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Christianisme - Page 17

  • Au vu d'une conception chrétienne des relations internationales, que faut-il penser de la politique de Trump à l'égard du Venezuela et de l'exfiltration de Maduro ?

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    A la question : "Au vu d'une conception chrétienne des relations internationales, que faut-il penser de la politique de Trump à l'égard du Venezuela et de l'exfiltration de Maduro ?", un site d'intelligence artificielle nous répond :

    La question porte sur une évaluation de la politique de Donald Trump envers le Venezuela, en particulier l'opération d'exfiltration de Nicolás Maduro en janvier 2026, à la lumière d'une conception chrétienne des relations internationales. Je vais aborder cela de manière équilibrée et non partisane, en m'appuyant sur des principes chrétiens classiques tels que la théorie de la guerre juste (développée par saint Augustin et saint Thomas d'Aquin), le respect de la souveraineté des nations, la poursuite de la paix et de la justice, ainsi que l'amour du prochain et la miséricorde, inspirés des Écritures (par exemple, Matthieu 5:9 : « Heureux les artisans de paix » ; Michée 6:8 : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l'Éternel demande de toi, c'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu »).

    Principes chrétiens en relations internationales

    Dans une perspective chrétienne, les relations entre nations ne sont pas régies par la seule puissance ou l'intérêt national, mais par des normes éthiques dérivées de la Bible et de la tradition chrétienne. Voici les clés pertinentes :

    • Souveraineté et non-ingérence : Les nations sont vues comme des entités ordonnées par Dieu (Actes 17:26), avec un droit à l'autodétermination. L'intervention étrangère doit être exceptionnelle, justifiée par une grave menace ou une crise humanitaire, et préférablement autorisée par une instance légitime comme l'ONU (analogue à une « autorité supérieure » dans la théorie augustinienne).
    • Théorie de la guerre juste : Pour qu'une action militaire soit légitime, elle doit répondre à des critères stricts :
      • Cause juste (défense contre une agression ou protection des innocents).
      • Autorité légitime (décision prise par une instance reconnue, non unilatérale).
      • Intention droite (viser la paix et la justice, non le gain personnel ou la vengeance).
      • Dernier recours (après épuisement des moyens pacifiques comme la diplomatie ou les sanctions).
      • Proportionnalité (les bénéfices doivent l'emporter sur les dommages).
      • Chance raisonnable de succès.
    • Justice, miséricorde et humanité : Le christianisme insiste sur la protection des opprimés (Psaume 82:3-4), mais aussi sur la non-violence quand possible (Matthieu 26:52). Les actions doivent promouvoir la dignité humaine, éviter les souffrances inutiles et viser une paix durable, non une domination.

    Les chrétiens sont divisés sur l'application de ces principes : certains, influencés par une vision « providentialiste » ou nationaliste, soutiennent des interventions pour « libérer » des peuples ; d'autres, plus pacifistes ou universalistes, les rejettent comme contraires à l'Évangile de paix.

    La politique de Trump envers le Venezuela

    Sous la première présidence de Trump (2017-2021), la politique vis-à-vis du Venezuela s'est centrée sur des sanctions économiques sévères contre le régime de Maduro, accusé de violations des droits humains, de fraude électorale et de liens avec le narcotrafic. Trump a reconnu Juan Guaidó comme président intérimaire en 2019 et a exploré des options pour un départ négocié de Maduro. Dans sa seconde présidence (à partir de 2025), cela a culminé en une escalade militaire : déploiement naval dans les Caraïbes, frappes contre des navires soupçonnés de trafic de drogue, et enfin l'opération « Absolute Resolve » le 3 janvier 2026. Cette opération, menée par des forces spéciales américaines, a consisté en une incursion nocturne à Caracas pour capturer Maduro et son épouse, Cilia Flores, les extrayant vers les États-Unis pour les juger sur des chefs d'accusation liés au narcotrafic. Trump a annoncé que les États-Unis « géreraient » le Venezuela temporairement jusqu'à une transition, en soutenant Delcy Rodríguez comme présidente intérimaire (bien qu'elle ait condamné l'action), et a évoqué l'exploitation des réserves pétrolières vénézuéliennes par des compagnies américaines.

    Cette « exfiltration » – un euphémisme pour une opération d'enlèvement militaire – a été justifiée par Trump comme une action de « maintien de l'ordre » contre un « narco-terroriste », non comme une guerre, mais elle a entraîné des morts (au moins 40 Vénézuéliens selon des rapports) et a été condamnée internationalement comme une violation de la souveraineté. (En fait, cette opération américaine de capture du couple Maduro aurait fait au moins 55 morts, 23 militaires vénézuéliens et 32 cubains (n.d.B.))

    Évaluation à la lumière des principes chrétiens

    Du point de vue chrétien, cette politique soulève des tensions profondes. Voici une analyse équilibrée :

    Aspects potentiellement positifs ou justifiables

    • Protection des opprimés et justice : Le régime de Maduro a causé une crise humanitaire majeure – hyperinflation, famine, exode de millions de Vénézuéliens, répression violente des opposants. Des chrétiens vénézuéliens et évangéliques (comme certains pasteurs exilés ou Franklin Graham aux États-Unis) y voient une « intervention divine » ou une réponse à des prières pour la libération d'un « dictateur maléfique ». Cela résonne avec des passages bibliques sur la chute des tyrans (Psaume 37:35-36) et la défense des faibles. Si l'intention était purement humanitaire, cela pourrait s'aligner avec une « intervention responsable » pour restaurer la justice, comme certains théologiens chrétiens défendent dans des cas de génocide ou d'oppression extrême.
    • Fin d'une menace : Les liens présumés de Maduro avec le narcotrafic affectent les États-Unis (via l'immigration et les drogues), ce qui pourrait être vu comme une cause juste de défense nationale, analogue à la protection du « prochain » (Lévitique 19:18).

    Aspects critiques ou problématiques

    • Violation de la souveraineté et absence d'autorité légitime : L'opération unilatérale, sans approbation du Congrès américain, de l'ONU ou d'une coalition internationale, contrevient à la Charte des Nations Unies (que des théologiens chrétiens comme Mary Ellen O'Connell de Notre-Dame considèrent inspirée de principes chrétiens de paix). Cela ressemble à une agression impérialiste, contraire à la théorie de la guerre juste, qui exige une autorité reconnue. Des leaders chrétiens modérés (comme l'Église épiscopale américaine) appellent à une enquête, craignant l'instabilité et la violence accrue, et la qualifient de contraire aux résolutions de leur convention générale sur l'usage de la force.
    • Intention discutable et proportionnalité : Trump a explicitement mentionné le contrôle des réserves pétrolières (« Nous allons le gérer... et garder tout ce pétrole »), ce qui suggère des motifs économiques plutôt que purs. Cela évoque une convoitise (Exode 20:17) et une domination, non la miséricorde. L'opération, bien que rapide, a causé des morts civiles et militaires, et risque un chaos post-Maduro (luttes de factions, instabilité régionale). Était-ce un dernier recours ? Les sanctions et la diplomatie étaient en place depuis des années, mais l'escalade militaire semble précipitée, non proportionnée.
    • Manque de paix et de miséricorde : Des chrétiens progressistes et catholiques (comme les évêques vénézuéliens) insistent sur la confiance en Dieu plutôt que la violence, appelant à la prière et à la calme. Ils soulignent que célébrer la « chute » d'un homme, même tyran, ignore la dignité humaine (Genèse 1:27) et risque de perpétuer un cycle de vengeance. Des voix évangéliques vénézuéliennes, tout en espérant le changement, refusent la haine et appellent à la réconciliation.

    En somme, une conception chrétienne authentique tendrait à critiquer cette politique comme non conforme à la guerre juste : elle manque d'autorité légitime, d'intention pure et de dernier recours, et risque de prioriser le pouvoir sur la paix. Bien que le soulagement pour les Vénézuéliens opprimés soit compréhensible – et que certains chrétiens y voient une justice divine –, l'approche unilatérale et motivée par l'intérêt national apparaît comme une forme d'arrogance humaine, contraire à l'humilité prônée par le Christ (Philippiens 2:3-4). Au lieu d'une intervention militaire, une réponse chrétienne privilégierait la diplomatie multilatérale, l'aide humanitaire et le soutien à une transition pacifique, en priant pour la guérison du Venezuela. Les divisions parmi les chrétiens reflètent des interprétations variées, mais l'appel biblique à la paix reste central.

    ... et vous, qu'en pensez-vous ?

  • L'Année Sainte est terminée; quel bilan ?

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    De kath.net/news :

    Que reste-t-il à la fin de l'Année Sainte ?

    6 janvier 2026

    Selon les dernières estimations, Rome a accueilli cette année 35 millions de visiteurs – un tournant marqué par le changement de pape –, le prochain grand événement religieux étant prévu pour 2033 – analyse de Sabine Kleyboldt

    Un triste événement a marqué la première moitié de l'« Année jubilaire » 2025 : le décès du pape François le 21 avril. Cela ne s'était produit auparavant que lors de l'Année sainte de 1700, année du décès d'Innocent XII.

    Mais le point bas de 2025 a aussi marqué un tournant. Après une sorte de vide causé par la maladie, l'hospitalisation et le décès du pape François, un nouveau départ était possible. Et Léon XIV, élu le 8 mai, s'est immédiatement mis au travail : il a repris les réunions spéciales pour l'Année sainte, dont beaucoup avaient été annulées en raison de l'absence du pape François à partir de la mi-février.

    56 guerres dans le monde

    L’archevêque Rino Fisichella, délégué du pape pour l’Année sainte, évoque une Église dynamique et en mouvement, comme en témoignent les flux de pèlerins venus du monde entier. « Nous, chrétiens, devons être de véritables “pèlerins de l’espérance” dans un monde ébranlé par 56 guerres », déclare-t-il, faisant allusion à la devise de l’Année sainte. Il ajoute que cet événement d’envergure témoigne du profond désir de spiritualité qui anime les fidèles.

    Dans le même temps, il espère des répercussions politiques suite à cette année anniversaire. Presque chaque week-end, des rencontres thématiques spécifiques ont été organisées, notamment pour les personnes démunies, les prisonniers, les gouvernements, les prêtres, les diacres, les personnels soignants, les magistrats, les médias, les chorales, les athlètes, les personnalités influentes, les familles, les jeunes et les personnes âgées. Lors de ces rencontres, le Pape a notamment plaidé pour des mesures de remise de peine, le remboursement de la dette écologique des pays riches envers les pays pauvres et, à plusieurs reprises, pour la fin des guerres, des violences et des injustices. Fisichella espère que ces initiatives auront désormais un impact politique.

    Nouvelle « salle d'écoute » dans la basilique Saint-Pierre

    Le Vatican lui-même a répondu à l'évolution des attentes des fidèles envers l'Église : en septembre, un « espace d'écoute » a été aménagé dans la basilique Saint-Pierre. Dans un simple box situé dans le bas-côté gauche, chacun peut confier ses problèmes et ses questions existentielles à des prêtres, des religieux ou des laïcs. Orazio Pepe, secrétaire de l'atelier de la basilique, y voit une nouvelle forme d'ouverture, accessible également aux personnes sans appartenance religieuse.

    Le Vatican réagissait à l'afflux massif de visiteurs, dont certains n'étaient pas des pèlerins fervents. Dès la mi-décembre, les organisateurs estimaient leur nombre à 32 millions ; à la fermeture des portes le 6 janvier, ce chiffre avoisinait probablement les 35 millions. À titre de comparaison, en 2000, « seulement » 25 millions de personnes s'étaient rendues au Vatican, et lors de l'Année sainte de la Miséricorde en 2016, ce nombre s'élevait à 20 millions.

    1,2 million de jeunes

    Le nombre de participants au rassemblement des jeunes pour l'Année sainte était également gigantesque : début août, selon les organisateurs, 1,2 million de jeunes se sont réunis au sud-est de Rome pour célébrer eux-mêmes, le pape et leur foi.

    L’Année Sainte touche à sa fin et Léon XIV a gagné en assurance dans sa présence publique. Au début de l’année, il a déclaré que l’Année Sainte était le signe d’un monde « renouvelé et réconcilié selon le dessein de Dieu ». Dans ce dessein, Rome occupe une place particulière. Il souhaite que Rome, inspirée par l’espérance chrétienne, puisse à l’avenir servir encore plus pleinement le dessein de Dieu pour l’humanité.

    Durant l’Année Sainte, les fidèles se rendaient à Rome pour prier sur le tombeau de l’apôtre Pierre et réaffirmer leur engagement envers le Christ. « Cela nous rappelle que toute notre vie est un cheminement dont le but ultime transcende l’espace et le temps, pour s’accomplir dans la rencontre avec Dieu, dans une communion parfaite et éternelle avec lui. » Franchir la Porte Sainte en priant et en demandant des indulgences pour le pardon des péchés participe de cette « rencontre entre le fini et l’infini ».

    Par ailleurs, Léon XIV a proclamé une « Année Sainte de la Rédemption » pour 2033, commémorant le 2000e anniversaire de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Le pape espère que non seulement les catholiques, mais aussi toutes les confessions chrétiennes témoigneront de leur foi et de leur unité lors d'un grand rassemblement à Jérusalem. « L'Église doit se préparer et vivre ces deux millénaires écoulés depuis la Rédemption avec une ferveur sans précédent », a souligné l'archevêque Fisichella. Il est donc temps de se mobiliser pour la prochaine Année Sainte.

  • La doctrine de la double vérité constitue le plus grand danger pour la Nouvelle Évangélisation en Occident (cardinal Müller)

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    De kath.net/news :

    « Les causes de la crise de l’Église et comment la surmonter »

    6 janvier 2026

    « Le plus grand danger pour la Nouvelle Évangélisation en Occident, et particulièrement en Allemagne, réside à mes yeux dans le retour de la doctrine de la double vérité. Elle est d’origine gnostique. » Par Gerhard Card. Müller, Rome

    Rome (kath.net) Toute l'Église remercie le pape Léon XIV pour sa proclamation christocentrique, dans laquelle, en tant que successeur de Pierre, il unit tous les évêques et les fidèles dans la confession du Christ, Fils du Dieu vivant (Mt 16,16). 

    Le plus grand danger pour la Nouvelle Évangélisation en Occident, et particulièrement en Allemagne, réside à mes yeux dans la résurgence de la doctrine de la double vérité. D'origine gnostique, elle fut déjà opposée par Irénée de Lyon à l'herméneutique catholique. L'unité et la plénitude de la révélation sont présentes dans l'Église à travers l'Écriture Sainte, la Tradition apostolique et le Magistère des évêques, notamment dans l'Église catholique romaine. Dans sa Constitution dogmatique sur la Révélation divine, « Dei Verbum » (1-10), le Concile Vatican II a, en ce sens, souligné la nature surnaturelle de la foi et la nature sacramentelle de l'Église, en opposition à l'immanentisation de la foi et à la sécularisation de l'Église. Il s'est opposé tant au rationalisme des Lumières, qui réduit le christianisme à une morale naturelle (Kant), qu'à l'irrationalisme du romantisme, qui pervertit la foi rationnelle en un sentimentalisme mystique (Rousseau). En termes simples : la religion relève du sentiment individuel et collectif, et toutes les religions historiques ne sont donc que leur expression culturellement conditionnée. Aucune religion ne prétend détenir la vérité à elle seule, même si l’Église se considère comme l’enseignante divinement désignée de la révélation faite une fois pour toutes en Christ, c’est-à-dire comme le sacrement du salut en Christ. Le nouveau Docteur de l’Église, John Henry Newman, dans son dernier ouvrage majeur, « Essai pour une grammaire de l’assentiment », a donné à l’herméneutique catholique une forme contemporaine après le naturalisme des Lumières. 

    La doctrine de la double vérité se pare aujourd'hui du slogan d'un changement de paradigme. Si cela peut se justifier pour l'élaboration de théories en sciences naturelles, c'est en revanche désastreux pour la théologie, fondée sur la plénitude de la vérité et de la grâce en Christ. Elle diffère de la pensée de Nietzsche, qui subordonne la vérité à la perspective, et de celle de Heidegger, qui fait dépendre la vérité de l'Être de sa révélation à une époque donnée. La vérité est ainsi conditionnée par le temps. 

    Le Christ, cependant, est en sa personne la vérité dans la plénitude des temps. Il unit toutes les époques du salut, de l'Église et de l'histoire dogmatique dans l'unité de la conscience de foi de l'Église, dans son passé, son présent et son avenir. Par sa nature humaine assumée, le Fils de Dieu établit chaque croyant et l'Église tout entière en communion directe avec le seul vrai Dieu qui, dans la divinité et l'humanité de son Fils, embrasse tous les âges.

    Une conséquence néfaste de la doctrine de la double vérité est l'exigence que l'accompagnement pastoral prime sur les vérités révélées de la foi et de la morale. Ce qui est dogmatiquement vrai peut être pastoralement faux, et inversement. Par exemple, bien que le mariage entre un homme et une femme soit fondé sur le Logos du Créateur et Rédempteur, en qui toutes choses ont été créées, les couples homosexuels peuvent néanmoins se laisser bercer par l'illusion, pour des raisons pastorales – c'est-à-dire pour leur confort subjectif – que leur relation, objectivement pécheresse, est néanmoins bénie par Dieu. 

    Pour donner un autre exemple : d’une part, on ne peut pas, avec le Concile Vatican II, professer la constitution hiérarchique et sacramentelle de l’Église comme vérité révélée (Lumen gentium 18-29), et d’autre part transformer le Synode des évêques en un symposium de participants de tous les rangs de l’Église, dont les opinions seraient alors – contrairement à toute collégialité entre les évêques – investies par le Pape, comme par un prince absolutiste, de l’autorité du Magistère ordinaire, alors même que le Magistère ordinaire est censé être la proclamation régulière des vérités révélées par les évêques et le Pape (c’est-à-dire qu’à Noël, ils prêchent la naissance du Christ et l’Incarnation du Fils de Dieu et non leurs idées politiques personnelles). L'Église d'Allemagne ne peut pas non plus se dire catholique et, avec le Concile synodal – organe décisionnel nommé par des humains – saper l'autorité enseignante et la juridiction des évêques en vertu du droit divin (iuris divini) et permettre que la charge pastorale des évêques soit absorbée par un parlement ecclésiastique de type anglican.

    Mais on ne saurait séparer le Christ, maître de la vérité, et le Christ, bon pasteur, à la manière néo-nestorienne, car il est la même personne divine qui enseigne la vérité divine et confère à ses disciples la vie divine de grâce, de conversion et de renouveau dans l’Esprit Saint. Il nous faut dépasser l’opposition dualiste entre dogme et pastorale, entre vérité et vie. Nous devons préserver notre pensée et notre jugement des catégories idéologiques qui divisent l’unique Corps du Christ, qui est l’Église, en traditionalistes et progressistes, conservateurs et libéraux.

    La Tradition apostolique reconnaît dans l’Église, avec l’aide du Saint-Esprit, un progrès dans la compréhension de la révélation unique et définitive, notamment par la prédication de ceux qui, en assumant la charge épiscopale, ont reçu le charisme sûr de la vérité (cf. Dei verbum 8). Et c’est seulement dans le Christ unique que se révèle toute la profondeur de la vérité sur Dieu et le salut de l’homme, car il est « à la fois – dans son humanité – le médiateur et – dans sa divinité – la plénitude de toute révélation » (Dei verbum 2).

    Photo d'archive : Le cardinal Müller au conclave de 2025 (c) Vatican Media

    VIDÉO - Le cardinal Müller a célébré la messe pontificale en la basilique Saint-Pierre en commémoration du pape Benoît XVI, à l'occasion du troisième anniversaire de sa mort :

  • Chantal Delsol : la Tragédie migratoire et la Chute des Empires

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    La Tragédie migratoire et la Chute des empires

    Augustin d’Hippone, saint Augustin pour les chrétiens, a vécu à l’époque angoissante où son monde était en train de se défaire (Ve siècle). Après une existence tumultueuse, il est mort dans sa ville assiégée par les Vandales. L’analogie s’impose entre son époque et la nôtre. Dans les deux cas, un empire très civilisé, puissant et orgueilleux se voit investi et finalement démantelé par des cultures plus frustes et moins avancées, qu’à son époque on appelait « barbares ». Dans les deux cas, l’empire en question est responsable de graves manquements, parce que la puissance court toujours à la démesure et à la violence. Dans les deux cas l’empire menacé manifeste une culpabilité, chrétienne alors, aujourd’hui postchrétienne, vis-à-vis des envahisseurs qu’un mystérieux complexe l’empêche de repousser efficacement. Dans les deux cas, la fin qui approche laisse penser à quelque apocalypse, et il en est de toutes sortes. Les temps sont noirs et incertains. L’esprit s’avance dans cette obscurité. Mais l’espérance est toujours neuve. Augustin, jeunesse chahuteuse, âme tourmentée, cœur casanier détestant les voyages, ne redoutait pour lui-même qu’une chose : se donner « une vie gonflée de vent ». C’est peut-être le sens de la vie qui manque le plus aux époques comme la nôtre. L’auteur de La Cité de Dieu est un penseur des commencements, un écrivain de la promesse. À nous, qui sommes des tard-venus, il peut en apprendre beaucoup. Chantal Delsol est philosophe et écrivain, professeur émérite des universités en philosophie politique. Elle a créé et dirigé l’Institut Hannah-Arendt fondé en 1993. Elle est membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

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  • Pour les cardinaux réunis en consistoire cette semaine : réparer les murs

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    De Robert Royal sur The Catholic Thing :

    Pour les cardinaux réunis en consistoire cette semaine : réparer les murs

    5 janvier 20267

    Le pape Léon a convoqué les cardinaux du monde entier à un consistoire cette semaine, renouant ainsi avec une pratique habituelle qui avait été largement mise de côté ces douze dernières années au profit de réunions « synodales ». Maintenant que l'année jubilaire est terminée, le pape actuel fait quelque chose de nouveau – et d'ancien – en tout cas, s'éloignant des méthodes de son prédécesseur, dès les premiers jours de 2026. Qu'est-ce que cela signifie ?

    Un consistoire est l'occasion pour les cardinaux d'être de véritables collaborateurs du Saint-Père, de s'entretenir avec lui – et entre eux – d'une mission divine à l'échelle mondiale. Le contenu de leurs discussions et leur influence sur le pontificat de Léon peuvent déterminer l'orientation de l'Église pour la prochaine décennie et au-delà. Il y a beaucoup à dire, et prions pour que ce soit le cas, au-delà des obsessions journalistiques éculées sur l'immigration, le climat, les LGBT et les femmes. Car une question effrayante se pose à nous, de manière particulièrement pertinente aujourd'hui, question soulevée il y a longtemps par une certaine personne : « Mais quand le Fils de l'homme viendra [à nouveau], trouvera-t-il la foi sur terre ? »

    Le christianisme sous ses différentes formes ne disparaîtra pas de sitôt. Mais la vérité totale de la foi, celle pour laquelle les saints et les docteurs, les missionnaires, les martyrs et les confesseurs ont travaillé, souffert et sont morts, est en péril. Cela s'explique bien sûr par de nombreuses raisons, notamment le fait qu'elle est attaquée, tant de l'intérieur que de l'extérieur, par des personnes qui lui veulent du mal.

    Nous ne devons pas détourner les yeux de cette réalité. Il est regrettable (du point de vue des chrétiens d'aujourd'hui) que le Saint-Père ait déclaré, dans les derniers jours de l'année jubilaire : « Les chrétiens n'ont pas d'ennemis, seulement des frères et sœurs. » Nous comprenons bien sûr ce qu'il voulait dire, et nous pouvons même, d'une certaine manière, approuver cette affirmation. Mais cela n'est vrai qu'à un très haut niveau d'abstraction, et non dans sa totalité, c'est-à-dire dans la vérité catholique. Ne pas suivre toute la vérité conduit, comme nous l'avons vu depuis que Vatican II a pratiquement abandonné la notion d'Église militante, à une mauvaise interprétation du monde dans lequel nous vivons, avec des effets désastreux.

    Lorsque Voltaire a prononcé sa célèbre phrase « Écrasez l'infâme », c'était loin d'être le début – ou la fin – de la haine de la foi catholique. La Révolution française et ses ramifications totalitaires l'ont démontré. Dans le Sermon sur la montagne, Jésus a enseigné : « Aimez vos ennemis [ἐχθροὺς] ». (Matthieu 5, 44-45) Avant même la naissance du Christ, Zacharie invoquait une sagesse hébraïque bien plus ancienne :

    Par ses saints prophètes, il a promis depuis longtemps
    Qu'il nous sauverait de nos ennemis [ἐχθρῶν],
    Des mains de tous ceux qui nous haïssent.

    Le père spirituel du pape Léon, saint Augustin, a écrit avec sagesse : « Que vos ennemis aient été créés est l'œuvre de Dieu ; qu'ils vous haïssent et souhaitent vous détruire est leur propre œuvre. Que devriez-vous dire à leur sujet dans votre esprit ? « Seigneur, sois miséricordieux envers eux, pardonne-leur leurs péchés, inspire-leur la crainte de Dieu, change-les ! »

    Et bien sûr, comme tout vrai chrétien devrait le croire, il y a L'Ennemi – qui déteste Dieu et a tenté Ève afin de causer la ruine de toute l'humanité.

    Ainsi, toute la tradition judéo-chrétienne – tout comme l'expérience humaine ordinaire – nous dit que nous avons et aurons des ennemis, que nous voulions le reconnaître ou non. Et nous ne devons pas seulement prier pour eux, mais aussi prendre des mesures énergiques – comme saint Augustin a joué un rôle crucial en aidant l'Église et le monde occidental tout entier à réfléchir à la théorie de la guerre juste.

    Nous avons le devoir, par exemple, d'empêcher que du mal soit fait aux chrétiens et à d'autres personnes (des milliers sont morts récemment au Nigeria, ainsi que dans plusieurs autres pays) ; ou aux églises (la France perd actuellement deux édifices religieux par mois à cause d'incendies criminels) ; ou à la présence même des chrétiens dans le monde entier, en particulier dans des pays comme la Chine, le Nicaragua, le Venezuela et les nations à majorité musulmane, au sujet desquels le Vatican reste largement silencieux.

    Voici donc une proposition simple qui pourrait stimuler la réflexion cardinale en cette période de consistoire. Le pape François a clairement affirmé que nous devrions construire des ponts et non des murs. Un pont est une bonne chose, à condition qu'il soit à sa place. Mais les murs le sont aussi, car nous pouvons souhaiter « vivre en paix avec tout le monde ». Cependant, il existe des ennemis auxquels seul un insensé ouvrirait les portes. Toute la vie chrétienne repose sur ce que nous n'hésitions pas autrefois à appeler une bataille spirituelle. En effet, souvent, la distinction appropriée entre une chose et une autre – qu'il s'agisse de la distinction entre le bien et le mal ou de la protection physique des fidèles en contrecarrant les malfaiteurs – favorise l'ordre divin, la paix et la charité.

    Il est facile de comprendre pourquoi, lors du concile Vatican II, certaines personnes ont déploré la « mentalité de forteresse » de l'Église. Mais soixante ans plus tard, il est également facile de voir les résultats de l'ouverture de l'Église. Ce qui manque cruellement à l'Église d'aujourd'hui, ce n'est pas tant l'ouverture à « l'Autre » que l'incapacité à se défendre et à se définir.

    Comme l'a fait remarquer Benoît XVI, le Concile a eu raison de reconnaître le bien partiel qui existe dans d'autres traditions religieuses. Mais si l'on s'appuie trop fortement sur cela – afin de s'entendre avec les autres – on ne peut s'empêcher de perdre son zèle missionnaire, la conviction que c'est à travers la pleine vérité sur Jésus, le seul Sauveur, que nous pouvons être rachetés de nos chemins partiellement vrais, mais désastreusement faux. Personne ne sacrifie sa vie pour répandre l'Évangile s'il pense que les autres sont déjà très bien là où ils sont.

    Nous n'attendons pas – ni ne souhaitons – qu'un pape moderne appelle à des croisades, comme certains de ses prédécesseurs. Mais nous attendons d'un véritable leader qu'il reconnaisse les menaces et revête l'armure de lumière paulinienne, surtout lorsque même les observateurs laïques ont déjà commencé à s'opposer à la militarisation de l'identité sexuelle, à la censure des voix jugées coupables d'islamophobie, d'homophobie, de « haine », de patriarcat, de « sectarisme », etc.

    Ces problèmes ne sont pas faciles à résoudre, mais ils sont faciles à voir. Diverses approches sont possibles, voire nécessaires. Puissent le pape et les cardinaux être inspirés pour les trouver. Mais une première étape cruciale consiste à prendre pleinement conscience de la vérité : les ponts ont leur utilité, mais les murs aussi.

  • La réforme de Ratzinger et la redécouverte du sacré dans les cœurs.

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    De Stefano Chiappalone sur la NBQ :

    La réforme de Ratzinger et la redécouverte du sacré dans les cœurs.

    Non pas une nouvelle révolution, mais une nouvelle prise de conscience du Mystère, explique à La Bussola le théologien et ancien conseiller pour le culte divin sous le pontificat de Ratzinger : Benoît XVI « a démontré la nécessité de repenser la liturgie comme l’acte qui exprime la primauté à rendre à Dieu ». Un héritage vivant qui peut aussi interpeller le consistoire.

    5/1/2026

    Lors du prochain consistoire extraordinaire convoqué par Léon XIV les 7 et 8 janvier, la liturgie sera également abordée, et les pensées se tournent instinctivement vers Benoît XVI, à la veille du troisième anniversaire de sa mort. Un héritage vivant et une proposition – celle de la « réforme de la réforme » – toujours d’actualité car fondée sur la redécouverte du sacré dans les cœurs qui reconnaissent la primauté de Dieu, explique   Mgr Nicola Bux, théologien et ancien consultant de la Congrégation pour le Culte Divin sous le pontificat de Ratzinger, au journal La Bussola .

    Pour Mgr Bux, lorsqu’on parle de Benoît XVI, il est presque inévitable d’évoquer la liturgie. Pourquoi occupe-t-elle une place si centrale dans son œuvre et sa spiritualité ?

    Certains liturgistes, peu soucieux du fondement dogmatique de la liturgie, n’ont pas reconnu l’expertise de Ratzinger en la matière. Pourtant, ses écrits révèlent que sa critique de la liturgie moderne repose sur une théologie fondamentale et dogmatique réfléchie et cohérente, incluant l'ecclésiologie et l'œcuménisme. Le problème est que ces critiques sont compromises par la conviction, pas toujours exprimée, que la liturgie est le domaine exclusif de l'homme. Devenu pape, avec le motu proprio Summorum Pontificum et l'exhortation apostolique Sacramentum Caritatis , il a démontré la nécessité de repenser la liturgie comme l'acte qui exprime la primauté à rendre à Dieu. Une de ses affirmations clés : « Dans l'histoire de la liturgie, il y a croissance et progrès, mais pas de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste sacré et grand pour nous aussi… » est un avertissement aux deux camps : il est temps de retrouver l'équilibre. Benoît XVI avait constaté que la forme extraordinaire du rite romain suscitait des vocations et des énergies vives ; c'est pourquoi il s'est attaché à démontrer sa valeur historique, théologique et pastorale pour la paix et l'unité de l'Église. Voici le premier signe de la sainteté de Joseph Ratzinger.

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  • Le cardinal Sarah parle de la musique sacrée, des quatre fins dernières et de la vraie paix

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Le cardinal Sarah parle de la musique sacrée, des quatre fins dernières et de la vraie paix.

    « Nous sommes créés pour chanter les louanges de Dieu Tout-Puissant pour l'éternité », rappelle le cardinal africain aux fidèles.

    Le cardinal Robert Sarah sourit devant la paroisse Saint-Jean-Baptiste à Allentown, dans le New Jersey, à l'occasion de la solennité du Christ-Roi 2025.
    Le cardinal Robert Sarah sourit devant la paroisse Saint-Jean-Baptiste d'Allentown, dans le New Jersey, à l'occasion de la solennité du Christ-Roi 2025. (Photo : Allison Girone/LatinMassPhotographer.com)

    L'importance vitale de la musique sacrée dans la liturgie, la nécessité pour chaque catholique d'être vigilant et préparé aux Quatre Fins Temps, et la reconnaissance que seul le règne du Christ apportera la véritable paix figuraient parmi les messages clés que le cardinal Robert Sarah a apportés aux États-Unis à la fin de l'année dernière.

    La visite du cardinal Sarah aux États-Unis était axée sur le lancement de son nouveau livre, Le Chant de l'Agneau : Musique sacrée et liturgie céleste , coécrit avec le musicien d'église Peter Carter. 

    Dans deux conférences données les 21 et 22 novembre 2025 à l'Université de Princeton, où Carter est directeur de la musique sacrée pour l'Institut Aquinas, le cardinal Sarah a souligné qu'à une époque où, depuis des décennies, la liturgie de l'Église a été « trop souvent instrumentalisée », il est important de comprendre ce qu'est la liturgie et pourquoi la musique sacrée est une partie centrale du culte divin. 

    Constatant que la liturgie « s’est politisée » ces dernières décennies, le préfet émérite du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements a également défendu ceux qui ont légitimement mis en lumière des abus, dénonçant comme « injuste » le fait que certaines autorités ecclésiastiques aient « persécuté et exclu » ces critiques. 

    Rappelant l’herméneutique de Benoît XVI sur la continuité entre la liturgie réformée et pré-réformée et l’accent mis par le défunt pontife sur le fait que « ce que les générations précédentes considéraient comme sacré demeure sacré et grand pour nous aussi », le cardinal Sarah a déclaré que les abus liturgiques nuisent à la double nature et à la double finalité de la liturgie : « rendre à Dieu Tout-Puissant le culte qui lui est dû » et reconnaître que la liturgie « ne concerne pas ce que nous faisons », mais plutôt ce que le Seigneur « fait pour nous et en nous ». 

    « Par le culte offert par l’Église dans ses rites liturgiques, nous sommes sanctifiés », a souligné le cardinal Sarah, raison pour laquelle « une participation pleine, consciente et réelle à la liturgie est essentielle ». Par participation, a-t-il précisé, il n’entendait pas une multitude d’actions extérieures, mais plutôt l’harmonisation de « nos esprits, de nos cœurs et de nos âmes » avec « le sens des rites, des chants et des prières sacrés de la liturgie de l’Église ».

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  • Les racines morales des abus du clergé

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    D'InfoVaticana :

    Les racines morales des abus du clergé

    Un article récent du Daily Knight a relancé le débat en soulignant que la majorité des cas documentés d'abus sexuels commis par des membres du clergé ne concernent pas des enfants prépubères, mais plutôt des adolescents et de jeunes hommes. Ce fait, largement reconnu, y compris par des rapports officiels comme le rapport John Jay, soulève des questions légitimes souvent éludées dans le discours dominant de l'Église.

    Il ne s'agit pas ici de simplifier à l'extrême ni de réduire un phénomène complexe à une seule cause, mais il ne s'agit pas non plus d'ignorer les faits objectifs. La disproportion statistique des victimes masculines adolescentes révèle un schéma qui ne correspond pas à la définition classique de la pédophilie, mais plutôt à un comportement homosexuel déviant perpétré depuis une position d'autorité cléricale.

    Ce fait est pourtant rarement abordé clairement par les autorités ecclésiastiques. Au contraire, ces dernières décennies, un langage ambigu a été privilégié, accompagné de politiques pastorales qui mettent l’accent sur « l’inclusion » et « l’accueil », sans distinction morale nette entre la dignité de la personne et la gravité objective de certains comportements.

    Le débat se complexifie encore davantage lorsqu'on considère le contexte historique. Avant le concile Vatican II, des cas d'homosexualité existaient dans les séminaires et au sein du clergé, mais ils étaient jugés incompatibles avec le ministère sacerdotal et généralement sévèrement punis. Après le concile, dans un climat d'ouverture sur le monde et de relâchement généralisé de la discipline, de nombreux contrôles se sont affaiblis, et avec eux, la rigueur morale de la formation sacerdotale.

    À cela s’ajoute un phénomène désormais indéniable : la présence croissante de membres du clergé et de prélats qui promeuvent activement une réinterprétation positive de l’homosexualité au sein de l’Église, en contradiction flagrante avec le catéchisme et la doctrine morale établie. Cette normalisation, présentée comme un geste pastoral, a engendré la confusion parmi les fidèles et affaibli les critères de discernement vocationnel.

    Il ne s'agit pas, comme on le caricature souvent, de persécuter des individus ou d'attiser la haine, mais plutôt de reconnaître que l'Église a le devoir de protéger les plus vulnérables et d'exiger de ses ministres une vie intègre et une conduite morale conforme à leur état. Lorsque ce principe est sacrifié au politiquement correct ou à la crainte de l'opinion publique, les conséquences ne tardent pas à se manifester.

    Refuser d'examiner honnêtement le lien entre homosexualité et abus sexuels commis par des membres du clergé n'est pas un acte de miséricorde, mais d'irresponsabilité. La véritable charité commence par la vérité, même lorsqu'elle est dérangeante. Sans un examen approfondi des critères de sélection, de formation et de contrôle du clergé, il sera difficile de résoudre une crise qui continue de nuire gravement à la crédibilité morale de l'Église.

  • La sainteté de Ratzinger, sans fanfare mais discrète comme lui

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    De Stefano Chiappalone sur la NBQ :

    Interview avec Mgr Gänswein

    La sainteté de Ratzinger, sans fanfare mais discrète comme lui

    La foi cristalline de Benoît XVI, les récits de grâces et une relation personnelle qui perdure au-delà de sa mort. Un saint désormais ? « La précipitation est l’ennemie de l’auréole », confie à  La Bussola le secrétaire, aujourd’hui nonce apostolique dans les pays baltes. Son témoignage à l’occasion du troisième anniversaire de sa mort.

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    Riccardo Squillantini - Imagoéconomie

    Il y a trois ans, le chaleureux pèlerinage venu rendre un dernier hommage à Benoît XVI, décédé le 31 décembre 2022, l'emportait sur le froid du début janvier, mais surtout sur une certaine image du pape allemand : timide et réservé, certes, mais loin d'être froid et distant, à tel point que l'on ne l'avait pas oublié, près de dix ans après son abdication. De cette foule s'élevait aussi un sensus fidelium, flairant la sainteté, espérant peut-être la béatification rapide qu'il avait lui-même accordée à son illustre prédécesseur Wojtyla. Mais pour Ratzinger, il n'est peut-être pas nécessaire de précipiter les choses, car ce qui se dégage depuis lors est « une sainteté discrète, douce et sereine, à l'image de sa personnalité », comme en témoigne, auprès de La Bussola, Georg Gänswein, actuellement nonce apostolique en Lituanie, en Estonie et en Lettonie, et ancien secrétaire de Benoît XVI avant, pendant et après son pontificat.

    Votre Excellence, concernant une éventuelle béatification du pape Benoît XVI, vous nous avez vous-même rappelé de laisser le temps à l'Église de décider (un temps long, hormis de rares et justifiées exceptions, comme celle de saint Jean-Paul II). La sainteté ne suit-elle pas le rythme de notre « civilisation de la hâte » ?

    Parler de « civilisation de la hâte » à propos de la sainteté est une contradiction. Pire encore, la hâte est un adversaire redoutable de la sainteté. Laissons donc le temps, et non la hâte, agir, afin que le critère dominant ne soit pas la popularité mondaine, mais que la véritable sainteté se manifeste toujours davantage. La renommée de la sainteté  doit mûrir et, en définitive, faire émerger la sainteté de la vie.

    Avez-vous également perçu cette réputation de sainteté lors de l'hommage rendu par la foule à Benoît XVI, resté caché du monde pendant près de dix ans ? 

    Ceux qui ont ouvert les yeux, les oreilles et même le cœur ont pu clairement percevoir le sensus fidelium  à cette occasion, il y a trois ans. Depuis, une sainteté se manifeste, discrète, douce et réservée, à l'image de sa personnalité.

    Avez-vous également reçu des témoignages de grâces attribuées à son intercession ?

    Les récits que vous avez reçus jusqu'à présent sont variés. Il y a des lettres témoignant de guérisons par l'intercession de Benoît XVI ; il y a des écrits relatant des grâces particulières reçues après avoir prié le pape Benoît ; et il y a diverses actions de grâces pour des prières exaucées dans des moments de grande difficulté personnelle.

    Comment votre relation avec le pape Benoît a-t-elle évolué depuis qu'elle ne se vit plus dans la vie quotidienne, mais dans la communion des saints ?

    La relation elle-même n'a pas changé, mais sa nature, si. Sa présence physique a fait place à une présence « métaphysique ». Chaque jour, il est proche de moi lorsque je prie pour son aide, ou lorsque je lis ses homélies et étudie ses écrits. C'est une relation forte et enrichissante.

    Joseph Ratzinger ne se considérait certainement pas comme un saint, mais il prenait sa vocation à la sainteté très au sérieux. Qu'était la sainteté pour lui ?

    La sainteté est la réalisation la plus élevée et la plus radicale du but de la vie. Devenir saint, c'est répondre sérieusement à l'appel du Seigneur. Les chemins pour y parvenir sont variés, voire innombrables.

    Le cardinal Ratzinger affirmait alors que « la véritable apologie de la foi chrétienne (…) réside, d'une part, dans les saints, et, d'autre part, dans la beauté que la foi a engendrée ». Cette comparaison rappelle quelque peu l'assimilation, par Florenskij, des « bonnes actions » aux « belles actions ». Peut-on dès lors parler d'une dimension « esthétique » de la sainteté ?

    Non seulement pouvons-nous, mais devons -nous parler d'une dimension esthétique de la sainteté, mais il ne faut pas confondre « esthétique » et « cosmétique ». La foi crée une apparence extérieure, c'est-à-dire esthétique, fruit d'une vie intérieure nourrie de vérité et d'amour.

    Et cela implique bien plus qu'une simple profondeur intellectuelle…

    Il est tout à fait justifié de qualifier Joseph Ratzinger/Benoît XVI d'intellectuel de grand, mais il ne faut pas le réduire à cette seule définition : c'est un aspect important, certes, mais partiel ; ce n'est pas le Ratzinger « total ». Il faut ajouter, ou plutôt placer avant l'intellectuel, sa foi profonde et cristalline et ses qualités humaines telles que la bonté, la douceur et la sincérité.

  • Porte du Ciel et Mère de Dieu (saint Jean Henry Newman)

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    Porte du Ciel et Mère de Dieu

    Marie est appelée la Porte du Ciel, car c'est par elle que notre Seigneur est passé du ciel à la terre. Le prophète Ézéchiel, prophétisant sur Marie, dit : « La porte sera fermée, elle ne sera pas ouverte, et personne n'y passera, car le Seigneur, le Dieu d'Israël, y est entré ; elle sera fermée pour le Prince, et le Prince lui-même y siégera. » Or, cette prophétie s'est accomplie, non seulement parce que notre Seigneur a pris chair d'elle et est son Fils, mais aussi parce qu'elle a joué un rôle dans le plan de la Rédemption ; elle s'accomplit dans son esprit et sa volonté, autant que dans son corps.

    Ève a contribué à la chute de l'homme, bien que ce soit Adam qui nous ait représentés et dont le péché ait fait de nous des pécheurs. C'est Ève qui a commencé et qui a tenté Adam. L'Écriture dit : « La femme vit que l'arbre était bon à manger, agréable à la vue et plaisant à contempler ; elle prit de son fruit, en mangea et en donna à son mari, qui en mangea. »

    Il était donc juste, dans la miséricorde de Dieu, que, de même que la femme a commencé la destruction du monde, la femme commence aussi sa restauration, et que, de même qu'Ève a ouvert la voie à l'acte fatal du premier Adam, Marie ouvre la voie à la grande œuvre du second Adam, notre Seigneur Jésus-Christ, venu sauver le monde en mourant pour lui sur la Croix.

    C’est pourquoi les saints Pères appellent Marie une seconde Ève, une Ève meilleure, car elle a accompli le premier pas vers le salut de l’humanité, pas qu’Ève avait fait lors de sa chute. Comment et quand Marie a-t-elle participé, et de façon si déterminante, à la restauration du monde ? Ce fut lorsque l’ange Gabriel lui apparut pour lui annoncer la grande dignité qui lui serait réservée.

    Saint Paul nous exhorte à « offrir nos corps à Dieu comme un culte raisonnable ». Il ne suffit pas de prier du bout des lèvres, de jeûner, d'accomplir des pénitences extérieures et d'être chastes ; il nous faut aussi être obéissants et purs d'esprit. Ainsi, en ce qui concerne la Vierge Marie, il était de la volonté de Dieu qu'elle s'engage de plein gré et en pleine conscience à être la Mère de notre Seigneur, et non un simple instrument passif dont la maternité serait sans mérite ni récompense.

    Plus nos dons sont grands, plus nos devoirs sont lourds. Ce n'était pas une mince affaire d'être si proche du Rédempteur des hommes, comme elle l'a vécu par la suite en souffrant avec Lui.

    Aussi, pesant soigneusement les paroles de l'Ange avant de répondre, elle demanda d'abord si une charge si importante impliquerait la perte de la virginité qu'elle avait promise. L'Ange lui ayant répondu par la négative, alors, avec le consentement total d'un cœur empli de l'amour de Dieu et de sa propre humilité, elle dit : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole. » C'est par ce consentement qu'elle devint la Porte du Ciel.

    Salus Populi Romani (« Salut du peuple romain ») [Chapelle Paulinienne de Sainte-Marie-Majeure, Rome]. L’icône est arrivée à Rome vers 590, sous le pontificat du pape Grégoire Ier. Selon la page du site web du Vatican qui lui est consacrée, l’iconographe n’était autre que saint Luc lui-même.

    [Et « Mère du Créateur ».]

    C’est un titre que, de tous les autres, nous aurions pensé impossible à porter pour une créature. À première vue, nous pourrions être tentés de dire qu’il bouleverse nos notions fondamentales de Créateur et de créature, d’Éternel et de temporel, d’Autosuffisant et de dépendant ; et pourtant, à y regarder de plus près, nous verrons que nous ne pouvons refuser ce titre à Marie sans nier l’Incarnation divine – c’est-à-dire la grande et fondamentale vérité de la révélation, que Dieu s’est fait homme.

    Et cela se constatait dès les premiers temps de l'Église. Les chrétiens avaient coutume, dès l'origine, d'appeler la Vierge Marie « Mère de Dieu », car ils voyaient qu'il était impossible de lui refuser ce titre sans renier les paroles de saint Jean : « Le Verbe (c'est-à-dire Dieu le Fils) s'est fait chair. » Et très vite, il devint nécessaire de proclamer cette vérité par la voix d'un concile œcuménique de l'Église.

    Car, du fait de l'aversion que les hommes ont pour le mystère, l'erreur est apparue selon laquelle notre Seigneur n'était pas vraiment Dieu, mais un homme, ne différant de nous que par ceci : Dieu demeurait en lui, comme Dieu demeure en tous les hommes de bien, mais à un degré supérieur ; comme le Saint-Esprit demeurait dans les anges et les prophètes, comme dans une sorte de temple ; ou encore, comme notre Seigneur demeure maintenant dans le tabernacle de l'église.

    Alors les évêques et les fidèles constatèrent qu'il n'y avait pas d'autre moyen d'empêcher la propagation de cette conception fausse et néfaste qu'en déclarant clairement, et en faisant un point de foi, que Marie était la Mère, non seulement des hommes, mais aussi de Dieu.

    Depuis lors, le titre de Marie, Mère de Dieu, est devenu un dogme, ou article de foi, dans l'Église. Mais cela nous amène à une réflexion plus large sur le sujet. Ce titre donné à Marie est-il plus merveilleux que le dogme selon lequel Dieu, sans cesser d'être Dieu, s'est fait homme ? Est-il plus mystérieux que Marie soit Mère de Dieu que Dieu soit homme ?

    Or, comme je l'ai dit, cette dernière vérité est l'élément fondamental de la révélation, attestée par les prophètes, les évangélistes et les apôtres tout au long de l'Écriture. Et quoi de plus consolant et de plus joyeux que les merveilleuses promesses qui découlent de cette vérité, à savoir que Marie est la Mère de Dieu ?

    Le grand miracle, c'est que nous devenions les frères de notre Dieu ; que, si nous menons une vie vertueuse et mourons dans la grâce de Dieu, nous serions tous enlevés par notre Dieu incarné au lieu où demeurent les anges ; que nos corps seraient relevés de la poussière et emmenés au Ciel ; que nous serions réellement unis à Dieu ; que nous participerions à la nature divine ; que chacun de nous, âme et corps, serait plongé dans l'abîme de gloire qui entoure le Tout-Puissant ; que nous le verrions et partagerions sa béatitude, selon le texte : « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère. »

  • Notre destin est entre les mains de Celui qui nous offre la plus grande espérance (homélie du pape pour la solennité de Marie, Mère de Dieu)

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    SOLENNITÉ DE MARIE, MÈRE DE DIEU
    PREMIÈRES VÊPRES ET TE DEUM  EN ACTION DE GRÂCES POUR L'ANNÉE PASSÉE

    HOMÉLIE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV

    Basilique Saint-Pierre, mercredi 31 décembre 2025

    _________________________________________

    Chers frères et sœurs !

    La liturgie des Premières Vêpres de la Mère de Dieu est d'une richesse singulière, puisant à la fois dans le mystère profond qu'elle célèbre et dans sa place à la toute fin de l'année solaire. Les antiennes des psaumes et du Magnificat insistent sur l'événement paradoxal d'un Dieu né d'une vierge, ou, autrement dit, sur la maternité divine de Marie. Et en même temps, cette solennité, qui conclut l'Octave de Noël, embrasse le passage d'une année à l'autre et y étend la bénédiction de Celui « qui était, qui est et qui vient » ( Ap 1, 8). De plus, aujourd'hui, nous la célébrons à la fin du Jubilé , au cœur de Rome, près du Tombeau de Pierre, et ainsi le Te Deum qui résonnera bientôt dans cette basilique voudra s'étendre pour donner voix à tous les cœurs et à tous les visages qui ont foulé ces voûtes et parcouru les rues de cette ville.

    Dans la lecture biblique, nous avons entendu l'une des synthèses étonnantes de l'apôtre Paul : « Lorsque les temps furent accomplis, Dieu envoya son Fils, né d'une femme, né sous la loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la loi, afin que nous recevions l'adoption » ( Galates 4, 4-5). Cette manière de présenter le mystère du Christ évoque un plan, un grand dessein pour l'histoire humaine. Un plan mystérieux, mais avec un centre clair, tel une haute montagne illuminée par le soleil au cœur d'une forêt dense : ce centre, c'est la « plénitude des temps ».

    Et ce mot même – « plan » – trouve un écho dans le cantique de la Lettre aux Éphésiens : « Son dessein, réunir toutes choses en Christ, / celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre. / Selon son bon plaisir, il l’avait conçu en Christ, / pour l’accomplir à la plénitude des temps » ( Éph 1:9-10).

    Frères et sœurs, en notre temps, nous ressentons le besoin d'un plan sage, bienveillant et miséricordieux. Puisse-t-il être un plan de liberté et de libération, de paix et de fidélité, à l'image de celui que la Vierge Marie a proclamé dans son cantique de louange : « Sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent » ( Luc 1, 50).

    D'autres desseins, cependant, aujourd'hui comme hier, imprègnent le monde. Il s'agit plutôt de stratégies visant à conquérir des marchés, des territoires et des sphères d'influence. Des stratégies armées, dissimulées sous des discours hypocrites, des proclamations idéologiques et de faux motifs religieux.

    Mais la Sainte Mère de Dieu, la plus petite et la plus haute des créatures, voit les choses avec le regard de Dieu : elle voit que par la puissance de son bras le Très-Haut disperse les complots des orgueilleux, renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles, remplit de biens les mains des affamés et vide celles des riches (cf. Luc 1, 51-53).

    La Mère de Jésus est la femme avec laquelle Dieu, au moment opportun, a écrit le Verbe qui révèle le mystère. Il ne l’a pas imposé : il l’a d’abord proposé à son cœur et, ayant reçu son « oui », il l’a inscrit avec un amour ineffable dans sa chair. Ainsi, l’espérance de Dieu s’est entrelacée à celle de Marie, descendante d’Abraham par la chair et surtout par la foi.

    Dieu aime faire naître l'espoir dans le cœur des plus petits, et il le fait en les associant à son plan de salut. Plus ce plan est beau, plus grande est l'espérance. Et c'est ainsi que le monde continue d'avancer, porté par l'espérance de tant de gens simples, inconnus mais non de Dieu, et qui, malgré tout, croient en un avenir meilleur, car ils savent que leur destin est entre les mains de Celui qui leur offre la plus grande espérance.

    Parmi ces personnes se trouvait Simon, un pêcheur de Galilée, que Jésus appela Pierre. Dieu le Père lui donna une foi si sincère et si généreuse que le Seigneur put y bâtir sa communauté (cf. Mt 16, 18). Et nous sommes encore aujourd'hui réunis ici, en prière sur son tombeau, où des pèlerins du monde entier viennent renouveler leur foi en Jésus-Christ, le Fils de Dieu. Cela s'est manifesté d'une manière particulière durant l'Année Sainte qui s'achève.

    Le Jubilé est un signe fort d'un monde nouveau, renouvelé et réconcilié selon le plan de Dieu. Et dans ce plan, la Providence a réservé une place particulière à Rome. Non pour sa gloire, non pour sa puissance, mais parce que c'est ici que Pierre, Paul et tant d'autres martyrs ont versé leur sang pour le Christ. Voilà pourquoi Rome est la ville du Jubilé.

    Que pouvons-nous souhaiter pour Rome ? Être digne de ses plus vulnérables. Les enfants, les personnes âgées isolées et fragiles, les familles qui peinent à joindre les deux bouts, les hommes et les femmes venus de loin dans l'espoir d'une vie digne.

    Aujourd’hui, mes très chers amis, nous rendons grâce à Dieu pour le don du Jubilé, grand signe de son plan d’espérance pour l’humanité et le monde. Nous remercions également tous ceux qui, durant les mois et les jours de 2025, ont œuvré au service des pèlerins et à rendre Rome plus accueillante. Tel était, il y a un an, l’espoir du bien-aimé Pape François. Je souhaite qu’il en soit de nouveau ainsi, et plus encore après ce temps de grâce. Que cette ville, animée par l’espérance chrétienne, se mette au service du plan d’amour de Dieu pour la famille humaine. Que l’intercession de la Sainte Mère de Dieu, Salus Populi Romani, nous l’obtienne .

  • À propos du « Joyeux » dans les souhaits de Nouvel An

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    De Francis X. Maier sur The Catholic Thing :

    À propos du « Joyeux » dans les souhaits de Nouvel An

    Pascal Bruckner, philosophe politique, est une figure classique de l'intellectuel français. Élevé dans la foi catholique et formé dans des écoles jésuites, sa pensée d'adulte est résolument laïque. Il possède néanmoins une intelligence vive, une plume acérée et un scepticisme mordant. Et, à son crédit, il n'hésite pas à l'appliquer avec vigueur à une multitude d'idées reçues – y compris cette modernité dénuée de toute notion de Dieu dont il est lui-même un produit.

    L'une des principales cibles de Bruckner est le culte du bonheur factice qui, selon lui, domine notre époque. D'une part, il soutient que la foi religieuse infantilise ses adeptes. « Il est typique du christianisme », écrit-il, « d'avoir dramatisé à l'excès notre existence en la soumettant à l'alternative entre l'enfer et le paradis… Réussite ou échec : le paradis est structuré comme une école. »

    Les péchés insignifiants de notre minuscule monde – demande Bruckner avec dérision – peuvent-ils mériter un tourment infiniment disproportionné dans l’autre ? Pourtant, il constate simultanément que le rejet de Dieu par l’homme n’a pas engendré la liberté, mais un univers vulgaire de publicité. En réalité, ce qui a été libéré par la prétendue émancipation psychique et sexuelle de l’humanité, « c’est moins notre libido que notre appétit pour la consommation illimitée ».

    Pour Bruckner, nous ne sommes guère plus que les « galériens du plaisir ». Chaque nouvelle distraction, chaque gadget, chaque merveille technologique enfonce davantage notre hédonisme dans sa propre punition épuisante.

    Les cultures passées acceptaient la souffrance comme un élément normal, souvent porteur de sens, de la vie. Le bonheur était perçu comme fragile et éphémère. La joie véritable était exceptionnelle. Pour Bruckner, notre époque, surtout en Occident, a bouleversé cette conception. On attend de nous – en réalité, le marketing omniprésent nous l’ordonne – que nous soyons satisfaits du déluge d’options qui nous est proposé.

    Quand nous ne le sommes pas, nous sommes des ratés, voire pire, des déviants. Les « journées Honda heureuses » deviennent un sacrement de la période des fêtes. Par conséquent, malgré une multitude de preuves du contraire dans le monde réel, nous nous obstinons à afficher un optimisme forcé ; nous sommes « les premières sociétés au monde à rendre les gens malheureux, et non à les rendre heureux ».

    Au final, la modernité a « suscité des espoirs si élevés chez l’homme qu’elle ne peut que le décevoir ». Et cela constitue une amère revanche pour les religions : « Elles sont peut-être en mauvaise posture, mais ce qui leur a succédé ne se porte pas mieux. »

    C'est vrai. Bruckner est un homme de caractère. On ne le prendrait pas pour un enfant de chœur. Son absence de foi religieuse ressemble étrangement à une forme d'aveuglement volontaire. Et malgré (ou peut-être à cause de) son éducation jésuite, sa compréhension du christianisme semble à peine adolescente.

    Mais en ce dernier jour de l'année écoulée, à l'aube de la nouvelle, les réflexions de Bruckner méritent d'être prises en compte. Ce soir, partout dans le monde, on se souhaitera une bonne année. Pourtant, chez les Maier, les lumières seront éteintes dès 22 heures. L'idée de célébrer la chute d'une boule électrique géante à minuit à Manhattan pour accueillir un nouveau mois de janvier, synonyme de gueule de bois, n'a rien d'enchantant.

    Que peut donc bien signifier le « bonheur » à une époque de bruit et d’excitation artificielle, une époque, ce n’est pas un hasard, marquée par l’anxiété et les conflits ? Et qu’en est-il de la joie ? Nous sommes encore en période de Noël, qui célèbre précisément le thème de la « joie au monde ».

    Pour C.S. Lewis comme pour J.R.R. Tolkien, bonheur et joie sont liés, mais restent fondamentalement différents. Cela transparaît clairement dans leurs œuvres de fiction et autres écrits. Chez Tolkien, le bonheur est toujours, d'une certaine manière, désintéressé. Il découle du fait d'agir avec droiture, même au prix de grands sacrifices. Il est indissociable du sacrifice, de l'amitié, du service fidèle, de l'accomplissement de sa vocation et de la jouissance des plaisirs simples de la nature. Lewis, quant à lui, concevait le bonheur comme une satisfaction terrestre, fruit du succès, de la camaraderie, des plaisirs innocents et du confort essentiel.

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