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Débats - Page 2

  • Non, Noël n'est pas une fête païenne récupérée par les chrétiens

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    De La Sélection du Jour (Louis Daufresne) :

    Noël n'est pas une fête païenne récupérée par les chrétiens

    Qui n'a jamais entendu dire que Jésus n'est pas né un 25 décembre et que si l'Église avait pris cette date, c'était pour christianiser la fête païenne du solstice d'hiver ? Cette OPA symbolique du pape Libère en 354 fonctionna du feu de dieu. Le christianisme effaça le Soleil de l'horizon – et pour toujours. Les Romains ne croyaient-ils pas pourtant qu'il était invaincu ? À sa place, l'Église mit sur le trône de l'humanité le Soleil de justice. Intelligemment, elle s'appropria le meilleur du paganisme antique. L'Occident est l'héritier de cette épopée là.

    Le 25 décembre est-il un détail du calendrier ? Que Jésus soit né à cette date ou à une autre importe-t-il peu ? Pas sûr à l'heure où l'on s'échine à tout déconstruire. Un Michel Onfray affirme que Jésus n'a pas existé. Et il est très médiatisé.

    Or la vérité factuelle est l'assurance-vie du christianisme. Si le jour de l'incarnation devenait un mythe, Jésus ne serait plus qu'une figurine comparable à un bouddha posé sur une étagère. La Révélation deviendrait le passé d'une illusion, pour reprendre le titre d'un essai célèbre. Déjà atteintes par les abus, l'Église et la légitimité de sa parole s'en trouveraient anéanties. Noël ne serait plus une « marque déposée ». La débauche de consumérisme avait déjà dénaturé le sens de la Nativité, sans que l'institution n'y réagit avec virulence. Maintenant, la promotion d'un Noël dit « inclusif, diversitaire et féministe » s'emploie carrément à détourner l'événement, lequel ne ressemblera bientôt plus à rien.

    L'enjeu n'est pas mince. Normalien, agrégé de philosophie, Frédéric Guillaud se pose une question simple dans un essai intitulé Et si c'était vrai ? (Marie de Nazareth, 2023). Il pense que Jésus peut réellement être né le 25 décembre.

    Le calcul est le suivant : « Selon saint Luc, au moment de l'Annonce faite à Marie, date de la conception miraculeuse de Jésus, Élisabeth était enceinte de Jean-Baptiste depuis six mois. En outre, l'évangéliste nous apprend que la conception de Jean-Baptiste remontait au moment où son père, Zacharie, prêtre de la classe d'Abia, était en service au Temple. Or, des archéologues ont trouvé dans les manuscrits de Qumrân le calendrier des tours de service des différentes classes de prêtres. Il s'avère que, pour la classe d'Abia, c'était le mois de septembre. Voilà qui nous donne l'enchaînement suivant : conception de Jean-Baptiste fin septembre ; conception de Jésus six mois plus tard, c'est-à-dire fin mars ; donc, naissance de Jésus neuf mois plus tard… fin décembre ! CQFD. On rappellera au passage que, dans l'Église d'Orient, la conception de Jean-Baptiste est, comme par hasard, fêtée le 25 septembre, ce qui concorde avec la découverte des archéologues. »

    Mais l'histoire ne s'arrête pas à ce chapelet de concordances. Ce que l'on ignore le plus souvent, c'est que les Romains ont cherché à paganiser une fête chrétienne. Frédéric Guillaud explique : « Quand on évoque la fête romaine du Soleil, on s'imagine en effet qu'il s'agissait d'une fête immémoriale, fixée au 25 décembre depuis longtemps. Mais pas du tout. C'est une fête postchrétienne (…) créée de toutes pièces par l'empereur Aurélien en 274 – sous le nom de "jour natal du Soleil invaincu : Sol invictus" ». Dans quel but ? Il s'agissait, poursuit-il, « d'unifier l'Empire sous un culte unique, issu du culte oriental de Mithra, à une époque où le christianisme menaçait déjà sérieusement le paganisme. » Car les Romains, jusque-là, ne fêtaient rien le 25 décembre : « Les Saturnales se terminaient le 20 décembre », précise Guillaud.

    À cette époque, les chrétiens n'avaient pas encore officiellement fixé la date de Noël mais des communautés la célébraient déjà le 25 décembre. « En 204, Hippolyte de Rome en parlait déjà comme d'une date bien établie, dans son Commentaire de Daniel », rappelle Guillaud.

    Ainsi, selon cette version, s'effondre l'idée reçue que Noël récupère une fête païenne. C'est plutôt l'inverseSol Invictus étant une réaction romaine à l'aube croissante de la Nativité.

    Louis Daufresne
  • Les nouveaux vitraux de la cathédrale Notre-Dame déclenchent une nouvelle polémique

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    De Solène Tadié sur le NCR :

    Les nouveaux vitraux de la cathédrale Notre-Dame déclenchent une nouvelle polémique.

    Les critiques affirment que l'accent mis sur la diversité et l'expression émotionnelle risque de traduire un mystère central de l'Église dans le langage visuel de l'époque actuelle, affaiblissant ainsi la cohérence symbolique d'une cathédrale gothique construite autour de la lumière, de la hiérarchie et de la transcendance.

    Un an après la réouverture solennelle au public de la cathédrale Notre-Dame de Paris suite à l'incendie dévastateur de 2019, une vieille querelle entre les défenseurs du patrimoine et l'État français — cette fois-ci centrée sur ses célèbres vitraux — a été ravivée. 

    On espérait que la restauration après l'incendie, qui a également conduit à la décision de reconstruire la flèche et la charpente médiévale à l'identique, mettrait un terme à ce chapitre douloureux de l'histoire de la cathédrale. Au lieu de cela, elle a relancé le débat entre la préservation de l'art traditionnel dans ce chef-d'œuvre de l'architecture gothique et l'intégration de l'art contemporain.

    La dernière controverse a été déclenchée par une exposition au Grand Palais à Paris présentant les projets sélectionnés pour les futurs vitraux de Notre-Dame, dont l'installation est prévue en 2026. Sélectionnée en 2024 à l'issue d'un concours soutenu par l'État, la peintre française Claire Tabouret a été chargée de créer six vitraux contemporains destinés à remplacer les vitraux intacts du XIXe siècle conçus par Eugène Viollet-le-Duc pour les chapelles du bas-côté sud de la nef. 

    La présentation publique du projet a ravivé des tensions que beaucoup croyaient apaisées après un débat similaire concernant la flèche, également conçue par Viollet-le-Duc. La controverse autour des vitraux serait-elle une revanche tardive de la part de ceux qui n'ont pas réussi à imposer un style contemporain à l'extérieur du monument, quitte à laisser leur empreinte sur les parties ayant survécu à l'incendie ?

    Les vitraux proposés sont au cœur du débat, et l'exposition les a enfin dévoilés au public. Ces nouveaux vitraux forment un cycle figuratif consacré à la Pentecôte, représentant la Vierge Marie et les apôtres réunis au Cénacle. Les compositions, peintes dans un style figuratif, mettent en scène de grandes figures frontales, privilégiant la présence corporelle et l'expression des émotions. Tabouret, artiste vivant et travaillant en Californie, a déclaré avoir été attirée par la Pentecôte, qu'elle perçoit comme un moment d'« harmonie, de paix et de respect dans la diversité », une formulation que les partisans interprètent comme une tentative de rendre la scène immédiatement accessible au public contemporain. Les critiques, quant à eux, y voient l'introduction d'un langage moral actuel dans un cadre sacré et liturgique.

    « Un caprice à 4 millions d'euros »

    La réaction fut immédiate, notamment parmi les spécialistes du patrimoine et les personnalités de droite. Stéphane Bern, l'un des plus éminents défenseurs du patrimoine historique en France, a qualifié le projet, dès son origine, de caprice présidentiel. 

    L'ouverture de l'exposition le 10 décembre n'a fait qu'attiser la colère de ses opposants. 

    L’historien du patrimoine Éric Anceau l’ a dénoncé comme un fait inacceptable du prince , avertissant que les vitraux de Viollet-le-Duc — qui avaient « miraculeusement résisté au feu » — allaient maintenant être enlevés au mépris du Code du patrimoine français. 

    Plusieurs élus ont fait part de cette consternation. Le député du Rassemblement national, Jean-Philippe Tanguy, a qualifié les vitraux proposés d’« indescriptiblement laids », tandis que l’ancienne députée Laurence Trochu a dénoncé ce qu’elle a qualifié de « caprice à 4 millions d’euros », remplaçant des œuvres intactes et protégées à un moment où une grande partie du patrimoine culturel français se détériore. Plus nuancé, le philosophe Benjamin Olivennes, spécialiste d’art contemporain, a estimé : « Je ne crois pas qu’ils “se feront remarquer” au sens de dissonance, de laideur ou de profanation du lieu. Cependant, ils risquent de paraître de moindre qualité que les autres… »

    Soutien de l'Église parisienne

    Pourtant, réduire la controverse à un simple affrontement entre le président Emmanuel Macron et ses détracteurs occulte le fait qu'une grande partie du commandement catholique a soutenu le projet. L'archidiocèse de Paris a ouvertement appuyé l'introduction de vitraux figuratifs contemporains à vocation catéchétique explicite et était représenté au sein du comité qui a sélectionné l'œuvre de Tabouret pour ce projet. L'archevêque Laurent Ulrich lui-même a salué cette initiative comme une manière légitime d'aborder les enjeux de notre époque. 

    Le père Paul-Adrien, frère dominicain et figure influente du monde culturel français, a défendu le projet en rappelant que les murs des chapelles avaient été dépouillés de leurs ornements au XXe siècle. Selon lui, les nouveaux vitraux redonnent couleur, symbolisme et une dimension théologique intelligible, notamment grâce à leur thématique de la Pentecôte. « Ceux qui s'opposent au projet ne veulent pas que l'on parle de la Pentecôte », a-t-il affirmé avec conviction. 

    Les partisans de cette restauration affirment plus généralement que la netteté des figures et l'intensité des couleurs répondent aux tons pâles de l'intérieur restauré et redonnent de la profondeur visuelle à la cathédrale. 

    Mais les critiques restent sceptiques. Leur objection ne porte généralement pas sur l'art contemporain en tant que tel, mais sur ce qu'ils perçoivent comme un glissement de sens. À leurs yeux, l'accent mis sur la diversité et l'expression émotionnelle risque de transposer un mystère central de l'Église dans le langage visuel de l'époque actuelle, affaiblissant ainsi la cohérence symbolique d'une cathédrale gothique bâtie autour de la lumière, de la hiérarchie et de la transcendance. 

    Rejet des recours contre une pétition populaire

    Pour Didier Rykner, rédacteur en chef de la revue La Tribune de l'Art et l'un des plus fervents opposants au projet, le problème fondamental ne réside pas dans le style de l'artiste, mais dans la logique de leur intégration. Il a maintes fois soutenu que des vitraux contemporains pourraient légitimement trouver leur place dans des parties de Notre-Dame qui n'en ont jamais possédé, notamment la tour nord, dont les travées ont été endommagées par l'incendie. Une telle solution, affirme-t-il, permettrait à la création contemporaine de s'exprimer sans pour autant démanteler les éléments intacts conçus par Viollet-le-Duc comme faisant partie d'un ensemble architectural cohérent.

    Rykner, qui a qualifié le projet d’acte de « vandalisme », a également lancé une pétition demandant le maintien des fenêtres de Viollet-le-Duc, qui a depuis dépassé les 325 000 signatures – un chiffre fréquemment cité par les opposants comme preuve d’une résistance publique soutenue.

    Sur le plan institutionnel, le projet a toutefois atteint un stade où un revirement de la décision de remplacer les fenêtres semble de plus en plus improbable. Le recours formé par l'association patrimoniale Sites & Monuments contre ce projet a récemment été rejeté par le tribunal administratif de Paris. À l'inverse, la Commission nationale du patrimoine et de l'architecture a émis un avis favorable en juin dernier, soutenant l'installation des nouvelles fenêtres. Bien que Sites & Monuments devrait déposer un ultime recours, les critiques reconnaissent que les options juridiques et administratives restantes se réduisent comme peau de chagrin.

    Au-delà des querelles de procédure, les opposants insistent sur le fait que les vitraux ne sauraient se réduire à un simple élément décoratif. En filtrant la lumière, ils façonnent l'expérience spirituelle et visuelle d'une cathédrale gothique. Cet argument a été avancé par Maryvonne de Saint-Pulgent, ancienne directrice générale du patrimoine au ministère de la Culture, et par l'Académie des Beaux-Arts, qui a mis en garde contre l'introduction d'œuvres contemporaines au détriment du décor épargné par l'incendie.

    L'exposition des dessins de Tabouret a mis en lumière les divergences, sans pour autant rapprocher le différend d'une résolution. Alors que les recours juridiques sont presque épuisés et que le projet avance, la controverse autour des vitraux de Notre-Dame risque de laisser un goût amer chez les défenseurs du patrimoine, même si leurs partisans insistent sur le fait que les vitraux du XIXe siècle, conçus par Viollet-le-Duc, ne seraient pas détruits mais démontés et exposés ailleurs.

  • Quand le vicaire du Christ prend part à la mêlée médiatique

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Quand le vicaire du Christ se joint à la mêlée médiatique

    COMMENTAIRE : Quels sont les avantages, les dangers et les conséquences indésirables des échanges informels du pape Léon XIV avec la presse mardi soir à Castel Gandolfo ?

    C'est devenu une nouvelle convention papale.

    Chaque mardi soir, après sa journée de repos désormais habituelle à la résidence d'été papale de Castel Gandolfo, située juste à l'extérieur de Rome, le pape Léon XIV quitte la ville pour le Vatican, s'arrêtant pour discuter avec la presse. 

    Les journalistes interrogent le Saint-Père sur l'actualité, généralement liée à la politique internationale ou à l'Église catholique, et le pape répond spontanément, sans préparation. Ce format rappelle les points presse improvisés, fréquents lors des rencontres entre personnalités politiques et célébrités et médias. 

    Pour un pape, c'est toutefois une première. Aucun souverain pontife, pas même le pape François, pourtant friand d'interviews en tant que pape, ne s'était jamais adressé à la presse de manière aussi spontanée . Les conférences de presse papales en vol, instaurées par saint Jean-Paul II, sont similaires, mais plus rares et encadrées. 

    Les motivations du pape Léon XIV quant à cette approche médiatique restent floues. Il a inauguré cette pratique en juin, lorsque le journaliste Ignazio Ingrao, de la RAI, la chaîne de télévision publique italienne, l'a interpellé à sa sortie du territoire de Radio Vatican, près de Rome. 

    Le Saint-Père semblait à l'aise pour répondre aux questions d'Ingrao, d'autant plus qu'elles portaient sur des sujets qui le passionnent : le développement durable, l'environnement et les menaces qui pèsent sur la paix mondiale. Mais cet échange était frappant en ce que, pour la première fois en dehors d'un voyage papal, il abolissait une certaine distance, pourtant reconnue, que le pape entretient naturellement en tant que Vicaire du Christ.

    Certains apprécient l'aspect terre-à-terre, spontané et convivial de ces échanges ; d'autres estiment que ces rencontres informelles risquent d'estomper la frontière entre le bureau de Petrine et une célébrité politique, même si elles offrent des avantages en termes de relations publiques et d'image.

    Leur atout réside dans leur capacité à rendre le Pape moins distant, plus accessible, plus humain et plus responsable envers les fidèles, à l'ère de la démocratie, de l'exigence de transparence et de l'information en continu. Ils répondent à l'insatiable soif contemporaine de transparence en toutes choses, devenue particulièrement criante au Vatican suite aux scandales d'abus sexuels commis par des membres du clergé, de malversations financières et de mauvaise gouvernance. 

    La franchise inhérente à ces échanges peut permettre aux fidèles de mieux connaître Léon, encore méconnu et quelque peu énigmatique. Le Saint-Père peut également saisir cette occasion pour enseigner, toucher un public plus large qui n'aurait peut-être pas accès à ses messages déjà publiés, et appliquer son enseignement aux problématiques actuelles les plus brûlantes. 

    Pourtant, les qualités mêmes qui justifient cette pratique engendrent aussi de nouveaux risques. Depuis que le pape a commencé à accorder ces interviews « à domicile » à Castel Gandolfo début septembre, les médias l'ont amené à commenter spontanément des questions politiques et des problèmes de société, ce qui a provoqué de nombreuses polémiques indésirables et, de l'avis de certains, évitables. 

    L'exemple le plus significatif remonte à octobre, lorsqu'un collègue d'EWTN a interrogé Léon XIV au sujet de la distinction décernée par le cardinal Blase Cupich de Chicago au sénateur démocrate Dick Durbin de l'Illinois, partisan du droit à l'avortement, pour l'ensemble de son œuvre. En réponse, le pape Léon a présenté le débat comme une éthique « pro-vie » unifiée, semblant ainsi contredire les évêques américains qui s'étaient majoritairement opposés à cette distinction. Léon a également affirmé que quiconque s'oppose à l'avortement mais soutient la peine de mort ou le « traitement inhumain des immigrants » ne peut être véritablement qualifié de pro-vie – une critique claire de la politique de l'administration Trump. 

    Le pape a introduit son propos en déclarant qu'il n'était « pas très au fait » de l'affaire du prix Durbin – une remarque qui, de l' avis des observateurs, aurait dû le dissuader de s'exprimer davantage. Au lieu de cela, en répondant de cette manière, Léon XIV s'est livré à une rare incursion papale dans une affaire particulière de séparation de l'Église et de l'État. Bien que Durbin ait décliné le prix peu après, les propos du pape ont contribué à exacerber les divisions entre les différents camps. 

    Lors d'autres points de presse à Castel Gandolfo, Léon s'est immiscé dans la politique d'immigration américaine et a critiqué la politique étrangère des États-Unis, exhortant le président Trump à ne pas lancer d'invasion militaire du Venezuela . 

    Plus récemment, il a déclaré préférer ne pas commenter le plan de paix américain visant à mettre fin à la guerre russo-ukrainienne, car il ne l'avait pas lu en entier. Il a néanmoins affirmé que certains passages représentaient, « malheureusement », un « changement radical dans ce qui fut, pendant de très nombreuses années, une véritable alliance entre l'Europe et les États-Unis ». Sans le nommer, Léon XIV a déclaré que les récentes déclarations du président Trump concernant l'Europe visaient à « briser ce qui, à mon avis, doit être une alliance essentielle aujourd'hui et pour l'avenir ». Les médias ont interprété ses propos comme une rare réprimande papale à l'encontre d'un président américain en exercice. 

    Est-il donc prudent et nécessaire pour un pape de participer à ces échanges ?  

    Un pape n'est ni un homme politique ni un technocrate supranational, mais le vicaire du Christ, oint comme son représentant suprême pour guider les âmes vers le Ciel. Ses déclarations exigent donc non seulement une mûre réflexion et une profonde considération, mais aussi une attention particulière aux réalités transcendantes et éternelles. Sa priorité est de former les consciences, d'affirmer la foi et de préserver l'unité, plutôt que de donner des directives détaillées sur la politique et les affaires temporelles, qui pourraient être instrumentalisées à des fins partisanes. Certains pourraient également prendre ces propos tenus lors d'une interview pour des déclarations magistérielles, alors que ce titre est réservé aux annonces officielles du pape.

    Le pape saint Jean-Paul II, ainsi que les papes Benoît XVI et surtout Pie XII, l’avaient bien compris. Ce dernier se montra extrêmement prudent, évitant les confrontations médiatiques qui auraient pu être perçues comme un acte de partisanerie manifeste.

    Jean-Paul II et Benoît XVI abordaient avec habileté (mais pas toujours) les questions d'actualité brûlantes, selon leur propre perspective et généralement en termes généraux. Ils réagissaient aux événements récents en se référant à la doctrine de l'Église, notamment à son enseignement moral et social, et laissaient aux journalistes le soin d'établir un lien entre cette doctrine et l'actualité du jour. Ce faisant, ils respectaient le principe catholique de subsidiarité, laissant ainsi aux évêques d'un pays ou aux responsables vaticans compétents, tels que le secrétaire d'État, le soin de répondre aux spécificités de ces questions s'ils le souhaitaient.

    Ils respectaient également la distance nécessaire et établie de longue date entre le pape et le peuple. Il ne s'agissait pas d'un motif clérical ni d'une volonté de se croire supérieur aux autres, mais bien du fait que, comme tout prêtre ordonné, il est mis à part, participant à l'autorité et à la médiation du Christ d'une manière que les fidèles ne connaissent pas. Un pape ne doit pas non plus être inaccessible, distant ou physiquement éloigné des gens, mais, par sa certaine distance et son détachement vis-à-vis des affaires temporelles, il reflète l'essence de la sainteté et la dignité de l'office pétrinien. 

    Cette séparation renforce également le mystère qui entoure la fonction papale, consolidant sans doute l'autorité papale – une qualité qui semble aller de soi chez les monarques. Une partie du charme de la reine Élisabeth II résidait dans le fait qu'elle accordait très rarement des interviews aux médias et que, de par son rôle constitutionnel, elle laissait rarement transparaître ses opinions politiques. Cela contribuait à rehausser son aura royale, que les papes possèdent également de par la nature monarchique de leur fonction.

    Enfin, mis à part les journalistes en quête d'un sujet, personne n'exige que le pape Léon XIV partage son point de vue sur une question de politique intérieure particulière avec autant de détails, ni sur aucun autre sujet d'actualité d'ailleurs. Le Saint-Père n'a de comptes à rendre à aucun électorat ; son seul juge est Dieu. Il est également libre de pontifier comme il l'entend, quand et comment, et dispose de nombreuses occasions de le faire, que ce soit dans ses homélies, ses messages ou ses documents magistériels. 

    À l'inverse, ces entretiens spontanés « à domicile » se déroulent selon les conditions d'autrui et exigent une réponse immédiate et non réfléchie, le rendant ainsi vulnérable à la controverse et à la commission d'erreurs doctrinales qui seront probablement interprétées comme magistrales. 

    Compte tenu des problèmes, des risques et des écueils que présentent ces rencontres avec les médias, il serait prudent que le pape Léon XIV et ses conseillers en reconsidèrent le recours. Ils pourraient instaurer des garde-fous et des règles de communication internes. Ou, vu leur faible utilité, les supprimer purement et simplement, ainsi que les conférences de presse en vol. 

    Le silence est d'or. Et à l'ère agitée, versatile et querelleuse des réseaux sociaux, plus que jamais.

  • Lors du prochain consistoire, le pape va se concerter avec les cardinaux pour régler des questions délicates, liturgiques notamment

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    De sur Il Giornale :

    Léon XIV se tourne vers les cardinaux pour leur demander de l'aide

    Les thèmes anticipés dans une lettre de Noël. La liturgie eucharistique est également au cœur du propos.

    En ces derniers jours de 2025, l'attente du Vatican ne s'achèvera pas avec la fin de l'Avent. Une attente plus « profane », en effet, est celle du consistoire extraordinaire des 7 et 8 janvier, convoqué par Léon XIV.

    Les cardinaux ont reçu la convocation le 7 novembre dernier du doyen Giovanni Battista Re et sont attendus par le pape le premier mercredi après-midi de l'année, puis le lendemain matin, pour une concélébration à l'autel de la Chaire en la basilique Saint-Pierre. La convocation d'un consistoire extraordinaire relève des prérogatives du pontife et, comme le stipule le Code de droit canonique, elle a lieu « lorsque les besoins particuliers de l'Église ou le traitement de questions particulièrement graves le justifient ». Ce qui a surpris dans cette convocation, c'est l'absence de toute justification, une anomalie par rapport au passé. On peut toutefois s'attendre à ce que, dans les prochaines heures, une lettre du pape, véritable « lettre de Noël », parvienne dans les boîtes aux lettres de tous les cardinaux, précisant l'ordre du jour du consistoire tant attendu. Léon XIV a en effet pris la plume pour écrire à ses confrères, qu'il entend restaurer dans leur rôle initial de principaux collaborateurs à la gouvernance de l'Église universelle, rôle qui avait été considérablement amoindri durant le pontificat de Bergoglio. Il est bien connu que François n'aimait pas consulter tous les cardinaux, préférant s'appuyer sur un petit groupe de fidèles : le groupe dit C9, devenu plus tard le C6. En 2022, Bergoglio a convoqué une réunion de tous les cardinaux à Rome sur le Praedicate Evangelium, mais n'a pas accordé beaucoup de temps à la discussion, d'autant plus que la constitution apostolique réformant la Curie était déjà entrée en vigueur près de trois mois auparavant.

    L'implication limitée du Sacré Collège fut l'un des aspects les plus critiqués de l'héritage de Bergoglian lors des congrégations pré-conclaves. Prévost en était conscient et, deux jours après son élection, lors de sa première rencontre avec les cardinaux, il exprima son intention de les rencontrer régulièrement, mettant ainsi fin à une période de déclin objectif pour le Collège des cardinaux. Ayant désormais franchi le cap de la mi-semestre, Léon XIV décida de concrétiser cette promesse et demanda aux cardinaux de préparer la rencontre des 7 et 8 janvier 2026 en relisant deux textes de François : Evangelii Gaudium et Praedicate Evangelium. Ces « exercices » invitent, d'une part, à une réflexion sur la perspective de l'Église et, d'autre part, à remettre au premier plan la question des relations entre la Curie romaine et l'exercice du pouvoir. Dans sa lettre, Léon XIV évoque également la synodalité, qui a constitué une sorte de manifeste pour le règne de Bergoglio, mais que le pape actuel exprime à sa manière. Pour Prévost, en effet, la synodalité aboutit à la communion. Le dernier thème de la lettre, qui expose l'ordre du jour du prochain consistoire, doit également être lu sous cet angle : la question liturgique. Nous savons combien la liturgie est devenue, notamment après la promulgation de Traditionis custodes en 2021, le principal champ de bataille entre les différentes sensibilités ecclésiales.

  • « L'Église court le risque d'imiter l'effondrement anglican » (cardinal Zen)

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    D'InfoVaticana :

    Cardinal Zen : « L'Église court le risque d'imiter l'effondrement anglican »

    Cardinal Zen : « L'Église court le risque d'imiter l'effondrement anglican »

    Le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong et l’une des voix les plus critiques face à l’accord sino-vatican, a publié une réponse à un article du père Han Qingping sur la récente retraite de l’évêque Zhang Weizhu et la consécration de l’évêque Li Jianlin dans le diocèse de Xinxiang, un événement que certains secteurs présentent comme un signe d’amélioration des relations entre le Saint-Siège et le régime chinois.

    Zen reconnaît que l’analyse initiale du père Han décrit un scénario qui « devrait sans doute réjouir tout le monde », mais il déplore profondément que la partie finale de l’article inclue des attaques personnelles contre ceux qui expriment des réserves sur le processus.

    « Stupidité ? Malice ? Personnalité déformée ? »

    Dans son texte, le père Han affirmait que ceux qui remettraient en question le développement des événements, ou qui propageaient des rumeurs, ne montreraient que de la « stupidité », de la « malice » ou une « personnalité déformée », mentionnant même « un certain cardinal ». Bien que Zen évite le dramatisme, il reconnaît que l’allusion le touche directement :

    Je n’admets pas être une mauvaise personne ni avoir une personnalité déformée, mais j’ai certainement été assez stupide pour le prendre comme quelque chose de personnel.

    Le cardinal précise qu’il n’est pas intervenu dans le cas de Xinxiang et que sa préoccupation ne naît pas d’un désir de polémique, mais de la souffrance prolongée de tant de fidèles en Chine continentale.

    Sur le Synode : « Je ne parlais pas de toute la synodalité, mais de l’usage erroné du document final »

    Zen accuse le père Han d’utiliser l’attaque pour introduire un autre sujet : la critique du cardinal sur le processus synodal. Et il explique que son expression « suicide ecclésial » a été délibérément mal interprétée.

    Le cardinal souligne que son avertissement ne se référait pas au Synode en lui-même, mais au risque que le Document de Conclusion soit utilisé comme base pour mettre en œuvre une phase d’exécution sans unification doctrinale, permettant des interprétations complètement divergentes d’un diocèse à l’autre :

    Le Secrétaire général et le Rapporteur du Synode admettent qu’il y aura des interprétations très différentes, de l’enthousiasme à une forte opposition. Si chaque région agit selon sa propre lecture, l’Église cessera d’être une Église unifiée.

    La comparaison avec l’effondrement anglican

    Zen met en garde que l’adoption d’un pluralisme doctrinal comme celui qu’il décrit conduirait l’Église catholique vers un scénario similaire à celui de la Communion anglicane :

    L’Église anglicane s’est réduite à 10 % de sa taille, et les 80 % restants se sont séparés, formant la Conférence anglicane mondiale du futur, qui n’accepte plus l’Archevêque de Canterbury.

    Le cardinal conclut que sa préoccupation n’est pas personnelle, mais ecclésiale : préserver l’unité doctrinale face aux pressions internes et externes qui pourraient désorienter les fidèles, en particulier dans les lieux où l’Église vit déjà dans des conditions difficiles, comme en Chine.

  • Comment le Canada s’est trompé du tout au tout sur les pensionnats autochtones

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    Du site "Pour une école libre au Québec" :

    Nouveau livre sur « Comment le Canada s’est trompé du tout au tout sur les pensionnats autochtones »

    Paru en novembre 2025 chez True North et Dorchester Books,  Dead Wrong : How Canada Got the Residential School Story So Wrong (littéralement, Mortellement faux, Comment le Canada s’est trompé du tout au tout sur les pensionnats) prolonge et approfondit le travail commencé par Grave Error (littéralement Erreur grave/erreur sur les tombes, 2023).  

    Co-dirigé par C.P. Champion et l’historien Tom Flanagan, ce recueil de quinze essais démonte ce qui pourrait être la plus grande erreur collective de l’histoire récente du Canada : la transformation, en quelques semaines de mai-juin 2021, d’une simple anomalie radar à Kamloops en certitude nationale de « 215 corps d’enfants » enterrés secrètement, puis en mythe de « milliers d’enfants disparus ».

    Les auteurs ne nient rien des souffrances réelles : sévices corporels avérés dans certains établissements, séparation brutale des familles, perte de langue et de culture. Mais ils montrent, documents à l’appui, que le récit dominant repose sur des exagérations, des confusions et des affirmations jamais vérifiées.

    Quelques exemples concrets développés dans l’ouvrage

    Kamloops, mai 2021 : l’anthropologue Sarah Beaulieu annonce « 215 anomalies » détectées par radar géophysique. Aucun corps n’est exhumé à ce jour (décembre 2025), mais le Premier ministre Trudeau met les drapeaux en berne pendant cinq mois et parle de « crimes contre l’humanité ». 

    Le livre publie les courriels internes de la bande Tk’emlúps : dès juillet 2021, les responsables savaient qu’il s’agissait probablement de l’ancien cimetière paroissial connu depuis les années 1950.

    Pine Creek, Manitoba: après des annonces tonitruantes de « 14 tombes anonymes », les fouilles de 2023 ne révèlent… rien. Le chef de la Première nation déclare alors que « l’important, c’est le ressenti ».

    Le Barreau de la Colombie-Britannique : Jonathan Kay publie les échanges internes montrant que des juristes avaient alerté la direction : les « tombes anonymes » sont une fable. Réponse de la direction : on garde le module de formation obligatoire quand même, « par respect pour les survivants ».

    Le documentaire Sugarcane (Oscar 2025 du meilleur documentaire) : Frances Widdowson pointe les erreurs factuelles sur l’école Saint-Joseph de Williams Lake (dates fausses, témoignages non recoupés, photos d’autres pensionnats utilisées à tort). Le film remporte l’Oscar malgré tout.

    Tentatives de censure :

    • Un enseignant de l’Ontario, Jim McMurtry, est suspendu pour avoir rappelé en classe que 80 % des décès étaient dus à la tuberculose et à la grippe espagnole.
    • À Quesnel (C.-B.), le conseil municipal vote une motion pour destituer le maire Ron Paull… uniquement parce qu’il avait offert Grave Error à la bibliothèque municipale.
    • La députée Leah Gazan dépose le projet de loi C-413 visant à criminaliser le « déni du génocide des pensionnats » — projet analysé et démonté par Tom Flanagan.

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  • Après Nicée, Léon XIV vise Jérusalem, sans le « Filioque »

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    De sur Settimo Cielo, en français sur diakonos.be :

    Après Nicée, Léon XIV vise Jérusalem. Sans le « Filioque »

    Pour le Pape Léon XIV, la commémoration du premier concile œcuménique de Nicée, célébrée le 28 novembre à Iznik (nom actuel de la ville), aura été une célébration « magnifique, très simple mais aussi profonde », comme l'illustre la photographie ci-contre.

    Il est cependant saisissant de constater que la célébration d’événement de pareille envergure, qui en 325 a scellé à jamais le « Credo » de toutes les Églises chrétiennes, n’a pas réuni plus de deux douzaines de représentants de ces mêmes Églises, rassemblés sur une petite estrade dressée au-dessus des ruines d'une ancienne basilique, sur la rive solitaire d'un lac.

    Peut-être les autorités turques elles-mêmes auraient empêché un afflux massif de fidèles dans un pays où la présence chrétienne a été presque anéantie au siècle dernier. Mais les causes de cette faible participation sont également à chercher dans les fractures et les tensions entre les Églises.
    Dans le camp orthodoxe, c’est le Patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée, qui s’était chargé d’envoyer les invitations : non pas à toutes les Églises, mais seulement aux patriarcats historiques d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, qui constituaient, avec Rome et Constantinople, la « Pentarchie » du premier millénaire.

    Ce cercle d'invitations restreint laissait écartait donc d’emblée les Patriarcats plus récents de Russie, Serbie, Roumanie, Bulgarie et de Géorgie, ainsi que les Églises autocéphales de Grèce, Chypre, Albanie, Pologne, Tchéquie et Slovaquie, Finlande et Ukraine. Parmi ces dernières, il était certain que non seulement le Patriarcat de Moscou, mais aussi les Églises qui lui sont étroitement liées, en rupture avec Constantinople à cause de son soutien à la nouvelle Église nationale ukrainienne, auraient décliné l'invitation.

    Mais même du côté des Patriarcats historiques de la « Pentarchie », les réponses ont été mitigées. Le livret de la célébration imprimé par le Vatican mentionnait les noms de Théodore II, Jean X et Théophile III, respectivement patriarches d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, mais seul le premier était présent en personne.

    En lieu et place du Patriarche de Jérusalem – qui n'avait même pas daigné répondre à l'invitation, comme l'a révélé Bartholomée – se tenait l’Archevêque Nektarios d’Anthedona et à la place de celui d’Antioche, il y avait le Métropolite Basile d’Arcadie et du Mont Liban. Jean X, Patriarche d’Antioche, avait initialement confirmé sa présence, avant de l’annuler une semaine avant l'événement, préférant accueillir le Pape Léon XIV au Liban trois jours plus tard, à l’occasion de la rencontre œcuménique et interreligieuse du 1er décembre sur la Place des Martyrs à Beyrouth.

    Étaient également présents à la célébration de Nicée : le Patriarche de l'Église syro-orthodoxe d'Antioche, le Catholicos de l'Église syro-orthodoxe malankare ainsi que des représentants du Patriarcat copte-orthodoxe d’Alexandrie, de l'Église assyrienne de l’Orient et de l'Église apostolique arménienne.

    S’y trouvaient également quelques représentants isolés des Anglicans, des Luthériens, des Évangéliques, des Réformés, des Méthodistes, des Baptistes, de Pentecôtistes, des Mennonites, des Vieux-Catholiques, ainsi que du Conseil œcuménique des Églises.

    Tout cela n’a pas empêché Léon XIV de faire de cette célébration de Nicée la raison première de tout son périple et de réaffirmer avec force que la finalité même de ce premier concile œcuménique était au cœur de sa mission de Pape : l'unité de l'Église dans la foi en Christ, vrai Dieu et vrai homme.

    De l'avis de Léon XIV, le concile de Nicée est plus actuel que jamais. Au cours de son voyage, il a pointé du doigt à deux reprises le « retour d’un arianisme » (du nom d'Arius, dont l'hérésie a été à l’origine de la convocation de ce concile) comme représentant un risque capital pour la foi d'aujourd'hui.

    Il l’a fait une première fois à Istanbul, le 28 novembre, dans le discours adressé aux évêques, prêtres et religieuses en la cathédrale catholique du Saint-Esprit :

    « Il existe un défi, que je qualifierais de ‘retour de l’arianisme’, présent dans la culture actuelle et parfois chez les croyants eux-mêmes : il se produit quand on regarde Jésus avec une admiration humaine, peut-être même avec un esprit religieux, mais sans le considérer vraiment comme le Dieu vivant et vrai présent parmi nous. Son identité de Dieu, Seigneur de l’histoire, est en quelque sorte occultée et on se limite à le considérer comme un grand personnage historique, un maître de sagesse, un prophète qui a lutté pour la justice, mais rien de plus. Nicée nous le rappelle : Jésus-Christ n’est pas une figure du passé, il est le Fils de Dieu présent au milieu de nous, qui conduit l’histoire vers l’avenir que Dieu nous a promis. »

    Et une seconde fois, quelques heures plus tard, à Nicée même, dans le discours en mémoire de ce premier concile œcuménique :

    « L’anniversaire du premier Concile de Nicée est une occasion précieuse pour nous demander qui est Jésus-Christ dans la vie des femmes et des hommes d’aujourd’hui, qui est-Il est pour chacun de nous. Cette question interpelle tout particulièrement les chrétiens qui risquent de réduire Jésus-Christ à une sorte de chef charismatique ou de surhomme, une déformation qui conduit en définitive à la tristesse et à la confusion. En niant la divinité du Christ, Arius l’avait réduit à un simple intermédiaire entre Dieu et les êtres humains, ignorant la réalité de l’Incarnation, de sorte que le divin et l’humain restaient irrémédiablement séparés. Mais si Dieu ne s’est pas fait homme, comment les mortels peuvent-ils alors participer à sa vie immortelle ? C’était l’enjeu à Nicée et c’est l’enjeu aujourd’hui : la foi en Dieu qui, en Jésus-Christ, s’est fait comme nous pour nous rendre « participants de la nature divine » (2 P 1, 4) »

    À Nicée, en 325, les Pères conciliaires avaient également essayé de s'accorder sur une date commune pour la célébration de Pâques, sans succès. C'est ce que Léon XIV a de nouveau proposé de faire aujourd'hui –avec les Églises orientales et le Patriarche œcuménique Bartholomée –, comme cela avait déjà déjà souhaité dans l’Appendice de la Constitution sur la liturgie de Vatican II. Le Pape a rappelé les deux critères fondamentaux énoncés dans le document sur Nicée publié il y a quelques mois par la Commission Théologique Internationale : que Pâques soit célébrée un dimanche, jour de la résurrection de Jésus, tout en restant proche de l'équinoxe de printemps, à l'instar de la Pâque juive.

    Mais surtout, à Nicée, les Pères conciliaires s’étaient accordés sur un texte du « Credo », confirmé lors du concile œcuménique de Constantinople en 381, qui est resté jusqu'à nos jours le « Symbole » intangible de la foi chrétienne.

    Intangible, ou presque. Car ce « Credo » de Nicée, rapidement intégré aux liturgies baptismales puis eucharistiques, a reçu à l'époque carolingienne, dans sa version latine, l’ajout d'un « Filioque » qui fait « procéder » l'Esprit Saint non seulement du Père – comme dans le texte original – mais aussi du Fils.

    Léon III, le Pape qui a couronné Charlemagne, n’approuvait pas cette interpolation et ne l’avait pas admise dans les églises de Rome. Deux siècles plus tard, cependant, en 1014, Benoît VIII l’introduisait dans toute l'Église catholique. Elle y est encore présente aujourd'hui, à la seule exception des messes où le « Credo » est récité ou chanté en grec, respectant ainsi le texte originel.
    Et ce n'est pas en grec, mais en anglais, que le Pape et les autres chefs d'Églises l'ont prononcé ensemble à Iznik ce 28 novembre, dans une traduction fidèle au texte de Nicée et donc dépourvue de ce « Filioque », sur lequel Léon XIV ne semble vraiment pas vouloir s'arc-bouter.

    En effet, le « Filioque », qui a inséré unilatéralement dans le « Credo » latin, a été une source de controverses séculaires entre l'Église catholique et les Églises d'Orient, avant et après le schisme de 1054. Et ce malgré la subtilité des arguments théologiques sur lesquels il repose, exposés dans un très savant document de 1996 publié par le Dicastère du Vatican pour la promotion de l'unité des chrétiens.

    Rien n’interdit aujourd'hui de partager les raisons théologiques qui soutiennent le « Filioque », ni de poursuivre le dialogue entre l’Orient et l’Occident sur le sujet. C'est son insertion dans le « Credo » qui est problématique. Et c'est précisément sur ce point que Léon XIV semble vouloir intervenir.
    On peut le lire en filigrane dans la lettre apostolique « In unitate fidei », qu'il a publiée à la veille de son voyage à Nicée et qui visait précisément à expliquer – avec une simplicité et une efficacité communicative rares dans les documents pontificaux – à quel point ce premier concile œcuménique avait touché au « cœur de la foi chrétienne ».

    La lettre consacre quelques lignes à la question du « Filioque », là où elle rappelle que l'article sur le Saint-Esprit a été formulé lors du concile suivant à Constantinople en 381 et que :

    « Ainsi, le Credo, qui s'appelle depuis lors de Nicée-Constantinople, dit : ‘Nous croyons au Saint-Esprit, qui est Seigneur et qui donne la vie, et qui procède du Père. Avec le Père et le Fils, il est adoré et glorifié, et il a parlé par les prophètes’ ». À cet endroit, une note de bas de page précise :

    « L'affirmation ‘et procède du Père et du Fils (Filioque)’ ne se trouve pas dans le texte de Constantinople ; elle a été insérée dans le Credo latin par le Pape Benoît VIII en 1014 et fait l'objet d'un dialogue orthodoxe-catholique. »

    Avec cet espoir final : « Nous devons donc laisser derrière nous les controverses théologiques qui ont perdu leur raison d'être pour acquérir une pensée commune et, plus encore, une prière commune au Saint-Esprit, afin qu'il nous rassemble tous dans une seule foi et un seul amour. »

    Pas un mot de plus. Mais cela aura suffi, avec le renvoi confiant fait par Léon XIV, à Istanbul, à la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe – qui a formé un sous-comité consacré précisément à la question du « Filioque » – pour qu'un site web très proche du Patriarcat œcuménique de Constantinople titre : « Le Pape Léon XIV reconnaît le 'Credo' sans le 'Filioque' ». Et pour que l'un des plus grands spécialistes mondiaux des Églises d'Orient, Peter Anderson, prédise « que le 'Filioque' ne fera plus partie de la messe catholique d'ici la fin de ce pontificat. »

    À Istanbul, le 29 novembre, après sa visite à la Mosquée Bleue au cours de laquelle il n'a pas prié – et il a tenu à le faire savoir –, Léon XIV a eu une longue rencontre à huis clos dans l'église syro-orthodoxe de Mor Ephrem avec les représentants des Églises d'Orient.

    Il y a souhaité que « de nouvelles rencontres comme celle vécue à Nicée émergent, y compris avec les Églises qui n'ont pu être présentes », faisant allusion au Patriarcat de Moscou, comme il l'avait fait la veille à Nicée en réaffirmant son rejet ferme de « l'utilisation de la religion pour justifier la guerre et la violence ».

    Mais il a surtout lancé une autre proposition œcuménique forte, résumée comme suit par la salle de presse du Vatican :

    « Léon XIV a invité à parcourir ensemble le voyage spirituel qui conduit au Jubilé de la Rédemption, en 2033, dans la perspective d'un retour à Jérusalem, au Cénacle, lieu de la dernière Cène de Jésus avec ses disciples, où il leur a lavé les pieds, et lieu de la Pentecôte ; dans l’espoir que ce voyage conduise à la pleine unité, en citant sa devise épiscopale : ‘In illo Uno unum’».

    Léon XIV est le premier Pape à se rendre à Nicée, là où son prédécesseur de l'époque s'était contenté d'envoyer deux délégués en 325. Mais ce rendez-vous qu'il lance en 2033 au Cénacle de Jérusalem sera plus que jamais sans précédent dans l'histoire.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Toutes les religions seraient-elles des chemins équivalents vers Dieu ?

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    D'InfoVaticana :

    Monseigneur Eleganti avertit à Rome : « Toutes les religions ne sont pas des chemins vers Dieu. »

    Dans un discours prononcé au Forum Rome Life le 4 décembre 2025, et rapporté par LifeSite, l'évêque suisse Marian Eleganti a mis en garde contre le risque de dissocier la prétendue « fraternité universelle » de Jésus-Christ, sous peine de tomber dans un relativisme religieux qui vide l'Évangile de son sens. S'opposant à l'idée que toutes les religions seraient des chemins équivalents vers Dieu, le prélat a souligné que seul le Christ peut sauver et que la mission de l'Église ne saurait se réduire à un simple dialogue interreligieux dénué de vérité.

    D'Assise à « l' esprit d'Assise » : risque de syncrétisme

    Monseigneur Eleganti a retracé l'origine et le développement des rencontres interreligieuses à Assise, promues par saint Jean-Paul II à partir de 1986, rappelant que dès le début, la Curie et les évêques avaient exprimé des réserves quant au danger d' « hérésie du syncrétisme » et de donner l'impression que toutes les religions étaient sur un pied d'égalité.

    Selon le texte publié par LifeSite, l’évêque cite à la fois les clarifications de Jean-Paul II — qui voulait éviter une « prière universelle commune » — ainsi que les préoccupations du cardinal Ratzinger de l’époque et les avertissements ultérieurs de Benoît XVI, qui a tenté de bloquer les interprétations relativistes en rappelant l’enseignement de la déclaration Dominus Iesus.

    Eleganti souligne le pouvoir des images véhiculées par les médias : pour de nombreux croyants peu instruits, voir des représentants de différentes religions prier ensemble pour la paix peut nourrir l’idée qu’ « une religion vaut autant qu’une autre » et que Jésus-Christ n’est qu’un médiateur parmi d’autres. En ce sens, il parle du prétendu « esprit d’Assise » comme d’une étiquette vague qui, dans les faits, a servi à certains pour justifier des tendances relativistes au sein de l’Église.

    Critique directe des propos de François à Singapour et de la Déclaration d'Abu Dhabi

    L’évêque va plus loin et critique ouvertement certaines déclarations du pape François. Il qualifie notamment ses propos tenus au Catholic Junior College de Singapour en septembre 2024 d’« objectivement scandaleux », lorsque le pape a déclaré aux jeunes que « toutes les religions sont un chemin vers Dieu » et les a comparées à « différentes langues » pour atteindre le même Dieu, insistant sur le fait que « Dieu est Dieu pour tous » et que nous sommes tous « enfants de Dieu » par nature.

    Pour Eleganti, cette conception contredit la foi catholique, car elle dilue le caractère unique du Christ comme seul chemin vers le Père et réduit la mission à un simple accompagnement sans conversion. À ses yeux, il s'agit d'une forme de pluralisme religieux qui considère comme offensant de parler d'une religion « vraie » par opposition aux autres et qui rejette l'idée que le christianisme doive proclamer la vérité du Christ à tous les peuples.

    Dans le même esprit, il critique vivement la Déclaration d'Abou Dhabi, notamment le passage affirmant que le pluralisme religieux relève de la « sage volonté divine ». Eleganti soutient qu'il est impossible d'attribuer à Dieu, en tant que volonté positive, des religions qui nient la divinité du Christ ou de la Trinité, et il cite en particulier l'islam comme une religion structurellement opposée au christianisme, tant en théorie que dans sa pratique historique. Il qualifie de « fausse » l'affirmation selon laquelle « les religions n'incitent jamais à la guerre ou à la haine », soulignant que les textes fondateurs et l'histoire de certaines religions contredisent ouvertement cette formulation.

    Mission, dialogue et vérité : contre le renoncement pratique au mandat missionnaire

    Dans sa conférence, Eleganti dénonce le fait que, depuis des décennies, dans de nombreux milieux, le concept de mission a été remplacé par ceux de « dialogue »de « collaboration » ou d ’« apprentissage interculturel », au point que tenter de convaincre autrui de la vérité du Christ n’est plus considéré comme acceptable. Selon le texte publié par LifeSite, l’évêque perçoit cela comme une concession à une culture qui abhorre toute affirmation de vérité et juge offensant d’affirmer que Jésus-Christ est le seul Sauveur.

    Le prélat nous rappelle que le commandement du Christ de « faire des disciples de toutes les nations » demeure d'actualité et ne saurait être abandonné sans renoncer à la véritable foi catholique. Prêcher ne signifie plus – prévient-il – s'engager dans un militantisme sociopolitique pour des causes génériques (climat, migrations, etc.), mais proclamer Jésus-Christ, mort et ressuscité, seul Chemin, Vérité et Vie.

    Selon lui, le « dialogue », entendu comme relativisme où aucune des parties ne peut prétendre à une vérité supérieure à l'autre, se révèle finalement inutile car il renonce d'emblée à la recherche de la vérité. Eleganti nous rappelle que pour l'Église, le dialogue est lié au témoignage et à la proclamation, et que la conversion est l'œuvre de Dieu, non de la rhétorique humaine.

    Enfants de Dieu par la foi et le baptême, et non par la seule nature

    Dans la dernière partie de son discours, l’évêque suisse souligne un point essentiel : tous les êtres humains ne sont pas « enfants de Dieu » au sens chrétien du simple fait d’exister, mais seulement ceux qui acceptent le Christ par la foi et le baptême. Il cite le prologue de l’Évangile selon Jean : à ceux qui croient en lui, « il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non de la chair et du sang, mais de Dieu ».

    Il met donc en garde contre les projets de « fraternité universelle » qui ignorent le Christ et réduisent la foi à une éthique humanitaire ou à une sorte de « royaume de Dieu sécularisé » fondé uniquement sur la tolérance et le consensus politique. Une telle fraternité, affirme-t-il, n’est pas chrétienne, car elle exige de dissimuler ou de minimiser la médiation unique de Jésus-Christ pour être acceptée par tous.

    Eleganti conclut que seule la fraternité authentique entre les hommes trouve son fondement en Christ, la vraie Lumière qui vient au monde, et que tout modèle d'unité humaine qui remplace ou relativise cette vérité finit par n'être qu'une construction idéologique de plus, reposant sur des fragments amputés de l'Évangile.

  • L'Italie approuve le « droit de veto parental » : l'éducation sexuelle dans les établissements secondaires nécessitera l'autorisation des parents.

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    D'InfoVaticana :

    L'Italie approuve le « droit de veto parental » : l'éducation sexuelle dans les établissements secondaires nécessitera l'autorisation des parents.

    Le Parlement italien a approuvé le projet de loi C. 2423, intitulé « Dispositions relatives au consentement éclairé en milieu scolaire » , présenté par le ministre de l'Éducation, Giuseppe Valditara. Ce texte instaure le consentement éclairé obligatoire pour toute activité scolaire portant sur la sexualité, les relations ou l'orientation sexuelle dans les établissements d'enseignement secondaire. Adopté par la Chambre des députés, ce texte représente une évolution majeure dans les relations entre l'école et les familles.

    Contenu essentiel du texte législatif

    Le projet exige que les écoles fournissent aux familles des informations écrites détaillées sur les objectifs, le contenu, les méthodes pédagogiques et la présence d'experts externes avant d'autoriser la participation de leurs enfants. Selon le texte officiel, les mineurs devront obtenir une autorisation parentale explicite, tandis que les élèves majeurs devront donner leur consentement personnel.

    La loi interdit toute activité d'éducation sexuelle supplémentaire dans les écoles maternelles et primaires, où seul le contenu prévu par le programme officiel peut être enseigné. Lorsqu'une famille refuse la participation à un projet, les écoles sont tenues de proposer des activités alternatives déjà inscrites dans leur programme éducatif.

    Le ministre Valditara a fait valoir que ce règlement répond au principe constitutionnel selon lequel l'éducation relève avant tout de la responsabilité des parents, soulignant que la transparence des contenus sensibles renforcera la collaboration entre l'école et la famille.

    Critiques et préoccupations

    L'opposition politique et de nombreuses organisations de la société civile ont critiqué cette mesure, soulignant que le consentement obligatoire pourrait priver d'éducation sexuelle les élèves dont les parents refusent ou entravent cette éducation. Selon ces groupes, la loi constitue un recul dans la prévention des abus, la promotion du respect interpersonnel et la lutte contre les violences sexistes.

    D'autres soulignent que cette règle pourrait créer des inégalités en matière d'éducation et encourager l'autocensure dans les écoles sur des sujets considérés comme sensibles.

    Le silence institutionnel de l'Église italienne

    À ce jour, la Conférence épiscopale italienne (CEI) n'a fait aucune déclaration officielle concernant cette loi. Son président, le cardinal Matteo Zuppi, n'a pas non plus fait de commentaires publics spécifiques sur le décret-loi Valditara.

    Le CEI a publié à d'autres occasions des réflexions générales sur l'éducation affective et sexuelle, soulignant la nécessité d'une éducation complète inspirée par la vision chrétienne de la personne ; cependant, il n'a pas pris de position publique sur cette réglementation spécifique, qui marque un point important dans la politique scolaire italienne.

    Prochaines étapes : le Sénat

    Le projet de loi est désormais soumis au Sénat, où le gouvernement devrait conserver sa majorité et l'adopter sans modifications majeures. S'il est ratifié, l'Italie deviendra l'un des rares pays européens à exiger le consentement explicite des parents pour l'éducation sexuelle au collège et au lycée, limitant ainsi son application aux niveaux inférieurs.

  • L'histoire complexe du général Franco et de l'Église espagnole

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    De Fionn Shiner sur le Pillar :

    L'histoire complexe du général Franco et de l'Église espagnole

    À une certaine époque, le catholicisme espagnol était presque synonyme du régime de Franco.

    Le mois dernier a marqué le 50e anniversaire de la mort de Francisco Franco, le général et dictateur qui a dirigé l'Espagne pendant plus de trois décennies après la guerre civile espagnole.

    Le jour de la mort de Franco, le 20 novembre 1975, le cardinal Enrique y Tarancón, figure emblématique du catholicisme espagnol de l'époque, a offert des paroles de consolation .

    « En cette heure, nous sommes tous profondément attristés par la disparition de cette figure véritablement historique. Par-dessus tout, nous sommes bouleversés par la mort de quelqu'un que nous aimions et admirions sincèrement », a déclaré Tarancón, qui était à l'époque archevêque de Madrid et président de la Conférence épiscopale espagnole.

    Nombre d'évêques espagnols de l'époque ont suivi l'exemple du cardinal et ont exprimé leur louange et leur gratitude envers le régime de Franco.

    Franco a été décrit par les évêques comme « vaillant », « illustre », « chrétien, croyant, homme éclairé » et « un grand homme, un homme d'État distingué, un soldat irréprochable ».

    Une semaine plus tard, lors du couronnement du roi Juan Carlos Ier, le cardinal Tarancón prononça une homélie qui laissait entendre que l'Église prenait ses distances avec le régime franquiste. Il affirma que le concile Vatican II avait actualisé le « message du Christ » afin qu'il « ne promeuve ni n'impose aucun modèle de société particulier ».

    « La foi chrétienne n’est pas une idéologie politique et ne peut être identifiée à aucune d’entre elles, car aucun système social ou politique ne peut épuiser la richesse de l’Évangile, et il n’appartient pas à la mission de l’Église de proposer des options ou des solutions gouvernementales spécifiques dans les domaines temporels des sciences sociales, économiques ou politiques », a ajouté le cardinal.

    Comment expliquer ce changement de discours, alors que le catholicisme espagnol était presque synonyme du régime de Franco ?

    La réponse nécessite une compréhension à la fois de la politique espagnole et de l'histoire catholique tout au long du XXe siècle.

    Une menace existentielle

    Comment l'Église catholique espagnole s'est-elle retrouvée unie à un dictateur comme Franco ?

    Au départ, il s’agissait d’une simple question de survie, a déclaré Rafael Escobedo Romero, professeur associé d’histoire contemporaine à l’Université de Navarre et directeur adjoint de la revue « Annuaire d’histoire de l’Église ».

    Romero a déclaré au journal The Pillar que lors de la guerre civile espagnole qui a éclaté en 1936, l'un des camps – les Républicains – tentait d'éradiquer le catholicisme.

    En réalité, a-t-il déclaré, les Républicains avaient à cette époque « l’objectif non dissimulé d’une extermination systématique et définitive du catholicisme espagnol ».

    Cette expérience a poussé de nombreux membres de l'Église à rejoindre le camp adverse : les nationalistes, dirigés par Franco.

    Avant même le déclenchement de la guerre civile, une persécution menée par les républicains à partir de 1931 fit plus d'une douzaine d'évêques, 4 000 prêtres et séminaristes, 2 000 religieux et 250 religieuses. Environ 4 000 laïcs furent également tués pour avoir aidé ou caché des religieuses ou des prêtres.

    Lorsque le général Franco triompha dans la guerre civile espagnole et établit un nouveau régime en 1939, « l’Église savait qu’elle devait sa survie matérielle à la victoire militaire de Franco », tandis que l’État franquiste savait qu’il « devait sa légitimité et une grande partie de son soutien social à son caractère militant catholique », a déclaré Romero.

    Une deuxième raison de la proximité de l'Église avec Franco, a déclaré Romero, était que « l'Église d'avant Vatican II aspirait à un modèle d'État chrétien – un État catholique – que le franquisme a largement fourni ».

    « Les catholiques d’Espagne, et même au-delà, ont vu dans le régime de Franco la formule politique la plus proche de l’idéal de restauration catholique tant espéré depuis l’époque de Pie IX et de Grégoire XVI », a-t-il déclaré.

    Pour certains partisans de Franco, « la guerre était conçue comme une croisade » qui devait « aboutir à la restauration triomphale de l'Espagne catholique », a déclaré le professeur. Ces catholiques estimaient que les seules issues possibles étaient « soit l'extermination de la religion, soit un régime quasi théocratique ».

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  • Non au diaconat féminin, même si le jugement n'est pas définitif

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    De Vatican News :

    4 décembre 2025

    Commission Petrocchi: non au diaconat féminin, même si le jugement n'est pas définitif

    Le rapport, rédigé par le cardinal Petrocchi, présentant les résultats des travaux de la commission a été publié: il exclut la possibilité d'aller dans le sens de l'admission des femmes au diaconat en tant que degré du sacrement de l'ordre, même s'il n'est pas possible pour l'instant «de formuler un jugement définitif, comme dans le cas de l'ordination sacerdotale». Le rapport formule le souhait de créer de nouveaux ministères pour favoriser la synergie entre les hommes et les femmes.

    «Le statu quo concernant la recherche historique et l'enquête théologique, considérées dans leurs implications mutuelles, exclut la possibilité d'avancer dans le sens de l'admission des femmes au diaconat compris comme un degré du sacrement de l'ordre. À la lumière de l'Écriture Sainte, de la Tradition et du Magistère ecclésiastique, cette évaluation est forte, même si elle ne permet pas à ce jour de formuler un jugement définitif, comme dans le cas de l'ordination sacerdotale». Tel est le résultat auquel est parvenue la deuxième commission présidée par le cardinal Giuseppe Petrocchi, également archevêque émerite de L'Aquila, qui, sur mandat du Pape François, avait examiné la possibilité de procéder à l'ordination des femmes diacres et qui a achevé ses travaux en février dernier. Le rapport de sept pages, envoyé par le cardinal à Léon XIV le 18 septembre dernier, est désormais rendu public ce jeudi, à la demande du Pape.

    Lors de sa première session de travail en 2021, la commission avait établi que «l'Église a reconnu à différentes époques, en différents lieux et sous différentes formes le titre de diacre/diaconesse attribué aux femmes, mais en lui attribuant une signification qui n'est pas univoque». En 2021, à l'unanimité, la réflexion théologique a conduit à affirmer que «l'étude systématique du diaconat, dans le cadre de la théologie du sacrement de l'ordre, soulève des questions sur la compatibilité de l'ordination diaconale des femmes avec la doctrine catholique du ministère ordonné». Toujours à l'unanimité, la commission s'est prononcée en faveur de la création de nouveaux ministères qui «pourraient contribuer à la synergie entre les hommes et les femmes».

    Lors de la deuxième session de travail en juillet 2022, la commission a approuvé (par 7 voix pour et 1 contre) la formulation reproduite intégralement au début de cet article, qui exclut la possibilité de procéder à l'admission des femmes au diaconat en tant que degré du sacrement de l'ordre, mais sans formuler aujourd'hui «un jugement définitif».

    Enfin, lors de la dernière session de travail, en février 2025, après que le Synode a autorisé toute personne le souhaitant à envoyer sa contribution, la commission a examiné l'ensemble des documents reçus. «Même si les contributions ont été nombreuses, seules vingt-deux personnes ou groupes ont envoyé leurs travaux, représentant un petit nombre de pays. Par conséquent, bien que le matériel soit abondant et, dans certains cas, habilement argumenté, il ne peut être considéré comme la voix du Synode et encore moins celle du peuple de Dieu dans son ensemble». 

    Le rapport résume les arguments pour et contre. Les partisans soutiennent que la tradition catholique et orthodoxe de réserver l'ordination diaconale (mais aussi presbytérale et épiscopale) aux seuls hommes semble contredire «l'égalité entre l'homme et la femme à l'image de Dieu», «l'égale dignité des deux sexes, fondée sur ce principe biblique»; la déclaration de foi selon laquelle «il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme, car vous êtes tous "un" en Jésus-Christ» (Galates 3,28); le développement social «qui prévoit un accès égal, pour les deux sexes, à toutes les fonctions institutionnelles et opérationnelles».

    De l’autre côté, la thèse suivante a été avancée: «La masculinité du Christ, et donc la masculinité de ceux qui reçoivent l'ordre, n'est pas accidentelle, mais fait partie intégrante de l'identité sacramentelle, préservant l'ordre divin du salut en Christ. Modifier cette réalité ne serait pas un simple ajustement du ministère, mais une rupture avec la signification nuptiale du salut». Ce paragraphe a été soumis au vote et a obtenu 5 voix favorables à la confirmation de cette formulation, tandis que les 5 autres membres ont voté pour le supprimer. 

    Avec 9 voix pour et une voix contre, le souhait a été formulé d'élargir «l'accès des femmes aux ministères institués pour le service de la communauté (...) assurant ainsi également une reconnaissance ecclésiale adéquate à la diaconie des baptisés, en particulier des femmes. Cette reconnaissance sera un signe prophétique, en particulier là où les femmes souffrent encore de situations de discrimination sexuelle».

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  • Un christianisme dilué ?

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    Quand on voit le curé de la cathédrale des Saints Michel et Gudule cautionner la crèche sans visage de la Grand Place de Bruxelles ou des autorités diocésaines intervenir pour soutenir des initiatives douteuses telles que l'organisation d'une "raclette monstre" dans une église paroissiale, on peut se demander si l'option prise n'est pas celle d'un christianisme dilué, soucieux d'éviter toute contradiction avec l'esprit du temps et ceux qui le représentent. 

    Il n'est pas inintéressant de voir ce qu'en dit un site d'intelligence artificielle : 

    Votre observation sur l'Église actuelle proposant un christianisme "dilué" dans de nombreux cas est partagée par de nombreux observateurs et critiques, tant dans les milieux chrétiens que séculiers. Permettez-moi d'explorer cela de manière équilibrée, en m'appuyant sur des opinions et analyses récentes, tout en représentant différents points de vue.

    Des critiques récurrentes d'un christianisme "dilué"

    De nombreux auteurs et commentateurs estiment que le christianisme moderne, y compris dans l'Église catholique, s'est éloigné des enseignements originaux du Christ, en privilégiant une version plus "confortable" ou adaptée à la société contemporaine. Par exemple :

    • On reproche souvent à l'Église de diluer le message évangélique pour éviter les confrontations avec la modernité, en minimisant des aspects comme le péché, la repentance ou les exigences morales strictes, au profit d'un accent sur l'amour et l'inclusion sans conditions. Un article catholique argue que les enseignements du Christ ont été "édulcorés" au cours des dernières décennies, transformant le christianisme en une simple injonction à "aimer les uns les autres" sans profondeur théologique.
    • Sur les réseaux sociaux comme X (anciennement Twitter), des utilisateurs expriment une frustration similaire : un prêtre ou un fidèle catholique regrette que l'Église ne forme plus adéquatement les jeunes à une foi profonde, les laissant sans outils spirituels comme la prière en langues ou une compréhension des "clés" bibliques pour la vie quotidienne, ce qui mène à une "transformation" incomplète. D'autres parlent d'un "christianisme light" qui évite les exigences difficiles de la Bible, rendant la foi superficielle.
    • En France et en Europe, des intellectuels comme Philippe d'Iribarne ou Pierre Manent soulignent que le désir de dialogue interreligieux peut amener l'Église à "émonder" son message, comme si les vérités centrales du christianisme étaient trop "dures" pour le monde moderne. Ils avertissent que cela risque de réduire le christianisme à une "religion comme une autre", perdant son unicité.

    Ces critiques pointent souvent vers des facteurs comme la sécularisation, la pression sociétale (par exemple, sur des questions comme le mariage, la sexualité ou l'avortement), et une peur de l'offense qui mène à un "gospel dilué". Un blog évangélique met en garde contre un "christianisme tiède" qui priorise l'apparence sur la substance, influencé par des tendances culturelles. Historiquement, cela s'inscrit dans un déclin plus large : en Europe, le pourcentage de chrétiens a chuté de 95 % à 76 % en 120 ans, avec une foi qui semble "rétrécir" ou se déplacer vers d'autres régions comme l'Afrique ou l'Amérique latine.

    Des contre-arguments : une adaptation nécessaire ou une richesse sous-estimée ?

    D'un autre côté, certains défendent que ce que l'on perçoit comme une "dilution" est en réalité une adaptation vitale pour survivre dans un monde post-moderne. L'Église n'est pas figée ; elle évolue pour rester pertinente :

    • Des théologiens rappellent que le christianisme a toujours intégré des éléments culturels, et que l'insistance sur l'amour et la miséricorde (comme chez le pape François) n'est pas une dilution, mais un retour aux racines évangéliques. Un historien de l'Église argue que le déclin occidental force le christianisme à redécouvrir ses "valeurs centrales" pour éviter la mort.
    • Dans des discussions en ligne, des orthodoxes ou des traditionalistes affirment que leur branche n'est pas "dilué", maintenant des dogmes inchangés depuis 2 000 ans, contrastant avec des formes protestantes plus modernes. En France, des réflexions proposent de "réinventer l'Église" en rendant son message plus "logique et plausible" pour les contemporains, sans perdre l'essence.
    • D'autres voix, comme dans des revues théologiques, insistent que l'Église n'est pas "essentielle" au sens d'une institution rigide ; le christianisme peut se pratiquer personnellement, et les critiques de dilution ignorent les virtualités libératrices du message évangélique. La mondialisation pourrait même offrir une "nouvelle chance" au christianisme en promouvant l'égalité devant Dieu.

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