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Magistère - Page 18

  • Dans les coulisses du consistoire : comment les cardinaux ont perçu la première réunion de Léon XIV

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    De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

    11 janvier 2026

    Dans les coulisses du consistoire : comment les cardinaux ont perçu la première réunion de Léon XIV

    À la suite du consistoire extraordinaire inaugural du pape Léon XIV, qui s'est tenu les 7 et 8 janvier 2026, cet article exclusif présente une série de réflexions sincères et sans filtre des plus hauts prélats de l'Église. Au cours de la semaine dernière, The Catholic Herald a mené des entretiens approfondis avec plusieurs membres du Collège des cardinaux, certains s'exprimant officiellement et d'autres préférant rester anonymes, afin de révéler leurs pensées sincères, leurs idées et leurs points de vue sur les coulisses des débats. Ces témoignages offrent un aperçu rare de ce qui s'est passé et de ce qui pourrait encore se dérouler dans cette ère en pleine évolution du pontificat du pape Léon XIV.

    Ce qui a frappé au premier coup d'œil, c'est le nombre d'absences notables à cette réunion extraordinaire. Sur les quelque 245 membres du Collège des cardinaux, seuls 170 environ, soit environ 70 %, ont participé, malgré l'appel clair du pape à une large consultation sur la gouvernance de l'Église universelle. Parmi les absents figuraient plusieurs personnalités éminentes de tout le spectre ecclésial.

    Parmi les absents figuraient la voix libérale influente du cardinal Christoph Schönborn, archevêque émérite de Vienne, et le cardinal conservateur Willem Eijk, archevêque d'Utrecht. La distance et l'âge ont également joué un rôle évident dans d'autres absences, notamment celles de cardinaux provenant de régions éloignées, comme le cardinal Ignatius Suharyo Hardjoatmodjo d'Indonésie, ainsi que de personnalités résidant à Rome, comme le cardinal Francis Arinze.

    Du côté de la presse, alors que les cardinaux commençaient à arriver pour l'ouverture du premier consistoire extraordinaire du pape Léon XIV le 7 janvier, ils se sont lentement infiltrés dans la salle Paul VI. Le cardinal Stephen Chow Sau-yan de Hong Kong a été le premier à s'inscrire et, s'adressant au Catholic Herald, le prélat jésuite chinois a exprimé sa joie d'être présent. « Je me sens bien pour le consistoire », a-t-il déclaré, ajoutant qu'il était « bon de revoir Sa Sainteté ».

    Plus tard, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, est arrivé de l'Augustinianum et s'est entretenu avec le Catholic Herald au sujet de l'ordre du jour. Il a fait remarquer qu'il pensait que « les sujets actuels sont assez modestes pour un jour et demi », en référence aux quatre options de discussion initiales.

    Le thème proposé de la liturgie a suscité un intérêt considérable parmi les cardinaux, et un consensus notable a commencé à émerger au sein du Collège, y compris parmi les membres non conservateurs, qui ont exprimé leur inquiétude croissante face aux abus liturgiques sous diverses formes.

    Le cardinal Pizzaballa a déclaré au Catholic Herald : « Ce sont des problèmes typiques des pays occidentaux. En général, nous [l'Église d'Orient] sommes tellement habitués à différents rites que nous ne voyons aucun problème [avec la messe tridentine]. » Si son point de vue sur la messe traditionnelle en latin a pu déstabiliser certains lecteurs conservateurs, lorsqu'il a été question de synodalité, il a ajouté : « La réforme n'est pas un langage de l'Église. »

    Son Éminence a poursuivi en expliquant : « Dans l'Église, il n'y a pas de réformes. Dans l'Église, nous devons réfléchir à notre mission, à notre vocation, en fonction de l'époque, mais en restant fidèles aux racines et à la mission de l'Église. »

    Alors que le cardinal Pizzaballa se rendait dans la salle Paul VI, le cardinal Frank Leo, archevêque métropolitain de Toronto, s'est arrêté pour s'entretenir avec le Catholic Herald. Au sujet des thèmes attendus du consistoire, il a déclaré : « Eh bien, vous savez, ce sont les thèmes généraux dont nous avons pris connaissance, auxquels nous nous sommes en quelque sorte préparés, mais j'espère que la transmission de la foi, de la foi catholique, l'évangélisation et le renouveau de la foi dans la vie de nos communautés seront au premier plan. »

    Concernant la messe traditionnelle en latin et la question de savoir si elle pourrait figurer à l'ordre du jour, le cardinal Leo a répondu : « Vous savez, nous ne connaissons pas tous les détails de ce dont nous allons discuter, donc peut-être que cela figurera à l'ordre du jour en tant que sous-catégorie. »

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  • Martyre et légitime défense : les deux chemins de la paix prônés par Léon XIV

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Martyre et légitime défense : les deux chemins de la paix prônés par Léon XIV

    Il n’est pas toujours évident de bien comprendre le pape Léon XIV lorsqu’il parle de paix. Dès sa première salutation après son élection, il l’a qualifiée de « désarmée et désarmante » — une formule à la fois poétique et exigeante, difficile à traduire en actes dans les nombreux conflits qui déchirent le monde.

    Mais il l’a aussi qualifiée de « sauvage », dans son message solennel « urbi et orbi » de Noël (photo ci-dessus), en citant le poète israélien Yehuda Amichai (1924 – 2000) dans son anthologie publiée aux États-Unis : « Qu’elle vienne comme les fleurs sauvages, à l’improviste, car le champ en a besoin : une paix sauvage. »

    « Amichai ne croit pas à la paix comme miracle », commente Sara Ferrari, spécialiste d’hébreu à l’Université de Milan. « La vraie paix ne naît pas de l’innocence, mais de la conscience d’être capable du mal. C’est un message profondément biblique. »

    Et Léon n’atténue pas la réalité d’un mal qui envahit la terre. Dans son homélie de Noël — jour où « le Verbe a établi parmi nous sa fragile tente » — il a
    poursuivi sans détour :

    « Et comment ne pas penser aux tentes de Gaza, exposées depuis des semaines à la pluie, au vent et au froid, et à celles de tant d’autres réfugiés et déplacés sur chaque continent, ou aux abris de fortune de milliers de personnes sans-abri dans nos villes ? Fragile est la chair des populations vulnérables, éprouvées par tant de guerres en cours ou terminées, laissant derrière elles des ruines et des blessures ouvertes. Fragiles sont les esprits et les vies des jeunes contraints de prendre les armes, qui, sur le front, ressentent l’absurdité de ce qui leur est demandé et le mensonge dont sont imprégnés les discours grandiloquents de ceux qui les envoient mourir. »

    Il n’est guère étonnant que nombre de ses propos — notamment ceux sur les soldats forcés à se battre sans raison, ou sur la course effrénée aux armements — soient repris et relayés par des mouvements pacifistes, catholiques ou non, pour défendre leurs thèses. Le message du 1er janvier pour la Journée mondiale de la paix, notamment, a fourni un terrain fertile aux pacifistes, dénonçant un réarmement démesuré allant « bien au-delà du principe de légitime défense ».

    Mais c’est justement ce rappel à la « légitime défense » qui inscrit la condamnation des armes par Léon au sein du cadre de la doctrine bimillénaire de l’Église sur la guerre et la paix.

    De la même manière, on ne peut imputer aux soldats ukrainiens — qui, depuis quatre ans, sacrifient héroïquement leur vie pour défendre leur pays et l’Europe — « le mensonge de ceux qui les envoient mourir ». Ce mensonge est en revanche imputable à l’agresseur, la Russie.

    Dans ses discours, le pape évite de nommer explicitement ses cibles. Mais quand il dénonce avec force, dans son homélie des vêpres du 31 décembre, ces « stratégies armées visant à conquérir marchés, territoires, zones d’influence, dissimulées derrière des discours hypocrites, des déclarations idéologiques ou de faux motifs religieux », il ne fait pas référence à l’Ukraine ou à l’Europe mais bien à la Russie et à Vladimir Poutine, le patriarche Cyrille — ainsi qu’au maître de la Maison Blanche.

    Pour dissiper tout malentendu sur le fond de sa pensée, le pape Léon a adopté une forme de communication informelle, presque chaque mardi soir, à son retour à Rome après sa journée de repos à Castel Gandolfo. C’est l’occasion pour lui se de prêter brièvement au jeu des questions et réponses avec les journalistes sur des sujets d’actualité avant de monter en voiture. Il répond en des termes sobres mais clairs, ou parfois par un silence dont il ne manque pas d’expliquer la raison.

    Le 9 décembre, après avoir reçu à Castel Gandolfo le président ukrainien Volodymyr Zelensky, il a déclaré, à propos des enfants ukrainiens déportés en Russie, que le travail du Saint-Siège « se déroulait en coulisses » et « malheureusement très lentement ». Ajoutant : « Je préfère donc ne pas commenter, mais continuer à travailler pour ramener ces enfants dans leurs maisons, à leurs familles. »

    Quant au plan de paix en 28 points proposé par Donald Trump — en concertation évidente avec Poutine —, le pape a répondu qu’il ne l’avait pas lu en entier, mais que : « Malheureusement, je crois que certaines parties de ce que j’ai vu apportent un changement considérable à ce que beaucoup ont considéré être pendant de nombreuses années, une véritable alliance entre l’Europe et les États-Unis. Je pense en effet que le rôle de l’Europe est très important, surtout dans cette affaire. Il n’est pas réaliste de chercher un accord de paix sans inclure l’Europe dans les négociations. La guerre se déroule en Europe, et je pense que l’Europe doit faire partie des garanties de sécurité que l’on recherche aujourd’hui et demain. Malheureusement, tout le monde n’a pas l’air de le comprendre. »

    Il est évident que les « garanties de sécurité » invoquées par Léon pour l’Ukraine et l’Europe reposent largement sur les armes et les armées. Mais le pape rappelle souvent qu’il y a un autre chemin vers la paix — celui qu’il a par exemple rappelé lors de l’Angélus de la fête de saint Étienne, le protomartyr : « Ceux qui croient aujourd’hui en la paix et ont choisi la voie désarmée de Jésus et des martyrs sont souvent ridiculisés, exclus du débat public, et accusés de favoriser les adversaires et les ennemis. »

    Il y a donc, dans la prédication de Léon, une distinction fondamentale entre d’un côté, une paix « désarmée » relevant d’un choix strictement personnel pouvant aller jusqu’au sacrifice de soi, comme l’a fait Jésus sur la croix, face au mépris du monde ; et d’un autre côté une paix « désarmée et désarmante », à travailler dans le monde civil, pour le bien de tous, afin que la force du droit l’emporte sur la force des armes.

    Flavio Felice, président du centre d’études Tocqueville-Acton et professeur d’histoire des doctrines politiques dans plusieurs universités européennes et américaines — dont l’Université pontificale grégorienne —, a mis en lumière cette distinction dans un article publié dans le journal « Il Foglio » du 2 janvier :

    « Le martyre est un acte suprême de la conscience qui engage la personne qui le choisit et dont les conséquences ne peuvent que retomber que sur cette dernière. On ne peut donc pas choisir le martyre pour autrui. Si un frère est attaqué, ne pas le secourir au nom de la paix équivaut simplement à le condamner à la défaite. Il n’y a aucune noblesse dans une telle omission qui ne peut résulter en une paix ‘désarmante’, il s’agit au contraire d’un ordre criminel et funeste, où le bourreau aura triomphé de la victime. »

    En revanche, dans un cadre civil et à la lumière de la doctrine sociale de l’Église, la paix « désarmée et désarmante » dont parle Léon XIV « peut naître aussi de la légitime défense et de la dissuasion, afin que le bourreau ne triomphe pas de la victime, en œuvrant pour un ordre
    institutionnel susceptible de rendre improbable le recours à la guerre et de remplacer la force brute par le droit. »

    Ces considérations du professeur Felice rejoignent celles d’un autre analyste politique renommé, qui, dans l’éditorial du dernier numéro de la revue catholique progressiste « Il Regno » —
    qu’il dirige depuis 2011 —, parvient à cette conclusion :

    « Quand l’annonce chrétienne affirme que la paix est la synthèse de tous les biens messianiques, elle ne nie pas l’histoire ni la réalité. Et quand cette réalité est celle du mal, ce mal doit être combattu par tous les moyens moralement et juridiquement licites. Il y a un droit à la vie, à commencer par soi-même. Il est légitime — et c’est le magistère de l’Église qui l’affirme — de faire respecter ce droit. Et ce droit devient un devoir envers les autres, surtout pour ceux qui ont des responsabilités publiques, comme l’enseigne ‘Gaudium et spes’. Ainsi, la légitime défense, en plus d’être un droit, peut également devenir un devoir grave pour celui qui est institutionnellement responsable de la vie d’autrui. Défendre la vie de populations entières — en raison de leur faiblesse et de leur impuissance — exige de mettre l’agresseur hors
    d’état de nuire, y compris par la force, si nécessaire. Ne pas intervenir, alors qu’on pourrait le faire, constitue une complicité par omission — et donc une faute. Le chrétien ne peut collaborer au mal. C’est ce que nous avons vécu en Europe à cause d’opportunismes, d’omissions et de peurs dans les années 1930. L’odeur était âcre, et la couleur était gris-cendre. »

    Le pape Léon ne se berce pas d’illusions. Mais il ne capitule pas non plus. Il a réaffirmé à plusieurs reprises — y compris lors de son entretien avec les journalistes ce 9 décembre — que « le Saint-Siège est prête à offrir un lieu et des opportunités pour des négociations ». Et quand cette offre n’est pas acceptée — comme ça a été le cas — il répète : « Nous sommes prêts à chercher une solution, une paix durable et juste. »

    Car le Saint-Siège a un rôle particulier à jouer en vue d’une paix « désarmée et désarmante », et Léon n’entend pas y renoncer. « Le Saint-Siège ne se positionne pas comme un acteur géopolitique parmi d’autres, mais comme une conscience critique du système international, une sentinelle dans la nuit qui voit déjà poindre l’aube, qui appelle à la responsabilité, au droit, à la place centrale de la personne », comme l’a souligné l’archevêque Paul Richard Gallagher, secrétaire du Vatican pour les Relations avec les États, dans un entretien à l’agence SIR de la Conférence épiscopale italienne le 1er janvier.

    Mais c’est surtout la vision grandiose du « De civitate Dei » de saint Augustin qui guide Léon XIV : les deux cités qui coexistent dans l’histoire et la conscience de chaque homme : la cité de Dieu, « éternelle, marquée par l’amour inconditionnel de Dieu, auquel est uni l’amour
    du prochain », et la cité terrestre, « centrée sur l’amour égoïste de soi, la soif de pouvoir et la vaine gloire qui conduisent à la destruction ».

    Le pape Léon XIV a largement développé cette distinction dans son discours annuel au corps diplomatique, le 9 janvier. Selon lui, saint Augustin «
     souligne que les chrétiens sont appelés par Dieu à séjourner dans la cité terrestre avec le cœur et l’esprit tournés vers la cité céleste, leur véritable patrie. Mais le chrétien, vivant dans la cité terrestre, n’est pas étranger au monde politique et cherche à appliquer l’éthique chrétienne, inspirée des Écritures, au gouvernement civil. »

    Respect du droit humanitaire même en temps de guerre, vérité des paroles dans les relations entre États, liberté d’expression, liberté de conscience, liberté religieuse en tant que « premier des droits humains », inviolabilité de la vie du sein maternel jusqu’à la mort naturelle : tels sont les fruits de ce regard tourné vers la cité de Dieu, à laquelle « notre époque semble plutôt encline à nier le droit de citoyenneté », a déclaré le pape aux diplomates.

    Sur chacun de ces points et bien d’autres encore, Léon XVI s’est exprimé avec la transparence qui le caractérise. Concernant la persécution des chrétiens — « un sur sept » —, il n’a pas fait preuve de langue de bois devant « la violence djihadiste ». À propos du « court-circuit des droits humains », il a dénoncé la « limitation, au nom de prétendus nouveaux droits », des libertés fondamentales de conscience, de religion « et même de la vie ». Au sujet de la liberté d’expression, il a mis en garde contre « un langage nouveau, à l’odeur orwellienne, qui, dans sa volonté d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’animent ». Concernant le conflit israélo-palestinien, il a appelé à la paix et la justice pour les deux peuples sur leurs propres terres. Et sur l’Ukraine, il a dénoncé « le fardeau de souffrances infligé à la population civile », avec « la destruction d’hôpitaux, d’infrastructures énergétiques, de logements », à la suite d’un « acte de force pour violer les frontières d’autrui ».

    Ce discours du 9 janvier du pape Léon mérite d’être lu dans son intégralité dans la mesure où il s’agit presque d’un manifeste de son pontificat. Léon XIV y revisite saint Augustin à la lumière du monde actuel, un monde dans lequel « la guerre est revenue à la mode, et où une ferveur guerrière est en train de se répandre ».

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Le Noël de l’Agneau de Dieu. Une homélie inédite de Joseph Ratzinger

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Le Noël de l’Agneau de Dieu. Une homélie inédite de Joseph Ratzinger

    Le Noël de Jésus est aussi une « épiphanie », une manifestation de l’union nuptiale entre le Christ et l’Église. Dans la liturgie de la période de Noël, les Mages qui accourent avec leurs dons, le baptême dans le Jourdain de celui qui est l’Agneau de Dieu et l’eau changée en vin des noces de Cana ne font qu’un avec le récit de la nativité.

    Comme dans cette admirable antienne de la liturgie ambrosienne, tirée de la messe de l’Épiphanie :

    « Hodie caelesti Sponso iuncta est Ecclesia, quoniam in Iordane lavit eius crimina. Currunt cum munere Magi ad regales nuptias ; et ex aqua facto vino laetantur convivia. Baptizat miles Regem, servus Dominum suum, Ioannes Salvatorem. Aqua Iordanis stupuit, columba protestatur, paterna vox audita est : Filius meus hic est, in quo bene complacui, ipsum audite ».

    Qui se traduit comme suit en français :

    « Aujourd’hui, l’Église s’est unie à son Époux céleste, car dans le Jourdain il a lavé ses péchés. Les Mages accourent avec leurs dons aux noces royales ; et les convives se réjouissent de l’eau transformée en vin. Le soldat baptise le Roi, le serviteur son Seigneur, Jean le Sauveur. L’eau du Jourdain s’étonne, la colombe témoigne, la voix du Père retentit : Celui-ci est mon Fils, en qui j’ai mis toute ma complaisance, écoutez-le. »

    Il s’agit d’une véritable floraison épiphanique qui converge dans l’identification de Jésus en tant qu’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29), et qui se réalise à chaque fois dans l’Eucharistie, justement introduite par les paroles de l’ange dans l’Apocalypse 19,9 : « Heureux les invités au banquet des noces de l’Agneau. »

    Une homélie extraordinaire de Benoît XVI, encore inédite jusqu’à il y a peu, nous révèle le sens profond de cette image de l’Agneau de Dieu — et partant de l’épiphanie de Noël.

    Elle a été prononcée le 19 janvier 2014, un an après sa renonciation au pontificat, au monastère « Mater Ecclesiae » du Vatican, où il s’était retiré. Elle a été publiée dans le deuxième volume de ses homélies inédites de 2005 à 2017, imprimé en ce mois de décembre par la Libreria Editrice Vaticana sous le titre : « Dio è la vera realtà ».

    La messe est celle du deuxième dimanche du temps ordinaire de l’année A, avec les lectures d’Isaïe 49,3.5 – 6, du Psaume 40, de la première lettre aux Corinthiens 1,1 – 3 et de l’évangile de Jean 1,29 – 34.

    La reproduction de cette homélie a été autorisée par l’éditeur, et Settimo Cielo l’offre à ses lecteurs avec ses plus chaleureux vœux de Joyeux Noël.

    Et à bientôt, après l’Épiphanie !

    *

    L’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde

    par Benoît XVI
    Homélie du deuxième dimanche du Temps ordinaire, année A
    19 janvier 2014

    Chers amis, dans l’Évangile, nous avons écouté le témoignage de Jean-Baptiste sur Jésus. Il indique trois éléments : d’abord, « l’Agneau de Dieu » ; ensuite, « il était avant moi », ce qui indique sa préexistence, autrement dit que ce Jésus, bien qu’arrivé tard dans l’histoire, était depuis toujours, il est le Fils de Dieu ; et troisièmement, que ce Jésus ne se contente pas de prêcher, ni d’inviter à la conversion, mais il donne une vie nouvelle, une nouvelle naissance, il nous donne une nouvelle origine en nous attirant en lui.

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  • Cinq points clés du premier discours du pape Léon XIV sur l'état du monde

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    D'Edgar Beltran sur le Pillar :

    Cinq points clés du premier discours du pape Léon XIV sur l'état du monde

    Léon XIV a exposé ses priorités diplomatiques pour l'année à venir.

    Ce discours, traditionnellement prononcé en début d'année, est souvent qualifié de discours papal sur « l'état du monde ». Celui de cette année revêtait une importance particulière : c'était la première occasion pour Léon XIV d'esquisser ses priorités diplomatiques et d'indiquer sur quels points il souhaitait poursuivre ou, au contraire, s'éloigner du pape François.

    Qu’a dit Léon dans son discours – et quel éclairage son allocution apporte-t-elle sur ses priorités et son style diplomatiques pour l’année à venir ?

    Venezuela

    La partie du discours qui a sans doute été la plus scrutée concernait le Venezuela, suite à la capture par les États-Unis du dictateur vénézuélien Nicolás Maduro à Caracas et aux frappes aériennes contre des cibles militaires dans la ville.

    Dans son Angélus du 4 janvier, le pape a adopté un ton prudent, déclarant que « le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération et nous conduire à surmonter la violence et à emprunter les voies de la justice et de la paix, en sauvegardant la souveraineté du pays, en assurant l'état de droit inscrit dans la Constitution, en respectant les droits humains et civils de chaque personne et de tous. »

    Il a repris ces propos dans son discours aux diplomates, déclarant qu'il renouvelait son « appel au respect de la volonté du peuple vénézuélien et à la sauvegarde des droits humains et civils de tous, afin d'assurer un avenir de stabilité et de concorde.

    Il a cité l'exemple des deux saints vénézuéliens récemment canonisés, saint José Gregorio Hernández et sainte Carmen Rendiles.

    « Puisse leur témoignage inspirer la construction d’une société fondée sur la justice, la vérité, la liberté et la fraternité, et permettre ainsi à la nation de se relever de la grave crise qui la frappe depuis tant d’années », a-t-il déclaré.

    Il est à noter que la version espagnole du discours du pape comprenait un paragraphe supplémentaire qui a été lu par erreur par le traducteur espagnol pendant le discours, mais que le pape n'a pas lu et qui n'apparaissait dans aucune autre version écrite du discours.

    Ce paragraphe désigne le trafic de drogue comme l'une des causes de la crise vénézuélienne.

    « Parmi les causes de cette crise figure sans aucun doute le trafic de drogue, qui est un fléau pour l’humanité et exige l’engagement conjoint de tous les pays pour l’éradiquer et empêcher que des millions de jeunes à travers le monde ne deviennent victimes de la toxicomanie », indique le rapport.

    « Parallèlement à ces efforts, il est indispensable d’investir davantage dans le développement humain, l’éducation et la création d’emplois pour les personnes qui, bien souvent, se retrouvent impliquées dans le monde de la drogue sans le savoir », conclut le texte.

    La mention du Venezuela dans son discours s'inscrit dans la continuité de l'approche mesurée de Leo face à la crise dans le pays, puisqu'il marche sur un fil entre la défense de la paix et du dialogue et le risque de donner l'impression de faire le jeu de Maduro en critiquant ouvertement les attaques menées par les États-Unis.

    Cependant, la mention apparemment effacée du trafic de drogue pourrait être perçue par les observateurs comme une occasion manquée d'attribuer la responsabilité de l'effondrement du Venezuela d'une manière que de nombreux Vénézuéliens — et gouvernements occidentaux — reconnaîtraient aisément.

    Liberté de conscience

    Le pape a consacré plusieurs paragraphes de son discours à la défense de la liberté de conscience et de religion dans le monde entier.

    Tout d'abord, Léon XIV a critiqué ouvertement les restrictions politisées à la liberté d'expression dans les pays occidentaux, affirmant que « la liberté d'expression est garantie précisément par la certitude du langage et le fait que chaque terme est ancré dans la vérité. Il est douloureux de constater à quel point, surtout en Occident, l'espace pour une véritable liberté d'expression se réduit rapidement. »

    « Parallèlement, un nouveau langage de type orwellien se développe qui, dans une tentative d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’alimentent », a-t-il ajouté.

    Il a déclaré que cet « affaiblissement du langage » a contribué à la violation de la liberté de conscience.

    « L’objection de conscience permet aux individus de refuser des obligations légales ou professionnelles qui entrent en conflit avec des principes moraux, éthiques ou religieux profondément ancrés dans leur vie personnelle. Il peut s’agir du refus du service militaire au nom de la non-violence, ou du refus, de la part des médecins et des professionnels de la santé, de pratiquer des actes tels que l’avortement ou l’euthanasie », a-t-il déclaré.

    « La liberté de conscience semble être de plus en plus remise en question par les États, même ceux qui se disent démocratiques et respectueux des droits de l’homme… Une société véritablement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, prévenant les tendances autoritaires et promouvant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social », a-t-il ajouté.

    Le pape a également critiqué les attaques contre la liberté religieuse en Occident.

    « Parallèlement, il ne faut pas oublier une forme subtile de discrimination religieuse à l’encontre des chrétiens, qui se répand même dans les pays où ils sont majoritaires, comme en Europe ou en Amérique. »

    « Là-bas, leur capacité à proclamer les vérités de l’Évangile est parfois restreinte pour des raisons politiques ou idéologiques, notamment lorsqu’ils défendent la dignité des plus faibles, des enfants à naître, des réfugiés et des migrants, ou lorsqu’ils promeuvent la famille », a-t-il déclaré.

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  • L'intention de prière du pape Léon XIV pour le mois de janvier

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    De Francesca Pollio Fenton sur CNA :

    Voici l'intention de prière du pape Léon XIV pour le mois de janvier

    8 janvier 2026

    L'intention de prière du pape Léon XIV pour le mois de janvier est que les fidèles prient avec la parole de Dieu.

    Dans une vidéo diffusée le 7 janvier sur X, le Saint-Père a déclaré qu'il priait « pour que nous apprenions, pratiquions et aimions prier avec la parole de Dieu ».

    « Les Écritures sont pour nous une lettre d’amour de Dieu à l’humanité », a-t-il déclaré. « Prions pour que nous puissions tous puiser dans ce don et apprendre à connaître notre Seigneur. »

    Initiative « Priez avec le Pape »

    Le Réseau mondial de prière du Pape et le Dicastère pour la Communication ont annoncé le 7 janvier le lancement du projet « Prier avec le Pape ». Selon un communiqué de presse, il s'agit d'une nouvelle initiative dans le cadre de laquelle le pape partagera ses intentions de prière mensuelles par vidéo et audio, « invitant l'Église universelle et toutes les personnes de bonne volonté à s'unir spirituellement, en utilisant la même prière qui sera désormais dirigée par le pape lui-même ».

    « Cette initiative vise à accroître la visibilité des intentions de prière du pape, en utilisant un langage adapté à la prière, dans de nouveaux formats, afin de mieux toucher les fidèles du monde entier, notamment dans le monde actuel de la communication numérique », indique le communiqué de presse.

    Dans la vidéo intégrale diffusée sur le site web du Réseau mondial de prière du Pape, le pape Léon XIII récite une prière originale écrite spécialement pour l'intention de prière de ce mois-ci.

    Voici la prière complète du pape :

    Seigneur Jésus, Parole vivante du Père,

    En toi nous trouvons la lumière qui guide nos pas.

    Nous savons que le cœur humain vit dans l'agitation, avide de sens,

    et seul ton Évangile peut lui apporter paix et plénitude.

    Apprends-nous à t'écouter chaque jour dans les Écritures,

    nous laisser interpeller par votre voix,

    et pour discerner nos décisions

    de la proximité avec ton cœur.

    Que ta parole soit un réconfort dans la lassitude,

    l'espoir dans les ténèbres,

    et la force dans nos communautés.

    Seigneur, que ta parole ne soit jamais absente de nos lèvres ni de nos cœurs.

    la parole qui fait de nous des fils et des filles, des frères et des sœurs,

    disciples et missionnaires de votre royaume.

    Fais de nous une Église qui prie avec la Parole,

    qui s'appuie dessus et la partage avec joie,

    afin que l'espoir d'un monde nouveau puisse renaître en chaque personne.

    Que notre foi grandisse dans la rencontre avec toi à travers ta parole,

    nous émouvant du cœur

    tendre la main aux autres,

    servir les plus vulnérables,

    Pardonner, construire des ponts et proclamer la vie.

    Amen.

    L’option « Priez avec le Pape » est accessible sur le site web du Réseau mondial de prière du Pape et sur ses plateformes numériques.

  • Vatican II « constitue encore aujourd’hui l’étoile polaire qui guide le chemin de l’Église » (Léon XIV)

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    Cet attachement inconditionnel au controversé Concile Vatican II est-il de bonne augure ?

    De Victoria Cardiel sur ACI Prensa via CNA :

    Le pape Léon XIV souligne la pertinence du concile Vatican II avant sa rencontre avec les cardinaux.

    Le pape Léon XIV a entamé mercredi, lors de sa première audience générale de 2026, une série de réflexions sur le concile Vatican II.

    L'audience publique, qui s'est tenue à l'intérieur de la salle Paul VI du Vatican en raison des basses températures, a eu lieu peu avant le début de la première consultation de Léon avec les cardinaux, appelée consistoire, convoquée les 7 et 8 janvier.

    Le pape a fait remarquer que, bien que le concile Vatican II ait eu lieu il y a un peu plus de 60 ans, la génération d'évêques, de théologiens et de laïcs catholiques qui l'a composé n'est plus de ce monde, ce qui rend nécessaire une nouvelle étude de ses enseignements.

    « Bien que nous entendions l’appel à ne pas laisser s’estomper la prophétie [du concile] et à continuer de chercher des moyens de mettre en œuvre ses enseignements, il sera important de la connaître à nouveau de près, et de le faire non pas par le biais de “rumeurs” ou d’interprétations qui ont été données, mais en relisant ses documents et en réfléchissant à leur contenu », a déclaré le pape le matin du 7 janvier.

    Il a affirmé que le magistère de Vatican II « constitue encore aujourd’hui l’étoile polaire qui guide le chemin de l’Église ».

    « Au fil des années, les documents conciliaires n’ont rien perdu de leur actualité ; bien au contraire, leurs enseignements se révèlent particulièrement pertinents face à la nouvelle situation de l’Église et à la société mondialisée actuelle », a-t-il déclaré, citant le pape Benoît XVI.

    Le Saint-Père a également rappelé l’impulsion initiale de ce grand événement ecclésial, convoqué par saint Jean XXIII, qui a ouvert « la voie à une nouvelle saison ecclésiale » à la suite d’une « riche réflexion biblique, théologique et liturgique qui a traversé le XXe siècle ».

    Léon a passé en revue certains des principaux fruits du concile, notamment le fait qu'il avait « redécouvert le visage de Dieu comme le Père qui, en Christ, nous appelle à être ses enfants ».

    Cela a également conduit, a-t-il dit, à une compréhension renouvelée de l’Église « comme mystère de communion et sacrement d’unité entre Dieu et son peuple », et a initié une importante « réforme liturgique » en plaçant au centre le mystère du salut et la participation active et consciente de tout le peuple de Dieu.

    « Cela nous a permis de nous ouvrir au monde et d’embrasser les changements et les défis de l’ère moderne dans le dialogue et la coresponsabilité, en tant qu’Église qui souhaite ouvrir ses bras à l’humanité », a-t-il expliqué.

    Citant saint Paul VI, il a déclaré que l’Église s’était engagée sur une nouvelle voie afin de « rechercher la vérité par la voie de l’œcuménisme, du dialogue interreligieux et du dialogue avec les personnes de bonne volonté ».

    Ce même esprit, a-t-il ajouté, « doit caractériser notre vie spirituelle et l’action pastorale de l’Église, car nous n’avons pas encore pleinement réalisé la réforme ecclésiale au sens ministériel et, face aux défis d’aujourd’hui, nous sommes appelés à continuer d’être des interprètes vigilants des signes des temps, des proclamateurs joyeux de l’Évangile, des témoins courageux de la justice et de la paix. »

    « Alors que nous nous penchons sur les documents du Concile Vatican II et que nous redécouvrons leur pertinence prophétique et contemporaine, nous saluons la riche tradition de la vie de l’Église et, en même temps, nous nous interrogeons sur le présent et renouvelons notre joie de courir vers le monde pour lui apporter l’Évangile du royaume de Dieu, un royaume d’amour, de justice et de paix », a-t-il déclaré.

  • Pour les cardinaux réunis en consistoire cette semaine : réparer les murs

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    De Robert Royal sur The Catholic Thing :

    Pour les cardinaux réunis en consistoire cette semaine : réparer les murs

    5 janvier 20267

    Le pape Léon a convoqué les cardinaux du monde entier à un consistoire cette semaine, renouant ainsi avec une pratique habituelle qui avait été largement mise de côté ces douze dernières années au profit de réunions « synodales ». Maintenant que l'année jubilaire est terminée, le pape actuel fait quelque chose de nouveau – et d'ancien – en tout cas, s'éloignant des méthodes de son prédécesseur, dès les premiers jours de 2026. Qu'est-ce que cela signifie ?

    Un consistoire est l'occasion pour les cardinaux d'être de véritables collaborateurs du Saint-Père, de s'entretenir avec lui – et entre eux – d'une mission divine à l'échelle mondiale. Le contenu de leurs discussions et leur influence sur le pontificat de Léon peuvent déterminer l'orientation de l'Église pour la prochaine décennie et au-delà. Il y a beaucoup à dire, et prions pour que ce soit le cas, au-delà des obsessions journalistiques éculées sur l'immigration, le climat, les LGBT et les femmes. Car une question effrayante se pose à nous, de manière particulièrement pertinente aujourd'hui, question soulevée il y a longtemps par une certaine personne : « Mais quand le Fils de l'homme viendra [à nouveau], trouvera-t-il la foi sur terre ? »

    Le christianisme sous ses différentes formes ne disparaîtra pas de sitôt. Mais la vérité totale de la foi, celle pour laquelle les saints et les docteurs, les missionnaires, les martyrs et les confesseurs ont travaillé, souffert et sont morts, est en péril. Cela s'explique bien sûr par de nombreuses raisons, notamment le fait qu'elle est attaquée, tant de l'intérieur que de l'extérieur, par des personnes qui lui veulent du mal.

    Nous ne devons pas détourner les yeux de cette réalité. Il est regrettable (du point de vue des chrétiens d'aujourd'hui) que le Saint-Père ait déclaré, dans les derniers jours de l'année jubilaire : « Les chrétiens n'ont pas d'ennemis, seulement des frères et sœurs. » Nous comprenons bien sûr ce qu'il voulait dire, et nous pouvons même, d'une certaine manière, approuver cette affirmation. Mais cela n'est vrai qu'à un très haut niveau d'abstraction, et non dans sa totalité, c'est-à-dire dans la vérité catholique. Ne pas suivre toute la vérité conduit, comme nous l'avons vu depuis que Vatican II a pratiquement abandonné la notion d'Église militante, à une mauvaise interprétation du monde dans lequel nous vivons, avec des effets désastreux.

    Lorsque Voltaire a prononcé sa célèbre phrase « Écrasez l'infâme », c'était loin d'être le début – ou la fin – de la haine de la foi catholique. La Révolution française et ses ramifications totalitaires l'ont démontré. Dans le Sermon sur la montagne, Jésus a enseigné : « Aimez vos ennemis [ἐχθροὺς] ». (Matthieu 5, 44-45) Avant même la naissance du Christ, Zacharie invoquait une sagesse hébraïque bien plus ancienne :

    Par ses saints prophètes, il a promis depuis longtemps
    Qu'il nous sauverait de nos ennemis [ἐχθρῶν],
    Des mains de tous ceux qui nous haïssent.

    Le père spirituel du pape Léon, saint Augustin, a écrit avec sagesse : « Que vos ennemis aient été créés est l'œuvre de Dieu ; qu'ils vous haïssent et souhaitent vous détruire est leur propre œuvre. Que devriez-vous dire à leur sujet dans votre esprit ? « Seigneur, sois miséricordieux envers eux, pardonne-leur leurs péchés, inspire-leur la crainte de Dieu, change-les ! »

    Et bien sûr, comme tout vrai chrétien devrait le croire, il y a L'Ennemi – qui déteste Dieu et a tenté Ève afin de causer la ruine de toute l'humanité.

    Ainsi, toute la tradition judéo-chrétienne – tout comme l'expérience humaine ordinaire – nous dit que nous avons et aurons des ennemis, que nous voulions le reconnaître ou non. Et nous ne devons pas seulement prier pour eux, mais aussi prendre des mesures énergiques – comme saint Augustin a joué un rôle crucial en aidant l'Église et le monde occidental tout entier à réfléchir à la théorie de la guerre juste.

    Nous avons le devoir, par exemple, d'empêcher que du mal soit fait aux chrétiens et à d'autres personnes (des milliers sont morts récemment au Nigeria, ainsi que dans plusieurs autres pays) ; ou aux églises (la France perd actuellement deux édifices religieux par mois à cause d'incendies criminels) ; ou à la présence même des chrétiens dans le monde entier, en particulier dans des pays comme la Chine, le Nicaragua, le Venezuela et les nations à majorité musulmane, au sujet desquels le Vatican reste largement silencieux.

    Voici donc une proposition simple qui pourrait stimuler la réflexion cardinale en cette période de consistoire. Le pape François a clairement affirmé que nous devrions construire des ponts et non des murs. Un pont est une bonne chose, à condition qu'il soit à sa place. Mais les murs le sont aussi, car nous pouvons souhaiter « vivre en paix avec tout le monde ». Cependant, il existe des ennemis auxquels seul un insensé ouvrirait les portes. Toute la vie chrétienne repose sur ce que nous n'hésitions pas autrefois à appeler une bataille spirituelle. En effet, souvent, la distinction appropriée entre une chose et une autre – qu'il s'agisse de la distinction entre le bien et le mal ou de la protection physique des fidèles en contrecarrant les malfaiteurs – favorise l'ordre divin, la paix et la charité.

    Il est facile de comprendre pourquoi, lors du concile Vatican II, certaines personnes ont déploré la « mentalité de forteresse » de l'Église. Mais soixante ans plus tard, il est également facile de voir les résultats de l'ouverture de l'Église. Ce qui manque cruellement à l'Église d'aujourd'hui, ce n'est pas tant l'ouverture à « l'Autre » que l'incapacité à se défendre et à se définir.

    Comme l'a fait remarquer Benoît XVI, le Concile a eu raison de reconnaître le bien partiel qui existe dans d'autres traditions religieuses. Mais si l'on s'appuie trop fortement sur cela – afin de s'entendre avec les autres – on ne peut s'empêcher de perdre son zèle missionnaire, la conviction que c'est à travers la pleine vérité sur Jésus, le seul Sauveur, que nous pouvons être rachetés de nos chemins partiellement vrais, mais désastreusement faux. Personne ne sacrifie sa vie pour répandre l'Évangile s'il pense que les autres sont déjà très bien là où ils sont.

    Nous n'attendons pas – ni ne souhaitons – qu'un pape moderne appelle à des croisades, comme certains de ses prédécesseurs. Mais nous attendons d'un véritable leader qu'il reconnaisse les menaces et revête l'armure de lumière paulinienne, surtout lorsque même les observateurs laïques ont déjà commencé à s'opposer à la militarisation de l'identité sexuelle, à la censure des voix jugées coupables d'islamophobie, d'homophobie, de « haine », de patriarcat, de « sectarisme », etc.

    Ces problèmes ne sont pas faciles à résoudre, mais ils sont faciles à voir. Diverses approches sont possibles, voire nécessaires. Puissent le pape et les cardinaux être inspirés pour les trouver. Mais une première étape cruciale consiste à prendre pleinement conscience de la vérité : les ponts ont leur utilité, mais les murs aussi.

  • Léon XIV : Entre jubilé, consistoire et corps diplomatique

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Entre jubilé, consistoire et corps diplomatique

    Durant les huit premiers mois de son pontificat, le pape Léon XIV s'est comporté comme un chef de transition. Les défis auxquels il a été confronté et les décisions qu'il a prises ont tous été, d'une manière ou d'une autre, influencés par le pape François, qui a instauré l'Année sainte et en est resté le principal référent jusqu'à son terme.

    Cette période a été un « monde intermédiaire » où les anciens et les nouveaux pontificats se sont superposés.

    La conclusion du Jubilé, le 6 janvier, permettra à Léon XIV de définir son pontificat.

    Hormis quelques ajustements nécessaires, la vie de l'Église a continué d'une manière qui laissait présager que le pontificat précédent n'était pas encore terminé. Parallèlement, le nouveau avait déjà commencé. Par exemple, le pape François avait laissé sur la table une série de documents – comme l'exhortation apostolique sur la pauvreté et le document sur les titres de Marie – que Léon XIV a publiés .

    Il y avait aussi les engagements pris par François, que Léon XIV a scrupuleusement honorés.

    Les nominations d'évêques ont largement suivi le cap souhaité par le pape François. Le siège de New York, aux États-Unis, a un nouvel archevêque avant celui de Chicago, bien que l'archevêque cardinal de Chicago soit plus âgé. Même le premier voyage international de Léon XIV, en Turquie et au Liban, était un héritage direct de son prédécesseur.

    Avec la clôture de l'Année jubilaire de l'EspéranceLéon XIV atteint un tournant. Il peut désormais façonner activement son rôle, comme en témoigne sa décision de convoquer un consistoire dès le lendemain de la clôture du Jubilé et de programmer une rencontre rapide avec le corps diplomatique.

    Ces trois jours constituent un véritable creuset pour Léon XIV. Ils lui offrent l'opportunité de consolider son orientation, d'écouter les autres et d'affirmer enfin son leadership au-delà de l'héritage du pape François.

    Le consistoire se déroule en trois sessions sur deux jours, réunissant tous les cardinaux pour débattre. Chacun aura l'occasion de prendre la parole, sous la modération du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Vatican. Cette initiative redonne de l'importance au Secrétariat d'État, marginalisé par le pape François. Ce dernier avait en effet exclu le secrétaire d'État du Conseil des cardinaux, ne l'y intégrant que plus tard et de manière informelle.

    Le consistoire aborde également le problème de la concentration du pouvoir gouvernemental. L'approche synodale du pape François s'appuyait sur des commissions et des comités parallèles, excluant largement les institutions officielles du processus décisionnel. Le Conseil des cardinaux, qui n'a jamais été intégré à la nouvelle constitution de la Curie, a fonctionné comme un gouvernement parallèle – un modèle proposé mais jamais adopté, même durant les dernières années du pontificat de Jean-Paul II.

    Le pape François a finalement suivi un modèle de réforme évoqué dans les dernières années du pontificat de Jean-Paul II.

    Benoît XVI décida de ne pas poursuivre ce projet, car son but ultime n’était pas la gouvernance mais la communion .

    La recherche de la communion a conduit Benoît XVI à prendre plusieurs décisions de gouvernance controversées, notamment celle de lever l'excommunication des quatre évêques lefebvristes. Son désir de communion s'est également traduit par sa décision de libéraliser l'usage des livres liturgiques et rituels préconciliaires.

    Dans le même temps, le désir d'adapter la gestion des affaires temporelles au monde contemporain a conduit Benoît XVI à entreprendre une réforme financière du Vatican. Il s'est efforcé de détacher le Saint-Siège de son voisin italien, jugé trop lourd, en internationalisant la loi anti-blanchiment. Il a également réformé l'Autorité de la communication financière, remplaçant un groupe composé exclusivement d'Italiens et d'anciens membres de la Banque d'Italie. La Préfecture des affaires économiques a été restructurée pour fonctionner davantage comme un ministère des Finances moderne.

    Pourquoi des réformes aussi avancées étaient-elles si gênantes ?

    Ces réformes ont remis en cause un modèle de pouvoir instauré à la fin du pontificat de Jean-Paul II. Elles ont également questionné des idées héritées d'un débat post-conciliaire que le pape polonais avait cherché à dépasser. Le pape François a réactivé nombre de ces idées et a redonné à l'ancienne Curie une place centrale. Plus tard, il l'a affaiblie par sa forte personnalité et son désir de centraliser le gouvernement.

    Léon XIV a pour mission de guider l'Église au-delà des vieux débats, en relançant des discussions qui résonnent depuis la fin du pontificat de Jean-Paul II et même depuis les années 1970. Les récentes initiatives idéologiques du pontificat de François soulignent ce retour au passé, notamment la réactivation du Pacte des Catacombes, les débats sur le diaconat féminin et les propositions de réforme du rôle des nonces apostoliques. Ces propositions sont souvent formulées sans égard pour leur mandat épiscopal ni pour leur fonction diplomatique pontificale.

    Le prochain consistoire ne mettra peut-être pas fin à tout cela, mais il nous aidera à comprendre comment l'élan missionnaire et synodal de François (sur le papier ) peut être adapté non pas tant à l'époque qu'à une institution comme celle qu'est réellement l'Église, qui a ses propres voies et son propre besoin de proclamer l'Évangile et de vivre selon lui.

    Les quatre thèmes du consistoire — l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium, la constitution apostolique Praedicate Evangelium, la synodalité et la grande question de la liturgie — témoignent de la volonté du Pape de mettre fin au débat et de trouver une vision commune du renouveau.

    Léon XIV, à l'instar de Benoît XVI, aspire à l'unité de l'Église. Comme François, il comprend la nécessité de raviver l'élan missionnaire de l'Église (ce qui implique d'une manière ou d'une autre d'associer tous les fidèles). Parallèlement, des discours concurrents opposent soit une continuité singulière entre François et Léon, soit un rejet catégorique du pontificat de François.

    Après le consistoire, aura lieu le discours annuel devant le corps diplomatique.

    Le pape, qui n'a jamais manqué de mettre le Saint-Siège à la disposition des pourparlers de paix, est aussi celui qui a remis la diplomatie de la vérité au premier plan, soulignant lors de sa première rencontre avec des diplomates que l'Église ne peut se soustraire à la vérité , même au risque de s'attirer l'impopularité. C'est un signe, dont la portée profonde annonce une rupture décisive avec le pontificat de François, du moins en ce qui concerne la conduite de la diplomatie du Saint-Siège.

    La réforme des universités pontificales entreprise sous le pontificat de François, et menée sous son impulsion, avait pour principe directeur l'intégration des langues au monde séculier. Il en allait de même pour la réforme de l'Académie pontificale de théologie. Ces deux réformes visaient à intégrer les langues au monde séculier. Leur ambition sous-jacente était de s'adapter pour mieux répondre aux besoins de l'Église et du monde contemporains.

    Léon XIV, tout en soutenant l'évangélisation, sait que l'institution ne doit pas être marginalisée. Son second discours au corps diplomatique précisera clairement la portée et l'orientation de son pontificat, bien au-delà de la scène politique internationale.

    Cette semaine sera déterminante pour l'avenir du pontificat.

    Une lecture attentive en révélera le sens.

  • Pour la nouvelle année, nous pouvons nous attendre au début de l'ère de Léon

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    De Christopher R. Altieri sur Crux :

    Pour la nouvelle année, nous pouvons nous attendre au début de l'ère de Léon.

    « On ne sait pas encore vraiment qui est le pape Léon », a fait remarquer mon ami. « Pour l'instant, on est dans l'ère post-François », a-t-il poursuivi, « et je ne pense pas qu'on verra l'ère Léon avant l'année prochaine. »

    Mon ami – qui se trouve être également le rédacteur en chef de Crux, Charles Collins – a fait ces remarques à la BBC le jour de Noël, avant la toute première bénédiction urbi et orbi de Noël du pape Léon XIV.

    Cela m'a semblé être une déclaration succincte d'une perspicacité et d'une profondeur remarquables, qu'aucun autre observateur du Vatican n'a aussi bien formulée que Collins au cours des neuf mois qui ont suivi l'élection de Léon, à l'exception d'Andrea Gagliarducci (notamment dans ses chroniques du lundi sur le Vatican), un autre vieil ami cher et observateur chevronné des affaires romaines.

    « Le pontificat de Léon XIV n'a pas encore véritablement commencé », a déclaré Gagliarducci dans sa chronique de la semaine dernière – ce n'est pas la première fois qu'il tient de tels propos – mais il a également souligné que nous pouvons entrevoir ce que sera, selon lui, le pontificat de Léon XIV, lorsque ce dernier aura pleinement affirmé son pouvoir.

    « Un pontificat non pas de rupture, mais d’ajustement », écrivait Gagliarducci. « Non pas un pontificat de restauration », mais « un pontificat de renouveau », tout en s’inscrivant dans les traditions de la charge et de l’Église pour lesquelles elle est conférée.

    Ceux qui espéraient un abandon et un renversement rapides de certaines des mesures les moins populaires de François allaient forcément être déçus – et ils l'ont été, en grande partie – mais il y a un sens significatif dans lequel ceux qui espéraient une continuité parfaite avec François – un François II en tout sauf le nom – allaient de toute façon avoir la tâche plus difficile.

    « Les prières des deux n’ont pu être exaucées », pour reprendre les mots du président américain Abraham Lincoln, « et celles d’aucun des deux n’ont été pleinement exaucées. »

    « Le Tout-Puissant », a déclaré Lincoln, « a ses propres desseins. »

    François était une anomalie, une force perturbatrice et une présence cyclonique au sein de la papauté, qui a libéré des énergies considérables sans les maîtriser ni les canaliser. Selon ses propres termes (ou ceux de ses plus proches conseillers), François décrivait sa méthode comme consistant à « initier des processus » plutôt qu’à « dominer les espaces », car « le temps est plus grand que l’espace ».

    « Une réforme en cours », c’est ainsi que Gagliarducci a décrit l’approche de François pour remodeler le Vatican et l’Église, tandis que le père jésuite Antonio Spadaro a qualifié le leadership de François d’« ouvert et incomplet ».

    Le grand paradoxe de l'ère François était que François ait rejeté les attributs du règne papal tout en exerçant ouvertement le pouvoir brut de la fonction, et donc, au nom d'une « saine décentralisation », ce qui concentrait le pouvoir dans la personne du pontife, qui l'exerçait ensuite.

    François a certainement bouleversé les choses au Vatican et dans l'Église – le fait qu'il était grand temps de procéder à un bouleversement était l'un des rares points sur lesquels les membres de l'Église, de tous bords politiques, s'accordaient lors de son élection – mais après douze années de son leadership fulgurant, les problèmes structurels et culturels à l'origine du dysfonctionnement dont il avait hérité étaient – ​​et sont toujours – présents.

    Le travail de son successeur – quel qu’il soit – consisterait de toute façon à consolider, à organiser. Il s’agirait toujours d’un travail d’« absorption », pour reprendre le terme de Gagliarducci, et cela exige un institutionnaliste.

    En la personne de Léon XIV, nous avons un homme institutionnaliste par nature et par tempérament, dont la biographie suggère qu'il est particulièrement et peut-être même uniquement apte à relever les défis du moment présent.

    Le meilleur ouvrage jamais écrit sur le pape Léon XIV est sans doute * El Papa León XIV. Ciudadano del mundo, misionero del siglo XXI* , par Elise Ann Allen, collaboratrice de Crux, et bientôt disponible en anglais sous le titre * Pope Leo XIV: Global Citizen, Missionary of the 21st Century *. Allen a également obtenu pour Crux la première interview du pape Léon XIV, que vous pouvez lire ici (liens vers les parties 2 à 6 en bas de l'article).

    Pour éviter d'être accusé de me sous-estimer, il convient de mentionner que les lectures de Collins et de Gagliarducci du pontificat léonin in fieri peuvent être considérées comme prolongeant une observation que cet observateur du Vatican a faite le jour de son élection.

    « Il est – si je puis dire – un théologien modéré, d'après ce que je peux en juger », ai-je déclaré à Ryan Piers de LNL, quelques minutes après la première apparition de Léon sur la loggia. « Je pense que nous ne savons pas vraiment qui il est tant qu'il ne nous l'a pas montré, et qui il est dans la fonction de Pierre sera forcément très différent de qui il était en tant que "citoyen privé", pour ainsi dire. »

    « Donc, » ai-je dit, « il s'agit vraiment d'un moment où il faut attendre et voir. »

    « Ceci dit », ai-je conclu, « le choix de « Léon » – celui qui fut le père de la doctrine sociale catholique à l’époque moderne – est très révélateur, mais encore une fois, nous allons attendre et voir. »

    Avec la fermeture de la Porte Sainte à Saint-Pierre pour la solennité de l'Épiphanie, le 6 janvier – marquant la fin de l'Année jubilaire ordinaire de l'Espérance (inaugurée par le pape François lors de ce qui s'est avéré être la dernière année de son pontificat) – et l'ouverture du premier consistoire extraordinaire convoqué par le pape Léon XIV le 7 janvier, l'attente touche peut-être à sa fin et la nouvelle ère léonine est sur le point de s'établir pleinement.

    Si l'on en croit la lettre – obtenue par Crux – que Léon a envoyée aux cardinaux avant Noël, les premiers pas seront à la fois prudents et décisifs.

    Une relecture de l'Evangelii gaudium de François – le premier document majeur du pontificat de François à avoir été entièrement l'œuvre de François lui-même – et une « plongée en profondeur » (It. approfondimento ) dans la constitution apostolique de François, Praedicate Evangelium, sont toutes deux à l'ordre du jour.

    Il en va de même pour le « synode et la synodalité », notamment dans l’optique d’une « collaboration efficace avec le pontife romain, sur les questions d’importance majeure, pour le bien de toute l’Église ».

    Le dernier point sur la liste des choses que Léon doit considérer avant le consistoire est « la liturgie : une réflexion théologique, historique et pastorale profondément éclairée "pour conserver la saine (Lt. sana) tradition et ouvrir néanmoins la voie à un progrès légitime" », comme l'ont formulé les Pères du Concile Vatican II dans leur constitution sur la liturgie sacrée, Sacrosanctum Concilium .

    C'est beaucoup.

    Ce n'est là qu'une infime partie de ce qui se trouvait dans le corbillard papal lorsque Léon est entré en fonction, mais le sage dirigeant sait qu'il ne faut pas tout tenter en même temps.

  • La sainteté de Ratzinger, sans fanfare mais discrète comme lui

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    De Stefano Chiappalone sur la NBQ :

    Interview avec Mgr Gänswein

    La sainteté de Ratzinger, sans fanfare mais discrète comme lui

    La foi cristalline de Benoît XVI, les récits de grâces et une relation personnelle qui perdure au-delà de sa mort. Un saint désormais ? « La précipitation est l’ennemie de l’auréole », confie à  La Bussola le secrétaire, aujourd’hui nonce apostolique dans les pays baltes. Son témoignage à l’occasion du troisième anniversaire de sa mort.

    2_01_2026

    Riccardo Squillantini - Imagoéconomie

    Il y a trois ans, le chaleureux pèlerinage venu rendre un dernier hommage à Benoît XVI, décédé le 31 décembre 2022, l'emportait sur le froid du début janvier, mais surtout sur une certaine image du pape allemand : timide et réservé, certes, mais loin d'être froid et distant, à tel point que l'on ne l'avait pas oublié, près de dix ans après son abdication. De cette foule s'élevait aussi un sensus fidelium, flairant la sainteté, espérant peut-être la béatification rapide qu'il avait lui-même accordée à son illustre prédécesseur Wojtyla. Mais pour Ratzinger, il n'est peut-être pas nécessaire de précipiter les choses, car ce qui se dégage depuis lors est « une sainteté discrète, douce et sereine, à l'image de sa personnalité », comme en témoigne, auprès de La Bussola, Georg Gänswein, actuellement nonce apostolique en Lituanie, en Estonie et en Lettonie, et ancien secrétaire de Benoît XVI avant, pendant et après son pontificat.

    Votre Excellence, concernant une éventuelle béatification du pape Benoît XVI, vous nous avez vous-même rappelé de laisser le temps à l'Église de décider (un temps long, hormis de rares et justifiées exceptions, comme celle de saint Jean-Paul II). La sainteté ne suit-elle pas le rythme de notre « civilisation de la hâte » ?

    Parler de « civilisation de la hâte » à propos de la sainteté est une contradiction. Pire encore, la hâte est un adversaire redoutable de la sainteté. Laissons donc le temps, et non la hâte, agir, afin que le critère dominant ne soit pas la popularité mondaine, mais que la véritable sainteté se manifeste toujours davantage. La renommée de la sainteté  doit mûrir et, en définitive, faire émerger la sainteté de la vie.

    Avez-vous également perçu cette réputation de sainteté lors de l'hommage rendu par la foule à Benoît XVI, resté caché du monde pendant près de dix ans ? 

    Ceux qui ont ouvert les yeux, les oreilles et même le cœur ont pu clairement percevoir le sensus fidelium  à cette occasion, il y a trois ans. Depuis, une sainteté se manifeste, discrète, douce et réservée, à l'image de sa personnalité.

    Avez-vous également reçu des témoignages de grâces attribuées à son intercession ?

    Les récits que vous avez reçus jusqu'à présent sont variés. Il y a des lettres témoignant de guérisons par l'intercession de Benoît XVI ; il y a des écrits relatant des grâces particulières reçues après avoir prié le pape Benoît ; et il y a diverses actions de grâces pour des prières exaucées dans des moments de grande difficulté personnelle.

    Comment votre relation avec le pape Benoît a-t-elle évolué depuis qu'elle ne se vit plus dans la vie quotidienne, mais dans la communion des saints ?

    La relation elle-même n'a pas changé, mais sa nature, si. Sa présence physique a fait place à une présence « métaphysique ». Chaque jour, il est proche de moi lorsque je prie pour son aide, ou lorsque je lis ses homélies et étudie ses écrits. C'est une relation forte et enrichissante.

    Joseph Ratzinger ne se considérait certainement pas comme un saint, mais il prenait sa vocation à la sainteté très au sérieux. Qu'était la sainteté pour lui ?

    La sainteté est la réalisation la plus élevée et la plus radicale du but de la vie. Devenir saint, c'est répondre sérieusement à l'appel du Seigneur. Les chemins pour y parvenir sont variés, voire innombrables.

    Le cardinal Ratzinger affirmait alors que « la véritable apologie de la foi chrétienne (…) réside, d'une part, dans les saints, et, d'autre part, dans la beauté que la foi a engendrée ». Cette comparaison rappelle quelque peu l'assimilation, par Florenskij, des « bonnes actions » aux « belles actions ». Peut-on dès lors parler d'une dimension « esthétique » de la sainteté ?

    Non seulement pouvons-nous, mais devons -nous parler d'une dimension esthétique de la sainteté, mais il ne faut pas confondre « esthétique » et « cosmétique ». La foi crée une apparence extérieure, c'est-à-dire esthétique, fruit d'une vie intérieure nourrie de vérité et d'amour.

    Et cela implique bien plus qu'une simple profondeur intellectuelle…

    Il est tout à fait justifié de qualifier Joseph Ratzinger/Benoît XVI d'intellectuel de grand, mais il ne faut pas le réduire à cette seule définition : c'est un aspect important, certes, mais partiel ; ce n'est pas le Ratzinger « total ». Il faut ajouter, ou plutôt placer avant l'intellectuel, sa foi profonde et cristalline et ses qualités humaines telles que la bonté, la douceur et la sincérité.

  • « Durant son pontificat, Benoît XVI fut l’un des plus grands théologiens sur le Siège de Pierre » (cardinal Müller)

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    Le cardinal Müller avec le pape émérite Benoît XVI en 2014

    De kath.net/news :

    « Durant son pontificat, Benoît XVI fut l’un des plus grands théologiens du Siège de Pierre. »

    31 décembre 2025

    « Sa théologie est un don pour toute l’Église, et aussi pour les générations futures. » Homélie prononcée en la basilique Saint-Pierre à l’occasion du troisième anniversaire de la mort de Benoît XVI. Par le cardinal Gerhard Müller

    Vatican (kath.net/pl) kath.net publie l'homélie de Son Éminence le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, à la veille du troisième anniversaire de la mort du pape Benoît XVI, en la basilique Saint-Pierre lors de la messe pontificale à l'autel de la Chaire de Saint-Pierre, le 30 décembre 2025, dans son intégralité.

    Chers frères et sœurs dans le Seigneur,

    il y a trois ans, en la fête de saint Sylvestre, le prêtre et évêque Joseph Ratzinger a achevé son voyage terrestre et nous a précédés vers la patrie céleste. Après la mort, il ne nous est pas seulement offert le repos et la béatitude éternels. Nous connaîtrons Dieu, qui de toute éternité nous a déjà choisis en son Fils et nous a prédestinés à participer à son amour trinitaire. Nous verrons Dieu face à face et nous le louerons et l'aimerons dans la communion de tous ses saints élus. La connaissance de Dieu est le but de toute activité spirituelle humaine. Car, comme le dit Jésus lui-même, le Verbe fait chair : « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17, 3). Il est le Fils qui se révèle en sa personne comme le chemin, la vérité et la vie (cf. Jean 14, 6). Par conséquent, nous sommes tous inclus dans le plan universel de salut de Dieu, qui désire que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (cf. 1 Tim 2,4).

    Joseph Ratzinger s'est toujours considéré comme un collaborateur dans la quête de la vérité. Professeur de théologie et prédicateur recherché, il fut un serviteur infatigable de la Parole. Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, il imposa au Magistère romain des exigences d'une rigueur, d'une précision intellectuelle et d'une intégrité exemplaires. Durant son pontificat, il demeura l'un des plus grands théologiens du Siège de Pierre. Il nous a légué une œuvre théologique immense et d'une qualité exceptionnelle. Il fut reconnu à juste titre comme l'un des plus grands intellectuels catholiques de notre époque. Même Jürgen Habermas, figure emblématique de l'École de Francfort, courant néo-marxiste prônant un monde intellectuel moderne sans Dieu, chercha à dialoguer avec lui afin que croyants et non-croyants puissent préserver le monde moderne de la stagnation de l'antihumanisme et du transhumanisme.

    Lorsque j'ai présenté au pape Benoît XVI le premier volume de son œuvre intégrale, je l'ai informé des seize volumes prévus, estimés à environ 25 000 pages. Au lieu d'être fier d'une œuvre intellectuelle aussi monumentale, il m'a demandé : « Gerhard, qui est censé lire tout cela ? » Un peu gêné, j'ai répondu : « Saint-Père, je ne sais pas, mais je connais celui qui a écrit tout cela. »

    Une édition complète de ses œuvres théologiques, distincte des documents pontificaux, n'a pas pour but d'intimider ni de dissuader les lecteurs potentiels. Sa théologie est un don pour toute l'Église, y compris les générations futures. Chacun est libre d'y puiser, selon ses intérêts spirituels, théologiques, philosophiques ou culturels, en explorant à la fois l'ancien et le nouveau.

    On peut s'orienter tout au long de l'année liturgique grâce à ses sermons. On peut se référer aux ouvrages sur le Concile Vatican II, dont il fut un conseiller important et, plus tard, un interprète reconnu. On peut se tourner vers le volume contenant l'enseignement de saint Augustin sur l'Église comme Peuple et Maison de Dieu. Cependant, si un chrétien, en quête de sens et troublé dans sa foi, me demandait ce qu'il devrait absolument lire, je lui recommanderais les trois volumes sur Jésus. Le fait qu'il ait publié cet ouvrage sous son nom personnel, afin de distinguer son autorité théologique de son autorité papale, exprime simultanément le sens le plus profond de la primauté papale. Car chaque pape, successeur de Pierre, considère que sa mission la plus sacrée est d'unir toute l'Église, avec tous ses évêques et ses fidèles, dans la confession du Prince des Apôtres, qui a dit à Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16, 16).

    C’est là que réside l’avenir du monde et de l’Église. Depuis les Lumières, un conflit s’est instauré entre la foi et la raison. Il semblait que les conclusions de la recherche historico-critique contredisaient la Bible, l’épistémologie philosophique et même – notamment concernant l’origine de l’univers et de la vie – la foi en Dieu, le Créateur, et en Jésus-Christ, l’unique Rédempteur.

    En réalité, il n'y a pourtant aucune contradiction avec la vérité révélée sur le monde et l'humanité, même si la foi ne requiert pas la confirmation des découvertes, toujours faillibles, des sciences empiriques. La foi est fondée sur la Parole de Dieu, par qui tout ce qui existe a été créé. Puisque Jésus, vrai Dieu et vrai homme, est la vérité même dans sa personne divine, notre connaissance de Dieu par le Saint-Esprit est infaillible et ne peut être remise en question par la seule connaissance du monde. 

    Il incombe toutefois aux théologiens de démontrer, par l’argumentation, l’unité profonde entre la foi révélée et la connaissance profane, telle qu’elle se reformule sans cesse dans les nouvelles théories. Car nous devons toujours être prêts à donner une réponse logiquement compréhensible à ceux qui nous interrogent sur le Logos de l’espérance qui est en nous (cf. 1 Pierre 3, 15). Le Fils de Dieu est le Logos divin, la Parole de Dieu, qui ne se trompe jamais et n’égare jamais. 

    Joseph Ratzinger nous a souvent rappelé que le christianisme, avec toutes ses magnifiques réalisations culturelles en matière de doctrine sociale, de musique et d'art, de littérature et de philosophie, n'est ni une théorie ni une vision du monde, mais une rencontre avec une personne. Jésus est la vérité en sa personne divine, la lumière qui éclaire chaque être humain. Quiconque appartient à la vérité écoute sa voix.

    Et qu'est-ce que l'Église ? Ce n'est pas une organisation humaine dotée d'un grand programme éthique et social. L'Église du Christ est la communauté de ses disciples, qui déclarent d'eux-mêmes et confessent devant le monde : « Nous avons contemplé sa gloire, la gloire du Fils unique venu du Père, pleine de grâce et de vérité » (Jean 1, 14).

    Joseph Ratzinger, théologien, évêque, cardinal et pape, n'est pas loin de nous. Car notre liturgie terrestre correspond à la liturgie céleste dans laquelle, uni à nous, il adore et glorifie Dieu, l'aimant et le louant pour l'éternité. Amen.

  • Le pape Léon et le patriarche Bartholomée : leur « unité de foi » est-elle possible ?

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    De sur The European Conservative :

    Le pape Léon et le patriarche Bartholomée : leur « unité de foi » est-elle possible ?

    L’unité fondée sur le plus petit dénominateur commun n’est pas ce que souhaite l’Épouse du Christ et doit donc être soigneusement évitée.

    La « voie du dialogue » saluée conjointement par le pape Léon XIV et le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople produira-t-elle réellement des résultats et l’« unité de foi » souhaitée, ou est-elle vouée à affaiblir l’Église catholique ?  

    Plusieurs semaines après le premier voyage papal de Léon XIV en Turquie et au Liban, ce déplacement est naturellement devenu l'un des moments les plus marquants de son jeune pontificat. Au Liban, le pape américain est apparu comme un symbole d'espoir pour le pays et la région, dans un contexte de violence. En Turquie, son action a été résolument œcuménique, puisqu'il s'est consacré à une priorité qu'il avait définie dès les premiers jours de son règne.  

    Organisé pour commémorer le 1700e anniversaire du concile de Nicée, le voyage du pape en Turquie a constitué à bien des égards l'un des actes d'œcuménisme les plus marquants de ces dernières années. Une prière œcuménique commune sur le site historique du concile a réuni à nouveau les responsables chrétiens, 1700 ans après l'événement originel, tandis que la signature d'une déclaration par Léon XIV et le patriarche Bartholomée a souligné la fraternité spirituelle et le dialogue instauré entre l'Orient et l'Occident.  

    Pour Léon XIV, on peut affirmer sans exagérer que promouvoir l’unité et la pleine communion entre tous les chrétiens est sans doute sa priorité absolue. Accueillant les délégués œcuméniques au Vatican le 19 mai, au lendemain de sa messe d’investiture, Léon XIV a mis en lumière cet aspect de sa mission : 

    Mon élection a eu lieu l'année du 1700e anniversaire du premier concile œcuménique de Nicée. Ce concile représente une étape importante dans l'élaboration du Credo partagé par toutes les Églises et communautés ecclésiales. Dans notre cheminement vers le rétablissement de la pleine communion entre tous les chrétiens, nous reconnaissons que cette unité ne peut être qu'une unité dans la foi. 

    En tant qu'évêque de Rome, je considère que l'une de mes priorités est de rechercher le rétablissement d'une communion pleine et visible entre tous ceux qui professent la même foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit. 

    « L’unité, a-t-il déclaré, a toujours été une préoccupation constante pour moi, comme en témoigne la devise que j’ai choisie pour mon ministère épiscopal. » 

    Le nouveau pape n'a pas hésité à le démontrer. Il a reçu le patriarche Bartholomée Ier à deux reprises au cours des trois premières semaines de son pontificat. Le voyage à Nicée, initialement prévu pour le mois de mai, a été rapidement organisé, avec le pape François comme invité d'honneur.  

    Une fois arrivés en Turquie, le pape et le patriarche ont été de proches compagnons lors de la plupart des événements publics du voyage papal. Ils ont offert une démonstration éclatante d'unité entre les « Églises sœurs », comme ils l'ont eux-mêmes écrit dans une déclaration commune. 

    La déclaration elle-même était, à bien des égards, conforme aux attentes. Les vaticanistes sont habitués à la signature de documents entre un pape et un chef religieux, dans un climat de grande pompe et de cérémonie, mais qui tombent ensuite dans l'oubli, sauf lorsqu'ils sont mis en avant par les médias officiels du Vatican. Le contenu est souvent chaleureux et fraternel, exhortant le monde à un avenir meilleur et promettant la collaboration des deux parties pour atteindre cet objectif, mais sans apporter de précisions.  

    Dans une certaine mesure, Léon et Bartholomée ont emboîté le pas en exprimant par écrit leur souhait que les religions soient au service de la paix et de la prospérité mondiales. Toutefois, il ne s'agissait là que d'une remarque marginale, éclipsée par leur objectif d'unité ecclésiale. 

    « Nous continuons à avancer avec une ferme détermination sur la voie du dialogue, dans l’amour et la vérité, vers le rétablissement espéré de la pleine communion entre nos Églises sœurs », indique la Déclaration. Le texte, signé à l’église patriarcale Saint-Georges d’Istanbul, se poursuit ainsi :  

    Conscients que l’unité chrétienne n’est pas seulement le fruit d’efforts humains, mais un don d’en haut, nous invitons tous les membres de nos Églises — clergé, moines, personnes consacrées et fidèles laïcs — à rechercher ardemment l’accomplissement de la prière que Jésus-Christ a adressée au Père : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi… afin que le monde croie. » 

    Faisant référence à la défense des vérités christologiques par le concile de Nicée comme à un « événement providentiel d’unité », la déclaration de Léon et Bartholomée saluait sa commémoration comme « un moment extraordinaire de grâce ». 

    Le couple a également fait part de sa ferme conviction que « la commémoration de cet anniversaire important peut inspirer de nouvelles initiatives courageuses sur la voie de l'unité ». 

    C'est une affirmation audacieuse, mais est-elle plausible ? En effet, au-delà de la belle prose, la déclaration commune, bien qu'exprimant le profond désir d'unité, ne semble proposer aucune solution nouvelle pour y parvenir.  

    Prenons l'exemple de la date de Pâques, qui coïncidait cette année à Rome et à Constantinople. La déclaration exprime le souhait que cela se produise « chaque année », mais, en réalité, ce ne sera possible que si l'une des parties rejette son calendrier au profit de l'autre. Puisque l'usage orthodoxe du calendrier julien pour déterminer la date de Pâques est pratiquement le seul cas où ce système est utilisé dans le monde, la solution logique serait que les orthodoxes adoptent le calendrier grégorien utilisé par Rome – et par la majeure partie du monde.

    On retrouve la même réponse concernant, par exemple, la question de la primauté papale. Puisque le Saint-Siège ne peut modifier sa doctrine à ce sujet, l'Église orthodoxe doit soit se soumettre à son rejet actuel de la primauté du Siège de Rome, soit ne pas le faire. Cette décision difficile devra être prise tôt ou tard si les espoirs d'unité exprimés dans la déclaration commune sont réellement sincères.  

    Dans son homélie prononcée à l'occasion de la fête patronale de saint André, le patriarche Bartholomée a reconnu ces questions théologiques et hiérarchiques. « Nous ne pouvons qu'espérer que des questions telles que le Filioque et l'infaillibilité, actuellement examinées par la Commission, seront résolues de sorte que leur interprétation ne constitue plus un obstacle à la communion de nos Églises », a-t-il déclaré.  

    Les différences ne sont pas insurmontables, mais elles sont indéniables et exigent des réponses définitives.  

    Peut-être Léon pourrait-il chercher à employer le processus en vogue de la synodalité afin de présenter l'Église catholique comme plus attrayante pour ceux qui sont fidèles au patriarche de Constantinople. 

    Lors de son discours aux délégués œcuméniques en mai, Léon XIV a laissé entendre qu'il mettrait la synodalité au service de l'œcuménisme, la première étant considérée comme intimement liée à la seconde. « Conscient, par ailleurs, du lien étroit qui unit la synodalité et l'œcuménisme, je tiens à vous assurer de mon intention de poursuivre l'engagement du pape François en faveur de la promotion du caractère synodal de l'Église catholique et du développement de formes nouvelles et concrètes pour une synodalité toujours plus forte dans les relations œcuméniques », a-t-il déclaré.  

    Mais cette politique est à double tranchant. Le patriarche Bartholomée s'est félicité que l'étude de la primauté papale à travers le prisme de la synodalité soit « une source d'inspiration et de renouveau non seulement pour nos Églises sœurs, mais aussi pour le reste du monde chrétien ». Il s'agit assurément d'une allusion au document de juin 2024, qui a placé la papauté au service de la synodalité et de l'œcuménisme, et a ainsi suscité la controverse parmi les catholiques traditionalistes, car ce document fragilise la position du pape.  

    Si Léon XIV s'engageait dans une voie qui minimiserait le prestige, l'honneur et l'autorité de la papauté afin de rallier les orthodoxes à sa cause, l'Église catholique risquerait d'être affaiblie dans son enseignement et son identité hiérarchique. L'unité fondée sur le plus petit dénominateur commun n'est pas souhaitable pour l'Église, l'Épouse du Christ, et doit donc être soigneusement évitée.  

    Le processus visant à déterminer si l'unité peut être atteinte sera vraisemblablement déterminé par les théologiens de la Commission de dialogue entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe, qui a reçu un soutien renouvelé de Léon et Barthélemy dans leur déclaration commune.  

    Le voyage de Léon en Turquie a permis de renforcer considérablement les liens de confiance entre les deux parties. Cependant, malgré leur « fraternité spirituelle », Léon et Bartholomée n'ont pas encore concrétisé l'unité tant désirée. Cela tient peut-être en partie au fait que l'Église catholique ne doit ni ne peut modifier son enseignement et son identité, tandis que les orthodoxes ne souhaitent pas remettre en question leur doctrine sur les points litigieux.  

    Le temps qui passe et les travaux de la Commission de dialogue détermineront l'efficacité et la conviction que les deux parties apportent à leurs arguments, et si le fruit de l'unité est mûr et prêt à être cueilli. 

    Michael Haynes est un journaliste anglais indépendant et membre du corps de presse du Saint-Siège. Vous pouvez le suivre sur X à @MLJHaynes ou sur son site web Per Mariam.