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Débats - Page 2

  • L’extraordinaire homélie que Benoît XVI consacra au synode sur la famille, restée inconnue pendant dix ans

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    L’extraordinaire homélie que Benoît XVI consacra au synode sur la famille, restée inconnue pendant dix ans

    Du 7 au 14 octobre, Léon XIV a convoqué au Vatican les chefs des Églises orientales et les présidents des conférences épiscopales du monde entier, pour une rencontre à l’occasion du dixième anniversaire d’« Amoris laetitia », l’exhortation apostolique par laquelle son prédécesseur François avait conclu le synode de 2014 – 2015 sur la famille.

    Ce fut un synode très polémique, surtout sur une question qui divisait verticalement la hiérarchie catholique : fallait-il accorder ou non la communion eucharistique aux divorcés remariés, ce qui avait jusqu’alors toujours été interdit par le magistère de l’Église.

    Dès le consistoire préliminaire des cardinaux de février 2014, François a manifesté un penchant très clair pour le oui. Mais l’opposition de nombreux cardinaux et évêques a été telle que, en tirant les conclusions du synode dans « Amoris laetitia », il s’est limité à formuler un oui allusif dans deux notes de bas de page seulement, les n° 336 et 351, dans lesquelles il envisageait pour les divorcés remariés « aussi l’aide des sacrements » et en particulier de l’eucharistie, qui « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles ».

    Ce qui eut pour effet que l’affrontement entre les deux camps du oui et du non se poursuivit, jusqu’à ce que François ne décide d’y mettre un terme à sa manière, en septembre 2016, en rédigeant une lettre d’éloge aux évêques argentins et à leur interprétation d’« Amoris laetitia » en faveur de la communion pour les divorcés remariés, qualifiée par François de seule interprétation correcte parce que « no hay otras », il n’y en a pas d’autres : une lettre qui sera ensuite publiée dans les « Acta Apostolicae Sedis » sous la qualification de « magisterium autenticum ».

    Une abondante documentation, tant officielle que journalistique, est à la disposition de tous sur ce synode sur la famille et sur le vif débat qui l’a animé.

    À celle-ci, il faudrait toutefois ajouter une intervention d’une grande profondeur et d’une très haute autorité, qui n’a pourtant jamais été prise en considération jusqu’à présent, notamment parce qu’elle est restée inconnue pendant une dizaine d’années. Il s’agit de l’homélie prononcée par Benoît XVI – qui avait déjà démissionné depuis 2013 mais qui était à l’époque encore actif par la parole et par l’écrit – le dimanche d’ouverture de la seconde et dernière session du synode sur la famille, le 4 octobre 2015.

    Ce dimanche-là, le missel romain – par une coïncidence fortuite mais parfaite – proposait comme passage évangélique le début du chapitre 10 de l’Évangile de Marc, celui-là même où « des pharisiens abordèrent Jésus et lui demandèrent s’il est permis à un mari de répudier sa femme ». Et avec Jésus qui leur répondait : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. »

    Il se fait que, dans l’homélie qu’il a prononcée ce jour-là dans son ermitage du Vatican, devant une douzaine de personnes tout au plus – et qui est restée inédite jusqu’en décembre 2025 –, Benoît XVI a commencé par faire remarquer que « la liturgie nous propose cet Évangile précisément le jour où s’ouvre le synode », tout en ajoutant aussitôt qu’il ne voulait pas aborder des « questions aujourd’hui tant discutées », mais plutôt leur « fondement », c’est-à-dire « ce qu’est l’homme », créé par Dieu homme et femme, comme « être en relation » et, pour cela même, « image de Dieu ». Sans compter, dans la dernière partie de cette même homélie, une réflexion originale sur le sens profond du célibat ecclésiastique.

    On se souviendra que ce même dimanche d’octobre, jour de l’ouverture de la seconde session du synode, le pape François a lui aussi prononcé une homélie. Et lui non plus n’a pas fait allusion à la communion pour les divorcés remariés, qui ne trouvait effectivement aucun soutien dans le passage évangélique du jour (à moins d’étendre au temps de l’Église cette condescendance de Dieu envers la « dureté du cœur » de son peuple, en vertu de laquelle le divorce était accordé à l’époque de Moïse, comme l’a notamment soutenu le patrologue et bibliste Innocenzo Gargano, bénédictin camaldule du monastère de San Gregorio al Celio et professeur à l’Institut biblique pontifical).

    Toujours est-il que personne n’a pu prendre connaissance de l’homélie prononcée ce jour-là par Benoît XVI dans son ermitage sur les collines du Vatican, afin de la méditer et le mettre à profit dans le débat synodal.

    C’est le cadeau qui nous est offert par Settimo Cielo, à la veille du sommet convoqué par le pape Léon pour le dixième anniversaire d’« Amoris laetitia ». Nous la reproduisons dans son intégralité avec la permission du dicastère pour la Communication et de la Librairie éditrice du Vatican qui en détient les droits d’auteur.

    L’homélie est tirée des pages 310 – 315 du volume « Dio è la vera realtà. Omelie inedite 2005 – 2017 », Libreria Editrice Vaticana, 2025.

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  • RCF en Belgique : l’Église baisse-t-elle le micro ?

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    RCF en Belgique : l’Église baisse-t-elle le micro ?

    Après la disparition de 1RCF Belgique, la fermeture annoncée de RCF Bruxelles et le désengagement financier du diocèse de Namur, le réseau RCF est confronté à une question qui dépasse largement le destin de quelques stations de radio : l’Église catholique belge veut-elle encore parler au monde par ses propres médias ?

    Il y a quelque chose de paradoxal dans la situation actuelle. Au moment où l’Église déplore souvent sa difficulté à faire entendre sa voix dans une société saturée de messages, elle se retire progressivement de l’un des moyens les plus simples de cette présence : la radio.

    Le constat est désormais difficile à éluder. 1RCF Belgique a disparu. RCF Bruxelles cessera d’émettre en janvier 2027. RCF Sud Belgique sait déjà que le soutien financier du diocèse de Namur prendra fin en décembre 2027. RCF Liège continue, mais dans un environnement où le soutien institutionnel aux radios chrétiennes n’est plus une évidence.

    Ce n’est donc plus une succession de décisions isolées. C’est un mouvement.

    Une radio nationale abandonnée

    Le destin de 1RCF Belgique est à cet égard emblématique. Le projet avait une ambition claire : donner à la Belgique francophone une voix chrétienne capable de dépasser les frontières diocésaines.

    Il n’aura finalement pas résisté aux contraintes financières et aux nouvelles priorités institutionnelles.

    Avec sa disparition, l’Église belge a perdu non seulement une radio, mais aussi une ambition médiatique nationale.

    Or une Église qui renonce à ses propres moyens de communication ne peut ensuite s’étonner de voir son message dépendre entièrement de médias qui ne partagent pas nécessairement ses catégories, ses priorités ou sa vision de l’homme.

    Bruxelles : trente ans qui s'achèvent

    Le cas de RCF Bruxelles est encore plus symbolique.

    Trente années d’existence et, bientôt, le silence.

    La capitale belge — et européenne — ne disposera bientôt plus de cette voix radiophonique chrétienne. Ce n’est pas un détail. Bruxelles est précisément l’un des lieux où les questions de société, de culture, de politique et de liberté religieuse se croisent quotidiennement.

    Et c’est là que le paradoxe devient presque cruel : l’Église perd une voix dans la capitale au moment même où elle aurait intérêt à en avoir davantage.

    Sud Belgique : la dernière chance ?

    RCF Sud Belgique offre cependant un autre scénario.

    Le diocèse de Namur ne supprime pas brutalement la radio. Il réduit progressivement son aide : 42 000 euros aujourd’hui, 21 000 euros en 2027, puis zéro à partir de la fin de 2027.

    La radio veut relever le défi et rechercher d’autres ressources.

    Cette stratégie pourrait fonctionner. Elle pourrait aussi annoncer une transformation profonde : une radio autrefois soutenue par l’institution ecclésiale devra désormais convaincre directement ses auditeurs de payer pour qu’elle continue d’exister.

    C’est à la fois une menace et une opportunité.

    Une menace, parce que les dons ne remplacent pas automatiquement un financement institutionnel.

    Une opportunité, parce qu’une radio qui dépend davantage de ses auditeurs peut aussi devenir plus autonome, plus enracinée dans son territoire et plus attentive aux attentes de son public.

    Et RCF Liège ?

    C’est évidemment la question qui se pose dans la région liégeoise.

    RCF Liège n’est pas condamnée. Elle continue à émettre et dispose d’un ancrage régional réel.

    Mais il serait imprudent de considérer sa situation comme définitivement acquise.

    Les exemples de Bruxelles et de Namur montrent que le paysage peut changer rapidement lorsque les diocèses redéfinissent leurs priorités.

    La question n’est donc pas seulement : RCF Liège est-elle aujourd’hui en bonne santé ?

    Elle est plutôt : le diocèse de Liège considère-t-il encore cette radio comme un instrument stratégique d’évangélisation et de présence chrétienne dans la société ?

    Car une radio chrétienne n’est pas simplement une entreprise médiatique parmi d’autres.

    Elle est un lieu où l’Église peut parler de Dieu, de la foi, de la culture, de la famille, de la vie, de la mort, de la politique, de la justice, de l’éducation ou de la société sans demander à un média extérieur la permission de choisir ses sujets et son angle.

    Le paradoxe de la « présence »

    Depuis quelques années, l’Église insiste à juste titre sur la nécessité de sortir de ses murs, d'aller à la rencontre des périphéries, de dialoguer avec la société et de rejoindre les hommes là où ils se trouvent.

    Mais la radio est précisément l'un de ces lieux.

    Elle entre dans les maisons, les voitures, les cuisines, les bureaux. Elle accompagne les personnes seules. Elle peut toucher des auditeurs qui ne franchiront jamais la porte d’une église.

    Alors pourquoi se retirer ?

    Bien sûr, il serait absurde de nier les difficultés économiques du secteur radiophonique. Le numérique bouleverse les habitudes, les audiences se fragmentent et les ressources financières sont rares.

    Mais c’est précisément dans une époque de concurrence médiatique que la question d’une voix chrétienne propre devrait être posée avec davantage de sérieux, et non avec moins.

    De la radio au numérique : attention au faux choix

    On objectera que l’avenir est numérique : podcasts, vidéos, réseaux sociaux, plateformes et médias en ligne.

    C’est vrai.

    Mais il serait dangereux d’opposer artificiellement la radio au numérique. Une radio moderne peut produire des podcasts, alimenter les réseaux sociaux, filmer ses émissions, créer des contenus vidéo et toucher ainsi plusieurs générations.

    Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir s’il faut choisir la radio ou Internet.

    Il est de savoir si l’Église veut encore investir dans des médias capables de porter une parole chrétienne identifiable.

    Le silence n’est jamais neutre

    La disparition progressive des radios RCF ne provoquera probablement aucun grand scandale. Pas de manchettes nationales. Pas de manifestations. Pas de crise institutionnelle.

    Une fréquence s’éteindra ici. Une autre là. Un studio fermera. Quelques émissions disparaîtront.

    Et puis le silence.

    Mais le silence médiatique n’est jamais complètement neutre. Quand une voix cesse de parler, d’autres voix occupent immédiatement l’espace qu’elle abandonne.

    C’est pourquoi la question posée par RCF dépasse largement la comptabilité de quelques stations.

    L’Église belge est-elle en train de se convaincre qu’elle n’a plus besoin de ses propres médias ?

    Si tel est le cas, il faut au moins avoir le courage de le dire clairement.

    Car une Église qui veut évangéliser sans médias, dans une société où les médias façonnent une part considérable de l’imaginaire collectif, risque de découvrir un jour une évidence assez simple : on ne peut pas vouloir être entendu tout en abandonnant progressivement les instruments qui permettent de parler.

    (avec l'IA)

  • La rencontre de François d'Assise et du sultan ou l'exploitation abusive d'un joli mythe

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    On ne cesse de nous présenter la rencontre de François d'Assise avec le sultan d’Égypte Al-Malik al-Kâmil comme un précédent emblématique du dialogue interreligieux et en particulier de celui entre le christianisme et l'islam actualisé par la rencontre entre le pape et le grand imam d'Al-Azhar qui a débouché sur la déclaration commune d'Abou Dhabi. Cette récupération d'un évènement historique - consistant pour François d'Assise non à rechercher un dialogue avec l'Islam mais visant à obtenir la conversion du sultan - pour justifier la ligne de conduite adoptée par le pape François est pourtant abusive et ne correspond pas à la réalité historique comme l'a démontré l'historien John Tolan (Le saint chez le sultan (Seuil, Paris, 2007) :

    Un si joli mythe (Témoignage chrétien (Philippe Clanché), 31 octobre 2019)

    La célèbre rencontre entre François d’Assise et le sultan d’Égypte, en 1219, a-t-elle été le premier dialogue entre chrétiens et musulmans ? Pour l’historien John Tolan*, rien n’est moins sûr.

    On célèbre cette année le huit centième anniversaire de la rencontre de François d’Assise et du sultan d’Égypte Al-Malik al-Kâmil ? Qu’en sait-on historiquement ?

    La scène se déroule durant la cinquième croisade. En 1219, les croisés étaient alors ensablés devant la ville portuaire de Damiette, en Égypte, que le sultan défendait avec succès. Deux chroniqueurs de l’époque racontent que François est arrivé dans le camp des croisés et qu’il est passé voir le sultan, avec un compagnon nommé Illuminé, lors d’une période de trêve et de négociation de paix. On sait que certains parmi leurs proches les ont prévenus du danger et ont tenté de les décourager. Les récits rapportent que François et Illuminé sont revenus quelques jours plus tard, sains et saufs.

    Que se sont dit François et Al-Kâmil ?

    On pense que le dialogue fut plutôt paisible et respectueux. Sur son contenu, les versions divergent. L’hagiographie franciscaine avance que François a cherché activement le martyr, ou du moins qu’il était prêt à cette éventualité. D’autres récits mettent l’accent sur son désir de convertir son hôte musulman. La première raison n’exclut pas l’autre. En créant ce qui allait devenir l’ordre franciscain, François cherchait à recréer une vie apostolique, en prenant pour modèle les apôtres et leur désir de pauvreté et d’humilité. Ceux-ci ont tous prêché l’évangile aux infidèles et tous ont été martyrisés. Il est logique que François ait vu ainsi son destin, mais il a fait preuve d’humilité et de respect envers le sultan. Ce dernier, qui vivait entouré de chrétiens et de juifs, ne voulait pas se convertir, mais ne voulait aucun mal à un visiteur comme François. L’épisode, événement mineur dans la Croisade, est passé presque inaperçu sur le moment. Certains chroniqueurs ne le mentionnent pas.

    Comment l’événement s’est-il intégré dans l’histoire franciscaine ?

    L’épisode fait débat dès les premières hagiographies. À partir du XIVe siècle, la mémoire de François fait l’objet d’une tension au sein de l’ordre entre deux courants : les spiritualistes et les conventuels. Un des biographes du saint a écrit que François était prêt à convertir le sultan, mais que la division des siens l’a obligé à abandonner la mission en Égypte.

    À partir de quand le geste de François est-il devenu un symbole du dialogue interreligieux ?

    Au XXe siècle, de nombreux auteurs et théologiens ont voulu faire de François un apôtre du dialogue avec les musulmans. Cette relecture historique s’est renforcée avec le concile Vatican II, et plus encore après les attentats de 2001. Giulio F. Basetti-Sani (1912-2001), frère franciscain, a affirmé que François avait pour but, à Damiette, d’entreprendre un dialogue pour la paix. Selon lui, le saint d’Assise avait compris que la croisade était contraire à l’amour prêché par l’Évangile et aurait tout fait pour l’en empêcher. Ne pouvant convaincre les papes, François aurait d’abord cherché à rejoindre un mouvement pacifiste en France, puis serait parti dans les rangs des croisés pour les enjoindre de renoncer. De nombreux franciscains ont suivi cette théorie. Des auteurs littéraires ont également défendu cette vision de François. Le romancier grec Níkos Kazantzákis, dans Le Pauvre d’Assise, présente un François initialement favorable à la croisade qui change d’avis en voyant les tueries et les pillages commis par les soldats chrétiens lors du siège de Damiette. Dans Frère François, Julien Green raconte que le saint a tenté d’éviter l’assaut des croisés et qu’en désespoir de cause il est allé chez le sultan. Selon lui, en échangeant avec cet homme érudit et agréable, François a acquis une très bonne image de l’islam. En réalité, rien n’indique cela. N’oublions pas le contexte de l’événement, un temps de violence.

    Comment vos travaux sont-ils reçus par les héritiers de François ?

    Les franciscains, très impliqués dans le dialogue interreligieux, et particulièrement avec les musulmans, m’invitent régulièrement. Je leur dis que l’image de François homme de dialogue est un joli mythe, mais pas la réalité. Je suis entendu par beaucoup, mais certains n’arrivent pas à accepter ma thèse.

    Qu’en est-il dans le monde arabo-musulman ?

    L’épisode y est très peu connu. Je n’ai quasiment rien trouvé dans les sources ou auprès de mes collègues. D’un point de vue arabe, on regarde aujourd’hui les croisades moins dans leur dimension religieuse que comme un phénomène précurseur du colonialisme européen.

    Propos recueillis par Philippe Clanché.

    * Professeur d’histoire à l’université de Nantes, spécialiste des études médiévales, auteur de Le Saint chez le Sultan. La rencontre de François d’Assise et de l’Islam. Huit siècles d’interprétation (Seuil, 2007).

    On peut aussi lire - avec la prudence qui s'impose - cette étude parue ICI.

  • Amoris laetitia : le temps du bilan est venu

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    Dix ans après Amoris laetitia, Léon XIV ne veut ni tourner la page François ni écrire un « Amoris laetitia II ». Mais il veut regarder les faits en face : qu’a produit, dans les diocèses du monde entier, l’exhortation qui devait renouveler le regard de l’Église sur le mariage et la famille ?

    C’est tout l’enjeu de la réunion convoquée à Rome. Officiellement, il ne s’agit ni d’un Synode ni d’une révision doctrinale. Amoris laetitia ne sera pas réécrite. Mais, derrière cette prudence institutionnelle, la question est redoutablement concrète : que s’est-il passé depuis dix ans ?

    Car un sujet reste inévitablement au cœur des discussions : le fameux chapitre VIII, consacré aux situations matrimoniales complexes et au triptyque devenu emblématique du pontificat de François : accompagner, discerner, intégrer.

    C’est autour de ce chapitre que se sont cristallisées les controverses sur les divorcés engagés dans une nouvelle union, la conscience, le discernement et l’accès aux sacrements. Le texte de François avait ouvert une voie pastorale nouvelle, mais sa réception a donné lieu à des interprétations différentes selon les pays et les diocèses.

    Léon XIV ne semble pas vouloir reprendre cette querelle à coups de condamnations ou de permissions générales. Sa question est plus embarrassante : le discernement a-t-il vraiment été un chemin de conversion et de rapprochement avec le Christ, ou a-t-il parfois été réduit à une procédure permettant de trouver une exception à la règle ?

    La question de la communion des divorcés-remariés sera forcément présente en arrière-plan. Mais le véritable problème est désormais celui de la cohérence du discernement. Comment prendre au sérieux les situations personnelles sans relativiser l’indissolubilité du mariage ? Comment accompagner une personne sans transformer la miséricorde en simple validation de sa situation ? Et comment éviter qu’un même cas reçoive des réponses différentes selon le diocèse dans lequel on se trouve ?

    Sur ce terrain, Léon XIV ne rompt pas avec François. Il reprend explicitement le vocabulaire de l’accompagnement et du discernement. Mais il semble vouloir déplacer le regard.

    Car Amoris laetitia a parfois été enfermée dans une seule question : que faire des mariages qui ont échoué ? Léon XIV veut manifestement en poser une autre, plus en amont : comment donner aux jeunes le désir et les moyens de construire un mariage chrétien ?

    Ce déplacement n’est pas anodin. Le programme de la rencontre ne se limite pas aux situations dites « irrégulières ». Il s’intéresse aux jeunes, aux premières années du mariage, aux familles en difficulté, mais aussi à leur rôle dans l’évangélisation. Les familles ne sont plus seulement celles que l’Église doit accompagner : elles sont aussi appelées à devenir des acteurs de sa mission.

    C’est peut-être là que se trouve la marque propre du nouveau pape.

    Léon XIV ne semble pas vouloir déconstruire l’héritage pastoral de François. Il veut plutôt vérifier ce qui, dans cet héritage, a porté du fruit. Sa méthode est révélatrice : écouter les expériences venues des différents continents, confronter les pratiques, faire apparaître les convergences comme les difficultés, puis en tirer un bilan.

    Autrement dit, il ne demande pas seulement : « Que dit Amoris laetitia ? » Il demande : « Qu’avons-nous appris en la mettant en œuvre ? »

    Cette différence de méthode peut être décisive.

    Après dix années de débats souvent passionnés autour du chapitre VIII, le pape pourrait chercher à sortir d’une opposition devenue stérile entre les tenants d’une « ouverture » sans cesse élargie et ceux qui redoutent que le discernement finisse par vider la norme de sa substance.

    Il ne s’agit pas pour autant de revenir en arrière. Rien, dans les documents préparatoires, ne permet de parler d’un détricotage de Amoris laetitia. Mais il est possible de percevoir une volonté de rééquilibrage : conserver l’accompagnement des personnes blessées tout en redonnant davantage de place à la beauté du mariage, à la fidélité, à la transmission de la foi et à l’appel à la sainteté.

    C’est une manière de reprendre l’héritage de François sans en faire un héritage figé.

    La question de fond devient alors beaucoup plus large que celle des divorcés-remariés : quelle pastorale familiale l’Église veut-elle pour les dix prochaines années ? Une pastorale principalement tournée vers la gestion des situations déjà fragilisées, ou une pastorale capable également de proposer aux nouvelles générations un idéal chrétien suffisamment clair pour donner envie de s’y engager ?

    C’est là que la réunion romaine pourrait devenir intéressante.

    Il n’y aura probablement ni coup de théâtre ni nouveau texte doctrinal spectaculaire. Mais il pourrait y avoir quelque chose de plus discret et, à terme, de plus important : un changement de centre de gravité.

    François avait placé au premier plan l’accompagnement des réalités complexes. Léon XIV semble vouloir conserver cette attention tout en réaffirmant avec davantage de force ce vers quoi l’accompagnement doit conduire : le mariage chrétien, la fidélité, la famille comme lieu de transmission de la foi et la sainteté comme horizon.

    Ce ne serait donc ni une rupture avec François ni une simple continuation.

    Ce serait une réception critique de son héritage : conserver, approfondir, corriger éventuellement certaines pratiques — mais surtout regarder ce que dix années d’Amoris laetitia ont réellement produit.

    Et c’est peut-être la question la plus simple, mais aussi la plus redoutable, que Léon XIV puisse poser : après dix ans de discernement, quels sont les fruits ?

    (avec l'IA)

  • « Réécrire le droit canonique ? Il vaudrait mieux s’attaquer à la crise de la foi. » (Mgr Bux)

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    Interview de Mgr Nicola Bux

    De Stefano Chiappalone sur la NBQ :

    « Réécrire le droit canonique ? Il vaudrait mieux s’attaquer à la crise de la foi. »

    Le rapport final de la Commission de droit canonique n'est que le dernier fruit d'un processus synodal interminable. Le théologien originaire de Bari utilise l'image des « sables mouvants » pour décrire à  La Bussola  le désir constant de changement qui confond l'Église avec une structure à réorganiser plutôt qu'avec un mystère et un instrument de salut.

    3_10_2026

    La nouvelle synodalité est un processus continu, générant une multitude de documents. Le dernier en date, publié le 30 septembre par le Secrétariat synodal, est le rapport final de la Commission de droit canonique, proposant des amendements et aspirant à une révision de l'ensemble du droit canonique. « Ce désir constant de changement finit par créer une incertitude, comme celle des sables mouvants », déclare l'archevêque Nicola Bux, qui, dans cet entretien avec La Bussola, aborde les enjeux sous-jacents aux différents changements, à commencer par le manque de clarté concernant la nature du Synode et de l'Église elle-même, perçue comme une structure à réorganiser plutôt que comme un mystère et un instrument de salut. 

    Mgr Bux, il semble que tout doive être réécrit de manière synodale, y compris le droit canonique. Pourquoi ?

    Il me semble que l'objectif est de « codifier » le Synode afin de le rendre normatif et contraignant pour toute l'Église, au même titre qu'un concile. Or, le Synode n'est pas un concile. Les synodes ont toujours existé (même au niveau diocésain), mais, du moins dans la configuration souhaitée par Paul VI, c'est avant tout le Synode des évêques qui est consultatif, et seule l'autorité pontificale lui confère un pouvoir délibératif. C'est l'autorité papale qui a décidé de prendre en compte certaines demandes – et pas d'autres – en publiant une exhortation apostolique. Or, il me semble qu'il y a un manque de clarté quant à la nature du Synode.

    Le rapport final de la Commission de droit canonique appelle à une refonte complète du Code. Pourquoi, à peine plus de quarante ans après la promulgation du Code actuel ?

    Il est possible que l'intention soit de consolider un rôle pour les laïcs quasi égal à celui du clergé. Mais il faut se rappeler que l'Église est hiérarchique, comme le réaffirme Lumen Gentium . Il ne s'agit pas d'une question de structure institutionnelle, mais avant tout de structure sacramentelle : le Christ a donné aux apôtres et à leurs successeurs le pouvoir sacramentel, qui fait de l'Église l'instrument du salut pour le monde. Les sacrements ne sont rien d'autre que le pouvoir que le Christ a exercé sur terre. Le mot « hiérarchie », précisons-le, signifie « principe sacré » (du grec hieros ). La hiérarchie est sacrée car elle a été instituée par le Christ : la nature de l'Église est hiérarchique, et non synodale. Léon XIV tente peut-être une rectification en affirmant que la synodalité est un style, une méthode, en quelque sorte, bien que je préfère dire que la méthode de l'Église est la communion, pour reprendre les termes du dominicain Jérôme Hamer. Il s'agit de la communion des saints, des fidèles et des évêques avec le Pape. La synodalité est une modalité, et même pas la seule, car l'autorité existe aussi dans l'Église. Considérer la synodalité comme la « nature » de l'Église devient cependant risqué et une clarification s'impose.

    Cette tentative de modifier un code datant de seulement 1983, cette soif constante de changement, engendre l'incertitude, comme patauger dans des sables mouvants. On se demande alors : si demain l'Église change ce qu'elle demande aujourd'hui, dans quelle mesure pouvons-nous lui faire confiance ?

    Certaines propositions insistent sur l'attribution de tâches liturgiques aux laïcs (qui, dans des cas extrêmes, peuvent baptiser, certes, mais jamais célébrer la messe). En mettant l'accent sur ces rôles, n'envisage-t-on pas une Église sans prêtres et donc sans Eucharistie ?

    C'est une perspective qui ignore l'invitation de Jésus à prier « parce que la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux » et à demander au « Maître de la moisson » d'envoyer des ouvriers. L'Église s'est toujours souciée des vocations sacerdotales, non pas pour des raisons organisationnelles, mais sacramentelles. S'en remettre aux laïcs, c'est exprimer une méfiance envers la promesse du Seigneur que l'Église ne faillira pas. Il est vrai que n'importe qui peut administrer un baptême en situation d'urgence, mais vouloir stabiliser une situation exceptionnelle revient presque à se moquer du Seigneur. Et cela survient juste après le voyage du Pape en France, qui a témoigné du renouveau de la foi au sein des familles, chez les laïcs et dans les vocations. Concentrons-nous plutôt sur les laïcs qui souhaitent susciter des vocations comme parents, enseignants ou éducateurs, car leur mission n'est pas de gérer les rouages ​​de l'institution ecclésiastique, mais de transmettre la foi aux nouvelles générations. D'autres contributions peuvent naturellement venir, mais ce point est souvent mal compris.

    Au lieu de promouvoir les laïcs, ne risquons-nous pas de les cléricaliser ?

    Oui, et cela ne favorise même pas la communion ecclésiale, qui se développe lorsque les prêtres agissent comme prêtres et les laïcs comme pères de famille et, surtout, comme témoins dans le monde du travail. Ce ne sera pas le cas si les laïcs gèrent les affaires du clergé et que les prêtres se jettent dans le travail social. L'idée que les laïcs devraient « grignoter » le service sacramentel de la hiérarchie leur est préjudiciable, car elle les éloigne de leur rôle propre qui, comme le disent les textes conciliaires, est d'être levain dans la pâte du monde.

    Pour en revenir à la synodalité permanente actuelle, plus qu'à un style, elle semble être devenue une usine à bureaucratie, compte tenu de la multitude de documents, de groupes et de commissions.

    Je me souviens que Vittorio Messori avait proposé un « moratoire » sur la production de documents : ils sont verbeux et de moins en moins lus, dégénérant en une verbosité nuisible à la proclamation de l'Évangile. Si l'on veut tenir compte du sensus fideiQuant au peuple de Dieu – question également évoquée dans ces amendements proposés –, plutôt que de nous pencher sur le droit canonique, nous devrions nous attaquer à la crise de la foi. La visite du Pape en France a elle-même démontré que c’est le témoignage de Jésus-Christ, Chemin, Vérité et Vie, qui répand la foi. Le signe de la conversion n’est pas la participation aux instances ecclésiastiques, mais la demande du baptême et des sacrements, et le témoignage rendu au monde que la foi doit aussi imprégner la sphère publique. Les saints l’ont bien compris, n’établissant ni conciles ni commissions, mais proclamant la Vérité du Seigneur.

    En bref, cette nouvelle synodalité est-elle entachée d’autoréférentialité ?

    Cette préoccupation constante pour l’organisation est une forme de cléricalisme qui, au lieu de considérer l’Église comme un mystère, la perçoit comme une structure à faire fonctionner. Or, les organisations se construisent et se déconstruisent. Je voudrais rappeler une phrase que m’a dite le patriarche orthodoxe de Constantinople, Bartholomée : « Voyez, le Synode peut aussi détruire l’Église. » Il m'a donné l'exemple des synodes orientaux, où chacun a son mot à dire et où même le choix et la gouvernance du patriarche sont conditionnés. « Vous avez un pape pour l'Église catholique, nous en avons un pour chaque Église », a-t-il ajouté, « donc il n'y a jamais de décision finale », une décision que seule l'autorité suprême pourrait prendre.

    Ici aussi, ce synode sur la synodalité semble interminable.

    C'est exact. Le grave risque, comme me l'a fait remarquer le patriarche Bartholomée, est de devenir prisonniers de la structure synodale, pris entre des vetos opposés, comme dans l'orthodoxie, et la prétention impossible d'une décision collective. Imaginez si tout cela était codifié. La synodalité ne peut pas « détruire » l'Église, car le Seigneur ne le permettrait pas, mais elle pourrait paralyser la primauté de Pierre, qui écoute et consulte, mais à qui revient le dernier mot. « Une synodalité authentique », lit-on dans le message envoyé aux frères camaldules par le cardinal Parolin au nom de Léon XIV en octobre 2025, « exige par sa nature même l’écoute et la participation de tous les baptisés, selon la vocation de chacun, mais elle ne peut ignorer l’autorité conférée par le Christ au Collège des évêques dirigé par le Successeur de Pierre. »

  • Une Église gouvernée par la décision majoritaire plutôt que par l'autorité papale ?

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    Le rapport final de la Commission canonique du Synode sur la synodalité (publié fin septembre 2026) propose de réviser le canon 749 du Code de droit canonique latin. Le texte actuel traite de l’infaillibilité du pape (§1) et du collège des évêques (§2), avec une clause de clarté (§3).

    La version proposée commence par un nouveau §1 qui reprend quasiment mot pour mot Lumen Gentium 12 (et le Catéchisme n. 92) :

    « L’ensemble des fidèles, ayant reçu l’onction de l’Esprit, ne peut errer en matière de foi, et il manifeste cette caractéristique par le sens surnaturel de la foi du peuple tout entier, lorsque, des évêques jusqu’au dernier des laïcs, il manifeste son consentement universel en matière de foi et de mœurs. »

    Les paragraphes sur l’infaillibilité papale et épiscopale sont alors renumérotés.

    Il s’agit donc d’inscrire juridiquement le sensus fidei (ou sensus fidelium) dans le canon qui traite de l’infaillibilité magistérielle.

    Pourquoi l’inquiétude est légitime

    1. Confusion possible entre infaillibilité passive et active
      Le sensus fidei est une propriété de l’Église tout entière (infaillibilité passive : le peuple de Dieu ne peut pas, dans son ensemble, se tromper définitivement en matière de foi). L’infaillibilité magistérielle (pape ex cathedra ou collège des évêques) est un charisme actif de définition. En plaçant le sensus fidei en tête du canon 749, on crée un risque de lecture qui dilue la distinction. Des critiques (dont un canoniste cité dans The Catholic Herald) y voient une aberration potentielle.
    2. Risque de « démocratie doctrinale »
      Le sensus fidei n’est pas l’opinion majoritaire du moment. La Commission théologique internationale (document de 2014) le rappelle explicitement : il ne se confond pas avec l’opinion publique ou majoritaire ; le Magistère a le rôle de discerner et de juger ce qui en relève réellement. Pourtant, dans le contexte synodal actuel (écoute large, participation renforcée des laïcs, accent mis sur le « peuple de Dieu »), l’inscription de ce texte en tête du canon sur l’infaillibilité peut être instrumentalisée pour donner un poids juridique à des « consensus » majoritaires sur des questions controversées, au détriment de l’autorité papale et épiscopale.
    3. Contexte plus large des propositions
      Cette modification s’inscrit dans un ensemble de propositions visant à renforcer la participation des laïcs (y compris femmes) dans le gouvernement, les tribunaux, etc. Même si le rapport insiste sur le fait que l’autorité décisionnelle des pasteurs n’est pas diminuée, le déplacement symbolique et juridique du sensus fidei en position première dans le canon de l’infaillibilité renforce la perception d’un glissement vers une Église plus « collégiale-majoritaire ».

    Ce qui relativise le risque

    • Le texte est strictement celui de Vatican II. Il n’invente rien de nouveau sur le fond.
    • Le Magistère conserve le rôle de discernement (LG 12 lui-même le situe « sous la conduite du Magistère sacré »).
    • Ce n’est qu’une proposition de commission ; elle doit encore être examinée par le pape et n’a aucune force juridique pour l’instant.

    En résumé : la formulation proposée n’abolit pas l’autorité papale, mais elle ouvre objectivement une porte plus large à des interprétations qui privilégieraient un « consentement universel » compris de façon majoritaire ou sociologique plutôt que magistérielle. L’inquiétude exprimée dans la question est donc fondée, non comme une certitude de rupture doctrinale, mais comme un risque réel de confusion et d’instrumentalisation dans le contexte synodal contemporain.

    (avec l'IA)

  • Le RGPD s’applique aux registres de baptêmes

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    CJUE : Le RGPD s’applique aux registres de baptêmes catholiques; la décision vient de tomber. Qu'est-ce que cela implique ?

    Il s’agit des conclusions de l’avocate générale Laila Medina (affaire C-12/25, Bisdom Gent), présentées le 1er octobre 2026 devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Ce n’est pas encore un arrêt de la Cour (qui n’est pas liée par ces conclusions, même si elle les suit souvent), mais un avis juridique important qui clarifie l’application du RGPD aux registres de baptêmes.

    Contexte de l’affaire

    Un Belge baptisé enfant a demandé au diocèse de Gand (Bisdom Gent) d’effacer toute référence à sa personne dans les registres (physiques et numériques) en invoquant le RGPD, après avoir décidé de quitter l’Église catholique. Le diocèse a seulement barré ses données (tout en les laissant lisibles) et ajouté une mention de départ. L’Autorité belge de protection des données a ordonné un vrai effacement. Le diocèse a contesté, et la Cour d’appel de Bruxelles a posé des questions préjudicielles à la CJUE sur l’articulation entre le droit à l’effacement (art. 17 RGPD), le droit d’opposition (art. 21) et la liberté religieuse / autonomie des Églises.

    Points clés des conclusions de l’avocate générale

    1. Le RGPD s’applique bien
      Les registres de baptêmes constituent un « fichier » (ensemble structuré de données personnelles : nom, date/lieu de naissance, filiation, convictions religieuses, etc.). L’autonomie des Églises (art. 17 TFUE) ne les exempte pas du RGPD. Le traitement (conservation, consultation, etc.) doit donc respecter le règlement.
    2. Droit à l’effacement possible en principe
      Une personne baptisée mineure qui, devenue adulte, souhaite se dissocier de l’Église peut, en principe, demander l’effacement de ses données en s’opposant formellement au traitement.
      L’Église ne peut continuer le traitement que si elle démontre des motifs légitimes impérieux qui l’emportent sur les droits et libertés de la personne (vie privée, protection des données, liberté de pensée/conscience/religion).
      L’administration correcte des sacrements (le baptême ne se reçoit qu’une fois) peut constituer un tel motif, mais il faut vérifier la nécessité et faire une pondération concrète au cas par cas (raisons de la demande, impact émotionnel ou sur l’autodétermination de la personne, etc.). Ce n’est pas automatique.
    3. Conservation possible pour archives d’intérêt public ou recherche historique
      Même en l’absence de motifs impérieux, le traitement peut se poursuivre à ces fins (sous conditions de nécessité, de minimisation des données et de garanties appropriées). Le juge national doit vérifier si d’autres sources ou une anonymisation suffisent.
    4. Ce qui ne constitue pas un effacement
      Barrer le nom tout en le laissant lisible + ajouter une mention de départ ne suffit pas. Les données doivent être rendues illisibles au point que la personne ne soit plus identifiable (ou facilement identifiable). On peut conserver l’information anonyme qu’un baptême a eu lieu à telle date/lieu. Il n’est pas obligatoire d’arracher des pages du registre.

    Ce que cela implique concrètement

    • Pour les personnes baptisées : elles disposent d’un levier plus solide pour demander un vrai effacement (et non une simple mention en marge). Le juge national devra pondérer les intérêts dans chaque cas. Cela va dans un sens plus favorable aux demandes de « débaptisation » que la jurisprudence française antérieure (Conseil d’État, 2024), qui avait validé le refus d’effacement et l’apposition d’une mention comme suffisante pour le droit d’opposition.
    • Pour l’Église catholique (et d’autres confessions) : les registres ne sont plus « hors RGPD ». Elles devront justifier plus rigoureusement la conservation et adapter leurs pratiques (anonymisation partielle possible, mesures techniques pour rendre illisibles les données nominatives). L’autonomie religieuse est reconnue mais n’est pas absolue face aux droits individuels.
    • Portée européenne : l’arrêt final de la CJUE (attendu ultérieurement) s’imposera à tous les États membres. Il influencera aussi probablement d’autres contentieux (y compris ceux devant la Cour européenne des droits de l’homme).
    • Limites : ce n’est pas un droit absolu à l’effacement systématique. La pondération reste essentielle, et la conservation historique/archivistique est ménagée.

    En résumé, ces conclusions confirment que le RGPD s’applique pleinement aux registres de baptêmes et ouvrent la voie, en principe, à un droit à l’effacement réel après opposition, sous réserve d’une balance des intérêts par le juge national. La décision définitive de la Cour reste à venir.

    (avec l'IA)

  • Révolution canonique : la nouvelle synodalité veut un nouveau Code

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Révolution canonique : la nouvelle synodalité veut un nouveau Code

    2 octobre 2026

    Laïcs qui président les liturgies et insistance sur les organismes participatifs figurent parmi les propositions du Rapport final de la Commission de droit canonique diffusé par le Secrétariat général du Synode. L’objectif est de réécrire le droit canonique afin de consolider les « conquêtes » déjà obtenues dans la pratique.

    Le 30 septembre dernier, le Secrétariat général du Synode a diffusé le Rapport final de la Commission de droit canonique, contenant certaines propositions de révision du Code de droit canonique suite aux demandes apparues au cours de la longue phase synodale sur la « nouvelle synodalité », commencée en 2021 et terminée en 2024. Pour l’instant, il s’agit de modifications qui ne nécessitent pas l’institution de nouveaux ministères, mais se limitent à confirmer des formes de participation laïque déjà en acte et à renforcer celles déjà prévues par le Code actuel. Le Rapport souhaite toutefois aussi qu’une véritable révision d’ensemble des Codes de droit canonique latin et oriental soit réalisée dans un avenir proche. Rien de moins.

    Les nouveautés concernent par exemple la possibilité pour les laïcs d’exercer le ministère de la Parole, de présider les prières liturgiques, d’administrer le baptême, d’assister aux mariages, de distribuer la sainte Communion, d’exercer une mission par délégation (figure du « délégué épiscopal »), que la constitution et la convocation des Conseils pastoraux diocésains et paroissiaux soient obligatoires, que les synodes diocésains et les conciles provinciaux se tiennent obligatoirement et avec régularité, et que la gestion économique soit publique, transparente et certifiée.

    Cette dernière insistance sur les organismes participatifs s’appuie sur le nouveau paragraphe que l’on entend ajouter au canon 212 : « Les pasteurs ont le devoir d’écouter l’avis des fidèles sur ce qui concerne le bien de l’Église, en activant des modalités de discernement communautaire ». Tout en confirmant que l’autorité de l’évêque n’est pas touchée, on prévoit aussi que dans les conseils diocésains les membres laïcs aient la majorité et que, pour certains choix, l’évêque doive obtenir le consentement du conseil presbytéral.

    La nouvelle synodalité, donc, avance. Le cardinal Grech, en déclarant le synode clos, avait ajouté que la synodalité continuerait dans une phase d’application de ce qui était ressorti des assemblées synodales, pour converger vers la Grande assemblée universelle de 2028. Elle avance, mais comment ? D’un côté, elle continue de manière désordonnée et aventureuse ; de l’autre, elle tend vers une consolidation juridique dans un nouveau Code de droit canonique. Ces deux modalités ne sont pas en contradiction, comme on pourrait le penser, si l’on considère ce qu’est la nouvelle synodalité dans sa nature : l’écoute d’exigences diverses venant d’en bas, non assimilées dans un cadre théologique défini, et une pratique qui en met progressivement en œuvre d’abord certains aspects plus légers et acceptables, pour passer ensuite à ceux d’un impact révolutionnaire plus grand.

    De manière « désordonnée et aventureuse », disions-nous. Au nom de la synodalité, l’évêque d’Anvers annonce qu’il ordonnera des prêtres mariés d’ici 2028. La Conférence épiscopale espagnole a officiellement commencé un parcours de réalisation de la nouvelle synodalité aux résultats imprévisibles, sans attendre le Rapport de la Commission de droit canonique dont nous traitons. Lors du Symposium international « Donner forme à la synodalité en Europe : de la vision à la feuille de route », tenu en Autriche du 14 au 17 septembre dernier, on a affirmé que les Églises locales ne doivent pas attendre Rome. Les évêques allemands attendent les décisions du Saint-Siège sur leur « Conférence synodale » (avec des prêtres et des laïcs en nombre égal) qui devrait gouverner toute l’Église d’Allemagne et qui est pour l’instant en stand-by. Le cardinal Walter Brandmüller a interprété ce « nous verrons » de Léon XIV comme une volonté d’arrêter le processus, mais la chose peut aussi être comprise à l’inverse, comme l’attente des moments opportuns pour le promouvoir. Toujours au nom de la synodalité, les évêques allemands avaient demandé l’indult permettant aux laïcs de prononcer l’homélie pendant la messe ; ils ne l’ont pas obtenu de Rome et beaucoup d’entre eux ont déclaré procéder malgré tout, comme Mgr Peter Kohlgraf, évêque de Mayence.

    La nouvelle synodalité, c’est cela : un crépitement continu de bonds en avant, de pratiques nouvelles, de protagonismes aventureux, de changements décidés avant d’avoir été adéquatement pensés, d’inventions pastorales créatives, de processus qui anticipent leur configuration juridique. Celle-ci arrivera, tôt ou tard, mais sera toujours en retard, comme les réformes proposées actuellement par la Commission de droit canonique, trop timides par rapport aux niveaux atteints par le processus synodal dans la pratique. Le nouveau Préfet du Dicastère pour les Textes législatifs, l’archevêque australien Anthony Randazzo, dans une récente interview à Vox canonica, a déclaré que la synodalité n’est pas un moyen de renverser la tradition canonique et qu’elle n’est pas une réalité nouvelle dans l’Église. Nous faisons confiance à son premier souhait, mais sur la seconde évaluation nous avons quelques doutes.

    La nouveauté existe, à notre avis, parce que dans la nouvelle synodalité la pratique tend systématiquement à anticiper l’évolution de la doctrine qui doit s’y adapter laborieusement, alimentant un sentiment répandu d’ouverture disponible au nouveau, accompagné d’un esprit correspondant contraire à l’ancien. Cet esprit pousse en avant de toute façon, parce qu’on le considère conforme aux exigences d’une participation mal définie exprimées par les « signes des temps », et sans bien savoir où l’on veut arriver, car manquant d’une doctrine qui puisse éclairer le chemin plutôt que de naître de lui.

    Lire également : Léon et l'équipe canonique du synode

  • Avortement dans la Constitution belge :  derrière le symbole, quels enjeux pour notre société ? (IEB)

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    Du site de l'Institut Européen de Bioéthique :

    Avortement dans la Constitution belge : 

    derrière le symbole, quels enjeux pour notre société ?   

    En Belgique, plusieurs députés proposent d’inscrire un droit à l’avortement dans la Constitution. Le récent revirement aux Etats-Unis et la variété des législations en la matière en Europe les conduisent à affirmer que l’accès à cette pratique est aujourd’hui menacé. Quelles en seraient les conséquences juridiques et éthiques ?

    Une question essentielle nous interpelle : est-il possible de concilier un tel droit fondamental à l’avortement avec la responsabilité de l’État et de la société de protéger le droit à la vie de tout être humain ?

    Loin d’être une revendication symbolique, l’avortement est un enjeu de société qui appelle une vraie réponse d’humanité.

    NOTE DE DECRYPTAGE : FOCUS 

     

    Avortement - Constitution

    Lire la note de décryptage

    VIDEO : 

    Résumé des enjeux 

    Avortement dans la Constitution

    Je soutiens !

  • Abus sexuels : Léon XIV nuance la thèse du caractère « systémique »

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    Abus sexuels : Léon XIV nuance la thèse du caractère « systémique »

    La question des abus sexuels a occupé une place importante dans le voyage de Léon XIV en France. Elle devait l’être : le pape lui-même avait annoncé qu’il rencontrerait des victimes et il leur a exprimé sa volonté de poursuivre le chemin de la vérité, de la justice, du pardon et de la réparation.

    Mais un épisode mérite d’être regardé de plus près. À Lourdes, après leur rencontre avec le pape, plusieurs victimes ont rapporté que Léon XIV avait reconnu le caractère « systémique » des violences sexuelles dans l’Église. Cette interprétation a rapidement trouvé un écho dans les médias. Certains commentaires ont même présenté cette supposée reconnaissance comme l’un des moments forts du voyage.

    Or, le pape a lui-même apporté une précision importante lors de la conférence de presse dans l’avion du retour.

    Interrogé sur cette question, Léon XIV a expliqué : « Plusieurs d’entre elles ont évoqué des abus systémiques. Personnellement, je préfère l’exprimer autrement. » Il a alors précisé qu’il faisait référence à « certaines organisations au sein de l’Église qui se sont, par moments, si l’on peut dire, comportées de manière abusive en tant que système ».

    La nuance n’est pas secondaire. Elle montre que le pape ne reprend pas à son compte l’idée selon laquelle les violences sexuelles seraient, de manière générale, le produit d’un système propre à l’ensemble de l’Église.

    Cela ne signifie évidemment pas qu’il minimise les abus. Bien au contraire. Léon XIV reconnaît pleinement leur gravité et la responsabilité qui incombe à l’Église lorsqu’ils ont été commis en son sein. Il reconnaît également que certaines structures ont pu fonctionner de façon profondément défaillante, voire permettre la commission ou la dissimulation des abus.

    Mais il refuse de passer de cette constatation à une généralisation.

    C’est précisément cette distinction qui mérite d’être soulignée. Il y a une différence entre dire que certaines organisations ont pu fonctionner de manière systématiquement abusive et affirmer que l’Église serait, en tant que telle, un système générateur d’abus. Léon XIV semble avoir voulu maintenir cette différence.

    Cette précision est d’autant plus intéressante qu’un récit médiatique s’était déjà installé. À partir des témoignages livrés après la rencontre de Lourdes, une formule semblait devoir s’imposer : le pape reconnaît enfin le caractère systémique des abus dans l’Église. Or, lorsque Léon XIV est lui-même interrogé sur cette interprétation, il la corrige et choisit une formulation plus précise.

    Il ne s’agit donc pas de nier la réalité des abus, ni de contester les responsabilités institutionnelles qui ont pu être engagées. Il s’agit de ne pas confondre plusieurs niveaux de responsabilité : celle des agresseurs, celle des responsables qui ont pu fermer les yeux ou protéger des coupables, celle de certaines institutions défaillantes et, enfin, celle de l’Église dans son ensemble.

    Cette distinction est importante dans un débat aussi chargé émotionnellement. Elle rappelle aussi qu’une parole pontificale ne se résume pas nécessairement à la première interprétation qui en est donnée dans les heures qui suivent.

    Et c’est peut-être là l’un des enseignements de cette séquence : le pape avait quelque chose à dire sur les abus, mais il ne disait pas nécessairement ce que certains avaient déjà décidé de lui faire dire.

    La question des abus devait être abordée au cours de ce voyage. Elle l’a été. Léon XIV a rencontré des victimes, écouté leur souffrance et réaffirmé la nécessité de poursuivre le travail de vérité, de justice et de réparation.

    Mais fallait-il pour autant que cette question devienne la grille de lecture à travers laquelle l’ensemble de sa visite serait interprété ? C’est une autre question.

    Car le voyage de Léon XIV en France comportait aussi des messages sur la foi, la transmission, la liberté religieuse, la laïcité, la défense de la vie, la dignité humaine et la responsabilité de l’Europe. Ces prises de position, parfois très éloignées de l’évolution culturelle ou législative française, méritaient elles aussi d’être entendues.

    Réduire le voyage à la question des abus aurait donc été passer à côté d’une partie essentielle de ce que le pape était venu dire.

    Et la précision apportée dans l’avion du retour montre précisément pourquoi il est nécessaire, lorsqu’il s’agit d’une parole pontificale, de revenir aux propos eux-mêmes plutôt que de s’en tenir au récit médiatique qui s’est construit autour d’eux.

    (avec l'IA)

  • « Ce serait un coup fatal à la crédibilité du processus synodal » : Bonny insiste sur l'ordination des hommes mariés

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    D'InfoVaticana :

    « Ce serait un coup fatal à la crédibilité du processus synodal » : Bonny insiste sur l'ordination des hommes mariés.

    Dans un entretien accordé au numéro d'octobre de Herder Korrespondenz, Bonny a déclaré s'attendre à une décision avant la fin de la phase de mise en œuvre du Synode sur la synodalité. « Je suis convaincu que d'ici la fin du processus synodal, à l'automne 2028, des réglementations appropriées pourront être trouvées », a-t-il affirmé. « Ce serait un coup fatal porté à la crédibilité et à la mise en œuvre de l'ensemble du processus synodal si aucune réglementation n'avait été adoptée d'ici là. »

    Bonny fait confiance à Léon XIV

    L’évêque d’Anvers a expressément lié ses attentes à la manière dont Léon XIV exerce le pontificat.

    Selon Bonny, sa confiance découle notamment de la manière dont le pape remplit sa mission de « bâtisseur de ponts ».

    « Comme un bon père, il sait ce dont ses enfants ont besoin, et ce n'est pas la même chose partout ni pour tout le monde », a déclaré le prélat.

    Bonny estime également que sa demande n'est pas un cas isolé. Il explique que d'autres évêques à travers le monde sont également confrontés à une grave pénurie de prêtres et de soutien, ce qui justifie l'ordination d'hommes mariés.

    «Nous ne sommes pas seuls», a-t-il assuré.

    Les candidats sont déjà en cours de préparation.

    Ces nouvelles déclarations interviennent moins de deux semaines après la révélation que le projet est passé des premières paroles aux préparatifs concrets.

    Bonny a récemment confirmé avoir déjà commencé la formation de plusieurs hommes mariés en vue de les ordonner prêtres en 2028. Les candidats reçoivent une préparation théologique et pastorale tandis que l'évêque attend l'autorisation nécessaire de Rome.

    Les critères utilisés pour les sélectionner sont similaires à ceux appliqués aux candidats mariés au diaconat permanent : ils doivent être âgés d’au moins 35 ans, avoir le consentement de leurs épouses, mener une vie familiale stable et ne pas avoir de jeunes enfants.

    Bonny justifie son initiative en citant la situation du clergé en Flandre. Selon les données qu'il a fournies en septembre, le diocèse d'Anvers compte moins de 70 prêtres de moins de 70 ans, dont près des deux tiers sont étrangers.

    Un voyage à Rome avec le soutien des évêques belges

    Bonny a maintenant fourni de nouveaux détails sur le voyage qu'il a effectué de sa propre initiative à Rome en juin dernier pour exposer ce qu'il décrit comme une situation de « besoin ».

    L’évêque a expliqué à Herder Korrespondenz qu’il était muni d’une lettre de la Conférence épiscopale belge appuyant sa demande. Au cours de sa visite, il s’est entretenu avec les autorités vaticanes et le Secrétariat général du Synode.

    Bonny avait lui-même révélé avoir rencontré le cardinal Lazarus You Heung-sik, préfet du Dicastère pour le clergé, et le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode. Selon l'évêque, tous deux se sont engagés à porter la question à l'attention de Léon XIV. À ce jour, le Saint-Siège n'a pas publiquement autorisé les ordinations prévues.

    La question bénéficie d'un soutien plus large au sein de l'épiscopat belge. L'archevêque de Malines-Bruxelles et président de la Conférence épiscopale, Luc Terlinden, s'est déclaré favorable à l'ouverture d'un débat sur l'ordination des hommes mariés , tout en précisant que le projet spécifique de commencer à ordonner des candidats à Anvers relève de la compétence de Bonny et ne peut être mis en œuvre sans autorisation papale.

    L'ordination des hommes mariés comme conséquence du processus synodal

    Bonny a présenté son calendrier pour la première fois dans une lettre pastorale publiée en mars dernier. Il a annoncé qu'il s'efforcerait d'identifier et de préparer des candidats dans le but d'ordonner des hommes mariés d'ici 2028.

    L’évêque est allé jusqu’à affirmer que « c’est une illusion de penser qu’un processus synodal-missionnaire sérieux en Occident a encore une chance sans l’ordination sacerdotale d’hommes mariés ».

    Lire aussi : « La nécessité m’y contraint » : L’évêque d’Anvers poursuit son projet d’ordonner prêtres des hommes mariés d’ici 2028

    Sa proposition concerne la discipline du célibat en vigueur pour les prêtres de l'Église latine. L'Église catholique reconnaît les prêtres légitimement mariés – notamment dans les Églises catholiques orientales et, dans certains cas, parmi les pasteurs protestants mariés qui entrent en pleine communion avec Rome et sont ensuite ordonnés – mais dans l'Église latine, la règle générale demeure le choix des prêtres parmi les hommes célibataires.

    Bonny soutient désormais que la structure sacramentelle de l'Église requiert un nombre suffisant de prêtres pour préserver et développer l'identité catholique. Selon l'évêque, les sacrements et le ministère sacramentel sont le moteur de toute activité missionnaire.

    Le calendrier fixé par le prélat aligne son projet sur la fin de la phase de mise en œuvre du synode en 2028. Contrairement à ses déclarations initiales, Bonny ne se contente plus de justifier l'ordination d'hommes mariés par la pénurie de clergé : il lie expressément toute réponse potentielle de Rome à la « crédibilité » du processus synodal et place son espoir en Léon XIV qu'une « réglementation adéquate » sera trouvée avant cette date.

  • L'évêque Varden plaide pour une approche équilibrée de l'immigration et de l'identité nationale

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    L'évêque Varden plaide pour une approche équilibrée de l'immigration et de l'identité nationale

    Un évêque norvégien met en garde contre le purisme ethnique et l'hostilité envers les étrangers, tout en soulignant le devoir des migrants de respecter le patrimoine et les lois de leurs pays d'adoption.

    L’évêque Erik Varden a plaidé pour une approche équilibrée de l’immigration, qui rejette l’idée de considérer chaque étranger comme un ennemi, souvent sur la base de la « pureté ethnique », tout en rappelant aux immigrants qu’ils ont des « devoirs solennels envers leur pays d’adoption ».

    Dans un discours prononcé le 22 septembre devant l'assemblée plénière d'automne de la Conférence des évêques nordiques, l'évêque de Trondheim a observé que le populisme actuel découle des incertitudes et des défis nationaux et mondiaux actuels — des guerres, des « phénomènes météorologiques extrêmes » et d'une crise énergétique, aux réfugiés, aux préoccupations concernant l'IA et à un « tissu social qui se déchire ».

    L'évêque Varden, qui a dirigé les exercices spirituels de Carême du pape Léon XIV pour la Curie romaine plus tôt cette année, a noté que le mot « populiste » est apparu pour la première fois à la fin du XIXe siècle et qu'il découlait d'un sentiment parmi le « peuple » — la majorité de la population d'un pays qui le fait fonctionner — que leurs voix « étaient ignorées par une élite lointaine » et qu'ils se sentaient donc « privés de leurs droits et laissés dans l'ignorance ».

    Dans un tel monde d’« incertitude » et d’aliénation, il est « normal » que les citoyens se tournent vers leur nation, leur peuple , pour trouver la stabilité, a-t-il déclaré, ajoutant que les « cris de protestation » sont « naturels, voire salutaires ». Ce qui unit une nation, a-t-il ajouté, c’est un « sentiment d’origine commune et d’un but partagé ».

    Mais il a mis en garde contre une nation « cherchant la cohérence dans des racines réelles ou imaginaires, en idolâtrant, par exemple, la chimère de la pureté ethnique », ajoutant que cela conduit à l’étroitesse d’esprit, à l’arrogance, au culte des ancêtres et à l’idolâtrie.

    Il a condamné « la rhétorique absurde et vulgaire de ce qu'on appelle la "politique identitaire" », avertissant que « la sauvegarde de la "pureté" nationale » finit par vilipender quiconque « ne correspond pas aux critères étroits d'appartenance ». Ce type de politique, a-t-il déclaré, « se nourrit de ressentiment » et n'offre souvent que peu de « vision constructive et de stratégie réaliste ».

    Il a déclaré qu’au contraire, « nous devons regarder simultanément en arrière et vers l’avenir », en construisant des nations « accueillantes, en préservant notre patrimoine, tout en restant prêts à absorber les richesses artistiques, scientifiques et culturelles apportées par les nouveaux membres ».

    Il a rappelé à son auditoire que les chrétiens ont le devoir d’aider les nécessiteux, « d’ouvrir leurs portes aux sans-abri, de partager leurs richesses matérielles avec les pauvres ». Si les nations veulent protéger leur héritage chrétien, a-t-il ajouté, elles doivent avant tout « maintenir vivante une haute tradition de charité chrétienne ».

    Mais il a également souligné l'importance pour les immigrants de rendre la pareille à l'accueil et à la générosité dont ils bénéficient de la part des pays d'accueil. Citant le Catéchisme de l'Église catholique ( 2241 ), il a déclaré qu'ils ont des « devoirs solennels » envers leur pays d'adoption et qu'ils sont « tenus de respecter avec gratitude le patrimoine matériel et spirituel du pays qui les reçoit, d'obéir à ses lois et de contribuer aux devoirs civiques ».

    Le défi pour les chrétiens, a-t-il poursuivi, est donc de concilier deux tâches : « promouvoir l’unité et le caractère national, menacés à une époque imprégnée de médias mondiaux et bombardée par la publicité du commerce mondial ; tout en prenant soin avec bienveillance des nécessiteux et des étrangers. »

    Pour aider les décideurs politiques à atteindre ce « délicat équilibre », il s'est appuyé sur la Règle de saint Benoît, qui exige que tous les hôtes des monastères soient reçus « comme s'ils étaient le Christ lui-même », mais que si l'hôte souhaite rester et faire du monastère sa demeure, ses motivations doivent être mises à l'épreuve, ce qui requiert leur « générosité et leur détermination ».

    « C’est ainsi que saint Benoît a permis à ses abbayes d’être des lieux marqués par une forte identité communautaire, tout en restant accueillants envers tous, prêts à aider quiconque dans le besoin », a déclaré l’évêque Varden.

    Tout en reconnaissant que la Règle ne peut être appliquée avec précision à l'État-nation, le prélat norvégien estime qu'une « double perspective » peut potentiellement orienter les politiques publiques. Il a toutefois souligné que les citoyens des pays d'accueil doivent également assumer leurs propres responsabilités avant d'appliquer les préceptes de saint Benoît à autrui, ajoutant que c'est un point que « de nombreux manifestes populistes omettent de mentionner ».

    Soulignant la baisse des taux de natalité dans les pays nordiques – une tendance qui touche également la plupart des pays occidentaux –, il a déclaré que sans migrants, « nos services, nos industries et nos systèmes de protection sociale s’effondreraient ». Il a ajouté que ce constat devrait inciter les citoyens des pays d’accueil à l’humilité et à la gratitude envers les immigrants, et les encourager à redoubler d’efforts pour consolider la famille et promouvoir une culture de vie.

    Les catholiques, concluait-il, sont « particulièrement bien préparés » à supporter cette tension, car être catholique signifie nourrir deux loyautés à la fois : un véritable attachement à son lieu, à son peuple et à sa tradition, et un engagement envers l'Église universelle, qui embrasse toutes les nations, tous les temps, et même la mort et l'éternité.

    « La recherche de son identité implique un engagement constant dans un processus de transformation intérieure », a conclu l’évêque Varden. « Si nous vivons selon ces principes et si nous apprenons aux autres à faire de même, cette période d’angoisse pourrait se révéler être un temps de conversion et de grâce, une formidable opportunité de bien. »

    Bien que son discours ait omis de mentionner explicitement l'immigration clandestine ou les préoccupations relatives aux effets de la culture islamique sur les pays d'accueil, les propos de l'évêque Varden sont perçus comme une intervention rare de la hiérarchie de l'Église, souvent critiquée pour privilégier les politiques d'ouverture des frontières et les droits des immigrants au détriment du devoir des gouvernements de gérer les frontières afin de préserver le bien commun.