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Débats - Page 2

  • Cardinal Sarah vs Benoist de Sinety : quand deux visions de l'Eglise s'affrontent

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    De Mathilde de Virene sur Tribune Chrétienne :

    Le cardinal Robert Sarah et le père Benoist de Sinety : le choc de deux visions de l’Église

    Cardinal Sarah ( @tribunechretienne)- Père de Sinety ( Wiki)
    Cardinal Sarah ( @tribunechretienne)- Père de Sinety ( Wiki)
    Alors que le pape Léon XIV a lui-même rappelé le 23 avril 2026 qu'"un État a le droit d'imposer des règles à ses frontières", le père Benoist de Sinety continue de défendre une vision de l'accueil migratoire que beaucoup jugent déconnectée des réalités politiques et culturelles

    Entre défense de l’identité chrétienne et accueil sans limite, entre enracinement civilisationnel et ouverture universelle, deux conceptions de la mission de l’Église s’affrontent aujourd’hui. Une fracture qui traverse désormais une partie du catholicisme français et occidental. Le débat ne porte plus seulement sur l’immigration ou l’identité nationale. Il touche désormais à la compréhension même de l’Évangile et à la mission de l’Église dans le monde contemporain. À travers les prises de position du cardinal Robert Sarah et du père Benoist de Sinety, ce sont deux visions profondément différentes du christianisme qui apparaissent.

    Dans son récent ouvrage La cause du Christ : l’Évangile contre « l’identité chrétienne », le père Benoist de Sinety dénonce ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique du christianisme. Il s’inquiète d’un catholicisme qui ferait de la défense de l’identité, de la civilisation ou des frontières une priorité. Selon lui, les migrants sont devenus les « boucs émissaires » des sociétés occidentales et la peur constitue l’un des principaux moteurs des débats actuels.

    Le cardinal Robert Sarah développe une analyse radicalement différente. Depuis plusieurs années, le prélat guinéen met en garde contre une Europe qui renonce à ses racines chrétiennes. Il compare régulièrement le continent à « un arbre qui a perdu ses racines et qui meurt ». Pour lui, la crise migratoire ne peut être abordée uniquement sous l’angle de l’émotion ou de la générosité immédiate. L’une de ses déclarations les plus marquantes demeure celle dans laquelle il qualifie l’immigration de masse de « triple trahison » et même de « nouveau type d’esclavage ». Selon le cardinal, les premières victimes sont souvent les peuples africains eux-mêmes, privés de leurs forces vives, tandis que les passeurs et les réseaux criminels prospèrent sur la détresse humaine : « Le meilleur accueil que l’on puisse faire aux migrants, c’est de développer leur pays pour qu’ils restent chez eux », a-t-il notamment affirmé.

    Au-delà de la question migratoire, le désaccord touche également la notion d’identité chrétienne. Le père Benoist de Sinety voit dans cette expression un risque de fermeture et d’exclusion. À l’inverse, le cardinal Sarah estime qu’une civilisation qui renonce à son héritage spirituel finit inévitablement par disparaître. Il rappelle que l’accueil n’a de sens que si celui qui accueille sait encore qui il est. Cette opposition révèle deux lectures différentes de la charité chrétienne. Pour le père Benoist de Sinety, celle-ci se traduit avant tout par l’accueil concret et immédiat de celui qui frappe à la porte. Pour le cardinal Sarah, la charité ne peut être réduite à une simple assistance matérielle. Il rappelle régulièrement que l’Église n’est pas une organisation humanitaire parmi d’autres et que sa première mission demeure l’annonce du Christ et le salut des âmes.

    Aux yeux de nombreux catholiques, le risque est celui d’un christianisme réduit à un message social, où la défense des migrants, porteurs eux aussi de leur identité et de leur religion,finirait par occulter les questions de vérité, de conversion et de transmission de la foi. Ils voient dans certaines prises de position contemporaines une forme de naïveté face aux défis civilisationnels que connaît l’Europe. À l’inverse, les partisans de la ligne défendue par le père Benoist de Sinety estiment que l’Évangile exige un accueil généreux. « Jésus n’a pas besoin d’être défendu », affirme le prêtre, qui voit dans l’usage de l’identité chrétienne une déformation du message universel porté par le Christ. » Ce débat dépasse largement la France. Il traverse aujourd’hui l’ensemble du monde catholique. Derrière les discussions sur l’immigration ou l’identité se joue en réalité une question fondamentale : comment annoncer le Christ dans une civilisation qui doute de ses racines et de son avenir ? Sur ce point, le cardinal Robert Sarah demeure l’une des voix les plus fortes et les plus écoutées du catholicisme contemporain.

  • Le pape met en garde contre le risque d'aggravation du schisme lors des ordinations d'évêques de la FSSPX

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    Le pape met en garde contre le risque d'aggravation du schisme lors des ordinations d'évêques de la FSSPX

    La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) a annoncé son intention de consacrer quatre prêtres comme évêques le 1er juillet sans l'autorisation du pape Léon XIV.

    CASTEL GANDOLFO, Italie — Le pape Léon XIV a averti que l'ordination prévue d'évêques de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) pourrait pousser le groupe vers le schisme, les exhortant une fois de plus à s'arrêter et à rester en communion avec l'Église.

    « Nous les avons invités, et j'envisage encore de lancer un nouvel appel, pour leur dire : “Ne faites pas cela. Essayons de vivre la communion dans l'Église.” Mais c'est leur choix. Ils doivent comprendre ce que cela signifie pour eux et pour l'Église », a déclaré le pape, répondant aux questions des journalistes devant la Villa Barberini à Castel Gandolfo le 16 juin.

    La Fraternité Saint-Pie-X a annoncé son intention de consacrer quatre prêtres évêques le 1er juillet, sans l'autorisation du pape Léon XIV. Le Vatican avait averti le 13 mai qu'une telle décision, prise sans mandat papal, constituerait un acte schismatique passible d'excommunication. Les consécrations auront lieu au séminaire de la FSSPX à Écône, en Suisse.

    « Certes, la division entre chrétiens est toujours une chose douloureuse », a déclaré le pape. « Mais ils refusent d’accepter certains éléments fondamentaux de l’Église, à commencer par divers points du concile Vatican II. Et s’ils persistent dans ces choix, je le regrette. Mais nous devons aller de l’avant. »

    La FSSPX célèbre exclusivement la messe traditionnelle en latin et a rejeté certains enseignements et réformes du concile Vatican II, notamment en ce qui concerne la liberté religieuse et l'approche de l'Église vis-à-vis des autres confessions.

    Le pape a également répondu à des questions sur la diplomatie du G7, ses futurs voyages en France et au Pérou, et sur la réponse chrétienne aux migrations qui appelle à reconnaître les raisons pour lesquelles les gens doivent quitter leur pays, telles que la violence et la guerre.

    Commentaire sur InfoVaticana :

    À quoi faut-il adhérer pour être catholique ? Les doutes soulevés par la déclaration du pape

    Car l’expression « divers points du Concile » constitue une limite qu’il convient de définir clairement. L’Église distingue entre les dogmes, les doctrines définitives et les enseignements du Magistère authentique. S’il existe un cadre doctrinal complet visant à clarifier les exigences de chaque enseignement, il semble raisonnable d’exiger qu’il soit appliqué avec précision lorsqu’il s’agit de déterminer si l’on demeure dans la communion ecclésiale ou non.

    Dès lors, je pose la question : dois-je croire en Lumen Gentium de la même manière que je crois en la divinité du Christ ? Dois-je croire en Dignitatis Humanae avec la même adhésion qu’à l’Immaculée Conception ? La liberté religieuse relève-t-elle du dépôt de la vérité révélée ou d’une formulation prudentielle appliquée à des circonstances historiques particulières ? Et si la réponse est la première, à quel moment a-t-elle été définie comme une vérité révélée par Dieu et proposée comme telle par l’Église ?

    Par ailleurs, dois-je m’en tenir uniquement au texte conciliaire ou également à une interprétation particulière de celui-ci ? Car l’expérience des soixante dernières années semble indiquer que la controverse porte moins sur les mots écrits eux-mêmes que sur la manière de les lire. S’il est obligatoire d’adopter une herméneutique particulière, il serait utile de savoir laquelle, qui la définit et avec quel degré d’autorité elle s’impose.

    Benoît XVI a jugé nécessaire de consacrer un discours célèbre à l'explication de ce qu'on appelle « l'herméneutique de la continuité ». Mais si un document requiert une théorie interprétative complète pour démontrer qu'il ne contredit pas les formulations antérieures du Magistère, il est difficile de soutenir en même temps que son sens est si évident qu'il puisse servir de critère immédiat pour déterminer qui demeure pleinement en communion avec l'Église.

    La même question se pose concernant la liturgie. Est-il obligatoire de considérer la réforme liturgique issue du Concile comme l'expression la plus aboutie de l'Église dans son histoire ? Dois-je croire que les nouvelles prières eucharistiques de Bugnini constituent un progrès par rapport au Canon romain en vigueur depuis des siècles ? Dois-je affirmer que l'offertoire introduit après la réforme exprime plus pleinement la théologie de la messe que les formules traditionnelles ? Est-ce une question de foi ou un sujet ouvert à un débat légitime ?

    La tradition catholique a toujours considéré que le Credo et les dogmes définissent la foi. Cependant, dans la pratique contemporaine, une logique semble gagner du terrain selon laquelle Vatican II ne serait plus simplement un concile œcuménique à recevoir en fonction de la nature de ses enseignements, mais une sorte de métacritère ou de super-dogme capable de déterminer rétrospectivement toute l'orthodoxie catholique.

    Je ne cherche pas à savoir ce qui définit le progressisme ou le conservatisme, ni quelle interprétation privilégient certains théologiens ou papes. Ma question est bien plus fondamentale : que dois-je croire précisément pour rester catholique ? Que signifie exactement pour le pape ces « éléments fondamentaux de l’Église » énoncés lors du concile Vatican II, auxquels nous devons nécessairement adhérer pour être en communion ?

  • Prochain consistoire : les profondes confusions concernant la nature et la destinée mêmes de la personne humaine à l'ordre du jour

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    De George Weigel sur le CWR :

    Liens consistoraux importants

    La défense et la promotion de l'idée biblique de « Qui sommes-nous ? » constituent le lien entre les trois principaux sujets du consistoire.

    Le pape Léon XIV s'adresse aux cardinaux lors du consistoire extraordinaire du 7 janvier 2026, au Vatican. (Crédit : Vatican Media)
    Plusieurs sujets seront abordés lors du consistoire des cardinaux convoqué par le pape Léon XIV du 26 au 29 juin : la situation internationale et ses effets sur les Églises locales ; les thèmes clés de l’encyclique Magnifica Humanitas ; les prochaines étapes du Synode sur la synodalité.

    À première vue, ces trois points à l'ordre du jour peuvent sembler quelque peu déconnectés. En réalité, ils sont étroitement liés par ce que le Pape a justement identifié dans son encyclique comme la crise civilisationnelle du moment : les profondes confusions concernant la nature et la destinée mêmes de la personne humaine.

    Bien qu'elle soit aujourd'hui considérée comme « l'encyclique de l'IA », Magnifica Humanitas nous invite avec pertinence à une profonde réflexion sur la question posée à l'âge du bronze par le Psaume 8 : « Qu'est-ce que l'homme… ? » (Ps 8,4). Car c'est là la question ultime que soulève le développement de l'intelligence artificielle : qui sommes-nous ? Sommes-nous de simples algorithmes ambulants, sur le point d'être surpassés en termes de puissance de calcul, puis de capacités cognitives, puis de prise de décision par d'autres algorithmes ? Nos capacités d'amour, de regret, de honte, d'altruisme, de méchanceté, de compassion, de pensée spéculative et d'apprentissage de nos erreurs ne sont-elles qu'une fonction des connexions neuronales de notre cerveau que nous avons, pendant des millénaires, confondues à tort avec la « conscience » – des connexions qui peuvent être reproduites, voire améliorées, par le développement de ce que l'on appelle l'intelligence artificielle générale ?

    La réponse que la religion biblique apporte à cette question est celle sous-entendue par le paragraphe clé, le n° 99, de Magnifica Humanitas : les algorithmes, aussi perfectionnés soient-ils, n’ont pas et ne peuvent pas avoir d’âme, et l’âme immortelle, créée par Dieu, est ce qui distingue l’être humain de toute autre créature. C’est cette « âme » qui est la raison ultime pour laquelle nous pouvons discerner le bien du mal, distinguer le noble du vil, éprouver de la honte lorsque nous choisissons ce qui dégrade autrui et nous-mêmes, nous repentir et nous relever de nos erreurs pour tenter de faire mieux à l’avenir avec le secours de la grâce.

    La défense et la promotion de cette idée biblique de Qui nous sommes constituent donc le lien entre les trois sujets du consistoire.

    Le lien est particulièrement flagrant sur la scène internationale, car les principaux agresseurs des conflits actuels sèment la terreur en raison d'une conception déformée de la personne humaine. Pour les djihadistes meurtriers et kidnappeurs, les chrétiens qu'ils persécutent sont dépourvus de dignité humaine parce qu'ils refusent de scander « Allahu Akbar ! ». Pour Vladimir Poutine, les soldats russes sont de la chair à canon, bons à sacrifier au nom du nouvel impérialisme russe. Pour l'Iran et ses alliés, le Hezbollah et le Hamas, les Juifs sont des sous-hommes à exterminer (dans le cas du Hamas, après avoir été violés et torturés, leurs sévices filmés par des iPhones). Pour Xi Jinping, le peuple chinois (et, à l'avenir, le peuple taïwanais) n'est que de l'argile à modeler selon le moule communiste souhaité par des systèmes de surveillance omniprésents qui déterminent qui est digne d'éducation et de prospérité.

    Il existe également un lien étroit entre la défense de la dignité de la personne humaine enseignée par Magnifica Humanitas et l'avenir du Synode sur la synodalité.

    Récemment, une controverse internationale a éclaté au sujet du rapport du Groupe d'étude synodal n° 9, qui a diffamé Courage International, organisation caritative américaine venant en aide aux personnes attirées par le même sexe et souhaitant vivre dans la chasteté selon la conception catholique. Cette rupture de la solidarité ecclésiale a été rendue possible en partie par ce que le secrétaire général du Synode a qualifié de « précieux travail » du Groupe d'étude – une caractérisation de la théologie du rapport qui mérite un examen approfondi et qui pourrait entraîner une contestation sérieuse, voire un rejet, lors du prochain consistoire.

    Peu après la publication du rapport du Groupe d'étude synodal n° 9, un ami avisé, parfaitement au courant des points positifs des synodes de 2023 et 2024, m'a écrit que le passage biblique qui lui revenait sans cesse à l'esprit à la lecture de ce rapport était : « Les brebis ne suivront pas l'étranger ; elles s'enfuiront loin de lui, parce qu'elles ne reconnaissent pas la voix des étrangers » (Jean 10,5). Le discours tenu dans ce rapport, poursuivait-il, « n'a rien de chrétien. Le contenu est certes déplorable, mais même avant cela, il y a quelque chose d'étranger dans la façon dont [le rapport] parle de la foi. »

    La raison en est, à mon avis, que le rapport du Groupe d'étude synodal n° 9 s'inscrit dans la continuité de la campagne menée contre l'encyclique Veritatis Splendor du pape saint Jean-Paul II, publiée en 1993. Cette campagne est menée depuis la parution de l'encyclique par des factions agressives au sein de la communauté théologique catholique et de certaines conférences épiscopales (notamment en Allemagne et en Belgique). Elle s'est intensifiée sous le pontificat précédent, et l'attaque contre Veritatis Splendor bénéficie désormais d'une quasi-approbation officielle, puisque le rapport du Groupe d'étude n° 9 a été publié par le Secrétariat général du Synode (dont le papier à en-tête officiel ne fait d'ailleurs aucune mention d'un Synode des évêques ).

    Veritatis Splendor défendait avec vigueur la conception catholique classique selon laquelle certains actes sont intrinsèquement mauvais et ne peuvent jamais être justifiés moralement par quelque calcul que ce soit des intentions et des conséquences. Cette défense s'inscrivait dans le contexte plus large de l'appel de Jean-Paul II à un renouveau de la théologie morale catholique, centré sur les Béatitudes et les vertus, un appel qui reflétait l'influence du Père Servais Pinckaers, OP, et de son œuvre majeure, Les Sources de l'éthique chrétienne , sur l'élaboration de Veritatis Splendor .

    Pour en venir au fait, Veritatis Splendor défendait la dignité de la personne humaine, dignité incarnée dans notre capacité à distinguer le bien du mal et dans notre aptitude, sous l'effet de la grâce, à choisir le bien. Dans la perspective du personnalisme chrétien de Jean-Paul II, nier l'existence d'actes intrinsèquement mauvais – actes tels que le viol et la torture qui, par eux-mêmes, dégradent et avilissent l'humanité tant de l'auteur que de la victime – revient à vider la vie morale de son drame inhérent, voire de son humanité même.

    Pourquoi les membres de la confrérie des théologiens, voire les évêques, nieraient-ils ce que toute personne dotée d'une sensibilité morale normale comprend instinctivement : que le viol et la torture sont toujours condamnables ? On peut certes s'enliser dans les méandres de l'épistémologie post-kantienne pour y trouver ce qui est parfois présenté comme les raisons de repenser la notion d'actes intrinsèquement mauvais. Mais de tels jeux philosophiques relèvent davantage du prétexte que de la cause : un prétexte qui vise à masquer la volonté de déclarer aujourd'hui intenable l'éthique catholique de l'amour humain, et notamment sa conception de la contraception et des relations homosexuelles.

    Le rapport n° 9 du Groupe d'étude synodal se trouve donc en contradiction irrémédiable avec l'enseignement sur la dignité humaine issu de l'encyclique Magnifica Humanitas. Cela soulève de sérieuses questions quant à l'avenir du processus synodal entamé en 2021, il y a cinq ans et des dizaines de millions de dollars.

    Ce processus a produit de bons résultats – comme la prise de conscience, même dans les parties les plus cléricales de l’Église, que tous les baptisés ont reçu le Grand Mandat de Matthieu 28.19 et sont donc appelés à la mission évangélique – et ces résultats doivent absolument être salués et mis en œuvre.

    Mais si, comme le montre clairement le rapport du Groupe d'étude synodal n°9, le processus synodal a également été l'occasion de remettre en question, inutilement, des questions établies de foi catholique et de pratique pastorale, créant ainsi le genre d'ambiguïté qui rend l'évangélisation difficile, voire impossible, alors une question difficile devrait être posée lors du consistoire de juin : pourquoi ce processus synodal extrêmement coûteux et chronophage doit-il être poursuivi ?

    Et si la réponse à cette question est qu’il est nécessaire de donner la parole aux voix inaudibles, la réponse à cela, franchement, est « Bof ».

    Ce n'est pas que les voix qui semblent avoir largement influencé le contenu du rapport n° 9 du Groupe d'étude synodal étaient auparavant inaudibles. Ces voix se faisaient entendre depuis des décennies. Mais lorsque l'autorité doctrinale de l'Église s'y est opposée, des théologiens radicaux et certaines Églises locales ont refusé d'accepter la correction et l'appel à un authentique renouveau théologique et pastoral formulés dans Veritatis Splendor : d'une part, parce qu'ils insistaient sur le fait que l'éthique de l'amour humain prônée par l'Église était un obstacle à l'évangélisation, ce qui n'est manifestement pas le cas dans les régions vivantes de l'Église universelle ; d'autre part, par soumission passive à l' esprit culturel occidental.

    J'espère que certains cardinaux courageux aborderont ces points communs lors des discussions du consistoire qui auront lieu plus tard ce mois-ci. Cela pourrait dynamiser des échanges trop souvent monotones et attirer l'attention sur le message urgent de Magnifica Humanitas , qui est la défense de la dignité humaine.

     

    George Weigel est chercheur émérite au Centre d'éthique et de politique publique de Washington, où il occupe la chaire William E. Simon d'études catholiques. Il est l'auteur de plus de vingt ouvrages, dont * Témoin de l'espérance : Biographie du pape Jean-Paul II* (1999), * La fin et le commencement : Jean-Paul II – La victoire de la liberté, les dernières années, l'héritage* (2010) et *L'ironie de l'histoire catholique moderne : Comment l'Église s'est redécouverte et a interpellé le monde moderne sur la réforme* . Ses publications les plus récentes sont *Le prochain pape : Le ministère de Pierre et une Église en mission* (2020), *Inoubliables : Élégies et souvenirs d'une multitude de personnages, pour la plupart admirables* (Ignatius, 2021) et *Sanctifier le monde : L'héritage essentiel de Vatican II* (Basic Books, 2022).
  • La théologie allemande a oublié le Christ

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    D'InfoVaticana :

    Le cardinal Kasper avertit désormais que la théologie allemande a oublié le Christ

    Kasper avertit désormais que la théologie allemande a oublié le Christ

    Le cardinal allemand Walter Kasper, l'une des figures théologiques les plus influentes de l'ère post-Vatican II et acteur clé de certains débats ecclésiaux qui ont façonné le cours de l'Église ces dernières décennies, estime aujourd'hui qu'une grande partie de la théologie de langue allemande a perdu de vue son essence : Jésus-Christ. À 93 ans, le cardinal déplore que la réflexion théologique se soit excessivement concentrée sur des questions ecclésiologiques, ministérielles et structurelles, reléguant la christologie au second plan.

    S'adressant à l'agence de presse autrichienne Kathpress , à l'occasion de la présentation à Vienne de son nouveau livre Jesus Christus auf der Spur , écrit en collaboration avec le théologien Jan-Heiner Tück, Kasper a déclaré qu'il était nécessaire de revenir « au centre de la théologie chrétienne et aux questions christologiques ».

    « La christologie a été oubliée »

    Selon le cardinal, la théologie allemande s'est progressivement restreinte au point de se retrouver piégée dans des débats sur l'Église et les ministères.

    « Nous nous sommes enlisés dans des questions ecclésiologiques et la question des ministères. Mais c'est une vision trop étroite. Il serait important de revenir au cœur de la théologie chrétienne et aux questions christologiques », a-t-il déclaré.

    Kasper a reconnu que les questions liées à l'Église sont importantes, mais a insisté sur le fait que la réponse chrétienne à la quête d'espoir et de sens de l'homme contemporain doit partir de Jésus-Christ et non de réformes structurelles.

    Critiques du chemin synodal allemand

    Kasper est l'un des théologiens qui, pendant des années, ont plaidé pour une plus grande décentralisation au sein de l'Église et un élargissement du champ d'action des Églises locales. De fait, son célèbre débat de 2001 avec le cardinal Joseph Ratzinger sur la relation entre l'Église universelle et les Églises particulières a préfiguré nombre des tensions qui entourent aujourd'hui la synodalité et le Chemin synodal allemand.

    Aujourd'hui, selon lui, il existe un espoir erroné de croire que les problèmes de l'Église peuvent être résolus simplement par des changements organisationnels.

    « On espère que tous les problèmes de l'Église seront résolus en la rendant plus démocratique », a-t-il déclaré.

    Bien qu’il ait précisé qu’il n’était pas opposé à la participation et à la coresponsabilité des fidèles, il considère qu’il est « théologiquement erroné » de penser que le renouveau de l’Église et de la foi puisse être réalisé de cette manière.

    Retour aux sources de la tradition

    Le cardinal a également défendu la nécessité pour la théologie de retrouver une conscience plus profonde de sa propre tradition intellectuelle et spirituelle.

    « On ne peut pas bâtir une nouvelle théologie sur un terrain vague », a-t-il fait remarquer. « Nous nous inscrivons dans une grande tradition et possédons un héritage vivant. »

    Pour Kasper, les Pères de l'Église et les grands théologiens médiévaux demeurent une source indispensable à la réflexion contemporaine. C'est pourquoi il a appelé à une plus grande attention portée à cet héritage et à un engagement renouvelé à puiser aux sources classiques de la foi chrétienne.

    L'amitié avec le Christ au centre

    Le cardinal a souligné que toute revitalisation de la christologie implique nécessairement une lecture attentive des Saintes Écritures. Il a notamment insisté sur l'importance d'approfondir les récits évangéliques pour mieux comprendre la personne du Christ.

    Seule une lecture attentive des textes bibliques et une véritable immersion dans les situations décrites dans le Nouveau Testament permettent, affirmait-il, d'établir une authentique « amitié avec le Christ ».

    Il est difficile d'ignorer la réflexion de Kasper, précisément à cause de son auteur. Ce même cardinal qui a défendu pendant des années une plus grande autonomie des Églises locales met désormais en garde contre le fait que la théologie allemande se soit enlisée dans des débats sur les structures, les ministères et les formes de gouvernement.

  • Comment l’imaginaire féminin a été dénaturé

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    Du Dr Marcus Peter sur le CWR :

    Comment l’imaginaire féminin est corrompu

    Seul le Seigneur, venu en tant qu’Époux, peut restaurer le génie féminin des décombres de l’idéologie et enseigner à une culture brisée que les hommes et les femmes ont été créés pour la communion plutôt que pour la conquête.

    14 juin 2026

    Le récent essai de Beatrice Scudeler sur le discours public concernant les femmes de la génération Z et la fascination d’Internet pour les « hommes qui aspirent à l’amour » met en lumière une vérité plutôt dérangeante pour une culture qui a passé soixante ans à dire aux femmes que le mariage est un esclavage, que la maternité est une mort sociale, que les tâches ménagères sont un gaspillage de talent, que la retenue sexuelle est une répression et que la dévotion masculine est probablement à deux doigts d’une microagression devant un tribunal universitaire.

    Cependant, elle souligne que l’étrange popularité d’hommes fictifs qui servent, protègent, se sacrifient et désirent une seule femme avec une constance disciplinée révèle que de nombreuses jeunes femmes aspirent encore à un amour fondé sur une alliance, même après avoir été conditionnées par la culture à mépriser les conditions mêmes qui rendent un tel amour possible.

    Le féminisme moderne a commencé par insister, à juste titre, sur l’égale dignité des femmes, car aucun chrétien sensé ne peut nier que la femme est créée à l’image de Dieu et qu’elle a la même destinée immortelle que l’homme. Pourtant, une grande partie du mouvement a progressivement troqué l’égalité contre l’uniformité, et cet échange s’est avéré désastreux car une femme ne gagne pas en dignité en étant mesurée selon des catégories industrielles masculines ou des habitudes sexuelles masculines (cf. Gn 1, 27 ; CEC, 2334 ; Mulieris Dignitatem, 6).

    Bon sens contre idéologie

    Christina Hoff Sommers, dans Who Stole Feminism? How Women Have Betrayed Women, a qualifié la vision plus ancienne et plus raisonnable de « féminisme d’équité », qu’elle a défini comme « la croyance en l’égalité sociale, juridique et politique totale des sexes », et le fait même qu’elle ait dû distinguer cette position sensée du féminisme idéologique de genre montre à quel point le débat s’est égaré dans un ressentiment théâtral déguisé en érudition.

    Le premier mensonge était que les femmes sont identiques aux hommes, ne se distinguant que par le conditionnement social. Une fois cette fiction entrée dans les veines de l’éducation, du droit, des médias et de la vie d’entreprise, la féminité elle-même a dû être traitée avec suspicion, car la fertilité, la maternité, la réceptivité, la différence incarnée et le génie féminin sont tous devenus des rappels embarrassants que la nature n’avait pas réussi à obtenir l’approbation du comité de la faculté.

    Camille Paglia, qui n’est certainement pas une porte-parole de la piété domestique catholique, l’a bien mieux compris que la plupart des bureaucrates ecclésiastiques. Elle a soutenu tout au long de son célèbre ouvrage *Sexual Personae* que la sexualité est liée à la nature, au pouvoir, à l’agressivité, à la beauté et à la vulnérabilité. Pendant ce temps, un féminisme puéril qui fait comme si les différences entre les sexes n’existaient pas expose les femmes à un monde qui les dépeint délibérément de manière erronée.

    Le deuxième mensonge était d’ordre économique et industriel ; on a dit aux femmes que leur valeur était déterminée par leur contribution mesurable au marché, ce qui signifie que la mère qui forme les âmes, régit l’atmosphère morale d’un foyer, transmet la langue, stabilise son mari, civilise ses enfants et crée la première école de l’amour est en quelque sorte moins importante que la femme qui répond à des courriels sous des néons pour une entreprise qui remplacera son mot de passe avant même que sa nécrologie ne soit imprimée (cf. Jean-Paul II, Laborem Exercens, 19 ; Mulieris Dignitatem, 18).

    C’est là que le monde moderne est devenu particulièrement ridicule, car il vante solennellement l’économie des soins dans ses documents d’orientation tout en méprisant discrètement la femme au foyer qui s’occupe réellement de ses proches, et il finance des conférences sans fin sur la fragmentation sociale tout en se moquant de la jeune mariée et de la mère dont la fidélité quotidienne empêche la civilisation de devenir un entrepôt de consommateurs solitaires avec des abonnements à des services de streaming et des factures de thérapie (Jean-Paul II, Familiaris Consortio, 42–46).

    Dans son ouvrage *Adam et Ève après la pilule : les paradoxes de la révolution sexuelle*, Mary Eberstadt soutient que la révolution sexuelle qui a suivi l’avènement de la contraception a rompu le lien entre sexualité, mariage, enfants, liens familiaux et religion. Son livre reste percutant précisément parce qu’il montre que la libération a engendré la solitude, l’instabilité familiale, la pornographie, la confusion relationnelle et l’étrange malheur de personnes qui ont obtenu le droit de tout faire mais ont perdu le sens de presque tout.

    Le troisième mensonge était l’arrogance éducative. On a dit aux femmes que l’éducation les libérerait de tout besoin des hommes, alors qu’une éducation digne de ce nom devrait préparer une personne à la vérité, à la sagesse, à la vertu, à la vocation et au service, plutôt que d’apprendre aux femmes à considérer la dépendance comme une dégradation et le mariage comme un programme de rattrapage pour celles qui sont trop sentimentales pour adorer l’autodépendance (cf. Jean-Paul II, Lettre aux femmes, 9 ; CEC, 2221–2231).

    La tragédie est que les femmes ont été encouragées à confondre le besoin avec la faiblesse, alors que tout être humain vient à l’existence par la dépendance, mûrit par la dépendance, survit par la dépendance et atteint la sainteté par la dépendance à l’égard de la grâce. Cela signifie que la guerre contre le besoin des hommes devient vite une guerre contre la condition humaine elle-même (Gn 2, 18 ; Jn 15, 5 ; CEC, 1996–2001).

    Le quatrième mensonge était celui de la libération sexuelle, qui promettait aux femmes la liberté par la disponibilité, alors qu’il a surtout appris aux hommes à rechercher le plaisir sans engagement et aux femmes à qualifier l’abandon d’émancipation. Ce doit être l’une des campagnes de marketing les plus réussies jamais conçues par l’irresponsabilité masculine sous une image de marque approuvée par les femmes (cf. Mary Eberstadt, Adam and Eve After the Pill, 23–49 ; Louise Perry, The Case Against the Sexual Revolution: A New Guide to Sex in the 21st Century, 1–18).

    Louise Perry, dans The Case Against the Sexual Revolution, expose la question avec une franchise admirable lorsqu’elle écrit que les hommes sont encouragés à adopter un « mode de “cavalière” », recherchant « tous les plaisirs du sexe facile sans aucune des responsabilités de l’engagement », et cette phrase à elle seule mérite d’être imprimée sur chaque dossier d’orientation universitaire dans le monde occidental.

    La pornographie et les applications de rencontre ont aggravé les dégâts en transformant l’imaginaire sexuel en un marché de nouveautés incessantes. L’industrie des médias a ensuite félicité les femmes de consommer et de produire du contenu explicite, tandis que les annonceurs monétisaient leur insécurité avec le sérieux moral d’un propriétaire de casino dispensant des conseils financiers.

    L’observation de Scudeler selon laquelle de nombreuses femmes de la génération Y ont été désensibilisées par les divertissements explicites est donc cruciale, car l’écran a endoctriné des générations entières à l’impatience sexuelle ; et une fois que le désir a été conditionné par la rapidité pornographique, l’âme perd le goût de la cour, de la modestie, de la patience, de la tendresse, du sacrifice et du drame profondément humain que représente le fait d’être choisie dans le cadre d’une alliance.

    Le cinquième mensonge était le ressentiment anti-masculin, qui a enseigné aux femmes que la masculinité elle-même est toxique, que le patriarcat explique toutes les blessures, que l’autorité conjugale est une domination, que la protection masculine est une oppression, et que la société doit être purifiée de toute structure paternelle par des experts qui, curieusement, ne remarquent jamais que les foyers sans père, l’effondrement des taux de mariage, la confusion sexuelle et l’isolement des femmes ont suivi leur parade de la victoire.

    Cette haine de la masculinité a nui aux femmes, car la plupart d’entre elles désirent des hommes forts sans cruauté, protecteurs sans possessivité, prêts au sacrifice sans faiblesse, et fidèles sans fragilité de façade ; c’est pourquoi le fantasme des « hommes qui aspirent » revient sans cesse dans la fiction, alors que la culture réelle a passé des décennies à humilier les vertus mêmes dont ces hommes ont besoin.

    La vision catholique

    La réponse catholique n’est ni la nostalgie ni la panique réactionnaire. L’Église ne demande pas aux femmes de devenir des objets décoratifs au sein d’un foyer masculin, et elle ne demande pas aux hommes de devenir des tyrans domestiques au vocabulaire baptisé. L’Écriture nous offre une vision nuptiale et d’alliance dans laquelle l’homme et la femme sont créés pour la communion, la fécondité, la fidélité et la sainteté devant le Dieu vivant (Gn 1, 27-28 ; 2, 18-24 ; Ep 5, 25-33 ; CEC, 1601-1605).

    La Genèse déclare que Dieu a créé l’humanité « homme et femme » et les a bénis de fécondité, tandis qu’Éphésiens révèle le mariage comme un mystère orienté vers le Christ et l’Église, et Proverbes 31 loue une femme dont la gestion du foyer, la prudence économique, la miséricorde, la force, la sagesse et la crainte du Seigneur font paraître les caricatures modernes de la féminité biblique douloureusement ignorantes (Gn 1, 27-28 ; Éph 5, 25-33 ; Prov 31, 10-31).

    Jean-Paul II apporte la correction finale car sa Théologie du corps considère le corps comme un signe sacramentel de la personne, puisque « le corps, et lui seul, est capable de rendre visible ce qui est invisible : le spirituel et le divin », ce qui signifie que le corps féminin n’est ni une matière première pour le commerce ni un costume pour l’invention de soi (Jean-Paul II, Audience générale, 20 février 1980).

    Il enseigne également que l’homme devient l’image de Dieu dans la communion, car la personne humaine reflète Dieu à travers la « communion des personnes que l’homme et la femme forment dès le commencement », et cela démolit toute idéologie qui oppose les sexes l’un à l’autre comme des rivaux permanents au sein d’une lutte politique froide (Jean-Paul II, Audience générale, 14 novembre 1979).

    Par conséquent, les catholiques doivent remettre la société sur la bonne voie en formant des hommes capables de protéger sans convoitise et des femmes capables de recevoir l’amour sans mépris d’elles-mêmes, en honorant le travail domestique sans mépriser l’éducation, en louant la maternité sans réduire les femmes à leur biologie, en défendant le mariage sans slogans sentimentaux, et en proclamant Jésus-Christ comme l’Époux dont l’amour d’alliance guérit le cœur féminin blessé et restaure l’âme masculine au service sacrificiel (Familiaris Consortio, 11–17 ; Éph 5, 25–33 ; Ap 19, 7–9).

    Le monde a menti aux femmes à l’aide d’un mégaphone étonnamment coûteux et puissant, mais l’Évangile continue de parler avec une autorité divine. La femme n’est ni la copie de l’homme, ni son ennemie, ni son jouet, puisqu’elle est la fille du Père, l’épouse dans l’alliance, la mère selon la nature ou la grâce, et la sœur en Christ dont la gloire se trouve dans la sainteté plutôt que dans l’imitation des vices typiquement masculins que le féminisme prétendait autrefois mépriser (Gn 1, 27 ; Ga 3, 28 ; Lc 1, 38 ; Mulieris Dignitatem, 11).

    L’Église doit donc proclamer à nouveau que la liberté est ordonnée à l’amour, que l’amour est ordonné à l’alliance, que l’alliance est ordonnée à la vie, et que la vie est ordonnée à Jésus-Christ. Seul le Seigneur, venu en tant qu’Époux, peut restaurer le génie féminin des décombres de l’idéologie et enseigner à une culture brisée que les hommes et les femmes ont été créés pour la communion plutôt que pour la conquête (Jn 3, 29 ; Éph 5, 25-33 ; Ap 21, 2 ; Mulieris Dignitatem, 30).

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    Le Dr Marcus Peter est directeur théologique d’Ave Maria Radio et du Kresta Institute, animateur radio de l’émission quotidienne Ave Maria in the Afternoon diffusée sur EWTN à l’heure de pointe, animateur télévisé de Unveiling the Covenants et d’autres séries, auteur prolifique, théologien biblique, commentateur culturel et conférencier international. Suivez son travail sur marcusbpeter.com.

  • 13 juin 313 : promulgation de l'Edit de Milan

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    Le document qui a changé l'histoire du christianisme

    Une lecture de l'évènement, éventuellement sujette à discussion, est proposée par Zenit.org sous la signature de Mgr Vitaliano Mattioli :

    L’Edit de Milan, de 313, par lequel l’empereur Constantin (306-337) reconnut la liberté de culte à la religion chrétienne, fête ses 1700 ans cette année.

    Mais quelle est l'actualité de l'Edit de Milan? Explications de Mgr Vitaliano Mattioli, professeur à l’Université pontificale urbanienne et vice-président de l’Institut pontifical Saint-Apollinaire.

    « Selon les sources historiques, Jésus est probablement mort aux alentours de l’an 30 en Palestine qui, depuis l’an 64, était sous la protection de l’empire romain. Cette année-là, le gouverneur (représentant de l’empereur) était Ponce Pilate (26-36), qui signa la condamnation à mort de Jésus.

    Il était d’usage à l’époque que les gouverneurs envoient à Rome un rapport officiel sur ce qui se passait dans la région qui leur était confiée, comme le rapporte le tout premier historien du christianisme, Eusèbe de Césarée (260-340), dans son Histoire Ecclésiastique: « Pilate, En vertu d'une ancienne coutume, qui imposait aux gouverneurs des nations de transmettre les nouvelles au titulaire du pouvoir royal, pour qu’ils soient au courant de tout, a informé l’empereur Tibère… » (II, 2, 1).

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  • « Disclosure Day » de Spielberg : une menace pour la foi chrétienne ?

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    Disclosure Day (2026) - IMDb

    De Doug Mainwaring sur LifeSite News :

    Spielberg avait tort. « Disclosure Day » n’a en rien ébranlé ma foi chrétienne

    Si Spielberg avait pour objectif diabolique de créer une menace existentielle pour la chrétienté — une crise d’identité d’une ampleur comparable à celle d’une bombe nucléaire pour les chrétiens —, il a échoué.
    Image en vedette

    12 juin 2026

    (LifeSiteNews) — J’ai assisté à l’une des premières projections de « Disclosure Day » de Steven Spielberg en me préparant à voir ma foi catholique insidieusement sapée, voire carrément attaquée. Ce à quoi j’aurais dû me préparer, c’était deux heures et demie d’un film sans inspiration. 

    Et je n’étais pas le seul. J’ai discuté avec d’autres spectateurs à la sortie de la salle. Il s’agissait de fans inconditionnels qui s’étaient précipités pour voir la toute première projection de Disclosure Day, s’attendant à être émerveillés par la dernière œuvre de Spielberg. Le consensus général ? « Bof. »

    Ces dernières semaines, Spielberg a averti que son film « ébranlerait la foi » des chrétiens, car il raconte comment, pendant huit décennies, le gouvernement américain a dissimulé des preuves de visites extraterrestres. Dans une interview accordée à CBS Sunday Morning, Spielberg a expliqué :

    Si cette vérité venait à être révélée du jour au lendemain, si le gouvernement annonçait : « Oui, nous vous cachons cela depuis 1947 », cela bouleverserait beaucoup de gens. Et le film adopte également le point de vue de l’Église. Quelles conséquences cela aurait-il sur les croyances fondamentales que beaucoup d’entre nous partagent ? Et Dieu, notre Dieu, est-il présent uniquement sur cette planète, ou est-il le Dieu de tous les systèmes où il existe une civilisation, une vie intelligente, voire une vie en devenir ?

    Mais si Spielberg avait eu pour objectif diabolique de créer une menace existentielle pour la chrétienté — une crise d’identité de l’ampleur d’une bombe nucléaire pour les chrétiens —, il a échoué. Après avoir vu le film, il me semble qu’il essayait de créer un « buzz » avant la sortie nationale de Disclosure Day afin de stimuler les ventes de billets.

    Cela dit, Spielberg a clairement utilisé la foi catholique comme substitut de l’ensemble du christianisme. Le film s’appuie sur des références visuelles constantes au catholicisme : un crucifix, sainte Claire, un couvent rempli de religieuses en habit, des religieuses en prière dans une chapelle et une femme faisant le signe de croix à genoux jouent tous des rôles importants dans le film. De plus, l’un des personnages principaux est une jeune ancienne postulante.

    Tout au long du film, la question se pose : si le monde découvrait soudainement que des extraterrestres existent, qu’ils nous ont rendu visite et qu’ils ont même vécu parmi nous, cela détruirait-il la foi religieuse ?

    Le film va plus loin et pose la question suivante : et si les extraterrestres se révélaient plus empathiques que l’homme ou que Dieu, et plus capables que Dieu d’instaurer la paix sur terre ? 

    En effet, comme le laisse entendre la fin du film, alors que les informations diffusées par une petite chaîne de télévision locale du Missouri se propagent à toutes les grandes chaînes aux États-Unis et dans le monde entier, la révélation de la « vérité » sur l’existence de ces extraterrestres permet d’éviter de justesse la Troisième Guerre mondiale. 

    Cette nouvelle empêche littéralement la Troisième Guerre mondiale.

    « Le monde vient de changer profondément », annonce une présentatrice de journal télévisé alors qu’une séquence vidéo granuleuse en noir et blanc, autrefois classée secret défense, est diffusée. 

    « Si vous voyez cela, vous n’êtes pas seuls », dit-elle, comme si elle venait soudainement de trouver la seule vraie foi. 

    Une minute plus tard, dans une scène qui rappelle les adieux émouvants d’E.T. à Elliot et à ses frères et sœurs à la fin du film E.T., un extraterrestre à l’allure de grand-père est amené dans la salle de rédaction en fauteuil roulant et embrasse les deux protagonistes adultes du film qu’il avait enlevés lorsqu’ils étaient enfants.

    Je suis tout à fait d’accord avec Armond White, de la National Review : « Disclosure Day est le film le plus trash de Spielberg depuis la farce d’Halloween qu’est Poltergeist (attribué à Tobe Hooper mais portant la marque de Spielberg). »

    Je ne vois pas comment une telle daube pourrait ébranler la foi de qui que ce soit. Au contraire, Spielberg cherchait plutôt à recréer l’atmosphère chaleureuse et réconfortante d’E.T. et de Rencontres du troisième type. À l’instar de ces deux superproductions, la bande originale de Disclosure Day a été composée par John Williams et, comme dans Rencontres du troisième type, elle intègre une chanson de Disney — « Someday My Prince Will Come » — dans l’espoir de réveiller la nostalgie de l’enfance, ce à quoi Spielberg et son équipe créative ont toujours excellé. 

    Spielberg a perdu la touche magique qu’il avait autrefois dans le domaine de la science-fiction, comme l’a prouvé il y a vingt ans son horrible remake de La Guerre des mondes de 1952, dont le titre légèrement raccourci est War of the Worlds. Dans le cas de ces deux films, il y a tout simplement trop de moments où le spectateur est invité à fermer les yeux sur les failles et les incohérences du scénario.

    Doug Mainwaring est journaliste pour LifeSiteNews, auteur et militant pour le mariage, la famille et les droits des enfants. Il a témoigné devant le Congrès des États-Unis et des assemblées législatives d’État, a rédigé et co-rédigé des mémoires d’amicus curiae pour la Cour suprême des États-Unis, et a été invité dans de nombreuses émissions de télévision et de radio. Doug et sa famille vivent dans la banlieue de Washington, DC.

  • Projet de libéralisation de l’avortement : douze, quatorze ou dix-huit semaines, une question scientifique ou un choix éthique ?

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    Du site de l'Institut Européen de Bioéthique :

    Belgique – Projet de libéralisation de l’avortement : 12, 14 ou 18 semaines, une question scientifique ou un choix éthique ?

    La ministre belge de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V), a annoncé début juin le dépôt prochain d’un projet de loi modifiant substantiellement la législation actuelle sur l’avortement. Le texte prévoit notamment d’étendre le délai légal de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) de 12 à 14 semaines de grossesse, de réduire le délai de réflexion obligatoire de six à deux jours et d’autoriser l’avortement jusqu’à 18 semaines lorsque la grossesse résulte d’un viol. Présentée comme un compromis au sein de la coalition gouvernementale, cette réforme a immédiatement ravivé les lignes de fracture entre les partis politiques. 

    Depuis plusieurs années, certains partis et organisations favorables à une libéralisation accrue de l’avortement en Belgique réclament un allongement du délai légal à 18 semaines après la conception (soit 20 semaines d’aménorrhée, ou 4 mois et demi de grossesse). Ceux-ci s’appuient notamment sur le rapport du comité d’experts interuniversitaire (mandaté par le gouvernement précédent) remis au Parlement en 2023, qui recommandait une telle extension à 18 semaines afin de limiter le nombre de femmes contraintes de se rendre à l’étranger lorsqu’elles dépassent le délai actuellement autorisé en Belgique. 

    Le projet porté par la ministre Verlinden, tout en assouplissant les conditions de pratique de l’avortement, s’écarte cependant de cette recommandation. En fixant la limite générale à 14 semaines, la ministre semble considérer qu’à partir d’un certain stade du développement prénatal, l’intérêt de l’enfant à naître mérite une protection accrue. Cette idée n’est d’ailleurs pas étrangère à la législation belge actuelle, qui repose déjà implicitement, à certains égards, sur une protection graduelle de la vie humaine avant la naissance. 

    Sensibilité du fœtus et protection de l’enfant à naître 

    Cette référence au développement du fœtus a été vivement contestée par plusieurs responsables politiques et experts favorables à une extension du délai légal de l’IVG. Le débat s’est notamment cristallisé autour de la question sensible de la douleur fœtale. Dans la presse flamande, certains sont allés jusqu’à comparer la position du président du CD&V Sammy Mahdi à une forme de négationnisme scientifique, l’accusant de s’appuyer sur des données erronées concernant le développement neurologique du fœtus. 

    Or, contrairement à ce qui est parfois affirmé de part et d’autre, la littérature scientifique ne permet pas de dégager un consensus absolu sur cette question. La majorité des études considèrent que les structures neurologiques nécessaires à une expérience consciente de la douleur ne sont probablement pas suffisamment développées à 18 semaines de grossesse. D’autres chercheurs soutiennent toutefois que certaines formes de perception ou de réponse à des stimuli nociceptifs pourraient exister plus précocement – ce qui explique que le fœtus est, à partir d’un certain stade, anesthésié avant l’avortement. La prudence scientifique invite donc à distinguer ce qui est solidement établi de ce qui demeure discuté. En tout état de cause, réduire la question de la protection du fœtus à la seule problématique de la douleur reviendrait à négliger d’autres dimensions biologiques et anthropologiques du développement humain. 

    Développement anatomique et méthodes d’avortement 

    En effet, à 14 semaines de grossesse, l’enfant à naître présente déjà un degré élevé d’organisation anatomique : ses membres sont formés, ses doigts individualisés, son visage est reconnaissable et il réalise spontanément de nombreux mouvements. À 18 semaines, son développement se poursuit rapidement : la croissance du système nerveux s’intensifie, les mouvements deviennent plus coordonnés et la mère peut parfois commencer à les percevoir.  

    Même si ces observations ne permettent pas à elles seules de déterminer ce que doit être la loi, elles montrent que le débat ne porte pas sur une simple réalité biologique indifférenciée. Le degré de développement du fœtus influence par ailleurs la méthode d’avortement : au-delà de 14 semaines, celle-ci évolue vers une dilatation-évacuation (D&E), nécessitant potentiellement le morcellement du fœtus. 

    Science, éthique et démocratie 

    Cette discussion rejoint une autre question soulevée par les critiques adressées au gouvernement : le rapport du comité d’experts constitue-t-il réellement l’expression d’un consensus scientifique que le législateur serait tenu de suivre ? Une telle présentation paraît excessive. La science peut certes éclairer le débat en décrivant le développement prénatal, les risques médicaux ou les conséquences sociales des différentes options législatives. Elle ne peut cependant pas répondre à elle seule à la question normative fondamentale : à partir de quel stade une société estime-t-elle qu’un être humain avant la naissance mérite une protection juridique particulière ? Si la science peut nourrir la discussion à cet égard – notamment sur la réalité du développement du fœtus –, en démocratie, cette question relève avant tout – et ultimement – de choix éthiques, philosophiques et politiques. 

    Au-delà des compromis gouvernementaux et des affrontements partisans, la réforme annoncée rappelle ainsi que le débat sur l’avortement ne saurait être réduit à une opposition entre « science » et « idéologie ». Les désaccords portent en réalité sur des questions anthropologiques fondamentales : quelle valeur accorder à la vie humaine avant la naissance ? Quels critères justifient sa protection ? Et comment articuler cette protection avec l’accompagnement des femmes et des couples confrontés à une grossesse non planifiée, en particulier dans un contexte de précarité ? Autant de questions qui exigent un véritable débat démocratique, à la fois fondé sur la science et sur une orientation éthique assumée. 

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    Pour aller plus loin : 

    Le fœtus pourrait ressentir la douleur dès la 13ème semaine de grossesse 

    DOSSIER - Etendre l'avortement au-delà de 3 mois de grossesse : enjeux médicaux, psychologiques et éthiques 

    Avortement en Belgique : beaucoup de questions demeurent après l’audition du comité interuniversitaire chargé de son évaluation 

    Photo : Julien Nizet 

  • Belgique : un projet de loi pour allonger le délai autorisé pour avorter et réduire le délai de réflexion

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    Pour l'avortement, on n'en fera décidément jamais assez ; en témoigne ce nouveau projet de loi de la ministre de la Justice, Annelies Verlinden, ainsi que le rapporte cette synthèse de presse de gènéthique.org :

    Belgique : un projet de loi pour allonger le délai autorisé pour avorter et réduire le délai de réflexion

    8 juin 2026

    En Belgique, la ministre de la Justice, Annelies Verlinden, a préparé un projet de loi afin de porter le délai légal autorisé pour avorter de 12 à 14 semaines. Le délai de réflexion serait quant à lui réduit de 6 à 2 jours. Le texte prévoit également qu’en cas de viol, le délai légal soit de 18 semaines. « Ces femmes ne seront pas tenues de porter plainte auprès de la police au préalable, mais un psychologue, un travailleur social ou un gynécologue devra déterminer si la grossesse résulte effectivement d’un viol. »

    Et « pour les femmes en situation de vulnérabilité, l’avortement sera qualifié de soins médicaux d’urgence, afin de garantir leur accès à l’avortement. » (cf. IVG : une femme témoigne « ce n’était pas « mon choix », mais « ma peur »»)

    « Trouver un équilibre » ?

    Modifier la loi belge sur l’avortement fait partie de l’accord de gouvernement. La proposition de la ministre vise à « contenter tous les partenaires de la majorité ». Toutefois, certains partis réclament que le délai légal soit de 18 semaines quelles que soient les circonstances de la grossesse et que le délai de réflexion soit complètement supprimé. Les deux mesures avaient été préconisées par la commission nationale d’évaluation de l’application de la loi sur l’interruption de grossesse (cf. Belgique : l’avortement bientôt autorisé jusqu’à 18 semaines de grossesse ?).

    « Il s’agit de trouver un équilibre entre la protection de la femme et la protection de l’enfant à naître »essaie de défendre Annelies Verlinden. « Et pour les femmes qui ont été violées, nous savons d’après des études qu’elles ont besoin de plus de temps pour prendre des décisions en raison de leur traumatisme. »

    La proposition de loi doit encore être débattue au Parlement.

    Sources de la synthèse de presse : RTL info, Louis Vandendriessche (06/06/2026) ; Le Spécialiste, Belga (06/06/2026) ; Sud info avec Belga (06/06/2026)

  • L'ONU, l'esclavage et l'amnésie sélective de l'histoire

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    D'Hélène de Lauzun sur The European Conservative :

    L'ONU, l'esclavage et l'amnésie sélective de l'histoire

    Pères de la Rédemption, tirés de Corsaires barbaresques  (New York : Putnam, 1902) Kelley, JD Jerrold (James Douglas Jerrold) (1847-1922), Auteur. Lane-Poole, Stanley (1854-1931), Auteur.

    La mémoire sélective ne rassemble pas les peuples, mais alimente les ressentiments mêmes qu'elle prétend apaiser.

    Le 25 mars, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution qualifiant la traite transatlantique des esclaves et l'esclavage des Africains de « crime le plus grave contre l'humanité ». Le texte a été adopté par 123 voix contre 3, avec 52 abstentions, dont la France, le Portugal, l'Espagne, le Royaume-Uni et la plupart des pays européens. Les États-Unis, Israël et l'Argentine ont voté contre.

    La portée symbolique de cette résolution est considérable. Nul ne saurait contester que la traite transatlantique des esclaves constitue l'une des plus grandes tragédies de l'histoire de l'humanité. Pendant plusieurs siècles, des millions d'Africains ont été déportés vers les Amériques dans des conditions épouvantables, réduits à l'état de marchandises et intégrés à un système économique fondé sur leur déshumanisation. La mémoire de ce crime mérite d'être reconnue et transmise.

    Mais c’est précisément parce que l’histoire de l’esclavage est trop grave pour être instrumentalisée qu’il nous faut questionner les présupposés idéologiques qui sous-tendent cette résolution. Car le caractère controversé du texte ne réside pas dans sa condamnation de la traite transatlantique, mais dans ce qu’il omet.

    En qualifiant la traite transatlantique des esclaves de « plus grave » des crimes contre l'humanité, l'ONU semble établir une hiérarchie morale entre les atrocités historiques, comme si certaines souffrances pouvaient être considérées comme supérieures à d'autres et comme si l'on pouvait mesurer objectivement l'horreur et déclarer qu'un crime surpasse tous les autres. Cette formulation explique en partie les nombreuses abstentions européennes, pour qui, pendant de longues années, l'Holocauste a été érigé en symbole ultime de la barbarie humaine. Indépendamment de la comparaison avec la Seconde Guerre mondiale, dont les motivations peuvent être suspectes, plusieurs États ont fait valoir qu'il n'appartenait pas à l'ONU d'établir une hiérarchie entre les crimes contre l'humanité. Devrions-nous placer Auschwitz et Kolyma, le génocide arménien et le génocide des Tutsis au Rwanda sur une échelle graduée, comme s'il s'agissait de classer les concurrents dans un concours macabre ?

    Mais la principale difficulté réside ailleurs. Cette résolution ignore complètement l'existence d'autres systèmes esclavagistes qui ont pourtant façonné l'histoire de l'Afrique et du monde pendant plus d'un millénaire.

    La traite négrière arabo-musulmane constitue, à cet égard, un angle mort particulièrement révélateur. Bien avant l'arrivée des Européens sur les côtes africaines, des réseaux de traite approvisionnaient déjà le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et certaines régions d'Asie. Les historiens estiment généralement que plusieurs millions d'Africains ont été déportés dans le cadre de ce commerce, qui a perduré du VIIe siècle jusqu'au XXe siècle dans certaines régions. Selon les estimations citées dans de nombreux ouvrages historiques, entre 10 et 17 millions d'esclaves auraient été concernés durant cette longue période.

    Ce commerce présentait également plusieurs particularités souvent négligées. Les femmes étaient majoritairement destinées aux harems ou aux travaux domestiques. Les hommes étaient fréquemment castrés avant d'être vendus, ce qui explique en partie l'absence de descendance significative dans les pays concernés et le manque de métissage – contrairement à ce qui s'est passé en Amérique, où le métissage, bien que souvent violent, a néanmoins eu lieu et a donné naissance aux sociétés diverses que nous connaissons aujourd'hui. Le déclin démographique des populations déportées était souvent bien plus marqué dans le monde arabo-musulman.

    À cette réalité s'ajoute une autre dimension longtemps négligée : la participation active de nombreuses puissances et royaumes africains à la capture et à la vente d'esclaves. L'histoire de la traite négrière ne saurait se réduire à une simple dichotomie entre Européens prédateurs et Africains victimes. De nombreux acteurs africains ont été impliqués dans ces systèmes, que ce soit dans le cadre de la traite transatlantique ou des traites orientales.

    Rappeler ces faits ne revient évidemment pas à minimiser la responsabilité européenne. Il s'agit simplement de rétablir la complexité historique. Pourtant, depuis plusieurs décennies, toute tentative d'élargir la perspective pour englober toutes les formes de la traite négrière se heurte régulièrement à la suspicion. Des historiens, comme le chercheur français Olivier Pétré-Grenouilleau, ont payé un lourd tribut à leur carrière universitaire pour avoir mis en lumière ces faits historiques. Ceux qui évoquent la traite arabo-musulmane ou les responsabilités africaines sont fréquemment accusés de vouloir relativiser les crimes occidentaux, voire d'être animés par des motivations idéologiques cachées, semblables à celles de l'extrême droite.

    Cette réaction est devenue quasi automatique, comme si la simple mention d'une réalité historique indiscutable constituait en soi une prise de position politique suspecte. Dans les médias et chez les politiciens, certains récits sont jugés légitimes tandis que d'autres sont condamnés à l'invisibilité. La terrible histoire d'Henry Nowak, dans un tout autre contexte, vient d'en apporter une nouvelle illustration. La question n'est pas si éloignée : George Floyd a été érigé en icône parce qu'il était un descendant des esclaves de la traite transatlantique ; sa mort sous les balles d'un policier blanc a ainsi fait de lui un martyr. Le jeune Nowak, en revanche, appartient à la race des exploiteurs. Il aurait pu mourir en murmurant « Je ne peux pas respirer » sans que personne ne s'en émeuve.

    Cette situation alimente un malaise intellectuel croissant. L'histoire sérieuse ne devrait jamais fonctionner selon une logique de mémoires concurrentes.

    En mai, un débat houleux a eu lieu sur X entre Bally Bagayoko et Marion Maréchal au sujet de l'existence de la traite négrière. Marion Maréchal a rappelé qu'en 2021, des experts de l'ONU s'étaient alarmés de la persistance de formes d'esclavage héréditaire au Mali. Les rapporteurs de l'ONU avaient alors dénoncé les attaques répétées contre les personnes considérées comme « esclaves par descendance » et déploré l'inaction des autorités maliennes. Le nouveau maire de Saint-Denis s'est ainsi vu rappeler que ses origines maliennes de noble lignée, qu'il avait fièrement mises en avant dans les médias, ne constituaient pas un certificat d'innocence civilisationnelle. 

    Pourtant, ce simple rappel historique et contemporain suffit souvent à déclencher des accusations de révisionnisme ou de diversion. Or, les faits demeurent incontestables. L'esclavage n'a jamais été un phénomène exclusivement occidental. Il a existé sur tous les continents et sous des formes très diverses. Certaines de ces formes persistent encore aujourd'hui dans plusieurs régions du monde. 

    Au contraire, l'abolitionnisme, il s'avère, n'est pas universel. C'est précisément cette observation qui est au cœur du dernier essai de Ferghane Azihari, « L'Islam contre la modernité » . L'auteur y avance une thèse qui a suscité une vive controverse dans la presse française : l'abolition de l'esclavage constitue l'un des grands accomplissements moraux de la civilisation occidentale moderne . Azihari souligne que les mouvements abolitionnistes sont nés en Europe et en Amérique du Nord, souvent en contradiction avec des intérêts économiques considérables. Il met également en lumière le fait que de nombreux pays musulmans n'ont aboli l'esclavage que très tardivement, parfois sous la pression diplomatique occidentale. L'Arabie saoudite ne l'a aboli officiellement qu'en 1962, la Mauritanie en 1981. De plus, il observe qu'aucun mouvement de repentance d'envergure, comparable à ceux qui se sont développés en Occident, n'a véritablement émergé dans le monde musulman sur cette question. Azihari soulève une question fondamentale : pourquoi certaines civilisations ont-elles développé les ressources intellectuelles nécessaires pour remettre en cause l'esclavage alors que cette institution était considérée comme normale depuis l'Antiquité ?

    La résolution de l'ONU semble malheureusement s'inscrire dans une tendance inverse, une interprétation qui tend à faire de l'Occident le principal, voire l'unique, coupable de l'histoire de l'esclavage – alors que c'est précisément ce même Occident qui a libéré l'humanité du joug de l'exploitation de l'homme par l'homme. C'est précisément ce que Philippe de Villiers a dénoncé dans les colonnes du Journal du Dimanche . À ses yeux, cette résolution relève d'une vision idéologique du passé où l'Occident devient le bouc émissaire de toutes les fautes historiques , tandis que d'autres responsabilités sont systématiquement passées sous silence.

    L'histoire de l'humanité est tragique. Chaque civilisation a son côté sombre. Aucune n'a le monopole de la barbarie, pas plus que celui de la vertu. Mais toutes n'ont pas contribué de la même manière au progrès moral de l'humanité, et l'Occident n'a rien à gagner à se mépriser pour le bien qu'il a accompli. En proclamant que la traite transatlantique des esclaves constitue « le crime le plus grave contre l'humanité », l'ONU pensait sans doute rendre justice à une mémoire longtemps négligée. Mais en ignorant d'autres formes de traite négrière et en suggérant une hiérarchie entre les atrocités, elle obtient l'effet inverse de celui recherché : la réconciliation par le souvenir. Or, une mémoire sélective ne réconcilie pas les peuples ; au contraire, elle alimente les ressentiments qu'elle prétend apaiser.

  • Coupeurs de feu, magnétiseurs... Pourquoi il ne faut pas y recourir

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    De Famille Chrétienne :

    « N'y allez pas ! » : la mise en garde d'un prêtre contre les coupeurs de feu et magnétiseurs

    D’où vient le pouvoir des coupeurs de feu ? Peut-on être chrétien et consulter un magnétiseur ? Le Reiki est-il un simple effet placebo ou un danger invisible ? La lithothérapie cache-t-elle un piège spirituel ? Sous couvert de bien-être et de guérison, les nouvelles spiritualités s’immiscent partout dans notre quotidien. Pourtant, l’Église met en garde : ce n’est pas parce que ça fait du bien que c’est bien. Il devient urgent de discerner les forces occultes qui se cachent derrière ces pratiques pour apprendre à s’en protéger !

    Le Père Jean-Christophe Thibault est prêtre dans le diocèse de Metz. Spécialiste des sciences occultes et de l'ésotérisme, il a longuement étudié les dérives spirituelles de ces médecines alternatives. Il vient nous livrer ses révélations sans filtre sur l'envers du décor de l'occultisme marchand.

  • Quand le PS ne veut plus du Te Deum mais se presse aux iftars de rupture du jeûne

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    D'Harrison du Bus sur 21News :

    Le PS ne veut plus du Te Deum mais se presse aux iftars de rupture du jeûne (édito)

    Au nom de la neutralité de l'État, le PS souhaite mettre fin à la participation officielle des autorités belges au Te Deum du 21 juillet. Pourquoi certains symboles religieux seraient-ils devenus incompatibles avec la neutralité publique tandis que d'autres continuent de bénéficier d'une large bienveillance politique ?