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Islam

  • Quand une cathédrale disparaît

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    De Paul Murray sur First Things :

    Quand une cathédrale disparaît

     
    La cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu de Stepanakert, en Artsakh occupé, aurait été détruite par le régime azerbaïdjanais.
     
    Au cœur de Stepanakert, capitale que les Arméniens considèrent comme le cœur de l'Artsakh, se dressait jadis une cathédrale de calcaire blanc, coiffée d'un dôme et d'un clocher visibles de toute la ville. Elle fut le témoin d'innombrables prières, baptêmes et mariages ; de mères allumant des cierges pour leurs fils au front. Elle témoigna d'une communauté fidèle dont les racines chrétiennes arméniennes sur cette terre remontaient à plusieurs siècles. Lors des bombardements de 2020, des familles se réfugièrent dans ses sous-sols tandis que les obus s'abattaient et récitaient le Notre Père tandis que le sanctuaire tremblait au-dessus d'elles. Aujourd'hui, les images satellites ne montrent plus qu'une cicatrice béante à l'endroit où se dressait jadis la cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu. Le dôme a disparu. Le clocher a disparu. La croix a disparu.

    La construction de la cathédrale a débuté en 2006 et elle a été consacrée en 2019 après treize années de travaux. Bien que de construction récente, elle s'inscrit dans l'un des plus anciens territoires chrétiens encore habités. L'Arménie a adopté le christianisme comme religion d'État au début du IVe siècle, avant Rome et les royaumes européens. L'Artsakh fait depuis longtemps partie intégrante de ce patrimoine spirituel. Bien que la cathédrale de Stepanakert soit une structure moderne, elle témoigne de la continuité visible d'une très ancienne présence chrétienne.

    Entre début mars et début avril 2026, l'imagerie satellite et des enquêtes journalistiques ont confirmé la démolition systématique de la cathédrale. Les autorités azerbaïdjanaises ont par la suite reconnu avoir détruit la cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu ainsi que l'église Saint-Hakob voisine. La démolition de ces églises fait suite au déplacement de plus de 120 000 Arméniens du Haut-Karabakh après l'opération militaire azerbaïdjanaise de 2023.

    La démolition a eu lieu quelques jours seulement avant le 24 avril, date à laquelle les Arméniens du monde entier commémorent le génocide arménien. Une cathédrale construite de mémoire récente a été rasée à la veille de ce jour de commémoration d'une catastrophe qui a jadis menacé d'anéantir tout un peuple chrétien.

    Pour de nombreux chrétiens occidentaux, l'Artsakh peut sembler lointain et difficile à situer sur une carte. Mais la destruction de cette cathédrale n'est pas un simple détail régional au sein d'une autre zone frontalière contestée. C'est un événement à portée théologique. Les églises ne sont pas des édifices interchangeables. Elles témoignent de l'enracinement de l'Évangile dans un lieu précis, auprès d'un peuple particulier. Elles attestent que le culte chrétien a perduré à travers les générations et les régimes.

    Lorsqu'une telle église est démolie après le déplacement de ses fidèles, c'est plus qu'un simple édifice qui disparaît : un témoin disparaît.

    L'Église apostolique arménienne compte parmi les plus anciennes communautés chrétiennes ininterrompues au monde. Ses monastères, ses inscriptions et ses liturgies témoignent d'une foi qui a survécu aux empires, aux invasions et aux tentatives d'anéantissement. Au Haut-Karabakh, cette continuité a façonné le paysage et l'imaginaire de ceux qui y priaient. Qu'on aborde la question sous l'angle du droit international, du patrimoine culturel ou de la solidarité chrétienne, les conséquences sont graves. Une présence sacrée, établie depuis des siècles, est en train de disparaître en quelques années seulement.

    L’Épître aux Hébreux exhorte les croyants à se souvenir des personnes emprisonnées comme s’ils l’étaient avec eux. Ce commandement n’a jamais été limité par la géographie. Il s’étend au souvenir des communautés dont les églises sont détruites et dont la présence est menacée, même si elles vivent loin et parlent une autre langue.

    Les pierres de la cathédrale de Stepanakert ne crient peut-être pas, mais elles parlent. Elles nous rappellent que le christianisme n'est pas seulement un ensemble de croyances transmises à travers le temps. C'est aussi une présence qui se transmet à travers les lieux. Les églises d'Arménie appartiennent non seulement aux Arméniens, mais à l'histoire même du christianisme. Lorsque ces lieux disparaissent, c'est toute l'Église qui en souffre.

  • « La franchise du discours du pape Léon contraste avec la prudence diplomatique traditionnelle du Vatican »

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    D'Álvaro Peñas sur The European Conservative :

    « La franchise du discours du pape Léon contraste avec la prudence diplomatique traditionnelle du Vatican », écrit Constance Avenel (ECLJ).

    « L’Union européenne et le Conseil de l’Europe ont mis en place des mécanismes spécifiques pour lutter contre l’antisémitisme et la haine anti-musulmane, alors qu’il n’existe aucun cadre équivalent pour lutter contre la haine anti-chrétienne. »

    Constance Avenel est une avocate et experte française en droits de l'homme qui occupe actuellement le poste de directrice du plaidoyer pour la liberté religieuse au Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ). 

    Nous avons discuté de la récente visite du pape Léon XIV en Algérie, de la situation des chrétiens au Maghreb et des persécutions et discriminations dont sont victimes les chrétiens dans de nombreuses régions du monde.

    Beaucoup considèrent la récente visite du pape Léon XIV à Alger comme un succès. Êtes-vous d'accord ?

    Absolument. Le pape est un chef d'État, mais avant tout, il est un pasteur, le gardien de son troupeau, et c'est à ce titre qu'il est venu rendre visite à la petite mais très dynamique communauté catholique d'Algérie. Dans un pays où la liberté religieuse est de plus en plus restreinte, le pape a apporté de la joie aux fidèles et un nouvel espoir à son troupeau. Selon plusieurs observateurs sur place, les catholiques étaient « ravis » et la visite a été un « succès total ». Il faut dire que les autorités ont investi massivement dans cet événement : le président Tebboune a personnellement supervisé les préparatifs, et rien n'a été laissé au hasard.    

    En se rendant en Algérie, et notamment sur le site antique d'Hippone où saint Augustin exerça son épiscopat à la fin du IVe siècle, le pape a ravivé le patrimoine chrétien du pays. L'Algérie fut en effet jadis une terre profondément chrétienne, berceau de penseurs de l'Église latine. Dans ce contexte, le ministère de la Culture et des Arts a même consacré la première édition du Symposium sur la pensée afro-américaine à l'héritage de saint Augustin, figure emblématique du dialogue entre l'Afrique et le monde méditerranéen. Cet événement s'est tenu peu après la visite du pape, les 29 et 30 avril à Alger.

    Espérons que cette tendance se poursuive. Si l'on peut se réjouir de cette renaissance officielle de cet héritage chrétien, il ne faut pas oublier que, par cet accueil fastueux réservé au pape, le régime a cherché à restaurer sa légitimité, dans le but de faire oublier ses excès autoritaires des dernières années. 

    Jusqu'à présent, le gouvernement algérien a condamné les critiques formulées par des instances internationales, comme le Parlement européen, à l'encontre de sa politique religieuse, les qualifiant d'« ingérence flagrante ». La visite du pape peut-elle mettre un terme à cette politique, ou une pression internationale accrue est-elle nécessaire ?

    Malheureusement, dans un contexte de restrictions croissantes des libertés publiques en Algérie depuis 2019, il est peu probable que la visite du pape à elle seule entraîne un changement significatif de la politique gouvernementale ou des réformes immédiates en faveur d'une plus grande reconnaissance des chrétiens.

    Au-delà des gestes symboliques et d'un accueil chaleureux, aucune modification institutionnelle concrète ne semble avoir suivi cette visite jusqu'à présent. Les églises n'ont pas rouvert leurs portes, l'Église protestante d'Algérie n'est toujours pas reconnue officiellement comme association religieuse et des questions telles que les restrictions imposées par le Code de la famille ou la fermeture de Caritas n'ont pas été abordées.

    Cela dit, cette visite a permis de mettre en lumière la présence des chrétiens en Algérie et leur diversité. L'archevêque Vesco d'Alger a souligné l'importance des églises protestantes, et une jeune pentecôtiste a partagé son témoignage à Notre-Dame d'Afrique. Le pape a également contribué à une meilleure visibilité de la situation. Bien qu'aucune réforme n'ait été mise en œuvre immédiatement après sa visite, la perspective d'une réforme à long terme est bien réelle. À la fin de sa visite, le pape a déclaré : « Durant nos deux jours en Algérie, nous avons eu une formidable occasion de poursuivre le dialogue et de tisser des liens. » Le pape était conscient de la situation des chrétiens, et en particulier des protestants. Malgré les efforts des autorités algériennes pour écarter l'EPA (Église protestante d'Algérie), ces derniers ont réussi à faire entendre leur voix auprès du pape. 

    Le pape a contribué à inscrire la question des minorités religieuses en Algérie à l'agenda international. Il a ouvert la voie et il appartient désormais à la communauté internationale de s'emparer de cette cause, et au président Tebboune de prendre les mesures nécessaires pour respecter ses obligations internationales en matière de liberté de religion. 

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  • Le pape Léon XIV souligne la « fraternité universelle » et le « respect véritable de tous les hommes et de toutes les femmes » dans les relations avec le monde musulman

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    Du Père Raymond J. de Souza sur le National Catholic Register :

    Le pape Léon XIV souligne l'héritage de fraternité avec le monde musulman

    COMMENTAIRE : Revenant sur l’héritage du pape François, le pape Léon XIV souligne la « fraternité universelle » et le « respect véritable de tous les hommes et de toutes les femmes » dans les relations avec le monde musulman.

    Le pape Léon XIV pose avec le recteur Mohamed Mamoun Al Qasimi à la Grande Mosquée d'Alger le 13 avril.
    Le pape Léon XIV pose avec le recteur Mohamed Mamoun Al Qasimi à la Grande Mosquée d'Alger le 13 avril. (photo : Vatican Media)

    Lors de son audience générale cette semaine, évoquant son récent voyage dans quatre pays africains, le pape Léon XIV a commencé par l'Algérie, berceau de lieux associés à saint Augustin, qu'il a qualifiée de « racines de son identité spirituelle ». Il y a parlé de « franchir et de consolider des ponts essentiels pour le monde et l'Église aujourd'hui : le pont avec l'époque féconde des Pères de l'Église ; le pont avec le monde islamique ; et le pont avec le continent africain. »

    Ce « pont » vers le monde islamique – l’Algérie étant un pays à majorité musulmane – mérite d’être souligné. La violence islamiste contre les chrétiens constitue un problème urgent dans certaines régions d’Afrique, notamment au Nigéria, l’État africain le plus peuplé.

    L’éventualité d’un rapprochement avec le monde islamique transparaissait également dans les propos du Saint-Père lors du premier anniversaire de la mort du pape François, survenue pendant son pèlerinage en Afrique. De fait, cette dimension du dialogue entre catholiques et musulmans constitue un aspect important du pontificat de François qu’il convient de ne pas oublier.

    Le voyage du pape Léon XIV en Afrique marquait un retour aux voyages papaux des années 1980 et 1990, lorsque saint Jean-Paul II effectuait régulièrement de longs séjours dans plusieurs pays. Son dernier voyage de ce type fut une visite de onze jours en Amérique du Nord en 2002 pour les Journées Mondiales de la Jeunesse à Toronto, au Canada, suivie de la canonisation de Juan Diego de Guadalupe à Mexico. Mais la fin de ces voyages épiques était déjà admise, plusieurs jours de repos papal près de Toronto étant nécessaires avant les JMJ.

    Depuis, sous les pontificats de Benoît XVI et de François, les voyages papaux ont été plus courts, généralement de quelques jours, et comportent moins d'étapes ; François, en 2014, s'est rendu à Strasbourg pendant quatre heures ! Mais Léon a 70 ans — un pape n'a pas été aussi jeune depuis 36 ans — et il est en pleine forme.

    L'année 2024, dernière année du pontificat du pape François, a fait exception à la règle des voyages papaux plus courts. Il a entrepris le plus long voyage de son mandat, un périple de douze jours à travers l'Indonésie, le Timor oriental, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Singapour. Initialement prévu pour 2020, dans la foulée de sa visite à Abou Dhabi en 2019, ce voyage avait été reporté en raison de la pandémie. François était déterminé à le mener à bien, même si cela impliquait de traverser le monde en fauteuil roulant.

    L'islam au XXIe siècle

    Le principal enjeu interreligieux du pontife polonais Jean-Paul II concernait ses relations avec les Juifs, qu'il considérait non pas comme « inter »religieuses, mais comme relevant d'une même famille de foi. Trois moments marquants ont jalonné ces relations : l'homélie à Auschwitz en 1979, la visite à la synagogue de Rome en 1986 et le pèlerinage en Israël en 2000.

    Concernant les relations avec l'islam, en 2001, il est devenu le premier pape à entrer dans une mosquée, visitant la Grande Mosquée de Damas lors de son voyage en Syrie, quelques mois seulement avant le 11 septembre. Cependant, l'islam n'était pas un sujet dominant pour Jean-Paul II.

    À l'occasion du cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre, le pape Benoît XVI a abordé de front la question islamique, devenue d'une actualité brûlante, lors de son discours de Ratisbonne. Il y a dénoncé le caractère déraisonnable de la propagation de la foi par la violence et a évoqué les limites de la raison dans les contextes catholique, protestant et islamique. Ses propos à Ratisbonne sur le rôle historique de la violence dans l'islam ont suscité une vive polémique, donnant lieu notamment à des manifestations violentes. Certains martyrs tués par des extrémistes islamistes après ce discours, dont sœur Leonella Sgorbati, missionnaire italienne en Somalie, ont été béatifiés par le pape François en 2018.

    La perspicacité et le courage de Benoît XVI ont permis une véritable avancée dans les relations catholiques-islamiques. Henry Kissinger considérait cette déclaration comme la plus importante sur l'islam après le 11 septembre, et elle fut si bien accueillie par les dirigeants musulmans que le roi Abdallah d'Arabie saoudite effectua une visite historique à Benoît XVI au Vatican en 2007.

    Les mutations islamiques en Orient

    Le pape François a été témoin de deux changements historiques au sein de l'islam mondial. L'évolution de l'Arabie saoudite, sous l'impulsion des réformes du prince héritier Mohammed ben Salmane, a été particulièrement remarquée. La famille royale saoudienne a en effet modéré son fondamentalisme islamique, tant au niveau national que dans son soutien au djihad à l'étranger. Cette nouvelle Arabie saoudite autorise les femmes à conduire, accueille des compétitions de catch professionnel (avec des catcheuses vêtues de manière plus pudique) et a été la première destination du président Donald Trump lors de ses deux mandats.

    L'autre changement, plus significatif encore, est l'essor de Nahdlatul Ulama (NU) en Indonésie. Il s'agit de la plus grande organisation musulmane au monde, avec quelque 100 millions de membres, dans le pays à majorité musulmane le plus peuplé. L'islam indonésien, sous l'égide de NU, a puisé dans ses propres ressources théologiques pour promouvoir une image moins agressive et plus fraternelle. Il a notamment défendu l'idée que la « citoyenneté », ouverte à tous, devrait constituer l'identité civique fondamentale, plutôt que de distinguer les musulmans des « infidèles ».

    Lors du sommet du G20 organisé par l'Indonésie en 2022, NU – dont le dirigeant prône une approche inspirante des textes du concile Vatican II – a saisi l'occasion pour convoquer un sommet « R20 » réunissant des chefs religieux du monde entier. Parmi les orateurs principaux et fervents soutiens figurait la professeure Mary Ann Glendon, ancienne ambassadrice des États-Unis près le Saint-Siège, qui considérait les travaux du R20 et de NU comme une avancée majeure pour approfondir les fondements religieux de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

    Pape François, Fraternité et Islam

    C’est pour cette raison que le pape François a tant insisté sur la fraternité avec les musulmans durant son pontificat. À bord de l’avion papal, lors du premier anniversaire de la mort de son prédécesseur, le pape Léon XIV a choisi de rappeler que la fraternité était l’héritage fondamental du pape François.

    « On peut se souvenir de beaucoup de choses [à propos du pape François] », a déclaré Léon XIV . « Par exemple, la fraternité universelle ; la volonté de promouvoir un respect authentique pour tous les hommes et toutes les femmes ; la promotion de cet esprit de fraternité, d’être frères et sœurs les uns pour les autres, de chercher à vivre le message de l’Évangile tout en reconnaissant cet esprit de fraternité entre tous. »

    Le point culminant de cette initiative fraternelle a été la signature à Abou Dhabi, en février 2019, du Document sur la Fraternité Humaine par le pape François et le grand imam d'Al-Azhar au Caire, Ahmed Al-Tayeb.

    En raison de certaines imprécisions dans la formulation théologique, le document a suscité des remous dans le monde catholique, nécessitant une clarification : c’est la « volonté permissive » de Dieu qui autorise le pluralisme religieux dans l’histoire, et non son intention originelle.

    L'important n'était cependant pas tant que le Pape ait signé la déclaration, mais plutôt que le Grand Imam l'ait fait, étant donné que lui et Al-Azhar n'ont pas toujours, pour le dire avec délicatesse, entretenu des relations fraternelles entre chrétiens et juifs. La signature du Grand Imam constituait un événement marquant. Il s'agissait d'une tentative louable du Saint-Siège de dialoguer avec la plus haute autorité savante de l'islam et de promouvoir les évolutions prometteuses au sein du monde musulman.

    Les déclarations de fraternité demeurent une réponse nécessaire, mais non suffisante à elles seules, face aux actes de violence antichrétiens les plus brutaux. On peut citer, parmi les exemples les plus tragiques, le massacre du dimanche de Pâques au Sri Lanka en 2019 et le massacre de 21 chrétiens coptes sur une plage libyenne en 2015.

    Ces derniers martyrs, bien que non catholiques, ont été ajoutés au Martyrologe romain, le livre liturgique des saints, par le pape François en 2023 – une décision théologiquement imprécise, certes, mais cette fois-ci généralement bien accueillie. Leurs reliques ont été vénérées dans la basilique Saint-Pierre quelques mois seulement avant le voyage de François en Indonésie.

    Lors de son séjour en Algérie, le pape Léon XIV a souligné que la fête des martyrs d'Algérie — assassinés entre 1994 et 1996 et béatifiés par le pape François en 2018 — est le 8 mai, jour de son élection comme pape en 2025.

    L’esprit de la déclaration d’Abu Dhabi s’est concrétisé par la construction de la Maison de la Famille abrahamique dans cet émirat, un complexe remarquable abritant une église, une mosquée et une synagogue.

    Le pluralisme dans l'histoire

    Les initiatives fraternelles islamiques du pape François — mises en avant par le pape Léon XIV — ont rencontré une certaine résistance, y compris de la part de ceux qui n'avaient pas soutenu les initiatives juives de Jean-Paul II, craignant que la singularité de la foi catholique ne soit compromise. Cette interprétation était excessivement pessimiste, étant donné que François a débuté son pontificat en prêchant que « lorsque nous ne professons pas Jésus-Christ, nous professons la mondanité du diable, une mondanité démoniaque ».

    Dans le même esprit que le professeur Glendon en Indonésie, le regretté père Richard John Neuhaus aimait à dire que « le pluralisme est inscrit dans le scénario de l'histoire ».

    « L’Église n’est pas intimidée par le pluralisme, car le pluralisme est la conséquence inévitable de la liberté, et l’Église est le premier défenseur de la liberté dans le monde », a-t-il écrit .

    En évaluant l'héritage du pape François, Léon XIV a eu raison de mettre l'accent sur la fraternité. C'était le thème de sa dernière encyclique et de ce long voyage final en Indonésie où, malgré le fléau de la violence, il a cherché un visage de l'islam porteur d'un sourire fraternel.

  • Une cathédrale arménienne démolie au Haut-Karabakh

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    D'Edgar Beltrán sur le Pillar :

    Une cathédrale arménienne démolie dans une région contestée

    28 avril 2026

    Le gouvernement azerbaïdjanais a démoli début avril une cathédrale arménienne située au Haut-Karabakh, selon des médias locaux, ravivant un conflit de longue date dans cette région frontalière dont le territoire est disputé entre les deux pays depuis les années 1990.

    L'Église apostolique arménienne a dénoncé la démolition de la cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu dans la ville de Stepanakert, affirmant qu'elle visait à « effacer toute trace arménienne » de la région.

    La cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu en 2024. Crédit : Golden/wikimedia CC BY 4.0

    Cette évolution survient moins de trois ans après une offensive militaire de l'Azerbaïdjan qui a conduit à la dissolution de la République autoproclamée d'Artsakh dans la région contestée du Haut-Karabakh, une zone internationalement reconnue comme faisant partie de l'Azerbaïdjan mais historiquement peuplée et contrôlée par des chrétiens arméniens jusqu'en 2023.

    L'offensive de 2023 a provoqué l'exode de plus de 120 000 Arméniens et a fait des centaines de morts. Les organisations de défense des droits humains et les dirigeants arméniens ont qualifié cet exode de nettoyage ethnique.

    L'Arménie, pays de la superficie comparable à celle de l'État du Maryland, compte environ trois millions d'habitants. Elle est bordée par la Turquie à l'ouest, la Géorgie au nord, l'Azerbaïdjan à l'est et l'Iran au sud. Environ 95 % de la population appartient à l'Église apostolique arménienne et 0,6 % à l'Église catholique.

    Plusieurs organisations de défense des droits humains et des militants arméniens ont décrit la démolition de la cathédrale comme s'inscrivant dans un schéma plus large d'effacement culturel systématique dans la région.

    La démolition a eu lieu peu avant le 111e anniversaire du génocide arménien, au cours duquel on estime qu'entre 1 et 1,5 million d'Arméniens de souche ont été tués et que des millions d'autres ont été déportés de force par le gouvernement ottoman pendant la Première Guerre mondiale.

    Le gouvernement azerbaïdjanais n'a ni annoncé ni expliqué publiquement la démolition de la cathédrale, bien que des médias progouvernementaux aient affirmé que le gouvernement arménien était responsable de la destruction de monuments religieux azerbaïdjanais dans la région, semblant ainsi suggérer des représailles pour ces crimes présumés.

    Le média arménien Hetq a affirmé avoir vérifié la démolition de l'église grâce à des images satellites montrant les pavés blancs autour de la cathédrale, mais pas l'église elle-même, ce qui a incité plusieurs organisations de défense des droits de l'homme et des médias à vérifier ces informations.

    La construction de la cathédrale a débuté en juillet 2006 et elle a été consacrée en avril 2019. C'était la plus grande église arménienne de tout le Haut-Karabakh. Elle a servi d'abri anti-bombes pendant la seconde guerre du Haut-Karabakh en 2020, mais n'a subi que des dommages mineurs.

    L'organisme de surveillance du patrimoine culturel arménien Monument Watch avait signalé que l'église Saint-Jacques, construite en 2007 et située dans la même ville, avait également été démolie début avril.

    L'Église apostolique arménienne est l'ancienne Église nationale d'Arménie et fait partie des Églises orthodoxes orientales, une communion d'environ 70 millions de fidèles qui comprend également l'Église copte orthodoxe.

    Les Églises orthodoxes orientales se sont séparées de l'Église après le concile de Chalcédoine en 451, principalement en raison de divergences sur les formules utilisées pour définir la nature du Christ. Ces dernières décennies, ce désaccord est perçu comme essentiellement sémantique, toutes les parties professant la même foi en la divinité et l'humanité du Christ, bien que dans un langage différent.

    L’Église apostolique arménienne a déclaré dans un communiqué du 23 avril : « Il est évident que le gouvernement azerbaïdjanais continue de cibler les lieux saints chrétiens arméniens dans le but d’effacer toute trace arménienne d’Artsakh. »

    « Cet acte de vandalisme d’État prouve une fois de plus que la politique anti-arménienne de l’Azerbaïdjan n’a pas changé, ce qui rend les déclarations concernant l’établissement d’une paix stable et durable avec l’Arménie douteuses. »

    Les autorités ecclésiastiques ont également appelé le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan à prendre des « mesures urgentes et efficaces » pour empêcher le régime azerbaïdjanais d'anéantir le patrimoine culturel arménien dans la région.

    Cependant, interrogé le 18 avril sur les informations faisant état de la destruction de la cathédrale, Pashinyan a déclaré : « Ma préoccupation concerne les monuments historiques et culturels situés sur le territoire arménien. »

    La semaine dernière, Pashinyan a de nouveau été interrogé sur la démolition, et il a déclaré que le gouvernement arménien cherchait actuellement à obtenir davantage d'informations, mais qu'il était réticent à faire de cette destruction « un sujet de discussions internationales au niveau étatique ».

    « Sur de telles questions, surtout à ce stade, il faut faire preuve de prudence, car elles constituent une arme à double tranchant », a déclaré Pashinyan.

    Le gouvernement de Pashinyan a reconnu la souveraineté azerbaïdjanaise sur la région en 2022 et a déclaré à plusieurs reprises que la question était close pour son administration.

    Cette démolition intervient dans un contexte de confrontation entre l'Église apostolique arménienne et le gouvernement arménien.

    En février, le parquet a ouvert une enquête pénale contre le chef de l'Église apostolique arménienne et lui a interdit de quitter le pays.

    Karékine II, patriarche suprême et catholicos de tous les Arméniens , devait se rendre en Autriche pour une réunion du 16 au 19 février du synode des évêques de l'Église apostolique arménienne , dont il est le président.

    Les autorités arméniennes accusent Karékine II, chef de l'Église apostolique arménienne depuis 1999, d'entrave à la justice. L'Église rejette ces accusations, les qualifiant d'ingérence injustifiée dans ses affaires intérieures.

    Le 4 janvier 2026, Pashinyan, qui occupait le poste de Premier ministre depuis 2018, a publié une vidéo dans laquelle il lisait à haute voix une déclaration qui établissait une « feuille de route » pour la réforme de l'Église apostolique arménienne.

    Le texte prévoyait la destitution de Karékine II, l'élection d'un nouveau Catholicos de tous les Arméniens et l'introduction de nouvelles mesures visant à garantir la transparence financière et l'intégrité du clergé.

    La vidéo montrait huit évêques orthodoxes arméniens signant le document à la résidence de Pashinyan. Deux autres, absents lors de la cérémonie, l'ont également approuvé.

    Parmi les dix signataires du texte de la feuille de route des réformes figurait l'évêque Gevork Saroyan, à la tête du diocèse de Masyatsotn. Le 10 janvier, Karékine II a démis Saroyan de ses fonctions pour abus de pouvoir.

    Le 14 janvier, un tribunal civil a ordonné la réintégration de Saroyan. Karékine II a réagi le 27 janvier en destituant Saroyan de l'état clérical.

    Le 14 février, le procureur général d'Arménie a ouvert une enquête pénale contre Karékine II, l'accusant d'obstruction à l'exécution de la décision de justice ordonnant la réintégration de Saroyan. Le chef religieux aurait également été empêché d'assister au synode des évêques de l'Église apostolique arménienne en Autriche.

    Le représentant légal de Karékine II a décrit cette initiative comme une « ingérence directe dans les affaires internes de l'Église ».

    Pashinyan a affirmé que la réunion en Autriche s'inscrivait dans un plan visant à créer un « catholicosat fantoche » en dehors de l'Arménie.

    Il a déclaré : « Je ne le permettrai pas. L’Arménie ne restera pas simple spectatrice. La réaction sera très ferme. Nous détournerons l’attention de ceux qui convoitent les trésors d’Etchmiadzin, dissimulés sous le masque de bienfaiteurs, vers une tout autre direction. Si des mesures supplémentaires s’avèrent nécessaires, elles seront prises. »


    Le Vatican a été critiqué pour ses liens avec le régime azerbaïdjanais, accusé par les organisations de défense des droits de l'homme de persécution ethnique des chrétiens arméniens dans les territoires frontaliers.

    L'Azerbaïdjan a signé en septembre des accords avec l'hôpital pour enfants Bambino Gesù et la Bibliothèque apostolique et les Archives apostoliques du Vatican, ce qui a alarmé les critiques qui accusent le régime azerbaïdjanais de violations des droits de l'homme à l'encontre de la minorité arménienne et de pratiquer une « diplomatie du caviar » en utilisant son pouvoir culturel et économique pour façonner la politique du Vatican dans la région du Caucase du Sud.

    En avril 2025, le régime azerbaïdjanais a organisé une conférence à l'Université pontificale grégorienne, provoquant une vive réaction.

    La conférence s'intitulait « Le christianisme en Azerbaïdjan : histoire et modernité ». Mais des militants arméniens et des responsables religieux ont qualifié l'événement d'élément d'une campagne plus vaste visant à effacer l'héritage chrétien arménien des territoires contestés.

    Les documents promotionnels de la conférence comprenaient des textes typiquement azerbaïdjanais sur l'histoire de l'Asie occidentale, notamment une présentation du monastère arménien médiéval de Dadivank, avec l'affirmation qu'il appartenait à la culture « albanaise caucasienne », une affirmation du gouvernement azerbaïdjanais largement contestée par les historiens.

    « Cela n’a aucun fondement dans la réalité. Ils prétendent qu’il s’agit d’églises albanaises caucasiennes, mais les Albanais caucasiens ont disparu au VIIIe siècle », a déclaré l’archevêque orthodoxe Vicken Aykazian, directeur œcuménique du diocèse oriental de l’Église apostolique arménienne d’Amérique, au journal The Pillar en avril 2025.

    Malgré ces controverses, la conférence a reçu une lettre de félicitations du cardinal Claudio Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises orientales.

    Plusieurs mois avant l'offensive de 2020 au Haut-Karabakh, la Première dame d'Azerbaïdjan, Mehriban Aliyeva, a été décorée de l'Ordre du pape Pie IX au Vatican.

    Ilqar Mukhtarov, ambassadeur d'Azerbaïdjan auprès du Saint-Siège, a reçu la même distinction le 3 avril 2025.

    La Fondation Heydar Aliyev compte parmi ses partenaires la Bibliothèque apostolique vaticane et les Musées du Vatican , et soutient plusieurs projets de restauration au Vatican.

    La liste comprend les catacombes romaines de Marcellin et de Pierre, les catacombes de Commodille et les catacombes de San Sebastiano, la restauration d'une statue de Zeus aux musées du Vatican, la restauration et la traduction de plus de 3 000 livres et 75 manuscrits à la Bibliothèque apostolique vaticane, la restauration d'un bas-relief représentant la rencontre entre le pape Léon le Grand et Attila le Hun dans la basilique Saint-Pierre, et la restauration de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs.

    Selon le média italien Irpi Media , les dons s'élevaient à 640 000 euros (environ 730 000 dollars). Cependant, un responsable azerbaïdjanais a déclaré publiquement en 2020 que le montant dépassait le million d'euros. De nombreux travaux de restauration ayant été effectués après 2020, il est probable que la somme réelle soit encore plus élevée.

    L'un des plus importants projets de restauration a été dévoilé en 2024, lorsque le Gouvernorat de l'État de la Cité du Vatican a annoncé un accord entre la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs et la Fondation Heydar Aliyev.

    Les observateurs estiment que les liens entre le Vatican et l'ancienne république soviétique ont été renforcés grâce au cardinal Claudio Gugerotti, qui est actuellement préfet du Dicastère pour les Églises orientales et qui a été nonce apostolique en Azerbaïdjan, en Arménie et en Géorgie de 2001 à 2011.

    Durant le mandat de Gugerotti comme nonce azerbaïdjanais, les autorités azerbaïdjanaises ont signé un accord bilatéral avec le Saint-Siège en 2011, nommant un ambassadeur la même année, et ont commencé à tenir des réunions fréquentes, tant en Azerbaïdjan qu'au Vatican, avec des responsables du Saint-Siège, parmi lesquels le secrétaire d'État de l'époque, le cardinal Tarcisio Bertone , et le cardinal Gianfranco Ravasi, alors président du Conseil pontifical pour la culture.

    Selon Irpi Media , Ravasi est une autre figure centrale reliant l'Azerbaïdjan et le Vatican.

    Ravasi a ouvert la voie à des projets de restauration financés par des Azerbaïdjanais au Vatican avec un accord signé en 2012 pour la restauration des catacombes romaines, ainsi qu'un autre pour la traduction et la restauration de manuscrits de la Bibliothèque apostolique.

     
  • Non, l’Occident n’a pas emprunté à l’islam l’art de bâtir les cathédrales gothiques

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    Non, l’Occident n’a pas emprunté à l’islam l’art de bâtir les cathédrales gothiques. Cette idée, relayée par Jean-Luc Mélenchon (notamment en 2011, puis en juin 2025 et mars 2026), relève d’une simplification militante et historique inexacte, comme l’explique l’historien médiéviste Sylvain Gouguenheim dans un entretien au Figaro Histoire (avril 2026).

    Les affirmations de Mélenchon

    Mélenchon a déclaré, entre autres : « S’il n’y avait pas eu Saladin, vous ne sauriez pas bâtir des cathédrales, parce que c’est lui qui vous a appris comment on faisait. C’est lui qui vous a appris comment on faisait les vitraux et qui vous a appris les maths. » Ou encore, à Bondy en mars 2026 : les bâtisseurs ont « profité du savoir qu’ils avaient rapporté des musulmans et des croisades pour faire de la physique et des mathématiques, et faire de la chimie pour faire des vitraux, parce qu’ils n’étaient pas au courant, ils n’y connaissaient rien ». Il moque aussi l’idée que « les Goths » auraient inventé les arcs brisés.

    Ces propos visent à souligner une dette supposée majeure de l’Europe chrétienne envers le monde islamique médiéval, dans un contexte politique où l’on insiste sur les « apports » de l’islam à la civilisation occidentale.

    La réponse de Gouguenheim

    Sylvain Gouguenheim, professeur émérite d’histoire médiévale à l’ENS de Lyon et auteur notamment d’Aristote au Mont Saint-Michel (2008, sur les racines grecques directes de l’Europe chrétienne), qualifie ces affirmations d’« erronées ou très approximatives » :

    • Chronologie : L’architecture gothique naît en Île-de-France dans les années 1130-1140 (basilique de Saint-Denis sous Suger, puis cathédrales de Sens, Noyon, Laon, etc.). Saladin ne prend le pouvoir qu’en 1174 et son règne (1174-1193) est postérieur aux premiers chefs-d’œuvre gothiques. Le lien direct avec lui est anachronique.
    • Mathématiques : La construction des cathédrales reposait sur une géométrie appliquée pratique, héritée de l’époque romane (règles de proportion, équerre, compas, savoir-faire empirique des maîtres maçons transmis sur les chantiers). Elle n’exigeait ni la géométrie grecque théorique avancée ni les développements algébriques arabo-persans. Les bâtisseurs médiévaux occidentaux maîtrisaient déjà les outils nécessaires.
    • Techniques spécifiques (vitraux, arcs, voûtes) : Les vitraux colorés relèvent d’un savoir-faire occidental ancien (verrerie romaine et carolingienne), perfectionné au XIIe siècle sans recours à une « chimie » importée des croisades. L’arc brisé (ou ogival) existait dans l’Antiquité tardive et l’architecture romane ; il n’est pas une invention islamique transmise miraculeusement.

    Gouguenheim insiste : ces thèses relèvent d’un « contexte militant » et d’un raccourci rhétorique, pas d’une analyse historique rigoureuse.

    Contexte historique plus large

    • Origines du gothique : Le style gothique (voûtes sur croisée d’ogives, arcs-boutants, élévation verticale, grandes baies) est une innovation franco-picarde du XIIe siècle. Il synthétise des éléments antérieurs : voûtes d’ogives anglo-normandes (Durham, Lessay), arcs-boutants bourguignons (Cluny), murs fins des basiliques paléochrétiennes d’Île-de-France. C’est un laboratoire technique occidental, porté par la vitalité économique, démographique et spirituelle de l’Europe capétienne (foi chrétienne, concurrence entre évêques et abbés, essor urbain).
    • Influences et échanges : Il existait des contacts (commerce, croisades, Sicile, Espagne de la Reconquista). Certains motifs décoratifs (arabesques, polylobés) ou techniques mineures ont pu circuler, comme dans l’art roman (ex. : certaines églises du sud). Mais l’architecture gothique n’est pas une copie ou un emprunt structurel à l’architecture islamique (mosquées à arcs brisés, coupoles, iwans). Le gothique exprime une théologie chrétienne de la lumière (Dieu comme Lux) et une aspiration verticale vers le ciel, très différente de l’esthétique islamique.
    • Transmission des savoirs : Gouguenheim a montré dans ses travaux que l’héritage grec (Aristote notamment) est parvenu en Occident via des voies directes (Byzance, traductions latines dès le XIe-XIIe siècle à Mont-Saint-Michel ou ailleurs) autant que via le monde arabo-musulman (Tolède, etc.). Ce dernier a préservé et commenté des textes, mais n’a pas été l’unique ni le principal vecteur. L’idée d’un Occident « ignorant » sauvé par l’islam est une caricature orientaliste inversée.

    Des auteurs comme Diana Darke (Stealing from the Saracens) ou Christopher Wren (XVIIe siècle, qui parlait de « style sarrasin » pour le gothique) défendent une influence plus forte, souvent en insistant sur des similarités formelles ou des transferts via les croisés. Ces thèses sont contestées par de nombreux historiens de l’art médiéval, qui y voient une surinterprétation (confusion entre motifs décoratifs et structure porteuse, ignorance des évolutions internes à l’Occident). Des critiques universitaires (Byng, Kinsella) relativisent fortement ces claims.

    Pourquoi cette polémique ?

    Elle s’inscrit dans un débat plus vaste sur les « racines » de l’Europe et la place de l’islam dans son histoire. Minimiser le génie propre de la chrétienté médiévale occidentale (son dynamisme technique, théologique et social) au profit d’un narratif de dette exclusive sert parfois un agenda politique contemporain. L’histoire réelle est plus nuancée : l’Europe médiévale a assimilé, transformé et innové à partir de multiples héritages (gréco-romain, chrétien, germanique, byzantin), sans être une tabula rasa sauvée par Bagdad ou Cordoue.

    Les cathédrales de Chartres, Reims, Amiens ou Notre-Dame de Paris restent avant tout le fruit du savoir-faire, de la foi et de l’organisation des sociétés chrétiennes occidentales du XIIe-XIIIe siècle. Elles témoignent d’un élan créateur autonome, pas d’un simple transfert technologique depuis le monde islamique. Gouguenheim a raison de le rappeler face aux approximations militantes.

    Synthèse obtenue avec l'IA

  • Le silence de l’APCE face aux attaques et discriminations visant les chrétiens en Europe

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    De Thibault van den Bossche sur le site de l'ECLJ :

    L’APCE silencieuse face aux attaques et discriminations visant les chrétiens en Europe

    23 Avril 2026
    La résolution intitulée «Lutter contre la discrimination fondée sur la religion et protéger la liberté de religion ou de conviction en Europe» adoptée par l’APCE le 21 avril 2026 maintient un déséquilibre manifeste dans le traitement des différentes religions. Elle n’intègre pas pleinement la réalité des attaques et discriminations visant les chrétiens, pourtant largement documentées par l’ECLJ.

    Lors de sa session d’avril 2026, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a adopté une résolution intitulée «Lutter contre la discrimination fondée sur la religion et protéger la liberté de religion ou de conviction en Europe». Ce texte réaffirme des principes essentiels, mais maintient un déséquilibre dans la manière dont les institutions européennes traitent les atteintes visant les chrétiens. Ce déséquilibre n’est pas seulement rhétorique: il reflète une hiérarchisation implicite des formes d’intolérance religieuse et traduit une difficulté persistante à reconnaître pleinement les atteintes antichrétiennes.

    La résolution mentionne une «recrudescence significative de l’antisémitisme» et «une augmentation des incidents antisémites» replacées dans le contexte de «l’attentat terroriste du 7 octobre 2023 et du conflit à Gaza», ainsi qu’«une augmentation des incidents islamophobes» (§4). Elle renvoie également à deux résolutions spécifiques de 2022 sur la lutte contre l’antisémitisme et contre « l’islamophobie, ou racisme antimusulman » (§3), illustrant une nouvelle fois l’attention quasi exclusive des institutions européennes à ces phénomènes.

    Il faut remonter à 2015 pour que les chrétiens soient mentionnés, et encore de manière marginale, dans la résolution «Combattre l’intolérance et la discrimination en Europe, notamment lorsqu’elles visent des chrétiens». Cette absence de reconnaissance explicite s’inscrit dans la continuité du mandat actuel de la «Représentante spéciale […] sur l’antisémitisme, la haine antimusulmane et toutes les formes d’intolérance religieuse», qui ne cite pas les chrétiens. Sa titulaire a d’ailleurs pris part au Forum diplomatique d’Antalya, en Turquie, du 17 au 19 avril, pour y dénoncer la haine antimusulmane en ligne.

    Pourtant, les 2.211 actes antichrétiens recensés en Europe en 2024, selon l’Observatoire de l’Intolérance et de la Discrimination contre les Chrétiens en Europe (OIDAC), appellent une reconnaissance tout aussi explicite. L’ECLJ a d’ailleurs largement documenté ces attaques et discriminations dans son rapport 2025 sur La christianophobie et la haine antichrétienne en Europe. Un tel déséquilibre affaiblit la cohérence d’ensemble de la résolution et interroge sur l’égalité de traitement entre les différents groupes religieux.

    Une reconnaissance importante mais encore limitée des discriminations contre les chrétiens

    De manière bienvenue cependant, l’Assemblée reconnaît que «l’intolérance et la discrimination fondées sur la religion ou la conviction touchent tant les groupes religieux majoritaires que minoritaires en Europe» et que «l’expression de la foi est parfois limitée de manière injustifiée par la législation et les politiques nationales» (§10).

    Cette formulation mérite d’être soulignée. Elle introduit une reconnaissance implicite, mais réelle, des atteintes subies par les chrétiens, y compris dans des sociétés où ils restent numériquement majoritaires. Elle conforte également les analyses de l’ECLJ concernant certaines dérives de la laïcité, notamment en France, lorsque celle-ci conduit à restreindre de manière disproportionnée l’expression chrétienne.

    Une volonté louable d’améliorer la collecte des données

    La résolution invite les États à «collecter des données sur l’intolérance et la discrimination fondées sur la religion» (§14.1.1). L’ECLJ soutient pleinement cet objectif. Une documentation précise constitue une condition indispensable à toute politique efficace. Dans ce domaine, le travail d’organisations indépendantes, telles que l’OIDAC ou l’Observatorio para la Libertad Religiosa y de Conciencia (OLRC) en Espagne, joue un rôle déterminant.

    Cependant, trois limites persistent. Les victimes chrétiennes sous-déclarent les attaques qu’elles subissent, par autocensure, craignant de jouer la victimisation, de manquer de charité chrétienne ou d’attiser des tensions sociales. Les autorités publiques sous-comptabilisent les crimes antichrétiens, pour ne conserver que ceux avec une motivation politique clairement identifiée. Enfin, la transmission de ces données à des institutions internationales comme l’ODIHR de l’OSCE se fait de manière incomplète selon les États. Ces limites contribuent à invisibiliser une partie significative des violences et discriminations subies par les chrétiens en Europe.

    L’absence d’objection de conscience et de mesures pour protéger les lieux de culte

    Malgré ces avancées, deux omissions limitent la portée de la résolution. Elle ne mentionne à aucun moment le droit à l’objection de conscience, pourtant au cœur de nombreuses situations concrètes. Par exemple, une religieuse devra-t-elle pratiquer l’euthanasie dans un hôpital catholique? C’est la question qu’ont soulevée l’ECLJ et Sœur Agnès, médecin des Petites sœurs des pauvres, devant le Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction à Genève.

    Aucune disposition spécifique ne concerne la protection des lieux de culte, alors même que les actes de vandalisme et les attaques contre les églises se multiplient en Europe. À titre d’exemple, la France a mobilisé près de 48 millions d’euros entre 2015 et 2025 pour sécuriser les sites religieux, notamment par l’installation de systèmes de vidéosurveillance et de dispositifs de protection renforcée.

    Une ouverture intéressante au dialogue avec la société civile

    L’APCE introduit une perspective encourageante en invitant à «renforcer la consultation et la communication avec les communautés religieuses et les organisations de la société civile lors de l’élaboration de la législation» (§14.3.2). L’ECLJ contribue déjà activement à ce dialogue auprès des institutions nationales, européennes et internationales, en mettant à disposition son expertise juridique. Nous poursuivrons activement notre engagement en faveur de la liberté de religion des chrétiens en Europe.

    Pour garantir une protection effective, les attaques et discriminations visant les chrétiens doivent être reconnues et traitées sans biais. La liberté de religion, protégée par l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, ne peut être assurée sans le respect du principe de non-discrimination consacré à l’article 14. Cela implique une prise en compte équilibrée des atteintes subies par les chrétiens, ainsi que des réponses concrètes. À cet égard, l’ECLJ a saisi la Présidente de l’APCE par une pétition en ce sens, appelant à une réponse ferme contre les attaques et discriminations visant les chrétiens.

    Christianophobie : ça suffit !
    Lire le texte complet de la pétition
    9,443 SIGNATURES
  • De l'Algérie à Strasbourg: le témoignage de Monique Yakout Khentache

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    Du site de l'ECLJ :

    Monique Yakout Khentache est une chrétienne, convertie de l'islam, écrivaine et d'origine algérienne. Elle vit aujourd'hui en France à Strasbourg et a écrit deux livres sur son parcours spirituel et personnel, de son éducation musulmane dans un village de Kabylie à son travail d'écriture aujourd'hui, en passant par sa conversion et son intégration en France.

    L'ECLJ publie cet entretien suite à la visite de Léon XIV en Algérie et à la publication de notre rapport sur "L'oppression des chrétiens en Algérie" accessible ici sur notre site internet.

    Signer la Pétition de soutien aux chrétiens d’Algérie

  • « La pression des autorités algériennes n’est pas admissible, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane » (Mgr Rey)

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    De "Tribune Chrétienne" :

    Monseigneur Rey : « La pression des autorités algériennes n’est pas admissible, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane »

    "Je regrette profondément que le pape Léon XIV ne se rende pas à Tibhirine"

    13 avril 2026

    À l’occasion du déplacement du pape Léon XIV en Afrique, et plus particulièrement de sa visite aujourd’hui et demain en Algérie, nous avons voulu entendre une autre voix que celle du consensus général que certains s’efforcent d’afficher. Derrière les discours officiels, cette interview donne la parole à Monseigneur Rey, ancien évêque du diocèse de Fréjus-Toulon, attentif à la réalité vécue par les communautés chrétiennes sur place:

    Pourquoi avez-vous co-signé cette tribune dans le JDD consacrée à la liberté religieuse menacée en Algérie ?

    Je connais plusieurs chrétiens arabes et kabyles qui se sont ouverts à moi et m’ont exprimé leur vision des choses. Je suis très sensible à leur témoignage et à la situation globale des chrétiens en Algérie, qu’ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes. Donc je suis sensible à la situation des chrétiens qui tombent dans une situation de quasi persécution. En Algérie nous assistons à des restrictions dans l’exercice du culte et de la pratique religieuse de plus en plus importantes. La liberté de croire doit être respectée, j’ai donc profité de cette tribune pour exprimer aux côtés d’autres témoignages cette conviction que je fais mienne.

    Que vous inspire la visite du pape et les propos du cardinal Jean-Paul Vesco ?

    Le cardinal Vesco parle d’une rencontre du souverain pontife avec le peuple algérien, ce qui en soi est très bien, mais il faut aussi savoir mettre sur la table les sujets de tension et en particulier la marginalisation des communautés chrétiennes suite aux restrictions légales qui ont été récemment décrétées.

    Que pensez-vous du fait que le pape Léon XIV ne se rende pas à Tibhirine ?

    Je regrette profondément que cette étape n’ait pas lieu alors que le martyre de tous ces témoins de la foi marque l’histoire religieuse des chrétiens en Algérie. Le souci légitime de promouvoir la fraternité requiert que l’on soit en transparence sur la situation actuelle des chrétiens qui méritent d’être respectés afin de pouvoir vivre leur foi en toute liberté. À vouloir être trop consensuel on n’est plus dans la vérité.

    Comment qualifiez-vous aujourd’hui la situation des chrétiens en Algérie ?

    La pression des autorités actuelles en Algérie n’est pas admissible. Cela rejoint d’ailleurs le principe de la laïcité, au bon sens du terme, qui doit accepter que chacun puisse exprimer sa croyance ou sa non-croyance. C’est une distinction qui n’est pas faite en Algérie aujourd’hui, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane.

    Est-ce que le Vatican est conscient de cette réalité ?

    Je pense que les autorités du Saint-Siège ont reçu des témoignages de communautés chrétiennes qui sont profondément blessées par cette situation actuelle. Le Vatican cherche à rentrer dans un chemin de dialogue mais il faut aussi que la diplomatie et le dialogue intègrent et évoquent l’expression des difficultés, des épreuves et des souffrances.

    Vous êtes-vous déjà rendu en Algérie ?

    Oui, je suis allé plusieurs fois, dont en pèlerinage à Tamanrasset sur les traces du Bienheureux Charles de Foucauld. Je suis également allé à Tibhirine, quelques années après le massacre des moines. Je me suis recueilli sur leur tombe qui se trouve dans l’enclos du monastère.

    Propos recueillis par Philippe Marie

  • Dialogue interreligieux et paix : la première journée du pape en Algérie

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    De Nico Spuntoni sur la NBQ :

    Dialogue interreligieux et paix : la première journée du pape en Algérie

    Léon XIV s'est présenté comme un témoin de paix dans « un monde plein de conflits et d'incompréhensions ». Il a visité la Grande Mosquée d'Alger et a honoré la mémoire de deux religieuses et bienheureuses espagnoles, martyrisées en 1994. Aujourd'hui, il s'installe dans la ville qui fut la patrie de saint Augustin.

    – Un pays de graves persécutions pour les chrétienspar Anna Bono

    14/04/2026

    Léon XIV visite la Grande Mosquée d'Alger

    La veille du troisième voyage apostolique de Léon XIV, Donald Trump a suscité une vive émotion. L'attente était grande à bord du vol pour Alger, où l'on craignait une possible riposte à l'attentat de la nuit. Le pape, sans ambages, a déclaré ne pas vouloir débattre avec le président américain, tout en ajoutant qu'il n'avait aucune crainte de son administration.

    Le pape s'est dit heureux de visiter à nouveau la terre de saint Augustin , considérant l'évêque d'Hippone comme « un pont essentiel dans le dialogue interreligieux ». Arrivé au Maqam Echaid, monument dédié aux victimes de la révolution algérienne, le pape a rendu hommage au peuple algérien, le qualifiant de « fort et jeune ». Il a été accueilli par le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d'Alger. Dans son discours au monument, Léon XIV a évoqué le pardon, reconnaissant sa difficulté, mais ajoutant que « tandis que les conflits continuent de se multiplier dans le monde, on ne peut pas accumuler les ressentiments ». Le pontife a également honoré les martyrs de la révolution algérienne représentés sur le monument, saluant leur « courage et leur amour de la liberté ». Il a ensuite rencontré les autorités au centre de conférences de Djamaa el Djazair et les a exhortées à « ne pas dominer » mais à « servir le peuple et son développement ».

    Il a également évoqué le rôle de l'Église catholique locale qui, par ses communautés et ses initiatives, s'efforce de « contribuer au bien commun de l'Algérie ». Léon XIV s'est présenté comme un témoin de paix dans « un monde en proie aux conflits et à l'incompréhension ». Parmi ses discours les plus « politiques », il a lancé un appel contre « les violations persistantes du droit international et les velléités coloniales ». Le dialogue interreligieux était au cœur de cette première journée en Algérie, marquée par une visite pieds nus à la Grande Mosquée d'Alger. Là, le Pape s'est exprimé spontanément et, répondant au salut du recteur, a de nouveau mentionné son « père spirituel, saint Augustin, qui a tant voulu enseigner au monde, notamment par la recherche de la vérité, la recherche de Dieu, la reconnaissance de la dignité de chaque être humain et l'importance de construire la paix ». Le Pape a également déclaré que « chercher Dieu, c'est aussi reconnaître l'image de Dieu en chaque créature, en chaque enfant de Dieu, en chaque homme et chaque femme créés à l'image et à la ressemblance de Dieu ». Ces mots constituent le fondement de l’invitation à « apprendre à vivre ensemble dans le respect de la dignité de chaque personne humaine ». 

    Le pape Prévost a également honoré la mémoire de deux religieuses assassinées en 1994 , les bienheureuses Esther Paniagua Alonso et Caridad María Alvarez Martín, par une visite privée au centre d'accueil et d'amitié des Sœurs Missionnaires Augustines de Bab El Oued. C'est dans cette même ville de la province d'Alger que les deux sœurs infirmières ont subi le martyre. La rencontre s'est terminée à la basilique Notre-Dame d'Afrique à Alger, que le pape a décrite dans son discours comme le « symbole d'une Église de pierres vivantes où, sous le manteau de Notre-Dame d'Afrique, se construit la communion entre chrétiens et musulmans ». Aujourd'hui, le pape se rend à Annaba pour une journée sur les traces d'Augustin, dans ce qui fut jadis l'ancienne cité d'Hippone.

    Lire également : L'attaque incontrôlée de Trump contre Léon XIV suscite également la suspicion chez les catholiques.

  • Comment réagir face aux persécutions anti-chrétiennes ?

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    Une "opinion" de Benoit Lannoo, Historien de l’Église, spécialiste des chrétiens d’Orient et des relations interreligieuses publiée dans La Libre de ce 13 avril, pp. 26-27 :

    Persécutions anti-chrétiens : comment réagir ?

    L’idée que les chrétiens sont persécutés était taboue. Or, le 21 janvier, le Parlement européen a adopté un texte sur les droits de l’homme dans le monde, dans lequel apparaît pour la première fois la notion de la “christianophobie”. Les députés déplorent que “le christianisme reste aujourd’hui la religion la plus persécutée au monde, avec plus de 380 millions de personnes concernées”.

    Ce changement de cap a été accueilli avec enthousiasme. L’Observatoire sur l’intolérance et la discrimination à l’égard des chrétiens en Europe a remarqué que le Parlement “reconnaît non seulement l’ampleur mondiale de la persécution anti -chrétienne, mais met également en avant une asymétrie institutionnelle au sein de l’architecture anti-discrimination existante de l’Union européenne”. Et la Commission des évêques de la Communauté européenne (Comece) a réitéré son appel pour un coordinateur européen contre la “haine anti-chrétienne”. Mais le texte adopté n’est pas contraignant ; reste donc à voir si la Commission d’Ursula von der Leyen s’y conformera.

    Instrument pour diplomates

    Notons d’abord qu’il est bon de cartographier le phénomène, situé dans un angle mort. Parfait de veiller sur la situation précaire des Yézidis en Irak. Mais quand le soi-disant État islamique a attaqué ce peuple avec une violence génocidaire il y a dix ans, des milliers de chrétiens ont aussi été expulsés de la plaine de Ninive, avec moins d’attention internationale.

    Les maisons de chrétiens qui ont fui leur sont d’ailleurs encore toujours extorquées à des prix ridicules. Et quand récemment les Kurdes du nord-ouest de la Syrie ont été attaqués, presque personne n’a rapporté que leurs alliés chrétiens payaient également le prix de cette violence sunnite.

    Plus d’attention pour la persécution des chrétiens peut pousser les diplomates à l’évoquer d’office dans leurs contacts. Quand le président Erdogan va-t-il respecter les villages chrétiens victimes des attaques de la Turquie qui prétend ne viser que la résistance kurde à ses frontières ?

    On n’a d’ailleurs pas encore gagné quand on parvient à convaincre les gouvernements des droits des chrétiens. Un diplomate m’a confié que ses interlocuteurs pakistanais étaient tous d’accord que leurs lois antiblasphème ne peuvent être abusées pour exercer une pression sur des filles chrétiennes non mariées. Mais le gouvernement a-t-il de l’impact sur l’intérieur du pays ?

    Mais le concept de la “christianophobie” a ses limites. En effet, on court le risque d’accusation d’antisémitisme ou d’islamophobie. Ou d’être dit ne pas respecter la liberté d’expression ou autres droits de l’homme. Au Nicaragua, Daniel Ortega persécute l’Église catholique. Depuis 2018, des centaines de prêtres, religieuses et prélats ont été arrêtées ou forcés à l’exil. Les Sandinistes ont fermé la formation sacerdotale dans quatre diocèses, et la Semaine Sainte, les processions y étaient interdites. Mais personne ne s’en soucie. L’extrême gauche européenne continue même à soutenir cette dictature.

    Réciprocité ?

    Le Maroc a ratifié plusieurs traités sur la liberté religieuse et la liberté de conscience. Lors de la visite du pape François en 2019, le roi Mohammed VI a réaffirmé se porter “garant des Juifs marocains et des chrétiens étrangers vivant au Maroc”. Mais le droit pénal impose des peines à quiconque aide un musulman à se convertir à une autre religion. Il n’est donc pas permis d’y annoncer l’Évangile, comme dans tous pays islamiques. L’inverse l’est bien : un djihadiste en Irak vient de séduire une mineure chrétienne pour un mariage polygame. Les autorités locales et la mosquée détournent le regard.

    Le sionisme fanatique en Israël s’engage systématiquement dans la christianophobie. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, les chrétiens et leurs églises se font cracher dessus par des Juifs orthodoxes – ce que le ministre extrémiste Itamar Ben-Gvir qualifie de “coutume ancestrale”. Dans le Sud-Liban, Israël continue d’exiger l’évacuation de villages maronites, d’où le Hezbollah tirerait des roquettes. Les résidents chrétiens refusent, ce que le prêtre Boutros al-Raï de Qlayaa a déjà payé avec la vie. Le ministère de l’Éducation vient aussi d’interdire à 200 enseignants chrétiens de Cisjordanie d’enseigner dans des écoles chrétiennes à Jérusalem.

    Le patriarche latin de Jérusalem a été empêché par la police d’entrer dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem le dimanche des Rameaux, alors qu’il respectait l’interdiction de rassembler plus de 50 personnes, tandis qu’un rabbin a tenu un Seder avec des milliers de juifs hassidiques au Vizhnitz Meor Haim au centre de la veille ville. De plus en plus nombreux sont d’ailleurs les colons qui déclarent ouvertement que “le christianisme est idolâtrie” et que la Torah les exige “de tuer les idolâtres dans tous les territoires que nous occupons et de détruire leurs lieux de culte”.

    Entre-temps, les Églises catholiques en Syrie ont annulé toute manifestation publique pendant la Semaine Sainte, car lors des attaques sunnites contre les chrétiens d’Al Suqaylabiyyah fin mars, les forces de sécurité syriennes ne sont pas intervenues.

    En Iran, ce ne sont pas que les ayatollahs et leurs fidèles chiites qui paient le prix de l’agression occidentale, mais les chrétiens et les juifs : Israël a bombardé la synagogue Rafi-Nia, la cathédrale russe-orthodoxe de Téhéran et deux églises arméniennes-apostoliques à Ispahan.

    Et au Haut-Karabagh, en 2023, après 1700 ans de présence chrétienne ininterrompue, les chrétiens y ont été expulsés par l’Azerbaïdjan.

    En Belgique

    L’antichristianisme existe aussi chez nous. La droite et l’extrême droite se sont emparées du thème, alors qu’ils ne soutiennent pas nécessairement le message chrétien du dialogue avec l’autre ou de l’hospitalité envers les étrangers. Les milieux chrétiens au centre ou à gauche hésitent dès lors à alerter, pour ne pas raviver des tendances islamophobes, homophobes voire antisémites. Le vandalisme contre des églises, la profanation de tombes et l’agression visant des symboles chrétiens, ne sont souvent que des “faits divers”.

    Les chrétiens ont appris à vivre avec la parodie ; mais démolir à coups de marteaux des statues de Jésus et Marie, comme l’ont récemment fait les présentateurs de Studio Brussel, est-ce vraiment drôle ? Ils ne se réalisent pas combien de personnes ils blessent. Et le Samedi Saint, Opera Ballet Vlaanderen a mis en scène des femmes avec une coiffe de nonne se faisant percer les tétons… comme dans un club SM privé.

    Pourquoi quand les chrétiens font l’objet d’insultes vulgaires, ce “n’est pas un sujet” ? “Nous n’y avons tout simplement pas trop réfléchi”, dit-on chez Studio Brussel. J’appelle dès lors les académiques, la société civile, les responsables d’Églises et tout homme et femme de foi, à chercher le narratif adéquat pour défendre les chrétiens.

    Espérance ?

    “Faut-il au fond se défendre ?” L’évêque d’Anvers vient, dans une carte blanche, de soulever la question. “Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux” (Matthieu 5,11-12a).

    En ce temps pascal, il est bon de s’accrocher à l’espérance qui a propulsé les chrétiens depuis la Résurrection. Les insultes que nous subissons ne sont pas grand-chose à côté des persécutions d’innombrables chrétiens, qui n’ont pas peur d’être “témoins” de leur espérance.

  • « Un jour, l'Afrique nous ramènera au Christ. »

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    De Stephan Baier sur le Tagespost :

    « Un jour, l'Afrique nous ramènera au Christ. »

    « Les missions à l’étranger sont un remède à notre frustration envers l’Église », déclare le père Karl Wallner. Il médite sur les péchés de l’Occident et la joie de la foi chez les chrétiens africains.
    Père Karl Wallner
    Photo : Missio Austria | Le père Karl Wallner dirige Missio – les Œuvres pontificales missionnaires en Autriche – depuis le 1er septembre 2016. Depuis sa prise de fonction, les dons reçus par Missio Austria ont plus que doublé.

    À17 ans, j'ai ressenti un appel à la prêtrise, mais je désirais aussi devenir missionnaire. Ce fut une expérience bouleversante, mais Dieu m'a ensuite clairement conduit à Heiligenkreuz. Je suis devenu curé assez tôt, puis, après mon doctorat, professeur à l'université. Fort de mon élan missionnaire, j'ai pu m'investir comme aumônier de jeunesse, ce qui a attiré de nombreux jeunes dans notre communauté. Ce fut donc une grande surprise lorsqu'on a proposé de nommer un moine cistercien, qui n'avait même jamais mis les pieds en Afrique, directeur national des Œuvres pontificales missionnaires en Autriche. Je savais que je ne comprenais rien à l'Église universelle et que je devais aller sur le terrain.

    Vous voyagez à travers le monde depuis près de dix ans. Cela a-t-il changé et façonné votre vision de l'Église universelle ?

    Je vis dans un monde et une Église totalement nouveaux ! Mon principal champ d'action et de mission reste cependant l'Autriche, car les missions internationales sont un remède à notre frustration face à l'Église. J'ignorais auparavant que l'Église universelle dans les pays du Sud était si forte et en pleine croissance. J'essaie de partager ce qui m'inspire en Autriche et d'encourager les gens à prier pour l'Église universelle – et bien sûr, à faire des dons pour que nous puissions la soutenir.

    Vous connaissez désormais les deux réalités : africaine et européenne. Ce qui est particulièrement frappant, c’est que l’Europe vieillit, tandis que l’Afrique affiche les taux de natalité les plus élevés. Ce phénomène se reflète-t-il également au sein de l’Église ?

    Oui, démographiquement, nous connaissons un déclin dramatique depuis 50 ans. L'Europe ne représente plus que 9 % de la population mondiale, contre 60 % pour l'Asie. L'Afrique connaîtra une croissance d'un milliard d'habitants supplémentaires au cours de ce siècle. Ce continent a besoin de notre attention car nous sommes très proches. Après tout, seule la mer Méditerranée nous sépare. Par conséquent, prendre soin de cette jeune Église en pleine croissance doit être une priorité absolue pour nous, en Europe.

    En Europe, la connaissance de la foi a diminué, et la ferveur religieuse s'est affaiblie. Quelle expérience avez-vous vécue à ce sujet en Afrique ?

    Avant même de rejoindre Missio, j'étais impressionné par nos étudiants nigérians à Heiligenkreuz : après seulement trois mois d'apprentissage du français, ils étaient capables de lire la Phénoménologie de l'esprit de Hegel ! J'espère donc vivre assez longtemps pour voir un pape noir. Ils en ont assurément le potentiel ! Il y a aussi, bien sûr, les traumatismes causés par le culte des ancêtres et les pratiques magico-occultes comme la croyance aux démons. C'est pourquoi l'Afrique subsaharienne a embrassé le christianisme si rapidement : la foi en un Dieu rédempteur et aimant représente une véritable libération de la croyance aux démons. L'Église est forte en Afrique car la foi y est empreinte d'une grande joie, d'un théocentrisme et d'un amour du divin que nous avons perdus.

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  • Pakistan : le tribunal fédéral de la charia valide le mariage d’une jeune chrétienne de 13 ans avec un homme musulman

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    De Nirmala Carvalho sur Crux :

    Les évêques du Pakistan dénoncent la décision de justice dans une affaire de mariage d'enfants

    L’archevêque Joseph Arshad du diocèse catholique d’Islamabad-Rawalpindi au Pakistan a exprimé sa profonde inquiétude et son inquiétude face à une décision récente du tribunal fédéral de la charia validant le mariage d’une jeune fille chrétienne de 13 ans avec un homme musulman.

    En vertu de la loi pakistanaise, l'âge légal du consentement au mariage est de 18 ans.

    Créée en 1980, la Cour fédérale de la charia examine la conformité des lois pakistanaises aux principes islamiques. Les évêques catholiques, d'autres chefs religieux et des représentants de la société civile au Pakistan affirment que la nouvelle décision de la charia contredit les décisions antérieures et pourrait créer un dangereux précédent.

    L'adolescente de Lahore a été portée disparue en juin 2025. Son père, Masih Shahbaz, affirme qu'elle a été enlevée et manipulée par Shehryar Ahmad, un mécanicien local.

    Au Pakistan, un panel de deux juges a validé le mariage malgré les actes de naissance officiels présentés au tribunal qui indiquaient que la jeune fille avait 13 ans au moment de sa disparition.

    Le tribunal a qualifié les documents gouvernementaux de « non fiables » et a plutôt cru l'affirmation du défendeur selon laquelle le mineur avait atteint un « âge de maturité » et s'était converti volontairement à l'islam.

    Les responsables religieux s'inquiètent de ce que cette décision permette aux interprétations religieuses de primer sur les lois d'état civil.

    « Cette situation est profondément troublante », a déclaré Arshad à Crux Now, « et l’incohérence apparente dans l’application des lois destinées à protéger les mineurs mine la confiance dans le système judiciaire et soulève de graves préoccupations quant à la sécurité et à la dignité des communautés vulnérables. »

    Arshad a déclaré que de tels cas devaient être traités dans le strict respect de la loi, qui fixe clairement l'âge minimum du mariage à 18 ans. Il s'est dit préoccupé par le fait que les garanties juridiques destinées à protéger les enfants ne soient pas appliquées de manière uniforme.

    L’archevêque a réaffirmé l’engagement de l’Église à défendre la justice, la dignité et l’égalité de protection pour tous les citoyens, en particulier les plus vulnérables.

    Il a appelé les autorités compétentes à prendre des mesures immédiates et efficaces pour assurer la protection des mineurs, faire respecter les garanties constitutionnelles et respecter les engagements du Pakistan en matière de normes internationales relatives aux droits de l'homme.

    La Conférence des évêques catholiques du Pakistan (PCBC) et la Commission nationale des évêques pour la justice et la paix (NCJP) ont publié une déclaration commune par l'intermédiaire du projet de journalisme sur les droits de l'homme Voicepk.net, avertissant que les cas impliquant des filles chrétiennes enlevées sont jugés d'une manière incompatible avec la loi du pays.

    « Les tribunaux n’appliquent pas systématiquement la législation interdisant le mariage des personnes de moins de 18 ans », indique le communiqué conjoint. « Cette application sélective de la loi est profondément préoccupante. »

    Le PCBC et le NCJP ont souligné que, si l'indépendance judiciaire doit être respectée, les tribunaux ont également l'obligation de veiller à ce que les allégations de conversion forcée et de mariage d'enfants fassent l'objet d'enquêtes transparentes, impartiales et pleinement conformes aux protections constitutionnelles et aux normes internationales relatives aux droits de l'homme.

    Des organisations de défense des droits des femmes et des droits humains, dont Minority Rights March, Aurat March et le Minority Forum Pakistan, ont organisé un rassemblement de protestation et une conférence de presse au Karachi Press Club contre la décision de la Cour constitutionnelle fédérale concernant la fille de M. Shehbaz.

    Voicepk.net a rapporté que les organisations ont appelé les autorités compétentes à revoir leur décision et à faire respecter les droits et la dignité de tous les citoyens, quelle que soit leur religion.

    Les participants ont exigé une révision du verdict, exprimant leur profonde tristesse et leur colère face à cette décision et soulignant que la jeune fille est victime d'enlèvement et de mariage d'enfant et qu'elle court désormais le risque de subir des préjudices graves supplémentaires.

    Les manifestants ont averti que cette décision compromet de fait les lois contre le mariage des enfants et pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les jeunes filles mineures à travers le pays. Ils ont appelé les autorités à revenir sur leur décision et ont exhorté les institutions étatiques à agir, les mettant en garde contre de graves répercussions en cas d'inaction.

    Les manifestants ont également affirmé que cette décision contredisait les jugements précédents, notamment ceux de la Cour fédérale de la charia, et qu'elle pourrait donc mettre en danger non seulement les filles issues de minorités, mais aussi les filles musulmanes.

    « Les tribunaux », a déclaré l’archevêque d’Islamabad-Rawalpindi à Crux Now, « ont la responsabilité fondamentale de veiller à ce que toutes les allégations, en particulier celles concernant les conversions forcées et les mariages d’enfants, fassent l’objet d’enquêtes transparentes, impartiales et justes. »