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Magistère - Page 18

  • Quand Léon XIV se fait chantre de la vie monastique bénédictine

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    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV
    À LA COMMUNAUTÉ MONASTIQUE
    DE L'ABBAYE DE SANTA SCOLASTICA À SUBIACO,
    À LA COMMUNAUTÉ MONASTIQUE
    DE L'ABBAYE DE SANTA MARIA DEL MONTE À CESENA
    ET AUX BÉNÉDICTINES
    DE L'ABBAYE DE SANTA SCOLASTICA À BARI

    Salle du Consistoire, lundi 30 mars 2026

    ______________________________

    Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

    Que la paix soit avec vous !

    Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

    Je me réjouis de cette rencontre, qui nous donne aussi l'occasion de réfléchir ensemble à la valeur du charisme bénédictin dans vos vies, dans la vie de l'Église et dans le monde.

    En identifiant « les instruments des bonnes œuvres », saint Benoît, au chapitre IV de la  Règle , nous exhorte à « veiller sur chacun de nos actes » (48). Vous, moniales bénédictines contemplatives, moines bénédictins, vous savez combien la prière et la lecture priante de la Parole de Dieu, en particulier la  Lectio divina , contribuent à cette vigilance, permettant à ceux qui les pratiquent de comprendre la vérité sur eux-mêmes, de reconnaître leurs faiblesses et leurs péchés et de célébrer les grâces et les bénédictions du Seigneur. C’est ainsi que se renouvelle en nous le désir de lui appartenir et que se confirme notre vœu de consécration. L’Écriture doit donc toujours être « la nourriture de notre vie, de notre contemplation et de notre vie quotidienne, afin que vous puissiez alors partager cette expérience transformatrice » (François, Constitution apostolique  Vultum Dei quaerere , 19).

    Le chemin de sanctification d'une personne consacrée, d'une religieuse, aussi riche soit-il de ferveur et d'inspiration, ne saurait se réduire à un simple parcours personnel. Il comporte une dimension communautaire essentielle, où la proclamation de la libération pascale prend une forme tangible dans le service fraternel, reflet de l'amour universel du Christ pour l'Église et pour l'humanité.

    À cet égard, la synodalité, promue par le pape François comme fondamentale pour la vie de l’Église, se traduit au monastère par la pratique quotidienne du cheminement commun, de l’écoute réciproque, du discernement communautaire sous la conduite de l’Esprit Saint et de la communion avec l’Église locale et la famille bénédictine. Cela se manifeste dans l’assemblée fraternelle, dans la prière commune et dans les décisions partagées, où autorité et obéissance dialoguent pour chercher ensemble la volonté de Dieu. La vie monastique ne saurait se réduire à un simple retrait du monde extérieur. Elle est un moyen par lequel un amour semblable à celui du Maître peut grandir dans le cœur des disciples, prêts à partager et à s’entraider, même entre monastères. Ainsi, dans un monde souvent marqué par le repli sur soi et l’individualisme, la vie monastique deviendra de plus en plus un modèle pour tout le peuple de Dieu, nous rappelant qu’être missionnaire, avant d’agir, exige une manière d’être et de vivre les relations.

    Il convient ici d’évoquer un aspect particulier propre à la vie missionnaire cloîtrée : l’intercession. Par la Parole faite prière, elle nous unit au Christ Médiateur, qui intercède pour nous (cf.  He  7, 25). L’intercession est le privilège des cœurs qui battent à l’unisson avec la miséricorde de Dieu (cf.  Catéchisme de l’Église catholique , 2635), prêts à recueillir et à présenter au Seigneur les joies et les peines, les espoirs et les angoisses des hommes d’aujourd’hui et de tous les temps (cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale  Gaudium et spes , 1). C’est là un aspect primordial et fondamental de l’œuvre qui vous est confiée.

    Anne, la prophétesse, en est un exemple. « Elle ne quittait point le temple, y servant Dieu nuit et jour, par le jeûne et la prière » ( Lc  2, 37). Veuve et d’un âge avancé, elle avait fait du temple sa demeure. La prière et l’ascèse l’ont conduite à reconnaître le Messie dans l’enfant pauvre et anonyme présenté par Marie et Joseph : elles lui ont permis de discerner, au cœur de l’histoire, l’intervention divine et d’en faire une proclamation prophétique de joie et d’espérance pour tout le peuple d’Israël.

    La prophétie et le discernement nous conduisent à un dernier thème que je souhaite aborder avec vous : la formation continue, particulièrement nécessaire à notre époque. Elle consiste avant tout à « connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance » (Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, Instruction  Cor Orans , 223) et est fondamentale pour que la vie consacrée « puisse accomplir son service au monastère, à l’Église et au monde d’une manière toujours plus appropriée » ( ibid ., 236). Toute la communauté est actrice de cette formation, par la prière, la Parole, les temps de célébration et de prise de décision, le dialogue et le renouveau, vécus et partagés dans la primauté de la charité. Cela implique un engagement, pour vous tous, avec sagesse et prudence, d’encourager toute bonne intention et de diriger tout effort vers une croissance commune dans la capacité de donner, afin que chaque monastère devienne, comme le souhaitait saint Benoît, toujours plus une « école du service du Seigneur » (cf.  Prologue à la Règle , 45).

    Chers frères et sœurs, merci pour l’immense bien, souvent invisible, que vous faites à l’Église par vos offrandes, vos prières incessantes, votre service et le témoignage de votre vie. Poursuivez cette œuvre, qui est « l’œuvre de Dieu » (cf. saint Benoît, Règle 43, 3). Je vous confie à Marie Très Sainte, Mère du Silence, Femme d’Écoute, à saint Benoît, à sainte Scholastique et aux nombreux saints bénédictins, et je vous bénis de tout cœur.

  • Léon XIV : vers un tournant ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : vers un tournant ?

    30 mars 2026

    Par une déclaration avisée et réfléchie, Léon XIV a à la fois recentré et relativisé la question de l’usage du rite ancien.

    Dans un message adressé aux évêques français réunis à Lourdes pour leur assemblée plénière périodique, le pape a exprimé son espoir que le Saint-Esprit incite les évêques à trouver « des solutions concrètes qui permettront l’inclusion généreuse de ceux qui adhèrent sincèrement au Vetus Ordo », c’est-à-dire aux rites anciens, « selon les lignes directrices établies par le Concile Vatican II concernant la liturgie ».

    Il s’agit d’une déclaration habile pour plusieurs raisons, notamment parce qu’elle cite les lignes directrices de réforme établies par le Concile Vatican II, ce qui a permis aux évêques d’agir sans rompre avec les objectifs déclarés du pape François visant à restreindre la messe traditionnelle en latin en 2021, tout en omettant ostensiblement de mentionner le très impopulaire Traditionis custodes de François, le motu proprio par lequel il a restreint l’ancienne messe.

    Léon XIV a démontré son désir d’aller au-delà du pape François, en d’autres termes, en recherchant une « paix liturgique » qui serait d’un grand service à l’Église aujourd’hui. Léon a également reconnu – sans pour autant rejeter la faute sur quiconque – que le pape François, avec Traditionis custodes, avait créé une fracture qui serait très difficile à réparer.

    Léon XIV, confronté à une Église française qui s'interrogeait sur le nombre sans cesse croissant de baptêmes d'adultes dans un contexte de foi globalement traditionnelle, a souligné que non, les fidèles qui se sentent les plus proches de l'ancien rite ne peuvent être mis à l'écart.

    La démarche du pape est intéressante, car elle laisse entendre que le problème pourrait être surmonté. De plus, en France, même un évêque non traditionaliste comme le cardinal Jean-Marc Aveline, aujourd’hui président des évêques de France, a célébré selon l’ancien rite précisément pour éviter de perdre un groupe important de fidèles qui restent néanmoins dans le giron de la tradition catholique.

    Le sujet est vaste. Face à une sécularisation croissante, on observe un intérêt toujours plus grand pour la tradition de l’Église, qui se reflète également dans le recours au rite ancien. Ce retour à l’Église et à la foi s’observe aussi dans des pays comme la Suisse, où le portail épiscopal catt.ch a consacré une grande enquête au retour à la foi et à l’augmentation des baptêmes d’adultes.

    La réalisation de la paix liturgique serait une grande réussite pour Léon XIV et pour l’Église.

    Depuis le Concile Vatican II, le sujet de la liturgie a suscité de vives polémiques, créant des divisions et plaçant les chrétiens dans une situation de « avant et après », les rangeant d’un côté ou de l’autre. Léon XIV souhaite apaiser ces divisions et rétablir l’unité. Il entend le faire – comme le montre la lettre – en partant d’une perspective locale, en traitant chaque cas individuellement, sans modifier les dispositions du pape François, mais simplement en ne les appliquant pas pleinement. C’est une décision sage, qui marque également un tournant dans le pontificat.

    Léon XIV rencontre et écoute tout le monde. L’audience accordée à Gareth Gore, auteur d’un livre très critique sur l’Opus Dei, a fait sensation, mais s’inscrivait en réalité dans la « campagne d’écoute » de Léon et s’inscrivait dans la continuité de la pratique du pontife consistant à entretenir des contacts avec des journalistes qu’il connaissait au Pérou.

    C’est un pape attentif à l’opinion publique, mais pas pour autant esclave de celle-ci. Gore a demandé au pape de créer une commission d’enquête sur l’Opus Dei, mais il n’est pas certain que le pape donne suite à cette demande, d’autant plus que l’Église dispose des moyens nécessaires pour comprendre les situations au sein des organisations religieuses.

    Écouter ne signifie toutefois pas se soumettre. Le pape recueille des informations et les évalue avant de prendre des décisions.

    La question de la liturgie est cruciale, et le dialogue avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, lorsque celle-ci a annoncé son intention d’ordonner de nouveaux évêques sans mandat papal, a en effet constitué un premier test. Avant même cela, Léon XIV avait adressé un message au pèlerinage Paris-Chartres l’été dernier, ce qui était significatif, étant donné que ce pèlerinage avait été lancé par une association de fidèles de la messe tridentine.

    Dans l’ensemble, Léon XIV s’efforce d’harmoniser le gouvernement de l’Église.

    En ce sens, Léon XIV recherche des profils présentant des caractéristiques très spécifiques. La dernière nomination de la Curie est celle de l’évêque australien Anthony Randazzo au poste de préfet du Dicastère pour les textes législatifs.

    Randazzo vient d’assez loin pour ne pas devenir esclave des procédures romaines, mais il a vécu à Rome assez longtemps pour comprendre le fonctionnement de la Curie. Randazzo a notamment été fonctionnaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi sous la direction du cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet. Il apporte donc un état d’esprit traditionnel ancré dans les pratiques de la Curie de la fin des années 1990, ainsi que l’expérience pastorale d’un évêque venu de l’autre bout du monde et une certaine capacité à relever des défis majeurs sans trop de tapage ni de visibilité. C’est ce que recherche Léon XIV.

    Renzo Pegoraro, chancelier de l’Académie pontificale pour la vie, a occupé le devant de la scène. Léon XIV lui a conféré le titre d’archevêque, rétablissant ainsi le principe selon lequel les responsables des dicastères et des académies pontificales doivent être des archevêques, en collégialité avec le pape.

    Tous les regards sont désormais tournés vers le Dicastère de la Communication, d’autant plus qu’il serait logique de remplacer un laïc comme l’actuel préfet, Paolo Ruffini, par un ecclésiastique. Cela démontrerait que ce pontificat prend une direction claire : pas de rupture avec le pontificat précédent, mais un retour manifeste à un pontificat « romain » dans sa forme (avec tous les chefs de dicastères au moins archevêques, c'est-à-dire en collégialité avec le pape) et institutionnel dans ses méthodes.

    Dans le même temps, il semble que le pape s’apprête enfin à entamer le remaniement de la Secrétairerie d’État : selon les rumeurs, Mgr Edgar Pena Parra serait nommé nonce en Italie, Mgr Paolo Rudelli deviendrait le nouveau sostituto, et Mgr Petar Rajić serait le nouveau préfet de la Maison pontificale. Ces nominations pourraient prendre effet après Pâques, mais il est également possible que le pape promeuve l’archevêque Paul Richard Gallagher, actuellement « ministre des Affaires étrangères » du Vatican, et nomme ensuite un nouveau ministre chargé des relations avec les États.

    En résumé, le pontificat de Léon XIV apparaît de plus en plus comme un pontificat qui ne cherche pas à marquer une rupture, mais plutôt à saisir l’occasion de conduire l’Église au cœur du XXIe siècle et au-delà.

    Pour Léon XIV, un renouveau générationnel s’impose. Mais avant tout, il faut ramener les gens à la foi et les y former. La paix liturgique y contribuera. Des ajustements institutionnels permettront au pape d’agir en tant que pape.

  • Gravir "l'Echelle du Paradis" avec Jean Climaque (30 mars)

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    De BENOÎT XVI, lors de l'AUDIENCE GÉNÉRALE du mercredi 11 février 2009 :

    Jean Climaque

    Chers frères et sœurs,

    Après vingt catéchèses consacrées à l'Apôtre Paul, je voudrais reprendre aujourd'hui la présentation des grands Ecrivains de l'Eglise d'Orient et d'Occident de l'époque médiévale. Et je propose la figure de Jean, dit Climaque, translittération latine du terme grec klímakos, qui signifie de l'échelle (klímax). Il s'agit du titre de son œuvre principale, dans laquelle il décrit l'ascension de la vie humaine vers Dieu. Il naquit vers 575. Sa vie se déroula donc pendant les années où Byzance, capitale de l'empire romain d'Orient, connut la plus grande crise de son histoire. A l'improviste, le cadre géographique de l'empire se transforma et le torrent des invasions barbares fit s'effondrer toutes ses structures. Seule tint bon la structure de l'Eglise, qui continua pendant ces temps difficiles à exercer son action missionnaire, humaine et socio-culturelle, en particulier à travers le réseau des monastères, dans lesquels œuvraient de grandes personnalités religieuses, comme celle, précisément, de Jean Climaque.

    Jean vécut et raconta ses expériences spirituelles dans les montagnes du Sinaï, où Moïse rencontra Dieu et Elie en entendit la voix. On conserve des informations le concernant dans une brève Vita (pg 88, 596-608), écrite par le moine Daniel de Raito:  à seize ans, Jean, devenu moine sur le mont Sinaï, y devint le disciple de l'abbé Martirio, un "ancien"; c'est-à-dire un "sage". Vers vingt ans, il choisit de vivre en ermite dans une grotte au pied de la montagne, dans un lieu appelé Tola, à huit kilomètres du monastère de Sainte-Catherine. Mais la solitude ne l'empêcha pas de rencontrer des personnes souhaitant avoir une direction spirituelle, ainsi que de se rendre en visite dans plusieurs monastères à Alexandrie. En effet, sa retraite d'ermite, loin d'être une fuite du monde et de la réalité humaine, déboucha sur un amour ardent pour les autres (Vita 5) et pour Dieu (Vita 7). Après quarante ans de vie érémitique vécue dans l'amour pour Dieu et pour son prochain, des années pendant lesquelles il pleura, il pria, il lutta contre les démons, il fut nommé higoumène du grand monastère du mont Sinaï et revint ainsi à la vie cénobitique, dans un monastère. Mais, quelques années avant sa mort, nostalgique de sa vie d'ermite, il laissa à son frère, moine dans le même monastère, la conduite de la communauté. Il mourut après 650. La vie de Jean se développe entre deux montagnes, le Sinaï et le Thabor, et on peut vraiment dire que de lui rayonna la lumière vue par Moïse sur le Sinaï et contemplée par les trois apôtres sur le Thabor.

    Il devint célèbre, comme je l'ai déjà dit, pour l'œuvre intitulée l'Echelle (klímax), qualifiée en Occident comme Echelle du paradis (pg 88, 632-1164). Composée sur la requête insistante du proche higoumène du monastère de Raito au Sinaï, l'Echelle est un traité complet de vie spirituelle, où Jean décrit le chemin du moine depuis le renoncement au monde jusqu'à la perfection de l'amour. C'est un chemin qui - selon ce livre - se développe à travers trente marches, chacune d'elle étant liée à la suivante. Le chemin peut être synthétisé en trois phases successives:  la première s'exprime dans la rupture avec le monde dans le but de retourner à l'état de l'enfance évangélique. L'essentiel n'est donc pas la rupture, mais le lien avec ce que Jésus a dit, c'est-à-dire revenir à la véritable enfance dans un sens spirituel, devenir comme les enfants. Jean commente:  "Une bonne fondation est celle qui est formée par trois bases et par trois colonnes:  innocence, jeûne et chasteté. Que tous les nouveau-nés en Christ (cf. 1 Co 3, 1) commencent par ces choses, en prenant exemple de ceux qui sont nouveau-nés physiquement" (1, 20; 636). Le détachement volontaire des personnes et des lieux chers permet à l'âme d'entrer en communion plus profonde avec Dieu. Ce renoncement débouche sur l'obéissance, qui est une voie vers l'humilité à travers les humiliations - qui ne manqueront jamais - de la part des frères. Jean commente:  "Bienheureux celui qui a mortifié sa propre volonté jusqu'à la fin et qui a confié le soin de sa propre personne à son maître dans le Seigneur:  en effet, il sera placé à la droite du Crucifié!" (4, 37; 704).

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  • "Le signe de Jésus : donner la vie"; l'homélie du pape Léon XIV lors de son voyage à Monaco

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
    EN PRINCIPAUTÉ DE MONACO

    MESSE

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Stade Louis II
    Samedi 28 mars 2026

    ______________________________

    Chers frères et sœurs,

    l’Évangile que nous venons d’entendre (cf. Jn 11, 45-57) rapporte une décision cruelle à l’égard de Jésus. Il nous raconte le jour où les membres du Sanhédrin « décidèrent de le tuer » (v. 53). Pourquoi cela lui arrive-t-il ? Parce qu’il a ressuscité Lazare d’entre les morts ; parce qu’il a redonné la vie à son ami, après avoir pleuré devant sa tombe en s’unissant à la douleur de Marthe et de Marie. C’est précisément Jésus, venu dans le monde pour nous libérer de la condamnation de la mort, qui est condamné à mort. Il ne s’agit pas d’une fatalité, mais d’une volonté précise et mûrement réfléchie.

    Le verdict de Caïphe et du Sanhédrin résulte d’un calcul politique fondé sur la peur : si Jésus continue à donner de l’espérance, transformant la souffrance du peuple en joie, « les Romains viendront » et ravageront le pays (cf. v. 48). Au lieu de reconnaître en ce Nazaréen le Messie, c’est-à-dire le Christ tant attendu, les chefs religieux voient en Lui une menace. Leur regard est faussé, au point que ce sont précisément les docteurs de la Loi qui la transgressent. Oubliant la promesse de Dieu à son peuple, ils veulent tuer l’innocent, car derrière leur peur se trouve l’attachement au pouvoir. Mais, si les hommes oublient la Loi qui commande de ne pas tuer, Dieu n’oublie pas la promesse qui prépare le monde au salut. Sa providence fait de ce verdict meurtrier le moyen de manifester un dessein d’amour suprême : malgré sa méchanceté, Caïphe « a prophétisé que Jésus allait mourir pour la nation » (v. 51).

    Nous assistons ainsi à deux mouvements opposés : d’une part, la révélation de Dieu, qui montre son visage de Seigneur tout-puissant et sauveur ; d’autre part, l’action occulte d’autorités puissantes, prêtes à tuer sans scrupule. N’est-ce pas ce qui se passe aujourd’hui ? À leur point de rencontre il y a le signe de Jésus : donner la vie. C’est un signe qui trouve en Lazare ressuscité son anticipation, la prophétie la plus proche de ce qui arrivera au Christ dans sa passion, sa mort et sa résurrection. En cette Pâque, le Fils mènera à son accomplissement l’œuvre du Père par la puissance de l’Esprit Saint. De même qu’au commencement des temps Dieu donna la vie à l’être à partir du néant, de même, à la plénitude des temps, Il rachètera toute vie de la mort qui ruine la création.

    La joie de la foi et la force de notre témoignage découlent de cette rédemption, en tout lieu et en tout temps. L’histoire de Jésus résume en effet le destin de chacun de nous, à commencer par les plus petits et les opprimés. Encore aujourd’hui, combien de calculs sont faits dans le monde pour tuer des innocents ; combien de fausses raisons sont revendiquées pour les éliminer ! Cependant face à l’insistance du mal la justice éternelle de Dieu se dresse, qui sans cesse nous délivre de nos tombeaux, comme pour Lazare, et nous donne une vie nouvelle. Le Seigneur libère de la souffrance en suscitant l’espérance. Il convertit la dureté du cœur en transformant le pouvoir en service, en manifestant le véritable nom de sa toute-puissance : miséricorde. C’est la miséricorde qui sauve le monde : elle prend soin de chaque existence humaine, depuis son apparition dans le sein maternel jusqu’au moment où elle se flétrit, et dans toute ses fragilités. Comme l’a enseigné le Pape François, la culture de la miséricorde repousse la culture du rejet.

    La voix des prophètes, que nous venons d’entendre, témoigne de la manière dont Dieu accomplit son dessein de salut. Dans la première lecture, Ézéchiel annonce que l’œuvre divine commence par une libération (Ez 37,23) et s’accomplit par la sanctification du peuple (cf. v. 28) : un chemin de conversion, comme celui dont nous faisons l’expérience en Carême. Il ne s’agit pas d’une initiative privée ou individuelle, mais d’une initiative qui nous engage tous, qui transforme nos relations avec Dieu et avec notre prochain.

    La libération prend avant tout la forme d’une purification des « idoles immondes » (v. 23). Que sont-elles ? Par ce terme, le prophète désigne toutes ces choses qui asservissent le cœur, qui l’achètent et le corrompent. Le mot idole signifie “petite idée”, c’est-à-dire une vision réduite qui diminue non seulement la gloire du Tout-Puissant, en le transformant en objet, mais aussi l’esprit de l’homme. Les idolâtres sont des personnes à la vue courte : ils regardent ce qui captive leur yeux en les aveuglant. Les grandes et bonnes choses de cette terre se changent en idoles qui deviennent des servitudes, non pas pour ceux qui en sont privés, mais pour ceux qui s’en repaissent, laissant le prochain dans la misère et la tristesse. L’affranchissement des idoles libére d’un pouvoir qui se fait domination, de la richesse qui devient convoitise, de la beauté qui porte à vanité.

    Dieu ne nous abandonne pas dans ces tentations. Il vient au secours de l’homme, faible et triste, qui croit que les idoles du monde lui sauveront la vie. Comme l’enseigne saint Augustin, « l’homme se libère de leur emprise lorsqu’il croit en Celui qui, pour le relever, a donné un exemple d’humilité » (De civitate Dei, VII, 33). Cet exemple, c’est la vie même de Jésus, Dieu fait homme pour notre salut. Au lieu de nous punir, Il détruit le mal par son amour, accomplissant ainsi une promesse solennelle : « Je les purifierai. Alors ils seront mon peuple et moi Je serai leur Dieu » (Ez 37, 23). Le Seigneur change l’histoire du monde en nous appelant de l’idolâtrie à la vraie foi, de la mort à la vie.

    C’est pourquoi, chers frères et sœurs, face aux nombreuses injustices qui blessent les peuples, et face à la guerre qui déchire les nations, la voix du prophète Jérémie s’élève sans cesse, proclamée aujourd’hui dans le psaume : « Je change leur deuil en joie, les réjouis, les console après leur peine » (Jr 31, 13). La purification de l’idolâtrie, qui rend les hommes esclaves d’autres hommes, s’accomplit par une sanctification, un don de grâce faisant des hommes des enfants de Dieu, des frères et des sœurs. Ce don éclaire notre présent car les guerres qui l’ensanglantent sont le fruit de l’idolâtrie du pouvoir et de l’argent. Chaque vie brisée est une blessure infligée au Corps du Christ. Ne nous habituons pas au fracas des armes, aux images de guerre ! La paix n’est pas un simple équilibre des forces, elle est l’œuvre de cœurs purifiés, l’œuvre de ceux qui voient dans l’autre un frère à protéger, et non un ennemi à abattre.

    L’Église à Monaco est appelée à témoigner en vivant dans la paix et la bénédiction de Dieu : alors, bien-aimés, rendez heureux beaucoup de personnes par votre foi en manifestant la joie authentique, celle qui ne se gagne pas par un pari, mais qui se partage par la charité. La source de cette joie est l’amour de Dieu : amour pour la vie naissante et indigente, à accueillir et à soigner sans cesse ; amour pour la vie jeune et âgée, à encourager dans les épreuves de chaque âge ; amour pour la vie, en bonne santé comme malade, parfois solitaire, qui a toujours besoin d’être accompagnée avec attention. Que la Vierge Marie, votre patronne, vous aide à être un lieu d’accueil, de dignité pour les petits et les pauvres, de développement intégral et inclusif.    

    Au cours de ce long Carême du monde, alors même que le mal fait rage et que l’idolâtrie rend les cœurs indifférents, le Seigneur prépare sa Pâque. Le signe de cet événement, c’est l’homme : c’est Lazare, appelé hors du tombeau ; c’est nous, pécheurs pardonnés ; c’est le Crucifié ressuscité, auteur du salut. Il est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6) qui soutient notre pèlerinage et la mission de l’Église dans le monde : donner la vie de Dieu. Une tâche sublime et impossible sans donner notre vie au prochain. Une tâche passionnante et féconde, lorsque l’Évangile éclaire nos pas.

  • Quels sont les différents degrés d'autorité du magistère ?

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    De Matthieu Lavagna sur le site de La Nef :

    Les degrés d’autorité du magistère

    Beaucoup de catholiques n’ont pas une idée précise de ce que sont les différents degrés d’autorité du magistère dans l’Église. À l’heure où beaucoup le contestent, aussi bien du côté du chemin synodal allemand que de la Fraternité Saint-Pie X, il est utile de préciser quels sont ces degrés et l’adhésion que réclame le magistère.

    Aujourd’hui, certains catholiques se trouvent parfois déconcertés et insuffisamment informés au sujet du magistère de l’Église et de ses degrés d’autorité. Ils s’interrogent notamment sur l’attitude que le fidèle doit adopter à son égard : quels en sont les différents degrés d’autorité ? Dans quels cas l’infaillibilité s’exerce-t-elle ? Est-il légitime de rejeter un enseignement du magistère qui n’est pas infaillible ? C’est à ces questions essentielles que nous nous proposons de répondre dans cet article.[1]

    Degrés d’autorité du magistère suprême

    Dans le magistère suprême, on distingue trois degrés d’autorité :

    Niveau 1 : Engagement absolu, avec pleine assistance divine et donc infaillibilité.
    Niveau 2 : Engagement avec autorité, mais partielle, jouissant d’une assistance divine non absolue ni infaillible. On parle alors de magistère « simplement authentique »
    Niveau 3 : Engagement seulement pédagogique, non autoritaire. 

    * Les enseignements du niveau 1 concernent les vérités présentées comme révélées formellement de Dieu ou comme nécessairement connexes à ces vérités formellement révélées. Ils nécessitent un assentiment de Foi. Cet assentiment est certain et irrévocable. L’erreur est impossible même si la formulation peut être améliorée.

    * Les enseignements du niveau 2 ne se présentent pas comme formellement révélés de Dieu mais nécessitent l’assentiment et de la volonté et de l’intelligence (Donum veritatis 23 ; LG 25 ; Note doctrinale CDF 29 juin 1998). Il s’agit là d’un jugement probable qui ne relève pas formellement de la Foi. L’erreur est improbable (mais non impossible).

    * Le niveau 3 nécessite seulement une attention docile, sans que l’adhésion ne s’impose. En effet ce niveau fait souvent usage d’illustrations, images, exemples, argumentations, etc., il ne met pas proprement en œuvre l’assistance divine. Il exerce seulement son rôle pédagogique. C’est pourquoi, à ce niveau, le magistère authentique ne parle pas de façon autoritaire.

    L’engagement du magistère varie dans un même document. Il est donc tout à fait inapproprié de demander si « cette encyclique », ou « ce concile » est infaillible : une réponse générale est impossible. Il faut analyser chaque partie du document et déterminer ce qui relève du niveau 1, 2 ou 3 et distinguer ce qui relève de la discipline ou de la pastorale et ce qui relève d’un réel enseignement doctrinal. Il faut aussi distinguer ce qui est directement visé et ce qui est utilisé à titre d’illustration, d’argumentation ou de commentaire. Seul ce qui est directement visé relève de l’autorité magistérielle à proprement parler. Pour le reste, les propos du magistère ne requièrent pas l’adhésion mais une simple docilité ou « prise en compte respectueuse ».

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  • Léon XIV et la messe traditionnelle : vers un changement ?

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    De Joseph Shaw sur le Catholic Herald :

    Le pape Léon XIV annonce un changement concernant la messe traditionnelle.

    Le 18 mars, le cardinal Parolin s'est exprimé par lettre à l'assemblée plénière des évêques français, transmettant un message, ou une série de messages, du pape Léon XIV. Cette lettre les a appelés à défendre les écoles catholiques et à ne pas oublier la protection due aux prêtres coupables d'abus ; elle abordait également la question de la messe traditionnelle.

    « Chers frères, vous vous préparez à aborder le sujet délicat de la liturgie, auquel le Saint-Père accorde une attention particulière, dans le contexte de la croissance des communautés attachées au Vetus Ordo. Il est préoccupant qu'une blessure douloureuse persiste au sein de l'Église concernant la célébration de la messe, sacrement même de l'unité. La guérison exige une ouverture renouvelée les uns envers les autres, une compréhension plus profonde des sensibilités de chacun – une perspective qui permette aux frères, enrichis par leur diversité, de s'accueillir mutuellement dans la charité et dans l'unité de la foi. Que l'Esprit Saint vous inspire des solutions pratiques qui incluent généreusement ceux qui sont sincèrement attachés au Vetus Ordo , en harmonie avec les directives du Concile Vatican II concernant la liturgie. »

    Nous avons été plutôt privés d'indications concrètes sur l'attitude du pape Léon à l'égard de la messe traditionnelle (s'il a opté pour le terme Vetus Ordo, cela me convient parfaitement) et cette lettre a suscité de nombreux commentaires.

    Il convient de noter en premier lieu la manière dont le pape Léon a choisi de contribuer au débat des évêques français : par une lettre non pas de sa main, mais de celle de son secrétaire d'État. Ce faisant, il agit par les voies officielles et s'abstient de produire ce qui pourrait être perçu comme un texte magistral officiel.

    En revanche, il ne s'est pas exprimé par l'intermédiaire du nonce apostolique en France, Mgr Migliore. L'intervention du cardinal Parolin, le plus haut dignitaire de la Curie, lui confère un poids considérable, et sa forme garantit sa publicité. Tout cela semble avoir été soigneusement orchestré. Fait intéressant, Parolin n'est pas réputé pour être un ami du Vetus Ordo; un message conciliant transmis par lui semble donc particulièrement puissant, et il ne fait aucun doute que les idées contenues dans la lettre émanent directement du Saint-Père.

    Le texte est rédigé avec soin. Le pape Léon XIV exprime l'espoir que l'Esprit Saint inspirera aux évêques des solutions concrètes : il n'en propose aucune lui-même. Mais il leur donne une idée de ce à quoi pourrait ressembler de bonnes solutions.

    Premièrement, les mesures prises seront pragmatiques, par opposition à idéologiques ou théologiques. Le problème n'est pas uniquement d'ordre pratique, mais les évêques doivent l'aborder en vue d'une solution concrète, c'est-à-dire inclure généreusement les fidèles du Vetus Ordo . Cela implique un aménagement pratique, qui ne peut se traduire que par l'autorisation d'un plus grand nombre de célébrations de l'ancienne liturgie.

    Cet aménagement est destiné à ceux qui sont sincèrement attachés à l'ancienne messe. Le terme « sincère » souligne le contraste avec ceux dont l'attachement est intéressé : ceux qui veulent utiliser le Vetus Ordo à des fins inavouées. Leur existence n'est pas exclue, et on peut peut-être leur imputer l'ancienne politique, mais il est clair qu'ils sont désormais moins importants que la grande majorité des fidèles qui y assistent et qui l'apprécient pour la satisfaction spirituelle qu'elle leur apporte. Dès lors, aucun autre motif n'est nécessaire.

    L'importance et la pertinence de ce type de solution se trouvent ainsi précisées. Elle est importante car la situation actuelle représente une « plaie douloureuse ». Personne n'est tenu responsable de cette plaie ; il est peut-être préférable de la considérer simplement comme le fruit malheureux de l'histoire, y compris d'une histoire très récente. À première vue, la métaphore de la « plaie » pourrait sembler renvoyer à la division induite par la simple existence de deux rites liturgiques rivaux, mais si le pape Léon XIV se soucie d'une solution concrète pour aider les fidèles de l'ancien rite, ce n'est certainement pas de cela qu'il parle. La plaie qui préoccupe le Saint-Père est celle qui peut être guérie par une inclusion sincère des fidèles du Vetus Ordo, ce qui laisse supposer qu'il faisait référence à leur profond mal-être actuel, lié au sentiment d'exclusion de la pastorale de l'Église. Le pape Léon XIV appelle les évêques à comprendre les sensibilités de ceux qui sont attachés au Vetus Ordo et, ayant acquis cette compréhension, à répondre à cette sensibilité en prévoyant la célébration de cette liturgie.

    Certains pourraient suggérer que les partisans du Vetus Ordo auraient une meilleure compréhension de l'autre camp dans ce débat, mais cette lettre n'est évidemment pas adressée à une assemblée de traditionalistes, mais à une assemblée d'évêques. En réalité, la situation est loin d'être symétrique. La grande majorité des catholiques attachés à l'ancienne messe connaissent parfaitement la messe réformée et ses fidèles, ayant vécu pendant des décennies avec le Novus Ordo et n'ayant découvert le Vetus Ordo qu'à l'âge adulte. C'est le milieu traditionnel qui, sans surprise, reste un mystère pour ceux, prêtres et évêques, qui le côtoient peu.

    L’opportunité d’un aménagement pour le Vetus Ordo se justifie par le fait qu’il s’inscrit dans une perspective permettant aux frères, enrichis par leur diversité, de s’accueillir mutuellement dans la charité et l’unité de la foi. Il est primordial que le Vetus Ordo puisse être considéré comme une composante positive de la diversité. Cela signifie que le pape Léon XIV le perçoit comme ayant une contribution à apporter à l’Église – un enrichissement pour l’ensemble – et comme pouvant le faire dans la charité et l’unité de la foi.

    Ceux qui sont attachés au Vetus Ordo , comme tous les catholiques, sont appelés à l'unité de la foi, et c'est un appel auquel les traditionalistes répondent avec joie. L'essentiel est que l'ancienne liturgie ne soit pas perçue comme un obstacle à cette unité. C'est cette idée qui a justifié la suppression de l'ancienne messe, proposée par le pape François dans Traditionis custodes : la diversité liturgique compromet l'unité de l'Église. Cet argument a été réaffirmé par le cardinal Arthur Roche lors du dernier consistoire, dans le court document qu'il a distribué aux cardinaux.

    Cette lettre sonne assurément le glas de cet argument. Le problème demeure cependant que Traditionis custodes reste la loi de l'Église et entrave considérablement les évêques, en France et ailleurs, dans l'application des solutions pratiques préconisées par le pape Léon XIV. Les évêques ne peuvent autoriser les célébrations du Vetus Ordo dans les églises paroissiales ; ils ne peuvent créer de nouvelles paroisses personnelles; et ils ne peuvent permettre aux prêtres ordonnés depuis Traditionis custodes de le célébrer. Toutes ces mesures visaient explicitement à éliminer l'ancienne liturgie et à établir l'unité liturgique (selon les termes du pape François) « dans toute l'Église de rite romain ». Si le pape Léon XIV rejette la critique de la diversité liturgique et souhaite des solutions pratiques à une autre blessure au sein de l'Église, celle de la marginalisation des catholiques attachés au Vetus Ordo, il doit reconsidérer ces règles.

  • Abus : la nouvelle position du pape Léon XIV sur la « vulnérabilité »

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    D'Ed. Condon sur le Pillar :

    La nouvelle position du pape Léon sur la « vulnérabilité »

    Dans un discours prononcé la semaine dernière, le pape Léon XIV a semblé signaler un changement dans la manière dont l'Église devrait considérer les victimes adultes d'abus.

    Les questions relatives aux abus sexuels sur adultes au sein de l'Église ont figuré parmi les domaines les plus importants et les plus controversés de la réforme canonique dans les années qui ont suivi le scandale impliquant feu l'ancien cardinal Theodore McCarrick.

    En 2019, le pape François a considérablement élargi la définition de « vulnérabilité » utilisée pour déterminer si une inconduite sexuelle est canoniquement criminelle avec le motu proprio Vos estis lux mundi, créant des années de débats entre les canonistes et les départements du Vatican, et laissant de nombreux diocèses perplexes quant à la manière et à l'étendue de son application.

    Bien que certaines clarifications soient apparues sous la forme de manuels et de clarifications de divers dicastères, un débat persiste quant à savoir qui, exactement, est un « adulte vulnérable », d'un point de vue canonique.

    Mais dans un discours prononcé la semaine dernière, le pape Léon XIV a semblé annoncer un changement dans l'application du droit canonique et dans la manière dont les cas de vulnérabilité sont examinés. Ce changement pourrait apporter la clarté nécessaire à la procédure canonique, en déplaçant l'attention portée à la vulnérabilité de la personne vers la situation.

    Dans son discours prononcé la semaine dernière devant la session plénière de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, le pape Léon XIV a déclaré à cet organisme que son travail de prévention des abus relève à la fois de « protocoles ou de procédures » et de la mise en place d’une « culture de la sollicitude » plus large.

    Tout au long de son discours, le pape a évoqué – comme c’est devenu la norme papale depuis les scandales de 2018 – les abus commis sur des mineurs et sur des adultes, comme un seul et même domaine de préoccupation pour la commission.

    Sous le pape François, tant dans les textes de ses discours publics que dans la loi Vos estis, la terminologie acceptée était de parler d’abus sur les « mineurs et les adultes vulnérables ».

    Le texte original de Vos estis criminalisait spécifiquement « le fait de se livrer à des actes sexuels avec un mineur ou une personne vulnérable », bien que les relations sexuelles avec des mineurs constituaient déjà une infraction pénale canonique.

    Dans une mise à jour du document datant de 2023, le texte a été modifié pour utiliser le terme « adulte vulnérable », tout en conservant la définition de la vulnérabilité comme « toute personne dans un état d’infirmité, de déficience physique ou mentale, ou de privation de liberté personnelle qui, de fait, même occasionnellement, limite sa capacité à comprendre ou à vouloir, ou en tout cas à résister à l’infraction ».

    Cette définition a engendré de nombreux problèmes canoniques au fil des ans. Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi est exclusivement compétent pour traiter les cas d'abus sexuels sur mineurs et, selon son propre droit, ceux des personnes « ayant habituellement un usage imparfait de la raison » — des adultes atteints de handicaps mentaux graves, considérés comme juridiquement équivalents à des mineurs.

    Mais il n’était pas clair si la définition élargie de « personne adulte vulnérable » conférait au DDF une compétence élargie pour statuer sur les cas d’autres types de « personnes adultes vulnérables ».

    Le DDF a précisé en 2020 qu'il ne restait compétent que pour traiter les affaires pénales impliquant des mineurs et ceux qui leur sont assimilés en droit — ceux qui ont un usage habituellement imparfait de la raison — et l'a réaffirmé en 2024 , les autres cas de vulnérabilité devant être traités par d'autres dicastères romains, selon le cas.

    La raison de ces clarifications successives réside dans le débat persistant, même parmi les cardinaux les plus anciens, sur la portée de la définition de la vulnérabilité selon le décret Vos estis et sur l'équivalence juridique à lui accorder par rapport aux abus commis sur des mineurs.

    La question est devenue quelque peu plus claire lorsque le pape François a promulgué une nouvelle version du Livre VI du Code de droit canonique, établissant une distinction supplémentaire entre deux notions d’« adulte vulnérable » dans le canon 1398 révisé, qui reconnaissait d’une part « une personne qui a habituellement un usage imparfait de la raison [équivalent à un mineur] », et d’autre part : « une personne à qui la loi reconnaît une égale protection » selon la définition de Vos estis .

    Bien que la jurisprudence ait établi qu’une distinction substantielle devait être faite entre l’abus sexuel d’un mineur et la coercition sexuelle d’un adulte, la question du traitement des différentes catégories de victimes adultes est restée d’actualité, tout comme celle de l’utilité juridique de la large catégorie créée par l’arrêt Vos estis .

    Le père Hans Zollner, SJ, membre fondateur de la Commission pontificale pour la protection des mineurs et pendant des années le porte-parole expert de facto du Vatican sur les questions de réforme des abus, a indiqué à plusieurs reprises qu'il considérait la définition d'adulte vulnérable dans Vos estis comme inapplicable, voire inutilement large .

    Le prêtre a remis en question la portée de ce terme et a fait valoir qu'il nuisait à une application saine de la loi.

    « Voulez-vous vraiment être une "personne vulnérable" [juste] parce que vous êtes une femme et parce que vous êtes paroissienne ? Je ne le pense pas », a déclaré Zollner lors d'une séance publique de questions-réponses sur la réforme de la lutte contre les abus en 2023, peu de temps avant d'annoncer sa démission surprise de la commission pontificale et son désenchantement quant à son travail et ses progrès .

    Mais les défenseurs des victimes de coercition ou de manipulation sexuelle de la part du clergé ont soutenu que l'Église devrait continuer à reconnaître juridiquement la manière dont l'autorité spirituelle ou les déséquilibres de pouvoir peuvent influencer le consentement.

    Dans ce débat, le pape Léon XIV a introduit la semaine dernière une nuance importante dans son discours devant le Conseil privé du Prophète (CPP), rompant ainsi avec l'usage de son prédécesseur et le texte de loi en n'évoquant pas une seule fois les « adultes vulnérables ». Il a préféré employer la formule « mineurs et personnes en situation de vulnérabilité », qu'il a répétée à trois reprises.

    Bien que la différence puisse sembler être une distinction sans différence, les canonistes ont perçu dans cette nouvelle formulation une signification potentielle.

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  • Le pape Léon XIV explique pourquoi le sacerdoce est réservé aux hommes

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    De Victoria Cardiel sur EWTN News :

    Le pape Léon XIV explique pourquoi le sacerdoce est réservé aux hommes

    Le pape a également invité les catholiques à prier pour les vocations sacerdotales.

    25 mars 2026

    Le pape Léon XIV a déclaré mercredi que le ministère sacerdotal dans l'Église catholique, confié uniquement aux hommes, se comprend à la lumière de la succession apostolique et a appelé à des prêtres « ardents dans la charité évangélique » et « courageux missionnaires ».

    Lors de sa catéchèse du 25 mars consacrée à la constitution dogmatique Lumen Gentium du concile Vatican II, Léon XIV a expliqué que l’Église « est fondée sur les apôtres, que le Christ a désignés comme les piliers vivants de son corps mystique ».

    S'exprimant sur la place Saint-Pierre, le pape a souligné que l'Église possède une « structure hiérarchique qui œuvre au service de l'unité, de la mission et de la sanctification de tous ses membres », et qu'il ne s'agit pas simplement d'une structure organisationnelle, mais d'une institution d'origine divine.

    Le pape a rappelé que les apôtres, témoins faisant autorité de la Résurrection, ont reçu du Christ la mission d’enseigner, de sanctifier et de guider, et que ce ministère « est transmis à des hommes qui, jusqu’au retour du Christ, continuent de sanctifier, de guider et d’instruire l’Église “par l’intermédiaire de leurs successeurs dans la charge pastorale” ».

    Cette transmission, expliqua-t-il, constitue la base de la succession apostolique et du sacrement de l'ordre, qui est structuré en trois degrés : l'épiscopat, le presbytérat et le diaconat.

    Le pape a cité le chapitre 3 de Lumen Gentium , qui traite de la structure hiérarchique de l'Église, et affirme que cette structure « n'est pas une construction humaine, fonctionnelle à l'organisation interne de l'Église en tant que corps social », mais une institution divine par laquelle la mission du Christ se poursuit à travers l'histoire.

    La différence essentielle du sacerdoce ministériel

    Dans son discours, le pape a souligné que Vatican II enseigne que le sacerdoce ministériel ou hiérarchique « diffère par essence et non seulement par degré » du sacerdoce commun des fidèles », tout en précisant que ces derniers sont « néanmoins interdépendants : chacun d’eux, à sa manière particulière, est une participation à l’unique sacerdoce du Christ ».

    Ainsi, le ministère ordonné est conféré aux hommes qui reçoivent la « sacra potestas », ou pouvoir sacré, pour le service dans l’Église, dans la continuité de la mission apostolique confiée à l’origine aux Douze Apôtres.

    Ce lien avec les apôtres — choisis par le Christ parmi les hommes — constitue le fondement théologique expliquant pourquoi l’Église considère le sacerdoce ministériel comme réservé aux hommes, par fidélité à la tradition et au mandat reçu du Christ.

    Un service né de la charité

    Léon insistait sur le fait que cette structure hiérarchique devait toujours être comprise comme un service. Citant le concile Vatican II, il rappelait que la mission confiée aux pasteurs « est un véritable service, que la littérature sacrée appelle de manière significative "diakonia" ou ministère ».

    Il a également rappelé les paroles de saint Paul VI, qui décrivait la hiérarchie comme une réalité « née de la charité du Christ, pour accomplir, répandre et assurer la transmission intacte et fructueuse de la richesse de la foi, des exemples, des préceptes et des charismes légués par le Christ à son Église ».

    Appel à de nouveaux prêtres

    Dans la dernière partie de sa catéchèse, le pape a invité les catholiques à prier pour les vocations sacerdotales.

    « Prions le Seigneur afin qu’il envoie à son Église des ministres ardents dans la charité évangélique, dévoués au bien de tous les baptisés, et des missionnaires courageux dans toutes les parties du monde », a-t-il déclaré.

    Adoption spirituelle des enfants à naître

    Dans son discours aux pèlerins polonais lors de l'audience générale, le pape a salué une initiative en faveur de la défense de la vie humaine, notamment dans un contexte international marqué par les conflits et les guerres.

    Le 25 mars, la Pologne célèbre la « Journée pour la sainteté de la vie », instituée en réponse à l’appel de saint Jean-Paul II à promouvoir le respect de la vie humaine dans l’encyclique Evangelium Vitae .

    « Nous avons vraiment besoin d’initiatives comme l’adoption spirituelle d’un enfant à naître, qui est lancée aujourd’hui. En cette période marquée par la folie de la guerre, il est important de défendre la vie de la conception à sa fin naturelle », a déclaré Leo.

    En Pologne, les catholiques encouragent la population à s'engager à prier pendant neuf mois, entre la solennité de l'Annonciation le 25 mars et le 25 décembre, pour un enfant à naître menacé d'avortement.

  • Léon, « bon mathématicien », même dans la méthode pour se réconcilier avec le rite tridentin

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Léon, « bon mathématicien », même dans la méthode pour se réconcilier avec le rite tridentin

    Ce jeudi 5 mars au matin, l’agenda du pape Léon était rempli de rencontres de haut niveau : avec le président autrichien, le président de Singapour, la gouverneure du Canada et le président de la Banque mondiale.

    Mais dans la liste des audiences figuraient discrètement les noms de deux professeurs inconnus du grand public : Stephen Bullivant et Stephen Cranney.

    Et pourtant, en matière de bonne gouvernance de l’Église, le pape tenait plus à écouter ces derniers que d’illustres chefs d’État, pour les mêmes raisons que celles qui avaient incité quelques jours auparavant le célèbre cardinal Brandmüller à lancer cet appel dramatique sur Settimo Cielo : « Pour l’amour de Dieu : baissez les armes ! ».

    Les armes en question sont celles avec lesquelles on s’écharpe au sein de l’Église catholique depuis des décennies dans la guerre pour ou contre la célébration de la messe dans l’ancien rite, ou rite tridentin comme on l’appelle souvent en référence au Concile de Trente. Avec des accusations réciproques parfois très lourdes et, par-dessus le marché, l’ultra-traditionaliste Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, fondée par l’archevêque Marcel Lefebvre (1905 – 1991), au bord de la rupture si elle persiste, comme elle l’a annoncé, à vouloir ordonner cinq nouveaux évêques le 1er juillet prochain, en désobéissance avec Rome.

    En 2007, le pape Benoît XVI avait cherché à apaiser le conflit en publiant le motu proprio « Summorum Pontificum », parce qu’il était intimement convaincu que « les deux formes de l’usage du rite romain », c’est-à-dire l’ancienne et la nouvelle, « auraient pu s’enrichir mutuellement ».

    Mais son successeur, le pape François, était d’avis contraire. Pour lui, la célébration de la messe dans l’ancien rite n’était qu’un foyer de divisions et correspondait à « un rejet croissant non seulement de la réforme liturgique, mais du Concile Vatican II ». Et le 16 juillet 2021, avec le motu proprio « Traditionis custodes », il rendait au nouvel missel postconciliaire le statut d’ « unique expression de la ‘lex orandi’ du rite romain », ne laissant à l’ancien rite que quelques maigres espaces résiduels.

    Pour justifier cette fermeture, le pape François avait alors cité – sans les publier – les réponses à un questionnaire qu’il avait fait parvenir l’année précédente aux évêques du monde entier.

    Mais en réalité, les réponses, au nombre d’environ un millier sur les plus de trois mille diocèses interrogés, révélaient en majorité un bon voisinage entre l’ancien et le nouveau rite, avec des fruits jugés positifs, comme on l’a appris à l’été 2025 grâce à la publication des résultats officiels de l’enquête par deux experts en vaticanisme : l’Américaine Diane Montagna et l’Italien Saverio Gaeta.

    Le pape Léon ne s’est pas prononcé jusqu’à présent. À l’occasion du consistoire qu’il avait convoqué le 7 et 8 janvier, la question figurait à l’ordre du jour, avec un exposé introductif signé par le cardinal Arthur Roche, un opposant farouche à l’ancien rite, mais elle a été ajournée.

    Et le pape Léon XIV avait personnellement souhaité s’entretenir avec les professeurs Bullivant et Cranney ce 5 mars en vue d’une démarche d’apaisement sur ce point particulièrement essentiel à la vie de l’Église qu’est la célébration de l’Eucharistie.

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  • Le message du Pape pour la 63e Journée mondiale de Prière pour les Vocations

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    MESSAGE DU SAINT-PÈRE LÉON XIV POUR LA 63e JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE POUR LES VOCATIONS

    IVe dimanche de Pâques - 26 avril 2026

    _______________________

    La découverte intérieure du don de Dieu

    Chers frères et sœurs, très chers jeunes !

    Guidés et protégés par Jésus Ressuscité, nous célébrons, en ce quatrième dimanche de Pâques, appelé “dimanche du Bon Pasteur”, la 63Journée Mondiale de Prière pour les Vocations. C’est une occasion de grâce de pouvoir partager quelques réflexions sur la dimension intérieure de la vocation, comprise comme la découverte du don gratuit de Dieu qui fleurit au plus profond du cœur de chacun de nous. Parcourons donc ensemble le chemin d’une vie vraiment belle, que le Pasteur nous indique !

    Le chemin de la beauté

    Dans l’Évangile de Jean, Jésus se définit littéralement comme le “beau berger” (ὁ ποιμὴν ὁ καλός) ( Jn 10, 11). Cette expression désigne un berger parfait, authentique, exemplaire, car il est prêt à donner sa vie pour ses brebis, manifestant ainsi l’amour de Dieu. C’est le Pasteur qui fascine : ceux qui le regardent découvrent que la vie est vraiment belle si on le suit. Pour connaître cette beauté, les yeux du corps ou les critères esthétiques ne suffisent pas : il faut la contemplation et l’intériorité. Seulement celui qui s’arrête, écoute, prie et accueille son regard, peut dire avec confiance : « Je lui fais confiance, avec Lui la vie peut être vraiment belle, je veux parcourir le chemin de cette beauté ». Et le plus extraordinaire, c’est qu’en devenant ses disciples, nous devenons à notre tour “beaux” : sa beauté nous transfigure. Comme l’écrit le théologien Pavel Florenskij, l’ascèse ne crée pas l’homme “bon”, mais l’homme “beau” [1]. En effet, outre la bonté, ce qui distingue les saints, c’est la beauté spirituelle lumineuse qui rayonne de ceux qui vivent en Christ. Ainsi, la vocation chrétienne se révèle dans toute sa profondeur : participer à sa vie, partager sa mission, rayonner de sa propre beauté.

    Cette communication intérieure de vie, de foi et de sens fut aussi l’expérience de saint Augustin qui, dans le troisième livre des Confessions, tout en déclarant et en confessant ses péchés et ses erreurs de jeunesse, reconnaît Dieu « plus intime que toute mon intimité » [2]. Au-delà de la conscience de soi, il découvre la beauté de la lumière divine qui le guide dans l’obscurité. Augustin perçoit la présence de Dieu au plus profond de son âme, ce qui implique d’avoir compris et vécu l’importance de prendre soin de son intériorité comme espace de relation avec Jésus, comme moyen d’expérimenter la beauté et la bonté de Dieu dans sa propre vie.

    Cette relation se construit dans la prière et le silence et, si elle est cultivée, elle nous ouvre à la possibilité d’accueillir et de vivre le don de la vocation, qui n’est jamais une imposition ou un schéma préétabli auquel il suffit d’adhérer, mais un projet d’amour et de bonheur. Le soin de l’intériorité : c’est de là qu’il est urgent de repartir dans la pastorale des vocations et dans l’engagement toujours renouvelé de l’évangélisation.

    Dans cet esprit, j’invite tout le monde – familles, paroisses, communautés religieuses, évêques, prêtres, diacres, catéchistes, éducateurs et fidèles laïcs – à s’engager toujours plus à créer des contextes favorables afin que ce don puisse être accueilli, nourri, préservé et accompagné pour porter des fruits abondants. Ce n’est que si nos milieux rayonnent d’une foi vivante, d’une prière constante et d’un accompagnement fraternel, que l’appel de Dieu pourra s’épanouir et mûrir, devenant un chemin de bonheur et de salut pour chacun et pour le monde. En nous engageant sur la voie que Jésus, le beau Pasteur, nous indique, apprenons alors à mieux nous connaître nous-mêmes et à connaître de plus près Dieu qui nous a appelés.

    Connaissance réciproque

    « Le Seigneur de la vie nous connaît et éclaire notre cœur de son regard d’amour » [3]. En effet, toute vocation ne peut que commencer par la conscience et l’expérience d’un Dieu qui est Amour (cf. 1 Jn 4, 16) : Il nous connaît profondément, il a compté les cheveux de notre tête (cf. Mt 10, 30) et il a pensé pour chacun un chemin unique de sainteté et de service. Cette connaissance, cependant, doit toujours être réciproque : nous sommes invités à connaître Dieu à travers la prière, l’écoute de la Parole, les sacrements, la vie de l’Église et le don de soi à nos frères et sœurs. Comme le jeune Samuel qui, dans la nuit, peut-être de manière inattendue, a entendu la voix du Seigneur et a appris à la reconnaître avec l’aide d’Élie (cf. 1 Sam 3, 1-10), de même nous devons créer des espaces de silence intérieur pour percevoir ce que le Seigneur a dans son cœur pour notre bonheur. Il ne s’agit pas d’un savoir intellectuel abstrait ou d’une connaissance savante, mais d’une rencontre personnelle qui transforme la vie [4]. Dieu habite notre cœur : la vocation est un dialogue intime avec Lui qui nous appelle – malgré le bruit parfois assourdissant du monde – en nous invitant à répondre avec une joie et une générosité authentiques.

    « Noli foras ire, in te ipsum redi, in interiore homine habitat veritas – Ne sors pas de toi-même, reviens à toi-même, la Vérité habite dans l’homme intérieur » [5]. Saint Augustin nous rappelle encore combien il est important d’apprendre à s’arrêter, à construire des espaces de silence intérieur pour pouvoir écouter la voix de Jésus-Christ.

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  • Education, abus, liturgie : le message du Pape aux évêques français réunis à Lourdes

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    Du site de l'Eglise catholique en France :

    Le pape Léon XIV encourage les fidèles français et leur clergé à l’annonce de l’Évangile, en des temps certes difficiles

    Le pape Léon XIV, par la voix de son Secrétaire d’Etat le Cardinal Pietro Parolin, a encouragé les travaux des évêques de France réunis en Assemblée plénière du 24 au 27 mars 2026.

    Chers frères,

    Sa Sainteté le Pape Léon XIV me charge de vous transmettre ses vœux les meilleurs pour le bon et fructueux déroulement des travaux de votre Assemblée plénière. Il vous assure de sa prière fraternelle. Il souhaite que ce moment soit une occasion renouvelée de resserrer les liens de charité fraternelle entre vous, dans la recherche commune de la Volonté de Dieu pour l’Église qui est en France.
     
    Le Saint-Père a pris connaissance des sujets que vous avez l’intention de traiter et plusieurs ont suscité son intérêt. En particulier, vous allez aborder, en réponse à la Lettre Apostolique Dessiner de nouvelles cartes d’espérance, le thème de l’éducation, un thème qui avait particulièrement retenu l’attention du pape François en raison de son importance capitale tant pour l’avenir du monde que pour l’annonce de l’Évangile. Vos travaux se déroulent dans le contexte d’une hostilité croissante envers les établissements catholiques avec la remise en cause de leur caractère propre. Dans le respect des convictions de chacun et avec toujours le souci d’accueillir largement, le Pape vous encourage à défendre avec détermination la dimension chrétienne de l’enseignement catholique qui, sans références à Jésus-Christ, perdrait sa raison d’être.
     
    Un point de votre réflexion portera sur la poursuite de la lutte contre les abus sur mineurs, et du processus de réparations, que vous avez entrepris avec détermination. Il convient, en effet, de persévérer à long terme dans les actions de prévention engagées et de continuer à manifester l’attention de l’Église aux victimes et la miséricorde de Dieu envers tous. Il est bon que les prêtres coupables d’abus ne soient pas exclus de cette miséricorde et fassent l’objet de vos réflexions pastorales. Par ailleurs, après plusieurs années de crises douloureuses, l’heure est venue de se tourner résolument vers l’avenir et d’adresser aux prêtres de France, durement éprouvés, un message d’encouragement et de confiance.
     
    Vous avez enfin, chers frères, l’intention de traiter du délicat thème de la Liturgie, auquel le Saint-Père est particulièrement attentif, dans le contexte de la croissance des communautés liées au Vetus Ordo. Il est préoccupant que continue de s’ouvrir dans l’Église une douloureuse blessure concernant la célébration de la Messe, le sacrement même de l’unité. Pour la guérir, un regard nouveau de chacun porté sur l’autre, dans une plus grande compréhension de sa sensibilité, est certainement nécessaire ; un regard pouvant permettre à des frères riches de leur diversité de s’accueillir mutuellement, dans la charité et l’unité de la foi. Veuille l’Esprit Saint vous suggérer des solutions concrètes permettant d’inclure généreusement les personnes sincèrement attachées au Vetus Ordo, dans le respect des orientations voulues par le Concile Vatican II en matière de Liturgie.
     
    Chers frères, le Souverain Pontife vous assure de son attachement et de l’intérêt qu’il porte à la Fille aînée de l’Église. Il prie pour tous les catholiques de France, pour son clergé, afin qu’ils persévèrent dans la foi et la courageuse annonce de l’Évangile, en des temps certes difficiles mais où les signes d’espérance et de présence de Dieu dans les cœurs ne manquent pas. Vous renouvelant ses encouragements, et vous confiant à l’intercession de Notre Dame de l’Assomption et de tous les Saints de France, le Saint-Père vous donne bien volontiers la Bénédiction apostolique.
     
    Cardinal Pietro Parolin
    Secrétaire d’État de Sa Sainteté
     
    Du Vatican, le 18 mars 2026
     
  • Des théologiens pressent le Vatican de répondre aux préoccupations concernant « Mater Populi Fidelis »

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Des théologiens pressent le Vatican de répondre aux préoccupations concernant un document marial

    Des érudits demandent une réponse officielle au Dicastère pour la Doctrine de la Foi à leur critique détaillée de « Mater Populi Fidelis », qui, selon eux, s'écarte de l'enseignement papal et conciliaire sur Notre-Dame.

    Des membres d'un groupe international de théologiens et de mariologues de renom ont écrit au cardinal Victor Fernández pour lui demander de répondre à leurs critiques détaillées d'une note doctrinale du Vatican publiée en novembre dernier, qui minimisait certains titres mariaux de dévotion établis de longue date.

    Dans une lettre datée du 19 mars , jour de la fête de saint Joseph, et rendue publique le jour de la fête de l'Annonciation, la Commission théologique de l'Association mariale internationale a exprimé sa déception que le Dicastère pour la doctrine de la foi (DDF), dirigé par le cardinal Fernández, n'ait pas encore répondu à leurs préoccupations concernant Mater Populi Fidelis (Mère du peuple fidèle) qu'ils avaient publiées dans un long commentaire le 8 décembre , jour de la fête de l'Immaculée Conception.

    Mater Populi Fidelis , la note doctrinale publiée par la Doctrine de la Foi le 4 novembre, enseigne que la coopération unique de Marie au salut doit toujours être comprise comme entièrement dépendante et subordonnée à l’unique médiation et au sacrifice rédempteur universel du Christ, rejetant toute formulation qui brouillerait cette asymétrie. De manière significative, elle juge les titres de « Corédemptrice » et certaines occurrences de « Médiatrice de toutes les grâces » pastoralement et théologiquement ambigus, déconseillant leur utilisation dans l’enseignement officiel ou la liturgie, sans pour autant nier les vérités qu’ils cherchent à exprimer. 

    La réduction du nombre de titres mariaux dans ce document a suscité de vives critiques de la part des mariologues, qui craignent qu'il n'adopte une vision minimaliste de la Vierge Marie et de son rôle dans le salut. Si certains ont salué cette mesure comme une clarification et unification œcuménique, recentrant le langage marial sur le Christ et décourageant l'emploi de titres susceptibles d'être mal interprétés, d'autres s'inquiétaient d'un possible affaiblissement de la dévotion populaire et du risque de voir disparaître les nouveaux dogmes mariaux liés à ces titres, après des décennies de travaux mariologiques. 

    Dans leur lettre du 19 mars adressée au cardinal Fernández, les membres de la commission théologique ont indiqué que leur commentaire de 23 pages citait plusieurs déclarations mariologiques dans la note doctrinale, lesquelles « constituaient des omissions, des minimisations, voire, dans certains cas, des contradictions avec les enseignements mariaux doctrinaux préconciliaires et postconciliaires antérieurs ».

    Ils ont ajouté que les clarifications et corrections mises en évidence dans leur commentaire « sont nécessaires afin de refléter une herméneutique mariologique de continuité avec les enseignements mariologiques papaux préconciliaires et postconciliaires, ainsi qu’avec les enseignements mariologiques essentiels du Concile Vatican II ». 

    Pour étayer leur demande de correction de la note doctrinale, les théologiens ont attiré l'attention du cardinal Fernández sur des notes doctrinales antérieures du Saint-Office (aujourd'hui la Congrégation pour la Propagation de la Foi) qui avaient nécessité une rectification et qui seraient alors intégrées au Magistère. Ils ont notamment cité l'exemple notable de l'Instruction sur l'esclavage de 1866 du Saint-Office, Collectanea S. Congregationes de Propaganda Fide Sue Decreta Instructiones Rescripta Pro Apostolicis Missionibus (Recueil de la Sacrée Congrégation pour la Propagation de la Foi : Décrets, Instructions et Rescrits pour les Missions Apostoliques) , qui affirmait que l'esclavage n'était contraire ni au droit naturel ni au droit divin. Le pape Léon XIII a renversé cette position en 1888, et saint Jean-Paul II, dans son encyclique Veritatis Splendor (La Splendeur de la Vérité), a désigné l'esclavage « comme l'une des pratiques qui sont par nature "intrinsèquement mauvaises" ».

    Dans leur commentaire du 8 décembre, les théologiens ont salué les propos informels tenus le 27 novembre par le cardinal Fernández à la journaliste du Vatican Diane Montagna. Dans ces propos, le cardinal modifiait de manière informelle le libellé de la note doctrinale concernant le titre de « Co-rédemptrice ». Il précisait que son usage n’est pas « toujours inapproprié », comme indiqué dans Mater Populi Fidelis , mais simplement exclu des documents et liturgies officiels. Bien que les théologiens aient considéré cette évolution comme positive, ils regrettaient qu’elle demeure non officielle et sans correction formelle de la part de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (DDF) .

    Le document, écrivent-ils, comporte toujours « une omission substantielle de la valeur rédemptrice de la coopération active et unique de Marie à la rédemption objective, ainsi que ce que nous considérons comme une interdiction inutile du titre légitime de Corédemptrice dans les futurs documents officiels du Saint-Siège et dans les textes liturgiques ». La note doctrinale, écrivent-ils, représente « un recul pour la doctrine ».

    La commission théologique, composée de cardinaux, d'évêques et de plus de 40 théologiens et mariologues de renommée internationale, dont les universitaires américains Scott Hahn, Mark Miravalle et Michael Sirilla, a souligné qu'ils avaient formulé leurs critiques de Mater Populi Fidelis « dans le cadre d'un dialogue synodal respectueux et dans la recherche de la meilleure formation théologique possible pour le bien de l'Église ». 

    Ils ont également affirmé que leurs critiques étaient cohérentes avec leur responsabilité de théologiens, telle que spécifiée dans l'instruction DDF de 1990 Donum Veritatis (Don de la Vérité) , qui stipule qu'il est « du devoir » des théologiens de « faire connaître aux autorités magistérielles » les enseignements problématiques.

    Ils ont conclu leur lettre en demandant respectueusement une réponse officielle au commentaire de l'IMATC sur Mater Populi Fidelis , ainsi qu'à d'autres pétitions faites par les fidèles du monde entier « concernant les lacunes de cette note doctrinale ». 

    Le journal The Register a contacté le cardinal Fernandez pour obtenir un commentaire, mais celui-ci n'avait pas répondu au moment de la publication.