De Jean-Pierre Snyers :
Idées
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Brève réflexion sur la science et Dieu
Brève réflexion sur la science et DieuJe crois pouvoir écrire que le fait que notre univers soit scientifiquement daté (13,8 milliards d'années) et que (comme le suggère la science moderne), tout ce qui compose celui-ci soit contingent, laisse clairement entendre qu'il ne possède pas sa réalité en lui-même et que sa cause est forcément extérieure à lui. Espérer trouver la trace d'un élément éternel dans un univers qui a fait naitre l'espace-temps est une chose autant contradictoire que perdue d'avance. En fonction de cela, il va sans dire que si cette cause extérieure est également contingente, le même problème se pose quant à son origine et ainsi de suite vis-à-vis de ce qui précèderait... Autrement dit, sans une cause sans cause (forcément éternelle) capable de donner naissance à tout ce qui existe, rien n'existerait. Suite à cela, je pense que cette "cause sans cause" n'est pas "quelque chose" mais "Quelqu'un" qui, selon la Bible, a pour nom "Je suis celui qui suis".Jean-Pierre Snyers (Adresse blog: jpsnyers.blogspot.com) -
Fulton Sheen face au communisme : une réflexion qui conserve une singulière actualité
Fulton Sheen face au communisme : une réflexion qui conserve une singulière actualité
Parmi les grandes figures catholiques américaines du XXe siècle, Fulton J. Sheen (1895-1979) occupe une place singulière. Évêque, prédicateur, écrivain et remarquable communicateur, il fut aussi l'un des adversaires les plus constants du communisme. Mais son anticommunisme ne se réduisait ni à une dénonciation politique de l'Union soviétique ni à une défense inconditionnelle du système occidental. Pour Sheen, le communisme posait une question beaucoup plus profonde : quelle conception de l'homme voulons-nous défendre ?
C'est ce qui donne encore aujourd'hui un intérêt particulier à ses analyses.
Le communisme, plus qu'un système économique
Dans Communism and the Conscience of the West, publié en 1948, Sheen refuse de considérer l'affrontement entre communisme et Occident comme une simple opposition entre deux modèles économiques ou politiques.
À ses yeux, le véritable conflit est d'abord spirituel et anthropologique. Le marxisme, en réduisant l'homme à ses conditions matérielles et historiques, tend à faire disparaître sa dimension spirituelle et transcendante. Si l'homme n'est plus une créature appelée à une destinée qui dépasse le monde présent, la société peut finir par se considérer elle-même comme l'ultime réalité.
Le danger est alors que l'État, le parti ou l'idéologie prétende déterminer ce que l'homme doit penser, espérer et même désirer.
Pour Sheen, le problème du communisme n'est donc pas seulement ce qu'il fait de la propriété ou de l'économie. Il est ce qu'il fait de la personne humaine.
Mais Sheen ne disculpe pas l'Occident
C'est probablement l'aspect le plus intéressant de sa pensée.
Sheen ne disait pas : « Le communisme est mauvais, donc l'Occident est nécessairement bon. » Il soutenait au contraire que le communisme pouvait trouver un terrain favorable dans les faiblesses mêmes des sociétés occidentales.
Il voyait dans le communisme à la fois un effet et un jugement porté sur l'Occident. Un effet, parce que certaines injustices sociales, certains égoïsmes et l'abandon des exigences chrétiennes pouvaient nourrir la contestation révolutionnaire. Un jugement, parce que le succès d'une idéologie matérialiste révélait aussi quelque chose de la crise spirituelle de sociétés qui se prétendaient chrétiennes.
Cette remarque est essentielle pour comprendre Sheen. Son anticommunisme n'était pas un appel à défendre indistinctement tout ce qui existait en Occident. Il exigeait au contraire de l'Occident qu'il soit fidèle à ce qu'il prétendait être.
On ne combat pas efficacement une idéologie matérialiste par un matérialisme concurrent.
Le danger d'une société qui ne voit plus ce qui lui arrive
Sheen s'intéressait particulièrement à un phénomène qui dépasse largement la question du communisme : la capacité d'une civilisation à devenir progressivement inconsciente de sa propre transformation.
Une société peut, selon lui, perdre ses convictions fondamentales sans avoir le sentiment de les perdre. Les changements se produisent progressivement. Les mots changent de sens, les principes deviennent des opinions, les certitudes sont remplacées par des préférences et ce qui paraissait autrefois évident devient incompréhensible aux générations suivantes.
L'homme ne se rend pas nécessairement compte qu'il abandonne une vision du monde : il croit simplement adopter une nouvelle manière de parler, de vivre ou d'organiser la société.
C'est ici que la pensée de Sheen prend une résonance contemporaine.
Il ne serait évidemment pas sérieux de prétendre que les sociétés occidentales actuelles sont devenues communistes au sens historique du terme. Le communisme soviétique, les régimes marxistes-léninistes et les sociétés occidentales contemporaines sont des réalités très différentes.
Mais la question posée par Sheen demeure : une civilisation peut-elle conserver durablement ses libertés si elle perd les convictions morales et anthropologiques qui leur donnaient leur fondement ?
« Une religion destinée à détruire la religion »
Sheen était également frappé par la dimension quasi religieuse du communisme. Il lui reconnaissait une vision globale de l'existence, une explication de l'histoire, une promesse d'émancipation et même une forme de sacrifice au service d'un avenir meilleur.
Il parlait ainsi d'une « religion sans Croix » et d'une politique qui tend à devenir une religion.
Son intuition mérite d'être entendue avec prudence. Elle ne signifie pas que toute idéologie politique serait une religion au sens propre. Elle signifie plutôt que l'être humain ne renonce pas facilement à chercher un sens ultime.
Si la religion disparaît de l'espace culturel, le besoin de croire, d'espérer, d'appartenir et de se dévouer à une cause ne disparaît pas nécessairement avec elle. D'autres doctrines peuvent alors prétendre fournir une explication totale de l'histoire et déterminer ce qui est bien ou mal.
Cette observation dépasse largement le seul communisme.
La liberté contre la sécurité ?
Une autre intuition de Sheen mérite également d'être relue aujourd'hui : une société peut être tentée de sacrifier progressivement la liberté au profit de la sécurité, du confort ou de la prospérité.
Là encore, il faut éviter les rapprochements faciles. Les institutions contemporaines ne sont pas les régimes totalitaires que Sheen combattait. Mais sa question reste pertinente : jusqu'où sommes-nous prêts à renoncer à notre liberté pour obtenir davantage de sécurité, de confort ou de protection ?
Et surtout : savons-nous encore pourquoi la liberté est précieuse ?
Pour Sheen, la liberté n'était pas simplement la possibilité de choisir entre plusieurs produits ou plusieurs opinions. Elle était liée à la vérité et à la responsabilité morale. Une liberté détachée de toute vérité risque, selon lui, de devenir paradoxalement vulnérable à ceux qui promettent de décider à notre place.
L'amour des personnes, le refus de l'erreur
Un dernier aspect de Sheen mérite d'être souligné. Son opposition au communisme ne l'empêchait pas de distinguer radicalement l'erreur de celui qui se trompe.
On lui attribue cette formule :
« Je hais le communisme, mais j'aime les communistes. »
Elle résume bien une attitude chrétienne qu'il revendiquait : combattre vigoureusement une idéologie tout en refusant de transformer ses partisans en ennemis humains à haïr.
Cette distinction est particulièrement importante aujourd'hui, à une époque où le débat public tend facilement à confondre la critique d'une idée avec la condamnation de la personne qui la défend.
Pourquoi Sheen reste-t-il actuel ?
L'actualité de Sheen ne tient donc pas au fait que nous vivrions aujourd'hui sous la menace d'une nouvelle révolution communiste comparable à celle qu'il redoutait en 1948. Ce serait une lecture anachronique de son œuvre.
Son actualité réside plutôt dans les questions qu'il posait derrière le communisme :
- Que devient une société lorsqu'elle ne possède plus de conception commune de la personne humaine ?
- Peut-on défendre durablement la liberté si l'on ne sait plus pourquoi l'homme est libre ?
- Que se passe-t-il lorsqu'une civilisation perd progressivement la conviction qu'il existe une vérité qui la dépasse ?
- Une société peut-elle combattre le matérialisme tout en faisant du confort matériel son principal horizon ?
- Que devient le désir humain de sens lorsque la religion disparaît ?
- Une démocratie peut-elle survivre si toute vérité devient une simple opinion et tout principe une préférence individuelle ?
Ces questions ne sont pas exclusivement catholiques. Elles sont devenues des questions de civilisation.
C'est peut-être là le paradoxe de Fulton Sheen. L'homme qui consacra une grande partie de son énergie à combattre le communisme nous oblige finalement à regarder au-delà du communisme. Son véritable sujet était l'homme : sa liberté, sa dignité, sa responsabilité, son besoin de vérité et son ouverture à la transcendance.
Pour Sheen, une civilisation ne se sauve pas seulement en repoussant ses ennemis. Elle se sauve en retrouvant les raisons profondes de vivre selon la vérité qu'elle prétend défendre.
Et c'est pourquoi, près de huit décennies après la publication de Communism and the Conscience of the West, certaines de ses interrogations peuvent encore être entendues sans que l'on ait besoin de considérer notre époque comme la répétition de la guerre froide.
Le communisme historique appartient au XXe siècle. La question de savoir ce qui fonde la liberté, la dignité humaine et une civilisation demeure, elle, pleinement actuelle.
(avec l'IA)
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« Mars attacks » n'est pas un mouvement politique ?
De Claude Callens :
Mars attacks n'est pas un mouvement politique ?
Soyons sérieux ! Les animateurs de ce mouvement ont beau crier haut et fort qu’ils sont apolitiques, il n’empêche qu’un mouvement qui prétend militer « au finish » pour « le retrait de toutes les réformes » du gouvernement, joue un rôle éminemment politique. À moins que le mot « politique » ait perdu tous ses sens !
Il y a plus significatif encore. Il suffit de parcourir le site de ce mouvement et on découvrira qu’il se prononce comme il l’a fait publiquement le 6 septembre dernier place Albertine à Bruxelles, pour une « convergence des luttes » rassemblant tous les secteurs : « enseignement, santé, agriculture, eau, biodiversité », bref, tous les mécontents.
Et d’où vient ce concept « convergence des luttes » ? Il apparaît déjà en mai 68, en France comme leitmotiv des mouvements gauchistes qui tentent d’unir écologistes, féministes, antiracistes, anticapitalistes. Il est enraciné dans la tradition marxiste, plus précisément, aujourd’hui, dans le « populisme de gauche » tel qu’il a été défini par Ernesto Laclau, penseur post-marxiste et sa femme, la carolorégienne Chantal Mouffe* qui lui a survécu et dont la pensée inspire Podemos en Espagne ou La France insoumise.
Pas mal pour un mouvement apolitique !
* Laclau (théoricien argentin) et Mouffe (philosophe belge) partent d'un constat de crise du marxisme orthodoxe. Ils rejettent l'idée du déterminisme économique (le réductionnisme de classe) selon laquelle la classe ouvrière serait, par essence, le seul sujet révolutionnaire destiné à renverser le capitalisme.
Pour eux, les identités politiques ne sont pas figées par la position économique des individus, mais sont construites à travers le discours et la lutte politique.Lien permanent Catégories : Actualité, Belgique, Enseignement - Education, Idées, Politique, Société 0 commentaire -
Les slogans à la mode au crible de Platon
De Claude Callens :
Les slogans à la mode au crible de Platon
On entend de toutes parts un slogan : « faites payer les riches ! »
Il faudrait peut-être relire Platon. Dans La République, (Livre VIII, 557b), on entend dans la bouche de Socrate, une critique pertinente de cette démocratie qui permet aux beaux parleurs de séduire le peuple en lui disant ce qu'il a envie d'entendre, au détriment de la vérité et de la justice et en fomentant un excès d'égalitarisme et de licence.Cette démocratie assimilée au désordre, par souci d'égalité extrême, précise-t-il, s'installe « lorsque les pauvres, ayant remporté la victoire sur les riches, [...] partagent également avec ceux qui restent le gouvernement et les charges publiques. » Dès lors, « la cité déborde de liberté et de franc-parler, [...] il y a licence de faire ce qu'on veut. [...] il est clair que partout où règne cette licence chacun organise sa vie de la façon qui lui plaît. » C'est l'anarchie, et l'anarchie finit toujours en dictature.
On entend aussi : « Glatigny, dégage ! » ou encore « Vive Lenoci ! »
Ici aussi, Platon nous éclaire. Pour lui, égalitarisme et excès de liberté détruisent toutes les structures d'autorité. Les distances naturelles et sociales disparaissent : il n'y a plus de respect pour les parents, les maîtres, les magistrats ou les sénateurs. Tout le monde veut décider à la place de tout le monde. (Id., 562a-563e). Puisque la liberté est considérée comme « le bien suprême », si ceux qui gouvernent la cité « ne se montrent pas tout à fait dociles » le peuple enivré de liberté « les châtie, les accusant d'être des criminels et des oligarques. Et ceux qui obéissent aux magistrats, [il] les bafoue et les traite d'hommes serviles et sans caractère. » En revanche, « il loue et honore [...] les gouvernants qui ont l'air de gouvernés et les gouvernés qui prennent l'air de gouvernants. [...] »Quel est le résultat ? Les citoyens deviennent tellement ombrageux « qu'à la moindre apparence de contrainte ceux-ci s'indignent et se révoltent [...]. Et ils en viennent à la fin, [...] à ne plus s'inquiéter des lois écrites ou non écrites, afin de n'avoir absolument aucun maître. » [...] La « licence générale [...] réduit la démocratie à l'esclavage ; car il est certain que tout excès provoque ordinairement une vive réaction. »
Près de vingt-cinq siècles plus tard, Alexis de Tocqueville confirme ce qui menace la démocratie moderne : « il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l'égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l'égalité dans la servitude à l'inégalité dans la liberté. » (De la démocratie en Amérique, tome I, première partie, chapitre III)
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Léon XIV met en garde contre le « drame de l'humanisme athée » : Dieu et l'homme ne sont pas rivaux.
D'InfoVaticana :
Léon XIV met en garde contre le « drame de l'humanisme athée » : Dieu et l'homme ne sont pas rivaux.
Léon XIV a mis en garde mercredi contre les « humanismes post-chrétiens » qui présentent Dieu et l'homme comme des rivaux et a rappelé que le progrès scientifique et technique ne peut être considéré comme authentiquement humain que lorsqu'il est guidé par la charité et mis au service de la dignité de la personne.
Lors de l'audience générale du 23 septembre sur la place Saint-Pierre, le pape a poursuivi son cycle de catéchèses sur les documents du concile Vatican II, en s'attardant sur la devise « Gaudium et spes » et sur le sens de l'activité humaine dans l'univers. Léon XIV a expliqué que le christianisme n'oppose pas les réalisations humaines à la puissance de Dieu et a rappelé à l'assemblée que le travail quotidien peut devenir un chemin vers la sainteté.
À la fin de la catéchèse, le Pape a rappelé la béatification du Vénérable Fulton Sheen, qui aura lieu ce jeudi à Saint-Louis ; il a encouragé les couples mariés à collaborer avec le Créateur « à la transmission de la vie » ; il a lancé un appel en faveur des immigrants et des réfugiés, en particulier des mineurs ; et il a rappelé la mémoire liturgique de saint Pio de Pietrelcina.
LÉON XIV
AUDIENCE GÉNÉRALE
Place Saint-Pierre
Mercredi 23 septembre 2026________________
Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II IV. La Constitution Pastorale Gaudium et spes 4. Le sens de l'activité humaine dans l'univers (GS, 33-39)Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
En poursuivant notre parcours à travers la Constitution pastorale Gaudium et Spes du Concile œcuménique Vatican II, nous arrivons au troisième chapitre de la première partie, qui porte un titre captivant : « L’activité humaine dans l’univers ». La question fondamentale est la suivante : quelle est la valeur de l’activité humaine dans le monde et, par conséquent, du progrès technique, social et scientifique ? Rappelons que, moins de quatre ans après la clôture du Concile, dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, l’homme allait poser le pied sur la Lune pour la première fois.
Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’être humain est sujet du progrès. Grâce à sa liberté et à son intelligence, il enrichit ses connaissances, faisant ainsi progresser la société tout entière. Nous le constatons aisément en observant l’amélioration des conditions de vie au fil des générations. En effet, dit le Document, « il en résulte que l’homme se procure désormais par sa propre industrie de nombreux biens qu’il attendait autrefois avant tout de forces supérieures. » (n°33).
C’est pourquoi certains penseurs ont présenté le progrès technico-scientifique comme un facteur qui affaiblit la relation avec Dieu, au point de la faire paraître superflue, voire comme un antagoniste de la foi chrétienne. Et cette interprétation a entraîné un changement de regard sur le monde de la part de l’homme contemporain, par rapport aux époques précédentes. Un tel préjugé s’affirme surtout dans cette partie de la culture occidentale qui a perdu son ancrage dans la Révélation chrétienne. Dans les humanismes post-chrétiens, l’être humain et Dieu sont présentés à tort comme des rivaux : pour affirmer ses connaissances, sa liberté et son progrès, l’homme devrait s’émanciper de Dieu. Mais en fin de compte, en niant la relation avec Dieu, on perd aussi la possibilité d’affirmer la valeur transcendante de la personne humaine. C’est le « drame de l’humanisme athée », bien décrit par un éminent théologien du Concile Vatican II, Henri de Lubac. [1]
Le Concile souhaite apporter une réponse claire : « Pour les croyants – affirme Gaudium et Spes –, une chose est certaine : considérée en elle-même, l’activité humaine, individuelle et collective, ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie, correspond au dessein de Dieu. » (n°34). Mieux encore, poursuit la Constitution, « loin d’opposer les conquêtes du génie et du courage de l’homme à la puissance de Dieu et de considérer la créature raisonnable comme une sorte de rivale du Créateur, les chrétiens sont au contraire bien persuadés que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessein ineffable. » ( ibid.). En substance, Dieu a remis entre les mains de l’homme et de la femme une création encore in statu viae, c’est-à-dire en chemin, en pleine croissance, afin qu’ils la mènent à son accomplissement par leur activité avisée. [2]
On trouve ici une référence importante au mystère de l’Incarnation. L’humanité – et avec elle le travail, le progrès et l’autonomie des réalités créées – n’est ni absorbée ni annulée par la rencontre avec Dieu, mais assumée dans son intégralité, continuant d’être, en Christ, libre et active : en effet, c’est en Lui qu’elle trouve pleine vérité et liberté. De plus, lors de la célébration eucharistique, le fruit du travail humain, représenté par le pain et le vin, est déposé chaque jour sur l’autel, pour être transformé en Corps et en Sang du Christ.
De cette perspective découle une vérité importante : pour rencontrer Dieu, l’être humain ne doit pas abandonner ses occupations terrestres, mais il peut vivre pleinement sa vocation en accomplissant bien son travail quotidien et en le sanctifiant. [3] Les chrétiens sont engagés, comme tout le monde, dans l’édification de la cité des hommes, en visant la fin de toutes choses et la rencontre avec Dieu, et en rappelant cette fin ultime à ceux avec qui ils partagent l’aventure du progrès, de la science et de la vie.
Certes, il faut bien distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ ; toutefois, le Concile affirme que « ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine. […] Tous ces fruits de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés » (n° 39).
Enfin, rappelons que pour devenir un véritable progrès humain – c’est-à-dire celui de tout l’homme et de tous les hommes –, le progrès technique et scientifique doit être animé et orienté par la charité. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra toujours être mis au service de la dignité de l’homme et favoriser l’amélioration des conditions de vie de tous, en particulier des plus défavorisés.
Chers frères et sœurs, le Concile Vatican II nous invite à partager le pain du savoir et du savoir-faire, afin que chaque homme et chaque peuple puisse développer son potentiel et qu’ensemble, nous puissions construire, avec l’aide de Dieu, un avenir meilleur.
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La méthode scientifique est-elle objective?
De Jean-Pierre Snyers :
La méthode scientifique est-elle objective?
On le sait, la méthode scientifique repose sur des axiomes (qui, par définition, sont indémontrables). Voilà qui ressemble étrangement à un acte de foi et qui semble bien manquer d'objectivité. Contrairement à ce postulat de départ, un esprit neutre ne dira pas "oui" ou "non" avant son examen et cela, parce qu'il sait que ce n'est qu'après celui-ci qu'il pourra éventuellement se prononcer. Un exemple me revient à l'esprit. Il y a quelques années, j'ai lu un livre qui avait pour but de montrer la fausseté des apparitions mariales. Seulement voilà, avant celui-ci, il en avait écrit un autre dans lequel il affirmait que le Christ n'a jamais existé. Problème: s'il part du fait que Jésus-Christ n'a pas existé, comment une apparition de sa mère pourrait-elle avoir lieu? Il est résulte qu'à la base, tout est faussé et que sa conclusion était déjà présente avant sa recherche. Donc, aucune objectivité n'existe dans son cas. Dans le même sens, quand il examinait un miracle dans l'Evangile, Jean-Paul Sartre "savait" d'avance que le miracle est impossible et cela prouve le caractère on ne peut plus partial de son étude.
Par ailleurs, Emmanuel Kant a soutenu que nous ne connaissons jamais le noumène (les objets tels qu'ils sont indépendamment de nous), mais uniquement le phénomène (c'est à dire ce qu'ils sont tels qu'ils nous apparaissent à travers nos filtres mentaux). Donc, prétendre que la science décrit la réalité telle qu'elle est, s'avère intellectuellement indigent, très peu crédible. Cela dit, fort heureusement, il existe d'autres moyens de connaissances. Parmi ceux-ci: la philosophie (dont fait partie la métaphysique), la logique, le degré de probabilités, la mystique ou encore l'intuition.A propos de l'intuition, permettez-moi de vous faire part d'un fait qui m'est arrivé. Il y a une vingtaine d'années, mon collègue de travail a fait une crise cardiaque. Transporté d'urgence (dans le coma) à l'hôpital universitaire de Leuven, son état était particulièrement alarmant. Durant les jours qui suivirent, j'avais de ses nouvelles grâce à sa femme à qui je téléphonais. Cependant, plus le temps passait, pire c'était et cela au point où son épouse a fini par me dire que les médecins de voyaient plus qu'une seule solution: tout débrancher et le laisser mourir. Ayant marqué son accord, elle a ajouté que ses funérailles sont prêtes et que sa tombe est déjà creusée. Très bouleversé par cette triste nouvelle, j'étais dans mon bureau où se trouvaient 3000 livres philosophiques et religieux. Moins d'une minute après, j'ai pris, je ne sais pas pourquoi, un tout petit livre (que j'avais complètement oublié et que je n'avais jamais lu). Il avait trait à une apparition de la Vierge à Turzovka (en Slovaquie) vue par garde-forestier. Sans l'avoir feuilleté, je suis immédiatement tombé sur un court passage ayant trait à une dame qui avait une amie (que j'appellerai Simone) qui était dans le coma. Pensant à elle, elle fit cette prière: "Au nom de Notre-Dame de Turzovka, réveille-toi Simone" Contre toute attente, le même jour son amie s'est réveillée et fut entièrement guérie. Juste après avoir lu cela, j'ai fait la même prière en utilisant le prénom (Corneille) de mon collègue. Deux heures après, sa femme me téléphone en me disant: "Jean-Pierre, tu ne me croiras pas, Corneille s'est réveillé et, non seulement c'est le cas, mais il parle, il mange et veut se lever". 6 jours plus tard, il est sorti de l'hôpital sans aucune séquelle et vécu encore de nombreuses années en parfaite santé. Qu'en pensez-vous et qu'en pense la science actuelle? Qu'il s'agit d'un simple hasard ou d'une intervention d'un monde au-delà du matériel qui, à travers les postulats du monde scientifique, se voit refusé d'emblée?...
Jean-Pierre Snyers (Adresse du blog : jpsnyers.blogspot.com ) -
La preuve de la vraie religion?
De Jean-Pierre Snyers :Preuve de la vraie religion?
Dans ses pensées, Pascal écrit: "La preuve de la vraie religion, se sont les miracles". Oui, mais qu'est-ce qu'une "preuve"? Si par ce mot on entend qu'elle est une démonstration contraignante (scientifique ou autre) que personne au monde ne pourrait plus nier (et qui de ce fait, supprimerait notre liberté), il n'y a de preuve au sujet de rien. En effet, ne connaissant pas ce qu'est le réel en soi mais seulement celui qui existe par rapport à nous à travers nos limites, il nous est impossible de nous voir de "l'extérieur". Tel est aussi le cas lorsque nous sommes en état de rêve. C'est seulement lorsque nous nous réveillons que nous pouvons voir de l'extérieur les personnages de nos rêves. Cela dit, si on considère qu'une "preuve" est un argument extrêmement solide, puissant et apte à convaincre donné par la raison, à travers la logique, les déductions et les probabilités, il est évident qu'il y en a.Cela dit, par rapport à toutes les autres religions, c'est presque exclusivement dans le catholicisme que l'on trouve le plus de signes d'une intervention divine. Pour ne prendre que l'Islam, le Judaïsme et le Bouddhisme, jamais il n'y a eu une seule apparition de Mahomet, d'un prophète juif ou de Bouddha. Bien sûr, comme dans la Bible, dans des écrits comme le Coran, on trouve des récits de phénomènes surnaturels qui pourraient être appelés "miracles". Cependant, quel crédit objectif accorder à des récits écrits il y a tellement longtemps, sans jamais avoir été analysés, contrôlés et scientifiquement étudiés? Si "preuves" il y a, elles ne sont qu'intrinsèques. "C'est vrai parce que la Bible ou le Coran le dit" ressemble à un "Je le crois, donc c'est vrai" et une telle formule semble on ne peut plus insuffisante.Etant donné cela, les preuves extrinsèques sont particulièrement importantes. Il faut donc se pencher sur des faits contrôlables par la raison et par nos outils actuels, (tels que les guérisons de Lourdes, le suaire de Turin, les miracles eucharistiques ou les apparitions de Beauraing que j'ai analysées dans un article précédent). Inutile de préciser que de tels faits renforcent inévitablement la crédibilité du christianisme. Par ailleurs, au sujet des apparitions, on pourrait étonnement découvrir une allusion à celles-ci dans le livre des Actes des apôtres. Au chapitre 2 (versets 17 à 19), il est notamment dit que "dans les derniers jours (une période qui s'étend de la naissance du Christ à celle de son retour glorieux), vos jeunes auront des visions et que Dieu fera paraitre des prodiges dans le ciel et des miracles sur la terre". "Vos jeunes auront des visions". N'est-ce pas le cas de ces 5 jeunes voyants qui, à 33 reprises, ont vu la Vierge à Beauraing? Oui, comme l'a dit Pascal, "La preuve de la vraie religion ce sont les miracles: des miracles palpables abondamment présents dans le catholicisme, qui laissent entendre que Dieu veut nous faire comprendre qu'il a choisi cette religion pour le salut éternel des âmes..Jean-Pierre Snyers (Adresse du blog : jpsnyers.blogspot.com )Lire également : L’incohérence des critiques contre le christianisme -
Sens ou non sens de la vie
De Jean-Pierre Snyers :
Sens ou non sens de la vie
Certains pensent que notre univers n'a aucun sens, qu'il est né du hasard sans porter à sa source la moindre trace d'une téléonomie. Tel est le cas du philosophe et mathématicien Bertrand Russel qui écrivait: "L'univers est une machine sans âme qui suit une trajectoire aveugle dans l'infini de l'espace et du temps". Albert Camus le pensait aussi et c'est pourquoi il se demandait s'il devait ou non se suicider. En effet, si notre existence est née d'un simple hasard, sans projet, sans but, sans ligne directrice et sans destinée, le simple fait de vouloir continuer à vivre ne cautionne t-il pas l'absurde?Seulement voilà, comment un univers qui n'a pas de sens peut-il, à travers l'être humain, en arriver à se poser la question de son sens? N'y a t'il pas dans ce cas une fameuse collision, une véritable contradiction? comprenant ce paradoxe, Blaise Pascal écrivait: "Alors même que l'univers entier m'écraserait, je serais encore plus grand que lui, car lui n'en saurait rien, tandis que moi, je le saurais".Par ailleurs, une petite phrase dans la Bible nous dit: "Dieu a mis en nous la pensée de l'éternité". Voilà bien qui pourrait suggérer que nos aspirations les plus profondes (soif d'absolu, désir d'un bonheur, ou d'un amour toujours plus grand...) correspondent non pas à un vide mais à un plein. Exemple: le fait que nous avons des poumons ne laisse t-il pas clairement entendre qu'il y a un air à respirer? Allant dans ce sens, saint Thomas d'Aquin a écrit: "Dieu est la totalité vivante de ce vers quoi notre coeur s'élance"; une pensée que Lamartine rejoindra en nous disant: "L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux" Autrement dit, notre refus des souffrances, des injustices et des deuils que nous connaissons, ne révèlent telles pas que nous sommes porteurs d'une nostalgie d'un "paradis perdu" que nous sommes destinés à retrouver un jour au-delà de cette vie? Qu'en pensez-vous?... -
Qu’est-ce que la tradition intellectuelle catholique ?
Du Dr. R. Jared Staudt sur le CWR :
Qu’est-ce que la tradition intellectuelle catholique ?
Voici quatre aspects de la tradition intellectuelle catholique qui reflètent la manière dont elle s’est développée au fil de l’histoire.
10 septembre 2026
« Pourriez-vous m’expliquer ce que signifie la tradition intellectuelle catholique ? »
Cette question simple, posée par un surintendant, reflète le renouveau qui se produit actuellement à travers le pays. Nous avons enfin compris que l’éducation catholique ne peut pas se contenter de suivre les tendances du moment. Même si nous pouvons tirer profit des méthodes contemporaines, nous nous inscrivons dans une tradition inégalée qui remonte à plusieurs milliers d’années. La sagesse transmise de génération en génération est plus pertinente que jamais face aux nouveaux défis qui se présentent à nous.
Comment saurons-nous quoi faire des nouvelles technologies si nous ne comprenons pas ce que signifie être un être humain et en quoi consiste l’épanouissement humain ? Sans un ancrage intellectuel solide, nous serons simplement emportés par le courant.
Pour répondre à cette question qui m’a été posée, il faut d’abord réaffirmer que le mot « intellectuel » n’est pas un mot négatif (comme s’il pouvait être relégué au rang de quelque chose d’académique et d’obscur). L’intellect est ce qui nous rend humains : il nous donne la capacité de comprendre la nature des choses et de raisonner au-delà des sensations immédiates. Comme toute autre dimension de notre être, l’intellect a besoin d’être cultivé. Nous pouvons élargir notre esprit en nous confrontant aux idées nobles et difficiles que renferment les grandes œuvres de la culture humaine, ou bien rester dans les formules faciles, simplistes et superficielles qui laissent notre esprit informe.
Il est trop facile de rejeter les textes anciens et difficiles comme hors de propos dans un monde utilitariste, mais ce serait manquer le cœur même de l’éducation : la formation de la personne.
Voici quatre aspects de la tradition intellectuelle catholique qui reflètent la manière dont elle s’est développée au fil de l’histoire.
Premièrement, elle est fondée sur la foi, reçue de la révélation de Dieu ; deuxièmement, elle s’appuie sur la raison en intégrant la tradition philosophique des Grecs ; troisièmement, elle s’étend à l’imagination, exprimant la foi et explorant la vie à travers la littérature et les arts ; quatrièmement, elle embrasse la totalité du réel, formant une vision du monde qui s’appuie également sur les mathématiques et les sciences pour constituer une conception cohérente de la vie humaine.
La Bible se trouve au fondement de la vie intellectuelle catholique. Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance et nous attire en communion avec lui en nous parlant. Sa révélation doit être reçue et comprise : elle nous enseigne la vérité ultime sur la vie humaine. C’est pourquoi la Bible a toujours stimulé l’alphabétisation, nécessaire pour accueillir le message de Dieu et en explorer les profondeurs. Elle offre un récit qui nous situe dans l’histoire du salut et nous enseigne une manière de vivre ancrée dans la sagesse divine.
Rien n’a plus de pouvoir pour former l’esprit que la Parole de Dieu, car elle nous introduit dans une relation vivante avec Dieu, qui conforme notre esprit au sien. Les élèves des écoles catholiques doivent posséder une culture biblique : savoir y accéder, connaître l’ossature générale de son récit, et comprendre les manières distinctes dont elle communique à travers ses différents genres.
La Parole de Dieu n’est pas seulement écrite. Elle s’est faite chair dans un contexte culturel précis, marqué par la Pax Romana et la pensée philosophique grecque. L’harmonie de la foi et de la raison constitue un pilier inébranlable de la tradition intellectuelle catholique. Même dans la compréhension de la révélation divine, la philosophie grecque a fourni une méthodologie inestimable. Les Grecs ont appris aux premiers chrétiens à penser logiquement, à contempler l’intelligibilité de l’univers et à comprendre comment les vertus conduisent à l’épanouissement humain, d’une manière qui complétait la Bible. Aujourd’hui, nous avons un besoin urgent de cet élément de la tradition intellectuelle pour nous aider à contempler à nouveau plus profondément la vérité du réel, en portant attention à la nature de la personne humaine et à ce que signifie mener une vie bonne.
Les éducateurs savent que la simple lecture de la Bible et la contemplation de la vérité ne marquent souvent pas durablement les élèves. C’est pourquoi l’engagement de l’imagination est également une composante essentielle de la tradition intellectuelle : elle utilise la beauté pour attirer l’esprit vers le vrai et le bien. L’imagination synthétise les diverses connaissances acquises avec l’expérience humaine pour former de nouvelles idées et rechercher le sens.
La littérature et les récits ont souvent un impact plus fort sur les élèves : ils touchent leur cœur et éveillent en eux le désir d’apprendre. Les arts contribuent à former une imagination sacramentelle qui perçoit un sens plus profond derrière toutes les réalités du monde. L’Église a façonné la plus grande tradition artistique de l’histoire humaine, et nos élèves doivent absolument être formés par ce trésor comme partie essentielle de leur formation.
À l’opposé de cette synthèse imaginative, le sécularisme cherche à tenir la foi à l’écart de la science, du droit et de l’économie, la réduisant à une opinion subjective. La dernière étape de la formation dans la tradition intellectuelle catholique consiste donc à forger une vision du monde entière en reliant la foi et la raison à l’ensemble du savoir et de la vie humaine. L’Église affirme avec hardiesse que la foi et la raison, y compris la science, ne peuvent se contredire. L’intellect formé par l’Écriture, la raison et les arts peut s’étendre hardiment à tout aspect de la vie humaine, en y apportant la sagesse de la grande tradition. Newman affirmait le « principe selon lequel tout savoir forme un tout et que les sciences particulières en sont les parties », et cette unité doit être retrouvée comme élément d’une formation intellectuelle cohérente.
La tradition intellectuelle catholique existe comme une grande conversation qui se poursuit sans interruption depuis deux mille ans. Notre rôle est de la faire vivre, d’y entrer nous-mêmes et d’y introduire nos enfants. C’est une conversation qui continue de se déployer à travers le monde et qui ne cesse d’engager de nouvelles idées et de nouveaux défis. Nous pouvons tous être enrichis en entrant dans ce que Matthew Arnold appelait « le meilleur de ce qui a été pensé et dit », afin de connaître plus profondément la vérité, cette vérité qui nous rendra libres (Jean 8, 32).
R. Jared Staudt, docteur en philosophie, est directeur de contenu pour Exodus 90 et enseignant à la section laïque du séminaire Saint-Jean-Vianney. Il est l'auteur de * Words Made Flesh: The Sacramental Mission of Catholic Education* (CUA Press, 2024), * How the Eucharist Can Save Civilization * (TAN), * Restoring Humanity: Essays on the Evangelization of Culture* (Divine Providence Press) et *The Beer Option* (Angelico Press), et directeur de publication de *Renewing Catholic Schools: How to Regain a Catholic Vision in a Secular Age* (Catholic Education Press). Marié à Anne, il est père de six enfants et oblat bénédictin.
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Quelques données sur l’espace et le temps
Quelques données sur l’espace et le temps
Comme beaucoup le savent, la vitesse de la lumière est d’environ 300 000 km par seconde. Cela signifie que le temps nécessaire à la lumière du Soleil (situé à environ 150 millions de kilomètres) pour nous parvenir est de 8 minutes et 20 secondes. Quand nous le regardons, nous ne le voyons donc pas tel qu’il est à l’instant de l’observation, mais tel qu’il était il y a précisément 8 minutes et 20 secondes.
Concernant l’étoile la plus proche, Proxima du Centaure, distante d’environ 4,25 années-lumière, nous ne la voyons pas non plus telle qu’elle est au moment où nous l’observons, mais telle qu’elle était il y a un peu plus de 4 ans et 3 mois. Quant à la galaxie d’Andromède — la galaxie spirale la plus proche de la nôtre, perceptible à l’œil nu dans de bonnes conditions —, on la voit telle qu’elle était il y a 2,5 millions d’années.
Et qu’en est-il de la plus lointaine connue à ce jour ? Découverte en 2025 grâce au télescope spatial James Webb (NASA, ESA et CSA), la galaxie MoM-z14 a été observée telle qu’elle était il y a environ 13,5 milliards d’années, c’est-à-dire seulement 280 millions d’années après le Big Bang (l’âge de l’Univers étant estimé à environ 13,8 milliards d’années).
Au regard de ces données établies par la science, comment ne pas éprouver un vertige incommensurable ?
Cependant, en quittant le domaine de la science — qui s’intéresse au « comment », à ce qui est mesurable et observable, et non au « pourquoi » —, quels seraient les moyens de connaissance autres que celui qui réduit le réel au matériel, à nos sens et à nos dimensions habituelles ? Personnellement, j’en vois trois, plus abstraits : la philosophie et la métaphysique, la spiritualité et la mystique, ainsi que l’intuition.
Voilà qui fera sans doute hausser les épaules de ceux qui partent du principe qu’il n’y a de connaissance que rationnelle. Pourtant, si tel est le cas, il faudrait que celui qui croit cela puisse prouver rationnellement qu’il n’y a de connaissance que rationnelle. Aucun rationaliste ne le peut : cela relève donc inévitablement d’un postulat, d’un pas dans le vide indémontrable.
En conclusion, se pose une question philosophique bien connue : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Notre Univers (et l’existence de l’homme en particulier) a-t-il un sens, ou est-il, comme l’écrit Bertrand Russell, « une machine sans âme qui suit une trajectoire aveugle dans l’infini de l’espace et du temps » ?
Nous voici face à un choix : croire au mystère ou croire à l’absurde. Mais si rien n’a de sens, si Russell a raison, alors la question de Camus — « dois-je ou non me suicider ? » — se pose avec une acuité terrible. Voilà où conduit l’absurde.
Tout change, évidemment, pour celui qui croit au mystère, au sens plutôt qu’au non-sens, et qui voit à la base de tout ce qui existe une Intelligence infiniment supérieure à nous, Auteur du Big Bang. Rien que du Big Bang ? Pourquoi pas ? Si l’on part du principe que, dans cette « soupe originelle » née il y a 13,8 milliards d’années, se trouvaient déjà en germe les conditions nécessaires à l’apparition un jour de la vie et de la conscience, rien n’interdit de penser, comme l’écrit Jean d’Ormesson, que « ceux qui ne croient pas en Dieu font preuve d’une crédulité qui n’a rien à envier à celle qu’ils reprochent aux croyants ».
J-P S
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Regard sur la création
Regard sur la création
On le sait : la Terre existe depuis environ 4,5 milliards d’années. L’homme, quant à lui — Homo sapiens comme Néandertal — n’apparaît que depuis quelque 300 000 ans. Les dinosaures, eux, ont peuplé la planète pendant près de 170 millions d’années, jusqu’à ce qu’un astéroïde immense les fasse disparaître, il y a 66 millions d’années.
Pour mieux saisir cette échelle vertigineuse, compressons ces 4,5 milliards d’années en une seule année civile. Le calcul des scientifiques est clair. De janvier à août, la Terre n’est encore qu’une planète rocheuse, stérile, parcourue de volcans actifs et d’océans bouillants, constamment bombardée de météorites. Le 21 septembre apparaît la vie, sous des formes microscopiques et unicellulaires — bactéries et micro-organismes invisibles à l’œil nu. Début décembre surgissent les premières cellules complexes, puis les premiers organismes multicellulaires : algues, éponges, vers rudimentaires. Du 25 au 30 décembre — cinq jours à peine — règne le temps des dinosaures. Quant à l’homme, du plus primitif jusqu’à nous, il n’entre en scène que le 31 décembre à 23 h 35. La naissance de Jésus-Christ, elle, se situe cinq secondes avant minuit.
Face à ces données, qu’est-ce que l’homme ? Complètement insignifiant au regard de la durée de la Terre. Et pourtant, ne peut-on pas dire qu’à travers sa complexité et sa conscience, il dépasse de très loin tout ce qui a existé avant lui ? À travers l’être humain, la Terre entière sait enfin qu’elle existe. C’est cette conscience d’être qui faisait dire à Pascal : « Alors même que l’univers entier m’écraserait, je serais encore plus grand que lui, car lui n’en saurait rien, tandis que moi je le saurais. »
Et Dieu dans tout cela ? Pour ma part, j’estime que s’il n’y a pas, au point de départ, un Être éternel qui est l’existence, la vie, la conscience et la pensée, on ne peut plus expliquer l’apparition de ce qui a de l’existence, de la pensée et de la conscience d’être. S’il est aisé de croire qu’un menuisier peut fabriquer un meuble, il paraît absurde d’admettre qu’un meuble puisse fabriquer un menuisier, ou qu’un moteur puisse inventer un mécanicien. Depuis le big bang, toute la création semble aller du plus simple au plus complexe. Entre une amibe et Einstein, la différence n’est-elle pas considérable ? Une ligne directrice paraît bien se dessiner.
Pourtant, en ne regardant que l’univers et la Terre, il reste impossible de savoir si cette Intelligence infiniment supérieure possède ou non une moralité. Une chose est sûre : notre monde est ambivalent. En lui coexistent le pire et le meilleur. D’un côté, la beauté, l’harmonie, la bonté, la justice ; de l’autre, les cataclysmes naturels, la loi de l’extermination des faibles par les forts, les maladies, la mort, l’injustice. Dieu ou l’absence de Dieu semblent également possibles.
Dès lors, à quelle conclusion arriver ? Sans faire appel à une révélation venant de cet Être suprême, la voie paraît sans issue. Pour les chrétiens, la réponse est claire : c’est à travers Jésus-Christ que nous pouvons savoir que l’Auteur de l’univers est profondément bon, et que toutes les souffrances humaines et animales seront un jour réparées, transfigurées dans une autre dimension — le Royaume céleste où nous attendent tant d’êtres chers.
Finalement, entre le mystère et l’absurde, il faut choisir. Et il me semble que la balance penche nettement en faveur du mystère.
J-PS
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La foi religieuse est-elle folie ou sagesse ?
De Mgr Charles Fink sur le Catholic Thing :
La foi religieuse est-elle folie ou sagesse ?
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi ce quelque chose possède-t-il l’extraordinaire capacité d’évoluer en cet univers complexe et pourtant ordonné que nous contemplons, un univers si ordonné que la prévisibilité et la science sont possibles ? Pourquoi même les cellules vivantes les plus simples contiennent-elles une information génétique analogue à des codes informatiques complexes ?
Ce ne sont pas des questions dénuées de sens. Il n'est pas évident non plus que la seule réponse intelligente à ces questions soit un simple coup de dés. Ou que ce soit ainsi que les choses soient. Dans tous les domaines de l'activité humaine, nous cherchons des raisons et des causes pour expliquer l'état des choses. Il est difficile de comprendre pourquoi l'hypothèse sous-jacente à toutes ces réalités extraordinaires ferait passer pour des imbéciles ceux qui la proposent.
Des slogans philosophiques du genre « L’athéisme est un mythe compris » ou « La religion empêche de penser clairement » ou des références à des « monstres en spaghetti volants » peuvent être amusants, mais ils ne sauraient certainement pas être considérés comme des réflexions intellectuelles profondes.
Après une vie consacrée à l'érudition et à l'athéisme, le philosophe anglais Anthony Flew en est venu à considérer l'existence de Dieu comme une explication convaincante du réglage fin apparemment miraculeux de l'univers à son origine.
Alex O'Connor, un podcasteur en ligne contemporain, toujours réfléchi et courtois, bien que toujours incroyant, concède que les démonstrations de Thomas d'Aquin concernant l'existence de Dieu et les preuves de la résurrection du Christ sont beaucoup plus convaincantes qu'il ne le pensait auparavant, et certainement pas à rejeter comme les élucubrations de fous.
Je me demande souvent comment les athées les plus fervents, si prompts à rejeter la croyance en Dieu et enclins à confondre la foi avec la stupidité ou la superficialité, expliquent des personnalités comme le regretté Père Stanley Jaki, docteur en théologie et en physique, qui parlait sept langues. Les génies croyants comme Jaki ne sont peut-être pas légion, mais ils sont loin d'être rares et laissent penser que le manque d'intelligence ne saurait constituer une explication valable de la croyance religieuse.
On ne peut pas non plus rejeter l'idée que la foi en Dieu ne serait qu'une béquille pour les faibles et ceux qui seraient incapables d'affronter les rigueurs de la vie ; vous savez, des gens comme saint Jean-Paul II et Mère Teresa de Calcutta – l'un ayant contribué à la chute de l'empire soviétique, l'autre vivant parmi les plus pauvres des pauvres dans les bidonvilles de l'Inde. De pitoyables faibles, nous demande-t-on, incapables de rivaliser avec les courageux, brillants et robustes athées qui enseignent dans nos universités ou travaillent dans les médias ou à Hollywood.
Des croyants loin d'être pathétiques : Mère Teresa et Jean-Paul II, 1986 [Source : Ambassade des États-Unis auprès du Saint-Siège] Bien sûr, il est vrai que beaucoup de croyants sont des personnes simples, sans diplômes universitaires, et que beaucoup d'autres ont besoin de leur foi pour traverser les épreuves de la vie. Dans le film « Potins de femmes », il y a une scène poignante où le personnage de Daryl Hannah dit précisément cela à Sally Field, dévastée par la mort de sa fille. Leur échange ne minimise en rien la tragédie de ce décès. Mais pour faire face à la vie, Field a besoin de croire que Dieu est souverain et qu'après la mort, il y a une vie après la mort.
Je suis prêtre catholique depuis cinquante ans et j'ai été confronté à des tragédies insoutenables, notamment les funérailles d'une femme et de ses deux nièces, tuées dans un accident de voiture dont elles n'étaient pas responsables. La mère des deux filles avait récemment divorcé. Elles étaient ses seules enfants. Je conserve encore le ciboire, ce petit récipient en métal servant à apporter la communion aux malades, que cette mère m'a offert, gravé des noms de ses filles qu'elle considérait comme les anges de Dieu. Admettons-le, la foi de cette femme était alors un véritable soutien. J'ai officié à ses funérailles des années plus tard, et je sais qu'elle ne s'en est jamais remise après la perte tragique de ses deux filles adolescentes. Pourtant, elle a tenu bon jusqu'à la fin, animée par la foi, l'espoir et l'amour. Aurait-elle été plus heureuse sans tout cela ? J'ai connu des centaines, peut-être des milliers de personnes comme elle, confrontées à des chagrins indicibles, certaines à peine capables de s'en sortir, d'autres incroyablement fortes malgré la tragédie, et toutes en grande partie grâce à leur foi.
Voici donc une question pour tous ceux qui ne croient pas mais ne peuvent savoir qu'il n'y a pas de Dieu : quel genre de personne s'amuse à faire tomber les béquilles de ceux qui ne tiennent debout que grâce à elles ? Et quelle alternative proposez-vous ?
Vous voulez changer de sujet et parler de fanatiques religieux et de l'histoire des guerres de religion ? La guerre a été une constante tout au long de l'histoire, jusqu'à nos jours. Et récemment, les plus grandes guerres, persécutions et massacres de tous les temps ont été initiés et perpétrés par des régimes athées.
Existe-t-il de mauvaises personnes religieuses ? Bien sûr. Voire même de mauvaises religions, mais c’est un autre sujet. Cependant, la religion qui enseigne que Dieu est amour ; que tous ceux qui demeurent dans l’amour demeurent en Dieu et Dieu en eux ; qui nous commande d’aimer Dieu et notre prochain avec le plus grand désintéressement et le plus grand sacrifice possibles ; qui affirme que Dieu est Créateur, Rédempteur et Sanctificateur ; et qu’il nous a créés à son image et à sa ressemblance, non pas pour nous voir sombrer dans l’oubli au bout d’une courte vie, mais pour vivre éternellement avec lui dans un autre monde – cette religion n’est ni stupide, ni anti-intellectuelle, ni un simple artifice.
Les croyants peuvent justifier leur croyance, sans pour autant convaincre tout le monde, mais sans pour autant tomber dans la folie. La folie, en revanche, réside chez ceux qui, incapables d'admettre l'inexistence de Dieu et opposant le désespoir absolu à la foi, persistent à railler les croyants, à les déstabiliser et à prétendre que si seulement chacun était un athée convaincu comme eux, le monde serait meilleur. Tant qu'il y aura des gens comme ça, je continuerai à me sentir très intelligent, et si je me trompe, il y aura toujours beaucoup de gens qui seront contents d'avoir des imbéciles comme moi pour les accompagner dans leur voyage à travers la vie.