Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Politique

  • Victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt : l’Église allemande face à la remise en cause de son puissant modèle de financement

    IMPRIMER

    De Tribune Chrétienne :

    Victoire d’Ulrich Siegmund et de l’AfD en Saxe-Anhalt : l’Église allemande face à la remise en cause de son puissant modèle de financement

    Avec 44 % des voix aux élections régionales du 6 septembre en Saxe-Anhalt, l’AfD emmenée par Ulrich Siegmund réalise un résultat historique sans obtenir la majorité absolue. Une victoire qui pourrait aussi ouvrir un affrontement majeur avec les Églises allemandes et leur puissant système de financement

    7 septembre 2026

    La victoire d’Ulrich Siegmund dépasse largement les frontières politiques de la Saxe-Anhalt. Elle pourrait également fragiliser un modèle très particulier de relations entre l’État et les Églises, alors que l’AfD entend remettre en cause plusieurs mécanismes dont bénéficient depuis des décennies les institutions catholiques et protestantes.

    Le cas personnel d’Ulrich Siegmund donne à cette confrontation une dimension particulière. Baptisé et élevé dans l’Église catholique, le dirigeant de l’AfD en Saxe-Anhalt a effectué en 2017 un « Kirchenaustritt », la procédure administrative permettant de déclarer officiellement sa sortie de l’Église. Il a pourtant expliqué ne pas avoir renoncé aux valeurs catholiques qu’il dit conserver « dans son cœur », mais contester l’institution ecclésiale allemande.

    Derrière cette démarche se trouve notamment le Kirchensteuer, l’impôt d’Église allemand. Un catholique enregistré comme tel acquitte généralement une contribution équivalente à 9 % du montant de son impôt sur le revenu – 8 % en Bavière et dans le Bade-Wurtemberg – collectée par l’administration fiscale avant d’être reversée à l’Église. Pour échapper à cet impôt, il faut officiellement quitter l’Église. Mais cette décision administrative entraîne également de lourdes conséquences ecclésiales. Un décret adopté par la Conférence épiscopale allemande en 2012 prévoit notamment que la personne ayant effectué cette démarche ne peut normalement plus recevoir les sacrements de pénitence, d’Eucharistie, de confirmation ou d’onction des malades, sauf notamment en danger de mort. Elle ne peut plus être parrain ou marraine ni exercer certaines fonctions dans l’Église. Dans certaines circonstances, les funérailles religieuses peuvent également être refusées.

    Le résultat du 6 septembre remet aujourd’hui ce système sous les projecteurs. L’AfD veut s’attaquer aux « Staatsleistungen », qu’il faut distinguer du Kirchensteuer : il s’agit de versements publics historiques accordés aux Églises, notamment en compensation des grandes sécularisations de biens ecclésiastiques intervenues au début du XIXe siècle. Le parti entend également remettre en cause l’intervention de l’administration fiscale dans la collecte de l’impôt d’Église.

    Cette offensive intervient dans un contexte de confrontation croissante entre l’AfD et les responsables catholiques et protestants. Plusieurs évêques ont publiquement mis en garde les fidèles contre le parti, tandis que l’AfD accuse les grandes Églises de s’être transformées en acteurs politiques, notamment sur les questions migratoires.

    Mais le débat prend une dimension particulière au regard de la situation du catholicisme allemand. En 2025, l’Allemagne comptait encore 19,2 millions de catholiques, soit environ 23 % de la population. Pourtant, 307 117 personnes ont officiellement quitté l’Église au cours de cette seule année. Seulement 2 269 personnes y sont entrées et 5 443 anciens catholiques l’ont réintégrée.

    La pratique religieuse poursuit elle aussi son recul. Elle ne concerne plus qu’une faible proportion des catholiques et la crise des vocations devient spectaculaire : après seulement 29 ordinations sacerdotales en 2024, les chiffres ont encore reculé en 2025. La victoire d’Ulrich Siegmund ne signifie évidemment pas que le Kirchensteuer disparaîtra demain : une telle réforme dépasse les seules compétences d’un gouvernement régional. Mais avec près de 44 % des suffrages, une revendication longtemps périphérique vient de prendre une tout autre dimension politique.

    Pour l’Église allemande, la question dépasse donc largement l’AfD. Elle touche à la pérennité d’un modèle dans lequel une institution ecclésiale demeure financièrement très puissante alors que sa base démographique, la pratique religieuse et les vocations diminuent rapidement. Si demain une part croissante de ses ressources devait dépendre directement des dons volontaires des fidèles, l’Église catholique allemande serait confrontée à une réalité devenue impossible à contourner : celle du nombre de catholiques encore réellement engagés dans sa vie.

  • Des milliers de personnes participent à la marche annuelle pro-vie à Londres

    IMPRIMER

    D'

    Des milliers de personnes participent à la marche annuelle pro-vie à Londres

    Cette marche intervient dans un contexte de débat actuel sur la loi relative à l'avortement en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles, les militants pro-vie réclamant des restrictions plus importantes en la matière.

    Une militante pro-vie défile à Londres lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026.
    Une militante pro-vie défile à Londres lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. (Photo : Crédit : Elliot Hartley)

    LONDRES — Samedi, des milliers de militants ont défilé du Centre Emmanuel, à Westminster, jusqu'à Parliament Square dans le cadre d'une manifestation annuelle organisée par le groupe pro-vie March For Life UK.

    Cette marche intervient dans un contexte de débat permanent sur la loi relative à l'avortement en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles, les militants pro-vie réclamant des restrictions plus importantes sur l'avortement et s'opposant aux projets de loi établissant des zones tampons autour des cliniques et hôpitaux pratiquant l'avortement.

    Des militants pro-vie défilent à Londres près de Big Ben lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. | Crédit : Elliot Hartley

    Des militants pro-vie défilent à Londres près de Big Ben lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. | Crédit : Elliot Hartley

    Ben Thatcher, organisateur de la Marche pour la vie, a déclaré à EWTN News : « Chaque être humain est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’avortement met fin à cette vie, et lorsqu’un avortement met fin à une vie, nous sommes confrontés à une immense tragédie, qui affecte non seulement la personne concernée, mais aussi sa famille, la société et la culture dans lesquelles nous vivons. »

    En vertu de la législation actuelle, les avortements peuvent généralement être pratiqués jusqu'à 24 semaines de grossesse, sous réserve de certaines conditions légales. Par ailleurs, des zones tampons autour des cliniques et hôpitaux pratiquant l'avortement limitent certaines activités visant à influencer, entraver ou harceler les personnes souhaitant accéder à ces services.

    « Je trouve absolument scandaleux qu’une vie humaine, créée à l’image de Dieu, puisse être interrompue et justifiée par le slogan “l’avortement est un soin de santé” », a déclaré Thatcher.

    Quinze évêques catholiques ont participé à la marche et ont également célébré la messe à la cathédrale de Westminster le matin avant de rejoindre le groupe principal.

    L’évêque auxiliaire de Southwark, Paul Hendricks, a déclaré à EWTN News : « Je soutiens la vie à toutes ses étapes. Nous devons défendre nos valeurs. Nous avons nos principes et nous suivons Jésus. »

    Des milliers de militants pro-vie défilent à Londres près de Big Ben lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. | Crédit : Elliot Hartley

    Des milliers de militants pro-vie défilent à Londres près de Big Ben lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. | Crédit : Elliot Hartley

    L’archevêque de Southwark, John Wilson, a déclaré à EWTN News : « Je suis ici parce que je crois en la beauté et la dignité de la vie humaine. […] Nous sommes unis dans un esprit de beauté, de paix et de joie pour affirmer que la vie humaine compte, que chaque vie compte, de la conception à la mort naturelle. » 

    « Et dans une culture difficile, où tant de gens, en un sens, considèrent la vie comme quelque chose de jetable, on a juste envie de se lever et de donner une voix à ceux qui n'en ont pas », a-t-il déclaré.

    Les participants ont chanté des hymnes chrétiens, notamment « Il tient le monde entier entre ses mains » et le Salve Regina, tout en défilant dans les rues ensoleillées de Londres, brandissant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « L'avortement fait du mal à la famille », « Interdire l'avortement sauve des vies » et « J'ai rejoint la riposte ».

    Des milliers de militants pro-vie défilent à Londres lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. | Crédit : Elliot Hartley

    Des milliers de militants pro-vie défilent à Londres lors de la Marche pour la vie, le 5 septembre 2026. | Crédit : Elliot Hartley

    « Je suis venu ici aujourd’hui pour défendre la vie, de la conception à la mort naturelle, dans une culture où cela ne semble plus être valorisé… Je pense qu’il est important de prendre position et d’affirmer que la dignité humaine de chaque personne réside dans le fait qu’elle est créée à l’image de Dieu, aussi petite soit-elle », a déclaré l’évêque militaire Paul Mason à EWTN News.

    Le père Paul Grogan a déclaré à EWTN News que l'avortement est « la question des droits de l'homme la plus fondamentale de notre époque ». 

    « Et je pense que c’est un aspect important de la manière de vivre notre foi catholique que de témoigner de notre croyance en la beauté de la vie humaine, depuis le moment de la conception jusqu’aux moments de sa fin naturelle », a-t-il déclaré.

    Des centaines de personnes ont également participé à une contre-manifestation pro-choix, scandant des slogans tels que « l'avortement est un droit humain », « ni l'Église, ni l'État, nous décidons de notre propre destin », « les fascistes chrétiens, partez » et « laissez nos ovaires tranquilles ».

    Tilly Middlehurst, militante pro-choix et étudiante à Cambridge devenue célèbre en ligne après une confrontation avec le défunt militant conservateur Charlie Kirk, a déclaré à EWTN News qu'elle était « venue pour défendre nos droits en tant que femmes ». 

    « Je veux amener le plus de gens possible ici pour démontrer que [les militants pro-vie] sont une minorité et qu’ils n’ont pas leur place ici », a-t-elle déclaré, faisant référence aux milliers de militants qui défilaient dans les rues.

    Avant la marche, la militante pro-vie Ruth Price a été confrontée à la colère de contre-manifestants devant le centre Emmanuel après avoir tenté de distribuer des tracts pro-vie aux défenseurs du droit à l'avortement.

    Price a déclaré à EWTN News : « Je voulais m’adresser aux personnes qui assassinent de jeunes enfants… Je n’avais absolument aucune intention de leur faire du mal. Je travaille avec des adultes souffrant de graves difficultés d’apprentissage et leur vie est précieuse. Ils sont précieux aux yeux de Dieu et je tiens à ce que chacun sache que nous respectons la vie de la mère. »

    L'an dernier, la Marche pour la vie de Londres a rassemblé environ 10 000 personnes, selon les organisateurs qui attendaient vendredi soir de confirmer les chiffres prévus pour cette année.

    Lire également : Quinze évêques anglais participent à la manifestation pro-vie dans les rues de Londres

  • Léon XIV : Comment répondre à la civilisation de la mort ?

    IMPRIMER

    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Comment répondre à la civilisation de la mort ?

    7 septembre 2026

    Un thème revient sans cesse en toile de fond de tous les grands débats concernant l’Église catholique : la vie.

    Certains affirment que parler de vie et de famille est dépassé, qu’il faudrait se concentrer davantage sur les questions sociales que sur les principes, et que l’Église catholique devrait moins se focaliser sur les principes et davantage sur l’aide aux personnes.

    La question de la vie est cependant si forte et si pressante qu’elle ne peut être ignorée, et elle ne le sera certainement pas par Léon XIV.

    Le pape se rendra en France fin septembre. La France est un pays qui connaît, d’une manière intéressante, une renaissance chrétienne. Le pèlerinage Paris-Chartres, une initiative relancée il y a une quarantaine d’années par une association de catholiques attachés à la tradition, rassemble un nombre considérable de participants et ne cesse de croître.

    Le nombre de baptêmes d’adultes la nuit de Pâques ne cesse d’augmenter, à tel point que l’Île-de-France, la région ecclésiastique qui comprend l’archidiocèse de Paris, a convoqué un conseil spécial pour comprendre les causes de ce renouveau de la foi.

    Cependant, Léon XIV arrivera sur le sol français après avoir reçu un « cadeau » à la veille de sa visite : une nouvelle loi sur l’euthanasie. Fortement soutenue par le gouvernement Macron, cette loi a surmonté tous les obstacles, et les évêques français ont été en première ligne de l’opposition à celle-ci.

    Il s’agit d’une loi qui va jusqu’à ignorer l’objection de conscience des infirmières, et qui oblige ainsi, dans les faits, même celles qui se sentent moralement tenues de ne pas aider les patients à mourir, à se conformer à la loi en dépit de leurs objections de conscience.

    Ce n’est pas la seule mesure prise.

    La France avait déjà inscrit le droit à l’avortement dans sa Constitution, avec une formulation qui ne faisait pas directement référence au « droit à l’avortement », mais soulignait que la loi détermine les conditions dans lesquelles une femme exerce sa liberté d’avorter.

    Cette mesure a été suivie d’une résolution de l’Union européenne, l’une de ces pratiques « non contraignantes » qui constituent néanmoins une sorte de « droit souple ».

    En Angleterre, il n’existe pas de loi sur les soins de fin de vie, mais le débat ne cesse d’être relancé, sous une pression sans précédent.

    Et puis il y a l’Italie, où il n’y a pas de loi sur la fin de vie, mais où la Vénétie, l’une de ses régions, en a adopté une de manière autonome.

    Cette loi a suscité de vives réactions de la part du patriarche de Venise, Mgr Francesco Moraglia, ainsi que d’autres membres de la Conférence épiscopale italienne, tels que l’archevêque de Modène, Mgr Giacomo Morandi.

    Mais ce qui frappe, c’est qu’en Italie, il n’y a pas encore eu de mouvement d’opinion marqué sur la question ; la Conférence épiscopale a tout laissé aux initiatives des ordinaires et des pasteurs individuels, et il est intéressant de constater que cela se produit dans un pays traditionnellement catholique.

    En France, cependant, les évêques se sont engagés sans réserve en première ligne, face à une volonté politique difficile à contrer.

    C’est là que le voyage du pape en France commence à revêtir une signification particulière.

    Que dira le pape au sujet de la vie ? Comment abordera-t-il, dans ses discours, la question des soins aux malades et de la dignité de la vie humaine ?

    Le pape pourrait aborder ce sujet lors de sa rencontre habituelle avec le corps diplomatique au début de son voyage, lors de sa rencontre avec les malades à Lourdes, ainsi que dans ses discours à Metz, où Léon XIV devrait enfin exposer sa politique pour l’Europe.

    La question est toutefois de savoir comment Léon XIV entend lutter contre cette culture de la mort de plus en plus répandue, et pas seulement en Europe.

    Aux États-Unis, pays natal du pape, par exemple, les Sœurs Carmélites pour les personnes âgées et les infirmes ont intenté un procès contre l’État de l’Illinois afin de bloquer une loi sur la fin de vie avant son entrée en vigueur, car celle-ci violerait leur liberté de conscience et les obligerait à aider les patients à mettre fin à leurs jours s’ils en faisaient la demande.

    Jusqu’à présent, Léon XIV s’est montré très clair sur la question, mais aussi très prudent.

    Répondant à une question concernant une distinction décernée par le cardinal Blase Cupich, archevêque de Chicago, au sénateur pro-avortement Dick Durbin, le pape a souligné que la vie humaine devait être défendue en toutes circonstances, et que ceux qui s’opposaient à l’avortement mais rejetaient en fin de compte les migrants (il s’agit là d’une paraphrase des propos du pape) étaient également contre la vie.

    C’est une position logique, mais paradoxalement, elle semble bien plus faible que celle du pape François.

    Au cours de son pontificat, le pape François a privilégié une application de la doctrine sociale moins axée sur les questions liées à la vie et davantage orientée vers la prise en charge des pauvres et des migrants. Avec le pape François, l’ère de la lutte contre les valeurs non négociables était révolue.

    Le pape François a toutefois été celui-là même qui a affirmé, sans demi-mesures, que l’avortement revenait à engager un tueur à gages pour résoudre un problème.

    Ces questions mettront probablement à l’épreuve la stabilité du nouveau pontificat léonin.

    Il est vrai que Léon XIV a défendu la vie humaine à chaque occasion possible. Par exemple, dans le discours qu’il a prononcé devant le Parlement espagnol en juin, ainsi que lors de plusieurs audiences et allocutions.

    Cependant, Léon semble adopter une approche mesurée, prudente et raisonnée de la doctrine sociale de l’Église. Lorsqu’il s’exprime, il cherche généralement à responsabiliser d’abord les fidèles. L’Église fournit les principes ; les fidèles doivent les appliquer, selon la logique de la séparation de l’Église et de l’État.

    Mais l’impact culturel doit également être pris en compte, et il faut s’appuyer sur cet impact.

    Les textes émanant du Vatican semblent encore refléter une approche « modérée ». Le dernier document publié par la Commission théologique internationale, entièrement consacré à la gestion responsable de l’ordre créé, souligne que la vie doit toujours être protégée, à tout prix et de toutes les manières possibles. Ce même document s’attarde toutefois sur les péchés écologiques, se perd dans des données techniques et scientifiques, et reflète une approche qui, en réalité, évoque des valeurs non négociables, tout en mettant quelque peu ce concept de côté.

    Le pontificat léonin, encore récent, a donc besoin d’un cadre culturel, et ce cadre doit être construit presque entièrement à partir de zéro.

    L’encyclique *Magnifica Humanitas* constitue un point de départ, mais elle ne saurait probablement pas être un point d’arrivée : elle est trop longue, trop diluée dans de nombreux concepts et, par moments, trop déséquilibrée en faveur du présent pour représenter les fondements d’un nouveau discours politique.

    Ainsi, aux grands thèmes du pontificat — de la nouvelle art de la diplomatie au dialogue avec le monde traditionaliste — s’ajoute la lutte contre la culture de la mort.

    On pensait que cette époque avait pris fin avec Jean-Paul II, puis avec Benoît XVI et sa lutte contre le relativisme culturel.

    Nous avions tort. Et aujourd’hui, alors que même les partis aux valeurs dites chrétiennes ont perdu de vue l’essence de la doctrine sociale, tandis que les chrétiens eux-mêmes sont incapables d’aborder ces questions avec force, il est nécessaire de repartir sur de nouvelles bases en opérant un nouveau saut qualitatif.

    C'est sans doute là le grand défi méconnu de ce pontificat.

  • Qui remplacera Parolin ? Les trois nonces italiens préférés du pape

    IMPRIMER

    De Francesco Capozza sur Il Tempo :

    Vatican : Qui remplacera Parolin ? Les trois nonces italiens préférés du pape.

     

    Piero Poppo est en tête après une longue lutte avec Sanchez en Espagne. Les autres prétendants sont Gabriele Giordano Caccia et Paolo Rudelli.

    Ces derniers jours, ce journal a analysé l'impasse incontestable au sein du gouvernement central de l'Église, seize mois après l'élection de Robert François Prévost au trône pontifical. Nous avons décrit comment la Curie romaine demeure un appareil composé d'hommes (et, pour la première fois dans l'histoire, de femmes) nommés presque exclusivement par Bergoglio, et examiné la composition du Collège des cardinaux, lui aussi façonné à 85 % par François, en attendant le premier consistoire de ce pape qui n'est plus « nouveau ».

    Il existe cependant un domaine précis que Léon XIV, contrairement à tous les autres domaines de la direction ecclésiastique, a abordé avec rapidité et une certaine aisance : les représentations diplomatiques du Saint-Siège à travers le monde. Dès les premières semaines de son pontificat, le pape de Chicago a étudié avec soin les dossiers de toutes les nonciatures les plus sensibles et importantes pour la politique étrangère du Vatican, et après seulement un mois et demi, il a commencé à déplacer et à nommer ses premiers « ambassadeurs ». Les raisons de cette hâte inhabituelle pour un homme aussi réfléchi que Prevost sont nombreuses ; il convient d’en mentionner au moins deux. La première est sans aucun doute la situation géopolitique internationale, avec deux guerres quasi mondiales aux portes de l’Europe et une relation personnelle plutôt tendue avec l’actuel occupant de la Maison-Blanche.

    Il y a cependant une question liée aux personnes et aux fonctions qu'elles occupaient auparavant sous le pontificat de Bergoglio. Sous ce pontificat, le Secrétariat d'État et l'appareil diplomatique du Saint-Siège, pourtant bien établi, avaient été considérablement réduits. Le pape argentin avait l'habitude – dans ce domaine comme dans tous les autres – d'agir personnellement, ou par l'intermédiaire d'une poignée de fidèles, même en matière de politique étrangère et dans les relations entre le Vatican et les États. En pratique, pour reprendre une formule célèbre de Pie XII, François n'appréciait pas les « collaborateurs, mais de simples exécutants ». Prevost, originaire non pas de la pampa mais de la première superpuissance mondiale, a immédiatement compris que le dense réseau de nonces apostoliques en poste dans les différentes représentations diplomatiques à l'étranger nécessitait un remplacement immédiat.

    Parmi les nombreux représentants du Vatican mutés d'une nonciature à l'autre ou nommés de toutes pièces ces derniers mois, trois en particulier suscitent une attention particulière et l'envie de nombreux membres de la vieille garde de Bergoglian. Tous trois sont très estimés par Léon XIV, mais ils ont aussi une autre caractéristique distinctive en commun : ils sont italiens. Mgr Piero Pioppo, nonce apostolique en Indonésie ; Mgr Paolo Rudelli, transféré d'Indonésie en Espagne après une longue bataille diplomatique (révélée il y a quelques mois par Il Tempo) avec le gouvernement de Pedro Sánchez ; Mgr Gabriele Giordano Caccia, que Prévost a promu de son poste d'observateur permanent auprès de l'ONU à la fonction beaucoup plus délicate de nonce à Washington ; et Paolo Rudelli, le nouveau substitut pour les affaires générales du Secrétariat d'État, sont les trois fers de lance de la diplomatie de Léon XIV. De plus, leurs nouvelles fonctions sont toutes des charges cardinalices traditionnelles, et leurs origines géographiques faciliteraient le choix par le pape de son prochain Premier ministre.

    De plus, bien qu'il n'existe aucune pratique établie au Vatican exigeant un secrétaire d'État italien lorsque le pape est étranger, cela a été le cas ces cinquante dernières années. Il est donc plausible de supposer que lorsque Léon XIV décidera de remplacer le cardinal Parolin, il choisira un diplomate d'origine italienne. Piero Pioppo se distingue particulièrement : son parcours l'inscrit dans un certain milieu traditionnel, notamment auprès de la figure du très influent cardinal Angelo Sodano, dont il fut longtemps le secrétaire particulier et qui l'orienta vers une carrière diplomatique.

    Sous Tarcisio Bertone, ennemi juré de son prédécesseur au poste de secrétaire d'État, Pioppo fut démis de ses fonctions au Vatican et envoyé à la nonciature au Cameroun et en Guinée équatoriale ; sous Bergoglio et Parolin, il fut cependant muté encore plus loin, en Indonésie. Ce n'est que durant les derniers mois de son pontificat que le pape François revint sur sa décision concernant ce diplomate de Savone, et après son voyage exténuant en Asie et en Océanie à l'automne 2024, il chargea Parolin de lui trouver une résidence plus proche et plus appropriée, pour cet homme si marginalisé depuis vingt ans.

    Il n'en eut pas le temps, mais Léon XIV compensa ce manque en s'imposant au gouvernement de Madrid, qui avait initialement l'intention de refuser la nomination du nouveau nonce apostolique en Espagne choisi par le pape. La renommée de Piero Pioppo grandissait de jour en jour outre-Tibre, tout comme la confiance que lui accordait Prévost, et de nombreux prélats étaient prêts à parier qu'il deviendrait le futur secrétaire d'État de Léon XIV.

  • Le cardinal Sarah et la crise de la bioéthique

    IMPRIMER

    De la Sœur Renée Mirkes, OSF, sur The Catholic Thing :

    Le cardinal Sarah et la crise de la bioéthique

    4 septembre 2026

    Le discours prononcé cet été par le cardinal Robert Sarah devant le Parlement européen met en évidence un problème fondamental du discours bioéthique contemporain : le fossé grandissant entre le langage et la réalité. Des mots qui, autrefois, véhiculaient des significations stables – « soins de santé », « droits », « dignité » – sont de plus en plus utilisés avec une flexibilité idéologique.

    Sarah met en garde contre le fait que cette instabilité linguistique constitue une « crise du logos ou de la raison », une rupture dans la relation entre les mots et les réalités qu’ils désignent. Le langage cesse de correspondre à la réalité ; la raison perd ses repères, et le jugement moral devient vulnérable au sentiment, à l’idéologie ou à la coercition politique.

    La thèse de Sarah repose sur trois principes philosophiques profondément enracinés dans la tradition intellectuelle catholique.

    Premièrement, le langage doit correspondre à la réalité. Pour Sarah, le langage n’est pas un outil neutre, mais un instrument de vérité. Les mots sont censés révéler la réalité, et non la dissimuler. Dès lors que le discours médical recourt à des euphémismes ou à une terminologie ambiguë, il devient difficile d’identifier la nature morale des actes médicaux. Lorsque des termes tels que « soins de santé », « choix » ou « aide médicale à mourir » dissimulent la réalité sous-jacente d’une mise à mort directe ou d’un meurtre, la perte de clarté linguistique engendre une perte de clarté morale.

    Deuxièmement, la raison est le fondement du jugement éthique. La critique de Sarah présuppose une conception classique et chrétienne de la raison, en tant que faculté capable de discerner la vérité. À son tour, le jugement éthique dépend directement de la capacité de la raison à appréhender la nature de la personne humaine et les biens propres à son épanouissement. Plutôt que de constituer une réflexion rationnelle sur les biens humains, de nombreux débats bioéthiques d’aujourd’hui se transforment en simples affrontements de sentiments ou de pouvoir politique.

    Troisièmement, la dignité humaine est objective et intrinsèque. Sarah insiste sur le fait que la dignité humaine ne dépend ni de l’« autonomie », ni de l’utilité, ni d’un consensus politique. Elle découle de la nature de la personne humaine en tant qu’imago Dei, être créé à l’image de Dieu.

    Les conséquences du mépris de ces principes sont particulièrement graves en bioéthique, où, comme le soutient Sarah, les enjeux concernent la vie humaine, l’incarnation et la dignité.

    C’est pourquoi la lectio de Sarah évalue de manière cohérente quatre grandes questions bioéthiques : l’avortement, la fécondation in vitro, l’idéologie transgenre et le suicide assisté par un médecin. Dans chaque cas, il démontre comment la distorsion linguistique sert de condition préalable à la confusion morale et à l’erreur politique.

    Qualifier l’avortement de « santé », par exemple, est une manipulation linguistique qui masque l’élimination d’une vie. Sarah cite des documents politiques américains, européens et internationaux dans lesquels l’expression « santé sexuelle et reproductive » est couramment utilisée pour inclure l’avortement. Elle soutient que ce « renversement flagrant du logos » présente l’interruption délibérée d’une vie humaine comme une forme de soins de santé, subordonne la dignité humaine au choix de la mère et traite l’enfant à naître comme un objet dont l’existence dépend d’une approbation extérieure.

    Sarah insiste sur le fait que la déformation linguistique des notions de « santé », de « choix » et de « droits » normalise l’avortement en l’intégrant dans le langage de la médecine et de la Constitution.

    Mais si l’avortement est décrit comme un « soin de santé », l’enfant à naître devient une pathologie, la réalité morale du meurtre direct est occultée, et la raison est subordonnée à l’opportunisme politique. Dans ce cadre conceptuel, prévient Sarah, il devient difficile – voire impossible – de reconnaître la gravité de l’acte d’avortement.

    Sarah soutient également que l’expression « droits reproductifs » justifie la fécondation in vitro, la cryoconservation d’embryons, la réduction sélective et l’élimination d’embryons. Alors que le terme « droits » est utilisé pour présenter le bébé et sa production en laboratoire comme des droits acquis, il occulte subrepticement les implications morales liées à la création et à la destruction d’êtres humains à leur stade embryonnaire.

    Et lorsque la FIV est présentée comme un « droit », l’enfant devient un produit de la technique plutôt que le fruit d’un acte d’amour conjugal unificateur. La genèse d’un nouvel être humain est déplacée de l’amour interpersonnel unificateur des parents vers l’expertise technique des embryologistes et des endocrinologues.

    Avec de tels artifices verbaux, la raison est supplantée par le positivisme technologique, tandis que la logique de la reproduction en laboratoire remplace la logique du don.

    L’idéologie transgenre, selon l’analyse de Sarah, dissocie l’« identité » du corps. Par des manœuvres linguistiques trompeuses – ce que le cardinal considère comme fondamental dans l’idéologie transgenre –, des termes tels que « identité de genre », « attribué à la naissance » et « prise en charge affirmante » dissocient l’identité de genre du sexe biologique et occultent complètement la réalité de l’incarnation.

    Comme le souligne Sarah, une fois l’identité dissociée du corps, la raison perd sa capacité à discerner le sens de l’incarnation. Le corps n’est plus révélateur ; il devient arbitraire. Plutôt qu’un don qui révèle l’identité personnelle, le corps est traité comme une toile au service de l’expression de soi.

    Et, issue de ce genre d’artifice verbal, la réflexion éthique sur l’idéologie transgenre en général, et sur la « transition vers le sexe opposé » en particulier, repose entièrement sur des sentiments ou des pensées subjectifs plutôt que sur une réflexion rationnelle sur la nature humaine.

    Sarah démontre comment des subterfuges verbaux – des termes tels que « aide médicale à mourir », « mort dans la dignité » et « choix compassionnel » – masquent la réalité du fait de tuer intentionnellement un patient. Ce glissement linguistique présente le meurtre d’un être humain comme un acte de « soins ».

    Comme le souligne Sarah, si le fait de tuer directement peut être redéfini comme de la compassion, alors la compassion perd tout son sens. Si le suicide peut être redéfini comme un acte de santé, alors les soins de santé perdent tout leur sens.

    Dans toute cette « crise du logos », Sarah montre comment la raison est privée des outils conceptuels nécessaires pour distinguer la guérison du préjudice. La personne malade devient un fardeau à éliminer plutôt qu’un prochain dont il faut prendre soin. La dignité humaine devient subordonnée à la fonctionnalité, et toute la vocation médicale est déformée à mesure que le rôle du médecin passe de celui de guérisseur à celui de bourreau.

    La thèse de Sarah lie l’avenir de la bioéthique à celui du langage. Lorsque nous perdons la capacité de parler en toute sincérité de la personne humaine, nous perdons la capacité de défendre la personne humaine et la vie humaine, la bios.

    La crise du logos, ou de la raison, est, selon Sarah, la crise de toute notre civilisation.

    Seul le retour à la raison permettra de restaurer la dignité humaine. Et seul le rétablissement de la dignité humaine permettra de redonner espoir en notre avenir et en celui de la bioéthique.

  • Une Europe sans Dieu courra à sa perte

    IMPRIMER

    De Guido Horst sur le Tagespost :

    Une Europe sans Dieu courra à sa perte

    Un continent sans âme : ce que le pape Benoît XVI a déclaré à Ratisbonne au sujet du « 11 septembre » et que l’Occident n’a pas voulu entendre.

    3 septembre 2026

    Les premiers jours de septembre marquent l’anniversaire de deux événements qui ne pourraient être plus différents, mais qui témoignent de la même évolution, qui a marqué le premier quart de ce XXIe siècle qui n’est plus si jeune : Le 11 septembre, il y a 25 ans, les États-Unis ont subi l’attaque terroriste la plus grave de leur histoire. Des kamikazes du réseau Al-Qaïda ont précipité deux avions sur les tours jumelles de New York, en ont fait s’écraser un troisième sur le Pentagone, tandis qu’un quatrième s’est écrasé au sol en Pennsylvanie après une lutte avec les passagers.

    Et le 12 septembre, il y a 20 ans, dans le cadre de sa visite en Bavière, Benoît XVI a prononcé devant des universitaires, dans l’amphithéâtre de « son » ancienne université, un discours qui allait entrer dans les annales sous le nom de « Conférence de Ratisbonne ». La partie la plus controversée de son discours : une citation tirée d’un dialogue fictif entre l’empereur byzantin Manuel II Paléologue et un érudit persan de confession musulmane, qui abordait notamment le « djihad », la guerre sainte et la relation entre religion et violence, et dans laquelle le pape-professeur citait cette question de l’empereur qui, sortie de son contexte, allait ensuite semer le trouble dans le monde islamique : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu n’y trouveras que du mal et de l’inhumanité, comme le fait qu’il ait prescrit de propager par l’épée la foi qu’il prêchait. »

    Religion positive et religion détournée

    Les répercussions tant du « 11 septembre » que de la « conférence de Ratisbonne » ont été décrites à maintes reprises. S’ensuivirent la guerre en Afghanistan et celle contre l’Irak – et le Vatican lança une initiative de dialogue sans précédent avec le monde musulman. Les courants devenus militants au sein de l’islam sunnite (Al-Qaïda, le Hamas) et chiite (l’Iran, le Hezbollah) ont marqué, au tournant du siècle, le début d’une nouvelle ère qui continue aujourd’hui encore d’occuper la politique, les médias et les sociétés occidentales. Alors que le Turc musulman était autrefois très bien accueilli en tant que travailleur immigré, nombreux sont ceux qui voient aujourd’hui tout simplement un danger chez les migrants d’origine musulmane.

    Il n’est pas nécessaire d’apprécier l’ouvrage de Samuel Phillips Huntington publié en 1996 sur le futur « choc » ou « conflit des civilisations ». Mais le fait est que l’Occident se sent aujourd’hui menacé – notamment par un islam militant tel que celui des mollahs en Iran ou encore le wahhabisme et le salafisme. Or, comment l’Occident européen a-t-il réagi au défi islamiste que le pape Benoît XVI avait pris à bras-le-corps il y a exactement vingt ans, en le reliant à la relation entre religion et raison ainsi qu’à la juste compréhension de Dieu et de l’homme créé par Dieu ? En tout cas, pas en prenant conscience que le terrorisme à connotation religieuse touche également à la question de Dieu et qu’il faut – comme Benoît XVI – faire la distinction entre une religion égarée, qui provoque la haine et la violence, et une religion au service de l’homme. Une sorte de réaffirmation de soi aurait fait du bien aux Européens, sachant pertinemment que le « vieux » continent repose entièrement sur des fondements chrétiens qui ont créé les conditions indispensables à la vie de l’État libéral et laïc, sans que celui-ci puisse les garantir lui-même (Ernst-Wolfgang Böckenförde).

    Une communauté sans référence à Dieu

    Au lieu de cela, l’Union européenne est restée incapable de répondre à la question d’un Dieu bon et d’une religion bonne par une affirmation de sa propre identité : à savoir le christianisme. Lorsque la Convention européenne a élaboré en 2003 le projet de Constitution de l’Union européenne, elle n’est pas parvenue à ancrer une référence à Dieu dans le préambule, mais s’est contentée d’une vague allusion aux « traditions culturelles, religieuses et humanistes de l’Europe ». La Constitution européenne a ensuite échoué lors des référendums en France et aux Pays-Bas et n’a jamais acquis force de loi. Mais même le traité de Lisbonne, signé en 2007, ne mentionnait dans son préambule que « l’héritage culturel, religieux et humaniste de l’Europe », dont on puise l’inspiration, sans faire aucune référence au Dieu unique ni même au christianisme.

    Lorsque le pape Léon se rendra à Metz à l’issue de son voyage en France, notamment en mémoire de Robert Schuman, il rappellera sans doute, à l’instar de ses prédécesseurs, que pour les trois pères fondateurs de la Communauté européenne – Robert Schuman, Alcide de Gasperi et Konrad Adenauer –, catholiques convaincus, l’Union était une œuvre de paix et non pas seulement une entreprise économique. Mais l’Europe postmoderne a systématiquement remplacé cet héritage chrétien par une conception laïque d’elle-même. Le monopole de la réflexion sur la « vocation chrétienne » de l’Europe est désormais dévolu aux papes.

    L'interdiction de penser de manière laïque

    Depuis le Concile Vatican II, ils ont présenté une riche doctrine sur une communauté humaine fondée sur les principes de subsidiarité, de solidarité et de bien-être, qui s'inspire de la tradition chrétienne tout en restant ouverte à toutes les personnes de bonne volonté – qu'elles croient ou non en Dieu, et quel que soit le Dieu auquel elles croient. Il suffit de penser aux encycliques « Redemptoris missio » et « Centesimus annus » de Jean-Paul II ou à la riche œuvre de Joseph Ratzinger sur l’identité et l’avenir de l’Europe. Tout cela n’est ni discuté ni pris au sérieux au niveau de l’Union – même si la situation est encore différente dans certains États membres. En ce qui concerne les racines chrétiennes, un immense processus de refoulement s’est opéré précisément au plus haut niveau des instances de la Communauté européenne, comme s’il n’y avait eu avant la Révolution française qu’un immense trou noir. La pensée dans l’esprit de Schuman, de Gasperi ou d’Adenauer n’a plus sa place.

    Au lieu de cela, on érige des murs et on a peur de l’étranger. Or, sans une âme européenne, l’homme européen ne survivra pas à la postmodernité. Les djihadistes se sentent « appelés » à intégrer l’Europe à la Oumma. Si les Européens ne savent plus à quoi ils sont appelés, ils seront trop faibles pour protéger durablement l’Europe vidée de son âme qui subsistera alors.

  • Les paris à long terme du Vatican et de Pékin l’un face à l’autre

    IMPRIMER

    D'Ed. Condon sur le Pillar :

    Les paris à long terme du Vatican et de Pékin l’un face à l’autre

    Le Vatican et le PCC semblent tous deux s’être résignés à un présent peu réjouissant tout en faisant pression – ou en priant – pour une victoire future

    2 septembre 2026

    Le Vatican a annoncé lundi la dernière nomination en date d’une liste de plus en plus longue d’évêques sélectionnés et installés conformément aux dispositions de l’accord de 2018 conclu avec le gouvernement chinois sur les nominations épiscopales.

    Mgr Paul Liu Honggang a été consacré le 31 août et installé à la tête du diocèse de Datong, qui était resté plus de trois quarts de siècle sans chef officiellement reconnu.

    Mgr Liu est le dernier d’une série croissante de nominations épiscopales relativement harmonieuses en Chine continentale depuis l’élection du pape Léon XIV l’année dernière. Après des années de dysfonctionnement, durant lesquelles les autorités chinoises choisissaient et installaient des évêques sans consulter le Vatican, ni même l’en informer au préalable, l’accord de 2018 entre le Vatican et la Chine semble porter ses fruits, du moins sur le plan technique. Les candidats sont sélectionnés en interne par l’Association patriotique catholique chinoise (APCC), soutenue par l’État, puis soumis à Rome pour approbation avant d’être installés et annoncés selon un calendrier coordonné entre Pékin et le Vatican.

    Liu, lui-même membre et partisan bien connu de la CPCA, incarne de plus en plus le profil de la nouvelle génération d’évêques du continent, même si certaines nominations ont montré une ouverture à l’égard de personnalités issues de ce qu’on appelle encore couramment en Chine l’« Église clandestine ».

    Mais si le processus de nomination semble se dérouler sans heurts, des sources ecclésiastiques en Chine et à Rome avertissent que des tensions persistent entre l’État et les catholiques, qu’il s’agisse des laïcs, du clergé ou de certains évêques. Et, comme elles l’ont confié à The Pillar, les deux parties semblent parier sur leur propre victoire dans ce bras de fer.

    À l’approche du prochain renouvellement prévu de l’accord en 2028, la question qui se pose semble être de savoir si ces tensions persisteront au sein de l’Église chinoise à moyen terme, ou si un nouveau schisme se prépare inévitablement.

    Derrière la nouvelle fluidité des nominations épiscopales se cachent un certain nombre de tensions structurelles entre Rome et Pékin. Certaines d’entre elles sont d’ordre procédural.

    Par exemple, les autorités chinoises insistent pour qu’il n’y ait aucune annonce publique préalable, ni concernant la sélection des candidats, ni concernant la date et le lieu de leur installation. La raison en est, selon des sources à Rome familières avec les termes de l’accord de 2018, que le gouvernement ne souhaite pas que ces installations deviennent un événement public ou un rassemblement, qu’il soit positif ou négatif. Par ailleurs, chaque publication d’une nomination émanant de Rome et intervenant le jour même de l’installation alimente les spéculations sur le niveau réel d’influence du Vatican et souligne à quel point l’ensemble de l’accord conclu avec la Chine est anormal.

    Par ailleurs, certains signes indiquent que le Vatican est également prêt à faire des concessions face à l’insistance du gouvernement chinois pour que la carte diocésaine de la Chine continentale soit considérablement redessinée afin de refléter les frontières provinciales et municipales. Ce n’est pas, en soi, une exigence déraisonnable de la part du gouvernement — les frontières diocésaines dans presque tous les autres pays reflètent les juridictions civiles. Mais cela représente un énorme compromis structurel de la part de l’Église, pour lequel rien de très concret ne semble être proposé en contrepartie.

    Si tels sont les enjeux structurels et procéduraux du statu quo, ils semblent pour l’instant être gérés de manière raisonnablement satisfaisante. Mais c’est dans la réalité vécue sur le terrain que la véritable tension s’accumule.

    Il n’est pas vrai que tous les évêques nommés en vertu de l’accord entre le Vatican et la Chine soient des ecclésiastiques de carrière de l’Église catholique patriotique chinoise (CPCA). Il existe des exceptions notables, même dans l’échantillon restreint de ces derniers mois. Il n’est pas non plus vrai que chaque évêque issu de la CPCA soit entièrement à la merci de l’autorité d’État, ou un communiste cynique se faisant passer pour catholique. Il existe parmi les évêques chinois une véritable zone grise, tant au niveau global qu’au niveau individuel, qui fait naître soit un équilibre, soit une tension entre une sensibilité « patriotique » et l’adhésion à la sinisation de la religion par le gouvernement, d’une part, et une adhésion sincère à la foi catholique, d’autre part.

    Dans un contexte social et juridique plus large par ailleurs stable, on pourrait considérer qu’il s’agit là d’un arrangement viable et durable pour l’Église en Chine, une sorte de vie de compromis. Cependant, les catholiques sur le terrain font état d’une orientation très nette, qui laisse présager un point de rupture pour l’Église locale, et ce, plus tôt que tard.

    Alors même que le Vatican et les autorités communistes semblent être parvenus à un accord viable sur la nomination des évêques, les catholiques de toute la Chine font état d’une application de plus en plus stricte des règles relatives à la pratique religieuse et de restrictions toujours plus sévères concernant la possession et la diffusion de matériel religieux, tant physique qu’en ligne.

    Plus précisément, des catholiques chinois ont indiqué à *The Pillar* que, dans différentes régions, les règles communistes interdisant l’accès des enfants aux églises ou leur dispensation d’un enseignement religieux formel sont appliquées. « Ce n’est pas seulement ici ou là, où des responsables locaux veulent se faire remarquer ou montrer qu’ils font leur travail avec zèle », a déclaré un ecclésiastique de Chine continentale. « C’est partout, c’est à la fois une politique et une priorité, cela ne fait aucun doute. »

    Mais ce religieux et d’autres en Chine continentale ont confié à The Pillar que cette répression alimente à son tour une pratique importante et croissante du catholicisme clandestin.

    « Si l’on examine les règles en vigueur, elles ne visent pas à assurer la stabilité de l’Église », a déclaré un prêtre en Chine continentale. « Le but est de l’étouffer. Certaines choses sont autorisées, ce qui donne une impression générale de tolérance, mais l’étau se resserre de plus en plus. »

    Ce même sentiment d’intensification de la pression sur la foi et la pratique catholiques a également été signalé récemment à Hong Kong, où le clergé fait également état d’une forme de répression tactique visant à parvenir à une suppression stratégique de la pratique religieuse.

    Pour certains hauts responsables ecclésiastiques chinois, en particulier ceux qui n’ont jamais soutenu l’accord entre le Vatican et la Chine, cette tendance témoigne de la nécessité persistante d’une Église clandestine. « Elle n’a jamais disparu », a déclaré un ecclésiastique clandestin interrogé par The Pillar. « Il s’agit d’un accord politique entre les diplomates du Vatican et les communistes. En étant bienveillant, on peut dire qu’il a peut-être une utilité politique, mais concrètement, il n’a pas ouvert la moindre brèche pour l’évangélisation. »

    Mais même parmi les ecclésiastiques qui côtoient les évêques approuvés par l’Église catholique patriotique chinoise (CPCA) et les Églises officielles, l’opinion commune est que les deux parties, Rome et Pékin, comprennent que la situation actuelle est intenable à long terme.

    « À mesure que la pression s’intensifie, le terrain d’entente que cet accord était censé créer disparaîtra. Pour l’instant, il y a suffisamment de place pour les évêques et les prêtres des deux camps, ainsi que pour certains qui vivent pleinement dans les deux mondes, officiel et clandestin », a déclaré un haut dignitaire ecclésiastique de Chine continentale. « Mais cela ne durera pas. À ce rythme, cela ne peut pas durer encore de nombreuses années. »

    Lorsqu’on leur a demandé si cela aboutirait à un nouveau schisme entre l’Église d’État et les Églises clandestines ainsi que leurs évêques, les ecclésiastiques ont répondu : « À moins d’un changement allant bien au-delà du simple accord [Vatican-Chine], c’est inévitable. »

    « Les autorités chinoises considèrent que cette zone grise et ce mélange de communautés catholiques autorisées et non autorisées constituent essentiellement une opportunité de collecte de renseignements. L’Église clandestine ne peut être ni éradiquée ni contrôlée, mais elle peut ainsi être surveillée plus facilement pour le moment. »

    Pendant ce temps, à Rome, le sentiment qui règne dans les cercles diplomatiques du Vatican semble être un mélange de réalisme, de résignation et d’espoir. Une source proche de la Secrétairerie d’État a déclaré à The Pillar que le Saint-Siège n’était « pas sans savoir » que la situation en Chine se détériorait, mais qu’il n’y avait guère de perspective claire quant à la marche à suivre.

    « Les choses sont ce qu’elles sont », a-t-il déclaré. « On ne s’attend guère à un changement de la part du gouvernement sous sa forme actuelle. Mais nous devons envisager l’horizon lointain. Le monde est en constante évolution et la Chine change elle aussi, peut-être lentement. Pour l’instant, l’essentiel est que l’Église en Chine soit vivante. »

    Un haut dignitaire ecclésiastique de Chine continentale a proposé une autre interprétation de ce point de vue du Vatican. « Je pense que [le Vatican] espère que les choses pourront se maintenir telles quelles, plus ou moins, jusqu’à la fin de l’ère Xi [Jinping], pour ensuite soit laisser l’accord tout entier expirer, soit le réévaluer à la lumière de ce qui suivra. Les alternatives — se retirer immédiatement ou redoubler d’efforts en matière de coopération — sont encore plus dangereuses. La première met en péril la liberté, voire la vie, des catholiques d’aujourd’hui. La seconde signe la mort effective d’une Église évangélisatrice jouissant d’une quelconque crédibilité pour des générations. »

    « Le véritable problème », a déclaré le dignitaire ecclésiastique, « est que les jeunes catholiques vivent au cœur même de cette réalité et perçoivent un fossé entre, d’un côté, des personnalités telles que [l’évêque] Shen Bin [de Shanghai] et [le cardinal Stephen] Chow [de Hong Kong] d’un côté, et des évêques comme [le cardinal] Zen de l’autre. Ils ont une idée de qui est de leur côté, mais aussi, de plus en plus, de quel côté se range Rome. »

    Tant à Rome qu’en Chine, on admet de plus en plus ouvertement que l’accord actuel entre le Vatican et la Chine n’est pas une voie menant à une destination précise, mais un statu quo convenu d’un commun accord alors que les tensions s’intensifient.

    Pour l’instant, chaque camp semble parier sur sa capacité à tenir plus longtemps que l’autre — l’un s’efforçant lentement d’étouffer l’Église et l’autre attendant un changement de régime. Ce que ni l’un ni l’autre ne souhaite voir, en particulier, c’est l’émergence d’un point de rupture. Reste à voir jusqu’où chaque camp est prêt à céder pour l’éviter.

  • Transition en Syrie: l’ECLJ organise une conférence à Bruxelles pour exiger des garanties constitutionnelles pour les chrétiens

    IMPRIMER

    Du site de l'ECLJ :

    Transition en Syrie: l’ECLJ organise une conférence à Bruxelles pour exiger des garanties constitutionnelles pour les chrétiens

    2 Septembre 2026

    Face à l’exclusion des communautés chrétiennes par les nouvelles autorités de Damas, l’ECLJ (European Centre for Law & Justice) coorganise une conférence de haut niveau au Parlement européen à Bruxelles le 8 septembre 2026. L’objectif: imposer la liberté religieuse et une gouvernance inclusive au cœur des négociations internationales sur la transition syrienne.

    Décideurs politiques européens, chefs religieux et représentants des communautés chrétiennes se réuniront au Parlement européen à Bruxelles le 8 septembre 2026 pour évoquer l’avenir des chrétiens en Syrie. Les chrétiens demandent des garanties concrètes en matière de liberté religieuse et une vraie représentation politique, alors que la Syrie connait une normalisation diplomatique rapide depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024 et la prise de pouvoir de l’ancien terroriste islamiste Ahmed al-Charaa.

    Accueilli par l’eurodéputé Bert-Jan Ruissen (ECR, Pays-Bas), coprésident de l’Intergroupe sur la liberté de religion, de conviction et de conscience, cet événement est coorganisé par le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), l’Union syriaque européenne (ESU), Syriac Cross Belgium, la Fondation Sallux ECPP ainsi que Jubilee Campaign Netherlands, et coordonné par Ruth Daskalopoulou.

    La conférence s’ouvrira par les allocutions de deux personnalités majeures de la diplomatie internationale: S.Ex. Mairead McGuinness, Envoyée spéciale de l’Union européenne pour la promotion de la liberté de religion ou de conviction auprès de la Commission européenne, et l’honorable Nadine Maenza, coprésidente de la table ronde sur la liberté religieuse internationale (IRF) à Washington, D.C., et ancienne présidente de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF).

    Nous aborderons ensuite deux piliers essentiels à la survie des communautés chrétiennes:

    Panel 1 : Liberté religieuse, modéré par Thibault van den Bossche, ECLJ:

    • Mgr Georges Assadourian, évêque arménien catholique de Damas,
    • Mgr Georges Masri, archevêque métropolitain grec-melkite d’Alep,
    • Père Vasilios Khamis, Église orthodoxe d’Antioche,
    • Johannes de Jong, Sallux.

    Panel 2 : Représentation politique, modéré par Metin Rhawi, ESU:

    • Sanharib Barsom, Parti de l’Union Syriaque,
    • Waddah Al Khoury, Conseil National Levantin,
    • Ninous Icho, Parti Démocratique Assyrien,
    • Sarah Aphram, Syriac Cross Belgium.

    La conférence intervient à un tournant historique. Le 24 août 2026, les États-Unis ont officiellement retiré la Syrie de leur liste des États soutenant le terrorisme, sur laquelle le pays figurait depuis 1979. Ils ont également retiré Hayat Tahrir al-Cham (HTC) – l’ancien Front al-Nosra, groupe islamiste qu’a dirigé Ahmed al-Charaa – de leur liste des principaux groupements et individus « terroristes » (« Specially Designated Global Terrorist, SDGT »). En juillet 2026, le président français Emmanuel Macron puis le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’étaient succédé en Syrie.

    De plus, le 25 août 2026, Mazloum Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes, a annoncé la dissolution officielle de son alliance militaire afin d’intégrer des dizaines de milliers de combattants au sein de l’armée centrale à Damas.

    Cependant, cette transition suscite de graves inquiétudes concernant les droits de l’homme et le risque d’une « justice des vainqueurs ». Si l’ouverture des premiers procès post-Assad — incluant la condamnation à mort par contumace de Bachar al-Assad et la condamnation à perpétuité de l’ex-grand mufti Ahmed Hassoun — suscite de l’espoir, elle révèle également un vide juridique critique. Les experts de l’ONU mettent en garde contre l’absence d’un cadre moderne de justice transitionnelle et la persistance de profondes violences communautaires.

    Pour les chrétiens de Syrie, les menaces existentielles s’intensifient de manière critique. Reflet de cette détérioration rapide, la Syrie s’est hissée à la 6e place de l’Index mondial de persécution des chrétiens 2026 de l’organisation Portes Ouvertes. La communauté reste profondément traumatisée par l’attentat-suicide de juin 2025 contre l’église grecque-orthodoxe Mar Elias à Damas, qui a coûté la vie à 25 fidèles. Les persécutions généralisées et l’émigration forcée ont réduit la population chrétienne, qui est passée de près de 1,5 million de personnes en 2011 à un nombre estimé aujourd’hui entre 300 000 et 500 000.

    La normalisation diplomatique initiée par l’UE et les puissances occidentales progresse beaucoup plus vite que la stabilisation réelle sur le terrain. Le nouveau pouvoir législatif, largement contrôlé par Ahmed al-Charaa, exclut totalement les organisations kurdes et assyriennes. Les pouvoirs clés restent ainsi concentrés au sein d’une nouvelle élite dirigeante issue de l’«idlibisation», une dérive que l’ECLJ avait dénoncée dans sa contribution du 16 juillet 2026 aux Nations unies pour l’Examen périodique universel de la Syrie.

    Nous pressons les institutions de l’UE et les États membres de traduire leurs engagements en actions politiques. Ils doivent placer la liberté de religion ainsi qu’une représentation politique réelle des différentes communautés religieuses et ethniques au cœur de la transition syrienne, conditionnant leurs relations futures à deux critères immédiats:

    • Droits fondamentaux, égalité citoyenne et protection: Les chrétiens et les autres communautés religieuses autochtones doivent bénéficier d’une pleine liberté de culte, d’une égale protection devant la loi et du droit à la propriété. Il est impératif qu’ils puissent préserver leur patrimoine matériel, sécuriser leurs biens et reconstruire leurs structures locales en toute sécurité, à l’abri de toute discrimination, représailles islamistes ou pressions confessionnelles.
    • Participation politique significative et gouvernance inclusive: Ces communautés sous-représentées doivent disposer d’un rôle direct, démocratique et non compromis dans la refonte de l’avenir du pays. Cela implique une voix souveraine dans la rédaction de la future constitution permanente de la Syrie, le façonnement de ses nouvelles institutions politiques et la gestion de l’administration locale décentralisée, en fondant cette gouvernance sur le principe d’une citoyenneté égale plutôt que sur des quotas confessionnels.

    S’appuyant sur la résolution du Parlement européen du 10 juillet 2025, l’ECLJ souligne que la survie et le maintien des communautés chrétiennes historiques sur leurs terres d’origine seront le baromètre du pluralisme et de la démocratie dans la nouvelle Syrie.

    Informations pratiques:

    • Titre : « L’avenir des chrétiens en Syrie : liberté religieuse, représentation politique et avenir commun »
    • Date et heure : Mardi 8 septembre 2026 | 10h00 – 12h00
    • Lieu : Salle SPAAK 1A2, Parlement européen, Bruxelles
    • Inscription
  • La passion de soixante-quinze bienheureux martyrisés à Paris en 1792

    IMPRIMER

    D'Evangile au Quotidien :

    BBx André-Abel Alricy et 71 comp.

    martyrs († 1792)

    Fête : le 3 Septembre

    Martyrologe Romain : À Paris, en 1792, la passion de soixante-quinze bienheureux martyrs.

    Prêtres : André-Abel Alricy, de Crémieu, au diocèse de Grenoble, attaché à la prison Saint-Médard, à Paris - René-Marie Andrieux, de Rennes, ancien jésuite, supérieur de la Communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris - Pierre-Paul Balzac, de Paris, vicaire à Villejuif, retiré dans la communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet - Jean-François Benoît, dit Vourlat, de Lyon, ancien jésuite, aumônier des Dames de l’Adoration perpétuelle, à Paris - Jean-Charles-Marie Bernard du Cornillet, de Châteaubriant, au diocèse de Nantes, chanoine régulier de Saint-Victor à Paris et bibliothécaire de l’abbaye - Michel-André-Sylvestre Binard, de Laulne, au diocèse de Coutances, professeur au Collège de Navarre, à Paris - Nicolas Bize, de Versailles, directeur du séminiaire Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris - Claude Bochot, de Troyes, supérieur de la Maison Saint-Charles des Pères de la Doctrine chrétienne, à Paris - Jean-François Bonnel de Pradal, d’Ax-les-Thermes, au diocèse de Pamiers, chanoine régulier de Sainte-Geneviève, à Paris - Pierre Bonze, de Paris, curé de Massy - Pierre Briquet, de Vervins, au diocèse de Laon, professeur au Collège de Navarre, à Paris - Pierre Brisse, de Brombos, au diocèse de Beauvais, curé de Boran-sur-Oise, dans le même diocèse - Charles Carnus, de Salles-la-Source, au diocèse de Rodez, professeur au collège de Rodez - Jean-Charles Caron, d’Auchel, au diocèse de Boulogne, prêtre de la Mission, curé de Collégien, au diocèse de Meaux - Bertrand-Antoine de Caupène, de Jégan, au diocèse d’Auch, vicaire à Montmagny - Nicolas Colin, de Grenant, au diocèse de Langres, prêtre de la Mission, curé de Genevrières, au même diocèse - Jacques Dufour, de Troisgots, au diocèse de Coutances, vicaire à Maison-Alfort, au diocèse de Paris - Denis-Claude Duval, de Paris, vicaire à Saint-Étienne du Mont - Jean-Pierre Duval, de Paris, capucin (frère Côme), aumônier de l’hôpital de la Pitié, à Paris - Joseph Falcoz, de Saint-Sorlin d’Arves, au diocèse de Maurienne, chapelain de l’hôpital de la Pitié - Gilbert-Jean Fautrel, de Marcilly, au diocèse de Coutances, aumônier de la Maison des Enfants-trouvés, à Paris - Eustache Félix, de Troyes, procureur de la Maison des Pères de la Doctrine chrétienne à Paris et conseiller provincial - Pierre-Philibert Fougères, de Paris, curé de Saint-Laurent de Nevers, député à l’Assemblée nationale - Louis-Joseph François, de Busigny, au diocèse de Cambrai, prêtre de la Mission, supérieur du séminaire Saint-Firmin - Pierre-Jean Garrigues, de Sauveterre, au diocèse de Rodez, attaché au diocèse de Paris - Nicolas Gaudreau, de Paris, curé de Vert-le-Petit - Étienne-Michel Gillet, de Paris, directeur au séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet - Georges-Jérôme Giroust, de Bussy-Saint-Georges, au diocèse de Meaux, vicaire à Gennevilliers, au diocèse de Paris - Joseph-Marie Gros, de Lyon, curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, député aux États généraux - Jean-Henri Gruyer, de Dole, au diocèse de Saint-Claude, prêtre de la Mission, vicaire à Saint-Louis de Versailles - Pierre-Marie Guérin du Rocher, de Sainte-Honorine-la-Guillaume, au diocèse de Séez, ancien jésuite, supérieur de la Maison des Nouveaux Convertis, à Paris - François-Robert Guérin du Rocher, frère cadet du précédent, né au Repas, au diocèse de Séez, ancien jésuite, aumônier de l’hospice des Capucins, à Paris - Yves-André Guillon de Kerenrun, de Lézardrieux, au diocèse de Tréguier, proviseur de la Maison de Navarre et vice-chancelier de l’Université de Paris - Julien-François Hédouin, de Coutances, chapelain de la Communauté de la Compassion, à Paris - Pierre-François Hénoque, de Tronchoy, au diocèse d’Amiens, professeur au Collège du Cardinal Lemoine, à Paris - Éloi Herque, dit du Roule, de Lyon, ancien jésuite, aummônier de l’hôpital de la Pitié, à Paris - Pierre-Louis Joret, de Rollot, au diocèse de Beauvais, résidant à Paris - Jean-Jacques de La Lande, de La Forêt-Auvray, au diocèse d’Évreux, curé de Saint-Martin d’Illiers-l’Évêque, au même diocèse, député aux États généraux - Gilles-Louis Lanchon, des Pieux, au diocèse de Coutances, directeur spirituel des religieuses de Port-Royal, à Paris - Louis-Jean Lanier, de Château-Gontier, au diocèse d’Angers, préfet du séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris - Jean-Joseph de Lavèze-Belay, de Gluiras, au diocèse de Viviers, confesseur des malades à l’Hôtel-Dieu de Paris - Michel Leber, de Paris, curé de La Madeleine - Jean-Baptiste Legrand, de Versailles, professeur au Collège de Lisieux, à Paris - Jean-Pierre Le Laisant, de Valognes, au diocèse de Coutances, vicaire à Dugny, au diocèse de Paris - Julien Le Laisant, frère aîné du précédent, de Valognes, vicaire à Videcosville, au diocèse de Coutances - Jean Lemaître, de Beaumais, au diocèse de Bayeux, ordonné prêtre le 17 juin précédent - Jean-Thomas Leroy, d’Épernay, au diocèse de Châlons, grand prieur de l’abbaye de chanoines réguliers de Saint-Jean des Vignes et curé-prieur de La Ferté-Gaucher, au diocèse de Soissons - Martin-François Loublier, d’O, près de Mortrée, au diocèse de Séez, curé de Condé-sur-Sarthe, au même diocèse - Claude-Louis Marmotant de Savigny, de Paris, curé de Compans-la-Ville, au diocèse de Meaux - Claude-Sylvain Mayneaud de Bizefranc, de Digoin, au diocèse d’Autun, prêtre de la Communauté de Saint-Étienne du Mont, à Paris - Henri-Jean Milet, de Paris, vicaire à Saint-Hippolyte - François-Joseph Monnier, de Paris, vicaire à Saint-Séverin - Marie-François Mouffle, de Paris, vicaire à Saint-Merry - Jean-Louis Oviefre, de Paris, directeur de la petite Communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet - Jean-Michel Phelippot, de Paris, chapelain du Collège de Navarre, à Paris - Claude Pons, du Puy-en-Velay, chanoine régulier de Sainte-Geneviève de Paris - Pierre-Claude Pottier, du Hâvre, au diocèse de Rouen, eudiste, supérieur du Séminaire Saint-Vivien de Rouen - Jacques-Léonor Rabé, de Sainte-Mère-Église, au diocèse de Coutances, chapelain de l’hospice des Enfants-Assistés, à Paris - Pierre-Robert Régnet, de Cherbourg, au diocèse de Coutances, résidant à Paris - Yves-Jean-Pierre Rey de Kervizic, de Plounez, au diocèse de Saint-Brieuc, vicaire à Saint-Jacques du Haut-Pas, à Paris - Nicolas-Charles Roussel, confesseur des Hermites à Grosbois, au diocèse de Paris - Pierre Saint-James, de Caen, au diocèse de Bayeux, recteur de l’Hôpital général, à Paris - Jacques-Louis Schmid, de Paris, curé de Saint-Jean l’Évangéliste, à Paris - Jean-Antoine Seconds, de Rodez, ancien jésuite, chapelain de l’Hôpital de la Pitié, à Paris - Pierre-Jacques de Turménies, de Gournay-en-Bray, au diocèse de Rouen, grand-maître du Collège de Navarre, à Paris - René-Joseph Urvoy, de Plouisy, au diocèse de Tréguier, maître de conférences au séminaire des Trente-Trois, à Paris - Nicolas-Marie Verron, de Quimperlé, au diocèse de Cornouaille, ancien jésuite, directeur des religieuses de Sainte-Aure, à Paris.
    Diacre : Pierre-Florent Leclercq ou Clerq, de Hautvillers, au diocèse d’Amiens, élève au séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris.

    Laïcs : Sébastien Desbrielles, de Bourges, maître d’hôtel à l’Hôpital de la Pitié, à Paris - Louis-François Rigot, d’Amiens, sous-sacristain à l’Hôpital de la Pitié, à Paris - Jean-Antoine de Villette, de Cateau-Cambrésis, au diocèse de Cambrai, ancien officier, retiré au séminaire Saint-Firmin.

    Martyrs de Paris et prêtres pour la plupart, le lendemain du massacre perpétré au couvent des Carmes, sous la Révolution française, ils furent à leur tour mis à mort sans jugement, quelques-uns à la prison de la Force, tous les autres au séminaire Saint-Firmin transformé en prison.

  • Le droit d’éduquer nos enfants devrait être la règle, pas l’exception

    IMPRIMER

    Du site de l'European Centre for Law & Justice (ECLJ) (Catalina Henriquez) :

    Le droit d’éduquer nos enfants devrait être la règle, pas l’exception

    31 Août 2026

    L’enseignement à domicile fait aujourd’hui l’objet de réglementations très opposées en Europe. Certains pays s’efforcent de restreindre le droit premier des parents d’éduquer leurs enfants, tandis que d’autres ont adopté des mesures plus libérales. La société doit concilier les devoirs parentaux avec l’intérêt supérieur de l’enfant en matière d’éducation. L’État est garant du droit à l’éducation des enfants, mais pas le dépositaire des enfants.

    Le droit préférentiel des parents: définition et implications

    Le droit des parents de diriger l’éducation morale et religieuse de leurs enfants est un principe largement reconnu dans le droit international des droits de l’homme. Trois raisons principales sous-tendent ce principe.

    1. La famille est la cellule fondamentale de la société et doit, à ce titre, être préservée et protégée.
    2. Les parents sont les principaux responsables et exercent l’autorité sur l’enfant, assumant la responsabilité première de son éducation et de son développement.
    3. Le principe de subsidiarité, qui exige que l’État n’intervienne que lorsque les instances inférieures sont incapables de remplir leurs devoirs.

    Il ne s’agit pas d’une question d’opinion; ce principe est consacré dans le droit international des droits de l’homme, et la plupart des États occidentaux l’ont inscrit dans leur propre législation nationale. L’article 13, paragraphe 3, du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, l’article 14, paragraphe 3, de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et l’article 2 du Protocole n°1 à la Convention européenne des droits de l’homme le reconnaissent tous. Ce droit comporte deux dimensions: celle d’orienter l’éducation morale et religieuse de l’enfant, et celle de choisir librement le type et la forme d’enseignement dispensé, que ce soit dans un établissement privé ou public, ou à domicile, que l’enseignement soit assuré par les parents eux-mêmes ou par des tuteurs. Cette dernière option est ce que l’on appelle l’instruction en famille ou l’école à la maison.

    L’instruction en famille n’exige pas des parents qu’ils enseignent eux-mêmes toutes les matières. Elle signifie surtout qu’ils restent les principaux responsables de l’éducation de leur enfant, libres de l’adapter en fonction des besoins de celui-ci et de leurs propres convictions. Comme le souligne la Home School Legal Defense Association: «l’éducation primaire se déroule dans le cadre du foyer», même lorsque les familles font appel à des groupes d’enseignement à domicile, à des tuteurs ou à des cours en ligne pour la compléter[1].

    Un aperçu comparatif à travers l’Europe

    Dans plusieurs pays européens, l’enseignement à domicile survit à peine. Les restrictions sont suffisamment sévères pour rendre cette pratique inapplicable dans la réalité, ce qui revient à une interdiction de facto. L’Allemagne applique la scolarité obligatoire (Schulpflicht) de manière si stricte que l’enseignement à domicile pour des raisons religieuses, philosophiques ou pédagogiques n’est tout simplement pas autorisé. Les parents peuvent choisir entre les écoles publiques et les établissements privés ou confessionnels agréés, mais l’enseignement doit s’inscrire dans le cadre du système scolaire officiel. Les rares exceptions concernent les cas de nécessité médicale, et même dans ces cas-là, elles impliquent généralement un enseignement à distance agréé par l’État plutôt qu’un enseignement dispensé par les parents[2].

    La Hongrie a emprunté la même voie sous Viktor Orbán. Les parents pouvaient autrefois scolariser leurs enfants en dehors du système scolaire en les inscrivant en tant qu’«élèves privés». Mais un amendement législatif de 2019 a de fait mis fin à cette option, la remplaçant par une procédure d’autorisation ministérielle. Ce qui n’était autrefois qu’une simple déclaration est devenu une dérogation sous forme de «programme d’apprentissage individuel» accordée uniquement en cas de problèmes de santé graves, de besoins particuliers ou d’engagements sportifs ou artistiques de haut niveau[3].

    Le Portugal et l’Autriche montrent qu’un autre équilibre est possible. En vertu du décret-loi n° 70/2021 du Portugal, les parents qualifiés peuvent enseigner à leurs enfants à domicile, sous réserve d’une nouvelle demande chaque année, d’un contrôle par le ministère de l’Éducation et d’examens nationaux à la fin de chaque cycle scolaire[4]. Il s’agit d’un véritable droit, même s’il fait l’objet d’une surveillance étroite.

    L’Autriche est encore plus libérale. Il suffit aux parents d’informer chaque année les autorités que leur enfant suivra un enseignement à domicile. Aucune autorisation préalable n’est requise, et l’enseignement à domicile y est légal depuis des décennies. L’intervention de l’État se limite à vérifier, par le biais d’examens annuels, que l’apprentissage de l’enfant est équivalent à celui de ses camarades scolarisés dans le public. Il ne prescrit pas de programmes scolaires et n’effectue pas d’inspections à domicile[5]. En Autriche, l’État contrôle les résultats, tandis qu’en Allemagne et en Hongrie, il contrôle le processus.

    - ( NdB) En Belgique, les parents ont le droit de scolariser (ou plutôt d’instruire) leurs enfants à la maison.

    C’est même un droit constitutionnel (article 24 de la Constitution belge : liberté d’enseignement). L’obligation qui existe est une obligation d’instruction (de 5 à 18 ans), pas une obligation d’aller à l’école.

    Concrètement :

    • Vous pouvez enseigner vous-même à vos enfants à domicile.
    • Vous pouvez aussi les confier à un précepteur ou les inscrire dans une école privée non reconnue/subventionnée (cela est assimilé à de l’enseignement à domicile).
    • Il suffit de faire une déclaration annuelle auprès de la Communauté compétente (flamande, française ou germanophone) et de respecter les contrôles et examens prévus.

    Il n’y a donc pas besoin d’autorisation préalable stricte : c’est un droit que l’on exerce par déclaration, sous réserve de garantir un niveau d’instruction équivalent. - (fin de la note de belgicatho)

    Le vent tourne

    À l’inverse, d’autres pays ont progressé. Certains sont plus modestes que d’autres, mais chacun mérite d’être souligné. La Lituanie est un bon exemple: après avoir purement et simplement interdit l’enseignement à domicile en 2012, elle a fait marche arrière en 2020, après des années de plaidoyer de la part de l’Association lituanienne pour l’enseignement à domicile, rétablissant ainsi le droit des familles de scolariser leurs enfants à la maison pour tous les niveaux scolaires. Ce droit reste toutefois soumis à des conditions strictes: il est principalement réservé aux enfants qui ne peuvent pas fréquenter l’école pour des raisons médicales, et le programme scolaire national reste applicable[6]. Il s’agit d’un pas en avant, mais limité.

    La Pologne est allée plus loin. L’enseignement à domicile y est désormais pleinement légal et, depuis 2021, nettement plus accessible: les parents n’ont plus besoin de l’autorisation d’une école de leur propre province, mais peuvent s’adresser à n’importe quelle école du pays[7]. Ce qui était autrefois un processus local et discrétionnaire est devenu un véritable droit national. Même la Croatie, qui figurait historiquement parmi les États les plus restrictifs sur cette question, a connu un changement. Depuis 2022, l’«Association croate pour l’enseignement à domicile» milite en faveur d’un projet de loi visant à doter pour la première fois l’enseignement à domicile d’un véritable fondement juridique, inspiré du modèle slovène, dans le cadre duquel les élèves restent officiellement inscrits dans une école locale et passent des examens annuels pour valider leurs progrès, tout en étant scolarisés à domicile[8]. L’issue n’est pas encore certaine, mais le fait même que ce débat ait lieu marque un véritable changement dans un pays où l’enseignement à domicile a longtemps été considéré comme une anomalie plutôt que comme un droit.

    Cet élan n’est cependant pas une garantie et la France prouve que la libéralisation peut connaître un revirement brutal. La loi n° 2021-1109 du 24 août 2021, «Confortant le respect des principes de la République», a remplacé un simple régime déclaratif par un système strictement encadré d’autorisation préalable. Des familles qui exerçaient ce droit depuis des années, sans incident, se sont soudainement retrouvées dans l’obligation d’obtenir l’autorisation de l’État pour continuer.

    Les conséquences ont été immédiates et radicales: au cours de l’année scolaire 2021–2022, 72 400 enfants et adolescents suivaient un enseignement à domicile en France. L’année dernière, en 2025–2026, seuls 28 810 enfants ont été autorisés à suivre un enseignement à domicile[9].

    Telle est la leçon que l’Europe ne peut se permettre d’ignorer. Un droit reconnu en principe, protégé par des instruments internationaux, et même en développement dans un pays, peut néanmoins être rapidement et légalement démantelé, dès lors qu’un gouvernement décide de traiter les droits parents comme un problème plutôt que de les soutenir.

    C’est pourquoi l’ECLJ s’engage à défendre les droits parentaux devant les juridictions nationales et internationales. Nous avons introduit des recours exigeant que les juridictions internationales appliquent les principes mêmes qu’elles sont censées défendre. Vous pouvez vous joindre à nous dès aujourd’hui: soutenez notre action ou contactez-nous si vos droits parentaux ont été bafoués.

    ______________________

    [1] Home School Legal Defense Association, https://hslda.org/

    [2] Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne. https://www.gesetze-im-internet.de/englisch_gg/englisch_gg.html#p0033

    [3] HSLA, Les familles pratiquant l’enseignement à domicile en Hongrie envisagent de créer une organisation nationale, 23 novembre 2021. https://hslda.org/post/homeschoolers-in-hungary-look-to-launch-national-organization#:~:text=fréquentation%20scolaire%20régulière%2C%20y%20compris%20les%20élèves,pour%20des%20activités%20telles%20que%20le%20sport

    [4] Enseignement individuel et enseignement à domicile https://www.dge.mec.pt/ensino-individual-e-ensino-domestico

    [5] Loi sur l'obligation scolaire (Schulpflichtgesetz), paragraphe §11 https://www.homeschoolers.at/gesetzliche-vorgaben/#: ~:text=Die%20allgemeine%20Schulpflicht%20kann%20%E2%80%93,ohne%20%C3%96ffentlichkeitsrecht%20erf%C3%BCllt%20werden%2C

    [6] HSLA, Le gouvernement lituanien met enfin en œuvre l'enseignement à domicile, 13 octobre 2021. https://hslda.org/post/lithuanian-government-finally-implements-home-education

    [7] Loi du 25 février 2021 modifiant la loi sur l'éducation et certaines autres lois https://isap.sejm.gov.pl/isap.nsf/DocDetails.xsp?id=WDU20210000619

    [8] Homeschooling Hrvatska https://homeschooling.hr/zakonski-prijedlog/#

    [9] Question écrite n° 13422 : Régime d'autorisation préalable de l'instruction en famille, https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE13422

  • 2 septembre 1792 : les martyrs du couvent des Carmes à Paris

    IMPRIMER

    De Solveig Parent sur 1000 raisons de croire :

    Massacres de septembre 1792 à la Prison des Carmes (couvent) le 2 septembre.  Un épisode sanglant de la Révolution française

    Les martyrs du couvent des Carmes

    « J’appartiens à l’Église catholique, apostolique et romaine. » À ce titre, exécution immédiate. Le 2 septembre 1792, lors des massacres de septembre, plus d’une centaine de prêtres et de religieux réfractaires enfermés au couvent des Carmes, à Paris, sont massacrés pour avoir refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Sommés un à un de se soumettre, tous persistent dans leur fidélité à l’Église du Christ. Ils sont tués à l’arme blanche dans le cloître et le jardin. Leur attitude impressionne jusqu’à certains témoins révolutionnaires. L’Église a reconnu comme martyres 191 victimes des massacres de septembre et les a béatifiées en 1926.

    Les raisons d'y croire

    Nous connaissons en détail l’histoire du martyre des Carmes et des massacres de septembre 1792 grâce aux témoignages de quelques rescapés – notamment l’abbé de Lapize de la Pannonie et l’abbé Saurin – qui ont pu survivre aux tueries, et dont les récits ont été soigneusement recueillis. À cela s’ajoutent des lettres, des journaux de l’époque et des procès-verbaux qui ont permis, parmi les nombreuses victimes, d’identifier 191 martyrs morts en haine de la foi, et de retracer leur parcours, leurs paroles et leurs gestes.

    Les massacres de septembre 1792 ne sont pas le résultat d’une rébellion politique, mais d’un témoignage de foi. C’est par fidélité à l’Église du Christ que les ecclésiastiques ont refusé de prêter le serment constitutionnel. Ils choisissent l’obéissance à Dieu plutôt qu’aux hommes (cf. Ac 5,29-32 ). « Je ne puis, sans trahir mon Dieu, reconnaître une autorité qui veut me faire renier mon vœu et désobéir à l’Église », explique l’un d’eux, Salomon Leclercq.

    Pour les 191 personnes assassinées, il y a quelque chose – la foi chrétienne – et quelqu’un – Jésus – qui mérite qu’on donne sa vie. Si chacun d’eux a voulu tout donner pour le Christ, c’est qu’il y a en lui une vérité si profonde qu’elle dépasse tout le reste. En refusant le compromis, ils montrent que la vérité de l’Évangile ne dépend pas des régimes politiques ou des modes de pensée.

    Les martyrs des Carmes ont suivi le Christ jusque dans sa Passion : comme Jésus, ils ont été condamnés injustement et, devant la menace de mort, ils ont offert leur vie. Les témoignages décrivent une scène saisissante : à l’extérieur, une foule vociférante, et, à l’intérieur, la paix priante d’hommes prêts à mourir pour leur foi. Dans la chapelle, au pied du crucifix, ils chantent les psaumes. Cette attitude extraordinaire, marquée par la douceur, la prière et le pardon, renvoie à l’attitude du Christ en Croix.

    Le commissaire révolutionnaire Maillard, frappé par leur calme, confia : « Je m’y perds ; je n’y connais plus rien ; vos prêtres allaient à la mort avec la même joie que s’ils fussent allés à des noces ! » Le lien de ces hommes avec le Christ est existentiel, c’est lui qu’ils prennent pour modèle et cela leur donne une force, un courage et une joie surnaturels.

    On retrouve dans des lettres écrites par ces martyrs avant leur mort une espérance profonde dans la Résurrection. Cela renvoie directement à la parole du Christ : « Celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. » ( Lc 9,24 ).

    Parmi les martyrs qui seront béatifiés figure Salomon Leclercq. En 2007, un miracle lui est attribué : une fillette vénézuélienne, Maria Alejandra Hernandez, mordue par un serpent venimeux, guérit de façon inexpliquée après que des religieuses ont prié par l’intercession de Salomon. Ce miracle est reconnu officiellement en 2011 et Salomon Leclerc est canonisé par le pape François le 16 octobre 2016.

  • La paix « désarmée » du pape Léon passée au crible par un historien de la politique

    IMPRIMER

    De sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    La paix « désarmée » du pape Léon passée au crible par un historien de la politique

    « Magnifica humanitas », la première encyclique de Léon XIV, met en regard deux images bibliques comme symbole des contradictions de notre époque. D’un côté la tour de Babel, de l’autre la reconstruction des murailles de Jérusalem au retour de l’exil. Orgueil et dispersion contre ce que Paul VI appelait déjà « la civilisation de l’amour » ; une cité éclatée et sans Dieu opposée à une cité solidaire « où Dieu et l’humanité habitent ensemble ».

    Mais en observant le monde d’aujourd’hui, cette comparaison pourrait tout aussi bien s’appliquer à deux personnalités de premier plan mondial, toutes deux américaines : Donald Trump et le pape Léon. C’est d’ailleurs ce que vient de faire un professeur d’histoire contemporaine et de politique réputé : Giovanni Orsina, qui dirige le département de sciences politiques à l’Université LUISS de Rome, dans un essai publié le 17 août en France dans « Le Grand Continent » et en Italie dans le quotidien « Il Foglio ».

    À l’intérieur de l’Église, « Magnifica humanitas » n’a recueilli presque que des louanges. Très rares ont été les voix critiques, y compris sur les points les plus contestables de la prédication du pape Léon sur la paix et la guerre qui ont été mis en évidence fin mai par Settimo Cielo.

    C’est justement pour cette raison que l’essai du professeur Orsina est très intéressant. Il vient combler un vide de réflexion et de discussion sur le rôle que le pape Léon joue lui aussi dans l’histoire politique de notre temps, de la fracture culturelle des années 1960 jusqu’à nos jours, avec l’effondrement de la révolution libérale – dans laquelle les démocrates chrétiens ont joué un rôle clé en Europe – et l’avènement de cette « contre-révolution » que sont les populismes, avec d’un côté la « politique sans morale » incarnée par le président américain et de l’autre la « morale sans politique » du pape.

    Il n’est guère surprenant qu’Orsina critique vertement Trump. Par contre – souligne-t-il – la véritable question est le large consensus qui a porté Trump à la Maison Blanche à deux reprises et les millions de voix qui portent les forces populistes en Europe, celles « qui lui ressemblent le plus ».

    L’analyse livrée par le professeur Orsina sur la pensée du pape Léon exprimée dans « Magnifica Humanitas », est en revanche plus articulée. C’est à juste titre, écrit-il, que le pape doute que le salut se trouve dans la technologie, mais quand il parle de politique « cette prudence disparaît ». Il donne à la politique un rôle démesuré, celui d’ « orienter les dynamiques économico-technologiques vers le bien commun », mais à condition de ne pas se salir les mains avec le pouvoir ni avec l’exercice de la force « qui, dans l’encyclique, n’apparaît pour ainsi dire que sous des formes pathologiques ».

    Orsina écrit : « Le seul pouvoir que ‘Magnifica humanitas’ reconnaît comme bon est celui qui a cessé de l’être. C’est la puissance de Dieu qui ‘se manifeste pleinement dans la faiblesse’ (2 Co 12, 9). Le chapitre V de l’encyclique consacre une section entière aux outils permettant de construire la civilisation de l’amour, mais on n’y trouve aucun levier de puissance, aucun mécanisme de contrainte. On y trouve des dispositions d’esprit, des actes verbaux, des pratiques spirituelles, une ‘planification responsable’, des ‘évaluations d’impact humain et social’, ‘l’inclusion’. Des objectifs extrêmement ambitieux et des outils inefficaces ».

    C’est là que réside la contradiction qui, selon le professeur Orsina, condamne l’encyclique du pape Léon à une utopie désarmée, incapable d’orienter l’action concrète.

    « À l’instar du pouvoir – poursuit Orsina –, l’encyclique dédouble également le réalisme. D’un côté, elle condamne comme un ‘prétendu réalisme politique’ l’attitude de ceux qui tiennent compte de la guerre, de l’usage de la force et de la dimension tragique de la condition humaine. Elle la dénonce comme une capitulation, voire une faute morale. D’autre part, elle revendique un ‘réalisme sain’ qui ne réduit pas la politique à la morale, mais qui part des intérêts et des rapports de force pour évaluer ce qui est possible d’obtenir. Cependant, lorsqu’il s’agit des moyens à mettre en œuvre, le raisonnement s’arrête toujours juste avant la coercition : des institutions crédibles, des garanties vérifiables, des négociations patientes, et enfin, ne pas céder au mal et garder espoir. En somme, même le réalisme doit d’abord cesser d’être lui-même pour être vertueux ».

    Même l’évocation que fait le pape de l’image biblique de la reconstruction des murailles de Jérusalem souffre de cette omission du recours à la force. Orsina poursuit : « Dans le contexte historique du texte, Néhémie est un gouverneur militaire agissant pour le compte de l’Empire perse. Non seulement il assure la défense contre les ennemis extérieurs en coordonnant des ouvriers qui ‘travaillaient d’une main et tenaient leur arme de l’autre’ (Néhémie 4, 11), mais il impose aussi l’ordre à l’intérieur avec intransigeance. Dans le dernier chapitre du livre, le leadership collaboratif laisse place à la coercition : ‘Je leur fis des réprimandes, et je les maudis ; j’en frappai quelques-uns, je leur arrachai les cheveux’ (Néhémie 13, 25). En omettant la rigueur impériale et son épée, l’encyclique idéalise le réalisme politique de Néhémie et transforme un ancien récit d’obligation politique en un manifeste d’écologie relationnelle et de coopération fraternelle ».

    Orsina précise que sa critique de « Magnifica Humanitas » ne prétend pas donner une leçon de théologie au pape. Ce qui l’intéresse surtout, en tant que chercheur en histoire et en sciences politiques, c’est de « mettre en évidence combien l’encyclique est profondément alignée avec la civilisation de l’antipolitique et de l’antipouvoir qui s’est cristallisée ces cinquante dernières années et qui est aujourd’hui entrée en crise ».

    Le professeur Orsina a consacré deux de ses travaux majeurs à l’histoire politique de l’Europe à partir des années 1960, en particulier dans le livre intitulé « Controrivoluzione. Una storia politica del nostro tempo » publié cette année mais également en grande partie dans l’essai publié dans « Le Grand Continent ». Il reconstruit dans ce texte comment l’Europe est venue à s’égarer entre l’éthique universaliste dont elle est imprégnée et le retour en force des particularismes. Ou, pour le dire autrement : « entre la morale sans politique à laquelle elle est habituée et la politique sans morale incarnée par les forces soi-disant populistes, Trump et ses semblables, des deux côtés de l’Atlantique ».

    Il n’est guère surprenant que la critique que fait Orsina de la vision du pape Léon ait été scrutée par les politologues, surtout ceux d’obédience catholique. La première réplique à l’essai que nous citons est venue de Flavio Felice, professeur d’histoire des doctrines politiques à l’Université Pontificale du Latran, dans un article publié dans « Il Foglio » le 22 août.

    Le professeur Felice objecte que la catégorie politologique dominante chez le pape Léon « n’est pas un idéal de paix parfaite, mais la ‘tranquillitas ordinis’ de Saint Augustin : un équilibre dynamique et fragile, jamais absolu, toujours marqué par les conflits, qui ne s’accomplira pleinement que dans la Jérusalem céleste ».

    Il s’appuie en cela sur le paragraphe 218 de « Magnifica Humanitas », où l’on peut lire que « le réalisme authentique ne réduit pas la politique à la morale, mais ne la livre pas non plus à la violence. Il cherche des voies praticables pour que la paix soit plus qu’un mot, c’est-à-dire des institutions crédibles, des garanties vérifiables, des négociations patientes, une prévention des conflits et la protection des civils ».

    Mais dans ce passage, on ne retrouve à nouveau aucune allusion au recours à la force, quand il est nécessaire, sinon dans une vague allusion à une « prévention des conflits ». Ce qui vient confirmer à quel point la « morale sans politique » du pape Léon se greffe sur le « dépassement de la théorie des ‘guerres justes’ » qu’il soutient explicitement dans « Magnifica Humanitas ».

    Le 30 mai dernier, Settimo Cielo avait d’ailleurs mis en évidence les incohérences de ce soi-disant « dépassement » de la doctrine de la guerre « juste » en citant un long article bien documenté dans la revue « Il Regno » de Luca Diotallevi, professeur de sociologie à l'Université de Rome III et à la Faculté théologique d'Italie du Nord, très critique envers « l'utopisme pacifiste » qui sévit dans l'Église.

    D’ailleurs, dans le numéro suivant de la même revue, le professeur Daniele Menozzi, professeur d'histoire contemporaine à l'École normale supérieure de Pise et auteur d'importants essais sur les questions de paix et de guerre dans l'Église catholique, a répondu à Diotallevi.

    Selon le professeur Menozzi, ce qui sévit dans l’Église, ce n’est pas tant un « utopisme pacifiste » mais, au contraire, une « idéologie militariste » à laquelle il faudrait opposer une « pédagogie de la non-violence » visant à éduquer la communauté des fidèles à « désarmer l’agresseur sans devoir recourir au pouvoir destructeur des armes », dans la ligne de ce que prêche le pape Léon – et son prédécesseur François – non seulement dans « Magnifica Humanitas » mais dans d’innombrables invectives contre les guerres et les armes, quelles qu’elles soient.

    La paix prônée par le pape Léon est peut-être « désarmée et désarmante ». Il n’en demeure pas moins qu’elle a mis le feu aux poudres de la bataille des idées.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.