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Eglise - Page 4

  • « Le monde n'a pas d'avenir sans familles fortes » (Léon XIV)

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    SAINTE MESSE LORS DE LA CONCLUSION DE LA RENCONTRE MARQUANT LE 10E ANNIVERSAIRE DE LA PUBLICATION
    DE L'EXHORTATION APOSTOLIQUE AMORIS LAETITIA

    HOMÉLIE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
    (lue par le cardinal Luis Antonio Tagle, doyen du Collège des cardinaux)

    Place Saint-Pierre, mercredi 14 octobre 2026

     ____________________________________

     Je vais maintenant lire l'homélie préparée par Sa Sainteté le pape Léon XIV.

    « La joie de l’amour vécue par les familles est aussi la joie de l’Église » (Pape François, Exhortation apostolique Amoris Laetitia , 19 mars 2016, p. 1). C’est par ces mots qu’il y a dix ans, le pape François commençait son Exhortation apostolique Amoris Laetitia .

    Aujourd'hui, alors que nous célébrons l'Eucharistie, nous offrons au Seigneur les fruits du travail que nous avons accompli sur ce document, et nous cherchons à en accueillir les richesses et à mettre en pratique ses conseils pastoraux.

    À cet égard, la liturgie d’aujourd’hui nous offre plusieurs pistes de réflexion. Dans la première lecture, nous avons entendu l’« hymne à l’amour » de saint Paul (cf. 1 Co 12, 31-13, 13). Au chapitre 4 de l’Exhortation apostolique, ce même texte sert de base à une riche méditation sur les vertus du mariage chrétien, union « affective, spirituelle et sacrificielle » (n° 120), et icône de l’amour de Dieu (cf. n° 121). En vivant ces valeurs, et avec le secours de la grâce, les époux grandissent ensemble jour après jour à l’image de la Trinité. Chacun mûrit à sa manière, et en même temps, ils se ressemblent de plus en plus par « l’engagement stable de partager et de construire ensemble toute leur vie » (n° 123). Ainsi, la véritable joie de l’amour réside dans un approfondissement progressif de l’union, où l’unicité de chacun s’épanouit par le don de soi et la présence de l’autre.

    De plus, l’Apôtre s’adressait à une communauté riche en dons et charismes (cf. 1 Co 12, 4-11), mais qui avait besoin de mûrir dans l’amour. Il rappelait aux Corinthiens que ceux qui sont dépourvus d’amour, malgré tous les talents qu’ils ont pu recevoir, sont comme « un gong bruyant ou une cymbale qui résonne » (13, 1), comme une voix sans amour, incapable de toucher le cœur, coupée des autres, distante, froide et impénétrable.

    Nous n’avons pas été créés pour vivre ainsi. Le psaume responsorial nous le rappelle en nous appelant le « peuple » et le « troupeau » d’un Dieu dont « la bonté demeure à jamais » et dont la fidélité s’étend « de génération en génération » ( Ps 100, 5). Il est un Seigneur qui aime sans réserve, qui ne cesse de nous chercher, de nous faire confiance et de renouveler son amitié.

    C’est cet amour qu’Amoris Laetitia nous invite à fonder nos familles. C’est ce véritable amour que nous sommes particulièrement appelés à enseigner aux jeunes gens qui se préparent au mariage, en les instruisant sur « l’importance des vertus », parmi lesquelles la chasteté occupe une place de choix, « inestimable pour la croissance authentique de l’amour entre les personnes » (n° 206). Les programmes de préparation au mariage, élaborés avec soin à cette fin dans les paroisses et les zones pastorales, sont louables. Toutefois, ces cours ne suffisent pas à eux seuls ; ils doivent être précédés et soutenus par une éducation à l’amour qui accompagne la croissance de la personne dès l’enfance. À ce propos, le pape François a observé qu’« apprendre à aimer quelqu’un ne se fait pas automatiquement, et cela ne peut s’enseigner dans un atelier juste avant la célébration du mariage » (n° 208). Il a expliqué : « Pour chaque couple, la préparation au mariage commence dès la naissance » ( ibid . ) et tout ce qu’un jeune vit au sein de sa famille devrait contribuer à le rendre capable d’un « engagement total et définitif » ( i bid . ).

    Ainsi, l’amour vécu au sein de la famille – avec ses moments de lutte, ses erreurs et ses échecs, mais aussi avec l’émerveillement de son quotidien imprévisible – devient la première école de l’affection humaine, le premier apprentissage précieux et irremplaçable de la joie d’aimer. C’est pourquoi nous devons reconnaître et soutenir les efforts de tant de familles qui vivent leur vocation et leur mission au quotidien, sans ostentation, mais parfois avec une fidélité héroïque. Elles offrent un témoignage généreux et convaincant des paroles de Jésus entendues dans l’Évangile : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis. Je vous ai établis pour que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure » ​​( Jn 15, 16). Par le témoignage des parents, des enfants, des grands-parents, des jeunes et des personnes âgées, le message de vérité et de plénitude de vie de l’Évangile rayonne dans le monde.

    L’évangéliste Jean nous a transmis l’enseignement simple et clair que Jésus a prononcé à la fin de sa vie terrestre : « Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » ( Jn 15, 12). Mettons-le en pratique afin de grandir en tant qu’Église, « famille de familles » ( Amoris Laetitia , n° 87), dans un climat de solidarité et d’entraide qui profitera à tous. Ainsi, les jeunes couples trouveront du réconfort au début de leur vie conjugale ; les parents seront soutenus face aux défis que représentent l’éducation des enfants et la gestion de la vie familiale ; et les personnes âgées seront reconnues et valorisées pour leur rôle de témoins de sagesse et de vertu, même lorsque leurs forces physiques déclinent. Les plus vulnérables, ceux qui traversent des épreuves et des crises, trouveront eux aussi soutien et encouragement, entourés d’affection et protégés des jugements et des préjugés. Rappelons-nous que « aussi blessée que puisse être la famille, elle peut toujours grandir en commençant par l’amour » ( XIVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, Relatio Finalis , 10 ).

    Les valeurs d’ouverture à la vie et de respect de la vie, de la conception à la mort naturelle, s’enracinent également dans cette charité, fondamentale à notre existence et à notre vie commune en tant qu’êtres humains. La famille est la première gardienne de ces valeurs, un phare pour le bien de l’humanité. À cet égard, le pape François a souligné qu’« aucune union temporaire ou fermée à la transmission de la vie ne peut assurer l’avenir de la société » ( Amoris Laetitia , 52). Le monde n’a pas d’avenir sans familles fortes, ouvertes au don des enfants et attentives à leur éducation et à leur épanouissement.

    Je voudrais rappeler une autre invitation importante de Jésus, dans les lectures que nous avons entendues : prier le Père « en mon nom » ( Jn 15, 16). Ces paroles nous rappellent que la famille est un lieu privilégié de prière. Malheureusement, dans de nombreuses régions du monde aujourd’hui, la pratique de la prière en famille – avant les repas, au début et à la fin de la journée, ou lors d’occasions spéciales – s’est perdue.  Amoris Laetitia nous rappelle qu’« il faut aussi souligner l’importance de la spiritualité familiale, de la prière et de la participation à l’Eucharistie dominicale » (n° 223). Elle recommande également aux familles de se réunir « régulièrement pour favoriser leur croissance spirituelle et leur solidarité face aux exigences concrètes de la vie » ( ibid .) . La prière commune et les sacrements jouent un rôle essentiel dans la vie familiale car ils ouvrent les cœurs à l’action de Dieu, permettant aux familles d’atteindre ensemble des dimensions qu’elles ne pourraient jamais atteindre seules. Ils sont en effet une nourriture solide et un remède salutaire. J’exhorte donc vivement chacun à redécouvrir et à encourager ces pratiques.

    Chers frères et sœurs, j'ai moi-même l'honneur de présider cette célébration par mandat spécial de Sa Sainteté le pape Léon XIV , afin de manifester publiquement la communion ecclésiastique qu'il a accordée à Sa Béatitude Paul III Nona, patriarche de Bagdad des Chaldéens, qui participe à cette Eucharistie.

    La communion d'un patriarche avec le successeur de Pierre rappelle une pratique ancienne qui affirmait l'unité de foi et de charité entre une Église patriarcale et le Siège de Rome – et, à cette époque, entre les Églises elles-mêmes. Il ne s'agit donc pas d'une simple formalité, mais d'une réalité vivante qui tire sa raison d'être de la communion eucharistique, source et sommet de l'unité de l'Église dans le Christ.

    Votre Béatitude, votre présence nous aide à mieux comprendre notre identité d’Église, qui est communion dans le Christ Seigneur des Églises de rites et de traditions divers, dans une unité qui s’exprime concrètement avec le Successeur de Pierre. Nous vous assurons de l’affection et des prières de toute l’Église catholique pour les fidèles confiés à votre charge pastorale, qui ont longtemps été mis à l’épreuve mais qui demeurent fermes et souvent héroïques dans leur témoignage de foi en Jésus au milieu de nombreuses adversités.

    Chers frères et sœurs, confions toutes les familles et toute l’Église à la Sainte Famille de Nazareth, reprenant la prière par laquelle le pape François a conclu Amoris Laetitia (n° 325) :

    Sainte Famille de Nazareth,

    accordons à nos familles aussi

    peuvent être des lieux de communion et de prière,

    écoles authentiques de l'Évangile

    et les petites églises domestiques…

    Puisse les familles ne plus jamais vivre une telle situation.

    violence, rejet et division ;

    que tous ceux qui ont été blessés ou scandalisés

    trouver réconfort et guérison…

    nous rendre à nouveau conscients

    du caractère sacré et inviolable de la famille,

    et sa beauté dans le plan de Dieu.

    Jésus, Marie et Joseph,

    Veuillez exaucer notre prière. Amen.

  • Liège (Cornillon), 31 octobre : 18ème édition de HolyWins, fête familiale autour de tous les saints

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    HolyWins 2026, en avant les enfants, fêtons tous les saints !

    18ème édition de HolyWins, fête familiale autour de tous les saints

    Enfants, parents et grands-parents se préparent à fêter la 18è édition d’HolyWins. Ce joyeux évènement a été initié en 2008 en Belgique afin de redonner tout son sens à la lumineuse fête de la Toussaint. Les dernières éditions ont regroupé environ 180 enfants et adultes.

    L’édition 2026 aura lieu le samedi 31 octobre, veille de la Toussaint dès 11h30 au sanctuaire de sainte Julienne de Cornillon à Liège. Des initiatives similaires se multiplient un peu partout. Les enfants sont invités, s’ils le souhaitent, à venir déguisés en saints ou saintes, voire en anges avec leurs grandes ailes blanches.

    Infos et inscriptions sur ce lien :  https://forms.gle/AEktd7y5Nrg2EA6k9

    Une journée pour redécouvrir la sainteté

    Les ados qui organisent la journée se réunissent dès 9h00 tandis que la fête commencera à 11h30 par une joyeuse célébration de la Toussaint. Les participants apportent leur contribution pour le Holy Buffet, repas de midi en mode auberge espagnole.

    A 14h débute le grand jeu à la découverte de belles figures de saintes et de saints. Lors de chaque étape, un mime, un maquillage, une scènette ou un jeu fait découvrir un visage de sainteté aux participants. Le tout mène au saint du jour, à deviner. « Ce sont des ados qui animent les stands pour les enfants durant le grand jeu, c’est très chouette », raconte Camille.

    Après un petit temps de louange et d’adoration adapté aux enfants, l’après-midi se termine par le Holy goûter avec gaufres, crêpes et chocolat chaud !

    Reportage vidéo sur la dernière édition de Holywins :
    Sur Facebook : https://fb.watch/n_ESfjpm8W/
    Sur YouTube : https://youtu.be/gtfdVteIKDs 

    Holywins est une initiative de membres et d’amis de la Communauté de l’Emmanuel.

    A bientôt,

    Pour l’équipe Holywins 2026,
    Contact: Laurence 0496 41 42 19

    Compte Instagram: Holywins_belgium

  • Thérèse d’Avila, blessée au cœur par l'ardeur de l'amour de Dieu

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    De Patrick Sbalchiero sur 1000 raisons de croire :

    Thérèse d’Avila, piquée par le feu d’amour de Dieu (+1582)

    Religieuse carmélite, Thérèse d’Avila (Thérèse de Jésus en religion) est la figure spirituelle espagnole la plus célèbre du XVIe siècle. Favorisée de dons mystiques extrêmement diversifiés, elle mène une vie chrétienne en tous points exemplaire. Elle entreprend, avec une réussite époustouflante et inexplicable sur le plan humain, à la fois la réforme de son ordre à l’échelle de l’Espagne entière et une œuvre intellectuelle de tout premier plan, dans laquelle elle analyse avec une précision psychologique encore jamais atteinte ses propres expériences mystiques. C’est en grande partie grâce à elle que la spiritualité moderne a pu éclore. La papauté l’a élevée pour cela au rang de docteur de l’Église.


    Les raisons d'y croire

    • Thérèse ne fait jamais mention de ses états mystiques, hormis à ses confesseurs et à sa mère supérieure. Pourtant, sa vie mystique est d’une densité extraordinaire (extases, ravissements, visions…). En particulier, Jésus la visite et lui parle.
    • On ne peut soutenir rationnellement que Thérèse était une déséquilibrée. Toute sa vie démontre le contraire : fondation d’une vingtaine de couvents, relations épistolaires avec l’élite politique, sociale et culturelle de son époque, gestion humaine et économique exceptionnelle de ses communautés, écriture d’une œuvre de psychologie religieuse remarquablement intelligente, etc.
    • Ses visions ne pouvaient être non plus des symptômes hallucinatoires ou des indices neurologiques de l’épilepsie. D’une part, l’état d’une victime d’épilepsie est incompatible avec le rythme de travail, très soutenu et permanent, pendant des décennies, que s’impose Thérèse. D’autre part, Thérèse conserve jusqu’à son dernier souffle ses facultés cognitives sans, bien sûr, recevoir le moindre secours des médecins, qui n’auraient de toute manière pas eu les moyens de guérir des lésions ou des tumeurs cérébrales.
    • L’Inquisition de son temps la surveille, non pour des erreurs doctrinales dans ses écrits, mais à cause de la réalité des phénomènes surnaturels qui emplissent sa vie et au sujet desquels le clergé de l’époque est très méfiant.
    • Loin d’être crédule au merveilleux, Thérèse analyse avec détachement ce qui lui arrive. Elle affirme la vérité de ces phénomènes, mais les considère avec justesse comme marginaux dans le cadre de la vie mystique. Thérèse prouve ainsi qu’elle n’est pas avide de sensationnel, mais qu’elle recherche la véritable union à Dieu. Les écrits de Thérèse d’Avila synthétisent et illustrent avec brio la théologie catholique en matière de discernement spirituel.
    • Sa puissance de discernement éclaire aussi le domaine des rapports de l’homme avec le démon. Victime d’attaques dont on ne trouve pas d’origine naturelle, Thérèse réécrit, sans l’avoir étudiée factuellement, toute l’histoire des pièges tendus par le diable à l’encontre des moines et des moniales depuis saint Antoine d’Égypte (milieu du IVe siècle).
    • Au printemps 1560, elle vit la transverbération : son cœur est touché par une « pointe de feu » tenue par un « ange ». Loin d’être une hallucination, cette réalité a pu être attestée. Après sa mort, une autopsie succincte a permis la découverte d’une blessure des tissus du cœur qui est ainsi décrite : « Les lèvres de la plaie sont dures et poêlées, tout comme c’est le cas lorsque le cautère est utilisé. » Une telle lésion ne saurait avoir une cause naturelle.
    • Thérèse, encore jeune carmélite, tombe gravement malade un 15 août, jour de la fête de l’Assomption. C’est seulement quatre jours plus tard qu’elle sort de sa léthargie inexplicable, sauvée par saint Joseph, dont elle répand le culte depuis cette date.
    • Plusieurs témoins fiables ont bel et bien témoigné, et sans hésitation, avoir vu le corps de la sainte suspendu au-dessus du sol, sans aucun appui ni aide matérielle. Au sujet de ces lévitations, Thérèse témoigne : « Je ne sentais plus pour ainsi dire mes pieds toucher le sol » (Vie écrite par elle-même, chapitre 20).
    • Les réformes du Carmel espagnol par Thérèse s’échelonnent de 1562 à 1582. Dans ce laps de temps, la Madre parcourt l’Espagne, non avec des moyens dignes de ce nom, mais dans une carriole, bravant de nombreux dangers (brigandage, éboulements, accidents météorologiques, etc.), surmontant on ne sait comment une santé instable et continuant à accompagner l’ensemble de ses communautés en parallèle.
    • Neuf mois après sa mort, le 4 octobre 1582, une première exhumation a lieu : les vêtements de la sainte sont dégradés mais le corps est découvert incorrompu. Sans explication, le processus naturel de dégradation des tissus n’a pas fait son œuvre.

    En savoir plus

    Tout est extraordinaire et très souvent inexplicable, chez sainte Thérèse d’Avila : une santé fragile dès l’adolescence qui, pourtant, ne l’empêcha pas de réaliser une œuvre matérielle et spirituelle de très grande envergure, des états mystiques et un don d’opérer des miracles qu’elle restitue et explicite avec un sens psychologique exceptionnel et dans un langage parfaitement clair, un discernement spirituel sans faille, des qualités humaines indéniables, qui accroissent d’ailleurs sa renommée parmi ses contemporains... Tout cela fait d’elle, aux côtés de son ami saint Jean de la Croix, un modèle incontournable sur lequel s’appuie l’Église depuis près de quatre siècles et demi en ce qui concerne les étapes de la vie mystique.

    Teresa de Cepeda y Ahumada est née à Avila (Espagne, Castille) le 28 mars 1515, dans une famille pieuse de douze enfants. Son père, Alonso de Cepeda, est d’une « piété austère » (Bernard Sesé), mais il s’opposera au projet de sa fille de prendre l’habit religieux (1535). Beatriz de Ahumada, sa mère, meurt prématurément, occasionnant une tristesse profonde chez la jeune Thérèse. Le grand-père paternel de Thérèse, un marchand de Tolède, était un juif converti à la foi chrétienne (converso).

    La future sainte est élevée dans la foi catholique. Son éducation, parmi les siens et chez les religieuses augustines de Santa Maria de Gracia, est d’un bon niveau. Parvenue à l’adolescence, Thérèse est instruite, vive d’esprit et curieuse de beaucoup de choses. Elle lit des romans de chevalerie et projette, avec son frère Rodrigo, son aîné de quatre ans, d’aller libérer les chrétiens prisonniers des Maures.

    Le 2 novembre 1535, malgré l’absence de soutien paternel, elle entre au couvent des carmélites d’Avila. Elle y fait profession deux ans plus tard, presque jour pour jour. Mais l’exemplarité de sa vie spirituelle va subir un rude choc. En 1538, une maladie la contraint à quitter le monastère. On a beaucoup discuté au sujet de cette pathologie. Quoi qu’il en soit, elle opère une coupure dans l’existence de la jeune femme, qui consacre ses longues heures de repos à la lecture d’ouvrages religieux, comme le troisième Abécédaire de François de Osuna, et d’autres titres remarquables qui vont l’orienter au fil du temps vers une vie intérieure d’une intensité spirituelle incroyable.

    En attendant, elle souffre et ses forces déclinent à vue d’œil. Personne ne sait comment la guérir ou lui apporter un mieux. Dépressive, elle reste de longs moments inactive et comme absente. Un 15 août, on la croit morte : son corps est immobile, ses réactions inexistantes. Comme la coutume le veut, on lui recouvre les yeux avec de la cire. Elle reste quatre jours dans cet état. Puis elle s’éveille brusquement. Ses funérailles étaient prêtes.

    Au carmel d’Avila, la jeune Thérèse est une religieuse humble et obéissante. Elle ne fait jamais état de ses états mystiques, hormis à ses confesseurs et à la mère supérieure. Ses expériences extraordinaires ne perturbent nullement la vie communautaire. Elle est une sœur parmi d’autres sœurs, mais Jésus la visite et lui parle.

    En 1555, une vision du Christ souffrant entraîne chez elle une prise de conscience du relâchement du genre de vie des carmélites. C’est une conversion authentique car, à partir de ce moment, la sainte va travailler jusqu’à sa mort pour réformer son ordre, alors que rien ne laissait prévoir une telle entreprise avant 1555. Le 24 août 1562, le carmel de San José est le premier à revenir à l’observance de la règle primitive. Plus de seize autres suivront jusqu’à sa disparition.

    Devenue proche de saint Jean de la Croix , à qui elle donnera l’impulsion nécessaire pour se lancer à son tour dans la réforme de la branche masculine du Carmel, Thérèse consacre une bonne part de ses journées et de ses nuits à écrire une œuvre magistrale, dont quelques titres sont aujourd’hui encore considérés comme des chefs-d’œuvre : Le Livre des fondations, Le Chemin de perfection, Le Château intérieur, sans oublier une correspondance volumineuse… Thérèse théorise magnifiquement les visions mystiques, dont la répartition tripartite qu’elle retient remonte à saint Augustin  : visions corporelles, imaginatives et intellectuelles.

    Le 25 janvier 1560, elle a pour la première fois une vision du Christ ressuscité. En avril suivant, c’est la transverbération : un ange touche son cœur avec une pointe de feu, occasionnant une intense douleur physique épouvantable, mais aussi l’évidence et la force de l’amour de Dieu.

    Le diable ne l’oublie pas. Elle subit à certains moments des attaques psychologiques, affectives mais aussi corporelles des anges déchus. Elle est régulièrement tourmentée de visions terrifiantes. Mais sa foi, dilatée par la prière, ne faiblit jamais.

    Dieu la rappelle à lui en 1582. Le pape Paul V la béatifie en 1614. Elle est inscrite au catalogue des saints le 12 mars 1622 par Grégoire XV. Saint Paul VI la proclame docteur de l’Église en 1970.

    Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.


    Au delà

    • Depuis 1627, sainte Thérèse d’Avila est co-patronne de l’Espagne aux côtés de l’ apôtre saint Jacques . Tous les papes, depuis Grégoire XV, qui a canonisé Thérèse, ont voué une admiration sans bornes à la sainte d’Avila. C’est particulièrement le cas depuis le pontificat de saint Pie X (1903-1914), jusqu’au pape François, sans exception. « Véritable maîtresse de vie chrétienne pour les fidèles de chaque temps » pour Benoît XVI (2011), sa réputation n’a cessé de s’étendre et dépasse aujourd’hui les cadres confessionnels.

    Aller plus loin

    Bernard Sesé, « Thérèse d’Avila (sainte), 1515 – 1582 », dans Patrick Sbalchiero (dir.), Dictionnaire des miracles et de l’extraordinaire chrétiens, Paris, Fayard, 2002, p. 804-806.


    En complément

    • Sainte Thérèse d’Avila, Œuvres complètes, édition établie, révisée et annotée par les carmélites de Clamart et Bernard Sesé, Le Cerf, 1995, 2 volumes.
    • Stéphane-Marie Morgain, Le Chemin de perfection de Thérèse de Jésus, collection « Classiques du Christianisme », Le Cerf, 1997.
    • Thérèse d’Avila, Le Livre des miséricordes. Livre de la vie, présentation, introduction et notes par Stéphane-Marie Morgain, collection « Sources du Carmel », Éditions du Carmel, 2023.
    • Emmanuel Renault, Sainte Thérèse d’Avila et l’expérience mystique, collection « Points-Sagesse », Paris, Le Seuil, 2007.
    • Joseph Pérez, Thérèse d’Avila, Paris, Fayard, 2007.
    • Vita Sackville-West, The Eagle and the Dove : St. Teresa of Avila and St. Therese of Lisieux, Quartet Books, 1973 (et réédition chez Macmillian Bello en 2012).
    • Sainte Thérèse d'Avila : un livre d'Arnaud Dumouch
  • Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe... (Thérèse d'Avila)

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    De sainte Thérèse d'Avila :

    Nada te turbe, nada te espante;
    Quien a Dios tiene, nada le falta.
    Nada te turbe, nada te espante:
    Sólo Dios basta

    Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe,

    Dieu ne change pas, la patience obtient tout.

    Celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit.

    Elève ta pensée, monte au ciel, ne t’angoisse de rien, que rien ne te trouble.

    Suis Jésus Christ d’un grand cœur, et quoi qu’il arrive, que rien ne t’épouvante.

    Tu vois la gloire du monde ? C’est une vaine gloire ; il n’a rien de stable, tout passe. Aspire au céleste, qui dure toujours ; fidèle et riche en promesses, Dieu ne change pas.

    Aime-Le comme Il le mérite, Bonté immense ; mais il n’y a pas d’amour de qualité sans la patience. Que confiance et foi vive maintiennent l’âme : celui qui croit et espère obtient tout.

    Même si lui viennent abandons, croix, malheurs, si Dieu est son trésor, il ne manque de rien.

    Allez-vous-en donc, biens du monde ; allez-vous-en, vains bonheurs : même si l’on vient à tout perdre, Dieu seul suffit.

  • Sainte Thérèse d'Avila (15 octobre)

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    Saint Teresa Of Avila Her Life And Legacy | Madrid Experience

    Lors de l'audience générale du mercredi 2 février 2011, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à la grande mystique d'Avila :

    Chers frères et sœurs,

    Au cours des catéchèses que j’ai voulu consacrer aux Pères de l’Eglise et aux grandes figures de théologiens et de femmes du Moyen-âge, j’ai eu l’occasion de m’arrêter également sur certains saints et saintes qui ont été proclamés docteurs de l’Eglise en raison de leur éminente doctrine. Aujourd’hui, je voudrais commencer une brève série de rencontres pour compléter la présentation des docteurs de l’Eglise. Et je commence par une sainte qui représente l’un des sommets de la spiritualité chrétienne de tous les temps: sainte Thérèse d’Avila (de Jésus).

    Elle naît à Avila, en Espagne, en 1515, sous le nom de Teresa de Ahumada. Dans son autobiographie, elle mentionne elle-même certains détails de son enfance: la naissance de «parents vertueux et craignant Dieu», au sein d’une famille nombreuse, avec neuf frères et trois sœurs. Encore enfant, alors qu’elle n’avait pas encore 9 ans, elle a l’occasion de lire les vies de certains martyrs, qui lui inspirent le désir du martyre, si bien qu’elle improvise une brève fugue de chez elle pour mourir martyre et monter au Ciel (cf.Vie, 1, 4): «Je veux voir Dieu» déclare la petite fille à ses parents. Quelques années plus tard, Thérèse parlera de ses lectures d’enfance, et affirmera y avoir découvert la vérité, qu’elle résume dans deux principes fondamentaux: d’un côté, «le fait que tout ce qui appartient au monde ici bas passe» et de l’autre, que seul Dieu est «pour toujours, toujours, toujours», un thème qui revient dans la très célèbre poésie «Que rien ne te trouble,/ que rien ne t’effraie;/ tout passe. Dieu ne change pas:/ la patience obtient tout;/ celui qui possède Dieu/ ne manque de rien/ Dieu seul suffit!». Orpheline de mère à l’âge de 12 ans, elle demande à la Très Sainte Vierge de lui servir de mère (cf. Vie, 1, 7).

    Si, au cours de son adolescence, la lecture de livres profanes l’avait conduite aux distractions d’une vie dans le monde, l’expérience comme élève des moniales augustiniennes de Sainte-Marie-des-Grâces d’Avila, ainsi que la lecture de livres spirituels, en particulier des classiques de la spiritualité franciscaine, lui enseignent le recueillement et la prière. A l’âge de 20 ans, elle entre au monastère carmélite de l’Incarnation, toujours à Avila; dans sa vie religieuse, elle prend le nom de Thérèse de Jésus. Trois ans plus tard, elle tombe gravement malade, au point de rester quatre jours dans le coma, apparemment morte (cf. Vie, 5, 9). Même dans la lutte contre ses maladies, la sainte voit le combat contre les faiblesses et les résistances à l’appel de Dieu: «Je désirais vivre — écrit-elle — car je le sentais, ce n'était pas vivre que de me débattre ainsi contre une espèce de mort; mais nul n'était là pour me donner la vie, et il n'était pas en mon pouvoir de la prendre. Celui qui pouvait seul me la donner avait raison de ne pas me secourir; il m'avait tant de fois ramenée à lui, et je l'avais toujours abandonné» (Vie, 8, 2) En 1543, sa famille s’éloigne: son père meurt et tous ses frères émigrent l’un après l’autre en Amérique. Au cours du carême 1554, à l’âge de 39 ans, Thérèse atteint le sommet de sa lutte contre ses faiblesses. La découverte fortuite de la statue d’«un Christ couvert de plaies» marque profondément sa vie (cf. Vie, 9). La sainte, qui à cette époque trouvait un profond écho dans les Confessions de saint Augustin, décrit ainsi le jour décisif de son expérience mystique: «Le sentiment de la présence de Dieu me saisissait alors tout à coup. Il m'était absolument impossible de douter qu'il ne fût au dedans de moi, ou que je ne fusse toute abîmée en lui» (Vie, 10, 1).

    Lire la suite

  • Je suis vôtre

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    Prière d'offrande de sainte Thérèse d'Avila (fêtée ce jour)

    Souveraine Majesté, Éternelle Sagesse,
    Bonté douce à mon âme,
    Dieu, mon Seigneur,
    Qu'ordonnez-vous qu'il soit fait de moi ?
    Je suis vôtre puisque vous m'avez créée,
    Vôtre, puisque vous m'avez rachetée,
    Vôtre, puisque vous m'avez supportée,
    Vôtre, puisque vous m'avez appelée,
    Vôtre, puisque vous m'avez attendue,
    Vôtre, puisque je ne me suis pas perdue..
    Voici mon cœur, Je le remets entre vos mains

    Voici mon corps, ma vie, mon âme,
    Ma tendresse et mon amour…
    Si vous me voulez dans la joie,
    Par amour pour vous je veux me réjouir
    Si vous me commandez des travaux,
    Je veux mourir à l'ouvrage.
    Dites-moi seulement où, comment et quand.
    Parlez, ô doux Amour, parlez.
    Je suis vôtre, pour vous je suis née,
    Que voulez-vous faire de moi ?

    Source : http://missel.free.fr/Sanctoral/10/15.php

  • L'avertissement prophétique de Vladimir S. Soloviev

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    Voici la traduction intégrale en français de la célèbre méditation du cardinal Giacomo Biffi, prononcée le 27 février 2007 devant le pape Benoît XVI et la Curie romaine lors des exercices spirituels du Carême. [1]


    L'avertissement prophétique de Vladimir S. Soloviev

    Par le Cardinal Giacomo Biffi (2007) [1]

    À la fin du XIXe siècle, la mentalité la plus répandue prévoyait pour le siècle qui était sur le point de commencer un avenir de progrès, de prospérité et de paix. Déjà Victor Hugo, vers la fin du XIXe siècle, avait prophétisé : « Ce siècle est grand, le prochain siècle sera heureux ».

    1. Soloviev ne se laisse pas contaminer par une telle candeur laïciste, et dans son dernier ouvrage, Les Trois Dialogues et le récit de l'Antéchrist, daté de Pâques 1900, quelques mois avant sa mort, il prévoit que le XXe siècle sera marqué par de grandes guerres, de grandes révolutions sanglantes, de grandes luttes civiles. À la fin du siècle, les peuples européens – convaincus des graves préjudices causés par leur rivalité – donneront naissance, dit-il, aux États-Unis d'Europe.

    « Mais… les problèmes de la vie et de la mort, du destin ultime du monde et de l'homme, rendus plus imbriqués et compliqués par une avalanche de recherches et de nouvelles découvertes dans le domaine physiologique et psychologique, resteront comme autrefois sans solution. Un seul résultat important voit le jour, mais d'un caractère négatif : l'échec complet du matérialisme théorique ».

    Toutefois, cela ne comportera ni l'expansion ni le renforcement de la foi. Au contraire, l'incrédulité fera rage. Si bien qu'à la fin se profilera pour la civilisation européenne une situation que nous pourrions qualifier de vide. Dans ce vide, justement, on voit émerger et s'affirmer la présence et l'action de l'Antéchrist.

    2. Soloviev décrit l'Antéchrist comme un spiritualiste éclairé, ascète et philanthrope d'une grande modération et désintéressement, dont le célèbre ouvrage sur la paix universelle séduit par son humanisme. Cependant, il rejette le moralisme du Christ qui divise les hommes, refuse son unicité et nie sa résurrection.

    3. L'Antéchrist incarne des qualités séduisantes de pacifisme, d'écologisme et d'œcuménisme :

    • I. Le Pacifisme : Il promet la paix universelle en s'estimant supérieur au Christ qui a apporté la division. Soloviev critique par ailleurs la non-violence absolue qui mène souvent à la capitulation face à l'injustice.
    • II. L'Écologisme : Il se montre grand philanthrope, végétarien et protecteur des animaux.
    • III. L'Œcuménisme : Il réunit les confessions chrétiennes en satisfaisant les aspirations de chacun, obtenant l'adhésion des masses, tandis qu'un petit reste fidèle réalise l'œcuménisme eschatologique de la vérité.

    4. L'avertissement consiste à ne pas réduire le christianisme à de simples valeurs mondaines acceptables mais privées du scandale de la croix et de la résurrection. Comme le soulignait Don Divo Barsotti, le Christ ne saurait être réduit à un prétexte pour des projets mondains.

    5. Si les valeurs relatives (solidarité, paix, dialogue) peuvent être un premier pas vers le Christ, leur absolutisation au détriment du fait salvatif conduit, pour le chrétien, au péché d'apostasie et à la complicité avec l'Antéchrist.

    6. En conclusion, évacuer le Christ vivant pour n'en garder que des slogans ou des notions vides mène au désespoir, la plénitude de l'homme résidant exclusivement dans la personne concrète du Christ.

    La réaction du pape Benoît XVI à cette prédication percutante du cardinal Giacomo Biffi a été profondément positive et approbatrice, s'inscrivant dans une parfaite convergence théologique.

    À la fin de cette semaine d'exercices spirituels, le 3 mars 2007, Benoît XVI a adressé ses remerciements officiels au cardinal Biffi à travers une lettre officielle du Saint-Siège et un discours de conclusion. Sa réaction s'articule autour de plusieurs éléments clés :

    1. Des remerciements appuyés pour le courage du propos

    Benoît XVI a chaleureusement remercié le cardinal Biffi pour le réalisme, la profondeur et l’audace de ses méditations. Le pape a salué son style direct, soulignant que ses réflexions avaient aidé la Curie romaine à se recentrer sur l'essentiel. Il a affirmé que les enseignements du cardinal avaient offert un « examen de conscience » nécessaire pour l'Église.

    2. Une totale convergence sur la figure de l'Antéchrist

    Cette prédication faisait directement écho aux propres convictions théologiques de Joseph Ratzinger. Dans son livre majeur, Jésus de Nazareth (publié précisément au printemps 2007), Benoît XVI développe une pensée identique à celle de Soloviev et de Biffi lorsqu'il commente les tentations du Christ au désert. Le pape y écrit que la pire tentation est celle qui utilise le langage de la théologie et de l'aide humanitaire pour écarter la foi et la Croix, transformant le christianisme en un simple projet d'amélioration du monde.

    3. La mise en garde contre un « christianisme sans Christ »

    Benoît XVI a validé le cœur théologique du message de Biffi : le danger mortel pour l'Église de céder au relativisme et à la tentation de se faire applaudir par le monde en remplaçant la vérité de la Résurrection par des slogans purement horizontaux (paix universelle, écologie, dialogue désincarné).

    4. Un contraste avec les réactions médiatiques

    Alors que la presse internationale et certains milieux progressistes s'étaient montrés stupéfaits ou agacés de voir l'écologisme ou le pacifisme associés à des « armes de l'Antéchrist », Benoît XVI a totalement soutenu son prédicateur, confirmant la pertinence prophétique de Vladimir Soloviev pour notre époque. [1, 2, 3]

  • Le pape Léon XIV s’est fait retirer un nodule cancéreux d’un poumon; de quoi s'agit-il ?

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    Communiqué de la Salle de presse du Saint-Siège

    Le Dr Luigi Carbone et le professeur Stefano Margaritora communiquent ce qui suit concernant l’intervention chirurgicale de cet après-midi : Le Saint-Père a subi, comme prévu, une intervention de chirurgie thoracique.

    Afin de garantir une ablation radicale, le lobe inférieur du poumon droit a été retiré à l’aide d’une technique vidéo-assistée. L’examen histologique en temps réel a confirmé le diagnostic d’un adénocarcinome pulmonaire, comme le laissaient présager les examens préopératoires.

    Le Saint-Père est resté en salle d’opération pendant environ 3 heures ; l’intervention a duré environ 90 minutes. L’intervention s’est bien déroulée et n’a entraîné aucune complication.

    Après l’intervention, le Pape s’est réveillé normalement et, après une brève période d’observation, il a regagné sa chambre au 10e étage.

    L’équipe chirurgicale était dirigée par le professeur Stefano Margaritora, assisté de la professeure Elisa Meacci, du docteur Maria Teresa Congedo et du docteur Leonardo Petracca Caravella.

    L’équipe d’anesthésiologie était composée du professeur Massimo Antonelli, du docteur Giovanni Punzo et du docteur Giuseppe Bello.

    Du site du journal La Croix :

    Santé du pape : qu’est-ce que l’adénocarcinome pulmonaire, le cancer dont souffre Léon XIV ?

    Le pape Léon XIV s’est fait retirer mardi 13 octobre un nodule cancéreux d’un poumon, un adénocarcinome pulmonaire, lors d’une opération chirurgicale. (Durant l’opération, le lobe inférieur du poumon droit du Pape a été retiré.) Voici ce que les experts médicaux disent sur le sujet.

    Qu’est-ce que l’adénocarcinome pulmonaire ?

    Ce type de tumeur provient « généralement d’un cancer primaire », indique la docteure Juanita Mora, porte-parole de l’American Lung Association. Cela signifie que le souverain pontife de 71 ans souffrirait d’un cancer des poumons et que ce nodule cancéreux n’est pas lié à la propagation d’un autre cancer.

    Il existe deux grands types de cancers du poumon. Ceux dits « non à petites cellules », qui sont les plus fréquents, et ceux dits « à petites cellules », qui sont les plus agressifs et représentent environ 10 à 15 % des diagnostics, selon la Société américaine de cancérologie.

    L’adénocarcinome pulmonaire fait partie de la première catégorie et en est même « le type le plus courant », explique David Spigel, oncologue américain spécialisé dans la recherche sur les cancers du poumon au Sarah Cannon Research Institute à Nashville.

    Si le tabagisme constitue le facteur de risque le plus connu, « la plupart des cancers du poumon qu’on diagnostique aujourd’hui touchent des personnes qui n’ont jamais fumé, ou qui ont arrêté il y a de nombreuses années », rappelle pour sa part David Carbone, directeur du centre d’oncologie thoracique de l’Ohio State University.

    Des pronostics plutôt favorables

    Le cancer du poumon constitue la première cause de décès par cancer dans le monde selon l’OMS, mais les pronostics varient grandement en fonction du sous-type de cancer et de son avancement au moment de sa détection.

    L’adénocarcinome pulmonaire peut par exemple être très bien traité s’il est détecté tôt, pointe Juanita Mora. En cas de prise en charge aux stades les plus précoces et de retrait total de la tumeur grâce à une opération chirurgicale, le taux de survie à cinq ans des patients atteints est de « 80 à 98 % », relève-t-elle. Dans ce cas de figure, le patient « peut guérir et ne pas voir sa survie menacée par le cancer », abonde David Spigel.

    Une procédure standard

    Le pape avait annoncé dimanche qu’un nodule « circonscrit au poumon » lui avait été détecté « à un stade très précoce ». Cette petite masse lui a été enlevée mardi 13 octobre lors d’une opération chirurgicale au cours de laquelle « le lobe inférieur du poumon droit lui a été retiré », a fait savoir le Vatican.

    « Cela correspond à la procédure standard », estime le docteur David Carbone, en se voulant rassurant sur les conséquences d’une telle ablation : « les poumons disposent d’une grande capacité de réserve, et on peut se faire retirer un poumon entier et continuer à mener une vie normale », dit-il, ajoutant s’attendre à ce que le pape récupère rapidement.

    Et maintenant ?

    La question va désormais être de savoir si Léon XIV devra bénéficier de traitements complémentaires tels qu’une chimiothérapie ou une radiothérapie. Cela dépendra de plusieurs facteurs : la taille du nodule cancéreux enlevé, le niveau d’agressivité du cancer, ses caractéristiques génétiques et sa propagation ou non.

    Pour David Carbone, le fait que le pape ait déjà été opéré semble toutefois encourageant. S’il avait été évident que le cancer s’était propagé « par exemple aux ganglions lymphatiques situés au centre du thorax, il aurait suivi un traitement avant l’opération, ce qui n’a pas été le cas », relève-t-il.

    « Cela me porte à croire qu’il s’agissait d’une tumeur à un stade très précoce, avec un pronostic plutôt favorable », poursuit l’oncologue. Les traitements contre les cancers du poumon se sont par ailleurs considérablement améliorés « au cours des dernières décennies », insiste-t-il, « et le pronostic est meilleur qu’il ne l’a jamais été ».

    Prière pour le Pape

    V. Prions pour Léon XIV, notre pape.

    R. Que le Seigneur le préserve, lui donne la vie, le bénisse sur la
    terre et ne le livre pas à la volonté de ses ennemis.

    Notre Père. Je vous salue Marie.

    Ô Dieu, pasteur et souverain de tous les fidèles,
    daignez regarder avec bienveillance votre serviteur Léon XIV,
    que vous avez placé à la tête de votre Église comme son pasteur ;
    accordez-nous, nous vous en prions, par votre parole et votre exemple.

    Qu'il soit au service de ceux sur lesquels il préside,
    afin qu'avec le troupeau confié à ses soins,
    il parvienne à la vie éternelle.

    Par Jésus-Christ, votre Fils, notre Seigneur,
    qui règne avec toi et le Saint-Esprit,
    Dieu, pour les siècles des siècles. Amen.

  • Dans quelle mesure les catholiques doivent-ils s'inquiéter pour la santé du pape ?

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    D'Edward Condon sur The Pillar :

    Dans quelle mesure les catholiques doivent-ils s'inquiéter pour la santé du pape ?

    Le calendrier de l'annonce et de l'opération du pape cette semaine suggère que ce timing n'est pas entièrement volontaire.

    12 oct. 2026

    Le pape Léon XIV a annoncé dimanche qu'il subirait une intervention chirurgicale cette semaine afin de retirer un « nodule » au poumon. Le souverain pontife a fait cette annonce à la fin de sa prière de l'Angélus dominical, demandant aux fidèles de prier pour lui.

    « Chers tous, récemment, lors de certains examens de contrôle, les médecins ont découvert un nodule dans mon poumon. Il a été détecté à un stade très précoce et était bien localisé », a déclaré Léon. « Les médecins ont jugé nécessaire d'intervenir et, suivant leur avis, j'ai décidé de me faire opérer pour le retirer. La procédure est déjà programmée pour les prochains jours. Je vous remercie pour votre soutien spirituel et je me confie à vos prières. »

    Le bureau de presse du Vatican a ensuite précisé que le pape Léon devrait être opéré à l'hôpital Gemelli le mardi 13 octobre. Le pape devrait passer jusqu'à une semaine en convalescence au Gemelli, après quoi, pour le moment, il prévoit toujours d'entreprendre le voyage apostolique le plus important et le plus long de son pontificat à ce jour, qui le mènera en Argentine, en Uruguay et au Pérou à partir du 6 novembre.

    Comme on pouvait s'y attendre, les prières ont afflué des diocèses du monde entier, accompagnées des vœux de prompt rétablissement de chefs d'État et d'institutions internationales.

    Alors, à quel point les catholiques doivent-ils s'inquiéter pour la santé du pape ? La communication du Vatican autour de la future opération de Léon est, à bien des égards, une nouvelle approche des questions de santé papale. Mais, malgré la franchise personnelle du pape, la communication du Saint-Siège soulève peut-être autant de questions qu'elle n'apporte de réponses.

    —

    La décision de Léon d'annoncer lui-même son état de santé et son prochain séjour à l'hôpital lors de l'Angélus du dimanche est, il faut le dire, un événement en soi.

    Traditionnellement, la santé des papes n'a tout simplement pas été abordée publiquement ou officiellement, jusqu'à ce que les circonstances la rendent absolument inévitable. On se souvient qu'en 2023, le pape François avait été transporté d'urgence au Gemelli en ambulance, présentant des signes d'arrêt cardiaque selon de nombreux proches, alors que la Sala Stampa (le Bureau de presse) s'était contentée de publier un communiqué affirmant qu'il s'y rendait simplement pour des examens « programmés de longue date ».

    Le fait que le pape Léon ait décidé d'annoncer lui-même sa maladie, avec une franchise remarquable, constitue un changement significatif de la politique de communication autour du Palais apostolique. Cela pourrait refléter une posture délibérément plus ouverte, par opposition aux esquives traditionnelles et fastidieuses. Ce sont peut-être là les premiers fruits d'un pape américain et d'un préfet américain au Dicastère pour la communication qui privilégient l'honnêteté comme base de travail.

    De la même manière, il faut admettre qu'il se pourrait que la situation du pape soit suffisamment grave pour qu'il soit impossible de la cacher ou de la minimiser, et que la décision ait été prise d'être aussi transparent que possible afin de couper court aux spéculations sur la santé papale.

    Certes, Léon a semblé faire tout son possible pour se vouloir rassurant — soulignant que, quel que soit le diagnostic exact, le nodule est « bien localisé » et détecté à un « stade précoce ». Bien sûr, pour quiconque l'écoute, l'évocation d'un « nodule » dans un poumon orientera immédiatement les pensées — et les prières — vers des inquiétudes concernant des mots non prononcés, tels que « cancer », « tumeur », « bénin » ou « malin ».

    Pour être clair, aucun de ces mots n'est peut-être encore médicalement approprié. Et il y a toutes les raisons de croire et de supposer que Léon donne presque autant d'informations qu'il en possède lui-même à ce stade.

    Cependant, le contexte de l'annonce du pape et le calendrier de son opération soulèvent légitimement de sérieuses inquiétudes pour Léon.

    Nous ne savons pas — et cela ne veut pas dire que quiconque ait le droit de l'exiger — quand les examens médicaux de routine ont permis cette découverte. Cela aurait pu être la semaine dernière, le mois dernier ou même plus tôt. En l'état, il n'est pas vraiment possible de dire avec quel degré d'urgence Léon est conduit au bloc opératoire. Néanmoins, il y a manifestement une urgence sérieuse dans cette affaire.

    Le fait que Léon fasse cette annonce et entre à l'hôpital cette semaine, entre toutes, signifie qu'il doit manquer le bilan et la conclusion de sa réunion mondiale des présidents des conférences épiscopales du monde entier, qu'il avait convoquée à Rome cette semaine même.

    Comme le Vatican l'a annoncé, cela a entraîné d'importants changements de programme : le tout nouveau doyen du Collège des cardinaux, le cardinal Tagle, le remplacera pour la messe de clôture mercredi, et les organisateurs de la réunion ont annoncé que le document de travail final/résumé de la réunion serait retardé jusqu'à ce que Léon puisse le lire et y contribuer.

    Ces changements suggèrent que le moment choisi pour l'opération de Léon n'est pas de son propre fait, et qu'il agit selon les meilleurs conseils médicaux possibles en agissant d'urgence. Si ce problème avait été découvert il y a des semaines, il semble raisonnable de supposer que le pape l'aurait réglé avant le début de la réunion. Et s'il avait été possible de la retarder, ne serait-ce que de quelques jours pour permettre à la réunion de se terminer comme prévu, on peut parier qu'il aurait choisi cette option.

    Il ne peut être exclu que Léon doive simplement s'adapter aux horaires de son équipe médicale, mais on peut généralement supposer qu'un homme qui occupe le rôle sans doute le plus important et le plus en vue d'Italie, sinon d'Europe occidentale, est celui autour du calendrier duquel les autres s'organisent.

    Tout cela pointe vers une découverte médicale très récente menant à un diagnostic où « chaque jour compte », ou du moins à un éventuel diagnostic suspecté.

    Bien sûr, un autre facteur qui pèse dans la balance est la prochaine visite apostolique de Léon dans trois pays d'Amérique du Sud, comprenant un retour au Pérou, où il a passé de nombreuses années comme prêtre et évêque.

    Il est tout à fait possible que les médecins, et le pape lui-même, soient plus préoccupés par les effets secondaires potentiels de la chirurgie, et le temps nécessaire à la récupération pour un homme de 71 ans — même un homme aussi robuste physiquement et activement sportif que Léon.

    Le pape doit quitter Rome le 6 novembre pour son voyage de 10 jours dans trois pays, et revenir le 17 novembre. Il se peut que Léon ait simplement pris la décision de prévoir un maximum de temps pour sa propre récupération postopératoire, et même de pallier d'éventuels imprévus, afin d'être au maximum de sa forme pour ce voyage historique.

    Bien que cela puisse être un inconvénient et, de toute évidence, un contretemps de dernière minute pour la réunion d'Amoris, il est possible que Léon accorde tout simplement moins d'importance à cette conférence qu'à la perspective de manquer son voyage de retour au Pérou, ou même de devoir réduire son itinéraire pour ce déplacement.

    Si tel est le cas, cela suggérerait une réelle et immense prudence de la part du pape à l'approche de sa tournée latino-américaine, et une indication évidente de la place qu'occupe, selon Léon, la réunion non synodale actuellement en cours à Rome.

    Quoi qu'il en soit, ce que l'on peut dire avec certitude, c'est que le fait que le pape doive retirer cette semaine, entre toutes, de son emploi du temps pour une opération et un séjour prolongé à l'hôpital est un timing extrêmement regrettable. Il est clair que c'est une décision que Léon a prise sur le conseil de ses médecins. Ensemble, ils considèrent manifestement que les risques d'un report, ne serait-ce que de quelques jours, représentent un risque inacceptable pour le pape.

    Même en espérant et en comptant sur un rétablissement complet et rapide de Léon, cela devrait être une pensée particulièrement grave pour les catholiques du monde entier.

  • Des canonistes avertissent que les propositions du Synode sur le droit canonique floutent les lignes de l'autorité ecclésiale

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Des canonistes avertissent que les propositions du Synode sur le droit canonique floutent les lignes de l'autorité ecclésiale

    Les critiques affirment que les recommandations de la commission sur la gouvernance laïque, les tribunaux et l'infaillibilité contredisent Vatican II ; ce rapport non contraignant nécessiterait l'approbation du pape Léon.

    Le pape Léon XIV rencontre des membres du Circolo di San Pietro au Vatican le 12 octobre 2026. Les modifications proposées au droit canonique par une commission synodale, qui ont suscité des critiques de la part des canonistes, nécessiteraient l'approbation papale pour entrer en vigueur. (Photo : Matteo Pernaselci / Vatican Media)

    Le pape Léon XIV rencontre les membres du Circolo di San Pietro au Vatican le 12 octobre 2026. Les modifications du droit canonique proposées par une commission du Synode, qui ont suscité les critiques de canonistes, nécessiteraient l'approbation papale pour entrer en vigueur.

    12 octobre 2026

    Plusieurs canonistes ont critiqué le rapport final d'une commission du Synode sur la synodalité consacrée au droit canonique, qualifiant plusieurs modifications proposées de rupture avec la doctrine catholique et de contraires aux enseignements du concile Vatican II.

    La commission, dont le rapport a été publié le 30 septembre par le Secrétariat général du Synode, a cherché à déterminer comment les intuitions théologiques et ecclésiologiques issues du Synode sur la synodalité (2021-2024) pourraient se traduire en normes canoniques.

    Selon le père Pius Pietrzyk, prêtre dominicain et canoniste, le rapport de la commission contient « peut-être deux idées décentes », mais oscille pour le reste entre « des modifications cosmétiques ridicules et une trahison du concile Vatican II ainsi que de deux millénaires d'ecclésiologie ».

    Les propositions législatives comprennent des amendements à 34 canons, notamment ceux qui régissent la capacité des laïcs à exercer des offices, des charges et des ministères au sein de l'Église. D'autres concernent les canons relatifs aux conciles et aux conférences épiscopales, et proposent des changements aux organes de participation dans le but de renforcer la participation et la mission.

    L'infaillibilité et le Sensus Fidelium

    Un point de discorde majeur concerne la proposition du rapport de faire précéder le canon 749 sur la doctrine de l'infaillibilité pontificale d'une référence au sensus fidelium, ou consensus universel du Peuple de Dieu.

    Empruntant le langage de la constitution Lumen Gentium de Vatican II, l'ajout proposé stipule que « l'ensemble des fidèles chrétiens, ayant reçu l'onction de l'Esprit, ne peut errer dans la foi, et manifeste cette caractéristique à travers le sens surnaturel de la foi du peuple tout entier lorsque, depuis les évêques jusqu'au dernier des fidèles laïcs, son consentement universel en matière de foi et de mœurs est démontré ».

    David Long, professeur adjoint invité à l'École de droit canonique de l'Université catholique d'Amérique à Washington, D.C., a déclaré que si le canon proposé cherche à juste titre à donner une plus grande reconnaissance juridique à l'enseignement de Vatican II selon lequel l'ensemble des fidèles ne peut errer dans la foi, il estime que sa place n'est pas dans le canon 749, qui traite de qui peut enseigner de manière infaillible.

    Il estime plutôt qu'il serait plus à sa place dans le canon 750, aux côtés de la profession de foi partagée de l'Église sous la direction du magistère. David Long souhaiterait également que le texte précise clairement que le sensus fidelium ne peut s'exercer qu'en communion avec l'autorité d'enseignement de l'Église et sous sa direction, et non comme une simple opinion majoritaire.

    « Le concile ne l'a jamais traité comme indépendant du magistère », a-t-il affirmé.

    L'Ordre sacré et la gouvernance

    D'autres propositions controversées prévoient de renforcer la capacité juridique des laïcs (hommes et femmes) qualifiés à occuper des charges ecclésiastiques, à assumer des ministères et des responsabilités, et à participer à certaines sphères de la gouvernance de l'Église ; la participation de membres non-évêques aux conciles particuliers en nombre égal à celui des membres ex officio ; ainsi que l'autorité opérationnelle des conférences épiscopales, incluant la suppression du rôle du Saint-Siège dans la délégation d'un laïc pour assister aux mariages.

    Le père Gerald Murray, canoniste et prêtre de l'archidiocèse de New York, a déclaré au Register que les modifications proposées au droit canonique « sont clairement un effort pour étendre le pouvoir de gouvernance dans l'Église aux catholiques baptisés qui ne sont pas ordonnés prêtres ou évêques ».

    Il a souligné que cette « innovation n'est pas un ajustement mineur de la discipline de l'Église catholique », mais un « rejet de l'enseignement de l'Église selon lequel la triple fonction de prêtre, de prophète et de roi n'est conférée qu'à ceux qui ont reçu l'ordination presbytérale et épiscopale ».

    Le père Murray a ajouté que selon les modifications proposées, « la triple fonction pourrait être partiellement exercée en ce qui concerne la fonction royale par des personnes baptisées non ordonnées ». De plus, selon lui, la gouvernance au sein de l'Église « deviendrait désormais un pouvoir délégué accordé à ceux qui ne sont pas des pasteurs », ce qui constituerait « une rupture radicale avec la doctrine catholique ».

    Le père Pietrzyk, qui exerce les fonctions de vicaire pour l'administration de la province dominicaine de Saint-Joseph, a déclaré au Register que le travail de la commission est « en réalité une tentative de séparer le pouvoir de gouvernance du pouvoir d'ordre d'une manière qui désacraliserait l'Église et en ferait essentiellement une communauté protestante, mais avec un pape ».

    Il s'est montré particulièrement critique à l'égard d'une proposition visant à permettre à des juges laïcs de siéger dans des tribunaux ecclésiastiques.

    « La notion d'un collège judiciaire composé entièrement de personnes dépourvues du pouvoir d'ordre est révolutionnaire, et la vision théologique qui sous-tend cette approche saperait fondamentalement la nature même de l'Église », a-t-il affirmé. « De plus, c'est entièrement contraire aux enseignements du concile Vatican II, en particulier dans Lumen Gentium, qui a mis en évidence l'unité entre les deux ». Le père Pietrzyk a ajouté que cela est formalisé dans le canon 129, que « ce document, ironiquement – ou par ignorance – ne cherche pas à modifier ».

    Pour sa part, David Long a déclaré que s'il prend au sérieux les préoccupations doctrinales concernant le lien entre la gouvernance et les ordres sacrés, le droit actuel permet déjà la présence de juges laïcs, et qu'à son avis, « l'exercice laïc de la juridiction ne constitue pas en soi une rupture avec la doctrine ». Il s'inquiète plutôt de « l'étendue de l'autorité proposée, dont les limites restent floues » et doivent être « spécifiées ».

    David Long a toutefois salué deux propositions du document : rendre les conseils pastoraux obligatoires au niveau diocésain, et exiger le consentement du conseil presbytéral pour certaines décisions épiscopales importantes.

    « Cette dernière disposition donnerait à ce conseil un rôle contraignant dans des dossiers tels que la restructuration des paroisses », a-t-il expliqué au Register. « L'Église devrait saluer une participation et une responsabilité accrues, mais exiger le consentement va au-delà de la simple consultation. La législation doit prévoir la manière dont l'évêque remplit ses responsabilités lorsqu'aucun accord ne peut être trouvé. »

    Un texte non contraignant

    Au-delà des amendements immédiats, la commission affirme qu'il existe un « besoin évident » à plus long terme d'une révision complète des codes de droit canonique latin et oriental afin d'y intégrer les intuitions théologiques et ecclésiologiques du Synode.

    Le Secrétariat du Synode a précisé que le rapport est un document de travail — donc un texte consultatif et non contraignant. Ses propositions nécessiteraient l'approbation du pape, et tout changement juridique réel exigerait une promulgation formelle.

    « Heureusement, je pense que toute cette affaire est lettre morte », a déclaré le père Pietrzyk, qui est également juge au tribunal ecclésiastique de l'archidiocèse aux Armées. « Le document en soi n'a aucune autorité juridique. » Notant le faible nombre de personnes impliquées et la « nature radicale » de certaines idées, il a estimé que ces facteurs laissaient le rapport avec « peu d'autorité morale ».

    « Ce document devrait rester ce qu'il est », a-t-il conclu, « une note de bas de page étrange dans l'histoire de l'Église ».

    Le coordinateur de cette commission de dix membres était l'archevêque Filippo Iannone, préfet du Dicastery pour les textes législatifs au moment de la création de la commission, et aujourd'hui préfet du Dicastère pour les évêques.

    Parmi les autres membres figurait le cardinal Gianfranco Ghirlanda qui, selon le père Pietrzyk, « défend depuis 40 ans une vision extrême de l'ecclésiologie centrée sur le pouvoir de délégation du Pontife Romain... »

    Parmi les autres membres figurait Myriam Wijlens, canoniste néerlandaise fervente défenseure de l'inclusion des baptisés dans le discernement et la prise de décision , ainsi que de la pleine participation des femmes à la vie délibérative et dirigeante de l'Église. Plus généralement, Wijlens a joué un rôle déterminant dans le processus synodal.

  • En Ukraine, la Russie vise désormais en priorité les civils. La réponse de l'Église

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    En Ukraine, la Russie vise désormais en priorité les civils. La réponse de l'Église

    Pour bien comprendre ce que pense Léon XIV de la guerre en Ukraine, il faut absolument lire les dix pages sur la question dans la dernière édition de « La Civiltà Cattolica », la revue des jésuites de Rome publiée sous le contrôle préalable de la Secrétairerie d’État et, bien souvent, du pape lui-même.

    Cet article s'intitule « L’Ukraine et les coûts humains du conflit ». Il traite précisément des répercussions sur la population du nouveau tournant pris par l’offensive russe : des frappes systématiques ne se limitant plus à la ligne de front, mais qui visent désormais les villes et villages de tout le pays — à commencer par la capitale, Kiev —, à coups de drones et de missiles déferlant sans relâche sur le quotidien des civils pour briser leur résistance.

    Jusqu'ici, « sans aucun signe de fléchissement à l’horizon », souligne l'auteur de l'article, le jésuite et psychologue Norbert Frejek. Bien au contraire, « les habitants des zones touchées continuent de faire preuve d'une force morale et d'une ténacité remarquables », après presque cinq ans de résistance ininterrompue face à l'invasion russe qui, « depuis février 2022, n'a conquis que 3 % du territoire ukrainien », outre les zones déjà annexées par la force depuis 2014, pour un total d'environ 20 % du territoire, Crimée comprise.

    En ce qui concerne l’invasion russe et la résistance ukrainienne qui a suivi, le jugement est sans appel. L’Ukraine « combat pour préserver son indépendance à l’intérieur des frontières internationalement reconnues ». Et « l’assistance militaire » apportée à la nation agressée, « tout comme le soutien financier et humanitaire d’où qu’il vienne, joue  dans ce cadre un rôle essentiel ».

    L’indomptable résistance de la nation agressée, écrit le P. Frejek, « puise ses racines dans l’histoire complexe de l’Ukraine, un pays qui a dû lutter pour son indépendance et qui reste marqué par la grande famine des années trente, lorsque le pouvoir soviétique a laissé plusieurs millions de personnes mourir de faim, de façon systématique. »

    L’Ukraine a été, à l’instar des pays baltes, « l’une de ces ex-républiques soviétiques qui a essayé de tirer le meilleur parti de l’effondrement de l’Union soviétique pour bâtir rapidement un État indépendant ». À l’inverse, la Russie de Vladimir Poutine ravivait ses ambitions néo-impériales, allant jusqu’à déclarer la guerre à la nation qui avait échappé à on pouvoir. Frejek écrit : « Comme l’observait déjà il y a de nombreuses années le chercheur ukrainien Mykola Riabchouk dans son compte rendu de l’ouvrage Russischer Zentralismus und ukrainische Autonomie de Zenon Kohut, l’affrontement entre ces deux systèmes politiques était inévitable : la république cosaque ne pouvait coexister avec l’autocratie, pas plus que les principes du droit romain ne pouvaient s’accorder avec le despotisme asiatique. »

    C’est à la lumière de ces analyses fondamentales qu’il faut saisir toute la portée des paroles du pape Léon sur la guerre en Ukraine, notamment celles prononcées à l’issue de l’Angélus du dimanche 6 septembre :

    « C’est avec profonde tristesse que j’ai suivi les nouvelles des violentes attaques qui ont touché récemment plusieurs villes et infrastructures civiles en Ukraine, causant la mort de personnes innocentes. Mon cœur se joint à la souffrance de la population qui vit dans l’angoisse et la peur depuis des années. Je lance un nouvel appel pour que l’on mette fin à la violence, que l’on arrête la destruction et que l’on ouvre les cœurs au dialogue et à la paix ! »

    L’article de Frejek dans « La Civiltà Cattolica » est précisément consacré à cette « souffrance de la population » rappelée par le pape. Avec d’autres jésuites, il a fondé à l’automne 2024 à Tchernivtsi, en Bucovine ukrainienne, un centre d’accompagnement psychologique et spirituel, appelé Space of Hope, destiné aux personnes frappées par la guerre qui, « tout en conservant leur capacité de résistance et d'endurance, accusent une profonde fatigue psychologique ».

    En effet, « en plus des états d’anxiété générés par les attaques fréquentes, parfois quotidiennes, de drones et de missiles, de nombreuses personnes en Ukraine souffrent également de trouble de stress post-traumatique ».

    « Les victimes les plus fréquentes – écrit Frejek – sont les soldats engagés sur le front ; cependant, la guerre actuelle a montré que le trouble de stress post-traumatique touche aussi les mères et les épouses qui attendent le retour de leurs fils et de leurs maris, tout comme les proches de ceux qui ne reviendront plus. Ce trouble constitue une forme de réponse à un traumatisme, c’est-à-dire à un événement extrêmement violent dépassant la capacité d’une personne à y faire face et à s’adapter à la situation. En d’autres termes, la personne ne parvient plus à intégrer une expérience aussi douloureuse. »

    Il s’agit surtout de ceux qui apprennent la mort d’un proche . Ils éprouvent « le sentiment qu’une part essentielle de leur vie a soudainement basculé ». Et ils se renferment sur eux-mêmes, habités par « l’idée que raconter sa vie à un inconnu suscite la méfiance » : un héritage, là aussi, de l’ère soviétique, « qui a appris à des générations entières à rester sur leurs gardes et à surveiller ce qu’elles confient aux autres ».

    « Parmi les sentiments les plus fréquents chez les proches des soldats – poursuit Frejek –, outre la peur, on retrouve le sentiment que ces hommes portent un poids écrasant. Face à des personnes qui semblent accablées par un fardeau à ce point oppressant, la tendance est souvent de prendre ses distances, presque de fuir, pour éviter que ce poids ne contamine leur entourage. Cette dynamique rappelle, à certains égards, l’attitude qui a caractérisé pendant des siècles le rapport aux lépreux. »

    Et puis il y a les enfants, qui « ne comprennent souvent que bien plus tard que leur père n'est pas simplement parti pour un long voyage, mais qu'il ne rentrera plus jamais ».

    En somme, « les images d’une jeune veuve, d’une mère ou d’un adolescent accueillant avec stoïcisme la nouvelle de la mort d’un être cher tombé au front relèvent davantage de la fiction cinématographique que de la réalité ».

    Parmi les centres qui offrent un soutien psychologique et spirituel à la population ukrainienne frappée par la guerre, Frejek cite, outre le Space of Hope, le Service jésuite pour les réfugiés de Lviv, particulièrement actif auprès des migrants internes déplacés des zones de combat ou sous occupation russe. À cela s'ajoutent les aumôniers militaires, environ 500 hommes et femmes issus de 13 confessions religieuses différentes.

    « Dans notre travail d’accompagnement, nous puisons notre inspiration dans deux passages des Écritures », écrit Frejek. « Le premier est tiré de la deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens : “Béni soit Dieu, le Père de toute consolation, qui nous réconforte dans toutes nos détresses, pour que nous puissions réconforter tous ceux qui sont dans la détresse, grâce au réconfort que nous recevons nous-mêmes de Dieu” (2 Co 1, 3 – 4). Le second est issu du livre d’Isaïe : “Par ses blessures, nous sommes guéris” (Is 53, 5). »

    Et de conclure : « En accompagnant ces personnes éprouvées, nous nous efforçons de les aider à entrevoir de nouveau un avenir et à redonner un sens à leur existence. »

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    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Les 522 bienheureux martyrs de la guerre civile espagnole (13 octobre)

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    D'Evangile au Quotidien : 

    BBx 522 martyrs de la guerre d’Espagne († 1936-1939)

    Fête Le 13 Octobre

    Commémoration commune : le 13 octobre (jour de la béatification)

    Quand nous parlons des martyrs espagnols des années 1930, nous les appelons par erreur « les martyrs de la guerre civile ». Ce n’est pas le cas, car les premiers martyrs nous les trouvons en octobre 1934, au cours de la révolution des Asturies (neuf d'entre eux furent canonisés par St Jean-Paul II en 1999). Il manquait, alors, près de deux ans au début de la guerre civile, avec laquelle ces témoins n’avaient rien à voir.

    Dans ces années terribles beaucoup de membres du clergé et de consacrés furent assassinés simplement parce qu’ils appartenaient à l’Église ; et le martyre des hommes et des femmes de l’Action  Catholique et d’autres mouvements ecclésiaux était de même nature. Mais aucun d’eux ne fut impliqué dans des luttes politiques ou idéologiques. 

    Il est attesté que la persécution a commencé bien avant la guerre civile et qu’elle n’était pas la conséquence d’une prise de position de l’Église qui, seulement à partir de juillet 1937, appuya ouvertement une des parties en conflit parce l’autre avait cessé d’exister et on continuait de tuer les ecclésiastiques et les catholiques pratiquants.

    Le dimanche 13 octobre 2013, le cardinal Angelo Amato s.d.b., préfet de la congrégation pour les causes des saints, a béatifié cinq cent vingt-deux nouveaux martyrs au cours d'une messe célébrée à Tarragone en Catalogne. Une cérémonie exceptionnelle à laquelle ont participé de très nombreux prêtres, religieux et religieuses, des familles des martyrs et près de 25.000 personnes.

    Parmi ces martyrs figurent trois évêques, 97 prêtres, 3 séminaristes, 412 consacrés et 7 laïcs provenant de différents diocèses espagnols. Ils ont été tués pour la plupart entre 1936 et 1939 par les forces républicaines. Sept d'entre eux étaient étrangers: trois Français, un Cubain, un Colombien, un Philippin et un Portugais... « Louons le Seigneur pour leurs courageux témoignages, et par leur intercession, supplions-le de libérer le monde de toute violence » a dit le pape François à l'issue de l'angélus ; il a également enregistré un message vidéo qui a été retransmis au cours de la cérémonie espagnole dans lequel il demande aux nouveaux martyrs d’intercéder pour que nous ne soyons pas des chrétiens « sans substance », eux qui étaient des chrétiens « jusqu’au bout ».

    Liste des 522 martyrs selon les 33 causes de béatification (en bleu entre parenthèses) et par nom ou groupe avec en tête (par ordre alphabétique) le premier membre du groupe.

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