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Idées

  • La méthode scientifique est-elle objective?

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    De Jean-Pierre Snyers :

    La méthode scientifique est-elle objective?

    On le sait, la méthode scientifique repose sur des axiomes (qui, par définition, sont indémontrables). Voilà qui ressemble étrangement à un acte de foi et qui semble bien manquer d'objectivité. Contrairement à ce postulat de départ, un esprit neutre ne dira pas "oui" ou "non" avant son examen et cela, parce qu'il sait que ce n'est qu'après celui-ci qu'il pourra éventuellement se prononcer. Un exemple me revient à l'esprit. Il y a quelques années, j'ai lu un livre qui avait pour but de montrer la fausseté des apparitions mariales. Seulement voilà, avant celui-ci, il en avait écrit un autre dans lequel il affirmait que le Christ n'a jamais existé.  Problème: s'il part du fait que Jésus-Christ n'a pas existé, comment une apparition de sa mère pourrait-elle avoir lieu? Il est résulte qu'à la base, tout est faussé et que sa conclusion était déjà présente avant sa recherche. Donc, aucune objectivité n'existe dans son cas. Dans le même sens, quand il examinait un miracle dans l'Evangile, Jean-Paul Sartre "savait" d'avance que le miracle est impossible et cela prouve le caractère on ne peut plus partial de son étude. 

    Par ailleurs, Emmanuel Kant a soutenu que nous ne connaissons jamais le noumène (les objets tels qu'ils sont indépendamment de nous), mais uniquement le phénomène (c'est à dire ce qu'ils sont tels qu'ils nous apparaissent à travers nos filtres mentaux). Donc, prétendre que la science décrit la réalité telle qu'elle est, s'avère intellectuellement indigent, très peu crédible. Cela dit, fort heureusement, il existe d'autres moyens de connaissances. Parmi ceux-ci: la philosophie (dont fait partie la métaphysique), la logique, le degré de probabilités, la mystique ou encore l'intuition.

    A propos de l'intuition, permettez-moi de vous faire part d'un fait qui m'est arrivé. Il y a une vingtaine d'années, mon collègue de travail a fait une crise cardiaque. Transporté d'urgence (dans le coma) à l'hôpital universitaire de Leuven, son état était particulièrement alarmant. Durant les jours qui suivirent, j'avais de ses nouvelles grâce à sa femme à qui je téléphonais. Cependant, plus le temps passait, pire c'était et cela au point où son épouse a fini par me dire que les médecins de voyaient plus qu'une seule solution: tout débrancher et le laisser mourir. Ayant marqué son accord, elle a ajouté que ses funérailles sont prêtes et que sa tombe est déjà creusée. Très bouleversé par cette triste nouvelle, j'étais dans mon bureau où se trouvaient 3000 livres philosophiques et religieux. Moins d'une minute après, j'ai pris, je ne sais pas pourquoi, un tout petit livre (que j'avais complètement oublié et que je n'avais jamais lu). Il avait trait à une apparition de la Vierge à Turzovka (en Slovaquie) vue par garde-forestier. Sans l'avoir feuilleté, je suis immédiatement tombé sur un court passage ayant trait à une dame qui avait une amie (que j'appellerai Simone) qui était dans le coma. Pensant à elle, elle fit cette prière: "Au nom de Notre-Dame de Turzovka, réveille-toi Simone" Contre toute attente, le même jour son amie s'est réveillée et fut entièrement guérie. Juste après avoir lu cela, j'ai fait la même prière en utilisant le prénom (Corneille) de mon collègue. Deux heures après, sa femme me téléphone en me disant: "Jean-Pierre, tu ne me croiras pas, Corneille s'est réveillé et, non seulement c'est le cas, mais il parle, il mange et veut se lever". 6 jours plus tard, il est sorti de l'hôpital sans aucune séquelle et vécu encore de nombreuses années en parfaite santé. Qu'en pensez-vous et qu'en pense la science actuelle? Qu'il s'agit d'un simple hasard ou d'une intervention d'un monde au-delà du matériel qui, à travers les postulats du monde scientifique, se voit refusé d'emblée?...

    Jean-Pierre Snyers (Adresse du blog : jpsnyers.blogspot.com )
  • La preuve de la vraie religion?

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    De Jean-Pierre Snyers :

    Preuve de la vraie religion?

    Dans ses pensées, Pascal écrit: "La preuve de la vraie religion, se sont les miracles". Oui, mais qu'est-ce qu'une "preuve"? Si par ce mot on entend qu'elle est une démonstration contraignante (scientifique ou autre) que personne au monde ne pourrait plus nier (et qui de ce fait, supprimerait notre liberté),  il n'y a de preuve au sujet de rien. En effet, ne connaissant pas ce qu'est le réel en soi mais seulement celui qui existe par rapport à nous à travers nos limites, il nous est impossible de nous voir de "l'extérieur". Tel est aussi le cas lorsque nous sommes en état de rêve. C'est seulement lorsque nous nous réveillons que nous pouvons voir de l'extérieur les personnages de nos rêves. Cela dit, si on considère qu'une "preuve" est un argument extrêmement solide, puissant et apte à convaincre donné par la raison, à travers la logique, les déductions et les probabilités, il est évident qu'il y en a.  
     
    Cela dit, par rapport à toutes les autres religions, c'est presque exclusivement dans le catholicisme que l'on trouve le plus de signes d'une intervention divine. Pour ne prendre que l'Islam, le Judaïsme et le Bouddhisme, jamais il n'y a eu une seule apparition de Mahomet, d'un prophète juif ou de Bouddha. Bien sûr, comme dans la Bible, dans des écrits comme le Coran, on trouve des récits de phénomènes surnaturels qui pourraient être appelés "miracles". Cependant, quel crédit objectif accorder à des récits écrits il y a tellement longtemps, sans jamais avoir été analysés, contrôlés et scientifiquement étudiés? Si "preuves" il y a, elles ne sont qu'intrinsèques. "C'est vrai parce que la Bible ou le Coran le dit" ressemble à un "Je le crois, donc c'est vrai" et une telle formule semble on ne peut plus insuffisante. 
     
    Etant donné cela, les preuves extrinsèques sont particulièrement importantes. Il faut donc se pencher sur des faits contrôlables par la raison et par nos outils actuels, (tels que les guérisons de Lourdes, le suaire de Turin, les miracles eucharistiques ou les apparitions de Beauraing que j'ai analysées dans un article précédent). Inutile de préciser que de tels faits renforcent inévitablement la crédibilité du christianisme. Par ailleurs, au sujet des apparitions, on pourrait étonnement découvrir une allusion à celles-ci dans le livre des Actes des apôtres. Au chapitre 2 (versets 17 à 19), il est notamment dit que "dans les derniers jours (une période qui s'étend de la naissance du Christ à celle de son retour glorieux), vos jeunes auront des visions et que Dieu fera paraitre des prodiges dans le ciel et des miracles sur la terre". "Vos jeunes auront des visions". N'est-ce pas le cas de ces 5 jeunes voyants qui, à 33 reprises, ont vu la Vierge à Beauraing?  Oui, comme l'a dit Pascal, "La preuve de la vraie religion ce sont les miracles: des miracles palpables abondamment présents dans le catholicisme, qui laissent entendre que Dieu veut nous faire comprendre qu'il a choisi cette religion pour le salut éternel des âmes..  
     
    Jean-Pierre Snyers (Adresse du blog : jpsnyers.blogspot.com ) 
     
  • Sens ou non sens de la vie

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    De Jean-Pierre Snyers :

    Sens ou non sens de la vie

    Certains pensent que notre univers n'a aucun sens, qu'il est né du hasard sans porter à sa source la moindre trace d'une téléonomie. Tel est le cas du philosophe et mathématicien Bertrand Russel qui écrivait:  "L'univers est une machine sans âme qui suit une trajectoire aveugle dans l'infini de l'espace et du temps". Albert Camus le pensait aussi et c'est pourquoi il se demandait s'il devait ou non se suicider. En effet, si notre existence  est née d'un simple hasard, sans projet, sans but, sans ligne directrice et sans destinée,  le simple fait de vouloir continuer à vivre ne cautionne t-il pas l'absurde? 
     
    Seulement voilà, comment un univers qui n'a pas de sens peut-il, à travers l'être humain, en arriver à se poser la question de son sens? N'y a t'il pas dans ce cas une fameuse collision, une véritable contradiction? comprenant ce paradoxe, Blaise Pascal écrivait:  "Alors même que l'univers entier m'écraserait, je serais encore plus grand que lui, car lui n'en saurait rien, tandis que moi, je le saurais".  
     
    Par ailleurs, une petite phrase dans la Bible nous dit: "Dieu a mis en nous la pensée de l'éternité". Voilà bien qui pourrait suggérer que nos aspirations les plus profondes (soif d'absolu, désir d'un bonheur, ou d'un amour toujours plus grand...) correspondent non pas à un vide mais à un plein. Exemple: le fait que nous avons des poumons ne laisse t-il pas clairement entendre qu'il y a un air à respirer? Allant dans ce sens, saint Thomas d'Aquin a écrit: "Dieu est la totalité vivante de ce vers quoi notre coeur s'élance"; une pensée que Lamartine rejoindra en nous disant: "L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux" Autrement dit, notre refus des souffrances, des injustices et des deuils que nous connaissons, ne révèlent telles pas que nous sommes porteurs d'une nostalgie d'un "paradis perdu" que nous sommes destinés à retrouver un jour au-delà de cette vie? Qu'en pensez-vous?...
  • Qu’est-ce que la tradition intellectuelle catholique ?

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    Du Dr. R. Jared Staudt sur le CWR :

    Qu’est-ce que la tradition intellectuelle catholique ?

    Voici quatre aspects de la tradition intellectuelle catholique qui reflètent la manière dont elle s’est développée au fil de l’histoire.

    10 septembre 2026

    « Pourriez-vous m’expliquer ce que signifie la tradition intellectuelle catholique ? »

    Cette question simple, posée par un surintendant, reflète le renouveau qui se produit actuellement à travers le pays. Nous avons enfin compris que l’éducation catholique ne peut pas se contenter de suivre les tendances du moment. Même si nous pouvons tirer profit des méthodes contemporaines, nous nous inscrivons dans une tradition inégalée qui remonte à plusieurs milliers d’années. La sagesse transmise de génération en génération est plus pertinente que jamais face aux nouveaux défis qui se présentent à nous.

    Comment saurons-nous quoi faire des nouvelles technologies si nous ne comprenons pas ce que signifie être un être humain et en quoi consiste l’épanouissement humain ? Sans un ancrage intellectuel solide, nous serons simplement emportés par le courant.

    Pour répondre à cette question qui m’a été posée, il faut d’abord réaffirmer que le mot « intellectuel » n’est pas un mot négatif (comme s’il pouvait être relégué au rang de quelque chose d’académique et d’obscur). L’intellect est ce qui nous rend humains : il nous donne la capacité de comprendre la nature des choses et de raisonner au-delà des sensations immédiates. Comme toute autre dimension de notre être, l’intellect a besoin d’être cultivé. Nous pouvons élargir notre esprit en nous confrontant aux idées nobles et difficiles que renferment les grandes œuvres de la culture humaine, ou bien rester dans les formules faciles, simplistes et superficielles qui laissent notre esprit informe.

    Il est trop facile de rejeter les textes anciens et difficiles comme hors de propos dans un monde utilitariste, mais ce serait manquer le cœur même de l’éducation : la formation de la personne.

    Voici quatre aspects de la tradition intellectuelle catholique qui reflètent la manière dont elle s’est développée au fil de l’histoire.

    Premièrement, elle est fondée sur la foi, reçue de la révélation de Dieu ; deuxièmement, elle s’appuie sur la raison en intégrant la tradition philosophique des Grecs ; troisièmement, elle s’étend à l’imagination, exprimant la foi et explorant la vie à travers la littérature et les arts ; quatrièmement, elle embrasse la totalité du réel, formant une vision du monde qui s’appuie également sur les mathématiques et les sciences pour constituer une conception cohérente de la vie humaine.

    La Bible se trouve au fondement de la vie intellectuelle catholique. Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance et nous attire en communion avec lui en nous parlant. Sa révélation doit être reçue et comprise : elle nous enseigne la vérité ultime sur la vie humaine. C’est pourquoi la Bible a toujours stimulé l’alphabétisation, nécessaire pour accueillir le message de Dieu et en explorer les profondeurs. Elle offre un récit qui nous situe dans l’histoire du salut et nous enseigne une manière de vivre ancrée dans la sagesse divine.

    Rien n’a plus de pouvoir pour former l’esprit que la Parole de Dieu, car elle nous introduit dans une relation vivante avec Dieu, qui conforme notre esprit au sien. Les élèves des écoles catholiques doivent posséder une culture biblique : savoir y accéder, connaître l’ossature générale de son récit, et comprendre les manières distinctes dont elle communique à travers ses différents genres.

    La Parole de Dieu n’est pas seulement écrite. Elle s’est faite chair dans un contexte culturel précis, marqué par la Pax Romana et la pensée philosophique grecque. L’harmonie de la foi et de la raison constitue un pilier inébranlable de la tradition intellectuelle catholique. Même dans la compréhension de la révélation divine, la philosophie grecque a fourni une méthodologie inestimable. Les Grecs ont appris aux premiers chrétiens à penser logiquement, à contempler l’intelligibilité de l’univers et à comprendre comment les vertus conduisent à l’épanouissement humain, d’une manière qui complétait la Bible. Aujourd’hui, nous avons un besoin urgent de cet élément de la tradition intellectuelle pour nous aider à contempler à nouveau plus profondément la vérité du réel, en portant attention à la nature de la personne humaine et à ce que signifie mener une vie bonne.

    Les éducateurs savent que la simple lecture de la Bible et la contemplation de la vérité ne marquent souvent pas durablement les élèves. C’est pourquoi l’engagement de l’imagination est également une composante essentielle de la tradition intellectuelle : elle utilise la beauté pour attirer l’esprit vers le vrai et le bien. L’imagination synthétise les diverses connaissances acquises avec l’expérience humaine pour former de nouvelles idées et rechercher le sens.

    La littérature et les récits ont souvent un impact plus fort sur les élèves : ils touchent leur cœur et éveillent en eux le désir d’apprendre. Les arts contribuent à former une imagination sacramentelle qui perçoit un sens plus profond derrière toutes les réalités du monde. L’Église a façonné la plus grande tradition artistique de l’histoire humaine, et nos élèves doivent absolument être formés par ce trésor comme partie essentielle de leur formation.

    À l’opposé de cette synthèse imaginative, le sécularisme cherche à tenir la foi à l’écart de la science, du droit et de l’économie, la réduisant à une opinion subjective. La dernière étape de la formation dans la tradition intellectuelle catholique consiste donc à forger une vision du monde entière en reliant la foi et la raison à l’ensemble du savoir et de la vie humaine. L’Église affirme avec hardiesse que la foi et la raison, y compris la science, ne peuvent se contredire. L’intellect formé par l’Écriture, la raison et les arts peut s’étendre hardiment à tout aspect de la vie humaine, en y apportant la sagesse de la grande tradition. Newman affirmait le « principe selon lequel tout savoir forme un tout et que les sciences particulières en sont les parties », et cette unité doit être retrouvée comme élément d’une formation intellectuelle cohérente.

    La tradition intellectuelle catholique existe comme une grande conversation qui se poursuit sans interruption depuis deux mille ans. Notre rôle est de la faire vivre, d’y entrer nous-mêmes et d’y introduire nos enfants. C’est une conversation qui continue de se déployer à travers le monde et qui ne cesse d’engager de nouvelles idées et de nouveaux défis. Nous pouvons tous être enrichis en entrant dans ce que Matthew Arnold appelait « le meilleur de ce qui a été pensé et dit », afin de connaître plus profondément la vérité, cette vérité qui nous rendra libres (Jean 8, 32).

     

    R. Jared Staudt, docteur en philosophie, est directeur de contenu pour Exodus 90 et enseignant à la section laïque du séminaire Saint-Jean-Vianney. Il est l'auteur de * Words Made Flesh: The Sacramental Mission of Catholic Education* (CUA Press, 2024), * How the Eucharist Can Save Civilization * (TAN), * Restoring Humanity: Essays on the Evangelization of Culture* (Divine Providence Press) et *The Beer Option* (Angelico Press), et directeur de publication de *Renewing Catholic Schools: How to Regain a Catholic Vision in a Secular Age* (Catholic Education Press). Marié à Anne, il est père de six enfants et oblat bénédictin.

  • Quelques données sur l’espace et le temps

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    Quelques données sur l’espace et le temps

    Comme beaucoup le savent, la vitesse de la lumière est d’environ 300 000 km par seconde. Cela signifie que le temps nécessaire à la lumière du Soleil (situé à environ 150 millions de kilomètres) pour nous parvenir est de 8 minutes et 20 secondes. Quand nous le regardons, nous ne le voyons donc pas tel qu’il est à l’instant de l’observation, mais tel qu’il était il y a précisément 8 minutes et 20 secondes.

    Concernant l’étoile la plus proche, Proxima du Centaure, distante d’environ 4,25 années-lumière, nous ne la voyons pas non plus telle qu’elle est au moment où nous l’observons, mais telle qu’elle était il y a un peu plus de 4 ans et 3 mois. Quant à la galaxie d’Andromède — la galaxie spirale la plus proche de la nôtre, perceptible à l’œil nu dans de bonnes conditions —, on la voit telle qu’elle était il y a 2,5 millions d’années.

    Et qu’en est-il de la plus lointaine connue à ce jour ? Découverte en 2025 grâce au télescope spatial James Webb (NASA, ESA et CSA), la galaxie MoM-z14 a été observée telle qu’elle était il y a environ 13,5 milliards d’années, c’est-à-dire seulement 280 millions d’années après le Big Bang (l’âge de l’Univers étant estimé à environ 13,8 milliards d’années).

    Au regard de ces données établies par la science, comment ne pas éprouver un vertige incommensurable ?

    Cependant, en quittant le domaine de la science — qui s’intéresse au « comment », à ce qui est mesurable et observable, et non au « pourquoi » —, quels seraient les moyens de connaissance autres que celui qui réduit le réel au matériel, à nos sens et à nos dimensions habituelles ? Personnellement, j’en vois trois, plus abstraits : la philosophie et la métaphysique, la spiritualité et la mystique, ainsi que l’intuition.

    Voilà qui fera sans doute hausser les épaules de ceux qui partent du principe qu’il n’y a de connaissance que rationnelle. Pourtant, si tel est le cas, il faudrait que celui qui croit cela puisse prouver rationnellement qu’il n’y a de connaissance que rationnelle. Aucun rationaliste ne le peut : cela relève donc inévitablement d’un postulat, d’un pas dans le vide indémontrable.

    En conclusion, se pose une question philosophique bien connue : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Notre Univers (et l’existence de l’homme en particulier) a-t-il un sens, ou est-il, comme l’écrit Bertrand Russell, « une machine sans âme qui suit une trajectoire aveugle dans l’infini de l’espace et du temps » ?

    Nous voici face à un choix : croire au mystère ou croire à l’absurde. Mais si rien n’a de sens, si Russell a raison, alors la question de Camus — « dois-je ou non me suicider ? » — se pose avec une acuité terrible. Voilà où conduit l’absurde.

    Tout change, évidemment, pour celui qui croit au mystère, au sens plutôt qu’au non-sens, et qui voit à la base de tout ce qui existe une Intelligence infiniment supérieure à nous, Auteur du Big Bang. Rien que du Big Bang ? Pourquoi pas ? Si l’on part du principe que, dans cette « soupe originelle » née il y a 13,8 milliards d’années, se trouvaient déjà en germe les conditions nécessaires à l’apparition un jour de la vie et de la conscience, rien n’interdit de penser, comme l’écrit Jean d’Ormesson, que « ceux qui ne croient pas en Dieu font preuve d’une crédulité qui n’a rien à envier à celle qu’ils reprochent aux croyants ».

    J-P S

  • Regard sur la création

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    Regard sur la création

    On le sait : la Terre existe depuis environ 4,5 milliards d’années. L’homme, quant à lui — Homo sapiens comme Néandertal — n’apparaît que depuis quelque 300 000 ans. Les dinosaures, eux, ont peuplé la planète pendant près de 170 millions d’années, jusqu’à ce qu’un astéroïde immense les fasse disparaître, il y a 66 millions d’années.

    Pour mieux saisir cette échelle vertigineuse, compressons ces 4,5 milliards d’années en une seule année civile. Le calcul des scientifiques est clair. De janvier à août, la Terre n’est encore qu’une planète rocheuse, stérile, parcourue de volcans actifs et d’océans bouillants, constamment bombardée de météorites. Le 21 septembre apparaît la vie, sous des formes microscopiques et unicellulaires — bactéries et micro-organismes invisibles à l’œil nu. Début décembre surgissent les premières cellules complexes, puis les premiers organismes multicellulaires : algues, éponges, vers rudimentaires. Du 25 au 30 décembre — cinq jours à peine — règne le temps des dinosaures. Quant à l’homme, du plus primitif jusqu’à nous, il n’entre en scène que le 31 décembre à 23 h 35. La naissance de Jésus-Christ, elle, se situe cinq secondes avant minuit.

    Face à ces données, qu’est-ce que l’homme ? Complètement insignifiant au regard de la durée de la Terre. Et pourtant, ne peut-on pas dire qu’à travers sa complexité et sa conscience, il dépasse de très loin tout ce qui a existé avant lui ? À travers l’être humain, la Terre entière sait enfin qu’elle existe. C’est cette conscience d’être qui faisait dire à Pascal : « Alors même que l’univers entier m’écraserait, je serais encore plus grand que lui, car lui n’en saurait rien, tandis que moi je le saurais. »

    Et Dieu dans tout cela ? Pour ma part, j’estime que s’il n’y a pas, au point de départ, un Être éternel qui est l’existence, la vie, la conscience et la pensée, on ne peut plus expliquer l’apparition de ce qui a de l’existence, de la pensée et de la conscience d’être. S’il est aisé de croire qu’un menuisier peut fabriquer un meuble, il paraît absurde d’admettre qu’un meuble puisse fabriquer un menuisier, ou qu’un moteur puisse inventer un mécanicien. Depuis le big bang, toute la création semble aller du plus simple au plus complexe. Entre une amibe et Einstein, la différence n’est-elle pas considérable ? Une ligne directrice paraît bien se dessiner.

    Pourtant, en ne regardant que l’univers et la Terre, il reste impossible de savoir si cette Intelligence infiniment supérieure possède ou non une moralité. Une chose est sûre : notre monde est ambivalent. En lui coexistent le pire et le meilleur. D’un côté, la beauté, l’harmonie, la bonté, la justice ; de l’autre, les cataclysmes naturels, la loi de l’extermination des faibles par les forts, les maladies, la mort, l’injustice. Dieu ou l’absence de Dieu semblent également possibles.

    Dès lors, à quelle conclusion arriver ? Sans faire appel à une révélation venant de cet Être suprême, la voie paraît sans issue. Pour les chrétiens, la réponse est claire : c’est à travers Jésus-Christ que nous pouvons savoir que l’Auteur de l’univers est profondément bon, et que toutes les souffrances humaines et animales seront un jour réparées, transfigurées dans une autre dimension — le Royaume céleste où nous attendent tant d’êtres chers.

    Finalement, entre le mystère et l’absurde, il faut choisir. Et il me semble que la balance penche nettement en faveur du mystère.

    J-PS

  • La foi religieuse est-elle folie ou sagesse ?

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    De  sur le Catholic Thing :

    La foi religieuse est-elle folie ou sagesse ?

    Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?   Pourquoi ce quelque chose possède-t-il l’extraordinaire capacité d’évoluer en cet univers complexe et pourtant ordonné que nous contemplons, un univers si ordonné que la prévisibilité et la science sont possibles ?   Pourquoi même les cellules vivantes les plus simples contiennent-elles une information génétique analogue à des codes informatiques complexes ?

    Ce ne sont pas des questions dénuées de sens. Il n'est pas évident non plus que la seule réponse intelligente à ces questions soit un simple coup de dés. Ou que ce soit ainsi que les choses soient.   Dans tous les domaines de l'activité humaine, nous cherchons des raisons et des causes pour expliquer l'état des choses.   Il est difficile de comprendre pourquoi l'hypothèse sous-jacente à toutes ces réalités extraordinaires ferait passer pour des imbéciles ceux qui la proposent.

    Des slogans philosophiques du genre « L’athéisme est un mythe compris » ou « La religion empêche de penser clairement » ou des références à des « monstres en spaghetti volants » peuvent être amusants, mais ils ne sauraient certainement pas être considérés comme des réflexions intellectuelles profondes.

    Après une vie consacrée à l'érudition et à l'athéisme, le philosophe anglais Anthony Flew en est venu à considérer l'existence de Dieu comme une explication convaincante du réglage fin apparemment miraculeux de l'univers à son origine.

    Alex O'Connor, un podcasteur en ligne contemporain, toujours réfléchi et courtois, bien que toujours incroyant, concède que les démonstrations de Thomas d'Aquin concernant l'existence de Dieu et les preuves de la résurrection du Christ sont beaucoup plus convaincantes qu'il ne le pensait auparavant, et certainement pas à rejeter comme les élucubrations de fous.

    Je me demande souvent comment les athées les plus fervents, si prompts à rejeter la croyance en Dieu et enclins à confondre la foi avec la stupidité ou la superficialité, expliquent des personnalités comme le regretté Père Stanley Jaki, docteur en théologie et en physique, qui parlait sept langues.   Les génies croyants comme Jaki ne sont peut-être pas légion, mais ils sont loin d'être rares et laissent penser que le manque d'intelligence ne saurait constituer une explication valable de la croyance religieuse.

    On ne peut pas non plus rejeter l'idée que la foi en Dieu ne serait qu'une béquille pour les faibles et ceux qui seraient incapables d'affronter les rigueurs de la vie ; vous savez, des gens comme saint Jean-Paul II et Mère Teresa de Calcutta – l'un ayant contribué à la chute de l'empire soviétique, l'autre vivant parmi les plus pauvres des pauvres dans les bidonvilles de l'Inde. De pitoyables faibles, nous demande-t-on, incapables de rivaliser avec les courageux, brillants et robustes athées qui enseignent dans nos universités ou travaillent dans les médias ou à Hollywood.

    Des croyants loin d'être pathétiques : Mère Teresa et Jean-Paul II, 1986 [Source : Ambassade des États-Unis auprès du Saint-Siège]

    Bien sûr, il est vrai que beaucoup de croyants sont des personnes simples, sans diplômes universitaires, et que beaucoup d'autres ont besoin de leur foi pour traverser les épreuves de la vie.   Dans le film « Potins de femmes », il y a une scène poignante où le personnage de Daryl Hannah dit précisément cela à Sally Field, dévastée par la mort de sa fille.   Leur échange ne minimise en rien la tragédie de ce décès. Mais pour faire face à la vie, Field a besoin de croire que Dieu est souverain et qu'après la mort, il y a une vie après la mort.

    Je suis prêtre catholique depuis cinquante ans et j'ai été confronté à des tragédies insoutenables, notamment les funérailles d'une femme et de ses deux nièces, tuées dans un accident de voiture dont elles n'étaient pas responsables. La mère des deux filles avait récemment divorcé.   Elles étaient ses seules enfants. Je conserve encore le ciboire, ce petit récipient en métal servant à apporter la communion aux malades, que cette mère m'a offert, gravé des noms de ses filles qu'elle considérait comme les anges de Dieu. Admettons-le, la foi de cette femme était alors un véritable soutien. J'ai officié à ses funérailles des années plus tard, et je sais qu'elle ne s'en est jamais remise après la perte tragique de ses deux filles adolescentes.   Pourtant, elle a tenu bon jusqu'à la fin, animée par la foi, l'espoir et l'amour. Aurait-elle été plus heureuse sans tout cela ? J'ai connu des centaines, peut-être des milliers de personnes comme elle, confrontées à des chagrins indicibles, certaines à peine capables de s'en sortir, d'autres incroyablement fortes malgré la tragédie, et toutes en grande partie grâce à leur foi.

    Voici donc une question pour tous ceux qui ne croient pas mais ne peuvent savoir qu'il n'y a pas de Dieu : quel genre de personne s'amuse à faire tomber les béquilles de ceux qui ne tiennent debout que grâce à elles ? Et quelle alternative proposez-vous ?

    Vous voulez changer de sujet et parler de fanatiques religieux et de l'histoire des guerres de religion ? La guerre a été une constante tout au long de l'histoire, jusqu'à nos jours. Et récemment, les plus grandes guerres, persécutions et massacres de tous les temps ont été initiés et perpétrés par des régimes athées.

    Existe-t-il de mauvaises personnes religieuses ? Bien sûr. Voire même de mauvaises religions, mais c’est un autre sujet. Cependant, la religion qui enseigne que Dieu est amour ; que tous ceux qui demeurent dans l’amour demeurent en Dieu et Dieu en eux ; qui nous commande d’aimer Dieu et notre prochain avec le plus grand désintéressement et le plus grand sacrifice possibles ; qui affirme que Dieu est Créateur, Rédempteur et Sanctificateur ; et qu’il nous a créés à son image et à sa ressemblance, non pas pour nous voir sombrer dans l’oubli au bout d’une courte vie, mais pour vivre éternellement avec lui dans un autre monde – cette religion n’est ni stupide, ni anti-intellectuelle, ni un simple artifice.

    Les croyants peuvent justifier leur croyance, sans pour autant convaincre tout le monde, mais sans pour autant tomber dans la folie. La folie, en revanche, réside chez ceux qui, incapables d'admettre l'inexistence de Dieu et opposant le désespoir absolu à la foi, persistent à railler les croyants, à les déstabiliser et à prétendre que si seulement chacun était un athée convaincu comme eux, le monde serait meilleur. Tant qu'il y aura des gens comme ça, je continuerai à me sentir très intelligent, et si je me trompe, il y aura toujours beaucoup de gens qui seront contents d'avoir des imbéciles comme moi pour les accompagner dans leur voyage à travers la vie.

  • Léon XIV : Un Augustin de bout en bout (et toujours une énigme)

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    De Christopher R. Altieri sur Crux Now :

    Léon XIV : Un Augustin de bout en bout (et toujours une énigme)

    Dans deux discours prononcés ce week-end, le pape Léon XIV a rappelé trois choses aux observateurs du Vatican : un augustinien siège sur le siège de Pierre ; c’est un homme d’une intelligence puissamment incisive et parfaitement formée ; et nous ne savons toujours pas grand-chose sur la manière dont il entend gouverner.

    Prenons l'exemple des propos tenus par Léon XIV devant les participants d'une réunion du Réseau international des législateurs catholiques, concernant la nécessité de l'intelligence humaine avant et après l'intelligence artificielle. Ils montrent que Léon ne fait pas étalage de son savoir, mais que son érudition est aussi indéniablement profonde que délibérément discrète.

    « Chers amis », a déclaré Léon XIV aux législateurs vendredi, « le monde n’a pas besoin d’une intelligence artificielle qui diminue l’humanité ; il a plutôt besoin d’une intelligence humaine éclairée par la sagesse, d’une autorité politique guidée par la conscience et d’une innovation technologique dirigée par la charité. »

    « Ce n’est qu’alors que l’intelligence artificielle deviendra non pas une rivale de l’humanité, mais une servante du bien commun », a déclaré le pape.

    sous-texte augustinien

    Ces lignes résumaient à merveille toute la philosophie politique de Léon, ancrée dans son anthropologie, deux domaines profondément augustiniens. Léon XIV est, après tout, un augustinien, quoi qu'il soit d'autre.

    Dans ces lignes, on retrouve également un sous-texte de guerre spirituelle – discernable dans l’abstraction mais indissociable dans la réalité – elle aussi enracinée dans la vision du monde augustinienne.

    « Sans la charité », écrivait saint Augustin dans le livre IX de sa Cité de Dieu , « la connaissance ne fait aucun bien, mais elle enfle l’homme ou le magnifie d’un vent vide. »

    Le grand évêque et Docteur de l'Église poursuivra en disant que la connaissance sans charité est la propriété des démons.

    Bien que je ne puisse affirmer avec certitude qu'il y pensait en rédigeant ses remarques, c'est le genre de chose que l'Augustin sait au fond de lui, même et surtout lorsqu'il n'y pense pas consciemment. En tout cas, on le perçoit presque dans la manière dont Léon XIV a formulé la question fondamentale que pose la révolution de l'IA, avec une urgence palpable pour nous tous.

    « La technologie aide-t-elle les gens à devenir plus fraternels et responsables envers eux-mêmes et envers les autres ? » a demandé Léon.

    « À cet égard », a-t-il déclaré, « les principes de la doctrine sociale de l’Église – la dignité inviolable de toute personne, le bien commun, la destination universelle des biens, la subsidiarité et la solidarité – constituent les critères sûrs de discernement. »

    Voilà qui est matière à réflexion.

    hobbesianisme et augustinisme

    Samedi, Léon XIV s'est adressé aux capitaines régents et aux législateurs de la République de Saint-Marin, un micro-État de la péninsule italienne qui existe sans interruption depuis le IVe siècle.

    Les capitaines régents sont choisis parmi un corps législatif de 60 membres pour exercer un mandat de six mois à la tête de la cité-État et de ses 35 000 citoyens, un rôle essentiellement symbolique.

    Fondée par les saints Marin et Léon – des tailleurs de pierre dalmates, selon la tradition – qui fuirent la dernière grande persécution romaine des fidèles chrétiens et vécurent en ermites avant de recevoir les ordres sacrés, Saint-Marin est la plus ancienne république du monde à avoir existé sans interruption.

    Léon XIV profita de l'occasion pour exprimer son désaccord avec l'anthropologie et la vision du monde de Thomas Hobbes, un penseur reconnu par tout le spectre des opinions politiques savantes – qu'elles soient favorables ou défavorables – comme étant au cœur du projet de modernité politique.

    Hobbes figurait autrefois au programme des cours d'introduction à la philosophie à l'université, mais de nos jours, rares sont ceux qui le connaissent. C'est regrettable, car les idées qu'il a développées sont d'une grande actualité dans la politique et la culture contemporaines.

    Bien que Léon XIV n'ait pas mentionné Hobbes de nom, il s'en est pris au (très) célèbre théoricien politique, qui a (très) tristement décrit la nature humaine comme étant en guerre contre elle-même, et les êtres humains en dehors de la société politique – à l'état de nature – comme étant en guerre les uns contre les autres, et les sociétés politiques comme étant à l'état de nature les unes envers les autres.

    Hobbes soutenait également que la liberté appartient aux républiques, et non aux citoyens.

    « La liberté », écrivait Hobbes au chapitre XXI de son Léviathan , « n’est pas la liberté des individus, mais la liberté de la communauté », c’est-à-dire de la république (par laquelle Hobbes entendait toute société politique, quelle que soit sa constitution). « On peut lire sur les tours de la ville [italienne] de Lucques », donnait Hobbes en exemple, « le mot LIBERTAS ».

    « Pourtant, nul ne peut en déduire, poursuivit Hobbes, qu’un homme en particulier y jouit de plus de liberté ou d’une plus grande immunité vis-à-vis du service de la République qu’à Constantinople », alors gouvernée par des despotes ottomans. « Qu’une République soit monarchique ou populaire, écrivait-il, la liberté demeure la même. »

    Comparez ce point de vue avec celui que Léon XIV a présenté, samedi, aux gouverneurs et aux citoyens de Saint-Marin.

    « Tout au long de sa longue histoire », a déclaré Léon aux Sanmarinais, « votre République a toujours gardé pertinentes les paroles que l’on pourrait décrire comme le testament spirituel de son Fondateur : Relinquo vos liberos ab utroque homine, dont l’essence est clairement capturée dans la devise, Libertas . »

    « Un seul mot, et pourtant d’une importance capitale », a déclaré Léon XIV. « Dans le contexte de l’histoire d’un peuple et d’un État », a-t-il ajouté, « il exprime assurément l’aspiration à l’autodétermination et à l’indépendance vis-à-vis des autres autorités politiques. »

    « En même temps, » a déclaré Léon, « Libertas signifie bien plus. »

    « Avant toute chose », a déclaré Léon samedi, « je tiens à souligner qu’il n’y a pas de véritable liberté civile sans liberté individuelle – c’est-à-dire sans respect et promotion de la dignité de la personne humaine, dont la liberté est une composante essentielle. »

    « En fin de compte, » dit-il, « cette liberté est un don de Dieu, dont la voix résonne dans la conscience de chaque être humain. »

    En d'autres termes, Léon XIV proposait une alternative à la vision hobbesienne qui imprègne la politique et la culture, une alternative ancrée dans l'histoire et lucide quant à la nature humaine qui est en fin de compte l'œuvre de Dieu.

    Une question de citoyenneté

    Au début de son pontificat, Léon a adressé quelques remarques autobiographiques au corps des diplomates accrédités auprès du Saint-Siège, dans lesquelles il décrivait sa propre histoire comme « celle d’un citoyen, descendant d’immigrants, qui à son tour a choisi d’émigrer ».

    « Nous pouvons tous, au cours de notre vie, être en bonne santé ou malades, avoir un emploi ou être au chômage, vivre dans notre pays natal ou dans un pays étranger, mais notre dignité reste toujours inchangée », a déclaré Léon XIV aux diplomates le 16 mai 2025, « c’est la dignité d’une créature voulue et aimée de Dieu. »

    « Citoyen » est un autre terme chargé d’éléments augustiniens (sur lequel j’ai beaucoup plus parlé dans mon livre sur les défis auxquels est confronté le pontificat actuel).

    « Il existe une cité de Dieu », écrivait Augustin dans le livre XI de La Cité de Dieu , « et son Fondateur nous a inspiré un amour qui nous fait convoiter sa citoyenneté. »

    Le désir d'une amitié parfaite avec Dieu et tous nos semblables dans une heureuse éternité est un désir qui vit dans le cœur humain (encore un terme revêtant une signification particulière dans la perspective augustinienne), et le baptême est le signe efficace et la promesse de la citoyenneté dans cette cité.

    Il existe aussi une « cité terrestre » – la Cité de l’Orgueil – fondée non pas sur l’amitié mais sur le fratricide, et finalement sur le meurtre d’Abel par Caïn.

    Bien trop souvent, la Cité de Dieu de saint Augustin – le concept articulé dans l’ouvrage du même nom – est confondue ou amalgamée avec l’Église, tandis que la Cité terrestre est confondue ou amalgamée avec l’ordre politique en place, quelle que soit sa constitution.

    Bien que je ne conteste pas ce point ici, il y a de fortes chances que cette interprétation erronée, du moins telle qu'elle se produit de nos jours, comporte un élément hobbesien distinct.

    Saint Augustin concevait la Cité de Dieu comme étant en pèlerinage dans le monde, et il comprenait que l'Église – l'Église visible – était le signe de la présence pèlerine de cette Cité sur Terre dans l'histoire.

    Néanmoins, il n’existe aucune société politique unique – pas même la Rome des païens – que l’on puisse identifier simplement à la Cité terrestre.

    Dans l'histoire, les ordres politiques apparaissent et disparaissent. Les sociétés politiques se forment, se développent, changent, déclinent, se décomposent, disparaissent, puis de nouvelles prennent leur place.

    Il convient de mentionner ici que les chrétiens du temps de saint Augustin étaient confrontés à une accusation assez semblable à celle portée contre les chrétiens et le christianisme de nos jours : que la religion chrétienne ne peut soutenir la morale d’une république.

    À l'époque d'Augustin — qui, il convient de le mentionner, correspond aux dernières décennies de la puissance impériale romaine en Occident —, la république romaine était la norme.

    La Cité de Dieu de saint Augustin était véritablement une réfutation de l'accusation portée contre les chrétiens et le christianisme à son époque, une réfutation fondée sur une réelle connaissance de l'histoire romaine à partir de laquelle le grand saint a élaboré une théorie générale de l'ordre qui influence encore la politique aujourd'hui.

    Même si Léon XIV n'avait pas explicitement tout cela à l'esprit lorsqu'il rédigeait ses discours du week-end, tout cela fait partie intégrante de la dimension spirituelle, intellectuelle et politique propre à l'augustinisme.

    Avoir un augustinien comme Léon XIV à la tête du pouvoir papal, eh bien, il va falloir un temps d'adaptation.

    Il est impossible de dire avec certitude – du moins pas encore – quelle différence tout cela fera dans la manière dont Léon gouvernera l'Église, mais c'est un prisme à travers lequel il convient d'analyser ce pontificat qui continue de se dérouler.

    Ce n'est pas rien.

  • Quand le vouloir humain prétend se faire loi : saint Pie X contre l’absolu démocratique

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    De Daniele Trabucco sur la NBQ :

    Quand la volonté prétend se faire loi : saint Pie X contre l’absolu démocratique

    Ce que le pape Sarto conteste, ce n’est pas que le peuple participe à la détermination concrète du gouvernement, mais bien que le vouloir humain commun soit considéré comme le principe originel de l’ordre politique.

    21/08/2026

    La critique de saint Pie X à l’égard de la démocratie libérale ne peut se réduire au rejet d’une forme particulière de gouvernement, ni a fortiori à la nostalgie d’un ordre politique désormais révolu. Elle atteint un niveau bien plus profond, car elle touche à la conception moderne de l’autorité et, avant même cela, à l’anthropologie qui la rend possible.

    Ce que le Souverain Pontife conteste, notamment dans *Notre charge apostolique* de 1910, ce n’est pas que le peuple participe à la détermination concrète du gouvernement, mais bien que la volonté humaine associée soit considérée comme le principe originel de l’ordre politique, comme si l’autorité ne tirait pas sa mesure d’un bien qui la précède, mais la produisait par le consentement.

    La fracture est proprement métaphysique. Dans la conception classique et chrétienne, le pouvoir n’est pas une réalité autosuffisante, car sa légitimité ne découle pas simplement du fait d’être voulu, exercé ou reconnu. Il est juste dans la mesure où il est ordonné au bien commun et soumis à une loi qu’il ne crée pas, puisque le vrai et le bien possèdent une consistance antérieure à la décision des hommes. La modernité politique tend au contraire à transférer dans l’immanence de la volonté collective ce que l’ordre classique reconnaissait comme la mesure transcendante de l’action.

    C’est de là que naît l’erreur que Pie X identifie dans le démocratisme, lorsque le consensus n’est plus l’un des moyens par lesquels on détermine qui gouverne, mais devient le fondement ultime de ce qui peut être commandé. Il en découle une conséquence décisive. Si aucun ordre du juste ne précède la volonté politique, la loi risque de cesser d’être une « ordinatio rationis » pour devenir l’expression de la volonté dominante. La majorité acquiert alors une fonction qu’elle ne peut posséder, car elle peut manifester une préférence, mais non générer une vérité morale.

    Une multitude peut vouloir d’un commun accord ce qui est injuste sans que l’injustice n’en change pour autant de nature, tout comme aucune procédure ne peut transformer le mal en bien du simple fait de l’avoir revêtu de légalité. La même aporie traverse la conception libérale de la liberté. Pour le pape Sarto, la liberté ne trouve pas sa perfection dans l’indétermination du choix, mais dans la capacité de la volonté à adhérer au bien connu par la raison.

    En revanche, lorsqu’elle est conçue comme une émancipation vis-à-vis de tout ordre antérieur au sujet, elle finit par anéantir son propre fondement, car une liberté qui ne reconnaît d’autre critère qu’elle-même ne peut plus se distinguer théoriquement de l’arbitraire. L’égalité s’altère elle aussi lorsqu’elle passe, de dignité commune des hommes, à la négation de toute structure, fonction ou autorité, comme si toute relation ordonnée impliquait nécessairement une domination.

    C’est dans ce cadre qu’il faut également comprendre la critique de la séparation de l’État et de Dieu. Pie X ne nie pas la distinction des ordres, mais refuse qu’elle soit transformée en autosuffisance morale de la cité terrestre. Une communauté politique qui prétend ne recevoir aucune mesure au-delà d’elle-même ne devient pas neutre, car elle assume implicitement comme principe l’absence de toute vérité supérieure à la décision publique.

    Ce que propose Giuseppe Sarto conserve donc aujourd’hui encore une force singulière. Il ne s’agit pas d’une restauration mécanique des formes politiques du passé, mais bien de la redécouverte du caractère ministériel de l’autorité, de la loi en tant qu’expression de la raison ordonnée au bien commun, de la liberté en tant que faculté perfectionnée par la vérité, des corps intermédiaires en tant qu’articulations réelles de la société et de la participation politique en tant que contribution au bien de la communauté, et non comme l’attribution à la volonté collective d’un pouvoir sans limite.

    Sa critique touche ainsi au cœur même de la question qui continue de se poser à la démocratie contemporaine. Le problème ne réside pas avant tout dans l’identité de celui qui décide, mais dans ce qui rend une décision juste. Lorsque la procédure prétend épuiser à elle seule la légitimité, la politique ne se libère pas de tout absolu, mais finit plutôt par s’absolutiser elle-même. C’est précisément cette métamorphose de la volonté en mesure du vrai et du juste que saint Pie X rejette, en rappelant qu’aucune autorité humaine n’est aussi légitime que lorsqu’elle reconnaît ne pas être le principe ultime de l’ordre qu’elle est appelée à préserver.

    Daniele Trabucco est l’auteur de l’ouvrage *San Pio X. Il papa che condannò il modernismo*, Il Cerchio, Rimini 2026.

  • La démocratie est menacée par l’« éloignement progressif » de la société par rapport à l’ image biblique de l’humanité

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    Le sermon de Mgr Stefan Oster pour la solennité de l’Assomption de Marie à Altötting :

    Chères sœurs, chers frères,

    Ces derniers mois, j'ai beaucoup réfléchi à la relation entre l'État et la religion, entre la société d'une part, et la question suivante : de quelle religion une société a-t-elle besoin ? Ou plutôt : de quel type de religion a-t-elle besoin ? Et surtout : quelle image de nous-mêmes, en tant qu'êtres humains, est nécessaire au fonctionnement d'un État libre et démocratique comme le nôtre ?

    En 1949 – peu après la catastrophe du régime nazi et la Seconde Guerre mondiale – nous avons reçu ce que je considère comme une Loi fondamentale magnifique. Elle s'ouvre sur un préambule affirmant que le peuple allemand s'est donné cette Loi fondamentale « sous responsabilité devant Dieu et devant l'humanité ». Et dans son premier article, elle formule cette phrase de manière véritablement remarquable : « La dignité humaine est inviolable. La respecter et la protéger est le devoir de toute autorité de l'État. » Cette phrase constitue, en un sens, la pierre angulaire de tous les articles suivants de la Loi fondamentale, et elle souligne avec force que l'État n'est pas au-dessus du peuple, mais a au contraire le devoir de le servir.

    Descriptif ou normatif ?

    À ma connaissance, rares sont ceux, dans notre pays, qui contesteraient l'affirmation : « La dignité humaine est inviolable. » Cependant, un débat persiste quant à savoir si cette affirmation est purement descriptive ou si elle constitue une exigence. Est-elle descriptive ou normative ? La grande majorité de ceux qui se penchent sur cette question estiment qu'elle est normative, en ce sens que la dignité humaine ne doit pas être bafouée. Il s'agit là d'un principe juridique fondamental, car nous sommes, bien sûr, trop souvent témoins de violations de la dignité humaine. Lorsque des personnes sont réduites en esclavage, violées ou tuées, par exemple, la dignité humaine est bafouée. Et cela, fondamentalement, ne devrait pas être toléré dans notre pays. Par conséquent, la dignité humaine bafouée doit être rétablie.

    Que signifie la dignité ?

    Mais la question essentielle est désormais : que signifie réellement la dignité ? Pour nous, chrétiens, la réponse n'est pas si difficile : nous croyons avoir été créés à l'image de Dieu, de manière unique. Dotés de raison et de liberté, nous sommes capables de dire la vérité, même lorsque nous mentons, commettons le mal ou nous asservissons par notre propre faute, par exemple par le biais d'addictions. Nul ne peut nous ôter l'image de Dieu, source de notre dignité ; nous ne pouvons que l'obscurcir par nos propres fautes. Et inversement – ​​ce qui nous amène à la célébration d'aujourd'hui : Notre Seigneur Jésus est pleinement Dieu et pleinement homme. Au sens le plus profond, par son incarnation, il a confirmé ce que signifie être humain. Et, d'une certaine manière, il a aussi pleinement restauré la possibilité pour notre dignité inaliénable de se manifester à nouveau en nous. Et en sa Mère, il nous a donné la nouvelle création : celle en qui et par qui Dieu vient au monde. Ce faisant, il nous a aussi révélé notre propre vocation, qui est au fond la vocation de tout être humain : nos cœurs sont capables d’accueillir Dieu en nous. Et il nous a rendus capables de vivre de telle sorte que cette dignité insondable puisse aussi se manifester extérieurement dans nos relations avec lui et avec les autres. Autrement dit, de façonner nos vies comme le dit le préambule de la Loi fondamentale : dans la responsabilité devant Dieu et devant les hommes.

    Serait-ce une question purement philosophique ?

    Et si nous prenons cela au sérieux, chers frères et sœurs, nous constatons soudain que pour nous, chrétiens, le sens de la dignité est en réalité bien plus clair que pour ceux qui tentent de l'expliquer uniquement par la philosophie. Prenons l'exemple d'Emmanuel Kant, qui, au XVIIIe siècle, expliquait pourquoi les êtres humains ne doivent jamais être de simples moyens, mais, selon sa formulation, sont toujours une fin en soi. Car, par leur raison et leur liberté, ils sont uniques au monde et possèdent donc la dignité. Or, nous voyons qu'une explication purement philosophique nous permet de comprendre le premier article de la Loi fondamentale uniquement de manière normative, c'est-à-dire comme une simple exigence, sans bien sûr préciser ce qui est exigé quant au contenu. Nous, chrétiens, avons l'avantage que, pour nous, l'affirmation « La dignité humaine est inviolable » est toujours comprise aussi de manière descriptive. Notre compréhension est déjà plus large. Et, sans la perspective divine, elle doit toujours être redéfinie et débattue à nouveau, selon le temps et la situation.

    Il s'agit de l'image de l'humanité.

    Qu'entend-on par là ? Eh bien, derrière le discours sur la dignité humaine se cache une image précise de l'humanité – et donc une compréhension de ce qu'est fondamentalement un être humain. Ainsi : l'embryon dans le ventre de sa mère est-il déjà un être humain, une personne humaine, et par conséquent porteur d'une dignité humaine inviolable ? Nous, chrétiens, répondons : Oui, bien sûr ! De même, une personne dans le coma, qui va très probablement mourir prochainement, est-elle encore porteuse de cette dignité ? Et nous répondons : Oui, bien sûr ! Selon notre foi, nous ne retirons rien à l'humanité et à sa dignité, même lorsqu'une personne ne possède pas encore ou ne possède plus certaines caractéristiques et qualités telles que la raison ou la liberté. Mais elle est un être humain, créé par Dieu, et donc porteur d'une dignité personnelle. Et par conséquent, dans notre conception chrétienne, le lieu où et par lequel une personne vient au monde est également spécialement protégé et porteur de dignité, en particulier les femmes, et plus particulièrement le mariage et la famille. En conséquence, la Loi fondamentale formule déjà cette phrase dans son article 6 : « Le mariage et la famille bénéficient de la protection spéciale de l'État. » Il est clair que les rédacteurs de la Loi fondamentale entendaient, premièrement, la monogamie et non la polygamie, et deuxièmement, l'unité du père, de la mère et de leur(s) enfant(s). La plupart des auteurs de la Loi fondamentale étaient influencés par le christianisme. Nombre d'entre eux partageaient la conception catholique du mariage comme sacrement, comme alliance sacrée. Ces exemples nous montrent que la foi nous enseigne : Dieu existe et Dieu est la réalité même. Il est Seigneur de la vie et de la mort. Et l'humanité, en tant que sa créature bien-aimée, faite à son image, est, dans toutes ses dimensions, porteuse de la dignité qu'elle a reçue. Et à ce titre, elle doit être protégée. La foi dit donc : « Voilà comment il en est. » Elle est descriptive, et non simplement normative.

    Lorsque la foi disparaît, l'image chrétienne de l'humanité disparaît également.

    Mais si nous nous sécularisons de plus en plus, c'est-à-dire si la foi s'estompe ou est remise en question, si l'influence des Églises chrétiennes dans notre pays diminue, alors le caractère descriptif du concept de dignité humaine s'efface peu à peu. Il ne reste que le caractère normatif, la conviction que la dignité doit être protégée. Or, cela engendre un débat permanent sur le sens même de la dignité. Elle ne peut plus être l'image de Dieu. Dès lors, une question se pose : qui est donc, au sens le plus plein du terme, cet être humain porteur de cette dignité digne de protection ?

    Quelques exemples de changement

    Et maintenant, voici quelques exemples de points que, je suppose, la grande majorité des rédacteurs de notre Loi fondamentale n'ont même pas envisagés lorsqu'ils ont formulé le principe de l'inviolabilité de la dignité humaine : par exemple, le débat sur l'avortement en tant que droit humain, qui a également lieu fréquemment dans notre pays. La France est allée plus loin à cet égard, en inscrivant le droit à l'avortement comme un droit fondamental dans sa Constitution. Autre exemple : en 2020, la Cour constitutionnelle fédérale allemande a souligné le droit à mourir dans la dignité, et depuis lors, il est devenu possible dans notre pays de faire du suicide assisté un modèle commercial. Pour moi, c'est une violation flagrante des principes fondamentaux – et une perversion de ce que nous entendons par dignité humaine, don de Dieu, qui est aussi Seigneur de la vie et de la mort. Ou encore : un homme politique influent, membre d'un parti démocrate-chrétien, vote contre la légalisation de la gestation pour autrui dans notre pays. Et il le fait alors même que lui et sa compagne avaient déjà convenu d'avoir un enfant par gestation pour autrui à l'étranger. Et alors que la mère porteuse était déjà enceinte.

    Tout est-il permis si Dieu n'existe pas ?

    Ou encore : lorsque l'on considère la Journée de Christopher Street, avec ses multiples facettes d'expression ouverte des modes de vie, des préférences sexuelles et des identités revendiquées, on constate immédiatement à quel point la société a fondamentalement changé. Et oui, c'est une expression de la liberté humaine, explicitement permise par notre démocratie. Parallèlement, il devient évident combien il est difficile pour nous, croyants, de concilier tout ce qui s'y montre ou y est prôné avec notre conception chrétienne de l'humanité. Face à certaines choses, nous posons la question légitime : cela correspond-il à la dignité que Dieu nous a donnée, ou la contredit-il ? L'écrivain Dostoïevski avait-il finalement raison lorsqu'il disait : « Si Dieu n'existe pas, tout est permis » ?

    Appelé à aimer

    Il est toutefois important pour moi de souligner que si, en tant que chrétiens, nous prenons au sérieux la question de la dignité humaine, il doit être clair pour nous, même à l'occasion de la Journée de Christopher Street, que sans exception, toutes les personnes présentes sont des enfants bien-aimés de Dieu, dotés d'une dignité inaliénable. Et que nous devons respecter leur liberté, sans pour autant cautionner ce qui y est montré ou prôné. Quoi qu'il en soit, je crois que la perception d'une absence ou d'une inexistence de Dieu a considérablement élargi le champ des possibles dans le contexte entourant la question du sexe et du genre. Et que la plupart de ces perceptions ne correspondent pas à l'image biblique de l'humanité.

    Et puis, considérant l'aspect politique sous un autre angle : ce même principe, la reconnaissance de la dignité de chaque être humain comme enfant bien-aimé de Dieu, s'applique également au respect des réfugiés, des personnes d'autres cultures, ethnies et croyances, des personnes marginalisées, des personnes handicapées, des personnes âgées, des femmes et des enfants. Ce principe s'applique toujours. Nous sommes toujours appelés à respecter chaque être humain et, surtout, à ne jamais recourir à la violence. Nous pouvons et devons affirmer clairement ce qui correspond à notre conception de l'humanité et ce qui n'y correspond pas, mais nous sommes aussi appelés à le faire dans l'amour, cet amour qui nous anime lorsque nous vivons en union avec le Christ.

    La vision biblique de l'humanité – et les nombreuses autres visions de l'humanité

    Chers frères et sœurs, je suis convaincu que notre Loi fondamentale, et par conséquent notre démocratie libérale, repose essentiellement sur l'image biblique de l'humanité. Or, je crains que ce soit précisément l'éloignement croissant de notre société par rapport à cette image qui mette en péril notre démocratie. Pourtant, c'est précisément cette démocratie qui permet et rend cet éloignement possible. Mais je pense aussi que les conceptions de l'humanité différentes de la nôtre, surtout dans toute leur diversité, tendent presque automatiquement à exacerber les conflits d'intérêts. Et avec cela, la demande d'une solution simple et rapide, imposée par une autorité forte au sommet, qui prévaut et assure la cohésion du système, se fait de plus en plus pressante.

    Quelle est la vision ?

    Il y a quelques jours, j'ai vu une interview de Juli Zeh, une écrivaine importante de notre pays, également avocate et juge constitutionnelle au Brandebourg. Elle y évoquait le manque de vision de notre nation : où voulons-nous aller ensemble, positivement ? Qu'est-ce qui nous unit ? Je crois qu'elle a raison. Mais nous, catholiques, proposons une vision que nous célébrons aujourd'hui. Nous pouvons croire : quoi qu'il arrive, bonheur ou malheur, succès ou échec, quelle que soit la forme de société qui émergera, notre contribution sera là. Nous connaissons notre Seigneur, nous l'aimons, ainsi que notre Église, dont Marie est l'archétype. Et plus nous nous connectons intérieurement à elle, plus nous nous connectons, presque naturellement, à son Fils. Notre vision pour ce temps est la suivante : garder le ciel ouvert – et ce ciel n'est pas qu'une simple pensée, pas une vague intuition. Le ciel commence dès maintenant dans nos cœurs, et il s'ouvre particulièrement lors des fêtes et des jours comme celui-ci. Car nous sommes les enfants de la Mère que notre Seigneur a déjà accueillie au ciel. Allons de l'avant avec gratitude et invitons les autres à se joindre à nous – et à découvrir ensemble l'immensité du ciel, en tant qu'enfants bien-aimés de Dieu. Ce faisant, contribuons aussi au succès de notre démocratie. Amen.

    Le sermon de l'évêque Stefan Oster, intitulé « Quelle est la vision ? Sur la dignité humaine et l'image chrétienne de l'homme », peut être écouté et téléchargé ici :

  • Le virus séculier qui a paralysé le christianisme européen pourrait également infecter l'Afrique

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    De sur le CWR :

    Un évêque nigérian : l'Afrique n'est pas à l'abri des causes du déclin de l'Église en Europe

    « La foi de notre peuple est forte », déclare l’évêque Mathew Hassan Kukah, « mais nos élites en sont victimes et basculent parfois vers le néo-paganisme. »

    Alors que les églises d'Europe occidentale continuent de fermer leurs portes, de réaménager leurs bâtiments ou de faire face à une apathie généralisée, le Nigeria connaît un réveil catholique qui va à contre-courant des tendances mondiales.

    Avec environ 35 millions de catholiques et un taux de fréquentation de la messe hebdomadaire impressionnant de 94 % (apparemment le plus élevé au monde), ce pays d'Afrique de l'Ouest est incontestablement devenu l'un des bastions les plus dynamiques du catholicisme mondial. Mais cette croissance fulgurante au Nigeria et en Afrique en général n'est pas sans revers.

    Dans cette interview approfondie accordée à Catholic World Report, l'évêque Mathew Hassan Kukah du diocèse de Sokoto au Nigeria se penche sur les racines de l'essor de la foi au Nigeria, l'attribuant aux sacrifices fondateurs des premiers missionnaires et à la stature morale exceptionnelle de la première génération de clergé indigène.

    Pourtant, même s'il se réjouit de cette croissance phénoménale, Kukah n'ignore pas que le virus séculier qui a paralysé le christianisme européen pourrait également infecter l'Afrique.

    Le prélat nigérian met en garde ses fidèles contre toute peur face aux innombrables défis auxquels l'Église est confrontée, depuis la menace insidieuse du matérialisme et les dangers spirituels liés à l'envoi de jeunes inexpérimentés en Occident, jusqu'à la réalité immédiate et sanglante des attaques terroristes et du meurtre de séminaristes.

    Expliquant pourquoi l'Église européenne a perdu son autorité morale en embrassant le pouvoir séculier, Kukah soutient que l'avenir de l'Église catholique au Nigéria, ainsi que de l'Afrique dans son ensemble, ne reposera pas uniquement sur la reproduction biologique, mais sur une foi profondément personnelle et convaincue, bâtie sur le sang des martyrs.

    Vous trouverez ci-dessous des extraits de cette conversation.

    CWR : Church Life Africa (CLA) indique que le Nigéria compte aujourd’hui environ 35 millions de catholiques et enregistre la plus forte fréquentation hebdomadaire de messes au monde, ce qui en fait l’un des centres les plus dynamiques du catholicisme mondial. À quoi attribuez-vous ce dynamisme remarquable et cet engagement profond envers la foi chez les Nigérians, surtout si on les compare à l’apathie observée dans de nombreux pays occidentaux ?

    Mgr Mathew Hassan Kukah : Bien que vos chiffres soient modestes, je ne les contesterai pas, car la croissance de l’Église catholique a été phénoménale au fil du temps. De nombreux facteurs expliquent cette croissance : la qualité du travail missionnaire, leurs sacrifices et les fondements solides qu’ils ont posés, les services d’éducation et de santé qu’ils nous ont offerts, la vie de vertu prônée par le catholicisme ; tous ces éléments ont exercé une grande attraction sur notre peuple.

    Une génération de membres du clergé autochtone particulièrement inspirants a également rehaussé les standards et donné un nouvel élan au catholicisme. Je parle de la première génération de notre clergé africain qui a dirigé l'Église, comme les cardinaux Ekandem, Arinze, Okogie et John Onaiyekan.

    Leur stature imposante exerçait une grande fascination et a inspiré toute une génération de jeunes hommes et femmes.

    CWR : En Afrique, la population catholique est passée de 2 millions en 1900 à 281 millions aujourd’hui. D’après votre expérience pastorale, quelle part de cette croissance attribuez-vous à la ferveur spirituelle inhérente à la culture africaine et quelle part aux efforts structurels de l’Église ?

    L'évêque Kukah : L'action humaine est bien sûr fonction de l'inspiration du Saint-Esprit, sans lequel nous ne pouvons pas appeler Jésus Seigneur.

    Les édifices tels que les cathédrales avaient un attrait particulier à l'époque, mais aujourd'hui, avec l'enracinement de l'Église et l'émergence d'une nouvelle génération de croyants, l'attention se porte de plus en plus sur son influence dans la vie publique. Ainsi, au-delà des chiffres et des bâtiments, nous ne devons jamais perdre de vue les images que Jésus lui-même a utilisées, telles que la lumière, le levain, la cité sur la montagne, etc.

    Ainsi, au-delà des chiffres, nous devons insister sur les fruits de cette foi, car c'est ce qui peut nous soutenir.

    CWR : Un chiffre alarmant du rapport de la CLA révèle que 85 à 90 % de la croissance du catholicisme en Afrique est due à la simple procréation, tandis que seulement 10 à 15 % résulte de la conversion des adultes et de l’évangélisation active. En tant que responsable, ce chiffre vous inquiète-t-il ? Pourquoi une foi qui repose principalement sur la reproduction biologique plutôt que sur l’évangélisation active serait-elle intrinsèquement fragile ?

    L'évêque Kukah : Eh bien, comme vous le savez, les statistiques ont leur importance, mais ce sont des outils utiles et malléables que tout le monde peut utiliser.

     La reproduction biologique est un facteur, certes, mais concrètement, en tant que prêtre, j'ai baptisé et, maintenant, en tant qu'évêque, confirmé des jeunes hommes et femmes dans des établissements d'enseignement supérieur, etc. Dans de nombreux diocèses, nous constatons un regain d'enthousiasme important chez les jeunes, sans parler des conversions d'autres confessions en dehors de l'Église.

    La fragilité est inhérente à toute institution laissée à l'abandon. C'est pourquoi, pape après pape, synode après synode, tous ont insisté sur la nécessité de renouveler la face de la terre, d'évangéliser. Les quatre derniers papes, par exemple, ont tous donné un caractère d'urgence particulier à l'appel à une nouvelle évangélisation et à une Église synodale.

     On constate une prise de conscience croissante de la nécessité de décléricaliser le rôle des laïcs et de s'ouvrir davantage à leur énergie. Les récentes nominations papales de Mme Maria Alvarado et de Sœur Alessandra Smerilli comme préfètes des dicastères pour la Communication et le Développement Humain Intégral en témoignent.

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  • Des enregistrements d'entretiens avec Gustave Thibon (d'une remarquable qualité sonore) à découvrir

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    Des enregistrements d'entretiens avec Gustave Thibon (remarquable qualité sonore) à découvrir

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