au pied de cette Croix, dont elle ne perçoit la gloire que dans la foi. Il est difficile - voire impossible en raison de l’opacité de nos âmes obscurcies par le péché - d’entrer dans le mystère de la compassion de Marie. D’autant plus que celui-ci nous introduit probablement dans le mystère de la compassion de l’Esprit Saint lui-même : le Cœur immaculé de la Pleine de grâce n’est-il pas le temple de l’Esprit ?

    Étonnant mystère : en voyant souffrir et mourir son Fils, Marie était sans aucun doute à l’agonie dans son corps et dans son âme de mère ; et pourtant dans son esprit tout illuminé par la grâce divine, elle communiait simultanément à la joie du Crucifié accomplissant son ministère de grand-prêtre pour le salut du monde. Comment la pleine de grâce ne serait-elle pas restée en profonde communion de foi et d’espérance avec son Fils auquel elle était unie par un amour indéfectible ? C’est précisément sur l’horizon de cette communion intime qu’il faut comprendre le dialogue entre Jésus et sa mère sur le Golgotha.

    « Voyant sa mère », c’est-à-dire percevant sa solidarité dans le travail d’enfantement du Monde nouveau, et voulant sans plus attendre l’associer à la joie du surgissement du Royaume, Jésus s’adresse à sa mère en la désignant par le nom de « Femme » - terme qui dans la Bible désigne la Fille de Sion, l’Épouse eschatologique, la nouvelle Jérusalem, la Mère du nouveau peuple de Dieu. A l’aube de sa vie, Marie n’a-t-elle pas été préservée de tout péché personnel et exemptée des conséquences du péché originel par une grâce découlant de la Croix au pied de laquelle elle se tient maintenant ? N’est-elle pas le fruit précoce de cet Arbre de vie ? Marie est la première rachetée et elle le fut de manière suréminente, inégalée ; aussi du haut de la Croix, Jésus contemple-t-il en elle la fécondité de son sacrifice.

    « Femme voici ton Fils » : ces paroles de Jésus ne sont pas des ordres. En confiant le disciple qu’il aimait à Marie, Notre-Seigneur lui signifie sa nouvelle mission dans l’économie du Royaume qu’il instaure par sa victoire. Jésus révèle à Marie sa maternité universelle dans l’Esprit ; cet Esprit qu’elle a reçu en plénitude au moment de l’Incarnation et dans lequel elle sera confirmée dans quelques instants - « inclinant la tête, Jésus remis son Esprit » (Jn 19, 30) - afin de pouvoir l’invoquer sur les apôtres cinquante jours plus tard.

    « Voici ta mère » : Marie ne peut exercer sa maternité en notre faveur, que dans la mesure où nous la reconnaissons comme celle en qui il nous est donné de renaître « de l’eau et de l’Esprit » (Jn 3, 5). La maternité de Marie est un don que nous sommes invités à accueillir filialement, dans la foi ; la même foi en la Parole de Jésus, qui nous permet de recevoir Dieu pour Père dans l’Esprit.

    « A partir de cette heure le disciple la prit chez lui » : l’« Heure » est celle de la glorification de Jésus, du plein dévoilement de sa filiation divine dans l’offrande de tout son être par pur amour. C’est donc à la lumière de la révélation de la philanthropie divine que le disciple est invité à « prendre chez lui » Marie sa mère. Autrement dit nous la recevons comme un don de l’Amour immolé, comme l’héritage à travers lequel Jésus désire continuer à se donner à tous les disciples de tous les temps. Car il fallait que celle qui enfanta la tête enfante aussi le corps. Aussi est-ce par Marie que le Verbe continue à descendre dans l’âme des croyants pour y poursuivre son mystère d’Incarnation, jusqu’à ce que le Christ total soit pleinement constitué.

    « Notre-Dame, debout au pied de la Croix, tu n’as pas interrompu ton Magnificat, car dans la foi tu pressentais le mystère de grâce qui s’accomplissait au cœur de la plus horrible souffrance. La première, et bien avant les lueurs de Pâques, tu as discerné le triomphe de la vie alors même que la mort célébrait sa victoire. Donne-nous assez d’espérance pour reconnaître dans les épreuves du temps présent le chemin paradoxal qui nous donne accès au Royaume à venir. Nous pourrons alors entamer avec le psalmiste ce chant d’action de grâce et d’abandon confiant : “Je suis sûr de toi Seigneur, mes jours sont dans ta main, oui c’est toi mon abri, en tes mains je remets mon esprit” (Ps 30) maintenant et à jamais. »

  • Les 71 ans du Pape

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    Le pape Léon XIV fête aujourd’hui ses 71 ans. Né le 14 septembre 1955 à Chicago, il a été élu le 8 mai 2025 et est le premier pape américain de l’histoire, également citoyen péruvien et le premier issu de l’Ordre de Saint-Augustin.

    C’est son deuxième anniversaire en tant que pape. L’année dernière, pour ses 70 ans, les fidèles l’avaient chaleureusement acclamé place Saint-Pierre lors de l’Angélus, avec banderoles, ballons et chants, et il avait remercié Dieu, ses parents et tous ceux qui priaient pour lui.

    Il n'y a pas de grande célébration officielle prévue. L’événement principal est l’inauguration, à la Bibliothèque Apostolique Vaticane, de l’exposition « AQVA », premier volet du cycle quinquennal « Catastrophe et Merveille ». Cette exposition, qui dialogue entre art contemporain (notamment l’artiste JR) et les collections anciennes de la Bibliothèque, traite de l’eau comme ressource vitale et comme menace dans le contexte de la crise climatique. Elle s’inscrit parfaitement dans l’attention que Léon XIV porte au soin de la Création (c’est aussi l’intention de prière du mois de septembre).

    La date coïncide avec la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix, un jour qui a toujours marqué sa vie (il célébrait déjà son anniversaire en tant qu’évêque au Pérou en lien avec cette fête).

    Hier, lors de l’Angélus, des fidèles ont déjà commencé à lui chanter joyeux anniversaire. Le pape a insisté sur le pardon comme chemin de paix et a prié pour les victimes du 11-Septembre (25e anniversaire), rappelant que, trois jours après les attentats de 2001, il avait été élu supérieur général des Augustins.

    Son frère John a récemment souligné qu’il affronte les exigences du pontificat « avec une certaine dose d’humour, de force et la détermination de contribuer à rendre le monde meilleur », tout en cherchant à renforcer la foi.

    Souhaitons-lui un joyeux anniversaire et une année de santé, de force et de paix, et prions pour lui, pour son ministère.

  • "Libéral Revolution" relate avec brio la confusion et le déclin post-conciliaires

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    De John Pepino, docteur en philosophie sur le CWR :

    A Liberal Revolution : une chronique magistrale de la confusion et du déclin post-conciliaires

    Le nouveau livre de Hanael Bianchi, fruit d’une décennie de recherches, est un compte rendu équilibré et minutieux de la manière dont Vatican II a été mis en œuvre dans l’archidiocèse de Baltimore.

    Il y a des livres que l’on lit d’une traite, l’index tremblant d’impatience de tourner la page suivante.

    A Liberal Revolution de Hanael Bianchi est de ceux-là.

    Pour les catholiques qui ont subi la liturgie et la catéchèse des années 1970, tout en apercevant autour d’eux des lueurs de la façon dont les choses étaient avant le naufrage, tout ouvrage qui aide à répondre à la question « que s’est-il passé ici ? » comble un besoin. On veut savoir comment une période aussi catastrophique dans la vie de l’Église a pu advenir. Pendant la plus grande partie des années 1980 et 1990, on nous a dit que les conciles mettent du temps à porter leurs fruits et qu’il fallait être patients. Plus de soixante ans plus tard, l’argument conserve ses partisans, tout comme la margarine Parkay et le Sanka maintiennent leur emprise sur la même génération.

    Pour ceux qui préfèrent le beurre véritable et le café, cependant, Bianchi, dans sa reconstruction minutieuse des étapes précises prises pour mettre en œuvre Vatican II dans l’archidiocèse de Baltimore, rejoint la cohorte de chercheurs qui ont étudié les causes de l’effondrement et la manière dont il s’est déroulé dans des secteurs spécifiques de l’Église : Stephen Bullivant sur les États-Unis et le Royaume-Uni ; le P. Joseph Becker sur les jésuites ; le P. Mitchell sur la perte du consensus catholique à l’Université catholique d’Amérique (l’« affaire Curran ») ; Guillaume Cuchet sur l’effondrement de la pratique de la foi en France. On pourrait y ajouter l’acte d’accusation par statistiques de Kenneth Jones sur la chute soudaine et saisissante de tous les indicateurs majeurs de la vie catholique aux États-Unis.

    Tous s’accordent à dire que cela a commencé durant les derniers mois de Vatican II, et que cela s’est produit en son nom ; il ne reste plus qu’à expliquer qui l’a fait et comment.

    Bianchi partage explicitement leur agenda historiographique lorsqu’il déclare : « La question urgente pour les chercheurs… est de savoir pourquoi ce déclin s’est produit si rapidement dans les années qui ont suivi le Concile » (p. 4). Bianchi et ces autres chercheurs n’invoquent pas allègrement « les modernistes » ou « les francs-maçons » : ils nomment des noms, fournissent les dates et les lieux des réunions où les décisions ont été prises, et suivent les baisses inévitables de fréquentation des sacrements, la crise des vocations, les départs du sacerdoce et de la vie religieuse – toute la litanie douloureuse.

    Le livre de Bianchi se concentre sur l’archidiocèse de Baltimore sous l’archevêque Lawrence Shehan (1961-1974). Comme de nombreux évêques conciliaires, il fut finalement trahi par la machine réformatrice même qu’il avait naïvement mise en mouvement. Bien que cette Église locale et son pasteur présentent (comme tout lieu) leurs particularités propres, les catholiques de n’importe quel diocèse de l’Occident reconnaîtront ici la mentalité des réformateurs enthousiastes et les mesures qu’ils ont prises pour mettre en œuvre leur vision. Ce fut, de façon remarquable et triste, la même chose partout : une avant-garde de jeunes prêtres prit le contrôle et imposa son empreinte à l’Église (particulièrement à la liturgie), sans jamais attribuer les dégâts qu’ils causaient à leur propre programme.

    Comme les autres auteurs mentionnés ci-dessus, Bianchi est équitable. Il rapporte qu’au début, de nombreux fidèles accueillirent positivement les réformes les plus évidentes qui suivirent Vatican II, en particulier l’usage de la langue vernaculaire à la messe (p. 76). Il cite l’optimisme de l’archevêque Shehan dès la première page : « Le second Concile du Vatican est à la fois le symbole et la cause de notre présent espoir particulier » (p. 1). Il suit également l’ennui et la confusion généralisée qui se répandirent une fois que la nouveauté du passage à l’anglais (et des autres changements menant à un nouveau Missel en 1969) se fut estompée.

    Il en va de même pour les premières tentatives de ce que nous appellerions aujourd’hui la « synodalité ». À l’époque, cela se manifestait par la prolifération de « conseils » (conseils paroissiaux, conseils de zone, Conseil des hommes catholiques, Conseil pastoral archidiocésain, Conseil pastoral national, etc.). Ceux-ci finirent par désaffectionner les laïcs et ne servirent plus que d’hôtes à la conférence parasitique et révolutionnaire « Call to Action » de 1976.

    Il y aura d’autres livres de ce genre pour couvrir d’autres régions ecclésiastiques dans ce pays et ailleurs ; Bianchi voit son travail comme faisant partie d’un effort visant à fournir une « étude exhaustive » pour retracer « le déclin de l’Église américaine à travers des sources locales » (p. 5). Il se trouve simplement qu’il a commencé par Baltimore. Il convient de dire que son accès à du matériel d’archives protégé enrichit son livre de preuves granulaires qu’il sera difficile d’ignorer. Les lecteurs ne seront pas surpris d’apprendre (de sources externes) que le Dr Bianchi a passé dix ans à rechercher A Liberal Revolution.

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  • Les familles nombreuses sont-elles réellement plus religieuses ?

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    L'étude reproduite ci-dessous concerne la société américaine mais est inspirante pour examiner la situation correspondante en Europe.

    Les familles nombreuses sont-elles réellement plus religieuses ?

    Par Brendan Hodge, The Pillar, 11 septembre 2026

    Dans une société où le contrôle artificiel des naissances est largement disponible et accepté, avoir une famille nombreuse est de plus en plus perçu comme un choix pris principalement par des personnes en dehors du courant dominant, souvent pour des raisons religieuses.

    Mais est-ce vraiment le cas ?

    Le sociologue Ryan Burge a récemment examiné la question sur son site Graphs About Religion et a conclu : « Il est juste de dire que les familles nombreuses sont plus susceptibles d’aller à l’église, mais pas de beaucoup. »

    Il a constaté que 33 % des familles avec quatre enfants ou plus allaient à l’église au moins une fois par semaine, tandis que parmi les familles avec un nombre quelconque d’enfants, 29 % y allaient aussi souvent.

    L’association entre familles nombreuses et religiosité est-elle donc un mythe ? Qu’en est-il du stéréotype de la camionnette pleine d’enfants qui se gare devant l’église pour la messe ?

    The Pillar examine les chiffres.

    Burge a tiré ses données de la Cooperative Election Survey (CES) de 2024, une vaste enquête principalement destinée à l’analyse politique, mais qui pose aussi des questions démographiques et religieuses.

    L’enquête est très large : elle interroge environ 60 000 personnes tous les deux ans. Cela est utile, car l’analyse de petites portions de la population exige un échantillon aussi large que possible.

    Pour maximiser la puissance de notre analyse, nous avons utilisé les trois enquêtes CES les plus récentes – 2024, 2022 et 2020 – et les avons combinées en un seul jeu de données.

    Notre objectif est d’examiner les caractéristiques des familles nombreuses. Pour distinguer les familles plus grandes des plus petites, il faut regarder l’âge auquel les gens sont peu susceptibles d’avoir encore des enfants. Cependant, nous voulons aussi des personnes de la même génération approximativement. Mélanger des personnes nées en 1980 avec des personnes nées en 1940 fausserait les résultats : les familles nombreuses étaient plus courantes 40 ans plus tôt, et la génération des années 1940 était généralement plus religieuse que celle des années 1980. Cela ferait artificiellement paraître les familles nombreuses plus religieuses, alors qu’on observerait simplement que les familles plus âgées étaient à la fois plus grandes et plus religieuses.

    Nous avons donc ciblé les personnes âgées de 40 à 55 ans au moment de l’enquête. Ces personnes étaient susceptibles d’avoir terminé leur période de fécondité, tout en n’étant pas trop éloignées de leurs années de procréation. Les enquêtes datant de 2020 à 2024, cela correspond à des personnes nées entre 1965 et 1984.

    Dans ces trois années d’enquête, 38 300 personnes âgées de 40 à 55 ans ont fourni des réponses sur leur nombre d’enfants. Voici la répartition :

    Nombre d’enfants parmi les 40-55 ans

    • 0 : 35 %
    • 1 : 18 %
    • 2 : 24 %
    • 3 : 13 %
    • 4 : 6 %
    • 5 : 2 %
    • 6 : 1 %
    • 7+ : 1 %

    (Source : Cooperative Election Survey 2020, 2022, 2024)

    Un facteur important était de tenir compte du mariage. Quand on imagine la « grande famille religieuse », on pense généralement à un couple unique ayant eu ensemble un grand nombre d’enfants. Il existe cependant d’autres façons d’arriver à une famille nombreuse : deux personnes ayant chacune des enfants de relations antérieures, ou une personne seule ayant eu plusieurs enfants avec différentes personnes.

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  • Léon XIV : Le risque de bureaucratiser l’Église

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Le risque de bureaucratiser l’Église

    14 septembre 2026

    Le projet de Léon XIV pour l’Église était clair dès le début : chercher à rétablir l’harmonie en son sein. Sa devise épiscopale, In Illo Uno Unum, le dit clairement. Ses actes, qui jusqu’à présent ont toujours cherché non à diviser, mais plutôt à absorber les tensions, en disent long également.

    Après seize mois, cependant, nous attendons encore un grand nombre de choses nécessaires.

    Nous attendons le premier consistoire de Léon XIV. Nous attendons une série de nominations qui toucheront au moins cinq postes de premier plan à la Curie. Nous attendons les « corrections » de Léon à certaines réformes du pape François.

    Mais Léon XIV ne semble pas se préoccuper des attentes.

    Nous savons déjà que, de chaque côté des diverses lignes de fracture qui traversent l’Église, les gens seront déçus.

    Le monde traditionaliste s’attendait à un revirement soudain et clair de l’ostracisme subi sous le pontificat de François, et il a commencé à s’impatienter (probablement pour une action qui n’arrivera jamais). Le monde progressiste, dans une sorte de négatif photographique du monde traditionaliste, a multiplié les exercices mentaux pour interpréter tout ce que Léon a fait dans la continuité de son prédécesseur immédiat, et ces exercices ne pourront retarder la déception que pour un temps.

    La vision de Léon XIV pour l’Église est devenue encore plus claire le 10 septembre, lorsqu’il a rencontré le groupe des évêques nouvellement nommés, venus à Rome pour le traditionnel cours annuel des « baby bishops ».

    Le Pape leur a demandé d’être paternels, comme il l’avait déjà fait avec les évêques de la Conférence épiscopale latine des régions arabes lors d’une audience le 4 septembre. Cette paternité se nourrit du discipulat, en pleine cohérence avec le charisme augustinien et son propre charisme missionnaire personnel. Léon XIV a déclaré désirer une Église dotée d’une hiérarchie, mais qui maintienne une forte communion et une grande collégialité. La communion implique une « paix désarmée et désarmante » — selon la célèbre expression prononcée par le Pape la première fois qu’il est apparu en tant que pape —, tandis que la collégialité signifie la participation de tous au gouvernement, ou du moins aux discussions.

    C’est aussi pour cette raison que Léon XIV n’a pas interrompu le processus synodal, mais a appelé à avancer sur la question de la synodalité. Les groupes de travail nés après le Synode de 2023 ont continué à se réunir, à publier des documents et à formuler des propositions. Et c’est précisément dans ce processus que réside l’un des grands risques du pontificat.

    Le risque de cette approche est le suivant : que, dans le désir de ne pas annuler les processus, ceux qui sont déjà en cours ne deviennent purement bureaucratiques. En bref, le risque est de bureaucratiser l’Église. Les rapports des Groupes 6 et 7 du parcours synodal en offrent un exemple éloquent.

    Le Groupe 6 étudie les relations entre les évêques, la vie consacrée et les congrégations ecclésiales. Le Groupe 7 discute de la nature et de la conduite des visites ad limina Apostolorum, c’est-à-dire les visites périodiques que les évêques de chaque pays doivent effectuer à Rome.

    Ces rapports sont des propositions soumises au Saint-Père, qui peut en disposer librement. En bref, ce ne sont pas des décisions, et même si le Pape devait décider, elles devraient être traduites en orientations opérationnelles impliquant les dicastères concernés.

    Pourquoi risquent-ils d’être bureaucratiques ?

    Parce que les deux documents abordent, de manières différentes, les formes possibles d’autorité dans l’Église, mais le font en offrant des solutions procédurales, et les procédures rendent toujours tout plus compliqué.

    Sans parler du langage.

    Concernant la relation entre diocèses et institutions religieuses, le rapport parle d’une « conversion relationnelle », appelant à dépasser les relations « purement hiérarchiques ». De plus, le rapport demande une plus grande clarté sur les critères théologiques et juridiques pour reconnaître de nouveaux instituts religieux et de nouvelles formes de vie consacrée.

    Il propose même des accords ou contrats d’entente obligatoires entre diocèses et institutions religieuses, qui définissent clairement les engagements pris, les aspects financiers, la gestion des œuvres et les responsabilités mutuelles.

    Ces propositions naissent de problèmes concrets : un autoritarisme ou une centralisation excessifs, et un manque de compréhension de la manière dont diocèses et institutions religieuses gèrent leurs relations. Mais le problème n’est pas le schéma lui-même. Il réside plutôt dans les personnes, dans la façon dont elles exercent l’autorité.

    Léon XIV le sait, et c’est probablement pourquoi il insiste sur la question de la paternité. Mais en même temps, il a laissé le débat synodal, avec son modus procedendi lent et lourd — en un mot, sa bureaucratie — se poursuivre, et se poursuivre, sans même clarifier les questions pratiques, à savoir que le Synode ne peut pas être un organe délibératif, et que le Synode n’est pas un petit parlement.

    Il existe des exemples vertueux.

    En Norvège, Mgr Fredrik Hansen, évêque d’Oslo, a convoqué le premier synode diocésain de l’histoire, déclarant ouvertement qu’il ne s’agissait pas d’un synode visant à changer la doctrine de l’Église, car ce n’était pas un parlement. Il a même cité les synodes de saint Charles Borromée, le cardinal archevêque de Milan pendant la Contre-Réforme, comme exemple.

    Aux Pays-Bas, l’évêque auxiliaire Rob Mutsaerts a vivement critiqué le Synode et a appelé à évaluer les expériences pastorales sur des indicateurs concrets, tels que les vocations, la fréquentation de la messe et la pratique de la confession.

    Mais la décision de Léon XIV de laisser le débat se poursuivre sans une parole claire sur la situation risque non seulement de créer de la confusion, mais aussi de créer les conditions d’une bureaucratisation supplémentaire de la Curie.

    Cela semble un sujet vague, mais ce n’est pas le cas.

    Le pape François a inauguré l’ère des commissions — pour la réforme de la communication, pour la réforme économique, pour la réforme de la Curie — et cela a créé, il est vrai, une poussée vers l’efficacité, mais aussi une bureaucratie qui n’avait rien d’efficace. Un exemple concret est la réforme de l’économie vaticane, dans laquelle les pouvoirs de l’Administration du Siège apostolique ont été retirés puis rétablis en l’espace de quelques mois. La réforme de l’État de la Cité du Vatican est un autre cas d’école, avec trois projets de Loi fondamentale du Vatican en seulement quelques mois.

    Que compte faire Léon XIV ?

    D’une part, le Saint-Siège a besoin d’une meilleure organisation. D’autre part, le Saint-Siège a besoin de bonnes personnes, douées de bon sens, qui s’en soucient et puissent gérer une structure complexe de manière professionnelle et logique.

    Puis, il y a le besoin de managers.

    Pour l’instant, Léon XIV a choisi une manager, Montse Alvarado, pour diriger le Dicastère pour la Communication et siéger au conseil d’administration de la Fondation Fratello Sole. Mais il n’a pas encore choisi ses généraux, les évêques et cardinaux qui l’assisteront dans le gouvernement. Il s’est jusqu’à présent appuyé sur une structure avec laquelle il n’a pas eu de conflit, mais qui, sous François, a en fait produit de nombreuses déclarations d’intention et une image de l’Église qui reflète une structure de participation démocratique, quasi parlementaire, plutôt qu’une communauté de fidèles.

    Tandis que Léon avance à son rythme lent vers le choix de sa propre équipe, le jugement sur son pontificat reste suspendu faute de preuves. À un moment donné, cependant, les non-décisions deviennent des décisions. La bureaucratisation initiée par le pape François continuera son œuvre, et broiera tout élan qu’un changement de leadership papal aurait pu apporter.

    Peut-être paradoxalement, le pape François a utilisé la bureaucratisation pour s’assurer d’être le seul décideur, tout en donnant l’impression d’écouter tout le monde.

    Léon XIV a ici une opportunité, mais la fenêtre se referme.