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Société - Page 17

  • Le naufrage de la Belgique : un signal d'alarme pour l'Europe ?

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    Le regard d'un historien et politologue portugais sur la situation en Belgique...

    De sur The European Conservative :

    Le naufrage de la Belgique est un signal d'alarme pour l'Europe

    L’ordre public n’est pas un luxe optionnel, mais la condition préalable à la prospérité et à une vie commune décente.

    Il arrive qu'une nation semble glisser, lentement et imperceptiblement, vers le déclin. À l'instar de Mike Campbell dans le roman d'Hemingway, Le Soleil se lève aussi (1926 ), la Belgique a connu cette descente aux enfers, « d'abord progressivement, puis soudainement ». Ce pays, jadis cœur du miracle industriel européen et paisible siège administratif de l'UE, est aujourd'hui en grande difficulté. Si Bruxelles aspirait à devenir la Rome des eurocrates, capitale impériale du nouvel empire technocratique et ennuyeux qu'est l'Union, le pays se retrouve au contraire confronté à une tempête de déclin véritablement gibbonien. En Belgique, on perçoit une lassitude plus profonde qu'un simple scandale politique ou une stagnation économique. C'est la lassitude d'un État qui ne croit plus vraiment pouvoir se gouverner lui-même.

    La lettre envoyée la semaine dernière par un juge d'instruction – rédigée sous protection policière, implorant une protection contre les trafiquants de drogue – était bien plus qu'un cri de désespoir professionnel. C'était le cri d'une nation qui se fissure. « Nous ne sommes plus en mesure de protéger nos citoyens, ni nous-mêmes », écrivait le juge. Après quatre mois passés dans un lieu sûr, le magistrat se retrouve sans aucun soutien de l'État, sans aucune indemnisation, et sous la menace d'une ligne invisible qui s'étend à tous les niveaux du système judiciaire. Le ton de la lettre était mesuré – et d'autant plus accablant. Un juge y reconnaissait que la Belgique est, de fait, en train de devenir un narco-État.

    Rien de tout cela n'est vraiment surprenant : les preuves s'accumulent depuis des années. Anvers, le deuxième port d'Europe, est devenu la principale porte d'entrée du continent pour la cocaïne. En 2023, les autorités belges ont saisi près de 120 tonnes de drogue, une saisie record, qui ne représente pourtant qu'une fraction de la quantité réellement autorisée à transiter par le territoire. La banlieue de la ville est ravagée par les guerres de gangs, les fusillades au volant et les attentats à la voiture piégée . Juges et policiers vivent sous la menace constante. 

    Mais le trafic de drogue n'est que le symptôme visible d'un mal plus profond. L'appareil administratif belge est sclérosé. La paralysie politique est devenue la norme : entre 2010 et 2011, le pays a établi un record mondial de durée sans gouvernement fonctionnel – 589 jours. Plus tard, entre 2018 et 2020, il est resté sans cabinet pendant une période stupéfiante de 652 jours. Sa bureaucratie est labyrinthique, ses impôts écrasants et la dette publique approche rapidement les 110 % du PIB. Les deux communautés linguistiques du pays, la Flandre néerlandophone et la Wallonie francophone, n'ont guère en commun qu'un drapeau et un roi.

    Le royaume a connu un déclin considérable. Du début du XXe siècle, où la Belgique figurait parmi les nations les plus riches du monde, une puissance industrielle pionnière dont l'acier, les textiles et les machines alimentaient les marchés mondiaux, la Belgique s'est réduite à la situation actuelle, croulant sous les dettes. La croissance de la productivité stagne depuis plus d'une décennie. Le chômage à Bruxelles avoisine les 15 %, tandis que les dépenses publiques absorbent plus de la moitié du revenu national (54,4 % du PIB). Le système de protection sociale est vaste et généreux, mais lui aussi est au bord de la rupture.

    À cela s'ajoutent les tensions liées à une évolution démographique rapide. La Belgique affiche aujourd'hui l'un des taux d'immigration les plus élevés d'Europe par rapport à sa population. À Bruxelles, moins de 22 % des habitants ont deux parents nés en Belgique. En 2021, 42 % de la population bruxelloise était d'origine non européenne ; la situation est encore plus alarmante aujourd'hui. Les écoles de la ville sont confrontées à la surpopulation, à la fragmentation linguistique et à une intégration inégale. 

    Au final, cela va de soi. La police le sait, les magistrats le savent, et les citoyens ordinaires le savent. Ce qui manque, c'est le courage politique de le dire clairement. Pendant des années, les dirigeants belges se sont consolés en se disant qu'en tant que capitale de l'Europe, les problèmes de leur pays étaient ceux de tous – et donc, d'une certaine manière, la responsabilité de personne. Ils ont présidé au suicide de ce qui fut, historiquement, l'une des régions les plus prospères du continent européen – et l'ont laissée en situation de faillite.

    La catastrophe belge est un avertissement pour l'Europe. Les forces mêmes qui érodent l'État de droit dans le pays – effondrement des institutions, violences urbaines de masse, économie de la drogue et réseaux migratoires incontrôlés – se propagent rapidement à travers toute l'Europe. En Belgique, elles se sont conjuguées de manière exceptionnellement précoce et explosive. Ailleurs, elles ne font que prendre de l'ampleur.

    Que peut-on tirer, le cas échéant, du naufrage belge ? Quand les juges doivent dissimuler leur adresse, quand les maires ont besoin de gardes du corps, et quand les citoyens cessent d’espérer que justice soit faite, alors le contrat social est déjà rompu. C’est lorsque la disparition d’une communauté entraîne celle de l’État lui-même. Aussi désolante que soit la situation, il est peut-être encore possible d’enrayer, voire d’inverser, la tiers-mondisation du royaume. Mais la première étape consiste à reconnaître l’existence de la crise, son caractère structurel, et le fait que rien ne se résoudra à ce stade sans un choc. 

    L'heure est à l'action. C'est maintenant. En Belgique, la lutte contre les narco-mafias doit être menée avec le même sérieux qu'on réservait autrefois à la lutte antiterroriste. La classe politique doit retrouver la force morale de comprendre que l'ordre public n'est pas un luxe, mais la condition sine qua non de la prospérité et d'une vie commune digne. Cependant, si le mal profond n'est pas traité, l'action policière ne sera qu'un palliatif. Si les Belges veulent libérer leur pays des chaînes du crime organisé étranger, ils devront, tôt ou tard, se rendre à l'évidence : la Belgique ne redeviendra pas ce qu'elle était si elle ne se redéfinit pas. Le peuple belge saura-t-il relever le défi ? Le gouvernement aura-t-il le courage d'assumer cette tâche ? Aujourd'hui, il s'agit bel et bien d'une question de survie nationale.

    Rafael Pinto Borges est le fondateur et président de Nova Portugalidade, un think tank conservateur et patriotique basé à Lisbonne. Politologue et historien, il a collaboré à de nombreuses publications nationales et internationales. Vous pouvez le retrouver sur X sous le pseudo @rpintoborges.
  • Au Parlement européen : combattre la haine antichrétienne

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    De Franziska Harter sur le Tagespost :

    Au Parlement européen

    Combattre la haine antichrétienne

    Vandalisme, attaques violentes et discrimination légale : des parlementaires européens appellent l’UE et ses États membres à enfin prendre au sérieux la protection des chrétiens.
    Lire aussi :

    En Finlande, la femme politique et ancienne ministre de l'Intérieur Päivi Räsänen est toujours jugée pour avoir cité un verset biblique sur Twitter en 2019 et critiqué l'Église pour son soutien aux marches des fiertés. En France, un enseignant a été sanctionné pour avoir inclus un texte de sainte Bernadette dans un cours sur le patrimoine culturel local – une démarche jugée par le tribunal comme une violation de la neutralité de l'État.

    Augmentation de la violence et de la discrimination

    Ce ne sont là que quelques-unes des restrictions légales auxquelles les chrétiens étaient confrontés en Europe en 2024. Dans ce contexte, l’OIDAC (Observatoire de l’intolérance et de la discrimination à l’encontre des chrétiens en Europe), basé à Vienne, a présenté mardi son dernier rapport au Parlement européen. La directrice de l’OIDAC, Anja Tang, a présenté ces nouvelles données lors d’une réunion de l’Intergroupe sur la liberté de religion, de conviction et de conscience.

    Au total, son organisation a recensé 2 211 crimes de haine antichrétiens, dont 274 agressions physiques. Tang a souligné que l’OIDAC combine les données des statistiques policières, des rapports gouvernementaux et des sources de la société civile avec sa propre documentation, en veillant systématiquement à éviter les doubles comptages. « Nos chiffres constituent donc une estimation très prudente », a-t-elle déclaré. Le nombre de cas non signalés est élevé, comme le démontre, par exemple, une enquête menée auprès de prêtres polonais, dans laquelle une grande partie des personnes touchées n’ont pas du tout signalé les agressions.

    Les chrétiens s'autocensurent.

    Parmi les « incidents les plus choquants », Tang a cité l’attaque mortelle contre un moine de 64 ans en Espagne, au cours de laquelle plusieurs autres membres d’ordres religieux ont été blessés, et la fusillade d’un fidèle dans une église en Turquie. Il a ajouté que de nombreux incendies criminels avaient également eu lieu – 94 d’entre eux ont été recensés par l’OIDAC pour la seule année 2024. Concernant les restrictions légales, Tang a expliqué qu’une tendance se dessinait : « Les chrétiens s’exposent à des sanctions, voire à des poursuites pénales, lorsqu’ils expriment publiquement et pacifiquement leurs croyances chrétiennes traditionnelles. »

    Bien que seules les minorités soient juridiquement concernées, l'impact s'étend bien au-delà de ces groupes. De nombreux chrétiens déclarent ne plus pouvoir exprimer ouvertement leurs convictions religieuses et se sentent de plus en plus marginalisés. Il en résulte une autocensure croissante, par crainte pour leur avenir professionnel, leur environnement de travail, leur milieu universitaire, leurs amitiés, voire leur propre santé. En Allemagne, un sondage représentatif a montré que près de la moitié des personnes interrogées âgées de moins de 29 ans estiment que les attitudes hostiles envers les chrétiens sont « généralisés ».

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  • La fin de la chrétienté : un "kairos" réjouissant ?

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Pour Zuppi, la fin de la chrétienté n'est pas un fait mais un dogme.

    Non seulement elle est révolue, mais l'ancienne société chrétienne est un fardeau inutile pour le président de la CEI, qui, lors de l'assemblée générale, annonce la nouvelle « bonne nouvelle » : la sécularisation vous libérera. Tel est le principe selon lequel l'Église devrait se laisser éclairer par le monde sur la foi.

    19/11/2025

    ALESSANDRO AMORUSO - IMAGOÉCONOMIQUE

    Pour le cardinal Zuppi, la sécularisation est un kairos , le temps voulu par Dieu, l'occasion désignée par la providence, la volonté divine se manifestant dans l'histoire. Il l'a affirmé lors de son discours inaugural à l'Assemblée des évêques italiens, qui s'est ouverte à Assise le 17 novembre, arguant qu'avec la sécularisation, « ce qui décline, c'est un ordre de pouvoir et de culture, et non la force vivante de l'Évangile… le croyant d'aujourd'hui n'est plus le gardien d'un monde chrétien, mais le pèlerin d'une espérance qui continue de se répandre dans les cœurs… la fin de la chrétienté n'est pas une défaite, mais un kairos : l'occasion de revenir à l'essentiel, à la liberté des origines, à ce oui prononcé par amour, sans crainte et sans garanties ».

    Nous avons rapporté ici quelques passages significatifs d'une thèse qu'il convient de rejeter catégoriquement. Soyons clairs : ce n'est pas nouveau. L'évêque émérite de Malines-Bruxelles, Josef de Kesel (voir la revue Teologia 1/2025), avait déjà défendu cette thèse il y a peu, en reprenant sensiblement les termes de Zuppi. De nombreux théologiens l'ont soutenue depuis les années 1960, voire avant. Il est toutefois agaçant que le président de la Conférence des évêques italiens la réitère.

    Si l'on considère la fin de la chrétienté comme un kairos, alors on considère également que le christianisme fut une erreur séculaire. Cette affirmation n'est pas une invention de Zuppi ; elle est en effet présente, par exemple, dans l'Humanisme intégral de Maritain, ouvrage datant d'environ quatre-vingt-dix ans. Comme chacun sait, Maritain souhaitait remplacer la chrétienté par un « nouveau christianisme », mais ceux qui ont assisté à la fin tragique de ce dernier ont fini par regretter profondément l'ancien. Zuppi estime que la chrétienté n'était pas un kairos et que l'Évangile a été recouvert et obscurci par la « civilisation chrétienne ».

    Par conséquent, il déplore la destruction qui a frappé cette richesse spirituelle et en remercie Dieu. Il assimile cette grandiose épopée chrétienne – que le lecteur s'interroge un instant sur la signification de ces siècles chrétiens… – au pouvoir, à la peur, à une foi imposée, à la guerre contre des ennemis, à la défense d'un enjeu à protéger, à un manque d'ouverture et de courage. (« Comment ose-t-il ! » pourrait-on s'exclamer).

    Il est agaçant qu'il affirme que, grâce à la sécularisation, l'Évangile peut enfin être proclamé clairement, comme si les saints et les chrétiens du passé l'avaient fait de manière confuse ; que ce n'est que maintenant que nous pouvons enfin « expérimenter la maternité de l'Église et vivre en écoutant la Parole qui devient vie », comme si nos pères dans la foi ne l'avaient pas déjà fait. La Société chrétienne, ce n'était pas une erreur ; ce qui est répréhensible, c'est la superficialité étonnante de cette condamnation par ceux qui prétendent, grâce à la sécularisation, ne plus condamner.

    Outre cette énorme bévue que représente la condamnation de la chrétienté, le problème sérieux réside dans l'application par Zuppi d'un dogme désormais répandu au sein de cette Église prétendument dénuée de dogmes. La société sécularisée est un fait. Qui nie que la nôtre le soit aujourd'hui ? Mais les faits, considérés comme tels, sont dénués de sens ; ils n'expriment aucune axiologie ; ils ne constituent ni une valeur ni une dévaleur. Zuppi, pourtant, la considère comme une valeur et transforme un fait en principe de signification. Un principe à partir duquel il prétend éclairer la foi chrétienne. La sécularisation actuelle est un dogme ; elle juge la chrétienté, l'Église, la révélation, ainsi que les siècles chrétiens depuis Théodose, comme un fardeau.

    Cette attitude mentale est aujourd'hui répandue parmi les théologiens : ils partent de la condition de l'homme moderne – sécularisé, technologique et scientifique – et repensent la doctrine catholique à cette lumière. Mais la situation actuelle de sécularisation n'est pas apparue spontanément comme l'herbe, elle est le fruit de philosophies et de théologies erronées, à commencer par la Réforme. Elle est l'aboutissement d'un long processus mené contre l'Église. Des forces antichrétiennes ont engendré cette sécularisation, et aujourd'hui, l'Église part de cette sécularisation – considérée comme un kairos – et revoit sa mission à la lumière d'une situation créée par ces mêmes forces.

    Zuppi fait précisément cela, et ce faisant, il est guidé par une mentalité historiciste selon laquelle la situation actuelle est toujours et en tout état de cause plus juste et appropriée que la précédente, dont nous devons nous affranchir. Le kairos d'aujourd'hui est supérieur à celui d'hier ; or, celui d'hier ne l'était pas. Nous ne nous laissons pas interroger par le kairos ; nous l'interrogeons et lui faisons dire ce que nous voulons. Le kairos désigne un temps qualitatif, mais devient ainsi un temps quantitatif, c'est-à-dire une sociologie. Cette intervention malheureuse du cardinal Zuppi survient le jour du centenaire de l' encyclique Quas Primas de Pie XI sur la royauté sociale du Christ. Plus précisément, environ vingt jours après sa publication, le 11 décembre 1925. Selon Zuppi, Quas Primas n'exprimait aucun kairos ; c'était une erreur car elle recherchait une société chrétienne ; elle emprisonnait la foi dans les exigences pernicieuses du pouvoir politique ; c'était la recherche d'un consensus. D'après son discours, Zuppi estimait que l'Évangile avait besoin jadis d'une protection politique, et non d'une adhésion des cœurs. Heureusement, la sécularisation et le cardinal Zuppi ont suivi.

  • En RDC, un massacre dans la paroisse de Byamwe relance les appels à l’aide face aux ADF

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    De Vatican News (Jean-Paul Kamba, SJ) :

    En RDC, un massacre dans la paroisse de Byamwe relance les appels à l’aide face aux ADF

    La paroisse Saint-Paul de Byambwe, dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, a été victime d'une attaque meurtrière particulièrement sanglante. Tout se passe dans la nuit du 14 au 15 novembre 2025, lorsque les présumés combattants ADF-NALU font incursion et tuent au moins 28 personnes, incendient un centre de santé de la paroisse et ravagent plusieurs habitations.

    Dans l’interview accordée à Radio Vatican, le curé de la paroisse Saint-Paul, l’abbé Katsere Gislain, explique que les assaillants ont pris pour cible dans la nuit de vendredi à samedi des zones d’habitation, brûlant douze maisons du quartier Makuta et onze autres à Django. Le bilan humain est lourd: 28 morts, 16 femmes, dont une jeune fille ainsi que 12 hommes, dont deux garçons. La plupart des hommes ont été tués sur place, dans les quartiers Makuta et Django.

    Un drame sans explication, dans un climat d’insécurité permanente

    À Biambwe, les motivations des assaillants demeurent inconnues. «On ne connait pas leurs motivations. C’est la question que tout le monde se pose», confie le curé, évoquant les «présumés ADF-NALU» auxquels de nombreuses attaques sont attribuées dans la région. Au lendemain du massacre, un mouvement massif de fuite a été observé. Des habitants ont cherché refuge à Butembo et Ziampanga, abandonnant leurs habitations. «L’atmosphère n’est pas bonne. Tout le monde est inquiet. C’est vraiment un départ massif», témoigne le prêtre. Les habitants craignent un retour des assaillants, d’autant que plusieurs sources locales affirment que des éléments armés circuleraient encore dans la zone.

    La réponse des autorités: tardive mais visible

    Les autorités locales, administratives et militaires, se sont rendues sur place après les événements. Leur présence n’a toutefois pas empêché l’incursion meurtrière. Le curé regrette que ce massacre n’ait pas pu être empêché. Toutefois, il rassure, affirmant que des militaires ont été déployés dans le village pour tenter de prévenir une nouvelle attaque.

    La paroisse, ultime refuge spirituel d’une population traumatisée

    Face au choc, la paroisse demeure l’un des rares lieux de soutien. «Ce que je pouvais faire, c’est célébrer la messe de requiem», explique le prêtre, qui a organisé l’inhumation de la plupart des victimes dès le lendemain. Les familles endeuillées, privées de tout, ont trouvé dans la communauté chrétienne un espace de recueillement et d’accompagnement.

    L'appel du Pape Léon XIV: un signe d’espérance

    Dimanche, lors de l’Angélus, le Souverain pontife a évoqué les victimes de Biambwe, priant pour la paix dans l’Est de la RDC. Une attention chaleureusement accueillie dans la paroisse meurtrie. «Nous pensions être oubliés. Quand la voix du Saint-Père retentit pour parler de notre situation, nous sommes très, très contents», confie le curé.

    Au-delà de la compassion, l’Église locale appelle la communauté internationale à agir. «L’ennemi est presque international. Nous avons besoin d’aide», insiste le prêtre, lançant également un appel aux autorités congolaises pour un renforcement du dispositif sécuritaire.

  • Dans de nombreuses conversions « politiques », le point faible c’est Dieu. L'analyse d'un grand historien

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Dans de nombreuses conversions « politiques », le point faible c’est Dieu. L'analyse d'un grand historien

    (s.m.) À contre-courant de l'avancée de la sécularisation, on assiste aujourd’hui en Occident à une vague de conversions. Nombre d'entre elles sont étroitement liés à une orientation politique.

    Il s’agit de conversions au christianisme que l'on pourrait qualifier de « culturelles », qui sont souvent vécues comme un « choix de civilisation ». Plusieurs grandes personnalités de la structure de pouvoir actuelle aux États-Unis, comme le vice-président J.D. Vance (sur la photo de l'AP, avec sa femme indienne et ses trois enfants), le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio, le technocrate et humaniste Peter Thiel, l'activiste et victime de la haine Charlie Kirk appartiennent à ce mouvement. Cette tendance ne bénéficie pas en Europe ou ailleurs de noms aussi prestigieux, quoique cela ait été le cas entre le XIXe et le XXe siècle, et il suscite encore un sentiment répandu dans la droite politique et culturelle, que l’on peut résumer par la triade : « Dieu, patrie, famille ».

    Voici donc une analyse critique originale de ce phénomène, rédigée pour Settimo Cielo par Roberto Pertici, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'Université de Bergame et auteur de livres importants, dont le dernier en date est « Il caso Renan. La prima guerra culturale dell’Italia unita », publié en 2025 chez Mulino.

    Le professeur Pertici est un auteur que les lecteurs de Settimo Cielo ont déjà eu l'occasion d'apprécier à plusieurs reprises, dans la douzaine d’essais agiles et denses publiés entre 2018 et 2023, consacrés à l'analyse de la saison actuelle de l'Église.

    Nous nous bornerons à mentionner ici quelques-uns de ses essais, dont les titres donnent une petite idée du contenu, à défaut de l'irrésistible originalité interprétative dont l'auteur fait preuve :

    > Est-ce la fin du « catholicisme romain » ? (13 avril 2018)

    > Historiciser Vatican II (31 août 2020)

    > L'après-Concile et les « grands bonds en avant » de la modernité (14 septembre 2020)

    > Une « renaissance religieuse » est-elle possible ? I – Du Concile de Trente au début du dix-neuvième siècle (22 avril 2022)

    > Une « renaissance religieuse » est-elle possible ? II – De la moitié du dix-neuvième siècle à nos jours (28 avril 2022)

    Nous lui cédons une fois de plus la parole.

    *

    Dieu, la patrie, la famille. Une triade à corriger

    par Roberto Pertici

    1. Si l’on considère la foi religieuse comme un phénomène historique et humain (en mettant de côté les sempiternelles discussions théologiques sur son fondement surnaturel), on peut en identifier les différentes « modalités » : la foi par tradition familiale, par origine environnementale, par influence d'une personnalité charismatique, par esprit de groupe ou de secte et par réaction à une douleur insupportable. Au cours de ces deux derniers siècles, une foi étroitement liée à une orientation politique a également joué un rôle essentiel, avec un tel niveau d’imbrication qu'il a souvent été difficile de déterminer lequel de ces deux éléments avait la priorité sur l’autre, autrement dit si une certaine orientation politique découlait d'une option religieuse si c’était l’inverse.

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  • L'homélie du pape Léon XIV pour le Jubilé des Pauvres

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    IXe JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES
    JUBILÉ DES PAUVRES

    MESSE

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Basilique Saint-Pierre
    XXXIIIe dimanche du Temps ordinaire, 16 novembre 2025

    Chers frères et sœurs,

    les derniers dimanches de l’année liturgique nous invitent à considérer l’histoire dans ses ultimes aboutissements. Dans la première lecture, le prophète Malachie entrevoit l’entrée dans une ère nouvelle avec l’arrivée du jour du Seigneur”. Celui-ci est décrit comme le temps de Dieu, où l’espérance des pauvres et des humbles recevra une réponse ultime et définitive du Seigneur, comme une aube faisant lever un soleil de justice, et où l’œuvre des méchants avec leur injustice, surtout au détriment des sans-défense et des pauvres, seront éradiquées et brûlées comme de la paille.

    Ce soleil de justice qui se lève, comme nous le savons, c’est Jésus Lui-même. Le jour du Seigneur, en effet, n’est pas seulement le dernier jour de l’histoire, mais aussi le Royaume qui s’approche de chaque homme dans le Fils de Dieu qui vient. Dans l’Évangile, utilisant le langage apocalyptique typique de son époque, Jésus annonce et inaugure ce Royaume : Il est Lui-même, en effet, la seigneurie de Dieu qui se rend présente et se fait une place dans les événements dramatiques de l’histoire. Ceux-ci ne doivent donc pas effrayer le disciple, mais le rendre davantage persévérant dans son témoignage et conscient que la promesse de Jésus est toujours vivante et fidèle : « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu » (Lc 21, 18).

    Telle est, frères et sœurs, l’espérance à laquelle nous nous accrochons, même dans les événements pas toujours heureux de la vie. Aujourd'hui encore, « l’Église avance dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu, annonçant la croix et la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne » (Lumen gentium, n. 8). Et là où tous les espoirs humains semblent s’épuiser, la seule certitude - plus stable que le ciel et la terre - que le Seigneur ne laissera pas se perdre un seul cheveu de notre tête, devient encore plus forte.

    Dans les persécutions, les souffrances, les fatigues et les oppressions de la vie et de la société, Dieu ne nous laisse pas seuls. Il se manifeste comme Celui qui prend position pour nous. Toute l’Écriture est traversée par ce fil rouge qui raconte un Dieu toujours du côté des plus petits, des orphelins, des étrangers et des veuves (cf. Dt 10, 17-19). Et en Jésus, son Fils, la proximité de Dieu atteint le sommet de l’amour : c’est pourquoi la présence et la parole du Christ deviennent joie et jubilé pour les plus pauvres, car il est venu annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres et prêcher l’année de grâce du Seigneur (cf. Lc 4, 18-19).

    Nous vivons, encore aujourd’hui de manière particulière, cet an de grâce, alors que nous célébrons, en cette Journée Mondiale, le Jubilé des pauvres. Toute l’Église exulte et se réjouit, et c’est d’abord à vous, chers frères et sœurs, que je souhaite transmettre avec force les paroles irrévocables du Seigneur Jésus Lui-même : «Dilexi te - Je t’ai aimé» (Ap 3, 9). Oui, face à notre petitesse et à notre pauvreté, Dieu nous regarde comme nul autre, et Il nous aime d’un amour éternel. Et son Église, encore aujourd’hui, peut-être surtout en cette époque encore marquée par des pauvretés anciennes et nouvelles, veut être « mère des pauvres, un lieu d’accueil et de justice » (Exhort. ap. Dilexi te, n. 39).

    Combien de pauvretés oppriment notre monde ! Il s’agit avant tout de pauvretés matérielles, mais il existe également de nombreuses situations morales et spirituelles, qui souvent touchent surtout les plus jeunes. Et le drame qui les traverse toutes de manière transversale est la solitude. Celle-ci nous met au défi de considérer la pauvreté de manière globale, car il est certes parfois nécessaire de répondre à des besoins urgents mais, plus généralement, nous devons développer une culture de l’attention, précisément pour briser le mur de la solitude. C’est pourquoi nous voulons être attentifs à l’autre, à chacun, là où nous sommes, là où nous vivons, en transmettant cette attitude déjà de la famille, pour la vivre concrètement sur les lieux de travail et d’étude, dans les différentes communautés, dans le monde numérique, partout, jusqu’aux périphéries, en devenant témoins de la tendresse de Dieu.

    Aujourd’hui, les théâtres de guerre, malheureusement présents dans différentes régions du monde, semblent nous conforter dans un sentiment d’impuissance. Mais cette mondialisation de l’impuissance est fondée sur un mensonge : la croyance que l’histoire a toujours été ainsi et ne peut changer. L’Évangile, en revanche, nous dit que le Seigneur vient nous sauver précisément dans les bouleversements de l’histoire. Et nous, communauté chrétienne, nous devons être aujourd’hui, un signe vivant de ce salut au milieu des pauvres.

    La pauvreté interpelle les chrétiens, mais elle interpelle aussi tous ceux qui ont des responsabilités dans la société. J’exhorte donc les chefs d’État et les Responsables des nations à écouter le cri des plus pauvres. Il ne peut y avoir de paix sans justice, et les pauvres nous le rappellent de multiples façons, par leurs migrations comme par leur cri, souvent étouffé par le mythe d'un bien-être et d'un progrès qui ne tiennent pas compte de chacun et oublient même nombre de créatures en les abandonnant à leur sort.

    J’exprime ma gratitude aux opérateurs de la charité, aux nombreux bénévoles, à tous ceux qui œuvrent pour soulager les conditions de vie des plus démunis, et j’exprime en même temps mon encouragement à être davantage une conscience critique dans la société. Vous savez bien que la question des pauvres renvoie à l’essentiel de notre foi, qu’ils sont pour nous la chair même du Christ et pas seulement une catégorie sociologique (cf. Dilexi te, n. 110). C'est pourquoi « l’Église, comme une mère, marche avec ceux qui marchent. Là où le monde voit des menaces, elle voit des fils; là où l’on construit des murs, elle construit des ponts » (ibid., n. 75).

    Engageons-nous tous. Comme l’écrit l’Apôtre Paul aux chrétiens de Thessalonique (cf. 2 Th 3, 6-13), dans l’attente du retour glorieux du Seigneur, nous ne devons pas mener une vie repliée sur nous-mêmes ni dans un intimisme religieux se traduisant par un désengagement des autres et de l’histoire. Au contraire, rechercher le Royaume de Dieu implique le désir de transformer la coexistence humaine en un espace de fraternité et de dignité pour tous, sans exception. Le danger de vivre comme des voyageurs distraits, indifférents à la destination finale, et se désintéressant de ceux qui partagent notre chemin, est toujours présent.

    En ce Jubilé des pauvres, laissons-nous inspirer par le témoignage des saints et des saintes qui ont servi le Christ dans les plus démunis et l'ont suivi sur le chemin de la petitesse et du dépouillement. Je voudrais notamment rappeler la figure de saint Benoît Joseph Labre qui, par sa vie de « vagabond de Dieu », a les caractéristiques pour être le patron de tous les pauvres sans abri. La Vierge Marie, à travers son Magnificat, continue de nous rappeler les choix de Dieu et de se faire la voix de ceux qui n'ont pas de voix. Qu’elle nous aide à entrer dans la nouvelle logique du Royaume, afin que l’amour de Dieu qui accueille, panse les blessures, pardonne, console et guérit se manifeste dans notre vie de chrétiens.

  • À propos du bon sens surprenant de Bill Gates sur le changement climatique… …et ce que l’Église catholique peut apprendre du récent essai de Gates sur le sujet

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    De sur le Catholic World Report :

    À propos du bon sens surprenant de Bill Gates sur le changement climatique…

    …et ce que l’Église catholique peut apprendre du récent essai de Gates sur le sujet.

    Voilà ce que j'enseigne depuis des années, et que j'ai développé récemment dans des cours magistraux sous l'égide de  l'écologie intégrale . Mais l'entendre de la bouche du fondateur de Microsoft, un homme qui a consacré des décennies à financer des initiatives visant à réduire l'impact humain sur le climat, c'était une toute autre histoire. Après avoir terminé cette chronique, je vous encourage à prendre cinq minutes pour lire au moins une partie de l'article de Gates. Oui, vous avez bien lu : Bill Gates a écrit un article remarquablement nuancé sur le changement climatique – « Trois vérités difficiles sur le climat »  (27 octobre 2025) – et vous devriez vraiment le lire. Certes, vous pourriez être en désaccord avec certains points. Mais Gates, malgré ses imperfections, a apporté une dose bienvenue de bon sens au débat climatique, offrant au passage un aperçu clair de la situation actuelle.

    Mais le but de cet article n'est pas simplement de faire l'éloge de Bill Gates ni de reprendre ses propos récents. Après avoir résumé quelques points essentiels, je souhaite mettre en relation ses réflexions avec les enseignements de nos papes sur le sujet et dégager quelques implications de ce dialogue. Je crois d'ailleurs que les papes pourraient tirer profit de la nuance que Gates apporte à ce débat.

    Les vérités dérangeantes de Gates sur le climat

    « D’ici quelques décennies, un changement climatique catastrophique anéantira la civilisation. Les preuves sont partout autour de nous : il suffit de voir toutes les vagues de chaleur et les tempêtes provoquées par la hausse des températures mondiales. Rien n’est plus important que de limiter cette hausse. »

    Nous avons tous entendu cet argument, ou plutôt ce discours incessant, un nombre incalculable de fois. À chaque tornade, ouragan ou vague de chaleur, les médias nationaux accusent automatiquement le changement climatique. À en croire les gros titres, les décès dus à la chaleur et aux catastrophes naturelles explosent, et la situation ne fait qu'empirer.

    « Heureusement pour nous tous », affirme Gates, « cette opinion est erronée. » Conformément au large consensus des climatologues et aux enseignements des papes récents, il soutient que la hausse des températures mondiales est due aux gaz à effet de serre d'origine humaine et qu'elle touchera plus durement les populations des pays les plus pauvres. Cependant, dans ce dernier article, il prend position en soulignant que le changement climatique n'entraînera pas la disparition de l'humanité.

    De plus,  bien qu'il ne soit absolument pas le premier à le souligner , Gates insiste sur le fait que le discours apocalyptique si souvent véhiculé par les écologistes transforme toute cette affaire en une compétition à somme nulle autour de quelques degrés sur un thermomètre, ce qui finit par « détourner des ressources des actions les plus efficaces que nous devrions entreprendre pour améliorer la vie dans un monde qui se réchauffe ».

    Gates étaye sa thèse par de nombreux arguments. Par exemple, il réfute l'idée reçue selon laquelle les décès liés à la chaleur sont les seuls à être mortels, en soulignant que les décès dus au froid sont en réalité dix fois plus nombreux que ceux dus à la chaleur à l'échelle mondiale. De plus, il constate que les décès liés à la chaleur sont en fait en baisse dans le monde, non pas parce que les températures mondiales diminuent, comme on pourrait le supposer, mais grâce aux progrès technologiques.

    Pour illustrer son propos, il cite le cas tragique, bien réel, d'un gouvernement sri-lankais qui, il y a quelques années, a interdit de manière imprudente les engrais synthétiques dans le but de lutter contre le changement climatique. Comme on pouvait aisément le prévoir, cette décision a entraîné une chute brutale des rendements agricoles, une flambée de l'inflation et des souffrances inutiles pour d'innombrables personnes – tout cela parce qu'il a été décidé de privilégier la réduction des émissions au détriment du bien-être humain à court terme. Plutôt que de blâmer une entité en particulier, Gates souligne que ce genre d'erreurs évitables résulte des pressions exercées par de riches bailleurs de fonds et actionnaires sur les pays en développement pour qu'ils laissent le pétrole, le gaz et le charbon dans le sol, au lieu de prendre des mesures simples pour garantir un accès fiable à l'électricité dans les foyers, les écoles et les centres de santé.

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  • France, Royaume-Uni, Allemagne, Espagne : des actes antichrétiens en augmentation

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    Du Tagespost (Franziska Harter) :

    Les attaques contre les chrétiens en Europe sont en augmentation

    Incendies criminels, agressions physiques, mais aussi discrimination juridique croissante : le centre de surveillance viennois OIDAC publie des chiffres inquiétants.

    17 novembre 2025

    En 2014, Ashur Sarnaya a fui l'Irak pour se réfugier en France afin d'échapper à l'État islamique. Plus de dix ans plus tard, le même sort l'a frappé. Alors que ce chrétien témoignait de sa foi devant une caméra, il a été assassiné par un inconnu. Un cas extrême, certes, mais loin d'être isolé : en Europe aussi, des personnes meurent parce qu'elles sont chrétiennes.

    Le rapport annuel publié aujourd'hui par l'Observatoire de l'intolérance et de la discrimination envers les chrétiens (OIDAC) est alarmant : les agressions physiques contre les chrétiens – y compris les meurtres – ont augmenté en Europe en 2024. La pression juridique sur les chrétiens et les positions chrétiennes s'accroît également dans de nombreux pays : des zones d'exclusion autour des cliniques pratiquant l'avortement et l'interdiction des symboles chrétiens dans les espaces publics aux restrictions de la liberté de conscience et des droits parentaux, l'OIDAC a recensé de nombreux cas qui suscitent l'inquiétude au sein des communautés chrétiennes en Europe.

    Les chiffres seront présentés au Parlement européen mardi.

    Mardi, l'OIDAC présentera également son rapport à l'Intergroupe du Parlement européen sur la liberté de religion, de conviction et de conscience. Il s'agit d'une étape importante, car les discours politiques et médiatiques contribuent aussi à créer un climat qui favorise les actes antichrétiens.

    Ce point a également été souligné dans un guide de l'OSCE publié en juin sur la lutte contre les actes antichrétiens. Ce guide attribue aux États une responsabilité centrale en matière de protection des communautés chrétiennes et souligne que, dans certains cas, « les discours et récits politiques ont contribué au maintien des préjugés et des stéréotypes antichrétiens ». L'OIDAC fait référence à des études internationales montrant que les médias véhiculent souvent des représentations stéréotypées ou déformées des questions religieuses : des exemples provenant de plusieurs pays démontrent comment la présentation négative et répétée des acteurs chrétiens peut abaisser le seuil de déclenchement de la violence. 

    En présentant ce rapport au Parlement européen, Anja Tang, directrice d'OIDAC Europe, souhaite « initier un débat factuel, dénué de toute considération politique et visant à trouver des solutions constructives ». La liberté de religion doit être davantage prise en compte, notamment en ce qui concerne les lois susceptibles de restreindre indirectement ce droit fondamental, a-t-elle expliqué à ce journal. Sa revendication spécifique : « Nous plaidons pour la création d'un poste de coordinateur européen de la lutte contre les crimes de haine antichrétiens, à l'instar des dispositifs existants contre l'antisémitisme et la haine antimusulmane. »

    La collecte de données en Allemagne doit être améliorée.

    Selon l'OIDAC, les pays les plus touchés par les actes antichrétiens sont la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Espagne. L'organisation basée à Vienne a recensé 2 211 crimes de haine antichrétiens. Ses conclusions reposent sur sa propre documentation, les données officielles de la police et les documents d'autres organisations internationales, collectés annuellement par l'OSCE. Les infractions les plus fréquentes sont le vandalisme, les incendies criminels, les profanations, les agressions physiques, les vols et les menaces, auxquels s'ajoutent plusieurs incidents à motivation terroriste, dont certains ont été déjoués par les services de sécurité, précise le rapport. L'Allemagne arrive en tête du classement des incendies criminels d'églises en 2024 : 33 des 94 incendies criminels recensés – soit près du double de l'année précédente – ont eu lieu en Allemagne.

    L’OSCE et l’OIDAC appellent les États européens à améliorer la collecte de données sur les crimes antichrétiens. En Allemagne, les crimes de haine antichrétiens sont actuellement enregistrés exclusivement dans le cadre de la criminalité à motivation politique. De ce fait, les infractions sans mobile politique évident – ​​comme le vandalisme ou les incendies criminels – n’apparaissent tout simplement pas dans les statistiques. Tang a expliqué à ce journal : « Cela crée une image faussée. De nombreuses attaques restent invisibles, alors que la réalité sur le terrain est tout autre : de plus en plus d’églises doivent rester fermées en dehors des offices pour des raisons de sécurité. » 

    En 2023, les statistiques policières relatives aux crimes à motivation politique n'ont recensé aucun incendie criminel à caractère antichrétien. L'OIDAC, quant à elle, en a documenté 12 durant la même période. Le directeur de l'OIDAC déplore : « Malgré ce constat, le gouvernement fédéral ne juge pas nécessaire d'agir. C'est problématique. Il est urgent de mettre en place un système de statistiques indépendant recensant les crimes de haine antichrétiens et de proposer une formation ciblée aux policiers afin que ces incidents soient correctement identifiés et enregistrés. »

    Le nombre de cas non déclarés est bien plus élevé.

    Le rapport indique clairement que le nombre réel d'actes antichrétiens est probablement bien plus élevé dans de nombreux pays : l'OIDAC cite une étude anonyme menée en Pologne, selon laquelle près de la moitié des prêtres interrogés ont subi des agressions au cours de l'année écoulée, mais plus de 80 % n'ont pas signalé ces incidents, qui ne figurent donc pas dans les statistiques officielles. Les personnes interrogées font également état d'un sentiment d'insécurité croissant dans les espaces publics et pointent fréquemment du doigt les représentations médiatiques négatives qui, à leurs yeux, contribuent à ce climat hostile. Une étude espagnole a abouti à des conclusions similaires. Une autre étude menée en Grande-Bretagne confirme ces résultats : de nombreux chrétiens y font état de discriminations dans leurs milieux professionnels et sociaux, discriminations qui, elles aussi, sont souvent tues.

    Les positions chrétiennes seront-elles bientôt illégales ?

    Le rapport décrit en détail les restrictions légales croissantes qui affectent les chrétiens en Europe. Il met notamment l'accent sur la criminalisation de l'enseignement chrétien et de l'accompagnement pastoral . Par exemple, en Grande-Bretagne, plus de 1 000 responsables d'Églises chrétiennes ont averti qu'une nouvelle loi encadrant les prétendues « thérapies de conversion » pourrait aboutir à une interdiction de facto de l'éthique sexuelle chrétienne, car ses dispositions sont formulées de manière si vague que même les sermons, les prières ou les entretiens pastoraux pourraient être criminalisés.

    Le rapport conclut que, dans ces conditions, même la transmission de croyances religieuses fondamentales comporte des risques juridiques. Les positions chrétiennes, comme la défense du fait – également prouvé biologiquement – ​​de la binarité des sexes chez l’être humain, risquent d’être qualifiées de discours haineux et, par conséquent, de faire l’objet de discriminations, même en Allemagne.

    L'éducation laïque est préférable à l'éducation religieuse.

    Un autre chapitre aborde la restriction des droits parentaux et de l'éducation religieuse. Le rapport explique que les normes internationales relatives aux droits humains garantissent clairement aux parents le droit de déterminer l'éducation religieuse et morale de leurs enfants. Néanmoins, l'OIDAC documente plusieurs cas d'ingérence grave. On peut notamment citer un arrêt de la Cour constitutionnelle espagnole interdisant à un père protestant d'emmener son fils à l'église ou de lire la Bible avec lui, conférant ainsi à la mère laïque l'autorité exclusive en matière d'éducation religieuse. L'OIDAC critique cet arrêt car il considère l'éducation laïque comme « neutre » et qualifie l'éducation religieuse de potentiellement nuisible, constituant ainsi une atteinte manifeste aux droits parentaux et à la liberté de religion.

    Le rapport mentionne également des cas illustrant les tensions croissantes entre la présence religieuse dans l'espace public et les interprétations de plus en plus restrictives de la neutralité de l'État. Parmi ceux-ci figurent la menace de fermeture d'hospices catholiques en Grande-Bretagne suite à de nouvelles lois sur l'euthanasie, l'interdiction d'un crucifix dans une école bavaroise par un tribunal allemand et le retrait, ordonné par la justice, d'une crèche à Beaucaire, en France.

    Selon l'OIDAC, de tels exemples témoignent d'une tendance qui problématise la visibilité publique du christianisme et relègue les expressions religieuses hors de la sphère publique.

  • Mgr Rey : ses choix, ses combats et ce qu'il croit

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    Du Forum Catholique (DumVolviturOrbis) :

    Le Figaro Magazine publie des extraits exclusifs du livre de Mgr Dominique Rey intitulé « Mes choix, mes combats, ce que je crois ».

    Ce texte revient sur les raisons de sa démission demandée par Rome, ainsi que sur plusieurs controverses ayant marqué son épiscopat, notamment les questions de gouvernance, de séminaire, de finances, mais aussi son engagement sur les sujets de société et sa vision anthropologique.

    L’article original est ici :
    https://www.lefigaro.fr/vox/societe/ma-demission-a-ete-une-experience-crucifiante-les-extraits-exclusifs-du-livre-de-mgr-dominique-rey-ancien-eveque-de-frejus-toulon-20251116

    Mgr DOMINIQUE REY
    « Mon combat pour ce que je crois »

    Évêque emblématique et peu conformiste de Fréjus-Toulon de 2000 à 2025, Mgr Dominique Rey a fini par démissionner sur fond de tensions avec le Saint-Siège. Dans « Mes choix, mes combats, ce que je crois », livre au titre en forme de profession de foi, il s’exprime sur ce départ vécu, selon ses mots, comme une expérience « crucifiante ». Extraits exclusifs de ce livre écrit avec les journalistes Samuel Pruvot et Henrik Lindell.

    LES RAISONS DE SA DÉMISSION

    À la demande du pape François, Dominique Rey a envoyé sa démission à Rome le 7 janvier 2025. La fin définitive de cet épiscopat long d’un quart de siècle a été accompagnée par des cris de victoire et des soupirs de soulagement de ceux qui le critiquaient [...] Pourquoi, au juste, Dominique Rey devait-il démissionner ? Contrairement à ce que suggèrent nombre d’enquêtes journalistiques orientées ou serviles à l’égard de l’évêque, une réponse précise et objective à cette question est difficile à obtenir. Le rapport de la visite apostolique n’a pas été rendu public et ne le sera jamais. Mais l’homme n’a pas convaincu ses adversaires et n’a jamais été admis à la justice pour les faits qu’ils auront avancés. Si sa gestion était parfois critiquée en interne, par exemple pour une organisation normative « bordélique », et si certaines nominations et ordinations pouvaient surprendre plus d’un, y compris au Vatican, il nous semble difficile de prouver que Dominique Rey a commis de véritables fautes graves nécessitant son départ.
    Samuel Pruvot et Henrik Lindell

    Mgr Dominique Rey :

    « Fin 2024, le nonce m’a informé que le pape François me demandait de déposer ma charge d’évêque diocésain de Fréjus-Toulon. Par fidélité au successeur de Pierre, j’ai accepté de remettre la charge qui m’avait été confiée en l’an 2000 par Jean-Paul II. Au moment même où j’écris, j’aurais déjà fait mes adieux au diocèse lors de la messe d’action de grâce célébrée le 1er février au domaine de La Castille. Que m’a-t-on reproché ?

    La critique la plus sévère qui m’a été faite concernait l’accueil trop large, dans le diocèse, de communautés et de personnes par lesquelles beaucoup venaient de l’étranger. J’aurais fait preuve d’un manque de prudence et d’un excès de décision, jugent le nonce, Pierre, et, certainement, certains évêques qui, venant de l’extérieur, sont peu révélés. Certaines de ces réceptions portaient surtout sur des prêtres externes et de groupes issus du monde traditionaliste, ce qui aurait fragilisé l’unité du diocèse.

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  • One of Us sur le front européen pour défendre la vie

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    Du site de la Fondation Jérôme Lejeune :

    One of Us sur le front européen pour défendre la vie

    13 Nov 2025
    One of Us sur le front européen pour défendre la vie

    Alors qu’une initiative citoyenne demande à l’Union européenne de financer les avortements transfrontaliers, la fédération One of Us rappelle que l’Europe doit respecter la dignité de la vie humaine.

    Une initiative qui menace la souveraineté des États

    Depuis avril 2024, une nouvelle initiative citoyenne européenne (ICE) intitulée My Voice My Choice (MVMC) cherche à faire financer par l’Union européenne le déplacement et l’avortement des femmes dont le pays restreint cette pratique. L’ICE permet aux citoyens européens d’interpeller la Commission en collectant un million de signatures dans au moins 7 États.

    Lancée en Slovénie avec un soutien financier indirect de la Commission européenne, cette initiative a rassemblé un peu plus d’un million de signatures validées, déposées auprès de la Commission européenne le 1er septembre 2025.

    Ses organisateurs réclament désormais un « accès égal et sûr à l’avortement » dans toute l’Union, et demandent que les fonds européens couvrent les frais de voyage et d’intervention des femmes concernées. Celles-ci pourraient dès lors bénéficier gratuitement de la législation la plus permissive, grâce à un financement commun. Une telle mesure reviendrait à imposer à des pays de financer, via leur contribution au budget européen, des actes contraires à leurs législations nationales. Celles-ci varient beaucoup : en Pologne, l’avortement n’est autorisé qu’en cas de viol ou de danger pour la santé ; aux Pays-Bas, il est permis jusqu’à 24 semaines. 

    La réponse d’une Europe fidèle à la vie

    Face à cette offensive, la fédération européenne One of Us, dont la Fondation Lejeune assure actuellement la vice-présidence, a pris la parole avec force le 15 octobre 2025. Née elle-même d’une initiative citoyenne européenne, One of Us avait recueilli 1.89 million de signatures – un tiers de plus que MVMC – avec un budget cinq fois moindre.

    La conférence a réuni à Bruxelles près de 300 personnes. Huit députés PPE et ECR ont appelé l’Union à soutenir la maternité, rappelant que la véritable liberté passe par la possibilité d’accueillir la vie. Les témoignages de femmes ayant vécu une grossesse difficile ou un avortement douloureux ont bouleversé l’assemblée : toutes ont affirmé qu’avec un vrai soutien social, matériel ou psychologique, elles auraient choisi de garder leur enfant.

    L’événement a aussi rappelé que, juridiquement, aucun traité européen ne fonde un “droit à l’avortement”, tandis que la maternité figure, elle, parmi les compétences de l’Union.

    La déclaration finale invite la Commission à respecter la Charte des droits fondamentaux, qui protège la dignité humaine et appelle les institutions à mieux soutenir les femmes enceintes.

    Agissez avec One of Us !

    La Commission européenne dispose désormais d’un an, jusqu’en septembre 2026, pour répondre à MVMC. Le collège des 27 Commissaires devra se prononcer.

    Tout citoyen européen peut écrire à chacun des Commissaires pour rappeler que l’UE n’a pas compétence pour financer l’avortement, mais doit protéger la vie et de soutenir la maternité.

    Faites entendre votre voix auprès du Commissaire français : envoyez-lui un message à cab-sejourne-contact@ec.europa.eu

    Si vous souhaitez être accompagnés dans la rédaction de votre lettre, contactez One of Us : info@oneofus.eu

    L’Europe ne sera fidèle à elle-même qu’en protégeant la vie humaine.

  • Quand une église devient "temple de la raclette"

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    Affiche de Noêl à SteJuju : une grande tablée de scouts qui lèvent leurs verres. Des bougies entourent et illuminent toute la scène. Un grand sapin scintillant au bout de la salle. Façon Harry Potter dans le refectoire de Grande Salle de Poudlard.

    L'église Sainte-Julienne à Verviers sera le théâtre d'un évènement exceptionnel : une méga raclette sous les voûtes de l'édifice. De quoi ramener à l'église des gens qui la fréquentent de moins en moins, nous dit-on ! Les esprits chagrins qui déplorent une perte du sens du sacré et qui s'interrogent sur le laxisme de ceux qui abandonnent un lieu consacré à la mangeaille et à la beuverie n'ont qu'à dégager. Les effluves du fromage fondu remplaceront ceux de l'encens pour le plus grand plaisir de ceux qui se réjouissent de voir notre patrimoine religieux transformé en temples du n'importe quoi.

    Les commentaires parus sous ces articles sont édifiants...
     
    Quelle sera la réaction de l'évêque de Liège et des responsables locaux ? A suivre...
     
    Pour rappel :

    Selon le droit canonique de l'Église catholique, tel que défini dans le Code de droit canonique de 1983 (livre IV, partie III, sur les lieux sacrés), une église est un lieu sacré dédié au culte divin. Le canon 1210 est particulièrement central à cette question : « Dans un lieu sacré, on ne peut admettre que ce qui sert à exercer ou à promouvoir le culte, la piété et la religion ; tout ce qui est incompatible avec la sainteté du lieu est interdit. » Cependant, l'ordinaire (généralement l'évêque) peut autoriser d'autres usages dans des cas particuliers, pourvu qu'ils ne soient pas contraires à la sainteté du lieu.

    Activités permises dans une église

    Les activités autorisées doivent donc être en lien direct avec le culte, la piété ou la religion. Voici les principales, basées sur les canons pertinents (notamment 1210, 1214 et suivants) :

    • Célébrations liturgiques et sacramentelles : La messe (eucharistie), les baptêmes, les mariages, les funérailles, les confirmations, les ordinations, et autres sacrements. L'église est avant tout destinée au culte divin public (canon 1214).
    • Prières et dévotions personnelles ou collectives : Prière individuelle, adoration eucharistique, récitation du rosaire, stations de la croix, ou méditations spirituelles.
    • Cérémonies religieuses : Processions, bénédictions, retraites spirituelles, ou pèlerinages qui favorisent la piété.
    • Activités éducatives ou formatrices religieuses : Catéchisme, conférences sur la foi, ou formations bibliques, si elles promeuvent la religion et ne perturbent pas le caractère sacré.
    • Concerts de musique sacrée : Autorisé si cela élève l'âme vers Dieu (par exemple, musique liturgique ou sacrée), mais seulement avec l'approbation de l'autorité ecclésiastique.
    • Œuvres de charité pieuses : Collectes pour des causes religieuses ou caritatives, dans la mesure où elles servent la piété (par exemple, aides aux pauvres au nom de la foi).

    Activités interdites ou restreintes

    Tout ce qui est « profane » ou incompatible avec la sainteté est prohibé, sauf exception accordée par l'évêque. Exemples :

    • Activités commerciales (ventes, sauf pour des objets pieux comme des cierges).
    • Événements politiques, réunions syndicales ou manifestations civiles.
    • Concerts profanes, spectacles théâtraux ou danses non religieuses.
    • Utilisations qui pourraient causer un scandale ou violer la sainteté (canon 1211), comme des actions gravement injurieuses.

    En résumé, l'église doit rester un espace de rencontre avec le divin, et toute activité doit être évaluée à cette aune. Pour des cas spécifiques, il est recommandé de consulter l'autorité diocésaine locale, car des normes complémentaires peuvent exister.

  • De nouveaux massacres mettent en lumière le « génocide chrétien » qui va croissant au Nigéria

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    De Ngala Killian Chimtom sur Crux :

    De nouveaux massacres mettent en lumière le « génocide chrétien » croissant au Nigéria

    13 novembre 2025

    YAOUNDÉ, Cameroun – Au moins vingt chrétiens ont été tués en 24 heures dans l'État de Taraba, au Nigéria, ce qui est perçu comme une aggravation du spectre de la persécution des chrétiens dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.

    Des témoignages indiquent que des éleveurs peuls ont pris d'assaut des maisons et des lieux de culte dans plusieurs localités de la zone de gouvernement local de Wukari entre le 9 et le 11 novembre.

    Truth Nigeria a décrit les attaques comme étant « coordonnées », les assaillants tirant « sans discernement sur les maisons ».

    « Je me préparais à aller à la messe tôt le matin, vers 6 heures, quand j’ai entendu le bruit de motos », a déclaré Christiana Joseph, une agricultrice de 33 ans originaire du village d’Amadu, à TruthNigeria .

    « J’étais dans la cuisine quand ils ont fait irruption dans notre propriété, l’ont encerclée et ont tiré sur la maison principale », a déclaré Joseph.

    « Ils ont tiré pendant environ cinq minutes en criant Allahu Akbar. Quand les coups de feu ont cessé, je suis rentrée et j'ai trouvé mon mari, John Joseph, avec qui j'étais mariée depuis 14 ans, déjà mort », a-t-elle ajouté.

    Le père George Dogo, de la cathédrale de la Sainte-Famille, a déclaré que des corps étaient encore extraits des décombres, signe que le bilan des morts pourrait s'alourdir.

    Le directeur d'Intersociety, la Société internationale pour les libertés civiles et l'État de droit, Emeka Umeagbalasi, a déclaré qu'au moins 78 personnes avaient été tuées au Nigéria durant la même période. Par ailleurs, des milliers de chrétiens sont toujours retenus captifs dans des camps forestiers répartis dans plusieurs États.

    « Des centaines de chrétiens, jusqu’à 800, sont toujours détenus dans le camp forestier de Rijana malgré la proximité de cet endroit avec environ deux camps militaires », a déclaré Umeagbalasi à Crux .

    Il a également identifié d'autres lieux, notamment « un autre appelé le camp de Sule Keneko, où des bergers peuls détiennent des chrétiens », et des camps près des « fermes de Danjuma dans la région de Wukari, dans l'État de Taraba ».

    Umeagbalasi a dressé le tableau d'une persécution systémique qui, selon lui, s'est intensifiée ces dernières semaines.

    « À Enugu, au moins 14 paroisses subissent des attaques constantes depuis 2021 », a-t-il déclaré.

    Il s'agit notamment de douze paroisses anglicanes et de deux paroisses catholiques dans la région de Nhamufu, qui borde les États de Benue et d'Ebonyi.

    « Malheureusement, ces attaques ont été étouffées… par le gouvernement de l’État d’Enugu et les agences des forces de sécurité, notamment la police et l’armée », a-t-il déclaré à Crux .

    Umeagbalasi a accusé les autorités de tenter délibérément de faire taire les témoins et de contrôler le récit. Il a affirmé que des bénévoles d'églises locales qui avaient pris la parole avaient été « arrêtés, piégés et détenus pendant plusieurs semaines », puis sommés de ne pas mentionner les « djihadistes peuls », mais plutôt d'utiliser le terme « affrontements intercommunautaires » pour décrire ce qui se passe au Nigeria.

    Il a énuméré les récents massacres survenus dans l'État de Taraba, où jusqu'à 30 chrétiens ont été tués ; dans l'État de Plateau, où neuf personnes ont été tuées, dont un pasteur ; et dans l'État de Kaduna, où 10 autres personnes, dont un pasteur, ont été assassinées.

    Des données récentes d'Intersociety indiquent qu'au moins 7000 chrétiens ont été tués au Nigéria entre janvier et novembre de cette année.

    La violence a atteint un paroxysme d'horreur en juin avec le massacre de Yelewata dans l'État de Benue, qui a coûté la vie à au moins 280 personnes en seulement deux jours d'attaques. D'autres raids meurtriers ont suivi dans l'État, notamment le massacre de Sankera en avril, où plus de 72 personnes ont été tuées à coups de machette, et des attaques ultérieures à Gwer Ouest et dans d'autres régions, faisant des dizaines de victimes supplémentaires.

    Umeagbalasi a déclaré à Crux que la violence avait atteint des niveaux terrifiants, mais que le plus inquiétant était la « complicité de l'État ».

    « Lorsqu'ils sont attaqués, si vous appelez les soldats, ils ne répondront pas », a-t-il déclaré. « Mais après l'attaque, ils arriveront et vous aideront à ramasser les cadavres. Ils les emporteront. Ils reviendront ensuite saisir tous les téléphones portables des environs, arrêter leurs propriétaires et les accuser de complot. »

    Il a également affirmé l'existence de vastes « camps djihadistes peuls » où des centaines de chrétiens sont retenus en otages, dont un dans le sud de Benue avec « jusqu'à 800 » captifs situés près de deux formations militaires.

    Umeagbalasi a déclaré que la désignation du Nigéria par les États-Unis comme pays particulièrement préoccupant était certes un signe positif, mais qui ne portera aucun fruit si elle n'est pas accompagnée de mesures fermes.

    « Le gouvernement nigérian utilise tous les moyens malhonnêtes et falsifiés pour induire en erreur le gouvernement des États-Unis et lui faire croire qu'il a commencé à agir », a-t-il déclaré.

    Il a exhorté les États-Unis à « dépasser les désignations générales et à cibler plutôt des groupes spécifiques », comme les djihadistes peuls.

    « Une fois que vous serez en mesure de cibler ces personnes, les choses changeront », a-t-il insisté, avertissant que sans intervention directe et ciblée, « l’extermination se poursuit ».

    Le président Donald Trump a récemment désigné le Nigéria comme un pays particulièrement préoccupant, indiquant ainsi que le gouvernement américain considère que le Nigéria se livre à des « violations systématiques, continues et flagrantes de la liberté religieuse ».