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Politique

  • Le droit d’éduquer nos enfants devrait être la règle, pas l’exception

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    Du site de l'European Centre for Law & Justice (ECLJ) (Catalina Henriquez) :

    Le droit d’éduquer nos enfants devrait être la règle, pas l’exception

    31 Août 2026

    L’enseignement à domicile fait aujourd’hui l’objet de réglementations très opposées en Europe. Certains pays s’efforcent de restreindre le droit premier des parents d’éduquer leurs enfants, tandis que d’autres ont adopté des mesures plus libérales. La société doit concilier les devoirs parentaux avec l’intérêt supérieur de l’enfant en matière d’éducation. L’État est garant du droit à l’éducation des enfants, mais pas le dépositaire des enfants.

    Le droit préférentiel des parents: définition et implications

    Le droit des parents de diriger l’éducation morale et religieuse de leurs enfants est un principe largement reconnu dans le droit international des droits de l’homme. Trois raisons principales sous-tendent ce principe.

    1. La famille est la cellule fondamentale de la société et doit, à ce titre, être préservée et protégée.
    2. Les parents sont les principaux responsables et exercent l’autorité sur l’enfant, assumant la responsabilité première de son éducation et de son développement.
    3. Le principe de subsidiarité, qui exige que l’État n’intervienne que lorsque les instances inférieures sont incapables de remplir leurs devoirs.

    Il ne s’agit pas d’une question d’opinion; ce principe est consacré dans le droit international des droits de l’homme, et la plupart des États occidentaux l’ont inscrit dans leur propre législation nationale. L’article 13, paragraphe 3, du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, l’article 14, paragraphe 3, de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et l’article 2 du Protocole n°1 à la Convention européenne des droits de l’homme le reconnaissent tous. Ce droit comporte deux dimensions: celle d’orienter l’éducation morale et religieuse de l’enfant, et celle de choisir librement le type et la forme d’enseignement dispensé, que ce soit dans un établissement privé ou public, ou à domicile, que l’enseignement soit assuré par les parents eux-mêmes ou par des tuteurs. Cette dernière option est ce que l’on appelle l’instruction en famille ou l’école à la maison.

    L’instruction en famille n’exige pas des parents qu’ils enseignent eux-mêmes toutes les matières. Elle signifie surtout qu’ils restent les principaux responsables de l’éducation de leur enfant, libres de l’adapter en fonction des besoins de celui-ci et de leurs propres convictions. Comme le souligne la Home School Legal Defense Association: «l’éducation primaire se déroule dans le cadre du foyer», même lorsque les familles font appel à des groupes d’enseignement à domicile, à des tuteurs ou à des cours en ligne pour la compléter[1].

    Un aperçu comparatif à travers l’Europe

    Dans plusieurs pays européens, l’enseignement à domicile survit à peine. Les restrictions sont suffisamment sévères pour rendre cette pratique inapplicable dans la réalité, ce qui revient à une interdiction de facto. L’Allemagne applique la scolarité obligatoire (Schulpflicht) de manière si stricte que l’enseignement à domicile pour des raisons religieuses, philosophiques ou pédagogiques n’est tout simplement pas autorisé. Les parents peuvent choisir entre les écoles publiques et les établissements privés ou confessionnels agréés, mais l’enseignement doit s’inscrire dans le cadre du système scolaire officiel. Les rares exceptions concernent les cas de nécessité médicale, et même dans ces cas-là, elles impliquent généralement un enseignement à distance agréé par l’État plutôt qu’un enseignement dispensé par les parents[2].

    La Hongrie a emprunté la même voie sous Viktor Orbán. Les parents pouvaient autrefois scolariser leurs enfants en dehors du système scolaire en les inscrivant en tant qu’«élèves privés». Mais un amendement législatif de 2019 a de fait mis fin à cette option, la remplaçant par une procédure d’autorisation ministérielle. Ce qui n’était autrefois qu’une simple déclaration est devenu une dérogation sous forme de «programme d’apprentissage individuel» accordée uniquement en cas de problèmes de santé graves, de besoins particuliers ou d’engagements sportifs ou artistiques de haut niveau[3].

    Le Portugal et l’Autriche montrent qu’un autre équilibre est possible. En vertu du décret-loi n° 70/2021 du Portugal, les parents qualifiés peuvent enseigner à leurs enfants à domicile, sous réserve d’une nouvelle demande chaque année, d’un contrôle par le ministère de l’Éducation et d’examens nationaux à la fin de chaque cycle scolaire[4]. Il s’agit d’un véritable droit, même s’il fait l’objet d’une surveillance étroite.

    L’Autriche est encore plus libérale. Il suffit aux parents d’informer chaque année les autorités que leur enfant suivra un enseignement à domicile. Aucune autorisation préalable n’est requise, et l’enseignement à domicile y est légal depuis des décennies. L’intervention de l’État se limite à vérifier, par le biais d’examens annuels, que l’apprentissage de l’enfant est équivalent à celui de ses camarades scolarisés dans le public. Il ne prescrit pas de programmes scolaires et n’effectue pas d’inspections à domicile[5]. En Autriche, l’État contrôle les résultats, tandis qu’en Allemagne et en Hongrie, il contrôle le processus.

    - ( NdB) En Belgique, les parents ont le droit de scolariser (ou plutôt d’instruire) leurs enfants à la maison.

    C’est même un droit constitutionnel (article 24 de la Constitution belge : liberté d’enseignement). L’obligation qui existe est une obligation d’instruction (de 5 à 18 ans), pas une obligation d’aller à l’école.

    Concrètement :

    • Vous pouvez enseigner vous-même à vos enfants à domicile.
    • Vous pouvez aussi les confier à un précepteur ou les inscrire dans une école privée non reconnue/subventionnée (cela est assimilé à de l’enseignement à domicile).
    • Il suffit de faire une déclaration annuelle auprès de la Communauté compétente (flamande, française ou germanophone) et de respecter les contrôles et examens prévus.

    Il n’y a donc pas besoin d’autorisation préalable stricte : c’est un droit que l’on exerce par déclaration, sous réserve de garantir un niveau d’instruction équivalent. - (fin de la note de belgicatho)

    Le vent tourne

    À l’inverse, d’autres pays ont progressé. Certains sont plus modestes que d’autres, mais chacun mérite d’être souligné. La Lituanie est un bon exemple: après avoir purement et simplement interdit l’enseignement à domicile en 2012, elle a fait marche arrière en 2020, après des années de plaidoyer de la part de l’Association lituanienne pour l’enseignement à domicile, rétablissant ainsi le droit des familles de scolariser leurs enfants à la maison pour tous les niveaux scolaires. Ce droit reste toutefois soumis à des conditions strictes: il est principalement réservé aux enfants qui ne peuvent pas fréquenter l’école pour des raisons médicales, et le programme scolaire national reste applicable[6]. Il s’agit d’un pas en avant, mais limité.

    La Pologne est allée plus loin. L’enseignement à domicile y est désormais pleinement légal et, depuis 2021, nettement plus accessible: les parents n’ont plus besoin de l’autorisation d’une école de leur propre province, mais peuvent s’adresser à n’importe quelle école du pays[7]. Ce qui était autrefois un processus local et discrétionnaire est devenu un véritable droit national. Même la Croatie, qui figurait historiquement parmi les États les plus restrictifs sur cette question, a connu un changement. Depuis 2022, l’«Association croate pour l’enseignement à domicile» milite en faveur d’un projet de loi visant à doter pour la première fois l’enseignement à domicile d’un véritable fondement juridique, inspiré du modèle slovène, dans le cadre duquel les élèves restent officiellement inscrits dans une école locale et passent des examens annuels pour valider leurs progrès, tout en étant scolarisés à domicile[8]. L’issue n’est pas encore certaine, mais le fait même que ce débat ait lieu marque un véritable changement dans un pays où l’enseignement à domicile a longtemps été considéré comme une anomalie plutôt que comme un droit.

    Cet élan n’est cependant pas une garantie et la France prouve que la libéralisation peut connaître un revirement brutal. La loi n° 2021-1109 du 24 août 2021, «Confortant le respect des principes de la République», a remplacé un simple régime déclaratif par un système strictement encadré d’autorisation préalable. Des familles qui exerçaient ce droit depuis des années, sans incident, se sont soudainement retrouvées dans l’obligation d’obtenir l’autorisation de l’État pour continuer.

    Les conséquences ont été immédiates et radicales: au cours de l’année scolaire 2021–2022, 72 400 enfants et adolescents suivaient un enseignement à domicile en France. L’année dernière, en 2025–2026, seuls 28 810 enfants ont été autorisés à suivre un enseignement à domicile[9].

    Telle est la leçon que l’Europe ne peut se permettre d’ignorer. Un droit reconnu en principe, protégé par des instruments internationaux, et même en développement dans un pays, peut néanmoins être rapidement et légalement démantelé, dès lors qu’un gouvernement décide de traiter les droits parents comme un problème plutôt que de les soutenir.

    C’est pourquoi l’ECLJ s’engage à défendre les droits parentaux devant les juridictions nationales et internationales. Nous avons introduit des recours exigeant que les juridictions internationales appliquent les principes mêmes qu’elles sont censées défendre. Vous pouvez vous joindre à nous dès aujourd’hui: soutenez notre action ou contactez-nous si vos droits parentaux ont été bafoués.

    ______________________

    [1] Home School Legal Defense Association, https://hslda.org/

    [2] Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne. https://www.gesetze-im-internet.de/englisch_gg/englisch_gg.html#p0033

    [3] HSLA, Les familles pratiquant l’enseignement à domicile en Hongrie envisagent de créer une organisation nationale, 23 novembre 2021. https://hslda.org/post/homeschoolers-in-hungary-look-to-launch-national-organization#:~:text=fréquentation%20scolaire%20régulière%2C%20y%20compris%20les%20élèves,pour%20des%20activités%20telles%20que%20le%20sport

    [4] Enseignement individuel et enseignement à domicile https://www.dge.mec.pt/ensino-individual-e-ensino-domestico

    [5] Loi sur l'obligation scolaire (Schulpflichtgesetz), paragraphe §11 https://www.homeschoolers.at/gesetzliche-vorgaben/#: ~:text=Die%20allgemeine%20Schulpflicht%20kann%20%E2%80%93,ohne%20%C3%96ffentlichkeitsrecht%20erf%C3%BCllt%20werden%2C

    [6] HSLA, Le gouvernement lituanien met enfin en œuvre l'enseignement à domicile, 13 octobre 2021. https://hslda.org/post/lithuanian-government-finally-implements-home-education

    [7] Loi du 25 février 2021 modifiant la loi sur l'éducation et certaines autres lois https://isap.sejm.gov.pl/isap.nsf/DocDetails.xsp?id=WDU20210000619

    [8] Homeschooling Hrvatska https://homeschooling.hr/zakonski-prijedlog/#

    [9] Question écrite n° 13422 : Régime d'autorisation préalable de l'instruction en famille, https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE13422

  • 2 septembre 1792 : les martyrs du couvent des Carmes à Paris

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    De Solveig Parent sur 1000 raisons de croire :

    Massacres de septembre 1792 à la Prison des Carmes (couvent) le 2 septembre.  Un épisode sanglant de la Révolution française

    Les martyrs du couvent des Carmes

    « J’appartiens à l’Église catholique, apostolique et romaine. » À ce titre, exécution immédiate. Le 2 septembre 1792, lors des massacres de septembre, plus d’une centaine de prêtres et de religieux réfractaires enfermés au couvent des Carmes, à Paris, sont massacrés pour avoir refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Sommés un à un de se soumettre, tous persistent dans leur fidélité à l’Église du Christ. Ils sont tués à l’arme blanche dans le cloître et le jardin. Leur attitude impressionne jusqu’à certains témoins révolutionnaires. L’Église a reconnu comme martyres 191 victimes des massacres de septembre et les a béatifiées en 1926.

    Les raisons d'y croire

    Nous connaissons en détail l’histoire du martyre des Carmes et des massacres de septembre 1792 grâce aux témoignages de quelques rescapés – notamment l’abbé de Lapize de la Pannonie et l’abbé Saurin – qui ont pu survivre aux tueries, et dont les récits ont été soigneusement recueillis. À cela s’ajoutent des lettres, des journaux de l’époque et des procès-verbaux qui ont permis, parmi les nombreuses victimes, d’identifier 191 martyrs morts en haine de la foi, et de retracer leur parcours, leurs paroles et leurs gestes.

    Les massacres de septembre 1792 ne sont pas le résultat d’une rébellion politique, mais d’un témoignage de foi. C’est par fidélité à l’Église du Christ que les ecclésiastiques ont refusé de prêter le serment constitutionnel. Ils choisissent l’obéissance à Dieu plutôt qu’aux hommes (cf. Ac 5,29-32 ). « Je ne puis, sans trahir mon Dieu, reconnaître une autorité qui veut me faire renier mon vœu et désobéir à l’Église », explique l’un d’eux, Salomon Leclercq.

    Pour les 191 personnes assassinées, il y a quelque chose – la foi chrétienne – et quelqu’un – Jésus – qui mérite qu’on donne sa vie. Si chacun d’eux a voulu tout donner pour le Christ, c’est qu’il y a en lui une vérité si profonde qu’elle dépasse tout le reste. En refusant le compromis, ils montrent que la vérité de l’Évangile ne dépend pas des régimes politiques ou des modes de pensée.

    Les martyrs des Carmes ont suivi le Christ jusque dans sa Passion : comme Jésus, ils ont été condamnés injustement et, devant la menace de mort, ils ont offert leur vie. Les témoignages décrivent une scène saisissante : à l’extérieur, une foule vociférante, et, à l’intérieur, la paix priante d’hommes prêts à mourir pour leur foi. Dans la chapelle, au pied du crucifix, ils chantent les psaumes. Cette attitude extraordinaire, marquée par la douceur, la prière et le pardon, renvoie à l’attitude du Christ en Croix.

    Le commissaire révolutionnaire Maillard, frappé par leur calme, confia : « Je m’y perds ; je n’y connais plus rien ; vos prêtres allaient à la mort avec la même joie que s’ils fussent allés à des noces ! » Le lien de ces hommes avec le Christ est existentiel, c’est lui qu’ils prennent pour modèle et cela leur donne une force, un courage et une joie surnaturels.

    On retrouve dans des lettres écrites par ces martyrs avant leur mort une espérance profonde dans la Résurrection. Cela renvoie directement à la parole du Christ : « Celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. » ( Lc 9,24 ).

    Parmi les martyrs qui seront béatifiés figure Salomon Leclercq. En 2007, un miracle lui est attribué : une fillette vénézuélienne, Maria Alejandra Hernandez, mordue par un serpent venimeux, guérit de façon inexpliquée après que des religieuses ont prié par l’intercession de Salomon. Ce miracle est reconnu officiellement en 2011 et Salomon Leclerc est canonisé par le pape François le 16 octobre 2016.

  • La paix « désarmée » du pape Léon passée au crible par un historien de la politique

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    De sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    La paix « désarmée » du pape Léon passée au crible par un historien de la politique

    « Magnifica humanitas », la première encyclique de Léon XIV, met en regard deux images bibliques comme symbole des contradictions de notre époque. D’un côté la tour de Babel, de l’autre la reconstruction des murailles de Jérusalem au retour de l’exil. Orgueil et dispersion contre ce que Paul VI appelait déjà « la civilisation de l’amour » ; une cité éclatée et sans Dieu opposée à une cité solidaire « où Dieu et l’humanité habitent ensemble ».

    Mais en observant le monde d’aujourd’hui, cette comparaison pourrait tout aussi bien s’appliquer à deux personnalités de premier plan mondial, toutes deux américaines : Donald Trump et le pape Léon. C’est d’ailleurs ce que vient de faire un professeur d’histoire contemporaine et de politique réputé : Giovanni Orsina, qui dirige le département de sciences politiques à l’Université LUISS de Rome, dans un essai publié le 17 août en France dans « Le Grand Continent » et en Italie dans le quotidien « Il Foglio ».

    À l’intérieur de l’Église, « Magnifica humanitas » n’a recueilli presque que des louanges. Très rares ont été les voix critiques, y compris sur les points les plus contestables de la prédication du pape Léon sur la paix et la guerre qui ont été mis en évidence fin mai par Settimo Cielo.

    C’est justement pour cette raison que l’essai du professeur Orsina est très intéressant. Il vient combler un vide de réflexion et de discussion sur le rôle que le pape Léon joue lui aussi dans l’histoire politique de notre temps, de la fracture culturelle des années 1960 jusqu’à nos jours, avec l’effondrement de la révolution libérale – dans laquelle les démocrates chrétiens ont joué un rôle clé en Europe – et l’avènement de cette « contre-révolution » que sont les populismes, avec d’un côté la « politique sans morale » incarnée par le président américain et de l’autre la « morale sans politique » du pape.

    Il n’est guère surprenant qu’Orsina critique vertement Trump. Par contre – souligne-t-il – la véritable question est le large consensus qui a porté Trump à la Maison Blanche à deux reprises et les millions de voix qui portent les forces populistes en Europe, celles « qui lui ressemblent le plus ».

    L’analyse livrée par le professeur Orsina sur la pensée du pape Léon exprimée dans « Magnifica Humanitas », est en revanche plus articulée. C’est à juste titre, écrit-il, que le pape doute que le salut se trouve dans la technologie, mais quand il parle de politique « cette prudence disparaît ». Il donne à la politique un rôle démesuré, celui d’ « orienter les dynamiques économico-technologiques vers le bien commun », mais à condition de ne pas se salir les mains avec le pouvoir ni avec l’exercice de la force « qui, dans l’encyclique, n’apparaît pour ainsi dire que sous des formes pathologiques ».

    Orsina écrit : « Le seul pouvoir que ‘Magnifica humanitas’ reconnaît comme bon est celui qui a cessé de l’être. C’est la puissance de Dieu qui ‘se manifeste pleinement dans la faiblesse’ (2 Co 12, 9). Le chapitre V de l’encyclique consacre une section entière aux outils permettant de construire la civilisation de l’amour, mais on n’y trouve aucun levier de puissance, aucun mécanisme de contrainte. On y trouve des dispositions d’esprit, des actes verbaux, des pratiques spirituelles, une ‘planification responsable’, des ‘évaluations d’impact humain et social’, ‘l’inclusion’. Des objectifs extrêmement ambitieux et des outils inefficaces ».

    C’est là que réside la contradiction qui, selon le professeur Orsina, condamne l’encyclique du pape Léon à une utopie désarmée, incapable d’orienter l’action concrète.

    « À l’instar du pouvoir – poursuit Orsina –, l’encyclique dédouble également le réalisme. D’un côté, elle condamne comme un ‘prétendu réalisme politique’ l’attitude de ceux qui tiennent compte de la guerre, de l’usage de la force et de la dimension tragique de la condition humaine. Elle la dénonce comme une capitulation, voire une faute morale. D’autre part, elle revendique un ‘réalisme sain’ qui ne réduit pas la politique à la morale, mais qui part des intérêts et des rapports de force pour évaluer ce qui est possible d’obtenir. Cependant, lorsqu’il s’agit des moyens à mettre en œuvre, le raisonnement s’arrête toujours juste avant la coercition : des institutions crédibles, des garanties vérifiables, des négociations patientes, et enfin, ne pas céder au mal et garder espoir. En somme, même le réalisme doit d’abord cesser d’être lui-même pour être vertueux ».

    Même l’évocation que fait le pape de l’image biblique de la reconstruction des murailles de Jérusalem souffre de cette omission du recours à la force. Orsina poursuit : « Dans le contexte historique du texte, Néhémie est un gouverneur militaire agissant pour le compte de l’Empire perse. Non seulement il assure la défense contre les ennemis extérieurs en coordonnant des ouvriers qui ‘travaillaient d’une main et tenaient leur arme de l’autre’ (Néhémie 4, 11), mais il impose aussi l’ordre à l’intérieur avec intransigeance. Dans le dernier chapitre du livre, le leadership collaboratif laisse place à la coercition : ‘Je leur fis des réprimandes, et je les maudis ; j’en frappai quelques-uns, je leur arrachai les cheveux’ (Néhémie 13, 25). En omettant la rigueur impériale et son épée, l’encyclique idéalise le réalisme politique de Néhémie et transforme un ancien récit d’obligation politique en un manifeste d’écologie relationnelle et de coopération fraternelle ».

    Orsina précise que sa critique de « Magnifica Humanitas » ne prétend pas donner une leçon de théologie au pape. Ce qui l’intéresse surtout, en tant que chercheur en histoire et en sciences politiques, c’est de « mettre en évidence combien l’encyclique est profondément alignée avec la civilisation de l’antipolitique et de l’antipouvoir qui s’est cristallisée ces cinquante dernières années et qui est aujourd’hui entrée en crise ».

    Le professeur Orsina a consacré deux de ses travaux majeurs à l’histoire politique de l’Europe à partir des années 1960, en particulier dans le livre intitulé « Controrivoluzione. Una storia politica del nostro tempo » publié cette année mais également en grande partie dans l’essai publié dans « Le Grand Continent ». Il reconstruit dans ce texte comment l’Europe est venue à s’égarer entre l’éthique universaliste dont elle est imprégnée et le retour en force des particularismes. Ou, pour le dire autrement : « entre la morale sans politique à laquelle elle est habituée et la politique sans morale incarnée par les forces soi-disant populistes, Trump et ses semblables, des deux côtés de l’Atlantique ».

    Il n’est guère surprenant que la critique que fait Orsina de la vision du pape Léon ait été scrutée par les politologues, surtout ceux d’obédience catholique. La première réplique à l’essai que nous citons est venue de Flavio Felice, professeur d’histoire des doctrines politiques à l’Université Pontificale du Latran, dans un article publié dans « Il Foglio » le 22 août.

    Le professeur Felice objecte que la catégorie politologique dominante chez le pape Léon « n’est pas un idéal de paix parfaite, mais la ‘tranquillitas ordinis’ de Saint Augustin : un équilibre dynamique et fragile, jamais absolu, toujours marqué par les conflits, qui ne s’accomplira pleinement que dans la Jérusalem céleste ».

    Il s’appuie en cela sur le paragraphe 218 de « Magnifica Humanitas », où l’on peut lire que « le réalisme authentique ne réduit pas la politique à la morale, mais ne la livre pas non plus à la violence. Il cherche des voies praticables pour que la paix soit plus qu’un mot, c’est-à-dire des institutions crédibles, des garanties vérifiables, des négociations patientes, une prévention des conflits et la protection des civils ».

    Mais dans ce passage, on ne retrouve à nouveau aucune allusion au recours à la force, quand il est nécessaire, sinon dans une vague allusion à une « prévention des conflits ». Ce qui vient confirmer à quel point la « morale sans politique » du pape Léon se greffe sur le « dépassement de la théorie des ‘guerres justes’ » qu’il soutient explicitement dans « Magnifica Humanitas ».

    Le 30 mai dernier, Settimo Cielo avait d’ailleurs mis en évidence les incohérences de ce soi-disant « dépassement » de la doctrine de la guerre « juste » en citant un long article bien documenté dans la revue « Il Regno » de Luca Diotallevi, professeur de sociologie à l'Université de Rome III et à la Faculté théologique d'Italie du Nord, très critique envers « l'utopisme pacifiste » qui sévit dans l'Église.

    D’ailleurs, dans le numéro suivant de la même revue, le professeur Daniele Menozzi, professeur d'histoire contemporaine à l'École normale supérieure de Pise et auteur d'importants essais sur les questions de paix et de guerre dans l'Église catholique, a répondu à Diotallevi.

    Selon le professeur Menozzi, ce qui sévit dans l’Église, ce n’est pas tant un « utopisme pacifiste » mais, au contraire, une « idéologie militariste » à laquelle il faudrait opposer une « pédagogie de la non-violence » visant à éduquer la communauté des fidèles à « désarmer l’agresseur sans devoir recourir au pouvoir destructeur des armes », dans la ligne de ce que prêche le pape Léon – et son prédécesseur François – non seulement dans « Magnifica Humanitas » mais dans d’innombrables invectives contre les guerres et les armes, quelles qu’elles soient.

    La paix prônée par le pape Léon est peut-être « désarmée et désarmante ». Il n’en demeure pas moins qu’elle a mis le feu aux poudres de la bataille des idées.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • (France) L'« aide à mourir » : une loi transgressive grosse de conflits

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    De Philippe Oswald sur la Sélection du Jour (Synthèse n°2731) :

    « Aide à mourir » : une loi transgressive grosse de conflits

    31/08/2026

    Emmanuel Macron a promulgué le 19 août la loi sur « l'aide à mourir », après le feu vert du Conseil constitutionnel. Toutefois, les « Sages » ont émis des « réserves d'interprétation » censées orienter l'application de la loi. Ils ont étendu la clause de conscience des médecins et infirmiers aux pharmaciens, et reconnu aux établissements privés une clause de conscience calquée sur celle de l'IVG.

    Emmanuel Macron a promulgué le 19 août la loi « relative au droit à l'aide à mourir ». Sans surprise, le Conseil constitutionnel (dont les décisions ne sont susceptibles d'aucun recours) avait validé le texte le 14 août. Il a toutefois émis trois « réserves d'interprétation » qui, sans nécessiter une réécriture de la loi, sont censées orienter son application (Gènéthique,15/08/2026).

    Deux de ces réserves portent sur la clause de conscience. Les « Sages » ont étendu aux pharmaciens la clause de conscience individuelle jusque-là réservée aux médecins et au personnel infirmier. Reconnaissant que « la réalisation d'une préparation magistrale létale ou sa délivrance est susceptible de heurter les convictions personnelles du pharmacien », ils jugent que « sauf à méconnaître la liberté de conscience garantie par l'article 10 de la Déclaration de 1789, les pharmaciens (…) ne sauraient être tenus de participer à la procédure d'aide à mourir ».

    En outre, les membres du Conseil ont concédé la clause de conscience aux établissements privés, en la calquant sur celle qui existe pour l'avortement : « Le responsable d'un établissement privé pourra, dans certaines conditions et limites, refuser que la procédure d'aide à mourir se déroule dans ses locaux ». Mais ce refus n'est accordé qu'aux établissements privés, et seulement    « lorsque d'autres établissements sont en mesure de répondre aux besoins locaux [d'euthanasie] ».

    Cette disposition est grosse de conflits : comment les personnels des hôpitaux, cliniques ou maisons de retraite catholiques, auxquels l'interdit de tuer s'impose absolument, pourraient-ils accepter que « l'aide à mourir » se pratique dans leurs murs ? Et qu'éprouveraient les pensionnaires de ces établissements en apprenant que ce protocole mortel aurait été appliqué à l'un d'eux, en violation de la charte éthique qui avait guidé leur choix ?

    La dernière réserve d'interprétation du Conseil constitutionnel concerne les majeurs protégés (sous tutelle ou curatelle). Leur « protection » contre un suicide assisté semble dérisoire dans la pseudo réserve émise par le Conseil constitutionnel. Pour avoir le droit d' « aider à mourir » une de ces personnes fragiles, le médecin dépositaire de la demande de suicide assisté devra simplement « recueillir [les] observations » de la personne chargée de la mesure de protection, et « les communiquer au collège pluriprofessionnel chargé de vérifier que les conditions médicales du droit à l'aide à mourir sont remplies », le médecin restant décisionnaire.

    «Aucune protection n'est accordée aux personnes porteuses de déficience intellectuelle qui restent ciblées par cette loi », s'insurge la Fondation Jérôme Lejeune dans un communiqué (14/08/2026). Elle rappelle avoir interpellé à plusieurs reprises l'ONU dont le Comité des droits des personnes handicapées avait alerté (sans effet) le gouvernement français sur la « violation du devoir de respecter, protéger et garantir le droit à la vie des personnes handicapées ».

    En définitive, malgré ses « réserves », le Conseil constitutionnel n'a censuré aucun article de la loi légalisant l'euthanasie et le suicide assisté. Les « sages » n'ont rien trouvé à redire au délai de réflexion de 24h laissé au patient pour confirmer sa demande une fois celle-ci acceptée (il est de 10 jours pour un crédit immobilier), à la limitation des recours « à des personnes autres que l'auteur de la demande », au contrôle a posteriori de la procédure et à sa prise en charge par l'assurance maladie. C'est une victoire qu'a célébrée le président de la République en saluant une décision « qui parachève un débat démocratique exemplaire » (communiqué de l'Élysée, 14/08/2026)

    Pour autant, les militants de l'euthanasie ne désarment pas. Ils ciblent la clause de conscience d'établissement partiellement rétablie par le Conseil constitutionnel dans une tribune collective publiée par Le Monde (17/08/2026), intitulée : « La liberté de refus d'un établissement privé pourrait rendre illusoire l'exercice d'un droit de la personne en fin de vie ». Les signataires relèvent qu'« en reconnaissant le principe d'une clause de conscience collective dans sa décision du 14 août, le Conseil constitutionnel a tracé une limite, sans écrire le mode d'emploi ». Un flou qu'ils comptent bien exploiter pour supprimer cette clause d'établissement comme l'ont fait, soulignent-ils, la Belgique et le Québec. Sans les nommer, ces associations pro-euthanasie veulent contraindre les institutions catholiques à faire entrer la mort administrée dans leurs murs, décrypte l'avocat Erwan Le Morhedec dans sa tribune pour La Croix (19/08/2026) : « C'est leur conscience éclairée par la foi qui, siècle après siècle, a conduit des catholiques à fonder dispensaires, hospices puis unités de soins palliatifs, sans jamais imaginer que combattre la souffrance puisse supposer de supprimer le souffrant », rappelle-t-il. Pourtant, au cœur de cet été, le Parlement français a décidé qu'il peut être mis fin légalement à une vie humaine pour des motifs compassionnels comme il l'avait fait en 1975 en légalisant l'avortement.

    À retenir
    •  Emmanuel Macron a promulgué le 18 août la loi sur « l'aide à mourir », après le feu vert du Conseil constitutionnel.  

    •  Les « Sages » ont émis des « réserves d'interprétation » censées orienter l'application de la loi.  

    •  Ils ont étendu la clause de conscience des médecins et infirmiers aux pharmaciens, et reconnu aux établissements privés une clause de conscience conditionnelle calquée sur celle de l'IVG.

    •  Cette clause de conscience est la cible des associations pro-euthanasie qui veulent contraindre les institutions catholiques à faire entrer la mort administrée dans leurs murs.

    La sélection

    Euthanasie : le Conseil constitutionnel valide la loi

    Le JDD
  • Léon XIV : la nouvelle diplomatie

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : la nouvelle diplomatie

    31 août 2026

    Le voyage de l’archevêque Paul Richard Gallagher à Moscou a marqué un changement de paradigme définitif dans la diplomatie du Saint-Siège concernant la situation en Ukraine. Nous ne pouvons pas savoir ce qui s’est dit à huis clos lors de la rencontre bilatérale avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov

    Les discours d’ouverture prononcés tant par le Saint-Siège que par la délégation russe avant la rencontre, ainsi que lors de la conférence de presse qui a suivi, ont été diffusés par vidéo par le ministère russe des Affaires étrangères, et ils permettent de tirer de nombreuses conclusions.

    L’archevêque Gallagher est le secrétaire du Vatican chargé des relations avec les États, un poste comparable à celui d’un ministre des Affaires étrangères au sein du Saint-Siège. Il s’était déjà rendu à Moscou en 2021, mais ce deuxième voyage, cinq ans plus tard, a un impact plus important.

    D’une part, parce qu’il intervient dans le contexte de l’agression à grande échelle de la Russie contre l’Ukraine, qui a débuté en 2022 et se poursuit encore aujourd’hui. Ensuite, parce que les relations entre la Russie et le Vatican étaient excellentes sous le pape François, qui accordait une grande importance aux opinions de Moscou, mais qu’elles étaient en même temps tendues en raison de la manière dont le pape François lui-même avait fait savoir qu’il s’était adressé au patriarche Cyrille de Moscou, l’exhortant à ne pas être un « ecclésiastique d’État ». Enfin, parce que ce voyage a coïncidé avec un nouveau pontificat.

    Léon XIV n’a pas modifié la ligne diplomatique du Saint-Siège. Celle-ci est restée inchangée : le Saint-Siège promeut la paix, le Saint-Siège promeut le dialogue, et le Saint-Siège n’interrompt jamais ses relations diplomatiques, même dans les situations difficiles.

    Cependant, Léon XIV a adopté une approche différente, plus « diplomatique », si l’on peut dire.

    Le pape François s’appuyait fortement sur ses impressions personnelles et son charisme personnel. Léon XIV, en revanche, adoptait une approche plus conventionnelle et institutionnelle, avec un sens aigu du détail et la conviction que la paix ne peut être atteinte sans clarté.

    Dès son premier discours devant le corps diplomatique, le 16 mai 2025, Léon XIV a souligné que l’Église devait dire la vérité, même lorsqu’elle est incompréhensible pour le monde. Lors du rosaire et de la veillée de prière pour la paix du 11 avril 2026, Léon XIV est allé plus loin, soulignant que l’Église risquait souvent d’être méprisée.

    C’est à travers ce prisme que l’on peut interpréter la mission de Gallagher à Moscou.

    Gallagher ne s’est pas rendu à Moscou avec pour seule mission d’engager le dialogue à tout prix. Gallagher s’est rendu à Moscou avec pour mandat de clarifier la position du Saint-Siège, d’établir un dialogue dans la mesure du possible et, en tout état de cause, de ne rien garder secret, allant même jusqu’à mettre en lumière certaines des situations difficiles auxquelles est confrontée l’Église catholique en Russie.

    Ainsi, le voyage de Gallagher en Russie représente un véritable changement de paradigme.

    Dès son discours d’ouverture, Mgr Gallagher a clairement indiqué qu’il se trouvait en Russie parce que la Fédération de Russie l’avait invité, établissant ainsi un cadre de dialogue et un équilibre des pouvoirs. Il a toutefois également souligné qu’il existait des relations continues entre la Russie et le Saint-Siège, ainsi qu’un canal d’information qui a été maintenu ouvert – ce dont Mgr Gallagher s’est souvenu lors d’une interview accordée à Vatican News à la fin de son voyage.

    La phrase qui a le plus fait les gros titres – à juste titre – a été cette insistance de Gallagher : « Cette guerre doit prendre fin. » Seulement, Gallagher ne s’est pas contenté de dire que la guerre devait prendre fin. Il a appelé à des négociations claires et transparentes. Il a souligné les « divergences persistantes » entre la Fédération de Russie et le Saint-Siège dans l’évaluation de certaines situations, précisant que le Saint-Siège ne cédait pas à la propagande russe.

    Les propos de Mgr Gallagher n’ont toutefois pas eu l’impact qu’ils auraient pu avoir dans les médias occidentaux, probablement pour deux raisons.

    La première est d’ordre pratique : le « ministre des Affaires étrangères » du Saint-Siège s’est exprimé en anglais, mais ses propos ont été éclipsés par des vidéos diffusées avec une traduction en russe. Alors que le ministère russe des Affaires étrangères s’est empressé de transcrire et de diffuser le contenu exact des propos de M. Lavrov, ni la Secrétairerie d’État du Saint-Siège ni les médias du Vatican ne l’ont fait, bien qu’ils aient envoyé un journaliste pour accompagner l’archevêque.

    La deuxième raison tient au fait que la clarté de Gallagher ne laisse aucune place à la manipulation. Ce ne sont pas là des propos susceptibles d’être utilisés à la table des négociations de paix ou de guerre avec un parti pris politique, car l’archevêque a abordé ces questions avec clarté et courage.

    Le travail de Gallagher en Russie revêt également un certain raffinement.

    D’une part, il n’a pas manqué de souligner la responsabilité de la Russie, avec des propos qui ont dû trouver un écho puissant à huis clos. Le 26 août, l’archevêque Gallagher a rencontré Youri Ouchakov, le conseiller aux affaires étrangères de Poutine, lors d’un entretien particulièrement significatif. Le compte X de la Secrétairerie d’État, @terzaloggia, a rapporté la nouvelle. Le porte-parole du Kremlin, Peskov, a refusé de commenter cette rencontre, affirmant qu’aucune information n’avait été communiquée à ce sujet.

    D’autre part, Mgr Gallagher a réussi à instaurer une ligne de dialogue cohérente. Jusqu’à présent, cela a fonctionné au niveau des ambassades – une approche saluée par le « ministre des Affaires étrangères » du Vatican – et il y aura désormais des contacts réguliers au niveau du vice-ministre des Affaires étrangères et, en particulier, du ministre des Affaires étrangères.

    Le Saint-Siège reconnaît que la Russie est un acteur mondial qui ne peut être exclu des discussions, et il tend la main à une Moscou qui se sent de plus en plus isolée.

    Dans le cadre de ces contacts réguliers, le Saint-Siège maintiendra son engagement en faveur de la paix en Ukraine et de la poursuite de sa mission humanitaire. Il ouvrira également des voies de dialogue avec la Russie sur de nombreuses autres questions, allant de la situation au Moyen-Orient à l’intelligence artificielle.

    Ce que Gallagher a accompli pourrait être qualifié de diplomatie « classique » du Vatican. Cela n’aurait toutefois pas été possible sans que Léon XIV n’ait tracé les contours d’une approche différente, marquée par une rupture personnelle qui s’est néanmoins traduite par des actions concrètes.

    Reste à voir si la situation en Ukraine constitue un cas isolé, ou si la diplomatie papale poursuivra cette approche dans d’autres contextes.

    Dans un an et demi, par exemple, l’accord entre le Saint-Siège et Pékin concernant la nomination des évêques fera l’objet d’une nouvelle série de (re)négociations : Léon XIV privilégiera-t-il l’approche de la « diplomatie de la vérité », visant à rendre l’accord clair et public ? Ou adoptera-t-il une approche plus pragmatique, en acceptant certaines pressions chinoises afin de maintenir sa présence ?

    Il existe par ailleurs d’autres questions cruciales qui restent largement en suspens.

    De la situation de l’Église catholique au Venezuela à celle du Nicaragua, où le nonce et les diplomates du Vatican ont été expulsés, l’Amérique latine est une véritable poudrière. Le pape fera l’expérience directe de l’agitation qui règne en Europe lors de son prochain voyage en France. L’Amérique du Nord est en pleine guerre commerciale, et les États-Unis, pays natal du souverain pontife, font face à des élections de mi-mandat cruciales cet automne. Des guerres font rage en Afrique et l’instabilité règne en Terre Sainte, où le Saint-Siège continue de plaider en faveur de la solution « deux peuples, deux États ».

    Le voyage de Gallagher a marqué un tournant, mais il reste à voir où ce tournant mènera le Saint-Siège.

  • La nouvelle ambassadrice de la Belgique auprès du Saint-Siège est gay-friendly

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    D'InfoVaticana :

    Caroline Vermeulen, participante à la Gay Pride de Vienne, nouvelle ambassadrice de la Belgique auprès du Saint-Siège

    28 août 2026

    Le pape Léon XIV a reçu au Palais apostolique du Vatican Caroline Vermeulen, nouvelle ambassadrice de la Belgique auprès du Saint-Siège, à l’occasion de la présentation de ses lettres de créance. La diplomate arrive à Rome après avoir exercé, entre 2022 et 2026, les fonctions d’ambassadrice de la Belgique en Autriche, en Slovaquie et en Slovénie, ainsi que de représentante permanente auprès des organisations internationales ayant leur siège à Vienne.

    Au cours de ses quatre années passées dans la capitale autrichienne, Mme Vermeulen a participé aux marches de la Fierté de Vienne en 2023 et 2026 au sein du contingent « Diplomats for Equality ». Son action diplomatique a également inclus d’autres initiatives liées aux revendications LGBT et aux politiques d’égalité entre les sexes, notamment une projection du film Girl pendant le « Mois de la fierté » et son adhésion au réseau International Gender Champions.

    Deux participations à la Marche des fiertés de Vienne

    La participation de Mme Vermeulen à la Marche des fiertés est attestée à au moins deux reprises au cours de son mandat d’ambassadrice en Autriche.

    En juin 2023, la diplomate a fait partie du contingent de « Diplomats for Equality » lors de la 27e Regenbogenparade de Vienne. Ce groupe réunissait des ambassadeurs et d’autres représentants diplomatiques accrédités en Autriche afin de soutenir les revendications de la communauté LGBT.

    Vermeulen y a participé à nouveau en 2026, cette fois-ci lors de la 30e édition de la Gay Pride de Vienne, toujours aux côtés du contingent de Diplomats for Equality. Les comptes rendus de l’événement l’identifient expressément comme ambassadrice du Royaume de Belgique.

    Son engagement dans ce domaine ne s’est pas limité aux défilés. Le 17 mai 2026, la représentation belge à Vienne s’est jointe à une déclaration de Diplomats for Equality Vienna à l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie (IDAHOBIT), qui réaffirmait « l’égalité et la dignité des personnes LGBTI ».

    Une projection à l’occasion du « Mois de la fierté »

    En juin 2024, Mme Vermeulen et Carl Hallergård, alors ambassadeur de l’Union européenne auprès des organisations internationales à Vienne, ont organisé une projection du film belge Girl à l’occasion du « Mois de la fierté ».

    Le film, réalisé par Lukas Dhont, raconte l’histoire d’un adolescent de 15 ans qui s’identifie comme une femme et aspire à devenir danseuse. L’événement a été organisé en collaboration avec l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne et le festival international du film sur les droits de l’homme « This Human World ».

    L'annonce officielle présentait la projection comme faisant partie des activités organisées dans le cadre du « Mois de la fierté ».

    Membre d'International Gender Champions

    Au cours de son affectation à Vienne, Mme Vermeulen a également rejoint International Gender Champions, un réseau international qui rassemble des responsables d'organisations internationales, de missions diplomatiques et d'autres institutions engagées dans la promotion de l'égalité entre les femmes et les hommes.

    Dans le profil publié par l’organisation, la diplomate belge déclare : « La diversité, y compris la diversité de genre, dans un environnement professionnel améliore la qualité et les résultats du travail d’équipe. »

    Parmi ses engagements au sein du réseau figurent des initiatives destinées aux jeunes femmes ainsi que des actions de sensibilisation et de prévention de la violence à l’égard des femmes.

    De la Maison royale belge au Saint-Siège

    Née le 13 octobre 1973, Mme Vermeulen est mariée et mère de deux enfants, selon la biographie diffusée par le Bureau de presse du Saint-Siège. Elle a obtenu un master en histoire contemporaine à l’Université catholique de Louvain et aux Facultés universitaires Saint-Louis de Bruxelles, puis un master en études européennes au Collège d’Europe de Bruges.

    Elle est entrée dans le service diplomatique en 1997. Après avoir occupé des fonctions au Japon, au ministère des Affaires étrangères et à la Représentation permanente de la Belgique auprès de l’Union européenne, elle a été première secrétaire à l’ambassade en Russie entre 2002 et 2004.

    Entre 2004 et 2011, elle a occupé le poste de secrétaire de la reine Paola de Belgique au Palais royal de Bruxelles. Elle a ensuite dirigé le bureau belge à Taïwan entre 2011 et 2015, puis a été chef de mission adjointe à l’ambassade en République populaire de Chine jusqu’en 2019.

    De 2019 à 2022, elle a occupé le poste de directrice des relations extérieures européennes au ministère belge des Affaires étrangères. Sa prochaine affectation l’a conduite à Vienne, d’où elle a exercé simultanément les fonctions d’ambassadrice en Autriche, en Slovaquie et en Slovénie, ainsi que de représentante permanente auprès des organisations internationales.

    Ce jeudi, elle a présenté ses lettres de créance à Léon XIV en tant que nouvelle ambassadrice de la Belgique auprès du Saint-Siège. Le Bureau de presse du Vatican a rendu compte de l’audience et publié sa biographie, sans donner de détails sur le contenu de la conversation entre le pape et la diplomate.

  • France : une victoire bien méritée pour les opposants à l'euthanasie

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    De Luca Volontè sur la NBQ :

    L’euthanasie en France : une victoire bien méritée pour les opposants

    Le Conseil constitutionnel français reconnaît l'objection de conscience, tout en validant la loi injuste introduite par Macron. Ce résultat n'était pas acquis d'avance, notamment grâce au rôle des évêques français, qui nous incitent à défendre avec courage, expertise et un travail parlementaire rigoureux les principes non négociables.

    27/08/2026

    En France, l'euthanasie restera interdite dans tous les établissements privés qui le souhaitent, y compris les établissements catholiques : il leur suffit de déclarer leur respect de la vie dans leurs statuts ou par le biais d'un code de déontologie. Ce droit a été reconnu et garanti suite à la décision du Conseil constitutionnel qui, tout en confirmant la loi promue par Macron et la gauche, a décidé d'y inclure des clauses de conscience absentes du texte.

    Il s'agit d'une victoire significative qui, à l'instar de celles remportées au niveau paneuropéen en 2010 et 2012, nous enseigne à avoir du courage et à cultiver l'expertise, un travail parlementaire rigoureux et des réseaux de collaboration solides afin de pouvoir, aujourd'hui encore, réaffirmer la vérité et la raisonnabilité des principes non négociables et la juste interprétation des droits de l'homme. 
    De même, tous les pharmaciens se voient accorder le droit d'exercer leur profession, garantissant ainsi leurs droits et leur liberté de conscience – droits et libertés bafoués par la majorité au pouvoir. La promulgation officielle de la loi française sur la fin de vie, publiée au Journal officiel, le confirme. 

    Dans le contexte d'une loi injuste, à l'instar de la constitutionnalisation de l'avortement, également promue par Macron, la protection du droit et de la liberté de conscience représente une petite mais importante victoire pour la civilisation. Comme l'affirme Gregor Puppinck, président du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), l'un des promoteurs des avis soumis au Conseil constitutionnel : « Nous pouvons remercier Dieu pour cette victoire. En France, des lieux de refuge subsisteront où les personnes vulnérables ne seront pas en danger de mort. Nous allons maintenant poursuivre ce combat dans d'autres pays… afin de garantir également la liberté des institutions religieuses. En France, nous nous préparons à contester les décrets d'application qui seront adoptés par le gouvernement dans les prochains mois. »

    L'archevêque Laurent Ulrich de Paris a salué ces changements dans son message aux fidèles du 19 août, à l'occasion de la promulgation de la loi, les qualifiant d'« opportunité » et invitant les institutions dédiées aux soins des malades graves et spécialisées en soins palliatifs à trouver « dans ces réserves une incitation à préserver leur spécificité et à demeurer des lieux où personne ne sera tué ».

    Le reste de la décision du Conseil constitutionnel a consisté, comme prévu, en une confirmation de toutes les autres dispositions de la loi, telles que décrites ici. Ces pages abordent notamment le défaut d'information des familles, l'absence de possibilité de recours, l'euthanasie des personnes sous tutelle, etc. Dans sa version initiale, le texte stipulait que, si une personne était hospitalisée ou résidait dans certains établissements soumis à la législation, « le responsable de l'établissement doit autoriser l'intervention des professionnels impliqués dans la procédure », ainsi que l'accès à toute personne accompagnant la personne souhaitant mourir, sans exception, même en cas d'objection de l'établissement lui-même. Par ailleurs, aucune clause de conscience n'était garantie aux pharmaciens.

    Le rôle des catholiques, y compris des évêques, dans la demande du Conseil constitutionnel de respecter la clause de conscience est certain. Ce succès est mérité mais non acquis – et pourrait donner lieu à de nouveaux recours devant la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg – car parmi les membres du Conseil constitutionnel ayant pris cette décision figuraient deux promoteurs et militants de l'euthanasie, Jacques Mézard et Alain Juppé, ce qui rend la constitutionnalité du texte contestable. En l’espèce, le mémoire « externe » et fortement contestataire du texte approuvé par le Parlement, soumis le 30 juillet dernier au Conseil constitutionnel par la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la liberté de religion et de conscience, Nazila Ghanea, pourrait renforcer la position et les arguments des requérants.

    Permettez-moi une remarque personnelle. Il y a seize ans, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté une résolution et recommandation « impossible » ( n° 1762/2010 ) en raison du soutien massif apporté par les partis de gauche, socialistes et libéraux au texte initial, ouvertement parrainé par les principales multinationales pro-avortement et pro-euthanasie, qui interdisait l’objection de conscience tant pour les individus que pour les institutions de santé religieuses. À l’époque, le maintien des valeurs fondatrices du Parti populaire européen, considéré comme « impossible », est devenu possible grâce à un leadership courageux (le mien), à l’unité d’une poignée d’amis parlementaires (dont Renato Farina) et au leadership d’ONG chrétiennes, notamment Gregor Puppinck et Roger Kiska, alors à la tête de l’Alliance pour la défense de la liberté en Europe.

    Guidés par notre expertise, la certitude rationnelle des principes humains et chrétiens non négociables, et notre confiance en la Divine Providence (quant à l'issue), la victoire certaine des détracteurs de la vie et des violeurs des droits de l'homme s'est muée en leur première défaite cuisante. Cette défaite a été suivie, en 2012, par l’approbation d’un amendement à la résolution sur les déclarations de fin de vie, qui interdisait explicitement « l’euthanasie (définie comme le meurtre intentionnel d’un être humain non autonome pour un prétendu bénéfice) ». 

  • Accord controversé Vatican-Chine : comment le Saint-Siège croit apaiser un régime communiste

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    De sur The European Conservative :

    Accord controversé Vatican-Chine : comment le Saint-Siège croit apaiser un régime communiste

    En maintenant l'accord avec le PCC, le Vatican soutient de fait sa distorsion des pratiques religieuses et se rend dangereusement complice de l'escalade des violations des droits de l'homme dans le pays.

    26 août 2026

    Lord David Alton de Liverpool, membre éminent de la Chambre des Lords au Royaume-Uni, a récemment condamné l'accord provisoire de 2018 entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine (RPC) comme un « pacte avec le diable », soulignant sa complicité dans des « violations flagrantes » de la liberté religieuse et la trahison qui en résulte de l'Église clandestine dans le pays.

    « Dans le cas du régime communiste chinois, c’est un pacte avec le diable – un régime qui a commis un génocide contre les musulmans ouïghours et persécute les bouddhistes tibétains, les pratiquants de Falun Gong et les chrétiens chinois », a déclaré Alton . 

    L'accord provisoire entre le Saint-Siège et le Parti communiste chinois (PCC), dont les détails restent confidentiels, concerne une possible intégration avec l'Association patriotique catholique chinoise (APCC), organisation reconnue par l'État. L'APCC a été fondée en 1957 sur ordre de Mao Zedong et est gérée par le Département du travail du Front uni du PCC , dans le but d'aligner le catholicisme sur l'idéologie communiste. Début 1958, Pékin avait illégalement nommé ses premiers évêques sans consulter le Saint-Siège. En juin de la même année, le pape Pie XII publia son encyclique Ad Apostolorum Principis, dans laquelle il dénonçait l'Église « parallèle » de Chine et refusait de reconnaître toute consécration épiscopale effectuée par l'APCC sans l'approbation préalable du Vatican. D'après les informations disponibles, il ressort également que cet accord renforce l'autorité suprême du PCC en matière de nomination des évêques et de création ou de dissolution de diocèses en Chine ; le pape ne fait qu'entériner les décisions du Parti.

    Les catholiques restés fidèles à Rome furent contraints à la clandestinité. Une figure marquante de cette époque fut le cardinal Ignatius Kung Pin-Mei, évêque catholique romain de Shanghai et administrateur apostolique de Suzhou et Nankin . Aujourd'hui encore, ces catholiques forment une Église clandestine, que le Vatican ne reconnaît plus en raison de l'accord provisoire. De nombreux prêtres, religieuses et laïcs continuent de subir l'emprisonnement, la torture et, dans certains cas, même l'exécution, pour avoir refusé de se conformer à l'Église institutionnelle du PCC. 

    Quelles que soient les intentions du Vatican en œuvrant à l'unification des catholiques au sein de l'Accord de paix du Congrès général (APCG), il était évident, au moment de la signature de l'accord, que la Chine, sous la direction du secrétaire général Xi Jinping, agissait de manière extrêmement répressive, notamment en matière de liberté religieuse. Les autorités chinoises répriment systématiquement les droits à la liberté d'expression, d'association, de réunion et de religion, et ciblent les opposants au gouvernement. Le renforcement du contrôle idéologique exercé par le PCC s'accompagne d'une assimilation forcée sévère des Tibétains et des Ouïghours, ainsi que de l'application d'un cadre sécuritaire national rigoureux à Hong Kong. L'impunité règne pour les crimes contre l'humanité commis au Xinjiang, où plusieurs centaines de milliers d'Ouïghours continuent d'être injustement détenus, selon un rapport de Human Rights Watch de 2026. En substance, Xi Jinping vise à siniser tous ses sujets, ce qui revient ni plus ni moins à une subjugation complète – ou plutôt à un endoctrinement – ​​des membres des groupes religieux susmentionnés afin de les aligner sur le programme politique du PCC et sa vision marxiste de la religion.

    Ce n'est pas la première fois que le Vatican cherche à conclure un accord avec un pays communiste. Cela s'est produit pendant la Guerre froide, notamment sous les pontificats de Jean XXIII (1958-1963) et de Paul VI (1963-1978). Dans le cadre de ce qu'on a appelé l'Ostpolitik, Rome a mené une diplomatie avec les régimes communistes tout en fermant les yeux sur les persécutions religieuses internes subies par les catholiques et les autres chrétiens. Parmi ses mesures d'apaisement, le Saint-Siège a consenti à cesser toute dénonciation publique de l'idéologie communiste athée et a laissé chaque gouvernement gérer ses affaires ecclésiastiques. 

    Parallèlement à la violation des accords par les communistes, l'Ostpolitik a permis l'infiltration du Vatican par des services de renseignement communistes, tels que le KGB soviétique, la Stasi est-allemande, la StB tchécoslovaque, la SB polonaise et l'ÁVH hongroise. Les voix dissidentes, comme celle du cardinal József Mindszenty, archevêque-prince d'Esztergom et primat-régent de Hongrie, ont été réprimées ; Mindszenty a été arrêté et torturé sous l'accusation d'« activité subversive ».  

    Le communisme est intrinsèquement mauvais. Outre la promotion d'une idéologie athée, les gouvernements communistes sont responsables de certains des événements les plus meurtriers de l'histoire moderne ; on estime qu'environ 100 millions de personnes ont perdu la vie sous leur autorité au cours du XXe siècle. De plus, l'héritage de cette idéologie se caractérise par la stagnation économique, la répression systématique des libertés fondamentales, des catastrophes environnementales et l'hypocrisie d'une élite dirigeante qui contredit ses propres principes d'une société sans classes. Par ailleurs, un « accord de paix » avec l'Église de Rome a peu de chances de modifier le cadre politique oppressif du PCC.

    Les initiatives entreprises par le gouvernement chinois pour « siniser » les religions vont bien au-delà du simple renforcement de la réglementation ; elles impliquent une reconfiguration des différentes confessions. Cela est particulièrement flagrant dans le catholicisme, qui possède une théologie structurée et systématique promouvant les valeurs occidentales, notamment les droits naturels inaliénables, et, plus inquiétant encore pour les autorités chinoises, contrairement aux autres religions, un chef suprême qui est également chef d’État : le pape. Nombre de fidèles chinois, refusant de se soumettre à la loi chinoise sur la protection de la vie privée (CCPA), continuent d’être détenus. 

    De plus, dans sa volonté de siniser la population chrétienne, le PCC a pris la mesure extrême de produire des éditions de la Bible pour les établissements d'enseignement publics qui modifient les récits des Évangiles, notamment l'épisode où Jésus pardonne à la femme adultère, tel que décrit dans l' Évangile de Jean. Dans cette version sinisée, Jésus la lapide en disant :  « Moi aussi, je suis pécheur. Mais si la loi ne pouvait être appliquée que par des hommes sans tache, la loi serait morte. » 

    Comme Lord Alton l'avait exprimé il y a peu, on aurait pu supposer que la libération des évêques et prêtres catholiques emprisonnés aurait dû être une condition préalable à l'approbation du Vatican quant à la prolongation de cet accord contestable. De plus, le Saint-Siège aurait dû exiger la levée de l'emprisonnement injuste de Jimmy Lai, militant pro-démocratie hongkongais, catholique loyal et profondément dévoué – condamné en février à vingt ans de prison. Le tribunal de Hong Kong a également infligé de lourdes peines à six anciens employés de son journal, désormais fermé, établissant ainsi une nouvelle norme en matière de restrictions à la liberté de la presse dans la ville.

    En maintenant son accord avec le PCC, le Vatican soutient de fait sa perversion des pratiques religieuses et se rend dangereusement complice de l'escalade des violations des droits humains en Chine. Les autorités romaines ont néanmoins la possibilité de se retirer de cet accord. À tout le moins, le Vatican devrait le rendre public, garantir la protection de la liberté religieuse et exhorter Pékin à abandonner les charges retenues contre Jimmy Lai et les autres détenus. Si la communauté catholique en Chine, face à l'Église clandestine, a pu continuer à défendre la justice et les droits humains malgré des décennies d'oppression, Rome peut sans aucun doute faire preuve de la force morale nécessaire pour la soutenir.

    Le père Mario Alexis Portella est prêtre de la cathédrale Santa Maria del Fiore et chancelier émérite de l'archidiocèse de Florence, en Italie. Docteur en droit canonique et en droit civil de l'Université pontificale du Latran à Rome, il est l'auteur de l'ouvrage *Islam : Religion de paix ? La violation des droits naturels et la dissimulation occidentale*  (Westbow Press, 2018).
  • Défendre la royauté sociale du Christ

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    De sur le Catholic Thing :

    Défendre la royauté sociale du Christ

    25 août 2026

    Peu de choses sont plus étrangères à l'imaginaire moderne que l'idée d'un roi chrétien. Nous sommes habitués à séparer le sacré du politique, la foi de la vie publique et l'Église de l'organisation de la société. Mais pendant une grande partie de l'histoire du christianisme, ces divisions auraient semblé presque impossibles.

    La fête du roi saint Louis IX de France (25 août) nous offre l'occasion de redécouvrir un joyau de la sagesse médiévale : l'idée que l'autorité politique puisse être véritablement orientée vers le Christ. Saint Louis IX, qui régna sur la France de 1226 à 1270, est considéré par beaucoup comme le plus grand roi du Moyen Âge et le seul véritable roi-saint de France. Son règne demeure un modèle durable de royauté chrétienne, à tel point que les générations suivantes de monarques français étaient censées l'imiter.

    On perçoit dans son règne une compréhension profonde et empreinte de sainteté, selon laquelle sa royauté appartenait au Christ.

    Dans son royaume, aucun État séculier ne se dissimulait sous les apparences religieuses, attendant d'en être séparé. Le royaume lui-même s'organisait autour des sacrements et de la vision de la foi concernant l'homme, la justice, l'autorité, la famille, le culte et le bien commun. Les catégories de « religieux » et de « séculier », qui nous sont si familières, ne structuraient pas la société médiévale.

    À l'inverse, le roi Louis IX gouverna en plaçant le salut des âmes de ses sujets au premier plan. Il gouverna pour la France, acquérant la Couronne d'épines, un fragment important de la Vraie Croix et la Sainte Lance, et commanda la construction de la magnifique Sainte-Chapelle à Paris pour abriter ces reliques. La Couronne d'épines devint le trésor sacré de la monarchie française, placée au cœur de la cour royale : ainsi, sa propre couronne était subordonnée à celle du Christ.

    Que signifie la royauté sociale du Christ ? En tant que catholiques, nous comprenons le Christ comme Prêtre, Prophète et Roi. Sa royauté s’étend sur les individus, les familles, les nations et les peuples. Le pape Pie XI l’a affirmé avec force dans  Quas Primas , son encyclique de 1925 instituant la fête du Christ Roi. Le Christ possède la royauté non seulement en sa divinité, mais aussi en tant qu’homme, ayant reçu du Père « puissance, gloire et royaume ».

    Le pape Pie XI a explicitement lié le salut des individus à l'organisation de la société, affirmant que la royauté du Christ ne saurait se limiter à la sphère privée. À la fin de l'encyclique  Quas Primas , il a exprimé l'espoir que la célébration annuelle du Christ Roi rappellerait aux souverains et aux princes qu'eux aussi doivent honneur et obéissance au Christ, et que l'État se doit de tenir compte des commandements de Dieu et des principes chrétiens dans l'élaboration des lois, l'administration de la justice et l'éducation de la jeunesse.

    Il ne s'agit pas d'un appel à ce que l'État force ses citoyens à se convertir, ni à imposer le catholicisme par la loi. Mais de reconnaître une évidence : les communautés politiques ne peuvent exister sans fondements moraux. Toute société repose sur des conceptions de la nature humaine, de la justice, des droits et devoirs de la famille, et du bien commun.

    Louis IX, dit Saint Louis, Roi de France (1215-1270) par Émile Signol, 1844 [Château de Versailles : source : Wikimedia Commons]

    Le christianisme catholique n'a jamais considéré l'autorité du Christ comme s'arrêtant aux portes de l'église. Pourtant, aujourd'hui, beaucoup se contentent de reléguer la foi à la sphère privée.

    La vie du roi Louis IX témoigne du sérieux avec lequel il assumait sa responsabilité première d'administrer la justice. Et parce que la justice est indissociable de l'amour, le souverain chrétien était appelé non seulement à gérer une bureaucratie, mais aussi à bâtir une société guidée par le bien.

    Sa sainteté était, elle aussi, indissociable de sa royauté.

    Louis était généreux envers les pauvres et les servait personnellement. Il se déguisait en mendiant et quittait le palais pour servir les plus démunis et rencontrer ses sujets. Époux et père dévoué de dix enfants, il prenait à cœur leur éducation dans la foi.

    Dans sa lettre à son fils Philippe III, il déclare : « Mon premier conseil est de tourner tout ton cœur vers Dieu et de l’aimer de toutes tes forces. » Sans cela, « nul ne peut être sauvé ni avoir la moindre valeur ». Ayant lui-même été élevé par une femme chrétienne fervente, saint Louis recommanda à son fils d’éviter le péché mortel, de se confesser fréquemment, d’aimer l’Église, de pratiquer la vertu, de rechercher la justice, d’éviter les guerres inutiles avec les autres chrétiens et de s’abstenir d’imposer un fardeau injuste à ses sujets.

    Pour lui, la sainteté personnelle et la justice du royaume étaient indissociables, et il ne voyait donc d'autre choix que de rechercher l'amour et la vertu. Saint Louis et les autres saints monarques d'Europe nous montrent comment le discernement peut s'appliquer concrètement au leadership, comment un chrétien peut gouverner avec magnanimité, bâtir, légiférer, administrer la justice, fonder une famille, servir les pauvres et rechercher la sainteté, le tout formant une vocation unique. Saint Louis mourut finalement lors de la huitième croisade, consacrant ses dernières années au service de la foi chrétienne qu'il avait défendue toute sa vie.

    Il existe aujourd'hui dans la sphère publique de bons chrétiens qui pressentent une perte, notamment dans la façon dont la politique est progressivement passée du déni de la suprématie spirituelle de l'Église à l'éloignement total des gouvernements de Dieu.

    La vision suffisamment vaste pour unifier ces préoccupations et proposer une solution est celle de la royauté sociale du Christ. Vision suprapolitique, elle transcende la politique tout en l'impliquant directement. Elle ne dépend d'aucun parti, élection, mouvement ou régime. Elle trouve son origine dans la nature même du Christ et peut se mettre en pratique car la royauté du Christ peut façonner concrètement les institutions et les personnes qui les composent.

    Et c’est peut-être là la plus grande leçon du roi Louis IX pour notre époque fracturée : le Christ ne cesse jamais d’être Roi, même si nos dirigeants élus ne le reconnaissent pas. Les chrétiens sont un peuple de miracles. Si nous recherchons une vision capable de renouveler l’âme de l’Europe, nous pourrions commencer par la conviction que le Christ est Roi dans tous les aspects de notre vie.

  • Nigéria : pillages des djihadistes et corruption du gouvernement; le témoignage de Mgr Kukah

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    D'Elisa Gestri sur la NBQ :

    Nigéria : Pillage des djihadistes, corruption du gouvernement

    En marge de sa participation à la Rencontre de Rimini 2026, Mgr Matthew Hassan Kukah s'est entretenu avec Compass au sujet de son pays d'origine, le Nigéria, où des djihadistes pillent les ressources naturelles et où le gouvernement est trop corrompu pour les arrêter.

    24/08/2026
    Mgr Kukah à la réunion de Rimini (photo d'Elisa Gestri)

    En marge de sa participation à la réunion de Rimini 2026, où il est intervenu lors d'une table ronde sur la liberté religieuse – « Au Nigéria, si vous demandez à quelqu'un s'il est chrétien ou musulman, il vous répondra : J'ai faim », a-t-il déclaré en préambule –, La Nuova Bussola Quotidiana a rencontré Son Excellence Matthew Hassan Kukah. Nigérian d'origine ethnique Ikulu, Monseigneur Kukah est évêque du diocèse de Sokoto depuis 2011. Ce diocèse est situé dans le nord-ouest musulman du pays, à la frontière du Niger, où les catholiques représentent entre 3 et 4 % de la population.

    Originaire d'Anchuna, dans la région centrale du Nigeria , son parcours est plus qu'impressionnant : après son ordination dans son pays natal, Monseigneur Kukah a obtenu deux diplômes – à Rome et à Bradford – et un doctorat à Londres, avant de mener des recherches à Oxford et à Harvard. Ancien secrétaire de la Conférence épiscopale du Nigeria, il est membre de la Commission nationale pour les violations des droits de l'homme de son pays, tandis qu'à Rome, il est consultant auprès du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et membre du Dicastère pour le service du développement humain intégral.

    Durant le temps qu'il a aimablement accordé à La Bussola , nous n'avons toutefois pas abordé ses qualifications universitaires ni son travail de médiation pour le compte du gouvernement nigérian entre la multinationale Shell et la tribu Ogoni. Nous nous intéressions à la situation actuelle du Nigeria, pris en étau entre les attaques d'extrémistes islamistes et l'exploitation illégale de ses ressources. Intrigués par son deuxième prénom, Hassan, nous avons entamé l'entretien en lui demandant de nous parler de ses origines familiales.

    Monseigneur Kukah, vos parents étaient-ils chrétiens ?
    Non. Ma famille suivait l’islam et les religions locales. 

    Comment avez-vous découvert le christianisme ?
    À l’école — j’ai fréquenté une école primaire gérée par l’Église catholique d’Anchuna, mais elle était entièrement administrée par des laïcs. À huit ans, j’ai reçu le baptême, puis les autres sacrements.

    Peut-on donc dire que vous avez eu de la chance ?
    Absolument. Je n'oublierai jamais ma gratitude envers Dieu pour cela. De plus, j'ai bénéficié d'une excellente éducation, inaccessible à ma famille, qui était pauvre. L'éducation est très coûteuse au Nigéria.

    Comment vos parents ont-ils réagi à votre conversion au christianisme ?
    Mon père était indifférent. Ma mère a été choquée quand j’ai commencé le petit séminaire de Zaria : elle aurait souhaité, comme il est naturel, que je me marie et que j’aie des enfants. En revanche, ma grand-mère, chez qui j’ai grandi, était très heureuse pour moi. Elle n’était pas chrétienne, mais elle était heureuse pour moi.

    Comment s'est poursuivi votre parcours ?
    J'ai continué mes études au Grand Séminaire de Jos, dirigé par les Pères Augustins. La présence augustinienne est forte au Nigéria ; j'ai notamment rencontré le pape Léon XIV à plusieurs reprises lorsqu'il était encore évêque et qu'il visitait le pays. J'ai été ordonné prêtre en 1976, le premier prêtre catholique de l'ethnie Ikulu. Il faut savoir que les Ikulu, un groupe ethnique majoritairement nigérian, représentent un peu plus de 100 000 personnes sur une population totale de 250 millions. Ma génération (Monseigneur Kukah est né en 1952 ) a vu naître les premiers prêtres nigérians. Auparavant, nos prêtres étaient exclusivement blancs.

    Dans le nord-est du Nigéria, ainsi que dans les pays voisins comme le Niger, le Cameroun et le Tchad, des extrémistes islamistes de l'ISWAP (Province de l'État islamique en Afrique de l'Ouest), une branche de l'EI, sont actifs. Ce groupe a acquis une influence considérable en Afrique au cours de la dernière décennie. Quels sont les modes opératoires actuels de ces groupes terroristes ?

    L'extrémisme islamique a évolué. Si, il y a quinze ou vingt ans, Boko Haram persécutait uniquement les chrétiens dans le but de convertir la population à l'islam par la force, et d'établir un califat où la charia pourrait être instaurée, les groupes actuels n'ont aucun contact avec la population : ils vivent dans la clandestinité et ne se déplacent que pour tuer, piller et commettre des exactions. Leurs attaques ne sont pas motivées par des raisons religieuses ; il est donc inexact d'affirmer qu'ils ne persécutent aujourd'hui que les chrétiens. Leurs attaques ne tiennent aucun compte des croyances religieuses : ils tuent dans les fermes, les églises, les mosquées, les domiciles, n'importe où. De plus, il s'agit de différents groupes affiliés à l'EI, mais divisés entre eux. Par conséquent, si vous êtes tué, vous ignorez souvent l'identité du ou des auteurs de votre crime. La situation est extrêmement compliquée : la seule chose qui unit ces groupes, et Boko Haram, c’est la violence et le commerce des minéraux .

    Que voulez-vous dire ?
    Eh bien, ces bandits se financent grâce au trafic de minéraux précieux. Comme vous le savez, la demande mondiale de minéraux et de terres rares a explosé. Le Nigéria est incroyablement riche en gisements, mais manque de la technologie nécessaire à leur extraction ; la population ignore même la valeur de ces pierres. Il arrive, par exemple, que quelqu'un qui trouve un diamant dans le sol le revende pour un dollar pièce à des trafiquants sans scrupules. Nos ressources minérales sont exploitées légalement et illégalement par la Chine – les Chinois ont été les premiers à extraire des minéraux de chez nous il y a vingt ans – mais aussi par l'Europe et d'autres pays, et sont convoitées par l'Amérique. Les travailleurs nigérians qui peinent dans les mines vivent dans des conditions proches de l'esclavage et souffrent de maladies terribles qui affecteront leurs enfants et petits-enfants pendant des générations. Des extrémistes islamistes se sont impliqués dans ce trafic : ils tuent des agriculteurs et détruisent des fermes pour faire place à de nouveaux sites miniers, forçant des personnes, y compris des enfants, à travailler dans les mines. Des millions de personnes – entre 3 et 5 millions selon les estimations – ont été contraintes de fuir les attaques extrémistes, abandonnant leurs terres et leurs exploitations agricoles. L'agriculture, principale ressource économique traditionnelle du pays, a été entièrement anéantie.

    Le partage des ressources minières du Nigeria entre les États étrangers que vous avez décrit ressemble à une forme de colonialisme économique, après la fin du colonialisme proprement dit…
    Absolument.

    Alors, rien n'a changé depuis l'époque coloniale ?
    Une seule chose a changé : maintenant, au lieu de Blancs, il y a des Noirs.

    Le gouvernement nigérian est-il complice du trafic d'êtres humains et des violences, ou est-il impuissant à les combattre ?
    La situation est extrêmement difficile à maîtriser, et le gouvernement n'est présent que par le biais de l'armée, qui, pourtant, reste silencieuse et laisse faire. En tant qu'Italien, vous comprendrez : notre gouvernement ressemble à une mafia. J'aime faire cette comparaison : de même que la Covid-19 se greffe sur des pathologies préexistantes pour attaquer le corps humain, la situation que je viens de décrire se greffe sur une « maladie » préexistante, à savoir la corruption de notre gouvernement. Le Nigeria est un État corrompu. Il a perdu la capacité d'appliquer les lois, qui existent pourtant, tout comme il existe une Constitution. Le même phénomène se produit à chaque élection politique : il y a un candidat compétent et qualifié, la personne idéale pour influencer positivement la gouvernance du pays. Mais il ne sera pas élu car un autre candidat, plus riche, achètera l'élection.

    Le 19 décembre, Monseigneur Kukah fêtera ses cinquante ans de sacerdoce. Nous lui demandons s'il a prévu quelque chose pour l'occasion. 
    « On m'a proposé une voiture en cadeau, ou une grande fête à la nigériane – vous savez comment sont les gens ici – mais j'ai une toute autre idée en tête pour remercier le Seigneur : je collecte des fonds pour un projet au profit de ma ville natale, Anchuna, où la population est majoritairement chrétienne. Il y a deux collines aux abords de la ville, l'une un peu plus haute que l'autre : sur la première, je veux installer une grande croix, et sur la seconde, une statue de la Vierge. Nous aménagerons des sentiers sur les deux collines pour permettre aux pèlerins de s'y rendre : le sentier menant à la statue est facile et accessible à tous, y compris aux familles et aux enfants, tandis que l'autre, plus escarpé, est réservé aux randonneurs expérimentés. »

    Ne trouvez-vous pas symbolique que le chemin vers la Vierge soit plus facile que le chemin vers la croix ?
    Monseigneur Kukah sourit : « C’est vrai, mais depuis la statue de la Vierge, on peut voir la croix. » 

  • Saint Louis, roi de France

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    51HV2NMERAL._SS500_.jpgIl y a une quinzaine d'années, Jacques Le Goff a publié une biographie magistrale de saint Louis qui a été saluée par les spécialistes comme une oeuvre historique innovante et qui rendait justice à ce roi prisonnier de sa légende; en voici une présentation intelligente, due à Pierre Gendron, sur "Spiritualité 2000"

    "Sur la sainteté de saint Louis, comme fil conducteur possible, il y aurait beaucoup à dire. C'est une question sur laquelle Jacques Le Goff apporte un éclairage nouveau. Son travail fait ressortir toute l'actualité de saint Louis comme exemple de saint laïc. Dans ce but, l'auteur procède à l'examen d'un document produit par un contemporain de saint Louis qui a justement l'avantage de représenter le point de vue du laïc. Il s'agit d'un témoin exceptionnel, une figure remarquable de l'entourage du roi, qui fut à la fois grand sénéchal du royaume et dès sa jeunesse un ami: Joinville. (Louis IX, né en 1214 et mort en 1270, a été canonisé en 1297. Jean, sire de Joinville, est né en 1224; il est octogénaire quand il compose son ouvrage, terminé en 1309; et il meurt lui-même en 1317 à l'âge de 93 ans.)

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  • Léon XIV : Un Augustin de bout en bout (et toujours une énigme)

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    De Christopher R. Altieri sur Crux Now :

    Léon XIV : Un Augustin de bout en bout (et toujours une énigme)

    Dans deux discours prononcés ce week-end, le pape Léon XIV a rappelé trois choses aux observateurs du Vatican : un augustinien siège sur le siège de Pierre ; c’est un homme d’une intelligence puissamment incisive et parfaitement formée ; et nous ne savons toujours pas grand-chose sur la manière dont il entend gouverner.

    Prenons l'exemple des propos tenus par Léon XIV devant les participants d'une réunion du Réseau international des législateurs catholiques, concernant la nécessité de l'intelligence humaine avant et après l'intelligence artificielle. Ils montrent que Léon ne fait pas étalage de son savoir, mais que son érudition est aussi indéniablement profonde que délibérément discrète.

    « Chers amis », a déclaré Léon XIV aux législateurs vendredi, « le monde n’a pas besoin d’une intelligence artificielle qui diminue l’humanité ; il a plutôt besoin d’une intelligence humaine éclairée par la sagesse, d’une autorité politique guidée par la conscience et d’une innovation technologique dirigée par la charité. »

    « Ce n’est qu’alors que l’intelligence artificielle deviendra non pas une rivale de l’humanité, mais une servante du bien commun », a déclaré le pape.

    sous-texte augustinien

    Ces lignes résumaient à merveille toute la philosophie politique de Léon, ancrée dans son anthropologie, deux domaines profondément augustiniens. Léon XIV est, après tout, un augustinien, quoi qu'il soit d'autre.

    Dans ces lignes, on retrouve également un sous-texte de guerre spirituelle – discernable dans l’abstraction mais indissociable dans la réalité – elle aussi enracinée dans la vision du monde augustinienne.

    « Sans la charité », écrivait saint Augustin dans le livre IX de sa Cité de Dieu , « la connaissance ne fait aucun bien, mais elle enfle l’homme ou le magnifie d’un vent vide. »

    Le grand évêque et Docteur de l'Église poursuivra en disant que la connaissance sans charité est la propriété des démons.

    Bien que je ne puisse affirmer avec certitude qu'il y pensait en rédigeant ses remarques, c'est le genre de chose que l'Augustin sait au fond de lui, même et surtout lorsqu'il n'y pense pas consciemment. En tout cas, on le perçoit presque dans la manière dont Léon XIV a formulé la question fondamentale que pose la révolution de l'IA, avec une urgence palpable pour nous tous.

    « La technologie aide-t-elle les gens à devenir plus fraternels et responsables envers eux-mêmes et envers les autres ? » a demandé Léon.

    « À cet égard », a-t-il déclaré, « les principes de la doctrine sociale de l’Église – la dignité inviolable de toute personne, le bien commun, la destination universelle des biens, la subsidiarité et la solidarité – constituent les critères sûrs de discernement. »

    Voilà qui est matière à réflexion.

    hobbesianisme et augustinisme

    Samedi, Léon XIV s'est adressé aux capitaines régents et aux législateurs de la République de Saint-Marin, un micro-État de la péninsule italienne qui existe sans interruption depuis le IVe siècle.

    Les capitaines régents sont choisis parmi un corps législatif de 60 membres pour exercer un mandat de six mois à la tête de la cité-État et de ses 35 000 citoyens, un rôle essentiellement symbolique.

    Fondée par les saints Marin et Léon – des tailleurs de pierre dalmates, selon la tradition – qui fuirent la dernière grande persécution romaine des fidèles chrétiens et vécurent en ermites avant de recevoir les ordres sacrés, Saint-Marin est la plus ancienne république du monde à avoir existé sans interruption.

    Léon XIV profita de l'occasion pour exprimer son désaccord avec l'anthropologie et la vision du monde de Thomas Hobbes, un penseur reconnu par tout le spectre des opinions politiques savantes – qu'elles soient favorables ou défavorables – comme étant au cœur du projet de modernité politique.

    Hobbes figurait autrefois au programme des cours d'introduction à la philosophie à l'université, mais de nos jours, rares sont ceux qui le connaissent. C'est regrettable, car les idées qu'il a développées sont d'une grande actualité dans la politique et la culture contemporaines.

    Bien que Léon XIV n'ait pas mentionné Hobbes de nom, il s'en est pris au (très) célèbre théoricien politique, qui a (très) tristement décrit la nature humaine comme étant en guerre contre elle-même, et les êtres humains en dehors de la société politique – à l'état de nature – comme étant en guerre les uns contre les autres, et les sociétés politiques comme étant à l'état de nature les unes envers les autres.

    Hobbes soutenait également que la liberté appartient aux républiques, et non aux citoyens.

    « La liberté », écrivait Hobbes au chapitre XXI de son Léviathan , « n’est pas la liberté des individus, mais la liberté de la communauté », c’est-à-dire de la république (par laquelle Hobbes entendait toute société politique, quelle que soit sa constitution). « On peut lire sur les tours de la ville [italienne] de Lucques », donnait Hobbes en exemple, « le mot LIBERTAS ».

    « Pourtant, nul ne peut en déduire, poursuivit Hobbes, qu’un homme en particulier y jouit de plus de liberté ou d’une plus grande immunité vis-à-vis du service de la République qu’à Constantinople », alors gouvernée par des despotes ottomans. « Qu’une République soit monarchique ou populaire, écrivait-il, la liberté demeure la même. »

    Comparez ce point de vue avec celui que Léon XIV a présenté, samedi, aux gouverneurs et aux citoyens de Saint-Marin.

    « Tout au long de sa longue histoire », a déclaré Léon aux Sanmarinais, « votre République a toujours gardé pertinentes les paroles que l’on pourrait décrire comme le testament spirituel de son Fondateur : Relinquo vos liberos ab utroque homine, dont l’essence est clairement capturée dans la devise, Libertas . »

    « Un seul mot, et pourtant d’une importance capitale », a déclaré Léon XIV. « Dans le contexte de l’histoire d’un peuple et d’un État », a-t-il ajouté, « il exprime assurément l’aspiration à l’autodétermination et à l’indépendance vis-à-vis des autres autorités politiques. »

    « En même temps, » a déclaré Léon, « Libertas signifie bien plus. »

    « Avant toute chose », a déclaré Léon samedi, « je tiens à souligner qu’il n’y a pas de véritable liberté civile sans liberté individuelle – c’est-à-dire sans respect et promotion de la dignité de la personne humaine, dont la liberté est une composante essentielle. »

    « En fin de compte, » dit-il, « cette liberté est un don de Dieu, dont la voix résonne dans la conscience de chaque être humain. »

    En d'autres termes, Léon XIV proposait une alternative à la vision hobbesienne qui imprègne la politique et la culture, une alternative ancrée dans l'histoire et lucide quant à la nature humaine qui est en fin de compte l'œuvre de Dieu.

    Une question de citoyenneté

    Au début de son pontificat, Léon a adressé quelques remarques autobiographiques au corps des diplomates accrédités auprès du Saint-Siège, dans lesquelles il décrivait sa propre histoire comme « celle d’un citoyen, descendant d’immigrants, qui à son tour a choisi d’émigrer ».

    « Nous pouvons tous, au cours de notre vie, être en bonne santé ou malades, avoir un emploi ou être au chômage, vivre dans notre pays natal ou dans un pays étranger, mais notre dignité reste toujours inchangée », a déclaré Léon XIV aux diplomates le 16 mai 2025, « c’est la dignité d’une créature voulue et aimée de Dieu. »

    « Citoyen » est un autre terme chargé d’éléments augustiniens (sur lequel j’ai beaucoup plus parlé dans mon livre sur les défis auxquels est confronté le pontificat actuel).

    « Il existe une cité de Dieu », écrivait Augustin dans le livre XI de La Cité de Dieu , « et son Fondateur nous a inspiré un amour qui nous fait convoiter sa citoyenneté. »

    Le désir d'une amitié parfaite avec Dieu et tous nos semblables dans une heureuse éternité est un désir qui vit dans le cœur humain (encore un terme revêtant une signification particulière dans la perspective augustinienne), et le baptême est le signe efficace et la promesse de la citoyenneté dans cette cité.

    Il existe aussi une « cité terrestre » – la Cité de l’Orgueil – fondée non pas sur l’amitié mais sur le fratricide, et finalement sur le meurtre d’Abel par Caïn.

    Bien trop souvent, la Cité de Dieu de saint Augustin – le concept articulé dans l’ouvrage du même nom – est confondue ou amalgamée avec l’Église, tandis que la Cité terrestre est confondue ou amalgamée avec l’ordre politique en place, quelle que soit sa constitution.

    Bien que je ne conteste pas ce point ici, il y a de fortes chances que cette interprétation erronée, du moins telle qu'elle se produit de nos jours, comporte un élément hobbesien distinct.

    Saint Augustin concevait la Cité de Dieu comme étant en pèlerinage dans le monde, et il comprenait que l'Église – l'Église visible – était le signe de la présence pèlerine de cette Cité sur Terre dans l'histoire.

    Néanmoins, il n’existe aucune société politique unique – pas même la Rome des païens – que l’on puisse identifier simplement à la Cité terrestre.

    Dans l'histoire, les ordres politiques apparaissent et disparaissent. Les sociétés politiques se forment, se développent, changent, déclinent, se décomposent, disparaissent, puis de nouvelles prennent leur place.

    Il convient de mentionner ici que les chrétiens du temps de saint Augustin étaient confrontés à une accusation assez semblable à celle portée contre les chrétiens et le christianisme de nos jours : que la religion chrétienne ne peut soutenir la morale d’une république.

    À l'époque d'Augustin — qui, il convient de le mentionner, correspond aux dernières décennies de la puissance impériale romaine en Occident —, la république romaine était la norme.

    La Cité de Dieu de saint Augustin était véritablement une réfutation de l'accusation portée contre les chrétiens et le christianisme à son époque, une réfutation fondée sur une réelle connaissance de l'histoire romaine à partir de laquelle le grand saint a élaboré une théorie générale de l'ordre qui influence encore la politique aujourd'hui.

    Même si Léon XIV n'avait pas explicitement tout cela à l'esprit lorsqu'il rédigeait ses discours du week-end, tout cela fait partie intégrante de la dimension spirituelle, intellectuelle et politique propre à l'augustinisme.

    Avoir un augustinien comme Léon XIV à la tête du pouvoir papal, eh bien, il va falloir un temps d'adaptation.

    Il est impossible de dire avec certitude – du moins pas encore – quelle différence tout cela fera dans la manière dont Léon gouvernera l'Église, mais c'est un prisme à travers lequel il convient d'analyser ce pontificat qui continue de se dérouler.

    Ce n'est pas rien.