Le dilemme entre la préservation de l'intégrité sans équivoque de la foi catholique
et la reconnaissance canonique par le pape [1]
par Mgr Athanasius Schneider
Il est utile de rappeler un épisode historique où un grand saint fut confronté au dilemme suivant : choisir entre préserver l'intégrité sans équivoque de la foi catholique et obtenir la reconnaissance canonique du pape. Ce saint était un Père de l'Église du IVe siècle, saint Athanase d'Alexandrie. En 357, le pape Libère, après avoir souscrit à une formule de foi ambiguë (omettant le terme doctrinal crucial de « consubstantiel »), ordonna à saint Athanase d'entrer en communion avec des évêques ariens et semi-ariens — des évêques avec lesquels le pape lui-même, sous la pression de l'empereur, était malheureusement entré en communion. Saint Athanase refusa d'obéir au pape ; en conséquence, ce dernier — selon le témoignage de saint Hilaire de Poitiers et d'autres sources historiques — l'excommunia, l'accusant de troubler la paix de l'Église. Bien qu'excommunié par le pape, saint Athanase continua de gouverner son diocèse d'Alexandrie et fit même preuve de compréhension à l'égard de la conduite regrettable du pape Libère. Toutefois, le pape saint Damase, successeur de Libère, témoigna sa reconnaissance à saint Athanase et le consulta sur les affaires concernant les évêques d'Orient. Le pape Libère fut le premier pape à ne pas être canonisé, tandis qu'Athanase fut non seulement canonisé, mais aussi proclamé Docteur de l'Église.
Aujourd'hui, saint Athanase serait considéré comme schismatique selon la définition du « schisme » figurant dans l'actuel Code de droit canonique, puisqu'il refusa d'être en communion avec des membres de l'Église (des évêques hérétiques ou semi-hérétiques) qui étaient canoniquement reconnus et donc soumis au pape.
Les consécrations épiscopales effectuées à Écône par la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) le 1er juillet 2026 illustrent également ce dilemme rare : celui de devoir choisir entre préserver l'intégrité sans équivoque de la foi catholique telle qu'elle a été enseignée par le Magistère au fil des siècles, et obtenir une reconnaissance canonique de la part du pape. Ce dilemme transparaît dans les conditions assorties à une éventuelle reconnaissance canonique de la FSSPX par le pape : celle-ci devrait accepter certaines ambiguïtés doctrinales récemment introduites (telles qu'elles apparaissent dans certains enseignements non définitifs du concile pastoral Vatican II ainsi que dans certaines affirmations et certains actes du Magistère post-conciliaire), et reconnaître non seulement la validité, mais aussi la justesse (la légitimité) du rite de la Nouvelle Messe — en dépit de son imprécision doctrinale et rituelle, qui marque une rupture manifeste avec le rite romain traditionnel.
En abordant cette question complexe, il est essentiel de garder une perspective mesurée, de clarifier la terminologie et de ne jamais perdre de vue le but véritable et ultime de l’Église ainsi que sa grande tradition ; car cette tradition remonte bien au-delà des siècles ou des décennies les plus récents. Ce faisant, il convient également de prendre en compte des situations analogues survenues lors des grandes crises de l’histoire de l’Église.
Deux dérives malsaines sont apparues au sein de l’Église au cours des derniers siècles, conduisant à une vision restreinte de la réalité : la tendance à considérer l’aspect juridique comme quasi absolu — le légalisme — et la tendance à absolutiser la personne du pape ainsi que l’obéissance qui lui est due — le papalisme. Le légalisme (l’attachement rigide à la lettre de la loi) et le papalisme (une obéissance indifférenciée et quasi absolue au pape) ont fini par primer sur l’exigence d’absence d’ambiguïté en matière de foi et de liturgie. Or, lors de chaque grande crise doctrinale de l’histoire de l’Église, la règle d’or consistait à éviter toute ambiguïté doctrinale ; ce fut le cas pour le pape Honorius Ier, dont les lettres doctrinalement ambiguës — publiées dans le cadre de son Magistère ordinaire — furent fermement condamnées par des papes ultérieurs et par trois conciles œcuméniques, malgré les tentatives de son deuxième successeur, le pape Jean IV, d’établir une forme d’herméneutique de la continuité.
De nos jours, il est largement affirmé au sein de l’Église qu’aucun conflit de conscience ne peut surgir entre l’obéissance au pape et la préservation de la pureté sans équivoque de la foi. Cela revient, en fin de compte, à accorder une telle valeur à l’obéissance au pape que l’on juge préférable d’accepter des ambiguïtés en matière de foi et de rites liturgiques plutôt que d’agir à l’encontre d’un ordre du pape — même si cet ordre est d’origine purement humaine et peut être entaché d’imperfections. Par ailleurs, une conception étroite de la communion — qu’il s’agisse de la communion avec le pape ou avec l’Église — a également vu le jour. L’obéissance au pape est perçue comme indissociable de la communion avec l’Église. Une telle vision risque d’élever l’obéissance au pape au même rang que l’obéissance à la révélation divine.
Il convient également de distinguer le droit positif — c’est-à-dire les normes disciplinaires édictées par l’autorité humaine de l’Église — de la Loi divine, à savoir les vérités de foi révélées par Dieu. Nul ne peut contredire la Loi divine tout en demeurant catholique. Toutefois, dans des circonstances véritablement exceptionnelles et rares, un catholique peut se voir contraint, en conscience, d’agir à l’encontre du droit positif, précisément afin de demeurer fidèles, sans compromis, à la Loi divine.
Les concepts mêmes de « schisme » et de « soumission » n’ont pas encore été pleinement clarifiés quant à leur application concrète et pratique. Le Code de droit canonique (canon 751) définit le schisme comme « le refus de soumission au Souverain Pontife ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis ». En fait, une conception très restrictive du « schisme » et de la « soumission » a émergé dans l’histoire récente de l’Église, selon laquelle la désobéissance matérielle au Pape — quelle que soit l’intention — est pratiquement assimilée à un schisme formel.
Il convient également de garder à l’esprit ce qu’est l’état de schisme formel : il implique le rejet, par principe, de l’autorité pontificale par l’établissement d’une hiérarchie distincte — comme ce fut le cas pour l’Église orthodoxe grecque en 1054, puis pour les nombreux et divers groupes sédévacantistes jusqu’à nos jours. Toutefois, on ne saurait parler d’état de schisme formel tant que subsistent la foi surnaturelle au dogme de la primauté et de l’infaillibilité pontificales, ainsi que le désir de vivre dans une soumission concrète à l’autorité du Pape — même si, en raison d’une crise extraordinaire au sein de l’Église, cela ne peut, pour l’heure, être pleinement réalisé. Une telle crise extraordinaire peut entraîner une occultation ou une suspension temporaire du devoir principal du ministère pontifical, à savoir défendre et proclamer, sans ambiguïté, l’intégrité de la foi et de la liturgie catholiques.
Il en va de même pour le concept d'être « en communion » avec le pape. Pendant une très longue période, les ordinations épiscopales ont eu lieu sans l'intervention directe du pape, et les Églises particulières ainsi que les évêques exprimaient leur communion avec lui de diverses manières. Ce n'est que plus tard dans l'histoire de l'Église que les papes ont exigé que toute ordination épiscopale s'effectue avec un mandat pontifical. Pourtant, même après cette évolution, le droit canonique ne considérait pas les ordinations épiscopales illicites — c'est-à-dire celles accomplies contre la volonté du pape — comme des atteintes à l'unité de l'Église, comme des actes intrinsèquement schismatiques ou comme des actes intrinsèquement mauvais. Aujourd'hui encore, le Code de droit canonique en vigueur classe les ordinations épiscopales illicites parmi les délits relatifs à la célébration des sacrements ou les qualifie d'actes d'usurpation de charge.
En réalité, la norme exigeant un mandat pontifical pour les consécrations épiscopales relève du droit positif, et non du droit divin. Autrement, cette règle aurait été observée tout au long de l'histoire de l'Église, toujours, partout et par tous, sans exception. Certes, le mandat pontifical pour les consécrations épiscopales est ordinairement nécessaire ; il a été sagement institué afin de mieux garantir la soumission hiérarchique de l'épiscopat au pape.
Le caractère extraordinaire de la crise actuelle de l'Église se manifeste, en l'occurrence, par le fait qu'une communauté dont la caractéristique essentielle est le désir d'être fidèle au Pape — ce que revendique la Fraternité Saint-Pie X — se trouve confrontée à un choix tragique : soit obéir au Pape, et se voir ainsi contrainte d'accepter des aspects incertains et confus de la doctrine et de la liturgie ; soit désobéir au Pape sur un point d'une gravité extrême, tel que le sacre d'évêques, dans l'unique intention de préserver les moyens de transmettre la foi et la liturgie dans leur pleine intégrité — au service des âmes et, par là même, de l'Église tout entière, y compris de la papauté elle-même.
Il convient également de ne pas sous-estimer l'ampleur de la crise actuelle de l'Église, mais de l'examiner avec honnêteté en en remontant aux racines mêmes. Ces racines résident dans certaines affirmations doctrinales vagues et ambiguës du concile Vatican II qui, au cours des soixante dernières années, ont semé la confusion ; c'est le cas, notamment, du relativisme doctrinal découlant de l'enseignement et de la pratique de l'œcuménisme et du dialogue interreligieux, lesquels ont contribué à ébranler la conviction que Jésus-Christ et son Église constituent l'unique voie de salut. Par ailleurs, certaines défaillances doctrinales et rituelles de la réforme liturgique, marquée par des tendances protestantisantes, ont occulté la nature sacrificielle centrale de la messe ainsi que sa dimension christocentrique.
Saint John Henry Newman a formulé cette observation remarquable et opportune : « Les évêques, lorsqu’ils n’enseignent pas de manière formelle [*ex cathedra*], peuvent errer, comme nous voyons qu’ils l’ont fait au IVe siècle. Le pape Libère a pu signer une formule eusébienne [arienne] à Sirmium, tout comme la masse des évêques à Rimini ou ailleurs, et pourtant, malgré cette erreur, ils pouvaient demeurer infaillibles dans leurs décisions *ex cathedra* » (*Arians of the Fourth Century*, Londres 1876, p. 464). Ce que Mgr Rudolf Graber, évêque de Ratisbonne, affirmait il y a plus de cinquante ans caractérise encore davantage la situation actuelle de l’Église : « Ce qui s’est passé il y a plus de 1600 ans se répète aujourd’hui, mais avec deux ou trois différences : Alexandrie représente aujourd’hui l’Église universelle tout entière, dont la stabilité est ébranlée, et ce qui fut entrepris à l’époque par la force physique et la cruauté se déplace désormais sur un autre plan. L’exil est remplacé par la relégation dans le silence de l’indifférence, et la mise à mort par l’assassinat de la réputation » (*Athanasius and the Church of Our Time*, Édimbourg 1974, p. 23 ; original : *Athanasius und die Kirche unserer Zeit*, Abensberg 1973).
La FSSPX est pratiquement la seule communauté au sein de l’Église actuelle à attirer ouvertement l’attention sur les ambiguïtés doctrinales manifestes présentes dans certaines déclarations conciliaires et dans le rite de la Nouvelle Messe, réclamant une clarification sans équivoque et, si nécessaire, une modification, conformément au Magistère constant de l’Église. L’« herméneutique de la continuité » ou de la « réforme dans la continuité » — une approche en soi valable et utile — peut aussi devenir une sorte de « camisole de force », qui ne fait que masquer superficiellement les blessures causées par les ambiguïtés et la confusion doctrinales et liturgiques. En effet, le Saint-Siège exige une forme de raisonnement circulaire : tout serait en ordre, pour peu que l’on fournisse des efforts intellectuels suffisamment soutenus.
En fait, par son insistance inlassable sur la clarté de la doctrine et de la liturgie, la FSSPX rend un immense service à l’Église tout entière — un service d’une portée historique. Si le Saint-Siège prenait au sérieux cette position de la FSSPX — et reconnaissait, par ailleurs, les ambiguïtés objectives présentes dans certaines déclarations du concile Vatican II ainsi que dans le rite de la Nouvelle Messe —, cela marquerait le début de la fin pour le projet moderniste au sein de l’Église, projet qui a en réalité pris naissance il y a plus d’un siècle.
La crise actuelle entre le Saint-Siège et la FSSPX peut également être illustrée par la parabole suivante : un incendie se déclare dans une grande demeure. Le chef des pompiers n’autorise que l’emploi de nouvelles méthodes d’extinction, bien que celles-ci se soient révélées moins efficaces que les méthodes et outils anciens, éprouvés par l’usage. Un groupe de pompiers passe outre cet ordre, continue d’utiliser les méthodes ayant fait leurs preuves et recrute même de nouveaux pompiers — le tout en dépit de l’interdiction du chef — ; de fait, l’incendie est contenu en de nombreux endroits. Pourtant, ces pompiers sont qualifiés d’insoumis et de schismatiques, et sont sanctionnés pour cela.
Pour filer la métaphore : le chef des pompiers n'admet désormais dans ses rangs que les pompiers qui reconnaissent les nouvelles méthodes et se conforment au nouveau règlement de la caserne. Toutefois, face à l'ampleur de l'incendie, à la lutte acharnée pour le contenir et à l'inefficacité des méthodes officielles, d'autres intervenants agissent avec désintéressement — bravant l'interdiction du chef — ; ils apportent leur savoir-faire, leurs connaissances et leur bonne volonté, contribuant finalement à sauver la maison même que le chef peinait à protéger.
Le temps passe, le contexte historique évolue et un nouveau chef prend la relève ; il reconnaît les conséquences néfastes des nouvelles méthodes de lutte contre l'incendie. Non seulement il autorise à nouveau le recours aux anciennes méthodes, éprouvées de longue date, mais il en devient lui-même un ardent défenseur. Il reconnaît également la contribution des pompiers qui, jadis, avaient été incompris, sévèrement sanctionnés, mis au ban et exclus pour insoumission, et il les réintègre dans les rangs. En fin de compte, une fois ce grand bouleversement passé, ce qui avait été condamné comme un acte de désobéissance et de rébellion s'est révélé être un acte d'engagement désintéressé.
L'histoire révélera un jour si les paroles suivantes de saint Augustin s'appliquent à la situation actuelle concernant la FSSPX :
« Souvent, la Providence divine permet que même des hommes de bien soient chassés de la communauté du Christ par les séditions tumultueuses d'hommes charnels. Lorsqu'ils supportent patiemment cette injure ou ce tort pour le bien de la paix de l'Église, et qu'ils ne tentent aucune innovation relevant de l'hérésie ou du schisme, ils enseignent aux hommes comment servir Dieu avec une disposition véritable et une charité grande et sincère. L'intention de ces hommes est de revenir une fois le tumulte apaisé. Mais si cela n'est pas permis — soit parce que la tempête perdure, soit parce que leur retour risquerait d'en soulever une plus violente —, ils demeurent fermes dans leur résolution de rechercher le bien, même de ceux qui sont responsables des troubles et des agitations les ayant chassés. Ils ne forment pas de conventicules séparés, mais défendent jusqu'à la mort et soutiennent par leur témoignage la foi qu'ils savent être prêchée dans l'Église catholique. Le Père, qui voit dans le secret, les couronne dans le secret. Il semble que ce genre de chrétien soit rare, mais les exemples ne manquent pas. Ainsi, la Providence divine utilise toutes sortes d'hommes comme exemples pour la garde des âmes et pour l'édification de son peuple spirituel » (De vera religione, 6:11).
Ce que saint Athanase écrivit à ses frères évêques du monde entier, en pleine crise de foi extraordinaire, s'applique également à notre époque :
« Les canons et les décrets de l’Église n’ont pas été établis de nos jours ; ils nous ont été transmis, à juste titre et avec fermeté, par nos ancêtres. La foi, elle non plus, n’a pas pris naissance à notre époque ; elle nous est parvenue depuis le Seigneur par l’intermédiaire de ses disciples. Afin que les ordonnances conservées dans les Églises depuis les temps anciens jusqu’à nos jours ne se perdent pas à notre époque, et pour que le dépôt qui nous a été confié ne nous soit pas redemandé, réveillez-vous, frères — vous qui êtes les intendants des mystères de Dieu —, en voyant ces derniers désormais accaparés par des étrangers. » (Ep. encyclica, 1)
Dans sa Providence, Dieu écrit droit même avec des lignes qui, d’un point de vue purement juridique, semblent tortueuses. Puisse-t-Il hâter la venue de ce jour. Réjouissons-nous au milieu de la tribulation et disons : je crois en l’invincibilité de l’Église et de la Papauté, et je crois que le Saint-Siège brillera un jour à nouveau comme la Chaire de vérité aux yeux du monde entier.
[1] 17 août 2026, Déclaration de Son Excellence Mgr Athanasius Schneider, publiée par Diane Montagna’s Substack
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L'évêque Schneider : Un engagement sérieux du Vatican auprès de la FSSPX marquerait le « début de la fin » du projet moderniste
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Maximilien Kolbe : un saint religieusement incorrect ?
Philippe Maxence, le rédacteur en chef du bimensuel catholique « L’Homme Nouveau », a publié, en 2011, une biographie du Père Maximilien Kolbe. Rémi Fontaine avait saisi la circonstance pour écrire, dans l’édition du 13 juillet 2011 du journal « Présent », cette réflexion (im)pertinente :« Politiquement incorrects, tous les saints le sont par nature, d’une certaine manière. Mais, après le souffle ou « l’esprit » de Vatican II, certains sont maintenant perçus comme tels plus que d’autres, jusqu’à apparaître « religieusement incorrects » ! Parmi eux, ceux qui sont aujourd’hui pour ainsi dire « empêchés » de béatification, comme Pie XII ou Isabelle la catholique. Ou bien ceux qui ont été malgré tout béatifiés ou canonisés, comme Charles de Foucauld ou Maximilien Kolbe dont Philippe Maxence vient de réaliser une biographie fort éclairante à cet égard chez Perrin.
Si le bienheureux Charles de Foucauld voulait convertir les musulmans avec l’appui séculier notamment de la colonisation française, saint Maximilien Kolbe, lui, voulait convertir les francs-maçons avec les moyens modernes du journalisme. Deux saints dont le « prosélytisme » n’est plus trop dans l’air du temps ! Deux témoins (trop ?) zélés pour répandre leur foi et qui mourront tous deux en « martyrs de la charité ».
Mais l’enquête sur la vie et la mort de Charles de Foucauld ayant montré qu’il n’était pas mort, à strictement parler, en haine de la foi (même s’il est mort de mort violente et en victime de sa charité pour ses frères) ce sont pourtant les termes de « confesseur de la foi » qui conviennent à sa béatification par Benoît XVI (le 13 novembre 2005). Tandis que pour Maximilien Kolbe (condamné également sans haine ostensible de la foi) Jean-Paul II obtiendra (contre l’avis des membres de la commission d’enquête en vue de la canonisation) qu’on le fasse passer de « confesseur de la foi », selon les termes de sa béatification par Paul VI (le 17 octobre 1971), à « martyr », pour sa canonisation (le 10 octobre 1982 par Jean-Paul II lui-même). Selon André Frossard, auteur de 'N’oubliez pas l’amour; la passion de Maximilien Kolbe' (Robert Laffont, 1987) : « Il n’y a pas d’autre exemple, au catalogue des saints, d’un changement de catégorie d’une étape à l’autre d’une canonisation. »
Et c’est justement ce changement qui a « troublé certains membres de l’Eglise catholique », note sobrement Philippe Maxence. La sainteté flagrante du martyr de l’amour, similaire à celle de Charles de Foucauld ou à celle des moines de Thibérine, ne permettrait-elle pas ainsi d’esquiver le problème de la différence, précisément, qu’il pourrait y avoir entre la confession de la foi par les uns hier (Kolbe et Foucauld) et les autres aujourd’hui (les martyrs de Thibérine) ?
Le but de la chevalerie spirituelle que lancera le saint franciscain sous le nom de la Milice de l’Immaculée était sans équivoque : « Chercher la conversion des pécheurs, hérétiques, schismatiques, juifs, etc., et particulièrement des francs-maçons ; et la sanctification de tous sous la direction et par l’intermédiaire de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée. »
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Des catholiques réclament l'excommunication de la gouverneure du Massachusetts
De kath.net/news :

Les catholiques réclament l'excommunication de la gouverneure américaine Maura Healey, qui se revendique du catholicisme
13 août 2026
La gouverneure du Massachusetts, Maura Healey (démocrate), a signé une loi autorisant l'avortement jusqu'au moment de la naissance. – L'évêque Barron : « Réglementation barbare » – L'évêque local de Healey, Henning : « Grave violation »
Boston (kath.net/pl) – Mgr Robert Barron, évêque de Winona-Rochester, s'exprimant sur X, condamne fermement les mesures législatives de la gouverneure du Massachusetts, Maura Healey, qui se déclare « catholique » : « La gouverneure du Massachusetts vient de signer une loi autorisant les avortements jusqu'au terme de l'accouchement, sous réserve du consentement de la mère et du médecin. Il est essentiel de bien comprendre ce que cela signifie. Un enfant à terme peut être éviscéré, démembré, avoir le crâne fracassé ou être tué par brûlure de la peau – quelques instants avant sa naissance – le tout sous la protection de la loi du Massachusetts. J'ai trouvé particulièrement répugnante la réaction du groupe exclusivement féminin qui entourait la gouverneure du Massachusetts lors de la signature de cette réglementation barbare. Elles applaudissaient et riaient aux éclats, car ce qui ne peut être qualifié que d'infanticide peut désormais être pratiqué en toute impunité dans leur État. »
L’archevêque Richard Henning de Boston, dont le diocèse comprend le gouverneur, a commenté la situation : « L’adoption et la signature d’une loi qui élargit considérablement l’accès à l’avortement dans le Commonwealth du Massachusetts constituent une grave atteinte au caractère sacré et à la dignité de chaque être humain. Je sais que celles et ceux qui œuvrent pour défendre et promouvoir cette dignité peuvent se sentir découragés en ce moment. Je nous encourage à continuer de proclamer la beauté et l’émerveillement de la vie. La Parole de Dieu nous commande : “Choisis la vie, afin que tu vives” (Deutéronome 30, 19). Puisse cette vérité nous donner force et espérance. » L’archidiocèse a fait cette annonce sur ses réseaux sociaux ; voir également le tweet ci-dessous.
Un tweet du journaliste catholique américain Sachin Jose est devenu viral : « Des catholiques exigent que la gouverneure du Massachusetts, Maura Healey, catholique affirmée, soit privée de communion après avoir signé une loi autorisant l’avortement jusqu’au terme de la grossesse. » Ce bref message a déjà reçu près de 25 000 mentions « J’aime », a été retweeté près de 5 000 fois et a suscité plus de 1 700 commentaires.
Certains internautes trouvent particulièrement amer qu'elle ait été autorisée à serrer la main du pape François en mai 2024 (voir photo d'archive). Elle était intervenue comme oratrice lors d'un sommet international sur le climat. Or, le pape François, plus que quiconque, s'est toujours prononcé sans équivoque contre l'avortement durant son pontificat.
Photo d'archive du 24 mai : le pape François et Maura Healey (c) Vatican Media
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Le ministère pétrinien est-il en déclin ?
De Mgr Marian Eleganti OSB sur le substack d'Edward Pentin :
Dans la tribune libre qui suit, l'évêque émérite suisse soutient que les papes récents ont sacrifié la dignité de la charge pétrinienne aux artifices de la personnalité et à l'attrait médiatique.
10 août 2026
Le pape François apporte des chocolats et des fleurs à Emma Bonino, médecin et femme politique italienne pratiquant des avortements, à son domicile en novembre 2024.Le 31 juillet 2026, le pape Léon XIV a reçu en audience privée, pendant 40 minutes, la musicienne de rock, poétesse et artiste américaine Patti Smith (née en 1946), surnommée la « marraine du punk », au Palais apostolique du Vatican. Tous deux sont originaires de Chicago. Le père Antonio Spadaro était présent. Plusieurs photographies officielles et une vidéo de cette rencontre existent .
Cette rencontre anodine — j’imagine qu’elle a surtout consisté en un échange de politesses, sans rien de vraiment significatif pour l’Église — soulève des questions pour moi.
Depuis longtemps, je suis personnellement préoccupé par le fait que, depuis Jean-Paul II, les papes s'expriment de plus en plus de manière totalement informelle en toutes circonstances (par exemple, dans un avion ou au bord d'une route, comme le fait le pape Léon XIV à Castel Gandolfo ). Ils donnent des interviews spontanées et expriment des opinions personnelles. Ils sont accessibles à toutes sortes de personnes qui souhaitent se faire photographier avec eux.
Compte tenu de la charge de travail et des responsabilités d'un pape, n'a-t-il vraiment rien de plus important à faire que d'accorder de telles audiences privées — particulièrement prisées lorsque les demandeurs viennent du monde du spectacle ou ont une certaine influence culturelle ou élitiste ?
De telles apparitions renforcent l'impression, au sein du public laïc, que le pape n'est, au fond, qu'un membre parmi d'autres de l'establishment international. Le modeste pêcheur de Galilée, en tout cas, ignorait tout de ce « prestige ». Paul ne recherchait pas non plus la notoriété ; il se rendait à l'Aréopage d'Athènes pour prêcher. Je m'abstiendrai ici d'aborder les obligations protocolaires et les visites d'État importantes.
Parmi les personnes qui pourraient bénéficier d'une audience privée figurent des individus comme Emma Bonino, qui a passé sa vie en désaccord avec la doctrine de l'Église. Le pape François lui a même rendu visite à son domicile le 5 novembre 2024. Toutefois, le rôle du pape n'est pas celui d'un accompagnement pastoral individuel. Il ne doit pas non plus enseigner par des images, mais par des paroles claires et sans ambiguïté.
Il ne faut pas non plus oublier les nombreux et longs échanges, téléphoniques et vidéo, de ce pape avec l'athée Eugenio Scalfari, fondateur du quotidien de gauche La Repubblica. À partir de ces échanges, Scalfari a reconstitué de mémoire des interviews controversées.
À plusieurs reprises, le Vatican a dû se désolidariser de propos attribués au pape. Avec le pape François, cette manière de diffuser des idées tout en restant lui-même doctrinalement vague était presque devenue une méthode. Surtout, je tiens à souligner ceci : lorsqu’un pape reçoit de telles personnes en audience privée, il ne peut, par courtoisie, se désolidariser publiquement d’elles par la suite. De ce fait, pour beaucoup, une telle réception apparaît comme une minimisation des convictions de ces individus. Ainsi, le pape lui-même brouille la position de l’Église et – selon les circonstances – peut même heurter la sensibilité des fidèles.
Ces audiences prennent une signification d'autant plus fallacieuse que le Pape ne défend pas simultanément la doctrine de la foi dans son intégralité, ne corrige pas publiquement les opinions erronées de ces personnes et ne met pas fin aux abus (cf. l'exploitation des audiences privées avec le Pape par le jésuite James Martin à des fins pro-homosexuelles).
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Un journaliste italien publie les résultats d'une "consultation confidentielle" du Vatican relative à Medjugorje menée en 2016
De Niwa Limbu sur Ad Vaticanum :
Un journaliste italien publie une "consultation" du Vatican relative à Medjugorje de 2016
9 août 2026Le journaliste italien David Murgia a publié ce qu'il affirme être les résultats d'une consultation confidentielle menée en 2016 par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur les apparitions présumées de Medjugorje.
Il a été allégué qu'une consultation confidentielle menée en 2016 par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de l'époque sur les prétendues apparitions de Medjugorje a abouti à ce que 21 des 33 participants estiment que le phénomène n'était pas d'origine surnaturelle.
Le journaliste italien David Murgia a publié les résultats présumés le 6 août sur son site web Il Segno di Giona, affirmant que les chiffres provenaient d'avis écrits soumis au Saint-Siège le 17 septembre 2016. Il a rapporté que neuf participants ont jugé le phénomène d'origine surnaturelle, tandis que trois ont déclaré qu'il n'y avait pas suffisamment d'éléments pour parvenir à une conclusion.
Si ces chiffres sont exacts, cela signifie que près des deux tiers des personnes ayant émis un avis ont choisi la formule « constat de non supernaturalitate » , signifiant que Medjugorje n'était pas d'origine surnaturelle. Neuf personnes ont choisi « constat de supernaturalitate » , tandis que trois ont opté pour « non constat de supernaturalitate » , indiquant que le caractère surnaturel n'avait pas été établi.
Selon Murgia, les 33 participants ont été invités à fournir un avis écrit et motivé sur la nature des événements liés à Medjugorje : surnaturels, non surnaturels ou non résolus. La consultation s’est déroulée lors de la session ordinaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, appelée Feria Quarta , au cours de laquelle les membres du dicastère examinent les questions qui leur sont soumises.
Le dossier comprenait le rapport final de la commission chargée d'enquêter sur Medjugorje, présidée par le cardinal Camillo Ruini, ainsi qu'un document contestant les conclusions de la commission et une réponse complémentaire à ces objections, a rapporté Murgia.
Ce résultat fut significatif car la Commission Ruini parvint à une appréciation plus favorable des premières apparitions présumées. Ses travaux, entamés sous le pontificat de Benoît XVI, s'achevèrent en 2014 après quatre années d'enquête, et sa documentation fut remise à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
La commission a été officiellement créée le 17 mars 2010 et a achevé ses travaux le 17 janvier 2014. Elle était composée de 13 membres permanents, ainsi que de collaborateurs, et présidée par le cardinal Ruini. Ses délibérations étaient confidentielles et ses conclusions étaient destinées à être examinées par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
La commission a établi une distinction entre les premiers événements de Medjugorje et le phénomène qui a suivi. Selon des documents précédemment publiés par Murgia, elle a rendu un jugement favorable concernant les sept premières apparitions présumées, survenues entre juin et juillet 1981, tout en adoptant une position plus prudente quant aux affirmations ultérieures.
La consultation de 2016 a donc abouti à une évaluation nettement moins favorable que la position de la Commission Ruini sur les premières apparitions présumées. David Murgia a publié les noms des 33 participants qui, selon lui, ont pris part à cette consultation. Parmi eux figurent de hauts dignitaires de l'Église ayant occupé des postes importants à Rome et dans des diocèses du monde entier.
Parmi ceux-ci figurent les cardinaux Gerhard Ludwig Müller, Christoph Schönborn, Jean-Pierre Ricard, Antonio Cañizares Llovera, Peter Turkson, Francesco Coccopalmerio, Ricardo Blázquez Pérez, Angelo Scola, Kurt Koch, John Onaiyekan, Zenon Grocholewski, Donald Wuerl, Crescenzio Sepe, George Alencherry, Fernando Filoni, Marc Ouellet, Camillo Ruini, Julián Herranz, Jozef Tomko, Vinko Puljić, Josip Bozanić et Angelo Amato.
La liste comprend également l'archevêque Roland Minnerath, l'archevêque Rino Fisichella, l'archevêque Luis Ladaria, l'archevêque Joseph Augustine Di Noia et l'archevêque Charles Scicluna, ainsi que Monseigneur Peter Štulrajter et plusieurs théologiens et experts qui avaient participé à l'enquête précédente.
La publication de Murgia ne précise pas quel participant a voté pour laquelle des trois options. Il a indiqué avoir décidé de ne pas associer de noms aux votes individuels à ce stade.
Les six personnes qui se sont présentées comme voyantes ont affirmé avoir vu la Vierge Marie pour la première fois à Medjugorje en juin 1981. Le phénomène s'est ensuite poursuivi, avec des apparitions présumées signalées bien au-delà de la période initiale considérée comme la plus favorable par la Commission Ruini.
Le pape François s'est particulièrement intéressé à la question après la conclusion des travaux de la commission Ruini. Il a salué l'enquête de la commission et a chargé l'archevêque Henryk Hoser d'examiner la situation pastorale à Medjugorje. Le mandat de l'archevêque Hoser portait sur les circonstances pastorales entourant le phénomène, et non sur le remplacement de l'enquête doctrinale relative aux apparitions présumées.
Medjugorje a fait l'objet d'un premier examen de la part des autorités ecclésiastiques dans les années 1980. L'évêque Pavao Žanić de Mostar, dont le diocèse comprend la paroisse, s'est montré sceptique dès le départ quant aux apparitions alléguées. Une commission diocésaine, créée pour examiner ces allégations, a rendu un jugement négatif en 1984.
Face à l'intérêt international suscité par ce phénomène, les évêques de l'ex-Yougoslavie ont publié la Déclaration de Zadar en 1991. Ils y affirmaient que « sur la base des enquêtes menées jusqu'à présent, il n'est pas possible d'affirmer qu'il s'agit d'apparitions et de phénomènes surnaturels ». Le Vatican a continué de se référer à cette déclaration dans les années qui ont suivi. En 2007, le cardinal Tarcisio Bertone, alors secrétaire d'État, déclarait : « Tout se réfère à la Déclaration de Zadar de 1991, qui laisse la porte ouverte à de futures enquêtes. »
Après l'éclatement de la Yougoslavie, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a également précisé que la responsabilité de tout examen ultérieur incomberait aux évêques de Bosnie-Herzégovine. Dans l'intervalle, les pèlerinages privés à Medjugorje étaient autorisés, à condition qu'ils ne soient pas présentés comme une authentification des apparitions présumées, qui restaient sous enquête.
Le Vatican a adopté une approche différente en 2024. Le 19 septembre, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a autorisé les dévotions publiques liées à Medjugorje tout en refusant explicitement de déclarer surnaturelles les apparitions présumées.
Le dicastère a déclaré que les fidèles pouvaient recevoir « un stimulus positif pour leur vie chrétienne » de la proposition spirituelle associée à Medjugorje et a accordé un nihil obstat pour la dévotion publique, tout en soulignant que cela ne constituait pas une certification du « caractère surnaturel du phénomène ».
Le vote supposé de 2016 contribue à expliquer l'importance des normes révisées pour discerner les phénomènes prétendument surnaturels, publiées par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi le 17 mai 2024.
Si l'interprétation des documents par Murgia est exacte, la consultation démontre à quel point les opinions restaient partagées même après la conclusion de l'enquête de la Commission Ruini. Les chiffres montrent une nette majorité rejetant une origine surnaturelle, tout en révélant qu'une minorité significative est parvenue à la conclusion inverse.
Le pape François a finalement laissé la question être résolue par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi. En 2024, le dicastère a publié sa note Reine de la Paix , accordant un nihil obstat à l'expérience spirituelle associée à Medjugorje sans pour autant déclarer les apparitions présumées comme surnaturelles.
Selon les normes approuvées par le pape François en 2024, le nihil obstat n'établit pas l'authenticité surnaturelle d'un phénomène allégué et n'en fait pas un objet de foi. Ces normes précisent qu'en règle générale, ni un évêque diocésain, ni une conférence épiscopale, ni le Dicastère ne peuvent déclarer qu'un phénomène allégué est d'origine surnaturelle, même après l' octroi du nihil obstat .
Ces chiffres donnent néanmoins un aperçu d'un possible désaccord au sein de la Congrégation avant le règlement final. S'ils sont exacts, ils montrent que le dicastère était loin d'être unanime et que l'approche pastorale plus permissive adoptée en 2024 ne reflétait pas nécessairement l'opinion majoritaire exprimée en 2016.
Toutefois, le vote récemment publié ne rouvre pas le dossier de Medjugorje. La consultation de 2016 s'est déroulée dans le cadre de discernement précédent, tandis que le pape François a par la suite approuvé de nouvelles normes modifiant la manière dont de tels cas doivent être jugés. Cette publication n'oblige pas non plus le Dicastère à revenir sur sa décision de 2024 simplement parce qu'une majorité des personnes consultées huit ans auparavant était parvenue à une conclusion différente.
L'impact pratique de la publication de ces chiffres sera donc probablement limité à court terme. Cette divulgation pourrait toutefois susciter des discussions sur les raisons pour lesquelles la décision finale diffère de l'avis majoritaire présumé enregistré en 2016. En particulier, si elle s'avère exacte, elle soulève des questions quant à la manière dont l'appréciation plus favorable de la Commission Ruini concernant les premières apparitions présumées a été mise en balance avec les objections examinées par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et les fruits pastoraux plus larges associés à Medjugorje.
Les chiffres publiés par Murgia ajoutent une nouvelle dimension à l'histoire complexe de l'examen de Medjugorje par l'Église.
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Comment devenir un dhimmi
De Francis X. Maier sur The Catholic Thing :
Comment devenir un dhimmi
Fin juillet, quelque 60 000 migrants ont afflué du Maroc vers Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord. Il s’agissait principalement de jeunes hommes. Et comme 99 % des Marocains pratiquent l’islam, la plupart étaient très certainement musulmans. Ceuta n’est pas une colonie espagnole. C’est une « ville autonome » faisant partie intégrante de l’État espagnol, dont la souveraineté remonte à 1580. Elle constitue ainsi une porte d’entrée (espérée) vers l’Union européenne et une cible prioritaire pour l’immigration clandestine.
La police espagnole a refoulé la plupart des migrants de l'autre côté de la frontière. Ils ont laissé derrière eux – comme le notait le Wall Street Journal – une ville d'ordinaire paisible, sidérée par le chaos. Tout cela appartient désormais au passé. Mais ce qui reste gravé dans les mémoires, c'est la réaction de l'Église espagnole : un mélange ambigu de respect de la loi, de compassion pour les résidents légaux traumatisés de Ceuta et d'une vive inquiétude quant à l'instrumentalisation de l'incident à des fins politiques, pour polariser l'opinion publique, diaboliser les migrants et semer la peur.
Nous reviendrons dans un instant sur ce dernier point, à savoir le traitement des migrants. Mais d'abord, un peu de contexte et d'informations générales.
Jacques Ellul (décédé en 1994) était un éminent philosophe et historien-sociologue français. Actif au sein de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale, il a aidé des Juifs à fuir le régime de Vichy, proche des nazis. Il est surtout connu pour ses nombreux ouvrages, dont des chefs-d'œuvre comme La Société technologique et La Propagande : la formation des mentalités. Chrétien calviniste convaincu, il était également théologien laïc au sein de l'Église réformée de France. À ce titre, il a vivement critiqué l'islam et la perspective d'une Europe « islamisée ».
Ellul est gênant pour le discours laïque actuel. Nous vivons à une époque où les élites européennes ont renié le passé chrétien du continent, tout en réécrivant l'histoire pour atténuer et valoriser de nombreux aspects de l'islam. Parallèlement, les penseurs chrétiens minimisent souvent les divergences qui séparent le judaïsme, le christianisme et l'islam dans une quête de respect mutuel. Les voix publiques qui refusent de se rallier à ce mouvement sont qualifiées de « racistes », à l'instar de Jean Raspail ( voir ici ), d'« alarmistes et islamophobes », comme Michel Houellebecq (pour son roman Soumission ), ou encore de personnes manquant de rigueur intellectuelle, comme la chercheuse Bat Ye'or (voir ci-dessous).
Ellul, s'il était encore vivant, ne pourrait être écarté aussi facilement. Sa critique vigoureuse de l'islam se trouve dans deux de ses ouvrages, disponibles ici et ici. En résumé, il soutenait que les trois grandes religions « monothéistes » ont des conceptions très différentes de Dieu, les unes des autres et de la personne humaine. Elles ne partagent aucun fondement commun en Abraham et n'entretiennent pas une relation similaire avec leurs Écritures. Ce même point de vue est repris aujourd'hui par le philosophe catholique français Rémi Brague, lauréat du prix Ratzinger. Et il a des conséquences très concrètes.
Ellul critiquait notamment ce qu'il considérait comme une tendance totalitaire irréformable au sein de l'islam, fondée sur un prétendu droit divin. Cela a conduit l'islam à introduire le concept de « guerre sainte » dans la pensée religieuse. Et ceci, à son tour, a engendré la notion chrétienne de « croisade » en réponse.
Pour l'islam, la violence et la coercition – lorsqu'elles sont jugées nécessaires – sont des outils légitimes pour propager la foi. Elles sont intrinsèquement liées à la structure originelle de l'islam, contrairement au christianisme. Comme le souligne Ellul, cela a rarement empêché les chrétiens de renier leurs propres convictions par intérêt personnel. Mais, fondamentalement, les deux religions présentent des conceptions très différentes de la violence religieuse.
Pour notre propos, certaines des réflexions essentielles d'Ellul sur l'islam figurent dans sa préface à * Le Dhimmi* et dans son avant-propos à * Le Déclin du christianisme oriental sous l'Islam* , deux ouvrages écrits par la chercheuse juive Bat Ye'or (pseudonyme de Giséle Littman ). La grande valeur de chacun de ces livres réside dans leur étude approfondie de la vie des dhimmis à travers les siècles. Les dhimmis étaient et sont encore des non-musulmans vivant sous domination islamique. Aujourd'hui, on insiste beaucoup sur la « tolérance » des musulmans envers les juifs et les chrétiens en terre d'islam. Les faits historiques sont mitigés, et rarement positifs.
En théorie, les dhimmis sont des personnes « protégées » par le Livre. Mais en pratique, ils ne jouissent jamais d'une pleine égalité avec les musulmans. Plus un régime islamique se radicalise et s'appuie sur la charia, plus les dhimmis souffrent en tant que classe subordonnée. Les « droits » des dhimmis, comme le souligne Ellul, sont des droits concédés et conditionnels , toujours susceptibles d'être révoqués. Pire encore, par le passé, les massacres de dhimmis étaient fréquents, et une persécution odieuse des chrétiens persiste aujourd'hui dans certaines communautés musulmanes. À long terme, cette répression entraîne l'étouffement progressif de tout ce qui n'est pas musulman. Les exemples abondent. Avant la conquête musulmane, l'Église d'Afrique du Nord comptait quelque 300 diocèses. Aujourd'hui, ils sont enfouis et oubliés sous le sable.
Ellul conclut que « dans le contexte actuel de l’histoire contemporaine, [l’œuvre de Bat Ye’or] constitue un avertissement clair. Le monde musulman n’a pas évolué dans sa manière de considérer le non-musulman, ce qui nous rappelle le sort réservé à ceux qui risquent un jour d’y être submergés. » En bref, l’Europe d’aujourd’hui, avec ses illusions sur la nature de l’islam et sa paralysie morale et culturelle face à l’immigration musulmane massive, s’enfonce insidieusement dans une « dhimmitude » volontaire.
Ce qui nous ramène à l'événement de Ceuta et à ses implications pour l'Église.
L'une des grandes forces du christianisme réside dans son respect de la dignité de chaque personne humaine, croyante ou non, en tant qu'enfant de Dieu. L'Église sert cette dignité avec une compétence exceptionnelle dans son soutien aux migrants. C'est un aspect essentiel de notre foi. Mais une famille – et l'Église est une très grande famille, animée d'une foi biblique très spécifique – a ses premières obligations non pas envers les étrangers, mais envers la santé, la sécurité et l'avenir de ses propres membres. Autrement, la famille s'expose à sa propre disparition.
Lorsque l’Église se laisse percevoir comme plus préoccupée par les étrangers d’une foi étrangère (et historiquement résistante et hostile) que par les besoins de son propre peuple – celui qui supportera le coût d’une immigration débridée –, elle contribue à sa propre disparition.
C'est déjà arrivé. Cela peut se reproduire. Et cela ne sert les intérêts de personne.
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Pourquoi je crois : un entretien avec un sceptique respectueux
Du père Jerry J. Pokorsky sur le CWR :
Pourquoi je crois : un entretien avec un sceptique respectueux
Le grand G.K. Chesterton a écrit un jour : « Un homme est censé douter de lui-même, mais ne jamais douter de la vérité. »
Le récit évangélique de Jésus marchant sur l'eau est une histoire extraordinaire. Comment une personne aussi raffinée que vous pourrait-elle croire à une chose pareille ?
Je crois à ce récit car mon catéchisme de première communion m'a appris à prier ainsi : « Ô mon Dieu, je crois à toutes les vérités que la Sainte Église catholique enseigne, car tu les as fait connaître. »
Vous croyez parce que « l’Église » vous l’enseigne ? Vous ne croyez pas en la Bible ?
Les deux. Je crois en l'Église parce que le Christ l'a fondée et a confié sa révélation aux Apôtres, dont elle a préservé et transmis la foi à travers les siècles. Sans la Tradition apostolique et le discernement autorisé de l'Église, nous ne saurions avec certitude quels livres appartiennent au canon de l'Écriture Sainte. L'Église est la gardienne et l'interprète autorisée de la Parole vivante de Dieu. Le Magistère présente les vérités de la foi à chaque génération. L'Église est toujours ancienne car elle remonte au temps du Christ. Elle est toujours nouvelle car elle nous aide à affronter les problèmes et les questions de chaque époque.
Mais la foi est-elle fiable ?
La majeure partie de notre savoir repose sur des croyances. Accepter l'autorité d'autrui n'est ni irrationnel ni peu fiable ; c'est une démarche pratique et incontournable. Nous faisons confiance aux médecins lorsqu'ils nous prescrivent des médicaments, car ils ont étudié la médecine. Les jurés se fient à des témoins crédibles. Il n'est pas nécessaire de recourir à la méthode scientifique pour valider chaque croyance. Le progrès humain s'appuie sur un ensemble de croyances. Les catholiques font confiance au témoignage de témoins dont l'enseignement remonte aux Apôtres à travers les siècles.
En quoi la foi catholique diffère-t-elle de la somme des croyances religieuses ?
La foi catholique est globale ; elle n'est pas un simple ensemble de croyances. Le dépôt de la foi est cohérent. Cependant, le rejet formel de doctrines catholiques essentielles peut réduire la foi à un système fragmenté de croyances. Un catholique fidèle distingue les vérités immuables de la foi des disciplines ecclésiastiques, qui peuvent évoluer.La totalité de la foi est-elle raisonnable ?
La foi et la raison sont parfaitement compatibles car Jésus-Christ est le Verbe incarné. Il réconcilie Dieu et l'homme, la foi et la raison, la religion et les vérités accessibles à la raison humaine. Les vérités de la foi ne peuvent contredire les vérités établies par la raison et la science, car Dieu est la source de toute vérité. La Résurrection de Jésus est raisonnable, mais, en tant que mystère central de notre foi, elle dépasse aussi notre pleine compréhension.
D'accord, vous avez confiance en l'ensemble de l'enseignement de l'Église. Mais vous n'avez pas expliqué pourquoi vous l'acceptez comme entièrement vrai.
La foi est impossible sans la grâce mystérieuse de Dieu. Dieu attire les gens à la foi catholique de différentes manières. La beauté et l'ordre de la création en attirent certains. Le témoignage et la bonté des fidèles catholiques en attirent d'autres. D'autres encore — comme moi — sont fondamentalement attirés par la raison et la cohérence de l'enseignement moral catholique. La foi, mue par la grâce de Dieu, embrasse l'intégralité de l'enseignement essentiel de l'Église.
Comment la raison vous soutient-elle dans votre foi en Jésus à travers l'Église ?
Lorsque je considère les Dix Commandements et les préceptes de la Loi naturelle que les théologiens ont formulés à leur sujet, je ne peux m'empêcher d'admirer la constance, la cohérence, l'intégrité et la beauté de l'enseignement moral catholique. Nous adorons Dieu librement. Nous nous réjouissons des familles heureuses et obéissantes. Nous déplorons qu'on prenne la vie d'un être humain innocent dès sa conception. Nous célébrons le sacrement du mariage. Nous n'avons pas à être esclaves de pulsions qui dégradent notre humanité. Malgré l'évolution des pressions sociales au fil des siècles, ces vérités morales demeurent immuables.
Mais le monde déteste souvent les préceptes de la morale catholique, les considérant comme des contraintes excessives.L'étude de la morale catholique est en définitive l'étude de la liberté humaine. Nombre de catholiques ont préféré mourir plutôt que d'abandonner les enseignements moraux de l'Église. Ils comprenaient que la liberté ne consiste pas à faire tout ce que l'on désire. La véritable liberté est la capacité de choisir ce qui est bon : le bonheur dans cette vie et dans la vie à venir.
Beaucoup de gens ne sont pas très instruits en théologie catholique. La foi leur est-elle inaccessible ?
Les vérités essentielles de la foi sont accessibles à tous. Les petits enfants récitent l'Acte de Foi. La grâce de Dieu unit la foi et la raison, et elle est à l'origine de notre attirance pour la foi dès le commencement. L'amour chrétien est le couronnement de la foi. Les démons connaissent toute la foi mieux que nous. Mais ils sont dépourvus de charité.
Que pensez-vous des nombreuses controverses qui ont secoué l'Église ces cinquante dernières années ?
Pourquoi s'arrêter à cinquante ans ? Le grand G.K. Chesterton écrivait : « L'homme est fait pour douter de lui-même, mais pour être inébranlable dans la vérité. » Notre confiance ne repose pas en définitive sur nous-mêmes, mais sur le Christ et sur la vérité qu'il a révélée. Saint Jean Chrysostome lui-même mettait en garde contre la grave responsabilité des dirigeants de l'Église : « Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup d'évêques qui seront sauvés, mais beaucoup plus qui périront. » (Homélie III sur les Actes des Apôtres)
Vous ne m'avez pas convaincu de la raison pour laquelle un homme intelligent comme vous croit aux histoires fantastiques des Évangiles.
Le Credo des Apôtres est au cœur de l'enseignement catholique et offre un cadre de compréhension de toute l'histoire, d'Adam à la fin des temps. La grâce ne remplace pas la raison ; elle l'élève et la perfectionne.Je crois parce que l'Église catholique, par garantie divine, préserve et proclame la révélation de Jésus-Christ.
Je crois parce que j'ai rencontré un récit cohérent, convaincant et complet de la réalité dans la foi catholique, enraciné dans un témoignage apostolique fiable et scellé par le sang des martyrs.
Jésus promet : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » Étonnant !
Par conséquent, je crois que Jésus a transformé l'eau en vin, guéri les malades, marché sur l'eau, prêché la Bonne Nouvelle, souffert pour nos péchés et ressuscité des morts.
Chacun est confronté à cette question fondamentale : quelle est votre vision du monde et comment justifiez-vous vos croyances par la raison ?
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Comment Amnesty s'est retournée contre la vision de son fondateur
De David Hahn sur le Catholic Herald :
Comment Amnesty s'est retournée contre la vision de son fondateur

Le fondateur d'Amnesty International, Peter Benenson, s'était converti au catholicisme, une foi qui a profondément marqué sa vie. Il racontait avoir eu l'idée de créer Amnesty le 19 novembre 1960, en lisant que deux étudiants portugais avaient été condamnés à sept ans de prison pour avoir prétendument « porté un toast à la liberté » sous la dictature de Salazar. L'indignation de Peter face à cette injustice flagrante a précipité la fondation d'Amnesty et a donné naissance à la tradition, toujours vivante au sein de l'organisation, de porter un toast à la liberté pour conclure ses réunions. Benenson a publié l'appel désormais célèbre, « Les prisonniers oubliés », en première page de l' Observer en 1961.
L'appel a suscité des milliers de réponses ; les journaux l'ont relayé à l'international, et en moins d'un an, des campagnes similaires ont vu le jour dans plus d'une douzaine de pays. L'organisation se consacrait à la protection des « prisonniers d'opinion » – des personnes emprisonnées uniquement pour leurs convictions. Les premières campagnes ont enquêté sur les conditions de détention en Afrique du Sud sous l'apartheid et apporté un soutien financier aux familles des prisonniers. Le mandat d'Amnesty s'est ensuite élargi pour inclure la torture et les procès inéquitables, et en 1977, elle a reçu le prix Nobel de la paix pour son action.
Au cours des deux dernières décennies, l'action d'Amnesty a pris une nouvelle orientation. L'organisation s'est désormais clairement alignée sur la gauche progressiste, notamment sur les questions de sexualité et de reproduction. Depuis 2020, sa politique prône la dépénalisation totale de l'avortement « quel qu'en soit le motif », y compris jusqu'à la naissance ; elle s'oppose également à toute restriction de l'avortement sélectif en fonction du sexe, affirmant que « restreindre l'accès à un avortement sûr n'est pas la solution aux discriminations structurelles ».
En Irlande, Amnesty International a exercé une influence néfaste sur les débats relatifs aux droits de l'enfant à naître. Dès 2014, l'organisation a milité pour l'abrogation du Huitième Amendement, qui consacre dans la Constitution irlandaise le droit à la vie égal pour les femmes enceintes et leurs enfants. Lors du référendum de 2018 portant sur cette protection, Amnesty International a affirmé que voter pour l'abrogation serait « un vote pour l'égalité, la dignité, le respect et la compassion ». L'abrogation a été approuvée par les deux tiers des suffrages.
En 2015, Amnesty International a commencé à adopter des politiques sur la moralité sexuelle désormais bien associées à la gauche progressiste. L'organisation a notamment adopté une politique de dépénalisation totale de la prostitution, incluant la suppression des lois contre l'achat de services sexuels, le racolage et le proxénétisme. Dès 1991, Amnesty International a étendu la protection accordée aux « prisonniers d'opinion » aux personnes emprisonnées uniquement pour homosexualité. Depuis, cette politique est devenue un axe central du travail plus large de l'organisation sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre. Le rapport d'Amnesty International Royaume-Uni, désormais retiré, intitulé « Une menace croissante », qui décrivait les organisations catholiques britanniques et autres organisations chrétiennes comme faisant partie d'un « écosystème anti-droits » coordonné, est l'expression la plus récente et la plus frappante de cette dérive.
Les excuses présentées par Amnesty International par la suite sont pour le moins amusantes. On pouvait y lire : « Nous présentons nos excuses pour la publication de la note d’information “Une menace croissante : le mouvement anti-droits au Royaume-Uni”. Ce document n’aurait jamais dû être publié, et Amnesty International Royaume-Uni assume l’entière responsabilité de cette erreur… Nous allons commander une enquête externe indépendante afin de tirer les leçons de cette situation. » Il est en effet regrettable que vous sachiez désormais ce qu’elle pensait de vous en privé – il faut dire que sa politique ne laissait guère de place au doute à ce sujet. Ironie tragique : Benenson lui-même avait mis en garde contre ce scénario, écrivant dans Persecution 1961 : « Si [Amnesty] venait à tomber sous le contrôle d’un pays, d’une idéologie ou d’une croyance, elle aurait échoué dans sa mission. » Selon les critères de son fondateur, ce jour est arrivé.
Les catholiques devraient reconnaître, dans ce document expurgé d'Amnesty, la séparation essentielle entre la cité des hommes et la cité de Dieu. Nous ne poursuivons assurément pas les mêmes objectifs que nos homologues laïques, même si nous employons parfois une rhétorique similaire. Protéger l'accès public aux soins de santé paraît une bonne chose jusqu'à ce que l'on comprenne que ce terme désigne en réalité la stérilisation des mineurs et l'avortement des enfants non désirés. De même, « protéger les libertés individuelles » semble irréprochable jusqu'à ce que l'on apprenne qu'il s'agit de militer pour la déstigmatisation de la prostitution.
Il peut être très difficile pour un catholique de garder son sang-froid face à de si vastes organisations internationales qui promeuvent leur propre vision perverse du bien humain. Il est nécessaire, surtout en matière de politiques publiques, d'adopter une perspective éternelle. Le plan de Dieu n'est pas accessoire à nos fins, mais en est la cause première et ultime. Le plus grand mal que causent les politiques d'ONG comme Amnesty International ne s'attaque pas au corps de nos frères et sœurs, mais à leur âme. Elles mettent en péril la véritable liberté humaine, qui ne se trouve que dans la soumission de la volonté humaine à la volonté divine.
Il nous faut prendre conscience de la substitution insidieuse entre la véritable liberté humaine et la simple autorisation de faire tout ce qui nous plaît. La liberté est donnée à l'homme pour la poursuite du bien, pour sa relation avec Dieu. En dehors de ce bien, la liberté dégénère en une autorisation de tout faire, même des actes contraires à notre nature, aujourd'hui célébrés à travers le monde. Ce n'est pas la liberté ; c'est la pire forme d'esclavage.
L'ironie la plus profonde de cette histoire est qu'Amnesty a accusé l'Église catholique et d'autres institutions chrétiennes de leur propre échec. Le péché humain a toujours été un acte d'autodestruction, une rupture de notre cœur avec Celui qui est notre seule satisfaction et l'accomplissement de tous nos désirs. En effet, ces agissements illustrent non seulement la menace croissante, mais aussi bien présente, de la morale progressiste – un mouvement anti-droits aussi ancien que le jardin d'Éden.
Il est tragique de constater que des organisations comme Amnesty ont été fondées par des hommes de bonne volonté tels que Peter Benenson, lui-même catholique, mais qui, comme tant d'autres, ont vu leur œuvre se pervertir. Amnesty est depuis devenue un foyer de progressisme radical, promouvant des politiques aussi controversées que sa position actuelle sur l'idéologie transgenre.
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L’« invasion » de migrants à Ceuta divise les évêques espagnols
D'Edgar Beltrán sur le Pillar :
L’« invasion » de migrants à Ceuta divise les évêques espagnols
Les évêques espagnols sont profondément divisés quant à leurs réactions face à l'afflux récent de migrants sans papiers en provenance du Maroc vers la ville autonome espagnole de Ceuta.
Le président de la Conférence des évêques espagnols a qualifié l'afflux de migrants de la semaine dernière d'« invasion », un contraste frappant avec l'accent mis par le diocèse local sur une réponse humanitaire aux migrants.
La semaine dernière, plus de 80 000 personnes ont franchi la frontière marocaine pour se rendre à Ceuta en quelques heures, selon les autorités espagnoles, submergeant cette ville de seulement 83 000 habitants.
Selon les médias, l'afflux de migrants serait dû en partie à de fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux, laissant entendre que la frontière avait été ouverte. L'identité des personnes à l'origine de ces publications reste inconnue.
La grande majorité des migrants sans papiers sont retournés au Maroc après que les autorités espagnoles ont annoncé qu'ils ne seraient pas autorisés à rester. Cependant, environ 7 000 personnes sont restées à Ceuta, dont un millier de mineurs.
L'archevêque Luis Argüello de Valladolid, président de la Conférence des évêques espagnols, a déclaré le 2 août sur twitter.com que l'afflux de migrants s'inscrivait dans une stratégie politique plus large.
« On joue avec la vie et on instrumentalise les gens – leurs rêves, leur faim, leur sexualité, leurs données – au service de l’argent et du pouvoir. Les migrations font partie intégrante de cette stratégie. L’invasion de Ceuta est un test. La démographie est une arme », a-t-il déclaré.
L’ampleur de la dernière vague de migrants a suscité des réactions similaires de la part d’autres responsables de l’Église, qui ont mis en garde contre les motivations politiques derrière cette vague migratoire, tout en soulignant la nécessité de prendre soin des migrants concernés.
L’archevêque José Rodríguez Carballo, OFM, de Mérida-Badajoz, a imputé la crise aux mafias locales du trafic et a déclaré qu’« il serait très triste d’essayer de tirer un avantage politique d’une grave situation humanitaire ».
Il a fait référence à un article de l'archevêque émérite Santiago Agrelo de Tanger, qui suggérait que la vague de migrants avait été « provoquée par des intérêts politiques », mais a ajouté que « ces milliers de personnes manipulées et exploitées ne sont, pour le croyant, pas un sujet d'analyse politique ou idéologique, mais un sujet de compassion. Cette multitude ne peut recevoir que notre miséricorde. »
Les évêques espagnols se sont généralement montrés favorables aux migrants.
Le diocèse de Cadix et Ceuta a annoncé le 31 juillet, dans un communiqué, que les collectes du dimanche seraient intégralement reversées à la délégation diocésaine chargée des migrations. Il a ajouté être en contact avec les institutions civiles afin de contribuer à l'atténuation de la crise.
Le directeur du département des migrations de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, le père Fernando Redondo Pavón, a affirmé dans une interview que la vague massive de migrants « n'avait rien à voir avec la régularisation extraordinaire » des immigrants illégaux votée par le gouvernement espagnol plus tôt cette année.
Cette mesure, soutenue par la Conférence des évêques espagnols, a permis la régularisation de plus de 600 000 migrants. Des voix critiques locales craignaient qu'elle n'attire davantage d'immigration clandestine.
D'autres responsables catholiques, quant à eux, ont adopté une approche plus franche face à la récente vague de migrants.
Andrea Riccardi, fondateur de la communauté de Sant'Egidio, a déclaré dans une interview : « Nous avons besoin de migrants, pas de frontières fermées. »
Il a toutefois reconnu avoir soupçonné une possible motivation politique derrière la dernière vague migratoire.
« Il ne s'agit pas d'une arrivée comme les autres. C'est un véritable exode des damnés de la terre, ce qui laisse supposer qu'une organisation est derrière tout cela. Le Premier ministre Sánchez a évoqué des organisations mafieuses », a-t-il déclaré.
De son côté, l’archevêque Emilio Rocha, OFM de Tanger, a rejeté cette idée, affirmant que « les mafias n’agissent pas ici, car elles agissent pour de l’argent, et les jeunes hommes qui traversent la frontière ne paient personne [pour le faire] ».
Il a également critiqué l'idée selon laquelle les gens fuient une pauvreté extrême, affirmant que « le Maroc n'est pas un pays pauvre, ce n'est pas un pays où les jeunes fuient la faim ».
Fernando Sotomayor, directeur de Caritas Ceuta, a déclaré dans une interview du 5 août que « la plupart de nos ressources sont destinées à 450 familles vulnérables de Ceuta, [nous nous occupons d'abord] des populations locales ».
« C’était horrible… Les deux premiers jours ont été très compliqués. Nous avons constaté les dégâts causés par les migrants ; toutes les ONG ont agi du mieux qu’elles ont pu et avec les ressources dont elles disposaient. »
Sotomayor a déclaré qu'un nombre important de migrants encore présents à Ceuta proviennent de pays autres que le Maroc, raison pour laquelle ils ne peuvent être renvoyés dans leur pays, et a demandé davantage de ressources pour participer aux efforts d'aide.
La ville de Ceuta est sous souveraineté espagnole depuis 1640, date à laquelle elle est restée fidèle à la Couronne espagnole après le rétablissement de l'indépendance du Portugal. Elle était déjà sous domination portugaise depuis 1415, suite à sa conquête sur le sultanat mérinide.
Son incorporation à l'Espagne est antérieure à l'avènement de la dynastie alaouite, qui établit la maison régnante du Maroc actuel au XVIIe siècle.
Malgré cette longue histoire de domination ibérique, le Maroc continue de revendiquer sa souveraineté sur Ceuta et Melilla, une autre enclave espagnole sur la côte nord-africaine.
Cela a incité de nombreuses personnes en Espagne, de tous bords politiques, à suggérer que le gouvernement marocain était à l'origine de la vague migratoire.
Une situation similaire s'est produite, à plus petite échelle, en 2021, lorsque 8 000 migrants ont franchi la frontière, les médias locaux pointant du doigt « un relâchement évident des contrôles par les autorités marocaines » comme un facteur majeur de cette augmentation du nombre de migrants.
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Mais c'est quoi, l’« état de nécessité » ?
De Roberto de Mattei sur Corrispondenza Romana :
Mais qu’est-ce que l’« état de nécessité » ?
Il est important de clarifier d'emblée un point fondamental : l'expression « état de nécessité » ne doit pas être confondue avec la grave crise qui affecte actuellement l'Église. Cette crise est un fait historique et sociologique indéniable : certains en font remonter les origines au pape François, d'autres à l'ère post-conciliaire, et d'autres encore au concile Vatican II. Ces références historiques contiennent une part de vérité, mais le phénomène est plus vaste et plus ancien dans le temps. Déjà, saint Pie X, dans son encyclique prophétique Pascendi dominici gregis du 8 septembre 1907, diagnostiquait l'existence des graves maux qui pénétraient l'Église par le biais du modernisme. Le professeur Plinio Corrêa de Oliveira, dans son ouvrage désormais classique Révolution et Contre-Révolution , publié en 1959, a inscrit cette crise dans le cadre d'un processus séculaire qui a débuté avec la dissolution du christianisme médiéval. Romano Amerio, dans son Iota unum… L’ouvrage « Étude des changements survenus dans l’Église catholique au XXe siècle » , publié en 1985, offrait un diagnostic large et pénétrant des maux qui affectaient l’Église à cette époque. La même année, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, publiait, avec Vittorio Messori, le « Rapport sur la Foi » , tirant la sonnette d’alarme quant à l’état du catholicisme contemporain. Devenu pape Benoît XVI, il consacra la dernière année de son pontificat à la crise de la foi. Depuis lors, la situation s’est considérablement aggravée, et seuls ceux qui étaient spirituellement ou intellectuellement aveugles pourraient nier l’évidence de cette crise.
Le fait historique d'une crise très grave au sein de l'Église ne coïncide pas, cependant, avec la catégorie juridico-morale de « l' état de nécessité ». Ce sont deux notions distinctes qu'il ne faut pas confondre. L'état de nécessité présuppose une situation exceptionnelle, sans toutefois s'y réduire. Il s'agit d'une institution de théologie morale et de droit, élaborée pour réguler les situations extraordinaires où l'observance ordinaire de la loi semble entrer en conflit avec le bien que la loi elle-même vise à protéger. Une crise ecclésiale peut certes constituer le contexte dans lequel se pose la question de l'état de nécessité, mais entre la situation historique et le jugement moral et juridique, il existe une étape supplémentaire, qui exige prudence et une évaluation rigoureuse des faits.
La doctrine morale définit l'état de nécessité comme la situation dans laquelle une personne, pour éviter un mal grave, imminent et inévitable, accomplit un acte qui, en temps normal, serait illicite ou interdit. Autrement dit, il ne s'agit pas tant de la situation extérieure elle-même que du jugement prudentiel de la personne qui doit agir dans cette situation. C'est pourquoi l'état de nécessité naît de la rencontre entre une situation exceptionnelle et la responsabilité personnelle de celui qui doit décider de la conduite à tenir. La crise peut être objective ; l'état de nécessité, en revanche, concerne l'appréciation subjective de l'action concrète à entreprendre face à cette crise.
Le Code de droit canonique de 1983 traite expressément de cette question dans les canons 1323 et 1324. Le canon 1323 établit qu'aucune peine n'est infligée à quiconque a enfreint une loi « lorsqu'il y est contraint par une crainte grave, même relative, ou par nécessité ou grave inconvénient, à moins que l'acte ne soit intrinsèquement mauvais ou ne cause un préjudice aux âmes ». Cette norme ne crée pas de dérogation arbitraire à la loi, mais reconnaît que des circonstances exceptionnelles peuvent survenir dans lesquelles la responsabilité juridique cesse ou est atténuée.
Une première caractéristique de l'état de nécessité est son caractère essentiellement exceptionnel et temporaire. Il survient en réponse à une situation spécifique et limitée dans le temps. Il ne peut se transformer en condition permanente, ni constituer un régime ordinaire de gouvernement ou de vie ecclésiale. Si la nécessité devenait permanente, elle cesserait d'être une véritable « exception » et viderait finalement de son sens la discipline ordinaire de l'Église.
Une crise historique peut s'éterniser pendant des décennies ; un état de nécessité, en revanche, concerne des actions spécifiques, menées dans des circonstances particulières, pour faire face à un danger concret et immédiat. La crise fournit le contexte ; l'état de nécessité est le jugement prudentiel qui peut, dans des cas strictement définis, justifier ou excuser une ligne de conduite donnée.
Enfin, il existe une limite insurmontable, sur laquelle insistent tant la théologie morale que le droit canonique. Un état de nécessité ne saurait justifier un acte intrinsèquement mauvais. Le principe formulé par saint Paul et constamment réaffirmé par le Magistère de l’Église s’applique ici : il n’est jamais licite de faire le mal pour qu’il en résulte du bien : « non sunt facienda mala ut veniant bona » ( Rm 3, 8). Certains actes, par leur objet moral même, demeurent toujours illicites, quelles que soient les circonstances et le contexte historique.
C’est précisément sur ce point que porte le débat théologique et canonique. Un acte accompli en vertu d’un état de nécessité ne saurait contredire les principes du droit divin ni les normes qui, par leur nature même, ne permettent aucune dérogation. Or, les consécrations épiscopales sans mandat et contre la volonté du Pape ont pour but la création d’une entité indépendante du Pontife romain et des évêques en communion avec lui. Mais cela est intrinsèquement illicite, quelles que soient les circonstances historiques invoquées pour justifier l’acte.
Le véritable enjeu n'est donc pas de savoir s'il existe ou non une crise au sein de l'Église, dont l'existence est manifeste pour tous. La question cruciale est ailleurs : est-il moralement et juridiquement licite, même face à une crise très grave, de commettre un acte qui viole la constitution hiérarchique de l'Église, telle qu'établie divinement par Jésus-Christ, rejetant de fait la primauté de la juridiction du Pontife romain et introduisant une pratique étrangère à la tradition bimillénaire de l'Église ?
Si tout cela n’est pas clair, « l’ état de nécessité » risque de n’être qu’un état de confusion.
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Quel pourrait être l’objectif du pape Léon pour la Chine ?
D'Éd. Condon sur le Pillar :
Quel pourrait être l’objectif du pape Léon pour la Chine ?
À court et moyen terme, à petite échelle comme dans une perspective plus large, il existe des résultats concrets à viser.
3 août 2026
Le Vatican a annoncé ces dernières semaines la nomination de deux évêques chinois, signe de la poursuite de l’accord conclu il y a huit ans avec le gouvernement chinois concernant la nomination des évêques.
Les deux évêques, tous deux nommés pour des diocèses de la province de Mongolie intérieure, ont été officiellement présentés par le Vatican dans les bulletins quotidiens des 22 et 29 juillet ; ces annonces coïncidaient avec les consécrations épiscopales de Joseph Chang Yanfeng, évêque de Chifeng, et de François Xavier Duan Yongkun, évêque coadjuteur de Bameng.
Selon le Vatican, les deux hommes ont reçu l’approbation papale de leur nomination conformément aux dispositions de l’accord conclu le 15 juin entre le Vatican et la Chine. L’installation de ces évêques s’inscrit dans la lignée d’une série de nominations relativement peu mouvementées dans les relations entre le Vatican et la Chine depuis l’élection de Léon au pontificat l’année dernière.
L’accord conclu entre le Saint-Siège et la Chine continue de susciter des critiques de la part de certains milieux, les commentateurs soulignant les antécédents de Pékin en matière de violation des dispositions de l’accord — souvent de manière publique et en toute impunité — ainsi que la répression persistante de l’exercice des libertés religieuses fondamentales sur le continent. Cependant, l’accord devant rester en vigueur pendant encore deux ans, il est clair que le système actuel de nominations se poursuivra encore pendant un certain temps.
Après plus d’un an de pontificat et après avoir mené à bien une série modeste de nominations en Chine continentale, le pape Léon a eu le temps d’évaluer le fonctionnement interne de l’accord conclu entre le Saint-Siège et le Parti communiste chinois. Fort de cette expérience, quelle pourrait être l’ampleur des ambitions du pape pour améliorer la situation de l’Église en Chine et dans ses relations avec ce pays ?
Les deux annonces faites en juillet représentent, à un certain niveau, la poursuite d’une sorte de progrès dans l’accord entre le Vatican et la Chine sous le pontificat de Léon XIV, dans la mesure où le traitement des nominations épiscopales chinoises semble se dérouler sans heurts, du moins en apparence.
Les deux évêques ont été sélectionnés au sein des structures internes de l’Église en Chine affiliées au PCC et, du moins selon les déclarations publiques du Vatican, ont ensuite été présentés pour approbation papale officielle — qui leur a été accordée — avant de recevoir la consécration épiscopale.
Cela peut sembler insignifiant dans le cadre plus large de la création d’une ecclésiologie chinoise saine, mais dans le contexte immédiat du cycle de vie de l’accord entre le Vatican et la Chine depuis 2018, cela doit être considéré comme une sorte de victoire.
Le statu quo antérieur, dans lequel l’Association patriotique catholique chinoise, contrôlée par les communistes, semblait nommer des évêques à sa guise, avec ou sans mandat papal, était à bien des égards pire que la situation qui prévalait avant la conclusion de l’accord. Au moins, dans la situation antérieure, le statut de l’Église schismatique soutenue par l’État et de l’Église clandestine en communion avec Rome était clairement défini, et il existait une distinction évidente entre les évêques qui étaient en union avec le pape et ceux qui ne l’étaient pas. Sous le pontificat du pape François, il n’y avait pratiquement aucune clarté quant à ce qui était licite ou non sur le continent, le Vatican se retrouvant souvent clairement dans la position moralement intenable de devoir prétendre que des nominations effectuées sans aucune implication romaine avaient été pré-approuvées.
Ce niveau d’indifférence institutionnelle, pour ne pas dire de mépris, de la part de Pékin a atteint son paroxysme lors de l’interrègne papal de l’année dernière, lorsque l’Église catholique patriotique de Chine (CPCA) a annoncé l’« élection » et l’installation d’un nouvel évêque alors qu’il n’y avait pas de pape pour délivrer un mandat.
Depuis l’élection de Léon, Pékin s’est montré beaucoup plus coopératif et respectueux des normes procédurales essentielles relatives à l’approbation papale. Les annonces de juillet semblent s’inscrire dans la continuité de ce changement, les deux citant une même date en juin pour l’approbation des deux évêques, qui ont été annoncées séparément les jours de leur consécration.
Cependant, chaque nouvelle nomination en Chine continentale continue de susciter un concert prévisible (et pas nécessairement déraisonnable, compte tenu de l’histoire récente) de critiques instinctives, ainsi que l’hypothèse selon laquelle chaque nouvel évêque représenterait une sorte de capitulation de Rome face au gouvernement chinois.
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Le pape Léon XIV entretient-il une « zone grise » concernant la messe tridentine ?
D'Edgar Beltrán sur le Pillar :
Le pape Léon XIV entretient-il une « zone grise » concernant la messe tridentine ?
Mais plus d'un mois après, cette action papale attendue ne s'est toujours pas produite.
Ces mesures ont renforcé, dans certains milieux, l'espoir que le pape ait l'intention de répondre au mécontentement persistant concernant la politique liturgique de François, en proposant une solution favorable aux catholiques qui préfèrent les rubriques liturgiques plus anciennes.
La semaine dernière, cependant, le préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements a déclaré dans une interview que le pape Léon XIV n'avait aucune intention de modifier les restrictions imposées par le pape François sur les textes liturgiques préconciliaires.
Le pape a-t-il changé d'avis sur la messe tridentine ? Ou bien ces propos ne sont-ils que des paroles en l'air, destinées à meubler les longues semaines d'été romain ?
Un examen attentif des choix de Léon à ce jour suggère qu'il pourrait exister une troisième interprétation : le pontife pourrait vouloir maintenir la situation liturgique dans une zone grise, en laissant les politiques intactes telles qu'elles sont écrites, tout en insistant sur la générosité et la magnanimité dans leur application.
Lorsque le Vatican a excommunié le mois dernier six évêques de la Fraternité Saint-Pie-X — et a averti que des prêtres, voire certains laïcs assistant à leurs liturgies, pourraient également être excommuniés —, de nombreux observateurs ont spéculé que le pape ferait bientôt un geste formel envers les communautés traditionalistes souhaitant rester en communion avec Rome, certains évoquant même la possibilité de créer un successeur à la commission Ecclesia Dei , qui était autrefois chargée de superviser les communautés traditionalistes, jusqu'à sa suppression en 2019.
Mais plus d'un mois après, rien de concret ne s'est encore produit.
Par ailleurs, le 29 juillet, le cardinal Roche, préfet du Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, a semblé exclure toute libéralisation des restrictions liturgiques de l'ère François.
Le cardinal anglais a déclaré dans une interview accordée à The Tablet que « le pape Léon ne va pas changer Traditionis custodes , et il ne reviendra pas à Summorum pontificum ».
« La nourriture abondante des Écritures qui nous est désormais offerte par la célébration de la messe et des sacrements est quelque chose qui n'était pas accessible auparavant, mais qui l'est maintenant », a-t-il déclaré.
Le cardinal a également ajouté que si la messe tridentine souligne que le prêtre agit au nom de la congrégation, l'accent est différent dans le Novus ordo .
« En fait, lorsque la messe est célébrée, puisque les baptisés sont un peuple sacerdotal, ils célèbrent eux aussi avec le prêtre. »
Les propos sans détour de Roche reflétaient-ils réellement les opinions du pape ? Ce n’est pas tout à fait clair.
Certains observateurs ont avancé que Roche s'est senti libre de faire ces commentaires parce qu'à 76 ans, il est, du moins en théorie, sur le point de prendre sa retraite et qu'il se sent à l'aise de dire ce qu'il pense, ce qui peut refléter ou non la pensée privée du pape.
Cependant, des sources proches du dicastère ont indiqué à The Pillar que le pape Léon XIV respecte Roche, notamment pour sa gestion des controverses liturgiques avec la Conférence des évêques allemands , et qu'il est au moins plausible que les remarques du cardinal soient issues d'une perspective éclairée sur la question.
Néanmoins, les actions de Léon au cours de l'année écoulée ont montré une volonté d'adopter une position plus cordiale envers ceux qui ont une affinité pour la messe traditionnelle en latin, sans pour autant suggérer qu'une abrogation de Traditiones custodes est imminente.
Par exemple, en novembre, The Pillar a rapporté que l'archevêque Miguel Maury Buendia s'était adressé à l'assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques d'Angleterre et du Pays de Galles, informant les évêques que le Vatican se montrerait « généreux » lorsqu'on lui demanderait de déroger aux restrictions imposées à la liturgie traditionnelle.
Ces dispenses sont devenues courantes dans plusieurs diocèses américains, certains allant même jusqu'à augmenter le nombre de messes tridentines proposées.
Et en mars, le cardinal Pietro Parolin a envoyé une lettre à la Conférence des évêques de France avant leur assemblée plénière, appelant à « l’inclusion généreuse de ceux qui sont sincèrement attachés au vetus ordo , conformément aux directives établies par le Concile Vatican II concernant la liturgie ».
Plusieurs hauts responsables du Vatican, membres du cercle restreint des conseillers de Léon XIV, ont déclaré au journal The Pillar que l'assouplissement informel et progressif de l'application du principe Traditionis custodes par Léon XIV ne s'arrêtera pas.
« Ce n’est pas une question liturgique, mais une question de communion. Si l’on est en communion avec l’Église, il faut faire preuve de souplesse et s’adapter aux différents charismes et styles, y compris aux plus traditionnels, et je crois que c’est la tendance actuelle », a déclaré un responsable au journal The Pillar.
Par ailleurs, les organisateurs du pèlerinage traditionaliste Summorum Pontificum ont indiqué au journal The Pillar qu'ils avaient demandé l'autorisation de célébrer une messe tridentine à la basilique Saint-Pierre cette année, mais qu'ils n'avaient pas encore reçu de réponse.
L'un des gestes concrets de Léon envers les communautés traditionalistes l'an dernier a été d'autoriser la célébration d'une messe traditionnelle en latin (TLM) pendant le pèlerinage à la basilique Saint-Pierre, après que cela n'ait pas été autorisé en 2023 et 2024.
Selon une source, les organisateurs du pèlerinage ont l'intention de reposer la question après l'été.
« Le problème, c'est que dans l'entourage proche du pape, on a constaté que la messe aidait beaucoup de gens, mais qu'elle était aussi utilisée à des fins de propagande, et cela ne leur plaisait pas », a déclaré la source.
Si le pape Léon XIV refuse d'autoriser le pèlerinage pour célébrer la messe tridentine à Saint-Pierre, cela pourrait être perçu par de nombreux observateurs comme un signe qu'il est devenu réfractaire à l'idée d'abroger, de réformer ou même d'assouplir l'application de Traditiones custodes .
Toutefois, il est également possible que l'absence de réponse soit liée au personnel de la basilique.
On spécule de plus en plus sur le remplacement prochain du cardinal Mauro Gambetti, archiprêtre de la basilique Saint-Pierre. Selon des rumeurs à Rome, son successeur pourrait être le cardinal Pietro Parolin, le cardinal Rolandas Makrickas ou l'évêque Guido Marini , tous réputés plus favorables à la messe tridentine que Gambetti.
Il est possible qu'un changement prochain d'archiprêtre retarde la réponse concernant la célébration d'une messe tridentine dans la basilique.
Par conséquent, le silence ne doit pas être interprété comme un rejet — du moins pas encore.
Plusieurs sources vaticanes ont indiqué au journal The Pillar que la décision d'autoriser la messe l'année dernière avait été prise après que le cardinal Raymond Leo Burke ait demandé au pape, lors d'une audience le 22 août, d'autoriser la célébration de la messe en ce lieu.
Alors que les questions continuent de fuser concernant l'avenir de Traditionis custodes, le pape Léon XIV n'a donné aucune indication qu'une solution formelle et stable soit imminente.
Plusieurs cardinaux et responsables de la Curie – y compris ceux considérés comme favorables et hostiles à la messe tridentine – consultés par The Pillar ces derniers mois ont déclaré ne pas s'attendre à une solution dans un avenir proche, du moins pas cette année.
Un responsable du Vatican a déclaré au journal The Pillar en avril que, lors d'une rencontre en 2025, Léon XIV avait reconnu ne pas bien connaître les communautés traditionalistes ni la liturgie traditionnelle. Selon ce responsable, la principale préoccupation du pape n'était pas la liturgie elle-même, mais plutôt de savoir si les membres de ces communautés acceptaient le concile Vatican II.
Le pape a accepté une proposition de rencontrer des cardinaux, des évêques et d'autres personnes proches des communautés traditionnelles afin de recueillir des informations de première main auprès d'eux.
Cela a apparemment conduit à des rencontres avec des personnalités capables d'offrir au pape des perspectives sur la question : le cardinal Raymond Leo Burke, le cardinal Robert Sarah, l'évêque Athanasius Schneider, le père John Berg, supérieur général de la Fraternité de Saint-Pierre, et les chercheurs Stephen Bullivant et Stephen Craney, qui s'apprêtent à publier un ouvrage sur les communautés traditionnelles aux États-Unis.
Ainsi, même si Roche a peut-être raison de dire que le pape Léon n'a pas l'intention de revenir à Summorum pontificum ni de modifier formellement Traditionis custodes , cela ne change pas nécessairement quoi que ce soit à l'approche de Léon concernant la messe tridentine et les attentes qui l'entourent.
Dans le même temps, alors que beaucoup s'attendaient à ce que les consécrations illicites de la FSSPX fassent évoluer les restrictions sur les célébrations de la messe traditionnelle en communion avec Rome, cet espoir ne s'est pas encore concrétisé.
Le pape, semble-t-il, préfère pour l'instant maintenir la situation dans une zone grise – une zone dans laquelle il n'est pas enclin à modifier immédiatement la loi, mais continuera d'encourager progressivement les évêques, par l'intermédiaire des fonctionnaires de la curie et des diplomates pontificaux, à adopter des applications plus généreuses de la loi de l'ère François.
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