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Christianisme

  • Il y a cinquante ans, Pierre Chaunu, historien visionnaire, annonçait notre présent

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    Pierre Chaunu (1923-2009) est de ces historiens qu’on a trop souvent lu en diagonale, ou seulement pour ses travaux monumentaux sur Séville et l’Atlantique et l’histoire quantitative, alors qu’il avait une profondeur anthropologique, démographique et civilisationnelle particulièrement aiguë, surtout dans ses derniers livres et ses interventions publiques.

    Il insistait beaucoup sur :

    • La continuité comme essence de l’histoire (« l’essentiel s’appelle permanence ») face à l’écume du changement perpétuel.
    • La démographie comme révélateur ultime du moral d’une civilisation (il parlait très tôt de « déchristianisation » et de « suicide démographique » de l’Europe).
    • Le rôle central du christianisme dans la genèse de l’Occident moderne, et le vide spirituel et anthropologique qu’a laissé son recul.
    • Une vision tragique mais lucide de l’Histoire : l’homme n’est pas maître absolu de son destin, les structures profondes (démographie, croyances, cadres mentaux) pèsent lourdement.

    Beaucoup de ses mises en garde des années 70-90 sur la dénatalité, la perte de sens, le rapport au temps long, sonnent aujourd’hui avec une force presque prophétique.

    Pour lui, la démographie n’est pas un simple indicateur économique ou statistique parmi d’autres : elle constitue le révélateur ultime du moral d’une civilisation, de sa vitalité profonde, de son rapport à la vie, à l’avenir et à la transcendance. Contrairement aux événements spectaculaires (guerres, crises), le déclin de la natalité est insidieux : il ne fait pas de « cadavres visibles », il est un « refus de la vie » silencieux.

    Contexte historique et comparaison

    Chaunu arrive à cette conviction par son travail sur l’Amérique espagnole (surtout Séville et l’Atlantique). Il observe le choc démographique colossal post-Conquête : la population amérindienne s’effondre (estimations très débattues, de ~80 millions à une fraction en quelques décennies), en grande partie à cause des maladies, mais aussi des ruptures culturelles et spirituelles. Cela lui montre que les civilisations peuvent mourir par implosion démographique, pas seulement par conquête extérieure.

    En Europe, il contraste cela avec la vitalité médiévale : le « monde plein » du XIIIe siècle, avec une forte densité, des défrichements massifs, des clochers partout. L’Église y joue un rôle ambivalent : elle promeut le mariage tardif pour réguler la pression sur les ressources, ce qui finit par internaliser une certaine méfiance vis-à-vis de la chair et du plaisir, selon lui.

    La « peste blanche » et le suicide démographique

    Dans Le Refus de la vie (1975) et surtout La Peste blanche : comment éviter le suicide de l’Occident (1976, avec Georges Suffert), Chaunu alerte sur le retournement brutal de la fécondité européenne après le baby-boom. Il parle explicitement de « suicide » parce que :

    • C’est un choix collectif inconscient, porté par l’individualisme hédoniste, la société de consommation, la sécularisation.
    • La pilule (1960) et la légalisation de l’avortement (1975 en France) accélèrent le phénomène.
    • Le « refus de l’enfant » révèle un rapport altéré au temps et à la mort : l’enfant incarne l’avenir et rappelle la finitude. Une société qui ne veut plus d’enfants est une société qui ne veut plus se projeter au-delà d’elle-même.

    Citation emblématique :

    « La dénatalité, pour un homme quelconque, est comme la peste et la guerre, de l’ordre du destin. [...] La peste et la guerre font des morts, le refus de la vie ne fait rien. Les premiers se voient, le second ne se voit pas. »

    Lien avec la déchristianisation

    Chaunu, protestant engagé, voit une corrélation profonde entre le recul du christianisme et ce suicide démographique. Le christianisme avait fourni :

    • Une sacralisation de la vie et de la famille.
    • Un « transfert eschatologique » vers les valeurs laïques (Lumières, République) qui avait maintenu un temps la vitalité.
    • Une vision de l’homme comme créature responsable devant Dieu et l’avenir.

    Avec la déchristianisation (qu’il observe déjà dans les mentalités du XVIIIe siècle, via les travaux comme ceux de Vovelle qu’il a encadrés), ce cadre s’effondre. La société devient « stérile » spirituellement et biologiquement : culte de l’adolescent/consommateur immédiat, rejet de la transmission, égoïsme temporel. Il note que « le racisme est une fleur qui pousse dans la famille trop réduite » — les sociétés vieillissantes et atomisées deviennent plus craintives face à l’Autre.

    Actualité de Chaunu

    Dès les années 1970, il prédit l’« hiver démographique » européen, la pyramide des âges inversée, les tensions migratoires et identitaires qui en découlent. Il ne cesse de répéter que la démographie est la prospective par excellence : plus fiable que les indicateurs économiques.

    Ses analyses restent discutées (certains lui reprochent un ton alarmiste ou une lecture trop « civilisationniste »), mais les chiffres lui donnent rétrospectivement raison sur l’ampleur du déclin de la fécondité autochtone en Europe.

    La Peste blanche (1976).

    Ce livre est un dialogue entre Pierre Chaunu (l’historien) et Georges Suffert (le journaliste). Il s’inscrit dans la continuité de Le Refus de la vie (1975) et prend la forme d’une enquête vive, alerte, parfois prophétique. Il ne s’agit pas d’un traité académique lourd mais d’un cri d’alarme accessible, structuré autour du contraste entre le passé vital de l’Occident et son présent suicidaire.

    Le concept central : la « peste blanche »

    Chaunu oppose deux fléaux :

    • Les pestes traditionnelles (Noire, etc.) : visibles, bruyantes, dramatiques, avec cadavres, cloches, quarantaines. Elles tuent brutalement mais laissent des survivants qui reconstruisent.
    • La peste blanche : invisible, indolore, silencieuse. Elle ne fait pas de « morts visibles » immédiatement. C’est le refus de la vie, le déclin volontaire de la natalité, l’indifférence à la transmission.

    Citation clé (extraite des présentations du livre) :

    « Lorsque autrefois la peste s’abattait sur une ville […], chacun en était averti par la rumeur, les cloches, les grands feux […]. La peste blanche, au contraire, est invisible, apparemment indolore. Pourtant à court terme, elle est tout aussi dramatique que les pestes d’autrefois. »

    Qu’est-ce que cette peste ?

    • La désespérance (perte de sens et d’avenir).
    • L’indifférence à la vie et à la postérité.
    • Le culte du bonheur immédiat (hédonisme consumériste).
    • Le mépris de l’histoire et de l’avenir (présentisme).

    Conséquence directe : le suicide démographique de l’Occident.

    Analyse historique et causes

    Chaunu mobilise son expertise (notamment sur l’Amérique latine post-Conquête) pour montrer que les civilisations peuvent s’effondrer par implosion interne plus que par choc externe. Il relie cela à :

    • La déchristianisation progressive : le christianisme avait sacralisé la vie, la famille, la transmission. Son recul laisse un vide anthropologique.
    • L’individualisme moderne et la société de consommation qui font de l’enfant un « coût » plutôt qu’une bénédiction et un projet.
    • Les évolutions techniques (pilule, avortement) qui accélèrent un mouvement déjà entamé dans les mentalités.
    • Un rapport altéré au temps : l’Occident, qui avait inventé le progrès et la projection dans l’avenir, se replie sur l’instant.

    Il parle d’un « refus de la vie » collectif, inconscient, qui n’est pas perçu comme tel par les individus (« pour un homme quelconque, la dénatalité est […] de l’ordre du destin. […] Le refus de la vie ne fait rien. Les premiers [peste/guerre] se voient, le second ne se voit pas »).

    Structure et ton

    Le livre alterne :

    • Diagnostic historique (« jadis », « naguère »).
    • Analyse du présent (« aujourd’hui »).
    • Perspectives d’« avenir retrouvé » (propositions pour inverser la tendance).

    Chaunu et Suffert sont décrits comme optimistes par tempérament, mais lucides. Ils ne se contentent pas de déplorer : ils cherchent des voies de redressement (retour à un certain sens du sacré, valorisation de la famille, prise de conscience collective).

    Actualité en 2026

    Écrit il y a cinquante ans, le livre a vu ses prédictions confirmées de manière spectaculaire : fécondité européenne durablement sous le seuil de remplacement, vieillissement accéléré, dépendance migratoire croissante, tensions identitaires et économiques liées à la pyramide des âges inversée. Chaunu y voyait déjà le risque d’une « résignation anticipée devant les asservissements possibles ».

  • « Providentiel » : L’évêque Hansen à propos du nouveau sanctuaire d’Oslo dédié aux chrétiens persécutés

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    De Luke Coppen sur le Pillar :

    « Providentiel » : L’évêque Hansen à propos du nouveau sanctuaire d’Oslo dédié aux chrétiens persécutés

    Hansen a reçu une proposition pour établir le sanctuaire en 2025, quelques mois après avoir été consacré évêque d'Oslo, à la suite d'une carrière diplomatique au Vatican.

    L'évêque Fredrik Hansen bénit l'icône de Marie, Mère des chrétiens persécutés, à l'église Saint-Jean d'Oslo, en Norvège, le 20 juin 2026. Crédit : Marta Wade/Diocèse d'Oslo.

    À première vue, ces deux événements, distants de milliers de kilomètres, pourraient sembler sans lien. Le père Youhanna Al-Amin a été assassiné le 19 juin, apparemment en représailles à sa dénonciation du vol de médicaments destinés à la population locale. Hansen a inauguré le sanctuaire dédié à Marie, Mère des chrétiens persécutés, le 20 juin à l'église Saint-Jean, dans le quartier de Bredtvet à Oslo.

    Pourtant, au sein de la communion de l'Église, tout est lié. Le but de ce nouveau sanctuaire est d'offrir aux catholiques un lieu où prier ensemble pour les prêtres et les laïcs confrontés à des dangers semblables à ceux qu'a connus le père Youhanna.

    Hansen a reçu une proposition pour la création du sanctuaire en août 2025, sept mois après sa consécration comme évêque d'Oslo, à la suite d'une carrière diplomatique au Vatican. L'idée venait du père Benedict Kiely, prêtre anglais de l'Ordinariat personnel Notre-Dame de Walsingham, qui dirige Nasarean.org , une organisation caritative soutenant les chrétiens persécutés.

    Dans le cadre de sa mission, Kiely invite les évêques du monde entier à installer des sanctuaires abritant une icône de Marie, Mère des chrétiens persécutés. Cette icône d' Éléuse porte une inscription en araméen, la langue parlée par Jésus, dans son coin supérieur gauche : « Marie, Mère des chrétiens persécutés ». Parmi les lieux où se trouvent ces sanctuaires, citons New York, Londres et Stockholm , ainsi qu'Astana au Kazakhstan et Qaraqosh en Irak.

    Ces sanctuaires attirent l'attention sur les quelque 338 millions de chrétiens persécutés dans le monde et encouragent la prière à leur sujet .

    La Norvège peut sembler un lieu surprenant pour un sanctuaire catholique dédié aux chrétiens persécutés. Pourtant, la communauté catholique norvégienne, en pleine expansion, rassemble des personnes originaires de plus de 180 pays , dont certaines ont vécu personnellement la persécution dans leur pays d'origine.

    Dans une interview par courriel à la veille de l'inauguration, l'évêque Hansen a évoqué sa propre prise de conscience de l'ampleur de la persécution antichrétienne, les raisons qui l'ont poussé à créer ce nouveau sanctuaire et ses espoirs pour son avenir.


    Pour une expérience optimale, ouvrez la carte dans une nouvelle fenêtre .


    Quand avez-vous pris conscience pour la première fois de l'ampleur de la persécution des chrétiens dans le monde ?

    Il y a dix ans, j'étais en poste comme diplomate pontifical à Vienne, en Autriche, au sein de la mission du Saint-Siège auprès de plusieurs organisations internationales. Dans l'une de ces organisations, le volet relatif aux droits de l'homme comprenait le travail sur l'intolérance et la discrimination à l'encontre des chrétiens dans l'hémisphère nord.

    Aux Nations Unies et ailleurs, les atrocités horribles commises par Daech, y compris contre des chrétiens, étaient de plus en plus mises en lumière. Il était facile de conclure que la colère et la haine dirigées contre les disciples de Jésus-Christ étaient une réalité mondiale.

    Pourquoi avez-vous accepté l'invitation à fonder un sanctuaire dédié à Marie, Mère des chrétiens persécutés, dans le diocèse d'Oslo ,

    Je crois qu'il est nécessaire de porter une attention beaucoup plus grande à la situation difficile des chrétiens persécutés et à notre obligation commune de prier pour eux et de les soutenir.

    Je considère comme providentiel que, juste au moment où je commençais mon ministère épiscopal et que je me penchais sur les priorités de notre diocèse, l'offre de l'icône et l'idée d'un sanctuaire m'aient été présentées.

    Icône de Marie, Mère des chrétiens persécutés, à l'église Saint-Jean d'Oslo, en Norvège. Crédit : Marta Wade/Diocèse d'Oslo.

    Pourquoi avoir choisi l' église Saint-Jean de Bredtvet, à Oslo, comme emplacement du nouveau sanctuaire ?

    Pour deux raisons : premièrement, il s’agit de la plus grande église catholique de la ville d’Oslo et elle assurera donc l’importance du sanctuaire.

    Deuxièmement, un nombre important de fidèles de la paroisse sont originaires de pays où le souvenir de l'intolérance ou de la persécution est fort, comme la Pologne, la Lituanie et le Vietnam, ou de pays où les chrétiens subissent aujourd'hui des violences et des persécutions, notamment le Nigéria, le Myanmar et l'Inde.

    Pourquoi pensez-vous que, outre le soutien matériel et le plaidoyer, la prière pour les chrétiens persécutés est importante ?

    Notre Seigneur a dit : « Demandez, et l’on vous donnera » ( Matthieu 7,7 ). Présenter à Dieu nos frères et sœurs souffrants et implorer son aide est donc une expression de notre foi et un acte concret de solidarité. Cela nous rappelle aussi la nécessité d’en faire davantage, notamment par un soutien matériel et un plaidoyer public.

    L’évêque Hansen inaugure le sanctuaire de Marie, Mère des chrétiens persécutés, à l’église Saint-Jean. Crédit : Marta Wade/Diocèse d’Oslo.

    Avez-vous déjà rencontré des chrétiens persécutés ? Si oui, qu’est-ce qui vous a marqué chez eux ?

    Lors de mes visites dans nos paroisses, j'ai rencontré de nombreuses personnes touchées par la persécution, que ce soit personnellement, par l'intermédiaire de leurs familles ou de leurs communautés. Mes prêtres font part d'expériences similaires.

    Ce qui me frappe, c'est la joie et l'espoir qu'ils semblent tous partager. Malgré l'horreur qu'ils ont vue ou qui les a touchés de si près, ces deux caractéristiques chrétiennes si fondamentales – la joie et l'espérance – sont prédominantes. Quel témoignage ils nous donnent !

    Quel rôle espérez-vous que le sanctuaire jouera au sein du diocèse d'Oslo ?

    J'espère que ce sanctuaire renforcera l'action collective de notre Église locale en faveur des chrétiens qui souffrent pour leur foi.

    À l'occasion de son inauguration ce week-end, nous avons organisé des conférences et des présentations, ainsi que des réunions de planification – notamment avec nos partenaires – afin de définir les actions futures. Tout cela sera soutenu par les prières au sanctuaire – pour les années à venir.

  • La conversion de JD Vance

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    De Maximilien Lutz sur le Tagespost :

    La conversion de JD Vance

    Dans « Communion », le vice-président américain relate sa conversion au catholicisme. Ce livre est aussi un manifeste politique. Que révèle-t-il sur Vance, sa vision du monde et ses ambitions politiques ? Et quel lien peut-on établir entre un verre à vin brisé et le destin ?

    22 juin 2026

    Août 2018 : JD Vance se sentait de plus en plus attiré par la foi catholique, mais les doutes des années précédentes ne l’avaient pas encore totalement dissipé. Les graves affaires d’abus sexuels qui avaient secoué l’Église américaine cette année-là l’avaient particulièrement marqué. Puis, lors d’un voyage en Europe avec sa femme Usha et leur jeune fils, il vécut une sorte de révélation spirituelle : dans une cathédrale vide en Bourgogne, il fut saisi par un profond sentiment d’appartenance et d’espoir : « Cette église, dans un pays étranger, où ma famille et moi étions les seuls visiteurs, me semblait m’appartenir. Je lui devais quelque chose, tout comme elle me devait quelque chose. » Peu importaient les gros titres négatifs et le déclin du christianisme dans de nombreux endroits : « Si le Titanic coule, je préfère être à bord que de monter dans un canot de sauvetage. » Suite à cette expérience, il décida de se faire baptiser pour la première fois.

    JD Vance : Communion. Retrouver le chemin de la foi.

    Vance relate cet épisode dans son nouveau livre, « Communion : Retrouver la foi ». Cet ouvrage très attendu du vice-président américain, actuellement disponible uniquement en anglais, fait d'une pierre deux coups : autobiographie à thématique religieuse, il raconte la conversion du numéro deux des États-Unis. Parallèlement, « Communion » est aussi un manifeste politique. Ce livre apporte de nouvelles pièces au puzzle de cet homme politique qui pourrait bientôt viser des fonctions plus importantes. Car Vance est considéré comme un successeur potentiel de Donald Trump.

    La conversion politique et la conversion religieuse sont inextricablement liées.

    Le livre de Vance arrive à point nommé à plusieurs égards : depuis un an, un Américain, Léon XIV, occupe le trône pontifical et jouit d’une popularité bien supérieure dans son pays que son prédécesseur, François. Par ailleurs, l’intérêt pour la foi catholique s’accroît aux États-Unis : les jeunes adultes, notamment, se font baptiser – même si cette tendance n’a pas encore enrayé le déclin général du nombre de fidèles. En outre, les critiques à l’égard de l’administration Trump se sont récemment intensifiées au sein des milieux chrétiens conservateurs américains. Le livre de Vance s’inscrit donc dans cet intérêt grandissant pour le catholicisme, mais peut aussi être interprété comme un message adressé à l’électorat traditionnel, qui n’est plus entièrement satisfait : « Voyez, nous pensons toujours de la même manière. »

    Lorsque JD Vance a accédé à la notoriété publique, il ne partageait pas encore les idées du camp MAGA alors naissant. Dans son autobiographie à succès de 2016, « Hillbilly Elegy », une étude concise de la classe ouvrière marginalisée de la Rust Belt américaine, Vance se présentait comme un critique conservateur de Trump. Depuis, Vance, aujourd'hui âgé de 41 ans, a opéré une conversion politique. Depuis son élection victorieuse au Sénat dans l'Ohio en 2022, il est considéré comme une figure importante du camp Trump. Ce changement politique a fait couler beaucoup d'encre ces dernières années. Ses détracteurs l'accusent d'opportunisme. Le vice-président américain aborde ouvertement ce sujet dans « Communion » : pour ses critiques, cette conversion politique n'était qu'une « manœuvre cynique » pour accéder au pouvoir. « Je doute de jamais pouvoir les faire changer d'avis. »

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  • «Le centre, c’est le Christ» (Léon XIV à Pavie)

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    Visite pastorale de Sa Sainteté le pape Léon XIV
    à Pavie et à Sant'Angelo Lodigiano

    CÉLÉBRATION DE LA PAROLE ET VÉNÉRATION DES RELIQUES DE SAINT AUGUSTIN

    HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

    Basilique Saint-Pierre-en-Ciel-d'Oro (Pavie), samedi 20 juin 2026

    Homélie du Saint-Père

    Éminence,
    Excellences, chers frères dans l'épiscopat,
    chers prêtres et diacres,
    chers religieux et religieuses et séminaristes,
    mes frères augustins,
    frères et sœurs,

    Je suis heureux d'être parmi vous et je remercie Monseigneur Corrado Sanguineti et le Père Joseph Farrell, Prieur Général de l'Ordre de Saint Augustin, pour leurs paroles de bienvenue. Je suis ravi de ce que j'ai entendu dire de cette Église de Pavie : une communauté à la tradition ancienne, toujours vivante et présente dans la ville et ses environs, attentive aux signes de notre temps et à ses défis, et qui ne se laisse pas décourager par les difficultés, le contexte sécularisé et les obstacles à la transmission de la foi.

    Pour éviter le découragement, il nous faut un regard animé par l’esprit de foi, qui nous aide à lire la réalité plus profondément qu’il n’y paraît au premier abord, et à ne pas sombrer dans une attitude négative et pessimiste, incapable de faire naître une vie nouvelle. Le regard qui nous est demandé – et que l’Esprit Saint nous donne – est celui de Jésus. Au milieu des difficultés et des malentendus, il voit la main providentielle du Père dans les lys des champs , dans les oiseaux du ciel (cf. Mt 6, 28-29), il nourrit l’espérance dans la petite graine qui germe (cf. Mc 4, 30-33) et nous invite à lever les yeux et à contempler les champs déjà blancs pour la moisson (cf. Jn 4, 35). Dans l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium, le pape François  nous encourage à cette lecture spirituelle de la réalité, en disant : « Le regard de la foi est capable de reconnaître la lumière que l’Esprit Saint répand toujours au milieu des ténèbres [...]. Notre foi est appelée à entrevoir le vin en lequel l’eau peut être changée, et à découvrir le bon grain qui pousse parmi l’ivraie » (n° 84).

    Éclairés par l’espérance de l’Évangile et inspirés par ce que l’apôtre Pierre nous a dit dans la lecture (voir 1 Pierre 2 , 4-10), qui appelle les disciples du Seigneur « pierres vivantes », demandons-nous : comment pouvons-nous être une Église vivante aujourd’hui, ici à Pavie ?

    Le premier enseignement de l’Apôtre est essentiel : demeurer uni au Christ, la pierre vivante, rejetée par les hommes mais choisie par Dieu. Le Christ est le fondement de l’édifice spirituel, la pierre angulaire qui sert de base à notre cheminement ecclésial, à notre action pastorale et à notre évangélisation (cf. vv. 4-5).

    Le fait d’être bâtis et de construire en Christ nous protège du risque de dispersion et de surmenage dans des tâches secondaires, certes louables, mais qui ne touchent pas à l’essentiel. Bien sûr, nous sommes appelés à la lucidité, et nous savons que dans les paroisses et la vie diocésaine, de nombreuses urgences et engagements requièrent notre présence et nos multiples activités. Il s’agit cependant de tout ramener au centre, de toujours bâtir sur la pierre angulaire, d’éviter que nos actions ne se dispersent et ne se concentrent uniquement sur nous-mêmes et nos propres efforts. Puisque Christ est au centre, nous puisons tous à cette unique source et soumettons notre engagement au discernement qui découle de sa lumière et de sa Parole. Alors, bâtissons une Église où nous cheminons ensemble, capable de se renouveler sans se diviser, où tous se reconnaissent comme frères et sœurs et œuvrent avec joie au service du Royaume de Dieu.

    Cela confirme ce que votre évêque a dit en introduction : nous devons apprendre à être des communautés chrétiennes centrées sur l’essentiel, même si cela implique de renoncer à certaines structures et certitudes du passé. L’essentiel est de vivre avec le Christ, et la diffusion de son Évangile est ce qui doit nous préoccuper. Je le recommande en premier lieu aux prêtres, qui peuvent parfois souffrir d’un sentiment de dispersion intérieure, d’une lassitude face à la multiplicité de leurs responsabilités : toujours revenir au centre, unifier tout dans leur relation avec le Seigneur, et découvrir en Lui la joie de la fraternité sacerdotale et du travail pastoral partagé avec les laïcs. Je le recommande également aux religieux et religieuses, qui éprouvent souvent la difficulté d’actualiser le charisme auquel ils appartiennent, mais qui ont toujours besoin de se renouveler à partir du Christ et de partager les talents qu’ils ont reçus avec les autres communautés religieuses et avec l’Église diocésaine tout entière.

    L’attachement au Christ, pierre angulaire, nous permet aussi d’aborder les enjeux actuels de la transmission de la foi et de la pratique religieuse. À une époque où beaucoup semblent avoir perdu leur ferveur spirituelle ou, pour diverses raisons, ne trouvent plus d’écho dans la foi chrétienne, nous sommes appelés avant tout à porter le message de l’Évangile, message joyeux et libérateur de Jésus-Christ, qui révèle la beauté de la foi pour nos vies et pour notre société. Aujourd’hui, il est plus que jamais nécessaire d’accompagner les personnes dans la découverte ou la redécouverte de la foi. C’est pourquoi nous devons proclamer le cœur de l’Évangile, à savoir Jésus, qui, par son incarnation, sa mort et sa résurrection, nous révèle le mystère de Dieu et, en même temps, le mystère de nous-mêmes. « Un ministère pastoral à vocation missionnaire […] se concentre sur l’essentiel, sur ce qu’il y a de plus beau, de plus grandiose, de plus attrayant et, en même temps, de plus nécessaire » ( Evangelii Gaudium , 35).

    Dans ce contexte, la figure de saint Augustin resplendit d'une lumière précieuse. Sa pensée, le récit de sa conversion et sa spiritualité nous rappellent la valeur et la primauté de l'intériorité : « Ne t'éloigne pas de toi-même, retourne à toi-même : la vérité est en toi » ( De vera religione , XXXIX, 72). Le besoin de se retrouver, d'éviter de se perdre dans la fragmentation extérieure, de chercher et de trouver un sens qui guide nos vies et anime nos relations, est un besoin universel : aujourd'hui, il ressurgit de différentes manières, même dans la hâte et la dispersion du quotidien, notamment dans les interrogations des plus jeunes.

    Lorsque notre témoignage de foi est constant et fervent, nous devenons nous-mêmes des « pierres vivantes » qui composent l’édifice spirituel qu’est l’Église. Le mode de vie chrétien, nouveau et étonnant à ses débuts, comparé aux mondes juif et païen, doit le demeurer aujourd’hui. Unis au Christ, nous pouvons exprimer notre sacerdoce sacré en offrant chaque jour des sacrifices spirituels (cf. 1 Pierre 2, 5). Enracinée dans la prière et le service d’autrui, cette vénération transforme nos vies en un signe de l’Évangile par nos choix, nos actions et nos relations.

    Mes très chers amis, comme des pierres vivantes, nous sommes appelés à être une Église profondément enracinée dans la terre, une Église qui chemine au milieu des luttes et des espoirs du peuple, experte dans l'art de l'écoute et de l'accompagnement, nourrissant des relations avec les familles, avec ceux qui se préparent à recevoir les sacrements, et même avec ceux qui sont occasionnels ou éloignés de la vie de foi.

    Je sais que vous êtes déjà animés par cette passion pastorale et je vous invite à la cultiver sans relâche, en cherchant à partager la joie de l’Évangile avec tous, en vous appuyant sur le meilleur de votre histoire – pensez aux oratoires – et en explorant de nouvelles occasions de rencontre. Il convient d’accorder une attention particulière à l’organisation des réseaux de petites communautés qui se réunissent dans des maisons autour de l’Évangile, ouvertes au service de la paroisse ou de la communauté pastorale. L’écoute de la Parole engendre une vitalité spirituelle, stimule le témoignage au quotidien, notamment à travers les mouvements et les associations, et nous encourage à aller vers les plus démunis. Et, ici à Pavie en particulier, j’insiste sur l’importance de la pastorale universitaire et du dialogue avec la culture. L’étude et la recherche universitaire incitent les croyants à développer une approche fondée sur la foi, capable d’éclairer la quête de vérité, de justice et de beauté qui anime l’âme humaine. Je sais que vous avez commencé à prendre des mesures importantes pour adopter une approche synodale de la vie communautaire, intégrant la tradition paroissiale aux nouvelles initiatives d’évangélisation. Je vous invite donc à poursuivre sur cette voie, en apprenant toujours davantage à cheminer ensemble, dans un discernement commun, en développant des projets partagés, en cultivant la fraternité et en promouvant la coresponsabilité.

    Chers frères et sœurs, que Marie Très Sainte, Mère de l'Église, vous obtienne le désir ardent de vivre et de témoigner de l'Évangile, dans la charité fraternelle qui fait de nous un seul peuple en chemin vers Dieu. Vénérant les reliques du saint Père Augustin, je prie pour qu'il intercède toujours, avec votre saint patron Siron, pour cette Église et pour la ville de Pavie. Merci !

  • Le cardinal Müller met en garde depuis le Parlement italien : l'Europe court à sa perte si elle renonce à ses racines chrétiennes

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    D'InfoVaticana :

    Müller met en garde depuis le Parlement italien : l'Europe court à sa perte si elle renonce à ses racines chrétiennes.

    L'intervention a eu lieu lors de la réunion intitulée « Diktat eurogenre : Racines chrétiennes, liberté religieuse et éducative menacées dans l'UE » , organisée par l'association catholique I RadicaTi dal diritto naturale alla legge et promue par le député Massimo Milani.

    Une conférence contre l'idéologie du genre et la dérive culturelle européenne

    Cette réunion a été créée dans le but d'analyser les conséquences de certaines politiques promues depuis Bruxelles dans des domaines tels que la famille, l'éducation, la liberté religieuse et la liberté d'expression.

    Les organisateurs ont dénoncé le fait que certaines initiatives européennes présentées sous l'égide de la lutte contre la discrimination favorisent une imposition idéologique croissante sur les questions liées au genre, à la sexualité et à l'anthropologie humaine.

    Selon les organisateurs de l'événement, l'Europe traverse une phase dans laquelle la défense des racines chrétiennes et de la conception traditionnelle de la famille est fréquemment présentée comme un obstacle au progrès, tandis que certains courants idéologiques bénéficient d'une protection institutionnelle privilégiée.

    C’est dans ce contexte que Müller est intervenu, développant une vaste réflexion sur la crise spirituelle, culturelle et politique que traverse le continent.

    « L'Europe est née du christianisme »

    Le cardinal allemand a rappelé que les pères fondateurs du projet européen — des personnalités telles que Robert Schuman, Alcide De Gasperi ou Konrad Adenauer — n'ont jamais conçu l'Europe comme une simple structure économique ou administrative.

    Selon lui, l'unité européenne est née d'une vision commune de la personne humaine profondément marquée par le christianisme, ce qui a permis le développement de concepts aujourd'hui considérés comme fondamentaux tels que la dignité humaine, la liberté de conscience, l'égalité devant la loi et les droits fondamentaux.

    « L’Union européenne repose aujourd’hui sur ces fondements », a-t-il déclaré.

    Il a donc averti qu'une Europe détachée de l'Évangile court le risque de « se suicider et de sombrer dans sa propre chute ».

    La crise de la famille et de l'identité humaine

    Müller a identifié la désintégration de la famille et la confusion autour de l'identité humaine comme quelques-uns des principaux symptômes de la crise culturelle européenne.

    Comme il l'a expliqué, le continent traverse un processus de remise en question des réalités anthropologiques les plus fondamentales, largement impulsé par l'idéologie du genre et les mouvements transhumanistes qui cherchent à redéfinir la nature humaine elle-même.

    Le préfet émérite a dénoncé ce qu'il a qualifié de transformation culturelle inspirée par une logique « jacobine », contraire à la famille naturelle et à l'identité personnelle.

    Elle a également accusé certaines institutions européennes de promouvoir une forme de « totalitarisme de genre » qui menace progressivement la liberté de pensée et d'éducation.

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  • La direction de la Fraternité Saint-Pie X contre les Écritures et la Tradition

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    De George Weigel sur le NCR :

    La direction de la Fraternité Saint-Pie X contre les Écritures et la Tradition

    COMMENTAIRE : Même si la Fraternité Saint-Pie X freine in extremis et ne commet pas d’actes schismatiques formels, le grave problème posé par la Fraternité Saint-Pie X persistera.

    17 juin 2026

    Le Saint-Siège a déclaré que, si la Fraternité Saint-Pie X (FSPX) procède à l’ordination d’évêques en juillet sans mandat papal, les personnes impliquées dans ces ordinations illicites seront automatiquement (latae sententiae) excommuniées — c’est-à-dire excommuniées de plein droit.  

    On peut, et on doit même espérer, que l’on n’en arrive pas là. Mais même si la FSSPX freine in extremis et ne commet pas formellement d’actes schismatiques, le grave problème posé par la FSSPX persistera. 

    Cela a été clairement mis en évidence par la « Déclaration de foi catholique adressée au pape Léon XIV » du 14 mai, dans laquelle la direction de la FSSPX déclare, consciemment ou non, qu’elle ne partage pas la foi de l’Église catholique. 

    Prenons la toute première phrase de la Déclaration, dans laquelle la Fraternité Saint-Pie X affirme que « Notre Seigneur Jésus-Christ […] a définitivement abrogé l’Ancienne Alliance ». Cela aurait choqué saint Paul qui, aux prises avec la question complexe de la relation entre l’élection d’Israël et la Nouvelle Alliance intégrant les païens dans le plan de salut de Dieu, a écrit, sous l’inspiration divine : « Ce sont eux les Israélites, et c’est à eux qu’appartiennent la filiation, la gloire, les alliances, la loi, le culte et les promesses » (Romains 9, 4). Non pas « appartenaient », mais « appartiennent ».  

    Deux chapitres plus loin, Paul insiste sur le fait que « quant à l’élection, ils [le peuple juif] sont aimés à cause de leurs pères. Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Romains 11, 28-29). Dieu ne se repent pas de ses promesses, et l’Ancien et le Nouveau Testament forment une unité, comme l’Église l’affirme sans relâche depuis deux millénaires. La Déclaration de la FSSPX nie cela.  

    La Déclaration poursuit en affirmant que « tout homme doit être membre de l’Église catholique pour sauver son âme, et il n’y a qu’un seul baptême comme moyen d’y être incorporé. Cette nécessité concerne l’humanité tout entière sans exception et englobe sans distinction les chrétiens, les juifs, les musulmans, les païens et les athées. » L’enfer de la FSSPX est donc bien peuplé, et y figurent vos amis et proches luthériens, anglicans, juifs, musulmans et non-croyants.  

    Il s’agit là, cependant, précisément de la déformation extrême de l’ancienne maxime « extra ecclesiam nulla salus » (pas de salut en dehors de l’Église), pour laquelle le père Leonard Feeney fut excommunié en 1953, le fondement théologique de cette sanction ayant été établi par une déclaration du Saint-Office de 1949 approuvée par le pape Pie XII.   

    Ironiquement, la Déclaration de la FSSPX affirme que « le déni d’une seule vérité de la foi détruit la foi elle-même et rend radicalement impossible toute communion avec l’Église catholique ». Or, c’est précisément ce que fait la FSSPX en déclarant « définitivement nulles et non avenues » les promesses de Dieu au peuple juif et en donnant l’interprétation la plus extrême qui soit à l’expression « extra ecclesiam nulla salus ». La FSSPX contredit ainsi l’enseignement de géants tels que saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, les condamnations papales du jansénisme, ainsi que l’enseignement du bienheureux Pie IX dans *Quanto Conficiamur Moerore* sur la disponibilité de la grâce en dehors des sacrements.   

    Il est évident depuis longtemps que le mouvement lancé par l’archevêque Marcel Lefebvre, qui se poursuit aujourd’hui au sein de la Fraternité Saint-Pie X (FSPX), ne trouvait pas simplement son origine dans le rejet par l’archevêque de la liturgie postconciliaire, mais dans un rejet de l’enseignement du Concile Vatican II sur l’Église, le salut, la liberté religieuse, les relations entre l’Église et l’État, ainsi que les relations de l’Église avec les autres religions. À cet égard, il convient de rappeler que Mgr Lefebvre était un partisan du maréchal Pétain et du régime collaborationniste de Vichy en France pendant la Seconde Guerre mondiale : un régime qui rejetait la modernité de fond en comble. Certains éléments du régime de Vichy ont fini par sombrer dans un antisémitisme meurtrier qui trouvait en partie son origine dans le rejet des chapitres 9 à 11 de l’Épître aux Romains, que la Déclaration de la Fraternité Saint-Pie X rejette également. Faire résonner ne serait-ce que le plus faible écho de cette histoire sordide au milieu des scandales antisémites d’aujourd’hui relève, pour employer un euphémisme, d’une obtusité effrayante. 

    En mai, un éminent historien italien a fait remarquer, à propos des ordinations épiscopales que la Fraternité Saint-Pie X (SSPX) a l’intention de célébrer et des excommunications qui s’ensuivront automatiquement, que « ce qui va se passer en juillet ne sera pas la construction d’un pont, mais la création d’un nouveau fossé entre [le monde de la SSPX] et le Saint-Siège ». C’est tout à fait vrai. Cela ne se produira toutefois que si les plus de 700 prêtres, les plus de 200 séminaristes et les centaines de milliers de laïcs impliqués dans la FSSPX continuent d’accepter, à la manière d’une secte, l’hétérodoxie des dirigeants de la FSSPX, dont la prétention d’être les seuls vrais catholiques est ce qui fera voler en éclats les ponts ecclésiaux et créera les tristes fossés qui s’ensuivront. Les personnes qui trouvent une nourriture spirituelle dans les centres de messe de la FSSPX méritent mieux que cela. 

    George Weigel est éminent chercheur senior et titulaire de la chaire William E. Simon d’études catholiques à l’Ethics and Public Policy Center de Washington.

  • Pour l'Occident et pour la démocratie : le malentendu concernant la « guerre juste »

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    De Riccardo Cascioli sur la NBQ :

    Pour l'Occident et pour la démocratie : le malentendu concernant la « guerre juste »

    Le pacifisme radical se manifeste de façon paradoxale chez certains catholiques qui justifient les guerres de gouvernements « amis ». L’erreur consiste à confondre les visions géopolitiques du monde avec la doctrine sociale de l’Église, qui peut certes avoir du mérite, mais n’a pas pour but de rétablir l’ordre voulu par Dieu. Il y a également une incompréhension des concepts d’Occident et de démocratie.
    20/06/2026

    Dans l'article précédent, nous avons critiqué le pacifisme radical qui s'est répandu dans de nombreux milieux de l'Église, allant jusqu'à nier ce que le Catéchisme lui-même définit comme une « guerre juste », comprise comme une légitime défense. Mais parmi les catholiques, on observe aussi le radicalisme inverse : certains étendent les quatre conditions de la légitime défense énoncées par le Catéchisme jusqu'à justifier toute guerre, en la dissimulant sous des intentions louables.

    La principale erreur consiste à confondre l'Évangile ou la doctrine sociale de l'Église avec des idéologies ou des visions géopolitiques du monde. Celles-ci sont légitimes, respectables et peuvent, à certains égards, coïncider avec une vision catholique, mais elles sont essentiellement motivées par des préoccupations autres que le rétablissement de l'ordre naturel voulu par Dieu.

    Un exemple classique en est la justification invoquée au nom de la défense d'un Occident prétendument chrétien. Une discussion distincte serait nécessaire pour clarifier ce qu'est l'Occident – ​​ce que La Bussola a déjà fait  ici et ici – mais il suffit de comprendre qu'aujourd'hui, les classes politiques et culturelles dominantes en Europe et aux États-Unis s'opposent à ce que devrait véritablement être l'Occident, à savoir « une civilisation dans laquelle le christianisme a synthétisé et purifié la philosophie grecque et le droit romain », comme nous l'avons déjà écrit. Cela conduit non seulement à la promotion d'intérêts et de valeurs antichrétiens en général et anticatholiques en particulier, mais aussi à la tentative d'exclure l'Église de la sphère publique, favorisant paradoxalement des cultures et des religions qui visent la destruction de l'Occident en tant que tel. La Bussola dispose de nombreux articles documentant cette tendance.

    Cela ne signifie pas que nous devions applaudir – comme le font malheureusement nombre de catholiques – les régimes violents et criminels qui entrent régulièrement en conflit avec l'Europe et les États-Unis. Mais nous devons reconnaître, en toute lucidité, que les enjeux de la politique internationale de nos pays ont très peu à voir avec la doctrine sociale de l'Église. Pour donner un exemple concret : nous avons vivement critiqué l'intervention militaire américaine et israélienne contre l'Iran, mais cela ne signifie pas que nous devions nous réjouir du renforcement du régime sanguinaire des ayatollahs que cette guerre a engendré.

    Une autre justification douteuse de l'intervention militaire est celle d'une prétendue guerre mondiale entre démocraties et dictatures, qui peut être interprétée comme la base de conflits majeurs en cours, de l'Ukraine au Moyen-Orient, en passant par les tensions dans la région Asie-Pacifique.

    Là encore, il nous faut d’abord comprendre le concept de démocratie qui, même chez les catholiques, est souvent idéalisé sans que l’on s’interroge sur les fondements sur lesquels il est censé reposer. Or, saint Jean-Paul II, dans son encyclique Centesimus Annus (1991), avait déjà mis en garde contre la dérive vers laquelle nos sociétés se dirigent, celle du renoncement à la vérité : « S’il n’y a pas de vérité ultime pour guider et orienter l’action politique, alors les idées et les convictions peuvent facilement être instrumentalisées à des fins de pouvoir. Une démocratie sans valeurs se transforme aisément en totalitarisme ouvert ou insidieux, comme l’histoire le démontre » (n° 46).

    Mais même en admettant une distinction politique entre démocraties et dictatures (ou régimes autoritaires), distinction qui existe bel et bien, il est clair que l'idée d'une guerre mondiale « démocraties contre dictatures » ne résiste pas à l'épreuve des faits : pour être précis, les alliés des États-Unis dans la guerre contre l'Iran sont des régimes dictatoriaux au Moyen-Orient ; de plus, la Turquie, membre de l'OTAN, est un régime autoritaire qui n'a rien à envier à la Russie tant décriée de Poutine. Sans parler du soutien, ou du moins de la tolérance, dont bénéficient les régimes despotiques qui servent les intérêts occidentaux.

    Très souvent, l'argument de la libération des peuples de régimes violents sert à justifier une intervention armée , frôlant presque l'ingérence humanitaire évoquée dans l'article précédent. En réalité, il faut reconnaître que l'oppression subie par les peuples est cyniquement exploitée pour servir des intérêts qui n'ont que peu à voir avec la liberté. Le cas du Venezuela, « libéré » par Maduro, est exemplaire : le simple fait que le régime ait accepté d'être « domestiqué » a suffi à assurer sa survie. De même, les soulèvements populaires en Iran ont été salués et encouragés car ils étaient perçus comme un moyen d'éliminer un régime indésirable pour les intérêts israélo-américains, et non l'inverse.

    L’exhortation de Jésus à ses disciples reste toujours d’actualité : « Vous savez que ceux qui sont considérés comme les chefs des nations les dominent, et que leurs grands exercent leur autorité sur elles. Il n’en sera pas ainsi parmi vous » (Marc 10, 42-43). Cela signifie qu’en matière de relations internationales, les intérêts nationaux et les rapports de force ne prévalent pas toujours, mais que les véritables intérêts en jeu doivent être pris en compte si l’on souhaite contribuer, par ses décisions et ses actions politiques, au rétablissement de l’ordre voulu par Dieu.
    Il ne faut jamais oublier que les guerres ne surgissent pas soudainement, mais sont l’aboutissement de longs processus qui, à un certain moment, mènent à un conflit armé. Par exemple, il est clair que la guerre en Ukraine n’a pas commencé brutalement avec l’invasion russe du 24 février 2022, ni avec le soulèvement de Maïdan en 2014. De toute façon, même les gouvernements occidentaux auraient eu largement le temps de tenter de concilier les intérêts divergents.

    C’est pourquoi, plutôt que de discuter d’une « guerre juste », il serait plus important de discuter de la manière d’empêcher que les conflits entre nations ou au sein de celles-ci ne dégénèrent en tragédie de guerre.

    Nous en revenons donc aux critères établis par le Catéchisme pour juger de la légitime défense comme « juste », à commencer par le fait qu'il est une condition préalable nécessaire d'épuiser tous les moyens politiques et diplomatiques pour éviter la guerre.

    Une menace lointaine à la sécurité nationale ne saurait justifier une attaque préventive telle que celle menée contre l'Iran le 28 février. De même, l'expansion supposée de l'OTAN et l'ingérence en Ukraine n'ont pas justifié l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Le Compendium de doctrine sociale explique : « Quant à une action militaire préventive, lancée sans preuve manifeste d'une agression imminente, elle ne peut manquer de soulever de sérieuses questions morales et juridiques » (n° 501).

    Même la catastrophe de Gaza et du sud du Liban ne peut être justifiée par la menace qui pèse sur la sécurité d’Israël, car il existe un critère de proportionnalité à respecter, ainsi que celui du droit humanitaire (sans même tenir compte des évaluations sur l’existence de « chances de succès fondées »).

    Bien sûr, les critères de légitime défense ne sont pas infaillibles ; beaucoup dépend du discernement des autorités, qui doivent savoir les appliquer au mieux dans des circonstances souvent complexes. Surtout, ne les instrumentalisez pas à votre avantage.

  • Les confidences de Mgr Paglia et la morale de l'Église à la croisée des chemins

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    De Mgr Livio Melina sur la NBQ :

    Les confidences de Mgr Paglia et la morale de l'Église à la croisée des chemins

    La suppression de l'Institut Jean-Paul II d'études sur le mariage et la famille était une opération idéologique aux graves conséquences pour l'Église tout entière. Voici la réponse de Mgr Melina, président de l'institut de 2006 à 2016, à Mgr Paglia, qui soutient cette décision. 

    - ARCHIVES : L'attaque contre l'Institut Jean-Paul II

    20/06/2026

    Dans un entretien accordé à Settimana News le 21 mai 2026, Mgr Vincenzo Paglia a réaffirmé son rôle déterminant dans la suppression de l’Institut Jean-Paul II d’études sur le mariage et la famille et son remplacement par une nouvelle entité académique, ainsi que dans la transformation radicale de l’Académie pontificale pour la vie. Il a également expliqué que ces interventions visaient un changement de paradigme radical, reconnu pour la première fois non seulement au niveau pastoral, mais aussi au niveau doctrinal.

    Cette réforme « très profonde », selon Mgr Paglia, impliquait avant tout de repenser le concept même de « droit naturel ». Celui-ci ne pouvait plus se fonder sur des principes immuables permettant de déduire des normes, mais devait s’appuyer sur un discernement historique continu de l’expérience subjective et culturelle. Il s’agissait donc de proposer une « théologie dans l’histoire et dans la vie des hommes », dépassant ainsi la « théologie de salon ».

    Il convient tout d'abord de se demander si cette critique correspond aux travaux menés par l'Institut Jean-Paul II. Ensuite, il faut examiner la pertinence des nouvelles propositions doctrinales de Paglia. Ce n'est qu'alors que nous pourrons comprendre la véritable raison de la suppression de cet institut universitaire.

    1. Pour répondre à cette question, il est nécessaire de partir de l’intention initiale de Jean-Paul II et d’examiner dans quelle mesure l’Institut qu’il a créé le 13 mai 1981, à la suite du premier synode sur la famille et à la veille de Familiaris consortio , s’est développé .

    Commençons par l’intention première de Jean-Paul II. L’étude approfondie de sa correspondance avec Paul VI, menée par Paweł Gałuszka dans les archives de l’archidiocèse de Cracovie, a démontré son influence profonde sur la préparation et la réception de l’encyclique Humanae Vitae . Saint Jean-Paul II était profondément convaincu que la question de la morale conjugale et familiale constituait un défi décisif pour l’Église. Mais il estimait également que la structure de la théologie morale enseignée dans les manuels catholiques était inadéquate pour y répondre. Ni le droit naturel traditionnel et l’approche légaliste, ni le caractère unilatéral d’un personnalisme de la conscience détaché de la nature, ne rendaient compte de la valeur positive de la sexualité conjugale et de la nature personnaliste de la procréation.

    L’archevêque Wojtyła ressentait le besoin d’une anthropologie à la hauteur de l’expérience de l’amour et d’une théologie du corps. Ce qu’il avait suggéré à Paul VI, il put le réaliser une fois devenu pape. Avec ses Catéchèses sur l’amour humain dans le plan divin (1979-1984), il illustra la grandeur de la vocation à l’amour, au don de soi, à la communion entre les personnes et à la collaboration avec Dieu pour engendrer des vies nouvelles.

    Dans le même temps, le pape polonais prit rapidement conscience que les résistances et les contestations de l'encyclique de Paul VI n'étaient plus seulement partielles et ponctuelles, mais se muaient en une remise en question globale et systématique de la « saine doctrine morale » de l'Église. Ainsi, dans l'encyclique Veritatis Splendor, il put ouvrir la voie à une resémantisation personnaliste du droit naturel. Le droit naturel se comprend à travers le langage du don de soi, que le Créateur a inscrit dans le corps humain, langage que nous pouvons découvrir à la lumière de la raison et grâce au soutien de la vertu (cf. n° 48). Le droit naturel naît de la capacité de la raison à saisir, « à la lumière de la dignité de la personne », « la valeur morale spécifique de certains biens » auxquels la personne est naturellement encline. Ainsi, les « biens pour la personne », objet des inclinations naturelles, acquièrent une pertinence morale du point de vue du « bien de la personne » en tant que tel (ibid.).

    Dans la constitution apostolique Magnum Matrimonii Sacramentum du 7 octobre 1982, qui a conféré une forme juridique définitive à l'Institut d'études sur le mariage et la famille, le pape polonais a explicitement cité Humanae Vitae. Il a également indiqué comme objet d'étude « le dessein de Dieu pour le mariage et la famille », dont la pleine vérité doit être recherchée par une approche interdisciplinaire. Ainsi, deux grands axes de recherche théologique ont émergé : d'une part, l'anthropologie théologique ; d'autre part, la théologie morale.

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  • L'AED invite pour la 'Semaine Rouge' : priez pour les chrétiens persécutés (15-22 novembre 2026)

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    Aide à l'Église en Détresse Belgique/Luxembourg

                      Basilique Sacré-Coeur de Montmartre, Paris

    « Si un seul membre souffre,
    tous les membres partagent sa souffrance ;
    si un membre est à l’honneur,
    tous partagent sa joie. »

    (1 Kor. 12,26) 

    Cher prêtre, diacre, agent pastoral,
    Chers amis de l'Aide à l'Église en Détresse,

    Chaque année en novembre, à travers une campagne internationale intitulée « Semaine Rouge », Aide à l'Église en Détresse attire l'attention sur les millions de chrétiens dans le monde qui sont persécutés, opprimés ou menacés en raison de leur foi. Des centaines d'églises, cathédrales, monastères, monuments et bâtiments publics du monde entier sont illuminés d'une lumière rouge sang, couleur symbole du martyre.

    Cette année, la Semaine Rouge se déroulera du dimanche 15 au dimanche 22 novembre 2026.

    L'année dernière, beaucoup d'églises en Belgique ont participé à cette campagne mondiale, et aussi le Parlement européen. Nous espérons que davantage d'églises de tous les diocèses se joindront à nous cette année, afin de susciter davantage de sensibilisation, de solidarité et de prière.

    Vous aussi, vous pouvez soutenir cette campagne de deux manières :

    1. Illuminez votre église en rouge pendant la Semaine Rouge

    Sur notre site web www.redweek.be, vous trouverez des informations sur la manière d'illuminer votre église en rouge. Sur la même page, vous pouvez nous demander (gratuitement) des filtres rouges spéciaux, une affiche et des feuillets et des cartes de prière pour les chrétiens persécutés.

    2. Organisez une soirée de projection et/ou une veillée de prière pendant la Semaine Rouge

    Il est possible de projeter sur grand écran un documentaire avec des témoignages de chrétiens persécutés au Nigeria, en Irak, au Pakistan et au Sri Lanka. Le film dure 30 minutes et est disponible sur demande via notre site web.

    Sur notre site web, vous trouverez plusieurs livrets de veillées de prière des années précédentes pour vous inspirer pour votre veillée de prière.

    Vous y trouverez également des informations générales sur les chrétiens persécutés, comme le Rapport sur la liberté religieuse dans le monde ou le Rapport « Persécutés et oubliés ».

    Si vous participez, veuillez vous inscrire via le formulaire sur notre site web. Nous pourrons ensuite faire connaître en octobre votre église et/ou votre temps de prière sur une carte numérique de la Belgique et du Luxembourg.

    Pour plus d'informations, n'hésitez pas à nous contacter.

    Découvrez la campagne de la 'Semaine Rouge' et participez

  • « Cultum Regni » : une encyclique de Pie XII qui aurait pu prévenir les dérives théologiques et liturgiques des décennies suivantes

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    « Cultum Regi Regum » (ou « Cultum Regni ») est le titre envisagé pour une encyclique que Pie XII préparait dans les derniers mois de sa vie, mais qui n’a jamais été publiée en raison de sa mort le 9 octobre 1958.

    Ce projet, découvert dans les archives vaticanes ouvertes en 2020 (pour le pontificat de Pie XII), constitue une suite et un approfondissement de l’encyclique Humani generis (1950) sur les erreurs doctrinales menaçant les fondements de la foi catholique. Il visait à condamner les courants de la « Nouvelle Théologie » et les formes modernes de modernisme qui se diffusaient déjà dans les séminaires et universités catholiques, particulièrement en France.

    Contexte de préparation

    • L’idée remonte à 1956-1957, initialement pour marquer le 50e anniversaire de Pascendi Dominici Gregis de saint Pie X (1907), qui condamnait le modernisme.
    • Une commission du Saint-Office (dirigée notamment par des théologiens comme les Pères Tromp, Gagnebet, Garrigou-Lagrange, Philippe, etc.) a travaillé sur des schémas successifs.
    • Le dernier schéma, intitulé Cultum Regi Regum (« Culte du Roi des rois »), a été finalisé peu avant la mort du pape et communiqué à la commission le 27 septembre 1958.

    Pie XII suivait de près les travaux, inquiet des dérives internes à l’Église (relativisme, affaiblissement de l’autorité doctrinale, etc.), plutôt que d’une crise venue de l’extérieur.

    Contenu principal du schéma

    Le texte était structuré en six chapitres couvrant l’ensemble de la vie ecclésiale, morale et sociale. Il exposait « l’hérésie globale de la modernité », c’est-à-dire l’acceptation d’une rupture entre la société et Dieu.

    1. La nature de la religion : Rappel que la religion est une vertu par laquelle l’homme reconnaît l’excellence divine et rend un culte à Dieu, créateur et maître de l’ordre naturel qu’Il transcende.
    2. Le culte liturgique et les dévotions privées : Importance du culte public et social (d’où le titre de l’encyclique, centré sur le Christ Roi). Cela incluait probablement des précisions sur la liturgie contre certaines dérives anticipant des réformes post-conciliaires.
    3. La théologie morale : Condamnation probable de positions laxistes ou subjectivistes.
    4. La profession de foi : Affirmation de la nécessité d’adhérer pleinement à la doctrine.
    5. La relation entre autorité et liberté dans l’Église : Réaffirmation forte que le munus docendi (charge d’enseigner) appartient uniquement à la hiérarchie (Pape et évêques), contre toute idée de démocratisation ou de relativisation de l’autorité.
    6. Les relations entre l’ordre religieux et l’ordre profane : Doctrine traditionnelle sur l’Église et l’État, la société et la royauté sociale du Christ, s’opposant aux idées préfigurant la liberté religieuse telle qu’elle sera développée plus tard.

    Le document réaffirmait la royauté du Christ, la centralité de la hiérarchie, et condamnait des erreurs comme le naturalisme, le relativisme doctrinal, ou des conceptions affaiblissant l’unité de l’Église et sa mission dans la société.

    Destin du projet

    Jean XXIII n’a pas poursuivi ce texte après la mort de Pie XII. Il prit une orientation pastorale radicalement différente. Plutôt que de publier une nouvelle condamnation doctrinale globale, il choisit de convoquer le Concile Vatican II pour engager un dialogue avec le monde moderne, laissant définitivement Cultum Regni dans les cartons de l'histoire ecclésiastique;

    Ce projet est souvent évoqué dans les milieux traditionalistes comme un document qui aurait pu anticiper et contrer certaines évolutions théologiques et liturgiques des décennies suivantes. Il s’inscrivait dans la continuité de la théologie romaine traditionnelle (École romaine) face à la Nouvelle Théologie.

  • Qu'est-il advenu de la Loi naturelle ?

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    De Richard A. Spinello sur The Catholic Thing :

    Qu'est-il advenu du droit naturel ?

    L’Église catholique traverse aujourd’hui de nombreuses crises, mais l’une des plus graves est l’état déplorable de la théologie morale. Cette crise trouve ses racines dans la confusion et l’effervescence intellectuelle qui ont suivi le concile Vatican II.  Des théologiens moraux progressistes ont proposé des théories morales contestables telles que le proportionnalisme et l’« option fondamentale », tandis que d’éminents chercheurs comme Bernard Häring ont exprimé leur désaccord sur des questions essentielles de l’enseignement moral traditionnel, telles que l’inadmissibilité de la contraception et l’indissolubilité du mariage.

    Ces théologiens dissidents avaient des visions divergentes, mais un point commun : l’Église n’avait pas l’autorité de proclamer des normes morales spécifiques et sans exception fondées sur la loi naturelle.  Le mieux qu’elle puisse faire, selon eux, était d’enseigner des principes moraux formels. Des préceptes moraux spécifiques tels que « l’adultère est toujours un mal » sont, à leurs yeux, hautement problématiques, car il peut exister des exceptions valables. Un corollaire en est l’autonomie de la conscience, associée au « discernement » dans la prise de décisions morales. À la place de la loi naturelle, ils recommandaient des théories plus souples permettant des compromis moraux dans certaines situations.

    Jean-Paul II a cherché à corriger ces erreurs dans son encyclique *Veritatis splendor*. L’option fondamentale, le proportionnalisme, la souveraineté de la conscience et le subjectivisme moral – toutes ces doctrines hétérodoxes – ont été réfutés de manière approfondie par un raisonnement fondé sur des principes. Il a également réaffirmé l’attachement de l’Église à la loi naturelle et à son postulat anthropologique d’une nature humaine commune et immuable, qui sert de passerelle vers cette loi.  Les biens intrinsèques tels que la vie et la santé, le mariage et l’amitié, constituent notre épanouissement humain.  Un ensemble de normes morales découle des premiers préceptes de la loi naturelle et interdit les maux intrinsèques tels que l’adultère ou le fait d’ôter la vie à un innocent. 

    Pendant un certain temps, il a semblé que le pape-philosophe avait réussi dans son effort herculéen pour renouveler la théologie morale. Mais vint ensuite le pontificat du pape François, qui s’est constamment efforcé de détrôner les principes de la théorie traditionnelle du droit naturel. L’archevêque Vincenzo Paglia l’admet d’ailleurs dans sa récente interview intitulée « Mes réformes avec François ». Il raconte comment le pape François l’a chargé de réinventer l’Institut Jean-Paul II à Rome afin de dépasser le cadre rigide et moraliste du droit naturel qui était au cœur du programme d’études.  Ce qui était nécessaire, déclare Mgr Paglia, « c’était de repenser le concept de “nature”, qui sous-tendait une vision statique et immuable de la loi naturelle, et, par là même, de remettre en question le paradigme essentialiste et ahistorique qui avait soutenu […] la théologie morale ».

    L’encyclique *Amoris Laetitia* du pape François constituait une tentative d’aller dans cette direction, et elle a remplacé *Veritatis Splendor* comme texte de référence à l’Institut Jean-Paul II. L’encyclique du pape François se range clairement du côté de l’aile progressiste de l’Église sur des questions telles que le mal intrinsèque. Au chapitre huit, il explique :

    Il est réducteur de se contenter d’examiner si les actes d’un individu correspondent ou non à une loi ou à une règle générale, car cela ne suffit pas pour discerner et garantir une pleine fidélité à Dieu dans la vie concrète d’un être humain. […] Il est vrai que les règles générales énoncent un bien qui ne peut jamais être ignoré ni négligé, mais, de par leur formulation, elles ne peuvent pas couvrir de manière absolue toutes les situations particulières. (304)

    Saint Jean-Paul II [Source : Vatican News]

    La « règle générale » en la matière est l’interdiction faite par Jésus de se remarier pour une personne divorcée de son conjoint, car cela équivaut à un adultère. Or, *Amoris laetitia* ne considère manifestement pas cette règle comme sans exception, pas plus qu’elle ne considère l’adultère comme un mal intrinsèque, c’est-à-dire comme quelque chose qui est toujours, objectivement, mauvais et nuisible, même en l’absence de culpabilité subjective. 

    Depuis Amoris laetitia, de nombreuses autres attaques ont été portées contre le droit naturel traditionnel et les normes morales absolues. Lors d’une conférence internationale sur la théologie morale à l’Université grégorienne de Rome, l’orateur principal, le père Julio Martinez, a évoqué la nécessité de « dénouer les nœuds que Veritatis splendor a créés en théologie morale ». L’un de ces nœuds est le concept de mal intrinsèque, qui introduit « de sérieuses difficultés pour la théologie morale » et crée des obstacles au discernement.

    Plus récemment, le rapport du groupe d’étude n° 9 du Synode sur les questions « émergentes », intitulé *Critères théologiques et méthodologies synodales pour un discernement partagé des questions doctrinales, pastorales et éthiques émergentes*, a proposé de s’éloigner de l’application de principes moraux « abstraits » et « rigides » à la vie humaine. Le document met en garde « contre la tentation d’une ossification stérile et régressive des principes et des déclarations, des normes et des règles, sans tenir compte de l’expérience des individus et des communautés ». Il s’agit là d’une attaque voilée non seulement contre les normes morales sans exception, mais aussi contre le raisonnement moral déductif qui applique ces normes.

    La discorde actuelle au sein de l’Église signifie que nous sommes confrontés à un choix radical entre la théologie de *Veritatis splendor* et celle d’*Amoris Laetitia*, entre le magistère du pape Jean-Paul II et celui du pape François.  Les théologiens et prélats tels que Mgr Paglia, qui portent haut le flambeau de la théologie d’*Amoris Laetitia*, soutiennent que, puisque la nature humaine change, la loi morale doit elle aussi changer.

    Mais l’idée selon laquelle la nature humaine changerait fondamentalement relève d’un mythe progressiste. Bien sûr, il existe de nombreuses transformations culturelles, accompagnées de tournants historiques qui affectent l’humanité pour le meilleur ou pour le pire. Mais comme le souligne John Finnis, ces théologiens ne peuvent fournir aucun exemple concret illustrant la mutabilité de la nature humaine, car celle-ci, correctement comprise en termes de possibilités humaines fondamentales ou de formes d’épanouissement, n’a jamais changé.  

    On ne trouve, tout au long de l’histoire humaine, aucune personne qui n’ait pas été un être corporel et rationnel, pour qui ces biens intrinsèques que sont la vie et la santé, le mariage et la connaissance, n’aient pas été la source de son épanouissement.

    C’est bien beau de rédiger des encycliques sur des questions sociales telles que l’intelligence artificielle.  Mais le pape Léon est confronté à des questions plus fondamentales : à travers quel prisme moral l’Église évaluera-t-elle ces enjeux ? Elle peut rester fidèle à la tradition de la loi naturelle ou revenir à la morale édulcorée proposée par l’humanisme laïque, qui privilégie l’expérience et l’harmonie sociale. Les réponses aux controverses morales les plus troublantes ne peuvent être trouvées qu’au plus profond du raisonnement fondé sur la loi naturelle, qui reconnaît l’ordre éternel de l’être et de la nature.  

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    Richard A. Spinello est professeur au Boston College et membre du corps professoral associé du séminaire St. John's. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles sur la philosophie et l'éthique, dont * Quatre philosophes catholiques : se réjouir de la vérité* (Jacques Maritain, Edith Stein, Dietrich von Hildebrand, Karol Wojtyła).

  • La guerre est un mal, mais le pacifisme catholique l'aggrave

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    De Riccardo Cascioli sur la NBQ :

    La guerre est un mal, mais le pacifisme catholique l'aggrave.

    Le conflit au Moyen-Orient a ravivé le débat sur la « guerre juste » parmi les catholiques et, notamment en Europe, un pacifisme radical prévaut au sein de l'Église, niant de fait l'existence du péché originel et exposant les plus faibles aux attaques. –

    19 juin 2026

    Avec le déclenchement de la guerre israélo-américaine contre l'Iran, le débat sur la soi-disant « guerre juste » s'est intensifié dans le monde catholique, les positions oscillant entre un pacifisme absolu et la justification de toute guerre pour la défense de l'Occident.

    Curieusement, dans ce débat, il est très difficile de partir des quatre conditions posées par le Catéchisme de l'Église catholique pour la légitime défense armée, seules conditions permettant de justifier une guerre : « que le dommage causé par l'agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain ; que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces ; qu'il existe des conditions solides de succès ; et que le recours aux armes n'entraîne pas de maux et de désordres plus graves que le mal à éliminer. Dans l'appréciation de cette condition, la puissance des moyens de destruction modernes joue un rôle primordial. »

    Dans un article ultérieur, nous aurons l'occasion d'approfondir le justificationnisme ; ici, il convient de s'intéresser plutôt au courant pacifiste qui, grâce notamment au pontificat de François, prévaut aujourd'hui dans l'Église et qui, dans ses formes les plus radicales, va jusqu'à condamner l'existence même des armées. Nous avons déjà eu l'occasion de réfuter, à l'aide du Magistère, certaines thèses exprimées, par exemple, au sujet du défilé militaire qui s'est tenu en Italie le 2 juin dernier.

    Il est cependant important de saisir une erreur qui est à l'origine de certaines tendances et de certains malentendus concernant la question de la guerre. Le pacifisme, avec sa prétention à un monde sans armes, sans agresseurs ni attaqués, fondé sur la seule volonté de l'homme, est une utopie qui nie une réalité inéluctable : le péché originel. En effet, la guerre est la conséquence du péché contre Dieu et, par conséquent, comme le souligne la Constitution pastorale Gaudium et Spes, « les hommes, en tant que pécheurs, sont et seront toujours sous la menace de la guerre jusqu'à la venue du Christ » (n° 78). Dès lors, l'idée d'un monde sans guerre ni menace de guerre est une utopie dangereuse, peut-être compréhensible chez John Lennon, mais beaucoup moins lorsqu'elle est proclamée par les pasteurs de l'Église.

    L’engagement à éviter les guerres, ou mieux encore, à œuvrer pour la paix, est différent. Mais cela ne signifie qu’une seule chose : la conversion au Christ. La paix – avertit le Compendium de la doctrine sociale de l’Église – « loin d’être une construction humaine, elle est un don divin suprême offert à tous les hommes, qui implique l’obéissance au dessein de Dieu » (n° 489).

    Nombreux sont ceux qui invoquent, pour reprendre l'expression du Catéchisme, « la puissance des moyens de destruction modernes » comme prétexte pour nier toute possibilité de justification de la guerre. Le pape François l'écrit également dans son encyclique Fratelli Tutti, affirmant qu'aujourd'hui « il est très difficile de maintenir les critères rationnels élaborés au cours des siècles passés pour parler d'une éventuelle "guerre juste" ». Le Catéchisme, quant à lui, considère l'existence d'armes de destruction massive comme un motif supplémentaire de réflexion et de prudence quant à la décision d'intervenir militairement en cas de légitime défense, et non comme une négation de la possibilité d'une défense légitime.

    L’évolution des circonstances peut amener à affiner la doctrine de la légitime défense, mais elle ne saurait en modifier les critères. À titre d’exemple, citons les interventions de Jean-Paul II et de Benoît XVI sur ce sujet. Le premier, prenant en compte les atrocités de la guerre dans les Balkans au début des années 1990, a introduit la notion d’« intervention humanitaire », la définissant comme « un devoir et un droit (…) de désarmer celui qui veut tuer. Il ne s’agit pas de promouvoir la guerre, mais de la prévenir. »

    Ce principe comporte évidemment des conditions, que Jean-Paul II a exprimées dans son message pour la Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2000 : les actions de désarmement de l’agresseur « doivent être limitées dans le temps et précises dans leurs objectifs, menées dans le plein respect du droit international, garanties par une autorité reconnue au niveau supranational et, en tout état de cause, jamais réduites à la seule logique des armes » (n° 11). Benoît XVI, dans son important discours à l’Assemblée générale des Nations Unies du 18 avril 2008, a réaffirmé ce concept, évoquant la « responsabilité de protéger » (pour une analyse plus approfondie de ce thème, voir La Bussola mensile n° 29 , avril 2026). De plus, comme l’explique le Compendium de la doctrine sociale, « le droit de recourir à la force aux fins de la légitime défense s’accompagne du devoir de protéger et d’assister les victimes innocentes qui ne peuvent se défendre contre l’agression » (n° 504).

    Cette clarification nous permet de mettre en lumière un malentendu fréquent au sein du pacifisme, y compris catholique : la confusion, voire l’assimilation, entre le recours à la force et la violence. Il est essentiel de bien distinguer ces deux concepts, car le recours à la force est, dans certains cas, non seulement légitime, mais même obligatoire (comme expliqué précédemment), tandis que la violence, l’intention de détruire des vies humaines ou l’indifférence à son égard ne sont jamais justifiables. « La violence est un mal, la violence comme solution aux problèmes est inacceptable, la violence est indigne de l’homme », déclarait Jean-Paul II lors de son voyage en Irlande en 1979. « La violence est un mensonge, car elle est contraire à la vérité de notre foi, à la vérité de notre humanité. La violence détruit ce qu’elle prétend défendre : la dignité, la vie et la liberté des êtres humains. »

    Et cela est également vrai en temps de guerre, où tout doit être fait pour assurer les conditions de la paix le plus rapidement possible et où il n’y a pas de suspension du droit humanitaire et – comme le souligne plus loin Gaudium et Spes – « tout ne devient pas permis entre belligérants une fois que la guerre a malheureusement déjà éclaté » (n° 79).

    On peut donc affirmer sans hésiter que la plupart des guerres actuelles sont injustes ; on peut également se demander si certaines défenses des frontières nationales remplissent véritablement toutes les conditions d’une légitime défense. Ce qui est contraire à la vision catholique, cependant, c’est ce pacifisme prédominant au sein de l’Église, qui, d’une part, prêche le désarmement total (de préférence unilatéral) et, d’autre part, paradoxalement, se retrouve à soutenir des régimes sanguinaires et violents.