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Foi - Page 18

  • « Le Christ présenté sans compromis » – l’héritage de Benoît XVI

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    D'Edgar Beltran sur le Pillar :

    « Le Christ présenté sans compromis » – l’héritage de Benoît XVI

    L'année prochaine marquera le centenaire de la naissance de Joseph Ratzinger.

    28 février 2026

    En 2027, l'Église célébrera le centenaire de la naissance de Joseph Ratzinger, qui deviendra le pape Benoît XVI.

    Premier pape à démissionner depuis près de 700 ans, Benoît XVI était également reconnu comme l'un des intellectuels catholiques les plus influents de l'ère moderne. Son œuvre embrassait la théologie fondamentale, l'Écriture sainte, la philosophie, la théologie politique et la théologie liturgique.

    Le pape Benoît XVI, photographié le 20 janvier 2006. Giuseppe Ruggirello via Wikimedia (CC BY-SA 3.0).

    Pour évoquer l'impact durable de son héritage intellectuel, The Pillar s'est entretenu avec le père Roberto Regoli, nommé en janvier président de la Fondation Ratzinger.

    Regoli a obtenu son doctorat en histoire de l'Église à l'Université pontificale grégorienne en 2001 et y enseigne l'histoire contemporaine de l'Église depuis 2005. Il a été directeur du département d'histoire de l'Église de l'université de 2015 à 2024 et est rédacteur en chef de la revue Archivum Historiae Pontificiae.

    Il est également l'auteur de « Au-delà des crises dans l'Église : le pontificat de Benoît XVI » (St. Augustine's Press, 2024), parmi d'autres ouvrages sur l'histoire moderne et contemporaine de l'Église.

    Regoli est actuellement chercheur invité de l'Initiative mondiale de recherche catholique au Centre de Nicola pour l'éthique et la culture de l'Université Notre-Dame, où il étudie la diplomatie vaticane de la Révolution française à nos jours.

    L'interview a été menée en italien et a été raccourcie et clarifiée.

    Près de cent ans après la naissance de Ratzinger, quel est selon vous son principal héritage intellectuel ?

    C'est une question très vaste, mais on peut la préciser en disant que son héritage concerne la foi, ce qui peut paraître une réponse banale pour un pape ou pour tout chrétien. Mais qu'a-t-il de si particulier ? Le fait que lui, jeune théologien, archevêque de Munich, cardinal préfet du Saint-Office et pape, ait consacré toute sa recherche théologique et son action gouvernementale à présenter la figure du Christ de manière concrète à tous les fidèles.

    Même en tant que pape, lorsqu'il écrivit les trois volumes sur Jésus de Nazareth, cela nous indique déjà que sa priorité était de proclamer le Christ et de le rendre accessible. Un Christ présenté sans compromis, c'est-à-dire de manière totale et intégrale, avec ses exigences et la beauté de le suivre. Il ne fut jamais un pasteur ni un théologien présentant un Jésus édulcoré, un Jésus mièvre.

    Mais pas non plus un Jésus endurci, un Jésus qui se dresse là, prêt à condamner. Ratzinger présente un Jésus dans sa plénitude, avec ses exigences et la beauté de la rencontre entre la foi et la vérité. L'héritage de Ratzinger, pour l'Église d'aujourd'hui et pour l'Église de demain, est la proclamation intégrale du Christ.

    Ce qui me frappe, c'est que Ratzinger est encore à l'origine de nombreuses conversions : certains demandent le baptême, d'autres, déjà membres d'une communauté chrétienne, souhaitent entrer dans l'Église catholique. Souvent, ils ont lu ses œuvres, ce qui me laisse penser que son pontificat et son œuvre intellectuelle ont porté leurs fruits et ont contribué à amener des personnes à la foi.

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  • Forte baisse du nombre de catholiques en Amérique latine sous le pontificat de François

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Forte baisse du nombre de catholiques en Amérique latine sous le pontificat de François

    Selon l’Annuarium Statisticum Ecclesiae, publié chaque année par la Secrétairerie d’État du Vatican, près de la moitié des catholiques du monde entier — 47,8% pour être exact — se trouve sur le continent américain. Une très large part d’entre eux, soit 40% du total mondial, se répartit dans les pays d’Amérique latine, du Mexique à la Terre de Feu.

    Toutefois, l'Annuarium identifie les catholiques au nombre de baptisés. Or, ces derniers sont bien plus nombreux que les catholiques qui se déclarent comme tels.

    À titre de comparaison, on peut prendre pour pierre de touche la récente enquête menée par le Pew Research Center de Washington dans six pays parmi les plus peuplés d'Amérique latine : l'Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Mexique et le Pérou. Cette étude couvre la période entre 2013 et 2024, qui coïncide avec le pontificat de François, le premier pape sud-américain.

    • En Argentine, alors que selon l'Annuarium les baptisés représentent 94% de la population, les catholiques sont passés de 71% en 2013 à 58% en 2024, soit une chute de 13 points en onze ans.
    • En Colombie, pour 93% de baptisés, les catholiques sont passés de 79% en 2013 à 60% en 2024 ( – 19 points).
    • Au Mexique, pour 91% de baptisés, les catholiques sont passés de 81% à 67% ( – 14 points).
    • Au Pérou, pour 89% de baptisés, les catholiques sont passés de 76% à 67% ( – 9 points).
    • Au Brésil, pour 84% de baptisés, les catholiques sont passés de 61% à 46% ( – 15 points).
    • Au Chili, pour 74% de baptisés, les catholiques sont passés de 64% à 46% ( – 18 points).

    Face à cette baisse généralisée du catholicisme on assiste dans ces mêmes pays, à une croissance des protestants de diverses dénominations. En 2024, ils représentaient 29% de la population au Brésil, 19% au Chili, 18% au Pérou, 16% en Argentine, 15% en Colombie et 9% au Mexique. Ces augmentations restent toutefois contenues par rapport à 2013 (seulement 3 points de plus au Brésil, et moins encore ailleurs).

    La croissance la plus forte concerne plutôt les « sans affiliation », c'est-à-dire ceux qui se déclarent athées, agnostiques ou — pour la majorité — n’appartenant à aucune religion. Au Chili, ces derniers sont passés de 16% en 2013 à 33% en 2024 ; en Argentine de 11 à 24% ; en Colombie de 6 à 23% ; au Mexique de 7 à 20% ; au Brésil de 8 à 15% ; au Pérou de 4 à 12%.

    Ce sont surtout des catholiques de naissance qui viennent grossir les rangs des « sans affiliation ». Au Chili, 19% des catholiques ont rejoint ce groupe tandis que 6% sont devenus protestants. Le Mexique (15% contre 4%), la Colombie (13% contre 8%) et l'Argentine (12% contre 8%) suivent cette tendance. Le Brésil et le Pérou font exception : les passages au protestantisme y dépassent ceux vers les « sans affiliation ». Au Brésil, 13% des catholiques sont devenus protestants, contre 7% qui ont rejoint les « sans affiliation ». Au Pérou, cette proportion est de 9% contre 7%.

    Dans ces six pays, plus de 90% de la population affirme croire en Dieu. Mais seuls le Brésil, le Pérou, la Colombie et le Mexique voient une large majorité de leurs catholiques (respectivement 85, 68, 64 et 57%) considérer que la religion est « très importante » pour eux. Ce chiffre tombe à 48% au Chili et à 37% en Argentine.

    Cette disparité se reflète dans la pratique religieuse$$. Seuls 41% des catholiques participent à la messe du dimanche au Mexique, 40% en Colombie, 36% au Brésil, 27% au Pérou et seulement 12% en Argentine et 8% au Chili.

    À l'inverse, l'importance accordée à la religion et à la pratique hebdomadaire sont nettement plus élevées chez les protestants, même en Argentine et au Chili où leur assiduité est cinq fois supérieure à celle des catholiques.

    Le passage de nombreux catholiques dans les rangs des « sans affiliation » rapproche l'Amérique latine de l'Europe. Voici ce que déclare Nestor Da Costa, sociologue uruguayen des religions, dans une interview accordée à Mauro Castagnaro dans le dernier numéro de « Il Regno » : « Un parcours en dehors des institutions permet une intériorité perçue comme plus libre, ce qui pousse beaucoup de gens à abandonner les Églises et d'autres à y rester, mais dans des espaces marginaux et avec une attitude similaire à celle de ceux qui en sont sortis. Même dans les Églises historiques, en effet, on enregistre cet individualisme spirituel, par lequel 10% des fidèles au maximum acceptent tous les dogmes ».

    Mais ce qui distingue l'Amérique latine de l'Europe, c'est la forte présence sur le sous-continent d'Églises protestantes de nouvelles dénominations : les Églises pentecôtistes, nées des phénomènes de « réveil » survenus aux États-Unis au début du XXe siècle, et les Églises plus récentes, néo-pentecôtistes et évangéliques, qui ont pénétré en Amérique latine à partir des années 1970. Ces dernières sont porteuses d'une « théologie de la prospérité » en phase avec l'esprit du temps : individualisme, utilitarisme, recherche de solutions immédiates.

    Les Églises protestantes historiques, en revanche — luthériennes, calvinistes, méthodistes, baptistes —, note Da Costa, « subissent la même crise que l'Église catholique mais, comme elles sont plus petites, elles la ressentent davantage ». Par le passé, « elles ont produit des figures de grande qualité, il suffit de penser que c’est de la petite Église méthodiste d'Uruguay qu’est issu le pasteur Emilio Castro, qui deviendra secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises de 1985 à 1992 », mais « bien qu'elles disposent encore aujourd'hui d'excellents pasteurs, elles ne sont plus en mesure de mobiliser ».

    En revanche, « ce sont les Églises pentecôtistes traditionnelles, comme les Assemblées de Dieu au Brésil, qui comptent le plus grand nombre de fidèles, elles réunissent d’ailleurs la moitié de tous les évangéliques ». Quant aux Églises néo-pentecôtistes, « le sentiment d'appartenance y est beaucoup plus ténu, ce qui facilite les scissions, comme l'Église universelle du Royaume de Dieu qui a été fondée en 1977 par Edir Macedo lorsqu'il s'est séparé de son beau-frère, Romildo Soares, qui a formé de son côté l'Église internationale de la Grâce de Dieu. On assiste dans ce cas à une sorte de « nomadisme religieux », où les gens se déplacent d'une Église à l'autre. Une fois de plus, tout repose sur l'individu ».

    Et au sein de l'Église catholique ? Alors que les communautés liées à la théologie de la libération ont presque disparu et que les mouvements marqués par l'émergence des abus sexuels sont en grande difficulté, l’essentiel des catholiques latino-américains se divise entre des conservateurs plus ou moins aguerris et, surtout, des catholiques qui « naviguent à vue », puisant des éléments dans diverses expériences et sensibilités, sous le signe d'un individualisme spirituel marqué.

    De l'avis de Da Costa, ce sont précisément ces derniers qui constituent « peut-être la majorité » de ceux qui se déclarent aujourd'hui catholiques en Amérique latine. Ils se situent à la frontière de ces « sans affiliation », de plus en plus nombreux, au sein desquels les athées et agnostiques déclarés ne sont qu'une infime minorité, tandis que la majeure partie est soit indifférente, soit continue à croire en Dieu, mais sans plus appartenir à une Église.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Aucun historien sérieux ne peut qualifier Pie XII de « pape d’Hitler »

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Selon un expert de Pie XII : Aucun historien sérieux ne peut le qualifier de « pape d’Hitler ».

    À l'occasion du 150e anniversaire de la naissance de Pie XII, Emilio Artiglieri rend hommage au défunt pape en temps de guerre et dénonce une campagne de diffamation de longue date, notamment à travers un nouveau film Netflix.

    Le pape Pie XII en prière, photo non datée.
    Le pape Pie XII en prière (photo non datée). (Photo : Vatican Media)

    Le 2 mars marque le 150e anniversaire de la naissance d'Eugenio Pacelli, devenu le pape Pie XII, dont la vie et le pontificat restent parmi les plus étudiés et les plus débattus de la papauté moderne. 

    Pour marquer l'occasion, le Register s'est entretenu le 27 février avec Emilio Artiglieri , président du Comité Pape Pacelli – Association Pie XII, qui organise depuis de nombreuses années des événements culturels à Rome pour encourager les discussions historiques à son sujet et mettre en lumière ses enseignements variés sur la théologie, la morale, la société et la bioéthique.

    Artiglieri aborde également la question de savoir si la « légende noire » qui a cherché à salir la réputation du défunt pontife pendant de nombreuses années a réussi ; un nouveau film qui tente encore davantage de ternir son nom ; comment Pie XII aurait pu gérer le conflit actuel entre la FSSPX et le Saint-Siège ; et pourquoi le défunt pontife continue d'inspirer à la fois dévotion et intérêt académique. 

    Monsieur Artiglieri, croyez-vous que la campagne de diffamation lancée par les Soviétiques contre Pie XII ait réussi et qu'il sera toujours présenté sous un jour négatif par rapport aux nazis ?

    Je crois que, concernant la « légende noire » qui entoure la figure de Pie XII, il faut faire une distinction entre deux niveaux : le niveau scientifique et celui de la diffusion populaire.

    D'un point de vue scientifique, des études et des recherches approfondies ont été menées depuis l'époque de Paul VI, telles que celles menées par le père Pierre Blet, avec le père Angelo Martini, le père Burkhart Schneider et le père Robert A. Graham, qui ont abouti au célèbre ouvrage Actes et Documents du Saint -Siège relatif à la Seconde Guerre mondiale .

    Suite à la décision du pape François d'accorder l'accès aux archives du Vatican relatives à la période du pontificat d'Eugenio Pacelli, d'autres études précieuses ont été réalisées, telles que celles du professeur Johan Ickx ( Pie XII et les Juifs ), du professeur Matteo Luigi Napolitano ( Le siècle de Pie XII ) et du professeur Pier Luigi Guiducci ( Pie XII et la Shoah. Quels « silences » ? ).

    Au vu de l'abondante documentation, aucun historien ne pourrait sérieusement parler de « pape d'Hitler ».

    Des membres du 22e Régiment royal canadien, en audience avec le pape Pie XII, après la libération de Rome en 1944.
    Des membres du 22e Régiment royal canadien en audience avec le pape Pie XII, après la libération de Rome en 1944. (Photo : Ministère de la Défense nationale du Canada)

    Malheureusement, il est vrai que des traces de la campagne de diffamation contre le pape Pacelli persistent dans l'imaginaire collectif, et c'est précisément à ce niveau de diffusion qu'il nous faut agir pour rétablir une vérité historique partagée. À cet égard, un effort accru est indispensable de la part des médias.

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  • La sainteté de Pie XII; de son amour pour Marie à son aide aux Juifs

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    D'Ermes Dovico sur la NBQ :

    La sainteté de Pie XII; de son amour pour Marie à son aide aux Juifs

    Sa contribution à la mariologie ; les origines de la légende noire, par opposition à la vérité historique qui atteste du dévouement de Pie XII au salut d’innombrables Juifs ; son attachement à la liturgie. À l’occasion du 150e anniversaire de la naissance d’Eugenio Pacelli, La Bussola s’entretient avec Monseigneur Nicola Bux.

    03/03/2026

    Hier, le 2 mars, on célébrait le 150e anniversaire de la naissance d'Eugenio Pacelli (1876-1958), élu pape sous le nom de Pie XII le jour même de son anniversaire (2 mars 1939). Pape d'une sainteté incontestable, il a vu ses vertus héroïques reconnues par l'Église, qui l'a déclaré Vénérable en 2009. Pour revenir sur les moments clés de l'héritage de Pie XII, La Nuova Bussola a interviewé Monseigneur Nicola Bux.

    Pie XII est le pape qui a proclamé le dogme de l'Assomption de Marie (1950), mais il a également apporté une contribution majeure à la mariologie et à la dévotion mariale. Que nous enseigne son enseignement à l'heure où un certain minimalisme marial refait surface au sein de la Curie romaine (voir la note DDF, Mater populi fidelis ) ? L'enseignement marial de Pie XII était l'aboutissement d'une réflexion séculaire qui avait trouvé son expression, pour citer l'événement le plus important ayant précédé le dogme de l'Assomption, dans la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception (1854) par le bienheureux Pie IX. Ce dogme avait lui-même été précédé par les apparitions de la Vierge Marie à sainte Catherine Labouré rue du Bac en 1830, puis suivi en 1858 par les apparitions de Lourdes. Ainsi, la ferveur de l'Église envers Marie était sans équivoque. Le dogme de l'Immaculée Conception et celui de l'Assomption avaient tous deux été précédés d'une consultation des évêques du monde entier, dont l'immense majorité avait soutenu la décision papale. Naturellement, la définition dogmatique par le pape – d'abord Pie IX, puis Pie XII – constituait l'aboutissement d'une prise de conscience ecclésiale concernant la participation de la Mère de Dieu à l'œuvre de rédemption du Christ.

    C’est-à-dire la corédemption mariale. Pie XII est également celui qui a institué la fête de Marie Reine et du Cœur Immaculé de Marie dans toute l’Église.
    Il a aussi proclamé l’Année mariale en 1954, un siècle après la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception. Le pape Pacelli a simplement repris le flambeau et l’a relancé. On pourrait dire que lui, à l’instar de saint Jean-Paul II, plus que tout autre pontife, a manifesté le lien étroit entre « le principe marial et le principe pétrinien », pour reprendre une expression chère à Hans Urs von Balthasar, qui soutenait que l’Église est fortifiée par ces deux principes qui s’influencent mutuellement. Même saint Jean Bosco, d’un point de vue purement pastoral, exhortait à toujours se tourner vers le Pape, vers la Vierge Marie et, bien sûr, vers l’Eucharistie. Cette influence réciproque entre Pierre et Marie rappelle le lien de grâce qui existe depuis le temps de Jésus-Christ entre le chef visible de l’Église et Marie, à qui le Fils a confié une mission particulière de maternité spirituelle envers le collège apostolique. Il ne s'agit pas seulement d'une expression de dévotion filiale, qui existe évidemment, mais nous sommes au cœur même de l'ecclésiologie catholique.

    Une légende noire tenace circule au sujet de Pie XII, née de la propagande communiste de l'Union soviétique de l'époque, selon laquelle il serait resté indifférent au génocide des Juifs. Pouvez-vous vous rappeler comment cette légende est née ? Et quelle est la vérité historique concernant les relations de Pie XII avec les Juifs ?
    Cette légende est née après la pièce de 1963, « Le Député » , écrite par le dramaturge allemand autoproclamé Rolf Hochhuth, qui, comme l'ont affirmé certains éminents chercheurs, souhaitait faire payer à Pie XII son anticommunisme et a donc tenté de créer cette légende par le biais de sa brochure.

    Dans son ouvrage *Pie XII et les Juifs* , Johan Ickx, archiviste du Saint-Siège , révèle, à partir de documents d'archives, de nombreux éléments sur le rôle du pape Pacelli dans l'aide aux Juifs. Un document en particulier est très intéressant : une lettre officielle datée du 9 février 1916, signée par le cardinal Pietro Gasparri, alors secrétaire d'État, qui corrobore les opinions d'Eugenio Pacelli sur les Juifs.

    Que dit cette lettre ?
    En réponse à une demande du Comité juif de New York, qui avait sollicité l’intervention du Saint-Siège en faveur des Juifs persécutés et assassinés sur le front de l’Est, le cardinal Gasparri écrivit, entre autres, que « le Pape, en tant que chef de l’Église catholique, fidèle à sa doctrine divine et à ses traditions éternelles, considère tous les hommes comme des frères et leur enseigne à s’aimer les uns les autres. C’est pourquoi il ne cessera d’inculquer aux individus et aux nations le respect des droits naturels de chacun et de désapprouver toute violation de ces droits. » Il ajouta ensuite : « Ces droits doivent être respectés non seulement pour les enfants d’Israël, mais pour tous les hommes sans distinction, car la justice et la religion elles-mêmes ne permettent aucune discrimination entre les différentes confessions religieuses. »

    Comme l'explique Ickx, s'appuyant sur des documents d'archives, Eugenio Pacelli, alors secrétaire d'État, a inspiré, voire rédigé personnellement, la lettre du cardinal Gasparri. Le dossier correspondant est conservé aux archives historiques de l'époque. Ickx ajoute une autre observation : « Une lecture attentive révèle que cette lettre aurait même pu servir de brouillon à un document du concile Vatican II, Nostra Aetate . » N'oublions pas que Pie XII avait un camarade d'école et ami juif, Guido Mendes, et qu'il était convaincu que le principe de charité devait primer sur tout. De plus, le nombre considérable de Juifs sauvés grâce à la prudence de Pie XII a été largement démontré. N'oublions pas non plus que la légende noire est née dans les années 1960, car à la mort de Pie XII, le 9 octobre 1958, le deuil et les témoignages de gratitude, y compris de la part des Juifs, furent unanimes.

    Un travail remarquable a été accompli à cet égard par Dominiek Oversteyns, membre de la famille religieuse « L'Opera », institution située Via Boccea à Rome qui abrite un petit musée consacré à Pie XII. Ce musée a été fondé grâce à l'aide de sœur Pascalina Lehnert, qui fut en quelque sorte la première collaboratrice du pape Pacelli pour coordonner l'aide aux Juifs et leur accueil dans les monastères. Oversteyns a notamment documenté comment les émissions de Radio Vatican, également reprises par la BBC, montrent que Pie XII a constamment exprimé sa profonde compassion pour les Juifs persécutés dans ses messages radiophoniques.

    Le pape Pie XII accorda également une grande importance à la liturgie. Dans l'encyclique Mediator Dei, il définit la liturgie sacrée comme « le culte public que notre Rédempteur offre au Père, comme Chef de l'Église, et le culte que la communauté des fidèles offre à son Chef et, par Lui, au Père Éternel : c'est, en somme, le culte intégral du Corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire du Chef et de ses membres » . Pourquoi serait-il pertinent de raviver son enseignement en la matière ?
    Là encore, Pie XII reprenait, en un sens, le flambeau de tout le grand mouvement liturgique qui l'avait précédé, en conservant ce qu'il avait de meilleur. Il rejeta ce qui était discutable ; par exemple, dans Mediator Dei , il mit en garde contre ce qu'il appelait l'archéologie, c'est-à-dire la manie de vouloir tout ramener au monde antique, en oubliant les développements ultérieurs. Le grand amour que le pape Pacelli manifestait pour la liturgie s'inscrivait dans la continuité des mouvements qui s'étaient développés au sein de l'Église, car c'est là le point crucial : si un certain type de mouvement émerge dans l'Église et porte de bons fruits, le pape ne peut ni le rejeter ni le nier, comme ce fut le cas avec le pape François et le mouvement dit de la messe traditionnelle. Car ces bons fruits proviennent de l'Esprit Saint, indépendamment de tout extrémisme, quel que soit le contexte. Les réformes introduites par Pie XII – telles que la Semaine sainte et l'instauration de la messe du soir – furent mises en œuvre sans susciter d'objections, ce qui témoigne de sa prudence et de son attention, même dans le domaine liturgique.

    Pie XII n'était pas un homme prétentieux, comme en témoigne le procès canonique qui a conduit à sa vénérabilité. Il ne reste plus qu'à obtenir la reconnaissance du miracle pour sa béatification, mais il convient de rappeler que le postulateur de sa cause, le père jésuite espagnol Pascual Cebollada – assisté du vice-postulateur, l'avocat Emilio Artiglieri, qui a œuvré sans relâche pendant des années avec le Comité Pape Pacelli – explique que le postulateur de la Compagnie de Jésus reçoit constamment des demandes d'images pieuses de Pie XII et d'attestations de grâces reçues par l'intercession de Pacelli. N'oublions pas que le 8 décembre 1958, deux mois seulement après sa mort, la première prière demandant sa canonisation fut publiée. Ainsi, Pie XII mourut auréolé d'une réputation de sainteté.

  • La Transfiguration : réponse lumineuse de Dieu à l’athéisme et l’agnosticisme (Léon XIV)

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    PAPE LÉON XIV

    ANGÉLUS

    Place Saint-Pierre
    IIe dimanche de Carême, 1er mars 2026

    ___________________________________

    Chers frères et sœurs, bon dimanche !

    Aujourd'hui, l'Évangile de la liturgie compose pour nous tous une icône pleine de lumière, racontant la Transfiguration du Seigneur (cf. Mt 17, 1-9). Pour la représenter, l'évangéliste puise dans la mémoire des Apôtres, peignant le Christ entre Moïse et Élie. Le Verbe fait homme se tient entre la Loi et la Prophétie : il est la Sagesse vivante, qui accomplit toute parole divine. Tout ce que Dieu a commandé et inspiré aux hommes trouve en Jésus sa manifestation pleine et définitive.

    Comme au jour du baptême au Jourdain, aujourd'hui encore, sur la montagne, nous entendons la voix du Père qui proclame : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », tandis que le Saint-Esprit enveloppe Jésus d'une « nuée lumineuse » (Mt 17, 5). Par cette expression vraiment singulière, l'Évangile décrit le style de la révélation de Dieu. Quand il se montre, le Seigneur révèle sa surabondance à notre regard : devant Jésus, dont le visage brille « comme le soleil » et dont les vêtements deviennent « blancs comme la lumière » (cf. v. 2), les disciples admirent la splendeur humaine de Dieu. Pierre, Jacques et Jean contemplent une gloire humble, qui ne s'exhibe pas comme un spectacle pour les foules, mais comme une confiance solennelle.

    La Transfiguration anticipe la lumière de Pâques, événement de mort et de résurrection, de ténèbres et de lumière nouvelle que le Christ fait rayonner sur tous les corps flagellés par la violence, sur les corps crucifiés par la douleur, sur les corps abandonnés dans la misère. En effet, alors que le mal réduit notre chair à une marchandise d'échange ou à une masse anonyme, cette même chair resplendit de la gloire de Dieu. Le Rédempteur transfigure ainsi les plaies de l'histoire, illuminant notre esprit et notre cœur : sa révélation est une surprise de salut ! En sommes-nous fascinés ? Le vrai visage de Dieu trouve-t-il en nous un regard d'émerveillement et d'amour ?

    Au désespoir de l'athéisme, le Père répond par le don de son Fils Sauveur ; de la solitude agnostique, le Saint-Esprit nous rachète en nous offrant une communion éternelle de vie et de grâce ; face à notre faible foi, se tient l'annonce de la résurrection future : voilà ce que les disciples ont vu dans la splendeur du Christ, mais pour le comprendre, il faut du temps (cf. Mt 17, 9). Un temps de silence pour écouter la Parole, un temps de conversion pour goûter la compagnie du Seigneur.

    Alors que nous faisons l'expérience de tout cela pendant le Carême, demandons à Marie, Maîtresse de prière et Étoile du matin, de garder nos pas dans la foi.

    _________________________

    À l'issue de l'Angélus

    Chers frères et soeurs,

    Je suis avec une profonde inquiétude ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient et en Iran, en ces heures dramatiques. La stabilité et la paix ne se construisent pas par des menaces réciproques, ni par les armes, qui sèment la destruction, la douleur et la mort, mais uniquement par un dialogue raisonnable, authentique et responsable.

    Face à la possibilité d’une tragédie d'une ampleur incommensurable, j'adresse un appel pressant aux parties prenantes pour qu'elles assument leur responsabilité morale et qu'elles mettent fin à la spirale de la violence avant qu'elle ne devienne un gouffre irréparable ! Que la diplomatie retrouve son rôle et que soit promu le bien des peuples qui aspirent à une coexistence pacifique fondée sur la justice. Continuons à prier pour la paix.

    Ces derniers jours, des nouvelles inquiétantes concernant des affrontements entre le Pakistan et l'Afghanistan nous parviennent également. J’élève ma supplique pour un retour urgent au dialogue. Prions ensemble pour que la concorde l’emporte dans tous les conflits du monde. Seule la paix, don de Dieu, peut guérir les blessures entre les peuples.

    Je suis proche des populations de l'État brésilien du Minas Gerais, touchées par de violentes inondations. Je prie pour les victimes, pour les familles qui ont perdu leur maison et pour tous ceux qui participent aux opérations de secours.

  • Le mois de mars, un mois consacré à saint Joseph

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    Le mois de mars est un mois particulièrement consacré à saint Joseph (source)

    La dédicace d’un mois à une dévotion particulière est une forme de piété populaire dont on ne trouve guère l’usage avant le XVIIIème  siècle. Ainsi dix fêtes marquantes du calendrier ont donné une teinte particulière à tous les jours du mois concerné, sauf février et avril.

    Ainsi le mois de Janvier est le mois consacré au Saint Nom de Jésus depuis 1902 ; mars, le mois de Saint Joseph, depuis 1855 ; mai, mois de Marie, est le plus ancien et le plus connu des mois consacrés, officiellement depuis 1724 ; juin, le mois du Sacré-Cœur depuis 1873 ; juillet, le mois du Précieux Sang depuis 1850 ; août, le mois du Cœur Immaculé de Marie ; septembre, le mois de Notre Dame des Douleurs depuis 1857 et de saint Michel Archange ; octobre, le mois du Rosaire depuis 1868 et le mois des saints Anges ; novembre, le mois des Âmes du Purgatoire depuis 1888 ; décembre, le mois de l’Immaculée Conception.

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    Pour nous parler de saint Joseph en ce début de mois qui lui est consacré nous emprunterons les écrits de sainte Thérèse d’Avila à son sujet. Sainte Thérèse dont nous honorerons le 28 mars prochain le cinq centième anniversaire de naissance, bien que l’Eglise la fête le 4/15 octobre. Elle expira le jeudi 4 octobre 1582 mais le lendemain se trouva être le 15, à cause de la coïncidence avec la ré­forme du calendrier, ordonnée par le pape Grégoire XIII. C’est le 15 qui a été adopté pour célébrer la fête de sainte Thérèse.

    À 27 ans, Thérèse d’Avila était gravement malade. Elle recourt à Joseph, un protecteur fidèle. Voici les faits racontés par elle-même.

    « Me trouvant, si jeune encore, percluse de tous mes membres, et voyant en quel état m’avait réduite les médecins de la terre, je résolus de m’adresser à ceux du ciel pour en obtenir ma guérison.

    Je pris le glorieux saint Joseph pour avocat et pour patron et je me recommandais tout particulièrement à son intercession.

    J’ai vu clairement que ce père et Seigneur de mon âme m’a délivrée de ce mal et de bien d’autres plus grands où il y allait de mon honneur et du salut de mon âme ; il a même fait pour moi plus que je ne lui demandais.

    Le Seigneur semble avoir donné grâce aux autres pour nous assister dans tel ou tel besoin ; mais saint Joseph, je le sais par expérience, nous assiste en toutes nos nécessités. Notre Seigneur veut nous montrer, sans doute, qu’il exauce dans le ciel toutes les prières de celui auquel il obéissait sur la terre, car Joseph, en qualité de nourricier, avait ici-bas droit de lui commander.

    Je voudrais porter tout le monde à la dévotion envers ce glorieux saint, tant j’ai l’expérience de son crédit auprès de Dieu. Je n’ai vu personne lui être vraiment dévoué et l’honorer d’un culte spécial sans avancer dans la vertu, car il favorise singulièrement les progrès spirituels des âmes qui se recommandent à lui. Depuis plusieurs années, ce me semble, je lui demande le jour de sa fête une grâce particulière, et chaque fois je suis exaucée. Lorsque ma demande n’est pas entièrement ce qu’elle doit être, il la redresse pour mon plus grand bien.

    Je demande pour l’amour de Dieu, à ceux qui ne me croiraient pas, d’en faire l’essai. Ils reconnaîtront, par leur expérience, quel avantage on retire de l’intercession de ce glorieux patriarche et de la dévotion qu’on lui porte.( … )

    Je ne vois pas comment on peut penser à la Reine des Anges et à tout ce qu’elle eut à souffrir en compagnie de l’Enfant Jésus, sans remercier saint Joseph de les avoir si bien assistés l’un et l’autre … »

  • Deux leçons de la Transfiguration

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    theophanes5.jpgDeux leçons de la Transfiguration (source : http://missel.free.fr)

    Au jour de la Transfiguration, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean pour les conduire sur une montagne élevée et solitaire. Il est délicat le travail qu'impose la Transfiguration du Seigneur, aussi le bon Maître prend soin de nous indiquer de quelle façon nous l'accomplirons. Sa leçon tient en deux mots : 1° Sur une montagne élevée, 2° Solitaire.

    1° Sur une montagne élevée. A propos de ces paroles, saint Thomas d’Aquin écrit : « Jésus nous enseigne en cela qu'il est nécessaire à tous ceux qui désirent contempler Dieu de ne pas s'attacher aux basses voluptés mais de s'élever sans cesse par l'amour vers les biens célestes. » Pour se transfigurer il est requis de s'élever. Tant qu'on reste incliné vers la terre, courbé lourdement sous le poids des passions, esclave des jouissances qu'elles réclament, on doit renoncer à tout embellissement de l'âme. Pour arriver à ressembler à Dieu, il faut le contempler donc, il faut monter. Or, on s'essouffle à gravir une montagne, on peine pour gagner un sommet. Au fait, toute transformation en mieux est conditionnée par un douloureux effort : le laboureur brise la terre afin qu'elle fructifie ; le savant travaille pour savoir plus et mieux.

    L'âme consentira à ce qui lui coûte, afin d’éliminer les éléments de laideur qu'elle renferme, les ternissures qui la couvrent. Elle se dégagera des créatures qui, presque toujours, sont un écran entre elle et la lumière ; le détachement est une recornmandation essentielle de l'Evangile, détachement de tout, de tous, surtout de soi-même, car on ne tient aux choses et aux gens qu'à cause de soi-méme ; dès lors qu'on ne se trouve plus en eux, par un avantage ou un autre, on ne s'y complaît plus, on les met de côté.

    Haute et rude est la cime à atteindre, âpre la côte à monter. Il n'y a pourtant pas à hésiter ; c'est question de vie ou de mort. Pour nous surtout, qui voulons non seulement nous transfigurer, mais entraîner les autres à le faire, la vie doit être une ascension incessante, quelque laborieuse qu'elle soit.

    O Jésus, attirez-moi à vous, que votre amour ne me laisse point à moi-même. Sans y mettre la témérité irréfléchie de Pierre, je vous dis du fond de mon âme : « Je vous suivrai partout où vous irez. (Evangile selon saint Matthieu,VIII 19.) »

    2° Solitaire. La montagne où Jésus conduit les trois apôtres privilégiés était à l'écart, enveloppée de silence, en une atmosphère favorable à la contemplation, à la prière ardente. Voila une seconde condition nécessaire à la transfiguration.

    D'abord, une attentive fixation du modèle s'impose, l’idéal doit saisir les pensées, enflammer les sentiments donc, que l'on contemple longuement. Puis, reproduire les traits divins déborde les possibilités humaines, il faut le secours d'en-haut : donc que l'on prie, et avec ferveur.

    En un mot, c'est l'oraison vraie, l'oraison régulière quotidienne, l'esprit d'oraison, qui permettent l'ascension pénible, qui réalisent la transformation progressive. Jamais une âme frivole ou évaporée, une âme qui vit dans l'étourdissement de l'extérieur, une âme vide de prière, ne pourra arriver à s'améliorer, à s'embellir comme elle le doit. Aussi bien, l'oraison doit être un exercice auquel on tienne comme à la vie : « Priant en esprit en tout temps (Epîte de saint Paul aux Philippiens, VI 18.)», dit saint Paul ; et saint Cyprien : « Il est bon de prier sans cesse pour ne pas s'éloigner du royaume céleste » ; c'est par l'oraison assidue, ajoute-t-il, qu'on se maintient constant dans son effort.

    O mon Dieu, accordez-moi « l'esprit de grâce et de prière », par quoi je me tiendrai constamment près de vous, « Je mets le Seigneur constamment sous mes yeux.(Psaume XV 8.) » Ainsi pourrai-je espérer, enveloppé de votre lumière, me transfigurer sous son influence et attirer la bienveillance de votre regard.

  • Dieu d’Israël, délivrez-nous de toutes nos tribulations (Introit du 2e dimanche du Carême)

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    Ant. ad Introitum. Ps. 24, 6, 3 et 22. Introït
    Reminíscere miseratiónum tuarum, Dómine, et misericórdiæ tuæ, quæ a sǽculo sunt : ne umquam dominéntur nobis inimíci nostri : líbera nos, Deus Israël, ex ómnibus angústiis nostris. Souvenez-vous de vos bontés, Seigneur, et de votre miséricorde qui datent des siècles passés. Que nos ennemis ne triomphent jamais de nous. Dieu d’Israël, délivrez-nous de toutes nos tribulations.
    Ps. ibid., 1-2.  
    Ad te, Dómine, levávi ánimam meam : Deus meus, in te confído, non erubéscam. Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme ; mon Dieu, je mets ma confiance en vous, que je n’aie pas à rougir.
    V/.Glória Patri.
  • Heureux ceux qui ont appris à leur cœur à faire toute confiance à Dieu (homélie pour le 2ème dimanche du carême)

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    Homélie du 2e dimanche de carême de l'abbé Christophe Cossement (archive 8 mars 2020) :

    La confiance ouvre la grande vie

    À quoi se mesure la réussite de la vie ? Certains pensent qu’une vie belle est une vie où on a pu vivre plein de petits bonheurs. Cela me paraît trop court. Cela ressemble à un collier de perles où il n’y a pas de fil pour tout relier. Cela ne fait pas une vie belle, mais simplement une vie où on s’est bien occupé et qui termine en queue de poisson devant la mort. Car alors la mort est ce qui vient nous ravir ce qui faisait notre vie. Quel serait plutôt le fil qui permet de faire une belle vie. Il me semble que c’est la confiance, celle que nous avons patiemment tissée tout au long de nos choix, qui peut donner la consistance de notre vie.

    Heureux ceux qui ont appris à leur cœur à faire toute confiance à Dieu, à travers vents et marées. Heureux aussi ceux qui ont osé faire confiance à un ami, une amie, et ont ainsi guéri d’un isolement plus ou moins superbe. Heureux ceux qui ont pu s’engager sur le chemin du mariage pour y vivre la confiance. Le carême nous fait découvrir le geste d’Abraham, qui part sans savoir vers le pays que Dieu lui montrera pas à pas. Les chemins de la confiance vont le transformer en profondeur et le conduire toujours plus loin, là où il n’aurait jamais cru devoir aller, comme nous l’entendrons à la Veillée pascale (Gn 22). Abraham, le père des croyants, a marché dans la vie sous le signe de la confiance en Dieu, parfois défaillante mais toujours redonnée.

    La confiance permet de tout traverser. C’est une confiance pareille que Jésus veut faire naître dans le cœur des 3 apôtres choisis, lorsqu’il les emmène sur la montagne de la Transfiguration. Bientôt ils vont connaître la condamnation de leur maître et sa mise à mort affreuse. Ils seront complètement désorienté. Alors, pour affronter l’incompréhensible, Jésus veut qu’ils éprouvent d’une façon spéciale qu’il est bien le Fils de Dieu et que son Père est vraiment avec lui. Et aussi, que ce qu’il va vivre ne sera pas déconnecté de l’espérance de tout le peuple juif, mais qu’au contraire il reçoit la caution de Moïse et d’Élie. Jésus fortifie ainsi la confiance dans le cœur de ses amis, comme il veut la fortifier également dans notre cœur lorsque nous buttons sur toute sorte d’épreuves et que pourtant son apparent silence nous dit : crois en moi et tu vivras.

    Mais pourquoi chercher à aller si loin dans notre cœur, si loin dans la confiance ? Parce que la confiance vécue dans l’amour, que l’on donne même dans l’apparente absence ou dans l’épreuve, c’est comme un branchement du plus profond de notre cœur, sur le cœur de l’autre ou sur le cœur de Dieu. Dans ces moments, on s’unit avec nos tripes. Et c’est important de creuser à un tel niveau. Parce que nous sommes faits pour l’infini, parce que l’image de Dieu en nous a soif de la vie la plus grande. Ouverture ou racrapotement, cela se passe dans chaque geste quotidien. C’est bien plus que les petits bonheurs. C’est la direction de notre vie vers le ciel, vers la grande vie de cœur à cœur qui nous attend dans la vie éternelle si nous la désirons et la préparons. Bon carême !

  • Le dimanche de la Transfiguration

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    theophanes5.jpgDe BENOÎT XVI, lors de l'ANGÉLUSPlace Saint-Pierre, le dimanche 20 mars 2011

    Chers frères et sœurs!

    (...) Ce deuxième dimanche de carême est appelé dimanche de la Transfiguration, parce que l'Evangile raconte ce mystère de la vie du Christ. Après avoir annoncé sa passion à ses disciples, Jésus «prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l'écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière» (Mt 17, 1-2). Pour les sens, la lumière du soleil est la plus intense que l'on connaisse dans la nature, mais pour l'esprit, les disciples virent, pendant un bref moment, une splendeur encore plus intense, celle de la gloire divine de Jésus, qui éclaire toute l'histoire du salut. Saint Maxime le Confesseur affirme que «les vêtements devenus blancs portaient le symbole des paroles de l'Ecriture Sainte, qui devenaient claires et transparentes et lumineuses» (Ambiguum 10: PG 91, 1128 B).

    L'Evangile dit qu'aux côtés de Jésus transfiguré, «apparurent Moïse et Elie, qui s'entretenaient avec lui» (Mt 17, 3); Moïse et Elie, figures de la Loi et des prophètes. Ce fut alors que Pierre, en extase, s'exclama: «Seigneur, il est heureux que nous soyons ici! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie» (Mt 17, 4). Mais saint Augustin commente en disant que nous avons une seule demeure: le Christ; lui, «est la Parole de Dieu, Parole de Dieu dans la Loi, Parole de Dieu dans les Prophètes» (Sermo De Verbis Ev. 78, 3: PL 38, 491). En effet, le Père lui-même proclame: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour; écoutez-le!» (Mt 17, 5). La Transfiguration n'est pas un changement de Jésus, mais elle est la révélation de sa divinité, «l'intime compénétration de son être de Dieu, qui devient pure lumière. Dans son être un avec le Père, Jésus lui-même est Lumière née de la Lumière» (Jésus de Nazareth, 2007). En contemplant la divinité du Seigneur, Pierre, Jacques et Jean sont préparés à affronter le scandale de la Croix, comme on le chante dans un hymne ancien: «Tu t'es transfiguré sur la montagne, et, autant qu'ils en étaient capables, tes disciples ont contemplé ta Gloire, Christ Dieu afin que lorsqu'ils Te verraient crucifié, ils comprennent que ta passion était volontaire et qu'ils annoncent au monde que Tu es vraiment le rayonnement du Père» (Liturgie byzantine, Kontakion de la fête de la Transfiguration).

    Chers amis, nous participons nous aussi à cette vision, et à ce don surnaturel, en faisant place à la prière et à l'écoute de la Parole de Dieu. En outre, spécialement en ce temps de carême, je vous exhorte, comme l'écrit le serviteur de Dieu Paul VI, à «répondre au précepte divin de la pénitence par quelque acte volontaire en dehors des renoncements imposés par le poids de la vie quotidienne» (Constitution apostolique Pænitemini, 17 février 1966, III, c: AAS 58 [1966]). Invoquons la Vierge Marie, afin qu'elle nous aide à écouter et à suivre toujours le Seigneur Jésus, jusqu'à la passion et la croix, pour participer aussi à sa gloire

  • Un cardinal japonais affirme que les chrétiens sont victimes d'une « persécution polie » au Japon

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    De Nirmala Carvalho sur Crux :

    Un cardinal japonais affirme que les chrétiens sont victimes d'une « persécution polie » au Japon.

    Le Japon est confronté à une « persécution polie » qui menace les garanties accordées à la liberté de religion, selon le cardinal Tarcisio Isao Kikuchi, archevêque de Tokyo.

    Le cardinal japonais réagissait aux récentes remarques faites au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies à Genève, en Suisse, à l'occasion du 20e anniversaire de sa fondation.

    Parmi ceux qui ont pris la parole lors de la session anniversaire figurait Monseigneur Daniel Pacho, sous-secrétaire du Saint-Siège pour le secteur multilatéral de la Section pour les relations avec les États et les organisations internationales.

    Pacho a déclaré que les soi-disant « nouveaux droits », un terme souvent utilisé par le Saint-Siège pour désigner des revendications en matière de droits de l'homme formulées plus récemment — notamment dans des domaines tels que l'avortement, le suicide assisté, l'identité de genre et l'orientation sexuelle — sont utilisés pour supprimer des droits de l'homme traditionnels, comme la liberté religieuse.

    À LIRE AUSSI : Un responsable du Vatican déclare à l’ONU que les prétendus « nouveaux droits » peuvent porter atteinte à la liberté religieuse

    Dans son entretien avec Crux Now , Kikuchi a déclaré que cela affectait même la situation au Japon.

    « On prétend souvent que, en raison du principe de séparation de l’Église et de l’État, l’Église devrait s’abstenir de parler de toute question relevant du domaine politique », a déclaré le cardinal.

    Ce qui suit est la conversation de Crux Now avec Kikuchi, éditée pour des raisons de longueur et de clarté.

    Enjeu crucial : Au Japon, les catholiques constituent une infime minorité et le christianisme se heurte souvent à une indifférence sociale plutôt qu’à de l’hostilité. Comment ces « nouveaux droits » influencent-ils votre manière de diriger l’Église et de nourrir la foi dans un tel contexte ?

    Cardinal Kikuchi : La Constitution japonaise actuelle d’après-guerre, rédigée à la lumière de l’expérience négative de l’union du shintoïsme d’État et du gouvernement, qui a entraîné des persécutions et de graves difficultés pour les religions non shintoïstes, y compris l’Église catholique, garantit la liberté de religion et une stricte séparation entre l’État et la religion.

    Nous sommes néanmoins confrontés à une situation difficile que l'on pourrait qualifier de forme de « persécution polie ».

    Dans le contexte actuel, les activités religieuses sont généralement bien accueillies par le public tant qu'elles restent confinées à leurs propres locaux, tels que les temples et les églises. Cependant, le principe de séparation de l'État et des religions est souvent mal interprété et interprété comme signifiant que les questions religieuses ne devraient jamais être abordées dans l'espace public.

    De plus, la culture japonaise valorise fortement la conformité et l'harmonie sociale. C'est pourquoi, lorsque l'Église prend position publiquement sur une politique gouvernementale, surtout lorsque celle-ci porte atteinte à la dignité humaine, ou lorsqu'elle publie des déclarations publiques, par exemple en appelant à l'abolition des armes nucléaires pour une paix durable ou à un traitement équitable des migrants, elle est critiquée pour son « excès de politisation ».

    On soutient souvent que, du fait du principe de séparation entre la religion et l'État, l'Église devrait s'abstenir de parler de toute question liée et considérée comme politique.

    Cela rend difficile pour l'Église de prendre position sur les questions portant atteinte à la dignité humaine. La religion n'est pas reconnue comme une autorité morale dans ce pays et, tant que nous restons dans l'enceinte de l'église, nous sommes considérés comme inoffensifs et sans histoire.

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  • Le pape augustinien : quatre thèmes clés de Léon XIV

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    De sur le CWR :

    Le pape augustinien : quatre thèmes clés de Léon XIV

    Intériorité, clarté, charité, unité — ou, pourrait-on dire, recherche, découverte, amour, lien — tel est le grand programme augustinien.

    Le pape Léon XIV et saint Augustin. (Crédit : Daniel Ibáñez/EWTN News et domaine public)
    Comme le dit le proverbe : quand une personne vous dit qui elle est, croyez-la.

    C’est ce que j’ai affirmé après l’élection du pape Léon XIV, premier pape américain, l’an dernier. Debout sur la loggia de Saint-Pierre, le visage empreint de l’émotion d’une vocation si grande, Robert Prevost ne s’est pas présenté comme un Chicagoan, un Chiclayoan, un canoniste, ni même un évêque – bien que tous ces titres soient manifestement importants à ses yeux. Il s’est présenté comme un  augustinien , « un fils de saint Augustin ».

    En effet, presque toute sa vie d'adulte jusqu'à ce moment-là — son éducation, son sacerdoce, son travail missionnaire, ses rôles de dirigeant, et même sa devise épiscopale — portait l'influence du Docteur de la Grâce.

    Le pape Léon XIV nous a révélé son identité, et nous devons le croire.

    « Je suis un fils de saint Augustin : Le pape Léon XIV sur son saint préféré » , une nouvelle brochure que j'ai eu l'honneur d'éditer pour Word on Fire, vise à nous faire mieux connaître la pensée et la sensibilité de notre pape augustinien, selon ses propres termes. Ce court texte rassemble des extraits des écrits, discours et entretiens de Prévost antérieurs à son élection, remontant jusqu'à  sa thèse de doctorat  sur le prieur local de l'Ordre de saint Augustin, et couvrant les premiers mois de son pontificat, jusqu'à  sa première exhortation apostolique,  Dilexi Te .

    Mais le cœur de chaque réflexion, ancienne ou nouvelle, c'est  Augustin : sa vie, ses œuvres, sa spiritualité, sa pensée — et l'ordre qui porte son nom.

    Bien sûr, il ne s'agissait là que d'un instantané. Léon XIV n'a cessé de faire référence à l'évêque d'Hippone depuis la publication de l'ouvrage. Ses commentaires sur  la Cité de Dieu d'Augustin  , dans son  discours sur l'état du monde prononcé devant les membres du corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège le 9 janvier, sont sans doute les plus marquants. De fait,  selon le site internet du Vatican, Léon XIV a déjà surpassé son prédécesseur en matière de références à Augustin, et il est en passe, d'ici un an ou deux, de surpasser même Benoît XVI à cet égard – un homme qui s'était lui aussi qualifié d'« augustinien convaincu ».

    Et Léon ne s'est pas contenté de rendre un hommage direct à ce grand Père de l'Église ; il a également mis en lumière, de manière indirecte, des thèmes et des accents distincts de la tradition augustinienne, dont quatre semblent particulièrement importants.

    Le premier thème est  l'intériorité – la découverte par Augustin de son propre « cœur agité » au milieu des plaisirs divers du monde extérieur. Ce thème,  si présent dans les  Confessions , a été mis en avant  lors de l'interview de Mgr Prévost  avec Catholic News Service en 2012, à l'occasion du Synode des évêques sur la nouvelle évangélisation. Mais c'est aussi un sujet qu'il a abordé presque immédiatement après son accession au pontificat.  L'homélie de sa messe d'inauguration papale  commence par une référence à cette phrase intemporelle d'Augustin : « Tu nous as faits pour toi, et notre cœur est agité tant qu'il ne repose en toi. » Il y a fait de nouveau référence le mois suivant dans  son message vidéo aux jeunes , les interpellant : « Cette agitation n'est pas une mauvaise chose, et nous ne devons pas chercher à éteindre le feu… Nous devons plutôt nous connecter à notre propre cœur et reconnaître que Dieu peut agir dans nos vies. » Et lors  d'une méditation organisée ce même mois pour le Jubilé des séminaristes, il a interpellé les futurs prêtres : « Vous devez travailler sur votre vie intérieure… Gardez à l'esprit l'invitation constante de saint Augustin à revenir au cœur, car c'est là que nous trouverons Dieu. »

    Un second motif est  la clarté – la profonde préoccupation de l’évêque d’Hippone pour  la vérité , la lumière de l’esprit divin illuminant nos propres esprits. Cela inclut, bien sûr, la vérité philosophique et théologique. Mais pour Augustin, la vérité trouve son origine et sa fin en celui qui s’est déclaré « la vérité » (Jean 14, 6) : le Christ Jésus. Comme le remarque la chanoinesse augustinienne sœur Margaret Atkins dans la préface du  livre, Léon XIV – canoniste de formation – possède une certaine « clarté de vision augustinienne ». Et cette vision est enracinée dans « une recherche partagée de  la vérité , du Christ qui est la Vérité ». Ce thème de la vérité émerge à maintes reprises chez Prévost, depuis  son message de 2020 à une paroisse du Panama  (« Cherchez toujours la vérité. Dieu est vérité ») jusqu’à  son message de juillet aux sœurs augustiniennes  (« Une culture sans vérité devient un instrument des puissants »). Et comme le Christ est, comme il l’a dit dans  son premier discours au Collège des cardinaux , « l’espérance ultime de tous ceux qui recherchent sincèrement la vérité », l’Église doit « revenir à la primauté du Christ dans la proclamation ».

    Un troisième thème majeur est  la charité – l’amour ardent du Docteur de la Grâce pour Dieu, qui se déverse en amour pour l’homme. Sur les armoiries de Léon XIV figure l’emblème de l’Ordre de Saint Augustin : un cœur rouge enflammé, transpercé d’une flèche, symbolisant précisément cet amour. Ayant cherché sans relâche la vérité et l’ayant trouvée en Christ, l’âme d’Augustin fut emplie de l’amour de Dieu – fondement même sur lequel repose la Cité de Dieu. « Voici l’heure de l’amour ! » déclara Léon dans son homélie inaugurale. « Le cœur de l’Évangile, c’est l’amour de Dieu. » Or, ce plus grand commandement, Léon le sait avec Augustin, est indissociable d’un second : l’amour du prochain. « Les deux vont de pair »,  fit remarquer Prevost à CNS en 2012 . Notre amour doit aussi s’étendre d’une manière particulière, comme Léon XIV le précise dans  Dilexi Te , aux pauvres, qu’ils soient pauvres spirituellement ou matériellement : « Le Docteur de la Grâce considérait la sollicitude envers les pauvres comme une preuve concrète de la sincérité de la foi. Quiconque prétend aimer Dieu et n’a aucune compassion pour les nécessiteux ment (voir 1 Jean 4,20). »

    Quatrièmement et enfin, l'  unité — l'accent mis par Augustin sur l'unité de l'Église en un seul Christ. À l'approche du conclave, le  New York Times  publiait un article  au titre qui a mal vieilli : « Alors que les cardinaux s'apprêtent à élire un pape, l'un des mots d'ordre est “Unité”. Voilà qui divise ! » L'unité — au sein de l'Église, entre les chrétiens, dans le monde entier — a été l'une des grandes marques du pontificat léonin jusqu'à présent, et elle n'a jamais été source de division. En effet, sa devise épiscopale, empruntée à Augustin et à laquelle il a déjà fait référence publiquement à plusieurs reprises depuis son élection, est « In Illo Uno Unum » (En celui-ci, [nous sommes] un). En 2023, le pape Prévost,  s'exprimant sur sa devise auprès de Vatican News, déclarait : « L'unité et la communion font véritablement partie du charisme de l'Ordre de Saint Augustin, et elles imprègnent également ma manière d'agir et de penser. »

    On peut se référer à l'homélie inaugurale de Léon, où il déclarait : « Je souhaite que notre premier grand désir soit  une Église unie, signe d'unité et de communion, qui devienne un ferment pour un monde réconcilié. » Mais Léon ne s'est pas contenté de penser et de parler d'unité ; il a aussi agi  en  conséquence, ouvrant de nouvelles perspectives de discussion sur la liturgie, accueillant des évêques et des clercs de tous horizons théologiques pour des audiences privées, et effectuant des visites historiques auprès  du patriarche Bartholomée Ier et du roi Charles III. L'insistance constante de Léon sur la synodalité, le dialogue et l'écoute doit, semble-t-il, être comprise en lien avec cet aspect du charisme augustinien, ainsi qu'avec sa quête équilibrée de vérité.

    Intériorité, clarté, charité, unité – ou, pourrait-on dire, recherche, découverte, amour, union – tel est le grand programme augustinien. Ces quatre thèmes sont centrés sur le Christ ; pourtant, ils sont aussi tournés vers  le monde, l’attirant, avec toute son agitation, sa confusion, sa froideur et sa fragmentation, vers le seul qui puisse lui apporter ce grand don de  paix , nom de la basilique qu’Augustin a érigée dans une Hippone profondément divisée.

    C'est une tâche ardue aujourd'hui, comme elle l'était au Ve siècle. Mais le fils d'Augustin, dès le premier jour, est apparu comme l'homme de la situation.


    Matthew Becklo est mari et père, écrivain et éditeur, et directeur des publications de Word on Fire Catholic Ministries. Son premier livre, * The Way of Heaven and Earth: From Either/Or to the Catholic Both/And* , est disponible dès maintenant aux éditions Word on Fire.