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Magistère - Page 6

  • Benoît XVI et l'identité spirituelle de l'Europe

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    Du Tagespost :

    Benoît XVI et l'identité spirituelle de l'Europe

    Des scientifiques et des représentants de l'Église saluent l'engagement inlassable de Joseph Ratzinger envers les racines chrétiennes et le fondement culturel du continent.

    24 février 2026

    Des universitaires et des représentants d'institutions ecclésiastiques se sont réunis la semaine dernière à l'ambassade d'Allemagne près le Saint-Siège à Rome pour rendre hommage à l'œuvre du pape Benoît XVI, et notamment à son engagement pour l'identité culturelle et spirituelle de l'Europe. « Il ne s'en est jamais lassé », a déclaré l'historien et ancien rédacteur en chef de L'Osservatore Romano, Giovanni Maria Vian, selon un article du Catholic World Report, lors de cette conférence organisée en amont du centenaire de la naissance de Benoît XVI l'année prochaine.

    En tant que théologien, puis préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et enfin pape, Joseph Ratzinger s'est efforcé de faire comprendre que l'Europe ne devait pas être perçue uniquement comme un projet économique ou politique, mais comme un concept culturel et historique dont les fondements sont indissociables du christianisme. Cela a été affirmé lors de l'événement intitulé « Ricordando Benedetto XVI » (En mémoire de Benoît XVI), illustré par plusieurs exemples.

    L'Europe ne peut exister sans le christianisme.

    Par exemple, dans son discours très remarqué prononcé à Subiaco en 2005, à la veille de la mort de Jean-Paul II , Ratzinger avertissait : « La tentative, poussée à l’extrême, de réguler les affaires humaines au mépris total de Dieu nous conduit toujours plus près du précipice, vers un isolement toujours plus grand de l’humanité par rapport à la réalité. » Une Europe qui renie ses racines chrétiennes et cherche à établir une communauté humaine sans Dieu ne peut perdurer. Cette conviction a façonné toute la pensée de Ratzinger et est devenue un thème central de son pontificat.

    Comme l'explique Mariusz Kuciński, directeur du Centre d'études Ratzinger à Bydgoszcz, en Pologne, Ratzinger envisageait une Europe fondée sur trois piliers fondamentaux : les Dix Commandements, la philosophie grecque et le droit romain. Le christianisme y jouait un rôle unificateur. Si ces fondements étaient séparés, « il ne resterait finalement plus rien », affirme Kuciński.

    “Veluti si Deus daretur”

    Parmi les contributions majeures de Ratzinger à la compréhension de l'identité européenne, les intervenants ont également cité son ouvrage de 2004, « Sans racines », coécrit avec Marcello Pera. Ratzinger y défend l'idée que l'Europe est plus qu'une confédération d'États ou une union politique ; c'est un projet spirituel dont l'identité naît de l'union de la foi et de la raison. Parallèlement, il met en garde contre une « étrange et pathologique haine de soi dans le monde occidental ». Si l'Occident déploie des efforts louables pour s'ouvrir aux valeurs étrangères, « il ne s'aime plus lui-même ».

    Il a exhorté les chrétiens à agir comme une « minorité créative » et à renforcer une nouvelle orientation vers les valeurs spirituelles, non seulement au sein de l'Église, mais aussi dans la conception culturelle de l'Europe dans son ensemble. Dans ce contexte, les participants ont également repris l'appel bien connu de Ratzinger à, en quelque sorte, renverser l'axiome des Lumières : même ceux qui n'ont pas accès à la foi devraient s'efforcer de vivre leur vie « veluti si Deus daretur » – comme si Dieu existait.

    Lors de la cérémonie, il a également été souligné que Ratzinger avait apporté sa contribution à la réflexion sur la crise de l'identité européenne bien au-delà de ses fonctions officielles. Même après sa démission en 2013, il est resté attentif aux évolutions ecclésiastiques et sociétales. Pour beaucoup, il est devenu une source d'inspiration, notamment quant à la manière dont l'Église et la société peuvent trouver leur place dans un monde de plus en plus sécularisé. 

  • Léon XIV, entre nuances et nouvelles orientations

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV, entre nuances et nouvelles orientations

    23 février 2026

    Le 18 février dernier, les échafaudages à l'intérieur des appartements pontificaux du Palais apostolique au Vatican ont été démontés, signe que la résidence pontificale traditionnelle est prête à accueillir le pape Léon.

    La nouvelle a circulé dans les couloirs du Vatican, suscitant une certaine inquiétude.

    L'emménagement de Léon XIV au Palais apostolique marquera en effet symboliquement la fin d'une transition. D'une certaine manière, cela représente un retour à la normale, en accord avec l'usage habituel que fait Léon d'autres attributs de la fonction papale, comme la mozzetta, que le pape François avait toujours refusé de porter.

    Le retour au Palais apostolique ne doit toutefois pas être interprété comme la fin de la parenthèse du pape François.

    Il représente peut-être quelque chose de différent, le début d'un pontificat lié au passé mais pas déconnecté de celui qui l'a précédé. Léon XIV ne sera pas un pontife de rupture, ni de restauration, et il ne sera probablement même pas un pontife de transition. Il sera plutôt un pontife appelé à rétablir l'ordre et l'harmonie.

    Léon sera un bâtisseur, non pas de ponts, mais de leurs fondations, car, en fin de compte, en cette période de crise de la foi, un héritage culturel et éducatif de très haut niveau a été gaspillé.

    Qu'est-ce qui m'amène à ces conclusions ? Essentiellement, trois événements survenus la semaine dernière, tous trois révélateurs d'une certaine manière, dont le premier est la publication de l'itinéraire du voyage papal.

    Le pape passera le premier anniversaire de son pontificat, le 8 mai, à Pompéi pour prier la Vierge Marie, puis à Naples pour rencontrer la population locale.

    Le 23 mai, à la veille du 11e anniversaire de la promulgation de Laudato Si, Léon XIV sera à Acerra, dans les « terres de feu » italiennes, où le « feu » fait référence aux déchets brûlés et à la pollution qui causent des tumeurs et des maladies.

    L'après-midi du 20 juin, Léon XIV sera à Pavie, où repose saint Augustin, l'inspirateur de l'ordre religieux auquel il appartient.

    Le 4 juillet, jour du 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis, Leo XIV se rendra à Lampedusa, ce qui est un signe symbolique très fort : le pape, qui est originaire des États-Unis et qui ne retournera pas dans son pays pour célébrer le quart de millénaire de son nation, célébrera le 4 juillet dans un lieu où débarquent les migrants, alors que le gouvernement de son pays natal mène une politique d'expulsion agressive.

    Le 6 août, Léon XIV retourne à Assise pour célébrer le 800e anniversaire de la mort de saint François, et le 22 août, il sera à Rimini pour participer au Rimini Meeting, un événement majeur organisé chaque année par Communion et Libération.

    Ces voyages annoncés sont autant de petits signaux.

    L'accent mis sur le thème écologique développé par le pape François demeure, mais il y a également une place importante pour la dévotion populaire. Le pape envoie un message « politique » avec sa visite à Lampedusa, qui était le premier voyage du pape François, mais en même temps, il décide d'assister à un événement de Communion et Libération, un mouvement considéré comme conservateur et actuellement trop étroitement aligné sur une faction politique.

    En bref, le pape ne dénigre pas le pontificat précédent, mais ajoute et enrichit son héritage avec nuance, cherche à élargir la perspective et engage le dialogue, même avec ceux qui semblaient en être exclus.

    Le deuxième événement est un non-événement.

    Le 19 février, Léon XIV a rencontré, comme le font toujours les papes au début du Carême, le clergé du diocèse de Rome, dont il est l'évêque. La nomination de nouveaux auxiliaires de Rome était attendue, mais cette nomination n'a pas été annoncée. Cela ne signifie pas qu'elle n'aura pas lieu à l'avenir. Mais cela montre à quel point le pape est imprévisible à cet égard.

    La nomination d'auxiliaires est nécessaire. Le pape François a non seulement supprimé le secteur du centre historique du diocèse de Rome, qui a ensuite été rétabli par Léon XIV, mais il a également transféré tous les évêques auxiliaires. Presque tous les secteurs dans lesquels le diocèse de Rome est divisé ont été confiés, au cours de l'année dernière, à des vicaires épiscopaux, et au total, trois évêques actifs servent dans le diocèse de Rome, dont le cardinal vicaire Baldassarre Reina.

    C'est un fait intéressant, étant donné que le pape François avait nommé jusqu'à huit évêques auxiliaires pour son diocèse.

    Léon XIV ne devrait pas procéder à des bouleversements majeurs, tels que la promotion des vicaires épiscopaux actuels au rang d'évêque. Cette décision témoigne de sa prudence, mais aussi de son désir de maintenir un lien avec le territoire, puisque tous les vicaires épiscopaux sont romains. Nous observons ici un renversement de tendance : le pape François, quant à lui, a fait venir à Rome des auxiliaires d'autres diocèses, presque comme pour rompre avec un schéma préétabli.

    Le fait que Léon XIV n'ait pas fait cette annonce montre également que le pape n'a pas l'intention de procéder à un remaniement, mais souhaite normaliser et harmoniser une situation qui est exceptionnelle depuis plus d'un an.

    Le troisième événement concerne le dialogue avec les lefebvristes, et c'est là que la complexité de l'héritage laissé par le pape François est la plus évidente.

    Comme on pouvait s'y attendre, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X a rejeté les conditions préalables au dialogue théologique proposées par le Dicastère pour la doctrine de la foi, à savoir l'acceptation du Concile et un dialogue sur certains sujets, à condition de ne pas procéder aux nominations épiscopales déjà annoncées.

    Mais, en réponse au Vatican, la FSSPX a également renversé la question. Elle a fait remarquer que le pontificat précédent avait toujours parlé d'un droit canonique et pastoral, ainsi que du droit d'être entendu, et que, par conséquent, plutôt que de menacer de schisme ou de sanctions sévères, on pouvait agir conformément à la charité, en comprenant que le seul but de la Fraternité était de prendre soin des âmes.

    En outre, la Fraternité a fait remarquer que la demande d'un dialogue sur les principes fondamentaux de la foi afin de parvenir à une réconciliation entre traditionalistes et catholiques ne peut même pas être prise en considération, simplement parce que la tradition de l'Église n'est pas négociable.

    Cette réponse met en évidence les difficultés créées pendant le pontificat du pape François. La synodalité représente aujourd'hui une arme entre les mains du monde traditionaliste, que le pape François avait initialement flatté et avec lequel il a brusquement coupé toute possibilité de dialogue en 2017, comme le raconte également le supérieur de la Fraternité, le père Davide Pagliarani, dans la lettre envoyée au cardinal Fernández.

    Il est bien connu que la gestion de la crise traditionaliste est le premier test important pour Léon XIV. Dans le même temps, la prudence dans le choix des nouveaux évêques, ainsi que les messages envoyés par son choix de voyages en Italie, démontrent que Léon XIV ne veut pas abandonner tout l'héritage du pape François. Il y a une continuité, qui est la continuité par laquelle vit l'Église.

    Le grand défi consiste désormais à trouver une cohérence et à mettre en œuvre les décisions, tant sur le plan pastoral que sur celui de la gouvernance.

    La transition entre l'ère François et l'ère Léon semble interminable, et peut-être ne prendra-t-elle jamais vraiment fin, ou du moins sans signe perceptible. La continuité semble parfois être l'objectif du pontife régnant.

    Ce n'est que lorsque Léon XIV aura clairement défini la transition qu'il sera possible de comprendre la véritable nature de ce pontificat.

  • Le cardinal Ruini analyse les derniers pontificats : « François a peu tenu compte de la tradition »

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    D'InfoVaticana :

    Le cardinal Ruini analyse les derniers pontificats : « François a peu tenu compte de la tradition »

    À ses 95 ans, le cardinal Camillo Ruini ne parle pas comme un homme retraité, mais comme l’une des grandes consciences du catholicisme italien contemporain. Dans une longue interview accordée au journal italien Corriere della Sera, l’historique président de la Conférence épiscopale italienne —pendant seize ans— offre un bilan sur les derniers pontificats, la crise de la foi en Occident et l’avenir du christianisme.

    « C’était une décision erronée »

    La renonciation de Benoît XVI en 2013 a marqué un avant et un après dans l’histoire moderne du papauté. Ruini ne cache pas que ce geste l’a profondément affecté. Il assure que cela l’a pris « complètement par surprise » et qu’il l’a vécu avec tristesse.

    Et quand on lui demande s’il considère que c’était une erreur, il répond sans détour :

    « Je vous dis la vérité : c’était une décision erronée, du moins c’est ainsi que je le vois. »

    Cependant, le cardinal introduit une nuance importante : il reconnaît que Joseph Ratzinger connaissait mieux que quiconque sa situation physique et spirituelle, et il évite de juger sa conscience. Mais il insiste sur le fait que la décision ne l’a pas convaincu.

    Sur le profil du pape allemand, il trace un bilan équilibré. Il met en avant sa stature intellectuelle —« avant tout un grand théologien »—, mais admet que l’exercice du gouvernement n’était pas son point fort. C’est un jugement significatif venant de celui qui a participé au conclave de 2005 et qui a connu de première main le climat interne de l’Église après la mort de Jean-Paul II.

    Un changement brusque et en tension avec la tradition

    L’analyse du pontificat de François est plus complexe et révèle l’inconfort d’une génération ecclésiale face au virage pastoral des dernières années.

    Ruini reconnaît que le changement introduit par le pape argentin a été « trop grand et trop soudain ». Il ne parle pas de rupture, mais de difficulté personnelle face à une transformation accélérée.

    « Il me semble un bilan complexe, avec des aspects très positifs et d’autres beaucoup moins. Il est trop tôt pour dire lesquels prévaudront. »

    Parmi les aspects positifs, il mentionne la valeur personnelle du pape : « Son grand courage ». Mais « il n’a pas tenu suffisamment compte de la tradition ».

    Ce n’est pas une accusation mineure. Pour Ruini, la tradition n’est pas un élément ornemental, mais la structure même de la continuité ecclésiale. Et il ajoute que « ce n’est pas par hasard qu’il a peut-être été plus aimé par les non-croyants que par les croyants ».

    La référence indiscutable

    S’il y a une figure qui émerge avec netteté dans l’interview, c’est celle de Jean-Paul II. Ruini ne doute pas à l’indiquer comme le plus grand pape de la période qu’il a vécue.

    « Pour moi, le plus grand est Jean-Paul II. »

    La raison est double : spirituelle et géopolitique. Wojtyła a été, selon les mots de Ruini, un « véritable leader mondial ». Il a su affronter le communisme sans ambiguïté et a compris que la sécularisation n’était pas un destin inévitable, mais un défi qui exigeait une nouvelle évangélisation.

    Ruini se souvient que, dans les années quatre-vingt, certains secteurs ecclésiaux considéraient que le monde était déjà définitivement sécularisé. Jean-Paul II pensait le contraire. Et Ruini s’est aligné avec lui.

    Concile oui, post-concile non

    Le cardinal rejette la lecture simpliste qui identifie le Concile Vatican II avec la crise postérieure. Pour lui, le problème n’a pas été le Concile, mais la période qui a suivi.

    Après la clôture conciliaire, explique-t-il, on en est venu à remettre en question même des vérités centrales comme la divinité du Christ ou des aspects fondamentaux de la morale catholique. Face à cette dérive, il affirme avoir réagi avec fermeté.

    Il ne se définit pas comme traditionaliste au sens nostalgique. Il ne défend pas non plus un retour à la liturgie en latin, car il considère essentiel que les fidèles comprennent la langue dans laquelle on célèbre. Mais il redéfinit avec précision le concept qu’il considère décisif :

    « Tradition ne signifie pas revenir en arrière. ‘Tradere’ signifie transmettre. Tradition est la continuité de l’Église. »

    Crise de la foi et perte de repères moraux

    Ruini n’édulcore pas le diagnostic : en Occident, la crise de la foi est « incontestable ». Les églises vides et les séminaires avec de rares vocations ne sont pas, pour lui, de simples phénomènes sociologiques, mais des signes d’une transformation culturelle profonde.

    Il reconnaît qu’aujourd’hui on parle moins qu’avant des soi-disant valeurs non négociables —la défense de la vie, l’indissolubilité du mariage, la morale sexuelle—, mais il avertit que l’Église ne peut y renoncer :

    « Nous ne pouvons pas cesser de parler de ces valeurs. Elles font partie du contenu de notre foi. »

    La réponse principale, insiste-t-il, n’est ni tactique ni politique, mais spirituelle : prière, conversion et nouvelle évangélisation.

    Le jugement, l’enfer et le réalisme chrétien

    Dans la partie finale de l’interview, Ruini confesse avoir peur de la mort, surtout à cause du jugement de Dieu, bien que cette inquiétude soit atténuée par la confiance en la miséricorde divine.

    Il ne croit pas, en revanche, que l’enfer soit vide :

    « Je ne le crois pas. Je crains que l’enfer ne soit absolument pas vide. »

    Devant la question de savoir si le Fils de l’Homme trouvera la foi sur terre quand il reviendra, il répond sobrement :

    « Hélas, ce n’est pas certain. »

    Et pourtant, sa conclusion n’est pas désespérée. À long terme, il se déclare optimiste. La raison n’est pas sociologique, mais théologique :

    « Dans l’origine du christianisme, il n’y a pas seulement l’homme. Il y a Dieu. »

    À 95 ans, Ruini n’offre ni recettes ni consignes, mais mémoire historique, conscience doctrinale et la conviction que l’Église ne perdure que lorsqu’elle transmet —sans amputations ni ambiguïtés— ce qu’elle a reçu.

  • « Il ne s'en est jamais lassé » : des universitaires rendent hommage au combat de Benoît XVI pour l'Europe

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    De Bohumil Petrík sur EWTN News :

    « Il ne s'en est jamais lassé » : des universitaires rendent hommage au combat de Benoît XVI pour l'Europe

    À l'ambassade d'Allemagne près le Saint-Siège, des universitaires ont rendu hommage à la vision de Benoît XVI pour l'Europe, notamment à l'avertissement du défunt pontife selon lequel l'Europe ne peut survivre sans ses racines chrétiennes.

    Des universitaires se sont réunis à l'ambassade d'Allemagne près le Saint-Siège le 17 février 2026 pour rendre hommage à Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI. | Crédit : Bohumil Petrik

    20 février 2026

    ROME — Quelques jours seulement après que quatre des plus hauts dignitaires évêques d'Europe ont appelé le continent à « redécouvrir son âme », des universitaires se sont réunis à l'ambassade d'Allemagne près le Saint-Siège le 17 février pour honorer l'homme qui a consacré toute sa carrière à défendre précisément cet objectif : Joseph Ratzinger.

    Benoît XVI — en tant que théologien, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et 265e pape — n'a jamais cessé d'insister sur le fait que l'Europe ne pouvait survivre en tant que simple projet économique et politique sans ses fondements chrétiens.

    Dans une conférence historique donnée en 2005 à Subiaco, la veille du décès de saint Jean-Paul II, le cardinal Ratzinger, alors en fonction, a averti que ce qui offense les personnes d'autres religions n'est « pas la mention de Dieu » dans les documents fondateurs de l'Europe, mais plutôt « la tentative de construire la communauté humaine absolument sans Dieu ».

    Ce message a trouvé un écho le 13 février lorsque les présidents des conférences épiscopales française, italienne, allemande et polonaise ont lancé un appel commun exhortant l'Europe à retrouver son identité spirituelle dans un monde qu'ils ont décrit comme « déchiré et polarisé ». Les évêques ont invoqué les pères fondateurs catholiques de l'UE — Robert Schuman, Konrad Adenauer et Alcide De Gasperi — et ont averti que l'Europe « ne peut être réduite à un marché économique et financier » sans trahir leur vision.

    « Et il ne s'en est jamais lassé », a déclaré Giovanni Maria Vian, historien et ancien rédacteur en chef du journal du Vatican L'Osservatore Romano, décrivant l'engagement de plusieurs décennies de Ratzinger face à la crise d'identité européenne lors de la conférence organisée en amont du centenaire de sa naissance, le 16 avril 2027.

    « Le christianisme a contribué à les rassembler tous. »

    L'événement, intitulé « Ricordando Benedetto XVI » (« En souvenir de Benoît XVI »), servait également de présentation romaine d'une exposition à venir consacrée au défunt pape au Musée diocésain d'art sacré de la ville italienne de Pordenone, qui se tiendra du 21 février au 12 avril.

    « L’un des plus grands exemples est celui du cardinal Ratzinger qui a fait connaître au monde entier l’ancienne Sainte Inquisition » — faisant référence à ce qui est aujourd’hui le Dicastère pour la Doctrine de la Foi — « en tant qu’institution romaine », a déclaré Vian à EWTN News, décrivant l’impact de Ratzinger en Europe et au-delà.

    Vian a déclaré qu'après la démission de Benoît XVI en 2013, il avait rendu visite au pape émérite et avait constaté que Ratzinger « suivait tout », des affaires de l'Église à la politique mondiale, et qu'il était également « curieux et attentif » au monde séculier.

    Le père Mariusz Kuciński, directeur du Centre d'études Ratzinger à Bydgoszcz, en Pologne, a déclaré à EWTN News que la pertinence du défunt pape est évidente dans le volume continu de réimpressions de livres et la création de nouveaux instituts à travers l'Allemagne, l'Europe et d'autres parties du monde.

    « Ratzinger a véritablement mené un combat », tant sur le plan intellectuel que sous la forme d’une « action pastorale forte, pour aider l’Europe à retrouver sa nature », a déclaré Kuciński.

    « Ce n’est pas que l’Europe soit parfaitement chrétienne, car elle ne l’a jamais été », a déclaré le prêtre, mais Ratzinger s’est battu pour que le continent « retrouve ses racines chrétiennes ».

    Selon Kuciński, Ratzinger comprenait que l'Europe était fondée sur les Dix Commandements, la philosophie grecque et le droit romain. Lorsque ces trois fondements sont séparés, « il ne reste rien », avertissait le prêtre, soulignant que « le christianisme a contribué à les réunir ».

    « En cette époque difficile, nous avons besoin d'un enseignement clair et concret », à l'image de celui de Benoît XVI, a déclaré Kuciński.

    Une « minorité créative »

    L’intérêt que Ratzinger portait à l’Europe a marqué toute sa carrière et a donné lieu à certaines de ses interventions les plus mémorables, comme son appel constant à ce que les catholiques soient une « minorité créative ».

    Dans son livre de 2004 intitulé « Sans racines », coécrit avec Marcello Pera, alors président du Sénat italien, le cardinal bavarois affirmait que « l’Europe n’est pas un continent que l’on peut appréhender simplement en termes géographiques ; c’est plutôt un concept culturel et historique ».

    Ratzinger a mis en garde contre une « haine de soi dans le monde occidental qui est étrange et qui peut être considérée comme pathologique ; oui, l’Occident fait un effort louable pour être totalement ouvert à la compréhension des valeurs étrangères, mais il ne s’aime plus lui-même. »

    « Pour survivre, l’Europe a besoin d’une nouvelle acceptation d’elle-même – et assurément d’une acceptation critique et humble, si elle veut survivre. »

    Dans sa conférence au couvent Sainte-Scholastique de Subiaco, en Italie, le théologien a établi un lien célèbre entre cet avertissement et « une proposition aux laïcs ».

    « La tentative, poussée à l’extrême, de gérer les affaires humaines en méprisant totalement Dieu nous conduit de plus en plus au bord de l’abîme, à un isolement toujours plus grand de l’homme par rapport à la réalité. »

    Le défunt pape a appelé l'Europe, et l'Occident plus largement, à « inverser l'axiome des Lumières et à dire : même celui qui ne parvient pas à trouver le moyen d'accepter Dieu doit néanmoins chercher à vivre et à diriger sa vie « veluti si Deus daretur », comme si Dieu existait ».

    Bohumil Petrík est le seul journaliste slovaque et issu de l'ex-Tchécoslovaquie accrédité auprès du Saint-Siège. Il a effectué des stages à EWTN à Rome, à Radio Vatican et au sein du département de la communication du Parlement européen à Bruxelles. Originaire de Slovaquie, il a étudié en République tchèque et vit actuellement à Rome. Voir sa biographie complète .
  • « Si la Fraternité Saint-Pie X veut avoir un impact positif sur l'histoire de l'Église, elle ne peut pas lutter à distance, depuis l'extérieur, pour la vraie foi contre l'Église unie au pape... » (Cardinal Müller)

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    De kath.net/news :

    La Fraternité Saint-Pie X et son unité avec l'Église

    21 février 2026

    « Si la Fraternité Saint-Pie X veut avoir un impact positif sur l'histoire de l'Église, elle ne peut pas lutter à distance, depuis l'extérieur, pour la vraie foi contre l'Église unie au pape... » Par le cardinal Gerhard Müller, Rome

    Vatican (kath.net) Lors de sa réunion à Menzingen le 18 février 2026, le Conseil général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X a publié une réponse au cardinal Victor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi.

    Cette réponse fait référence au long cheminement du dialogue intense entre le Saint-Siège et la Fraternité jusqu'à la date fatidique du 6 juin 2017. Elle se poursuit par une attribution sévère de la responsabilité exclusive de l'échec de ce dialogue, qui était selon elle prometteur, en affirmant : « Mais tout s'est finalement terminé de manière drastique par une décision unilatérale du préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Müller, qui a solennellement défini à sa manière les conditions minimales nécessaires à la pleine communion avec l'Église catholique, dans laquelle il a explicitement inclus l'ensemble du concile et le « post-concile ».

    Comme il s'agit ici du bien précieux qu'est l'unité de l'Église catholique, que nous professons tous dans la foi, les sensibilités personnelles doivent passer au second plan. 

    L'histoire de l'Église nous enseigne comment, contrairement aux hérésies, des schismes ont également vu le jour et se sont consolidés parmi les catholiques orthodoxes. Cela s'explique par des insuffisances humaines, des dogmatismes théologiques et un manque de sensibilité de la part de l'autorité légitime. Rappelons-nous les donatistes, auxquels saint Augustin a dû faire face, la controverse autour du jansénisme, qui a conduit au schisme d'Utrecht avec la consécration illégitime de Cornelius Steenoven (15 octobre 1724) et aux vieux-catholiques après le premier concile du Vatican avec la consécration illégitime de l'évêque Hubert Reinkens (11 août 1873), ce groupe ayant toutefois sombré dans l'hérésie en niant formellement le dogme de l'infaillibilité du pape romain et de sa primauté juridictionnelle.

    Mais il existe des critères clairs pour l'orthodoxie catholique et l'appartenance pleine et entière à l'Église catholique, formulés dès le début du IIe siècle par l'évêque martyr Ignace d'Antioche, puis précisés au fil du temps, notamment lors du concile de Trente contre les protestants. Cela inclut essentiellement la pleine communion avec l'Église universelle et en particulier avec le collège épiscopal, qui a dans le pape de Rome, successeur personnel de saint Pierre, son principe et fondement perpétuel et visible de l'unité dans la vérité révélée. Même si d'autres communautés ecclésiales peuvent prétendre être catholiques parce qu'elles sont en accord total ou presque total avec la foi de l'Église catholique, elles ne sont pas catholiques si elles ne reconnaissent pas et ne pratiquent pas formellement le pape comme autorité suprême et l'unité sacramentelle et canonique avec lui.

    Il ne fait aucun doute que la Fraternité Saint-Pie X est en accord avec la foi catholique sur le fond (à l'exception du Concile Vatican II, qu'elle interprète à tort comme une déviation par rapport à la tradition). Et s'ils ne reconnaissent pas le concile Vatican II dans son intégralité ou en partie, ils se contredisent eux-mêmes, car ils affirment à juste titre que le concile Vatican II n'a pas présenté de nouvelle doctrine sous la forme d'un dogme défini que tous les catholiques doivent croire. Le concile lui-même est clairement conscient qu'il s'inscrit dans la lignée de tous les conciles œcuméniques, en particulier du concile de Trente et du concile Vatican I. Il s'agissait uniquement de présenter à nouveau aux fidèles, de manière dogmatique et dans leur contexte global, la doctrine toujours valable sur la révélation divine (Dei verbum) et l'Église du Dieu trinitaire (Lumen gentium). La liturgie ne devait pas non plus être réformée, comme si elle était dépassée. Contrairement au discours progressiste, l'Église n'a pas besoin de subir des cures de jouvence médicales, comme dans un processus de vieillissement biologique. Car elle a été fondée une fois pour toutes par le Christ, parce que dans sa personne divine, toute nouveauté est venue dans le monde de manière inégalable et reste présente dans l'enseignement, la vie et la liturgie de l'Église jusqu'à son retour à la fin de l'histoire (Irénée de Lyon, Contre les hérésies IV, 34, 1). L'Église, corps du Christ et temple du Saint-Esprit, est jeune et vivante jusqu'au jour du Jugement dernier (même si certains en paraissent vieux par leur incrédulité et leurs péchés, c'est-à-dire parce qu'ils ne veulent pas vaincre le vieil Adam en eux).

    La substance même des sacrements et leur forme essentielle nous sont données et soustraites à toute intervention de l'Église (Concile de Trente, Décret sur la communion sous une seule espèce, 2e chapitre : DH 1728), tandis que l'autorité ecclésiastique est habilitée à en déterminer la forme rituelle, non pas de manière arbitraire et autoritaire, mais en tenant compte des traditions ecclésiastiques établies et de la sensibilité et du sens de la foi des fidèles. C'est pourquoi, à l'inverse, l'affirmation selon laquelle la liturgie latine selon le Missale et le Rituale Romanum (selon le rite antiquior) serait illégitime parce que la loi de la prière est la loi de la foi (Ps-Coelestin, Indiculus, chap. 8 : DH 246) est théologiquement fausse. Ce principe se réfère au contenu de la foi qui s'exprime dans les sacrements, et non à leur forme rituelle extérieure, qui a connu de nombreuses variations au cours de l'histoire de l'Église jusqu'à aujourd'hui. À cet égard, tout catholique est en droit de critiquer le motu proprio « Traditionis custodes » (2021) et sa mise en œuvre souvent indigne par des évêques dépassés spirituellement, ainsi que leur argumentation théologique déficiente et leur imprudence pastorale. Mais aussi le doute que la Sainte Messe selon le Missel de Paul VI (par exemple en raison de la possibilité de concélébration, de l'orientation de l'autel, de l'utilisation de la langue nationale) contredit la tradition de l'Église en tant que critère normatif d'interprétation de la Révélation (et serait imprégnée d'idées maçonniques) est théologiquement aberrante et indigne d'un catholique sérieux. Les abus liturgiques qui se produisent effectivement (messes de carnaval, drapeau arc-en-ciel athée dans l'église, modifications arbitraires selon les goûts personnels) ne sont pas imputables au rite du Novus Ordo ni même au concile, mais à ceux qui, par ignorance ou par frivolité, se rendent gravement coupables de ces blasphèmes et abus liturgiques devant Dieu et l'Église.

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  • Le progressisme évolue vers un sacerdoce temporel et nous ne nous en rendons pas compte

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    Temporel : qui est du domaine du temps, des choses qui passent (opposé à éternel).

    De Miguel Escrivá sur InfoVaticana :

    Le progressisme évolue vers un sacerdoce temporel et nous ne nous en rendons pas compte

    Dans le document de travail de Convivium, le rassemblement sacerdotal organisé en grande pompe pour glorifier le cardinal de Madrid, une section intitulée « Propositions particulières » mentionnait un sacerdoce « temporel ». Cette expression provoqua un scandale en raison de son caractère ouvertement hérétique : attribuer la temporalité au sacerdoce n’est pas un simple problème terminologique, mais une attaque contre le cœur même de la doctrine catholique sur l’ordre sacré. Dans certaines dynamiques ecclésiales, nul ne souhaite être stigmatisé et relégué au poste ingrat et marginal de vicaire. C’est peut-être pourquoi il fallut que ce soit Léon XIV lui-même (au grand dam même du théologien hétérodoxe Andrea Grillo, dont l’influence sur Traditionis Custodes est reconnue) qui, dans son message à Convivium, aborda la question et la clarifia pour les participants.

    « Il ne s’agit pas d’inventer de nouveaux modèles ni de redéfinir l’identité que nous avons reçue, mais de proposer à nouveau, avec une intensité renouvelée, le sacerdoce dans son essence la plus authentique – être alter Christus –, de le laisser façonner nos vies, unifier nos cœurs et donner forme à un ministère vécu dans l’intimité avec Dieu, le dévouement fidèle à l’Église et le service concret du peuple qui nous est confié. »

    Lire aussi : L’archidiocèse de Madrid intègre des propositions hérétiques dans les documents officiels de CONVIVIUM

    Le caractère indélébile : la participation à l'éternel

    L’Église n’a pas laissé cette question ambiguë. Le concile de Trente a défini le sacrement de l’Ordre comme imprimant un caractère indélébile. Cette expression n’est pas rhétorique. Le caractère sacramentel signifie une configuration stable du sujet au Christ. Il ne s’agit ni d’un mandat révocable ni d’une mission qui cesse au gré des besoins pastoraux. Il s’agit d’une transformation ontologique permanente.

    Le concile Vatican II a réaffirmé que le sacerdoce ministériel diffère fondamentalement du sacerdoce commun des fidèles. Il ne s’agit pas d’une question de degré au sein d’une même réalité, mais d’une différence de nature. Le prêtre n’est pas simplement un baptisé investi de responsabilités accrues ; il est un homme sacramentellement configuré au Christ, Tête et Pasteur.

    Le fondement biblique est clair : le Christ est prêtre « pour toujours » selon l’ordre de Melchisédek. La participation ministérielle à ce sacerdoce ne saurait être considérée comme intrinsèquement temporaire sans invalider l’analogie. Si ce qui est reçu est la participation à un sacerdoce éternel, cela ne peut se définir par sa fugacité.

    Parler d’un sacerdoce « temporaire » introduit une tension directe avec cette ontologie. S’il est temporaire par nature, il n’est pas immuable. S’il dépend structurellement d’une configuration historique susceptible de disparaître, alors ce qui est reçu n’est pas le caractère, mais la fonction.

    Réduction fonctionnelle : de l'ontologie à la communauté

    La tentation de privilégier l'aspect fonctionnel n'est pas nouvelle. Hans Küng insistait sur une interprétation du ministère centrée sur son développement historique et sa configuration communautaire. Pour Küng – et ses successeurs comme Grillo – l'accent n'est pas mis sur la négation pure et simple de son caractère sacramentel, mais sur la relativisation de sa formulation ontologique classique, en la présentant comme le fruit d'une évolution théologique ultérieure.

    Lorsque le ministère est présenté avant tout comme une structure façonnée par la communauté et ses besoins, l'attention se déplace. Ce qui importe, ce n'est plus la configuration ontologique reçue, mais la reconnaissance ecclésiale qui permet de servir. La logique sous-jacente est claire : si la communauté façonne le ministère en fonction des circonstances historiques, elle peut aussi le redéfinir structurellement.

    Ce schéma présente une ressemblance frappante avec la conception luthérienne. Chez Luther, il n'y a pas de différence ontologique entre ministre et laïc ; il s'agit d'une désignation fonctionnelle au sein du sacerdoce commun. Le ministre exerce une charge confiée par la communauté. Celle-ci n'est pas marquée par un caractère sacramentel permanent. Lorsque, dans le domaine catholique, on commence à parler de formes « temporaires » de sacerdoce, même présentées comme expérimentales ou « particulières », on entre dans cette même logique fonctionnelle et dans une situation de rupture.

    Il en résulte une mutation silencieuse : le prêtre cesse de se percevoir comme stablement configuré au Christ et commence à se voir comme le détenteur d'une carte lui permettant d'effectuer une mission structurelle.

    La discipline comme symptôme : de l'être au statut

    Ce changement ontologique a des effets visibles sur la pratique disciplinaire.

    Traditionnellement, des sanctions telles que l'excommunication ou la suspension affectaient l'exercice du ministère et la communion ecclésiale, mais non la nature sacramentelle du sacerdoce. Le prêtre excommunié demeurait prêtre. Le prêtre suspendu conservait sa configuration ontologique au Christ. La sanction soulignait précisément que le caractère du sacerdoce subsistait même lorsque son exercice était interdit.

    D'un point de vue traditionnel, la démission de l'état clérical est limitée à des circonstances très spécifiques et a toujours été appliquée avec parcimonie : l'abandon volontaire et définitif du ministère, accompagné d'une demande expresse de dispense ; les crimes extrêmement graves rendant le ministère public moralement incompatible ; et la rupture publique et persistante avec la foi. Dans ces cas, l'Église protège le bien commun et évite le scandale. Elle n'efface pas la personne – cela est impossible – mais elle la prive de ses droits et obligations légaux.

    Le problème réside dans la tentation récente de faire de la démission de l'état clérical une réponse quasi automatique aux crises médiatiques, aux conflits disciplinaires ou aux pressions extérieures qui pourraient être réglées par une suspension ou d'autres mesures correctives. C'est là que s'opère le changement de paradigme.

    Si le sacerdoce est perçu comme un caractère indélébile, la discipline en encadre l’exercice sans en altérer l’identité sacramentelle. La suspension est cohérente : elle limite les actions, elle ne redéfinit pas la personne. En revanche, si le sacerdoce est envisagé comme un statut fonctionnel, la démission devient un mécanisme logique : l’habilitation est retirée.

    Ces dernières années, la démission de l'état clérical est de plus en plus présentée comme une sanction plus sévère et s'ajoutant à l'excommunication et à la suspension, qui n'ont jamais entraîné la perte du statut clérical. Elle est perçue comme une sorte d'annulation définitive, presque comme si le sacerdoce lui-même avait disparu. Bien que le statut juridique demeure, l'imaginaire collectif l'associe à une « dé-sacerdoce », avec toutes les implications théologiques que cela comporte.

    Ce phénomène révèle une bureaucratisation du concept. Ce qui relève de l'ontologie est désormais géré comme une question administrative. Le langage sacramentel demeure dans les textes, mais la pratique véhicule autre chose : le sacerdoce est un statut que l'autorité confère et révoque.

    Conclusion : l’éternité ne peut être gérée comme une licence

    Si le sacerdoce est une participation stable à l’ordre éternel du Christ, l’Église encadre la conduite et réglemente les pratiques, mais n’en administre pas l’ontologie comme s’il s’agissait d’un contrat. L’introduction de la notion de sacerdoce « temporaire » ouvre la voie à une conception fonctionnelle qui érode la doctrine de son caractère indélébile.

    Réduire le sacerdoce à une réalité structurellement périssable revient à le faire passer de l'ordre de l'être à l'ordre de la fonction. Et lorsque l'ordre de l'être se dissout dans celui de la fonction, la discipline cesse de protéger une configuration sacramentelle permanente et se réduit à une simple gestion des titres et responsabilités. L'éternel devient alors soumis à la logique du statut.

  • Bruxelles, 26 mars, conférence de Laetitia Calmeyn : Jean-Paul II pour aujourd'hui ?

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    Laetitia Calmeyn

    Laetitia Calmeyn est une théologienne belge née le 6 septembre 1975 à Bruxelles. Elle a d’abord travaillé comme infirmière en soins palliatifs avant de se tourner vers la théologie, étudiant à l’Institut d’Études Théologiques de Bruxelles puis obtenant un doctorat en théologie à l’Institut pontifical Jean‑Paul II de Rome en 2009.

    Consacrée comme vierge consacrée dans le diocèse de Paris, elle enseigne notamment au Collège des Bernardins et à l’École Cathédrale, spécialisée en théologie morale et anthropologie théologique. Depuis 2018, elle est consulteur au Dicastère pour la doctrine de la foi au Vatican, l’une des premières femmes nommées à cette fonction.

    Elle a aussi publié plusieurs ouvrages de théologie, dont des travaux sur l’exhortation Amoris Laetitia du pape François.

  • L'homélie du Pape lors de la messe avec le rite des Cendres

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    MESSE AVEC LE RITE DES CENDRES

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Basilique Sainte-Sabine en l’Aventin
    Mercredi 18 février 2026

    Chers frères et sœurs,

    au début de chaque Temps liturgique, nous redécouvrons avec une joie toujours nouvelle la grâce d’être l’Église, c’est-à-dire la communauté convoquée pour écouter la Parole de Dieu. Le prophète Joël nous a rejoints par sa voix qui conduit chacun à sortir de son isolement et fait de la conversion une urgence indissociablement personnelle et publique : « Réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! » (Jl 2, 16). Il mentionne les personnes dont l’absence serait facile à justifier : les plus fragiles et les moins aptes à se rassembler en grand nombre. Puis le prophète nomme l’époux et l’épouse : il semble les appeler hors de leur intimité afin qu’ils se sentent partie intégrante d’une communauté plus large. Viennent ensuite à leur tour les prêtres qui se trouvent déjà, presque par devoir, « entre le portail et l’autel » (v. 17) ; ils sont invités à pleurer et à trouver les mots justes pour tous : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple ! » (v. 17).

    Le Carême, aujourd’hui encore, est un temps fort de communauté : « Réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte » (Jl 2, 16). Nous savons combien il est de plus en plus difficile de rassembler les gens et de se sentir comme un peuple, non pas de manière nationaliste et agressive, mais dans une communion où chacun trouve sa place. C’est même ici que prend forme un peuple qui reconnaît ses propres péchés, à savoir que le mal ne vient pas de prétendus ennemis, mais qu’il a atteint les cœurs, qu’il est présent dans la vie de chacun et qu’il doit être affronté en assumant courageusement ses responsabilités. Nous devons admettre qu’il s’agit d’une attitude à contre-courant mais qui, alors qu’il est si naturel de se déclarer impuissant face à un monde en feu, constitue une véritable alternative, honnête et attirante. Oui, l’Église existe aussi comme prophétie pour des communautés qui reconnaissent leurs propres péchés.

    Certes, le péché est personnel, mais il prend forme dans les milieux réels et virtuels que nous fréquentons, dans les attitudes avec lesquelles nous nous conditionnons mutuellement, souvent au sein de véritables “structures de péché” d’ordre économique, culturel, politique et même religieux. Opposer le Dieu vivant à l’idolâtrie – nous enseigne l’Écriture – c’est oser la liberté et la retrouver à travers un exode, un cheminement. Ne plus être paralysés, rigides, sûrs de nos positions, mais rassemblés pour bouger et changer. Comme il est rare de trouver des adultes qui se repentent, des personnes, des entreprises et des institutions qui admettent avoir commis des erreurs !

    Aujourd’hui, il s’agit précisément de cette possibilité pour nous. Et ce n’est pas un hasard si de nombreux jeunes, même dans des contextes sécularisés, ressentent plus que par le passé l’appel de ce jour, le Mercredi des Cendres. Ce sont eux, en effet, les jeunes, qui saisissent distinctement qu’un mode de vie plus juste est possible et qu’il existe des responsabilités quant à ce qui ne va pas dans l’Église et dans le monde. Il convient donc de commencer là où l’on peut et avec ceux qui sont là. « Voici maintenant le moment favorable, voici maintenant le jour du salut ! » (2 Co 6, 2). Nous sentons donc la portée missionnaire du Carême, non pas pour nous détourner du travail sur nous-mêmes, mais pour l’ouvrir à nombre de personnes inquiètes et de bonne volonté qui cherchent les voies d’un authentique renouveau de la vie, à l’horizon du Royaume de Dieu et de sa justice.

    « Pourquoi les peuples diraient-ils : « Où donc est leur Dieu ? » » (Jl 2, 17). La question du prophète est comme un aiguillon. Elle nous rappelle aussi ces pensées qui nous concernent et qui surgissent chez ceux qui observent le peuple de Dieu de l’extérieur. Le Carême nous incite en effet à ces revirements – ces conversions – dont dépend la crédibilité de notre annonce.

    Il y a soixante ans, quelques semaines après la fin du Concile Vatican IIsaint Paul VI voulut célébrer publiquement le rite des cendres, rendant visible à tout le monde, lors d’une Audience générale dans la Basilique Saint-Pierre, le geste que nous sommes sur le point d’accomplir aujourd’hui. Il en parla comme d’une « cérémonie pénitentielle sévère et impressionnante » (Paul VI, Audience générale, 23 février 1966), qui heurte le sens commun et en même temps rejoint les questions de la culture. Il disait : « Nous, les modernes, nous pouvons nous demander si cette pédagogie est encore compréhensible. Nous répondons par l’affirmative. Parce qu’il s’agit d’une pédagogie réaliste. Elle est un rappel sévère à la vérité. Elle nous ramène à la vision juste de notre existence et de notre destin ».

    Cette « pédagogie pénitentielle » – disait Paul VI – « surprend l’homme moderne sous deux aspects » : le premier est « celui de son immense capacité d’illusion, d’autosuggestion, de tromperie systématique de lui-même sur la réalité de la vie et ses valeurs ». Le second aspect est « le pessimisme fondamental » que le Pape Montini constatait partout : « La plupart des témoignages humains que nous offrent aujourd’hui la philosophie, la littérature, le spectacle – disait-il – concluent en proclamant la vanité inéluctable de toute chose, l’immense tristesse de la vie, la métaphysique de l’absurde et du néant. Ces témoignages sont une apologie des cendres ».

    Nous pouvons aujourd’hui reconnaître la prophétie que contenaient ces paroles et sentir dans les cendres qui nous sont imposées le poids d’un monde en feu, de villes entières détruites par la guerre : les cendres du droit international et de la justice entre les peuples, les cendres d’écosystèmes entiers et de la concorde entre les personnes, les cendres de la pensée critique et des anciennes sagesses locales, les cendres de ce sens du sacré qui habite toute créature.

    « Où donc est leur Dieu ? », se demandent les peuples. Oui, très chers amis, l’histoire nous le demande, et avant cela, notre conscience : appeler la mort par son nom, en porter les signes, mais témoigner de la résurrection. Reconnaître nos péchés pour nous convertir est déjà un présage et un témoignage de résurrection : cela signifie en effet ne pas s’arrêter dans les cendres, mais se relever et reconstruire. Alors, le Triduum pascal, que nous célébrerons au sommet du cheminement du Carême, libérera toute sa beauté et sa signification. Il le fera en nous ayant engagés, par la pénitence, dans le passage de la mort à la vie, de l’impuissance aux possibilités de Dieu.

    C’est pourquoi les martyrs d’hier et d’aujourd’hui brillent comme des pionniers de notre chemin vers Pâques. L’ancienne tradition romaine des stations de Carême – dont celle d’aujourd’hui est la première – est instructive : elle renvoie autant au mouvement, en tant que pèlerins, qu’à la pause – statio – auprès des “mémoires” des martyrs sur lesquelles s’élèvent les basiliques de Rome. N’est-ce pas une invitation à nous mettre sur les traces des témoignages admirables dont le monde entier est désormais parsemé ? Reconnaître les lieux, les histoires et les noms de ceux qui ont choisi la voie des Béatitudes et en ont assumé les conséquences jusqu’au bout. Une myriade de semences qui, alors qu’elles semblaient perdues, ensevelies dans la terre, ont préparé la moisson abondante qu’il nous appartient de récolter. Le Carême, comme nous le suggère l’Évangile, en nous libérant du désir d’être vus à tout prix (cf. Mt 6, 2.5.16), nous apprend plutôt à voir ce qui naît, ce qui grandit, et nous pousse à le servir. C’est l’harmonie profonde qui s’établit dans le secret de celui qui jeûne, prie et aime avec le Dieu de la vie, notre Père et celui de tous. C’est vers Lui que nous réorientons, avec sobriété et joie, tout notre être, tout notre cœur.

  • Qu’est-ce qu’un bon évêque pour le pape Léon ? Une analyse de ses dernières nominations

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Qu’est-ce qu’un bon évêque pour le pape Léon ? Une analyse de ses dernières nominations

    Le 6 février dernier, le nouvel archevêque de New York, Mgr Ronald A. Hicks (photo), a fait son entrée solennelle dans la cathédrale dédiée à saint Patrick, au cœur de Manhattan et il a esquissé en chaire les grandes lignes de son programme, parfaitement en phase avec les recommandations du pape Léon : « Nous sommes appelés à être une Église missionnaire, une Église qui catéchise, qui évangélise et qui met notre foi en pratique. Une Église faite de disciples missionnaires qui vont faire d’autres disciples et transmettent la foi d’une génération à l’autre. Une Église qui prend soin des pauvres et des plus faibles. Une Église qui défend, respecte et soutient la vie, de sa conception à sa mort naturelle ».

    La nomination de Mgr Hicks n’est pas la seule nomination décidée par le pape Léon qui jalonnera dans les prochaines années la marche de l’Église catholique aux États-Unis. En effet, le 19 décembre dernier, vingt-quatre heures à peine après la nomination du nouvel archevêque de New York, le pape procédait à une autre nomination importante en confiant le diocèse de Palm Beach, en Floride, à Mgr Manuel de Jesús Rodriguez.

    C’est à Palm Beach qu’est situé le domaine de Mar-a-Lago, la résidence préférée du président Donald Trump, dont les politiques dures en matière d’immigration lui ont valu une levée de boucliers de la part de la Conférence épiscopale catholique des États-Unis. D’autant que le nouvel évêque Rodriguez est lui-même un immigré, puisqu’il est né en République Dominicaine, où il a été ordonné prêtre avant d’être envoyé dans une paroisse du diocèse de Brooklyn, dans la ville de New York où il officiait hier encore, et dont les 17 000 fidèles sont pour la plupart « latinos ».

    Mais Mgr Rodriguez n’est pas du genre à monter aux barricades. Après sa nomination, il a déclaré que le président Trump « faisait également de bonnes choses pour les États-Unis et pour le monde. Mais quand il s‘agit des migrants et de la politique sur l’immigration, nous voulons lui venir en aide ». Il a des compétences aussi bien en droit civil qu’en droit canon, tout comme le pape Léon, qui apprécie grandement cette expertise juridique quand il s’agit de confier des rôles importants, comme celui de préfet du Dicastère pour la nomination des évêques à la Curie vaticane, un poste attribué à Filippo Iannone, un canoniste réputé.

    Mgr Hicks également s’est montré en mesure de gérer des situations difficiles, comme à Chicago, où il a été vicaire général et ensuite auxiliaire de l’archevêque et cardinal Blase Cupich et ensuite comme évêque de Joliet, dans l’Illinois, un État frappé de plein fouet par le fléau des abus sexuels. À présent qu’il est arrivé à New York, il devra mettre en place le plan de dédommagement des victimes de l’ordre de 300 millions de dollars que lui a légué son prédécesseur, le cardinal Timothy Dolan.

    Mgr Hicks est un compatriote du pape Robert F. Prevost. Il vient comme lui de la périphérie de Chicago, et est originaire d’une banlieue appelée South Holland, juste à côté de la banlieue de Dalton où le pape est né. « Nos maisons n’étaient distantes que de 14 blocs l’une de l’autre », a‑t-il déclaré. Et pourtant leur première rencontre ne remonte qu’à 2024, lors d’une conférence du cardinal Prevost dans l’Illinois en marge de laquelle ils ont pu avoir un entretien en tête à tête. « J’ai trouvé – dit aujourd’hui Mgr Hicks – qu’il était clair, concis, créatif et toujours humble, capable d’écouter avant de décider ».

    La proximité entre Mgr Hicks et Mgr Cupich, qui est l’une des figures de proue du courant progressiste des évêques des États-Unis, dans le sillage du cardinal Joseph Bernardin (1928 – 1996), lui aussi archevêque de Chicago avant de devenir pendant une décennie le leader historique de ce courant, a laissé chez certains l’impression d’une certaine similitude entre ces deux personnages, dans la mouvance du Pape François.

    Mais en réalité, le véritable mentor de Mgr Hicks était le prédécesseur de Mgr Cupich à Chicago, le cardinal Francis George (1937 – 2015) qui était à la tête du courant conservateur bien plus important, en plus d’avoir été président de la Conférence épiscopale entre 2007 et 2010. C’est lui qui avait suggéré à son successeur de nommer Mgr Hicks en tant que vicaire général. Et c’est surtout lui qui, en 2005, a envoyé le jeune prêtre qu’il était en mission au Salvador pendant cinq ans, pour prendre en charge un orphelinat appelé « Nuestros Pequeños Hermanos ».

    Depuis lors, Mgr Hicks parle parfaitement l’espagnol, qui est par ailleurs la langue maternelle d’une grande partie des catholiques aux États-Unis. Et il a demandé que sa messe d’installation à New York soit célébrée aussi bien en anglais qu’en espagnol. Il a même prononcé l’homélie dans les deux langues. Et il souhaité que ce soit l’un des jeunes orphelins auxquels il est venu en aide au Salvador, Samuel Jimenez Coreas, qui lise l’une des lectures de la messe, extraite de l’épître de saint Paul aux Galates. L’archidiocèse de New York compte plus d’un million de catholiques hispaniques sur un total de 2,4 millions.

    Mgr Hicks partage avec le pape Léon une même vision unitaire et cohérente de l’éthique de la vie, comme la « seamless garment », la tunique sans couture que portait Jésus : une image chère au cardinal Bernardin. Le droit à la vie doit être protégé à chacune de ses étapes, non seulement « de la conception à la mort naturelle », mais également contre la guerre, la pauvreté, l’oppression, même si l’approche est différente. À Joliet, Mgr Hicks avait pris l’habitude de participer au National Day of Remembrance for Aborted Children et bénissait à cette occasion les tombes des enfants non nés. Mais il a également souhaité faire figurer sur ses armoiries épiscopales un plan de « romero », de romarin en espagnol, en hommage à Oscar Romero, cet archevêque du Salvador mort en martyr sur son autel en 1980, sous les balles d’un escadron de la mort.

    Mgr Hicks est également apprécié comme formateur de jeunes prêtres, parfaitement dans la ligne – comme on le découvre aujourd’hui – de la lettre exigeante que le pape Léon a envoyée le 9 février aux prêtres de Madrid mais en réalité à toute l’Église. En 2024, il a été élu président de la Commission pour le clergé, la vie consacrée et les vocations par la Conférence épiscopale des États-Unis avec 68% des voix. Et à New York, il aura du pain sur la planche, vu la chute vertigineuse des vocations à la prêtrise de ces dernières années.

    Il fait preuve de beaucoup de compréhension et de tolérance envers ceux qui célèbrent la messe selon l’ancien rite, tout en restant assez éloigné du profil d’un « cultural warrior » et de l’école théologique néoconservatrice de Richard John Neuhaus, Michael Novak et George Weigel, au contraire de son prédécesseur à New York, le cardinal Dolan.

    Pour le dire plus simplement, Mgr Hicks fait voler en éclats les clivages entre progressistes et conservateurs. Tout comme le pape Léon, l’essentiel pour lui est surtout d’être « in Illo uno unum », unis dans l’unique Seigneur, comme sur la devise augustinienne du blason papal.

    Les principales nominations du pape Léon sont toutes du même ordre. Voici comment Stanislav Přibyl, le nouvel archevêque de Prague, l’une des capitales d’Europe les plus hermétiques à la foi, a immédiatement décrit la voie qu’il souhaite emprunter, dans la foulée de sa nomination le 2 février dernier : « La réconciliation au sein de l’Église me tient particulièrement à cœur, et le premier pas doit précisément être de chercher à l’atteindre. Le Christ est au-dessus de toutes les factions et de tous les groupes d’influence et ce n’est qu’en lui que nous pouvons être véritablement unis ».

    On peut également citer en exemple la nomination le 6 octobre 2025 de Mgr Fabien Lejeusne, à la tête du diocèse belge de Namur. Âgé de 52 ans, ancien supérieur général pour l’Europe de la Congrégation des Augustiniens de l’Assomption, c’est un religieux augustinien comme le pape Léon. Dès son entrée en fonction, ses priorités ont été d’assainir la gestion financière du diocèse et surtout de relancer l’évangélisation, avec une attention particulière envers les jeunes. Tout en se tenant à l’écart des controverses doctrinales poussées à l’extrême.

    Tous ces évêques incarnent l’Église que le pape Léon aime : une Église unie et missionnaire, ouverte à tous mais sans controverses intestines. Avec une place pour le cardinal dominicain Timothy Radcliffe, auquel le pape a demandé de prononcer les méditations introductives du consistoire des cardinaux de janvier dernier, et une autre pour l’évêque trappiste Erik Varden, appelé à prêcher les exercices spirituels de début de Carême au pape et aux personnalités de la Curie vaticane, qui sont tous deux des théologiens de haut vol, mais de tendances clairement différentes.

    C’est également entre de telles personnalités que Léon souhaite mettre en œuvre l’unité « dans le seul Seigneur » au sein de l’Église. Avec une différence importante entre les deux qu’il est important de mentionner ici, car si Mgr Radcliffe, âgé de 81 ans et ancien maître général de l’Ordre des prêcheurs, est au crépuscule de son parcours, Mgr Varden quant à lui, âgé de 52 ans, évêque de Trondheim, en Norvège, et président de la Conférence épiscopale de Scandinavie, a encore tout l’avenir devant lui. Et tout ce qu’il a déjà fait et écrit jusqu’à présent – repris à plusieurs occasions sur Settimo Cielo – nous laisse entrevoir qu’il s’annonce d’ores et déjà très prometteur.

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    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
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  • FSSPX : comment Léon XIV entend-il aborder l'une des premières crises de son pontificat ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV et l'absorption des crises

    16 février 2026

    La rencontre annoncée entre le préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, le cardinal Victor Manuel Fernández, et le supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, le père Davide Pagliarani, était très attendue.

    À l'approche de la rencontre, les parties ont toutefois compris que leur conversation serait la première d'une longue série. Il reste à voir comment Léon XIV entend aborder l'une des premières crises de son pontificat.

    Il reste beaucoup de dossiers en suspens du pontificat de François – il suffit de penser au cas du jésuite Marko Rupnik ou à la saga judiciaire en cours au Vatican concernant la gestion des fonds de la Secrétairerie d'État –, mais l'affaire avec la FSSPX est la première crise ecclésiastique « nouvelle » de l'ère léonine.

    La crise traditionaliste n'est pas nouvelle.

    Tous les papes depuis le Concile Vatican II en ont hérité, et son plan général est un vestige d'un débat dépassé depuis plusieurs générations.

    Paul VI s'est retrouvé dans un dialogue dramatique avec le fondateur de la FSSPX, Mgr Marcel Lefebvre, puis le pape Saint Jean-Paul II a dû faire face à la question du schisme créé par les ordinations illégitimes, et Benoît XVI a proposé une ouverture liturgique mais a demandé à la Fraternité de signer un préambule doctrinal que la FSSPX ne pouvait accepter (ou en tout cas, n'a pas accepté). François a accordé des facultés et d'autres accommodements aux prêtres de la Fraternité, mais n'a jamais vraiment pris de mesures pour résoudre les problèmes sous-jacents.

    Léon XIV devra trouver sa propre approche.

    La réunion du 12 février s'est conclue comme prévu, par une promesse de dialogue et une menace de non-dialogue. La promesse de dialogue est celle d'un cheminement doctrinal qui clarifie certaines questions du Concile Vatican II, y compris celles de la FSSPX, afin de définir les exigences fondamentales minimales pour la pleine communion.

    À bien y réfléchir, c'est un peu moins que le préambule doctrinal que Benoît XVI avait demandé de signer.

    Benoît XVI ne pouvait accepter la version de la FSSPX selon laquelle le Concile était un événement historique, mais purement pastoral, et que ses développements pouvaient donc être contestés ou ignorés. Et ce n'était pas parce que Benoît XVI était un progressiste, mais parce qu'il comprenait « le concile des Pères », sa différence avec le « concile des médias » et la nécessité de le défendre malgré l'opinion publiée.

    La menace d'une rupture du dialogue découle du fait que le Saint-Siège a officiellement demandé à la Fraternité de renoncer à toute nouvelle ordination épiscopale et a expliqué – en termes clairs – que toute ordination de ce type provoquerait un schisme, et que ce schisme mettrait fin à tout dialogue.

    Léon XIV a décidé, comme il était naturel, que le Dicastère pour la doctrine de la foi devait se saisir de la question.

    L'absence de la Commission Ecclesia Dei, chargée du dialogue avec la FSSPX depuis les premières ordinations épiscopales de la FSSPX, est quelque chose que les initiés du Vatican ressentent vivement, ou devraient ressentir.

    François a supprimé la commission Ecclesia Dei et a transféré ses responsabilités au Dicastère pour la doctrine de la foi (alors appelé CDF) en 2019.

    Et peut-être qu'une conséquence naturelle sera de rétablir une commission comme Ecclesia Dei, ou au moins un comité de dialogue permanent, précisément pour favoriser délicatement le dialogue. Une commission comme Ecclesia Dei ouvre cependant également la possibilité de rétablir d'autres commissions.

    Au cours du pontificat de François, de nombreuses commissions internes ont été abolies ou abandonnées, tandis que le pape en a formé de nouvelles et provisoires (la CRIOR sur l'IOR, la COSEA sur l'administration, le comité et la commission pour la réforme des communications du Vatican, le Conseil des cardinaux lui-même) et a abandonné celles qui étaient restées actives dans le passé.

    Par exemple, il n'y a pas eu d'autres nouvelles concernant la réunion de la Commission sur la Chine convoquée par Benoît XVI, et Ecclesia Dei a été supprimée avant la répression menée par François contre le mouvement traditionaliste avec le motu proprio Traditionis Custodes et son application ultérieure, qui a effectivement abrogé la libéralisation de l'ancien rite autorisée par Benoît XVI.

    Peut-être aurons-nous donc une nouvelle (ancienne) commission.

    Mais peut-être aussi que la FSSPX décidera de procéder quand même aux ordinations qu'elle a menacé d'effectuer, en se basant sur ce qu'elle considère comme une faille dans le droit canonique, selon laquelle on ne peut encourir l'excommunication si la personne qui commet un acte potentiellement passible de cette peine l'a fait face à une situation grave.

    Il s'agit là d'une appréciation tout à fait subjective, même au sein du Code, raison pour laquelle il a été répété à plusieurs reprises que l'excommunication des évêques lefebvristes, révoquée par la suite par Benoît XVI au milieu d'une grande controverse, n'avait jamais été valide.

    Le fait est que, au-delà des faits et des interprétations subjectifs, lorsque le pape formalise l'excommunication, c'est fait, et il n'y a rien à faire. L'objectif aujourd'hui est d'éviter d'atteindre ce point de rupture, de trouver une forme de dialogue, même si cela signifie prolonger le débat et attendre qu'il soit absorbé.

    Il ne s'agit pas d'une crise décisive pour le pontificat, c'est certain, mais c'est une crise qui en dit long sur le style de gouvernement de Léon.

    Léon procède par les voies institutionnelles – le dicastère compétent – et ne s'engage pas personnellement dans le dialogue, car il ne se sent pas doté du charisme nécessaire pour faire avancer les choses. Il exige que chacun agisse selon la justice.

    Mais surtout, Léon XIV attend.

    Il prend des décisions lorsqu'elles sont inévitables et irrévocables, et c'est pourquoi il réfléchit mûrement avant de se prononcer.

    Reste à voir si c'est la meilleure stratégie pour le monde traditionaliste. Il est toutefois vrai que les adeptes de l'ancien rite sont de plus en plus nombreux et jeunes – il suffit de penser au pèlerinage traditionaliste annuel de Paris à Chartres, qui rassemble des milliers de jeunes traditionalistes. C'est un segment de l'Église qui ne peut être ignoré. En cette période de crise des vocations, le monde traditionaliste peut être un réservoir de nouvelle foi ou la cause d'un schisme et d'une division.

    Le pape devra décider de la marche à suivre, et chaque décision sera une révélation.

  • Qui sera béatifié en 2026 ?

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    De Luke Coppen sur The Pillar :

    Qui sera béatifié en 2026 ?

    En 2026, cinq cérémonies de béatification sont déjà confirmées, et sept autres sont considérées comme imminentes.

    Le nombre moyen de bienheureux varie considérablement d'une année à l'autre, une seule cérémonie de béatification pouvant aboutir à la béatification d'un seul nouveau bienheureux à plusieurs centaines. Le pape Benoît XVI, par exemple, a béatifié 498 martyrs de la guerre civile espagnole en 2007.

    Treize cérémonies de béatification ont eu lieu en 2025 : une sous le pontificat du pape François et douze sous celui de son successeur, le pape Léon XIV. Il est trop tôt pour dire si le nombre de béatifications augmentera ou diminuera sous le pontificat du pape né aux États-Unis. Il est fort probable qu’il reste sensiblement le même, avec peut-être une légère hausse du nombre de bienheureux américains.

    En 2026, cinq cérémonies de béatification sont déjà confirmées, et sept autres sont considérées comme imminentes.



    béatifications confirmées

    La première cérémonie de 2026 a eu lieu samedi dernier. Le cardinal Marcello Semeraro, préfet du Dicastère pour les causes des saints, a présidé la béatification, le 7 février, du prêtre espagnol du XIXe siècle Salvador Valera Parra .

    Valera a été surnommé « le Curé d'Ars espagnol » car, bien qu'étant un élève peu brillant, il a néanmoins eu un impact profond sur ses paroissiens grâce à son dévouement au travail pastoral, notamment au confessionnal.

    Les prochaines béatifications sont prévues le 6 juin. Semeraro présidera la béatification de Jan Świerc et de huit compagnons à Cracovie, en Pologne. Les neuf membres de l'ordre salésien ont été assassinés dans les camps de concentration nazis d'Auschwitz et de Dachau en 1941 et 1942.

    Le 6 juin également, le cardinal Michael Czerny, préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral, béatifiera les prêtres tchèques Jan Bula et Václav Drbol , exécutés sous le régime communiste du pays au début des années 1950.

    Un mois plus tard, le cardinal Luis Antonio Tagle, propréfet de la Section pour la Première Évangélisation et les Nouvelles Églises Particulières du Dicastère pour l'Évangélisation, présidera la béatification du prêtre vietnamien Francis Xavier Truong Buu Diep . Ce dernier, homme travailleur qui a fondé des paroisses au Cambodge et au Vietnam, a été tué par des déserteurs de l'armée japonaise en 1946.

    La cinquième béatification confirmée aura lieu le 27 septembre à Bologne, en Italie. Semeraro béatifiera les prêtres Elia Comini Ubaldo Marchioni et Nicola Capelli , exécutés par les nazis en 1944.

    béatifications attendues

    Plusieurs autres causes ont atteint le stade de la béatification. Cependant, elles ne figurent pas encore sur la page du Dicastère pour les causes de béatification des saints , avec une date et un lieu confirmés.

    Le 27 janvier 2025, le pape François a reconnu le martyre de Pedro de Corpa et de quatre de ses compagnons, communément appelés les martyrs de Géorgie . Ces frères franciscains ont été tués en 1597, dans l'actuel État américain de Géorgie, en signe d'odium fidei (haine de la foi). Certaines sources indiquent qu'ils pourraient être béatifiés en octobre.

    Dans l'un de ses derniers actes officiels, le 14 avril 2025, le pape François a reconnu le martyre du prêtre italien Nazareno Lanciotti . Missionnaire au Brésil, Lanciotti a été tué dans l'État du Mato Grosso en 2001. Sa béatification aura vraisemblablement lieu au Brésil.

    Le 18 décembre 2025, le pape Léon XIV a reconnu un miracle attribué à l'intercession de l'homme d'affaires argentin du XXe siècle Enrique Ernesto Shaw , ouvrant la voie à sa béatification, probablement à Buenos Aires.

    Le même jour, Léon XIV a également reconnu le martyre du séminariste Ignacio Aláez Vaquero et de 10 compagnons , tués en odium fidei dans la province de Madrid pendant la guerre civile espagnole.

    Le 22 janvier 2026, le pape Léon XIII a reconnu un miracle attribué à l'intercession d' Angela Caterina Isacchi , la fondatrice italienne de la Congrégation des Ursulines du Sacré-Cœur de Jésus d'Asola, réputée pour son travail pastoral et éducatif.

    Le même jour, le pape a reconnu le prêtre franciscain du XXe siècle, Augusto Rafael Ramírez Monasterio, comme martyr. « Fray Augusto » a été torturé par l’armée guatémaltèque, apparemment pour avoir refusé de rompre le secret de la confession, et tué aux abords de la ville de Guatemala en 1983.

    Enfin, l'évêque de Peoria, Louis Tylka, a annoncé le 9 février 2026 que le Vatican avait approuvé la béatification de l'archevêque Fulton Sheen, pionnier du télévangélisme. La messe de béatification de Sheen devrait avoir lieu fin septembre ou début octobre.

  • Fidélité ou unité ? Léon XIV parviendra-t-il à empêcher une nouvelle division au sein de l'Église ?

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    De Damien Wojciechowski sur Opoka :

    Fidélité ou unité ? Léon XIV parviendra-t-il à empêcher une nouvelle division au sein de l'Église ?

    Léon XIV pourra-t-il sauver l'Église comme son grand prédécesseur, Léon le Grand ? Il y a beaucoup de problèmes à résoudre, et il n'est plus possible de suivre la voie du « juste milieu », note frère Damien Wojciechowski, TJ.

    Si nous visitions les musées du Vatican, nous aurions l'occasion d'admirer une immense fresque de Raphaël, peinte vers 1513 dans la Stanza di Eliodoro du Palais apostolique, représentant la rencontre entre le pape Léon Ier (le Grand) et Attila, le chef victorieux des Huns, en 452. Grâce à cette rencontre, Attila empêcha la destruction de Rome et le pape sauva non seulement la Ville éternelle, mais aussi le Saint-Siège, centre de toute l'Église.

    Léon le Grand... avec le visage de Léon X

    Sur la fresque, Léon Ier, auquel Raphaël a donné les traits de Léon X (il avait commandé le tableau), calme et digne, chevauche vers Attila, terrifié par la vision de saint Pierre et saint Paul attaquant ses guerriers, l'épée à la main. En réalité, Léon était probablement moins sûr de lui, ou plutôt, il implorait la clémence d'Attila, qui, bien sûr, ne craignait personne. Malheureusement, Léon X ne sauva pas l'Église. Pape de la Renaissance, il fut mêlé à des intrigues politiques et à des affaires de richesse. Plusieurs cardinaux complotèrent même pour l'empoisonner, et après avoir découvert la conspiration, Léon X condamna l'un d'eux à mort. Pour financer ses dépenses, notamment la construction de la basilique Saint-Pierre, il décida de vendre des indulgences à grande échelle, ce qui provoqua l'indignation de Luther et une division au sein de l'Église qui perdure encore aujourd'hui.

    Depuis lors, chaque pape a été hanté par la crainte qu'une tragédie similaire ne se reproduise de son vivant. Empêcher une nouvelle division au sein de l'Église était sans aucun doute la préoccupation première de Léon XIV.  

    Premier défi : la Fraternité Saint-Pie X

    Les lefebvristes ont annoncé leur intention de procéder à des ordinations épiscopales le 1er juillet 2026. La raison est simple : les évêques ordonnés par Lefebvre lui-même atteignent l'âge de la retraite.

    En 1988, l'archevêque Marcel Lefebvre a consacré des évêques sans l'autorisation du Saint-Siège, s'excommuniant ainsi que les évêques nouvellement consacrés. Selon le droit canonique, tant ancien que nouveau (que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X vénère tant), la consécration épiscopale requiert le consentement du Vatican ; à défaut, le consécrateur entre en schisme et est automatiquement excommunié.

    Le supérieur actuel de la Fraternité invoque un accord avec la Chine, selon lequel les évêques élus par les communistes chinois seraient approuvés par le Vatican. De même, la Fraternité souhaiterait choisir des candidats évêques en dehors de la Congrégation pour les évêques (dont était le chef le pape actuel), et le Vatican serait contraint de les reconnaître. Cet accord avec les communistes chinois était une des mauvaises idées de François, mais il était néanmoins motivé par la préoccupation pour les catholiques vivant en Chine, un État totalitaire qui ne valorise ni la liberté ni l'Église. Les relations avec la Fraternité sont cependant tout à fait différentes – nous n'allons tout de même pas exiger que le pape s'incline devant elle parce qu'elle recourt à la violence ?

    La Société fait référence à la Tradition, mais dans l'Église préconciliaire, personne n'en aurait discuté avec eux, on les aurait seulement réprimandés sévèrement (voir : Vieux-catholiques).

    L'Église, après le Concile, s'est montrée très conciliante, et tous les papes, même François, ont entretenu des relations excessivement proches de la Fraternité Saint-Pierre. À maintes reprises, des papes ont proposé divers compromis, y compris Benoît XVI, qu'on ne saurait soupçonner de progressisme – la Fraternité a systématiquement rejeté toutes ces propositions. Les lefebvristes pourraient coexister pacifiquement avec la Fraternité Saint-Pierre, catholique et traditionaliste, mais ils s'y refusent par simple entêtement et orgueil. Si le pape accepte que la Fraternité consacre ses propres évêques, alors demain, les évêques allemands ordonneront des femmes selon le même principe.

    La Fraternité critique le « pluralisme doctrinal » de l'ère François et les déclarations étranges du cardinal Fernandez (préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi), mais elle exige la même chose : elle accepte tel point de l'enseignement de l'Église et en rejette tel autre, elle adhère à tel autre. La Fraternité souhaite créer une Église parallèle avec sa propre doctrine, des évêques indépendants de Rome, une liturgie différente, etc. C'est précisément ce que veulent les membres du Chemin synodal allemand. Dans les deux cas, le pape ne peut consentir à un tel séparatisme, car cela conduirait au chaos et à la division. Les lefebvristes se comportent comme un enfant capricieux qui n'obéit à ses parents que s'ils cèdent à tous ses caprices. Ils veulent une Église séparée où ils pourraient gouverner en toute indépendance, et en même temps, le pape leur accorderait une orthodoxie inconditionnelle et confirmerait la vertu d'obéissance. Ils usurpent l'infaillibilité papale, se placent au-dessus d'un concile validement convoqué, méprisent le droit canonique et l'autorité du Saint-Siège, et se présentent, par-dessus tout, comme de fidèles serviteurs de l'Église et les gardiens de la Tradition. Ils prétendent qu'il existe un état de nécessité (comme, par exemple, durant la Révolution mexicaine) et que les fidèles n'ont pas accès à des sacrements validement administrés (ce qui expliquerait pourquoi les évêques doivent être ordonnés sans l'accord du Vatican). En réalité, ils se comportent comme une secte qui rejette les sacrements administrés dans l'Église (à l'instar des docètes du christianisme primitif). Il vaudrait mieux pour eux qu'ils élisent leur propre pape, qui approuverait tout à leur place…

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