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Débats - Page 2

  • Dans les coulisses du consistoire : comment les cardinaux ont perçu la première réunion de Léon XIV

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    De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

    11 janvier 2026

    Dans les coulisses du consistoire : comment les cardinaux ont perçu la première réunion de Léon XIV

    À la suite du consistoire extraordinaire inaugural du pape Léon XIV, qui s'est tenu les 7 et 8 janvier 2026, cet article exclusif présente une série de réflexions sincères et sans filtre des plus hauts prélats de l'Église. Au cours de la semaine dernière, The Catholic Herald a mené des entretiens approfondis avec plusieurs membres du Collège des cardinaux, certains s'exprimant officiellement et d'autres préférant rester anonymes, afin de révéler leurs pensées sincères, leurs idées et leurs points de vue sur les coulisses des débats. Ces témoignages offrent un aperçu rare de ce qui s'est passé et de ce qui pourrait encore se dérouler dans cette ère en pleine évolution du pontificat du pape Léon XIV.

    Ce qui a frappé au premier coup d'œil, c'est le nombre d'absences notables à cette réunion extraordinaire. Sur les quelque 245 membres du Collège des cardinaux, seuls 170 environ, soit environ 70 %, ont participé, malgré l'appel clair du pape à une large consultation sur la gouvernance de l'Église universelle. Parmi les absents figuraient plusieurs personnalités éminentes de tout le spectre ecclésial.

    Parmi les absents figuraient la voix libérale influente du cardinal Christoph Schönborn, archevêque émérite de Vienne, et le cardinal conservateur Willem Eijk, archevêque d'Utrecht. La distance et l'âge ont également joué un rôle évident dans d'autres absences, notamment celles de cardinaux provenant de régions éloignées, comme le cardinal Ignatius Suharyo Hardjoatmodjo d'Indonésie, ainsi que de personnalités résidant à Rome, comme le cardinal Francis Arinze.

    Du côté de la presse, alors que les cardinaux commençaient à arriver pour l'ouverture du premier consistoire extraordinaire du pape Léon XIV le 7 janvier, ils se sont lentement infiltrés dans la salle Paul VI. Le cardinal Stephen Chow Sau-yan de Hong Kong a été le premier à s'inscrire et, s'adressant au Catholic Herald, le prélat jésuite chinois a exprimé sa joie d'être présent. « Je me sens bien pour le consistoire », a-t-il déclaré, ajoutant qu'il était « bon de revoir Sa Sainteté ».

    Plus tard, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, est arrivé de l'Augustinianum et s'est entretenu avec le Catholic Herald au sujet de l'ordre du jour. Il a fait remarquer qu'il pensait que « les sujets actuels sont assez modestes pour un jour et demi », en référence aux quatre options de discussion initiales.

    Le thème proposé de la liturgie a suscité un intérêt considérable parmi les cardinaux, et un consensus notable a commencé à émerger au sein du Collège, y compris parmi les membres non conservateurs, qui ont exprimé leur inquiétude croissante face aux abus liturgiques sous diverses formes.

    Le cardinal Pizzaballa a déclaré au Catholic Herald : « Ce sont des problèmes typiques des pays occidentaux. En général, nous [l'Église d'Orient] sommes tellement habitués à différents rites que nous ne voyons aucun problème [avec la messe tridentine]. » Si son point de vue sur la messe traditionnelle en latin a pu déstabiliser certains lecteurs conservateurs, lorsqu'il a été question de synodalité, il a ajouté : « La réforme n'est pas un langage de l'Église. »

    Son Éminence a poursuivi en expliquant : « Dans l'Église, il n'y a pas de réformes. Dans l'Église, nous devons réfléchir à notre mission, à notre vocation, en fonction de l'époque, mais en restant fidèles aux racines et à la mission de l'Église. »

    Alors que le cardinal Pizzaballa se rendait dans la salle Paul VI, le cardinal Frank Leo, archevêque métropolitain de Toronto, s'est arrêté pour s'entretenir avec le Catholic Herald. Au sujet des thèmes attendus du consistoire, il a déclaré : « Eh bien, vous savez, ce sont les thèmes généraux dont nous avons pris connaissance, auxquels nous nous sommes en quelque sorte préparés, mais j'espère que la transmission de la foi, de la foi catholique, l'évangélisation et le renouveau de la foi dans la vie de nos communautés seront au premier plan. »

    Concernant la messe traditionnelle en latin et la question de savoir si elle pourrait figurer à l'ordre du jour, le cardinal Leo a répondu : « Vous savez, nous ne connaissons pas tous les détails de ce dont nous allons discuter, donc peut-être que cela figurera à l'ordre du jour en tant que sous-catégorie. »

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  • Une "méga raclette" dans une église : le vicaire général de Liège en appelle à une "réévaluation" avant de reproduire l'évènement

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    D'Eric de Beukelaer, vicaire général du diocèse de Liège, sur le site de la Libre en "contribution externe" :

    Un repas-raclette dans une église a été critiqué : arrêtons-nous sur cette histoire

    Loin de la crèche de la Grand-Place, Verviers s'est offert un chaud débat suite au repas-raclette qu'une unité scoute organisa dans une vaste église.

    5-1-2026

    Une chronique d'Eric de Beukelaer, prêtre (*)

    Si Bruxelles souffrit la polémique de la crèche de la Grand-Place, Verviers s'offrit un chaud débat suite au repas-raclette qu'une unité scoute organisa dans une vaste église, avec l'accord des autorités pastorales et de la fabrique d'église. Alerté par des voix critiques, l'évêché a renvoyé la paroisse à ses responsabilités, en l'invitant à évaluer l'initiative après l'événement. Précisons que les scouts respectèrent le lieu, encadrant le repas par des chants de Noël. Comme le demande le diocèse, le Saint-Sacrement fut déplacé et le chœur de l'édifice ne fut pas occupé. Sur les réseaux sociaux, peu enclins à la nuance, les uns criaient au sacrilège et les autres ricanaient : où est le problème ? Plutôt que de s'emmurer dans une posture partisane, arrêtons-nous sur cette histoire pour réfléchir à ce qui est acceptable dans une église et pourquoi.

    Que dit le droit canonique ?

    Que dit le droit canonique ? "Ne sera admis dans un lieu sacré que ce qui sert ou favorise le culte, la piété ou la religion, et y sera défendu tout ce qui ne convient pas à la sainteté du lieu. Cependant l'Ordinaire peut permettre occasionnellement d'autres usages qui ne soient pourtant pas contraires à la sainteté du lieu" (Canon 1210). Le Directoire diocésain liégeois pour le temporel des cultes, précise quant à lui : "Ces activités doivent être conciliables avec la spécificité d'un espace chrétien de prière. Ce qui veut dire qu'il ne peut s'agir d'intérêts privés, d'activités commerciales ou de manifestations de partis politiques, mais bien d'objectifs sociaux qui ne sont pas en contradiction avec la foi chrétienne ou l'Église. L'usage multifonctionnel doit rester limité dans le temps" (Objectif 2020, § 22 1C).

    En parallèle avec le droit interne à l'Église, il y a le statut juridique des bâtiments du culte en vigueur en Belgique. Aux Pays-Bas, les églises sont des biens privés. Les autorités religieuses décident souverainement de leur usage, mais quand elles ne peuvent plus les entretenir financièrement, les diocèses les vendent et leur réaffectation est rarement heureuse. En Belgique, suite au concordat de 1801, 95 % des lieux de culte appartiennent au domaine public, car les églises sont des propriétés communales ou fabriciennes (la fabrique d'église est aussi un établissement public). Ce régime implique que toute la collectivité est responsable de leur entretien, qui est subsidié par les budgets communaux, et même régionaux pour les édifices classés. Ceci invite, dès lors, à ouvrir ces lieux à tous et à les animer, quitte à parfois y accueillir des activités "hors culte".

    Acceptable ou pas ?

    Quelles activités profanes sont acceptables dans une église ? Les animations culturelles ne font pas polémiques : concerts de Laurent Voulzy et Natascha St-Pier, spectacles son et lumière de Luc Petit dans plusieurs vastes églises du pays, ou de Luminiscence à la cathédrale de Bruxelles et expositions de peinture, de sculpture, ou d'artisanat. Organiser un repas dans une église n'est pas non plus tabou. Les orthodoxes, si sensibles au respect du sacré, connaissent d'ailleurs des églises-réfectoires. À Rome, Sainte-Marie au Trastevere est transformée depuis 1982 à Noël en réfectoire pour nourrir les pauvres, sans que les papes successifs ne s'en offusquent. Cette initiative de la communauté Sant Egidio est depuis reprise à Bruxelles, Anvers et Liège, et personne n'y trouve à redire. Si organiser un repas dans une église pour les démunis est accepté, le faire pour alimenter les finances de scouts crée le débat. Nourrir les pauvres n'est pas la même chose que de transformer une église en taverne d'un soir, pour renflouer la caisse des mouvements de jeunesses. Le sens qui anime chaque activité profane dans un lieu sacré dessine une frontière subtile mais réelle, entre un événement accepté de tous et celui qui génère un diffus malaise. Si la raclette verviétoise devait se reproduire, cet aspect serait à réévaluer.

    → Blog : http://www.ericdebeukelaer.be/

    Comme il fallait s'y attendre, l'évêque de Liège n'a pas répondu à notre lettre ouverte dans laquelle nous demandions que l'on revienne sur cet évènement choquant pour l'évaluer avec justesse avant d'autoriser qu'il se reproduise. On peut considérer que les réticences exprimées par le Vicaire général du diocèse vont timidement dans la bonne direction sans toutefois nous satisfaire vraiment.

  • Au vu d'une conception chrétienne des relations internationales, que faut-il penser de la politique de Trump à l'égard du Venezuela et de l'exfiltration de Maduro ?

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    A la question : "Au vu d'une conception chrétienne des relations internationales, que faut-il penser de la politique de Trump à l'égard du Venezuela et de l'exfiltration de Maduro ?", un site d'intelligence artificielle nous répond :

    La question porte sur une évaluation de la politique de Donald Trump envers le Venezuela, en particulier l'opération d'exfiltration de Nicolás Maduro en janvier 2026, à la lumière d'une conception chrétienne des relations internationales. Je vais aborder cela de manière équilibrée et non partisane, en m'appuyant sur des principes chrétiens classiques tels que la théorie de la guerre juste (développée par saint Augustin et saint Thomas d'Aquin), le respect de la souveraineté des nations, la poursuite de la paix et de la justice, ainsi que l'amour du prochain et la miséricorde, inspirés des Écritures (par exemple, Matthieu 5:9 : « Heureux les artisans de paix » ; Michée 6:8 : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l'Éternel demande de toi, c'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu »).

    Principes chrétiens en relations internationales

    Dans une perspective chrétienne, les relations entre nations ne sont pas régies par la seule puissance ou l'intérêt national, mais par des normes éthiques dérivées de la Bible et de la tradition chrétienne. Voici les clés pertinentes :

    • Souveraineté et non-ingérence : Les nations sont vues comme des entités ordonnées par Dieu (Actes 17:26), avec un droit à l'autodétermination. L'intervention étrangère doit être exceptionnelle, justifiée par une grave menace ou une crise humanitaire, et préférablement autorisée par une instance légitime comme l'ONU (analogue à une « autorité supérieure » dans la théorie augustinienne).
    • Théorie de la guerre juste : Pour qu'une action militaire soit légitime, elle doit répondre à des critères stricts :
      • Cause juste (défense contre une agression ou protection des innocents).
      • Autorité légitime (décision prise par une instance reconnue, non unilatérale).
      • Intention droite (viser la paix et la justice, non le gain personnel ou la vengeance).
      • Dernier recours (après épuisement des moyens pacifiques comme la diplomatie ou les sanctions).
      • Proportionnalité (les bénéfices doivent l'emporter sur les dommages).
      • Chance raisonnable de succès.
    • Justice, miséricorde et humanité : Le christianisme insiste sur la protection des opprimés (Psaume 82:3-4), mais aussi sur la non-violence quand possible (Matthieu 26:52). Les actions doivent promouvoir la dignité humaine, éviter les souffrances inutiles et viser une paix durable, non une domination.

    Les chrétiens sont divisés sur l'application de ces principes : certains, influencés par une vision « providentialiste » ou nationaliste, soutiennent des interventions pour « libérer » des peuples ; d'autres, plus pacifistes ou universalistes, les rejettent comme contraires à l'Évangile de paix.

    La politique de Trump envers le Venezuela

    Sous la première présidence de Trump (2017-2021), la politique vis-à-vis du Venezuela s'est centrée sur des sanctions économiques sévères contre le régime de Maduro, accusé de violations des droits humains, de fraude électorale et de liens avec le narcotrafic. Trump a reconnu Juan Guaidó comme président intérimaire en 2019 et a exploré des options pour un départ négocié de Maduro. Dans sa seconde présidence (à partir de 2025), cela a culminé en une escalade militaire : déploiement naval dans les Caraïbes, frappes contre des navires soupçonnés de trafic de drogue, et enfin l'opération « Absolute Resolve » le 3 janvier 2026. Cette opération, menée par des forces spéciales américaines, a consisté en une incursion nocturne à Caracas pour capturer Maduro et son épouse, Cilia Flores, les extrayant vers les États-Unis pour les juger sur des chefs d'accusation liés au narcotrafic. Trump a annoncé que les États-Unis « géreraient » le Venezuela temporairement jusqu'à une transition, en soutenant Delcy Rodríguez comme présidente intérimaire (bien qu'elle ait condamné l'action), et a évoqué l'exploitation des réserves pétrolières vénézuéliennes par des compagnies américaines.

    Cette « exfiltration » – un euphémisme pour une opération d'enlèvement militaire – a été justifiée par Trump comme une action de « maintien de l'ordre » contre un « narco-terroriste », non comme une guerre, mais elle a entraîné des morts (au moins 40 Vénézuéliens selon des rapports) et a été condamnée internationalement comme une violation de la souveraineté. (En fait, cette opération américaine de capture du couple Maduro aurait fait au moins 55 morts, 23 militaires vénézuéliens et 32 cubains (n.d.B.))

    Évaluation à la lumière des principes chrétiens

    Du point de vue chrétien, cette politique soulève des tensions profondes. Voici une analyse équilibrée :

    Aspects potentiellement positifs ou justifiables

    • Protection des opprimés et justice : Le régime de Maduro a causé une crise humanitaire majeure – hyperinflation, famine, exode de millions de Vénézuéliens, répression violente des opposants. Des chrétiens vénézuéliens et évangéliques (comme certains pasteurs exilés ou Franklin Graham aux États-Unis) y voient une « intervention divine » ou une réponse à des prières pour la libération d'un « dictateur maléfique ». Cela résonne avec des passages bibliques sur la chute des tyrans (Psaume 37:35-36) et la défense des faibles. Si l'intention était purement humanitaire, cela pourrait s'aligner avec une « intervention responsable » pour restaurer la justice, comme certains théologiens chrétiens défendent dans des cas de génocide ou d'oppression extrême.
    • Fin d'une menace : Les liens présumés de Maduro avec le narcotrafic affectent les États-Unis (via l'immigration et les drogues), ce qui pourrait être vu comme une cause juste de défense nationale, analogue à la protection du « prochain » (Lévitique 19:18).

    Aspects critiques ou problématiques

    • Violation de la souveraineté et absence d'autorité légitime : L'opération unilatérale, sans approbation du Congrès américain, de l'ONU ou d'une coalition internationale, contrevient à la Charte des Nations Unies (que des théologiens chrétiens comme Mary Ellen O'Connell de Notre-Dame considèrent inspirée de principes chrétiens de paix). Cela ressemble à une agression impérialiste, contraire à la théorie de la guerre juste, qui exige une autorité reconnue. Des leaders chrétiens modérés (comme l'Église épiscopale américaine) appellent à une enquête, craignant l'instabilité et la violence accrue, et la qualifient de contraire aux résolutions de leur convention générale sur l'usage de la force.
    • Intention discutable et proportionnalité : Trump a explicitement mentionné le contrôle des réserves pétrolières (« Nous allons le gérer... et garder tout ce pétrole »), ce qui suggère des motifs économiques plutôt que purs. Cela évoque une convoitise (Exode 20:17) et une domination, non la miséricorde. L'opération, bien que rapide, a causé des morts civiles et militaires, et risque un chaos post-Maduro (luttes de factions, instabilité régionale). Était-ce un dernier recours ? Les sanctions et la diplomatie étaient en place depuis des années, mais l'escalade militaire semble précipitée, non proportionnée.
    • Manque de paix et de miséricorde : Des chrétiens progressistes et catholiques (comme les évêques vénézuéliens) insistent sur la confiance en Dieu plutôt que la violence, appelant à la prière et à la calme. Ils soulignent que célébrer la « chute » d'un homme, même tyran, ignore la dignité humaine (Genèse 1:27) et risque de perpétuer un cycle de vengeance. Des voix évangéliques vénézuéliennes, tout en espérant le changement, refusent la haine et appellent à la réconciliation.

    En somme, une conception chrétienne authentique tendrait à critiquer cette politique comme non conforme à la guerre juste : elle manque d'autorité légitime, d'intention pure et de dernier recours, et risque de prioriser le pouvoir sur la paix. Bien que le soulagement pour les Vénézuéliens opprimés soit compréhensible – et que certains chrétiens y voient une justice divine –, l'approche unilatérale et motivée par l'intérêt national apparaît comme une forme d'arrogance humaine, contraire à l'humilité prônée par le Christ (Philippiens 2:3-4). Au lieu d'une intervention militaire, une réponse chrétienne privilégierait la diplomatie multilatérale, l'aide humanitaire et le soutien à une transition pacifique, en priant pour la guérison du Venezuela. Les divisions parmi les chrétiens reflètent des interprétations variées, mais l'appel biblique à la paix reste central.

    ... et vous, qu'en pensez-vous ?

  • Consistoire des cardinaux : l'Église va-t-elle guérir de ses blessures liturgiques ?

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    De Dom Alcuin Reid sur le Catholic Herald :

    6 janvier 2026

    Le consistoire des cardinaux : L'Église guérira-t-elle ses blessures liturgiques ?

    Alors que le Collège des cardinaux se réunit demain à Rome pour son premier consistoire consultatif avec le Saint-Père, on s'attend de plus en plus à ce que cette rencontre soit décisive sur certaines questions sensibles au sein de l'Église. Parmi celles-ci figure la place des rites liturgiques anciens (ou « traditionnels »), l' usus antiquior , ou « usage plus ancien », comme on l'appelle peut-être de manière moins polémique.

    Dans sa lettre aux cardinaux avant Noël, le pape Léon XIV a indiqué que ce consistoire comprendrait une « réflexion théologique, historique et pastorale approfondie afin de préserver la saine tradition tout en restant ouvert au progrès légitime ». C'est encourageant à deux égards.

    Premièrement, cela indique que le Saint-Père reconnaît l'existence d'un problème qu'il convient d'aborder. La tentative plus que regrettable de « régler » les questions liturgiques, visée par ce pur produit de manœuvres politiques prélatales qu'est le Motu Proprio Traditiones Custodes (16 juillet 2021), et son impact pastoral désastreux, appellent réparation. Le pape Benoît XVI avait raison d'enseigner que « ce que les générations précédentes ont tenu pour sacré demeure sacré et grand pour nous aussi, et ne saurait être soudainement totalement interdit, ni même considéré comme nuisible. Il nous incombe à tous de préserver les richesses qui se sont développées dans la foi et la prière de l'Église, et de leur accorder la place qui leur revient » (Lettre du 7 juillet 2007). Comme nous le savons maintenant, consultés plus de dix ans plus tard, la majorité des évêques du monde, qu'ils apprécient ou non personnellement les rites anciens, n'ont eu aucun problème avec ce principe ni avec sa mise en œuvre pratique. Au contraire, ils en ont loué les fruits.

    Deuxièmement, l’emploi par le Saint-Père de l’expression « afin de conserver la saine tradition tout en restant ouverts au progrès légitime », tirée de l’article 23 de la Constitution sur la liturgie sacrée du Concile Vatican II (4 décembre 1963), révèle une certaine nuance. En effet, pour ceux qui ont étudié cette Constitution, cet article est essentiel à la compréhension de son intention d’initier une réforme modérée, et non radicale ou de fond en comble, de la liturgie, dans la continuité de la tradition reçue. L’article 23 insiste : « Il ne doit y avoir d’innovations que si le bien de l’Église l’exige véritablement et certainement ; et il faut veiller à ce que toute forme nouvelle adoptée découle organiquement des formes existantes. » On ignore si le Saint-Père entend rouvrir la boîte de Pandore de la question de la réforme non organique imposée après le Concile, afin de revenir à la vision conciliaire de continuité et non de rupture. Mais son langage peut assurément laisser entendre que les questions soulevées pourront être débattues.

    L'opportunité d'une réforme liturgique a cependant été quelque peu reléguée au second plan ces dix dernières années. Nombreux sont ceux qui se sont simplement accommodés de la célébration des rites plus récents, l' usus recentior . La plupart le font avec une foi profonde, une grande dévotion et une ferveur intense ; certains par résignation, voire par simple habitude. Un petit nombre utilise les rites modernes comme un simple outil dans leur quête d'un « progrès » illégitime. Et, depuis que le Summorum Pontificum de Benoît XVI en 2007 les a libérés des chaînes qui les retenaient, un nombre croissant d'autres ont découvert la richesse participative de la célébration renouvelée des rites liturgiques anciens, dont la popularité, sans polémique, n'a cessé de croître.

    C’est ce dernier phénomène qui semble avoir suffisamment inquiété un groupe d’idéologues ecclésiastiques vieillissants pour qu’ils fassent pression sur l’ancien pape afin qu’il promulgue Traditiones Custodes et nomme des hommes de main ambitieux chargés d’appliquer brutalement ses politiques véritablement réactionnaires. Comme mentionné précédemment, cela a été un désastre pastoral. Cela a engendré la division et la discorde là où la paix régnait grâce à la vision du pape Benoît XVI d’une communion et d’une unité profondes au sein de l’Église, tout en se réjouissant de la riche et féconde diversité rituelle dont témoigne la tradition liturgique de l’Église. « Ouvrons généreusement nos cœurs et faisons place à tout ce que la foi elle-même permet », exhortait-il les évêques en 2007. Cela pourrait constituer un bon point de départ pour la discussion des cardinaux cette semaine.

    Ces derniers mois, les adeptes de l'usus antiquior ont fait preuve d'une grande impatience, parfois d'une naïveté absurde, voire d'un manque de respect total, en attendant du Saint-Père qu'il résolve cette question du jour au lendemain, pour ainsi dire, dès son entrée en fonction. Nous devons faire preuve de patience et de charité : il a fallu plus de deux ans au pape Benoît XVI après son élection pour promulguer Summorum Pontificum, face à l'opposition directe et ouvertement hostile de nombreux évêques, et le pape Benoît XVI avait parlé et écrit sur ces questions pendant de nombreuses années auparavant.

    Le pape Léon XIV a besoin de temps. Et il a besoin de notre patience et de notre charité, et surtout du don de nos prières et de nos sacrifices. Il consulte : Deo gratias. La même consultation ouverte n'a pas eu lieu avant Traditiones Custodes.

    Dans un certain sens, la consultation est relativement simple. Ensuite, le Saint-Père a pour tâche de juger les conseils qui lui ont été donnés et d'utiliser son pouvoir de gouvernance pour établir des règlements qui serviront le véritable bien des âmes. C'est là que chacun de nous a beaucoup à contribuer par les prières et les pénitences que nous pouvons offrir pour sa sagesse et sa force. Après tout, il s'agit ni plus ni moins que de notre devoir filial en tant que catholiques.

    Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas discuter des problèmes ni même proposer des solutions positives, comme celle présentée récemment dans une lettre adressée aux cardinaux visant à créer un ordinariat ou une prélature pour l'usus antiquior. Certes, cela semble avoir bien fonctionné dans l'administration apostolique de Campos au Brésil, mais il s'agit là d'une structure définie géographiquement. Créer une sorte de « réserve naturelle » mondiale pour l'usus antiquior risquerait de le ghettoïser. Cela pourrait entraver le rétablissement et le développement de cette coexistence pacifique et de cette communion ecclésiale, ainsi que l'enrichissement de la vie liturgique des paroisses ordinaires et du clergé séculier, qui ont été les fruits concrets de Summorum Pontificum. De même, l'idée de placer sous une seule structure les instituts et communautés autonomes existants qui célèbrent les rites anciens, de manière très diverse, a autant d'attrait que d'essayer d'enfoncer des chevilles de formes différentes dans un trou carré. Cela ne fonctionnerait tout simplement pas.

    Cela ne veut pas dire que ces communautés ou groupes ne devraient pas être soumis à une surveillance paternelle et autoritaire. Actuellement, les dicastères compétents assurent cette supervision en ce qui concerne leur gouvernance, mais il subsiste un manque flagrant de soutien ou d'orientation épiscopale faisant autorité pour eux sur le plan liturgique. Le dicastère concerné n'est tout simplement pas intéressé, et l'on pourrait s'inquiéter de sa compétence dans les questions à traiter s'il l'était.

    C'est certainement un besoin auquel le Saint-Père pourrait répondre. La création d'un bureau, dirigé par un évêque et composé de personnes qualifiées, chargé de régler les questions liturgiques qui se posent avec l'usus antiquior, d'aider les évêques diocésains à veiller à ce que tout soit conforme à la liturgie dans ces communautés, et de fournir aux évêques, voire à certains cardinaux à la retraite, la possibilité de célébrer la confirmation et les autres rites pontificaux selon l'usage ancien lorsque cela est nécessaire, serait un véritable cadeau paternel.

    Il en serait de même pour le retour à la libéralité de la vision liturgique véritablement pastorale du pape Benoît XVI. Prions, jeûnons et offrons les sacrifices que nous pouvons pour le Saint-Père alors qu'il rencontre ses cardinaux dans les jours à venir. Ces moyens traditionnels d'obtenir la grâce pourraient bien porter leurs fruits dans les décisions que le pape Léon comprend clairement qu'il doit prendre.

    Dom Alcuin Reid est prieur du Monastère Saint-Benoît à Brignoles, en France, et spécialiste de liturgie de renommée internationale. Son ouvrage principal, « The Organic Development of the Liturgy » (Ignatius, 2005), comporte une préface du cardinal Joseph Ratzinger.

  • Les racines morales des abus du clergé

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    D'InfoVaticana :

    Les racines morales des abus du clergé

    Un article récent du Daily Knight a relancé le débat en soulignant que la majorité des cas documentés d'abus sexuels commis par des membres du clergé ne concernent pas des enfants prépubères, mais plutôt des adolescents et de jeunes hommes. Ce fait, largement reconnu, y compris par des rapports officiels comme le rapport John Jay, soulève des questions légitimes souvent éludées dans le discours dominant de l'Église.

    Il ne s'agit pas ici de simplifier à l'extrême ni de réduire un phénomène complexe à une seule cause, mais il ne s'agit pas non plus d'ignorer les faits objectifs. La disproportion statistique des victimes masculines adolescentes révèle un schéma qui ne correspond pas à la définition classique de la pédophilie, mais plutôt à un comportement homosexuel déviant perpétré depuis une position d'autorité cléricale.

    Ce fait est pourtant rarement abordé clairement par les autorités ecclésiastiques. Au contraire, ces dernières décennies, un langage ambigu a été privilégié, accompagné de politiques pastorales qui mettent l’accent sur « l’inclusion » et « l’accueil », sans distinction morale nette entre la dignité de la personne et la gravité objective de certains comportements.

    Le débat se complexifie encore davantage lorsqu'on considère le contexte historique. Avant le concile Vatican II, des cas d'homosexualité existaient dans les séminaires et au sein du clergé, mais ils étaient jugés incompatibles avec le ministère sacerdotal et généralement sévèrement punis. Après le concile, dans un climat d'ouverture sur le monde et de relâchement généralisé de la discipline, de nombreux contrôles se sont affaiblis, et avec eux, la rigueur morale de la formation sacerdotale.

    À cela s’ajoute un phénomène désormais indéniable : la présence croissante de membres du clergé et de prélats qui promeuvent activement une réinterprétation positive de l’homosexualité au sein de l’Église, en contradiction flagrante avec le catéchisme et la doctrine morale établie. Cette normalisation, présentée comme un geste pastoral, a engendré la confusion parmi les fidèles et affaibli les critères de discernement vocationnel.

    Il ne s'agit pas, comme on le caricature souvent, de persécuter des individus ou d'attiser la haine, mais plutôt de reconnaître que l'Église a le devoir de protéger les plus vulnérables et d'exiger de ses ministres une vie intègre et une conduite morale conforme à leur état. Lorsque ce principe est sacrifié au politiquement correct ou à la crainte de l'opinion publique, les conséquences ne tardent pas à se manifester.

    Refuser d'examiner honnêtement le lien entre homosexualité et abus sexuels commis par des membres du clergé n'est pas un acte de miséricorde, mais d'irresponsabilité. La véritable charité commence par la vérité, même lorsqu'elle est dérangeante. Sans un examen approfondi des critères de sélection, de formation et de contrôle du clergé, il sera difficile de résoudre une crise qui continue de nuire gravement à la crédibilité morale de l'Église.

  • Soutenons la NEF

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    2025, une année où La Nef a continué à soigner ses articles et à nourrir le débat de fond. Florilège ci-dessous. 

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    Nous sommes convaincus que tout ce travail est capital, qu’il participe fortement à former les catholiques et à faire entendre une voix catholique au-delà des frontières de l'Église.

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    Christophe et Élisabeth Geffroy 

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  • Le pape Léon et le patriarche Bartholomée : leur « unité de foi » est-elle possible ?

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    De sur The European Conservative :

    Le pape Léon et le patriarche Bartholomée : leur « unité de foi » est-elle possible ?

    L’unité fondée sur le plus petit dénominateur commun n’est pas ce que souhaite l’Épouse du Christ et doit donc être soigneusement évitée.

    La « voie du dialogue » saluée conjointement par le pape Léon XIV et le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople produira-t-elle réellement des résultats et l’« unité de foi » souhaitée, ou est-elle vouée à affaiblir l’Église catholique ?  

    Plusieurs semaines après le premier voyage papal de Léon XIV en Turquie et au Liban, ce déplacement est naturellement devenu l'un des moments les plus marquants de son jeune pontificat. Au Liban, le pape américain est apparu comme un symbole d'espoir pour le pays et la région, dans un contexte de violence. En Turquie, son action a été résolument œcuménique, puisqu'il s'est consacré à une priorité qu'il avait définie dès les premiers jours de son règne.  

    Organisé pour commémorer le 1700e anniversaire du concile de Nicée, le voyage du pape en Turquie a constitué à bien des égards l'un des actes d'œcuménisme les plus marquants de ces dernières années. Une prière œcuménique commune sur le site historique du concile a réuni à nouveau les responsables chrétiens, 1700 ans après l'événement originel, tandis que la signature d'une déclaration par Léon XIV et le patriarche Bartholomée a souligné la fraternité spirituelle et le dialogue instauré entre l'Orient et l'Occident.  

    Pour Léon XIV, on peut affirmer sans exagérer que promouvoir l’unité et la pleine communion entre tous les chrétiens est sans doute sa priorité absolue. Accueillant les délégués œcuméniques au Vatican le 19 mai, au lendemain de sa messe d’investiture, Léon XIV a mis en lumière cet aspect de sa mission : 

    Mon élection a eu lieu l'année du 1700e anniversaire du premier concile œcuménique de Nicée. Ce concile représente une étape importante dans l'élaboration du Credo partagé par toutes les Églises et communautés ecclésiales. Dans notre cheminement vers le rétablissement de la pleine communion entre tous les chrétiens, nous reconnaissons que cette unité ne peut être qu'une unité dans la foi. 

    En tant qu'évêque de Rome, je considère que l'une de mes priorités est de rechercher le rétablissement d'une communion pleine et visible entre tous ceux qui professent la même foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit. 

    « L’unité, a-t-il déclaré, a toujours été une préoccupation constante pour moi, comme en témoigne la devise que j’ai choisie pour mon ministère épiscopal. » 

    Le nouveau pape n'a pas hésité à le démontrer. Il a reçu le patriarche Bartholomée Ier à deux reprises au cours des trois premières semaines de son pontificat. Le voyage à Nicée, initialement prévu pour le mois de mai, a été rapidement organisé, avec le pape François comme invité d'honneur.  

    Une fois arrivés en Turquie, le pape et le patriarche ont été de proches compagnons lors de la plupart des événements publics du voyage papal. Ils ont offert une démonstration éclatante d'unité entre les « Églises sœurs », comme ils l'ont eux-mêmes écrit dans une déclaration commune. 

    La déclaration elle-même était, à bien des égards, conforme aux attentes. Les vaticanistes sont habitués à la signature de documents entre un pape et un chef religieux, dans un climat de grande pompe et de cérémonie, mais qui tombent ensuite dans l'oubli, sauf lorsqu'ils sont mis en avant par les médias officiels du Vatican. Le contenu est souvent chaleureux et fraternel, exhortant le monde à un avenir meilleur et promettant la collaboration des deux parties pour atteindre cet objectif, mais sans apporter de précisions.  

    Dans une certaine mesure, Léon et Bartholomée ont emboîté le pas en exprimant par écrit leur souhait que les religions soient au service de la paix et de la prospérité mondiales. Toutefois, il ne s'agissait là que d'une remarque marginale, éclipsée par leur objectif d'unité ecclésiale. 

    « Nous continuons à avancer avec une ferme détermination sur la voie du dialogue, dans l’amour et la vérité, vers le rétablissement espéré de la pleine communion entre nos Églises sœurs », indique la Déclaration. Le texte, signé à l’église patriarcale Saint-Georges d’Istanbul, se poursuit ainsi :  

    Conscients que l’unité chrétienne n’est pas seulement le fruit d’efforts humains, mais un don d’en haut, nous invitons tous les membres de nos Églises — clergé, moines, personnes consacrées et fidèles laïcs — à rechercher ardemment l’accomplissement de la prière que Jésus-Christ a adressée au Père : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi… afin que le monde croie. » 

    Faisant référence à la défense des vérités christologiques par le concile de Nicée comme à un « événement providentiel d’unité », la déclaration de Léon et Bartholomée saluait sa commémoration comme « un moment extraordinaire de grâce ». 

    Le couple a également fait part de sa ferme conviction que « la commémoration de cet anniversaire important peut inspirer de nouvelles initiatives courageuses sur la voie de l'unité ». 

    C'est une affirmation audacieuse, mais est-elle plausible ? En effet, au-delà de la belle prose, la déclaration commune, bien qu'exprimant le profond désir d'unité, ne semble proposer aucune solution nouvelle pour y parvenir.  

    Prenons l'exemple de la date de Pâques, qui coïncidait cette année à Rome et à Constantinople. La déclaration exprime le souhait que cela se produise « chaque année », mais, en réalité, ce ne sera possible que si l'une des parties rejette son calendrier au profit de l'autre. Puisque l'usage orthodoxe du calendrier julien pour déterminer la date de Pâques est pratiquement le seul cas où ce système est utilisé dans le monde, la solution logique serait que les orthodoxes adoptent le calendrier grégorien utilisé par Rome – et par la majeure partie du monde.

    On retrouve la même réponse concernant, par exemple, la question de la primauté papale. Puisque le Saint-Siège ne peut modifier sa doctrine à ce sujet, l'Église orthodoxe doit soit se soumettre à son rejet actuel de la primauté du Siège de Rome, soit ne pas le faire. Cette décision difficile devra être prise tôt ou tard si les espoirs d'unité exprimés dans la déclaration commune sont réellement sincères.  

    Dans son homélie prononcée à l'occasion de la fête patronale de saint André, le patriarche Bartholomée a reconnu ces questions théologiques et hiérarchiques. « Nous ne pouvons qu'espérer que des questions telles que le Filioque et l'infaillibilité, actuellement examinées par la Commission, seront résolues de sorte que leur interprétation ne constitue plus un obstacle à la communion de nos Églises », a-t-il déclaré.  

    Les différences ne sont pas insurmontables, mais elles sont indéniables et exigent des réponses définitives.  

    Peut-être Léon pourrait-il chercher à employer le processus en vogue de la synodalité afin de présenter l'Église catholique comme plus attrayante pour ceux qui sont fidèles au patriarche de Constantinople. 

    Lors de son discours aux délégués œcuméniques en mai, Léon XIV a laissé entendre qu'il mettrait la synodalité au service de l'œcuménisme, la première étant considérée comme intimement liée à la seconde. « Conscient, par ailleurs, du lien étroit qui unit la synodalité et l'œcuménisme, je tiens à vous assurer de mon intention de poursuivre l'engagement du pape François en faveur de la promotion du caractère synodal de l'Église catholique et du développement de formes nouvelles et concrètes pour une synodalité toujours plus forte dans les relations œcuméniques », a-t-il déclaré.  

    Mais cette politique est à double tranchant. Le patriarche Bartholomée s'est félicité que l'étude de la primauté papale à travers le prisme de la synodalité soit « une source d'inspiration et de renouveau non seulement pour nos Églises sœurs, mais aussi pour le reste du monde chrétien ». Il s'agit assurément d'une allusion au document de juin 2024, qui a placé la papauté au service de la synodalité et de l'œcuménisme, et a ainsi suscité la controverse parmi les catholiques traditionalistes, car ce document fragilise la position du pape.  

    Si Léon XIV s'engageait dans une voie qui minimiserait le prestige, l'honneur et l'autorité de la papauté afin de rallier les orthodoxes à sa cause, l'Église catholique risquerait d'être affaiblie dans son enseignement et son identité hiérarchique. L'unité fondée sur le plus petit dénominateur commun n'est pas souhaitable pour l'Église, l'Épouse du Christ, et doit donc être soigneusement évitée.  

    Le processus visant à déterminer si l'unité peut être atteinte sera vraisemblablement déterminé par les théologiens de la Commission de dialogue entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe, qui a reçu un soutien renouvelé de Léon et Barthélemy dans leur déclaration commune.  

    Le voyage de Léon en Turquie a permis de renforcer considérablement les liens de confiance entre les deux parties. Cependant, malgré leur « fraternité spirituelle », Léon et Bartholomée n'ont pas encore concrétisé l'unité tant désirée. Cela tient peut-être en partie au fait que l'Église catholique ne doit ni ne peut modifier son enseignement et son identité, tandis que les orthodoxes ne souhaitent pas remettre en question leur doctrine sur les points litigieux.  

    Le temps qui passe et les travaux de la Commission de dialogue détermineront l'efficacité et la conviction que les deux parties apportent à leurs arguments, et si le fruit de l'unité est mûr et prêt à être cueilli. 

    Michael Haynes est un journaliste anglais indépendant et membre du corps de presse du Saint-Siège. Vous pouvez le suivre sur X à @MLJHaynes ou sur son site web Per Mariam.
  • L'Apôtre saint Jean est saint Jean l'Evangéliste

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    Du Forum Catholique (Jean-Paul Parfu) :

    L'Apôtre saint Jean est saint Jean l'Evangéliste

    St Jean l'Apôtre était originaire de Galilée. Il était, avec St Jacques le Majeur, l'un des Fils de Zébédée et de Marie Salomé. Comme St Paul un peu plus tard, qui était originaire de Tarse dans l'actuelle Turquie, le futur St Jean devait faire des études à Jérusalem et avait dû être repéré par le Grand-Prêtre, en raison de son intelligence et de sa spiritualité.

    Jean Ferrand a écrit un magnifique post sur le sujet, que je reproduis intégralement ci-dessous, et auquel je renvoie en bas de page. St Jean l'Apôtre et St Jean l'Evangéliste sont une seule et même personne, conformément à la Tradition. (...)

    "Le roman du prêtre Jean", par Jean Ferrand

    "Plus qu’une nouvelle biographie de Jésus, le livre de Petitfils est un roman, je n’ose pas dire un roman-feuilleton, qui entend montrer qu’en réalité l’apôtre Jean n’était pas l’apôtre Jean mais un disciple secret, un prêtre du Temple de Jérusalem, portant le même nom de Jean (puisque les écrits qu’il nous a laissés sont placés sous ce vocable).

    Ce prêtre se serait trouvé par hasard au Jourdain, au moment du baptême de Jésus. Ou plutôt, il aurait fait partie de la délégation « des prêtres et des lévites » (Jn 1,19), descendue de Jérusalem pour interroger Jean-Baptiste, et il se serait secrètement rallié à sa cause ainsi que, subséquemment, à celle de Jésus.

    Il devient disciple de Jésus dès le Jourdain et le suit à Cana, où il rencontre pour la première fois Marie. Il assiste au miracle, descend à Capharnaüm, puis remonte presque aussitôt à Jérusalem pour la première Pâque du ministère public. Il approuve l’action de Jésus qui purifie le Temple de ses marchands. Naturellement, il est sur place pour l’entretien de Jésus avec Nicodème. Mais il ne le suit plus dans le reste du ministère judéen puis galiléen. Il aura en permanence ses antennes auprès de lui pour le renseigner sur les faits et sur son enseignement. Quels furent ses informateurs, toujours placés aux premières loges ? Les apôtres sans doute.

    Quand Jésus monte à Jérusalem pour les fêtes juives, naturellement Jean, le prêtre de Jérusalem, redevient un témoin visuel.

    La dernière Cène se déroulera dans sa maison, à Jérusalem. Car, sans aucune preuve, l’auteur admet que le jeune homme portant une cruche, le soir de Pâque, et suivi par les apôtres Pierre et Jean, fut Jean, le futur évangéliste, et la maison où il les conduisit celle de son père. En tant qu’hôte, et disciple préféré, ce Jean aurait assisté au dernier repas à la droite de Jésus. Treizième apôtre, si l’on peut dire, au milieu des apôtres. Mais curieusement, le même évangéliste Jean ne reproduira pas le récit de l’institution de l’eucharistie.

    Enfin, il sera un témoin direct de la Passion, bénéficiant par son état d’entrées chez les grands prêtres. Avec les saintes femmes, il soutiendra Marie au pied de la croix, alors qu’aucun des Douze ne sera présent. Et de la bouche même de Jésus, il la recevra en héritage. Alors que Jean, fils de Zébédée, mourra peu après la persécution d’Agrippa, comme le veulent certaines traditions, Jean l’évangéliste, lui, s’expatriera à Ephèse, Eglise fondée par Paul, et y mourra très âgé du temps de Trajan, non sans nous avoir donné l’Apocalypse, l’Evangile et trois épîtres.

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  • Les approches actuelles ont aggravé les divisions plutôt que de les apaiser (Cardinal Müller)

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    Du Catholic Herald :

    Le cardinal Müller s'exprime sur le dialogue, la tradition et les tensions internes au sein de l'Église

    23 décembre 2025

    Le cardinal Gerhard Ludwig Müller a accusé le Vatican d'appliquer un double standard préjudiciable, arguant que ses appels constants au dialogue et au respect sont appliqués de manière sélective et trop souvent refusés aux fidèles catholiques eux-mêmes.

    Dans une récente interview accordée à Michael Haynes de Pelican +, l'ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a déclaré que les approches actuelles avaient aggravé les divisions plutôt que de les apaiser. Il a fait valoir que si les autorités ecclésiastiques insistent souvent sur l'ouverture et le respect dans leur engagement envers les mouvements culturels contemporains, cet esprit n'est pas systématiquement étendu aux catholiques pratiquants, en particulier ceux qui souhaitent assister à la messe traditionnelle en latin.

    Les remarques du cardinal Müller interviennent dans le cadre d'un débat prolongé sur la décision de restreindre la célébration de la messe romaine traditionnelle, une mesure qui a touché les diocèses et les communautés religieuses du monde entier. Interrogé directement sur cette politique, le cardinal allemand a déclaré qu'il n'était « pas très bon » que le pape François ait supprimé le rite tridentin « de manière autoritaire ».

    L'ancien préfet est allé plus loin, suggérant que la rhétorique du pape François avait injustement stigmatisé un groupe important de catholiques fidèles. Le pape François, a déclaré le cardinal Müller, avait « blessé et commis une injustice en accusant tous ceux qui aiment l'ancienne forme du rite d'être contre le Concile Vatican II de manière générale, sans aucune justice différenciée envers les personnes individuelles ».

    Le cardinal a souligné que l'unité de l'Église ne peut être maintenue par des mesures coercitives. « Nous n'avons pas de système policier dans l'Église, et nous n'en avons pas besoin. » Il a ajouté que « le pape et les évêques doivent être de bons bergers ».

    L'évaluation par le cardinal Müller du traitement réservé aux catholiques traditionnels peut sembler évidente pour certains, mais elle soulève une question plus large : l'Église sait-elle encore ce qu'elle cherche à être ? La manière dont l'Église établit ses priorités révèle ce qu'elle croit au sujet de la vérité, de l'autorité et de la personne humaine, et si la doctrine est quelque chose qui doit être vécue et enseignée, ou gérée et mise de côté. La tension actuelle porte donc moins sur la liturgie ou la personnalité que sur un changement dans la culture ecclésiale, où l'image et les gestes remplacent de plus en plus la cohérence théologique.

    C'est dans ce contexte qu'il faut lire les propos du cardinal Gerhard Ludwig Müller. Sa critique de ce qu'il considère comme un double standard à Rome n'est pas une complainte conservatrice pour un passé révolu, mais le diagnostic d'un phénomène plus profond. « Ils parlent sans cesse de dialogue et de respect pour les autres », a déclaré le cardinal, ajoutant que « lorsqu'il s'agit de l'agenda homosexuel et de l'idéologie du genre, ils parlent de respect, mais envers leur propre peuple, ils n'ont aucun respect ».

    Le problème n'est pas que l'engagement avec le monde moderne soit mauvais. L'Église est, par nature, universelle. Le problème survient lorsque cet engagement devient performatif, sélectif et détaché du centre de gravité doctrinal de l'Église.

    Il ne s'agit pas simplement d'une plainte concernant le processus. Cela souligne un échec de la discrimination théologique, une incapacité ou un refus de distinguer entre l'attachement légitime à la tradition et l'opposition idéologique au Concile.

    Il en ressort l'image d'une Église de plus en plus à l'aise avec les spectacles publics à grande échelle, le soutien de célébrités et les messages soigneusement contrôlés, tout en semblant mal à l'aise avec le travail lent et discret de formation doctrinale. Rome est aujourd'hui saturée d'événements, de conférences, de concerts et de rencontres organisées dans le but de projeter une image d'ouverture et de pertinence. Pourtant, les catholiques qui réclament la continuité, la doctrine ou la tradition se retrouvent souvent traités comme des problèmes à contenir plutôt que comme des membres de l'Église catholique romaine.

    Le danger actuel n'est pas que l'Église s'engage dans le monde, mais qu'elle s'oublie elle-même dans ce processus. Lorsque la doctrine est considérée comme un embarras, la tradition comme un handicap et la stabilité comme ennuyeuse, le résultat n'est pas le renouveau, mais la confusion. La crédibilité de l'Église ne repose pas sur le spectacle ou l'approbation, mais sur sa volonté d'être reconnaissable et assumée en tant que catholique.

  • Non, Noël n'est pas une fête païenne récupérée par les chrétiens

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    De La Sélection du Jour (Louis Daufresne) :

    Noël n'est pas une fête païenne récupérée par les chrétiens

    Qui n'a jamais entendu dire que Jésus n'est pas né un 25 décembre et que si l'Église avait pris cette date, c'était pour christianiser la fête païenne du solstice d'hiver ? Cette OPA symbolique du pape Libère en 354 fonctionna du feu de dieu. Le christianisme effaça le Soleil de l'horizon – et pour toujours. Les Romains ne croyaient-ils pas pourtant qu'il était invaincu ? À sa place, l'Église mit sur le trône de l'humanité le Soleil de justice. Intelligemment, elle s'appropria le meilleur du paganisme antique. L'Occident est l'héritier de cette épopée là.

    Le 25 décembre est-il un détail du calendrier ? Que Jésus soit né à cette date ou à une autre importe-t-il peu ? Pas sûr à l'heure où l'on s'échine à tout déconstruire. Un Michel Onfray affirme que Jésus n'a pas existé. Et il est très médiatisé.

    Or la vérité factuelle est l'assurance-vie du christianisme. Si le jour de l'incarnation devenait un mythe, Jésus ne serait plus qu'une figurine comparable à un bouddha posé sur une étagère. La Révélation deviendrait le passé d'une illusion, pour reprendre le titre d'un essai célèbre. Déjà atteintes par les abus, l'Église et la légitimité de sa parole s'en trouveraient anéanties. Noël ne serait plus une « marque déposée ». La débauche de consumérisme avait déjà dénaturé le sens de la Nativité, sans que l'institution n'y réagit avec virulence. Maintenant, la promotion d'un Noël dit « inclusif, diversitaire et féministe » s'emploie carrément à détourner l'événement, lequel ne ressemblera bientôt plus à rien.

    L'enjeu n'est pas mince. Normalien, agrégé de philosophie, Frédéric Guillaud se pose une question simple dans un essai intitulé Et si c'était vrai ? (Marie de Nazareth, 2023). Il pense que Jésus peut réellement être né le 25 décembre.

    Le calcul est le suivant : « Selon saint Luc, au moment de l'Annonce faite à Marie, date de la conception miraculeuse de Jésus, Élisabeth était enceinte de Jean-Baptiste depuis six mois. En outre, l'évangéliste nous apprend que la conception de Jean-Baptiste remontait au moment où son père, Zacharie, prêtre de la classe d'Abia, était en service au Temple. Or, des archéologues ont trouvé dans les manuscrits de Qumrân le calendrier des tours de service des différentes classes de prêtres. Il s'avère que, pour la classe d'Abia, c'était le mois de septembre. Voilà qui nous donne l'enchaînement suivant : conception de Jean-Baptiste fin septembre ; conception de Jésus six mois plus tard, c'est-à-dire fin mars ; donc, naissance de Jésus neuf mois plus tard… fin décembre ! CQFD. On rappellera au passage que, dans l'Église d'Orient, la conception de Jean-Baptiste est, comme par hasard, fêtée le 25 septembre, ce qui concorde avec la découverte des archéologues. »

    Mais l'histoire ne s'arrête pas à ce chapelet de concordances. Ce que l'on ignore le plus souvent, c'est que les Romains ont cherché à paganiser une fête chrétienne. Frédéric Guillaud explique : « Quand on évoque la fête romaine du Soleil, on s'imagine en effet qu'il s'agissait d'une fête immémoriale, fixée au 25 décembre depuis longtemps. Mais pas du tout. C'est une fête postchrétienne (…) créée de toutes pièces par l'empereur Aurélien en 274 – sous le nom de "jour natal du Soleil invaincu : Sol invictus" ». Dans quel but ? Il s'agissait, poursuit-il, « d'unifier l'Empire sous un culte unique, issu du culte oriental de Mithra, à une époque où le christianisme menaçait déjà sérieusement le paganisme. » Car les Romains, jusque-là, ne fêtaient rien le 25 décembre : « Les Saturnales se terminaient le 20 décembre », précise Guillaud.

    À cette époque, les chrétiens n'avaient pas encore officiellement fixé la date de Noël mais des communautés la célébraient déjà le 25 décembre. « En 204, Hippolyte de Rome en parlait déjà comme d'une date bien établie, dans son Commentaire de Daniel », rappelle Guillaud.

    Ainsi, selon cette version, s'effondre l'idée reçue que Noël récupère une fête païenne. C'est plutôt l'inverseSol Invictus étant une réaction romaine à l'aube croissante de la Nativité.

    Louis Daufresne
  • Les nouveaux vitraux de la cathédrale Notre-Dame déclenchent une nouvelle polémique

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    De Solène Tadié sur le NCR :

    Les nouveaux vitraux de la cathédrale Notre-Dame déclenchent une nouvelle polémique.

    Les critiques affirment que l'accent mis sur la diversité et l'expression émotionnelle risque de traduire un mystère central de l'Église dans le langage visuel de l'époque actuelle, affaiblissant ainsi la cohérence symbolique d'une cathédrale gothique construite autour de la lumière, de la hiérarchie et de la transcendance.

    Un an après la réouverture solennelle au public de la cathédrale Notre-Dame de Paris suite à l'incendie dévastateur de 2019, une vieille querelle entre les défenseurs du patrimoine et l'État français — cette fois-ci centrée sur ses célèbres vitraux — a été ravivée. 

    On espérait que la restauration après l'incendie, qui a également conduit à la décision de reconstruire la flèche et la charpente médiévale à l'identique, mettrait un terme à ce chapitre douloureux de l'histoire de la cathédrale. Au lieu de cela, elle a relancé le débat entre la préservation de l'art traditionnel dans ce chef-d'œuvre de l'architecture gothique et l'intégration de l'art contemporain.

    La dernière controverse a été déclenchée par une exposition au Grand Palais à Paris présentant les projets sélectionnés pour les futurs vitraux de Notre-Dame, dont l'installation est prévue en 2026. Sélectionnée en 2024 à l'issue d'un concours soutenu par l'État, la peintre française Claire Tabouret a été chargée de créer six vitraux contemporains destinés à remplacer les vitraux intacts du XIXe siècle conçus par Eugène Viollet-le-Duc pour les chapelles du bas-côté sud de la nef. 

    La présentation publique du projet a ravivé des tensions que beaucoup croyaient apaisées après un débat similaire concernant la flèche, également conçue par Viollet-le-Duc. La controverse autour des vitraux serait-elle une revanche tardive de la part de ceux qui n'ont pas réussi à imposer un style contemporain à l'extérieur du monument, quitte à laisser leur empreinte sur les parties ayant survécu à l'incendie ?

    Les vitraux proposés sont au cœur du débat, et l'exposition les a enfin dévoilés au public. Ces nouveaux vitraux forment un cycle figuratif consacré à la Pentecôte, représentant la Vierge Marie et les apôtres réunis au Cénacle. Les compositions, peintes dans un style figuratif, mettent en scène de grandes figures frontales, privilégiant la présence corporelle et l'expression des émotions. Tabouret, artiste vivant et travaillant en Californie, a déclaré avoir été attirée par la Pentecôte, qu'elle perçoit comme un moment d'« harmonie, de paix et de respect dans la diversité », une formulation que les partisans interprètent comme une tentative de rendre la scène immédiatement accessible au public contemporain. Les critiques, quant à eux, y voient l'introduction d'un langage moral actuel dans un cadre sacré et liturgique.

    « Un caprice à 4 millions d'euros »

    La réaction fut immédiate, notamment parmi les spécialistes du patrimoine et les personnalités de droite. Stéphane Bern, l'un des plus éminents défenseurs du patrimoine historique en France, a qualifié le projet, dès son origine, de caprice présidentiel. 

    L'ouverture de l'exposition le 10 décembre n'a fait qu'attiser la colère de ses opposants. 

    L’historien du patrimoine Éric Anceau l’ a dénoncé comme un fait inacceptable du prince , avertissant que les vitraux de Viollet-le-Duc — qui avaient « miraculeusement résisté au feu » — allaient maintenant être enlevés au mépris du Code du patrimoine français. 

    Plusieurs élus ont fait part de cette consternation. Le député du Rassemblement national, Jean-Philippe Tanguy, a qualifié les vitraux proposés d’« indescriptiblement laids », tandis que l’ancienne députée Laurence Trochu a dénoncé ce qu’elle a qualifié de « caprice à 4 millions d’euros », remplaçant des œuvres intactes et protégées à un moment où une grande partie du patrimoine culturel français se détériore. Plus nuancé, le philosophe Benjamin Olivennes, spécialiste d’art contemporain, a estimé : « Je ne crois pas qu’ils “se feront remarquer” au sens de dissonance, de laideur ou de profanation du lieu. Cependant, ils risquent de paraître de moindre qualité que les autres… »

    Soutien de l'Église parisienne

    Pourtant, réduire la controverse à un simple affrontement entre le président Emmanuel Macron et ses détracteurs occulte le fait qu'une grande partie du commandement catholique a soutenu le projet. L'archidiocèse de Paris a ouvertement appuyé l'introduction de vitraux figuratifs contemporains à vocation catéchétique explicite et était représenté au sein du comité qui a sélectionné l'œuvre de Tabouret pour ce projet. L'archevêque Laurent Ulrich lui-même a salué cette initiative comme une manière légitime d'aborder les enjeux de notre époque. 

    Le père Paul-Adrien, frère dominicain et figure influente du monde culturel français, a défendu le projet en rappelant que les murs des chapelles avaient été dépouillés de leurs ornements au XXe siècle. Selon lui, les nouveaux vitraux redonnent couleur, symbolisme et une dimension théologique intelligible, notamment grâce à leur thématique de la Pentecôte. « Ceux qui s'opposent au projet ne veulent pas que l'on parle de la Pentecôte », a-t-il affirmé avec conviction. 

    Les partisans de cette restauration affirment plus généralement que la netteté des figures et l'intensité des couleurs répondent aux tons pâles de l'intérieur restauré et redonnent de la profondeur visuelle à la cathédrale. 

    Mais les critiques restent sceptiques. Leur objection ne porte généralement pas sur l'art contemporain en tant que tel, mais sur ce qu'ils perçoivent comme un glissement de sens. À leurs yeux, l'accent mis sur la diversité et l'expression émotionnelle risque de transposer un mystère central de l'Église dans le langage visuel de l'époque actuelle, affaiblissant ainsi la cohérence symbolique d'une cathédrale gothique bâtie autour de la lumière, de la hiérarchie et de la transcendance. 

    Rejet des recours contre une pétition populaire

    Pour Didier Rykner, rédacteur en chef de la revue La Tribune de l'Art et l'un des plus fervents opposants au projet, le problème fondamental ne réside pas dans le style de l'artiste, mais dans la logique de leur intégration. Il a maintes fois soutenu que des vitraux contemporains pourraient légitimement trouver leur place dans des parties de Notre-Dame qui n'en ont jamais possédé, notamment la tour nord, dont les travées ont été endommagées par l'incendie. Une telle solution, affirme-t-il, permettrait à la création contemporaine de s'exprimer sans pour autant démanteler les éléments intacts conçus par Viollet-le-Duc comme faisant partie d'un ensemble architectural cohérent.

    Rykner, qui a qualifié le projet d’acte de « vandalisme », a également lancé une pétition demandant le maintien des fenêtres de Viollet-le-Duc, qui a depuis dépassé les 325 000 signatures – un chiffre fréquemment cité par les opposants comme preuve d’une résistance publique soutenue.

    Sur le plan institutionnel, le projet a toutefois atteint un stade où un revirement de la décision de remplacer les fenêtres semble de plus en plus improbable. Le recours formé par l'association patrimoniale Sites & Monuments contre ce projet a récemment été rejeté par le tribunal administratif de Paris. À l'inverse, la Commission nationale du patrimoine et de l'architecture a émis un avis favorable en juin dernier, soutenant l'installation des nouvelles fenêtres. Bien que Sites & Monuments devrait déposer un ultime recours, les critiques reconnaissent que les options juridiques et administratives restantes se réduisent comme peau de chagrin.

    Au-delà des querelles de procédure, les opposants insistent sur le fait que les vitraux ne sauraient se réduire à un simple élément décoratif. En filtrant la lumière, ils façonnent l'expérience spirituelle et visuelle d'une cathédrale gothique. Cet argument a été avancé par Maryvonne de Saint-Pulgent, ancienne directrice générale du patrimoine au ministère de la Culture, et par l'Académie des Beaux-Arts, qui a mis en garde contre l'introduction d'œuvres contemporaines au détriment du décor épargné par l'incendie.

    L'exposition des dessins de Tabouret a mis en lumière les divergences, sans pour autant rapprocher le différend d'une résolution. Alors que les recours juridiques sont presque épuisés et que le projet avance, la controverse autour des vitraux de Notre-Dame risque de laisser un goût amer chez les défenseurs du patrimoine, même si leurs partisans insistent sur le fait que les vitraux du XIXe siècle, conçus par Viollet-le-Duc, ne seraient pas détruits mais démontés et exposés ailleurs.

  • Quand le vicaire du Christ prend part à la mêlée médiatique

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Quand le vicaire du Christ se joint à la mêlée médiatique

    COMMENTAIRE : Quels sont les avantages, les dangers et les conséquences indésirables des échanges informels du pape Léon XIV avec la presse mardi soir à Castel Gandolfo ?

    C'est devenu une nouvelle convention papale.

    Chaque mardi soir, après sa journée de repos désormais habituelle à la résidence d'été papale de Castel Gandolfo, située juste à l'extérieur de Rome, le pape Léon XIV quitte la ville pour le Vatican, s'arrêtant pour discuter avec la presse. 

    Les journalistes interrogent le Saint-Père sur l'actualité, généralement liée à la politique internationale ou à l'Église catholique, et le pape répond spontanément, sans préparation. Ce format rappelle les points presse improvisés, fréquents lors des rencontres entre personnalités politiques et célébrités et médias. 

    Pour un pape, c'est toutefois une première. Aucun souverain pontife, pas même le pape François, pourtant friand d'interviews en tant que pape, ne s'était jamais adressé à la presse de manière aussi spontanée . Les conférences de presse papales en vol, instaurées par saint Jean-Paul II, sont similaires, mais plus rares et encadrées. 

    Les motivations du pape Léon XIV quant à cette approche médiatique restent floues. Il a inauguré cette pratique en juin, lorsque le journaliste Ignazio Ingrao, de la RAI, la chaîne de télévision publique italienne, l'a interpellé à sa sortie du territoire de Radio Vatican, près de Rome. 

    Le Saint-Père semblait à l'aise pour répondre aux questions d'Ingrao, d'autant plus qu'elles portaient sur des sujets qui le passionnent : le développement durable, l'environnement et les menaces qui pèsent sur la paix mondiale. Mais cet échange était frappant en ce que, pour la première fois en dehors d'un voyage papal, il abolissait une certaine distance, pourtant reconnue, que le pape entretient naturellement en tant que Vicaire du Christ.

    Certains apprécient l'aspect terre-à-terre, spontané et convivial de ces échanges ; d'autres estiment que ces rencontres informelles risquent d'estomper la frontière entre le bureau de Petrine et une célébrité politique, même si elles offrent des avantages en termes de relations publiques et d'image.

    Leur atout réside dans leur capacité à rendre le Pape moins distant, plus accessible, plus humain et plus responsable envers les fidèles, à l'ère de la démocratie, de l'exigence de transparence et de l'information en continu. Ils répondent à l'insatiable soif contemporaine de transparence en toutes choses, devenue particulièrement criante au Vatican suite aux scandales d'abus sexuels commis par des membres du clergé, de malversations financières et de mauvaise gouvernance. 

    La franchise inhérente à ces échanges peut permettre aux fidèles de mieux connaître Léon, encore méconnu et quelque peu énigmatique. Le Saint-Père peut également saisir cette occasion pour enseigner, toucher un public plus large qui n'aurait peut-être pas accès à ses messages déjà publiés, et appliquer son enseignement aux problématiques actuelles les plus brûlantes. 

    Pourtant, les qualités mêmes qui justifient cette pratique engendrent aussi de nouveaux risques. Depuis que le pape a commencé à accorder ces interviews « à domicile » à Castel Gandolfo début septembre, les médias l'ont amené à commenter spontanément des questions politiques et des problèmes de société, ce qui a provoqué de nombreuses polémiques indésirables et, de l'avis de certains, évitables. 

    L'exemple le plus significatif remonte à octobre, lorsqu'un collègue d'EWTN a interrogé Léon XIV au sujet de la distinction décernée par le cardinal Blase Cupich de Chicago au sénateur démocrate Dick Durbin de l'Illinois, partisan du droit à l'avortement, pour l'ensemble de son œuvre. En réponse, le pape Léon a présenté le débat comme une éthique « pro-vie » unifiée, semblant ainsi contredire les évêques américains qui s'étaient majoritairement opposés à cette distinction. Léon a également affirmé que quiconque s'oppose à l'avortement mais soutient la peine de mort ou le « traitement inhumain des immigrants » ne peut être véritablement qualifié de pro-vie – une critique claire de la politique de l'administration Trump. 

    Le pape a introduit son propos en déclarant qu'il n'était « pas très au fait » de l'affaire du prix Durbin – une remarque qui, de l' avis des observateurs, aurait dû le dissuader de s'exprimer davantage. Au lieu de cela, en répondant de cette manière, Léon XIV s'est livré à une rare incursion papale dans une affaire particulière de séparation de l'Église et de l'État. Bien que Durbin ait décliné le prix peu après, les propos du pape ont contribué à exacerber les divisions entre les différents camps. 

    Lors d'autres points de presse à Castel Gandolfo, Léon s'est immiscé dans la politique d'immigration américaine et a critiqué la politique étrangère des États-Unis, exhortant le président Trump à ne pas lancer d'invasion militaire du Venezuela . 

    Plus récemment, il a déclaré préférer ne pas commenter le plan de paix américain visant à mettre fin à la guerre russo-ukrainienne, car il ne l'avait pas lu en entier. Il a néanmoins affirmé que certains passages représentaient, « malheureusement », un « changement radical dans ce qui fut, pendant de très nombreuses années, une véritable alliance entre l'Europe et les États-Unis ». Sans le nommer, Léon XIV a déclaré que les récentes déclarations du président Trump concernant l'Europe visaient à « briser ce qui, à mon avis, doit être une alliance essentielle aujourd'hui et pour l'avenir ». Les médias ont interprété ses propos comme une rare réprimande papale à l'encontre d'un président américain en exercice. 

    Est-il donc prudent et nécessaire pour un pape de participer à ces échanges ?  

    Un pape n'est ni un homme politique ni un technocrate supranational, mais le vicaire du Christ, oint comme son représentant suprême pour guider les âmes vers le Ciel. Ses déclarations exigent donc non seulement une mûre réflexion et une profonde considération, mais aussi une attention particulière aux réalités transcendantes et éternelles. Sa priorité est de former les consciences, d'affirmer la foi et de préserver l'unité, plutôt que de donner des directives détaillées sur la politique et les affaires temporelles, qui pourraient être instrumentalisées à des fins partisanes. Certains pourraient également prendre ces propos tenus lors d'une interview pour des déclarations magistérielles, alors que ce titre est réservé aux annonces officielles du pape.

    Le pape saint Jean-Paul II, ainsi que les papes Benoît XVI et surtout Pie XII, l’avaient bien compris. Ce dernier se montra extrêmement prudent, évitant les confrontations médiatiques qui auraient pu être perçues comme un acte de partisanerie manifeste.

    Jean-Paul II et Benoît XVI abordaient avec habileté (mais pas toujours) les questions d'actualité brûlantes, selon leur propre perspective et généralement en termes généraux. Ils réagissaient aux événements récents en se référant à la doctrine de l'Église, notamment à son enseignement moral et social, et laissaient aux journalistes le soin d'établir un lien entre cette doctrine et l'actualité du jour. Ce faisant, ils respectaient le principe catholique de subsidiarité, laissant ainsi aux évêques d'un pays ou aux responsables vaticans compétents, tels que le secrétaire d'État, le soin de répondre aux spécificités de ces questions s'ils le souhaitaient.

    Ils respectaient également la distance nécessaire et établie de longue date entre le pape et le peuple. Il ne s'agissait pas d'un motif clérical ni d'une volonté de se croire supérieur aux autres, mais bien du fait que, comme tout prêtre ordonné, il est mis à part, participant à l'autorité et à la médiation du Christ d'une manière que les fidèles ne connaissent pas. Un pape ne doit pas non plus être inaccessible, distant ou physiquement éloigné des gens, mais, par sa certaine distance et son détachement vis-à-vis des affaires temporelles, il reflète l'essence de la sainteté et la dignité de l'office pétrinien. 

    Cette séparation renforce également le mystère qui entoure la fonction papale, consolidant sans doute l'autorité papale – une qualité qui semble aller de soi chez les monarques. Une partie du charme de la reine Élisabeth II résidait dans le fait qu'elle accordait très rarement des interviews aux médias et que, de par son rôle constitutionnel, elle laissait rarement transparaître ses opinions politiques. Cela contribuait à rehausser son aura royale, que les papes possèdent également de par la nature monarchique de leur fonction.

    Enfin, mis à part les journalistes en quête d'un sujet, personne n'exige que le pape Léon XIV partage son point de vue sur une question de politique intérieure particulière avec autant de détails, ni sur aucun autre sujet d'actualité d'ailleurs. Le Saint-Père n'a de comptes à rendre à aucun électorat ; son seul juge est Dieu. Il est également libre de pontifier comme il l'entend, quand et comment, et dispose de nombreuses occasions de le faire, que ce soit dans ses homélies, ses messages ou ses documents magistériels. 

    À l'inverse, ces entretiens spontanés « à domicile » se déroulent selon les conditions d'autrui et exigent une réponse immédiate et non réfléchie, le rendant ainsi vulnérable à la controverse et à la commission d'erreurs doctrinales qui seront probablement interprétées comme magistrales. 

    Compte tenu des problèmes, des risques et des écueils que présentent ces rencontres avec les médias, il serait prudent que le pape Léon XIV et ses conseillers en reconsidèrent le recours. Ils pourraient instaurer des garde-fous et des règles de communication internes. Ou, vu leur faible utilité, les supprimer purement et simplement, ainsi que les conférences de presse en vol. 

    Le silence est d'or. Et à l'ère agitée, versatile et querelleuse des réseaux sociaux, plus que jamais.