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Foi - Page 529

  • Pour comprendre le synode sur l’Amazonie

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    Guénois images (2).jpgUne provocation de plus dans l’agitation qui déstabilise l’Eglise universelle ? Jean-Marie Guénois, rédacteur en chef au Figaro, responsable des affaires religieuses, a suivi tout le synode sur l’Amazonie à Rome. Il témoigne pour le mensuel « La Nef » dans son numéro de décembre 2019 :

    "La Nef – Vous avez suivi le synode sur l’Amazonie depuis Rome : comment l’avez-vous vécu ?

    Jean-Marie Guénois – J’ai suivi à Rome beaucoup de synodes sous Jean-Paul II et sous Benoît XVI ainsi que les deux synodes sur la famille avec François et le synode sur les jeunes l’an passé. Aucun synode ne se ressemble à vrai dire car les sujets diffèrent tous comme les participants. En un mois de travail, trois semaines aujourd’hui, il se passe quelque chose entre les « pères synodaux » – des évêques pour la plupart – qui vivent une expérience ecclésiale indéniable. On peut en sourire si l’on considère que la « synodalité », toujours pratiquée dans l’orthodoxie, demeure une façade dans l’Église catholique. On peut aussi la prendre au sérieux comme une réunion « d’apôtres » que sont censés être les évêques. En tout état de cause, un synode permet de faire un point assez approfondi sur une question d’Église. Il donne une photographie précise, nuancée, d’une réalité car de nombreux points de vue s’expriment alors. Le synode préconise également une série de mesures concrètes. Au pape, ensuite, de retenir dans une exhortation post-synodale ce qui lui semble utile pour l’Église.

    Sur la forme, ce synode sur l’Amazonie était donc un synode comme les autres, il n’a rien inventé et il faut rendre hommage ici à Jean-Paul II qui a réhabilité et beaucoup pratiqué cet exercice synodal. Sur le fond, en revanche, ce synode est allé très loin dans le particularisme. Ce n’était pas la première fois que l’Église réunissait un synode régional – Benoît XVI le fit pour la Terre Sainte, Jean-Paul II pour le Liban, pour l’Europe, l’Afrique notamment – mais on n’était jamais allé aussi loin dans l’importation au Vatican de personnes et de thèmes aussi « exotiques » avec leurs coutumes. Jamais non plus n’avait-on intégré à ce point, une question, non spontanément religieuse, comme l’écologie, dans les débats dits ecclésiaux. Enfin, de même que le synode sur la famille avait voulu faire avancer la question de l’accueil des divorcés-remariés dans la communion ecclésiale, ce synode a voulu faire avancer la question de l’ordination d’hommes mariés.

    Vous avez écrit dans Le Figaro que la grande intuition de François avait été la « théologie du peuple » et que ce synode avait été l’aboutissement de cette vision : pourriez-vous nous l’expliquer ?

    François regarde l’Église « d’en bas ». C’est-à-dire du point de vue des plus petits, des plus éloignés, des « exclus » mais aussi des plus simples, ces fidèles qui vivent de la piété populaire. Il se méfie, critique et récuse a priori les « élites catholiques » qu’il voit dans la haute hiérarchie cardinalice et épiscopale mais aussi les « catholiques d’élites » – je le cite dans son discours de clôture du synode sur l’Amazonie – qu’il voit chez les conservateurs souvent réduits au rang de « pharisiens ». Pour lui, la « vérité » de l’Église ne se trouve pas chez les « docteurs de la loi », je le cite toujours, mais dans le bon sens du « peuple de Dieu » qui, lui, « ne se trompe pas ». Quand, jeune supérieur des jésuites d’Argentine, il a dû lutter contre l’interprétation marxiste du christianisme véhiculée par la théologie de la libération, il a créé cette « théologie du peuple » s’appuyant alors sur la foi chrétienne du peuple et s’éloignant des savants théologiens. Cette même méthode, il l’a appliquée aux deux synodes sur la famille dont les deux sessions visaient à faire évoluer, en comptant sur le temps, les consciences catholiques, le « peuple catholique » sur la question des divorcés remariés. Cette méthode, il l’a aussi appliquée au synode sur l’Amazonie, en partant des « besoins du peuple » pour réformer l’Église : dont le besoin eucharistique pour les tribus éloignées ; dont le besoin de ministres du culte ; d’où la nécessité d’ordonner prêtres des hommes mariés. Non pas en théorisant le problème mais en cherchant à répondre à un besoin pastoral du peuple.

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  • Banneux à l'honneur sur Aleteia

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    D'Albane de Cugnac sur le site Aleteia.org :

    Les apparitions de Banneux, un message à tous les pauvres et donc à chacun de nous

    Banneux

    Source du Sanctuaire Marial de Banneux, Belgique.

    Hozana | 12 décembre 2019

    Banneux, un village au sud de Liège, en Belgique, est un lieu marial encore trop peu connu où la Sainte Vierge est apparue en 1933 à une jeune fille de 12 ans. S’en souvenir à quelques jours de la naissance de Jésus, petit parmi les plus petits, pauvre parmi les plus pauvres, c’est une invitation à méditer sur la pauvreté. Car c’est un véritable message à tous les pauvres et donc à chacun de nous qu’elle a adressé au monde.

    Nous sommes le 15 janvier 1933. Mariette Béco est l’aînée d’une famille de sept enfants. Peu pratiquante, cela fait de nombreux mois qu’elle ne se rend plus au catéchisme. Elle préfère rester à la maison pour aider sa mère, tombée gravement malade. Pourtant, ce soir-là, alors qu’il fait déjà très sombre et froid dehors, elle guette son petit frère à la fenêtre qui n’est pas encore rentré et aperçoit alors une « dame » qui la regarde les mains jointes vers le bas. Sans hésitation, elle reconnaît la Sainte Vierge.

     Lire aussi : Ces apparitions reconnues comme « dignes de foi » par l’Église

    Malgré son manque de piété, Mariette sent naître en son cœur un grand désir de s’approcher de Marie. Quelques jours plus tard, alors que la petite fille affronte le froid glacial pour prier son chapelet, la Vierge apparaît à nouveau et lui fait signe de la suivre. Ensemble, elles s’approchent d’une source et Marie s’adresse à Mariette pour la première fois : « Poussez vos mains dans l’eau ». La fillette obéit… Quel est donc le message que Marie souhaite ici adresser à chacun de nous ? Elle nous invite à déposer à ses pieds tous nos soucis, toutes nos souffrances, toutes nos douleurs. L’eau, témoignage d’une vie nouvelle, est aussi le symbole de la purification. La Sainte Vierge envoie ce signe à tous les hommes qui traversent la nuit du désespoir. Elle se rend toute disponible afin de les soutenir dans leurs épreuves et leurs combats. Elle encourage aussi chacun à se reconnaître pêcheur afin de demander au Seigneur la grâce d’être pardonné. Elle est la mère du Seigneur et souhaite soulager les Hommes de leurs fardeaux.

    Un message à tous les pauvres et donc à chacun de nous

    Le lendemain, le 19 janvier 1933, la Sainte Vierge apparaît à nouveau près de la source… Plus audacieuse, Mariette ose alors lui demander qui elle est. « Je suis la Vierge des Pauvres. Cette source est réservée pour toutes les nations, pour soulager les malades ». Les Évangiles en témoignent : Jésus est très attentif à la pauvreté. Il a d’ailleurs choisi de naître dans une étable et de se faire tout petit et discret. Cependant, il ne faut pas s’arrêter à la simple pauvreté matérielle. Marie s’exprime ici à chaque homme. Méditons donc sur ce terme de « pauvreté » ! Qui sont les pauvres que je croise dans mon quotidien ? Et moi, de qui suis-je le pauvre ? Les pauvretés sont nombreuses et diverses et chacun de nous les côtoie tous les jours. 

     Lire aussi : « Les formes de pauvreté sont en train de se diversifier »

    La Sainte Vierge s’adresse à tous les pauvres et donc à chacun de nous. Elle prend toutes nos pauvretés sous son aile — que celles-ci soient matérielles, physiques, psychologiques ou spirituelles. Comme les Béatitudes nous y encouragent, il est alors en notre pouvoir d’identifier ces pauvretés et de les accepter avec humilité et douceur. « Heureux les pauvres de cœur car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3). C’est avec un cœur humble et un esprit brisé que nous pourrons réellement nous mettre en marche vers Jésus. Nos souffrances ne disparaîtront pas mais en suivant le chemin que Marie nous montre, elles seront plus douces et supportables. Les bras de Marie sont tendus vers chacun comme une mère avec ses enfants.

    « Croyez-en moi et je croirai en vous »

    Lors d’une sixième apparition, le 15 février 1933, le chapelain du village, l’Abbé Jamin, va exprimer à Mariette une requête toute particulière. Celui-ci vit en effet depuis plusieurs mois une réelle et profonde nuit de la foi. Nombreux sont les instants au cours desquels il a remis en question sa foi et son zèle apostolique. Alors c’est avec beaucoup d’intérêt qu’il propose à cette petite villageoise de demander à Marie un signe pour que tous les habitants puissent croire. « Croyez-en moi et je croirai en vous », répond simplement la Sainte Vierge à la fillette. Marie demande ici à chaque homme de lui faire confiance, de se laisser guider avec abandon et humilité. Ainsi en lui jetant toutes nos épreuves, en déposant nos pauvretés à ses pieds, nous pouvons être convaincus qu’elle saura les prendre et les transformer.

     Lire aussi : La carte qui recense toutes les apparitions mariales depuis 500 ans

    Elle ne vient pas retirer nos souffrances mais peut nous aider à porter notre croix qui nous mènera vers son fils. Ce mystère de la croix est bien difficile à comprendre mais il est pourtant indissociable du chemin qui nous conduira au Seigneur. En acceptant de remettre nos pauvretés à Marie, nous exprimons notre désir d’être aidés par notre maman du Ciel en empruntant un chemin plus doux et moins rude. Quant à la Sainte Vierge, son seul désir est de pouvoir conduire chacun de ses enfants à la sainteté et à la vie éternelle. Tout ce qu’elle fait reste tourné vers son fils.

    En ce temps de l’Avent, en ce temps où Jésus accepte de naître parmi les plus pauvres, acceptons donc de reconnaître nos pauvretés et de les confier à Notre Dame des Pauvres afin d’avancer avec elle vers son fils. Vous pouvez poursuivre cette réflexion en priant avec le Secours Catholique pour les personnes en situation de précarité.

  • Les 50 ans de sacerdoce du pape

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    De Vatican News :

    Pape François: 50 ans de sacerdoce au service de Dieu et de son peuple

    Jorge Mario Bergoglio a été ordonné prêtre dans la Compagnie de Jésus le 13 décembre 1969, par l’archevêque argentin Ramón José Castellano. Une vocation née de l'expérience du pardon de Dieu qui s'est transformée en une vie donnée avec joie et simplicité. Le prêtre, souligne souvent le Pape, vit parmi son peuple avec le cœur miséricordieux de Jésus. Retour sur les traits marquants évoqués et vécus par le Saint-Père à propos du sacerdoce.

    Sergio Centofanti - Cité du Vatican 

    50 années sont passées. C'était le 13 décembre 1969: Jorge Mario Bergoglio, quatre jours seulement avant son 33e anniversaire, était ordonné prêtre. Sa vocation remonte au 21 septembre 1953, mémoire de saint Matthieu, le publicain converti par Jésus: lors d'une confession, le jeune Bergoglio fait une profonde expérience de la miséricorde de Dieu. C'est une joie immense qui l'a conduit à prendre une décision “pour toujours”: être prêtre.

    C'est le temps de la miséricorde

    C'est précisément la miséricorde divine qui caractérise toute sa vie sacerdotale. Les prêtres, affirme-t-il, sans faire de bruit, laissent tout pour s'engager dans la vie quotidienne des communautés, donnant aux autres leur propre vie, «ils sont émus devant les brebis, comme Jésus, quand il voit les gens fatigués et épuisés comme des brebis sans berger». Ainsi, «à l'image du Bon Pasteur, le prêtre est un homme de miséricorde et de compassion, proche de son peuple et serviteur de tous... Quiconque est blessé dans sa vie, de quelque manière que ce soit, peut trouver en lui attention et écoute... Il faut soigner les blessures, tant de blessures ! Tant de blessures ! Il y a tant de blessés, de problèmes matériels, de scandales, même dans l'Église.... Des gens blessés par les illusions du monde... Nous, prêtres, nous devons être là, près de ces gens. La miséricorde, c'est d'abord la guérison des blessures». Ceci, rappelle-t-il souvent, est le temps de la miséricorde (Discours aux prêtres du diocèse de Rome, 6 mars 2014).

    L'homme de l'Eucharistie: Jésus au centre

    Le prêtre, explique François, est un homme décentré, car au centre de sa vie il n'y a pas lui mais le Christ. Il remercie donc les prêtres pour la célébration quotidienne de l'Eucharistie: «Dans la célébration eucharistique, nous trouvons chaque jour cette identité qui est la nôtre en tant que pasteurs. Chaque fois, nous pouvons vraiment faire nôtres ses paroles: “Ceci est mon corps offert en sacrifice pour vous”. C'est le sens de notre vie, les mots avec lesquels nous pouvons renouveler quotidiennement les promesses de notre ordination. Je vous remercie pour votre "oui", et pour tous les "oui" cachés de chaque jour, que seul le Seigneur connaît. Je vous remercie pour votre "oui" à donner votre vie avec Jésus: telle est la source pure de notre joie» (Homélie pour le Jubilé des prêtres, 3 juin 2016). Et il invite les prêtres à être prudents et audacieux à la fois, parce que l'Eucharistie «n'est pas une récompense pour le parfait mais un remède généreux et une nourriture pour les faibles» (Evangelii gaudium, 47).

    La vie sacerdotale dans le confessionnal

    Au service de Dieu et de son peuple, le prêtre remplit une part importante de sa mission dans le confessionnal, où il peut dispenser l'excès de la miséricorde de Dieu. Il exhorte les prêtres à ne pas être rigoureux ou laxistes: «Il est normal qu'il y ait des différences de style entre les confesseurs, mais ces différences ne peuvent pas concerner la substance, c'est-à-dire la saine doctrine morale et la miséricorde. Ni le laxiste ni le rigoriste ne témoignent de Jésus-Christ, car ni l'un ni l'autre ne prennent en charge la personne qu'ils rencontrent. Le rigoriste se lave les mains : en fait il la cloue à la loi comprise de manière froide et rigide». Le laxiste lui aussi «se lave les mains: ce n'est qu'apparemment qu'il est miséricordieux, mais en réalité il ne prend pas au sérieux le problème de cette conscience, en minimisant le péché. La vraie miséricorde prend soin de la personne, l'écoute attentivement, aborde sa situation avec respect et vérité et l'accompagne sur le chemin de la réconciliation. Et c'est fatigant, oui, certainement. Le prêtre vraiment miséricordieux se comporte comme le Bon Samaritain... mais pourquoi le fait-il ? Parce que son cœur est capable de compassion, c'est le cœur du Christ !» (Discours aux prêtres du diocèse de Rome, 6 mars 2014).

    La prière, Marie et la lutte contre le diable

    Le prêtre, souligne le Pape, est avant tout un homme de prière. C'est de l'intimité avec Jésus que jaillit la vraie charité. C'est l'union avec Dieu qui permet de vaincre les innombrables tentations du mal. Le diable existe, il n'est pas un mythe - le Pape le rappelle souvent - il est rusé, menteur, trompeur. François nous invite à regarder Marie, à prier le chapelet tous les jours, c'est sa prière du cœur, surtout en cette période, pour protéger l'Église des attaques du démon qui veut apporter la division. «Regarder Marie, c'est croire à nouveau en la puissance révolutionnaire de la tendresse et de l'affection». Marie est «l'amie toujours attentive pour qu'il ne manque pas de vin dans notre vie» et comme «une vraie mère, elle marche avec nous, se bat avec nous et répand sans cesse la proximité de l'amour de Dieu» (Lettre aux prêtres pour le 160e anniversaire de la mort du Curé d'Ars).

    Les pauvres et le jugement dernier

    La spiritualité du prêtre s'incarne dans la réalité de la vie quotidienne, observe François, et devient une voix prophétique face à l'oppression qui piétine les pauvres et les faibles: l'Église «ne peut et ne doit pas rester en marge de la lutte pour la justice», reléguant la religion, comme certains le voudraient, «à l'intimité secrète des personnes, sans aucune influence dans la vie sociale et nationale» (Evangelii gaudium, 183), car le Royaume de Dieu commence ici sur terre et c'est déjà ici que nous rencontrons Jésus: le jugement dernier sera précisément axé sur ce que nous avons fait au Christ dans les pauvres, les malades, les étrangers et les prisonniers (Mt, 25). Nous serons jugés sur l'amour: mais il ne peut y avoir d'amour sans justice, comme le disait saint Jean Paul II.

    Des prêtres qui donnent leur vie et le scandale des abus

    Le Pape ne reste pas silencieux face à la «monstruosité» des abus commis par les prêtres, il répète toujours sa proximité avec les victimes, mais il pense aussi aux nombreux prêtres qui portent le fardeau de crimes qu'ils n'ont pas commis: il serait «injuste de ne pas reconnaître tant de prêtres qui offrent de manière constante et intègre tout ce qu'ils sont et ce qu'ils possèdent pour le bien des autres». Ces prêtres qui «font de leur vie une œuvre de miséricorde dans des régions ou des situations souvent inhospitalières, éloignées ou abandonnées, même au péril de leur vie». Le Pape les remercie «pour leur exemple courageux et constant» et les invite à ne pas se décourager, car «le Seigneur purifie son Épouse et nous convertit tous à lui. Il nous fait expérimenter l'épreuve parce que nous comprenons que sans Lui nous sommes poussière» (Lettre aux prêtres à l'occasion du 160e anniversaire de la mort du curé d'Ars).

    Dans les épreuves, se rappeler la première rencontre avec Jésus

    Le Pape pense aux moments de difficulté que les prêtres peuvent vivre, les invitant à revenir à leur première rencontre avec Jésus, à ces moments lumineux où l'appel du Seigneur à consacrer toute leur vie à son service a été vécu: nous devons retourner «à ce point incandescent où la grâce de Dieu m'a touché au début du chemin. C'est de cette étincelle que je peux allumer le feu pour aujourd'hui, pour chaque jour, et apporter chaleur et lumière à mes frères et sœurs. De cette étincelle s'allume une joie humble, une joie qui n'offense pas la douleur et le désespoir, une joie bonne et douce» (Homélie de la Veillée pascale, 19 avril 2014).

    La bonne fatigue des prêtres

    «Vous savez, confesse le Pape, combien de fois je pense à ceci: à la fatigue de vous tous? J'y pense beaucoup et je prie souvent, surtout quand je suis fatigué. Je prie pour vous qui travaillez parmi le peuple fidèle de Dieu qui vous a été confié, et pour beaucoup dans des lieux très abandonnés et dangereux. Et notre fatigue, chers prêtres, est comme l'encens qui monte silencieusement au ciel. Notre fatigue va droit au cœur du Père... Il y a ce que nous pouvons appeler “la fatigue du peuple, la fatigue de la foule”: Pour le Seigneur, comme pour nous, c'était épuisant, comme le dit l'Évangile, mais c'est une bonne fatigue, une fatigue pleine de fruits et de joie... C'est la fatigue du prêtre avec l'odeur des brebis» et «avec le sourire du papa qui contemple ses enfants ou ses petits-enfants... seul l'amour donne le repos» (Homélie de la messe chrismale, 2 avril 2015).

    De courtes homélies qui brûlent les cœurs

    L'importance de l'homélie a été soulignée à maintes reprises par François, qui exhorte fortement les prêtres à bien la préparer dans un temps prolongé d'étude, de prière et de réflexion. Il invite à faire de brèves homélies qui ne sont ni un spectacle, ni une conférence, ni une leçon purement moraliste et qui endoctrine: il faut savoir dire des «paroles qui brûlent les cœurs» avec un langage positif, en disant non pas tant ce que nous devons pas faire, mais plutôt ce que l'on peut faire mieux: «Une prédication positive offre toujours l'espérance, oriente vers le futur, ne nous laisse pas prisonniers de la négativité» (Evangelii Gaudium, 159) en exprimant la  «proximité, l'ouverture au dialogue, la patience et l'accueil cordial sans condamnation» (Evangelii Gaudium, 165). Le Pape souligne le rôle fondamental du kérygme dans la première annonce: «Jésus-Christ t'aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour, pour t'éclairer, pour te fortifier, pour te libérer» (164).

    Le sens de l'humour des prêtres

    «Le saint est capable de vivre avec joie et sens de l'humour», rappelle le Pape aux prêtres, en citant saint Philippe Neri ou la prière de la bonne humeur de saint Thomas More. C'est une joie qui vient de l'union avec Jésus et de la fraternité. «Le sens de l'humour est une grâce que je demande tous les jours», disait François en novembre 2016 dans une interview donnée à TV2000 et Radio InBlu : «le sens de l'humour vous élève, vous fait voir le côté temporaire de la vie et prendre les choses avec l'esprit d'une âme rachetée. C'est une attitude humaine, mais c'est la plus proche de la grâce de Dieu». C'est le signe d'une grande maturité spirituelle qui naît de l'Esprit Saint.

    L'appel du Pape aux fidèles: soutenez les prêtres

    Le Pape François demande aux prêtres d'être toujours proches des personnes, mais en même temps il demande aux fidèles de soutenir les prêtres: «Chers fidèles, soyez proches de vos prêtres par l'affection et la prière, afin qu'ils soient toujours pasteurs avec le cœur de Dieu» (Homélie pour la messe chrismale, 28 mars 2013).

  • "Une vie cachée" : un Terrence Malick mystique et magnifique

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    En Belgique, il faudra, semble-t-il, attendre le mois de février 2020 pour que ce film apparaisse sur les écrans.

    De Christophe Caron sur le site de La Voix du Nord :

    «Une vie cachée»****: Terrence Malick mystique et magnifique

    Un dilemme moral en forme de chemin de croix. Un cheminement spirituel aussi long (2 h 53) que beau et profond. Qu’on ne s’y trompe pas, le nouveau film du cinéaste américain va diviser, une fois de plus. On vous explique ici pourquoi il s’agit d’un film important. Et pourquoi il nous a envoûtés.

    L’Autrichien Franz Jägerstätter (le comédien August Diehl) se résigne à l’épreuve morale même s’il pense à ses proches. Regard vers la lumière. De l’influence de l’art spirituel et pictural sur l’œuvre de Terrence Malick...
    L’Autrichien Franz Jägerstätter (le comédien August Diehl) se résigne à l’épreuve morale même s’il pense à ses proches. Regard vers la lumière. De l’influence de l’art spirituel et pictural sur l’œuvre de Terrence Malick...

    M comme Malick

    Terrence Malick, 76 ans aujourd’hui, est l’un des plus grands cinéastes américains vivants. L’un des plus discutés aussi, sans doute l’apanage des géants. Si la première partie de sa filmographie semble faire l’unanimité (Les Moissons du ciel, La Ligne rouge, Le Nouveau Monde), la suite est sujette à davantage de controverses. The Tree of Life par exemple, qui a néanmoins décroché la Palme d’or à Cannes en 2011. Un chef-d’œuvre selon nous.

    M comme mutique

    Il existe très peu d’images de Terrence Malick. Pas d’interview non plus. Par contrat, il n’est pas tenu d’assurer la promo de ses films. Quand il a décroché la récompense suprême sur la Croisette en 2011, il était présent… mais personne ne l’a vu ! Le grand mystère reste cette absence de vingt ans entre Les Moissons du ciel (1978) et La Ligne rouge (1998). À l’instar d’un Stanley Kubrick, Malick cultive le culte du secret.

    M comme mystique

    C’est notamment ce qui agace ses détracteurs : une sorte de panthéisme qui s’est accentué de film en film. Dieu, la foi, la croyance, la nature divinisée… Autant de thèmes qu’on retrouve dans tous ses films, accompagnés ces dernières années d’une sorte d’expérimentation formelle dénuée de toute ligne narrative qui a déconcerté plus d’un spectateur : À la merveille (en partie tourné au mont Saint-Michel), Knights of CupsSong to Song. Bref, le cinéaste, diplômé de philosophie et passionné de peinture, donnait l’impression d’avoir quitté la sphère terrestre.

    M comme magnifique

    Une vie cachée célèbre le retour de Terrence Malick à une narration linéaire : le dilemme moral d’un paysan autrichien objecteur de conscience refusant de s’engager dans l’armée nazie, en 1938. Il est arrêté, emprisonné et condamné à mort pendant que sa femme continue de travailler la terre et à couver ses enfants, au sein d’un village incrédule, voire agressif. Comment comprendre un tel comportement jusqu’au-boutiste d’ailleurs inspiré d’une histoire vraie (l’Autrichien sera béatifié et déclaré martyr par l’Église catholique en 2007) ?

    Pour le coup, Malick ne s’avance pas masqué. Il propose un chemin de croix sacrificiel, vertigineux et hypnotique que les images, d’une beauté subjuguante, élèvent au rang de symphonie spirituelle. Plutôt que de prosélytisme, il est ici question de résistance, de courage et de foi, dans un poème tragique qui devrait bouleverser les plus farouches des athées.

    «Une vie cachée»****

    Fiche

    Réalisateur. Terrence Malick.

    Interprètes. August Diehl, Valerie Pachner, Maria Simon, Bruno Ganz.

    Durée. 2 h 53.

    Genre. Drame.

    Résumé. Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa famille, Franz veut rester un homme libre et entreprend une correspondance avec sa femme Franziska, qui est restée au village.

  • Reconnaissance de nouveaux martyrs de la Guerre civile espagnole

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    De Vatican News :

    Promulgation de décrets de la Congrégation pour les Causes des Saints

    Les nouveaux décrets rendus publics ce 12 décembre concernent notamment des martyrs de la guerre d’Espagne.
     

    Ce mercredi 11 décembre 2019, le Pape François a reçu en audience le cardinal Angelo Becciu, préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, autorisant son dicastère à promulguer une série de décrets.

    Ils concernent :

    Le miracle attribué à l’intercession de la Vénérable Servante de Dieu Maria Luigia del Santissimo Sacramento (Maria Velotti, 1826-1886), fondatrice des soeurs franciscaines adoratrices de la Sainte-Croix.

    Le martyre des Serviteurs de Dieu Angel Marina Álvarez et ses 19 compagnons dominicains, tués en haine de la foi durant la guerre d’Espagne, en 1936.

    Le martyre des Serviteurs de Dieu Juan Aguilar Donis et ses 4 compagnons dominicains, et du Serviteur de Dieu Fruttuoso Pérez Márquez, fidèle laïc du Tiers-ordre de saint Dominique, tués en haine de la foi durant la guerre d’Espagne, en 1936.

    Le martyre de la Servante de Dieu Isabella Sánchez Romero (en religion: Ascensión de San José), moniale dominicaine, tuée en haine de la foi durant la guerre d’Espagne, en 1937.

    Les vertus héroïques du Vénérable Serviteur de Dieu Vincenzo Maria Morelli (1741-1812), religieux théatin italien, archevêque d’Otrante (Otranto, dans les Pouilles) de 1792 à 1812.

    Les vertus héroïques du Serviteur de Dieu Carlo Angelo Sonzini (1878-1957), prêtre diocésain italien, fondateur de la Congrégation des Sœurs servantes de Saint-Joseph.

    Les vertus héroïques du Serviteur de Dieu Americo Monteiro de Aguiar (1887-1956), prêtre diocésain portugais.

    Les vertus héroïques du Serviteur de Dieu Giulio Facibeni (1884-1958), prêtre diocésain italien.

    Les vertus héroïques du Serviteur de Dieu Gregorio Tommaso Suárez Fernández (1915-1949), prêtre espagnol de l’Ordre de Saint-Augustin

    Les vertus héroïques de la Servante de Dieu Maria de Los Angeles di Santa Teresa (Dináh Amorim, 1917-1988), religieuse brésilienne.

  • Etre missionnaire en Belgique au milieu des musulmans, des athées , des agnostiques et des indifférents

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    C’est le lot d’un fils de l’Afrique Chrétienne dans le melting pot européen d’aujourd’hui: Camerounais, le Père Etienne, nouveau curé de l'église Saint-Jean Baptiste à Molenbeek, résume  "Je suis appelé à m'intégrer". Un témoignage recueilli par la RTBF et relayé par le Forum Catholique :

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    Le Père Etienne Kangue Essiben a été installé en septembre dernier. 

    Molenbeek-Saint-Jean doit une partie de son nom à Saint-Jean Baptiste dont l’église se dresse sur le parvis du même nom. Le lieu avec sa flèche est un phare dans la commune. Un phare dont vient de prendre possession le père Etienne Kangue Essiben, 42 ans. Nommé en juillet, installé en septembre, le Père Etienne est le nouveau curé de l’église. "Je suis le curé de l’église Saint-Jean Baptiste, de l’église Saint-Rémi et de l’église Sainte-Barbe, responsable de l’unité pastorale de Molenbeek-Centre", introduit l’homme, d’origine camerounaise, récemment naturalisé. Il nous reçoit dans la nef, baignée de chants liturgiques. "Je suis prêtre missionnaire de la Congrégation du Saint-Esprit."

    Cet ex-enseignant rentré dans les ordres, puis formé à la psychothérapie a d’abord été actif dans la région de Charleroi, après un séjour en Espagne en tant que missionnaire. Dans le Hainaut, au contact des migrants mais également des sans-abri et des toxicomanes, il développe l’écoute et le contact humain.

    Envoyé par ses supérieurs

    Cette année, une nouvelle mission lui est confiée, celle de reprendre l’unité pastorale du centre de Molenbeek. "J’atterris à Molenbeek, toujours envoyé par mes supérieurs", poursuit notre interlocuteur portant la chemise romaine. "Les prêtres missionnaires religieux vont d’un point à l’autre en fonction des besoins et du charisme, c’est-à-dire de ce pour quoi ils sont missionnés. En tant que missionnaires, nous faisons le vœu d’obéissance : on est disposé à aller là où le besoin se fait. Mon prédécesseur, le Père Aurélien, est dans la même congrégation que moi. Après un temps à Molenbeek, environ six années, il a été appelé ailleurs. Nous sommes toujours en marche "vers", nous ne sommes jamais statiques. Cette façon de faire nous ouvre aux autres horizons. On vient d’ailleurs, pour ici, pour ailleurs."

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    Une architecture Art déco que l'on doit à Joseph Diongre en 1932 

    Autour de l’église Saint-Jean Baptiste vit une importante communauté arabo-musulmane. La commune a souffert d’une image négative après les attentats de Paris et Bruxelles. Le Père Etienne l’admet: il ne connaissait pas grand-chose de Molenbeek. "Avant d’aller à Charleroi, j’avais posé mes valises à Bruxelles, pendant trois mois. Je venais déjà à Molenbeek. Je venais à l’église de temps en temps mais je n’avais pas une connaissance objective de Molenbeek. Evidemment, il y a eu les attentats. J’avais vécu tout cela comme tout le monde, de l’extérieur. Est-ce que j’avais des préjugés ? Non. En raison peut-être de ce que je suis, je ne laisse pas la place aux préjugés. En tant que missionnaire, je suis appelé à m’intégrer. Dans mon expérience de prêtre, j’ai appris avec ceux dans le milieu dans lequel je suis. Il n’y a pas un monde sans problèmes, il n’y a pas d’êtres humains sans extrême. Je fais donc un effort pour prendre de la hauteur par rapport aux préjugés. Je savais qu’autour de l’église, le milieu n’était pas que catholique. C’est un élément qui saute aux yeux. Mais c’est génial et original."

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  • 1999-2019, 20 ans. Bon anniversaire et longue vie à KTO !

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    De  sur le site du Point :

    Mgr di Falco – La vraie histoire de KTO

    Jean-Michel di Falco Léandri a porté il y a 20 ans la chaîne de télévision KTO sur les fonts baptismaux. Il nous en raconte la genèse.

    Mgr di Falco - La vraie histoire de KTO

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  • Anorexique et suicidaire, elle a rencontré le Christ

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    De KTO :

    Vanessa Guillot

    06/12/2019

    Un matin du 23 août, Vanessa se réveille dans un lit d’hôpital. La jeune monégasque n’a aucun souvenir de ce qui a pu lui arriver : elle se sent juste en paix, ainsi entourée de chapelets suspendus au bord de son lit. En fait, quelques jours auparavant, après des années d’anorexie, elle a choisi de se supprimer. Sur le plateau de KTO, celle qui a traversé ces années d’errance est désormais une jeune femme rayonnante qui nous raconte sereinenement son histoire : un destin qui a bien tourné avec la rencontre du Christ.

  • Mort au Mali : Clément Frison-Roche, un soldat et un chrétien

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    A découvrir ici : https://www.parismatch.com/Actu/International/Marie-Frison-Roche-Mon-mari-etait-pret-a-donner-sa-vie-pour-la-France-son-pays-qu-il-aimait-tant-1662947

    Et, de Gérard Leclerc sur France Catholique :

    Mourir pour la patrie

    Hommage national aux treize soldats tués (le 25 novembre) au Mali dans la cour des Invalides, 2 décembre.
    Capture d’écran YouTube Élysée
    « Oh tendre France, douce gardienne de mon baptême,
    Prenez ici ma vie, je vous en fais le don,
    Veillez sur ma famille et tous les gens que j’aime,
    Et rendez je vous prie mon sacrifice fécond…  »

    C’est le capitaine Clément Frison-Roche, l’un des treize militaires décédés au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane, qui en écrivant ce poème, nous livre la leçon de son sacrifice et nous implore de la méditer. Âgé de 28 ans, marié et père d’un enfant, n’est-il pas un bel exemple de don total à une cause supérieure ? En l’espèce, celle de la France, celle aussi de sa mission dans le monde au service de la paix. La paix dans une Afrique sahélienne gravement menacée par le terrorisme islamique. Il est vrai, par ailleurs, qu’un certain climat moral ne se prête guère à l’estime du don de soi, alors qu’il n’est question que de développement personnel et plus généralement de culture de l’individualisme. Le pacifisme intégral demeure une tentation, à l’instar de la mentalité des Grünen dans l’Allemagne des années 80 qui proclamaient : «  Plutôt rouges que morts.  »

    Mystique du soldat

    Mais l’histoire a tôt fait de nous rattraper avec son tragique, dont Raymond Aron rappelait qu’il est inhérent à la condition humaine. N’avertissait-il pas ses contemporains : «  Si la morale des Occidentaux est maintenant la morale du plaisir, du bonheur des individus et non pas la vertu du citoyen, alors la survie est en question.  » Cependant, le soldat est plus qu’un citoyen, puisque son existence est radicalement vouée à la survie de la patrie et que la perspective du sacrifice suprême est liée à son engagement au métier des armes. Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’il y a un aspect mystique à un tel engagement, au sens de Charles Péguy :

    « Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
    Couchés dessus le sol à la face de Dieu, (…)
    Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles,
    car elles sont le corps de la cité de Dieu.  »

    Lorsque le capitaine Frison-Roche définit la France comme la douce gardienne de son baptême, il consone tout à fait avec le Péguy qui offrait sa vie à la face de Dieu. Nous avons gardé le souvenir du colonel Beltrame participant de la même geste héroïque associée à la mystique chrétienne du don de soi. À l’image de celui qui a montré l’exemple absolu : «  Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime  » (Jn 15,13).

  • Sur les écrans : le portrait d'un père de famille catholique autrichien résistant au nazisme

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    De Jean-Marie Dumont sur le site de Famille Chrétienne :

    Franz Jägerstätter

    Portrait de Franz Jägerstätter -  ©IRIS PRODUCTIONS

    MAGAZINE – Le héros du film de Terrence Malick, Une vie cachée, qui sort le 11 décembre, est un père de famille catholique autrichien résistant au nazisme. Un bienheureux encore peu connu dans l’Église.

    « Jägerstätter ! » : ces quatre syllabes prononcées avec une froideur métallique par un homme en uniforme à la prison nazie de Brandebourg annoncent le dénouement de la tragédie que raconte Une vie cachée, le dernier film de Terrence Malick : l’exécution d’un agriculteur autrichien catholique qui a refusé de servir dans les armées allemandes à l’époque d’Hitler. En ce 9 août 1943, il est à peine plus de 15 h, et Franz s’abandonne à la Providence, après avoir écrit un dernier mot à son « épouse bien-aimée » et à sa mère : « Ces dernières semaines, j’ai souvent demandé à notre Mère du Ciel que, si cela était la volonté de Dieu, je meure bientôt pour fêter avec elle la fête de l’Assomption au Paradis. […] À vous que j’aime plus que tout, je souhaite une belle vie. Ne m’oubliez pas dans vos prières ! Suivez les commandements de Dieu, et par sa grâce nous nous reverrons bientôt au Ciel. » Quelques instants plus tard, Franz Jägerstätter est guillotiné pour « entrave à l’effort de guerre ».

    Qu’est-ce qui a pu conduire cet homme chaleureux de 36 ans, apprécié de tous dans son village de Haute-Autriche, aimant profondément Franziska avec laquelle il était marié depuis sept ans, père de trois petites filles, à cette fin brutale et odieuse ? Le désir poussé jusqu’à l’héroïsme d’aimer Dieu, de réaliser sa volonté et de ne l’offenser en rien, confronté à la déferlante du nazisme sur l’Europe. « Avant l’annexion (Anschluss) de l’Autriche par l’Allemagne en 1938, Franz était déjà très préoccupé », explique Cesare Giacomo Zucconi, auteur d’une biographie intitulée Christ ou Hitler ?. « Son village, Sankt Radegund, était situé à quelques kilomètres de la frontière allemande. Il entendait parler depuis plusieurs années du nazisme, de sa réalité, de ses conséquences pour l’Église. Certaines déclarations de l’évêque de Münster, Mgr Clemens August von Galen, sur les euthanasies pra­tiquées par les nazis, arrivaient en Autriche. » La préoccupation de ce paysan à la foi profonde s’accroît avec l’Anschluss, puis lorsqu’il est contraint de suivre un entraînement militaire en 1940-1941 à Enns. Jusqu’à ce 2 mars 1943 où, après avoir mûrement réfléchi et longuement échangé avec sa femme, il se rend à la caserne d’Enns où il est convoqué et exprime son refus d’être incorporé à l’armée allemande.

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  • Et pourquoi pas un sain et légitime « communautarisme chrétien »?

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    De Michel Janva sur le site du Salon Beige :

    Agir en chrétiens enfouis ou en tant que chrétiens identitaires ?

    7 décembre 2019

    Dans le nouveau numéro de L’Homme Nouveau, Rémi Fontaine publie une nouvelle contribution sur le communautarisme catholique. Extrait :

    […] Des sociologues comme Guillaume Cuchet ou Jérôme Fourquet l’ont assez répété : les catholiques ne sont plus qu’une infime minorité, même si elle demeure créative. De son côté, Yann Raison du Cleuziou nous a bien expliqué comment, pour se perpétuer et durer, les catholiques observants ont besoin, en sus de leurs propres paroisses, de communautés temporelles et autres réseaux autonomes explicitement confessionnels (écoles, scoutisme, médias…). Mais pour ne pas se replier sur eux-mêmes dans un communautarisme de mauvais aloi, ils ont également besoin de s’adresser aux autres, de s’ouvrir à eux non seulement dans un message missionnaire (spirituel et confessionnel) mais aussi dans une action politique à destination universelle (par nature aconfessionnelle).

    Pour le dire autrement, si en chrétienté les institutions confessionnellement catholiques étaient souvent pour tous (infidèles et incroyants compris) à cause de leur respect du droit naturel et de la liberté religieuse, les institutions aconfessionnelles mais conformes au droit naturel ne sont pas aujourd’hui exclusives des catholiques ! Cette apparence d’inversion copernicienne n’est pas contradictoire, au sens où loi naturelle et loi surnaturelle proviennent du même Dieu. Elle souligne simplement, hélas, la perte d’influence de la loi évangélique et la réduction des catholiques à cette faible minorité. Laquelle minorité, cependant, peut encore être politiquement réformatrice, avec d’autres, sous l’angle du bien commun temporel ouvert à la loi surnaturelle, comme le bon sol à la semence, dans la mesure d’une juste soumission et donc d’un retour au réel. […]

    Selon Leonardo Lugaresi, la question fondamentale que nous devrions nous poser à l’égard des premiers chrétiens n’est pas : « Comment ont-ils fait pour conquérir l’Empire romain ? » mais bien : « Comment ont-ils fait pour vivre en chrétiens dans un monde qui ne l’est pas encore ?… », en milieu hostile ? Cela vaut aussi pour les « derniers »chrétiens ! Non pas : « Comment conquérir l’empire séculariste ? » mais :« Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus ? » C’est la question que pose Rod Dreher dans son fameux livre si disputé sur Le Pari bénédictin.

    Un sain et légitime « communautarisme chrétien » est objectivement fondé dans la réalité. Ordonné au bien commun de la nation, dans cet équilibre vital entre l’enfouissement et l’identité, la dispersion et le regroupement, il ne correspond évidemment pas aux caricatures qu’on en fait habituellement, le comparant par exemple à l’entre-soi des végans ou des mormons ! « Au lieu d’un château fort dressé au milieu des terres, pensons plutôt à l’armée des étoiles jetées dans le ciel », disait Maritain. […]

  • Suisse : les chrétiens en chute libre

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    De RTS.ch.info :

    De plus en plus de Suisses se déclarent sans confession

    De plus en plus de Suisses se déclarent sans confession religieuse
    vendredi 6 décembre

    En 1970 encore, la Suisse se divisait grosso modo entre deux confessions: d'un coté les protestants et de l'autre les catholiques. Ceux qui se déclaraient sans religion ne formait alors que 1,2% de la population. Aujourd'hui, ce groupe constitue plus d'un quart de la population. Les sans-confessions dépassent même les protestants. Vingt-quatre pour cent de réformés, en 2017, c'est deux fois moins qu'il y a cinquante ans.

    Un chiffre en dit long. Rien qu'en Ville de Genève, on ne dénombre plus que 7% de réformés. "Les grandes villes suisses qui ont marqué le paysage protestant (Bâle, Zurich, Genève) se soustraient plus fortement à l'influence des institutions religieuses. Les personnes qui disent ne pas appartenir à des communautés religieuses habitent généralement dans des villes. Elles viennent souvent de familles protestantes", explique Irene Becci, professeure à la faculté de théologie et de sciences des religions à l'Université de Lausanne.

    Les catholique aussi font les frais de la sécularisation. Mais dans des proportions moindres. Aujourd'hui plus d'un tiers de la population (35,9%) se déclare catholique. Ils forment encore le groupe religieux le plus important de Suisse. 

    Et cette confession est encore majoritaire dans les cantons historiquement catholiques. Selon Irene Becci, "dans le catholicisme, il y a une variété assez importante en termes d'ethnicité, de langues, de migrations, ce qui permet une absorption des nouveaux venus. Les catholiques sont souvent issus des dernières migrations, comme les Sud-Américains. Mais aussi de celles des années 50-60, commes les Italiens, les Portugais ou les Espagnols."

    Ce qui n'est pas le cas dans les régions protestantes: Genève, Neuchâtel et Bâle-Ville sont aujourd'hui des cantons qui comptent une majorité d'habitants sans confession.

    Céline Fontannaz/pw