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Débats - Page 2

  • Quand sainte Brigitte défendait le célibat des prêtres

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    Du Père Simon Noël sur son blog :

    Sainte Brigitte et le célibat des prêtres

    Les controverses sur le célibat des prêtres ne datent pas d'aujourd'hui. Elles avaient déjà cours au Moyen-Âge. Devant la triste réalité de la dépravation de certains clercs, concubinaires ou sodomites, certaines personnes de bonne volonté émettaient l'idée qu'il eût été préférable que les prêtres puissent être mariés. J'ai donc trouvé intéressant de vous offrir ce qu'écrit sur le sujet sainte Brigitte de Suède, co-patronne de l'Europe, dans le livre des Révélations, livre qui rapporte les extases et les locutions de cette grande mystique, livre approuvé par le concile de Bâle et par trois papes. Il s'agit du chapitre 10, du livre 7, dans la traduction de la comtesse de Flavigny :

    Défense que les prêtres soient mariés.

    Réjouissez-vous éternellement, ô précieux corps de Dieu, en un honneur perpétuel, en continuelle victoire, en éternelle puissance, avec votre Père et le Saint-Esprit, avec la Vierge Marie, votre très-digne Mère, et avec toute la cour céleste! Louange vous soit, ô Dieu éternel, et actions de grâces infinies, parce qu’il vous a plu de vous faire homme, et avez voulu que le pain fût transubstantié en votre corps, par vos saintes paroles, et l’avez donné en viande comme par un excès d’amour pour le salut de nos âmes!

    Il arriva une fois à une personne qui était profondément plongée en l’oraison, qu’elle ouït une voix qui lui disait : O vous à qui sont faites les faveurs d’ouïr et de voir les choses spirituelles, écoutez maintenant ce que je vous veux manifester de cet archevêque qui a dit que, s’il était pape, il donnerait licence à tous les prêtres de se marier, croyant et pensant que cela serait plus agréable à Dieu que de voir les prêtres vivre avec tant de dissolution; il disait encore que, par ce mariage, s’éviteraient tant de péchés charnels; et bien qu’en cela il n’entendît pas la volonté de Dieu, néanmoins il était ami de Dieu. Or, maintenant, je vous déclarerai la volonté de Dieu sur cela, car j’ai engendré le Dieu même, et vous signifierez cela à cet archevêque, lui parlant en ces termes : A Abraham fut donnée la circoncision longtemps avant que la loi fût donnée à Moïse, et au temps d’Abraham, les hommes étaient gouvernés selon qu’ils entendaient et selon qu’ils voulaient, et néanmoins plusieurs étaient lors amis de Dieu.

    Mais après que la loi fut donnée à Moïse, lors il plut plus à Dieu que les hommes vécussent selon la loi que selon leur volonté. Il en fut de même du précieux corps de mon Fils, car quand il eut institué le saint Sacrement de l’autel, qu’il fut monté au ciel, lors cette loi ancienne était encore gardée, savoir, les prêtres de Jésus-Christ vivaient en un mariage charnel, et néanmoins plusieurs d’iceux étaient amis de Dieu, d'autant qu’ils croyaient en simplicité que cela était agréable à Dieu, comme il lui fut agréable au temps des Juifs, et cela fut observé plusieurs années par les apôtres chrétiens. Mais cette coutume et observance était abominable et odieuse à toute la cour céleste, et à moi, qui ai engendré le corps de mon Fils, de voir que des mariés touchassent de leurs mains le corps précieux de mon Fils au saint Sacrement, car les Juifs, en leur ancienne loi, n’avaient que l’ombre et la figure de ce sacrement; mais les chrétiens ont maintenant la vérité même, savoir, Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme en ce sacrement sacro-saint.

    Mais après quelque temps que les prêtres anciens observaient cela, Dieu, par l’infusion de son Esprit, le versa au cœur du pape, pour qu’il ordonnât que désormais les prêtres qui consacreraient le corps précieux de Jésus-Christ ne seraient point mariés ni ne jouiraient des délices infâmes de la chair. Et partant, par l’ordonnance divine et par son juste jugement, il a été justement ordonné que les prêtres vivraient en la chasteté et continence de la chair, autrement qu’ils seraient maudits et excommuniés devant Dieu, et dignes d’être privés de l’office de prêtres, néanmoins que ceux qui s’amenderaient véritablement avec résolution de ne plus pécher, obtiendraient miséricorde de Dieu.

    Sachez aussi que si quelque pape donne aux prêtres licence de se marier charnellement, lui-même sera damné de Dieu par la même sentence, comme celui qui aurait grandement péché, à qui on devrait, selon le droit, arracher les yeux couper les lèvres, le nez et les oreilles, les pieds et les mains, et le corps duquel devrait être tout ensanglanté et congelé de froid; et d’ailleurs qu’on devrait donner ce corps mort aux oiseaux et aux bêtes sauvages : il en arriverait de même à ce pape qui voudrait donner licence aux prêtres de se marier, contre la susdite ordonnance divine, car ce pape serait soudain privé de la vue et ouïe spirituelle, de la parole, des œuvres spirituelles, et toute sa sapience spirituelle défaudrait spirituellement; et d’ailleurs, son âme descendrait en enfer pour y être éternellement tourmentée et être la proie des démons. Voire si saint Grégoire le pape eût établi cette loi, il n’eût jamais obtenu miséricorde de Dieu, s’il n’eût révoqué une telle sentence.

    Les papes ont toujours défendu le célibat sacerdotal. Le pape François a lui aussi récemment manifesté sa haute estime pour ce trésor de l’Église latine, en citant Paul VI : « Je voudrais donner ma vie pour le célibat des prêtres ! ». S'il y a des exceptions, il s'agit toujours d'hommes déjà mariés au moment de leur ordination, comme les prêtres catholiques-orientaux ou les prêtres anglicans devenus catholiques. Tout au plus, le pape envisagerait d'autres exceptions de ce type pour des régions manquant cruellement de prêtres, par exemple en appelant au sacerdoce des diacres mariés. Mais rien n'est encore décidé. Prions pour le Saint-Père afin que Dieu l'éclaire et qu'il discerne ce que Dieu veut, dans la ligne de la Tradition multiséculaire de l’Église romaine. Gageons cependant que l’Église, si elle adopte ces exceptions, prendra aussi toutes les mesures pour que le niveau spirituel du clergé ne soit pas menacé. Enfin, j'aimerais citer le cas d'un grand saint russe orthodoxe, Jean de Kronstadt, un prêtre marié, qui dans son évolution spirituelle vers la sainteté, en vint à la fois à célébrer quotidiennement la divine liturgie et à choisir une stricte continence dans sa vie conjugale. Cet exemple est à méditer dans le contexte actuel.

  • Suite aux pressions d'un avocat en faveur de la transparence, le Vatican répond aux rumeurs concernant le prétendu acquittement du Père Rupnik

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    De Paulina Guzik sur OSV News :

    Suite aux pressions d'un avocat en faveur de la transparence, le Vatican répond aux rumeurs concernant le prétendu acquittement de Rupnik.

    (OSV News) — Le Vatican a démenti les informations selon lesquelles l'ancien père jésuite Marko Rupnik aurait été acquitté lors de son procès pénal au Vatican. Dans un communiqué du 22 juillet , le Vatican a déclaré que les rumeurs d'acquittement étaient « totalement infondées » et a confirmé que le procès canonique était toujours en cours d'examen. Les autorités ont indiqué que les juges continuaient d'examiner les preuves fournies par les diocèses, les jésuites, les victimes présumées et les médias. 

    Le communiqué de presse est intervenu un jour après que Laura Sgrò, avocate en droit civil et canonique représentant cinq femmes qui accusent le père Rupnik d'abus, a réprimandé le Dicastère pour la doctrine de la foi du Saint-Siège, affirmant qu'elle et ses clientes n'avaient aucune information sur l'affaire et qu'elles n'avaient même pas été informées du début du procès.

    « L’examen du dossier est toujours en cours. »

    Le 20 juillet, le site web italien Messainlatino.it a rapporté que le père Rupnik, un mosaïste renommé accusé d'avoir abusé de plusieurs femmes, aurait pu être acquitté.

    « INCROYABLE ! Nous avons appris de sources fiables et très autorisées que le procès pénal en cours au Vatican contre le père Marko Ivan Rupnik s’est conclu en sa faveur », a indiqué le site web.

    Le 22 juillet, Matteo Bruni, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a déclaré aux journalistes : « Concernant certains articles parus dans les médias ces derniers jours, je réaffirme que les informations relatives à une quelconque décision des juges présidant l’affaire du père Marko Ivan Rupnik sont totalement infondées », et que « l’examen du dossier est toujours en cours et le panel examine les documents fournis par les diocèses concernés, les jésuites, les parties concernées et la presse. »

    Cette déclaration répond non seulement aux récentes demandes des médias — dont une envoyée par OSV News le 21 juillet au préfet de DDF, le cardinal Victor Manuel Fernández — mais aussi aux questions posées dans la lettre de Sgrò.

    Sgrò a déclaré à OSV News le 21 juillet qu'elle n'avait reçu aucune confirmation du Vatican quant au début du procès. Elle a adressé une lettre, datée du 21 juillet et obtenue par OSV News, au cardinal Fernández, lui demandant cette information ainsi que toute autre. Le communiqué de presse du Vatican du 22 juillet a confirmé à Sgrò et à ses clients que le procès était bien en cours.

    Dans son communiqué de presse du 22 juillet, Bruni a déclaré : « Au cours de la procédure, comme pour toute procédure judiciaire, aucune information relative à l’enquête en cours ne peut être divulguée, par respect pour la procédure elle-même et afin d’éviter de nuire à toutes les personnes impliquées, comme cela s’est produit ces derniers jours. Si le panel estime avoir besoin d’informations complémentaires, il prendra de sa propre initiative les mesures nécessaires pour les obtenir. »

    « Droit de savoir »

    Après le sommet sur la protection des personnes vulnérables organisé au Vatican en février 2019 par le pape François, l’archevêque Charles Scicluna de Malte a déclaré au National Catholic Reporter que « les victimes qui portent plainte ont le droit de savoir comment leur affaire est traitée ».

    « Nous avons une loi et un système qui permettent aux personnes de signaler les abus ou les inconduites, mais vous avez également le droit de savoir ce qu'il advient de vos signalements », a-t-il déclaré. Depuis 2018, l'archevêque Scicluna est secrétaire adjoint de la DDF. 

    Sept ans après le sommet, le pape Léon XIV, lors du premier consistoire extraordinaire qui s'est tenu à Rome les 7 et 8 janvier, a fermement condamné le manque d'accueil de l'Église envers les victimes d'abus sexuels, qualifiant cela de « scandale » qui aggrave leurs souffrances.

    « La porte de l’Église était fermée » et les victimes « n’étaient pas les bienvenues », a déclaré le pape aux cardinaux.

    « L’abus lui-même cause une blessure profonde qui peut durer toute une vie », a déclaré le pape, « mais bien souvent, le scandale au sein de l’Église est dû au fait que la porte était fermée et que les victimes n’étaient pas accueillies, accompagnées de la proximité d’authentiques pasteurs. » 

    Dans sa lettre au cardinal Fernández, Sgrò a déclaré que ses clients se sentaient « abandonnés et trahis » et « victimes, une fois de plus, d’un système qui ne les a jamais accueillis, protégés ou réconfortés ».

    Mme Sgrò a déclaré n'avoir reçu aucune nouvelle de la DDF depuis juillet 2025, date à laquelle le Vatican a officiellement nommé les juges chargés du procès canonique du père Rupnik. Dans sa lettre au cardinal Fernández, elle affirme que les victimes n'ont été ni entendues ni contactées par les juges, et qu'elle avait déjà écrit à plusieurs reprises au préfet, sans obtenir de réponse.

    Pressés de répondre

    Le prêtre et artiste slovène déchu, dont l'atelier a réalisé de magnifiques mosaïques pour plus de 200 sanctuaires et églises à travers le monde, est accusé d'avoir abusé sexuellement, spirituellement et psychologiquement de plus d'une vingtaine de femmes.

    Le 21 juillet, OSV News a envoyé une demande de commentaires au cardinal Fernández et à Bruni, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, pour connaître l'état d'avancement de l'affaire du père Rupnik, ce qui s'est passé depuis l'annonce personnelle du cardinal Fernández concernant la mise en place du panel de juges en juillet 2025, et si le procès a commencé.

    OSV News a également demandé à la DDF si l'abolition du délai de prescription, accordée par le pape François, s'applique à tous les crimes en question ou seulement aux « delicta graviora », et si le procès du père Rupnik est un processus judiciaire ou se déroule uniquement par décret extrajudiciaire, c'est-à-dire par voie administrative.

    « Delicta graviora » (du latin « crimes plus graves » ou « infractions les plus graves ») est un terme technique de droit canonique qui désigne une catégorie spécifique d’infractions canoniques réservées à la compétence du Dicastère pour la Doctrine de la Foi en raison de leur gravité exceptionnelle. 

    Ces crimes comprennent les délits contre la foi (hérésie, schisme et apostasie), certains délits contre l'Eucharistie et le sacrement de pénitence, ainsi que les agressions sexuelles commises sur des mineurs et des personnes atteintes de déficience mentale. Les inconduites sexuelles impliquant des adultes pleinement conscients ne sont généralement pas considérées comme telles, sauf si elles constituent un délit contre le sacrement de pénitence, ont indiqué des canonistes interrogés par OSV News.

    Bien que ni le préfet de la DDF ni le bureau de presse du Saint-Siège n'aient répondu directement aux questions d'OSV News, la déclaration de Bruni du 22 juillet indiquait : « Cette procédure pénale canonique est de nature judiciaire et, comme indiqué précédemment, n'est pas soumise au délai de prescription pour quelque infraction que ce soit et peut déterminer la culpabilité ou l'innocence conformément au droit canonique. »

    Le communiqué ajoute que « le droit canonique a l’autorité pour juger et imposer des sanctions concernant les affaires internes à l’Église, tandis que le révérend Marko Ivan Rupnik reste soumis aux lois des pays où des infractions ont pu être commises, et le délai de prescription pour de telles infractions est déterminé par les lois de chaque pays, indépendamment de l’autorité ecclésiastique. »

    « Nouvelles violences contre mes clients »

    Dans sa lettre au cardinal Fernández, Sgrò a déclaré avoir vécu ce qu'elle considérait comme un manque de communication comme « une violence supplémentaire contre mes clients, dont les blessures sont encore à vif et même pas un tant soit peu guéries ».

    « Comment cela peut-il être concilié avec les notions de droit, de vérité, de justice et d’équité ? Avec les mots que le Saint-Père emploie sans cesse en faveur des victimes d’abus ? » a-t-elle demandé.

    « Depuis hier », a-t-elle écrit dans sa lettre du 21 juillet adressée au préfet de la DDF, « des rumeurs circulent selon lesquelles le père Rupnik aurait été acquitté des accusations de violence. Aucune confirmation officielle n'a été apportée, pas même un démenti » à ce moment-là, ajoutant que les cinq femmes qu'elle représente « sont profondément déçues et attristées ».

    « Ils n’ont jamais reçu la moindre nouvelle, pas même de ma part, au sujet de ce procès, dont tout se murmure et dont on ne sait absolument rien », a-t-elle ajouté.

    Dans sa lettre, Sgrò a déclaré que ses questions étaient « basiques et minimales » face à un procès pénal impliquant des victimes qui ont porté plainte il y a plus de trente ans.

    « Le procès a-t-il commencé ? Si oui, où en est-il ? Qui sont les juges ? Qu’est-il advenu des demandes de mes clientes d’être admises comme parties lésées au procès ? Pourquoi ces femmes n’ont-elles pas été entendues comme témoins ? » a demandé Sgrò la veille du communiqué de presse du Vatican.

    Bien que certaines de ses questions aient trouvé réponse dans le communiqué de presse du Vatican, celui-ci n'indiquait pas directement si les victimes présumées seraient admises comme parties lésées au procès.

    Selon le canon 1729, « Au cours du procès pénal lui-même, une partie lésée peut intenter une action contentieuse pour réparer les dommages subis personnellement du fait du délit. »

    Les Jésuites ont expulsé un prêtre en 2023

    Le père Rupnik a été brièvement excommunié par l'Église en 2020 pour avoir absous, dans le sacrement de la réconciliation, une novice italienne avec laquelle il avait eu des relations sexuelles. L'excommunication a été levée après son repentir.

    En décembre 2022, les Jésuites ont annoncé la suspension de l'artiste slovène suite à des allégations d'abus. En juin 2023, le père Rupnik a été exclu de l'ordre des Jésuites pour avoir refusé de se conformer aux restrictions qui lui avaient été imposées concernant les abus sexuels, spirituels et psychologiques commis sur une vingtaine de femmes et au moins un homme pendant une période de 30 ans.

    Malgré la crédibilité des accusations et son renvoi des Jésuites, le diocèse de Koper, en Slovénie, pays natal du prêtre, a annoncé avoir incardiné le père Rupnik.

    Après que le diocèse a confirmé en octobre 2023 que le prêtre était présent depuis août, le Vatican a annoncé que le pape François avait levé le délai de prescription dans cette affaire, permettant ainsi au Dicastère pour la Doctrine de la Foi de poursuivre son enquête.

    Dans un communiqué publié en octobre 2023, le Vatican a déclaré que cette décision avait été prise après que « la Commission pontificale pour la protection des mineurs ait porté à l'attention du pape de graves problèmes dans la gestion de l'affaire du père Marko Rupnik et d'un manque de soutien aux victimes ».

    Entre-temps, l’évêque émérite du diocèse de Koper, où le père Rupnik a été incardiné en août 2023, a déclaré à OSV News en février 2025 que le prêtre « poursuit son travail dans le monde entier ».

    Début juin 2025, dans une démarche discrète mais significative, Vatican News a commencé à retirer de son site web les œuvres du père Rupnik. Ses mosaïques, longtemps utilisées pour célébrer les grandes fêtes en ligne, ont récemment été remplacées ou laissées vierges – un changement que de nombreux survivants jugent attendu depuis longtemps.

    Évolutions du droit canonique

    OSV News a interrogé plusieurs canonistes, qui ont souhaité garder l'anonymat, afin de savoir en vertu de quels canons le père Rupnik pourrait être jugé. Le plus probable est le canon 1395, qui traite des infractions sexuelles commises par des clercs, notamment les violations du sixième commandement (« Tu ne commettras point d'adultère »).

    « Un clerc qui persiste dans un autre péché extérieur contre le sixième commandement du Décalogue, et qui cause le scandale, doit être puni de suspension. À cela, d'autres peines peuvent être ajoutées progressivement s'il persiste dans sa faute après un avertissement, jusqu'à sa destitution », stipule le canon.

    Des experts en droit canonique ont déclaré à OSV News que l'un des aspects les plus importants de la réforme du livre VI du Code de droit canonique par le pape François en 2021, qui traite du droit pénal, était de mettre à jour la loi afin de criminaliser explicitement les abus sexuels sur adultes commis par contrainte ou abus d'autorité. 

    « Le clerc qui, par la force, les menaces ou l’abus de son autorité, commet une infraction au sixième commandement du Décalogue ou contraint quelqu’un à accomplir ou à subir des actes sexuels doit être puni » par « des peines justes, n’excluant pas la destitution de l’état clérical si le cas le justifie », peut-on lire.

    Conformément au principe fondamental « lex retro non agit » – « la loi n'agit pas rétroactivement » –, les nouvelles lois et réglementations ne devraient pas s'appliquer aux actions, événements ou relations juridiques antérieurs à leur promulgation. Des experts en droit canonique ont indiqué à OSV News que le père Rupnik ne peut donc être poursuivi pour « abus d'autorité », une notion introduite par la réforme du pape François.

    Groupe de travail sur les abus spirituels

    En novembre 2024, la DDF a annoncé que le pape François avait approuvé la création d'un groupe de travail conjoint entre la DDF et le Dicastère pour les textes législatifs, sous la direction de l'archevêque Filippo Iannone, alors préfet du Dicastère pour les évêques . Ce groupe avait pour mandat d'étudier comment les « abus spirituels » pourraient être définis et punis en droit canonique, et de présenter des propositions concrètes.

    Plus tôt dans la même année, en février 2024, le chef de la doctrine du Vatican a déclaré à OSV News que son bureau travaillait à « sensibiliser et à prévenir » l’utilisation de la spiritualité catholique comme moyen d’abus.

    « Aujourd’hui, nous sommes plus attentifs qu’auparavant à la possibilité que des éléments mystiques ou spirituels soient utilisés pour exploiter les gens, voire abuser d’eux », a déclaré le cardinal Fernández.

    Le cardinal a qualifié ces tactiques de « faux mysticisme » et a déclaré que son dicastère « étudie comment alerter à temps sur les risques et comment les prévenir ».

    « L’Église a besoin de transparence »

    Près de deux ans après la création officielle de la commission, très peu de détails ont été publiés concernant les projets de textes.

    Toutefois, en octobre 2025, le cardinal Fernández a déclaré que le groupe de travail avait « travaillé avec succès » et a demandé que l’archevêque Iannone reste à sa tête même après son transfert à un dicastère majeur, précisément pour assurer la continuité.

    Aucun canon proposé ni projet de loi n'a été publié, et aucun calendrier de promulgation n'a été annoncé. Par conséquent, même si le cas du père Rupnik a pu inspirer la commission, les lois établies ne seront pas applicables à son procès.

    Les avocats canonistes qui se sont entretenus avec OSV News ont souligné que les abus spirituels sont une « question complexe » à prouver lors d'un procès.

    Faisant référence aux rumeurs répandues concernant l'éventuel acquittement du père Rupnik, Sgrò a déclaré au cardinal Fernández dans sa lettre du 21 juillet : « Je n'ai pas entendu un seul mot bon à propos de cette procédure, et cela m'alarme et m'attriste. »

    « L’Église, comme les victimes, a besoin de transparence, de justice et de vérité », a insisté Sgrò, demandant au préfet « de me tenir informé, autant que possible, de ce qui se passe, afin de ne pas envenimer davantage des cœurs déjà profondément meurtris. »

    Elle a déclaré que ses clients « devraient être considérés comme une ressource et non comme un obstacle sur le chemin de la vérité » et qu’« ils n’ont aucune intention de renoncer à la justice ni de reculer lorsqu’ils voient le tort qu’ils ont subi reconnu ».

    Paulina Guzik est rédactrice internationale d'OSV News. Suivez-la sur X  @Guzik_Paulina .

    Lire également : Dans l'affaire Rupnik, le coût du secret est visible.

  • Rumeurs autour de Marko Rupnik – et ce qui pourrait suivre

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    De JD Flynn sur le Pillar :

    Rumeurs autour de Rupnik – et ce qui pourrait suivre

    Que se passe-t-il lorsque le procès du prêtre déshonoré prend fin ?

    21 juillet 2026

    Des rumeurs ont commencé à circuler à Rome lundi, selon lesquelles le procès canonique de l'ancien jésuite, le père Marko Rupnik, serait arrivé à son terme, sans condamnation pour les crimes canoniques non spécifiés actuellement examinés par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi du Vatican.

    Ces rumeurs ne sont que cela : non confirmées et imprécises, empreintes d'ambiguïté quant à ce qui s'est précisément passé lors du procès canonique de Rupnik, et quant à ce que l'on sait des détails.

    Ces rumeurs n'ont pas été confirmées par The Pillar. Elles ont néanmoins suscité un vif intérêt, témoignant de la forte curiosité des catholiques du monde entier pour l'affaire Rupnik, et préfigurant l'attention médiatique considérable que suscitera le verdict final.

    Quel que soit le dénouement annoncé de l'affaire Rupnik, celle-ci sera inévitablement close. Le moment venu, le Saint-Siège devra se préparer à la double complexité d'une affaire comme celle de Rupnik : une attention institutionnelle soutenue, à la fois pour garantir un résultat juridique juste et pour gérer les attentes suscitées par cette affaire médiatisée au passé tumultueux.


    Les rumeurs concernant une résolution de l'affaire Rupnik s'appuient sur des articles et des publications parus le 20 juillet sur un blog italien proche des traditionalistes, et sur un site web anglophone relativement inconnu qui semble couvrir l'actualité du Vatican.

    Aucun des deux n'a fourni beaucoup de détails sur la nature du verdict présumé — s'il s'agissait d'un acquittement délibéré de Rupnik des allégations d'abus sexuels portées contre lui, ou — plus probablement — d'une conclusion selon laquelle les preuves disponibles ne permettaient pas de trancher définitivement l'affaire.

    Rupnik est accusé d'avoir abusé de plusieurs religieuses pendant des années, mêlant manipulation spirituelle et création de ses désormais tristement célèbres mosaïques de scènes bibliques, et d'avoir contraint des femmes consacrées à des pratiques sexuelles spiritualisées dans le cadre de la création de son art.

    L'affaire est examinée par un tribunal organisé par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, après que le pape François a levé en 2023 le délai de prescription canonique qui empêchait auparavant que le prêtre soit jugé pour les accusations d'abus sexuels lui-même.

    Mais le pape n'a pas précisé à l'époque les crimes canoniques dont Rupnik serait accusé. Ce dernier avait déjà été condamné par un tribunal du Dicastère pour avoir tenté d'absoudre une partenaire sexuelle, un crime contre le sacrement de la confession. De ce fait, le dicastère était l'instance compétente pour juger tous les crimes connexes, y compris, semble-t-il, ceux découlant des allégations de manipulation et de coercition sexuelles de religieuses.

    Les crimes dont il était accusé auraient été commis en vertu du code pénal initial du Code de droit canonique de 1983 — considérablement révisé en 2021 — et le prêtre aurait donc été jugé selon la loi en vigueur au moment des faits. De manière générale, les canonistes présument que Rupnik est jugé pour une violation présumée du canon 1395, qui stipule que :

    « Tout clerc qui persiste dans un péché extérieur contre le sixième commandement du Décalogue sera suspendu. À cette suspension s’il persiste dans sa faute après un avertissement, d’autres sanctions pourront être ajoutées progressivement, et il pourra finalement être destitué de l’état clérical. »

    Le canon se poursuit :

    « Un clerc qui a enfreint… le sixième commandement du Décalogue, si le crime a été commis par la force, ou par des menaces, ou en public, ou avec un mineur… doit être puni des peines justes, y compris la destitution de l’état clérical si le cas le justifie. »

    En 2021, le canon a été révisé pour inclure la criminalité des infractions au sixième commandement commises par « abus d'autorité » — mais au moment où Rupnik aurait commis son crime, cette loi n'était pas en vigueur, et ce n'est donc pas la loi en vertu de laquelle il est jugé.

    Les canonistes expérimentés en matière de procès pénaux s'accordent généralement à dire que, pour le meilleur ou pour le pire, prouver, selon les critères légaux de la condamnation, l'existence d'éléments constitutifs de l'infraction tels que la « force », les « menaces » et même la « persévérance » peut s'avérer difficile dans de nombreux cas. Et dans l'affaire Rupnik, où le délai de prescription était déjà expiré, rassembler les preuves a sans doute été encore plus ardu. De fait, l'une des raisons d'être des délais de prescription est simple : avec le temps, il devient d'autant plus difficile d'obtenir des preuves juridiquement suffisantes.

    Par ailleurs, The Pillar a reçu depuis des mois des plaintes de sources vaticanes concernant des irrégularités de procédure dans le procès pénal de Rupnik, certaines se demandant si ces défaillances procédurales pourraient éventuellement entraver les poursuites contre le prêtre.

    Pour le meilleur ou pour le pire, de telles choses arrivent dans les affaires criminelles — et peut-être d'autant plus dans les affaires qui ont connu l'histoire longue et compliquée des diverses procédures juridiques et d'enquête de Rupnik au Vatican et dans son ancien ordre religieux, la Compagnie de Jésus.

    En résumé, les canonistes ont reconnu qu'il existe de nombreuses raisons pour lesquelles l'affaire Rupnik pourrait se conclure sans condamnation, et que toutes ces raisons ne reposent pas directement sur la culpabilité ou l'innocence du prêtre déchu. Tel est le cas des procédures judiciaires, qui ne constituent que le meilleur effort humain disponible pour établir les faits dans le respect des droits des personnes concernées.

    Il est possible de croire à la fois que les preuves accessibles au public indiquent que Rupnik a probablement commis des actes de maltraitance graves, et de croire qu'un procès pourrait ne pas aboutir à sa condamnation.

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  • FSSPX : Les véritables raisons du schisme; le discours prophétique de Ratzinger en 1988

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Les véritables raisons du schisme. Le discours prophétique de Ratzinger en 1988

    (s.m.) Settimo Cielo n’a rien publié jusqu’à présent sur cette affaire largement relayée par les médias du monde entier à propos du schisme et de l’excommunication qui ont frappé la Fraternité sacerdotale Saint-Pie‑X, fondée en 1970 par l’archevêque Marcel Lefebvre, en raison de l’ordination, ce 1er juillet, de quatre évêques sans autorisation du pape (photo).

    Un schisme analogue, assorti d’une excommunication, avait déjà frappé la Fraternité le 30 juin 1988, cette fois encore pour l’ordination de quatre évêques sans mandat pontifical.

    Et, quelques jours plus tard, le 13 juillet de cette même année, celui qui était encore Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Joseph Ratzinger, alors en visite au Chili, prononçait à Santiago un discours en espagnol aux évêques chiliens qui analysait les « causes les plus profondes » de la rupture.

    Avec plusieurs années de recul, cette analyse de Ratzinger est d’une actualité saisissante. Settimo Cielo la propose à ses lecteurs comme clé d’interprétation des faits, avec ses remerciements à celui qui l’a redécouverte et transmise le premier, le Chilien Luis Badilla Morales, qui a été l’une des grandes voix de Radio Vatican à l’époque où elle était dirigée par le P. Federico Lombardi, après avoir, dans sa jeunesse, été un opposant actif à la dictature de Pinochet.

    Parmi les raisons du schisme, on ne s’étonnera pas que Ratzinger pointe du doigt le rejet par les lefebvristes de la réforme liturgique conciliaire et leur repli sur la liturgie en rite ancien. Il s’agit d’une question toujours sans solution, qui concerne une grande partie de l’Église catholique à travers le monde et qui a vu s'engager, avec des tentatives de solution diamétralement opposées, tant Benoît XVI que le pape François — un dossier épineux sur lequel Léon a d'ores et déjà laissé présager la voie d'un savant rééquilibrage.

    La voie entreprise par le pape Robert F. Prevost n’en est qu’à ses prémisses, mais elle a déjà récolté les faveurs de plusieurs hommes d’Église importants dans le camp de ceux qui sont davantage attentifs à la Tradition.

    L’un d’entre eux n’est autre que le cardinal Robert Sarah, l’ancien Préfet du Dicastère pour le Culte divin, qui a consacré son dernier livre – publié aux États-Unis en 2025 chez Ignatius Press et dernièrement en Italie chez Cantagalli – précisément à la musique sacrée et à la liturgie.  Il s’agit d’un dialogue avec Peter Carter, qui est directeur du Catholic Sacred Music Project, intitulé : « Le Chant de l’Agneau ».

    Un ouvrage aux accents très proches de ceux du Ratzinger théologien, liturgiste et pape.

    *

    Réflexions sur les causes les plus profondes de l’affaire Lefebvre

    de Joseph Ratzinger

    Santiago du Chili, 13 juillet 1988

    Sans aucun doute, le problème soulevé par Mgr Lefebvre ne s'est pas éteint avec la rupture du 30 juin. Il serait trop commode de se réfugier dans une espèce de triomphalisme et de penser que cette question a cessé d'être pertinente dès l'instant où le mouvement de Lefebvre s'est séparé de façon nette de l'Église. Un chrétien ne peut jamais, ni ne doit jamais, se réjouir d'une rupture. Même si la faute ne saurait incontestablement être imputée au Saint-Siège, il est de notre devoir de nous interroger : quelles erreurs avons-nous commises, quelles erreurs commettons-nous encore ? Les critères qui permettent de juger le passé, à commencer par le décret sur l'œcuménisme du concile Vatican II, doivent logiquement être applicables pour appréhender le présent également.

    L'une des découvertes fondamentales de la théologie de l'œcuménisme, c’est que les schismes ne se produisent que lorsque, au sein de l'Église, certaines vérités et certaines valeurs de la foi chrétienne ne sont plus ni vécues ni aimées. La vérité qui est marginalisée acquiert alors son autonomie, se détache de la totalité de la structure ecclésiale, et c'est autour d'elle que se forme un mouvement nouveau. Le fait qu'un si grand nombre d'hommes, pourtant éloignés du cercle restreint de la fraternité de Lefebvre, voient en cet homme une sorte de guide, ou pour le moins un allié utile, doit nous faire réfléchir. Il ne suffit pas d’attribuer tout cela à des motifs politiques, à la nostalgie ou à d'autres raisons secondaires d'ordre culturel. De telles causes ne suffiraient pas à attirer, en particulier, des jeunes issus de pays très différents et appartenant à des contextes politiques et culturels totalement différents. Bien entendu, leur vision étroite et unilatérale saute aux yeux où que l’on regarde ; pourtant, le phénomène dans son ensemble demeurerait inimaginable s'il n'y avait également en jeu des éléments positifs qui, ne trouvent en général plus suffisamment d’espace vital dans l'Église d'aujourd'hui.

    Pour toutes ces raisons, nous devons considérer cette situation en premier lieu comme l'occasion d'un examen de conscience. Nous ne devons pas redouter d’examiner avec sérieux les manquements de notre pastorale qui transparaissent à travers tous ces faits. C'est ainsi que nous pourrons offrir un espace à ceux qui le recherchent et le réclament au sein même de l'Église, et parvenir ainsi à rendre le schisme, de l'intérieur de l'Église, parfaitement superflu.

    Je voudrais examiner trois aspects qui, à mon sens, jouent un rôle important dans cette situation.

    A. Le sacré et le profane

    De nombreuses raisons peuvent expliquer pourquoi de nombreuses personnes pourraient avoir cherché refuge dans l'ancienne liturgie. L'une des principales, et non des moindres, est qu'elles y trouvaient intacte la dignité du sacré.

    Après le Concile, beaucoup ont intentionnellement érigé la « desacralisation » en programme, nous en expliquant que le Nouveau Testament avait aboli le culte du Temple : le voile du Temple déchiré au moment de la mort du Christ sur la croix signifiait — selon eux — la fin du sacré. La mort de Jésus hors des murs, c'est-à-dire dans la sphère publique, constituait désormais la véritable adoration ; l’adoration, si elle doit exister, s'accomplit dans la non-sacralité de la vie quotidienne, dans l'amour vécu. C’est sur la base de tels arguments que l’on a relégué les ornements sacrés au second plan ; les églises ont été dépouillées, autant que possible, de la splendeur qui évoque le sacré ; et la liturgie a été réduite, autant que faire se peut, au langage et aux gestes de la vie ordinaire, à travers des salutations, des signes communs d'amitié et d’autres choses semblables.

    Cependant, de telles théories et pratiques ont totalement fait fi du véritable lien unissant l'Ancien et le Nouveau Testament ; on a oublié que ce monde n'est pas encore le Royaume de Dieu et que « le Saint de Dieu » (Jn 6, 69) demeure en contradiction avec le monde ; que nous avons besoin de purification pour nous approcher de Lui ; que le profane, même après la mort et la résurrection de Jésus, n'est pas devenu saint. Le Ressuscité ne s'est manifesté qu'à ceux dont les cœurs s'étaient ouverts à Lui, au Saint : Il ne s'est pas révélé au monde entier. C'est à partir de ce monde-là que s’est ouvert le nouvel espace d'adoration vers lequel nous sommes désormais tous orientés ; cette adoration consiste à s'approcher de la communauté du Ressuscité, aux pieds duquel les femmes se sont prosternées pour l'adorer (Mt 28, 9).

    Je ne souhaite pas approfondir davantage ce point ici, mais simplement en venir directement à la conclusion : nous devons reconquérir la dimension du sacré dans la liturgie. La liturgie n'est pas un festival, ni une réjouissance conviviale. Peu importe si un curé parvient à mettre en œuvre des idées séduisantes ou des spéculations fantaisistes. La liturgie est la mise en présence au milieu de nous du Dieu trois fois saint, elle est le buisson ardent, elle est l'Alliance de Dieu avec l'humanité en Jésus-Christ mort et ressuscité. La grandeur de la liturgie ne repose pas sur sa capacité à offrir un divertissement captivant, mais sur son pouvoir à nous mettre en contact avec le Tout-Autre, que nous ne saurions évoquer par nos propres forces. Il vient parce qu'Il le veut. En d'autres termes, l'essence de la liturgie est le mystère, qui s'accomplit dans le rite commun de l'Église ; tout le reste ne fait que l'amoindrir. Les fidèles en font l'expérience poignante, et ils se sentent trahis lorsque le mystère se mue en divertissement, lorsque le protagoniste de la liturgie n'est plus le Dieu vivant, mais le prêtre ou l'animateur liturgique.

    B. Le caractère non arbitraire de la foi et sa continuité

    Défendre le concile Vatican II — à l'opposé de Mgr Lefebvre — comme un événement valide et contraignant pour l'Église reste et continuera à rester une nécessité. Néanmoins, il existe une posture de vision étriquée qui isole Vatican II et qui a provoqué cette opposition. Plusieurs interprétations donnent l'impression qu'après Vatican II, tout a basculé et que ce qui a précédé ne saurait plus être valable, ou, au mieux, ne le serait qu'à la lumière de Vatican II. Le concile Vatican II n'est pas considéré comme une composante de la totalité de la Tradition vivante de l'Église, mais plutôt comme le terme de la Tradition et un complet recommencement à zéro. La vérité est que le Concile lui-même n'a défini aucun dogme et s'est efforcé consciemment de s'exprimer sur un mode plus modeste, simplement comme un concile pastoral ; pourtant, beaucoup l'interprètent comme s'il s'agissait presque d'un super-dogme frappant d'insignifiance tout le reste.

    Cette impression se trouve surtout renforcée par ce qui se passe dans la vie quotidienne. Ce qui était jadis considéré comme la chose la plus sacrée — la forme transmise par la liturgie — est soudain devenue la plus proscrite et l'unique chose qu'il faille impérativement rejeter. Les critiques à l'égard des nouveautés de la période post-conciliaire ne sont pas tolérées ; en revanche, lorsqu'il s'agit des règles anciennes ou des grandes vérités de la foi — par exemple la virginité corporelle de Marie, la résurrection corporelle de Jésus, l'immortalité de l'âme, etc. —, il n'y a aucune réaction, ou tout au plus une réaction extrêmement timorée. J'ai moi-même été témoin, du temps où j'étais professeur, de la manière dont un évêque qui, avant le Concile, avait congédié un professeur irréprochable sous prétexte d'un franc-parler un peu rude, s'est trouvé incapable, après le Concile, de licencier un autre professeur qui niait ouvertement certaines vérités fondamentales de la foi. Tout cela amène beaucoup de fidèles à se demander si l'Église d'aujourd'hui est vraiment encore la même que celle d'hier, ou si elle n'a pas simplement été remplacée par une autre à leur insu. La seule manière de rendre Vatican II crédible est de le présenter clairement pour ce qu'il est : un maillon de l'unique et entière Tradition.

    C. L'unicité de la vérité

    En mettant la question liturgique de côté, les points névralgiques du conflit résident actuellement dans l'attaque portée contre le décret sur la liberté religieuse et contre le prétendu esprit d'Assise. Sur ces points, Mgr Lefebvre trace une ligne rouge entre sa position et celle de l'Église catholique d'aujourd'hui. Il n'est nul besoin de réaffirmer explicitement que ses thèses en la matière sont inacceptables. Mais nous ne nous attarderons pas ici sur ses erreurs ; nous souhaitons plutôt nous demander où réside notre propre manque de clarté.

    Pour Mgr Lefebvre, il s'agit d'un combat contre le libéralisme idéologique, contre la relativisation de la vérité. À l'évidence, nous ne saurions partager son avis lorsqu'il affirme que le texte conciliaire sur la liberté religieuse ou la prière d'Assise, selon les intentions exprimées par le Souverain Pontife, constituent des relativisations [de la vérité]. Il n'en demeure pas moins vrai que, dans le climat spirituel de l'époque postconciliaire, la question de la vérité a souvent été éclipsée, voire étouffée ; et c'est peut-être là que nous touchons au problème crucial de la théologie et de la pastorale contemporaines.

    La « vérité » est soudain apparue comme une prétention excessive, un « triomphalisme » intolérable. Ce processus s'observe de manière particulièrement évidente dans la crise qui a frappé l'idéal et la pratique missionnaires. Si nous ne recherchons pas la vérité lorsque nous annonçons notre foi, et si cette vérité n'est plus essentielle au salut de l'humanité, alors les missions perdent leur raison d'être. De fait, on en est venu, et on en vient encore, à conclure qu'à l'avenir, le seul objectif devrait être que les chrétiens soient de bons chrétiens, les musulmans de bons musulmans, les hindous de bons hindous, et ainsi de suite. Mais comment savoir quand quelqu'un est un « bon » chrétien ou un « bon » musulman ? L'idée que toutes les religions sont, à proprement parler, de simples symboles de l'Incompréhensible en dernière analyse, gagne rapidement du terrain, y compris en théologie, et se trouve déjà profondément enracinée dans la pratique liturgique. Partout où se manifeste ce phénomène, la foi en tant que telle finit par être abandonnée, car elle consiste précisément à s'en remettre à la vérité dans la mesure même où celle-ci est reconnue. C'est pourquoi nous avons certainement toutes les raisons de revenir au bon sens dans ce domaine également. Si nous parvenons à montrer et à vivre à nouveau la totalité du catholicisme dans ces milieux, nous pourrons alors espérer que le schisme de Mgr Lefebvre ne s'éternise pas.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Ordonner des prêtres mariés n’entraînerait pas une augmentation des vocations

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    De Peter Winnemöller sur kath.net/news

    Car ils ne savent pas ce qu’ils réclament

    20 juillet 2026

    Toujours le célibat. Pourtant, sa simple suppression créerait très probablement plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait. Ordonner des prêtres mariés n’entraînerait pas une augmentation des vocations. Le « Montagskick » de Peter Winnemöller

    Linz (kath.net)
    Le célibat doit disparaître. Ce n’est pas seulement ce que réclame le très controversé « ZdK ». Le nouvel évêque d’Eichstätt remet lui aussi cette question sur la table. L’archevêque de Malines-Bruxelles, Luc Terlinden, déclare : « Pour moi, des prêtres mariés seraient un enrichissement pour l’Église. » L’évêque d’Anvers, Johann Bonny, a récemment annoncé son intention d’ordonner des hommes mariés prêtres d’ici 2028. Et un commentaire publié sur le portail d’information géré par la kna pour le compte des évêques allemands allait également dans ce sens : il faut en finir avec ça. En tout cas, il faut en finir avec le célibat obligatoire. Il ne fait aucun doute que des milliers de jeunes hommes sont enfermés, en pleurant et en grinçant des dents, dans des institutions de célibat forcé et sont brutalement empêchés de se marier. C’est bien sûr absurde. Personne n’est contraint à cet engagement. Et c’est également une légende urbaine que cette obligation empêche les vocations. La pénurie de pasteurs protestants est encore bien plus grave que celle des prêtres catholiques. Mais ce n’est pas un critère. Dans ce contexte, le fait que la profession de pasteur protestant soit celle qui affiche le taux de divorce le plus élevé n’est sans doute qu’une note de bas de page. Feu Heinrich Heitmeyer, ancien vicaire général d’Osnabrück, avait coutume de dire que le célibat avait entraîné son lot de problèmes. Cependant, en supprimant le célibat, on s’en débarrasserait au prix de s’attirer un nombre bien plus important d’autres problèmes.

    En ce qui concerne la question de l’entrave aux vocations, il faut garder à l’esprit qu’une vocation est toujours un processus en trois étapes : l’inclination, l’aptitude et l’acceptation par la communauté concernée. Si les première et deuxième étapes sont souvent négligées, la troisième n’est généralement même pas évoquée. Un candidat qui souhaite, par exemple, devenir prêtre devrait prendre plaisir à se pencher sur des questions théologiques, non pas par pur intérêt personnel, mais dans le but de se qualifier pour la pastorale et pour le ministère sacramentel auquel il aspire. Il s’agit là de la vocation, qui peut et doit bien sûr revêtir un caractère très individuel. La déterminer est d’abord un acte très personnel, mais cela devient par la suite un aspect qui doit être communiqué de manière appropriée lors des entretiens avec les personnes responsables de la formation sacerdotale. Il s’agit de clarifier sa vocation, et c’est là déjà que le mode de vie du célibat entre en jeu.

    Le point suivant concerne l’aptitude. Outre les capacités intellectuelles requises pour suivre des études universitaires, il faut toujours tenir compte de questions liées au caractère. Là encore, la question se pose de savoir si la personne concernée est capable de mener une vie sans mariage et, par conséquent, sans partenaire sexuel. Les conseils évangéliques de pauvreté, de célibat et d’obéissance constituent un bon point de repère. Ce sont là des défis de taille, que l’on ne relève pas à la légère. Beaucoup de choses ne se décideront qu’en cours de route, mais avant l’ordination, il faudrait également avoir des certitudes sur ce point. C’est alors qu’intervient le troisième aspect : l’acceptation par la communauté concernée. Au vu du scandale des abus sexuels et d’autres éléments, on peut reprocher aux diocèses une certaine légèreté à cet égard au cours des dernières décennies. Cela vaut également pour la préparation à la vie célibataire. Lorsqu’un diocèse autorise un jeune homme à entamer des études en vue du sacerdoce tout en entretenant une relation avec une jeune femme, c’est qu’il y a un grave problème. Or, le fait est que, pour être accepté comme prêtre dans l’Église catholique romaine, il est nécessaire de s’engager à respecter le célibat. Sans cet engagement, pas d’acceptation ; sans cette acceptation, pas de vocation. On peut alors toujours se sentir appelé, mais c’est un acte de maturation personnelle que de parvenir à comprendre quelle est la véritable nature de la vocation. Ce n’est ni un défaut ni une honte de ne pas être appelé à la prêtrise. C’est en réalité plutôt une exception. Le clergé signifie « être appelé à sortir ». Or, cela n’est pas facultatif et ce n’est pas quelque chose que l’on peut choisir.

    On aime alors souvent établir un contraste avec l’Église orientale. C’est quand même génial qu’ils aient des prêtres mariés. On peut partager ce point de vue. Mais ceux qui croient sérieusement que cela permettra d’obtenir rapidement davantage de prêtres se trompent lourdement. Mais attendons un peu : la pratique de l’Église orientale est plus proche de la nôtre que la plupart des gens ne le pensent. L'Église orientale suit la devise de l'Ancien Testament selon laquelle « il n'est pas bon que l'homme soit seul ». C'est pourquoi il existe deux types de prêtres. Les uns sont moines. Les autres sont mariés. Il n’existe pas de prêtre célibataire vivant seul. Ainsi, quiconque souhaite devenir prêtre dans une Église orientale, y compris dans une Église orientale uniate, doit, avant son ordination, soit être marié, soit entrer au monastère. Tertium non datur. Il en résulte que, dans les Églises orientales, il existe un grand nombre de jeunes hommes qui ont terminé leurs études de théologie, qui ont accompli tout ce que leur évêque leur avait demandé en matière de formation, mais qui ne peuvent néanmoins pas être ordonnés parce qu’ils sont célibataires et ne manifestent aucune envie d’entrer au monastère. Certains de ces jeunes hommes vivent parfois dans des conditions économiques très précaires s’ils n’ont ni famille ni mécènes. Augmenter le nombre de prêtres en supprimant le célibat pourrait donc se retourner de manière spectaculaire contre cette initiative. En Occident aussi, les hommes se marient de plus en plus tard. De plus, une femme devrait être prête à partager la vie d’un prêtre. Cela aussi constitue un défi.

    Nous voyons là avant tout une illusion : les prêtres ordonnés ne peuvent pas se marier. Dans toute l’Église, c’est-à-dire tant à l’Est qu’à l’Ouest, l’ordination constitue un obstacle au mariage, mais le mariage n’est pas un obstacle à l’ordination. Il est donc en principe possible, même en Occident, d’ordonner des hommes mariés prêtres. En revanche, tant à l’Est qu’à l’Ouest, il est impossible de se marier en tant que prêtre. Si les hommes doivent être mariés avant l’ordination, à moins qu’ils ne souhaitent entrer au monastère, cela constitue un facteur considérable de report des ordinations. À cela s’ajoute le fait que, dans les Églises orientales également, les évêques sont toujours célibataires. Cela signifie que, dans l’Église orientale, les évêques sont en principe des moines. Ce n’est pas un inconvénient, si l’on en juge par nos évêques professeurs.
    Si, en Occident, avec notre taux de divorce élevé, nous ordonnions des hommes mariés comme prêtres, nous nous retrouverions très vite avec toute une série de prêtres divorcés qui ne pourraient toutefois pas se remarier. Ils ne pourraient pas non plus se remarier s’ils devenaient veufs. L’ordination constitue alors un obstacle au mariage. Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour se représenter le premier évêque confronté à un évêque divorcé et remarié civilement. Et ensuite ? Il ne faut pas beaucoup d’imagination non plus pour se représenter le tollé dans la presse allemande contre une Église cruelle qui suspendrait un prêtre pour cette raison.

    Ce serait également le cas si l’Occident s’engageait dans une tradition entièrement nouvelle et acceptait le moine aux côtés du pope marié et du prêtre célibataire. D’un point de vue théologique concernant les fonctions ecclésiastiques, cela exigerait l’une ou l’autre contorsion, mais conduirait finalement au même ensemble de problèmes. Pourtant, l’Occident aurait encore de bonnes cartes en main, puisqu’il pourrait employer les jeunes candidats au sacerdoce célibataires et désireux de se marier en tant qu’assistants pastoraux. Cela serait possible, du moins en théorie. La mise en place d’un tel système susciterait toutefois beaucoup de mécontentement. Les prêtres plus âgés, encore en âge de se marier, se retrouveraient prisonniers du célibat – et ce, d’un célibat de fait imposé ! Les assistants pastoraux, qui n’avaient jusqu’à présent pas envisagé cette option, pourraient soudainement demander à être ordonnés, et ceux qui pourraient déjà être vicaires ou curés depuis longtemps se retrouveraient peut-être à tourner en rond dans l’attente, en liberté de fréquentation, pendant une durée exorbitante.

    Il n’en reste pas moins que l’exigence imposée aux prêtres de s’engager, avant leur ordination, à mener une vie de célibat et de chasteté, pose de nombreux problèmes à l’Église. Mais il est également vrai que la suppression du célibat modifierait la nature de ces problèmes et en multiplierait même le nombre. On ne peut que répéter sans cesse à tous ceux qui, dans des commentaires, des discours, des essais, des documents de réforme et bien d’autres formes encore, réclament « l’abolition définitive du célibat », de bien vouloir réfléchir à toutes les conséquences – dont ce billet est loin de mentionner toutes – et d’en tenir compte lorsqu’ils lancent de telles revendications populistes. Car celui qui croit sincèrement qu’un mariage est plus facile à vivre qu’une vie chaste et célibataire se trompe infiniment.

  • Léon XIV : Le problème d'être pasteur

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Le problème d'être pasteur

    Fait rare la semaine dernière, les médias officiels du Vatican se sont prononcés sur une controverse concernant des propos récents de l'ambassadeur américain Brian Burch, représentant diplomatique de son pays auprès du Saint-Siège.

    Les médias du Vatican ont tenu à réaffirmer que « le pape parle toujours en pasteur ».

    C’était le titre d’un éditorial d’Andrea Tornielli, directeur éditorial de Vatican Media, qui semblait être une réponse directe à une interview accordée par Burch au New York Times.

    Publiée quelques jours avant l'éditorial de Tornielli mais réalisée en juin, l'interview de Burch par le Times citait l'ambassadeur affirmant que l'opinion du pape, lorsqu'il s'exprime en tant que chef d'État, est égale à celle des autres chefs d'État.

    Il y a beaucoup à analyser, tant dans les remarques de Burch que dans l'éditorial de Tornielli.

    Tornielli explique que le fait que l'évêque de Rome soit également souverain de l'État de la Cité du Vatican ne signifie pas qu'il agisse ou parle en tant que dirigeant politique lorsqu'il intervient sur des questions qui concernent l'humanité.

    Tornielli souligne que l'existence de l'État de la Cité du Vatican sert à garantir la pleine indépendance du successeur de Pierre dans l'exercice de sa mission spirituelle, mais cela ne signifie pas que le pape cumule des fonctions politiques et religieuses.

    Pour étayer cet argument, Tornielli rappelle que Paul VI, aux Nations Unies le 4 octobre 1965, avait souligné que le pape n'avait « aucun pouvoir temporel ni aucune ambition de rivaliser » avec les dirigeants des nations. Avant son accession au trône pontifical, Montini avait soutenu en 1962 qu'après la dissolution des États pontificaux, la papauté pourrait mieux développer sa mission d'enseignement et de témoignage de l'Évangile.

    En bref, « toute exaltation ou exagération du rôle du pontife en tant que chef d’État est trompeuse » car elle « détourne l’attention de sa seule et véritable mission de pasteur universel », qui, lorsqu’il prend la parole pour défendre la vie, la paix, le désarmement, ou appelle à dépasser le concept de guerre juste, ou se préoccupe des pauvres et de la liberté religieuse, « ne fait que proclamer l’Évangile ».

    Dans le New York Times, Burch a souligné que le pape, en tant que chef d'État, devait être considéré comme l'égal d'un autre chef d'État, et que par conséquent ses opinions étaient égales à celles des autres.

    Il a fait remarquer que le Saint-Siège « n’a pas dit et ne déclarera pas définitivement » si le conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran est une guerre juste, que le pape le ferait en sa qualité de chef d’État, et que la doctrine de la guerre juste exige que ce soient les gouvernements qui décident ; le pape ne peut pas avoir suffisamment d’informations pour la définir.

    Or, les déclarations de l'ambassadeur américain ont leurs limites.

    D'une part, la tradition de pensée de la guerre juste repose sur des critères très clairs, élaborés sur des milliers d'années, et Léon a déclaré aux journalistes lors de son vol vers l'Espagne le 6 juin dernier que le conflit iranien ne les respecte pas.

    « Je crois que cela a déjà été très clairement indiqué », a déclaré Léon, « en Iran, les critères d'une guerre juste ne sont pas réunis. »

    « La théorie de la guerre juste remonte à des siècles, à une époque où il était impossible d’imaginer les armes et la capacité de destruction dont dispose l’humanité aujourd’hui », a également déclaré Léon.

    Dans sa récente encyclique Magnifica Humanitas , le pape a déclaré que la théorie de la guerre juste est « dépassée », en grande partie à cause du pouvoir destructeur des armes modernes, suivant une voie qui a commencé avec l’ encyclique Pacem In Terris de Jean XXIII .

    En fin de compte, une guerre préventive ne peut jamais être une guerre juste.

    L'affirmation selon laquelle l'opinion du pape, en tant que chef d'État, est dissociable de celle d'un chef religieux est vraie jusqu'à un certain point.

    Le pape ne peut être défini comme un chef d'État au même titre que les autres ; notamment lorsqu'il s'exprime sur un plan diplomatique, il est le Saint-Siège. Il ne représente pas le Saint-Siège. Il est le Saint-Siège. Selon le droit canonique, le pape, le Saint-Siège et le Secrétariat d'État sont synonymes.

    La question n'est donc pas de savoir si le pape est chef d'État. Il l'est, mais d'un territoire fonctionnel. Le problème réside dans la représentation internationale du Saint-Siège.

    Cette représentation internationale s'est poursuivie même pendant la période où, suite à l'invasion des États pontificaux par l'Italie, le pape s'est exilé à Castel Sant'Angelo et le Saint-Siège s'est retrouvé sans État.

    Durant ces années, cependant, les relations diplomatiques se multiplièrent ; Léon XIII fut même invité à la Conférence de paix de La Haye de 1899, et il n'y assista pas uniquement en raison de l'opposition italienne — qui ne voulait pas reconnaître la souveraineté du Saint-Siège — mais envoya un message contenant, entre autres, les germes de nombreuses réformes initiées par l'ère du multilatéralisme.

    Il est donc frappant que l'article de Vatican News se concentre uniquement sur le rôle du pape en tant que pasteur.

    Le Pape est un pasteur ; le Pape proclame l’Évangile, mais l’Évangile est aussi proclamé diplomatiquement, à travers un énorme réseau diplomatique (184 relations bilatérales), et aussi en défendant la vie, la famille et les droits dans les forums internationaux.

    Le pape ne parle jamais uniquement en tant que pasteur, car autrement le discours qu'il adresse au corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, le discours au corps diplomatique et à la société civile qui constitue le premier rendez-vous de chaque voyage apostolique , ou même le discours qu'il a prononcé devant les Cortes espagnoles lors de son voyage en Espagne, seraient dénués de sens.

    Mais tout cela est absent de l'éditorial de Vatican News, qui s'attache avant tout à écarter toute possibilité de considérer le pape comme un chef d'État comme les autres. Il ne l'est pas, certes, mais il n'est pas non plus un simple pasteur.

    Cette nuance, sans doute considérée comme évidente et implicite, ne figure pas dans le texte, donnant ainsi l'impression que Léon XIV n'entend exercer que ce rôle, créant un court-circuit dans la perception de la diplomatie du pape.

    Ainsi, l'interview à l'origine de la polémique et la réponse qu'elle a suscitée présentent toutes deux des lacunes, incomplètes pour une meilleure compréhension du contexte. La réaction de l'ambassadeur américain n'est guère surprenante, ne serait-ce que parce que l'administration Trump a toujours instrumentalisé cette distinction entre chef d'État et chef spirituel pour tenter de dissocier les paroles du pape des actes du gouvernement.

    Il est surprenant que Vatican News n'ait pas mis l'accent sur le travail diplomatique, mais ait plutôt cherché à démontrer que le pape n'est qu'un chef d'État fonctionnel, dépourvu de pouvoir temporel.

    Il a été dit que l'article de Vatican News avait été commandé par Léon XIV lui-même, ou du moins par des personnes de haut rang, et que le pape souhaitait le lire et l'approuver au préalable. Si cette information se confirme, trois conclusions peuvent être tirées.

    L'interview de Burch aurait été presque inintéressante sans cette réponse, car, au-delà du discours linguistique américain, Burch s'adresse à un public américain, utilisant la terminologie américaine et donc essentiellement locale.

    Si le pape a demandé une réponse, c'est parce qu'il se soucie de la perception des États-Unis.

    En effet, si l'on y réfléchit, il a également accordé sa première interview pour un livre de la journaliste américaine Elise Allen, publié en espagnol pour un public péruvien, afin de clarifier sa position sur certaines situations passées.

    Léon XIV ne veut pas donner l'impression de privilégier les États-Unis dans ses réflexions , mais c'est ainsi que l'opinion publique américaine le perçoit.

    Deuxièmement, définir le Saint-Siège tel qu'il est pose une difficulté considérable.

    La souveraineté du Pape sur l'État de la Cité du Vatican semble occulter le fait que le Saint-Siège possède une souveraineté internationale indépendante de tout territoire. Comme si la présence du Saint-Siège sur la scène internationale devait être justifiée plutôt que réaffirmée. Nous vivons une époque nouvelle où il est difficile d'expliquer le sens de la diplomatie papale.

    Mais tout ne se réduit pas à une simple perspective pastorale ; autrement, le Pape deviendrait – et c’est effectivement le cas – un chef spirituel parmi d’autres . Or, le Pape n’a jamais été un chef spirituel parmi d’autres. Et le Saint-Siège, précisément en ce sens, a toujours été, de mémoire d’homme, un acteur de paix.

    De plus, Montini n'était pas le seul à évoquer le caractère providentiel de la perte des États pontificaux. Benoît XVI, s'exprimant en Allemagne, a également parlé du caractère providentiel des tendances séculières qui ont permis l'avènement d'une Église détachée du monde .

    Cela ne signifie pas pour autant défendre la perte de souveraineté. Cela signifie souligner que, si la souveraineté se réduit à une simple structure, elle perd de vue ses motivations originelles.

    La troisième conclusion concerne la communication.

    Pourquoi les médias du Vatican devraient-ils réagir aux déclarations d'un ambassadeur, même indirectement ? Pourquoi est-il nécessaire de clarifier les déclarations d'un ambassadeur ?

    Il s'agit d'une question importante car elle touche à la dignité même du Saint-Siège et à sa manière d'interagir avec le monde.

    Autrefois, on aurait tout simplement ignoré les propos tenus, lancé une protestation interne ou convoqué l'ambassadeur pour obtenir des explications.

    Le fait que tout soit désormais exposé dans les médias témoigne effectivement d'une modernisation du Saint-Siège.

    Cela témoigne également d'une soumission à la logique du monde, dont l'issue est incertaine.

  • Les vacances papales ne suffiront pas à apaiser les tensions latentes

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    De Michael Haynes sur le Catholic Herald :

    Les vacances papales ne suffiront pas à apaiser les tensions latentes.

    Peu après la saison des ordinations dans les diocèses du monde entier, le calme relatif des vacances d'été se poursuit au Vatican, les vacances du pape Léon ne devant se terminer que le week-end prochain, et seule la requête de la Fraternité Saint-Pie-X menaçant d'interrompre son repos.

    Le retour de Léon XIV à la villa papale de Castel Gandolfo pour ses vacances d'été a été accueilli avec une grande joie. La décision du pape François de ne pas utiliser cette résidence d'été et de l'ouvrir aux touristes a privé cette ville perchée non seulement de son visiteur papal annuel, mais aussi des revenus touristiques essentiels liés aux vacances papales.

    Pour le pape américain, Castel Gandolfo est devenu un lieu de prédilection. Il s'y rend chaque semaine pendant un jour et séjourne ce mois-ci pendant un peu plus de trois semaines dans la villa. L'année dernière, il avait passé les vacances d'été à la Villa Barberini, mais cette année, il est installé dans la villa principale, la résidence d'été traditionnelle des papes.

    Les habitants d'Albano sont si heureux d'accueillir Léon XIV qu'ils ont organisé un concert en son honneur samedi soir. Organisé par le diocèse d'Albano en guise de cadeau au Pape, l'événement s'est tenu dans la cour du palais papal et proposera une sélection de musique classique. Selon l'évêque d'Albano, Vincenzo Viva : « La présence renouvelée du Saint-Père sur notre territoire diocésain a comblé de joie notre Église locale et ses fidèles. »

    La pause papale s'accompagne inévitablement d'un ralentissement de l'actualité papale et vaticane. Mais s'il y a bien un sujet susceptible de perturber cette torpeur estivale, c'est celui de la FSSPX.

    La Fraternité a annoncé le 13 juillet avoir déposé un « recours préliminaire » auprès du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF) contre le décret d'excommunication prononcé par le DDF le 2 juillet. Aucun détail précis n'a été donné sur le contenu du recours, ni sur l'identité de l'autorité qui l'a émis, mais s'il s'agit d'un recours contre le décret du DDF, il s'agirait de contester la sanction d'excommunication infligée aux six évêques de la Fraternité.

    La FSSPX a déclaré que le recours remplit les conditions requises pour être « l’étape préliminaire obligatoire avant l’éventuelle introduction d’un recours hiérarchique » et, à ce titre, « a pour effet de suspendre l’exécution du décret, conformément au canon 1353 du Code de droit canonique ».

    En émettant le recours préliminaire, la FSSPX admet ainsi la légitimité du Code de droit canonique de 1983 et entreprend également une démarche canonique que l'archevêque Marcel Lefebvre n'a pas entreprise après les consécrations de 1988.

    Il est peu probable que la DDF revienne sur sa décision concernant la Fraternité Saint-Pie-X, notamment au vu des déclarations publiques faites par cette dernière après les consécrations, dont celle affirmant que « l’Église a connu sa révolution d’octobre avec le concile Vatican II ». Étant donné que le « processus de réconciliation » proposé par la DDF implique que les membres quittant la Fraternité Saint-Pie-X signent un texte s’engageant à interpréter Vatican II positivement, la DDF répondra vraisemblablement que la Fraternité n’a manifesté aucun changement d’esprit.

    Plusieurs évêques diocésains ont réagi à la question soulevée par la FSSPX en mettant en garde leurs fidèles contre la participation aux messes de la Fraternité Saint-Pie-X et en les exhortant à assister uniquement aux messes traditionnelles approuvées. Or, cette réaction met en lumière un point essentiel du problème soulevé par la FSSPX : les restrictions imposées à la messe traditionnelle, qui ne semblent pas près d’être levées.

    Cette situation a relancé les appels d'évêques et de commentateurs demandant à Léon XIV de lever les restrictions punitives de Traditionis Custodes et de revenir à une disposition semblable à celle énoncée par le pape Benoît XVI dans Summorum Pontificum . L'archevêque Salvatore Cordileone fut l'une de ces voix.

    « Prions pour qu’un effort ardent en faveur d’un dialogue sincère et honnête s’engage bientôt », a-t-il écrit , « et qu’un accès plus facile à la forme traditionnelle de la messe soit offert à notre peuple, afin qu’il ne se sente pas contraint de chercher sa nourriture spirituelle en dehors de la famille unie à Rome. »

    Il n'est pas seul. Les cardinaux Gerhard Müller, Raymond Burke et Robert Sarah, ainsi que l'archevêque Georg Gänswein, ont tous relancé leurs appels à la levée des restrictions sur la messe en latin lors de plusieurs entretiens. « Je dirais : laissons disparaître progressivement le traité Traditionis Custodes », a déclaré Robert Sarah à Diane Montagna. « Le pape Léon XIV n'a pas besoin d'écrire un texte l'abrogeant. Non, qu'il le laisse tel quel et dise simplement "continuez", et ce texte disparaîtra peu à peu. »

    Ce texte problématique, Traditionis Custodes, a fêté cette semaine son cinquième anniversaire et, résumant son impact sur l'Église, le Dr Joseph Shaw a déclaré dans le Herald que « la vie spirituelle et liturgique de plusieurs milliers de catholiques fidèles à la papauté a été gravement affectée, et celle de dizaines, voire de centaines de milliers, a été publiquement condamnée comme source de désunion au sein de l'Église ».

    C’est un « gâchis » que même ceux qui n’ont pas d’attachement particulier à la messe traditionnelle ont déploré. Le cardinal Gerhard Müller a déclaré à notre correspondant que Traditionis Custodes « était superflu et ouvrait de nouveaux fronts non pas sur des questions dogmatiques, mais uniquement sur la discipline liturgique ».

    En effet, si le Vatican souhaite réellement freiner l'influence de la FSSPX et prévenir ce qu'il perçoit comme une montée du schisme, alors élargir l'accès à la messe traditionnelle est une mesure que beaucoup considèrent comme absolument nécessaire. « Si l'on interdit aux catholiques d'assister aux messes de la FSSPX et aux autres sacrements, la charité pastorale exige qu'on leur offre des lieux légitimes de culte », a déclaré le canoniste, le père Gerald Murray. « Avant Traditionis Custodes , nous disposions de nombreux lieux légitimes de culte . »

    C’est le deuxième été de Léon en tant que pape, et si l’on s’attendait l’an dernier à ce que la pause estivale lui permette de préparer des changements au Vatican pour l’automne, cette attente est encore plus forte aujourd’hui.

    Le Vatican se trouve dans une situation quasi intenable : en interdisant aux catholiques d’assister aux messes de la FSSPX tout en réprimant fermement la messe traditionnelle, il risque de voir un grand nombre de fidèles ignorer de plus en plus Rome, non seulement sur ce point, mais sur tous les points à venir. Traditionis Custodes est désormais au cœur d’un débat sur l’unité interne de l’Église, et il s’agit d’une question qu’il est impératif d’aborder sans délai.

    Michael Haynes est un journaliste anglais accrédité auprès du Saint-Siège. Il est correspondant au Vatican pour le Catholic Herald , et vous pouvez le suivre sur Per Mariam et sur Twitter (@MLJHaynes ).

  • Le cardinal Sarah : la Pachamama était la preuve que « le paganisme a fait son entrée dans l’Église »

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    De Michael Haynes sur le Catholic Herald :

    17 juillet 2026

    Le cardinal Sarah : Pachamama était la preuve que « le paganisme a fait son entrée dans l’Église »

    Deux moments clés du pontificat du pape François sont la preuve que « le paganisme à l’état pur a fait son entrée dans l’Église », selon le cardinal Robert Sarah.

    « Ils ont apporté une idole inca, et cette idole est entrée dans la basilique Saint-Pierre », a déploré le cardinal Sarah en revenant sur le Synode de l’Amazonie de 2019.

    « Nous l’avons portée en procession de la basilique à la salle Paul VI, et elle est restée devant nous pendant toute la durée du synode », a-t-il rappelé lors d’un long entretien avec la vaticaniste Diane Montagna. « La Pachamama est restée là, comme ça, pendant tout le synode. »

    « Lorsque nous avons tenu le synode sur l’Amazonie, je me suis demandé : l’Amérique latine n’a-t-elle pas une Vierge vénérée dans chaque pays d’Amérique latine ? La Vierge de Guadalupe… Pourquoi n’ont-ils pas fait venir la Vierge de Guadalupe pour présider le Synode sur l’Amazonie ? »

    Pour Sarah, un tel moment était tout à fait évitable et scandaleux, surtout si on le comparait à l’exemple donné par ses ancêtres catholiques dans sa Guinée natale. Soulignant que les missionnaires chrétiens en Afrique ordonnaient aux convertis de brûler leurs anciennes idoles, Sarah a raconté qu’un converti guinéen avait été tué par sa propre famille pour avoir abandonné son mode de vie païen. « Sa famille lui a dit : “Non, tu ne dois pas les abandonner [les idoles].” Mais il a répondu : “Je suis chrétien”, et ils l’ont tué. »

    « Et maintenant, nous faisons entrer la Pachamama dans la basilique ? »
    Le tristement célèbre incident de la Pachamama au Vatican, survenu lors du Synode de 2019, reste l’un des moments les plus controversés du pontificat du pape François. Le 4 octobre, le pape a participé à une « cérémonie de plantation d’arbres hautement symbolique » dans les jardins du Vatican, au cours de laquelle un groupe autochtone amazonien s’est prosterné devant deux statues de la déesse païenne Pachamama.

    François a assisté à la cérémonie, puis a béni les deux statues de la Pachamama – une figure vénérée par les tribus incas païennes comme déesse de la fertilité.

    Les statues de la Pachamama ont ensuite été placées dans l’église Santa Maria in Traspontina, située à l’ombre de la basilique Saint-Pierre, jusqu’à ce qu’Alexander Tschugguel s’empare des statues et les jette dans le Tibre, dans un geste resté célèbre.

    Par la suite, François s’est montré bien plus qu’un simple spectateur dans la controverse autour des Pachamamas. Il a présenté ses excuses « en tant qu’évêque du diocèse », déclarant : « Je demande pardon aux personnes qui ont été offensées par cet acte » – faisant référence au fait que les statues avaient été jetées dans la rivière.

    Il s’est félicité de la récupération des Pachamamas par la police, selon les informations disponibles, et a laissé entendre qu’elles pourraient être exposées lors de la messe de clôture du Synode.

    Au milieu de la polémique internationale suscitée par l’exposition des statues, plusieurs prélats ont appelé à une réparation. « Une idole a également été introduite dans la basilique Saint-Pierre – la figure d’une force démoniaque », a commenté à l’époque le cardinal Raymond Burke. « Une réparation et des prières s’imposent, afin de prier pour que les forces du mal qui se sont introduites avec cette idole soient vaincues par la grâce de Dieu, par le Christ qui souhaite que la basilique Saint-Pierre soit purifiée de l’acte sacrilège commis pendant le synode. »

    L’évêque Athanasius Schneider s’est montré tout aussi franc ; il a salué les actions de Tschugguel, suggérant qu’elles « seront consignées dans les annales de l’histoire de l’Église comme un acte héroïque qui a fait la gloire du nom chrétien, tandis que les actes des hauts dignitaires ecclésiastiques, au contraire, qui ont souillé le nom chrétien à Rome, resteront dans l’histoire comme des actes lâches et perfides, empreints d’ambiguïté et de syncrétisme. »

    Mais ce n’était là qu’un des deux incidents que le cardinal Sarah a cités lors de sa récente interview comme preuve de la propagation du paganisme au sein de l’Église catholique. Le second s’est produit lors d’un des derniers voyages internationaux de François.

    « Lorsque le pape François s’est rendu à Singapour, il a déclaré que toutes les religions sont égales, qu’elles sont comme des chemins, comme des langues, comme des dialectes différents. Elles mènent toutes à Dieu. »

    Faisant écho aux critiques exprimées par beaucoup à l’époque, Sarah a posé la question suivante : « Mais alors, quel est le sens de l’Incarnation ? Quel est le sens de l’Incarnation ? Quel est le sens de l’amour du Christ, si toutes les religions peuvent mener à Dieu ? »

    Si l’affirmation de François est correcte, alors – a déclaré Sarah – cela signifierait que « le Christ ment lorsqu’il dit : “Nul ne vient au Père que par moi, je suis la porte.” Autrement dit, le paganisme pur et simple a fait son entrée dans l’Église. »

    La déclaration de François a été prononcée lors d’une rencontre interreligieuse de jeunes à Singapour, au cours de la dernière partie de son voyage en Extrême-Orient en septembre 2024. Elle faisait suite à plusieurs moments œcuméniques qui constituaient un élément clé de ce voyage, et s’inscrivait dans la perspective œcuménique que François a donnée à son pontificat, suscitant souvent la controverse en raison d’un manque de clarté quant à la place prééminente de la foi catholique.

    Ses actions à Singapour ont été mises en avant comme étant en contradiction avec l’enseignement traditionnel de l’Église, résumé succinctement dans le Catéchisme de Baltimore, qui stipule : « La seule véritable Église fondée par le Christ est l’Église catholique. » {Q. 152}

    Bien que les initiatives œcuméniques se soient multipliées au cours des dernières décennies, et que, par conséquent, on parle moins souvent de la nécessité d’appartenir à l’Église catholique, le Vatican a autrefois publié des directives claires concernant ces initiatives. Un décret de 1949 stipulait que les évêques engagés dans l’œcuménisme devaient toujours souligner la nécessité de devenir catholique :

    Il n’est en aucun cas permis de passer sous silence ou de voiler sous des termes ambigus la vérité catholique concernant la nature et la manière de la justification, la constitution de l’Église, la primauté de juridiction du Souverain Pontife, et la seule véritable union par le retour des dissidents à la seule et véritable Église du Christ.
    Bien que les deux incidents mis en avant par Sarah aient suscité une immense controverse à l’époque, il n’y a eu aucune clarification officielle ni aucune déclaration supplémentaire sur ces événements par la suite. Ils ont toutefois été cités par des théologiens qui ont appelé à l’adoption de mesures correctives à la suite du pontificat de François. Ils ont également été évoqués par la Fraternité Saint-Pie X comme des exemples de « l’état de nécessité » qu’elle a invoqué pour justifier les consécrations épiscopales du 1er juillet.

    Michael Haynes est un journaliste anglais membre du Corps de presse du Saint-Siège. Il est correspondant au Vatican pour le Catholic Herald ; les lecteurs peuvent le suivre sur Per Mariam et sur Twitter @MLJHaynes.

  • L'Odyssée : à force de rendre l’épopée antique conforme à nos catégories contemporaines, on finit par effacer ce qui faisait son étrangeté et sa force propre

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    Du site "Pour une école libre au Québec" :

    L'Odyssée de Nolan : l'adjudant-chef Ulysse, traumatisé, ramène ses GIs métissés du Levant

    L’adaptation de L’Odyssée par Christopher Nolan suscite déjà des interrogations sur ses choix artistiques et culturels. Au-delà de la question de la fidélité au texte d’Homère, c’est surtout la manière dont le cinéaste semble projeter des références contemporaines américaines sur une œuvre profondément enracinée dans le monde grec antique qui fait débat.


    La disparition du « sentiment d’étrangeté » du monde homérique

    La critique de Michel de Jaeghere ne porte pas seulement sur des anachronismes visibles (distribution des rôles, costumes, rap, esthétique), mais sur une erreur fondamentale de compréhension de ce qui fait la grandeur de l’œuvre d’Homère.

    De Jaeghere explique que L’Iliade et L’Odyssée ont été composées aux VIIIᵉ-IXᵉ siècles avant J.-C., mais qu’elles racontent un monde beaucoup plus ancien : celui de la civilisation mycénienne du XIIIᵉ siècle avant J.-C. Entre ces deux périodes, le monde grec a connu l’effondrement des royaumes mycéniens, la disparition de l’écriture et plusieurs siècles de bouleversements.

    Les auditeurs grecs qui écoutaient ces récits vivaient donc dans un monde appauvri par rapport à celui décrit par les poèmes : ils entendaient parler de palais somptueux, de royaumes riches en or et de héros d’un âge disparu.

    C’est précisément cette distance qui produit la poésie homérique : un monde à la fois étranger et familier.

    Nolan commet l’erreur de croire que rapprocher une œuvre du présent permet de mieux la comprendre

    De Jaeghere compare le film aux metteurs en scène de théâtre qui modernisent systématiquement les œuvres anciennes en pensant qu’un décor contemporain facilite leur compréhension.

    « Nolan veut rapprocher Homère de nous ; or la grandeur d’Homère est justement de nous faire sentir la distance qui nous sépare d’un monde disparu tout en nous révélant la permanence de la nature humaine », déclare le directeur du Figaro Histoire.

    La volonté de rendre Homère immédiatement contemporain produit paradoxalement l’effet inverse : elle efface ce qui fait son universalité. L’homme moderne n’a pas besoin de retrouver dans Ulysse ses propres vêtements, son langage familier, ses propres codes sociaux ou ses propres références culturelles ; il doit pouvoir rencontrer un homme venu d’un autre monde.

    Nolan inverse presque la nature d'Ulysse

    Pour De Jaeghere, l’Ulysse homérique est :

    • le « roi aux mille tours » ;
    • un homme d’intelligence et de ruse ;
    • un maître de la parole et du récit ;
    • un héros qui vainc moins par la force que par l’esprit.

    Or Nolan en ferait presque l’inverse : un personnage traumatisé, amnésique, qui cherche à retrouver son identité.

    La plus grande trahison du film ne réside peut-être pas dans son apparence, mais dans son héros lui-même. L’Ulysse d’Homère n’est pas un guerrier diminué par ses blessures : c’est précisément parce qu’il est l’homme de l’intelligence, de la ruse et de la parole qu’il surmonte les épreuves. En faisant de lui un personnage amnésique cherchant à reconstruire son passé, Nolan remplace la figure du héros rusé par celle, beaucoup plus moderne, du survivant traumatisé.

    « On a l’impression d’être devant un adjudant-chef qui ramène ses GIs. »

    Le film semble parfois transformer l’Odyssée en récit d’expédition militaire américaine moderne. L’équipage d’Ulysse n’apparaît plus comme un groupe de compagnons grecs liés par une civilisation et une mémoire communes, mais comme une unité d’hommes embarqués dans une opération lointaine, donnant au récit une tonalité proche des grandes fictions guerrières américaines, comme tant d'autres.

    Ulysse traumatisé par la sauvagerie de la guerre de Troie...

    Notons le paradoxe de cet Ulysse qui dénonce la violence sauvage de la guerre de Troie, en exprimant des remords face au subterfuge du cheval dont il est l'auteur (Chant IV, v. 271-289 et Chant VIII, v. 492-520), mais qui, dans la scène suivante, en rajoute une couche de sauvagerie.

    On a l'impression que Nolan joue sur les deux tableaux : il se complaît dans cette violence, tout en la drapant dans un pamphlet antiguerre.  Nolan sait que les scènes de violence spectaculaires (combats, effets visuels) attirent le public (comme dans Dunkerque ou Le Chevalier noir (The Dark Knight à Paris). En même temps, il semble vouloir plaire aux critiques et aux spectateurs « engagés » en intégrant des thèmes comme la culpabilité, la guerre inutiles, ou la complexité morale.

    Dans la version « classique », Ulysse raconte la ruse dy cheval de Troie avec fierté (Chant IV et VIII). Il décrit son stratagème comme une preuve de ruse et d’intelligence, pas comme une source de culpabilité. Le sac de Troie est évoqué comme une victoire légitime (même si Homère montre aussi les souffrances des vaincus, comme dans l’Iliade avec la mort d’Hector). Ulysse est donc un héros qui assume ses actes et n'est en rien tourmenté par ceux-ci. Sa souffrance vient des épreuves après Troie (errance, perte de ses hommes), pas de la guerre elle-même.

    Nolan invente un Ulysse tourmenté par la guerre, une réinterprétation moderne (probablement influencée par des lectures psychologisantes comme la traduction d’Emily Wilson). 

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  • Les femmes prêtres : un article de *La Croix* contre les papes et l’Évangile

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    De Fabrizio Cannone sur la NBQ :

    Les femmes prêtres : un article de *La Croix* contre les papes et l’Évangile

    Dans les pages du principal quotidien catholique français, certains prennent pour modèle la « papesse » de Cantorbéry et accusent l’Église de Rome de discrimination pour réserver l’ordre sacré aux hommes. Au mépris de la volonté du Christ, réaffirmée par saint Jean-Paul II, mais aussi de la liberté religieuse.

    18/07/2026

    La Croix, l’équivalent transalpin de notre Avvenire, a publié le 12 juillet un éditorial en faveur du sacerdoce féminin, signé par la coprésidente de la « Commission d’études sur le rôle des femmes dans l’Église » et soutenu par 25 théologiens, prêtres, enseignants et personnalités du monde catholique. L’égalité entre les femmes et les hommes a vocation à s’appliquer à tous les espaces sociaux, y compris religieux. Selon eux, « l’audience accordée par Léon XIV à une archevêque anglicane » au mois d’avril relancerait un « débat juridique » sur le presbytérat et démontrerait que « l’exclusion des femmes des ministères ordonnés » (diaconat, sacerdoce et épiscopat) constitue « une discrimination directe fondée sur le sexe », difficilement conciliable « avec le droit européen ».

    L’Église de Rome, qui s’y connaît en matière de droit – canonique et ecclésiastique, civil et pénal – et que, pendant des siècles, des historiens de tous bords ont considérée comme le pilier de la jurisprudence occidentale, se placerait désormais hors-la-loi en n’ordonnant que des hommes. Ni plus, ni moins.
    « Comment comprendre, dans le contexte actuel », se demandent nos « catholiques féministes », le « maintien » de cette « exclusion institutionnalisée » ? Peut-elle encore être perçue « comme légitime », à un moment où, selon leur progressisme dogmatique, les « évolutions sociales et ecclésiales » remettent de plus en plus en question « les fondements de ces distinctions » ?
    En vérité, ce sont précisément les papes récents, de Benoît XVI à François en passant par Léon XVI, qui stigmatisent comme une « erreur de l’esprit humain » l’« idéologie du genre » antiscientifique qui « nie la différence et la réciprocité naturelle entre l’homme et la femme » et envisage « une société » – et indirectement une Église – « sans différences de sexe » (Amoris laetitia, 56).

    Pour nos intellectuels « à la page », la réflexion ne doit pas se situer au niveau théologique – l’Évangile est en effet très clair sur les ministres sacrés –, mais « sur le plan juridique », afin de faire sortir la question du sacerdoce catholique masculin d’un « système normatif fermé » tel que serait le système ecclésiastique. Le problème réside selon eux dans la difficile conciliation de deux principes éthico-juridiques : d’une part, « l’égalité entre les sexes » et « l’interdiction de la discrimination » ; d’autre part, la « liberté de religion » qui protège « l’autonomie organisationnelle des communautés religieuses ». D’une manière apparemment scientifique, on soutient dans *La Croix* que l’Église catholique – mais aussi l’Église orthodoxe ainsi que diverses communautés protestantes – nie « l’égalité entre les sexes » et soutient de fait la « discrimination fondée sur le genre ». Et ce, dans la mesure où l’on n’admet pas que toutes les fonctions au sein des hiérarchies internes soient occupées par des personnes des deux sexes : à commencer par les diacres, jusqu’aux prêtres, aux évêques, aux cardinaux et au pontife lui-même. Soit une papesse, soit une Église hors de l’histoire : tertium non datur.

    En effet, en ce qui concerne la doctrine et la pratique de l’Église de Rome, la discrimination s’exercerait déjà par l’exclusion des femmes du séminaire, puis par l’accès réservé aux hommes aux fonctions qui concentrent les « trois pouvoirs structurants de l’institution ecclésiale », à savoir « gouverner, enseigner et sanctifier ». Tout cela, dans le « droit positif » français et européen, correspond à la définition même de la « discrimination directe », car le « droit français » interdit les distinctions « fondées sur le sexe », tandis que le « droit européen » consacre l’égalité entre les femmes et les hommes « comme principe fondamental ».
    Certes, concèdent nos interlocuteurs, la « jurisprudence européenne » reconnaît aux « communautés religieuses » une large « autonomie institutionnelle », assortie de la faculté de « définir leurs propres règles internes ». Mais cette « forme d’immunité » n’est pas « absolue » et, si l’on en croit ce que l’on comprend, elle doit être supprimée au plus vite.

    L’article, précisément parce qu’il est rédigé en termes juridiques et politiques, et non théologiques et religieux, contient une note subtilement menaçante. « Dépêchez-vous de mettre à jour les règles, chers prélats (masculins) français et du Vatican », semblent murmurer les experts de La Croix, « sinon une nouvelle guillotine vous attend, tout comme celle qui s’est abattue sur les ecclésiastiques du XVIIIe siècle, décimés par milliers parce qu’ils étaient eux aussi accusés de ne pas être « en phase avec leur époque » et de « soutenir la réaction ».

    Et la volonté du Christ de n’appeler que des hommes parmi ses apôtres, réaffirmée sans ambiguïté par Jean-Paul II (Ordinatio sacerdotalis, 1994) et dans divers discours de Léon ? « Elle établit une hiérarchie parmi les fidèles fondée sur le sexe » et « prive les femmes de l’accès aux fonctions de pouvoir et de représentation ». La cohérence de l’Église avec son histoire et son identité, qui est une qualité que lui reconnaissent même des intellectuels athées ? « Elle contribue à perpétuer des stéréotypes de genre » incompatibles avec les « principes d’égalité et de dignité ». Si c’est le Manifesto ou Le Monde qui l’écrit, on peut le comprendre, mais si c’est le journal de « l’Église qui est en France » qui le dit, à quel jeu joue-t-on ?

  • L'Église a désormais reconnu plus de 2 400 martyrs ayant perdu la vie durant la guerre civile espagnole

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    D'Alessandra Nucci sur la NBQ :

    Les martyrs d'Espagne : un massacre perpétré par les communistes
     

    Suite aux dernières béatifications, l'Église a désormais reconnu plus de 2 400 martyrs ayant perdu la vie durant la guerre civile espagnole. Il s'agissait d'une persécution systématique, motivée par la haine de la foi, perpétrée par des communistes, des socialistes et des anarchistes. L'appel des évêques de l'époque…

    18_07_2026

    Le 18 juin 2026, le pape Léon XIV a autorisé la béatification de 20 martyrs supplémentaires, tués par haine de la foi durant la guerre civile espagnole, portant à 2 404 le nombre total de martyrs reconnus par l’Église catholique pour les persécutions religieuses du XXe siècle en Espagne. Ces chiffres, bien que partiels, suffisent à démontrer qu’il s’agissait d’un événement historique d’une ampleur exceptionnelle, la plus grande persécution de chrétiens depuis Dioclétien. Pourtant, lors de la commémoration des victimes, les bourreaux sont réduits au silence, la responsabilité étant entièrement imputée à « la guerre », comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle inévitable plutôt que d’un affrontement délibéré entre des groupes armés distincts et opposés.

    Il convient donc de répondre à l'appel vibrant des évêques espagnols qui, le 1er juillet 1937, un an après le début du soulèvement militaire connu sous le nom d'Alzamiento, écrivaient « à nos frères du monde entier », leur demandant de les aider à répandre la vérité : une vérité consignée dans les archives du Vatican, mais absente de la conscience collective, puisque, comme l'a souligné l'historien anglais Eric Hobsbawm, l'histoire de la guerre civile espagnole a été écrite non par les vainqueurs, mais par les vaincus. « Aidez-nous à répandre la vérité », imploraient les évêques, « aidez-nous à diffuser le contenu de cette lettre, à surveiller la presse et la propagande catholiques, et à corriger les erreurs de ceux qui nous sont indifférents ou hostiles. L'ennemi a semé la discorde en abondance ; aidez-nous à semer la bonne graine en abondance. »

    Quelles étaient les erreurs à corriger ? Que les massacres de 1936 ne résultaient pas de l’affrontement entre les forces républicaines progressistes, victorieuses des élections, et les rebelles fascistes qui s’y opposaient, mais d’une persécution religieuse ciblée et sans précédent, perpétrée par les communistes, les anarchistes et les socialistes. Arrivés au pouvoir en 1931, après la liquidation de la monarchie, les partis et mouvements républicains instaurèrent immédiatement un climat de haine anti-catholique qui, dès 1934, année du soulèvement des Asturies, mena en quelques jours à l’incendie de 58 églises et à l’assassinat de dizaines de prêtres, de séminaristes et de membres du clergé. Parallèlement, les républicains s’employaient à assouplir les contraintes sociales, à saigner l’économie à blanc et à affaiblir les forces de l’ordre, cherchant à combler le vide par des idées visant à forger un homme nouveau, celui qui soutiendrait et perpétuerait la révolution.

    Les évêques écrivirent : « Un autre peuple puissant, la Russie, de concert avec les communistes espagnols, par le biais du théâtre et du cinéma, de rites et de coutumes exotiques, usant de charme intellectuel et de corruption matérielle, prépara l'esprit populaire au déclenchement de la révolution, quasi imminente. » Ainsi, « le régime politique de liberté démocratique s'effondra sous le coup des agissements arbitraires de l'autorité, de l'État, et de la coercition gouvernementale qui pervertit la volonté populaire, jusqu'à produire le cas des dernières élections législatives de février 1936, où, malgré une majorité de plus d'un demi-million de voix pour la gauche, la droite obtint 118 députés de moins que le Front populaire, car les bulletins de vote de provinces entières furent arbitrairement annulés , viciant ainsi la légitimité du Parlement à sa source. »

    Les évêques poursuivent en détaillant : « Le 27 février 1936, après le triomphe du Front populaire, l'Internationale soviétique décréta le soulèvement espagnol et le finança à grands frais. Le 1er mai, des centaines de jeunes gens collectèrent publiquement à Madrid « des bombes, des pistolets, de la poudre et de la dynamite pour la révolution à venir ». Le 16 du même mois, des représentants de l'URSS rencontrèrent les délégués espagnols de la Troisième Internationale à la Maison du Peuple et décidèrent, dans leur neuvième accord, de charger l'un des comités « Radios » de Madrid, désigné n° 25 et appuyé par des policiers actifs, d'éliminer les personnalités politiques. Parallèlement, de Madrid aux villages les plus reculés, les milices révolutionnaires reçurent un entraînement militaire et furent si abondamment armées qu'au début de la guerre, elles comptaient 150 000 soldats d'assaut et 100 000 soldats de ligne. »

    Pour prouver que « le massacre de personnes et de biens perpétré par la révolution communiste était prémédité », les évêques ont souligné que « peu avant le soulèvement, 79 agitateurs spécialisés étaient arrivés de Russie. La Commission nationale pour l'unification marxiste a ordonné, à la même époque, la formation de milices révolutionnaires dans tous les pays. La destruction des églises, ou du moins de leur mobilier, a été systématique et progressive. En l'espace d'un mois seulement, tous les lieux de culte ont été rendus inutilisables. » Preuve éloquente de la préméditation de ces ravages : « Les chiffres sont effroyables. Bien que les estimations ne soient pas définitives, on estime à environ 20 000 le nombre d’églises détruites ou entièrement pillées. Le nombre de prêtres mis à mort, en ne considérant que le clergé séculier, s’élève à environ 6 000. Ils furent même traqués avec des chiens, poursuivis à travers les montagnes, et fouillés sans relâche dans leurs moindres cachettes. La plupart du temps, ils furent tués sans procès, sans autre accusation que celle de leur mission sociale. »

    Les évêques ajoutèrent : « Nombreux furent ceux qui eurent les membres amputés ou mutilés avant d’être tués ; on leur arracha les yeux, on leur coupa la langue, ou ils furent criblés de balles, brûlés vifs ou enterrés vivants, ou achevés à coups de hache. Les ministres de Dieu furent les plus cruels. La pudeur des femmes ne fut pas respectée, pas même celle des femmes consacrées à Dieu par leurs vœux religieux. Tombes et cimetières furent profanés. Ces destructions furent perpétrées au cri de « Vive la Russie ! », à l’ombre du drapeau communiste international […]. »

    À l'observation selon laquelle l'absence de révolte de Franco aurait épargné des milliers de membres du clergé et leur aurait permis de continuer à servir l'Église, les évêques répondirent : « La vérité est tout autre. Le plan méticuleux de la révolution marxiste, qui aurait éclaté dans le monde entier si le mouvement civique et militaire ne l'avait pas largement empêché, visait l'extermination du clergé catholique et des plus fervents militants de droite, la soviétisation de l'industrie et l'instauration du communisme. » Un dirigeant anarchiste l'admit même à la radio en janvier de la même année : « Il faut dire les choses telles qu'elles sont ; l'armée nous a précédés pour nous empêcher de déclencher la révolution. »

    Une fois sortis d'Espagne, les vaincus gardèrent le silence, afin de ne pas aider les ennemis de la grande cause, la révolution. La seule exception, comme chacun sait, fut George Orwell. C'est pourquoi, aujourd'hui encore, quiconque pense aux années 1930 en Espagne pense à l'épopée romantique narrée par Ernest Hemingway, journaliste infiltré chez les républicains, et à Gary Cooper, qui, dans le film « Pour qui sonne le glas », lutta contre le régime franquiste. Car, par la tactique classique de la subversion de gauche, directement financée par Moscou, la désinformation était parvenue à faire porter la responsabilité de la tragédie à la victime, en mettant l'Église catholique elle-même sur le banc des accusés, dans le but de lui infliger, après son anéantissement physique, le coup fatal de l'anéantissement moral.

  • La France a touché le fond en matière d'inhumanité

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    De Stefan Rehder sur le Tagespost :

    La France a touché le fond en matière d'inhumanité.

    Ceux qui glorifient le suicide assisté et l'euthanasie comme des « œuvres de miséricorde » se jettent du sable dans les yeux, les leurs comme ceux des autres.

    16 juillet 2026

    Après les Pays-Bas et la Belgique (tous deux en 2002), le Luxembourg (2009), le Canada (2016), l'Espagne et la Nouvelle-Zélande (tous deux en 2021), et l'Autriche (2022), c'est au tour de la France. Même si le temps presse avant l'entrée en vigueur de la loi votée hier par l'Assemblée nationale à Paris – sous réserve de l'approbation du Conseil constitutionnel –, une chose est indéniable.

    Le suicide assisté, euphémisme pour « euthanasie », et l'euthanasie sont en hausse dans les sociétés occidentales. Cela s'explique aisément : le refus persistant des États de trouver des solutions politiques viables à la catastrophe démographique qui se profile depuis des décennies a des conséquences désastreuses.

    L’allongement de l’espérance de vie dû à l’accroissement de la prospérité et aux progrès médico-techniques, conjugué à l’érosion des modèles familiaux stables causée par un individualisme débridé, exige des solutions : la plus primitive et la moins coûteuse d’entre elles est l’injection létale.

    Ce n’est pas une profonde malice, mais un manque de prévoyance, une complaisance persistante et un manque d’idées, ainsi qu’une prise de conscience décroissante de la dignité véritablement royale des êtres humains, qui, malheureusement, n’a jamais été de notoriété publique, qui ont aujourd’hui conduit la France au fond du gouffre de l’inhumanité.

    À tout le moins : le fait que la loi, malgré de nombreux amendements, ait échoué de façon spectaculaire à trois reprises au Sénat de la « Grande Nation » et ait même incité des intellectuels comme Michel Houellebecq (« La Mer noircie par le sang ») à exprimer publiquement leur opposition dans Le Figaro, montre que, même au-delà des communautés pro-vie concernées, il existe un malaise considérable quant à la voie empruntée par le président Emmanuel Macron .

    Malheureusement, tout cela ne change rien au fait que la compréhension que faire le bien, ce qui implique de renoncer à la satisfaction immédiate de tous ses besoins, exige des efforts et (conséquence du péché originel) n'est plus chose facile et spontanée, risque de disparaître de la mémoire collective des sociétés occidentales. Des millions d' avortements ont habitué de larges pans de la société à ne plus considérer le meurtre d'êtres humains sans défense comme un scandale flagrant. Et en effet, il faut se demander : si l'on a le droit de tuer un veau, pourquoi pas une vache ?

    En réalité, comme l'écrivait si justement le regretté philosophe Robert Spaemann dans un essai éponyme, « il n'existe pas de meurtre justifié ». Toute relativisation de l'interdiction de tuer, consciente ou inconsciente, s'accompagne invariablement de l'affirmation : « Tu n'existeras pas. » Cela reste vrai même dans les cas de meurtre commis sous prétexte de compassion. Et nul n'a le droit de proférer une chose aussi monstrueuse, que ce soit à soi-même ou à autrui.

    Dans son encyclique « Evangelium vitae », le pape saint Jean-Paul II a élevé cette même idée à un niveau encore plus élevé : « La vie, et surtout la vie humaine, appartient à Dieu seul ; par conséquent, celui qui cherche la vie humaine cherche la vie de Dieu. » Qui voudrait être à la place de Macron, ou à celle de ces députés qui ont voté hier pour la nouvelle loi ?