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Débats - Page 2

  • Entretien avec Monseigneur Dominique Rey : « Je suis plein d'espoir pour l'avenir de l'Église en France »

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    De Niwa Limbu sur Ad Vaticanum :

    Entretien avec Monseigneur Rey : « Je suis plein d'espoir pour l'avenir de l'Église en France »

    23 mai 2026

    Entretien avec l'évêque Rey : « Je suis plein d'espoir pour l'avenir de l'Église en France »

    L'ancien évêque de Fréjus-Toulon, Dominique Rey, s'exprime sans détour sur la sécularisation en France, la hausse des baptêmes d'adultes, Traditionis Custodes, la FSSPX, l'évangélisation et explique pourquoi il reste optimiste quant à l'avenir de l'Église en France.

    Dominique Rey a été évêque du diocèse de Fréjus-Toulon, dans le sud-est de la France, de 2000 à 2025. Nommé par le pape Jean-Paul II, il a servi sous trois pontificats et a supervisé une croissance importante de son diocèse, qu’il a décrit comme « un jardin aux nombreuses fleurs ».

    Cette croissance s'est traduite par une augmentation substantielle de la vie religieuse, avec plus de 50 communautés religieuses désormais installées à Fréjus-Toulon, ainsi qu'un séminaire florissant.

    Membre de la Communauté Emmanuel, Mgr Rey ne serait pas habituellement associé au courant traditionaliste de l'Église. Pourtant, il a fait preuve d'une bienveillance et d'une hospitalité exceptionnelles envers ceux qui sont attachés aux rites les plus anciens. Son ministère se caractérise par une volonté de cultiver différents charismes qui prennent la foi au sérieux et peuvent enrichir l'Église. Dans cet entretien, il nous éclaire sur les motivations de cette démarche et nous livre une analyse particulièrement pertinente de l'Église en France.

    AD : Monseigneur, à une époque où de nombreux médias traditionnels ignorent ou déforment l’enseignement de l’Église, le besoin de médias catholiques indépendants et fidèles, capables d’informer les fidèles sans compromis, se fait de plus en plus sentir. Selon vous, pourquoi la création de nouvelles plateformes médiatiques catholiques est-elle urgente aujourd’hui, et quel rôle jouent-elles dans la défense du dépôt de la foi ?

    +DR : Les médias exercent une influence considérable sur la société. Il est important que les institutions catholiques soient présentes et que des prêtres y contribuent. On observe, par exemple en France et en Europe, une nouvelle génération de catholiques qui développent des plateformes et des podcasts. Parfois libres et indépendants, ils restent néanmoins fidèles à l’enseignement de l’Église. Il est essentiel d’encourager ces initiatives.

    AD : Monseigneur, compte tenu de la profonde sécularisation en Europe et en France, et du nombre important de personnes qui ont quitté l’Église, quelle est votre évaluation de l’urgence de la nouvelle évangélisation telle que développée par le pape Jean-Paul II, et quels sont les éléments essentiels nécessaires pour qu’elle porte du fruit aujourd’hui ?

    +DR : Dans notre contexte européen, marqué par une forte sécularisation et le départ de nombreuses personnes de l’Église, il est essentiel de développer un nouveau sens de l’évangélisation à travers les médias, différentes initiatives et les mouvements charismatiques.

    Parallèlement, il est essentiel de se rappeler que l'évangélisation commence par nous. Les plus grands évangélisateurs du monde furent les saints. C'est la personne totalement transformée par la grâce de Notre Seigneur qui est le premier vecteur d'évangélisation. L'évangélisation est indissociable de la sanctification.

    Deuxièmement, il est essentiel, dans le processus d'évangélisation, de cultiver un esprit de communion. Mon travail a été guidé par un profond sentiment de communion, une communion fondée sur la doctrine catholique, mais qui s'exprime à travers diverses dimensions, sensibilités et spiritualités.

    AD : La Fraternité Saint-Pie-X continue de faire la une des journaux suite à l’annonce de la consécration épiscopale de juillet. Compte tenu des initiatives prises sous les papes Benoît XVI et François, quelle est votre évaluation actuelle de cette annonce et quelles mesures concrètes souhaiteriez-vous voir se concrétiser dans les mois ou les années à venir ?

    +DR : La communion doctrinale est primordiale. Ma position est d’être clair avec la Fraternité sur ce qui est nécessaire, mais aussi de maintenir le dialogue avec elle, non pas sur des questions de foi, mais parce que l’Église se doit d’être ouverte à ses opinions, à son expression de fraternité et à ses projets.

    L'Église doit être disposée à intégrer les traditionalistes en son sein. La position de Benoît XVI a toujours été celle d'une Église ouverte, fidèle à l'ancienne tradition de médiation. Aujourd'hui, cette position est plus importante que jamais.

    AD : Traditionis Custodes et le rescrit qui a suivi ont profondément marqué les communautés attachées à la messe traditionnelle en latin. Plusieurs années plus tard, et alors que le pape Léon XIV rencontre des membres du clergé pro-la messe en latin, quel est votre avis sur la situation actuelle ?

    +DR : Si le pape Léon XIV rencontre ces groupes, je pense que c’est une bonne chose. C’est une excellente initiative qui permet à tous les fidèles de trouver cette expression de leur foi au sein de l’Église. Une nouvelle génération de jeunes est en quête de sacré, de spiritualité et de silence dans la liturgie traditionnelle. Il est essentiel de leur être ouvert et d’accueillir ces nouvelles aspirations.

    AD : Depuis votre retraite du siège de Fréjus-Toulon, vous avez continué à servir l’Église de diverses manières. Comment avez-vous vécu ces années de retraite, tant sur le plan personnel que spirituel ? Pensez-vous que le pape François ait eu raison de vous demander de démissionner ?

    +DR : J’ai accepté par obéissance au Saint-Père. J’ai accepté la décision du Pape, mais pas la raison invoquée. Un an auparavant, il m’avait répété à plusieurs reprises : « Reste dans le diocèse. Nous avons besoin de toi. » Un an plus tard, il m’a demandé de démissionner.

    Ma situation engendre une tentation de révolte, de refus de l'accepter. Ma mission ne s'est pas arrêtée à ma démission du diocèse de Fréjus-Toulon. Je donne de nombreuses conférences et maintiens des liens avec divers charismes au sein de l'Église.

    Je suis en paix car je n'ai d'autre solution que d'accepter la décision de notre Saint-Père et, en même temps, de poursuivre ce à quoi j'ai consacré ma vie : la mission, l'évangélisation, la communion entre les différentes expressions de la foi et le service du Christ jusqu'à ma mort.

    AD : Enfin, Monseigneur, comment évaluez-vous l’état actuel de l’Église en France, et observe-t-on des signes de renouveau malgré la profonde sécularisation du pays ?

    +DR : En France, nous avons connu de nombreuses crises. Mais une caractéristique de l’histoire de la France est qu’après une crise survient un temps de purification. Si l’on considère l’histoire de la France et de l’Église en France, on constate qu’elle a souvent progressé à travers des périodes de crise, suivies de mouvements de renouveau.

    Aujourd'hui, du fait de la sécularisation, beaucoup de personnes n'ont plus aucun contact avec l'Église et sont privées de culture chrétienne. Pourtant, une nouvelle génération aspire au baptême. C'est incroyable ! En dix ans, le nombre de baptêmes d'adultes a augmenté de 160 % en France. Dans chaque paroisse, la demande de découvrir ou de redécouvrir la foi ne cesse de croître. C'est pourquoi je suis plein d'espoir pour l'avenir.

    L’histoire de France est aussi une histoire de patrimoine, et au sein de ce patrimoine se trouve l’Église. Redécouvrir nos racines, nos traditions et notre patrimoine peut nous aider à découvrir un christianisme nouveau. Cela vaut non seulement pour la France, mais pour l’Europe, car la France a souvent été à l’avant-garde de nombreuses transformations sur le continent.

  • Le Parlement européen adopte une meilleure protection des victimes, mais avec un arrière-goût amer.

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    Un communiqué de presse d'ALFA (Action pour le droit à la vie pour tous) :

    Le Parlement européen adopte une meilleure protection des victimes, mais avec un goût amer.

    COMMUNIQUÉ DE PRESSE

    Le Parlement européen adopte une protection renforcée des victimes, mais avec un goût amer : la directive européenne mentionne pour la première fois l’avortement.

    Augsbourg. Le 21 mai, le Parlement européen a adopté une nouvelle directive européenne sur les droits des victimes, associant ainsi, du point de vue d'ALfA, une avancée attendue depuis longtemps en matière de protection des victimes mais associée à une manœuvre idéologique inacceptable.

    La directive révisée modernise pour la première fois depuis 2012 le cadre de l'UE pour les victimes de la criminalité. Elle renforce les normes minimales de soutien et de protection, établit des lignes d'assistance téléphonique à l'échelle de l'UE (116 006), améliore l'accès à l'aide juridique et à l'indemnisation, et protège mieux les données personnelles des victimes contre les auteurs de crimes.

    « Nous saluons tout particulièrement toute mesure visant à mieux protéger les véritables victimes de crimes », explique Cornelia Kaminski, présidente fédérale de l’Action pour le droit à la vie pour tous (ALfA). « Les femmes victimes de violence, en particulier, ont besoin d’une aide facilement accessible, de conseils avisés, d’une thérapie pour les traumatismes et d’un soutien juridique. »

    L'infanticide prénatal est inscrit dans les directives destinées aux victimes

    ALfA critique le fait que la directive mentionne explicitement l'accès à l'avortement pour la première fois. Un considérant précise que les services de santé dans le domaine de la « santé sexuelle et reproductive » destinés aux victimes de violences sexuelles pourraient également inclure l'accès à l'avortement ; les États membres sont tenus de fournir ou de faciliter ces services « lorsque leur législation nationale le permet ».

    « Ce texte consacre l’avortement dans un cadre qui n’a en réalité rien à voir avec le sujet. C’est de la politique symbolique classique, menée sous couvert de protection des victimes », a déclaré Kaminski. « Dans l’UE, on estime que plus de 600 000 enfants sont tués avant leur naissance chaque année. L’enfant à naître est donc la victime la plus fréquente de violence, et non seulement il n’est pas mentionné dans ce texte, mais il est explicitement victimisé : son avortement prénatal est présenté comme un élément de la protection des victimes de violences sexuelles. »

    Le principe de subsidiarité et la dignité humaine bafoués

    ALfA souligne que la politique en matière d'avortement relève de la compétence exclusive des États membres, conformément aux traités européens.

    « Lorsque Bruxelles instrumentalise une directive relative aux victimes pour légitimer politiquement l’avortement, il s’agit d’un glissement insidieux des compétences et d’une violation du principe de subsidiarité », critique Kaminski. « L’UE invoque la dignité humaine, mais l’applique de manière sélective. Apparemment, elle ne s’applique pas aux enfants à naître. »

    Appel aux États membres

    La directive doit maintenant être formellement adoptée par le Conseil ; ensuite, les États membres disposent de deux ans pour la transposer en droit national.

    « Nous appelons les gouvernements membres du Conseil à ne pas approuver ce texte en l’état », déclare Kaminski. « L’Europe a besoin d’une protection efficace des victimes, mais pas d’une instrumentalisation de cette protection pour faire progressivement de l’avortement un “quasi-droit fondamental” européen. »

     

  • Objectif 2028 : La synodalité de François poursuit son chemin avec Léon

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Objectif 2028 : La synodalité de François progresse avec Léon

    Le document du secrétariat général du Synode expose le programme des années à venir et confirme l'intention exprimée il y a un an par le pape nouvellement élu : le processus synodal se poursuit et nous n'en serons jamais exemptés. L'espoir d'un changement de cap semble de moins en moins fondé et la direction reste celle fixée sous le pontificat de son prédécesseur.

    22/05/2026
    LaPresse (Photo AP/Gregorio Borgia)

    Le pape Léon XIV semble réticent à modifier la nouvelle synodalité souhaitée par le pape François, même par de légères corrections. Le 20 mai, le secrétariat général du Synode a publié un nouveau document, «  Vers les assemblées 2027-2028 : Étapes, critères et outils pour les assemblées de 2027-2028 », qui présente le programme et les événements des assemblées synodales jusqu’en 2028 et au-delà.

    Dans sa première allocution depuis la Loggia de la Bénédiction, il avait assuré que le processus synodal se poursuivrait. Il a d’ailleurs immédiatement confirmé la nomination du président Höllerich et du secrétaire Grech par le pape François et, les rencontrant le 26 juin 2025, les a invités à poursuivre sur la voie de cette nouvelle synodalité, envisagée comme un style ecclésial. Malgré cela, nombreux étaient ceux qui s’attendaient encore, à terme, à des ajustements ou des clarifications, compte tenu des nombreux doutes et critiques que cette nouvelle orientation avait suscités. Au moins, une suggestion a été faite, même si elle n'a pas été formulée explicitement. Peut-être certaines idées ont-elles émergé de ses nombreux discours, dont certains improvisés, mais toute révision significative du processus nécessiterait un document officiel ou de nouvelles nominations, ce qui n'a pas été le cas jusqu'à présent.

    On a plutôt observé des actes de confirmation et de soutien, comme lors du Jubilé des chrétiens LGBT et de la messe célébrée en leur honneur par l'évêque Savino, avec l'approbation explicite du pape Léon ; ainsi que les diverses audiences avec le père James Martin, qui, selon lui, avait reçu le soutien du pape, ce qu'il n'a jamais nié. Il convient également de rappeler que Léon XIV n'est pas intervenu officiellement concernant le Synode allemand, se contentant de rappeler la position adoptée par le Saint-Siège durant les dernières années du pontificat précédent et, dans les faits, laissant les choses suivre leur cours. Parallèlement, le cardinal Grech, secrétaire du Synode, a inclus des témoignages d'amis homosexuels du père Martin au sein du Groupe 9 du Synode et a proposé la fusion du Synodaler Weg avec le Synode de l'Église universelle. Cette décision pourrait passer pour une tentative de minimiser l'importance de l'expérience allemande, mais elle serait aussi, d'un autre côté, un signe de reconnaissance et lui offrirait un champ d'influence plus vaste.

    Ces événements avaient déjà refroidi les espoirs d'une réévaluation. Les réflexions de Léon XIV sur un processus comme le synode et sur un concept comme la nouvelle synodalité sont préoccupantes, car elles engendrent une désarticulation interne au sein de l'Église. Ce qui devrait unir divise, car cela donne progressivement naissance à des revendications d'indépendance et d'autonomie, jugées dignes d'être acceptées. Nous avons déjà évoqué les événements du Jubilé LGBT ; par ailleurs, les veillées contre l'homophobie et la transphobie organisées récemment dans divers diocèses en présence d'évêques relèvent également de la nouvelle synodalité, de même que les différentes assemblées diocésaines où laïcs, religieux et prêtres de diverses convictions expriment leurs opinions sur la manière dont l'Église doit être aujourd'hui. Voici maintenant le nouveau document du Secrétariat général qui, loin d'abréger le processus, le conduit inébranlablement à son terme en 2028 et envisage même sa poursuite au-delà. Le document espère que « la synodalité prendra de plus en plus la forme d'un mode de vie ecclésial ordinaire », qu'une véritable « conversion synodale » s'opérera et que la synodalité sera la voie du discernement, de l'évaluation et de la réorganisation ecclésiale. Autrement dit, nous ne serons jamais affranchis de cette nouvelle synodalité. Des points déjà confirmés lors des phases précédentes sont réitérés, sans aucun réexamen critique.

    La question de la durée n'est pas superficielle . Le synode de Paul VI a commencé et s'est achevé par la remise du résumé des travaux au Pape. Il s'agissait, en réalité, d'un service rendu à l'Église, mais il n'était pas l'Église. Le nouveau synode, en revanche, se considère comme l'expression de cette nouvelle synodalité comme essence même de l'Église – « l'Église est synodale », dit-on – et l'accompagne donc toujours comme son habitus propre . Il ne peut être clos, il ne peut être épisodique.

    Parmi les nombreux points abordés dans les dix-huit pages du document, nous en soulignons quelques-uns des plus importants, en plus de ceux déjà mentionnés. D’ici 2028, une multitude d’assemblées diocésaines, nationales, continentales et, enfin, universelles se tiendront en présence du Pape. Le document appelle à un élargissement du rôle des laïcs et des femmes dans les services ecclésiaux, y compris liturgiques. Il est indiqué que les futures assemblées devront présenter une composition très diversifiée, incluant des représentants d’autres Églises chrétiennes et d’autres religions. En 2028, précise le document, le processus entamé les 18 et 19 octobre 2021 s’achèvera. Cette conclusion n’aura cependant pas pour but de clore le débat, mais plutôt de l’ouvrir afin d’assurer la continuité de cette manière d’être l’Église pour les années à venir. Le document qualifie les participants aux différentes assemblées synodales de « militants » et d’« activistes » au sein de leurs réalités ecclésiales respectives, afin que cette nouvelle manière d’être l’Église puisse s’enraciner dans la pratique quotidienne.
    Ce document ne laisse aucun doute : le pape Léon XIV poursuivra aussi fidèlement que possible le processus souhaité par François.

  • Le rapport du Synode présente un « changement de paradigme » toxique (Mgr Mutsaerts)

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    De Mgr Mutsaerts (évêque auxiliaire de Bois-le-Duc) sur son blog :

    Le rapport du Synode présente un « changement de paradigme » toxique.

    Le Synode des évêques a mis en place dix groupes d’étude pour le Synode sur la synodalité. Le « groupe d’étude n° 9 » se penche principalement sur la manière dont l’Église peut aborder collectivement des questions doctrinales, pastorales et éthiques controversées. Le groupe d’étude n° 9 a publié son rapport final le 5 mai dernier. Dans un communiqué de presse publié le même jour, le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode, a décrit le rapport du groupe d’étude n° 9 comme un document touchant « au cœur de la vie ecclésiale ». Entre-temps, le Secrétariat général du Synode prend toutefois ses distances par rapport à ce même rapport. Un porte-parole du secrétariat a souligné que « les groupes de travail ont travaillé de manière autonome » et que, par conséquent, « ces rapports ne peuvent être attribués au Secrétariat du Synode ».

    Dans les débats, de nombreux catholiques voient dans ces rapports non seulement un changement d’accent, mais la suggestion d’une modification de la doctrine elle-même, en particulier lorsqu’il est question d’un « changement de paradigme ». La politique identitaire, la révolution sexuelle après les années soixante et le vocabulaire de « l’expérience vécue » dominent aujourd’hui même les discussions ecclésiales.

    L'Église n'est pas opposée au changement. Ce à quoi elle s'est toujours opposée, c'est le culte des nouveautés simplement parce qu'elles sont nouvelles. Il existe aujourd'hui une tendance à assimiler la vérité au mouvement historique. La modernité a inconsciemment accepté l’hypothèse selon laquelle ce qui vient après est nécessairement meilleur. Mais meilleur dans quelle direction ? Chesterton a fait remarquer qu’avant de pouvoir parler de progrès, il faut d’abord savoir où l’on veut aller. Un homme qui marche dans la mauvaise direction ne progresse pas en marchant plus vite.

    C’est pourquoi nous devons nous méfier profondément de l’expression « changement de paradigme » lorsqu’elle implique que la morale chrétienne doit évoluer simplement parce que la société contemporaine a changé. Cela reviendrait en effet à renoncer à la revendication centrale du christianisme : à savoir que la vérité juge l’histoire, et n’est pas jugée par l’histoire. Et pourtant, c’est ce que suggère le rapport du Groupe d’étude 9.

    L'Église a survécu aux empires, aux philosophies et aux modes parce qu'elle était ancrée dans quelque chose qui se situe au-delà de l'histoire. Chaque époque se considérait comme éclairée. Chaque époque a fini par paraître ridicule aux yeux de celle qui lui a succédé. Le rôle de l’Église n’est pas de refléter la civilisation, mais de la remettre en question. S’il n’y a pas de continuité dans la doctrine, il y a rupture. Pourquoi une petite élite d’intellectuels contemporains aurait-elle le droit de passer outre deux mille ans de réflexion chrétienne ?

    Dans les débats ecclésiaux modernes, la pression provient souvent de cadres de pensée psychologiques contemporains, de tendances sociologiques ou d’attentes culturelles autour de l’autonomie et de l’identité. Ceux-ci contiennent certes des idées, mais ils ne sont pas neutres. La doctrine catholique sur la sexualité n’a jamais été fondée uniquement sur des conventions sociales. Elle est issue d’une vision intégrée de la création, du sacrement, de la corporéité, du sacrifice et de la téléologie. Le mariage n’est pas seulement un arrangement juridique ; c’est un symbole cosmique. L'éthique sexuelle ne consiste pas en des règles arbitraires imposées par des ecclésiastiques, mais en des conséquences découlant d'une vision de ce qu'est la personne humaine. Lorsque l'on dissocie l'éthique sexuelle de cette vision métaphysique plus large, c'est finalement la cohérence du christianisme lui-même qui se dissout. Les dogmes s'articulent entre eux comme les voûtes d'une cathédrale. Retirez une seule pierre porteuse, et l’édifice ne s’effondre pas immédiatement, mais des tensions commencent à apparaître partout.

    L'un des grands malentendus concernant l'orthodoxie est de croire que la fermeté doctrinale exclut toute compréhension de la faiblesse humaine. Or, c'est précisément parce que l'Église possède une doctrine solide sur le péché qu'elle éprouve une immense compassion pour la faiblesse humaine. L'idéologie moderne divise souvent l'humanité en oppresseurs et en victimes. Le christianisme divise l’humanité en pécheurs aimés de Dieu. L’amour exige la vérité précisément parce que les hommes ont une destinée éternelle. L’Église ne peut guérir les âmes en leur disant que la réalité morale change sous la pression des émotions ou des courants culturels. Un médecin qui adapte ses diagnostics uniquement pour rassurer ses patients cesse de guérir.

    Chaque culture a tendance à se déséquilibrer. À l’époque païenne, le christianisme défendait la chasteté. À l’époque puritaine, le christianisme défendait la fête. À l’époque matérialiste, le christianisme défendait le mysticisme. À l’époque du chaos, le christianisme défendait l’ordre. Chesterton rejetterait probablement l’idée selon laquelle l’Église doit devenir culturellement « crédible » en s’adaptant aux conceptions contemporaines de la sexualité. L’Église a toujours semblé étrange au monde. Cette étrangeté n’est pas un malheur, mais une réalité essentielle.

    Les premiers chrétiens étaient considérés comme absurdes parce qu'ils rejetaient le divorce, l'infanticide, la débauche sexuelle et la marchandisation du corps. Leur éthique ne correspondait pas aux normes romaines. Le christianisme n'a pas triomphé en s'adaptant, mais en proposant une vision radicalement différente de la dignité humaine.

    Aujourd’hui, le christianisme risque de répéter la même erreur que le protestantisme libéral aux XIXe et XXe siècles. De nombreuses communautés protestantes ont tenté de s’adapter à l’appel intellectuel de la modernité. Mais dès que le christianisme devient le simple écho religieux de l’opinion dominante, il perd son identité. Les gens le sentent et s’en détournent en masse. Une Église qui se contente de répéter le consensus culturel finit par devenir superflue.

    Examinons donc avec méfiance l’expression « changement de paradigme », telle qu’utilisée par le Groupe d’étude 9. Signifie-t-elle : un changement de ton pastoral ? une évolution dans l’application pratique ? une formulation plus profonde d’une vérité immuable ? ou une révision substantielle de la doctrine morale ? La vie intellectuelle moderne cache souvent les révolutions derrière des euphémismes. Si un dogme doit être modifié, il faut dire honnêtement qu’il est modifié. S’il n’est pas modifié, il faut expliquer clairement comment la continuité est préservée. La crédibilité de l’Église en dépend.

    Face à un rapport synodal proposant un « changement de paradigme » dans l’approche de la sexualité par l’Église, la méfiance est de mise. Si ce changement implique davantage de patience pastorale, un accompagnement plus humain, une plus grande humilité, une écoute plus attentive et une meilleure reconnaissance de la souffrance et de la complexité de la vie moderne, alors je l’accueillerais favorablement. Le christianisme sans charité devient cruauté. Mais si ce changement signifie que la vérité révélée est subordonnée aux présupposés culturels contemporains, alors je le rejette fermement. Ce ne serait pas un renouveau, mais une capitulation. L’Église ne survit pas parce qu’elle suit chaque esprit du temps, mais parce qu’elle porte une vérité qui transcende tous les temps. Comme l’a dit Chesterton : la chose la plus radicale que l’Église puisse faire, quel que soit le siècle, n’est pas de changer avec le monde, mais de rester fidèle alors que le monde autour d’elle change.

    +Rob Mutsaerts

    le 19 mai 2026

  • Joël Pralong est-il encore catholique ?

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    Joël Pralong (*), prêtre suisse du diocèse de Sion (Valais), est en tension avec la doctrine catholique principalement sur les questions d’homosexualité, de transidentité et de morale sexuelle. Il est l’auteur de plusieurs livres sur ces thèmes (dont Homos, trans et Dieu les bénit !, 2024) où il plaide pour un accueil inconditionnel et une relecture des enseignements traditionnels.

    Positions de l’Église catholique (doctrine officielle)

    La doctrine constante de l’Église, reprise dans le Catéchisme de l’Église catholique (§§ 2357-2359) et des documents du Magistère comme Persona Humana (1975) ou la Lettre sur la pastorale des personnes homosexuelles (1986), affirme :

    • Les actes homosexuels sont « intrinsèquement désordonnés » : ils ferment l’acte sexuel au don de la vie et ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable (homme-femme). Ils « ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas ».
    • L’inclination homosexuelle est « objectivement désordonnée » (tendance vers un comportement moralement mauvais), même si elle n’est pas en elle-même un péché.
    • Les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté (comme tout baptisé non marié) et à l’union au Christ.
    • L’Église distingue la personne (à respecter, sans discrimination injuste) et les actes (à ne pas approuver). Le mariage est réservé à l’union homme-femme ouverte à la vie.

    Sur la transidentité, l’Église (notamment dans Dignitas infinita, 2024) défend l’identité sexuelle biologique comme don de Dieu et s’oppose à l’idéologie du genre qui dissocie sexe et genre de manière subjective ou idéologique.

    Les positions de Joël Pralong qui créent la contradiction

    D’après ses déclarations et livres :

    • Il veut délier homosexualité et péché (« homo-sensibilité ») et critique une morale qui mettrait trop l’accent sur l’abstinence. Il pose la question : « Est-ce le rôle de l’Église de contrôler ce qui se passe sous la couette des gens ? » Il voit dans les relations homosexuelles stables un possible « signe d’un échange d’amour interpersonnel » et un chemin humanisant. "Pour le père Joël Pralong, les rapports homosexuels peuvent être « le signe d’un échange d’amour interpersonnel »" (cathobel)
    • Il relativise la formulation du Catéchisme (« actes intrinsèquement désordonnés ») en la jugeant décontextualisée par rapport à la Bible (Rm 1, etc.). Il argue que l’homosexualité moderne n’est pas une « rébellion contre Dieu » mais une réalité de personne non choisie.
    • Il soutient les bénédictions de couples de même sexe dans l’esprit de Fiducia supplicans (2023), en allant parfois plus loin en valorisant le lien lui-même.
    • Sur les personnes trans, il distingue idéologie du genre et souffrance individuelle, plaidant pour un accompagnement qui peut inclure des transitions dans certains cas, tout en restant prudent.

    Il met en avant l’expérience pastorale, la psychologie, l’écoute des personnes et « ce que dirait Jésus aujourd’hui » (accueil inconditionnel), plutôt que la norme objective de la loi morale naturelle et de la Révélation.

    Pourquoi c’est en contradiction ?

    Ces vues s’opposent à l’enseignement magistériel sur plusieurs points :

    • Elles semblent approuver (ou du moins ne pas condamner) des actes que l’Église qualifie d’intrinsèquement désordonnés.
    • Elles relativisent la loi morale objective au profit d’une approche situationnelle ou « personnaliste » extrême (« la personne est plus grande que la règle »).
    • Elles remettent en cause l’anthropologie chrétienne du corps et de la sexualité (complémentarité homme-femme comme reflet du dessein créateur).

    L’Église distingue accueil des personnes (qui doit être bienveillant) et approbation des actes ou des unions (qui n’est pas possible). Pralong est perçu par certains comme franchissant cette ligne vers une forme de normalisation.

    Note importante : Joël Pralong reste un prêtre en exercice dans son diocèse et n’a pas été sanctionné publiquement de manière visible (pas d’excommunication ou retrait notable signalé dans les sources récentes). Cela reflète souvent une tension pastorale/théologique courante dans certaines régions, sans forcément une censure formelle. Ses idées s’inscrivent dans un courant « inclusif » qui interprète Fiducia supplicans de manière extensive, parfois au-delà de l’intention du document.

    En résumé, la contradiction porte sur la morale sexuelle objective versus une approche prioritairement empathique et contextuelle qui tend à relativiser les normes doctrinales. Pour l’Église, la vérité sur l’homme et la sexualité vient de la Révélation et de la raison (loi naturelle), pas seulement de l’expérience subjective.

    * Joël Pralong est prêtre du diocèse de Sion en Suisse. Infirmier en psychiatrie de formation, puis curé et supérieur du Séminaire de son diocèse, il poursuit sa mission comme chapelain de la Basilique de Notre-Dame de Valère (Sion) et prédicateur de retraites.

  • La réplique cinglante d’un éminent israélite à la lettre du patriarche de Jérusalem

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    La réplique cinglante d’un éminent israélite à la lettre du patriarche de Jérusalem

    (s.m.) La dernière lettre pastorale du patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa – relayée dans le dernier article de Settimo Cielo – a suscité beaucoup d’intérêt, non seulement parmi les chrétiens mais également parmi les Juifs d’Israël et de la diaspora.

    Ce qui va suivre est le commentaire que nous a fait parvenir un Israélite parmi les plus éminents, Sergio Della Pergola (photo), professeur émérite à l’Hebrew University of Jérusalem et chercheur de renommée mondiale en démographie et en sociologie du judaïsme.

    Le professeur Della Pergola saisit pleinement et respecte le côté plus biblique et théologique que géopolitique de la lettre du cardinal.

    Il ne peut cependant pas s’empêcher de pointer du doigt, dans les dizaines de pages que compte le texte, des jugements de nature politique, en particulier quant à l’« événement » décisif qu’a été le massacre de civils juifs perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023.

    Et ce sont précisément les deux lignes où Pizzaballa mentionne que ce massacre, « pour les Palestiniens représente l’ultime étape dramatique d’une longue histoire d’humiliations et d’exodes », qui font dire au professeur Della Pergola que ce seul jugement fondamentalement erroné suffit à « fermer la porte à toute possibilité de réflexion ou de dialogue commun futur entre catholiques et Juifs sur le 7 octobre, sur l’avant et sur l’après ».

    Les seules lueurs de dialogue – encore qu’elles soient incertaines – que le professeur Della Pergola voit émerger chez Pizzaballa concernent tout au plus la partie musulmane, et non les Juifs. Et en effet, le cardinal lui-même reconnaît, dans un passage de sa lettre, une difficulté de compréhension notamment avec le petit nombre de Juifs de confession catholique qui vivent en Israël, auxquels il promet davantage de moments de rencontre pour briser leur « solitude » dans « une Église qu’ils ne considèrent peut-être pas totalement comme la leur ».

    Sans parler des différents courants qui divisent le judaïsme, dont certains sont franchement hostiles aux chrétiens, parfois même violents, et totalement fermés à toute forme de dialogue. Un dialogue dont le concile Vatican II a posé les premières bases mais qui reste encore en grande partie à construire.

    *

    « Le cardinal n’a pas compris ou ne veut pas comprendre »

    par Sergio Della Pergola

    La lettre pastorale du cardinal Pierbattista Pizzaballa “Ils retournèrent à Jérusalem dans une grande joie » suscite certaines réflexions, du point de vue d’un Juif vivant en Israël.

    Le cardinal Pizzaballa est actuellement le patriarche latin de Jérusalem depuis novembre 2020, après avoir été administrateur apostolique de ce même patriarcat entre 2016 et 2020 et custode de Terre sainte entre 2004 et 2016. Auparavant, entre 1995 et 1999, il a été doctorant à l’Université de Jérusalem et, depuis 1990 – depuis son ordination presbytérale – il a étudié la théologie biblique au « Studium Biblicum Franciscanum » de Jérusalem. Le Cardinal vit donc à Jérusalem depuis plus de 36 ans, il parle correctement l’hébreu (ainsi que l’arabe) et il connaît comme personne la ville et la campagne environnante. Il est sans doute l’observateur catholique le plus ancien et le plus compétent de Jérusalem, d’Israël et de Palestine.  En tant que membre du Sacré-Collège des cardinaux depuis sa nomination par le pape François en 2023, c’est une personnalité influente de l’Église catholique apostolique romaine. Personne mieux que lui ne connaît ni n’est capable d’analyser les complexités du système politique de l’État d’Israël, ainsi que de la diaspora juive qui – qu’on le veuille ou non – est inextricablement impliquée dans les décisions et les dilemmes de l’État. C’est sur ces prémisses que se fondent les attentes des lecteurs.

    Un document tel que la lettre pastorale du patriarche de Terre sainte, aussi détaillé, fin et analytique, se démarque des documents diocésains destinés aux quelques milliers de fidèles de catholiques sur les 15 millions d’habitants que compte le territoire d’Israël et de Palestine (auxquels s’ajoutent 11,5 millions d’habitants en Jordanie et 1,5 million à Chypre) faisant l’objet de l’activité diocésaine du cardinal Pizzaballa. Il semble nettement plus plausible qu’il s’agisse en revanche d’une synthèse des impressions et des réflexions mûries au cours de plus de 35 ans d’activité pastorale, presque comme s’il s’agissait de laisser un testament ou un programme. « L’objectif – peut-on y lire – est d’aider chacun à s’interroger sur la manière de vivre aujourd’hui la foi chrétienne sur cette terre à la lumière de l’Évangile ».

    Ce document est explicitement un guide spirituel et non une analyse géopolitique. On ne peut cependant s’empêcher de se demander jusqu’à quel point ces deux dimensions peuvent rester déconnectées et jusqu’où on peut se désintéresser de la réalité concrète pour que le document conserve sa pertinence. La réalité, c’est que l’Église catholique – pour laisser un instant de côté la Jordanie et Chypre – œuvre dans l’État d’Israël, qui compte une majorité de Juifs, et en Cisjordanie et à Gaza, où vit une majorité d’Arabes musulmans. Les conditions juridiques, institutionnelles et politiques de ces endroits varient mais déterminent cependant la capacité d’action de l’Église et le destin des catholiques de la région.

    En lisant ce document, on a l’impression que Jérusalem serait l’endroit le plus important du monde pour la foi catholique, et on est en droit de se demander quel est alors le rôle de Rome dans ce cas. Pourquoi Jérusalem n’est-elle pas le siège central du catholicisme, avec la papauté et la Curie ? Si les lieux essentiels du passé se trouvent à Jérusalem et que l’avenir consiste à attendre que la nouvelle Jérusalem descende du ciel, alors pourquoi la capitale spirituelle ne s’y trouve-t-elle pas ?

    Il reste cependant clair que, comme dans la vision idéale qui nous est ici présentée, aucune autorité terrestre séculière ne compte et que seule l’utopie spirituelle préside à l’analyse et à la perspective des actions à mener. La ville de Jérusalem est définie comme étant « nôtre », en prélude à la véritable et définitive « polis », la Jérusalem céleste. Nulle trace dans cette lettre de l’État d’Israël ou de l’Autorité palestinienne. Le document ignore complètement ces entités sans même justifier la raison de leur omission. Dans le monde idéal qui nous est présenté, elles n’existent tout simplement pas et n’ont pas voix au chapitre, ou peut-être fait-il le choix politique d'être détaché du contexte terrestre, alors qu’il s’agit pourtant de la seule réalité quotidienne.

    Au début de la première partie de sa lettre, le cardinal affirme que « le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza ont représenté quelque chose de différent et de bouleversant pour chacun des deux peuples de cette terre. » Dans l’ordre suivant : « Pour les Palestiniens, cela représente l’ultime étape dramatique d’une longue histoire d’humiliations et d’exodes. Pour les Israéliens, en revanche, quelque chose d’inédit : des violences qui ont fait revivre les horreurs survenues en Europe il y a quatre-vingts ans. »

    C’est ici que sa lettre me tombe des mains, quand il décrit de cette manière des événements qui se sont déroulés dans un ordre dramatiquement inversé, et avec des acteurs différents. Si le 7 octobre est bien un tournant historique marquant la fin d’une époque, attention, il ne l’est pas pour les raisons décrites par le cardinal. Pour les Juifs, le 7 octobre constitue une brève réplique de la Shoah à quatre-vingts années de distance de la seule et véritable Shoah : un massacre barbare et monstrueux de civils dans leurs propres maisons. Mais pour les musulmans, il représente le choix d’une violence sans précédent pour affirmer leur propriété absolue et exclusive du territoire, pour effacer Israël et exiger un Califat islamique à la place. L’inversion de l’ordre des facteurs et le travestissement des faits constitue un choix narratif important. Puisqu’il existe plus de deux récits possibles, le choix ici de l’un exclut la possibilité du second. Le choix du cardinal ferme la porte à toute possibilité de réflexion ou de dialogue commun futur entre les catholiques et Juifs sur le 7 octobre, sur l’avant et l’après. » À moins qu’il ne vise, sans que nous le sachions, à ouvrir ou à chercher à établir de nouvelles perspectives de dialogue entre catholiques et musulmans.

    Le 7 octobre est un point de l’histoire qu’on ne peut pas ignorer. Mais le cardinal n’a pas compris ou ne veut pas comprendre. Avec pour résultat que la lecture de toutes les pages suivantes du document est littéralement décrédibilisée par cette monumentale erreur de parcours. Le 7 octobre est un critère incommensurable et irréversible. En lisant les pages suivantes du document, le lecteur sera inévitablement porté à chercher d’autres affirmations d’intérêt politique dans un texte qui, comme nous l’avons déjà noté, se veut éminemment théologique. Et peut-être en raison du soin particulier apporté à leur recherche, ces positions politiques finiront en effet par s’inscrire encore et toujours dans une seule et même direction : celle d’un récit unilatéralement critique à charge d’Israël et aussi, en filigrane, à charge du peuple juif. Il n’y a presque aucune référence, ni critique ni autre, adressée au monde musulman, qui est pourtant clairement prédominant au Moyen-Orient, et qui est également présent à l’intérieur du périmètre diocésain de Chypre-Israël-Palestine-Jordanie.

    On retrouvera donc la position critique relative à la discrimination et à la persécution dont on suppose que les Palestiniens font l’objet de la part d’Israël, sans la moindre mention du phénomène du terrorisme et des mouvements islamistes subversifs qui, par ailleurs, ne respectent même pas l’ordre établi par une partie des autorités des pays arabes. Pas la moindre allusion non plus à la persécution des communautés chrétiennes. Les peurs exprimées en d’autres occasions par ce même cardinal Pizzaballa envers les revendications des extrémistes islamistes sont ici ignorées. On trouve en revanche une petite insinuation, dans la nouvelle veine de la critique de la technologie, avec l’affirmation selon laquelle des gens sont morts à la guerre par décision d’un algorithme. Mais avec la même logique, on pourrait dire que la vie de nombreuses personnes a été épargnée par la décision d’un algorithme.

    En résumé, Israël est identifié à l’oppression, à la discrimination, à l’appropriation matérialiste, et comme le détenteur presque illégitime d’un bien universel, Jérusalem, censé être partagé avec toute l’humanité. Mais pourquoi, dans ce cas, ne pas imaginer un partage de la Cité du Vatican avec les Juifs et les musulmans ?

    On ne trouve nulle part mention du fait que sous le régime israélien, les communautés chrétiennes ont pu se développer numériquement alors que sous le régime palestinien, elles ont été largement réduites. Dans les territoires palestiniens, les villes historiquement à majorité chrétienne – légalement censés être dirigés par un maire chrétien – hébergent aujourd’hui une majorité musulmane.

    Sur le plan du dialogue interreligieux entre Juifs et chrétiens, aucun point de débat n’émerge, aucun point d’appui à partir duquel on pourrait développer une conversation possible sur des thématiques partagées. La partie juive est tout simplement ignorée. Jérusalem est bien une ville à partager, face à toutes les revendications opposées des Israéliens et des Palestiniens. La petite et vulnérable communauté chrétienne ne dispose d’aucun pouvoir militaire ni économique, mais elle finira par hériter de la terre. Le fait que quelqu’un d’autre puisse entretenir des idéaux d’héritage spirituel portant sur la même terre – et la manière de rendre ces deux idéaux compatibles – n’est même pas pris en considération. Il n’y a plus de frères aînés.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Léon XIV : Combien de temps dure une transition ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Combien de temps dure une transition ?

    18 mai 2026

    Le schisme lefebvrien potentiel est la première crise majeure à laquelle Léon XIV a dû faire face depuis son élection au pontificat. Le souverain pontife, dont la mission était de résoudre les conflits au sein de l’Église, se retrouve confronté à un groupe très combatif de prêtres et d’évêques qui ont décidé, pour préserver leur hiérarchie vieillissante, d’ordonner de nouveaux évêques sans mandat papal.

    Cette semaine, la situation s’est rapprochée du schisme.

    Dans une déclaration, le cardinal Victor Manuel Fernandez, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, a réitéré que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, dite des Lefebvristes, encourrait l’excommunication latae sententiae si elle décidait, comme annoncé précédemment, de procéder à l’ordination de plusieurs nouveaux évêques.

    Cette déclaration n’était pas seulement un acte nécessaire, mais un acte qui a clairement marqué un point de non-retour. Elle a également mis en évidence à quel point la transition vers le pontificat de Léon XIV est encore loin d’être achevée.

    D’une part, ce genre de manœuvres de la part de la FSSPX n’a rien de nouveau sous le soleil. Les lefebvristes avaient agi de la même manière en 1988, lorsqu’ils s’étaient exposés à l’excommunication latae sententiae après avoir ordonné quatre évêques sans mandat papal, et cette situation n’a pas été résolue pendant vingt ans, jusqu’à ce que Benoît XVI décide de révoquer l’excommunication dans l’espoir de jeter les bases d’un dialogue et d’une unité renouvelée au sein de l’Église.

    La Fraternité prend cette décision à un moment où le mouvement traditionaliste au sein de l’Église semble particulièrement fort. Les images des derniers pèlerinages Paris-Chartres sont sous les yeux de tous, tandis que la forte augmentation des baptêmes d’adultes (pour la plupart traditionalistes) en France a conduit l’archidiocèse de Paris lui-même à se pencher sur la question dans le cadre d’un conseil régional ad hoc de la région Île-de-France.

    La Fraternité se trouve toutefois dans une situation différente de celle de 1988. Au-delà des sympathies personnelles diverses, la FSSPX ne dispose pas d’une figure charismatique comme Mgr Lefebvre, qui jouissait pourtant d’une réputation de missionnaire de grand talent et pouvait compter sur de solides alliances, même au sein du Vatican.

    C’est Lefebvre qui a forcé la main, alors même que le Saint-Siège tentait à tout prix d’éviter l’ordination et, par conséquent, l’excommunication latae sententiae. Et immédiatement après le schisme, le Saint-Siège a créé la Commission Ecclesia Dei, supprimée par la suite par le pape François, ainsi que la Fraternité Saint-Pierre, qui est la réponse du Vatican au mouvement traditionaliste : on peut rester dans l’Église tout en célébrant selon l’ancien rite.

    Entre autres, la Fraternité a reçu un soutien significatif de la part du pape François lors d’une audience qui a suivi la lettre apostolique Traditionis Custodes qui a de fait abrogé la libéralisation des célébrations selon le vetus ordo.

    En bref, l’annonce de la FSSPX intervient à une époque très différente de celle où le premier schisme a été défini, et certainement avec un soutien au sein de l’Église qui, d’une certaine manière, a été intégré.

    L’annonce du cardinal Fernandez, accompagnée d’un communiqué officiel, a donc des allures de déclaration de guerre non sollicitée. Fernandez avait déjà rencontré le supérieur de la Fraternité, le père Davide Pagliarani, et le communiqué du Dicastère sur cette rencontre expliquait clairement que si les lefebvristes allaient de l’avant avec les ordinations, ils s’exposeraient à l’excommunication.

    De leur côté, les lefebvristes ont joué un jeu subtil. Ils ont demandé miséricorde, faisant ainsi appel à l’un des piliers du pontificat du pape François et tirant parti d’une attitude positive ancrée dans la conviction que le droit canonique ne devrait jamais être punitif. Ils ont toutefois souligné que leur décision répondait à une crise plus large.

    Et, enfin, ils ont lancé un appel en faveur de la vraie foi. De plus, le père Davide Pagliarani a accordé une longue interview, au cours de laquelle il a réitéré leurs positions tout en se montrant assez raisonnable et désireux de rencontrer Léon XIV.

    Léon XIV décida de ne pas intervenir personnellement dans cette affaire. En réalité, cependant, le cardinal Fernández profita de la confiance qui lui était accordée pour déclencher avec force une guerre, presque comme pour laisser entendre que personne ne devrait s’étonner si un schisme venait à se produire.

    Dans quelle mesure la décision de Fernandez est-elle cohérente avec le pontificat de Léon XIV ? Dans quelle mesure cette déclaration relève-t-elle de son initiative personnelle, et dans quelle mesure n’en relève-t-elle pas ? Et pourquoi une déclaration maintenant ?

    Alors que ce débat faisait rage, Léon XIV se rendit à La Sapienza, la plus ancienne université d’Europe, fondée par un pape. Léon se rendait à l’université où Benoît XVI avait refusé de se rendre, suite aux appels et aux critiques des professeurs à son encontre.

    Le texte du discours de Léon XIV est intéressant. Ce n’est pas un discours confessionnel, mais il replace Dieu au centre du mystère, souligne que la culture est aussi une forme de charité et appelle les jeunes à surmonter les polarisations idéologiques. Mais c’est aussi un texte qui semble ignorer l’éléphant dans la pièce : cette même université avait rejeté la venue de Benoît XVI.

    Une évocation de cette visite manquée n’aurait pas été dans le style de Léon XIV. Pourtant, le discours semble manquer de mordant, ressemblant davantage à un discours scolastique qu’à un discours prophétique. Il y avait une référence à Augustin, mais la place centrale d’Augustin, présente dans d’autres discours papaux, faisait défaut.

    La question qui reste en suspens est la suivante : quand la transition entre le pontificat de François et celui de Léon XIV sera-t-elle achevée ? Quand tous les rédacteurs fantômes auront-ils été remplacés par des personnes plus en phase avec la personnalité du pape ? Quand les préfets des dicastères perdront-ils cette importance qui les pousse à faire des déclarations officielles même lorsqu’il n’y a probablement pas lieu de le faire ?

    Léon XIV est engagé dans une longue transition. Cinq chefs de dicastères sont en train de changer, d’autres partiront au cours de l’année prochaine, mais dans d’autres cas, Léon XIV attendra simplement leur départ à la retraite ou la fin de leur mandat. C’est une manière d’éviter les crises internes et de développer le discernement, en permettant aux personnes qui mettront en œuvre les décisions papales de mûrir.

    Au cours des deux ou trois prochaines années, cependant, nous nous retrouverons face à un pontificat à plusieurs vitesses. D’un côté, le pape, avec ses décisions personnelles, ses discours manuscrits et sa volonté d’absorber les conflits de l’Église. De l’autre, les collaborateurs du pontificat précédent, qui ont besoin de montrer au monde qu’ils n’avaient pas tort auparavant et qui, de toute façon, ne peuvent pas pleinement comprendre le nouveau pape.

    Léon XIV risque ainsi d’être freiné par sa propre ouverture d’esprit et sa confiance dans la génération actuelle de dirigeants de la Curie.

    Alors que le pape est confronté à la première crise majeure de son pontificat, nous verrons si sa confiance est bien placée.

  • La querelle des historiens à propos de la « légende noire » espagnole

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    De Javier Esparza sur le site de La Nef :

    La querelle des historiens face à la « légende noire » espagnole

    L’Espagne connaît depuis quelques années une remise en cause de la « légende noire » espagnole qui présente l’histoire de ce pays, tout partioculièrement depuis le XVIe siècle, d’une façon simpliste et manichéenne. Point de la situation par l’un des intellectuels espagnols en pointe contre le mythe de cette « légende noire ».

    Le fait le plus marquant de la culture espagnole, au cours du dernier quart de siècle, est le mouvement populaire de réappropriation de l’identité historique nationale. Il y a vingt-cinq ans, il était difficile de publier des livres qui présentaient l’histoire de l’Espagne sous un jour favorable. Aujourd’hui, au contraire, les librairies regorgent d’ouvrages qui valorisent la Reconquista, la conquête de l’Amérique ou l’Espagne du Siècle d’or, et pas seulement les librairies : cette vague déferle sur Internet et a même atteint le cinéma indépendant. Tout cela, et il est très important de le souligner, s’est fait en marge du pouvoir et contre lui : le discours officiel en Espagne continue de reposer sur les clichés de la Leyenda negra (Légende noire), et ce non pas pour des raisons scientifiques, mais pour des raisons politiques, car c’est dans ce discours que convergent les intérêts de la gauche hispanophobe, de la droite mondialiste et des caciquismes séparatistes. L’endophobie, la haine de soi, est en Espagne une politique d’État depuis un demi-siècle. Mais aujourd’hui, le mur s’effrite à la base : une partie croissante de la société a cessé de gober ce discours. Et le pouvoir s’inquiète, comme il est naturel.

    Récemment, deux professeurs pro-gouvernementaux (c’est-à-dire de gauche), dont l’un est célèbre pour l’absurdité de ses propos, ont publié une prétendue « étude » sur le poids croissant de ce patriotisme historiographique, phénomène qu’ils jugent avec la plus grande sévérité et qu’ils identifient à l’« extrême droite ». Cette « étude » n’a fait parler d’elle que parce qu’elle a trouvé un écho dans Eldiario.es, le journal de référence de la gauche radicale espagnole. Dans l’acte d’accusation, figurent plusieurs noms concrètement : Javier Rubio Donzé, Javier Santamarta, Marcelo Gullo, Fernando Díaz Villanueva… et votre serviteur. Nos délits sont surtout au nombre de trois. Le premier est de faire de la vulgarisation historique sans avoir suivi de cursus universitaire en histoire. Le deuxième est de diffuser une vision romantique et irréaliste de l’histoire de l’Espagne, éloignée du « consensus académique ». Le troisième est de commettre des erreurs de fond, comme mettre en avant « l’exception espagnole » ou utiliser des concepts politiques actuels pour interpréter le passé. Examinons chacun d’entre eux.

    Lire la suite sur le site de La Nef

  • Et si l'Église catholique se concentrait sur la mauvaise crise ?

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    De Gaetano Masciullo sur The European Conservative :

    L'Église catholique se concentre sur la mauvaise crise

    Toute tentative visant à corriger les inégalités par le biais d'une intervention politique ou d'une planification mondiale finit par détruire les mécanismes qui génèrent une véritable prospérité.

    17 mai 2026

    Le 27 avril, deux dicastères du Vatican — le Dicastère pour la promotion du développement humain intégral et le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie — ont publié un document conjoint visant à sensibiliser les familles catholiques à une question qui, selon les dicastères eux-mêmes, représente une crise urgente tant pour le monde que pour l’Église elle-même.

    Cette crise urgente pour les dicastères du Vatican est la crise écologique. C’est pourquoi le texte va jusqu’à suggérer qu’une famille catholique, pour être véritablement telle, ne peut se soustraire à l’éducation de ses membres au respect de l’environnement. En effet, le concept même de spiritualité catholique inclut une conscience « écologique intégrale ». 

    Les auteurs, se référant au magistère environnementaliste du pape François — en particulier à l’encyclique-manifeste Laudato si’ et à l’exhortation Laudate Deum — ainsi qu’à la première exhortation apostolique du pape Léon XIV, Dilexi te, qui se présente comme un développement de celles-ci, soutiennent que la crise en question concerne non seulement l’environnement naturel, mais aussi l’environnement humain. Ils entendent par là la crise économique généralisée, c’est-à-dire la situation dramatique de pauvreté qui touche la majorité de l’humanité.

    Les estimations les plus récentes indiquent qu’environ deux milliards de personnes — concentrées principalement dans les pays du Nord — jouissent d’un bien-être relatif, tandis que les six milliards restants vivent dans la pauvreté, la maladie et l’ignorance ; parmi eux, environ un milliard vit dans l’extrême pauvreté. Cette asymétrie génère une pression migratoire structurelle du Sud vers le Nord, seulement en partie spontanée, alimentée par l’idée – plus idéologique que réelle – que l’entrée dans des sociétés économiquement prospères entraîne automatiquement une amélioration des conditions de vie.

    Ces dernières années, l’Église catholique semble avoir adopté cette vision. Pourtant, l’histoire de l’humanité montre que la simple intégration dans des structures sociales efficaces ne suffit pas à sortir les migrants pauvres de leur condition. La pauvreté est en effet un phénomène complexe et multidimensionnel : non seulement économique ou politique, mais surtout mental et culturel. 

    Ce dernier aspect reste un tabou, difficile à aborder sereinement – en Occident comme ailleurs – car il est considéré comme politiquement incorrect. Quiconque tente d’en discuter est souvent accusé d’affirmer, de manière simpliste, que les pauvres sont pauvres « par choix » et méritent donc de le rester. Mais cette simplification est trompeuse et empêche une analyse sérieuse du problème. 

    Malheureusement, cette objection fallacieuse semble s’être également immiscée dans le vocabulaire de l’Église catholique, si l’on en juge par ce qu’affirme le pape Léon XIV dans l’exhortation Dilexi te : « Pour la plupart d’entre eux, la pauvreté n’est pas non plus un choix. Pourtant, certains osent encore avancer cette affirmation, révélant ainsi leur propre aveuglement et leur cruauté. » 

    Pour comprendre la position actuelle de l’Église catholique sur la question, il est nécessaire de revenir sur les enseignements de François, qui a introduit dans le langage de l’Église des idées associées à l’environnementalisme et à la gouvernance internationale — des concepts largement développés au sein d’institutions telles que l’ONU et l’Union européenne.

    Lire la suite

  • Le Secrétariat du Synode se désolidarise du rapport controversé contenant des témoignages de couples homosexuels

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    De Javier Arias sur Religion Confidencial :

    Le Secrétariat du Synode se désolidarise du rapport controversé contenant des témoignages de couples homosexuels

    Ils assurent à Religión Confidencial que leur rôle se limite à traduire les résumés, à éditer les rapports, et à les publier et à les diffuser.

    14/05/26

    Le rapport du groupe d’étude 9 sur « Critères théologiques et méthodologies synodales pour le discernement commun des questions doctrinales, pastorales et éthiques controversées », publié par le Secrétariat général du Synode du Vatican le mardi 5 mai, a provoqué une profonde surprise et un malaise dans de larges secteurs ecclésiaux.

    Témoignages de deux couples homosexuels dans le rapport du cardinal Castillo

    La raison ? Le rapport de ce groupe, coordonné par l’archevêque de Lima, le cardinal Carlos Castillo , comportait une annexe avec deux témoignages, l’un d’un Américain et l’autre d’un Portugais, relatant leur expérience de « catholiques » mariés civilement à d’autres hommes . Pire encore, le témoignage de l’Américain s’en prend à l’apostolat Courage qui, se fondant sur la doctrine de l’Église, soutient les personnes attirées par les personnes du même sexe.

    L'attaque contre Courage

    Cette attaque contre Courage (que le pape Léon XIV a reçu en audience privée il y a quelques semaines) a provoqué une réaction de ce mouvement .

    Dans un communiqué publié par Courage le 8 mai, l'organisation considère ce rapport comme « une calomnie et une diffamation à l'encontre de l'organisation et de ses membres ». Elle affirme qu'il s'agit d'une calomnie « car le rapport déforme le travail de Courage », puisqu'elle ne participe pas, et n'a jamais participé, à une « thérapie de conversion », comme cela est allégué.

    « Le groupe de travail aurait pu clarifier ce point simplement en contactant la direction de Courage. Or, au lieu de cela, le rapport présente l’expérience et l’opinion d’une seule personne comme faisant partie d’un document officiel de l’Église », ont-ils déploré.

    Courage affirme avoir subi des calomnies et des diffamations durant toute cette période, « mais généralement de la part des médias laïques ». Par conséquent, l'organisation souligne que « c'est une grande tristesse et une blessure supplémentaire pour nos membres que cette description fausse et injuste figure dans un document du Vatican ».

    L'évêque Munilla demande que cette erreur soit corrigée.

    L'annonce du rapport synodal controversé et la réaction de Courage ont été largement relayées par les médias du monde entier. À tel point qu'en Espagne, Mgr Munilla a tenu à réagir. Récemment, l'évêque d'Orihuela-Alicante a publié un message sur ses réseaux sociaux pour commenter cette actualité.

    Pour Mgr Munilla, « ceux qui s’efforcent chaque jour d’être fidèles à l’Évangile méritent un accompagnement pastoral, et non la suspicion ou la caricature ». Concernant la question de la synodalité, il ajoute qu’« il ne s’agit pas de réinventer la morale chrétienne , mais de la vivre avec plus de fidélité et de charité ». C’est pourquoi il souligne qu’« il ne s’agit pas d’adapter la vérité aux désirs humains, mais de s’entraider pour cheminer vers la vérité ». Mgr Munilla conclut en exprimant sa conviction que « cette grave erreur sera corrigée » .

    Le Secrétariat général du Synode prend ses distances

    Face à l'absence de réponses officielles, Religión Confidencial a contacté le Secrétariat général du Synode pour demander une évaluation de la controverse suscitée par ce rapport et pour connaître leur réponse à la déclaration de Courage.

    L'équipe de communication du Secrétariat général du Synode a déclaré à cette publication que « notre travail s'est limité à la traduction des résumés, à la révision des rapports et à leur publication et diffusion, afin de respecter l'esprit de transparence et de responsabilité qui a caractérisé le processus synodal. »

    En réponse à Religión Confidencial, ils ont déclaré que « les groupes de travail ont œuvré, comme il se doit, de manière autonome ». Par conséquent, « ces rapports ne peuvent être attribués au Secrétariat général » puisque « le logo du Secrétariat n’y figure même pas, seul celui du processus synodal y apparaît ». Pour minimiser l’importance de la question, le Secrétariat général du Synode a souligné que « ces rapports ne sont que des documents de travail ».

  • À propos des Allemands, de la FSSPX et des convictions théologiques du pape Léon XIV

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    De Larry Chapp sur le Catholic World Report :

    À propos des Allemands, de la FSSPX et des convictions théologiques du pape Léon XIV

    Le désir du pape de voir les eaux s'apaiser va être mis à l'épreuve sur deux fronts — aux deux extrémités du spectre — qui vont le contraindre à prendre des décisions radicales.

    À l'occasion de l'anniversaire de son élection, et après une année de pontificat, on peut affirmer sans exagérer que le pape Léon XIV ferait, comme le disait un ami, un « excellent joueur de poker ». Il reste très discret et prend soin de ne rien laisser transparaître de ses convictions théologiques les plus profondes.

    Pour ma part, je vais être franc : j'apprécie le pape Léon, et je pense qu'il est prudent à l'excès précisément parce qu'il sent que le plus grand besoin actuellement est de calmer les turbulences au sein de l'Église.

    Des tests sur deux fronts

    Mais ce désir d'apaisement va être mis à l'épreuve sur deux fronts avec l'apparition de deux problèmes ecclésiastiques — aux antipodes l'un de l'autre — qui vont obliger Léon à prendre des décisions radicales.

    Tout d'abord, le cardinal Reinhard Marx, en Allemagne, a récemment déclaré que les évêques allemands allaient bénir officiellement les « unions » homosexuelles, leur conférant ainsi une bénédiction liturgique en tant qu'unions à part entière. Malheureusement pour les Allemands, cette décision contrevient aux principes de Fiducia Supplicans d'au moins deux manières (que j'aborderai plus loin). Ce mépris allemand pour Fiducia est grave, indépendamment de l'opinion que l'on porte sur ce principe, car cette initiative marque une sorte d'escalade finale de la « voie synodale » allemande, la hiérarchie ecclésiastique testant la détermination du nouveau pape à contrecarrer une grande partie de son programme.

    Fiducia affirme que les bénédictions des couples en union irrégulière doivent être spontanées et ne jamais être formalisées par une bénédiction liturgique publiée dans un texte liturgique officiel du diocèse. La proposition allemande actuelle contredit frontalement cette règle et risque d'entraîner la promotion de tels événements « liturgiques » et l'organisation de célébrations simulant le mariage pour toutes sortes d'unions, indépendamment de leur statut moral au sein de l'Église. Quiconque pense que nous n'allons pas dans cette direction fait preuve de naïveté ou de déni.

    Les Allemands tentent de contourner l'enseignement de l'Église en affirmant qu'il s'agit de bénédictions d'unions, mais en aucun cas d'une forme de « mariage homosexuel » au sens religieux du terme. Cependant, cette distinction est tellement fallacieuse, compte tenu de la position du catholique allemand moyen sur les questions de sexualité et de genre, que personne ne croit vraiment à autre chose qu'à une tentative de normalisation de l'homosexualité au sein de l'Église.

    Enfin, et c'est le plus évident, la loi Fiducia interdit que ces bénédictions soient utilisées comme une bénédiction pour l'union en tant que telle ; ce qui est béni, ce sont simplement deux individus qui ont demandé une bénédiction afin de mener une vie meilleure et plus chrétienne. Je pense que cette distinction est subtile, comme je l'ai déjà écrit, car elle est susceptible des abus mêmes que les Allemands encouragent actuellement.

    Il va sans dire que, tout comme pour la récente annonce de la FSSPX de défier Rome et d'ordonner de nouveaux évêques en juillet, il s'agit là aussi d'une « crise » délibérément orchestrée. Rien dans la situation allemande ne « justifiait » une telle action. Il n'y a pas de véritable « urgence » : les Allemands ont décidé, pour des raisons qui leur sont propres, que le moment était venu de lancer un défi.

    Motivations différentes

    Il me semble que les deux situations diffèrent par leurs motivations.

    La décision de la FSSPX semble motivée par une impatience exaspérée face à la position inflexible de Rome, qui considère qu'un concile œcuménique et les six pontificats qui lui ont succédé conservent une valeur magistérielle contraignante et normative. La direction de la FSSPX sait que le pape Léon XIV ne changera pas cette réalité, et par conséquent, ses ouvertures au dialogue avec Rome sonnent creux. Conscients de l'impasse en matière de régularisation, ils comprennent clairement les raisons de cette décision. Nous avons un jeune pape qui n'est pas traditionaliste. Il est temps d'avancer.

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  • Le cardinal Eijk accuse le rapport du Synode (n°9) de semer la confusion doctrinale

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    De "Tribune chrétienne" :

    Le cardinal Eijk accuse le rapport du Synode de semer la confusion doctrinale

    "Le rapport normalise de fait les relations homosexuelles dans un contexte ecclésial. Il ne s’agit pas simplement d’une déficience technique : c’est une contradiction fondamentale avec l’enseignement catholique"

    Le cardinal néerlandais Willem Jacobus Eijk hausse le ton contre le rapport final du Groupe d’étude n°9 du Synode sur la synodalité. Dans une tribune publiée le 14 mai 2026 par le National Catholic Register, le prélat néerlandais affirme que ce document ne constitue pas une simple réflexion pastorale, mais une remise en cause profonde de la manière dont l’Église comprend et transmet la vérité morale. « Il ne s’agit pas simplement d’une déficience technique : c’est une contradiction fondamentale avec l’enseignement catholique », écrit-il.

    Le rapport, élaboré dans le cadre du processus synodal lancé par le pape François, propose une nouvelle méthode de discernement ecclésial centrée sur « l’écoute », « l’expérience vécue » et la « conversation dans l’Esprit ». Les auteurs y affirment que certaines questions traditionnellement qualifiées de « controversées » devraient désormais être considérées comme des « questions émergentes ». Cette évolution terminologique n’est pas anodine. Le document explique vouloir dépasser une logique de « résolution de problèmes » fondée sur « l’application déductive de principes établis de manière immuable et rigide ».Le rapport affirme également que la mission de l’Église « n’est pas de proclamer abstraitement des principes » mais d’entrer dans une dynamique pastorale attentive aux contextes culturels et aux situations humaines concrètes. Pour le cardinal Eijk, c’est précisément là que se situe le danger. Il précise que le texte introduit une opposition artificielle entre doctrine et pastorale, comme si la fidélité à la vérité morale pouvait être assouplie au nom de l’accompagnement des personnes : « Le véritable accompagnement pastoral ne cherche pas de compromis avec la vérité morale », insiste-t-il.

    La partie du rapport consacrée aux personnes ayant des attirances homosexuelles cristallise particulièrement les inquiétudes du cardinal. Le Groupe d’étude n°9 propose en effet d’écouter des témoignages de croyants LGBT afin de discerner les « expériences de bonté » présentes dans leurs parcours et dans certaines communautés chrétiennes. Le document explique que ces récits personnels peuvent permettre d’identifier de « bonnes pratiques » ecclésiales et d’ouvrir de nouveaux chemins de discernement pastoral.

    Mais pour le cardinal Eijk, cette approche crée volontairement une ambiguïté doctrinale. Il reproche au texte de présenter certains témoignages favorables aux relations homosexuelles sans rappeler explicitement l’enseignement moral constant de l’Église : « En mettant ainsi en avant de tels témoignages sans commentaire doctrinal, le rapport normalise de fait les relations homosexuelles dans un contexte ecclésial », affirme-t-il.

    Le cardinal critique aussi la manière dont le rapport évoque Courage International, l’apostolat catholique accompagnant les personnes attirées par le même sexe dans une vie de chasteté conforme à l’enseignement de l’Église. Au-delà des questions LGBT, c’est toute l’orientation théologique du document qui suscite l’inquiétude des défenseurs d’une ligne doctrinale classique. Le rapport revendique explicitement un « changement de paradigme » dans la manière d’interpréter et de transmettre la foi. Il affirme également que « la vérité universelle de l’humain, dans son expression historique, ne peut être déterminée une fois pour toutes ».

    Pour le cardinal Eijk, une telle formulation ouvre la porte à une relativisation progressive de la loi morale naturelle et de l’enseignement catholique sur le mariage, la sexualité et la famille. L’archevêque d’Utrecht rappelle au contraire que certaines normes morales sont absolues et ne dépendent ni des cultures ni des circonstances historiques. Dans la ligne de saint Jean-Paul II et de l’encyclique Veritatis Splendor, il insiste sur le fait que la vérité morale ne peut être reconstruite à partir des expériences subjectives :

    « L’enseignement de l’Église n’est ni obscur ni sujet à révision par des processus synodaux », conclut-il. « C’est la vérité qui nous rend libres. »

    Cette prise de parole du cardinal Eijk illustre les tensions croissantes provoquées par le Synode sur la synodalité au sein de l’Église. Alors que certains y voient une occasion de renouvellement pastoral et d’écoute des périphéries, d’autres redoutent une transformation progressive de la doctrine sous couvert de discernement. À Rome, plusieurs cardinaux et évêques proches des milieux doctrinaux conservateurs devraient désormais faire entendre plus ouvertement leurs réserves sur l’orientation prise par certains groupes de travail synodaux : une nouvelle fracture doctrinale apparaît au grand jour dans l’Église catholique.