D'Hugues Lefèvre sur Famile Chrétienne :
Double explosion à Beyrouth : « j’ai vu des images d’apocalypse »
La capitale libanaise vit des heures tragiques depuis la double explosion survenue mardi 4 août aux alentours de 18h dans la zone portuaire. Le bilan provisoire est déjà d’une centaine de morts et près de 4 000 blessés. Vincent Gelot, responsable-projets pour l’Œuvre d’Orient au Liban, était à Beyrouth au moment de la catastrophe. Il raconte.
Où étiez-vous au moment de l’explosion ?
Je me trouvais à l’ambassade de France à Beyrouth pour finaliser le dossier sur le fonds alloué aux écoles chrétiennes francophones du Moyen-Orient annoncé récemment par Emmanuel Macron. Peu avant 18h, il y a eu cette première déflagration. J’ai immédiatement pensé à un attentat, d’autant que l’ambassade de France se trouve juste à côté de la Sureté générale. Quelques secondes après, une deuxième déflagration, beaucoup plus forte, nous a projetés au sol. Les vitres ont explosé, les faux plafonds sont tombés. On était convaincus qu’il y avait une attaque. Les alarmes de l’ambassade hurlaient « Alerte agression, Alerte agression ! ». Le premier sentiment qui nous traverse, c’est celui de la survie. Pour se protéger, nous avons rampé jusqu’aux toilettes du bâtiment qui n’avaient pas de fenêtres. Après quelques minutes, nous sommes sortis et les services de l’ambassade nous ont placés en sécurité.
Vous avez ensuite quitté l’ambassade, dans quel état avez-vous trouvé la ville ?
J’ai d’abord ramené des personnes chez elles car elles n’avaient plus accès à leur véhicule. Sur la route, j’ai vu des images d’apocalypse. Abasourdis, les gens cherchaient à quitter la ville coûte que coûte. La déflagration a soufflé un nombre considérable de bâtiments sur le front de mer. Partout dans Beyrouth, les portes et les plafonds sont tombés, les vitres ont explosé. Rendez-vous compte : je loge à huit kilomètres de la ville et des vitres ont cassé ! C’est une catastrophe épouvantable. Des centaines de familles ne peuvent plus se loger. J’en accueille une dont la maison a été soufflée. La ville est dévastée. On est encore dans un moment de sidération totale. Les secours s’activent pour rechercher des personnes qui seraient sous les gravats, il y a un nombre impressionnant de disparus, des appels urgents à donner son sang.
Vous êtes en contact avec les communautés chrétiennes, comment réagissent-elles ?
Tout le monde est traumatisé. Pour les chrétiens c’est aussi un cauchemar. Ce désastre intervient à un moment particulier, dans un Liban miné par une très grave crise politique et économique. Les Libanais étaient déjà à bout de souffle et les communautés chrétiennes, qui peinent à trouver des budgets pour leurs écoles et hôpitaux, l’étaient spécialement. Tous les responsables d’Église que j’ai eu au téléphone depuis hier sont sous le choc, hébétés. Je ne sais pas combien de morts ou de blessés les communautés chrétiennes compteront. Chez les Filles de la Charité, une religieuse iranienne est décédée. A l’hôpital du Sacré Cœur des Filles de la Charité, les morgues débordent et les urgences pleines à craquer. Tous les hôpitaux ou dispensaires qui se trouvent à proximité du port, dont l’hôpital orthodoxe, sont considérablement endommagés, souvent hors-service. Les malades ont dû être évacués vers d’autres hôpitaux saturés. A l’évêché maronite de Beyrouth dans lequel je me trouvais juste avant d’aller à l’ambassade, il y a eu un mort parmi les employés. Le gardien que je venais de voir a eu l’œil arraché. Chez les Jésuites, qui sont situés tout près du port, tout a volé en éclats. Dans le quartier arménien, l’école catholique est très endommagée, la femme du directeur est blessée.
C’est une ville qu’il va falloir reconstruire…
Le travail de reconstruction sera immense même si ce n’est sans doute pas comparable à l’état d’une ville syrienne après les bombardements. Les immeubles ne se sont pas effondrés. Cependant, je pense que l’incroyable traumatisme collectif sera long à soigner. Toute la capitale a vécu cette explosion dans son for intérieur. C’était gigantesque. J’ai le souvenir des bombardements à Alep ou à Damas mais je n’ai jamais ressenti une telle intensité.





« KINSHASA / BRUXELLES – Ils sont ancien sénateur, chanteur, membre d’association, artiste ou encore étudiant. Si tous n’ont pas connu l’indépendance de 1960, ils ont un point commun : ils sont Congolais. Tous ont accepté de revenir sur ce moment de l’histoire de leur pays. Et le regard qu’ils portent, 60 ans plus tard, sur les conséquences de l’indépendance permet de percevoir leur réalité du quotidien.
A 86 ans, Léon Engulu (photo) était aux premières loges début 1960. Il était autour de la « table ronde » à Bruxelles, organisée à Bruxelles par le Roi Baudouin. Il était présent sur place, aux côtés du futur premier Président, Joseph Kasa-vubu, et du futur Premier ministre, Patrice Lumumba. « Nous trois, nous sommes des pionniers de l’indépendance, explique celui qui a été sénateur mais aussi ministre, sous Mobutu, notamment. Si nous sommes Congolais aujourd’hui, c’est grâce à Léopold II. Un étranger qui est venu pour rassembler nos peuplades qui vivaient séparément. Grâce à la colonisation, on avait plus de guerres tribales, c’était fini. Grâce à la colonisation, on avait la paix. » Lucide, il encense Léopold II, mais est aussi très critique envers lui-même : « C’est Léopold II qui a créé ce Congo. Bien sûr, avec beaucoup de fautes. Mais nous aussi, nous avons commis des fautes. Nous avons tué des innocents. »