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Débats - Page 2

  • France : les députés favorables à la loi fin de vie ne pourront plus communier, prévient Mgr Marc Aillet

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    Les députés favorables à la loi fin de vie ne pourront plus communier, prévient Mgr Marc Aillet

    Selon le calendrier annoncé, les députés devraient se prononcer le 15 juillet sur la proposition de loi sur l’euthanasie. L’évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, Mgr Marc Aillet, invite les parlementaires catholiques à un examen de conscience.
    Peut-on se dire chrétien et voter un texte aussi contraire à l’enseignement de l’Église ?

    Mgr Marc Aillet : Il y a là une contradiction profonde. La question de l’euthanasie ou du suicide assisté n’est pas seulement une question confessionnelle. Elle touche à la loi naturelle, c’est-à-dire à ce qui fonde le respect de toute vie humaine dans une société civilisée. Lorsqu’un député se déclare catholique tout en soutenant une législation qui autorise à donner la mort, il se place objectivement en opposition avec un enseignement constant de l’Église, mais aussi avec un principe fondamental de la raison humaine. L’instruction Samaritanus Bonus, publiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi, a clairement réaffirmé que l’euthanasie était « un acte intrinsèquement mauvais, quelles que soient les circonstances ». Un catholique engagé dans la vie publique ne peut pas l’ignorer.

    Une telle position a-t-elle des conséquences spirituelles ?

    Oui, car la foi chrétienne engage toute l’existence. Chacun doit s’interroger en conscience sur la cohérence entre les actes qu’il pose et la foi qu’il professe. Une adhésion publique à une loi gravement contraire à l’enseignement moral de l’Église pose un vrai problème de cohérence ecclésiale. Les parlementaires catholiques qui auront voté ce projet de loi doivent en peser les conséquences. S’ils sont conscients de cette incohérence, ils ne pourront plus communier. L’Église est fondée à le leur rappeler, comme certains évêques l’ont fait aux États-Unis. J’aimerais les inviter à un examen de conscience sincère. Avons-nous le droit de faire de la suppression volontaire d’une vie humaine une réponse à la souffrance ?

    Certains fidèles ne semblent pas insensibles aux arguments des partisans de l’euthanasie, présentée comme un « geste d’humanité ». Que leur dites-vous ?

    Il faut distinguer la véritable compassion de ce que Jean-Paul II appelait une « fausse miséricorde ». Une société vraiment fraternelle ne répond pas à la détresse par l’élimination de celui qui souffre mais par le développement des soins palliatifs, de l’accompagnement psychologique, familial et spirituel. Quant à la liberté, elle ne consiste pas à pouvoir tout faire. La liberté authentique est ordonnée au bien. Contre le discours dominant qui obscurcit gravement les consciences, contre le matraquage médiatique influencé par de puissants lobbies, les fidèles sont appelés à se former – et à soutenir concrètement les personnes malades, âgées ou isolées.

    Qu’en est-il de celles qui demanderaient l’euthanasie ? Quelles conséquences sur le salut de leurs âmes ? Pourraient-elles avoir des obsèques chrétiennes ?

    L’Église continue d’affirmer que le suicide demeure objectivement contraire à la volonté de Dieu, qui est le maître de la vie. Mais elle tient aussi compte des situations concrètes. La souffrance, la solitude, la dépression, les pressions familiales ou sociales sont parfois si fortes qu’elles peuvent altérer profondément la liberté d’une personne. C’est pourquoi le discernement pastoral est indispensable. Le rôle du prêtre est d’aider la personne à retrouver l’espérance, à se réconcilier avec Dieu et à renoncer à son projet. Cet accompagnement spirituel consiste à l’aider à choisir la vie jusqu’à son terme naturel, jamais à cautionner un geste létal. Concernant les funérailles chrétiennes, chaque situation doit être examinée avec prudence. L’Église tient compte de nombreux éléments, notamment des signes éventuels de repentance avant la mort. Rien ne doit être fait qui laisserait penser qu’elle approuve l’euthanasie.

    Qu’en est-il des soignants qui appliqueraient cette loi ?

    Je pense d’abord aux drames de conscience que cette loi risque de provoquer. Les professionnels de santé ont choisi leur métier pour soigner, soulager, accompagner. On leur demanderait désormais de participer à la mise à mort d’un patient. Mais la loi civile ne peut pas abolir les exigences de la conscience morale, que l’on soit ou non croyant. Il est donc essentiel que la clause de conscience soit pleinement garantie.

    Des religieuses au sein d’établissements de soins catholiques ont annoncé leur intention de « résister » ? Qu’en pensez-vous ?

    Une société véritablement démocratique ne peut pas exiger d’institutions fondées sur le respect inconditionnel de la vie qu’elles agissent contre leurs convictions les plus fondamentales. Veut-on que ces établissements ferment, alors qu’ils gèrent des dizaines de milliers de lits ? Qu’ils s’exilent à l’étranger, comme les congrégations chassées de France au début du XXe siècle ? Va-t-on emprisonner les religieuses qui n’appliqueraient pas cette loi ? Il faut défendre la liberté de ces établissements avec détermination.

    Léon XIV a choisi comme devise pour sa visite en France : « Pour que le monde ait la vie ». Qu’attendez-vous de lui ? N’arrive-t-il pas trop tard, après une probable adoption de la loi ?

    Une loi, même adoptée, ne met pas fin au devoir de témoignage des chrétiens. J’attends du Saint-Père qu’il rappelle avec force la dignité inaliénable de toute vie humaine. J’attends qu’il encourage les familles, les soignants, les bénévoles et tous ceux qui accompagnent les personnes malades ou âgées. J’attends surtout qu’il nous redonne le sens de l’espérance. Car l’enjeu ultime est spirituel. Une société s’affaiblit lorsqu’elle présente la mort comme une solution. Le Christ est venu « pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ». C’est cette espérance que l’Église continuera d’annoncer, quelles que soient les évolutions législatives.

  • Tony Abbott : « Parfois, les gouvernements doivent choisir la moins mauvaise option. »

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    Du substack d'Edward Pentin :

    Dans un entretien avec le Register, l'ancien Premier ministre australien défend des politiques d'immigration strictes, appelle à un témoignage catholique plus fort dans la vie publique et rend hommage au cardinal Pell.

    8 juillet

    Tony Abbott est l'un des hommes d'État conservateurs les plus connus d'Australie, ayant été Premier ministre du pays de 2013 à 2015.

    Catholique pratiquant, il est resté une voix influente dans les débats sur l'avenir de la civilisation occidentale, le rôle du christianisme dans la vie publique et les responsabilités morales des dirigeants élus. 

    Durant son mandat de Premier ministre, Abbott a attiré l'attention internationale par la réponse de son gouvernement à l'immigration clandestine par voie maritime et aux réseaux de trafic d'êtres humains ciblant l'Australie. Son gouvernement, qui a rouvert les centres de détention offshore, rétabli les visas de protection temporaire et mis en place une politique de refoulement des embarcations dans le cadre de l'« Opération Frontières souveraines », s'est avéré très efficace pour endiguer ces arrivées. Parallèlement, ces mesures ont suscité des critiques de la part d'évêques catholiques qui réclamaient une réponse plus humaine. 

    Dans cette interview accordée au Register le 23 juin en marge de la conférence de l' Alliance pour une citoyenneté responsable (ARC) à Londres, Abbott affirme que le trafic d'êtres humains est intrinsèquement exploiteur et extrêmement dangereux, ajoutant que les gouvernements responsables doivent parfois choisir « la moins mauvaise option » dans un monde imparfait afin de protéger la vie humaine et de défendre le bien commun. 

    L'auteur d'un nouveau livre, Australia: A History — From Convict Colony to Great Democracy (Australie : une histoire — de la colonie pénitentiaire à la grande démocratie) , Abbott évoque également la nécessité pour davantage de catholiques pratiquants de s'engager en politique, partage son opinion sur le « catholicisme culturel » dans la vie publique et rend hommage à son compatriote, feu le cardinal George Pell. 

    Monsieur Abbott, tout d'abord, le thème de cette conférence est « L'ère de la reconstruction », et des intervenants de renom du monde entier y ont analysé le déclin de la civilisation occidentale et les solutions possibles pour l'enrayer. Quel a été votre principal enseignement de cette conférence ? 

    Je pense que cette conférence est unique en ce sens que, contrairement à la plupart des conférences qui traitent généralement d'économie, de politique et/ou de géopolitique, elle explore en profondeur la culture et la civilisation. On dit souvent que la politique découle de la culture, et que la culture découle en fin de compte de la foi – une foi en laquelle les individus peuvent croire et qui les dépasse. C'est ce qui, à mon avis, fait de cette conférence un événement si particulier.

    Pensez-vous que l'Occident ait besoin d'une présence politique catholique plus affirmée ? La foi catholique est-elle sous-représentée dans l'espace public ?

    Oui, je pense assurément que nous avons besoin de plus de personnes de foi dans la vie publique. J'ai toujours un petit pincement au cœur quand j'entends des chrétiens affirmer que s'impliquer dans les complexités de la vie publique est en quelque sorte un manquement à la foi. Je crois que nous devons être présents dans le monde, même si nous ne devons pas en être totalement issus.

    Que diriez-vous aux hommes politiques catholiques, comme Andy Burnham par exemple , pressenti pour devenir le prochain Premier ministre britannique, qui sont de confession catholique mais n'adhèrent pas pleinement au magistère et ne fréquentent pas régulièrement la messe ? Les catholiques engagés dans la vie publique doivent-ils s'affirmer davantage et pratiquer leur foi comme l'Église le demande ?

    Je ne prétends pas être un catholique parfait, loin de là, mais je pense que nous sommes tous de meilleures personnes, surtout si nous sommes catholiques, si nous assistons plus régulièrement à la messe et si nous recevons les sacrements. 

    En matière d'immigration, nombreux sont ceux qui citent l'Australie comme exemple de lutte efficace contre l'immigration clandestine, les traversées dangereuses et le trafic d'êtres humains. Que diriez-vous aux Américains et aux Britanniques qui s'interrogent sur ce sujet et souhaitent une politique éthique et réellement efficace ?

    J'ai souvent constaté que les théologiens moralistes ne font généralement pas de bons hommes d'État, car dans ce monde imparfait, il faut parfois choisir la moindre mal. Le trafic d'êtres humains est un fléau : il est responsable d'une exploitation considérable et de nombreuses morts, et il est impératif de l'éradiquer. De même que, parfois, des mesures très difficiles et dramatiques sont nécessaires en temps de guerre, je pense qu'il faut parfois être prêt à agir de manière directe si l'on veut mettre fin à ce qui s'apparente, à l'heure actuelle, à une invasion pacifique de la Grande-Bretagne par des personnes traversant la Manche à bord de petites embarcations.

    Concrètement, quel type de réponse politique pensez-vous qui fonctionnerait en Grande-Bretagne et aux États-Unis ?

    La chose humanitaire à faire — la chose véritablement humanitaire — est de mettre fin au trafic d'êtres humains. Dans le cas de la Grande-Bretagne, cela permettrait d'éviter les noyades dans la Manche. Dans le cas des États-Unis, cela empêcherait l'entrée de nombreuses personnes qui ne seront d'aucune utilité pour l'Amérique, ainsi que d'autres qui cherchent simplement une vie meilleure. Mais en fin de compte, en tant que représentants du gouvernement, vous avez un devoir envers vos propres citoyens qui prime sur toute obligation d'offrir une vie meilleure à des étrangers qui n'ont aucun droit légitime sur vous. Les seules personnes qui ont un droit légitime sur un autre pays sont ses citoyens, ou celles qui ont démontré qu'elles peuvent apporter une contribution significative à ce pays — et non celles qui cherchent simplement à améliorer leur propre sort.

    À votre avis, pourquoi n'y a-t-il pas eu, notamment en Grande-Bretagne, beaucoup de politiques efficaces pour remédier à ce problème ?

    Manque de leadership. 

    Quelqu'un a dit que si des soldats russes arrivaient armés, le gouvernement trouverait rapidement un moyen de les arrêter. Alors, est-ce simplement une question de volonté politique ?

    Je pense que certains se sentent contraints par un mélange de culpabilité propre aux pays riches, d'une compassion excessive, voire mal placée, de marxisme culturel, ou encore d'un respect déplacé pour des institutions comme la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). L'idée que la Grande-Bretagne – berceau de nombreux droits humains – doive se montrer soumise à la CEDH me paraît tout simplement absurde.

    Enfin, un mot sur le cardinal George Pell. Comme vous le savez, il attribuait souvent le déclin de la société à l'abandon des valeurs chrétiennes traditionnelles et des vérités morales, ainsi qu'à la montée du relativisme moral. Qu'aimeriez-vous dire à son sujet ? 

    Je pense que le cardinal Pell était un saint des temps modernes. Il fut, en un sens, un martyr contemporain, puisqu'il a subi une forme de crucifixion vivante. Plus on chérira sa mémoire, plus on célébrera son exemple et plus on honorera sa vie, mieux ce sera pour nous tous. 

  • Lire en été : “Les mutations de l’Eglise catholique au XXème siècle” de Marcel De Corte

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    Du site de la FSSPX :

    Lecture d’été : “Les mutations de l’Eglise catholique au XXème siècle” de Marcel De Corte

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    Pour le troisième volume de la collection « Marcel De Corte », les éditions Hora Decima proposent les textes et les analyses du célèbre philosophe sur la crise traversée par l’Église après le concile Vatican II, telle qu’il a pu la vivre à son rang de laïc engagé et d’intellectuel catholique intervenant dans les débats de l’époque. Après d’autres, il s’agit là d’un témoignage historique sur une époque difficile pour l’Église.

    Professeur de philosophie à l’Université de Liège en Belgique, Marcel De Corte 1905-1994 était un catholique convaincu et engagé, qui nourrissait un profond amour de l’Église. Il montra une inquiétude très vive devant l’évolution qu’elle connaissait dans la deuxième moitié du XXe siècle, ce qui l’amena à publier de nombreux articles dans diverses revues pour en rendre compte : ItinérairesCourrier de RomeL’Ordre français...

    Cet ouvrage réunit pour la première fois une anthologie raisonnée de ses analyses des bouleversements survenus dans l’Église à partir des années 1960. Le présent recueil offre ainsi une synthèse de la pensée religieuse de Marcel De Corte.

    Il s’honore d'une préface de Mère Marie-Geneviève Rivière qui fut durant trente ans (1993-2023), prieure générale de la Congrégation des dominicaines enseignantes du Saint-Nom-de-Jésus de Fanjeaux.

    Référence de l’ouvrage

    Marcel De Corte
    Les mutations de l’Église catholique au XXᵉ siècle – Où en est le catholicisme ?
    Préface de Mère Marie-Geneviève Rivière.
    Collection Marcel De Corte.
    Éditions Hora Decima, 2025.
    536 pages – Format : 13,5 × 22 × 2,8 cm.
    ISBN/EAN : 9782915844245.
    Prix : 25,50 € TTC.

    Présentation par Mère Marie-Elisabeth sur TV Libertés

    (Sources : TV Libertés - FSSPX Actualités)
  • Réactions à la prise de position du frère Poswick sur l’euthanasie : des avis contraires se font entendre

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    Réactions à la prise de position du frère Poswick sur l’euthanasie : des avis contraires se font entendre

    La proposition du frère Ferdinand Poswick, moine bénédictin de Maredsous, sur la fin de vie a suscité de vives réactions parmi les lecteurs du journal Dimanche et du site CathoBel. Alors que le religieux plaidait pour une réflexion ouverte sur l’euthanasie consentie chez les personnes très âgées, plusieurs voix, notamment celles de croyants, expriment une opposition ferme ancrée dans la foi chrétienne et l’expérience humaine. Trois contributions emblématiques illustrent ce débat.

    La confiance humble d’une malade en phase terminale

    Marie de Géradon, 86 ans et atteinte d’un cancer incurable, s’adresse directement au frère Poswick avec une grande simplicité. Du même âge que lui, elle partage le désir de mourir dans la dignité, mais affirme une différence fondamentale : « ma vie ne m’appartient pas ». Elle choisit de s’en remettre humblement au Seigneur pour sa fin de vie.

    Cette lettre touche par son ton pacifié et sa profondeur spirituelle. Elle montre qu’une personne directement concernée par la souffrance peut vivre sa maladie avec sérénité et abandon, sans recourir à l’euthanasie.

    Mourir « debout », à la manière de saint Benoît

    Christiane, autre lectrice, interroge la proposition du frère Poswick en rappelant la sagesse monastique et chrétienne face au grand âge. Elle invite à accueillir consciemment les pertes et diminutions liées à la vieillesse, tout en y voyant une richesse et une préparation au passage pascal.

    Pour elle, la première étape pour un senior consiste à renoncer à l’acharnement thérapeutique inutile, à laisser la vie aller jusqu’au bout, comme saint Benoît qui « sent qu’il va mourir » sans demander à être euthanasié. Elle distingue clairement l’accompagnement respectueux de la vie qui s’achève (ne rien faire d’extraordinaire pour la prolonger artificiellement) de l’acte de donner la mort.

    « Mourir debout », selon elle, c’est accomplir sa vie jusqu’au terme naturel par le don quotidien aux frères, dans la patience et l’abandon. Cette vision met l’accent sur l’accompagnement humain et spirituel plutôt que sur une interruption délibérée.

    Une réponse argumentée : l’impasse anthropologique et spirituelle

    La contribution la plus développée vient de Pierre de Mahieu, qui propose une réfutation structurée et théologique de la position du frère Poswick.

    Il reconnaît la sincérité de la préoccupation (éviter l’acharnement thérapeutique, la solitude et la souffrance inutile), mais estime que la solution suggérée conduit à une impasse. Principaux arguments :

    • Distinction évangélique fondamentale : Jésus et les martyrs offrent leur vie par fidélité, ils ne se donnent pas la mort. Il existe une différence essentielle entre offrir sa vie (charité) et supprimer sa vie.
    • Danger utilitariste : Évoquer le poids économique du vieillissement introduit un critère de rentabilité dans l’évaluation de la personne humaine. La question risque de devenir « Suis-je encore rentable ? » au lieu de « Suis-je encore aimé ? ». Or, la dignité humaine ne dépend ni de la productivité ni de l’autonomie, mais du fait d’être créé à l’image de Dieu.
    • Fécondité de la vieillesse : Les derniers chapitres de l’existence sont précieux pour la patience, le pardon, la transmission et l’abandon confiant en Dieu. Les anciens sont un don pour les générations suivantes ; ils rappellent que l’homme vaut davantage que ce qu’il produit.
    • Appel à une culture de la fraternité : Plutôt que d’encourager le retrait volontaire, l’Église doit promouvoir les soins palliatifs, lutter contre l’isolement, inventer de nouveaux rites d’accompagnement qui célèbrent la fidélité de Dieu jusqu’au dernier souffle. Une civilisation se juge à sa manière d’aimer ceux qui ne peuvent plus rien rendre.

    Pierre de Mahieu conclut que la société souffre moins d’un excès de vieillards que d’un déficit de fraternité. La réponse chrétienne authentique est une culture de la gratitude et de la réciprocité entre générations.

    Des convergences fortes

    Malgré des tonalités différentes — témoignage personnel, réflexion spirituelle pratique ou analyse théologique —, ces réactions partagent plusieurs convictions :

    • Le refus de l’euthanasie comme solution, même « choisie » et « lucide ».
    • La défense inconditionnelle de la dignité de toute vie humaine, y compris dépendante ou diminuée.
    • L’importance de l’accompagnement humain, médical (palliatif) et spirituel.
    • La confiance dans la Providence et le sens chrétien de la souffrance et de la mort comme passage.

    Ces voix rappellent que, pour beaucoup de croyants, la fin de vie n’est pas d’abord une question d’autonomie individuelle, mais une étape de communion avec Dieu et avec les frères, jusqu’au bout. Elles invitent l’Église et la société à inventer des réponses de présence et d’espérance plutôt qu’à organiser le départ anticipé des plus fragiles.

    Dans un contexte de vieillissement démographique et de débats éthiques intenses, ces réactions soulignent la nécessité d’un discernement profond, ancré dans l’anthropologie chrétienne.

  • Gardons la Tradition et continuons !

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    De Dom Alcuin Reid sur AdVaticanum :

    Gardons la Tradition et continuons !

    5 juillet 2026

    À la suite de la déclaration du Vatican selon laquelle les évêques de la Fraternité Saint-Pie X se sont excommuniés eux-mêmes, Dom Alcuin Reid appelle à redoubler d’efforts en faveur de l’unité catholique

    + Ad te Domine, clamabo, Deus meus, ne sileas a me ; ne quando taceas a me, et assimilabor descendentibus in lacum : c’est ainsi que l’Église chante l’introït de cette sainte messe. « Vers toi, ô Seigneur, je crie ; mon rocher, ne reste pas sourd à ma voix, de peur que, si tu me fais taire, je ne devienne comme ceux qui descendent dans la fosse. »

    Par ces premiers mots du Psaume 27, la Sainte Liturgie exprime avec justesse la détresse de nombreuses âmes face aux événements ecclésiaux de ces derniers jours. Que l’on admette ou non que la désobéissance de conscience à une loi positive (c’est-à-dire humaine, et non divine) (en ce qui concerne la consécration des évêques) soit ou ait été justifiée dans les circonstances actuelles, et que l’on puisse donc tolérer une désobéissance matérielle mais non formelle (c’est-à-dire en réalité un péché grave) à l’autorité ecclésiastique, nous sommes désormais confrontés à une nouvelle crise — d’ordre pastoral —, dans laquelle les fidèles dont le seul désir est d’être fidèles à l’Église et de sauver leur âme ainsi que celles de leur famille sont menacés par le péché de schisme et la peine d’excommunication. Leur détresse est réelle et elle est aggravée par des commentaires souvent loin d’être exacts et dépourvus de la précision pastorale nécessaire. À juste titre, ils ont le sentiment que tout cela est tout simplement trop. C’est à juste titre que beaucoup s’écrient ce matin : « C’est vers toi, ô Seigneur, que j’appelle ; mon rocher, ne reste pas sourd à ma voix, de peur que, si tu me réponds par le silence, je ne devienne comme ceux qui descendent dans la fosse. »

    Soyons donc clairs : il n’y a aucun péché (de schisme ou de toute autre nature) à rechercher simplement le salut de son âme à travers les rites liturgiques traditionnels de l’Église, comme en témoignent les prières pour le pape et l’évêque diocésain qu’ils contiennent. Ces prières témoignent en effet exactement du contraire du schisme. Elles constituent, au cœur même de notre culte public, des manifestations de l’unité et de la communion catholiques, et non d’une division sectaire.

    Et l’on n’est pas excommunié parce que l’accès aux rites liturgiques plus anciens se fait parfois ou habituellement par l’intermédiaire d’une communauté qui, devant Dieu, estimait n’avoir d’autre choix que de se livrer à une désobéissance matérielle de conscience au droit ecclésiastique afin de survivre et de rester fidèle à sa vocation et à sa mission. Quelle que soit la culpabilité des ecclésiastiques — et ce n’est pas ici le lieu d’en discuter —, même les documents officiels cités ces derniers jours par le Saint-Siège indiquent clairement que les fidèles laïcs qui cherchent simplement à adorer Dieu Tout-Puissant et à recevoir les sacrements n’encourent pas pour autant la peine d’excommunication. (voir : Note explicative, Conseil pontifical pour les textes législatifs, 24 août 1996)

    Face au tollé actuel, on pourrait bien dire : « Restez fidèles à la tradition et continuez ainsi. » Car il reste vrai que « ce que les générations précédentes considéraient comme sacré reste sacré et grand pour nous aussi, et cela ne peut pas, du jour au lendemain, être entièrement interdit ni même considéré comme nuisible. » (Benoît XVI, Lettre aux évêques, 7 juillet 2007)

    Bien sûr, cette vérité a fait l’objet d’une attaque orchestrée par le biais de ce scandaleux complot idéologique ourdi en coulisses, alimenté par la paranoïa de libéraux ecclésiastiques vieillissants et fondé sur des mensonges éhontés qui ont manipulé sans vergogne la volonté des évêques du monde entier, comme nous ne le savons que trop bien : le désastre pastoral, liturgique et ecclésial que constitue Traditiones Custodes (16 juillet 2021), qui visait à mettre fin au culte paisible de Dieu selon les rites anciens qu’un nombre croissant de fidèles avait appris à aimer de manière fructueuse, poussant ainsi les catholiques fidèles à la clandestinité ou à s’éloigner des paroisses et des diocèses, voire parfois à sortir de la communion visible de l’Église. Le fait que les orchestrateurs de ce scandale et les grands prêtres de sa mise en œuvre impitoyable restent à ce jour au cœur du pouvoir est une source de très profonde inquiétude. Cela peut également expliquer en partie la sévérité technocratique avec laquelle le Vatican a agi ces derniers jours. 

    Le fait que *Traditionis Custodes* n’ait pas encore été écarté — discrètement ou non — et que les évêques diocésains continuent de s’en servir pour interdire la célébration des rites liturgiques anciens est un cri de justice qui monte jusqu’au ciel. C’est à juste titre que nous chantons ce matin : « Vers toi, ô Seigneur, j’appelle ; mon rocher, ne reste pas sourd à ma voix, de peur que, si tu me réponds par le silence, je ne devienne comme ceux qui descendent dans la fosse. »

    La sévérité sans détour avec laquelle le Vatican a réagi aux événements de ces derniers jours, et même le silence du Saint-Père à leur suite, constituent en effet une autre source de grave préoccupation. Depuis quelque temps déjà, nous ne cessons de répéter les paroles du pape Benoît XVI — un pape qui a œuvré avec ferveur et succès pour l’unité ecclésiale et la paix liturgique :

    « En jetant un regard rétrospectif sur le passé, sur les divisions qui, au fil des siècles, ont déchiré le Corps du Christ, on a sans cesse l’impression que, aux moments critiques où ces divisions se produisaient, les responsables de l’Église n’ont pas fait assez pour maintenir ou rétablir la réconciliation et l’unité. On a l’impression que les omissions de la part de l’Église ont leur part de responsabilité dans le fait que ces divisions ont pu se cristalliser.  Ce regard sur le passé nous impose aujourd’hui une obligation : tout mettre en œuvre pour permettre à tous ceux qui désirent sincèrement l’unité de demeurer dans cette unité ou de la retrouver. » (Lettre aux évêques, 7 juillet 2007)

    Ce matin, malheureusement, ses paroles sont d’autant plus pertinentes. On aurait pu et dû faire davantage au cours des derniers mois, des dernières semaines et des derniers jours. Il faut en faire davantage pour jeter des ponts et ouvrir des portes. L’enseignement de la parabole de la brebis perdue (Mt 18, 12-14) s’applique quelle que soit l’opinion que l’on ait de la brebis en question ou quel que soit le degré d’obstination que l’on lui attribue. 

    Dans sa quête de l’unité de l’Église, le pape Benoît XVI a levé en 2008 les excommunications qui pesaient sur les quatre évêques (à l’époque) de la Fraternité Saint-Pie X. Selon ses propres termes, « ce geste discret consistant à tendre la main a suscité un immense tollé, devenant ainsi exactement le contraire d’un geste de réconciliation ». À tel point que le pape a jugé nécessaire de rédiger une apologie sans précédent à l’intention des évêques du monde entier. Les questions qu’il y soulevait sont plus que pertinentes aujourd’hui :

    « Était-ce, et est-ce, vraiment une erreur, dans ce cas précis, d’aller à la rencontre du frère qui “a quelque chose contre toi” (cf. Mt 5, 23 et suivants) et de rechercher la réconciliation ? … Peut-on considérer comme une erreur totale de s’efforcer de briser l’obstination et l’étroitesse d’esprit, et de faire de la place à ce qui est positif et récupérable pour l’ensemble ? 

    … Pouvons-nous rester totalement indifférents face à une communauté qui compte 733 prêtres, 264 séminaristes, 5 séminaires, 94 écoles, 2 instituts de niveau universitaire, 144 frères religieux, 250 sœurs religieuses et des milliers de fidèles laïcs ? Devrions-nous les laisser dériver sans sourciller toujours plus loin de l’Église ? Je pense par exemple aux 733 prêtres… Je ne pense pas qu’ils auraient choisi la prêtrise s’ils n’avaient pas eu l’amour du Christ et le désir de le proclamer, ainsi que, avec lui, le Dieu vivant. Pouvons-nous simplement les exclure, en tant que représentants d’une frange radicale, de notre quête de réconciliation et d’unité ? Que deviendraient-ils alors ? [statistiques mises à jour selon celles publiées en 2025]

    Certes, depuis un certain temps déjà, et une fois encore en cette occasion précise, nous avons entendu de la part de certains représentants de cette communauté bien des propos déplaisants – arrogance et présomption, obsession pour des positions unilatérales, etc. Mais la grande Église ne devrait-elle pas aussi se permettre d’être généreuse, consciente de sa grande ouverture d’esprit, consciente de la promesse qui lui a été faite ? Ne devrions-nous pas, en tant que bons éducateurs, être également capables de fermer les yeux sur divers défauts et de tout mettre en œuvre pour ouvrir des perspectives plus larges ? Et ne devrions-nous pas admettre que certaines choses déplaisantes ont également émergé dans les milieux ecclésiastiques ?

    …À l’époque où m’est venue pour la première fois l’idée d’écrire cette lettre, par hasard, lors d’une visite au Séminaire romain, j’ai dû interpréter et commenter Galates 5, 13-15. J’ai été surpris par la franchise avec laquelle ce passage nous parle du moment présent : « Ne vous servez pas de votre liberté comme d’un prétexte pour satisfaire la chair, mais, par amour, soyez au service les uns des autres. Car toute la loi est accomplie dans une seule parole : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde à ne pas vous détruire les uns les autres. » … Malheureusement, ce « se mordre et se dévorer » existe aussi aujourd’hui dans l’Église, comme l’expression d’une liberté mal comprise. Faut-il s’étonner que nous ne valions pas mieux que les Galates ? Qu’à tout le moins, nous soyons menacés par les mêmes tentations ? Que nous devions toujours réapprendre à faire bon usage de la liberté ? Et que nous devions toujours réapprendre la priorité suprême, qui est l’amour ? » (Lettre aux évêques, 10 mars 2009)

    Le but de ces observations n’est pas de prendre parti pour ou contre un groupe ou une personne, et encore moins de les juger ou de chercher à les exclure. N’oublions pas que si le fils prodigue a péché sans vergogne, son frère aîné, qui se croyait sans péché, a lui aussi péché (cf. Lc 15, 11-32). Tous deux se sont rendus coupables de fautes graves dont ils devaient se repentir. 

    Et il ne s’agit certainement pas là d’une attaque contre notre Saint-Père — nous ne connaissons ni ses motivations ni ses intentions, et même si son silence laisse un vide considérable, nous lui devons la patience qui fait partie du respect filial. Prions avec ferveur pour le Saint-Père en ces jours !

    Le but de ces observations est uniquement de rappeler certaines vérités fondamentales et d’insister sur le fait que nous sommes tous appelés à prier et à œuvrer, de toutes les manières possibles, pour leur reconnaissance, ainsi que pour la réconciliation et l’unité catholique. 

    Même si nous partageons la détresse et la crainte du psalmiste, qui redoute que tout soit perdu et que nous sombrions de plus en plus rapidement dans l’abîme (ou que nous y ayons déjà été précipités), la Sainte Liturgie nous élève maintenant vers l’autel de Dieu, où, par les mérites infinis du sacrifice du Christ sur la croix, tout ce qui semble perdu peut être retrouvé, et tout ce qui était mort peut renaître à une vie nouvelle (cf. Lc 15, 32). Aussi lourd que soit notre cœur, aussi blessés, angoissés, voire abandonnés que nous puissions nous sentir, ne doutons jamais que, si nous sommes fidèles, le Seigneur entendra notre supplication et nous sauvera. Pour obtenir la grâce de cette fidélité et pour que grandisse en nous et chez les autres la grâce de l’espérance surnaturelle, prions avec ferveur au cours de cette Sainte Messe. +

  • Mettre à jour le Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise avec les encycliques de François ?

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    L'impossible mise à jour du Compendium avec les encycliques de François

    2 juillet 2026

    Dans un essai récent, Marco Invernizzi a exprimé l'espoir que le Compendium de la doctrine sociale de l'Église soit mis à jour avec les enseignements sociaux de Benoît XVI et de François : « Le Compendium de la doctrine sociale de l'Église date de 2004. Il rassemble tous les enseignements sociaux et les présente par thèmes. Il devrait certainement être mis à jour avec les dernières encycliques sociales des pontificats de Benoît XVI ( Caritas in veritate , 2009) et de François ( Laudato si' , 2015 et Fratelli tutti , 2020), et il est étrange que cela n'ait pas encore été fait après plus de vingt ans » [M. Invernizzi, « La doctrine sociale de l'Église entre révolution et contre-révolution », dans O. Sanguinetti, La doctrine sociale de l'Église aujourd'hui – une lecture « forte », Ares, Milan, 2026, p. 53-54].

    Cet espoir, cependant, est difficile, voire impossible, à réaliser . À cet égard, deux observations s'imposent. La première nous rappelle que Jean-Paul II avait demandé la rédaction d'un Compendium de la doctrine sociale de l'Église , qu'il qualifiait même de « catéchisme », en vue du Grand Jubilé de l'an 2000. Son désir et son projet étaient de léguer le précieux héritage de sa doctrine sociale à l'Église du troisième millénaire. Derrière cette démarche se cachait donc une profonde conviction de l'importance de la doctrine sociale de l'Église, de la nécessité de la synthétiser en un corpus doctrinal unitaire et de veiller à ce qu'elle puisse continuer à porter ses fruits au fil du temps, même à travers les millénaires. Le Compendium était le fruit de cette conviction, qui, toutefois, s'est estompée par la suite. Non pas tant chez Benoît XVI, qui, à sa manière, y est resté fidèle, mais chez François.

    Nous en arrivons donc à la seconde observation . Rien n'était plus éloigné de la vision de François que l'idée d'un Compendium de la doctrine sociale de l'Église . Ses deux encycliques considérées comme sociales sont en réalité très en décalage avec l'enseignement social antérieur et pourraient difficilement y être intégrées par une mise à jour du Compendium . Oscar Sanguinetti lui-même, aux pages 235 et 236 de l'ouvrage susmentionné, qui contient l'essai d'Invernizzi, formule diverses critiques à l'égard de Laudato si' : pour avoir défendu des « opinions scientifiques qui, en réalité, restent souvent à vérifier », pour avoir avancé des « hypothèses de responsabilité plutôt audacieuses et conspirationnistes », pour avoir proposé des thérapies « dont la faisabilité n'est pas évaluée, et pour lesquelles il est impossible de distinguer ceux qui les appliquent correctement… de ceux qui, au contraire, spéculent à leur sujet », pour sa bienveillance « envers des acteurs de l'action sociale… pour la plupart doctrinalement ambigus, voire explicitement hostiles à la doctrine sociale de l'Église traditionnelle et au christianisme en tant que tel ». Sanguinetti est intervenu avec des pincettes, car d'autres éléments de cette encyclique pouvaient être critiqués, tels que les concepts d'« écologie intégrale » et de « conversion écologique ». Sanguinetti ne mentionne même pas Fratelli Tutti .

    La raison plus profonde de la difficulté à mettre à jour le Compendium pour le pontificat de François est encore plus vaste que les imperfections de ces deux encycliques. On peut citer un exemple parmi tant d'autres. La doctrine sociale de l'Église fait partie de la théologie morale, et le Compendium le réaffirme clairement. Or, François s'est efforcé de transformer la théologie morale catholique, tant avec Amoris laetitia qu'avec la transformation de l'Institut Jean-Paul II et la nouvelle synodalité.

  • Fraternité Saint-Pie X : des nouvelles sanctions objectivement injustes et invalides

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    Lettre au Saint-Père concernant le décret du Dicastère pour la Doctrine de la Foi

    Le Supérieur général

    À Sa Sainteté
    le Pape Léon XIV

    Écône, le 3 juillet 2026

    « Quel est d’entre vous le père, à qui son fils demandera du pain, et qui lui donnera une pierre ? ou un poisson, et qui, au lieu du poisson, lui donnera un serpent ? ou encore, s’il lui demande un œuf, lui donnera un scorpion ? Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Lc XI, 11-13)

    Très Saint-Père,

    La notification de la décision prise par le Saint-Siège à l’égard de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, signée par Son Éminence le Cardinal Fernández, nous est parvenue et est désormais de notoriété publique.

    Il nous semble que cette décision met une fois de plus en lumière le contexte extrêmement tragique dans lequel se trouve l’Église universelle. Ce que la Fraternité Saint-Pie X a fait et continuera de faire n’est rien d’autre qu’une initiative extrême de secours des âmes, au milieu de la confusion doctrinale et morale dans laquelle l’Église est plongée. Nous ne prétendons en aucune manière nous substituer à l’Église et nous n’avons d’autre ambition que de lui demeurer fidèles.

    En conscience, nous n’avons pas estimé pouvoir nous soustraire au devoir moral que nous avons envers les âmes, comme nous l’avons déjà expliqué, tant en privé que publiquement, à Votre Sainteté.

    Nous avions demandé du pain, c’est-à-dire un peu de compréhension pour un cas de conscience sincère, un geste de paternité non tant envers la Fraternité Saint-Pie X qu’envers les âmes, Vous promettant d’en faire de véritables fils de l’Église romaine ; malheureusement, nous avons reçu une pierre.

    Nous avions demandé un poisson, c’est-à-dire la possibilité d’obtenir temporairement les moyens nécessaires pour continuer à former de bons prêtres, afin qu’ils poursuivent leur mission de faire connaître Notre-Seigneur aux âmes ; malheureusement, nous avons reçu un serpent.

    Nous avions demandé un œuf, en promettant de le rendre dès que cela serait possible. En effet, la sainte Tradition que nous conservons dans les âmes appartient à l’Église, notre Mère — et non à la Fraternité Saint-Pie X —, et nous sommes certains qu’un jour un Pape voudra s’en servir pour le bien de l’Église universelle ; malheureusement, nous avons reçu un scorpion.

    Nous avions demandé d’être instruits et confirmés dans la foi de toujours ; au lieu de cela, nous avons été déclarés schismatiques une seconde fois.

    Malgré les sanctions qui nous frappent, la Fraternité Saint-Pie X renouvelle sincèrement la promesse qu’elle avait déjà formulée à Votre Sainteté. Permettez-moi, à ce propos, de reprendre librement ce que j’avais déjà exprimé :

    « La Fraternité Vous promet […] de consacrer toutes ses énergies à préserver la Tradition et à la mettre au service de l’Église. Ce faisant, la Fraternité Saint-Pie X ne se contente pas de conserver d’anciens usages ; elle favorise et préserve les vocations sacerdotales, les vocations religieuses, les familles nombreuses et profondément chrétiennes ; en un mot, tout ce qui manifeste la vitalité de l’Église, de la grâce et de la foi catholique. Notre intention n’est pas d’offrir à l’Église un musée de choses anciennes, mais la Tradition intégrale, féconde, source de vie spirituelle, incarnée et vécue dans les âmes. 

    [...] Je suis certain qu’un jour Vous-même ou l’un de Vos successeurs pourra et voudra utiliser ce service, dont l’offrande, dans l’Église et pour l’Église, constitue notre unique raison d’être. » (Lettre personnelle adressée le 21 novembre 2025 à Sa Sainteté)

    Mais surtout, la Fraternité Saint-Pie X Vous promet aujourd’hui de ne pas accueillir ces nouvelles sanctions — objectivement injustes et invalides — dans l’amertume ou la révolte.

    Les condamnations récentes, comme celles du passé, nous atteignent dans ce que nous avons de plus cher : notre attachement à notre Mère, l’Église romaine. Pourtant, même dans cette épreuve, tout doit concourir au bien des âmes et de l’Église elle-même. C’est pourquoi ces condamnations nous poussent à aimer davantage encore la sainte Église et à subvenir à ses besoins de toutes nos forces, plus que jamais. Pour cette même raison, la Fraternité Saint-Pie X offre volontiers la souffrance causée par ces nouvelles sanctions, pour le bien de l’Église universelle et de Votre Sainteté.

    Nous sommes certains qu’un jour Vous-même ou l’un de Vos successeurs voudra faire sien le programme de saint Pie X : « Tout restaurer dans le Christ », Instaurare omnia in Christo. En ce jour-là, le Saint-Père découvrira dans la Fraternité Saint-Pie X, non un amas de serpents et de scorpions, mais une petite armée de fils loyaux, prêts à tout pour Le soutenir dans la restauration de toutes choses en Notre-Seigneur, et pour revendiquer devant l’humanité entière les droits imprescriptibles du Christ-Roi sur toutes les âmes et sur toutes les nations.

    En ce jour-là, le Saint-Père découvrira avec une grande joie et une profonde consolation des âmes authentiquement catholiques, dont le lien avec l’Église ne s’est jamais fondé sur les sables mouvants d’un dialogue ambigu, mais sur le roc de la foi de Pierre.

    Nous demandons à la très sainte Vierge Marie de hâter la venue de ce jour, et nous souhaitons surtout à Votre Sainteté de connaître au plus tôt cette joie et cette consolation.

    En attendant, si Vous le pouvez, malgré Votre récente décision, bénissez-nous comme Vos fils. Pour nous, rien n’a changé et jamais rien ne changera.

    Confiant dans la divine Providence, à laquelle rien n’échappe et qui lit jusqu’au fond du cœur de chaque homme, je demeure, Très Saint-Père, votre très dévoué fils dans le Seigneur.

    Don Davide Pagliarani

  • Pourquoi les laïcs ne sont pas autorisés à prononcer l'homélie

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    L’Église catholique n’autorise pas les laïcs à prononcer l’homélie lors de la messe parce que celle-ci est intrinsèquement liée au ministère ordonné (sacrement de l’Ordre). Ce n’est pas une simple règle disciplinaire modifiable localement, mais une norme qui découle de la nature même de la liturgie. L’homélie n’est pas un simple discours motivant ; elle participe à l’action liturgique du Christ par son ministre ordonné. Autoriser les laïcs risquerait de relativiser le sacerdoce ministériel.

    Les bases juridiques et théologiques

    • Code de droit canonique (canon 767 §1) : « Parmi les formes de prédication, l’homélie, qui fait partie de la liturgie elle-même, est réservée au prêtre ou au diacre. » Elle explique les mystères de la foi et les normes de la vie chrétienne à partir des textes sacrés.
    • Instruction générale du Missel romain (n° 66) et documents comme Redemptionis Sacramentum : L’homélie doit être donnée par le prêtre célébrant, ou exceptionnellement par un concélébrant ou un diacre, jamais par un laïc. Même les assistants pastoraux, catéchistes ou personnes hautement formées en sont exclus.

    Cette règle a été rappelée fermement en juin 2026 par le Dicastère pour le Culte divin, qui a rejeté une demande des évêques allemands souhaitant une dérogation exceptionnelle. Le Vatican a insisté sur le fait que l’homélie n’est pas une simple intervention ou un commentaire biblique, mais un acte liturgique lié à la proclamation de l’Évangile et à l’unité entre Parole et Sacrement dans l’Eucharistie.

    Pourquoi cette réserve au ministère ordonné ?

    1. Dimension sacramentelle : Le prêtre ou le diacre agit in persona Christi (au nom du Christ Tête) pendant la liturgie. L’homélie prolonge la proclamation de la Parole de Dieu de manière sacramentelle et pastorale. Les laïcs ont le sacerdoce commun des baptisés, mais pas le sacerdoce ministériel.
    2. Unité de la célébration : L’homélie fait partie intégrante de la Liturgie de la Parole et prépare à la Liturgie eucharistique. Elle n’est pas interchangeable avec d’autres formes de prédication.
    3. Tradition et théologie : Cela reflète la distinction entre le ministère ordonné (enseigner, sanctifier, gouverner de manière spécifique) et l’apostolat des laïcs, qui est surtout tourné vers le monde (évangélisation, témoignage dans la vie quotidienne, etc.).

    Ce que les laïcs peuvent faire

    Les laïcs peuvent prêcher dans d’autres contextes (canon 766) : réunions, retraites, célébrations de la Parole sans messe, etc., si nécessaire ou utile, selon les normes de la conférence épiscopale. Ils peuvent aussi :

    • Proclamer les lectures (sauf l’Évangile).
    • Animer des groupes de prière, catéchèse, formations.
    • Témoigner et évangéliser dans le monde.

    L’Église valorise fortement la contribution des laïcs, mais maintient cette distinction pour préserver le sens de la liturgie.

    En résumé, ce n’est pas un manque de confiance envers les laïcs (beaucoup sont théologiquement compétents), mais une question de nature sacramentelle et liturgique de l’homélie. Cette position a été réaffirmée récemment et s’applique à toute l’Église.

  • Cardinal Müller : « Il faut laisser coexister l’ancien et le nouveau rite. »

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    De kath.net/news

    « Il faut laisser coexister l’ancien et le nouveau rite. Interdire le latin ? Cela fait le jeu des rebelles »

    3 juillet 2026

    Le cardinal Gerhard Müller : « Traditionis Custodes n’a pas eu d’effet positif… Certes, il ne peut y avoir de compromis sur les dogmes, mais dans la pastorale pratique, une certaine tolérance est tout à fait possible. »

    Vatican (kath.net/pl) « Les mesures restrictives ont en fait servi de propagande aux partisans de Lefebvre, qui ont pu s’en servir pour diffuser leurs arguments. » C’est ce qu’explique le cardinal émérite de la Curie Gerhard Ludwig Müller dans un entretien avec Nico Spuntoni publié dans le journal italien « Il Giornale ». Les mesures restrictives devraient être levées « notamment parce que », selon Müller, « les partisans de Lefebvre peuvent faire de ces interdictions un symbole de résistance contre Rome ». Spuntoni décrit le préfet émérite de la Congrégation pour la doctrine de la foi comme l’un « des plus éminents théologiens vivants » et comme « un membre très respecté du Collège cardinalice ». L’interview publiée dans « Il Giornale » est intitulée : « Laissez coexister les anciens et les nouveaux rites. Interdire le latin ? « Cela fait le jeu des rebelles ». Müller plaide pour que l’on mette fin à l’ère des restrictions imposées à la messe tridentine – qui a débuté en 2021 avec la publication de *Traditionis Custodes* – et que l’on revienne à la libéralisation de l’ancienne liturgie, dans l’esprit même de Ratzinger.

    Selon l’ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, « Traditionis Custodes n’a pas eu d’effet positif. Exiger une obéissance aveugle par des méthodes autoritaires ne correspond pas à notre style – ce n’est pas la voie chrétienne. Certes, il ne peut y avoir de compromis sur les dogmes, mais dans la pastorale pratique, il peut tout à fait y avoir une certaine tolérance. »

    Benoît XVI aurait « trouvé une bonne solution avec Summorum Pontificum, en reconnaissant pleinement l’ancien rite », ce qui aurait apporté une grande paix au sein de l’Église. Une fois de plus, le cardinal rappelle « que l’Église dispose de différents rites, qui prennent également des formes variées. On ne peut pas simplement interdire le rite dans sa forme traditionnelle. »

    Depuis *Traditionis Custodes*, « l’attitude autoritaire de nombreux évêques, qui ne pensaient qu’à imposer des interdictions », n’a certainement pas aidé, explique Müller ; cela ne correspond pas non plus « au style d’un bon berger. Je pense qu’un peu d’autocritique s’impose ici. L’affirmation selon laquelle quiconque préfère le rite traditionnel rejette le Concile Vatican II est fausse. Selon la même logique, on pourrait dire que tous ceux qui préfèrent le Novus Ordo n’acceptent pas pour autant le Concile : il suffit de penser à la situation en Allemagne, où certains évêques aiment certes se référer au Concile, mais en rejettent systématiquement l’enseignement. »

    Spuntoni a demandé comment il fallait répondre à ceux qui estiment que la soi-disant messe en latin nuit à l’unité ? Le cardinal Müller a répondu : « Comment pourrait-elle nuire, alors que les saints et les Pères de l’Église la célébraient sous cette forme ? Et le Concile Vatican II n’a jamais déclaré que la forme célébrée jusqu’alors était erronée ! Si l’on compare les deux formes, on constate d’un seul coup d’œil qu’il s’agit du même rite, qui ne diffère que par de très légères nuances. »

    Le préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a ajouté dans une interview accordée à « Il Giornale » : « Je célèbre la liturgie selon la nouvelle forme, mais je n’ai eu aucune hésitation à accepter des invitations pour célébrer pour ces groupes et associations qui sont pleinement fidèles à l’Église. Il y a quelques années, j’ai célébré la messe de clôture du pèlerinage traditionnel à Chartres devant 22 000 jeunes. Comment pourrions-nous leur dire de rester chez eux s’ils préfèrent la messe selon la forme traditionnelle ? »

    Interrogé sur la question, Mgr Müller apporte des précisions sur les idées fausses : « Il existe déjà au sein de l’Église des associations et des groupes qui célèbrent légitimement la forme traditionnelle tout en reconnaissant pleinement le Concile – en union avec le pape et le collège épiscopal. En effet, je dirais que l’autorisation sans réserve de cette forme liturgique et la promotion de l’acceptation du Concile offrent une solution à ceux qui – après la désobéissance liée aux ordinations de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X – souhaitent revenir à la pleine unité avec le pape, qui est le principe permanent de l’unité et le fondement de l’Église. »

  • IVG sous contrainte: le malaise de la Commission européenne et des socialistes

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    Du site de l'ECLJ :

    ECLJ

    Madame, Monsieur,

    Le Planning familial porte bien mal son nom. 

    Charlène, comme tant d'autres femmes en a fait les frais: 

    elle est tombée enceinte sans le vouloir;

    elle voulait garder son bébé;

    son compagnon s'y opposait;

    alors elle est allée chercher de l'aide et du soutien au Planning familial.

    Le Planning familial ne lui a proposé que l'avortement

    Ils ne sont pas "pro-choix", ils sont pro-avortement et c'est tout. Cette association internationale financée par des milliardaires et les États occidentaux a un objectif principal: faire avorter un maximum de femmes. 

    Vous pouvez écouter plus en détails l'histoire de Charlène dans cette nouvelle vidéo que nous venons de publier, et surtout voir les réactions des députés du Parlement européen.

    C'est votre soutien, par vos contributions et à travers nos pétitions, qui a donné courage à Charlène et qui nous a permis de l'accompagner dans une procédure institutionnelle officielle. Aidez-nous, s'il vous plaît, à poursuivre notre action en faisant un don. Nous avons besoin de vous, merci.

    Le Parlement européen a été saisi, la Commission européenne est obligée de se prononcer sur cette réalité ainsi que tous les groupes parlementaires européens.

    Audience de Charlène au Parlement européen

    Leurs réactions sont instructives et encourageantes:

    La Commission européenne et le groupe "Socialistes et Démocrates" s'enferment dans l'aveuglement. Face à une femme qui est allée voir le Planning familial et qui a été contrainte d'avorter par son petit-copain, ils continuent de prêcher la "liberté d'avorter". Ils étaient cependant bien gênés de devoir dire cela à Charlène. La socialiste est vite partie après sa déclaration et les autres groupes du centre et de la gauche n'ont pas pris la parole.

    À droite, le soutien est général. Tous les groupes étaient présents et ont félicité Charlène pour son courage, ont pris acte de la réalité qu'elle décrit et comptent faire des propositions pour donner des alternatives aux femmes enceintes.

    Nous nous réjouissons particulièrement de l'appui du Parti populaire européen, par la voix du député maltais Peter Agius. Ce soutien du groupe le plus important du Parlement européen permet à la pétition de "rester ouverte", c'est-à-dire que le Parlement va continuer de l'étudier et de réfléchir aux réponses à apporter à ce problème.

    Cela signifie que toute personne peut se joindre à Charlène pour appuyer sa pétition, en se connectant au site du Parlement et en cliquant sur le bouton bleu pour soutenir la pétition:

    Lire et soutenir la pétition de Charlène

    Nous vous encourageons chaudement à le faire pour donner plus de visibilité à cette pétition officielle, cela va soutenir les députés et les encourager à agir.

    En 2024, rien qu'en France, il y a eu 251 270 avortements et ce nombre ne cesse d'augmenter. Parmi ces femmes, des milliers n'ont pas avorté par envie, mais par dépit. Il faut venir en aide aux femmes qui seront confrontées aux pressions de leur partenaire et du Planning familial.

    Vous pouvez également partager cette vidéo et pétition sur les réseaux sociaux:

    ­­­­­Audience de Charlène au Parlement européen

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  • Pourquoi nous ne suivons pas la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X

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    Nous sommes sensibles aux arguments des lefebvristes sur les dérives de l'Eglise depuis Vatican II mais nous refusons de suivre la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X dans la voie du schisme formel consécutif à des ordinations épiscopales sans mandat du pape.

    Notre position est nuancée. Elle est assez répandue parmi les catholiques attachés à la Tradition : reconnaissance des problèmes réels post-conciliaires (liturgie, catéchèse, œcuménisme, moralité, crise des vocations, etc.) sans franchir le pas du rejet formel de l’autorité pontificale ou de l’appartenance visible à l’Église.

    Contexte historique bref et factuel

    • Vatican II et ses suites : Les critiques « lefebvristes » portent souvent sur Sacrosanctum Concilium (application souvent contestée), les nouveaux rites (missel de Paul VI), la collégialité, la déclaration sur la liberté religieuse (Dignitatis Humanae), et l’œcuménisme (Unitatis Redintegratio). Beaucoup de ces points ont été débattus théologiquement par des auteurs comme Mgr Lefebvre, le P. Calmel, Romano Amerio (Iota Unum), ou plus récemment des voix comme celles du cardinal Sarah, Mgr Schneider, ou des théologiens critiques modérés.
    • 1988 : Les ordinations épiscopales sans mandat papal ont entraîné une excommunication latae sententiae (levée en 2009 par Benoît XVI pour les évêques concernés). Du point de vue de Rome, la FSSPX se trouvait dans une situation canoniquement irrégulière : ni schismatique formelle au sens plein pour beaucoup de canonistes, ni pleinement régulière. Les sacrements qu’elle administrait étaient considérés valides (sauf les mariages, souvent contestés), mais l’exercice du ministère restait illicite en principe.
    • 2026 : L'ordination de quatre évêques le 1er juillet 2026 confirme la voie schismatique suivie par la fraternité saint Pie X. Mgr Alfonso de Galarreta a procédé à la consécration épiscopale de quatre prêtres de la Fraternité (Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier), avec l’assistance de Mgr Bernard Fellay. La cérémonie s’est déroulée malgré des mises en garde explicites du pape Léon XIV et du Saint-Siège. Rome a rapidement réagi par un décret de la Dicastère pour la Doctrine de la Foi, confirmant l’excommunication latae sententiae pour les évêques consécrateurs et les nouveaux ordonnés (can. 1387 et 1364 §1 du Code de Droit Canonique)

    Cette nouvelle ordination épiscopale sans mandat papal accentue le caractère schismatique formel (ou du moins la rupture visible d’unité avec le successeur de Pierre). Du point de vue canonique romain :

    • L’acte est illicite et entraîne des peines canoniques.
    • Il s’inscrit dans la continuité de 1988, présenté par la FSSPX comme une « opération survie » face à une crise perçue comme existentielle dans l’Église.
    • La FSSPX argue de l’« état de nécessité » (thèse théologique classique en cas de vacance ou de défaillance grave de l’autorité), mais Rome rejette cette interprétation et voit un acte de désobéissance publique. La FSSPX considère que la crise post-Vatican II (liturgie, doctrine, discipline) justifie cette mesure pour assurer la succession apostolique et la transmission de la foi traditionnelle. Le supérieur général, l’abbé Davide Pagliarani, et les sermons de la cérémonie insistent sur la fidélité à Mgr Lefebvre.
    • Du côté romain et des traditionalistes en communion, on considère que cet acte éloigne encore plus la réconciliation. Il complique la situation pour les fidèles qui veulent la Tradition sans rupture. Des groupes comme la FSSP, l’ICRSP ou les communautés diocésaines sous autorité épiscopale restent des voies en pleine communion, même si elles subissent parfois des restrictions (cf. Traditionis Custodes).

    Notre sensibilité aux critiques des dérives conciliaires tout en refusant le schisme formel se veut cohérente. Beaucoup de catholiques traditionnels se trouvent dans cette tension : ils constatent les problèmes (baisse dramatique des vocations, sécularisation, ambiguïtés doctrinales dans certains documents) sans accepter de créer une hiérarchie parallèle. A nos yeux, s'éloigner de Rome ou fonder une structure parallèle équivaut à commettre un péché de schisme.

    Notre refus du « schisme formel » correspond à une ligne classique : on peut critiquer sévèrement les dérives sans rompre l’unité visible.

    Il existe des alternatives en communion régulière; plusieurs instituts et communautés traditionnelles reconnaissent le pape actuel tout en préservant la liturgie traditionnelle et une formation doctrinale solide :

    • Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (FSSP) : Fondée précisément après 1988 par des prêtres qui ont quitté la FSSPX pour rester en pleine communion. Messe traditionnelle (rite romain 1962), séminaires, apostolat paroissial. Présente en France et dans de nombreux pays.
    • Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP) : Approche plus « romaine » et contemplative, avec un charisme particulier. Aussi en pleine communion.
    • Institut du Bon Pasteur (IBP) : Issu d’anciens de la FSSPX, avec un statut personnel particulier.
    • Communautés diocésaines : Dans de nombreux diocèses, des messes traditionnelles sont célébrées par des prêtres diocésains ou d’autres instituts (bénédictins du Barroux dans certains cas, etc.), même si Traditionis Custodes (2021) a restreint ce mouvement.
    • Abbayes et monastères : Certains maintiennent la tradition sans appartenir à la FSSPX (ex. certaines branches bénédictines, carmélites traditionnelles, etc.).

    Ces groupes partagent souvent les mêmes préoccupations doctrinales que la FSSPX tout en évitant la rupture canonique.

    Si notre sensibilité aux arguments lefebvristes est bien réelle (la crise de l’Église depuis les années 1960 est massive et mesurable (chute des ordinations, pratique dominicale, transmission de la foi)), nous ne suivons pas la FSSPX dans la voie du schisme où elle s'est engagée depuis 1988.

    Lire aussi : Les groupes traditionalistes désavouent les consécrations de la FSSPX et appellent à la poursuite du dialogue

  • FSSPX : le schisme est consommé; selon le cardinal Müller, une hérésie dans la pratique est le fait de la Fraternité

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    D'Andrea Zanbrano sur la NBQ :

    Le schisme est consommé, Müller : « Une hérésie dans la pratique émane de la Fraternité »

    Le schisme de la Fraternité Saint-Pie X est consommé. Entretien avec le cardinal Müller : « Je demande une réponse théologique aux erreurs qui dénotent une hérésie dans la pratique » ; « Accueillir ceux qui partiront, supprimer l’Ecclesia Dei était une erreur » ; « Il y a de l’idéologie dans Traditionis custodes, la tradition a besoin de sollicitude pastorale ».

    2/07/2026

    « C’est plus qu’un schisme, c’est une hérésie dans la pratique. Il faudra désormais répondre de manière systématique à ces erreurs et se préparer à accueillir ceux qui quitteront la Fraternité Saint-Pie X ». Le cardinal Gerhard Ludwig Müller lève les yeux et regarde par la fenêtre de son bureau, qui donne justement sur le Palais apostolique. Le schisme lefebvrien vient de se concrétiser en cette matinée caniculaire, tandis que les touristes grouillent dehors, inconscients de la blessure que cet acte représente pour l’Église. Pourtant, Müller sait qu’il s’agit là d’un point de non-retour.

    Éminence, la consécration des quatre évêques de la FSSPX sans mandat pontifical a commencé par un contresens. À la question « avez-vous le mandat ? », la réponse a été une non-réponse. 

    Une blessure, sans aucun doute. On se souvient des donatistes, qui se croyaient supérieurs, pensaient avoir le droit de juger le Magistère et de décider de ce qui était catholique et de ce qui ne l’était pas.

    Votre intervention au Consistoire a eu le mérite de porter cette question devant le Pape. Comment les cardinaux ont-ils réagi ?

    J’ai été surpris par le nombre de confrères qui ont accueilli favorablement mes propositions. Il incombe à nous, cardinaux de la Sainte Église romaine, de défendre l’orthodoxie. Saint Irénée disait déjà que toutes les Églises doivent s’accorder avec l’Église de Pierre et Paul. Et il l’a dit contre les gnostiques. D’ailleurs, la gnose est à la base de toute rébellion. C’est lorsque la raison de l’homme veut se poser au-dessus de la raison de Dieu. Derrière toutes les hérésies se cache le gnosticisme, car il présuppose d’avoir une conception supérieure à la révélation présentée dans l’Église visible.

    Et dans la Fraternité, y a-t-il davantage d’hérésie ou davantage de gnosticisme ?

    Il y a une hérésie dans la pratique. Ici, on ne peut pas faire la distinction entre schisme et hérésie. La négation du primat du Pape dans la pratique, qu’ils acceptent pourtant en théorie, est une forme pratique d’hérésie. Cela rappelle les libéraux et les francs-maçons du XIXe siècle en Allemagne, qui n’auraient accepté l’absolutisme du roi que si celui-ci avait accepté leurs propositions.

    Comment le pape Léon a-t-il réagi à vos propositions ?

    Il n’a pas réagi directement, mais il connaît ma position.

    Venons-en aux propositions. Quelle ligne faut-il suivre sur le plan doctrinal ?

    Il faut répondre sans tarder. Je pense à une réponse structurée et systématique.

    Comment pourrait-elle s’articuler ?

    Je pense à une commission théologique internationale, qui répondrait à toutes les erreurs de la Fraternité afin d’en dégager le principe même de leur opposition. Il est désormais indispensable d’apporter une réponse théologique de nature scientifique, qui permette ensuite à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de parvenir à une clarification définitive.

    Certaines voix au sein du monde catholique ont rassuré les fidèles en affirmant qu’au fond, l’autorisation du Pape n’est qu’une question de légalisme…

    Ce n’est pas du légalisme. C’est très grave de qualifier cela de légalisme, c’est une question fondamentale pour l’Église. La Fraternité parle sans cesse de la primauté du pape telle que définie par Vatican I, mais elle n’accepte pas cette doctrine ; ses membres veulent être catholiques sans respecter le rôle fondamental du pape. Je leur ferais lire ce que saint Thomas disait sur la primauté du pape. C’est le même comportement que celui de Luther, qui disait qu’il aurait embrassé la pantoufle du pape si celui-ci avait accepté son interprétation de l’Évangile. C’est inacceptable.

    Pourquoi ?

    Parce que l’acte d’ordination d’un évêque est un acte de l’Église ; en son absence, on tombe dans la secte. Personne ne peut dire : « J’ai le droit de me faire ordonner évêque ». La doctrine de la primauté est évangélique ; prétendre qu’il ne s’agit que de légalisme revient à rompre avec le Pape et à détruire la structure sacramentelle de l’Église. Luther l’a fait lui aussi. Ils veulent être des « super-catholiques » avec une herméneutique protestante. À l’instar d’Henri VIII qui disait : « Je suis plus catholique que le pape ».

    Comment répondez-vous à l’objection d’Écône qui prétend agir pour le salut des âmes ?

    Je réponds avec saint Augustin qui répliquait aux sectes donatistes, qui se proclamaient la seule Église pure face à l’Église pécheresse : l’Église est un corpus permixtum où les pécheurs cohabitent avec les saints. Nous sommes tous pécheurs et nous sommes tous saints. Ce sont plutôt les fidèles qui se laissent séduire par cette prétention qui mettent leur âme en danger.

    Une autre objection concerne l’état de nécessité, c’est-à-dire la dérogation à certaines lois de l’Église si une situation de danger l’impose.

    Mais l’état de nécessité ne peut vous autoriser à aller à l’encontre de ce que Jésus-Christ a établi ! La sagesse divine n’avait-elle pas déjà prévu cela aussi ? La vérité, c’est que l’état de nécessité est mal compris. Il n’existe que dans leur imagination.

    Mais il est évident que l’Église subit des influences hétérodoxes et des doctrines trompeuses, ainsi qu’une protestantisation et une sécularisation excessives…

    Il n’y a pas d’erreurs de l’Église, c’est a priori impossible. Il y a des erreurs dans l’Église, mais pas de l’Église. Ne savent-ils pas que l’Église est indestructible et infaillible ? Même à l’époque des Ariens, il y avait des erreurs dans l’Église, mais pas de l’Église. L’argument de l’état de nécessité est une auto-justification idéologique par laquelle chacun veut se définir comme le critère ultime.

    Vous avez été préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Comment avez-vous géré l’affaire des lefebvristes ?

    Si je peux utiliser une image, je dirais qu’ils tournaient autour du problème de la liberté religieuse. Mais ce que j’ai eu l’impression de percevoir, c’est qu’ils n’acceptent pas que Dieu nous laisse la liberté même s’il existe des consciences erronées. L’État ne peut imposer une religion, mais devant Dieu, nous sommes tenus d’obéir à la révélation.

    Venons-en à la deuxième proposition : la création d’une structure à l’image de l’Ecclesia Dei, capable d’accueillir les futurs dissidents de la Fraternité désormais schismatique…

    La suppression de l’Ecclesia Dei a été une erreur, car cela a entraîné un morcellement des compétences et des domaines d’intervention. Il faudrait au contraire une entité unique chargée des aspects liturgiques et dogmatiques, destinée à ceux qui, dès demain, voudront revenir dans l’Église, afin de les aider à distinguer les questions proprement liturgiques de celles qui relèvent exclusivement de la doctrine ou de la bonne compréhension de la mission du pape et des évêques. Et encore : apprendre à distinguer les erreurs dans l’Église des erreurs de l’Église, ce qui, comme nous l’avons dit, est impossible.

    Une nouvelle structure au sein du Dicastère pour la doctrine de la foi ?

    Pas nécessairement. Sous son égide, mais sans nécessairement en émaner. Elle doit disposer d’une certaine indépendance et d’une certaine autonomie pour s’occuper exclusivement de ces personnes.

    L’ancienne Ecclesia Dei a eu le mérite de favoriser la réconciliation de nombreuses réalités avec l’Église.

    C’est vrai. J’en ai moi-même vu les fruits. Samedi, je serai à Courtlain, en France, pour l’ordination de sept diacres et prêtres de l’Institut du Bon Pasteur. À Wigratzbad, il y a la Fraternité Saint-Pierre, qui dispose d’un séminaire très dynamique. Ce sont des réalités fructueuses, qui ont des vocations, une foi solide, et qui ont besoin d’un accompagnement que je leur apporte volontiers.

    Célébrerez-vous la messe selon l’ancien rite ?

    Oui. Je ne suis pas un fervent partisan de la messe selon l’ancien rite, mais c’est une préoccupation pastorale que j’assume volontiers, car il s’agit à tous égards d’un patrimoine de l’Église qui ne doit pas disparaître.

    Que pensez-vous de la proposition de créer un ordinariat qui réglemente toutes ces réalités qui souhaitent vivre la tradition au sein de l’Église ?

    Canoniquement, c’est possible ; il existe déjà des expériences de ce type pour le monde dit « traditionnel », mais aussi pour les anciens anglicans. Je n’ai pas d’a priori, je pense qu’on peut réfléchir à cette issue possible.

    Mais il y a l’obstacle du *Traditionis custodes*, le *motu proprio* du pape François qui réglemente de manière restrictive la liturgie ancienne, réduisant à néant l’effort du *Summorum Pontificum*, qui avait au contraire constitué un « printemps » de redécouverte de la tradition…

    L’approche adoptée dans *Traditionis custodes* était idéologique ; on n’a pas pris conscience que si les fidèles recherchent la messe selon le *Vetus Ordo*, c’est aussi parce qu’ils ont assisté pendant trop d’années aux abus commis lors de la messe selon le *Novus Ordo*. Il est vrai que l’on parlait d’abus dans le rite renouvelé, mais on n’a pas réagi. En revanche, il y a deux semaines, on est intervenu pour mettre fin à la tentative, en Allemagne, de confier l’homélie à un fidèle laïc. C’est Vatican II lui-même qui affirme que le prêtre est le seul ministre du culte et de la Parole. De la même manière, il faudrait également intervenir face aux autres abus, mais les évêques eux-mêmes doivent et peuvent le faire dans leurs propres diocèses. Ils en ont le pouvoir et la faculté légitime.

    Quels sont, selon vous, les abus les plus graves dans la forme ordinaire de la messe ?

    Je dirais le refus d’admettre que l’essence de la liturgie est l’adoration de Dieu. Certains l’interprètent comme un divertissement, comme un spectacle. Et cela conduit au protagonisme du prêtre qui est certes ministre de Jésus, mais pas l’acteur principal.

    Dans certains milieux traditionalistes qui font un clin d’œil à Écône, on avance cette justification : comment cela se fait-il ? On excommunie les lefebvristes qui sont fidèles à la tradition, mais pas les Allemands qui sont désormais protestants ?

    C’est une objection que je peux comprendre d’un point de vue humain. Les tendances hétérodoxes au sein de l’Église, par exemple celles qui visent à bénir les couples homosexuels, constituent une grave erreur et doivent être combattues en tant que telles. Mais cette objection ne correspond pas à la réalité théologique. La Fraternité Saint-Pie X n’est pas sanctionnée parce qu’elle est « orthodoxe », mais parce qu’elle a procédé à l’ordination d’évêques en sortant de la communion avec Pierre, ce qui est une condition nécessaire. On ne peut excuser un mal par un autre mal.