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Regina Cœli, laetare, alleluia: quia quem meruisti portare, alleluia. Resurrexit, sicut dixit, alleluia. Ora pro nobis Deum, alleluia.
V. Gaude et laetare, Virgo Maria, alleluia. R. Quia surrexit Dominus vere, alleluia.
Reine du ciel, réjouissez-vous, alléluia car Celui que vous avez mérité de porter dans votre sein, alléluia est ressuscité comme Il l'a dit, alléluia Priez Dieu pour nous, alléluia.
V. Soyez dans la joie et l'allégresse, Vierge Marie, alléluia. R. Parce que le Seigneur est vraiment ressuscité, alléluia.
(Source) L'Exultet est un chant liturgique par lequel l'Eglise, durant la veillée pascale du Samedi saint, proclame l'irruption de la lumière dans les ténèbres (symbolisée par celle du cierge pascal qui vient d'être allumé) et annonce la Résurrection du Christ.
Ce chant très ancien, dont le texte a été fixé par le pape Innocent III, comprend deux parties : un prologue, toujours identique, et une préface, qui a parfois varié (version romaine, milanaise ou bénéventaine).
Ce chant en latin est appelé "Exultet" d'après son premier mot (Exultet iam angelica turba caelorum ! "Qu'exulte maintenant la troupe des anges célestes !") ; aujourd'hui, il est chanté soit en latin, soit dans une traduction ou adaptation dans les langues vernaculaires.
Un passage du chant est particulièrement célèbre, le "Felix culpa" : "O heureuse faute qui nous a mérité un tel et un si grand Rédempteur !" (O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem !)
Ce chant évoque la traversée de la mer Rouge lors de l'Exode et célèbre la Pâque du Christ. Ce chant célèbre et explique la signification du cierge pascal. Il évoque le travail de l'abeille, productrice de la cire, et va jusqu'à la comparer à la Vierge Marie.
Le chant de l'Exultet était traditionnellement écrit non dans un livre mais sur un rouleau, qui était lu dans sa longueur (à la différence de la manière antique). Le diacre laissait pendre devant l'ambon le texte déjà lu, et des illustrations, faites "à l'envers", permettaient aux fidèles des premiers rangs de suivre par l'image ce qui était chanté ! (cependant, il faisait sombre, l'église n'étant alors éclairée que par le cierge pascal : il s'agissait donc en partie d'un élément symbolique...). Plusieurs collections de manuscrits et musées possèdent des "rouleaux d'Exultet", qui sont un des fleurons de l'art de l'enluminure et de la calligraphie dans le domaine occidental.
Gáudeat et tellus, tantis irradiáta fulgóribus: et ætérni Regis splendóre illustráta, tótius orbis se séntiat amisísse calíginem.
Lætétur et mater Ecclésia, tanti lúminis adornáta fulgóribus: et magnis populórum vócibus hæc aula resúltet.
Vere dignum et iustum est, invisíbilem Deum Patrem omnipoténtem Filiúmque eius unigénitum, Dóminum nostrum Iesum Christum, toto cordis ac mentis afféctu et vocis ministério personáre.
Qui pro nobis ætérno Patri Adæ débitum solvit, et véteris piáculi cautiónem pio cruóre detérsit.
Hæc sunt enim festa paschália, in quibus verus ille Agnus occíditur, cuius sánguine postes fidélium consecrántur.
Hæc nox est, in qua primum patres nostros, fílios Israel edúctos de Ægypto, Mare Rubrum sicco vestígio transíre fecísti.
Hæc ígitur nox est, quæ peccatórum ténebras colúmnæ illuminatióne purgávit.
Hæc nox est, quæ hódie per univérsum mundum in Christo credéntes, a vítiis sæculi et calígine peccatórum segregátos, reddit grátiæ, sóciat sanctitáti.
Hæc nox est, in qua, destrúctis vínculis mortis, Christus ab ínferis victor ascéndit.
Nihil enim nobis nasci prófuit, nisi rédimi profuísset. O mira circa nos tuæ pietátis dignátio! O inæstimábilis diléctio caritátis: ut servum redímeres, Fílium tradidísti!
O certe necessárium Adæ peccátum, quod Christi morte delétum est! O felix culpa, quæ talem ac tantum méruit habére Redemptórem!
O vere beáta nox, quæ sola méruit scire tempus et horam, in qua Christus ab ínferis resurréxit!
Hæc nox est, de qua scriptum est: Et nox sicut dies illuminábitur: et nox illuminátio mea in delíciis meis.
Huius ígitur sanctificátio noctis fugat scélera, culpas lavat: et reddit innocéntiam lapsis et mæstis lætítiam. Fugat ódia, concórdiam parat et curvat impéria.
In huius ígitur noctis grátia, súscipe, sancte Pater, laudis huius sacrifícium vespertínum, quod tibi in hac cérei oblatióne solémni, per ministrórum manus de opéribus apum, sacrosáncta reddit Ecclésia.
Sed iam colúmnæ huius præcónia nóvimus, quam in honórem Dei rútilans ignis accéndit. Qui, lícet sit divísus in partes, mutuáti tamen lúminis detrimenta non novit.
Alitur enim liquántibus ceris, quas in substántiam pretiósæ huius lámpadis apis mater edúxit.²
O vere beáta nox, in qua terrénis cæléstia, humánis divína iungúntur!¹
Orámus ergo te, Dómine, ut céreus iste in honórem tui nóminis consecrátus, ad noctis huius calíginem destruéndam, indefíciens persevéret. Et in odórem suavitátis accéptus, supérnis lumináribus misceátur.
Flammas eius lúcifer matutínus invéniat: ille, inquam, lúcifer, qui nescit occásum. Christus Fílius tuus, qui, regréssus ab ínferis, humáno géneri serénus illúxit, et vivit et regnat in sæcula sæculórum.
Qu'exulte de joie dans le ciel la multitude des anges ! Chantez, serviteurs de Dieu, et que retentisse la trompette triomphale pour la victoire du grand Roi ! Réjouis-toi, ô notre terre, resplendissante d'une lumière éclatante, car il t'a prise en sa clarté et son règne a dissipé ta nuit ! Réjouis-toi, Eglise notre mère, toute remplie de sa splendeur, et que résonne l'acclamation du peuple des fils de Dieu !…
Vraiment il est juste et bon de proclamer à pleine voix ta louange, Dieu invisible, Père tout puissant, et de chanter ton Fils bien-aimé, Jésus Christ notre Seigneur. C'est lui qui a payé pour nous la dette encourue par Adam notre père, et qui a détruit en son sang la condamnation de l'ancien péché. Car voici la fête de la Pâque où l'Agneau véritable est immolé pour nous. Voici la nuit où tu as tiré de l'Egypte nos pères, les enfants d’Israël, et leur as fait passer la mer Rouge à pied sec ; nuit où le feu de la nuée lumineuse a repoussé les ténèbres du péché…
Ô nuit qui nous rend à la grâce et nous ouvre la communion des saints ; nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s'est relevé victorieux des enfers. Heureuse faute d'Adam qui nous a valu un tel Rédempteur ! Ô nuit qui seule a pu connaître le temps et l'heure où le Christ est sorti vivant du séjour des morts ; ô nuit dont il est écrit : « La nuit comme le jour illumine, la ténèbre autour de moi devient lumière pour ma joie » (Ps 138,12)… Ô nuit bienheureuse, où se rejoignent le ciel et la terre, où s’unissent l’homme et Dieu.
Dans la grâce de cette nuit, accueille, Père très Saint, le sacrifice du soir de cette flamme que l'Eglise t'offre par nos mains ; permets que ce cierge pascal, consacré à ton nom, brûle sans déclin en cette nuit et qu'il joigne sa clarté à celle des étoiles. Qu'il brûle encore quand ce lèvera l'astre du matin, celui qui ne connaît pas de couchant, le Christ ressuscité revenu des enfers, qui répand sur les hommes sa lumière et sa paix. Garde ton peuple, nous t'en prions, ô notre Père, dans la joie de ces fêtes pascales. Par Jésus Christ, ton Fils notre Seigneur, qui par la puissance de l'Esprit s'est relevé d'entre les morts et qui règne près de toi pour les siècles des siècles. Amen!
Pas de messe en ce samedi, pas d’ornements ni de fleurs sur les autels; le tabernacle, vidé de la présence réelle, est ouvert. L’Église est entrée dans le «grand silence» qui précède l’exultation de Pâques. Ce «terrible mystère» d’un Dieu qui se tait interpelle plus que jamais les croyants.
Entretien réalisé par Manuella Affejee - Cité du Vatican
«Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude; un grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé puis s’est calmée parce que Dieu s’est endormi dans la chair, et il a réveillé ceux qui dormaient depuis des siècles». Cette homélie du IVe siècle attribuée à Saint Épiphane de Salamine explore admirablement le mystère du Samedi Saint, ce moment où le Christ repose sans vie dans son tombeau, où l’espérance semble avoir déserté la terre, «où la foi semble être définitivement démasquée comme une illusion» (Benoît XVI).
Durant cette période relativement brève, ce «temps au-delà du temps», le Christ «descend aux Enfers»; c’est-à-dire qu’Il plonge dans la solitude la plus extrême et la plus absolue de l’homme, la mort, pour la partager, l’illuminer et l’en délivrer. «Voici précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint, dans le royaume de la mort, la voix de Dieu a retenti», assurait Benoît XVI dans une longue et éclairante méditation partagée lors de l’ostension solennelle du Saint-Suaire de Turin (2010). «L’humanité est devenue particulièrement sensible au mystère du Samedi Saint. Dieu caché fait partie de la spiritualité de l’homme contemporain (…) comme un vide dans le cœur qui s’élargit toujours plus», reconnaissait-il encore, dans une référence tacite au silence de Dieu ressenti avec douleur, et parfois révolte, à certains moments de l’Histoire ou de nos vies personnelles.
1 – O mon peuple que t’ai-je fait ? En quoi t’ai-je contristé ? Réponds-moi !
2 – T’ai-je fait sortir du pays d’Egypte, T’ai-je fait entrer en Terre Promise, Pour qu’à ton Sauveur, Tu fasses une Croix ?
3 – T’ai-je guidé quarante ans dans le désert Et nourri de la manne, Pour qu’à ton Sauveur, Tu fasses une Croix ?
4 – Moi, je t’ai planté, ma plus belle vigne, Et tu n’as eu pour Moi que ton amertume Et du vinaigre pour ma soif !
5 – Moi, j’ai pour toi frappé l’Egypte, J’ai englouti dans la mer Pharaon et son armée ! Toi tu M’as livré aux grands-prêtres et les soldats M’ont flagellé !
6 – J’ai ouvert devant toi les eaux de la mer ; Toi, de ta lance, tu M’as ouvert le cœur ! Je t’ai arraché à l’abîme des eaux Et tu M’as plongé dans l’abîme de la mort !
7 – Moi, aux eaux vives du Rocher, je t’ai fait boire le salut ; Toi, tu Me fis boire le fiel, et tu M’abreuvas de vinaigre!
8 – Devant toi, j’ai fait resplendir ma Gloire, Dans le buisson ardent et la colonne de nuée ; Et tu M’as tourné en dérision et vêtu d’un manteau de pourpre !
9 – Pour toi, j’ai frappé l’Egypte et sa puissance, J’ai fait de toi mon peuple, un peuple de rois ; Et tu M’as couronné la tête d’une couronne d’épines !
10 – Moi, Je t’ai exalté par ma toute puissance ; Toi, tu M’as pendu au gibet de la Croix ! Je t’ai choisi parmi toutes les nations ; Toi, tu M’as rejeté hors des murs de Jérusalem !
℟. Christus factus est pro nobis obédiens usque ad mortem, mortem autem crucis. ℣. Propter quod et Deus exaltávit illum: et dedit illi nomen, quod est super omne nomen.
℟. Le Christ S'est fait pour nous obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix. ℣. C'est pourquoi Dieu L'a élevé, et Lui a donné le nom qui est au dessus de tout nom.
Passio Domini nostri J.C. sec. Johannes (Evangelium Passionis et Mortis Domini)
℟. Ubi cáritas et amor, Deus ibi est. ℣. Congregávit nos in unum Christi amor. ℣. Exultémus, et in ipso iucundémur. ℣. Timeámus, et amémus Deum vivum. ℣. Et ex corde diligámus nos sincéro.
℟. Ubi cáritas et amor, Deus ibi est. ℣. Simul ergo cum in unum congregámur: ℣. Ne nos mente dividámur, caveámus. ℣. Cessent iúrgia malígna, cessent lites. ℣. Et in médio nostri sit Christus Deus.
℟. Ubi cáritas et amor, Deus ibi est. ℣. Simul quoque cum beátis videámus, ℣. Gloriánter vultum tuum, Christe Deus: ℣. Gáudium quod est imménsum, atque probum, Saécula per infiníta saeculórum. Amen.
℟. Là où sont la charité et l'amour, Dieu est présent. ℣. L'amour du Christ nous a rassemblés et nous sommes un. ℣. Exultons et réjouissons-nous en lui. ℣. Craignons et aimons le Dieu vivant ℣. et aimons-nous les uns les autres d'un cœur sincère.
℟. Là où sont la charité et l'amour, Dieu est présent. ℣.Ne formons donc tous qu'un seul corps : ℣.Ne soyons pas divisés de cœur, prenons garde. ℣. Cessent les querelles méchantes, cessent les disputes. ℣. Et que le Christ soit au milieu de nous.
℟. Là où sont la charité et l'amour, Dieu est présent. ℣. Qu'avec les bienheureux, nous voyions ℣. Votre glorieux visage, ô Christ Dieu, ℣. Joie immense et divine; ℣. Pendant la durée infinie des siècles.
Nos autem gloriari oportet in cruce Domini nostri Jesu Christi: in quo est salus, vita et resurrectio nostra: per quem salvati et liberati sumus.
Deus misereatur nostri, et benedicat nobis:
illuminet vultum suum super nos, et misereatur nostri.
Pour nous il faut nous glorifier dans la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ, en qui est notre salut, notre vie et notre résurrection, et par qui nous avons été sauvés et délivrés.
Que Dieu aie pitié de nous et nous bénisse:
que rayonne son visage sur nous, et qu'Il aie pitié de nous.
Publié le 06 Avr 2023 Sur le site web du bimensuel « L’Homme Nouveau » :
« Si les trois cérémonies majeures du Triduum sacré – Messe vespérale du Jeudi Saint, Office de la Croix le Vendredi Saint et Vigile Pascale – sont familières à nombre de fidèles, les offices des Ténèbres sont plus méconnus. Est-ce dû à l’horaire auquel ils sont chantés, peu familial, ou à l’absence d’action liturgique qui les rend peu perméables au néophyte ? Coup de projecteur sur un office éminemment singulier.
Communauté Saint-Martin, Office des Ténèbres du Samedi-Saint
Héritage très ancien des temps où les Matines étaient chantées au cœur de la nuit, ce qui se pratique encore en certains monastères, les Ténèbres rassemblent les deux offices de Matines et Laudes pour chacun des trois jours saints. Cet office nous plonge dans la contemplation de l’abaissement inouï du Fils de Dieu, « qui se fit pour nous obéissant jusqu’à la mort » (Ph 2, 8).
Alors que d’ordinaire l’office des Laudes s’achève au lever du soleil, symbole triomphant de la gloire de Dieu chantée par l’Église, le principe même des Ténèbres consiste à terminer l’office dans une obscurité profonde. Les rideaux d’un vaste drame en trois actes s’ouvrent sous les yeux de notre âme : les funérailles du Fils de Dieu.
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? » : laisser la liturgie nous plonger dans l’obscurité
Afin de baigner les cœurs dans la compassion aux souffrances du Sauveur, la liturgie se dépouille entièrement de ce qui pouvait rappeler la joie du Ciel ou même la Gloire de Dieu. Les traditionnelles formules telles que « Domine, labia mea aperies / Seigneur ouvrez mes lèvres », « Deus in adjutorium meum intende / Dieu venez à mon aide », « Tu autem Domine, miserere nobis /Vous aussi Seigneur ayez pitié de nous », et même le Gloria Patri ont disparu. Les hymnes de même.
Ne restent que les psaumes encadrés de sobres antiennes, les leçons des nocturnes et les répons qui donnent à eux seuls l’atmosphère spirituelle de ces Offices. Ils ne conservent plus que ce qui leur est essentiel dans la forme, et ils ont perdu toutes ces aspirations vives que les siècles y avaient ajoutées.
Au maître autel, les six cierges sont de cire jaune, comme les quinze cierges du chandelier mystérieux qui trône dans le chœur. C’est l’extinction progressive de ce chandelier qui marque la seule action liturgique de ces offices. Ces flammes soufflées au rythme des psaumes qui s’achèvent nous représentent ce mystère de la Gloire de Dieu qui peu à peu abandonne Notre-Seigneur…
Un seul, celui qui est placé à l’extrémité supérieure du chandelier à quinze branches, reste allumé. Pendant le Cantique du Benedictus, en conclusion de l’office de Laudes, les six cierges qui brûlaient sur l’autel sont pareillement éteints. Alors le cierge restant, solitaire, est posé quelques instants sur l’autel, luttant seul contre les ombres qui remplissent l’église : le Christ, abandonné de tous, est cloué à la Croix, mourant pour les hommes, alors que les ténèbres s’amoncellent dans le ciel. Puis le cierge est caché, figure de la sépulture du Christ.
Alors les clercs présents au chœur, ainsi que les fidèles à genoux dans les travées de la nef, sont invités « taper sur leur banc ». Ce bruit, volontairement confus, se fait entendre tandis que le dernier flambeau a plongé dans l’obscurité. Ce tumulte joint aux ténèbres, explique dom Guéranger, exprime les convulsions de la nature, au moment de la mort du Rédempteur. Mais tout à coup le cierge reparaît ; le bruit cesse. Pourquoi donc ? Car le Rédempteur a triomphé de la mort.
Les trois jours, ce sont exactement les mêmes cérémonies qui se répètent ; le seul changement est à l’autel : mercredi soir, les nappes sont encore présentes : Jésus n’est pas encore aux mains de ses bourreaux, nous assistons à son agonie au Mont des Oliviers (comme le chante le premier répons) ; jeudi soir, l’autel a été dépouillé : Jésus est entré pleinement dans sa passion, et nous assistons aux profondeurs de ses souffrances ; vendredi soir, la croix est dévoilée, montrant à tous le corps sans vie du Rédempteur : les Ténèbres sont alors le chant de deuil de l’Église qui pleure son Epoux.
Jérémie, prophète de la déréliction
La structure des Ténèbres est parfaitement symétrique sur les trois jours. Aux premiers nocturnes, les lamentations du prophète Jérémie, témoin impuissant du malheur et de la ruine de Jérusalem infidèle, font retentir chaque soir leurs accents déchirants sur une mélodie que l’on ne retrouve en aucune autre circonstance, culminant avec la déchirante Oraison de Jérémie du Samedi Saint ; à chaque fois, revient ce lancinant appel à la conversion, seule moyen de sauver la Cité Sainte, qui s’adresse à chacun de nos cœurs : « Jérusalem, Jérusalem, convertis-toi au Seigneur ton Dieu. »
Les répons, reconstitution de la Passion
Les répons séparant les leçons sont les seules pièces grégoriennes véritablement développées de ces offices. Ils fondent, par les textes qui les composent, la progression des trois jours en reconstituant les trois étapes du drame de la Passion : trahison, crucifixion, sépulture. Les âmes n’ont qu’à se laisser porter par les différents sentiments que provoquent en elles ces mélodies tour à tour plaintives, graves, tristes ou violentes.
Le Jeudi Saint met en scène la trahison : nous assistons d’abord à l’agonie du Christ, nous invitant à regretter nos fautes qui font de lui l’Homme de douleur prophétisé par Isaïe. Puis advient la trahison de Judas : nous sommes alors confrontés à nos propres trahisons.
Les trois derniers répons représentent les douloureux reproches de Jésus : d’abord à tous ceux qui fomentent des complots contre Lui, figures des âmes tièdes qui ne se détournent pas assez du péché ; ensuite aux apôtres (et à nous à travers eux) qui n’ont pas pu veiller une heure avec Lui, malgré l’infinie abondance des grâces reçues ; enfin aux anciens du Peuple, tous ces hommes à l’âme flétrie, qui se sont détournés, de cet esprit d’enfance sans lequel nul n’entrera au Royaume des cieux…
Le Vendredi Saint nous fait assister à la Crucifixion : commençant par nous dévoiler les sentiments d’abandon et de trahison qui remplissent l’âme de Jésus, ils nous montrent le voile du Temple qui se déchire en même temps que Jésus promet le Paradis au bon larron.
Au deuxième nocturne, c’est le cœur de la détresse du Christ qui est illustré, avec les ténèbres qui couvrent la terre lorsqu’Il s’écrie vers son Père : « Pourquoi m’avez-Vous abandonné ? », rejoignant ainsi toutes les âmes qui font l’expérience de la nuit spirituelle, cet état où l’on se sent abandonné de Dieu. Le dernier nocturne n’est qu’une longue suite de plaintes exprimant toute la douleur de l’Homme-Dieu : douleur physique bien sûr, mais surtout douleur de nous voir si infidèles à l’amour qu’Il nous porte…
Le Samedi Saint est en quelque sorte une veillée funèbre autour du Tombeau du Christ. Les répons du premier nocturne se contentent de rappeler les évènements de la veille, suscitant dans les âmes le deuil et l’angoisse bien sûr, mais également une grande tendresse envers Jésus : c’est toute la fécondité surnaturelle de la componction, par laquelle le pécheur revient au Père, sauvé par les mérites que lui a acquis la mort du Fils. Les répons des deux derniers nocturnes invitent l’âme à contempler les effets de la Passion. On entre plus profondément dans le mystère de la Rédemption, source de grande paix.
Obéissant jusqu’à la mort…
À la fin de l’Office, du chœur plongé dans l’obscurité la plus complète monte une dernière mélodie qui chaque jour se prolonge un peu : « Le Christ s’est fait pour nous obéissant jusqu’à la mort / la mort de la Croix / et c’est pourquoi Dieu l’a exalté en lui donnant un Nom au-dessus de tout nom. » Très grave Jeudi et Vendredi, le verset du Samedi, dernier chant de ces Offices, revêt une grande légèreté, comme une clarté céleste : à l’image d’une Église voulant sécher les larmes de ses enfants en leur donnant enfin l’explications de toutes ces souffrances endurées par son Époux.
En définitive, c’est en se laissant porter par les impressions conjuguées de l’obscurité grandissante et de la profondeur des chants que nous pourrons réellement entrer dans l’esprit de ces Ténèbres. Ils nous porteront par une longue méditation de la Passion aux portes du Sépulcre, où nous pourrons attendre avec toute l’Eglise la lumière de la Résurrection. »
À quoi s'attendre de cette « nouvelle ère » du pontificat de François
14 avril 2025
ROME – Lorsque le pape François est sorti de l’hôpital il y a trois semaines, les responsables ont largement déclaré qu’une nouvelle ère de son pontificat était en train de s’ouvrir, après une bataille pénible de 38 jours contre une double pneumonie.
Pendant les deux premières semaines après sa sortie de l'hôpital Gemelli de Rome le 23 mars, à quoi ressemblerait exactement le pontificat de François à l'avenir restait en grande partie un mystère, alors qu'il s'installait de nouveau dans sa résidence et semblait adhérer astucieusement à une période de repos de deux mois imposée par le médecin.
Durant ses semaines de convalescence, François est en théorie censé éviter les rassemblements de groupe et une trop grande exposition à des environnements où il pourrait attraper davantage de germes.
Cependant, dimanche dernier, il a entamé une série d'apparitions publiques surprises tout au long de la semaine, y compris sa première sortie hors de la Cité du Vatican depuis son hospitalisation, qui ont donné une image de ce à quoi pourrait ressembler cette « nouvelle phase » de la papauté, du moins à court terme.
Bien que le Vatican ait insisté avec insistance pour que le pape François continue d'observer sa période de repos de deux mois, dimanche dernier, le 6 avril, il a fait une apparition inattendue et non annoncée à la fin d'une messe pour le Jubilé des malades et des travailleurs de la santé sur la place Saint-Pierre.
C'était la première fois qu'il était vu en public depuis son retour à la maison, et malgré les ordres du médecin de se reposer strictement pendant huit semaines, il lui a fallu deux semaines avant de décider d'ignorer ce conseil et de venir sur la place, où il a serré des mains et s'est arrêté pour parler à des individus et à des groupes avant de donner sa bénédiction.
Il a ensuite eu une réunion privée non annoncée avec le roi Charles et la reine Camilla mercredi, et a fait la une des journaux jeudi pour une apparition surprise dans la basilique Saint-Pierre sans son habit papal habituel, portant ce qui semblait être un maillot de corps blanc avec un pantalon noir et un poncho pour se couvrir.
François a prié devant le tombeau du pape Pie X à cette occasion et a également serré la main de quelques enfants et les a bénis alors qu'il était ramené à sa résidence.
Samedi, il s'est aventuré hors de la Cité du Vatican et a rendu visite à sa basilique romaine préférée, Sainte-Marie-Majeure, où il a déclaré qu'il souhaitait être enterré, passant du temps en prière silencieuse et offrant un bouquet de fleurs à la célèbre icône de Maria Salus Populi Romani , ou Marie, Santé du peuple romain.
Le dimanche 13 avril dernier, il a de nouveau fait une apparition surprise après la messe du dimanche des Rameaux, marquant le début officiel de la Semaine Sainte, même si à ce moment-là, les attentes avaient grandi quant à sa présence.
Le pape François est sorti, sans prévenir, à la fin de la messe pour aider à donner la bénédiction finale et souhaiter aux participants et aux fidèles du monde entier un bon dimanche des Rameaux et une bonne Semaine Sainte, s'arrêtant pour prier sur les tombes des papes Pie X et Benoît XV à l'intérieur de la basilique sur le chemin du retour.
Ces apparitions du pape François ne sont pas seulement une indication que son traitement fonctionne et qu’il se sent mieux à mesure que sa convalescence se poursuit, mais elles pourraient également être une indication de ce à quoi il faut s’attendre dans un avenir proche.
Depuis deux ans, François compte de plus en plus sur les cardinaux pour célébrer les grandes liturgies papales à l'autel, tandis qu'il préside depuis une chaise sur le côté, en raison de difficultés à rester debout pendant toute la cérémonie, et il a également pris l'habitude de demander à des assistants de lui lire ses discours préparés lorsqu'il n'est pas en mesure de le faire en raison d'un essoufflement ou d'une fatigue respiratoire.
En se basant uniquement sur la semaine passée, il est possible que pour l'instant, y compris lors de ses prochaines liturgies de la Semaine Sainte, le pape délègue entièrement les messes aux cardinaux et se présente simplement à la fin de la liturgie pour donner une bénédiction et montrer qu'il est toujours présent.
La semaine dernière aurait pu être un avant-goût de ce à quoi nous pouvons nous attendre pour les liturgies de la Semaine Sainte au Vatican, dont les plans n'ont pas encore été annoncés.
Il est normal qu’à mesure que les papes vieillissent, ils ralentissent et deviennent plus dépendants des collaborateurs et des assistants, déléguant des tâches et des devoirs.
À 88 ans, François souffre de diverses maladies et a connu plusieurs crises de santé ces dernières années, dont deux interventions chirurgicales majeures et deux hospitalisations pour maladie respiratoire, ainsi que deux chutes dues à des difficultés présumées d'équilibre.
Dans chaque cas, ces crises ont suscité des inquiétudes quant à son endurance générale et à sa capacité à mener ses activités comme si de rien n'était. Cependant, à chaque nouvelle situation, la façon dont les activités se déroulent normalement a été modifiée.
Au-delà de la Semaine Sainte, cette façon de gérer les liturgies pourrait être un aperçu d’une autre version modifiée du « business as usual » après cette dernière hospitalisation, alors que le pape François s’adapte à une fragilité et à des limites physiques accrues.
François a souvent dit qu'il n'y a pas besoin de jambes pour gouverner, mais d'une tête, et il l'a démontré la semaine dernière en continuant à travailler, en signant des documents et en reprenant des réunions régulières avec les responsables, tout en trouvant une nouvelle façon de gérer ses engagements.
Ce que la semaine dernière a également montré, dans ce sens, c’est que la papauté n’est pas tant une question de devoir, mais de présence.
La foule a éclaté de joie lorsque François a fait sa première apparition publique le 6 avril, et quelque 20 000 fidèles se sont rassemblés sur la place Saint-Pierre pleine à craquer pour la messe du dimanche des Rameaux le 13 avril, dans l'espoir de le revoir sortir, même pour quelques minutes seulement, et d'entendre sa voix rauque leur souhaiter une Semaine Sainte bénie.
Dans les deux cas, outre son apparition décontractée dans la basilique Saint-Pierre et sa sortie à Sainte-Marie-Majeure, ce qui importait n'était pas de savoir s'il célébrait ou non toute la messe, ni ce qu'il portait, mais simplement qu'il soit là, qu'il soit présent.
Surtout pendant une année jubilaire, et surtout alors qu'il est confronté à de nouvelles limitations potentiellement frustrantes, la primauté de la présence pourrait être un nouvel aspect important du pontificat de François dans cette nouvelle ère.
La semaine dernière, le pape n’a pas célébré la messe publiquement sur la place Saint-Pierre, il n’a pas fait le tour de la papamobile, ni embrassé d’innombrables bébés, ni béni des rangées d’infirmes, mais il est venu, il a donné sa bénédiction, et il était simplement présent – une présence qui, n’ayant pas la capacité de faire plus, parlait plus fort et plus clairement que n’importe quel mot.
Vivez la Semaine sainte avec KTO ! Cette grande semaine nous conduit au cœur de l’année liturgique et du mystère pascal, depuis l’entrée du Seigneur à Jérusalem avec les Rameaux, jusqu’à sa résurrection au matin de Pâques.
En communion avec les chrétiens des différents continents, KTO retransmet les célébrations et les offices de prière en direct de Terre Sainte, de Rome, ainsi que de Notre-Dame de Paris, Montmartre, la grotte de Lourdes et Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille.
Retrouvez toute la programmation spéciale et les horaires des offices ci-dessous.
Chaque jour du Triduum Pascal, retrouvez également les laudes à 7h25 à Notre-Dame-de-la-Garde et l'Office du jour au Sacré-Cœur de Montmartre à 9h30. Ainsi que la Prière du Milieu du Jour à 12h, et le Chapelet à 15h30.