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Débats - Page 2

  • L'évêque Varden plaide pour une approche équilibrée de l'immigration et de l'identité nationale

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    L'évêque Varden plaide pour une approche équilibrée de l'immigration et de l'identité nationale

    Un évêque norvégien met en garde contre le purisme ethnique et l'hostilité envers les étrangers, tout en soulignant le devoir des migrants de respecter le patrimoine et les lois de leurs pays d'adoption.

    L’évêque Erik Varden a plaidé pour une approche équilibrée de l’immigration, qui rejette l’idée de considérer chaque étranger comme un ennemi, souvent sur la base de la « pureté ethnique », tout en rappelant aux immigrants qu’ils ont des « devoirs solennels envers leur pays d’adoption ».

    Dans un discours prononcé le 22 septembre devant l'assemblée plénière d'automne de la Conférence des évêques nordiques, l'évêque de Trondheim a observé que le populisme actuel découle des incertitudes et des défis nationaux et mondiaux actuels — des guerres, des « phénomènes météorologiques extrêmes » et d'une crise énergétique, aux réfugiés, aux préoccupations concernant l'IA et à un « tissu social qui se déchire ».

    L'évêque Varden, qui a dirigé les exercices spirituels de Carême du pape Léon XIV pour la Curie romaine plus tôt cette année, a noté que le mot « populiste » est apparu pour la première fois à la fin du XIXe siècle et qu'il découlait d'un sentiment parmi le « peuple » — la majorité de la population d'un pays qui le fait fonctionner — que leurs voix « étaient ignorées par une élite lointaine » et qu'ils se sentaient donc « privés de leurs droits et laissés dans l'ignorance ».

    Dans un tel monde d’« incertitude » et d’aliénation, il est « normal » que les citoyens se tournent vers leur nation, leur peuple , pour trouver la stabilité, a-t-il déclaré, ajoutant que les « cris de protestation » sont « naturels, voire salutaires ». Ce qui unit une nation, a-t-il ajouté, c’est un « sentiment d’origine commune et d’un but partagé ».

    Mais il a mis en garde contre une nation « cherchant la cohérence dans des racines réelles ou imaginaires, en idolâtrant, par exemple, la chimère de la pureté ethnique », ajoutant que cela conduit à l’étroitesse d’esprit, à l’arrogance, au culte des ancêtres et à l’idolâtrie.

    Il a condamné « la rhétorique absurde et vulgaire de ce qu'on appelle la "politique identitaire" », avertissant que « la sauvegarde de la "pureté" nationale » finit par vilipender quiconque « ne correspond pas aux critères étroits d'appartenance ». Ce type de politique, a-t-il déclaré, « se nourrit de ressentiment » et n'offre souvent que peu de « vision constructive et de stratégie réaliste ».

    Il a déclaré qu’au contraire, « nous devons regarder simultanément en arrière et vers l’avenir », en construisant des nations « accueillantes, en préservant notre patrimoine, tout en restant prêts à absorber les richesses artistiques, scientifiques et culturelles apportées par les nouveaux membres ».

    Il a rappelé à son auditoire que les chrétiens ont le devoir d’aider les nécessiteux, « d’ouvrir leurs portes aux sans-abri, de partager leurs richesses matérielles avec les pauvres ». Si les nations veulent protéger leur héritage chrétien, a-t-il ajouté, elles doivent avant tout « maintenir vivante une haute tradition de charité chrétienne ».

    Mais il a également souligné l'importance pour les immigrants de rendre la pareille à l'accueil et à la générosité dont ils bénéficient de la part des pays d'accueil. Citant le Catéchisme de l'Église catholique ( 2241 ), il a déclaré qu'ils ont des « devoirs solennels » envers leur pays d'adoption et qu'ils sont « tenus de respecter avec gratitude le patrimoine matériel et spirituel du pays qui les reçoit, d'obéir à ses lois et de contribuer aux devoirs civiques ».

    Le défi pour les chrétiens, a-t-il poursuivi, est donc de concilier deux tâches : « promouvoir l’unité et le caractère national, menacés à une époque imprégnée de médias mondiaux et bombardée par la publicité du commerce mondial ; tout en prenant soin avec bienveillance des nécessiteux et des étrangers. »

    Pour aider les décideurs politiques à atteindre ce « délicat équilibre », il s'est appuyé sur la Règle de saint Benoît, qui exige que tous les hôtes des monastères soient reçus « comme s'ils étaient le Christ lui-même », mais que si l'hôte souhaite rester et faire du monastère sa demeure, ses motivations doivent être mises à l'épreuve, ce qui requiert leur « générosité et leur détermination ».

    « C’est ainsi que saint Benoît a permis à ses abbayes d’être des lieux marqués par une forte identité communautaire, tout en restant accueillants envers tous, prêts à aider quiconque dans le besoin », a déclaré l’évêque Varden.

    Tout en reconnaissant que la Règle ne peut être appliquée avec précision à l'État-nation, le prélat norvégien estime qu'une « double perspective » peut potentiellement orienter les politiques publiques. Il a toutefois souligné que les citoyens des pays d'accueil doivent également assumer leurs propres responsabilités avant d'appliquer les préceptes de saint Benoît à autrui, ajoutant que c'est un point que « de nombreux manifestes populistes omettent de mentionner ».

    Soulignant la baisse des taux de natalité dans les pays nordiques – une tendance qui touche également la plupart des pays occidentaux –, il a déclaré que sans migrants, « nos services, nos industries et nos systèmes de protection sociale s’effondreraient ». Il a ajouté que ce constat devrait inciter les citoyens des pays d’accueil à l’humilité et à la gratitude envers les immigrants, et les encourager à redoubler d’efforts pour consolider la famille et promouvoir une culture de vie.

    Les catholiques, concluait-il, sont « particulièrement bien préparés » à supporter cette tension, car être catholique signifie nourrir deux loyautés à la fois : un véritable attachement à son lieu, à son peuple et à sa tradition, et un engagement envers l'Église universelle, qui embrasse toutes les nations, tous les temps, et même la mort et l'éternité.

    « La recherche de son identité implique un engagement constant dans un processus de transformation intérieure », a conclu l’évêque Varden. « Si nous vivons selon ces principes et si nous apprenons aux autres à faire de même, cette période d’angoisse pourrait se révéler être un temps de conversion et de grâce, une formidable opportunité de bien. »

    Bien que son discours ait omis de mentionner explicitement l'immigration clandestine ou les préoccupations relatives aux effets de la culture islamique sur les pays d'accueil, les propos de l'évêque Varden sont perçus comme une intervention rare de la hiérarchie de l'Église, souvent critiquée pour privilégier les politiques d'ouverture des frontières et les droits des immigrants au détriment du devoir des gouvernements de gérer les frontières afin de préserver le bien commun.

  • De François en Belgique à Léon XIV en France : deux voyages, deux récits médiatiques

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    De François en Belgique à Léon XIV en France : deux voyages, deux récits médiatiques

    Pourquoi le voyage de François en Belgique, en septembre 2024, a-t-il laissé une impression aussi contrastée, alors que celui de Léon XIV en France, deux ans plus tard, a donné lieu à une réception populaire beaucoup plus favorable ?

    La réponse ne tient ni à une opposition simpliste entre une Belgique qui aurait « rejeté » François et une France qui aurait « triomphalement » accueilli Léon XIV, ni à la seule question des abus sexuels. Celle-ci a également occupé une place considérable dans les médias français. La différence tient plutôt à la combinaison des circonstances, au style des deux papes et, surtout, aux images et au récit qui ont fini par dominer la perception de chaque voyage.

    En Belgique, les controverses ont fini par structurer le récit

    Il serait faux de présenter le voyage de François comme un échec. Le pape a connu des moments de véritable enthousiasme, notamment lors de sa rencontre avec plusieurs milliers de jeunes. Mais ces images n'ont pas durablement dominé le récit médiatique.

    La question des abus sexuels occupait une place particulièrement lourde dans le contexte belge. Le roi Philippe et le Premier ministre Alexander De Croo l'avaient placée au premier plan dès les discours d'accueil. François rencontra des victimes et condamna avec force les abus, appelant à ce que leurs auteurs soient jugés, y compris lorsqu'ils appartenaient au clergé ou à la hiérarchie.

    Mais le malaise du voyage ne peut être réduit à cette seule question. Les propos du pape sur les femmes à Louvain-la-Neuve, la réaction de l'université, son hommage au roi Baudouin, ses déclarations sur l'avortement et, enfin, ses propos dans l'avion du retour ont successivement ouvert de nouveaux fronts.

    Le voyage s'est ainsi transformé en une succession de dossiers conflictuels : abus sexuels, place des femmes, avortement, héritage de Baudouin, rapport entre l'Église et une société profondément sécularisée.

    Ce n'est donc pas un sujet unique qui a déterminé l'image de la visite, mais l'accumulation de controverses qui a donné à celle-ci une tonalité essentiellement polémique.

    En France, les abus n'ont pourtant pas disparu du récit

    Toute comparaison sérieuse doit éviter un raccourci : les abus sexuels ont également occupé une place importante dans la couverture française de la visite de Léon XIV. Les médias ont interrogé le pape sur les victimes, la responsabilité de l'Église et les mesures à prendre.

    Il serait donc faux d'opposer une Belgique où les abus auraient tout recouvert à une France qui les aurait ignorés.

    La différence est ailleurs : en France, les abus ont constitué l'un des récits du voyage, mais ils n'ont pas été le seul récit capable de s'imposer.

    D'autres images sont venues leur faire concurrence.

    L'image qui change la perception : une jeunesse catholique visible

    Le rassemblement de dizaines de milliers de jeunes autour de Léon XIV a fourni une image immédiatement lisible : une jeunesse catholique nombreuse, enthousiaste, chantante et priante, réunie publiquement autour du pape.

    Il ne faut évidemment pas en déduire que cette jeunesse représente l'ensemble de la société française. La sécularisation demeure profonde et la pratique religieuse régulière reste minoritaire.

    Mais cette mobilisation a rendu plus difficile une lecture du catholicisme français limitée au déclin, aux églises qui se vident et aux scandales du passé.

    Elle a fait apparaître simultanément deux réalités :

    oui, l'Église a des comptes à rendre ; mais oui aussi, elle rassemble encore.

    Cette coexistence a profondément modifié la perception du voyage.

    Deux papes, deux styles, mais surtout deux contextes

    La personnalité des deux papes a également joué un rôle.

    François avait une manière très spontanée, parfois abrupte, de répondre aux questions. Plusieurs de ses interventions en Belgique ont ainsi suscité de nouvelles controverses.

    Léon XIV apparaît dans un registre plus posé et plus structuré. Cela ne signifie nullement qu'il ait évité les sujets sensibles. Il a au contraire abordé sans détour la défense de la vie humaine, l'avortement, l'euthanasie, la laïcité, la dignité humaine ou encore la place du christianisme dans la société.

    Mais ses paroles ont été accompagnées d'un environnement visuel particulièrement puissant : jeunes, familles, saints, cathédrales, prières, catéchumènes et foules.

    Le pape n'a donc pas seulement parlé : les images ont aussi parlé pour lui.

    C'est un élément essentiel pour comprendre la différence de réception.

    Une Église confrontée à ses blessures, mais aussi capable de montrer sa vitalité

    Les deux Églises sont évidemment confrontées aux mêmes grandes difficultés : sécularisation, baisse de la pratique, vieillissement, scandales et interrogations sur leur avenir.

    Mais elles n'ont pas présenté exactement le même visage au cours de ces deux voyages.

    En Belgique, le poids des abus et des blessures institutionnelles a largement déterminé le cadre dans lequel le pape était attendu. L'Église devait expliquer, reconnaître et réparer.

    En France, Léon XIV a également rencontré une Église fragilisée, mais capable de lui montrer des signes visibles de recomposition : jeunes mobilisés, catéchumènes adultes, pèlerinages, communautés et initiatives nouvelles.

    Il ne s'agit pas de prétendre que l'Église française serait soudainement devenue forte, ni qu'elle échapperait au déclin religieux. Mais certains phénomènes donnent à voir un catholicisme qui n'est plus seulement hérité, mais aussi choisi.

    C'est cette dimension que le voyage de Léon XIV a particulièrement mise en lumière.

    Le rôle des médias : une différence de dramaturgie

    Il serait trop facile d'accuser les médias belges d'avoir « plombé » François ou les médias français d'avoir voulu « sauver » Léon XIV.

    Les journalistes avaient, dans les deux cas, de bonnes raisons de traiter la question des abus. Elle concerne des victimes réelles, des responsabilités institutionnelles et une crise majeure pour l'Église.

    Mais les médias ne racontent pas dans le vide. Ils travaillent à partir des événements, des déclarations et surtout des images que ceux-ci produisent.

    Or les deux voyages n'ont pas fourni le même matériau.

    En Belgique, les controverses se sont succédé et se sont mutuellement renforcées.

    En France, les controverses ont coexisté avec des scènes de mobilisation massive qui ont proposé un autre récit.

    La différence relève donc moins d'une intention médiatique différente que d'une différence de dramaturgie.

    Deux questions différentes pour une même Église

    Au fond, les deux voyages ont posé une même question : que peut encore dire l'Église catholique à une société profondément sécularisée ?

    Mais les images dominantes ont conduit à mettre l'accent sur deux interrogations différentes.

    En Belgique :

    Que fait l'Église pour répondre aux blessures de son passé ?

    En France :

    Pourquoi, malgré son affaiblissement, l'Église est-elle encore capable de rassembler autant de jeunes ?

    Ces deux questions ne s'excluent évidemment pas. Elles décrivent deux dimensions d'une même réalité.

    C'est pourquoi il serait excessif de parler d'une « victoire » de Léon XIV sur les médias ou d'une « défaite » de François provoquée par les médias.

    Les deux voyages ont été traversés par les mêmes grandes questions : abus, sécularisation, place de la religion dans la société et avenir du christianisme. Mais les événements n'ont pas produit les mêmes images et les images n'ont pas produit le même récit.

    En Belgique, les controverses ont largement dominé les images de la visite.

    En France, les images de la mobilisation catholique ont réussi à leur faire concurrence.

    Une même parole, une réception différente

    C'est peut-être là le véritable enseignement de la comparaison.

    François et Léon XIV n'ont pas nécessairement défendu des positions radicalement différentes sur les grandes questions éthiques et anthropologiques. Mais ils ont parlé dans des contextes différents et devant des Églises qui n'ont pas présenté le même visage au même moment.

    En Belgique, le passé a largement pesé sur le présent.

    En France, le présent a davantage permis de parler de l'avenir.

    Le contraste entre les deux voyages ne s'explique donc pas principalement par la présence ou l'absence des abus, mais par la place qu'ils ont occupée dans le récit global de chaque visite.

    François a rencontré en Belgique une Église dont les blessures ont largement déterminé la perception de son passage. Léon XIV a rencontré en France une Église capable de montrer simultanément ses blessures et ses forces vives.

    Et c'est probablement cette coexistence qui a fait la différence.

    Une Église qui ne montre que ses blessures appelle naturellement les questions sur son passé. Une Église qui montre aussi sa jeunesse, sa prière et sa capacité à transmettre oblige à poser une autre question : quel avenir peut encore avoir le christianisme ?

    C'est cette seconde question que le voyage de Léon XIV a davantage réussi à imposer dans l'espace public.

    Au fond, un même message peut être reçu très différemment lorsqu'il est porté par une communauté qui donne publiquement le sentiment d'être vivante.

    (avec l'IA)

  • Léon XIV en France : quand le catholicisme sort du bois

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    Léon XIV en France : quand le catholicisme sort du bois

    Ils avaient pris l'habitude de parler du catholicisme au passé. Léon XIV les a obligés à employer le présent.

    Pendant quatre jours, la France aura vu ce qu'elle ne voit plus guère dans son paysage médiatique ordinaire : une Église catholique visible, assumée et mobilisée. Des centaines de milliers de personnes à Paris, 80 000 jeunes au Stade de France, des foules à Lourdes et à Metz. Et, surtout, une jeunesse catholique qui ne semblait ni honteuse de sa foi ni désireuse de la dissimuler.

    Ce n'est évidemment pas le retour statistique de la France chrétienne d'autrefois. Il serait absurde de transformer quelques jours exceptionnels en retournement démographique. Mais quelque chose s'est produit : le catholicisme a réoccupé l'espace public sans demander pardon d'y être.

    Et c'est peut-être cela qui a le plus dérangé.

    Une Église qui n'a pas demandé la permission de parler

    Léon XIV avait annoncé la couleur dès l'avion qui le conduisait à Paris. Il n'est pas venu comme un diplomate en visite, ni comme une personnalité culturelle venue célébrer le patrimoine français.

    « Je me rends avant tout en France […] en tant que disciple de Jésus-Christ désireux de proclamer la paix, la paix du Christ », déclarait-il aux journalistes.

    Tout est là.

    Il est venu comme pape.

    Il a donc parlé de Dieu, de la foi, de la vie, de la dignité humaine, de la famille, de la paix, de l'avenir de l'Europe. Bref, de tout ce qu'une certaine conception aseptisée de la laïcité voudrait parfois reléguer derrière les portes des églises.

    À Paris, devant les autorités françaises, Léon XIV n'a pas davantage contourné les questions qui fâchent. Et à Lourdes, il a formulé sans détour une critique de la logique de la mort programmée :

    « Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n'est pas nécessairement moral. »

    Puis il a ajouté :

    « Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! »

    Difficile d'être plus clair.

    Et il ne s'est pas arrêté à la fin de vie. À Paris, à l'UNESCO, il a replacé la question de la vie humaine dans une réflexion beaucoup plus large : que devient une civilisation lorsque la vie cesse d'être reçue comme un don pour devenir un objet que l'on produit, sélectionne ou exploite ?

    « La vie n'est plus comprise comme un don, mais comme une marchandise », avertissait-il.

    Voilà donc un pape qui, en France, ne s'est pas contenté de célébrer Notre-Dame ou de saluer le patrimoine chrétien.

    Il a posé des questions de civilisation.

    Et puis il y eut le Stade de France

    Mais le moment le plus révélateur n'a peut-être pas été politique.

    Il a été ecclésial.

    80 000 jeunes au Stade de France.

    Pas pour un concert.

    Pas pour une manifestation politique.

    Pas pour une vedette du sport.

    Pour une veillée de prière avec le pape.

    Et Léon XIV leur a dit quelque chose que notre époque peine à entendre : « Vous êtes l'Église d'aujourd'hui. »

    Pas « l'Église de demain ».

    Pas « l'Église si vous voulez bien vous engager ».

    L'Église d'aujourd'hui.

    Puis, à Paris, il les a exhortés à ne pas garder leur foi pour eux-mêmes :

    « Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. »

    Voilà qui devrait rassurer ceux qui craignent une résurgence du catholicisme dans l'espace public : le pape n'a effectivement pas demandé aux catholiques de rester tranquillement chez eux.

    Il leur a demandé exactement l'inverse.

    Sortez. Témoignez. Transmettez. Servez.

    Et les jeunes semblent avoir répondu présents.

    Le catholicisme n'est pas une pièce de musée

    C'est ici que le débat sur la laïcité devient intéressant.

    La France est laïque. Elle doit le rester.

    Mais la laïcité ne signifie pas que les religions doivent être invisibles. Elle signifie que l'État ne se confond pas avec une religion et garantit la liberté de conscience et de culte.

    Le problème commence lorsque certains semblent confondre neutralité de l'État et neutralisation du religieux.

    Un christianisme patrimonial ne dérange personne.

    Une abbaye transformée en hôtel ? Très bien.

    Une cathédrale visitée par des touristes ? Magnifique.

    Un saint présenté comme une figure historique ? Très bien.

    Mais des catholiques qui prient ?

    Des jeunes qui parlent de Jésus-Christ ?

    Un pape qui affirme publiquement que la vie humaine possède une dignité qui ne dépend ni de son âge, ni de son état de santé, ni de son utilité ?

    Alors soudain, certains découvrent les vertus de la discrétion.

    Le catholicisme est parfaitement accepté à condition de ne plus être vraiment catholique.

    C'est précisément cette logique que le voyage de Léon XIV vient contredire.

    Une parole qui assume les racines chrétiennes

    À Metz, le pape a porté le débat encore plus loin.

    Dans la ville de Robert Schuman, il a parlé des « racines de l'Europe », de paix et d'unité. Et il a appelé les jeunes Européens à ne pas avoir peur de l'avenir :

    « Aimez la vie à chaque instant, et n'ayez pas peur de l'avenir ! »

    Puis cette exhortation, particulièrement forte dans une Europe vieillissante :

    « N'ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu'à son dernier souffle. »

    Il faudrait mesurer la portée de ces mots.

    Dans une société où l'enfant à naître est souvent présenté sous l'angle du droit de disposer de soi, où la fin de vie est de plus en plus pensée en termes d'autonomie et où la famille est devenue l'objet de profondes recompositions, Léon XIV réintroduit une autre logique :

    la dignité précède l'utilité.

    La vie n'est pas digne parce qu'elle est performante.

    La personne n'est pas digne parce qu'elle est autonome.

    L'homme n'a pas de valeur parce qu'il est rentable.

    Et la fragilité n'abolit pas la dignité.

    Voilà une parole chrétienne.

    Et voilà précisément pourquoi elle ne pouvait que rencontrer quelques résistances.

    L'« urticaire » des laïcards ?

    Il faut ici éviter une facilité : tous les défenseurs de la laïcité ne sont évidemment pas hostiles au catholicisme. Et les interrogations sur la place de la religion dans l'espace public sont parfaitement légitimes.

    Mais le voyage aura aussi révélé une réaction plus curieuse : l'impossibilité, pour certains, d'accepter que la visibilité catholique soit simplement... catholique.

    Pourquoi faudrait-il que le croyant s'excuse de croire ?

    Pourquoi faudrait-il qu'une messe publique soit suspecte ?

    Pourquoi faudrait-il qu'un pape, lorsqu'il parle de bioéthique, de famille ou de vie humaine, soit immédiatement sommé de rester dans les limites d'un discours religieux privé ?

    Une société pluraliste doit accepter quelque chose de beaucoup plus exigeant que la simple coexistence des opinions : elle doit accepter que des convictions profondes continuent d'exister publiquement, y compris lorsqu'elles contredisent l'air du temps.

    C'est cela, la liberté.

    Le vrai succès du voyage

    Le véritable résultat de ce voyage n'est donc pas de savoir si la France est redevenue catholique. Elle ne l'est manifestement pas.

    Le résultat est plus modeste — et peut-être plus important.

    On ne peut plus faire comme si le catholicisme n'était qu'un souvenir.

    Il y a encore des catholiques.

    Il y a encore des jeunes catholiques.

    Il y a encore des familles catholiques.

    Il y a encore des vocations.

    Il y a encore des convertis.

    Il y a encore des gens qui veulent transmettre.

    Et, surtout, il y a encore une Église capable de proposer autre chose que l'adaptation permanente aux dernières évolutions culturelles.

    Léon XIV n'est pas venu demander à la France de renoncer à la République.

    Il n'est pas venu abolir la laïcité.

    Il est venu rappeler que la foi chrétienne possède encore quelque chose à dire sur l'homme et sur la société.

    Et il l'a dit sans agressivité, mais sans complexe.

    À ceux qui s'inquiètent de cette visibilité retrouvée, il faudrait finalement rappeler une chose assez simple.

    Une démocratie n'est pas menacée par des citoyens qui prient.

    Elle serait plutôt menacée par une conception de la liberté qui ne tolérerait certaines convictions qu'à condition qu'elles restent silencieuses.

    Le voyage de Léon XIV aura donc produit un paradoxe.

    Ce pape venu proclamer « la paix du Christ » aura réveillé une petite guerre culturelle.

    Mais cette fois, les catholiques étaient là.

    Ils étaient 80 000 au Stade de France.

    Ils étaient des centaines de milliers à Paris.

    Ils étaient à Lourdes.

    Ils étaient à Metz.

    Ils chantaient, priaient, écoutaient.

    Et Léon XIV leur a simplement dit :

    « Vous êtes l'Église d'aujourd'hui. »

    C'est peut-être cela, finalement, qui aura le plus déconcerté.

    Ils avaient enterré le catholicisme.
    Lui leur a simplement montré qu'il respirait encore.

    (avec l'IA)

  • Embryon, fin de vie, laïcité, le pape n'a pas mâché ses mots durant son voyage en France

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    Ce qui frappe dans le voyage de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026, c’est qu’il n’a pas seulement délivré un message spirituel ou diplomatique. Sur des sujets particulièrement sensibles pour la société française — le commencement de la vie, la fin de vie, la dignité de la personne et la laïcité — il a employé des formules d’une remarquable netteté.

    « Personne n’a le droit […] de décider de la vie de tel embryon »

    À l’UNESCO, à Paris, le pape a placé la question anthropologique au cœur de son discours. Sa réflexion commence par une affirmation très simple : « Avant toute chose, la personne humaine est quelqu’un qui est conçu et qui naît. » Et il ajoute : « être humain signifie donc, tout d’abord, être un enfant. »

    Ce n'est pas une abstraction. Léon XIV poursuit en désignant explicitement ceux dont la dignité est la plus facilement relativisée :

    « Le critère qui permet d’évaluer notre engagement est le soin que nous apportons aux plus petits et aux pauvres : les enfants dans le sein de leur mère […] les personnes âgées, les migrants, les réfugiés, et tous ceux qui sont arrogamment exclus parce qu’improductifs. »

    Et il établit un lien direct avec les progrès scientifiques et technologiques : la dignité humaine ne peut dépendre de la performance, de l'autonomie ou de la productivité.

    À Lourdes, le lendemain, le propos devient encore plus frontal. Léon XIV reprend une formule prononcée en juin devant la Fondation Jérôme Lejeune :

    « Personne n’a le droit, jamais, sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! »

    Puis cette phrase, particulièrement forte :

    « Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! »

    Le contexte est important : le pape met ainsi sur le même axe de réflexion l’embryon et la personne âgée, deux moments de l'existence où la personne risque d'être considérée selon des critères extérieurs à sa dignité propre.


    « Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral »

    C’est probablement l'une des phrases les plus directement susceptibles de résonner dans le débat français sur la fin de vie.

    À Lourdes, devant les malades et les soignants, Léon XIV affirme :

    « Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. »

    La formule est courte, mais elle touche à un principe fondamental : la loi civile n'épuise pas la question morale.

    Le pape ne s'est d'ailleurs pas contenté de condamner. Il a proposé une autre conception de la médecine :

    « Veiller sur la personne souffrante et non pas la supprimer. »

    Et il exhorte les soignants :

    « Soyez des serviteurs passionnés de la vie ! »

    Il demande parallèlement de « développer sans relâche les structures de soins palliatifs et de recherche » et d'accompagner les malades « avec tendresse ».

    Son raisonnement est donc assez précis : face à la souffrance, la réponse de la société doit être davantage de soin, d'accompagnement et de solidarité, et non la transformation de la mort provoquée en réponse médicale.


    Une phrase terrible sur la société de la performance

    À l'UNESCO, Léon XIV va plus loin encore. Il met en garde contre une société dans laquelle l'être humain serait implicitement évalué selon son utilité :

    « Nous risquons de ne plus reconnaître la dignité inaliénable des personnes humaines, dont la vie est jugée selon le critère de l’efficacité et qui, lorsqu’elles sont considérées comme n’étant plus productives, sont rejetées et mises au rebut. »

    C'est ici que son discours sur l'embryon et celui sur la fin de vie se rejoignent.

    Le même principe est posé aux deux extrémités de l'existence : la valeur d'une personne ne dépend ni de son autonomie, ni de ses capacités, ni de son utilité sociale.

    Et le pape le formule explicitement :

    « Notre dignité n’est pas détruite par la maladie ou la souffrance, et elle ne dépend pas de nos capacités. Elle appelle au contraire à des soins aimants à chaque étape de la vie. »


    Et sur la laïcité, Léon XIV n'a pas davantage mâché ses mots

    C'est peut-être l'un des passages les plus intéressants de son discours à l'Élysée.

    Le pape ne remet pas en cause la laïcité française. Mais il en donne une interprétation qui est loin d'une conception de la religion confinée à la sphère privée :

    « La véritable laïcité n’exclut pas la dimension religieuse, mais sait au contraire en tirer parti comme d’une ressource éducative. »

    Puis il ajoute :

    « Le chrétien impliqué dans la vie publique, et agissant selon la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie. »

    Voilà qui est très clair : la foi d'un citoyen ne doit pas être considérée comme une anomalie ou une menace lorsqu'il participe à la vie publique.

    Et Léon XIV tire immédiatement une conséquence concrète :

    « C’est précisément la raison pour laquelle l’École catholique a toute sa place dans le paysage éducatif d’un pays comme la France. »

    Il va même jusqu'à définir positivement la laïcité :

    « Une juste laïcité ne consiste donc pas à exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation, mais à travailler pour que l’État et les institutions religieuses dialoguent ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun. »

    Un fil rouge : « que le monde ait la vie »

    Il y a finalement une remarquable cohérence entre les différents discours.

    À l'Élysée : défendre la vie et permettre aux religions de contribuer au bien commun.

    À l'UNESCO : protéger l'être humain contre une civilisation qui pourrait le réduire à son utilité.

    À Lourdes : refuser que la médecine devienne l'instrument d'une mort programmée et demander que les malades soient accompagnés jusqu'au bout.

    Le pape résume lui-même cette vision par une formule qui revient comme une sorte de refrain : « pour que le monde ait la vie ».

    Et c'est sans doute ce qui rend son voyage en France particulièrement significatif : Léon XIV n'a pas choisi l'affrontement politique, mais il n'a pas davantage édulcoré les points sur lesquels la vision chrétienne de l'homme entre en tension avec certaines évolutions législatives et culturelles contemporaines.

    Il a parlé de l'embryon, de l'enfant à naître, de la personne âgée, du malade, de la mort provoquée, de la place de la religion dans la cité et de la liberté de conscience — et, sur chacun de ces sujets, il a rappelé une même conviction : l'être humain possède une dignité qui ne lui est pas conférée par l'État, la médecine, la société ou ses propres capacités.

    Texte intégral du discours à l'Élysée — Vatican

    Texte intégral du discours à l'UNESCO — Vatican

    Texte intégral du discours de Lourdes — Vatican

    (avec l'IA)

  • Est-il miséricordieux de violer la dignité fondamentale de la personne humaine en mettant fin à sa vie ?

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    De Fionn Shiner sur Crux Now :

    L’euthanasie d’un enfant néerlandais de presque deux ans est un exemple de « miséricorde » utilisée pour justifier des actes contestables, déclare un cardinal à Crux Now.

    L’euthanasie récente d’un enfant de près de deux ans aux Pays-Bas montre que l’idée de miséricorde est « souvent utilisée de nos jours pour justifier des actions éthiquement discutables », a déclaré un cardinal néerlandais de haut rang.

    S'adressant à  Crux Now,  le cardinal Wim Eijk, président de la Conférence des évêques néerlandais et évêque de la Conférence chargé de l'éthique médicale, a expliqué que le cas de l'enfant handicapé euthanasié à la fin de l'année dernière montre que la miséricorde est mal comprise dans les cultures occidentales.

    « De nos jours, le mot « miséricordieux » est souvent utilisé pour justifier des actes moralement discutables. Mais est-il miséricordieux de violer la dignité fondamentale de la personne humaine en mettant fin à sa vie ? » a déclaré Eijk.

    « Ce qui relève véritablement de la miséricorde, c’est d’apporter des soins adéquats, en l’occurrence des soins palliatifs. Si les formes classiques de soins palliatifs s’avèrent insuffisantes pour réduire la souffrance à un niveau supportable, la sédation palliative peut constituer une solution », a-t-il ajouté.

    L'enfant est né prématurément à 26 semaines et a subi des lésions cérébrales ayant entraîné une paralysie cérébrale et une déficience visuelle. Il souffrait également de crises d'épilepsie, présentait une bronchiolite et souffrait d'insomnie.

    Ses parents et le médecin ont décidé de mettre fin à la vie de l'enfant, profitant d'une nouvelle législation néerlandaise autorisant l'euthanasie des mineurs, introduite en 2024. Le cas de cet enfant était le premier du genre.

    Plus tôt ce mois-ci, un comité d'examen néerlandais a conclu que l'affaire avait été « bien gérée », même si certains médecins impliqués n'étaient pas d'accord avec cette décision.

    Eijk a déclaré que cela montre que « beaucoup de gens dans la société occidentale préfèrent la mort à une vie avec un handicap ».

    « La société actuelle a plus de mal à accepter la souffrance et le handicap. Cela se manifeste notamment par la tendance, chez la plupart des gens, à considérer l'apparence parfaite comme l'idéal. Même en l'absence d'imperfections visibles, nombreux sont ceux qui ont recours à la chirurgie esthétique, alors qu'elle est en réalité inutile », a-t-il déclaré.

    Eijk a également déclaré qu'il existait d'autres moyens de soulager la souffrance et que, dans certains cas, il était licite de supprimer la conscience même si cela devait finalement entraîner la mort.

    « Si, malgré l’utilisation d’analgésiques et d’autres mesures visant à réduire les symptômes pénibles à un niveau tolérable, il peut être permis de supprimer la conscience en administrant des sédatifs, dans la mesure nécessaire pour rendre les symptômes supportables. Il peut parfois être nécessaire de supprimer complètement la conscience », a-t-il déclaré.

    « Dans ce cas, le patient ne s’alimentera ni ne s’hydratera, et finira par mourir. La mort n’est cependant pas l’intention première, mais un effet secondaire, justifiable faute d’autres traitements possibles », a expliqué Eijk. 

    L'intégralité de l'interview entre  Crux Now  et Eijk est disponible ci-dessous.

    Cet entretien a été raccourci.

    Question cruciale : Pourquoi pensez-vous que certaines personnes préfèrent la mort à une vie avec un handicap ?

    Eijk : Je pense que beaucoup de gens dans les sociétés occidentales préfèrent la mort à une vie handicapée. Jusque dans les années 1960, la plupart des gens étaient bien mieux armés pour faire face à la souffrance, à l’adversité, à la maladie et au handicap qu’aujourd’hui. La société actuelle est moins apte à gérer la souffrance et le handicap.

    Cela se manifeste très clairement dans la tendance actuelle de la plupart des gens à considérer l'apparence parfaite comme l'idéal. Même en l'absence d'imperfections visibles, nombreux sont ceux qui ont recours à la chirurgie esthétique, alors qu'elle est en réalité inutile. Dans ce contexte, il est extrêmement difficile d'accepter la maladie et le handicap, surtout lorsqu'aucun traitement n'est possible.

    De plus, le respect de la dignité inviolable de la vie humaine s'est érodé ces dernières décennies. Par conséquent, face à la maladie et au handicap, la décision de mettre fin à ses jours est souvent prise, car les personnes ne souhaitent plus être confrontées à de telles situations.

    Pourquoi les Pays-Bas font-ils partie des trois seuls pays à autoriser l'euthanasie pour les mineurs ?

    La loi néerlandaise sur l'euthanasie stipule que la vie des personnes souffrant de souffrances insupportables et désespérées peut être interrompue sous certaines conditions, à condition qu'elles le choisissent de leur plein gré. Cette loi s'applique donc dès l'âge de 12 ans.

    À partir de 18 ans, chacun peut décider lui-même si l'euthanasie doit être pratiquée sur lui. Entre 16 et 18 ans, la décision revient au jeune concerné, mais ses parents doivent être consultés.

    Entre 12 et 16 ans, ce sont les parents qui prennent la décision concernant l'euthanasie, mais le jeune concerné doit être consulté. 

    En outre, la législation néerlandaise autorise l'interruption tardive de grossesse, c'est-à-dire l'avortement à partir du moment où le fœtus est viable hors de l'utérus (ce qui est présumé être le cas à partir de la 24e semaine de gestation). Cette législation prévoit également l'interruption de grossesse chez les nouveau-nés jusqu'à l'âge d'un an.

    Il n'existait aucune législation encadrant l'euthanasie des enfants âgés de un à douze ans. Les pédiatres estimaient que, dans le cas de certains enfants souffrant de maladies graves et incurables, ils devraient pouvoir pratiquer l'euthanasie sans risquer de poursuites judiciaires. Ils ont donc exhorté les responsables politiques à légiférer en ce sens.

    En conséquence, une réglementation officielle concernant l'euthanasie des enfants âgés de un à douze ans a été introduite en 2024. Les enfants âgés de un à douze ans ne peuvent être considérés comme capables de décider de leur plein gré de mettre fin à leur vie.

    Dans leur cas, le médecin et les parents ont donc dû conclure qu'aucun traitement médical ne pouvait guérir la maladie ni soulager les souffrances, et que ces dernières n'étaient possibles qu'en mettant fin à la vie de l'enfant. Ils préfèrent, si possible, prendre cette décision en concertation avec lui.

    Toutefois, il est stipulé que les mesures mettant fin à la vie ne doivent pas être prises si l'enfant exprime le souhait de continuer à vivre.

    Que révèle un cas comme celui-ci sur la philosophie sous-jacente d'une culture ?

    Depuis les années 1960, époque où la prospérité a permis de vivre indépendamment des autres, la culture est devenue individualiste et, au fil des décennies, même hyper-individualiste. L'idéal éthique de cette culture est l'autonomie de l'individu.

    Au départ, cette autonomie signifiait qu'un individu ne devait pas être empêché d'agir à sa guise, sauf si cela nuisait à autrui. Progressivement, cet idéal a évolué, au point que l'autonomie en est venue à englober le fait d'être ce que l'on souhaitait être : homme, femme, personne non binaire, ou, par le biais de procédures de changement de sexe, appartenir aussi étroitement que possible au sexe opposé.

    Cette autonomie en est venue à signifier également que l'individu avait le droit, sous certaines conditions, de mettre fin à sa vie par euthanasie.

    De plus, une vision dualiste de l'humanité prévaut dans la culture actuelle. La conscience est considérée comme la véritable essence de l'être humain : le centre cérébral où résident la capacité de penser, l'aptitude à prendre des décisions autonomes et celle de nouer des relations humaines.

    Le corps, en quoi les êtres humains ne diffèrent pas du règne animal, est perçu comme secondaire, comme un moyen par lequel la personne humaine – c’est-à-dire la conscience – s’exprime. Si une personne acquiert la conviction que le corps, et donc la vie physique, a perdu toute valeur, elle peut choisir d’y renoncer et de mettre fin à ses jours.

    Objectivement parlant, l'être humain n'est ni seulement son corps, ni seulement son âme, mais bien l'âme et le corps. Le corps est une composante essentielle de la personne humaine. La suppression de son corps constitue donc une atteinte fondamentale à sa dignité inhérente.

    Les partisans de l'euthanasie diraient probablement que l'enfant souffrait atrocement et que, par conséquent, mettre fin à ses jours était un acte de miséricorde. Pourquoi l'Église enseigne-t-elle que ce raisonnement est dangereux ?

    Le mot « miséricordieux » est souvent employé de nos jours pour justifier des actes moralement discutables. Mais est-il miséricordieux de violer la dignité fondamentale de la personne humaine en mettant fin à sa vie ?

    Ce qui relève véritablement de la miséricorde, c'est d'apporter des soins adéquats, en l'occurrence des soins palliatifs. Si les formes classiques de soins palliatifs s'avèrent insuffisantes pour réduire la souffrance à un niveau supportable, la sédation palliative peut constituer une solution.

    Si, malgré l'utilisation d'analgésiques et d'autres mesures visant à réduire les symptômes pénibles à un niveau tolérable, il peut être permis de supprimer la conscience en administrant des sédatifs, dans la mesure nécessaire pour rendre les symptômes supportables. Il peut parfois être nécessaire de supprimer complètement la conscience.

    Dans ce cas, le patient cessera de s'alimenter et de s'hydrater, et finira par mourir. La mort n'est cependant pas l'intention première, mais un effet secondaire justifiable faute d'autres traitements.

    Quelles mesures concrètes l'Église peut-elle prendre pour enrayer la progression de l'euthanasie ?

    L’Église doit continuer de proclamer la dignité fondamentale de la vie à laquelle tout être humain, sans exception, a droit de la conception à la mort naturelle. Cela signifie que, selon la loi morale naturelle, la vie d’un être humain innocent est inviolable. Sur cette base, des actes tels que l’avortement, l’euthanasie et le suicide assisté sont, par essence, moralement répréhensibles.

    De plus, l’Église doit continuer à souligner l’importance de soins palliatifs adéquats. Les soins palliatifs, y compris la sédation palliative, rendent l’euthanasie inutile.

    Il est également important que l'Église continue de proclamer la spiritualité chrétienne de la souffrance, ce qui est généralement trop peu fait. Dans nos souffrances, comme le dit Jean-Paul II, nous pouvons découvrir un appel à suivre le Christ dans ses souffrances d'une manière particulière.

    Nous portons alors notre croix avec Jésus. Unis à lui dans sa souffrance et sur sa croix, nous pouvons puiser une grâce et une force particulières pour supporter nos propres souffrances. En réalité, c'est Jésus qui porte alors notre croix pour nous. 

    Pourquoi pensez-vous que l'Église a perdu le débat sur des questions telles que l'euthanasie et l'avortement dans le monde occidental ? Croyez-vous qu'il soit possible de reconquérir le terrain culturel ?

    Comme je l'ai dit en réponse à la deuxième question, depuis les années 1960, une culture hyper-individualiste a émergé, dont l'idéal éthique est l'autonomie de l'individu. Cette culture est réfractaire à une morale partagée par une communauté. L'Église est, par essence, une communauté de croyants, fondée par le Christ.

    Dans son message, l'Église défend une morale partagée par tous. L'hyper-individualiste, en revanche, n'est pas réceptif à une telle conviction morale commune.

    Une culture chrétienne peut-elle être rétablie, même en Occident ? Ces cinq ou six dernières années, nous avons constaté – notamment en France, mais aussi aux Pays-Bas et en Angleterre – une augmentation annuelle du nombre de jeunes souhaitant rejoindre l’Église.

    Il y a aussi de jeunes catholiques qui, bien que baptisés enfants, n'ont reçu aucune autre éducation religieuse et qui découvrent leur identité catholique. Ils décident ensuite de vivre en accord avec elle. Ils prennent conscience du vide de la culture actuelle.

    Cette culture ne propose aucun critère permettant de distinguer le vrai du faux, le bien du mal. C'est pourquoi ses habitants se mettent en quête de la vérité. Ils découvrent le Christ comme la vérité incarnée et son Église comme l'enseignante de cette vérité sur TikTok et autres réseaux sociaux.

    Ces jeunes croyants sont généralement enclins à adhérer pleinement à l'enseignement de l'Église, notamment en ce qui concerne le respect de la vie humaine. C'est un phénomène encourageant.

    Cela remet-il en cause la culture actuelle ? Non, mais cela sème les graines de ce que le pape Benoît XVI appelle une « minorité créative ». Un jour, lorsque la culture hyper-individualiste actuelle s’effondrera sous le poids de son propre vide, cette minorité pourra contribuer à l’émergence d’une nouvelle culture chrétienne. 

  • Léon XIV à Paris : une parole catholique qui ne s’excuse pas d’être catholique

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    Léon XIV à Paris : une parole catholique qui ne s’excuse pas d’être catholique

    Il y avait quelque chose d’assez inhabituel dans les paroles de Léon XIV à Paris : le pape n’a pas semblé éprouver le besoin de demander pardon au monde d’être catholique.

    Pas de christianisme réduit à quelques bons sentiments. Pas de foi transformée en simple supplément d’âme humanitaire. Pas de dilution du message chrétien dans le vocabulaire convenu du moment. Léon XIV a parlé au monde contemporain, mais il ne lui a pas abandonné, pour autant, les catégories propres de la foi catholique.

    C’est une distinction essentielle : dialoguer avec son époque ne signifie pas nécessairement lui donner raison sur tout. Écouter les interrogations du monde ne signifie pas que l’Église doive renoncer à ses propres réponses.

    Et c’est sans doute ce qui frappe le plus dans les paroles prononcées à Paris : sur plusieurs sujets décisifs — la vie humaine, la bioéthique, le droit international, la laïcité, l’éducation et la foi — Léon XIV a réaffirmé une vision de l’homme qui ne se confond pas avec les catégories dominantes de la culture contemporaine.

    La vie humaine : un droit qui précède tous les autres

    C’est probablement sur la question de la vie que le contraste apparaît avec le plus de netteté.

    Devant les autorités françaises, Léon XIV a déclaré que « la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain ». Il a également appelé à « accueillir la vie sans condition », à « soutenir la fragilité avec tendresse » et à défendre « ceux qui n’ont pas de voix ».

    La formule est capitale. Le pape ne place pas la vie parmi une liste de droits concurrents : il la présente comme le fondement des autres droits.

    Il faut être précis : dans ce discours, Léon XIV ne prononce pas explicitement le mot « avortement ». Mais le principe qu’il pose est sans ambiguïté : la vie humaine doit être accueillie et protégée sans condition.

    Cette affirmation entre nécessairement en tension avec l’évolution récente du droit français. Depuis mars 2024, la Constitution garantit à la femme une liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse.

    Il ne s’agit pas de prétendre que ces deux formulations répondent exactement à la même question juridique. Mais elles révèlent deux points de départ anthropologiques différents.

    D'un côté, la liberté de recourir à l'IVG est constitutionnellement garantie ; de l'autre, le pape rappelle que le droit à la vie constitue le fondement même de tous les autres droits.

    Derrière la controverse juridique se trouve donc une question beaucoup plus profonde : qu'est-ce qui doit être placé au premier plan lorsque la liberté d'une personne entre en tension avec la vie d'un autre être humain ?

    Léon XIV, lui, ne contourne pas la question.

    L’aide à mourir : quand la mort devient une réponse sociale

    Le contraste est encore plus direct concernant la fin de vie.

    La France a désormais institué un droit à l'aide à mourir dans certaines circonstances. Le dispositif permet, sous des conditions précises, le recours à une substance létale.

    Or, devant les autorités françaises, Léon XIV a dénoncé « l'offre d'une mort programmée ».

    La formule est particulièrement forte, précisément parce qu'elle intervient dans un pays qui vient de franchir une nouvelle étape législative sur cette question.

    Le pape pose ici une limite fondamentale : la souffrance humaine ne saurait transformer la mort provoquée en solution médicale ordinaire.

    Il ne s'agit pas simplement d'une divergence sur les garanties entourant l'aide à mourir. C'est une différence concernant la signification même du soin.

    La logique catholique consiste à accompagner la personne souffrante, à soulager sa douleur, à entourer sa fragilité et à ne jamais considérer que la dépendance ou la souffrance lui fait perdre sa dignité.

    Léon XIV parle précisément de « soutenir la fragilité avec tendresse ».

    La formule mérite d'être méditée dans une société où l'autonomie est devenue une valeur centrale. Car que devient la dignité lorsque l'homme n'est plus autonome ? Que vaut une vie lorsqu'elle est devenue entièrement dépendante des autres ?

    La réponse chrétienne est radicale : elle vaut toujours autant.

    La personne âgée, malade, handicapée ou mourante ne possède pas une dignité diminuée. Elle possède la même dignité humaine que lorsqu'elle était jeune, forte, autonome et productive.

    L’homme n’est pas une matière disponible

    Léon XIV élargit d'ailleurs son propos à d'autres questions bioéthiques : il évoque notamment « les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l'achat d'organes », auxquels il associe « l'offre d'une mort programmée ».

    Ce rapprochement révèle la cohérence de sa pensée.

    Dans tous ces domaines apparaît la même question : l'être humain peut-il devenir un objet disponible entre les mains de la technique, du marché ou de la volonté individuelle ?

    Ce qui est techniquement possible n'est pas nécessairement humainement souhaitable.

    La science donne à l'homme des possibilités extraordinaires. Mais elle ne lui fournit pas, à elle seule, le critère permettant de déterminer ce qu'il doit faire de ces possibilités.

    C'est précisément pourquoi Léon XIV rappelle la nécessité d'une conscience morale capable de discerner le bien.

    La liberté n’est pas l’unique mesure du bien

    On retrouve ici l'un des points fondamentaux du message pontifical.

    La culture contemporaine tend souvent à penser la dignité humaine à partir de l'autonomie : je suis libre, donc je dois pouvoir décider.

    Le christianisme part d'un autre principe : je suis une personne, donc ma dignité ne dépend pas de ma capacité à décider, à produire, à être autonome ou à exercer un contrôle sur ma propre existence.

    Cette différence explique une grande partie des tensions actuelles sur l'avortement, l'euthanasie, la procréation ou les manipulations génétiques.

    À Paris, Léon XIV n'a donc pas livré une simple critique circonstancielle de telle ou telle loi française. Il a placé devant la France une question beaucoup plus fondamentale :

    Jusqu'où une société peut-elle étendre le domaine de la liberté individuelle lorsqu'est en jeu la vie d'un autre être humain — l'enfant à naître — ou la vie de celui qui, devenu vulnérable, demande qu'on mette fin à ses souffrances ?

    Face à une culture qui tend à définir certains choix en termes de droits — droit à l'IVG, droit à l'aide à mourir — le pape rappelle un principe antérieur à ces droits : la vie humaine elle-même mérite protection, indépendamment de sa force, de son autonomie ou de son utilité.

    La laïcité n’est pas l’effacement du religieux

    Autre sujet particulièrement sensible en France : la laïcité.

    Léon XIV n'a évidemment pas réclamé un retour à une quelconque confusion entre l'Église et l'État. Mais il a rappelé devant les autorités françaises les « riches racines chrétiennes » de la France et la contribution du christianisme à son histoire intellectuelle, culturelle et spirituelle.

    Ce rappel est loin d'être anodin.

    La laïcité peut être comprise comme la neutralité de l'État à l'égard des religions et comme la garantie de la liberté de conscience. Elle ne devrait pas nécessairement signifier que les convictions religieuses doivent disparaître de l'espace public.

    La neutralité de l'État n'exige pas la neutralisation des croyants.

    Les catholiques sont des citoyens comme les autres. Ils ont donc le droit de participer au débat public à partir de leur foi, de leur conception de la personne humaine et de leur vision du bien commun.

    Léon XIV semble ainsi rappeler une distinction devenue essentielle : respecter la laïcité ne signifie pas renoncer à la vérité ; respecter la liberté de conscience ne signifie pas renoncer à annoncer l'Évangile.

    Une autre conception de l’éducation

    À l'UNESCO, le pape a prolongé cette réflexion sur le terrain de l'éducation.

    Face aux promesses de l'intelligence artificielle et du progrès technologique, il a rappelé que la machine peut établir des corrélations mais qu'elle ne peut répondre aux questions fondamentales concernant « le sens de la vie humaine ».

    Et cette formule particulièrement heureuse : « Le sens est l'oxygène de l'esprit. »

    Éduquer ne consiste donc pas seulement à transmettre des compétences, à préparer à un métier ou à apprendre à maîtriser les nouvelles technologies.

    Éduquer, c'est aussi apprendre à rechercher la vérité, à discerner le bien et à donner un sens à son existence.

    Léon XIV va jusqu'à affirmer que « la recherche de la vérité » est une question de « justice sociale ».

    Dans une époque où la vérité est souvent réduite à une opinion personnelle, cette affirmation n'est pas secondaire.

    Et surtout : annoncer le Christ

    Mais toutes ces questions — la vie, la dignité, la liberté, l'éducation, la paix, la société — ne constituent finalement que les conséquences d'une affirmation plus fondamentale.

    L'Église est là pour annoncer le Christ.

    Au Stade de France, devant des dizaines de milliers de jeunes, Léon XIV n'a pas présenté le christianisme comme une simple tradition culturelle française ou comme une source de valeurs humanistes parmi d'autres. Il leur a parlé de Jésus-Christ, de l'Esprit Saint, du salut, de l'espérance et de la vie éternelle.

    C'est peut-être là le véritable fil conducteur de son séjour parisien.

    À l'Élysée : la dignité de l'homme et le droit à la vie.

    À l'UNESCO : la vérité et le sens de l'existence.

    À Notre-Dame : la foi et l'espérance chrétiennes.

    Au Stade de France : le Christ et la vie éternelle.

    Tout se tient.

    Léon XIV semble rappeler que l'Église n'a pas seulement une histoire à conserver, des œuvres sociales à accomplir ou un patrimoine à défendre. Elle a une foi à transmettre et un Évangile à annoncer.

    Et c'est peut-être précisément ce qui donne à ses paroles leur tonalité particulière.

    Il ne s'agit pas d'une Église qui chercherait à être « moderne » en épousant les catégories du moment. Il s'agit d'une Église qui accepte de dialoguer avec le monde sans devenir le miroir du monde.

    Écouter sans se soumettre.
    Dialoguer sans se diluer.
    Respecter la laïcité sans accepter l'effacement du religieux.
    Défendre la liberté sans oublier les devoirs envers les plus vulnérables.
    Accompagner la souffrance sans faire de la mort une solution.
    Accueillir la modernité sans faire de la technique le critère ultime du bien.
    Et surtout, parler au monde du Christ sans avoir honte de parler comme l'Église.

    À Paris, Léon XIV n'a donc pas simplement commenté l'évolution de la société française.

    Il lui a proposé une autre conception de l'homme.

    Et c'est probablement là que se trouve la portée la plus profonde de son message : dans une société qui proclame de nouveaux droits, le pape rappelle qu'il existe quelque chose qui les précède tous — la dignité inviolable de la personne humaine et, avec elle, le droit à la vie.

    Une Église qui ne rougit pas de son message n'est pas nécessairement une Église fermée au monde.

    Elle peut être, au contraire, une Église qui a encore quelque chose à lui dire.

    (avec l'IA)

  • Baptême et droit à l’effacement des données à caractère personnel - Comprendre un débat juridique européen

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    D'Alicja Słowik sur le site de l'ECLJ :

    Baptême et droit à l’effacement des données à caractère personnel - Comprendre un débat juridique européen - Article clef

    22 Septembre 2026

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    Sommaire

    I. Droit canonique et doctrine de l’Église : le baptême comme acte unique et indélébile

    II. Droit européen : pluralité des sources du « droit à l’oubli » et enjeux de la protection de la liberté religieuse

    A. Droit de l’Union européenne

    B. Système de la CEDH

    III. Droit comparé : protection bien établie des registres de baptêmes

    Allemagne

    Espagne

    France

    Irlande

    Italie

    Malte

    Pologne

    Slovénie

    IV. Approche des juridictions européennes : à la recherche d’un juste équilibre entre le droit à la protection des données personnelles et la liberté religieuse

    A. Jurisprudence de la CJUE

    B. Jurisprudence de la Cour EDH

    Conclusion

  • L’« étatisme pacifiste » du pape Léon dans la ligne de mire d’un politologue

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    De Sandro Magister sur settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    L’« étatisme pacifiste » du pape Léon dans la ligne de mire d’un politologue. Nouveau chapitre de la discussion ouverte par Orsina

    (S. M.) L’essai de l'historien du politique Giovanni Orsina, relayé le 1ᵉʳ septembre par Settimo Cielo, très critique de cette « morale sans politique » qui constitue la limite de la prédication de paix du pape Léon, a suscité un débat d’une importance majeure chez les spécialistes de science politique et d’histoire contemporaine.

    Aujourd’hui, c'est au tour d’Antonio Caragliu, avocat au barreau de Trieste, essayiste et membre de l’Union des juristes catholiques italiens, de répondre à Orsina.

    En analysant « Magnifica humanitas », M. Caragliu observe que — contrairement à la lecture qu’en fait le professeur Orsina — la reconnaissance du pouvoir souverain par le pape ne fait aucunement défaut. On trouverait même une exaltation du modèle étatique, y compris les contraintes exercées sur les acteurs privés (avec les concepteurs d’intelligence artificielle au premier chef) au nom du bien commun.

    Selon Caragliu, pour le pape Léon, le contrôle de l’État n'est pas un problème : c’est même la solution. Une solution hélas « dévoyée en doctrine sociale de "Secrétairerie d’État" — c’est-à-dire passée au filtre d’un dicastère à ce point immergé dans ses relations diplomatiques avec les États qu’il ne parvient plus à en percevoir les dérives idéologiques. »

    Pour le dire autrement, on trouverait chez le pape Léon un excès d’étatisme plutôt que sa démystification salutaire s’inscrivant dans la « culture politique traditionnelle des démocrates-chrétiens ».

    Sur la photo, le pape apparaît aux côtés de Chris Olah, cofondateur d’Anthropic, qu’il a invité au Vatican pour présenter « Magnifica humanitas » avant de le recevoir à Castel Gandolfo.

    La parole est à M. Caragliu.

    *

    « Magnifica humanitas » : désarmée face aux États, désarmante pour les acteurs privés

    par Antonio Caragliu

    L’essai de Giovanni Orsina contient des intuitions judicieuses, mais je considère que sa lecture globale de « Magnifica humanitas » reste au moins partiellement biaisée par une grille de lecture philosophico-politique bien particulière, que l’on retrouve dans un brillant essai de Giovanni Spadolini paru en 1950, Il papato socialista (« La papauté socialiste »).

    Dans cette étude, Spadolini, alors âgé d'à peine plus de vingt ans, soulignait que le catholicisme social et le communisme partagent un ennemi commun : le libéralisme.

    Pour être exact, il faisait référence au libéralisme du Risorgimento, imprégné d’un certain hégélianisme historiciste concevant « l’État moderne comme une entité autonome et autosuffisante, douée d’une conscience et d’une loi morale propres », tout en voyant « dans la nation la forme historique de l’État, et dans le monde une lutte permanente entre États ».

    Le socialisme catholique s'opposait, selon lui, à cette vision parce qu’à la différence du socialisme marxiste moderne axé sur la lutte des classes, il rejette le principe même de l'affrontement régissant tant l’État moderne que le capitalisme, et « résout le conflit en dissolvant l’État en soi ». L’Église — expliquait Spadolini — s’est toujours opposée à la réduction de l’existence aux seules catégories de la guerre, de la lutte des classes, de la concurrence ou de la sélection naturelle. Elle « ambitionne de remporter sa victoire majeure en lançant et en imposant, une fois encore, son message de paix, d’amour, de fraternité et de charité ».

    Parfaitement aligné sur ces thèses, Orsina reproche à la pensée sociale de Léon XIV son manque de prudence et de sain réalisme lorsqu’elle confie à la politique la mission d'édifier la « civilisation de l’amour », réduisant ainsi les rapports de force et les conflits d’intérêts qui caractérisent inévitablement l’arène politique nationale et internationale à une morale transcendante. Léon « exorcise le pouvoir », « fuit dans l’utopie », et n'admet la puissance « qu’au moment où elle renonce à elle-même, se fait faiblesse et service, se disperse ». Il la soumet « à tel point à l’éthique qu’elle se trouve privée non seulement de légitimité et d’autonomie, mais en définitive, de toute capacité réelle d’action ».

    Cette position s'inscrit dans la droite ligne de la culture politique traditionnelle des démocrates-chrétiens, qui « a toujours manié le concept de souveraineté avec précaution et embarras. Elle considérait l’idée d’une puissance séparée et transcendante gouvernant le corps politique d’en haut comme une erreur théologique avant d’être politique, ne voyant dans l’État qu’un simple instrument au service du pluralisme social. » D’où « la défiance envers l’État et la vocation supranationale. »

    Si je rejoins Orsina sur l’absence de « sain réalisme » (je dirais pour ma part « réalisme augustinien ») quant à la confiance accordée par le pape à la « politique » (en réalité, à l’État), je ne peux pas le suivre dans sa dénonciation d’une véritable dilution du pouvoir (lorsqu’il évoque une « autorité diluée jusqu’à presque disparaître dans la logique de subsidiarité »). Je ne pense pas que ce soient là les conséquences politiques réelles de l’utopisme bienveillant du pape Léon. C’est même tout l’inverse. Sur ce point, c'est l'analyse d'Orsina qui me paraît être déconnectée du réel et manquer de lucidité.

    Examinons donc l’encyclique. Le sous-titre de « Magnifica humanitas » est : « Encyclique sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ». En réalité, les enjeux éthiques, juridiques et anthropologiques propres au développement de l'IA y sont traités de manière très marginale et générique. L'objectif fondamental du texte est de récapituler et de consolider les principes et catégories du magistère social des pontifes, de Léon XIII à nos jours, en les appliquant à l’intelligence artificielle, cette dernière n'étant prise que comme une simple illustration de la catégorie globale d'innovation technologique.

    Dans cet examen des risques liés à l'IA, ce qui frappe le lecteur, c'est le silence quasi absolu du pape sur les abus que les gouvernements peuvent commettre (et commettent !) à travers le traitement automatisé des données personnelles et la surveillance de leurs citoyens, au mépris de leurs libertés fondamentales (le cas flagrant étant la Chine, bien que des dérives similaires soient notoirement perpétrées par des gouvernements occidentaux).

    La seule exception concerne les conflits armés, où il dénonce les risques de déresponsabilisation induits par l’autonomie et l’automatisation des systèmes d’IA appliqués à l’armement (n° 197 – 200). En dehors de ce cadre, le contrôle étatique n’est pas le problème aux yeux de Léon : c’est la solution. Le véritable danger — écrit-il — provient des « acteurs privés » : « Par le passé, c’étaient surtout les États qui guidaient et orientaient l’innovation. Aujourd’hui, en revanche, les principaux moteurs du développement sont des acteurs privés, souvent transnationaux, dotés de ressources et de capacités d’intervention supérieures à celles de nombreux gouvernements. Le pouvoir technologique prend ainsi un visage inédit, essentiellement privé, et donc d’autant plus difficile à cerner, à réguler et à orienter vers le bien commun. » (n° 5). Il ajoute : « Lorsqu’un pouvoir d’une telle ampleur se concentre entre quelques mains, il tend à devenir opaque et à échapper au contrôle public, et augmente le risque d’un développement faussé qui engendre de nouvelles dépendances, des exclusions, des manipulations et des inégalités. » (n° 95).

    Mais est-ce vraiment le cas ? Ces acteurs privés ont-ils le pouvoir de m'arrêter ou de m’imposer des taxes ? Exercent-ils une contrainte légale ? Ont-ils un intérêt propre à censurer mes opinions politiques ou religieuses ? Ne se prêtent-ils pas plutôt à de telles pratiques en connivence avec les gouvernements, afin d'échapper aux représailles de leur pouvoir normatif ?

    Pourtant, le véritable danger — poursuit le pape — réside dans le « pouvoir de fait sur les conditions de la vie en communauté » que détient tout acteur économique et technologique majeur (n° 71).

    Dès lors que, pour Léon, le problème réside dans les « inégalités presque automatiques » (n° 79), l’« exclusion » (notion vague propice aux abus de n'importe quel tribun) et les « processus technologiques et organisationnels qui échappent au contrôle démocratique », la solution ne peut donc être que le contrôle étatique au nom de la « justice sociale » et du « bien commun ». Par quels moyens ? Par des « redistributions progressives » (n° 153), des « lois justes et des instruments de redistribution qui corrigent les déséquilibres » (n° 162).

    Dans un tel cadre, se réfugier derrière de timides concessions à la subsidiarité, à la « créativité humaine » ou à la propriété privée — comme le proposent les interprétations accommodantes de certains think tanks comme l’Acton Institute — me semble inefficace et dépourvu de sens.

    J'en reviens à Orsina. « Magnifica humanitas » manque certes de réalisme, mais contrairement à ce qu'il affirme, la reconnaissance du pouvoir souverain n'y fait nullement défaut. La contrainte y est bien présente, et son exercice se trouve légitimé dès lors qu'il s'applique aux acteurs privés pour le bien commun. Dans une lecture socio-économique qui oscille entre marxisme et keynésianisme poussé, ce constat est flagrant et inévitable.

    Dans cette encyclique, au nom de la satisfaction des besoins de tous et d'une orientation maîtrisée du développement économique, on assiste à une exaltation du schéma étatique. Certes, il s'agit d'un étatisme non belliciste : pacifiste, inclusif, et à vocation supranationale. Le projet d'une civilisation de l'amour « consiste à traduire la charité en structures de justice, à donner une forme institutionnelle à la fraternité » (n° 186) et se donne pour tâche de « transformer cette interdépendance subie en une solidarité voulue et choisie » (n° 187). Mais ici, le pouvoir n'est ni dissous, ni affaibli, ni dispersé : c'est tout le contraire.

    Certes, le problème n'est pas neuf et ne concerne pas cette seule encyclique, il serait injuste et inexact de le prétendre. Il découle d'une doctrine sociale de l'Église dévoyée en doctrine sociale de « Secrétairerie d'État » : c’est-à-dire passée au filtre d’un dicastère à ce point immergé dans ses relations diplomatiques avec les États qu’il ne parvient plus à en percevoir les dérives idéologiques. On serait en droit d’attendre de l'Église un sens plus aigu de l'histoire, un plus grand réalisme et, surtout, une compréhension plus profonde de l'Évangile. Car le fond du problème est avant tout d'ordre théologique.

    Le célèbre passage de l’Évangile où Jésus répond aux pharisiens de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu — qu’on réduit bien souvent à tort à une simple délimitation des compétences entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel — mériterait d'être approfondi à sa juste valeur. On en tirerait une précieuse démystification du pouvoir et une liberté de jugement qui font défaut aujourd'hui encore.

    On y gagnerait en réalisme et en fidélité à l'Évangile.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • La méthode scientifique est-elle objective?

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    De Jean-Pierre Snyers :

    La méthode scientifique est-elle objective?

    On le sait, la méthode scientifique repose sur des axiomes (qui, par définition, sont indémontrables). Voilà qui ressemble étrangement à un acte de foi et qui semble bien manquer d'objectivité. Contrairement à ce postulat de départ, un esprit neutre ne dira pas "oui" ou "non" avant son examen et cela, parce qu'il sait que ce n'est qu'après celui-ci qu'il pourra éventuellement se prononcer. Un exemple me revient à l'esprit. Il y a quelques années, j'ai lu un livre qui avait pour but de montrer la fausseté des apparitions mariales. Seulement voilà, avant celui-ci, il en avait écrit un autre dans lequel il affirmait que le Christ n'a jamais existé.  Problème: s'il part du fait que Jésus-Christ n'a pas existé, comment une apparition de sa mère pourrait-elle avoir lieu? Il est résulte qu'à la base, tout est faussé et que sa conclusion était déjà présente avant sa recherche. Donc, aucune objectivité n'existe dans son cas. Dans le même sens, quand il examinait un miracle dans l'Evangile, Jean-Paul Sartre "savait" d'avance que le miracle est impossible et cela prouve le caractère on ne peut plus partial de son étude. 

    Par ailleurs, Emmanuel Kant a soutenu que nous ne connaissons jamais le noumène (les objets tels qu'ils sont indépendamment de nous), mais uniquement le phénomène (c'est à dire ce qu'ils sont tels qu'ils nous apparaissent à travers nos filtres mentaux). Donc, prétendre que la science décrit la réalité telle qu'elle est, s'avère intellectuellement indigent, très peu crédible. Cela dit, fort heureusement, il existe d'autres moyens de connaissances. Parmi ceux-ci: la philosophie (dont fait partie la métaphysique), la logique, le degré de probabilités, la mystique ou encore l'intuition.

    A propos de l'intuition, permettez-moi de vous faire part d'un fait qui m'est arrivé. Il y a une vingtaine d'années, mon collègue de travail a fait une crise cardiaque. Transporté d'urgence (dans le coma) à l'hôpital universitaire de Leuven, son état était particulièrement alarmant. Durant les jours qui suivirent, j'avais de ses nouvelles grâce à sa femme à qui je téléphonais. Cependant, plus le temps passait, pire c'était et cela au point où son épouse a fini par me dire que les médecins de voyaient plus qu'une seule solution: tout débrancher et le laisser mourir. Ayant marqué son accord, elle a ajouté que ses funérailles sont prêtes et que sa tombe est déjà creusée. Très bouleversé par cette triste nouvelle, j'étais dans mon bureau où se trouvaient 3000 livres philosophiques et religieux. Moins d'une minute après, j'ai pris, je ne sais pas pourquoi, un tout petit livre (que j'avais complètement oublié et que je n'avais jamais lu). Il avait trait à une apparition de la Vierge à Turzovka (en Slovaquie) vue par garde-forestier. Sans l'avoir feuilleté, je suis immédiatement tombé sur un court passage ayant trait à une dame qui avait une amie (que j'appellerai Simone) qui était dans le coma. Pensant à elle, elle fit cette prière: "Au nom de Notre-Dame de Turzovka, réveille-toi Simone" Contre toute attente, le même jour son amie s'est réveillée et fut entièrement guérie. Juste après avoir lu cela, j'ai fait la même prière en utilisant le prénom (Corneille) de mon collègue. Deux heures après, sa femme me téléphone en me disant: "Jean-Pierre, tu ne me croiras pas, Corneille s'est réveillé et, non seulement c'est le cas, mais il parle, il mange et veut se lever". 6 jours plus tard, il est sorti de l'hôpital sans aucune séquelle et vécu encore de nombreuses années en parfaite santé. Qu'en pensez-vous et qu'en pense la science actuelle? Qu'il s'agit d'un simple hasard ou d'une intervention d'un monde au-delà du matériel qui, à travers les postulats du monde scientifique, se voit refusé d'emblée?...

    Jean-Pierre Snyers (Adresse du blog : jpsnyers.blogspot.com )
  • L’exposition sur les enfants à naître qui fait peur à la gauche

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    D'Ermes Dovico sur la NBQ :

    Mostra sui nascituri al Parlamento europeo (foto Pro Vita e Famiglia)

    L’exposition sur les enfants à naître qui fait peur à la gauche

    Au Parlement européen, quatorze panneaux présentent le développement de l’enfant dans le sein maternel. La gauche s’insurge, allant jusqu’à demander leur retrait — une demande qui n’a pas été acceptée. Un épisode qui confirme les contradictions de l’idéologie, laquelle redoute la réalité.

    18 septembre 2026

    « L’aventure de la vie commence au moment de la conception, lorsque le spermatozoïde du père féconde l’ovule de la mère, donnant naissance au zygote, premier stade d’un être humain nouveau, unique et irremplaçable. » Ce sont des paroles que l’on pourrait lire dans n’importe quel manuel de biologie. Elles figurent dans une exposition de quatorze panneaux intitulée Just EUman – Comment naît un citoyen européen, qui décrit les différentes étapes du développement de la vie humaine prénatale, de la conception au neuvième mois.

    L’exposition, promue par le député européen Paolo Inselvini (Fratelli d’Italia – groupe des Conservateurs et Réformistes européens) et conçue par Pro Vita & Famiglia, a été présentée du 14 au 17 septembre à Strasbourg, dans les locaux du Parlement européen. Quatre jours seulement : telle était la durée de l’autorisation. Pourtant, certains — c’est-à-dire la gauche et ses alliés — ont tenté de la faire retirer avant son terme.

    « Un rejet des valeurs européennes », « une blessure infligée à la démocratie », « une offense faite à toutes les femmes », sans oublier l’inévitable « retour au Moyen Âge », etc. Dans les commentaires publiés ces derniers jours contre l’exposition, on retrouve tout l’arsenal des slogans forgés au cours des dernières décennies par la propagande favorable à l’avortement pour faire passer pour un « libre choix » ce qui, selon l’auteur, n’en est pas un : la mise à mort d’un être humain innocent.

    Ces réactions émanent de personnalités connues de la politique italienne, telles qu’Alessandra Moretti (Parti démocrate), Ilaria Salis (Alliance des Verts et de la Gauche), Carolina Morace et Valentina Palmisano (Mouvement 5 étoiles), mais aussi de députés européens étrangers, comme la Française Manon Aubry.

    C’est précisément Aubry, coprésidente du groupe de la Gauche, qui a formulé ce qui apparaît comme le commentaire le plus paradoxal, puisqu’il se retourne en quelque sorte contre son auteur : « L’avortement est un meurtre. Voilà, en substance, le message que le Parlement européen diffuse dans ses couloirs à travers une exposition hostile à la liberté de choix, qui affirme que l’embryon est une vie humaine dès la conception. »

    Et qu’est-il donc, sinon une vie humaine ? Un commentaire qui, aux yeux de l’auteur, confine au grotesque et qui illustrerait la manière dont l’idéologie peut s’accompagner d’une méconnaissance de la réalité biologique la plus élémentaire : la vie constitue un continuum, dont le commencement est clairement la conception.

    Cela ne lui a pas suffi. Manon Aubry avait également écrit à la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, pour lui demander le retrait de l’exposition — laquelle, comme on l’a indiqué, s’est finalement tenue normalement jusqu’à la date prévue, c’est-à-dire jusqu’à hier.

    À sa lettre s’étaient associés l’autre coprésident du groupe de la Gauche, Martin Schirdewan, ainsi que les présidentes des groupes des Socialistes et Démocrates, Iratxe García Pérez, et des Verts, Terry Reintke. Ilaria Salis avait elle aussi demandé une intervention immédiate de Roberta Metsola, tandis que Carolina Morace était même allée jusqu’à réclamer l’ouverture d’« une enquête interne afin de vérifier que toutes les procédures avaient été respectées ».

    La contradiction est manifeste : nous avons ici des responsables politiques qui, d’un côté, parlent de démocratie et de liberté de choix et qui, de l’autre, voudraient censurer une exposition présentant des informations scientifiquement établies. L’objectif de l’exposition était d’informer afin que « ceux qui sont appelés à légiférer puissent d’abord regarder et constater par eux-mêmes ce que démontre la science ». Depuis quand cela serait-il interdit ?

    Le fond du problème, selon l’auteur, est que les militants favorables à l’avortement ne supporteraient pas une exposition comme celle de Strasbourg parce qu’elle constitue une représentation concrète de la réalité : chacun de nous est passé par chacune des étapes décrites sur ces quatorze panneaux et il ne saurait exister de « droit » ni de « valeur européenne » si l’on ne reconnaît pas au préalable le droit à la vie, à commencer par celui des enfants à naître.

    À celles et ceux qui, comme Moretti, reprochent à l’exposition de « piétiner le droit des femmes à disposer de leur propre corps », l’auteur répond que, lors d’un avortement volontaire, le corps auquel il est mis fin est celui d’une autre personne, laquelle existe en tant que telle dès la conception et serait donc porteuse de tous les droits qui en découlent (cf. Donum Vitae et Dignitas Personae).

    Cette vérité, poursuit-il, échapperait manifestement à certains représentants d’une institution, le Parlement européen, qui depuis quelque temps se « distingue » par des initiatives jugées radicales — notamment le vote par lequel a été adoptée une résolution demandant l’inscription du « droit à l’avortement » dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Et ce, alors même que cette matière ne relève pas des compétences de l’Union européenne elle-même : pour qu’une telle modification puisse éventuellement devenir effective, il faudrait notamment l’accord unanime de tous les États membres.

    Lors des obsèques civiles d’Emma Bonino, le secrétaire de +Europa, Riccardo Magi, avait fait l’éloge de la défunte, affirmant qu’elle « n’avait jamais eu peur de critiquer les institutions, jusqu’à désobéir aux lois qu’elle estimait injustes ».

    Parmi les lois que Bonino combattait au nom de ce qu’elle considérait comme des « injustices » figuraient celles qui interdisaient l’avortement. Selon l’auteur, son combat aurait ainsi contribué à normaliser ce qui, auparavant, était unanimement reconnu comme un mal.

    Et ce qui s’est produit avec l’exposition de Strasbourg confirmerait, toujours selon lui, que la normalisation de l’avortement est allée jusqu’à nier à l’autre partie la liberté d’expression la plus élémentaire et la mieux fondée : montrer que celui qui est tué est un être humain, le plus vulnérable de tous ; et montrer qu’une loi de cette nature — opposée à la loi morale naturelle — est précisément une loi injuste.

    Mais, conclut l’auteur, c’est une désobéissance que le pouvoir n’admet pas.

  • Le Pape en France : quand la presse française, ou plutôt parisienne, est en émoi

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    D'Ed. Condon sur le Pillar :

    Presse française, in nomine Ecclesiae, et saison des récompenses

    18 septembre 2026

    Personne ne prend plus de plaisir que moi à taquiner les Français. C’est vraiment l’un des petits plaisirs innocents de la vie. Il y a quelque chose dans le caractère national gaulois qui, pour certains d’entre nous, appelle tout simplement à être un peu dégonflé.

    Ne vous méprenez pas : j’aime à la fois la France et les Français, dans l’ensemble. La cuisine, le vin, la langue, l’art, l’architecture — sans parler de la beauté intrinsèque du pays lui-même — en font un endroit merveilleux. Et je n’hésite pas à le dire : la grande majorité des Français sont des gens simples et authentiques, ouverts d’esprit, curieux et intéressants, et tout simplement de bonne compagnie.

    La vérité, c’est que lorsque des gens comme moi avouent aimer piquer « les Français », ce que nous voulons vraiment dire, c’est « les Parisiens ».

    Paris est à la France ce que New York est aux États-Unis : un piège à touristes en permanence dysfonctionnel, gangrené par la criminalité, surestimé et hors de prix, où la nourriture est médiocre, les rues non balayées, et les habitants d’une supériorité méprisante. C’est le genre de combinaison qui donne aux gens honnêtes l’envie de les provoquer — c’est ainsi, et c’est pourquoi, qu’a été inventée la pizza deep-dish de Chicago.

    Je mentionne tout cela parce que la presse française, ou plutôt parisienne, est en émoi cette semaine : apparemment, le Vatican a opposé un non poli mais ferme à toute une série de demandes concernant la prochaine visite du pape Léon en France. J’ai lu avec intérêt que le Saint-Siège a refusé que le pape soit accueilli avec une garde militaire complète, décoré de la grand-croix de la Légion d’honneur, soumis à un banquet d’État et enchaîné au président Macron pour une visite privée de Notre-Dame.

    J’aimerais croire que Léon, en tant que fils de Chicago, manifeste simplement une impatience midwestern sans chichis face au faste et au cérémonial inutiles, ainsi qu’une allergie native à la prétention. Mais je ne pense pas que ce soit tout à fait cela.

    La France traverse actuellement le même cycle politique toxiquement acrimonieux que le reste de l’Occident, et la liste des choses auxquelles Léon a répondu « merci, mais non merci » est largement interprétée là-bas comme une manière habile du Vatican d’éviter que le voyage du pape ne soit récupéré en une série de séances photo présidentielles d’une semaine.

    Il me semble assez clair que Léon a toujours conçu ce bref passage en France comme une visite pastorale du pasteur en chef du troupeau du Christ, et non comme une visite d’État du Père des princes et des rois. Cette distinction est à la fois formelle et assez évidente d’un point de vue diplomatique, et bien établie dans les voyages pontificaux.

    Le voyage de saint Jean-Paul II au Royaume-Uni en 1982 fut le premier de l’histoire effectué par un pape régnant, mais s’il a rencontré la reine Élisabeth II en sa qualité de gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre, et non de chef d’État, il a — d’un commun accord — évité soigneusement le chef du gouvernement, Margaret Thatcher. En revanche, la visite de Benoît XVI en 2010 fut une véritable occasion d’État, avec tout le faste, littéral et métaphorique, que Macron a apparemment demandé… et qui lui a été refusé.

    Je m’attends à ce que les attentes de Léon pour ce voyage aient été clairement exprimées dès le départ, et que l’Élysée ait simplement espéré tirer un peu plus de jus d’un pape encore dans sa saison de rookie. Mais le Quai d’Orsay du Vatican n’est pas composé de débutants, et Léon n’est pas un naïf.

    Je suis content qu’il garde sa poudre diplomatique au sec et qu’il réserve le prestige de chef d’État de la papauté pour le moment où lui, et lui seul, décidera de l’utiliser. La question est : où sera-ce ? Cela vaudra la peine d’être observé.

  • Des évangélistes qui se contredisent sont-ils fiables ?

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    De Matthieu Lavagna sur 1000 raisons de croire :

    Le critère de dissimilarité renforce la fiabilité des Évangiles

    Vous avez sûrement déjà entendu certains affirmer : « Les évangélistes nous rapportent des versions différentes des mêmes événements ; c’est la preuve qu’ils se contredisent et qu’on ne peut pas leur faire confiance ! » Voilà une objection qu’on lit souvent sur Internet, mais il faut savoir qu’elle n’est pas prise au sérieux chez les universitaires. En effet, parmi les critères d’historicité, les spécialistes du Nouveau Testament utilisent – entre autres – le critère de dissimilarité entre les récits pour attester la fiabilité des textes évangéliques.


    Les raisons d'y croire

    • Le critère de dissimilarité affirme la chose suivante : si divers témoignages d’un même événement s’accordent sur les éléments principaux et divergent sur des éléments secondaires, alors l’événement en question est probablement historiquement vrai (au moins dans les grandes lignes).
    • En effet, lorsque quelqu’un fabrique une histoire de toutes pièces, il évite en général de relater des discours en apparence contradictoires. Au contraire, il prend soin – pour paraître crédible – de s’assurer que les différents témoignages sont identiques.
    • Ce principe rationnel est utilisé dans beaucoup d’autres domaines de la vie quotidienne : les enquêteurs de police et les juges en font usage lorsqu’ils écoutent ce qu’ont à dire les différents témoins d’un même événement. Si tous les témoignages sont absolument identiques en tous points, il y a une suspicion évidente de complot. Au contraire, le fait que les témoins présentent des versions légèrement différentes du même fait atteste de l’indépendance et de la sincérité de la version de chacun. Les témoins en question ne se sont pas concertés pour inventer un récit parfaitement harmonieux.
    • Appliqué aux Évangiles, ce critère de dissimilarité permet de renforcer l’historicité de nombreux passages que certains sceptiques accusent d’être contradictoires. En réalité, le fait que les évangélistes n’aient pas voulu cacher ces « contradictions apparentes » montre bien qu’ils étaient honnêtes dans ce qu’ils rapportaient, et que leur témoignage est historiquement crédible.

    En savoir plus

    Le fait que les textes évangéliques rapportent différentes versions d’un même événement ne suffit pas pour que les historiens du Nouveau Testament les accusent d’être contradictoires et historiquement erronés. En effet, avoir des témoignages différents n’implique pas nécessairement de contradiction, mais une complémentarité d’informations qui racontent globalement un même fait sous différents angles.

    L’accusation à outrance de contradictions, qu’on lit souvent sur Internet, n’impressionne donc pas beaucoup les historiens en ce qui concerne la fiabilité générale du texte. Réfléchissez-y. Il serait tout de même étrange que les quatre récits des Évangiles racontent exactement la même version au détail près. Les enquêteurs de police le savent très bien : si les témoins interrogés livrent rigoureusement le même récit en tous points, il y a une suspicion évidente de complot. En effet, il serait tout à fait suspect de retrouver quatre témoignages absolument identiques, sans omettre aucun détail secondaire. Au contraire, les enquêteurs attendent que les versions données par les individus soient globalement concordantes, car ils savent bien que, lorsque les gens rapportent des témoignages véridiques, il est fréquent qu’ils divergent beaucoup sur les détails secondaires. Cela ne remet pas en cause leur fiabilité générale, maismontre que chacun donne une perspective différente du même événement.

    Prenons l’exemple préféré des sceptiques : la divergence sur les femmes qui découvrent le tombeau vide. Lesquelles sont présentes ? La liste varie quelque peu : selon l’Évangile de Marc, il s’agit de Marie de Magdala, Marie mère de Jacques, et Salomé. L’Évangile de Matthieu ne rapporte que Marie de Magdala et « l’autre Marie », sans mentionner Salomé. L’Évangile de Luc, lui, se contente de parler d’un « groupe de femmes ». Enfin, l’Évangile de Jean mentionne Marie de Magdala et la présence plausible d’un autre groupe de femmes (cf. l’usage du « nous » dans Jean 20,2 ).

    Ici, les faits sont rapportés de manière différente mais non contradictoire. L’historien peut en conclure que nous avons plusieurs sources historiques indépendantes qui attestent qu’un groupe de femmes a bien découvert le tombeau vide de Jésus trois jours après la crucifixion. Mais il serait absurde d’en conclure, comme c’est le cas chez certains sceptiques, que la découverte du tombeau vide est une fiction sous prétexte que les récits diffèrent sur des détails secondaires.  En effet, si les évangélistes avaient inventé cette histoire de tombeau vide, ils auraient sûrement pris soin d’harmoniser les différentes versions afin d’en produire une seule. On ne peut donc pas les accuser d’avoir trafiqué un récit de toutes pièces.

    À ce sujet, le théologien Henri Blocher remarque très justement : « Ceux qui accusent les textes de contradictions nous semblent les aborder avec une étrange rigidité. Ils ne seraient contents que si les Évangiles exhibaient dès la première lecture une correspondance parfaite, que si l’harmonie était d’emblée évidente et sans aucune obscurité. Mais c’est là vouloir une Bible tombée du ciel ! Les juges savent bien qu’en général, des témoignages tous véridiques mais indépendants présentent des variations considérables, et qu’il est d’abord difficile de les harmoniser. Cela tient à la différence des points de vue, aux choix des éléments retenus, à l’élasticité des mots. Lorsque des témoins de foi paraissent s’opposer, le juge ne décrète pas aussitôt qu’ils se contredisent : il tente une conciliation plausible de leurs dires. C’est cette attitude sympathique et souple que les évangélistes méritent aussi. Montrer qu’on peut les lire d’une façon qui ne les oppose pas, ce n’est pas faire un effort désespéré et malhonnête pour sauver un texte sacré de l’incohérence ; c’est simplement leur accorder le minimum qu’exige un homme digne de foi » (Henri Blocher, « L’accord des Évangiles et la résurrection », La Bible au microscope, vol. II, Édifac, 2010, p. 81).

    Bien loin d’être un argument contre la fiabilité des Évangiles, la dissimilarité entre les récits (comme pour celui de la Passion de Jésus ou de la découverte du tombeau vide) penche au contraire en faveur de l’authenticité générale du témoignage, écartant toute suspicion d’intention complotiste de la part des évangélistes.

    Matthieu Lavagna, auteur de Soyez rationnel, devenez catholique !


    Aller plus loin

    Jim Warner Wallace, Cold-Case Christianity, David C Cook, 2013.


    En complément