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Eglise

  • L’énigme de la « synodalité »; le cardinal Brandmüller explique comment éviter de tomber dans le piège de Méphistophélès

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    L’énigme de la « synodalité ». Le cardinal Brandmüller explique comment éviter de tomber dans le piège de Méphistophélès

    (s.m.) Il est un mot qui polarise depuis des années les débats au sein de l’Église, bien que son sens soit de moins en moins clair au fur et à mesure que le débat avance. Il a été mis sur la table par le pape François qui l’a légué à son successeur Léon, à grands renforts d’un synode à plusieurs étapes sur le sujet, lancé en 2021 et dont on n’entrevoit pas bien l’issue.

    Il s’agit du mot « synodalité ». Il dérive de « synode », une institution remontant aux premiers siècles de l’Église, constituée des seuls évêques, mais que beaucoup voudraient aujourd’hui élargir à davantage de monde, sous des formes diverses et variées, comme si l’Église était une démocratie moderne, avec un droit de vote pour tous, y compris sur les questions de doctrines.

    Mais depuis un certain temps, de plus en plus d’évêques et de cardinaux appellent à ce que la clarté l’emporte sur cette confusion. Et, à la manière dont il jugule ces dérives, il semble bien que le Pape Léon semble les vouloir entendre. Non pas avec des discours, mais par les actes.

    En effet, d’un côté il refuse aux évêques allemands, qui le réclament depuis plusieurs mois, de donner son accord au lancement d’une « Conférence synodale » permanente composée de vingt-sept évêques, vingt-sept membres du Comité des laïcs catholiques allemands et de vingt-sept autres catholiques élus, tous dotés d'un droit de vote égal et de pouvoirs non seulement consultatifs mais aussi délibératifs sur « d'importantes questions de la vie ecclésiale de portée supradiocésaine ». Initialement prévu pour le 6 novembre à Stuttgart, le lancement de cet organe a été remis aux calendes grecques.

    Mais en plus de freiner les excès des novateurs, Léon semble également vouloir renforcer les synodes à l'ancienne, de modèle classique, du genre de ceux qui sont composés uniquement d'évêques et qui gouvernent les Églises catholiques d'Orient et les archevêchés majeurs comme en Ukraine. Dans un motu proprio du 29 août, le pape a en effet élargi l'autorité décisionnelle de ces synodes jusqu'à la destitution de leurs patriarches respectifs, au cas où « le lien sacré entre le 'pater et caput' et les autres évêques serait irrémédiablement compromis ».

    Il n’en demeure pas moins que tout ce qui touche à la synodalité ne passionne ni ne mobilise guère la foule des fidèles ordinaires, qui restent largement indifférents aux débats en cours sur un sujet aussi confus.

    Mais voilà que nous parvient, dans cet article sur Settimo Cielo, une voix d'une clarté cristalline, pour dire enfin en quelques mots et avec de brillantes références à l'histoire ce qu'est et ce que doit être dans l'Église un authentique « synode ».

    Il s’agit de la voix incontournable du cardinal Walter Brandmüller (sur la photo de Lena Klimkeit copyright Picture Alliance/Dpa), du haut de ses 97 ans qu’il porte à merveille et de sa compétence reconnue d'historien de l'Église.

    Bonne lecture !

    *

    À propos de la « synodalité »

    par Walter Brandmüller

    Depuis le pape François, on ne cesse de parler de « synodalité », dans des contextes divers et avec des significations variées. Pourtant, une définition claire et univoque de ce terme fait cruellement défaut. Au point qu’on ne peut s’empêcher de penser au fameux dialogue entre Méphistophélès en tenue de professeur et l’étudiant, dans le « Faust » de Goethe. Méphistophélès déclare : « En somme, mon cher ami, tenez-vous-en aux mots, et vous franchirez sans encombre la porte royale qui mène au sanctuaire de la certitude. » Et l’étudiant de répliquer : « Encore faut-il qu'aux mots corresponde une idée, à ce que je sache. » Ce à quoi Méphistophélès rétorque : « Fort bien ! Mais il ne faut pas s’en inquiéter outre mesure, car là où les idées manquent, un mot arrive toujours à temps. »

    C’est précisément pour éviter les pièges tendus par Méphistophélès qu’il est bon de rappeler une définition claire de la synodalité, et avant tout ce qu’est un synode.

    Dans l’acception catholique classique, un synode est une assemblée d'évêques réunie en vue de l'exercice collégial de leur charge magistérielle et pastorale.

    Si tous les évêques de l'Église y sont conviés et se réunissent sous la présidence du pape ou de ses délégués, il s'agit alors d'un concile général, c’est-à-dire « œcuménique », auquel — « cum et sub Petro »  — échoit la plus haute autorité magistérielle et pastorale, et qui proclame des doctrines définitives et infallibles, auxquelles il faut adhérer dans l'obéissance de la foi.

    En revanche, si les évêques réunis appartiennent à un ensemble d'Églises particulières — province ecclésiastique, région ecclésiastique, etc. —, ce concile particulier ne détient alors qu'un « magisterium ordinarium », dont les décrets requièrent la confirmation du Saint-Siège.

    Dans les deux cas, les évêques agissent en vertu du pouvoir magistériel et pastoral qu'ils ont reçu par l'ordination sacramentelle.

    Avec son motu proprio « Apostolica sollicitudo » de 1965, Paul VI a institué le « synode des évêques » (« Synodus episcoporum ») en tant qu'organe consultatif du pape (1).

    Sans vouloir remettre en question la nécessité ou l'opportunité d'une telle structure, dans la mesure où les participants sont convoqués individuellement et au cas par cas par le souverain pontife et que leur rôle devrait consister à conseiller le pape et non à proclamer des doctrines, à trancher ou à légiférer, il serait souhaitable, par souci de clarté conceptuelle, d'éviter le terme de « synode » — qui, dans ce contexte, prête à confusion — et de lui trouver une appellation différente et plus appropriée.

    Il en va de même pour les organismes de création récente qui, en plus des évêques, intègrent des prêtres et des fidèles des deux sexes, censés représenter l'ensemble du peuple de Dieu (2). Là encore, on ne peut pas parler de synode, dans la mesure où ni les prêtres ni les laïcs ne peuvent exercer le ministère magistériel et pastoral conféré aux seuls évêques par le sacrement de l'ordre.

    Il est naturellement possible de confier à des laïcs compétents une fonction d’expertise. Mais quand une telle collaboration doit être mise en œuvre, il est préférable d’éviter soigneusement tout usage inapproprié des mots « synode », « synodalité » et autres équivalents, et d’utiliser un autre terme qui reflète correctement la réalité des faits.

    Il est évident que l'instauration d'organismes de ce type procède de la volonté d'implanter, plus ou moins sans esprit critique, des structures séculières et des procédures démocratiques dans la vie de l’Église, pour rester en phase avec son temps.

    Mais cela revient à introduire dans l'univers catholique un type de synode inspiré notamment du modèle protestant, où les membres sont élus de manière démocratique parmi des pasteurs, des hommes et des femmes issus de divers horizons professionnels et culturels, tous disposant d'une voix égale au chapitre. C'est Luther lui-même qui avait formulé ces idées dans ses écrits polémiques de 1520. En niant catégoriquement que l'institution du sacrement de l'ordre remonte à Jésus-Christ, il affirmait que le baptême suffisait à faire de tout homme ou de toute femme un prêtre, un évêque et un pape. Il est évident qu'une telle conception de la synodalité est incompatible avec l'ecclésiologie catholique.

    Il ne faut pas non plus oublier quelles autres répercussions — qualifiées aujourd'hui de négatives — a eu sur la vie de l’Église l'adoption sans discernement de modèles et de procédés séculiers, apparus au cours de l'histoire.

    C'est dans ce contexte que s'inscrit l'institution des conférences épiscopales (3). Leur émergence est étroitement liée à la fin de l'Ancien Régime, au système européen du trône et de l'autel, et à l'avènement de l'État laïc moderne. C'est en effet à ce moment précis que s’est posée la question de la place de l'Église au sein de l'État laïc et de ses rapports avec celui-ci.

    Quand les conférences épiscopales ont vu le jour en Europe dans la première moitié du XIXe siècle (4), leur cadre de référence n'était pas la structure hiérarchique de l'Église, mais bien l'État respectif. Dès lors, l'activité consultative et décisionnelle de ces instances se limitait aux questions concernant le statut et l'action de l'Église dans l'État laïc moderne. Les questions de doctrine, de liturgie ou de sacrements en étaient exclues.  À la seule et conflictuelle exception du mariage, dont la réglementation juridique — calquée sur le modèle napoléonien — était également revendiquée par les États laïcs.

    Au regard de la véritable fonction des conférences épiscopales, il apparaît dès lors hautement problématique que le pape François leur ait reconnu, dans son exhortation apostolique « Evangelii gaudium » — en marge du Code de droit canonique de 1983 —, « une authentique autorité doctrinale, même limitée » (5). À ce sujet, il convient de réaffirmer avec force : « Même en matière doctrinale, la conférence épiscopale n'est ni une instance hiérarchique intermédiaire, ni l'organe d'une Église nationale susceptible d’entrer en concurrence avec le magistère de l'Église universelle ou de menacer le primat doctrinal du pape » (6).

    À partir de la fin du XIXe siècle, on observe, en particulier sur le continent européen, que les synodes ont été supplantés par les conférences épiscopales, dont la forme et le mode opératoire épousent — ainsi qu'on l'a dit — des modèles politiques (7). Il est difficile d’ignorer qu'il s'agit là d’une expression de la laïcisation croissante de la compréhension de ce qu’est l'Église. Comme nous l’avons déjà souligné, ce phénomène révèle un néo-arianisme ecclésiologique qui, sans contester expressément le caractère surnaturel de l'Église, le relègue peu ou prou au second plan pour ne plus voir dans l’Église qu’une entité sociale.

    Face à ces conférences épiscopales aux contours politiques, il conviendrait de restituer aux synodes des Églises particulières — fidèles aux structures hiérarchiques authentiquement ecclésiales — leur importance originelle. Cette démarche gagnerait en efficacité si ces assemblées d'évêques, à l'instar de ce qui se pratique depuis le VIe siècle, se tenaient selon les formes liturgiques renouvelées prévues par le Pontifical de 1986 (8).

    De cette manière, on pourrait efficacement barrer la route au processus de sécularisation de l'Église, tout en faisant un pas important vers cette « désécularisation » dont Benoît XVI rappelait l'impérieuse nécessité (9).

    (1) Cf. Paul VI, Apostolicâ sollicitudo, 1965.*

    (2) À ce sujet, voir R. Cren, « Concilium episcoporum est. Note sur l’histoire d’une des actes du concile de Chalcédoine », in Revue des sciences philosophiques et théologiques 46 (1962), p. 45 – 62.

    (3) On notera la place importante accordée aux conférences épiscopales dans le CIC de 1983 (can. 447 – 459).

    (4) Cf. R. Lill, « Die ersten deutschen Bischofskonferenzen », in Römische Quartalschrift 59 (1964), p. 127 – 185.

    (5) François, Evangelii gaudium, n. 32, renvoyant à Jean-Paul II, Apostolos suos, n. 21.

    (6) B. S. Anuth, « Lehramt der Bischofskonferenz », in M. Seewald, Th. Schüller (dir.), Die Lehrkompetenz der Bischofskonferenz, Ratisbonne, 2020, p. 81 – 118. Voir également A. Buckenmaier, Lehramt der Bischofskonferenz, Ratisbonne, 2013.

    (7) W. Brandmüller, « Wenn ein Apparat den Episkopat entmachtet », in Kirchengeschichte als Kirchenkritik, éd. par M. Feldkamp, Mayence, 2020, p. 115 – 123.

    (8) Caeremoniale Episcoporum auctoritate Johannis Pauli P. P. II promulgatum. Editio typica, 1984, p. 277 et suiv.

    (9) Benoît XVI, « Rencontre avec les catholiques engagés dans l'Église et la société », Konzertsaal, Fribourg-en-Brisgau, 25 septembre 2011.
     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Dai frutti li riconoscerete. L’Italie catholique, soixante ans après le Concile

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    De Maurizio d’Orlando sur le blog d'Aldo Maria Valli :

    Dai frutti li riconoscerete. L’Italie catholique, soixante ans après le Concile

    Je ne suis pas théologien. Ma formation est statistico-économique et économétrique. Je n’entends donc pas juger le Concile Vatican II à travers une dispute entre écoles théologiques. Je me limite à faire ce que l’on fait lorsqu’il s’agit d’évaluer n’importe quelle grande réforme : je compare le point de départ avec le point d’arrivée.

    Le Concile s’est conclu le 8 décembre 1965. Soixante ans se sont écoulés. Le temps des prévisions est terminé. Nous pouvons regarder les résultats.

    Vers 1965, près de 99 % des Italiens se déclaraient catholiques. Plus de 98 % des mariages étaient célébrés à l’église. En 1965 naquirent 1 017 944 enfants ; le nombre moyen d’enfants par femme était de 2,66, largement supérieur au niveau nécessaire pour assurer la continuité des générations. Les décès furent d’environ 517 000 : les naissances les dépassèrent d’un demi-million.

    Les étrangers résidents étaient statistiquement quasi inexistants : 62 780 au recensement de 1961 et 121 116 à celui de 1971. Au milieu des deux recensements, l’année où se terminait Vatican II, il s’agissait donc d’environ une personne sur cinq cents.

    Telle était l’Italie livrée à l’après-Concile.

    Soixante ans plus tard, en 2025, seuls 355 000 enfants sont nés et 652 000 personnes sont mortes. La fécondité est tombée à 1,14 enfant par femme. Le solde naturel a été négatif d’environ 296 000 habitants.

    La même année, le solde migratoire avec l’étranger a été positif de 296 000 personnes.

    Moins 296 000 pour le mouvement naturel. Plus 296 000 pour le mouvement migratoire.

    La correspondance est presque parfaite. Les Italiens qui ne naissent pas sont remplacés par des personnes venant de l’étranger.

    Ce n’est pas une expression inventée par la soi-disant extrême droite. En 2000, la Division de la population des Nations Unies a publié une étude intitulée « Replacement Migration: Is It a Solution to Declining and Ageing Populations? » : « Migration de remplacement : est-ce une solution au déclin et au vieillissement des populations ? ». L’expression désigne précisément l’immigration nécessaire pour compenser une population qui diminue et vieillit.

    Au début de 2026, les étrangers résidents en Italie étaient 5 560 000, soit 9,4 % des habitants. S’y ajoutent ceux qui ont déjà obtenu la citoyenneté italienne et leurs descendants.

    La grande majorité de cette population n’est pas catholique. Selon les estimations de la Fondation ISMU, au début de 2025, sur plus de cinq millions d’étrangers résidents, les catholiques étaient environ 900 000. Les musulmans avaient atteint 1,7 million ; les orthodoxes dépassaient le million et demi. Plus de quatre étrangers sur cinq appartenaient donc à d’autres confessions ou ne professaient aucune religion.

    Ce n’est pas un jugement sur la valeur des personnes. C’est un fait sur la transformation de l’Italie.

    Une Église qui ne transmet plus

    Dans le même laps de temps, la continuité religieuse s’est effondrée.

    Aujourd’hui, pas même un Italien sur trois ne se déclare catholique ? Non : une enquête de 2023 situe encore l’appartenance déclarée autour de 61 %. Mais seulement 17,9 % de la population fréquente hebdomadairement un lieu de culte.

    Le chiffre décisif concerne les enfants. En 1995, 70,3 % des enfants de six à treize ans participaient chaque semaine au culte. En 2023, seulement 32,4 %. Parmi les jeunes adultes, on n’atteint pas un sur dix.

    En 2024, à peine 38,7 % des mariages ont été religieux. En 1965, c’était plus de 98 %.

    Entre 2000 et 2024, les baptêmes ont diminué de 64,6 %, tandis que les naissances ont baissé de 31,9 %. Ce n’est donc pas seulement la dénatalité qui réduit les baptêmes : les enfants diminuent, mais la transmission de la foi diminue deux fois plus rapidement.

    Les séminaristes étaient 6 337 en 1970. En 2019, il en restait 2 103. Les ordinations sacerdotales sont passées de 527 en 2000 à 279 en 2024.

    Ce n’est pas un seul indicateur qui est tombé. Ce sont tombés ensemble l’appartenance, la pratique, les mariages religieux, les baptêmes, les vocations et les ordinations.

    Une coïncidence de soixante ans

    On objectera : post hoc non est propter hoc. Le fait que quelque chose arrive après quelque chose d’autre ne prouve pas que ce soit la conséquence.

    C’est vrai. Mais cela ne prouve pas non plus le contraire.

    Lorsqu’une grande réforme pastorale est suivie de l’aggravation concordante de tous les indicateurs qui auraient dû mesurer son succès, il n’est pas rationnel de proclamer qu’entre les deux faits il ne peut exister aucun rapport. La succession chronologique ne suffit pas à prouver la causalité ; elle suffit cependant à imposer la question.

    Et la question devient inévitable lorsque le Concile est présenté comme la réponse de l’Église à la modernité. On ne peut pas attribuer à la modernité l’échec de la réforme et, en même temps, célébrer comme providentielle la réforme conçue pour l’affronter.

    Peut-être la société italienne se serait-elle déchristianisée de toute façon. Peut-être la natalité se serait-elle effondrée de la même manière. Peut-être la famille se serait-elle dissoute avec la même rapidité et la population manquante aurait-elle été remplacée par la même immigration.

    Mais ce sont aussi des hypothèses. Les faits observables sont autres.

    En 1965, l’Italie était une nation presque entièrement catholique, célébrait à l’église presque tous les mariages, engendrait plus d’un million d’enfants par an et assurait largement sa propre continuité démographique.

    En 2025, la pratique religieuse est minoritaire, les mariages catholiques sont moins de quatre sur dix, la fécondité est tombée à 1,14 enfant par femme et le solde naturel négatif est presque exactement compensé par le solde migratoire. La population qui prend la relève est, en grande majorité, non catholique.

    Quelle est la probabilité que tout cela ne soit que pure coïncidence ? Il n’existe pas de formule honnête capable de la calculer. Mais il faut beaucoup plus de foi pour croire à la coïncidence que pour reconnaître au moins une relation.

    Après soixante ans, il ne suffit plus de répéter que le Concile doit encore être compris, mis en œuvre ou mené à son terme. Soixante ans, c’est plus de deux générations. Le temps de l’expérimentation est terminé. Est arrivé le temps du bilan.

    Les chiffres ne prononcent pas de sentences théologiques. Mais ils enregistrent les résultats.

    Et l’Évangile nous a laissé un critère que même un statisticien peut comprendre : « À leurs fruits vous les reconnaîtrez. »

  • Les Mutations de l'Église catholique au XXe siècle (Marcel De Corte)

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    Aux Editions de l'Homme Nouveau :

    Les Mutations de l'Église catholique au XXe siècle

    Marcel De Corte

    Introduction de Mère Marie-Geneviève Rivière

    Deuxième édition revue et augmentée

    1re édition : novembre 2025

    540 pages

    25,50 €

    Je commande sur la boutique

    Les textes et les analyses du célèbre philosophe sur la crise traversée par l'Église après le concile Vatican II, telle qu’il a pu la vivre à son rang de laïc engagé et d’intellectuel catholique intervenant dans les débats de l’époque. Après d’autres, il s’agit là d’un témoignage historique sur une époque difficile pour l'Église.

    > Moins d’un an après sa parution, ce livre était déjà épuisé. Le voici donc revu, augmenté et réédité.

    Marcel De Corte, Les mutations de l’Église catholique au xxe siècle. Où en est le catholicisme ?, avec une préface de Mère Marie-Geneviève Rivière du Saint-Nom-de-Jésus de Fanjeaux, Paris, Hora Maxima, « Marcel de Corte », 2025, 540 p., 25,50 €

    Recension d'Olivier Rota (source) :

    Marcel De Corte (1905-1994) fait partie de cette génération de catholiques, néothomistes et maurrassiens, qui ont été révulsés par le second Concile du Vatican. Le présent volume rassemble un grand nombre de ses articles, publiés dans des revues traditionalistes telles que ItinérairesCourrier de Rome ou encore L’Ordre français. On retrouvera dans ces articles la tonalité de ces revues : l’écriture est précise et élégante, le ton hautement polémique, les accusations souvent ad hominen. Y. Congar, Mgr Liénart ou encore Mgr Elchinger ne sont pas épargnés ; tout comme Jean XXIII, Paul VI et la « mafia des évêques », tous ensemble accusés d’avoir fondé une « nouvelle Église » opposée aux vérités dogmatiques les plus élémentaires.

    M. D. C. regrette en premier lieu que le concile ne se soit pas constitué en tribunal des erreurs modernes (p. 190). Pour l’auteur, le concile a succombé au goût de la nouveauté et au subjectivisme. En s’efforçant d’adapter le langage de l’Église, Vatican II aurait déréglé jusqu’à l’idée chrétienne de vérité (p. 53, 67). Plutôt que de s’adresser au monde, le concile aurait fait entrer le monde moderne dans l’Église. Or, soutient l’A., « à un monde cassé ne peut correspondre qu’une Église cassée à son tour par sa “pastorale” d’ouverture et d’adaptation » (p. 290). Pour expliquer cet état de fait, la responsabilité d’une « minorité » progressiste est pointée, tout comme la faiblesse des évêques conciliaires. M. D. C. écrit :

    Il me paraît évident que si la majorité des Pères [conciliaires] n’a pas résisté au complot de la minorité, c’est en raison de la dégradation de la foi objective dans l’intelligence et dans le cœur de la plupart d’entre eux. Nul ne met en cause la foi subjective du très grand nombre, mais cette foi est visiblement tributaire chez eux d’une théologie et d’une philosophie qui n’ont plus rien en commun avec la vertu de foi tel que saint Thomas, le théologien et le philosophe par excellence de l’Église, du moins en parole, en sonde le mystère dans toute son œuvre. (p. 191)

    (...)
  • «Demandons à Marie son Bon Conseil, pour accueillir la Parole divine» (Léon XIV)

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    SAINTE MESSE DE LA NATIVITÉ DE LA B.V. MARIE
    HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE LÉON XIV
    Genazzano, Sanctuaire de la Mère du Bon Conseil
    Lundi 7 septembre 2026


    Chers frères et sœurs,

    Comme vous vous en souvenez, déjà « dans les premiers jours du pontificat, j’ai senti le devoir et un profond désir de m’approcher de Genazzano, du sanctuaire de Notre-Dame du Bon Conseil, qui, tout au long de ma vie, m’a accompagné de sa présence maternelle, de sa sagesse et de l’exemple de son amour pour le Fils, qui est toujours le centre de ma foi » (Dédicace dans le livre des signatures du Sanctuaire, 10 mai 2025). C’est avec joie que je suis de nouveau ici, pour célébrer avec vous la Vigile de la Nativité de la Très Sainte Vierge et confier à Marie Enfant ce qui, dans cette pauvre et magnifique humanité, naît encore : fragile comme un germe, mais signe de la fidélité de Dieu. Oui, Marie est l’aurore d’un jour différent, de notre monde enfin libéré du mal. Et nous voici auprès d’Elle, autour de l’Autel d’où le salut vient à nous et nous transforme, fils dans le Fils. Demandons-lui son Bon Conseil, pour accueillir la Parole divine, la garder en nous et la mettre au monde à travers des décisions courageuses et sages, des décisions d’authentique conversion.

    Très chers amis, en ce lieu d’antique présence augustinienne, je reviendrai sur les pages bibliques que nous venons d’entendre, avec l’aide de saint Thomas de Villeneuve, frère et évêque augustinien qui, en consacrant sa vie au service des pauvres, a pénétré en profondeur la vérité de la foi. Il a su voir le paradoxe de la petitesse et, pour ainsi dire, de la marginalité de Marie, rendue centrale dans l’économie du salut. Demandons-nous : que devait être, au temps de Joachim et d’Anne, la naissance d’une petite fille ? Saint Thomas creuse en profondeur : « J’ai réfléchi maintes fois – écrit-il – et je me suis demandé pourquoi les évangélistes, qui ont parlé si longuement de saint Jean-Baptiste et des apôtres, nous racontent de façon si succincte l’histoire de la Vierge Marie, qui les surpasse tous par son histoire et sa stature personnelle. Pourquoi, me demande-je, ne nous a-t-on pas décrit la manière de sa conception, de sa naissance, de son éducation, de ses habitudes, des vertus qui l’ornaient, quel rapport humain elle entretenait avec son fils, comment elle se reliait à lui, comment elle a vécu avec les apôtres après son Ascension ? Toutes ces choses étaient importantes et les fidèles les auraient lues avec une dévotion singulière et elles auraient plu au peuple. Ô évangélistes, je m’adresse à vous ! Pourquoi nous avez-vous privés d’une si grande joie par votre silence ? Pourquoi avez-vous omis des détails si joyeux, si attendus, si agréables ? » (Œuvres complètes VII, 266,8).

    Nous trouvons dans ces paroles une suggestion importante pour notre foi : interroger l’Écriture et ses auteurs, discuter avec le texte et dialoguer avec les témoins de la Révélation, comme avec des amis. Nous sommes en effet « concitoyens des saints et familiers de Dieu » (Ep 2,19) et de Marie elle-même nous apprenons l’intelligence qui converse avec Dieu, qui pose des questions (cf. Lc 1,34) et interprète les événements en les gardant et en les reliant dans le cœur (cf. Lc 2,19.51). L’Évangile selon Matthieu, cependant, semble donner raison par son silence à saint Thomas de Villeneuve. Nous l’avons entendu : de Marie, il rapporte la présence, mais pas une parole. Et pourtant, le simple être-là de Marie – et du Fils en elle – meut l’histoire tout entière : celle de Joseph et de toute sa maison. La présence de Marie provoque comme un saut dans la généalogie, comme une nouveauté inattendue, capable de modifier non seulement les attentes, mais aussi les comportements prévisibles d’un homme. Ce que Joseph entend, ce qu’il décide et ce qu’il fait, en effet, est réponse à Dieu et à la présence de Marie, à sa différence absolue, qui dépasse tout discours et tout récit possibles. En Marie le salut trouve demeure : Dieu avec nous !

    Notre saint Thomas écrit encore : « Eh bien, au sujet de ces réflexions auxquelles je me référais, sur la raison pour laquelle un livre n’a pas été écrit sur les gestes de la Vierge, comme cela a été fait pour les gestes de Paul, […] il ne me vient à l’esprit que ceci : c’est ainsi parce que cela a plu ainsi à l’Esprit Saint, et que, sous son impulsion, les évangélistes, à son sujet, se sont tus, pour la simple raison que la gloire de la Vierge, comme nous le lisons dans le psaume, était tout entière en elle (cf. Ps 44,14 Vulgate), et qu’elle pouvait être imaginée plus que décrite, et que, comme synthèse de son histoire, suffit ce qui est exprimé dans le titre : que d’elle naquit Jésus. Que veux-tu savoir d’autre ? Que cherches-tu d’autre dans la Vierge ? Qu’il te suffise de savoir qu’elle est la Mère de Dieu » (ibid.).

    Chers frères et sœurs, nous éprouvons comme un vertige devant ce Mystère : il est impossible de s’y habituer ! Nous célébrons la naissance d’une petite fille appelée à devenir la Mère de son Créateur, la Mère de Dieu qui sauve. Et pourtant, c’est simplement une petite fille qui naît, comme les filles et les petites-filles que nous tenons dans nos bras. Nous avons aujourd’hui pour elle des titres nobles et très élevés, de Dame et de Reine, mais la voie de Dieu a été et demeure plus simple et plus silencieuse, et pourtant non moins puissante et transformatrice. C’est la voie de Jésus lui-même, « le premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8,29). Eh bien, comme Marie, nous aussi sommes « prédestinés à être conformes à l’image du Fils » (ibid.) : par grâce, certes, mais en désirant et en préférant à d’autres voies son chemin, ses choix, sa route. En Jésus-Christ, Dieu a choisi les conditions historiques les plus humbles et la plus humble des créatures pour manifester l’originalité de son Royaume, où la prépotence n’a pas de place et où l’omnipotence est création, service et soin de la vie.

    Saint Thomas de Villeneuve ajoute ensuite : « Laisse courir ton imagination, élargis les confins de la compréhension et peins dans le plus profond de ton âme une jeune fille très pure, très prudente, très belle, très dévote, très humble, très douce, pleine de toute grâce, très riche de sainteté, ornée de toutes les vertus, embellie de tous les charismes, absolument agréable à Dieu ; amplifie-la autant que tu peux, imagine autant que tu es capable » (ibid.). Saint Thomas nous invite à ce merveilleux exercice d’imagination. Et il observe : « L’Esprit Saint ne l’a pas décrite par écrit, mais a attendu que tu la peignes intérieurement » (ibid., VII, 266,9). Chers frères et sœurs, c’est bien ainsi : dans la prière contemplative prend forme ce que le monde ne nous raconte pas, mais qui existe déjà ; ce qui est encore invisible, mais qui possède en soi un nouveau type de force. Il ne s’agit pas de fantaisie, mais de prophétie. Nous en avons besoin, en des temps de destruction et d’incertitude, pour voir l’œuvre de Dieu et la servir.

    Le prophète Michée, dans la minuscule Bethléem, a pressenti le lever d’un Roi de paix, grâce auquel habiter la terre enfin en sécurité (cf. Mi 5,1-4). Et aujourd’hui, dans l’oraison de collecte, en nous tournant vers la petite Marie, nous avons demandé que « la fête de sa naissance accroisse en nous la paix ». Oui, très chers amis, nous voulons imaginer la paix – élargir les confins de la compréhension et nous la peindre dans l’âme – pour reconnaître qu’elle existe déjà, pour l’accueillir et la servir. C’est le don de Dieu, le souffle du Ressuscité, l’œuvre de l’Esprit Saint. Laissons croître la paix en nous. Elle germera dans le monde. Et la Mère du Bon Conseil nous accompagnera dans cette mission.

  • La Nativité de la Vierge Marie; historique de la fête

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    la Naissance de la Vierge - Giotto (XIVe s.) Padoue

    Historique de la fête de la Nativité de Marie (missel.free.fr)

    Il faut assurément chercher l'origine de la fête de la Nativité de la sainte Vierge en Orient où le synaxaire de Constantinople la marquait déjà au 8 septembre1, selon ce qu’avait décrété l’empereur Maurice (582 + 602).  Il est probable que l’Eglise de Jérusalem fut la première à honorer le souvenir de la Nativité de Notre-Dame qu’elle célébrait dans une basilique proche de la piscine probatique, sur l’emplacement de la maison où, suivant la tradition, serait née la sainte Vierge.

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  • La Nativité de la Vierge Marie (8 septembre)

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    Homélie du Père Joseph-Marie Verlinde fsJ (homelies.fr - archive 2008)

    Tous les mystères que nous célébrons dans la liturgie procèdent et convergent vers le mystère de l’Incarnation rédemptrice. C’est donc à la lumière de la victoire de Jésus ressuscité sur le péché et sur la mort, qu’il nous faut contempler la nativité de celle qui fut sa mère selon la chair.

    La nativité de Marie est pour nous cause de joie et d’allégresse, parce qu’elle nous annonce une autre naissance : celle de l’Homme nouveau, qui au matin de Pâques surgit des entrailles de la mort et des enfers, pour s’élever dans la gloire de la vie divine triomphante. Jésus ressuscité est « le premier-né d’entre les morts », en qui « toute chose trouve son accomplissement total », car « par lui et en lui Dieu se réconciliait toute chose, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de la croix » (Col 1, 19-20). Au matin de Pâques, l’humanité du Verbe incarné est introduite au cœur même de la divinité. La transfiguration annonçait déjà cette glorification de la nature humaine du Christ qui s’accomplit pleinement et définitivement dans la résurrection. Cette nouvelle condition ontologique de la nature créée est le fruit d’une initiative de Dieu qui surélève la créature au-dessus de sa condition, pour la rendre participante de sa divinité (cf. 2 P 1, 4). Cette nouveauté est à ce point radicale qu’elle peut à juste titre être comparée à une nouvelle naissance. « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair n’est que chair ; ce qui est né de l’Esprit est Esprit » (Jn 3, 5-6).

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  • 8 septembre : fête de la Nativité de la Vierge

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    Du Père Simon Noël osb sur son blog :

    Nativité de la Vierge


    Celle dont nous fêtons aujourd'hui la Nativité est par excellence un enfant de la Grâce. A de nombreuses reprises, la liturgie byzantine appelle Marie la Toute-Sainte et Immaculée Mère de Dieu. Jamais Marie n'a été effleurée par l'ombre du péché. Le péché ! Lorsque quelqu'un, consciemment et volontairement, fait quelque chose de mal, il commet un péché. Il en est responsable. Il est coupable. Bien sûr, il existe de faux sentiments de culpabilité, mais cela relève du psychiatre.

    Mais le péché est plus que la simple culpabilité. Le péché est d'abord et essentiellement un état de séparation avec Dieu. Tous ont péché et sont privés de la Gloire de Dieu, a dit Saint Paul. Nous sommes tous nés dans le péché, séparés de Dieu. Or, c'est évident, à notre naissance, nous n'avons pas encore commis de faute personnelle. Mais nous avons déjà besoin d'être sauvés par le Christ.

    Marie elle n'a jamais été, depuis le début, séparée de Dieu. C'est pourquoi l'archange Gabriel la salue ainsi : Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi, tu as trouvé grâce aux yeux de Dieu. La plénitude de la Grâce a toujours été en Marie, la Toute-Sainte.

    Marie est l'aurore du salut. L'aurore, ce n'est pas la pleine lumière du midi, mais c'est déjà l'annonce de cette lumière. Le Christ est notre seul Sauveur et Marie, elle aussi, comme chacun d'entre nous, a été sauvée par le Christ. Elle est donc de notre race. Et donc elle est toute proche de nous. Tout en elle est don gratuit de l'amour divin.

    Marie est notre Mère, dit-on, et c'est vrai. Mais elle est aussi notre sœur en humanité, elle est la nouvelle Eve. Bernanos aimait dire de Marie qu'elle était la sœur cadette du genre humain. La plus jeune de nos sœurs, la plus petite, la plus humble, la plus aimante. Aujourd'hui nous la contemplons petite enfant. Nous pouvons avoir avec elle la plus grande familiarité. Elle s'occupe de notre vie, même des petits détails, comme elle le fit à Cana pour le vin qui manquait à la fête.

    Elle est, disent les moines d'orient, la Mère de la prière incessante. Elle peut nous communiquer la grâce de la prière du cœur, qui lorsqu'elle sera enracinée en nous, fera que nous ne serons plus séparés de Dieu. Notre vie chrétienne connaîtra alors son plein épanouissement.

  • Homélie de saint Jean de Damas pour la fête de la Nativité de la Vierge Marie (8 septembre)

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    La nativité de la Vierge par Uccello (XVe s.)

    Première homélie pour la nativité de la Vierge Marie, de saint Jean Damascène

    Neuf mois étant accomplis, Anne mit au monde une fille et l'appela du nom de Marie. Quand elle l'eut sevrée, la troisième année, Joachim et elle se rendirent au temple du Seigneur et, ayant offert au Seigneur des victimes, ils présentèrent leur petite fille Marie pour qu'elle habitât avec les vierges qui, nuit et jour, sans cesse, louaient Dieu.

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  • Les apparitions de Beauraing face aux sceptiques

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    De Jean-Pierre Snyers :

    Il y a 90 ans, les apparitions secouaient la bourgade de Beauraing (vidéo)  - L'Avenir

    Les apparitions de Beauraing face aux sceptiques
     
    Comment vous le savez sans doute (mes écrits en témoignent), j'accorde une très grande importance aux apparitions de Beauraing. Pourquoi? Parce qu'elles me semblent les plus fiables et qu'à travers leur crédibilité, elles sont un signe très pertinent en faveur de l'existence de Dieu, de la vie après la mort et de la véracité du christianisme. Cela dit, que pourrait-on répondre à ceux qui n'y croient pas? Quels sont les principaux arguments qui permettraient de nier que la Vierge soit réellement apparue? Personnellement, j'en vois deux qui me semblent particulièrement solides: l'hallucination et l'auto-suggestion. Au niveau rationnel, permettez-moi de les passer en revue...
     
    1) L'hypothèse de l'hallucination. 
     
    -Une hallucination est un dysfonctionnement interne du système nerveux d'un individu. Cela dit, il est statistiquement et biologiquement impossible que 5 cerveaux distincts génèrent de manière autonome et synchronisée la même image complexe avec les mêmes détails. Vouloir à tout prix expliquer des phénomènes tels que les apparitions par de simples bugs du cerveau ou par des mécanismes psychologique alambiqués finit par devenir moins rationnel que d'admettre la communication d'une réalité spirituelle. Prêter au cerveau des capacités quasi magiques, demande une sacrée dose d'imagination. Choisir l'hypothèse du surnaturel n'est donc nullement un rejet de la raison mais est au contraire refuser une rationalité étroite qui s'interdit d'envisager le cadre étriqué du laboratoire. 
     
    -Le test d'une entrave physique. A plusieurs reprises, des médecins ont placé un chapeau ou un tissu devant les yeux des enfants pendant qu'ils voyaient. Résultat? Tous ont alors déclaré ne plus pouvoir voir la Vierge. Dans une hallucination purement mentale, générée par le cerveau, le fait de placer un objet devant les yeux physiques ne devraient pas interrompre la vision, puisque l'image est projetée par l'esprit.  
     
    -Interrogés séparément après une apparition où la Vierge était apparue avec un reflet bleu sur sa robe blanche, les 5 enfants ont été soumis à un test minutieux par les enquêteurs. On leur a présenté dans des pièces différentes, un nuancier composé de 44 teintes de bleu. Placés dans l'impossibilité de tricher ou de se concerter, tous ont désigné exactement la même teinte. Par conséquent, ce résultat annule l'idée d'une subjectivité aléatoire et cette concordance parfaite pointe vers la perception d'un objet extérieur réel et précis dont ils ont tous reçu la même empreinte visuelle.
     
    -Le comportement des chiens. On le sait, pour dissuader les gens de venir sur place, on avait lâché des chiens de garde. Hors des visions, ceux-ci aboyaient, menaçaient et contribuaient à repousser la foule. Cependant, dès l'instant où la Vierge apparaissait, ils cessaient d'aboyer, se couchaient et restaient totalement silencieux pour reprendre de plus belle leurs aboiements dès que l'apparition prenait fin. Rien qu'en fonction de ces éléments (auxquels on pourrait ajouter le fait que les enfants ne sentaient absolument rien lorsqu'on les piquait, les pinçait ou les brûlait pendant qu'il voyaient et qu'à la même fraction de seconde ils tombaient brutalement sur les pavés du sol sans ressentir la moindre douleur), il me semble raisonnablement impossible de persister à soutenir l'hypothèse de l'hallucination. 
     
    2) L'hypothèse d'une auto-suggestion.
     
    A Beauraing, les 5 enfants étaient dans un état d'attente immense et ne désiraient qu'une chose: que la Vierge prolonge ses visites après sa dernière apparition le 3 janvier 1933.  Si le phénomène avait été le fruit de leur imagination ou d'une construction psychologique inconsciente, leur esprit aurait continué à produire ces visions. Or, c'est exactement l'inverse qui s'est produit. Malgré leurs pleurs, leurs prières répétées, leur déception douloureuse et leur ardent désir de la revoir, plus rien ne s'est plus jamais produit jusqu'à leur mort. "Quand on a vu un coin du ciel, il est très difficile de rester dans la brume d'ici-bas", m'a souvent dit Albert Voisin (l'un des 5 visionnaires).  Comment en pas le comprendre? Conclusion: en face de ces données objectives (hélas trop peu connues), comment ne pas souscrire à l'évidence qui veut qu'à la source de tout, il y a un monde spirituel qui seul, peut nous donner les clefs pour comprendre notre véritable destinée?... 
  • Victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt : l’Église allemande face à la remise en cause de son puissant modèle de financement

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    De Tribune Chrétienne :

    Victoire d’Ulrich Siegmund et de l’AfD en Saxe-Anhalt : l’Église allemande face à la remise en cause de son puissant modèle de financement

    Avec 44 % des voix aux élections régionales du 6 septembre en Saxe-Anhalt, l’AfD emmenée par Ulrich Siegmund réalise un résultat historique sans obtenir la majorité absolue. Une victoire qui pourrait aussi ouvrir un affrontement majeur avec les Églises allemandes et leur puissant système de financement

    7 septembre 2026

    La victoire d’Ulrich Siegmund dépasse largement les frontières politiques de la Saxe-Anhalt. Elle pourrait également fragiliser un modèle très particulier de relations entre l’État et les Églises, alors que l’AfD entend remettre en cause plusieurs mécanismes dont bénéficient depuis des décennies les institutions catholiques et protestantes.

    Le cas personnel d’Ulrich Siegmund donne à cette confrontation une dimension particulière. Baptisé et élevé dans l’Église catholique, le dirigeant de l’AfD en Saxe-Anhalt a effectué en 2017 un « Kirchenaustritt », la procédure administrative permettant de déclarer officiellement sa sortie de l’Église. Il a pourtant expliqué ne pas avoir renoncé aux valeurs catholiques qu’il dit conserver « dans son cœur », mais contester l’institution ecclésiale allemande.

    Derrière cette démarche se trouve notamment le Kirchensteuer, l’impôt d’Église allemand. Un catholique enregistré comme tel acquitte généralement une contribution équivalente à 9 % du montant de son impôt sur le revenu – 8 % en Bavière et dans le Bade-Wurtemberg – collectée par l’administration fiscale avant d’être reversée à l’Église. Pour échapper à cet impôt, il faut officiellement quitter l’Église. Mais cette décision administrative entraîne également de lourdes conséquences ecclésiales. Un décret adopté par la Conférence épiscopale allemande en 2012 prévoit notamment que la personne ayant effectué cette démarche ne peut normalement plus recevoir les sacrements de pénitence, d’Eucharistie, de confirmation ou d’onction des malades, sauf notamment en danger de mort. Elle ne peut plus être parrain ou marraine ni exercer certaines fonctions dans l’Église. Dans certaines circonstances, les funérailles religieuses peuvent également être refusées.

    Le résultat du 6 septembre remet aujourd’hui ce système sous les projecteurs. L’AfD veut s’attaquer aux « Staatsleistungen », qu’il faut distinguer du Kirchensteuer : il s’agit de versements publics historiques accordés aux Églises, notamment en compensation des grandes sécularisations de biens ecclésiastiques intervenues au début du XIXe siècle. Le parti entend également remettre en cause l’intervention de l’administration fiscale dans la collecte de l’impôt d’Église.

    Cette offensive intervient dans un contexte de confrontation croissante entre l’AfD et les responsables catholiques et protestants. Plusieurs évêques ont publiquement mis en garde les fidèles contre le parti, tandis que l’AfD accuse les grandes Églises de s’être transformées en acteurs politiques, notamment sur les questions migratoires.

    Mais le débat prend une dimension particulière au regard de la situation du catholicisme allemand. En 2025, l’Allemagne comptait encore 19,2 millions de catholiques, soit environ 23 % de la population. Pourtant, 307 117 personnes ont officiellement quitté l’Église au cours de cette seule année. Seulement 2 269 personnes y sont entrées et 5 443 anciens catholiques l’ont réintégrée.

    La pratique religieuse poursuit elle aussi son recul. Elle ne concerne plus qu’une faible proportion des catholiques et la crise des vocations devient spectaculaire : après seulement 29 ordinations sacerdotales en 2024, les chiffres ont encore reculé en 2025. La victoire d’Ulrich Siegmund ne signifie évidemment pas que le Kirchensteuer disparaîtra demain : une telle réforme dépasse les seules compétences d’un gouvernement régional. Mais avec près de 44 % des suffrages, une revendication longtemps périphérique vient de prendre une tout autre dimension politique.

    Pour l’Église allemande, la question dépasse donc largement l’AfD. Elle touche à la pérennité d’un modèle dans lequel une institution ecclésiale demeure financièrement très puissante alors que sa base démographique, la pratique religieuse et les vocations diminuent rapidement. Si demain une part croissante de ses ressources devait dépendre directement des dons volontaires des fidèles, l’Église catholique allemande serait confrontée à une réalité devenue impossible à contourner : celle du nombre de catholiques encore réellement engagés dans sa vie.

  • Le fil conducteur « bénédictin » dans la pensée de Léon XIV sur le concile Vatican II

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    De Charles Collins sur Crux Now :

    Le fil conducteur « bénédictin » dans la pensée de Léon XIV sur le concile Vatican II

    6 septembre 2026

    « Un nouveau concile s’est avéré non seulement significatif, mais aussi nécessaire », a déclaré le pape. Il faisait référence au concile Vatican II, notamment au regard des bouleversements majeurs survenus dans le monde au milieu du XXe siècle.

    Ce n’était pas la première fois que l’Église devait repenser sa position face aux bouleversements du monde.

    Il a rappelé comment la prise et le sac de Rome par les Wisigoths en 410 « ont profondément bouleversé le monde de cette époque » et ont également influencé la pensée de saint Augustin.

    « La spiritualisation complète du concept d’Église, quant à elle, occulte le réalisme de la foi et de ses institutions dans le monde », a-t-il poursuivi. « Ainsi, au concile Vatican II, la question de l’Église dans le monde est enfin devenue le véritable problème central. »

    Telles furent effectivement les paroles du pape.

    Il ne s’agissait cependant pas des paroles du pape Léon XIV – ancien supérieur général de l’ordre des Augustins –, mais de celles d’une lettre que le pape émérite Benoît XVI avait écrite en 2022 au père Dave Pivonka, président de l’université franciscaine de Steubenville.

    J’ai repensé à ces propos mercredi, lorsque le pape Léon a commencé sa série de conférences sur la constitution pastorale Gaudium et spes, ou « L’Église à l’écoute du monde et au service du monde ».

    Lorsque Léon XIV a entamé son cycle de réflexions catéchétiques sur le concile Vatican II, l’attention des observateurs du Vatican s’est immédiatement portée sur lui. C’était en janvier de cette année-là, et nous découvrions encore le nouveau pontife.

    Une série d’articles consacrés à l’événement ecclésial majeur des cent dernières années devait permettre de découvrir la pensée du nouveau pape à l’œuvre d’une manière inédite.

    Dès le départ, la série n’a absolument pas déçu à cet égard. La catéchèse de la semaine dernière a toutefois offert une perspective rare, de celles qui permettent de tout saisir d’un seul coup d’œil.

    Avant d’en arriver là, il est important de regarder d’où Léon est parti.

    Au début de son pontificat encore récent, les observateurs se demandaient s’il poursuivrait la voie tracée par François ou s’il adopterait une approche différente. Ses travaux sur Vatican II ont cependant montré que Léon s’inspire autant de Benoît XVI que de François.

    Cela change tout.

    Dans son discours du 7 janvier présentant la série, Léon a cité le pape Benoît XVI, qui avait noté – également peu après son élection en 2005 – que « les documents conciliaires n’ont rien perdu de leur actualité », quarante ans après la clôture du concile.

    « En effet », déclarait également Benoît XVI en 2005, « leurs enseignements se révèlent particulièrement pertinents face à la nouvelle situation de l’Église et de la société mondialisée actuelle. »

    En 2005, la « génération Vatican II » d’évêques était encore très présente et exerçait une forte influence sur l’Église. Benoît XVI lui-même avait été peritus, ou expert théologique, au Concile.

    En 2026, comme l’a souligné Léon dans son discours d’ouverture, la génération d’évêques, de théologiens et de fidèles de Vatican II a en grande partie disparu.

    « Par conséquent », a déclaré Léon en janvier, « même si nous entendons l’appel à ne pas laisser sa prophétie s’estomper et à continuer de chercher des moyens de mettre en œuvre ses enseignements, il sera important de la connaître à nouveau de près. »

    Léon a averti qu’il sera essentiel de développer une compréhension du Concile « non pas par le biais de rumeurs ou d’interprétations qui ont été données, mais en relisant ses documents et en réfléchissant à leur contenu ».

    Cette importance accordée aux documents mêmes du concile Vatican II est cruciale.

    Elle suggère, entre autres, que Léon se méfie de « l’esprit de Vatican II » et des récits généraux concernant le Concile.

    Cette prudence le rapproche encore de Benoît XVI, qui avait évoqué – quelques semaines seulement avant son abdication en 2013 – une autre manière d’envisager Vatican II, qu’il avait qualifié de « concile des médias ».

    « Pour les médias », a déclaré Benoît XVI le 14 février 2013, « le Concile était une lutte politique, une lutte de pouvoir entre différentes tendances au sein de l’Église », et le récit médiatique du Concile comme lutte de pouvoir était attrayant parce qu’il était simple.

    « Nous savons que ce Concile des médias était accessible à tous », a également déclaré Benoît XVI, et qu’il était donc « le plus dominant, le plus efficace ».

    Il a affirmé que le « Concile des médias » était un récit qui « a engendré tant de désastres, tant de problèmes, tant de souffrances : fermeture de séminaires, fermeture de couvents, liturgie banale… et le véritable Concile a eu du mal à s’établir et à prendre forme ».

    « Le Concile virtuel était plus fort que le Concile réel », a déclaré Benoît.

    C’était un aveu surprenant par sa franchise, surtout à la fin d’un pontificat de huit ans consacré à une « herméneutique de la continuité » qui avait cherché à (re)lire le Concile à la lumière de l’histoire et de la tradition de l’Église, avec un T majuscule et un t minuscule.

    Le 26 août, le pape Léon XIV a déclaré que la réforme liturgique promue par le concile Vatican II est « fermement enracinée dans la tradition vivante de l’Église ».

    En réalité, la liturgie a été un champ de bataille majeur durant la période postconciliaire, notamment en ce qui concerne la tradition – et la Tradition elle-même.

    Léon a passé des semaines à étudier le document liturgique du Concile, Sacrosanctum Concilium, et a également reconnu franchement les abus qui se sont produits au cours des décennies qui ont suivi le Concile et la réforme postconciliaire de la liturgie promulguée par le pape saint Paul VI.

    « Une bonne compréhension de [Sacrosanctum Concilium] nous permet également de rejeter les abus qui se sont produits dans certains secteurs de l’Église pendant la période postconciliaire », a déclaré Léon, notant également comment, « malheureusement », de tels abus « se produisent encore de temps à autre aujourd’hui ».

    Léon a précisé que ces abus ont tendance à se produire « lorsque certains des principes qui sous-tendent la réforme elle-même ont été poussés à l’extrême ou mal compris ».

    Si les partisans de « l’esprit de Vatican II » se sont trompés dans un sens, les éléments plus conservateurs de l’Église se sont trompés dans l’autre : un malaise face aux changements liturgiques qui s’est cristallisé autour de préoccupations concernant l’enseignement de l’Église.

    Nombre de catholiques appartenant au courant le plus conservateur en sont venus à penser que le Concile était allé trop loin. Certains affirment même qu’il a enseigné des choses contraires au dogme de l’Église.

    Une grande partie de ce camp s’est ralliée à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), qui a refusé d’utiliser la messe de 1970 de Paul VI et a fini par entrer en conflit avec Rome.

    Autrement dit, la catéchèse du 26 août a mis en lumière un thème central de toute la série de Léon. Un examen de certaines de ses remarques antérieures dans cette série permet de mieux le comprendre.

    Le 27 mai, dans le deuxième volet de ses réflexions sur Sacrosanctum Concilium, Léon a loué et approuvé la compréhension du problème par Benoît.

    « Dans cette déclaration d’intention, le pape Benoît XVI a saisi le “programme de réforme” des Pères conciliaires », a déclaré Léon.

    Pour appuyer son propos, Léon a cité directement le discours prononcé par Benoît XVI le 6 mai 2011 devant les participants au congrès du 50e anniversaire de l’Athénée pontifical Saint-Anselme, consacré à l’étude de la liturgie.

    « Dans leur programme de réforme », a déclaré Benoît XVI, « les Pères conciliaires souhaitaient maintenir un équilibre entre les deux temps, un juste milieu entre la grande tradition liturgique du passé et celle de l’avenir. »

    « On oppose souvent maladroitement tradition et progrès », a déclaré Benoît XVI, mais « les deux concepts fusionnent : la tradition est une réalité vivante, qui inclut donc en elle-même le principe de développement, de progrès. »

    « C’est comme si le fleuve de la tradition portait aussi sa source en lui et coulait vers son embouchure », a déclaré Benoît.

    Il est particulièrement intéressant – voire révélateur – que Léon ait cité trois papes dans son discours du 27 mai : Benoît XVI, saint Jean-Paul II et Pie XII, le dernier pontife avant Vatican II.

    C’est intéressant, car Pie XII avait apporté plusieurs modifications à la messe avant le Concile – notamment pendant la Semaine sainte – et les deux papes suivants ont élargi l’usage de l’ancienne messe.

    Tentant de guérir le schisme avec la FSSPX, le pape saint Jean-Paul II a facilité l’utilisation de l’ancien rite de la messe en 1988, une politique que Benoît XVI a étendue.

    Avant que Jean-Paul II et Benoît XVI ne rendent la liturgie préconciliaire plus largement accessible, le débat interne sur la messe au sein du camp conservateur se concentrait sur la « réforme de la réforme », qui cherchait à incorporer des éléments plus traditionnels dans la célébration de la liturgie de 1970.

    Bon nombre des abus mentionnés par Léon sont effectivement devenus moins fréquents et moins visibles, mais le développement de la liturgie préconciliaire a peut-être aussi freiné l’élan de la « réforme de la réforme ».

    Il est également arrivé que la rancœur et le scepticisme persistants à l’égard du Concile ne disparaissent pas du jour au lendemain, et nombre de ceux qui pratiquaient encore le culte selon l’ancien usage continuaient de lire des écrits de personnes qui refusaient d’accepter les enseignements de Vatican II.

    Ce phénomène est devenu encore plus visible avec l’essor des médias sociaux, qui ont sans doute donné l’impression que le problème était beaucoup plus grave qu’il ne l’était en réalité.

    Quoi qu’il en soit, les observateurs des deux camps des soi-disant « guerres liturgiques » ont déclaré que c’est la principale raison pour laquelle le pape François a abrogé la réforme libérale de Benoît XVI et imposé de nouvelles restrictions à l’utilisation de l’ancienne forme de la messe : il estimait qu’un trop grand nombre de ses partisans rejetaient le Concile dans son intégralité.

    Si l’on en croit la série de catéchèses de Léon XIV sur le concile Vatican II, il souhaitera que l’Église réfléchisse attentivement à toute la question, dans la continuité de la tradition (et de la Tradition), en s’appuyant sur les documents du Concile lui-même.

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  • Benoît XVI, un cas à part ?

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    De John M. Grondelski sur le CWR :

    Benoît l'exception ?

    En tant que théologien engagé envers l'Église, Joseph Ratzinger ne se sentait pas obligé de suivre la ligne officielle et de présenter les choses comme un monde idyllique. Il savait faire la part des choses entre le bon grain et l'ivraie.

    Le pape Benoît XVI était-il un cas à part ?

    C’est l’avis de Mike Lewis sur la conception liturgique du pape Benoît XVI. Dans un article publié sur « Where Peter Is », Lewis présente Ratzinger – avant, pendant et après son pontificat – comme une figure à part dans le projet liturgique post-Vatican II. Selon Lewis, Montini a fidèlement mis en œuvre la vision de la réforme liturgique de Vatican II, Luciani l’a accueillie favorablement, Wojtyła l’a poursuivie, et Bergoglio et Prevost l’ont défendue.

    Ratzinger serait soi-disant en décalage avec la danse liturgique. Je ne partage pas cet avis.

    D'abord, il me semble que plusieurs éléments s'entremêlent ici. Sans attribuer de motivation à Lewis, je crois qu'un courant de révisionnisme historique plus vaste sous-tend ce débat. Divers milieux prétendent que Vatican II a initié des réformes (pas seulement liturgiques) que Paul VI a mises en œuvre, non sans quelques réserves, mais que l'esprit réformateur du Concile a été occulté pendant une trentaine d'années, tandis que l'Église errait dans le désert durant le pontificat de Jean-Paul II et Benoît XVI, pour finalement retrouver le « véritable » esprit de la réforme conciliaire sous l'impulsion du pape François.

    Les partisans du statu quo liturgique constituent une sous-catégorie du mouvement « réformateur », souvent guidés par leurs propres intérêts. Nombre d'entre eux semblent voir dans la FSSPX, alimentant les débats sur la « réforme liturgique de Vatican II », soixante ans après son entrée en vigueur, une menace.

    En ce qui concerne le sous-ensemble de la réforme liturgique, je souhaite dégager plusieurs thèmes distincts.

    Premièrement, tout ce qui est fait au nom du Concile ne reflète pas forcément sa volonté. Beaucoup de choses ont été faites en son nom et, souvent, de façon encore plus ténue, au nom de « l’esprit de Vatican II », dont le lien avec le Concile exige une certaine suspension d’incrédulité.

    Prenons des sujets qui ont suscité de vives polémiques, comme la balustrade d'autel. Soyons honnêtes : rien dans Sacrosanctum Concilium ne prescrit son retrait. J'ai du mal à imaginer l'évêque moyen ayant voté pour la Constitution sur la liturgie sacrée (comme mon ancien évêque à Trenton, le relativement traditionaliste George W. Ahr) comprendre que son vote impliquait que les églises du monde entier puissent saccager leurs sanctuaires, au point que le sanctuaire finisse par empiéter sur le reste de l'Église. C'est peut-être pourquoi les sanctuaires des cathédrales allemandes sont mis à la disposition de jongleurs de poulets , tandis que les parkings de Home Depot deviennent des « sanctuaires » inviolables pour les sans-papiers.

    Je sais que certains liturgistes ont plaidé en ce sens au nom de la « participation pleine et consciente des fidèles » à la « célébration » de l’Eucharistie. Je sais aussi qu’ils ont rédigé les documents d’application qui, dans bien des cas, ne prescrivaient pas cette possibilité, mais la suggéraient. Pourtant, des vandales liturgiques se sont rapidement abattus sur les églises, les « renouvelant » au nom d’ une interprétation des exigences du Concile.

    Oui, il s'agit sans doute d'une interprétation. Et, soixante ans après le Concile, se demander si les interprétations de ce dernier ont résisté à l'épreuve du temps n'est pas une trahison du Concile, et encore moins un acte schismatique qui menace l'« unité » ecclésiastique.

    On peut dire la même chose, mutatis mutandis, du débat actuel sur l'emplacement du tabernacle. Derrière cette question se cache une autre interrogation, que les Pères conciliaires n'ont sans doute jamais pensé ratifier : cette focalisation sur l'Eucharistie comme « source et sommet » de la vie chrétienne impliquerait que le Saint-Sacrement, le tabernacle et l'adoration eucharistique hors de la messe occuperaient, de facto, une place subordonnée dans le catholicisme post-conciliaire, et ce, en apparence comme une conséquence de leurs décisions.

    Ajoutez à cela les soupçons quant aux intentions de chacun, et l'on aboutit à une sorte d'« unité » liturgique toxique. Prenons l'exemple de l'évêque de Charlotte qui, en 2025, a demandé aux prêtres de ne plus réciter les prières antérieures à 1969 lors de l'habillage (le missel actuel ne contient aucune prière pour cela ), de peur que cela ne soit perçu comme un retour aux anciennes pratiques liturgiques. Vaut-il mieux que les prêtres ne prient pas en se préparant à la messe et considèrent l'habillage comme une simple formalité, un déguisement anachronique ? Les échanges informels qui animent souvent les sacristies constituent-ils une atmosphère plus appropriée avant la messe ?

    Tout ceci nous ramène à la question de l'interprétation. Soixante ans – soit trois générations après Vatican II – constituent un intervalle approprié pour évaluer honnêtement et sans polémique les réussites et les échecs de la mise en œuvre post-conciliaire. Ce débat semble être de ceux que les catholiques fidèles – qu'ils défendent les modèles actuels ou qu'ils les remettent en question – devraient pouvoir avoir, au synode comme ailleurs.

    C’est peut-être sur la question d’interprétation que Benoît XVI faisait véritablement figure d’« exception ».

    Le pape Paul VI a mis en œuvre le concile. Lewis balaie d'un revers de main la question de savoir si Montini comprenait réellement tout ce qu'il « réformait » et si Annibale Bugnini ne cherchait pas à ménager la chèvre et le chou pour parvenir à ses fins. Lewis invoque des tendances générales (« plus d'Écriture, l'usage de la langue vernaculaire… et la participation active des fidèles ») pour affirmer que Jean-Paul Ier était parfaitement en phase avec les orientations liturgiques de l'époque, alors qu'en réalité, nous ignorons presque tout de la direction que Luciani aurait prise pour l'Église. Lewis insiste par ailleurs sur le soutien « sans équivoque » de Jean-Paul II aux nouvelles orientations liturgiques. Enfin, il présente François comme celui qui a sauvé l'Église d'une régression liturgique, une voie que, selon lui, Léon XIV poursuivrait sans tenir compte des « points de vue de ceux qui rejettent la réforme ».

    Mais Benoît, affirme-t-il, est le seul à ne pas être concerné.

    Je propose une autre interprétation de l'histoire. Paul VI était trop impliqué dans les événements pour en saisir pleinement la portée. Quant à savoir ce qu'aurait fait Jean-Paul Ier, ce sont des conjectures, non des faits historiques.

    Jean-Paul II, auteur d'un livre ( Sources du renouveau ) et organisateur de réunions régulières dans l'archidiocèse de Cracovie sur la mise en œuvre des accords conciliaires, était lui aussi originaire d'un pays où nombre d'abus liturgiques, pourtant courants en Occident, étaient méconnus. Je soupçonne qu'il ait pu minimiser certains de ces rapports ; je peux témoigner, par expérience personnelle, que lorsque je décrivais à mes collègues de l'Université catholique de Lublin ce qui se passait sur le plan liturgique dans certaines régions des États-Unis, ils pensaient que j'exagérais. Il ne fait cependant aucun doute qu'il s'est efforcé de mettre fin à ce qu'il considérait comme des abus, notamment le recours indiscriminé aux ministres extraordinaires de la communion, une pratique que la plupart des évêques n'ont pas soutenue.

    François, en revanche, était probablement habitué à une liturgie plus libre au sein de la Compagnie de Jésus et en Amérique latine, alors en pleine effervescence de la théologie de la libération. Il était donc, je crois, généralement plus indulgent à cet égard qu'envers les liturgies « rigides » qu'il désapprouvait tant. Il m'est impossible, à ce stade, de prédire quelle sera l'orientation de la liturgie selon le pape Léon XIV.

    Au sein de ce groupe, Ratzinger se distingue. De retour du Concile, il s'est intéressé à la mise en œuvre improvisée de ses préceptes en Allemagne, notamment dans le milieu universitaire où il évoluait. Si l'Église de Wojtyła en Pologne a pu contenir les expérimentations liturgiques, celle de Ratzinger en Allemagne, elle, ne l'a certainement pas fait – et ne l'a toujours pas fait. L'Église synodale allemande n'en est que le prolongement logique.

    Pour cette raison, et en tant que théologien dévoué à l'Église, Ratzinger ne se sentait pas obligé de suivre la ligne officielle selon laquelle tout était rose. Il savait faire la part des choses entre le bon grain et l'ivraie.

    Il a soulevé à juste titre la question, par exemple, des traductions liturgiques qui ignoraient les éditions typiques au profit des préférences (et parfois, d'une créativité débridée) des traducteurs. Il n'a pas hésité à invoquer « l'expérience », si en vogue à l'époque, pour suggérer qu'une « réforme de la réforme » s'imposait. Connaissant bien la pensée du grand théologien liturgique Romano Guardini – l'une des figures emblématiques de la réforme liturgique –, Ratzinger ne prétendait pas que le recul du temps remette en cause certaines pratiques ou leurs conséquences, accomplies ostensiblement au nom du Concile.

    Si cela fait de lui un « cas à part », alors ce que Lewis recherche, c'est un publiciste, pas un penseur théologique.

    Je dis ces choses en partie parce que je me sens proche de Ratzinger. Je ne prétends certainement pas être à son niveau, mais je partage son point de vue – parfois dérangeant pour les deux extrêmes – selon lequel le Novus Ordo était une réforme nécessaire qui, globalement, a été bénéfique pour l'Église, mais qui, en même temps, est imparfaite et dont on peut, après soixante ans, évaluer honnêtement les faiblesses comme les qualités.

    Cette position est inconfortable pour certains car elle refuse catégoriquement de prendre parti dans la polémique (ce qui ne devrait pas être une attitude dans l'Église). Je reconnais que ce débat est alourdi par le rejet, par les lefebvristes, des réformes post-conciliaires. Mais, bien sûr, tous les critiques de ces réformes ou de leurs détails ne sont pas lefebvristes. De même, l'attachement à la forme extraordinaire du rite romain (dont je ne fais pas partie) n'est pas un subterfuge de la part d'Écône et de la FSSPX.

    Ratzinger l'a reconnu et était disposé à en parler. Si cela fait de lui une exception, cette approche semble plus inclusive que la nouvelle notion d'« inclusion ».

    Enfin, n'est-il pas intéressant de constater que, malgré tous les discours synodaux de l'année écoulée – y compris ceux qui remettaient ouvertement en question la doctrine reçue et établie –, les questions liturgiques ont été curieusement mises de côté ?


    John M. Grondelski (docteur en philosophie, Fordham) a été vice-doyen de la faculté de théologie de l'université Seton Hall, à South Orange, dans le New Jersey. Il publie régulièrement dans le National Catholic Register et dans des revues théologiques. Les opinions exprimées ici sont exclusivement les siennes.