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Magistère - Page 9

  • Renouveau et Concile : le point de vue d'un juriste

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    De James Kalb sur le CWR :

    Renouveau et Concile : le point de vue d'un juriste

    La situation et les problèmes auxquels était confronté le catholicisme du milieu du XXe siècle étaient sans précédent. Comment aurait-on pu prévoir exactement ce dont il aurait besoin ?

    Le pape Jean XXIII préside la séance d'ouverture du concile Vatican II dans la basilique Saint-Pierre le 11 octobre 1962. (Photo CNS/L'Osservatore Romano)
    Les hommes qui ont discuté et approuvé les documents du concile Vatican II ont également supervisé leur mise en œuvre. La réaction de l'Église au concile fut néanmoins très différente de ce qu'elle avait prévu.

    Pourquoi cela s'est-il produit ?

    Je ne suis ni théologien ni historien, mais juriste. Cela ne m'est généralement pas d'une grande utilité en matière religieuse, mais cela me permet de m'intéresser aux questions institutionnelles et procédurales qui peuvent avoir une incidence profonde sur la vie de l'Église.

    Au moment du Concile, des problèmes se développaient dans le monde et au sein de l'Église, comme la disparition de Dieu de la conscience collective, qui touchaient aux fondements mêmes de notre civilisation autrefois chrétienne. Un renouveau était nécessaire, et nombreux étaient ceux, au sein de l'Église, qui réfléchissaient à sa forme.

    Mais leurs idées étaient-elles vraiment complètes, exactes et compatibles ? Et comment auraient-elles dû être testées et développées ?

    Il est dit que « le vent souffle où il veut… mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va ; il en est de même pour quiconque est né de l’Esprit ». Dès lors, il semble peu probable que le renouveau soit impulsé par un concile œcuménique décidant de nouvelles orientations théologiques et pastorales.

    Les périodes de renouveau passées ne se sont pas déroulées ainsi. En de telles occasions, l'action de la hiérarchie a principalement consisté à clarifier la doctrine, à réprimer les abus, à renforcer la discipline et à affirmer l'autonomie de l'Église face au monde séculier. Lorsque cela s'avérait opportun, elle a également soutenu des mouvements catholiques non initiés par la hiérarchie, tels que la réforme clunisienne, l'essor des ordres mendiants et la profonde spiritualité de la Réforme catholique.

    L'Église a besoin de sa hiérarchie (et les prélats sont parfois des saints), mais lorsqu'ils agissent officiellement et collectivement, leurs fonctions sont généralement moins créatives ou prophétiques que critiques et contraignantes. Ils s'occupent de choses qui peuvent être transformées en discipline et en routine. Ces choses sont très importantes, mais elles ne font pas tout.

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  • Le pape Léon XIV proclame l'année jubilaire franciscaine avec obtention de l'indulgence plénière

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    D'Almudena Martínez-Bordiú (ACI Prensa) sur CNA :

    Le pape Léon XIV proclame l'année jubilaire franciscaine

    12 janvier 2026

    Le pape Léon XIV a proclamé une « Année spéciale de saint François » pour commémorer le 800e anniversaire de la mort du saint. Durant cette période de grâce, qui s'étendra jusqu'en janvier 2027, les fidèles auront la possibilité d'obtenir une indulgence plénière.

    Cette Année jubilaire franciscaine, considérée comme un don pour toute l'Église et une occasion de véritable renouveau spirituel, a été inaugurée le 10 janvier par un décret émis par la Pénitencerie apostolique du Saint-Siège.

    Jusqu'au 10 janvier de l'année prochaine, les fidèles peuvent obtenir cette grâce dans les conditions habituelles — confession sacramentelle, communion et prière aux intentions du pape — en effectuant un pèlerinage dans n'importe quelle église conventuelle franciscaine ou lieu de culte dédié à saint François, partout dans le monde.

    De plus, les personnes âgées, les malades et ceux qui, pour des raisons sérieuses, ne peuvent quitter leur domicile, peuvent obtenir l'indulgence plénière en participant spirituellement aux célébrations du jubilé et en offrant à Dieu leurs prières, leurs peines ou leurs souffrances.

    Dans un monde où « le virtuel prend le pas sur le réel, où les désaccords et la violence sociale font partie du quotidien, et où la paix devient chaque jour plus précaire et plus lointaine, cette Année de Saint François nous incite tous, chacun selon ses possibilités, à imiter le pauvre d’Assise, à nous modeler autant que possible sur le modèle du Christ », stipule le décret.

    Pour l’Ordre des Frères Mineurs, cette période est aussi l’occasion pour les fidèles de devenir « des modèles de sainteté de vie et des témoins constants de la paix ».

    À l’occasion de cet anniversaire, le pape Léon XIV a adressé une lettre aux ministres généraux de la Conférence de la Famille franciscaine dans laquelle il soulignait qu’« en cette époque, marquée par tant de guerres apparemment sans fin, par des divisions internes et sociales qui engendrent méfiance et peur, il continue de parler. Non pas parce qu’il propose des solutions techniques, mais parce que sa vie nous oriente vers la source authentique de la paix. »

    À cet égard, il a souligné que saint François nous rappelle que « la paix avec Dieu, la paix entre les hommes et la paix avec la création sont des dimensions indissociables d’un seul appel à la réconciliation universelle ».

    Cet article a été initialement publié par ACI Prensa, partenaire hispanophone de CNA. Il a été traduit et adapté par CNA.

    Almudena Martínez-Bordiú est correspondante à Rome d'ACI Prensa et d'EWTN.

  • Le consistoire a marqué le début effectif du pontificat léonin à part entière

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : trois signaux issus de son premier consistoire

    12 janvier 2026

    Le premier consistoire extraordinaire de Léon XIV, qui s'est tenu pendant deux jours, les 7 et 8 janvier, n'a donné aucun résultat concret. Personne ne s'attendait à quoi que ce soit.

    Près de deux cents cardinaux ont participé aux discussions, qui ont porté – selon le choix des cardinaux eux-mêmes – sur l'évangélisation et la synodalité, deux des quatre thèmes proposés par Léon à leur examen.

    La question liturgique a été mise de côté – pour l'instant – tout comme la discussion sur la réforme de la Curie romaine par le pape François, bien que Léon ait également clairement indiqué que ces deux sujets ne pouvaient rester indéfiniment en suspens.

    Les cardinaux se sont réunis en groupes de travail avec divers intervenants, et le pape n'était pas toujours présent avec eux.

    Léon a évité les discussions de groupe du premier jour, ne se joignant à elles qu'au début et à la fin. Il voulait que les cardinaux discernent sereinement et discutent librement de toutes les questions entre eux.

    Lorsqu'il a pris la parole pour présenter le programme de la journée, il a en fait souligné que le consistoire était un moment pour écouter et réfléchir aux défis à venir. Il a demandé à tous les cardinaux de réfléchir aux priorités de l'Église pour les deux prochaines années.

    Trois principes directeurs se dégagent du premier consistoire de Léon XIV :

    • Donner la priorité à la vie de foi – et plus particulièrement à la vie religieuse – plutôt qu'à l'organisation bureaucratique.

    • Rechercher l'équilibre dans la synodalité.

    • Favoriser la communion au sein de l'Église en réponse aux défis mondiaux.

    Ces principes constituent ensemble l'argument central de l'approche du consistoire.

    La priorité accordée à la vie religieuse peut être déduite tout d'abord du fait que Léon XIV a souhaité que la première session du consistoire soit coordonnée par le cardinal Ángel Artime, pro-préfet du Dicastère pour la vie religieuse.

    En général, c'est la Secrétairerie d'État, en tant que secrétariat papal, qui assure la coordination. Même la convocation initiale du consistoire n'est toutefois pas venue du doyen du Collège des cardinaux, mais de la Secrétairerie d'État. Tout semblait donc indiquer que la Secrétairerie d'État assumerait un rôle central. Ce fut le cas, du moins dans la préparation du consistoire.

    L'accent mis par le pape sur la vie religieuse est intéressant à plusieurs égards. Léon XIV a clairement indiqué dès le début que le consistoire est une communauté de foi, et non une équipe d'experts. C'était un message puissant et important. Le pape a été confronté à un débat synodal qui semblait souvent réduit à des termes fonctionnels, et il y a répondu par une vision de la foi, nourrie avant tout par la communauté.

    Religieux augustin, Léon privilégie cette approche comme une seconde nature, quelque chose d'ancré dans sa personnalité religieuse. Faire partie d'une communauté lui permet également de prendre du recul par rapport aux problèmes, évitant ainsi l'égocentrisme. En plaçant la vie religieuse au centre, il a invité les cardinaux à faire de même. Il a en effet proposé un antidote à l'hostilité. C'était le thème central de son discours de Noël aux employés de la Curie : « Peut-on être amis au sein de la Curie ? »

    Cette amitié favorise également la synodalité.

    Le pape interprète la synodalité comme l'écoute. Avec le consistoire, il a appelé tous les cardinaux à partager leurs responsabilités. Cependant, il était – et il est toujours – nécessaire d'équilibrer la dynamique synodale, et le consistoire des 7 et 8 janvier a suivi le format de la dernière assemblée synodale : tables rondes, places attribuées, groupes linguistiques et un rapporteur pour les conclusions de chaque groupe.

    Cette structure ne permet pas une véritable parrhésie ou franchise. Aucun cardinal ne peut se sentir en confiance pour confier ses pensées à un résumé général, car un tel résumé dilue inévitablement ses opinions.

    Si l'objectif est l'écoute, un format plus traditionnel pourrait être préférable.

    Une réunion générale donne à chaque membre le temps de s'exprimer, comme dans les congrégations pré-conclave. Le format du groupe de travail a été communiqué seulement deux jours avant le consistoire. Nous ne savons pas si le pape Léon a été persuadé d'utiliser ce format ou s'il estime qu'il convient pour les futurs consistoires. On ne sait pas non plus s'il s'agissait d'un compromis pour éviter de donner l'impression de rompre avec le pape François.

    Nous savons que Léon XIV a évoqué la synodalité dans son premier discours en tant que pape et qu'il a perpétué l'héritage de François par des réformes mineures. Il a rétabli le secteur central pour le diocèse de Rome.

    Le consistoire, qui sera convoqué chaque année, remplace le Conseil des cardinaux et élargit la plateforme consultative. Il était peut-être nécessaire de ne pas rompre trop complètement avec le passé. Il reste à voir comment les choses évolueront.

    Il est certain que le pape a appelé à une communion accrue. La synodalité et la mission ont été choisies comme thèmes principaux. Le pape a clairement indiqué que les autres questions – la réforme de la Curie et la réforme liturgique – sont également importantes et doivent être discutées. Léon XIV ne veut pas agir sans consulter les cardinaux, même s'il sait que certaines décisions peuvent être impopulaires.

    Léon XIV ne voulait pas se concentrer sur la gouvernance. Il a évoqué la nécessité pour l'Église de s'ouvrir vers l'extérieur et a recherché l'unité entre des perspectives diverses. Cela l'a conduit à demander au cardinal Timothy Radcliffe de prononcer la méditation d'ouverture. Radcliffe a expliqué que des différences existent au sein de l'Église, mais que cela ne diminue en rien son unité.

    La communion exige également de travailler ensemble. Léon XIV doit prendre position sur des questions brûlantes. Il ne parviendra peut-être pas toujours à concilier les pratiques passées avec sa propre approche. Il est peu probable qu'il modifie la doctrine, malgré les pressions, en particulier sur des sujets tels que la communion pour les personnes divorcées et remariées ou le diaconat féminin, que Radcliffe soutient fermement. On ne sait toujours pas comment le pape relèvera ces défis.

    Dans son discours d'ouverture, Léon XIV a choisi de citer Benoît XVI à Aparecida et l'idée de la propagation de la foi par attraction. Le pape s'est concentré avant tout sur l'évangélisation, ce qui a probablement influencé son choix de cardinaux. Le moment est venu de gouverner. Entre-temps, un changement générationnel aura lieu au sein de la Curie. Ce changement générationnel définira également, d'une certaine manière, l'orientation des réformes. Ce pontificat doit être suivi de près.

    En bref, le consistoire a marqué le début effectif du pontificat léonin à part entière.

  • Dans les coulisses du consistoire : comment les cardinaux ont perçu la première réunion de Léon XIV

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    De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

    11 janvier 2026

    Dans les coulisses du consistoire : comment les cardinaux ont perçu la première réunion de Léon XIV

    À la suite du consistoire extraordinaire inaugural du pape Léon XIV, qui s'est tenu les 7 et 8 janvier 2026, cet article exclusif présente une série de réflexions sincères et sans filtre des plus hauts prélats de l'Église. Au cours de la semaine dernière, The Catholic Herald a mené des entretiens approfondis avec plusieurs membres du Collège des cardinaux, certains s'exprimant officiellement et d'autres préférant rester anonymes, afin de révéler leurs pensées sincères, leurs idées et leurs points de vue sur les coulisses des débats. Ces témoignages offrent un aperçu rare de ce qui s'est passé et de ce qui pourrait encore se dérouler dans cette ère en pleine évolution du pontificat du pape Léon XIV.

    Ce qui a frappé au premier coup d'œil, c'est le nombre d'absences notables à cette réunion extraordinaire. Sur les quelque 245 membres du Collège des cardinaux, seuls 170 environ, soit environ 70 %, ont participé, malgré l'appel clair du pape à une large consultation sur la gouvernance de l'Église universelle. Parmi les absents figuraient plusieurs personnalités éminentes de tout le spectre ecclésial.

    Parmi les absents figuraient la voix libérale influente du cardinal Christoph Schönborn, archevêque émérite de Vienne, et le cardinal conservateur Willem Eijk, archevêque d'Utrecht. La distance et l'âge ont également joué un rôle évident dans d'autres absences, notamment celles de cardinaux provenant de régions éloignées, comme le cardinal Ignatius Suharyo Hardjoatmodjo d'Indonésie, ainsi que de personnalités résidant à Rome, comme le cardinal Francis Arinze.

    Du côté de la presse, alors que les cardinaux commençaient à arriver pour l'ouverture du premier consistoire extraordinaire du pape Léon XIV le 7 janvier, ils se sont lentement infiltrés dans la salle Paul VI. Le cardinal Stephen Chow Sau-yan de Hong Kong a été le premier à s'inscrire et, s'adressant au Catholic Herald, le prélat jésuite chinois a exprimé sa joie d'être présent. « Je me sens bien pour le consistoire », a-t-il déclaré, ajoutant qu'il était « bon de revoir Sa Sainteté ».

    Plus tard, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, est arrivé de l'Augustinianum et s'est entretenu avec le Catholic Herald au sujet de l'ordre du jour. Il a fait remarquer qu'il pensait que « les sujets actuels sont assez modestes pour un jour et demi », en référence aux quatre options de discussion initiales.

    Le thème proposé de la liturgie a suscité un intérêt considérable parmi les cardinaux, et un consensus notable a commencé à émerger au sein du Collège, y compris parmi les membres non conservateurs, qui ont exprimé leur inquiétude croissante face aux abus liturgiques sous diverses formes.

    Le cardinal Pizzaballa a déclaré au Catholic Herald : « Ce sont des problèmes typiques des pays occidentaux. En général, nous [l'Église d'Orient] sommes tellement habitués à différents rites que nous ne voyons aucun problème [avec la messe tridentine]. » Si son point de vue sur la messe traditionnelle en latin a pu déstabiliser certains lecteurs conservateurs, lorsqu'il a été question de synodalité, il a ajouté : « La réforme n'est pas un langage de l'Église. »

    Son Éminence a poursuivi en expliquant : « Dans l'Église, il n'y a pas de réformes. Dans l'Église, nous devons réfléchir à notre mission, à notre vocation, en fonction de l'époque, mais en restant fidèles aux racines et à la mission de l'Église. »

    Alors que le cardinal Pizzaballa se rendait dans la salle Paul VI, le cardinal Frank Leo, archevêque métropolitain de Toronto, s'est arrêté pour s'entretenir avec le Catholic Herald. Au sujet des thèmes attendus du consistoire, il a déclaré : « Eh bien, vous savez, ce sont les thèmes généraux dont nous avons pris connaissance, auxquels nous nous sommes en quelque sorte préparés, mais j'espère que la transmission de la foi, de la foi catholique, l'évangélisation et le renouveau de la foi dans la vie de nos communautés seront au premier plan. »

    Concernant la messe traditionnelle en latin et la question de savoir si elle pourrait figurer à l'ordre du jour, le cardinal Leo a répondu : « Vous savez, nous ne connaissons pas tous les détails de ce dont nous allons discuter, donc peut-être que cela figurera à l'ordre du jour en tant que sous-catégorie. »

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  • Martyre et légitime défense : les deux chemins de la paix prônés par Léon XIV

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Martyre et légitime défense : les deux chemins de la paix prônés par Léon XIV

    Il n’est pas toujours évident de bien comprendre le pape Léon XIV lorsqu’il parle de paix. Dès sa première salutation après son élection, il l’a qualifiée de « désarmée et désarmante » — une formule à la fois poétique et exigeante, difficile à traduire en actes dans les nombreux conflits qui déchirent le monde.

    Mais il l’a aussi qualifiée de « sauvage », dans son message solennel « urbi et orbi » de Noël (photo ci-dessus), en citant le poète israélien Yehuda Amichai (1924 – 2000) dans son anthologie publiée aux États-Unis : « Qu’elle vienne comme les fleurs sauvages, à l’improviste, car le champ en a besoin : une paix sauvage. »

    « Amichai ne croit pas à la paix comme miracle », commente Sara Ferrari, spécialiste d’hébreu à l’Université de Milan. « La vraie paix ne naît pas de l’innocence, mais de la conscience d’être capable du mal. C’est un message profondément biblique. »

    Et Léon n’atténue pas la réalité d’un mal qui envahit la terre. Dans son homélie de Noël — jour où « le Verbe a établi parmi nous sa fragile tente » — il a
    poursuivi sans détour :

    « Et comment ne pas penser aux tentes de Gaza, exposées depuis des semaines à la pluie, au vent et au froid, et à celles de tant d’autres réfugiés et déplacés sur chaque continent, ou aux abris de fortune de milliers de personnes sans-abri dans nos villes ? Fragile est la chair des populations vulnérables, éprouvées par tant de guerres en cours ou terminées, laissant derrière elles des ruines et des blessures ouvertes. Fragiles sont les esprits et les vies des jeunes contraints de prendre les armes, qui, sur le front, ressentent l’absurdité de ce qui leur est demandé et le mensonge dont sont imprégnés les discours grandiloquents de ceux qui les envoient mourir. »

    Il n’est guère étonnant que nombre de ses propos — notamment ceux sur les soldats forcés à se battre sans raison, ou sur la course effrénée aux armements — soient repris et relayés par des mouvements pacifistes, catholiques ou non, pour défendre leurs thèses. Le message du 1er janvier pour la Journée mondiale de la paix, notamment, a fourni un terrain fertile aux pacifistes, dénonçant un réarmement démesuré allant « bien au-delà du principe de légitime défense ».

    Mais c’est justement ce rappel à la « légitime défense » qui inscrit la condamnation des armes par Léon au sein du cadre de la doctrine bimillénaire de l’Église sur la guerre et la paix.

    De la même manière, on ne peut imputer aux soldats ukrainiens — qui, depuis quatre ans, sacrifient héroïquement leur vie pour défendre leur pays et l’Europe — « le mensonge de ceux qui les envoient mourir ». Ce mensonge est en revanche imputable à l’agresseur, la Russie.

    Dans ses discours, le pape évite de nommer explicitement ses cibles. Mais quand il dénonce avec force, dans son homélie des vêpres du 31 décembre, ces « stratégies armées visant à conquérir marchés, territoires, zones d’influence, dissimulées derrière des discours hypocrites, des déclarations idéologiques ou de faux motifs religieux », il ne fait pas référence à l’Ukraine ou à l’Europe mais bien à la Russie et à Vladimir Poutine, le patriarche Cyrille — ainsi qu’au maître de la Maison Blanche.

    Pour dissiper tout malentendu sur le fond de sa pensée, le pape Léon a adopté une forme de communication informelle, presque chaque mardi soir, à son retour à Rome après sa journée de repos à Castel Gandolfo. C’est l’occasion pour lui se de prêter brièvement au jeu des questions et réponses avec les journalistes sur des sujets d’actualité avant de monter en voiture. Il répond en des termes sobres mais clairs, ou parfois par un silence dont il ne manque pas d’expliquer la raison.

    Le 9 décembre, après avoir reçu à Castel Gandolfo le président ukrainien Volodymyr Zelensky, il a déclaré, à propos des enfants ukrainiens déportés en Russie, que le travail du Saint-Siège « se déroulait en coulisses » et « malheureusement très lentement ». Ajoutant : « Je préfère donc ne pas commenter, mais continuer à travailler pour ramener ces enfants dans leurs maisons, à leurs familles. »

    Quant au plan de paix en 28 points proposé par Donald Trump — en concertation évidente avec Poutine —, le pape a répondu qu’il ne l’avait pas lu en entier, mais que : « Malheureusement, je crois que certaines parties de ce que j’ai vu apportent un changement considérable à ce que beaucoup ont considéré être pendant de nombreuses années, une véritable alliance entre l’Europe et les États-Unis. Je pense en effet que le rôle de l’Europe est très important, surtout dans cette affaire. Il n’est pas réaliste de chercher un accord de paix sans inclure l’Europe dans les négociations. La guerre se déroule en Europe, et je pense que l’Europe doit faire partie des garanties de sécurité que l’on recherche aujourd’hui et demain. Malheureusement, tout le monde n’a pas l’air de le comprendre. »

    Il est évident que les « garanties de sécurité » invoquées par Léon pour l’Ukraine et l’Europe reposent largement sur les armes et les armées. Mais le pape rappelle souvent qu’il y a un autre chemin vers la paix — celui qu’il a par exemple rappelé lors de l’Angélus de la fête de saint Étienne, le protomartyr : « Ceux qui croient aujourd’hui en la paix et ont choisi la voie désarmée de Jésus et des martyrs sont souvent ridiculisés, exclus du débat public, et accusés de favoriser les adversaires et les ennemis. »

    Il y a donc, dans la prédication de Léon, une distinction fondamentale entre d’un côté, une paix « désarmée » relevant d’un choix strictement personnel pouvant aller jusqu’au sacrifice de soi, comme l’a fait Jésus sur la croix, face au mépris du monde ; et d’un autre côté une paix « désarmée et désarmante », à travailler dans le monde civil, pour le bien de tous, afin que la force du droit l’emporte sur la force des armes.

    Flavio Felice, président du centre d’études Tocqueville-Acton et professeur d’histoire des doctrines politiques dans plusieurs universités européennes et américaines — dont l’Université pontificale grégorienne —, a mis en lumière cette distinction dans un article publié dans le journal « Il Foglio » du 2 janvier :

    « Le martyre est un acte suprême de la conscience qui engage la personne qui le choisit et dont les conséquences ne peuvent que retomber que sur cette dernière. On ne peut donc pas choisir le martyre pour autrui. Si un frère est attaqué, ne pas le secourir au nom de la paix équivaut simplement à le condamner à la défaite. Il n’y a aucune noblesse dans une telle omission qui ne peut résulter en une paix ‘désarmante’, il s’agit au contraire d’un ordre criminel et funeste, où le bourreau aura triomphé de la victime. »

    En revanche, dans un cadre civil et à la lumière de la doctrine sociale de l’Église, la paix « désarmée et désarmante » dont parle Léon XIV « peut naître aussi de la légitime défense et de la dissuasion, afin que le bourreau ne triomphe pas de la victime, en œuvrant pour un ordre
    institutionnel susceptible de rendre improbable le recours à la guerre et de remplacer la force brute par le droit. »

    Ces considérations du professeur Felice rejoignent celles d’un autre analyste politique renommé, qui, dans l’éditorial du dernier numéro de la revue catholique progressiste « Il Regno » —
    qu’il dirige depuis 2011 —, parvient à cette conclusion :

    « Quand l’annonce chrétienne affirme que la paix est la synthèse de tous les biens messianiques, elle ne nie pas l’histoire ni la réalité. Et quand cette réalité est celle du mal, ce mal doit être combattu par tous les moyens moralement et juridiquement licites. Il y a un droit à la vie, à commencer par soi-même. Il est légitime — et c’est le magistère de l’Église qui l’affirme — de faire respecter ce droit. Et ce droit devient un devoir envers les autres, surtout pour ceux qui ont des responsabilités publiques, comme l’enseigne ‘Gaudium et spes’. Ainsi, la légitime défense, en plus d’être un droit, peut également devenir un devoir grave pour celui qui est institutionnellement responsable de la vie d’autrui. Défendre la vie de populations entières — en raison de leur faiblesse et de leur impuissance — exige de mettre l’agresseur hors
    d’état de nuire, y compris par la force, si nécessaire. Ne pas intervenir, alors qu’on pourrait le faire, constitue une complicité par omission — et donc une faute. Le chrétien ne peut collaborer au mal. C’est ce que nous avons vécu en Europe à cause d’opportunismes, d’omissions et de peurs dans les années 1930. L’odeur était âcre, et la couleur était gris-cendre. »

    Le pape Léon ne se berce pas d’illusions. Mais il ne capitule pas non plus. Il a réaffirmé à plusieurs reprises — y compris lors de son entretien avec les journalistes ce 9 décembre — que « le Saint-Siège est prête à offrir un lieu et des opportunités pour des négociations ». Et quand cette offre n’est pas acceptée — comme ça a été le cas — il répète : « Nous sommes prêts à chercher une solution, une paix durable et juste. »

    Car le Saint-Siège a un rôle particulier à jouer en vue d’une paix « désarmée et désarmante », et Léon n’entend pas y renoncer. « Le Saint-Siège ne se positionne pas comme un acteur géopolitique parmi d’autres, mais comme une conscience critique du système international, une sentinelle dans la nuit qui voit déjà poindre l’aube, qui appelle à la responsabilité, au droit, à la place centrale de la personne », comme l’a souligné l’archevêque Paul Richard Gallagher, secrétaire du Vatican pour les Relations avec les États, dans un entretien à l’agence SIR de la Conférence épiscopale italienne le 1er janvier.

    Mais c’est surtout la vision grandiose du « De civitate Dei » de saint Augustin qui guide Léon XIV : les deux cités qui coexistent dans l’histoire et la conscience de chaque homme : la cité de Dieu, « éternelle, marquée par l’amour inconditionnel de Dieu, auquel est uni l’amour
    du prochain », et la cité terrestre, « centrée sur l’amour égoïste de soi, la soif de pouvoir et la vaine gloire qui conduisent à la destruction ».

    Le pape Léon XIV a largement développé cette distinction dans son discours annuel au corps diplomatique, le 9 janvier. Selon lui, saint Augustin «
     souligne que les chrétiens sont appelés par Dieu à séjourner dans la cité terrestre avec le cœur et l’esprit tournés vers la cité céleste, leur véritable patrie. Mais le chrétien, vivant dans la cité terrestre, n’est pas étranger au monde politique et cherche à appliquer l’éthique chrétienne, inspirée des Écritures, au gouvernement civil. »

    Respect du droit humanitaire même en temps de guerre, vérité des paroles dans les relations entre États, liberté d’expression, liberté de conscience, liberté religieuse en tant que « premier des droits humains », inviolabilité de la vie du sein maternel jusqu’à la mort naturelle : tels sont les fruits de ce regard tourné vers la cité de Dieu, à laquelle « notre époque semble plutôt encline à nier le droit de citoyenneté », a déclaré le pape aux diplomates.

    Sur chacun de ces points et bien d’autres encore, Léon XVI s’est exprimé avec la transparence qui le caractérise. Concernant la persécution des chrétiens — « un sur sept » —, il n’a pas fait preuve de langue de bois devant « la violence djihadiste ». À propos du « court-circuit des droits humains », il a dénoncé la « limitation, au nom de prétendus nouveaux droits », des libertés fondamentales de conscience, de religion « et même de la vie ». Au sujet de la liberté d’expression, il a mis en garde contre « un langage nouveau, à l’odeur orwellienne, qui, dans sa volonté d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’animent ». Concernant le conflit israélo-palestinien, il a appelé à la paix et la justice pour les deux peuples sur leurs propres terres. Et sur l’Ukraine, il a dénoncé « le fardeau de souffrances infligé à la population civile », avec « la destruction d’hôpitaux, d’infrastructures énergétiques, de logements », à la suite d’un « acte de force pour violer les frontières d’autrui ».

    Ce discours du 9 janvier du pape Léon mérite d’être lu dans son intégralité dans la mesure où il s’agit presque d’un manifeste de son pontificat. Léon XIV y revisite saint Augustin à la lumière du monde actuel, un monde dans lequel « la guerre est revenue à la mode, et où une ferveur guerrière est en train de se répandre ».

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    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Le Noël de l’Agneau de Dieu. Une homélie inédite de Joseph Ratzinger

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Le Noël de l’Agneau de Dieu. Une homélie inédite de Joseph Ratzinger

    Le Noël de Jésus est aussi une « épiphanie », une manifestation de l’union nuptiale entre le Christ et l’Église. Dans la liturgie de la période de Noël, les Mages qui accourent avec leurs dons, le baptême dans le Jourdain de celui qui est l’Agneau de Dieu et l’eau changée en vin des noces de Cana ne font qu’un avec le récit de la nativité.

    Comme dans cette admirable antienne de la liturgie ambrosienne, tirée de la messe de l’Épiphanie :

    « Hodie caelesti Sponso iuncta est Ecclesia, quoniam in Iordane lavit eius crimina. Currunt cum munere Magi ad regales nuptias ; et ex aqua facto vino laetantur convivia. Baptizat miles Regem, servus Dominum suum, Ioannes Salvatorem. Aqua Iordanis stupuit, columba protestatur, paterna vox audita est : Filius meus hic est, in quo bene complacui, ipsum audite ».

    Qui se traduit comme suit en français :

    « Aujourd’hui, l’Église s’est unie à son Époux céleste, car dans le Jourdain il a lavé ses péchés. Les Mages accourent avec leurs dons aux noces royales ; et les convives se réjouissent de l’eau transformée en vin. Le soldat baptise le Roi, le serviteur son Seigneur, Jean le Sauveur. L’eau du Jourdain s’étonne, la colombe témoigne, la voix du Père retentit : Celui-ci est mon Fils, en qui j’ai mis toute ma complaisance, écoutez-le. »

    Il s’agit d’une véritable floraison épiphanique qui converge dans l’identification de Jésus en tant qu’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29), et qui se réalise à chaque fois dans l’Eucharistie, justement introduite par les paroles de l’ange dans l’Apocalypse 19,9 : « Heureux les invités au banquet des noces de l’Agneau. »

    Une homélie extraordinaire de Benoît XVI, encore inédite jusqu’à il y a peu, nous révèle le sens profond de cette image de l’Agneau de Dieu — et partant de l’épiphanie de Noël.

    Elle a été prononcée le 19 janvier 2014, un an après sa renonciation au pontificat, au monastère « Mater Ecclesiae » du Vatican, où il s’était retiré. Elle a été publiée dans le deuxième volume de ses homélies inédites de 2005 à 2017, imprimé en ce mois de décembre par la Libreria Editrice Vaticana sous le titre : « Dio è la vera realtà ».

    La messe est celle du deuxième dimanche du temps ordinaire de l’année A, avec les lectures d’Isaïe 49,3.5 – 6, du Psaume 40, de la première lettre aux Corinthiens 1,1 – 3 et de l’évangile de Jean 1,29 – 34.

    La reproduction de cette homélie a été autorisée par l’éditeur, et Settimo Cielo l’offre à ses lecteurs avec ses plus chaleureux vœux de Joyeux Noël.

    Et à bientôt, après l’Épiphanie !

    *

    L’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde

    par Benoît XVI
    Homélie du deuxième dimanche du Temps ordinaire, année A
    19 janvier 2014

    Chers amis, dans l’Évangile, nous avons écouté le témoignage de Jean-Baptiste sur Jésus. Il indique trois éléments : d’abord, « l’Agneau de Dieu » ; ensuite, « il était avant moi », ce qui indique sa préexistence, autrement dit que ce Jésus, bien qu’arrivé tard dans l’histoire, était depuis toujours, il est le Fils de Dieu ; et troisièmement, que ce Jésus ne se contente pas de prêcher, ni d’inviter à la conversion, mais il donne une vie nouvelle, une nouvelle naissance, il nous donne une nouvelle origine en nous attirant en lui.

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  • Cinq points clés du premier discours du pape Léon XIV sur l'état du monde

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    D'Edgar Beltran sur le Pillar :

    Cinq points clés du premier discours du pape Léon XIV sur l'état du monde

    Léon XIV a exposé ses priorités diplomatiques pour l'année à venir.

    Ce discours, traditionnellement prononcé en début d'année, est souvent qualifié de discours papal sur « l'état du monde ». Celui de cette année revêtait une importance particulière : c'était la première occasion pour Léon XIV d'esquisser ses priorités diplomatiques et d'indiquer sur quels points il souhaitait poursuivre ou, au contraire, s'éloigner du pape François.

    Qu’a dit Léon dans son discours – et quel éclairage son allocution apporte-t-elle sur ses priorités et son style diplomatiques pour l’année à venir ?

    Venezuela

    La partie du discours qui a sans doute été la plus scrutée concernait le Venezuela, suite à la capture par les États-Unis du dictateur vénézuélien Nicolás Maduro à Caracas et aux frappes aériennes contre des cibles militaires dans la ville.

    Dans son Angélus du 4 janvier, le pape a adopté un ton prudent, déclarant que « le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération et nous conduire à surmonter la violence et à emprunter les voies de la justice et de la paix, en sauvegardant la souveraineté du pays, en assurant l'état de droit inscrit dans la Constitution, en respectant les droits humains et civils de chaque personne et de tous. »

    Il a repris ces propos dans son discours aux diplomates, déclarant qu'il renouvelait son « appel au respect de la volonté du peuple vénézuélien et à la sauvegarde des droits humains et civils de tous, afin d'assurer un avenir de stabilité et de concorde.

    Il a cité l'exemple des deux saints vénézuéliens récemment canonisés, saint José Gregorio Hernández et sainte Carmen Rendiles.

    « Puisse leur témoignage inspirer la construction d’une société fondée sur la justice, la vérité, la liberté et la fraternité, et permettre ainsi à la nation de se relever de la grave crise qui la frappe depuis tant d’années », a-t-il déclaré.

    Il est à noter que la version espagnole du discours du pape comprenait un paragraphe supplémentaire qui a été lu par erreur par le traducteur espagnol pendant le discours, mais que le pape n'a pas lu et qui n'apparaissait dans aucune autre version écrite du discours.

    Ce paragraphe désigne le trafic de drogue comme l'une des causes de la crise vénézuélienne.

    « Parmi les causes de cette crise figure sans aucun doute le trafic de drogue, qui est un fléau pour l’humanité et exige l’engagement conjoint de tous les pays pour l’éradiquer et empêcher que des millions de jeunes à travers le monde ne deviennent victimes de la toxicomanie », indique le rapport.

    « Parallèlement à ces efforts, il est indispensable d’investir davantage dans le développement humain, l’éducation et la création d’emplois pour les personnes qui, bien souvent, se retrouvent impliquées dans le monde de la drogue sans le savoir », conclut le texte.

    La mention du Venezuela dans son discours s'inscrit dans la continuité de l'approche mesurée de Leo face à la crise dans le pays, puisqu'il marche sur un fil entre la défense de la paix et du dialogue et le risque de donner l'impression de faire le jeu de Maduro en critiquant ouvertement les attaques menées par les États-Unis.

    Cependant, la mention apparemment effacée du trafic de drogue pourrait être perçue par les observateurs comme une occasion manquée d'attribuer la responsabilité de l'effondrement du Venezuela d'une manière que de nombreux Vénézuéliens — et gouvernements occidentaux — reconnaîtraient aisément.

    Liberté de conscience

    Le pape a consacré plusieurs paragraphes de son discours à la défense de la liberté de conscience et de religion dans le monde entier.

    Tout d'abord, Léon XIV a critiqué ouvertement les restrictions politisées à la liberté d'expression dans les pays occidentaux, affirmant que « la liberté d'expression est garantie précisément par la certitude du langage et le fait que chaque terme est ancré dans la vérité. Il est douloureux de constater à quel point, surtout en Occident, l'espace pour une véritable liberté d'expression se réduit rapidement. »

    « Parallèlement, un nouveau langage de type orwellien se développe qui, dans une tentative d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’alimentent », a-t-il ajouté.

    Il a déclaré que cet « affaiblissement du langage » a contribué à la violation de la liberté de conscience.

    « L’objection de conscience permet aux individus de refuser des obligations légales ou professionnelles qui entrent en conflit avec des principes moraux, éthiques ou religieux profondément ancrés dans leur vie personnelle. Il peut s’agir du refus du service militaire au nom de la non-violence, ou du refus, de la part des médecins et des professionnels de la santé, de pratiquer des actes tels que l’avortement ou l’euthanasie », a-t-il déclaré.

    « La liberté de conscience semble être de plus en plus remise en question par les États, même ceux qui se disent démocratiques et respectueux des droits de l’homme… Une société véritablement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, prévenant les tendances autoritaires et promouvant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social », a-t-il ajouté.

    Le pape a également critiqué les attaques contre la liberté religieuse en Occident.

    « Parallèlement, il ne faut pas oublier une forme subtile de discrimination religieuse à l’encontre des chrétiens, qui se répand même dans les pays où ils sont majoritaires, comme en Europe ou en Amérique. »

    « Là-bas, leur capacité à proclamer les vérités de l’Évangile est parfois restreinte pour des raisons politiques ou idéologiques, notamment lorsqu’ils défendent la dignité des plus faibles, des enfants à naître, des réfugiés et des migrants, ou lorsqu’ils promeuvent la famille », a-t-il déclaré.

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  • L'intention de prière du pape Léon XIV pour le mois de janvier

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    De Francesca Pollio Fenton sur CNA :

    Voici l'intention de prière du pape Léon XIV pour le mois de janvier

    8 janvier 2026

    L'intention de prière du pape Léon XIV pour le mois de janvier est que les fidèles prient avec la parole de Dieu.

    Dans une vidéo diffusée le 7 janvier sur X, le Saint-Père a déclaré qu'il priait « pour que nous apprenions, pratiquions et aimions prier avec la parole de Dieu ».

    « Les Écritures sont pour nous une lettre d’amour de Dieu à l’humanité », a-t-il déclaré. « Prions pour que nous puissions tous puiser dans ce don et apprendre à connaître notre Seigneur. »

    Initiative « Priez avec le Pape »

    Le Réseau mondial de prière du Pape et le Dicastère pour la Communication ont annoncé le 7 janvier le lancement du projet « Prier avec le Pape ». Selon un communiqué de presse, il s'agit d'une nouvelle initiative dans le cadre de laquelle le pape partagera ses intentions de prière mensuelles par vidéo et audio, « invitant l'Église universelle et toutes les personnes de bonne volonté à s'unir spirituellement, en utilisant la même prière qui sera désormais dirigée par le pape lui-même ».

    « Cette initiative vise à accroître la visibilité des intentions de prière du pape, en utilisant un langage adapté à la prière, dans de nouveaux formats, afin de mieux toucher les fidèles du monde entier, notamment dans le monde actuel de la communication numérique », indique le communiqué de presse.

    Dans la vidéo intégrale diffusée sur le site web du Réseau mondial de prière du Pape, le pape Léon XIII récite une prière originale écrite spécialement pour l'intention de prière de ce mois-ci.

    Voici la prière complète du pape :

    Seigneur Jésus, Parole vivante du Père,

    En toi nous trouvons la lumière qui guide nos pas.

    Nous savons que le cœur humain vit dans l'agitation, avide de sens,

    et seul ton Évangile peut lui apporter paix et plénitude.

    Apprends-nous à t'écouter chaque jour dans les Écritures,

    nous laisser interpeller par votre voix,

    et pour discerner nos décisions

    de la proximité avec ton cœur.

    Que ta parole soit un réconfort dans la lassitude,

    l'espoir dans les ténèbres,

    et la force dans nos communautés.

    Seigneur, que ta parole ne soit jamais absente de nos lèvres ni de nos cœurs.

    la parole qui fait de nous des fils et des filles, des frères et des sœurs,

    disciples et missionnaires de votre royaume.

    Fais de nous une Église qui prie avec la Parole,

    qui s'appuie dessus et la partage avec joie,

    afin que l'espoir d'un monde nouveau puisse renaître en chaque personne.

    Que notre foi grandisse dans la rencontre avec toi à travers ta parole,

    nous émouvant du cœur

    tendre la main aux autres,

    servir les plus vulnérables,

    Pardonner, construire des ponts et proclamer la vie.

    Amen.

    L’option « Priez avec le Pape » est accessible sur le site web du Réseau mondial de prière du Pape et sur ses plateformes numériques.

  • Vatican II « constitue encore aujourd’hui l’étoile polaire qui guide le chemin de l’Église » (Léon XIV)

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    Cet attachement inconditionnel au controversé Concile Vatican II est-il de bonne augure ?

    De Victoria Cardiel sur ACI Prensa via CNA :

    Le pape Léon XIV souligne la pertinence du concile Vatican II avant sa rencontre avec les cardinaux.

    Le pape Léon XIV a entamé mercredi, lors de sa première audience générale de 2026, une série de réflexions sur le concile Vatican II.

    L'audience publique, qui s'est tenue à l'intérieur de la salle Paul VI du Vatican en raison des basses températures, a eu lieu peu avant le début de la première consultation de Léon avec les cardinaux, appelée consistoire, convoquée les 7 et 8 janvier.

    Le pape a fait remarquer que, bien que le concile Vatican II ait eu lieu il y a un peu plus de 60 ans, la génération d'évêques, de théologiens et de laïcs catholiques qui l'a composé n'est plus de ce monde, ce qui rend nécessaire une nouvelle étude de ses enseignements.

    « Bien que nous entendions l’appel à ne pas laisser s’estomper la prophétie [du concile] et à continuer de chercher des moyens de mettre en œuvre ses enseignements, il sera important de la connaître à nouveau de près, et de le faire non pas par le biais de “rumeurs” ou d’interprétations qui ont été données, mais en relisant ses documents et en réfléchissant à leur contenu », a déclaré le pape le matin du 7 janvier.

    Il a affirmé que le magistère de Vatican II « constitue encore aujourd’hui l’étoile polaire qui guide le chemin de l’Église ».

    « Au fil des années, les documents conciliaires n’ont rien perdu de leur actualité ; bien au contraire, leurs enseignements se révèlent particulièrement pertinents face à la nouvelle situation de l’Église et à la société mondialisée actuelle », a-t-il déclaré, citant le pape Benoît XVI.

    Le Saint-Père a également rappelé l’impulsion initiale de ce grand événement ecclésial, convoqué par saint Jean XXIII, qui a ouvert « la voie à une nouvelle saison ecclésiale » à la suite d’une « riche réflexion biblique, théologique et liturgique qui a traversé le XXe siècle ».

    Léon a passé en revue certains des principaux fruits du concile, notamment le fait qu'il avait « redécouvert le visage de Dieu comme le Père qui, en Christ, nous appelle à être ses enfants ».

    Cela a également conduit, a-t-il dit, à une compréhension renouvelée de l’Église « comme mystère de communion et sacrement d’unité entre Dieu et son peuple », et a initié une importante « réforme liturgique » en plaçant au centre le mystère du salut et la participation active et consciente de tout le peuple de Dieu.

    « Cela nous a permis de nous ouvrir au monde et d’embrasser les changements et les défis de l’ère moderne dans le dialogue et la coresponsabilité, en tant qu’Église qui souhaite ouvrir ses bras à l’humanité », a-t-il expliqué.

    Citant saint Paul VI, il a déclaré que l’Église s’était engagée sur une nouvelle voie afin de « rechercher la vérité par la voie de l’œcuménisme, du dialogue interreligieux et du dialogue avec les personnes de bonne volonté ».

    Ce même esprit, a-t-il ajouté, « doit caractériser notre vie spirituelle et l’action pastorale de l’Église, car nous n’avons pas encore pleinement réalisé la réforme ecclésiale au sens ministériel et, face aux défis d’aujourd’hui, nous sommes appelés à continuer d’être des interprètes vigilants des signes des temps, des proclamateurs joyeux de l’Évangile, des témoins courageux de la justice et de la paix. »

    « Alors que nous nous penchons sur les documents du Concile Vatican II et que nous redécouvrons leur pertinence prophétique et contemporaine, nous saluons la riche tradition de la vie de l’Église et, en même temps, nous nous interrogeons sur le présent et renouvelons notre joie de courir vers le monde pour lui apporter l’Évangile du royaume de Dieu, un royaume d’amour, de justice et de paix », a-t-il déclaré.

  • Pour les cardinaux réunis en consistoire cette semaine : réparer les murs

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    De Robert Royal sur The Catholic Thing :

    Pour les cardinaux réunis en consistoire cette semaine : réparer les murs

    5 janvier 20267

    Le pape Léon a convoqué les cardinaux du monde entier à un consistoire cette semaine, renouant ainsi avec une pratique habituelle qui avait été largement mise de côté ces douze dernières années au profit de réunions « synodales ». Maintenant que l'année jubilaire est terminée, le pape actuel fait quelque chose de nouveau – et d'ancien – en tout cas, s'éloignant des méthodes de son prédécesseur, dès les premiers jours de 2026. Qu'est-ce que cela signifie ?

    Un consistoire est l'occasion pour les cardinaux d'être de véritables collaborateurs du Saint-Père, de s'entretenir avec lui – et entre eux – d'une mission divine à l'échelle mondiale. Le contenu de leurs discussions et leur influence sur le pontificat de Léon peuvent déterminer l'orientation de l'Église pour la prochaine décennie et au-delà. Il y a beaucoup à dire, et prions pour que ce soit le cas, au-delà des obsessions journalistiques éculées sur l'immigration, le climat, les LGBT et les femmes. Car une question effrayante se pose à nous, de manière particulièrement pertinente aujourd'hui, question soulevée il y a longtemps par une certaine personne : « Mais quand le Fils de l'homme viendra [à nouveau], trouvera-t-il la foi sur terre ? »

    Le christianisme sous ses différentes formes ne disparaîtra pas de sitôt. Mais la vérité totale de la foi, celle pour laquelle les saints et les docteurs, les missionnaires, les martyrs et les confesseurs ont travaillé, souffert et sont morts, est en péril. Cela s'explique bien sûr par de nombreuses raisons, notamment le fait qu'elle est attaquée, tant de l'intérieur que de l'extérieur, par des personnes qui lui veulent du mal.

    Nous ne devons pas détourner les yeux de cette réalité. Il est regrettable (du point de vue des chrétiens d'aujourd'hui) que le Saint-Père ait déclaré, dans les derniers jours de l'année jubilaire : « Les chrétiens n'ont pas d'ennemis, seulement des frères et sœurs. » Nous comprenons bien sûr ce qu'il voulait dire, et nous pouvons même, d'une certaine manière, approuver cette affirmation. Mais cela n'est vrai qu'à un très haut niveau d'abstraction, et non dans sa totalité, c'est-à-dire dans la vérité catholique. Ne pas suivre toute la vérité conduit, comme nous l'avons vu depuis que Vatican II a pratiquement abandonné la notion d'Église militante, à une mauvaise interprétation du monde dans lequel nous vivons, avec des effets désastreux.

    Lorsque Voltaire a prononcé sa célèbre phrase « Écrasez l'infâme », c'était loin d'être le début – ou la fin – de la haine de la foi catholique. La Révolution française et ses ramifications totalitaires l'ont démontré. Dans le Sermon sur la montagne, Jésus a enseigné : « Aimez vos ennemis [ἐχθροὺς] ». (Matthieu 5, 44-45) Avant même la naissance du Christ, Zacharie invoquait une sagesse hébraïque bien plus ancienne :

    Par ses saints prophètes, il a promis depuis longtemps
    Qu'il nous sauverait de nos ennemis [ἐχθρῶν],
    Des mains de tous ceux qui nous haïssent.

    Le père spirituel du pape Léon, saint Augustin, a écrit avec sagesse : « Que vos ennemis aient été créés est l'œuvre de Dieu ; qu'ils vous haïssent et souhaitent vous détruire est leur propre œuvre. Que devriez-vous dire à leur sujet dans votre esprit ? « Seigneur, sois miséricordieux envers eux, pardonne-leur leurs péchés, inspire-leur la crainte de Dieu, change-les ! »

    Et bien sûr, comme tout vrai chrétien devrait le croire, il y a L'Ennemi – qui déteste Dieu et a tenté Ève afin de causer la ruine de toute l'humanité.

    Ainsi, toute la tradition judéo-chrétienne – tout comme l'expérience humaine ordinaire – nous dit que nous avons et aurons des ennemis, que nous voulions le reconnaître ou non. Et nous ne devons pas seulement prier pour eux, mais aussi prendre des mesures énergiques – comme saint Augustin a joué un rôle crucial en aidant l'Église et le monde occidental tout entier à réfléchir à la théorie de la guerre juste.

    Nous avons le devoir, par exemple, d'empêcher que du mal soit fait aux chrétiens et à d'autres personnes (des milliers sont morts récemment au Nigeria, ainsi que dans plusieurs autres pays) ; ou aux églises (la France perd actuellement deux édifices religieux par mois à cause d'incendies criminels) ; ou à la présence même des chrétiens dans le monde entier, en particulier dans des pays comme la Chine, le Nicaragua, le Venezuela et les nations à majorité musulmane, au sujet desquels le Vatican reste largement silencieux.

    Voici donc une proposition simple qui pourrait stimuler la réflexion cardinale en cette période de consistoire. Le pape François a clairement affirmé que nous devrions construire des ponts et non des murs. Un pont est une bonne chose, à condition qu'il soit à sa place. Mais les murs le sont aussi, car nous pouvons souhaiter « vivre en paix avec tout le monde ». Cependant, il existe des ennemis auxquels seul un insensé ouvrirait les portes. Toute la vie chrétienne repose sur ce que nous n'hésitions pas autrefois à appeler une bataille spirituelle. En effet, souvent, la distinction appropriée entre une chose et une autre – qu'il s'agisse de la distinction entre le bien et le mal ou de la protection physique des fidèles en contrecarrant les malfaiteurs – favorise l'ordre divin, la paix et la charité.

    Il est facile de comprendre pourquoi, lors du concile Vatican II, certaines personnes ont déploré la « mentalité de forteresse » de l'Église. Mais soixante ans plus tard, il est également facile de voir les résultats de l'ouverture de l'Église. Ce qui manque cruellement à l'Église d'aujourd'hui, ce n'est pas tant l'ouverture à « l'Autre » que l'incapacité à se défendre et à se définir.

    Comme l'a fait remarquer Benoît XVI, le Concile a eu raison de reconnaître le bien partiel qui existe dans d'autres traditions religieuses. Mais si l'on s'appuie trop fortement sur cela – afin de s'entendre avec les autres – on ne peut s'empêcher de perdre son zèle missionnaire, la conviction que c'est à travers la pleine vérité sur Jésus, le seul Sauveur, que nous pouvons être rachetés de nos chemins partiellement vrais, mais désastreusement faux. Personne ne sacrifie sa vie pour répandre l'Évangile s'il pense que les autres sont déjà très bien là où ils sont.

    Nous n'attendons pas – ni ne souhaitons – qu'un pape moderne appelle à des croisades, comme certains de ses prédécesseurs. Mais nous attendons d'un véritable leader qu'il reconnaisse les menaces et revête l'armure de lumière paulinienne, surtout lorsque même les observateurs laïques ont déjà commencé à s'opposer à la militarisation de l'identité sexuelle, à la censure des voix jugées coupables d'islamophobie, d'homophobie, de « haine », de patriarcat, de « sectarisme », etc.

    Ces problèmes ne sont pas faciles à résoudre, mais ils sont faciles à voir. Diverses approches sont possibles, voire nécessaires. Puissent le pape et les cardinaux être inspirés pour les trouver. Mais une première étape cruciale consiste à prendre pleinement conscience de la vérité : les ponts ont leur utilité, mais les murs aussi.

  • Léon XIV : Entre jubilé, consistoire et corps diplomatique

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Entre jubilé, consistoire et corps diplomatique

    Durant les huit premiers mois de son pontificat, le pape Léon XIV s'est comporté comme un chef de transition. Les défis auxquels il a été confronté et les décisions qu'il a prises ont tous été, d'une manière ou d'une autre, influencés par le pape François, qui a instauré l'Année sainte et en est resté le principal référent jusqu'à son terme.

    Cette période a été un « monde intermédiaire » où les anciens et les nouveaux pontificats se sont superposés.

    La conclusion du Jubilé, le 6 janvier, permettra à Léon XIV de définir son pontificat.

    Hormis quelques ajustements nécessaires, la vie de l'Église a continué d'une manière qui laissait présager que le pontificat précédent n'était pas encore terminé. Parallèlement, le nouveau avait déjà commencé. Par exemple, le pape François avait laissé sur la table une série de documents – comme l'exhortation apostolique sur la pauvreté et le document sur les titres de Marie – que Léon XIV a publiés .

    Il y avait aussi les engagements pris par François, que Léon XIV a scrupuleusement honorés.

    Les nominations d'évêques ont largement suivi le cap souhaité par le pape François. Le siège de New York, aux États-Unis, a un nouvel archevêque avant celui de Chicago, bien que l'archevêque cardinal de Chicago soit plus âgé. Même le premier voyage international de Léon XIV, en Turquie et au Liban, était un héritage direct de son prédécesseur.

    Avec la clôture de l'Année jubilaire de l'EspéranceLéon XIV atteint un tournant. Il peut désormais façonner activement son rôle, comme en témoigne sa décision de convoquer un consistoire dès le lendemain de la clôture du Jubilé et de programmer une rencontre rapide avec le corps diplomatique.

    Ces trois jours constituent un véritable creuset pour Léon XIV. Ils lui offrent l'opportunité de consolider son orientation, d'écouter les autres et d'affirmer enfin son leadership au-delà de l'héritage du pape François.

    Le consistoire se déroule en trois sessions sur deux jours, réunissant tous les cardinaux pour débattre. Chacun aura l'occasion de prendre la parole, sous la modération du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Vatican. Cette initiative redonne de l'importance au Secrétariat d'État, marginalisé par le pape François. Ce dernier avait en effet exclu le secrétaire d'État du Conseil des cardinaux, ne l'y intégrant que plus tard et de manière informelle.

    Le consistoire aborde également le problème de la concentration du pouvoir gouvernemental. L'approche synodale du pape François s'appuyait sur des commissions et des comités parallèles, excluant largement les institutions officielles du processus décisionnel. Le Conseil des cardinaux, qui n'a jamais été intégré à la nouvelle constitution de la Curie, a fonctionné comme un gouvernement parallèle – un modèle proposé mais jamais adopté, même durant les dernières années du pontificat de Jean-Paul II.

    Le pape François a finalement suivi un modèle de réforme évoqué dans les dernières années du pontificat de Jean-Paul II.

    Benoît XVI décida de ne pas poursuivre ce projet, car son but ultime n’était pas la gouvernance mais la communion .

    La recherche de la communion a conduit Benoît XVI à prendre plusieurs décisions de gouvernance controversées, notamment celle de lever l'excommunication des quatre évêques lefebvristes. Son désir de communion s'est également traduit par sa décision de libéraliser l'usage des livres liturgiques et rituels préconciliaires.

    Dans le même temps, le désir d'adapter la gestion des affaires temporelles au monde contemporain a conduit Benoît XVI à entreprendre une réforme financière du Vatican. Il s'est efforcé de détacher le Saint-Siège de son voisin italien, jugé trop lourd, en internationalisant la loi anti-blanchiment. Il a également réformé l'Autorité de la communication financière, remplaçant un groupe composé exclusivement d'Italiens et d'anciens membres de la Banque d'Italie. La Préfecture des affaires économiques a été restructurée pour fonctionner davantage comme un ministère des Finances moderne.

    Pourquoi des réformes aussi avancées étaient-elles si gênantes ?

    Ces réformes ont remis en cause un modèle de pouvoir instauré à la fin du pontificat de Jean-Paul II. Elles ont également questionné des idées héritées d'un débat post-conciliaire que le pape polonais avait cherché à dépasser. Le pape François a réactivé nombre de ces idées et a redonné à l'ancienne Curie une place centrale. Plus tard, il l'a affaiblie par sa forte personnalité et son désir de centraliser le gouvernement.

    Léon XIV a pour mission de guider l'Église au-delà des vieux débats, en relançant des discussions qui résonnent depuis la fin du pontificat de Jean-Paul II et même depuis les années 1970. Les récentes initiatives idéologiques du pontificat de François soulignent ce retour au passé, notamment la réactivation du Pacte des Catacombes, les débats sur le diaconat féminin et les propositions de réforme du rôle des nonces apostoliques. Ces propositions sont souvent formulées sans égard pour leur mandat épiscopal ni pour leur fonction diplomatique pontificale.

    Le prochain consistoire ne mettra peut-être pas fin à tout cela, mais il nous aidera à comprendre comment l'élan missionnaire et synodal de François (sur le papier ) peut être adapté non pas tant à l'époque qu'à une institution comme celle qu'est réellement l'Église, qui a ses propres voies et son propre besoin de proclamer l'Évangile et de vivre selon lui.

    Les quatre thèmes du consistoire — l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium, la constitution apostolique Praedicate Evangelium, la synodalité et la grande question de la liturgie — témoignent de la volonté du Pape de mettre fin au débat et de trouver une vision commune du renouveau.

    Léon XIV, à l'instar de Benoît XVI, aspire à l'unité de l'Église. Comme François, il comprend la nécessité de raviver l'élan missionnaire de l'Église (ce qui implique d'une manière ou d'une autre d'associer tous les fidèles). Parallèlement, des discours concurrents opposent soit une continuité singulière entre François et Léon, soit un rejet catégorique du pontificat de François.

    Après le consistoire, aura lieu le discours annuel devant le corps diplomatique.

    Le pape, qui n'a jamais manqué de mettre le Saint-Siège à la disposition des pourparlers de paix, est aussi celui qui a remis la diplomatie de la vérité au premier plan, soulignant lors de sa première rencontre avec des diplomates que l'Église ne peut se soustraire à la vérité , même au risque de s'attirer l'impopularité. C'est un signe, dont la portée profonde annonce une rupture décisive avec le pontificat de François, du moins en ce qui concerne la conduite de la diplomatie du Saint-Siège.

    La réforme des universités pontificales entreprise sous le pontificat de François, et menée sous son impulsion, avait pour principe directeur l'intégration des langues au monde séculier. Il en allait de même pour la réforme de l'Académie pontificale de théologie. Ces deux réformes visaient à intégrer les langues au monde séculier. Leur ambition sous-jacente était de s'adapter pour mieux répondre aux besoins de l'Église et du monde contemporains.

    Léon XIV, tout en soutenant l'évangélisation, sait que l'institution ne doit pas être marginalisée. Son second discours au corps diplomatique précisera clairement la portée et l'orientation de son pontificat, bien au-delà de la scène politique internationale.

    Cette semaine sera déterminante pour l'avenir du pontificat.

    Une lecture attentive en révélera le sens.

  • Pour la nouvelle année, nous pouvons nous attendre au début de l'ère de Léon

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    De Christopher R. Altieri sur Crux :

    Pour la nouvelle année, nous pouvons nous attendre au début de l'ère de Léon.

    « On ne sait pas encore vraiment qui est le pape Léon », a fait remarquer mon ami. « Pour l'instant, on est dans l'ère post-François », a-t-il poursuivi, « et je ne pense pas qu'on verra l'ère Léon avant l'année prochaine. »

    Mon ami – qui se trouve être également le rédacteur en chef de Crux, Charles Collins – a fait ces remarques à la BBC le jour de Noël, avant la toute première bénédiction urbi et orbi de Noël du pape Léon XIV.

    Cela m'a semblé être une déclaration succincte d'une perspicacité et d'une profondeur remarquables, qu'aucun autre observateur du Vatican n'a aussi bien formulée que Collins au cours des neuf mois qui ont suivi l'élection de Léon, à l'exception d'Andrea Gagliarducci (notamment dans ses chroniques du lundi sur le Vatican), un autre vieil ami cher et observateur chevronné des affaires romaines.

    « Le pontificat de Léon XIV n'a pas encore véritablement commencé », a déclaré Gagliarducci dans sa chronique de la semaine dernière – ce n'est pas la première fois qu'il tient de tels propos – mais il a également souligné que nous pouvons entrevoir ce que sera, selon lui, le pontificat de Léon XIV, lorsque ce dernier aura pleinement affirmé son pouvoir.

    « Un pontificat non pas de rupture, mais d’ajustement », écrivait Gagliarducci. « Non pas un pontificat de restauration », mais « un pontificat de renouveau », tout en s’inscrivant dans les traditions de la charge et de l’Église pour lesquelles elle est conférée.

    Ceux qui espéraient un abandon et un renversement rapides de certaines des mesures les moins populaires de François allaient forcément être déçus – et ils l'ont été, en grande partie – mais il y a un sens significatif dans lequel ceux qui espéraient une continuité parfaite avec François – un François II en tout sauf le nom – allaient de toute façon avoir la tâche plus difficile.

    « Les prières des deux n’ont pu être exaucées », pour reprendre les mots du président américain Abraham Lincoln, « et celles d’aucun des deux n’ont été pleinement exaucées. »

    « Le Tout-Puissant », a déclaré Lincoln, « a ses propres desseins. »

    François était une anomalie, une force perturbatrice et une présence cyclonique au sein de la papauté, qui a libéré des énergies considérables sans les maîtriser ni les canaliser. Selon ses propres termes (ou ceux de ses plus proches conseillers), François décrivait sa méthode comme consistant à « initier des processus » plutôt qu’à « dominer les espaces », car « le temps est plus grand que l’espace ».

    « Une réforme en cours », c’est ainsi que Gagliarducci a décrit l’approche de François pour remodeler le Vatican et l’Église, tandis que le père jésuite Antonio Spadaro a qualifié le leadership de François d’« ouvert et incomplet ».

    Le grand paradoxe de l'ère François était que François ait rejeté les attributs du règne papal tout en exerçant ouvertement le pouvoir brut de la fonction, et donc, au nom d'une « saine décentralisation », ce qui concentrait le pouvoir dans la personne du pontife, qui l'exerçait ensuite.

    François a certainement bouleversé les choses au Vatican et dans l'Église – le fait qu'il était grand temps de procéder à un bouleversement était l'un des rares points sur lesquels les membres de l'Église, de tous bords politiques, s'accordaient lors de son élection – mais après douze années de son leadership fulgurant, les problèmes structurels et culturels à l'origine du dysfonctionnement dont il avait hérité étaient – ​​et sont toujours – présents.

    Le travail de son successeur – quel qu’il soit – consisterait de toute façon à consolider, à organiser. Il s’agirait toujours d’un travail d’« absorption », pour reprendre le terme de Gagliarducci, et cela exige un institutionnaliste.

    En la personne de Léon XIV, nous avons un homme institutionnaliste par nature et par tempérament, dont la biographie suggère qu'il est particulièrement et peut-être même uniquement apte à relever les défis du moment présent.

    Le meilleur ouvrage jamais écrit sur le pape Léon XIV est sans doute * El Papa León XIV. Ciudadano del mundo, misionero del siglo XXI* , par Elise Ann Allen, collaboratrice de Crux, et bientôt disponible en anglais sous le titre * Pope Leo XIV: Global Citizen, Missionary of the 21st Century *. Allen a également obtenu pour Crux la première interview du pape Léon XIV, que vous pouvez lire ici (liens vers les parties 2 à 6 en bas de l'article).

    Pour éviter d'être accusé de me sous-estimer, il convient de mentionner que les lectures de Collins et de Gagliarducci du pontificat léonin in fieri peuvent être considérées comme prolongeant une observation que cet observateur du Vatican a faite le jour de son élection.

    « Il est – si je puis dire – un théologien modéré, d'après ce que je peux en juger », ai-je déclaré à Ryan Piers de LNL, quelques minutes après la première apparition de Léon sur la loggia. « Je pense que nous ne savons pas vraiment qui il est tant qu'il ne nous l'a pas montré, et qui il est dans la fonction de Pierre sera forcément très différent de qui il était en tant que "citoyen privé", pour ainsi dire. »

    « Donc, » ai-je dit, « il s'agit vraiment d'un moment où il faut attendre et voir. »

    « Ceci dit », ai-je conclu, « le choix de « Léon » – celui qui fut le père de la doctrine sociale catholique à l’époque moderne – est très révélateur, mais encore une fois, nous allons attendre et voir. »

    Avec la fermeture de la Porte Sainte à Saint-Pierre pour la solennité de l'Épiphanie, le 6 janvier – marquant la fin de l'Année jubilaire ordinaire de l'Espérance (inaugurée par le pape François lors de ce qui s'est avéré être la dernière année de son pontificat) – et l'ouverture du premier consistoire extraordinaire convoqué par le pape Léon XIV le 7 janvier, l'attente touche peut-être à sa fin et la nouvelle ère léonine est sur le point de s'établir pleinement.

    Si l'on en croit la lettre – obtenue par Crux – que Léon a envoyée aux cardinaux avant Noël, les premiers pas seront à la fois prudents et décisifs.

    Une relecture de l'Evangelii gaudium de François – le premier document majeur du pontificat de François à avoir été entièrement l'œuvre de François lui-même – et une « plongée en profondeur » (It. approfondimento ) dans la constitution apostolique de François, Praedicate Evangelium, sont toutes deux à l'ordre du jour.

    Il en va de même pour le « synode et la synodalité », notamment dans l’optique d’une « collaboration efficace avec le pontife romain, sur les questions d’importance majeure, pour le bien de toute l’Église ».

    Le dernier point sur la liste des choses que Léon doit considérer avant le consistoire est « la liturgie : une réflexion théologique, historique et pastorale profondément éclairée "pour conserver la saine (Lt. sana) tradition et ouvrir néanmoins la voie à un progrès légitime" », comme l'ont formulé les Pères du Concile Vatican II dans leur constitution sur la liturgie sacrée, Sacrosanctum Concilium .

    C'est beaucoup.

    Ce n'est là qu'une infime partie de ce qui se trouvait dans le corbillard papal lorsque Léon est entré en fonction, mais le sage dirigeant sait qu'il ne faut pas tout tenter en même temps.