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Politique

  • Le cardinal Semeraro béatifiera ce samedi à Ibiza vingt prêtres assassinés par haine de la foi en 1936.

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    D'InfoVaticana :

    Semeraro béatifiera ce samedi à Ibiza vingt prêtres assassinés par haine de la foi en 1936.

    Juan Torres et ses dix-neuf compagnons, âgés de 24 à 77 ans, sont décédés entre le 7 août et le 13 septembre 1936 ; dix-sept d’entre eux, au château de Dalt Vila.

    Le cardinal Marcello Semeraro, préfet du dicastère pour les causes des saints, béatifiera Juan Torres Torres et dix-neuf de ses compagnons ce samedi 17 octobre à 11 h à la cathédrale d'Ibiza. Ces prêtres diocésains ont été assassinés par haine de la foi entre août et septembre 1936 sur le territoire du diocèse d'Ibiza. Le cardinal Semeraro présidera la cérémonie au nom de Léon XIV, qui a autorisé la promulgation du décret reconnaissant leur martyre le 18 juin. Selon le diocèse, il s'agira de la première béatification célébrée aux îles Baléares.

    Le diocèse entame aujourd'hui, vendredi, sa veillée par un pèlerinage sur les lieux de décès des nouveaux bienheureux. Mgr Vincent Ribas présidera une prière à 10h00 au château de Dalt Vila, aujourd'hui transformé en parador (hôtel d'État). Il priera ensuite à Sa Carrossa et à La Savina, sur l'île de Formentera, puis à 19h00 sur la place de l'église Sant Carles. À 20h30, il présidera les vêpres en l'église Santa Eulària. Dimanche 18, une messe d'action de grâce sera célébrée à la cathédrale. Les 24 et 25 octobre, des messes seront célébrées dans toutes les paroisses. Enfin, le 6 novembre, la fête liturgique des nouveaux bienheureux sera célébrée pour la première fois.

    Les vingt prêtres, âgés de 24 à 77 ans, périrent en un peu plus de cinq semaines, entre le 7 août et le 13 septembre 1936. Le premier à mourir fut Juan Torres Torres, qui donna son nom à la cause. Ordonné le 6 juin de cette année-là, il fut tué à La Savina le 7 août, puis son corps jeté à la mer. Il avait 24 ans. Le plus âgé du groupe, José Tur Bennassar, avait été ordonné en 1884 ; un demi-siècle sépare donc les deux ordinations. Le lendemain de la mort de Torres, l’intendant de Sant Carles, Antonio Tur Costa, et son père furent fusillés ; selon le diocèse, son frère fut également tué plus tard à Santa Eulària, simplement parce qu’il était son frère. Dix-sept des vingt furent assassinés au château de Dalt Vila le 13 septembre, date à laquelle le diocèse commémore leur mémoire chaque année.

    Parmi eux, Antonio Roig Guasch, économe de Sant Francesc Xavier à Formentera, fut emmené à Ibiza, contraint d'abjurer sa foi et de blasphémer, et mourut à Sa Carrossa en criant « Vive le Christ Roi ! ». L' évêque Ribas résuma alors la cause en une phrase : « Ils sont morts uniquement pour leur foi . » Trois des futurs bienheureux, Antonio Cardona Vingut, José Ramón Escandell et Mariano Roig Marí, figurent dans les registres de la Confrérie du Saint-Christ du Cimetière, fondée en 1890. Sa présidente, María de las Nieves Jiménez Bonet, déclara au même journal : « C'est une immense joie que trois personnes ayant appartenu à notre confrérie soient béatifiées . »

    La cause a été ouverte par l'évêque Vicente Juan Segura le 23 novembre 2008. La phase diocésaine s'est achevée le 12 juin 2015 et Rome a reconnu sa validité le 27 janvier 2017. Les conseillers historiques ont approuvé la Positio le 28 janvier 2025, les théologiens ont donné leur avis favorable un an plus tard, et les cardinaux et les évêques du Dicastère ont rendu leur jugement le 16 juin 2026, deux jours avant l'approbation du Pape. La procédure a débuté avec vingt et un noms. Le Dicastère a exclu Francisco Planells Tur car, selon le diocèse, les preuves recueillies ne permettaient pas d'atteindre la certitude morale requise. Le diocèse examine également les cas de onze laïcs et d'un groupe de jeunes de l'Action catholique de la paroisse Sant Jordi.

    Cette béatification intervient deux jours après la mise à jour des données du Bureau des causes des saints de la Conférence épiscopale concernant la persécution religieuse des années 1930 : selon El Debate , on compte 2 404 bienheureux, 11 saints et 3 040 cas de béatification encore à l’étude dans les diocèses, soit un total de 5 455, sans compter les cas en cours d’instruction ni ceux dont la cause n’a jamais été officiellement ouverte. Quatre-vingt-dix ans plus tard, ces vingt prêtres seront béatifiés dans la cathédrale du diocèse où ils ont exercé leur ministère, et non à Rome.


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  • Le professeur Jérôme Lejeune, l'éthique humaine et l'enfant à naître

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    De Michael J. Miller sur le CWR :

    Le professeur Jérôme Lejeune, l'éthique humaine et l'enfant à naître

    La distinction philosophique entre la transmission de la forme et la transmission de la matière exclut les arguments matérialistes grossiers selon lesquels le fœtus ne serait qu’un « simple amas de cellules », une « partie du corps de la femme » ou sa propriété exclusive.

    16 octobre 2026


    Photo : Dr Jérôme Lejeune (1926-1994). Crédit : Fondation Jérôme Lejeune via Wikimedia (CC BY-SA 3.0).

    Le 7 mai 1974, moins de 500 jours après que la Cour suprême des États-Unis a rendu la désastreuse décision Roe v. Wade légalisant l’avortement dans tout le pays, un généticien de renommée mondiale témoignait devant la sous-commission des amendements constitutionnels de la commission des affaires judiciaires du Sénat américain. Il venait soutenir une proposition d'amendement sur le droit à la vie (Human Life Amendment).

    Le docteur Jérôme Lejeune exerçait la médecine auprès d’enfants atteints de déficiences intellectuelles. Il était également professeur de génétique fondamentale à l’Université René Descartes à Paris et un défenseur éloquent des êtres humains à naître. Des extraits de son témoignage ont été publiés par la Human Life Review (hiver 1975, pages 105-107) sous le titre « Annexe C : La génétique humaine et l’enfant à naître ». La majeure partie de ce texte est réimprimée ici, accompagnée de commentaires. L’anglais parlé par le témoin expert était excellent, mais parfois peu idiomatique ; les clarifications ponctuelles sont indiquées entre crochets.

    Lejeune déclara :

    La transmission de la vie est tout à fait paradoxale. Nous savons avec certitude que le lien qui unit les parents aux enfants est à chaque instant un lien matériel, car nous savons que c’est de la rencontre de la cellule féminine (l’ovule) et de la cellule masculine (le spermatozoïde) qu’émergera un nouvel individu.

    Mais nous savons avec le même degré de certitude qu'aucune molécule, aucune particule individuelle de matière contenue dans l'œuf fécondé, n'a la moindre chance d'être transmise à la génération suivante. Par conséquent, ce qui est réellement transmis, ce n'est pas la matière en tant que telle, mais une conformation spécifique de la matière, ou plus précisément, [une sorte d'] « information ».

    Le cadre des trimestres fixé par Roe v. Wade était complètement arbitraire, sans le moindre fondement biologique ou philosophique. Il reflétait plutôt l'approche de l’establishment protestant libéral aux États-Unis à cette époque : son « Évangile social » (Social Gospel) désacralisait la loi morale et élargissait la liberté individuelle afin de réformer et de moderniser la société. Pour les partisans de l’Évangile social, la décision de la Cour suprême semblait être une tentative raisonnable de « concilier » les droits de l’enfant à naître avec les intérêts de la mère et le bien commun. Cette mise en balance des intérêts présuppose toutefois que plus l’être humain est petit, moins il est humain et moins il a de droits.

    Le « paradoxe » initial de Lejeune ne s'attaque pas au système des trimestres, mais pose une question radicale : comment une nouvelle vie humaine commence-t-elle ? Le lien avec les parents est matériel, mais pas exclusivement, et il n'y a donc pas « plus » de vie humaine à mesure que l'embryon grandit.

    Dans le paragraphe suivant, Lejeune compare « la machinerie complexe des molécules codées comme l'ADN, les protéines d'ARN, etc., qui sont le véhicule de l'hérédité » avec d'autres « processus de reproduction, qu'ils soient naturels ou artificiels ». Par exemple, une statue doit être construite dans un matériau quelconque et ne pourrait pas exister si [elle était] faite de pur vide.

    Pendant le processus de moulage, il existe à chaque instant une contiguïté de molécules [c'est-à-dire un contact physique] entre la statue et le moule, puis, plus tard, entre le moule et la réplique. Mais évidemment, aucune matière n'est reproduite, car la réplique pourrait être en plâtre, en bronze ou en n'importe quoi d'autre. Ce qui est effectivement reproduit, ce n'est pas la matière de la statue, mais la forme gravée dans la matière par le génie du sculpteur.
    La distinction philosophique entre la transmission de la forme et la transmission de la matière exclut les arguments matérialistes grossiers selon lesquels le fœtus ne serait qu’un « simple amas de cellules », une « partie du corps de la femme » ou sa propriété exclusive.
    Certes, la reproduction des êtres vivants est infiniment plus délicate que la reproduction d'une forme inanimée, mais le processus suit une voie très similaire, comme nous le verrons à travers un autre exemple familier.
    Sur la bande magnétique d'un magnétophone, il est possible d'inscrire, par de minuscules modifications du magnétisme local, une série de signaux correspondant, par exemple, à l'exécution d'une symphonie. Une telle bande, si elle est introduite dans la machine appropriée, jouera la symphonie, bien qu'il n'y ait pas de musiciens dans la machine et qu'il n'y ait même pas de notes écrites sur la bande. C'est ainsi que se joue l'existence. [= C'est ainsi qu'une vie humaine se déroule.]

    Note sur les supports audio pour les lecteurs de la génération Y (Millennials) : Les disques vinyles reproduisaient les ondes sonores en faisant vibrer l'aiguille d'un tourne-disque le long d'un sillon en spirale. Les enregistrements sur bande magnétique étaient encore analogiques, bien que dans ce cas, les vibrations soient enregistrées sous forme de fluctuations magnétiques au fur et à mesure que la bande se déroulait. Dans l'audio numérique, des paquets distincts d'informations, des séries de uns et de zéros, ressemblent au code génétique, qui est composé de séquences de quatre bases – l'adénine, la cytosine, la guanine et la thymine (A, C, G et T) – le long de la double hélice.

    Mais, dans cette analogie, la bande magnétique est incroyablement fine, car elle est réduite à la taille d'une molécule d'ADN, dont la miniaturisation est déroutante. Pour donner une idée de cette exigüité, rappelons que dans ce fil, chaque caractéristique de chacun de nous est exactement décrite. Tu auras les cheveux blonds, les yeux noisette ; tu mesureras un mètre quatre-vingts et tu vivras quelque quatre-vingts ans, si aucun accident de la route n'intervient !
    Toutes ces instructions, donnant la description complète d'un homme, sont écrites dans un fil d'un mètre de long. Mais le fil est si fin et si soigneusement enroulé à l'intérieur du noyau de la cellule qu'il tiendrait à l'aise sur la pointe d'une aiguille.

    Ici, le Dr Lejeune verrouille son argument implicite : la taille minuscule d'un être humain aux premiers stades de son développement ne diminue en rien son humanité, son identité ou sa valeur. Il a guidé avec charme son public de spécialistes — pour la plupart des juristes — par un chemin détourné vers cette conclusion, tout en restant dans son domaine de compétence en tant que généticien. Pourtant, le bon docteur impose une transition importante : il personnifie l'ADN (« chaque caractéristique de chacun de nous »), note qu'il est non seulement informatif mais qu'il a aussi une finalité, et décrit les « instructions » du code génétique dans un langage biblique, comme des commandements. Il introduit ainsi subtilement la notion d'un Législateur et de la loi morale comme une conclusion raisonnable qui découle des découvertes de la science génétique.

    …

    L'œuf fécondé est comparable à un magnétophone chargé. Dès que le mécanisme est déclenché, l'œuvre humaine est vécue [c'est-à-dire que la composition musicale "Cet être humain" est exécutée], en stricte conformité avec son programme. Le fait même que nous devions nous développer pendant neuf mois à l'intérieur de la protection corporelle de la mère ne change rien, comme vous pouvez facilement l'observer en regardant l'œuf de la poule, dont sortira le poussin. Cela ne fait aucune différence qu'il ait été incubé par la volaille ou par un appareil de chauffage électrique ! Le poussin reste un poussin.

    L'exemple de l'œuf de poule illustre le fait scientifique que Lejeune souligne souvent dans ses écrits : après la conception, aucune nouvelle information génétique n'est ajoutée lors du développement ultérieur ; l'embryon unicellulaire est un individu complet et unique.

    Si un jour un enfant peut être entièrement élevé dans une éprouvette, l'éprouvette ne croira jamais que l'enfant est sa propriété ! Une telle réduction de l'être humain à sa nature pure et simple n'est peut-être pas très agréable ni satisfaisante pour l'intuition, mais elle reflète fidèlement l'état actuel de nos connaissances scientifiques.
    Lorsqu'un nouvel étudiant entend pour la première fois une symphonie, disons Une petite musique de nuit de Mozart, il doit écouter l'ensemble pour la connaître. Mais s'il est mélomane, il reconnaîtra Mozart dès les premières mesures, et pourra en donner le titre à la deuxième ou troisième mesure. Il en va de même pour la symphonie humaine. Le spécialiste sait la reconnaître dès ses premiers accents, même si un plus grand nombre de mouvements divers sont nécessaires pour que sa forme générale devienne évidente pour tous.

    La « réduction » évoquée ici est celle dépeinte par Aldous Huxley dans son roman dystopique Le Meilleur des mondes, dans lequel les êtres humains commencent leur vie non pas in utero, mais dans des laboratoires industriels. Le traitement impersonnel d'un embryon humain ne fait pas pour autant de cet individu une personne moindre qu'une autre qui aurait été désirée et choyée.

    Lejeune pivote ensuite vers une autre « réduction » courante de l'être humain à ses facultés visibles : certaines personnes regardent la photo d'un embryon et disent : « Il ne ressemble pas et n'agit pas comme un être humain ». Poursuivant sa métaphore musicale, il répond qu'il fait exactement ce qu'un être humain fait à ce stade précoce de son développement.

    Les fils infinitésimaux de l'information génétique sont soigneusement enroulés dans de petits bâtonnets, les chromosomes, facilement visibles au microscope ordinaire. Ils sont un peu comme la bande magnétique à l'intérieur de la cartouche d'une minicassette.
    Il y a une vingtaine d'années, personne n'aurait pu distinguer la cellule d'un homme de celle d'un chimpanzé. Il y a dix ans, un simple comptage des chromosomes aurait donné la réponse : 46 s'il s'agit d'un homme, 48 s'il s'agit d'un chimpanzé. Depuis l'année dernière, si un étudiant qui regarde un œuf fécondé en division ou la cellule en division d'un blastocyste ne pouvait pas les différencier en disant : « Celui-ci est un être chimpanzé, celui-là est un être humain », il échouerait à l'examen de sa licence [= diplôme en génétique fondamentale]...

    Cet exemple démolit la théorie fantaisiste du XIXe siècle, développée sur la base de l'anatomie comparée, selon laquelle l'embryon humain passe par de nombreux stades correspondant à des formes de vie inférieures (poisson, reptile, singe) avant de devenir pleinement humain. Cette théorie a été enseignée dans les manuels scolaires jusque bien avant dans le XXe siècle ! Curieusement, le cadre par trimestres de la décision Roe v. Wade encourage ce type de pensée antiscientifique. Lejeune donne à ses auditeurs l'occasion de sauver la face en soulignant les progrès rapides de la science génétique.

    Ces faits de la génétique humaine peuvent paraître un peu trop théoriques, et il faut se demander si le bon sens peut reconnaître comme tel un si petit être humain. Si c'est très tôt, seul le scientifique, aidé de techniques perfectionnées, peut le dire. Si, disons, [les observations sont faites] à deux mois, tout le monde le sait, et le sait depuis des milliers d'années.
    À l'âge de deux mois, l'être humain mesure moins d'une longueur de pouce de la tête au croupion. Il tiendrait parfaitement dans une coquille de noix, mais tout est là : les mains, les pieds, la tête, les organes, le cerveau — tout est en place. Si vous regardiez de très près, vous verriez les plis de la paume, et si vous étiez cartomancien, vous pourriez y lire la bonne [aventure] de cette personne. En regardant encore de plus près au microscope, vous pourriez détecter les empreintes digitales comme Sherlock Holmes — tous les documents sont disponibles pour lui donner sa carte nationale d'identité !
    L'incroyable Petit Poucet existe bel et bien. Non pas celui du conte de fées, mais celui que chacun de nous a été. Car c'est à partir de cette histoire vraie que les contes de fées ont été inventés. Si les aventures du Petit Poucet ont toujours enchanté les enfants, si elles peuvent encore susciter l'émotion des adultes, c'est parce que tous les enfants du monde, tous les adultes qu'ils sont devenus, ont été un jour un Petit Poucet dans le ventre de leur mère.
    Mais nous, scientifiques, pouvons-nous accepter ces contes de fées ? La vérité est que la Nature elle-même le fait. Par exemple, l'avortement est un processus normal chez des mammifères imparfaits appelés marsupiaux. Ils possèdent une poche spéciale sur l'abdomen, commodément aménagée pour nourrir le petit [c'est-à-dire le descendant]. Chez le kangourou géant, l'avortement se produit au même stade que pour le petit Poucet chez l'homme, et il a en gros la même taille. Le fœtus avorté grimpe alors dans la fourrure de sa mère pour atteindre la poche.
    Le fait stupéfiant est que la mère kangourou le laisse faire, alors qu'elle ne permettrait à aucun autre type d'animal de s'y introduire ! Si le pauvre cerveau d'une femelle kangourou peut reconnaître la minuscule créature comme un être kangourou, il n'est pas [surprenant] que les généticiens puissent vous assurer en toute confiance que le Petit Poucet est bel et bien un véritable être humain.

    Le professeur Lejeune fait appel à l'imagination des législateurs de la sous-commission du Sénat, d'une manière qui rappelle la boutade de l'auteur romantique anglais Charles Lamb : « Même les avocats ont été des enfants autrefois ! ». Réentendre l'histoire du Petit Poucet, à l'âge adulte, peut éveiller un sentiment d'émerveillement face à la beauté du développement prénatal et un sentiment de solidarité avec les plus petits.

    Au milieu des années 1970, près de 90 % des médecins aux États-Unis étaient des hommes (en France, environ 85 %). L'exemple de la maman kangourou s'adresse au paternalisme élitiste qui dominait la profession médicale à l'époque.

    De la génétique moléculaire à la reproduction comparée, la nature nous a enseigné que, dès son être même [c'est-à-dire par essence], la « chose » avec laquelle nous avons commencé est un membre de notre lignée. [Parce qu'il est] lui-même, humain par nature, jamais une tumeur, jamais une amibe, un poisson ou un quadrupède, il est le même être humain de la fécondation jusqu'à la mort. Il se développera si le monde environnant n'est pas trop hostile. Et le seul rôle de la médecine est de protéger l'individu des accidents autant que possible tout au long du long et dangereux chemin de la vie.

    Des décennies plus tard, le philosophe suisse Bernard N. Schumacher observait qu'« Une personne en état de vulnérabilité nous enseigne que l'essentiel dans une vie humaine ne réside pas uniquement dans la dimension de l'utilité et de la performance, mais aussi dans l'attitude de dépendance confiante envers autrui. » [2]

    Notes de fin :

    [1] Cette perspective historique est résumée dans une critique de livre par Matthew Schmitz, « The Theology of Roe », dans First Things (février 2026) : 58-60.

    [2] Bernard N. Schumacher, « Qualité de vie et éthique de vulnérabilité », Revue suisse de pédagogie spécialisée (avril 2013) : 7-14, p. 13.

  • Hausse de la haine anti-chrétiens en Europe, deux poids deux mesures

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    Hausse de la haine anti-chrétiens en Europe, deux poids deux mesures

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    Thibault van den Bossche, chargé de plaidoyer pour la liberté religieuse  l’ECLJ (le Centre européen pour le droit et la justice), a été auditionné le lundi 12 octobre 2026 par la commission des pétitions du Parlement européen. Face à l’inertie de Bruxelles, la commission maintient ouverte la pétition de l’ECLJ « sur la montée présumée des sentiments antichrétiens et la nécessité d’une protection égale dans l’ensemble de l’Union », et poussera pour une résolution en plénière.

    La nécessité d’agir s’appuie sur la réalité des chiffres globaux fournis par l’Observatoire sur l’intolérance et la discrimination à l’encontre des chrétiens en Europe (OIDAC Europe), qui a recensé 2 211 crimes de haine antichrétiens sur le continent pour la seule année 2024, incluant 274 agressions physiques directes et 94 incendies criminels d’églises. L’ECLJ a ouvert l’audition sur le rappel du meurtre atroce d’Ashur Sarnaya, réfugié irakien chrétien ayant fui l’État islamique en 2014 pour finalement être égorgé à Lyon en septembre 2025 par un Algérien musulman radicalisé.

    Les trois visages d’une invisibilisation systémique

    Cette violence antichrétienne en Europe demeure largement occultée en raison de trois obstacles majeurs :

    • La sous-comptabilisation par les États, qui qualifient souvent le vandalisme des églises de simples « atteintes aux biens » et omettent de transmettre leurs données aux instances internationales comme l’OSCE.
    • La sous-déclaration par les victimes, qui renoncent à porter plainte par résignation, par peur ou par tendance à relativiser les faits.
    •  Un biais idéologique et politique, qui perçoit le christianisme uniquement comme une religion historiquement dominante et refuse de concevoir que les chrétiens puissent, eux aussi, être des victimes.

    En réponse, l’ECLJ demande dans sa pétition la nomination d’un Coordinateur de l’Union européenne chargé de la lutte contre les attaques et les discriminations contre les chrétiens, à l’instar des postes créés en 2015 pour les communautés musulmanes et juives. Nous réclamons également le renforcement de la collaboration entre les communautés, la société civile et les États afin de bâtir des cadres nationaux de coopération, briser l’autocensure et déployer des protections efficaces.

    Le clivage politique de Bruxelles face au «deux poids, deux mesures »

    Lors des débats, les représentants du Parti populaire européen (PPE), des Patriotes pour l’Europe (PFE), des Conservateurs et réformistes européens (ECR) et de l’Europe des nations souveraines (ESN) ont unanimement soutenu le maintien de la pétition, dénonçant une politique du « deux poids, deux mesures ». À l’inverse, les bancs des groupes du centre et de gauche sont restés intégralement vides. Ce désintérêt flagrant a été vivement fustigé par l’eurodéputé allemand Tomasz Froelich (ESN), rappelant qu’il s’agit pourtant de violations caractérisées des droits de l’homme.

    De son côté, le représentant de la Commission européenne au titre de l’article 17 du TFUE (relations avec les Églises) a livré une réponse particulièrement timorée. Tout en concédant le caractère inacceptable des violences, l’exécutif européen a affirmé qu’il comptait utiliser les textes existants mais « ne prévoyait pas de développer de nouveaux dispositifs », se défaussant ainsi sur la seule responsabilité des États membres. Illustrant cet immobilisme persistant, l’eurodéputée française Virginie Joron (PFE) a rappelé qu’une question écrite avait été déposée dès le 22 octobre 2025 par Fabrice Leggeri (PFE) pour exiger la nomination d’un Coordinateur européen, une interpellation restée sans réponse satisfaisante de la part de la Commission.

    La situation locale n’en demeure pas moins alarmante. L’eurodéputée espagnole Margarita de la Pisa Carrión (PFE) a condamné le silence des institutions face à ce qui s’apparente à la plus grande persécution religieuse sur le continent, rappelant que 67% des prêtres espagnols rapportent avoir subi des insultes ou des moqueries. En France, l’eurodéputée Laurence Trochu (ECR), qui conduit une pétition connexe réunissant déjà plus de 15 000 signatures, a pointé du doigt l’explosion de 70 % des atteintes aux personnes chrétiennes entre 2024 et 2025. Elle a également rappelé que le Parlement européen avait déjà validé le principe d’une telle protection en adoptant dans une résolution du 21 janvier 2026 un amendement qu’elle avait proposé déplorant l’absence de coordinateur dédié, tout en mettant en parallèle le sort des 380 millions de chrétiens persécutés à travers le monde.

    Face à l’insuffisance des réponses de l’exécutif, la commission PETI a choisi de maintenir la pétition ouverte. Elle exige désormais des informations officielles complémentaires de la Commission européenne et poussera pour obtenir un débat en plénière suivi d’une résolution. La nomination d’un Coordinateur européen est une pure question d’égalité et de justice, une demande d’ailleurs largement soutenue par l’Intergroupe sur la liberté de religion, la COMECE (Conférence des évêques de l’UE), le nonce apostolique Monseigneur Noël Treanor, ainsi que de nombreuses organisations de la société civile européenne.

    Signe qu’une prise de conscience globale est en cours, le 8 octobre 2026, le Parlement européen a adopté une résolution majeure sur la nécessité pour l’Union de se doter d’une stratégie contre l’entrisme islamiste et l’influence du réseau des Frères musulmans. Les eurodéputés y identifient explicitement la « haine antichrétienne » au même titre que l’antisémitisme, la soumission des femmes ou la remise en cause de la laïcité, comme un marqueur clair de radicalisation idéologique. De plus, le 24 juin 2026, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) est elle aussi saisie du sujet à travers une motion de résolution transpartisane intitulée « Crimes de haine, intolérance et discrimination à l’encontre des chrétiens d’Europe », exhortant les États à développer une stratégie commune pour prévenir ces crimes, y compris en ligne, et pour sécuriser les lieux de culte.

  • Du désordre séculier à l’ordre catholique

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    De David G. Bonagura, Jr sur le Catholic Thing :

    Du désordre séculier à l’ordre catholique

    16 octobre 2026

    Nous sommes arrivés à un moment culturel incroyable. Le tambourinement en apparence irrépressible d'un progrès illimité, qui a longtemps caractérisé la Modernité, a perdu son rythme. Les avancées technologiques et l’ingénierie sociale n’ont pas tenu leur promesse d'une « vie bonne », toujours aussi insaisissable. Au lieu de cela, un changement rapide et sans boussole a généré un mécontentement, une détresse et un désenchantement généralisés. Ce dernier adjectif est d’ailleurs devenu récemment le favori de plus d’un commentateur culturel.

    Les anciens auraient utilisé un mot différent pour décrire l'impasse de notre monde séculier : désordonné. Pour saint Augustin, la paix est le but de toutes les créatures, et la paix, écrit-il dans La Cité de Dieu, est la « tranquillité de l'ordre – et l'ordre est la disposition de choses égales et inégales en un motif qui attribue à chacune sa fonction propre ». Le désordre survient lorsque les facettes de la vie sont décousues, de sorte que les choses inférieures, voire les choses mauvaises, évincent les biens propres à la vie et à la communauté. Lorsque les sociétés exaltent les péchés comme des biens, lorsque la politique devient omniprésente, lorsque la technologie engloutit chaque dimension de l'existence humaine, le désordre règne non pas avec la paix, mais avec l'anxiété, l'angoisse et l'asphyxie.

    Pour les individus, la souffrance est interne. Comme l’écrit Augustin dans ses Confessions, « tout esprit désordonné est son propre châtiment ». Le péché est la cause première du désordre, et le désordre de notre époque découle des violations du Premier Commandement. Le monde séculier parle et agit comme si Dieu n'existait pas. Sans Dieu comme fondement et but de l'ordre, l'homme et sa volonté pécheresse prennent la place de Dieu en tant que bien suprême. La volonté déchue de l'homme est consumée, selon la formule mémorable d'Augustin, par la libido dominandi, la soif de dominer les autres, qui est la source de tous les conflits et de tous les désordres dans cette Cité des Hommes.

    L'unique moyen de corriger notre désordre actuel, en dehors du second avènement du Christ, est de réordonner nos vies et nos sociétés à partir de Dieu. Cela exige, d'abord, que nous reconnaissions Dieu comme notre roi légitime et que nous ouvrions nos cœurs à Sa grâce, qui seule peut détourner nos volontés de la domination des autres pour les orienter vers le service des autres. L'augmentation notable des conversions au catholicisme ces dernières années témoigne du fait que les hommes et les femmes trouvent de plus en plus l'antidote au désordre séculier dans les vérités salvatrices et la grâce divine abritées au sein de la sainte Église catholique.

    Pourtant, cette large cohorte de convertis ne représente qu'une fraction d'une population plus vaste qui, bien que désenchantée par le désordre actuel, n'est pas encline ou pas prête à chercher des remèdes dans la religion, et encore moins dans l'Église. Comment pourrions-nous les convaincre de passer du désordre séculier à l'ordre catholique ?

    Premièrement, nous devons dissiper toute crainte selon laquelle « l'ordre catholique » serait synonyme de tradwives (femmes au foyer traditionnelles), de La Servante écarlate, de gouvernement autoritaire, de théocratie, d'oppression ou d'uniformité sociale. Il n'est rien de tout cela. L'ordre catholique n'est pas un programme politique ni une intervention sociétale. Il s'agit plutôt, pour reprendre les mots du grand historien Christopher Dawson, de l'agencement de « l'ensemble de la vie vers l'unité, non par le déni et la destruction des valeurs humaines naturelles, mais en les mettant en relation vivante avec la vérité spirituelle et la réalité spirituelle ».

    Le but de l'ordre catholique n'est pas l'établissement de structures. Il transcende plutôt les nombreuses structures existantes pour les harmoniser avec les prérogatives divines. Dans le langage de saint Paul, l'ordre catholique vise à « réunir toutes choses dans le Christ », car « si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature ; les choses anciennes sont passées, voici que toutes choses sont devenues nouvelles. » (Éphésiens 1:10 ; 2 Corinthiens 5:17). L'ordre catholique est une manière de vivre qui permet à l'Esprit Saint, qui est intimement proche de nous, de pénétrer tous les aspects de la vie et de les diriger vers la communion avec Dieu. Il aide l'individu à brider sa volonté rebelle et conduit la société à élever le bien commun au-dessus des divisions partisanes.

    Grâce à sa foi inébranlable en Dieu, l'ordre catholique offre un réenchantement, c'est-à-dire une espérance en la rédemption de Dieu qui peut être discernée au sein d'un monde marqué par le mal. En contrepartie, les sécularistes offrent-ils la moindre espérance ? Un monde sans Dieu, qui est le monde Moderne, peut-il procurer la joie, la confiance et la stabilité que promet l'ordre catholique ? Un monde sans Dieu peut-il offrir l'aventure et l'excitation qui découlent du fait de savoir que Dieu est à l'œuvre parmi Son peuple en ce moment même, et qu'Il sanctifie tant de personnes et de lieux qui semblaient, il y a quelques jours à peine, irrémédiablement perdus ?

    Lorsque nous réalisons que le dynamisme de l'amour de Dieu embrase l'ordre catholique, nous comprenons que Ses lois – que les sécularistes redoutent à cause des caricatures de la religion qu'ils ont absorbées – en sont les fondations. Elles sont les poutres de soutien de cet ordre qui empêchent le péché de déclencher le désordre et permettent le bon agencement des parties constitutives de la vie. Lorsque les lois de Dieu sont observées, la grâce circule avec plus d'agilité dans les âmes et produit davantage de fruits de l'Esprit.

    Aux désenchantés, je lance cet appel : n'attendez pas d'avoir un siège dans la fusée d'Elon Musk vers Mars comme billet de sortie pour échapper au désordre mondial – il y aura du désordre là-bas aussi. La réponse aux besoins du monde moderne est cachée sous nos yeux ; il vous suffit d'avoir les yeux de la foi pour la voir. L'ordre catholique harmonisera les éléments décousus ou dysfonctionnels de votre vie avec Dieu, qui enverra Sa grâce pour vous aider à la réordonner. Alors vous vous sentirez à nouveau enchantés, car vous saurez que le monde, malgré tous ses problèmes, n'appartient ni aux puissances, ni aux technologies, ni aux forces du mal, mais à Dieu.

  • « J’avais été mis en garde », « et c’est exactement ce qui s’est passé » : les « regrets » de l’ancien Premier ministre québécois sur l’« aide à mourir »

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    Une synthèse de presse de gènéthique.org :

    « J’avais été mis en garde », « et c’est exactement ce qui s’est passé » : les « regrets » de l’ancien Premier ministre québécois sur l’« aide à mourir »

    13 octobre 2026

    L’ancien Premier ministre du Québec, qui a supervisé l’adoption de la toute première loi canadienne sur l’« aide médicale à mourir », affirme se sentir aujourd’hui « partagé » après avoir constaté « à quel point cette pratique a évolué depuis lors » (cf. « Depuis quatre ans, aucune de nos inquiétudes n’a été prise en compte » : les soignants demandent au Premier ministre de les entendre sur l’« aide à mourir »).

    « Je ne suis pas sûr que j’aurais à nouveau voté en faveur de cette loi »

    L’Assemblée nationale du Québec a adopté en 2014 une loi définissant les conditions dans lesquelles les patients en phase terminale peuvent demander l’ « aide médicale à mourir » (AMM).

    « Elle était clairement réservée aux cas terminaux ou pré-terminaux, avec un parcours bien défini et malheureux vers la fin de vie. Et ce n’est plus le cas aujourd’hui », constate Philippe Couillard (cf. Euthanasie : le Canada étend le don d’organes aux patients qui ne sont pas en phase terminale). « Je ne suis pas sûr que j’aurais à nouveau voté en faveur de cette loi, compte tenu de l’extension de son champ d’application que nous avons observée ces dernières années », confie-t-il.

    En 2024, le Québec a même été jusqu’à autoriser les demandes anticipées d’« aide médicale à mourir » pour les personnes souffrant par exemple de la maladie d’Alzheimer (cf. « Aide médicale à mourir » : le Québec autorise les demandes « anticipées »).

    « J’avais été mis en garde » : « une fois que vous aurez ouvert la porte, vous ne pourrez plus la refermer et elle s’ouvrira encore plus grand ». « Et c’est exactement ce qui s’est passé »

    L’ancien Premier ministre l’assure : l’intention initiale de la loi québécoise était de « limiter l’aide médicale à mourir aux personnes souffrant exclusivement d’une maladie en phase terminale » (cf. Pays-Bas, Belgique, Suisse… L’incontrôlable « pente glissante » de l’euthanasie).

    Mais il reconnait : « J’avais été mis en garde à ce sujet par des opposants à la loi qui m’avaient dit : “Nous voyons que vos motivations sont louables, mais vous verrez, une fois que vous aurez ouvert la porte, vous ne pourrez plus la refermer et elle s’ouvrira encore plus grand.” Et c’est exactement ce qui s’est passé ».

    Même s’il considère toujours que le vote de la loi relève de « l’un des plus beaux moments de la démocratie » de son mandat à la tête du gouvernement, il confesse avoir parfois « des regrets » quant à l’adoption de cette loi. « J’espère que nous n’avons pas agi trop précipitamment. » (cf. Canada : le groupe à l’origine de la dépénalisation de l’« aide à mourir » désormais inquiet)

    Source de la synthèse de presse : CBC, Darren Major (10/10/2026)

  • Europe : Un nouveau rapport contre la haine qualifie les défenseurs de la vie et de l'enfance de « charge virale »

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    De Martin Locksley sur kath.net/news :

    « Désinfecter » l'Europe ?

    12 octobre 2026

    Un nouveau rapport contre la haine qualifie les défenseurs de la vie et de l'enfance de « charge virale »

    Vienne (kath.net) Un rapport récent intitulé The Hate Review a publié une liste d'initiatives sceptiques à l'égard de l'agenda du genre. Les critiques contre l'avortement, la sexualisation à l'école ainsi que la chirurgie transgenre chez les mineurs sont ainsi dénoncées. Des associations autrichiennes sont également classées dans le « spectre anti-genre ». Les voix de la société civile en faveur de la protection de la vie et de l'enfance sont explicitement qualifiées de « pollution » dans ce rapport. L'objectif à long terme de l'organisation Forbidden Colours serait de « désinfecter l'Europe » des positions conservatrices.

    Le rapport a été publié en septembre 2026 par l'ONG Forbidden Colours, basée à Bruxelles. Forbidden Colours s'engage pour les droits des personnes LGBTIQ+ en Europe. Selon ses propres déclarations, un « accent particulier de son travail est mis sur l'observation des acteurs qui font de la communauté LGBTIQ+ un bouc émissaire ». L'ONG affirme disposer d'un vaste réseau européen.

    L'auteur de The Hate Review, Vincent Reillon, mène des activités de plaidoyer politique à Bruxelles. Il a travaillé auparavant pour le service de recherche du Parlement européen et pour la représentation permanente de la France auprès de l'UE. Le directeur général, Rémy Bonny, dirige l'organisation depuis avril 2021. Sous sa direction, celle-ci s'est notamment mobilisée contre les restrictions imposées par la Hongrie sur les contenus liés aux LGBTIQ+ dans les médias et les écoles.

    Une présentation est annoncée au Parlement européen pour le 12 octobre, parrainée par le Luxembourgeois Marc Angel. Ce dernier appartient au groupe social-démocrate S&D. Depuis 2020, il est coprésident de l'intergroupe sur les droits LGBTIQ+ au Parlement européen.

    Pathologisation de l'engagement de la société civile

    La sémantique du rapport est frappante et frise véritablement l'incitation à la haine. L'engagement social des groupes listés est comparé à une « charge virale » (p. 5). Dans son appel final, le rapport réclame la « désinfection de l'Europe » par le « démantèlement » patient de ses acteurs et de leurs visions du monde (p. 29).

    Ce choix de mots pathologisant constitue une étape préliminaire à l'appel à la violence et doit donc être condamné de la manière la plus ferme. Présenter des voix critiques comme une maladie infectieuse vise à les exclure du discours public et des processus démocratiques. Or, les droits de l'homme ne sont pas un privilège accordé en échange d'une approbation de la politique dominante. La liberté de croyance, d'opinion et d'association s'applique bien entendu aussi aux personnes qui s'engagent pour la vie à naître ou qui rejettent la sexualisation des enfants dans les établissements d'enseignement. La Charte des droits fondamentaux de l'UE protège l'orientation sexuelle au même titre que les convictions religieuses et politiques.

    Forbidden Colours alimente une suspicion généralisée contre des initiatives parentales pacifiques, des défenseurs du droit à la vie et des communautés ecclésiales. L'ONG semble moins intéressée par un débat constructif que par l'alimentation d'une image globale de l'ennemi.

    Alliance pour la famille : l'amour avec responsabilité

    The Hate Review couvre une période de 25 ans et recense plus de 3 200 entrées ainsi que plus de 700 organisations et individus. Le rapport dresse le tableau d'un mouvement croissant et répandu dans toute l'Europe qui restreindrait ou attaquerait prétendument les « droits reproductifs » ou les droits des personnes LGBTIQ+. Cela englobe en particulier les initiatives pour la défense de la vie, les droits des parents et la prévention des abus sexuels sur les mineurs.

    Les descriptions du rapport reprennent à plusieurs reprises des images pathologisantes telles que la « contamination » sociale, la « fièvre » ou l'« infection ». Comme contre-stratégie, il est proposé de se mobiliser pour une « désinfection » à long terme contre les militants de la protection de la vie et de l'enfance.

    Même l'organisation autrichienne Familienallianz (Alliance pour la famille) est mentionnée dans ce rapport contre la haine. Depuis plus de 10 ans, elle mène un travail d'information important dans le domaine des droits des parents et de la protection de l'enfance. Elle publie des brochures qui aident les parents et les enfants à faire la distinction entre éducation sexuelle et sexualisation. Elle soutient le groupe de travail « Pour une éducation sexuelle de valeur », porté par des parents et des professionnels. De plus, la Familienallianz propose une ligne d'écoute, du coaching parental, des dépliants gratuits et des conférences. De telles offres contribuent grandement à donner aux parents les moyens d'aborder de manière autonome les concepts d'éducation sexuelle.

    Le dialogue plutôt que la désinfection

    Au lieu de « désinfecter » les points de vue alternatifs, l'Europe a besoin d'espaces de débat ouverts et libres. La dignité humaine ne doit pas dépendre de l'adhésion ou non à des valeurs progressistes. Le Parlement européen devrait, tout particulièrement lors de controverses sociétales, veiller à la défense de la liberté d'expression et de croyance, et promouvoir une culture du dialogue et du respect mutuel.

  • Coût du 3e âge : et si l'impasse budgétaire débouchait sur un élargissement du recours à l'euthanasie ?

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    Voici une synthèse objective de la manière dont la réflexion éthique, économique et politique aborde aujourd'hui le risque qu'une impasse budgétaire dans les pays occidentaux puisse déboucher sur une offre élargie du recours à l'euthanasie. Cette question semble d'actualité au moment où la Région Wallonne est décidée à faire des économies sur le fonctionnemennt des maisons de repos.


    1. La réalité de la contrainte budgétaire : le vieillissement démographique

    Les pays occidentaux font face à un effet de ciseaux financier inédit :

    • La baisse du ratio actifs/inactifs : Le départ à la retraite de la génération du baby-boom et la dénatalité réduisent le nombre de cotisants par rapport au nombre de pensionnés.
    • L'explosion des coûts de la dépendance : Les dépenses de santé ne sont pas linéaires ; elles se concentrent de manière critique sur les dernières années de vie (soins palliatifs, traitements des maladies chroniques, hébergement en structures spécialisées).
    • Le risque de sous-financement chronique : Face à des dettes publiques élevées, les États peinent à financer dignement le grand âge, ce qui fragilise les systèmes de soins de santé et les maisons de repos.

    2. Le mécanisme de glissement par défaut de soins

    Le risque qu'une impasse budgétaire élargisse l'offre ou le recours à l'euthanasie ne se formalise pas par une volonté politique explicite, mais par un mécanisme indirect appelé « l'alternative par défaut » :

    • Le manque de moyens pour la dépendance : Si l'accès aux soins de longue durée et aux structures d'accueil devient financièrement inaccessible pour les familles, ou si la qualité de vie y est jugée indigne en raison du manque de personnel, la fin de vie choisie peut être perçue comme la seule issue acceptable.
    • L'insuffisance des soins palliatifs : Les experts en bioéthique soulignent que dans les pays où l'aide médicale à mourir est légalisée, celle-ci coûte structurellement moins cher à la collectivité que le maintien en vie via des soins palliatifs de pointe. L'impasse budgétaire pourrait ainsi inciter l'État (ou les assurances privées) à prioriser le financement de l'option la moins coûteuse.

    3. Les signaux d'alerte et débats actuels

    Ce scénario n'est plus une simple hypothèse de politique-fiction, mais un point de vigilance documenté :

    • L'évolution des critères légaux : Au cours des dernières années, plusieurs législations occidentales ont élargi leurs critères d'accès à l'euthanasie ou à l'aide au suicide, passant d'un pronostic de mort imminente à des notions plus larges comme les « souffrances psychologiques incommensurables » ou la « polypathologie liée au grand âge ».
    • La pression morale du "fardeau" : Le principal danger identifié par les sociologues est l'internalisation d'une contrainte économique par les personnes âgées elles-mêmes. Face aux difficultés financières de leurs enfants ou au coût de leur prise en charge pour la société, certains aînés pourraient développer le sentiment de « coûter trop cher » et demander l'euthanasie par altruisme forcé ou culpabilité.
    • Le débat sur la "fatigue de vivre" : Les déclarations récentes de certains gestionnaires de santé (évoquant l'euthanasie pour les personnes âgées « fatiguées de vivre » afin de préserver la viabilité des systèmes de solidarité) illustrent que la tentation d'une régulation comptable par la fin de vie commence à être verbalisée dans l'espace public.

    En conclusion

    L'impasse budgétaire des États occidentaux constitue un facteur de pression systémique majeur. Si aucune législation ne revendique l'euthanasie comme une mesure d'austérité, le sous-financement chronique de la dépendance et des soins de fin de vie crée un environnement où l'élargissement de l'offre d'euthanasie risque de devenir, par glissement éthique et économique, une variable d'ajustement structurelle face au défi du grand âge.

    Note complémentaire

    Les Pays-Bas et la Belgique : Le débat sur la « fatigue de vivre »

    Dans ces deux pays, les lois initiales de 2002 exigeaient une pathologie médicale grave et incurable. Vingt-cinq ans plus tard, les frontières de la loi se sont considérablement déplacées. [1, 2, 3]

    • La polypathologie et la vieillesse : Les rapports bisannuels des commissions de contrôle (notamment les données publiées en Belgique) montrent une hausse des cas liés à la « polypathologie », une accumulation de dégradations physiques dues au grand âge, sans maladie mortelle à court terme. [1, 2]
    • La pression pour la « vie accomplie » : Aux Pays-Bas, des courants politiques et sociétaux poussent régulièrement pour la création d'un droit à l'euthanasie pour les personnes de plus de 75 ans qui estiment avoir accompli leur vie et souffrent d'une « fatigue de vivre », même en l'absence de critères strictement médicaux. [1]

    Que faut-il en conclure ?

    Ces pays n'ont pas légiféré pour faire des économies, mais l'expérience montre que dès lors que le critère de la mort imminente est abandonné, la frontière éthique devient poreuse. Si l'offre de soins palliatifs, de financement des maisons de retraite ou d'aides aux personnes handicapées est défaillante en raison d'une impasse budgétaire, le choix d'abréger sa vie cesse d'être une pure liberté philosophique pour devenir, chez certains, une solution de détresse face à la précarité ou à la peur d'être un fardeau. [1, 2]

    En 2024 en Belgique, le président de la Mutualité Chrétienne, Luc Van Gorp, a suscité une vive polémique en déclarant dans la presse que face au vieillissement de la population, la question des personnes « fatiguées de vivre » et du recours élargi à l'euthanasie devait être posée sans tabou. Il s'exprimait en gestionnaire de fonds de santé, déclenchant un tollé immédiat de la part du monde médical, politique et éthique, qui a dénoncé une vision purement comptable de l'existence humaine.

    Pour compenser la perte des aides publiques découlant du nouveau budget annoncé par la région Wallonne, les maisons de repos pourraient se voir contraintes d’augmenter leur prix d'hébergement journalier. Si le coût d'une structure d'accueil dépasse les revenus du pensionné et impacte directement le budget de ses enfants, la charge financière devient intrafamiliale. C'est précisément ce mécanisme d'asphyxie économique qui favorise l'apparition d'une détresse morale chez le senior, le poussant à envisager la fin de vie pour ne pas appauvrir ses proches

    (avec le concours de l'IA)

  • En Ukraine, la Russie vise désormais en priorité les civils. La réponse de l'Église

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    En Ukraine, la Russie vise désormais en priorité les civils. La réponse de l'Église

    Pour bien comprendre ce que pense Léon XIV de la guerre en Ukraine, il faut absolument lire les dix pages sur la question dans la dernière édition de « La Civiltà Cattolica », la revue des jésuites de Rome publiée sous le contrôle préalable de la Secrétairerie d’État et, bien souvent, du pape lui-même.

    Cet article s'intitule « L’Ukraine et les coûts humains du conflit ». Il traite précisément des répercussions sur la population du nouveau tournant pris par l’offensive russe : des frappes systématiques ne se limitant plus à la ligne de front, mais qui visent désormais les villes et villages de tout le pays — à commencer par la capitale, Kiev —, à coups de drones et de missiles déferlant sans relâche sur le quotidien des civils pour briser leur résistance.

    Jusqu'ici, « sans aucun signe de fléchissement à l’horizon », souligne l'auteur de l'article, le jésuite et psychologue Norbert Frejek. Bien au contraire, « les habitants des zones touchées continuent de faire preuve d'une force morale et d'une ténacité remarquables », après presque cinq ans de résistance ininterrompue face à l'invasion russe qui, « depuis février 2022, n'a conquis que 3 % du territoire ukrainien », outre les zones déjà annexées par la force depuis 2014, pour un total d'environ 20 % du territoire, Crimée comprise.

    En ce qui concerne l’invasion russe et la résistance ukrainienne qui a suivi, le jugement est sans appel. L’Ukraine « combat pour préserver son indépendance à l’intérieur des frontières internationalement reconnues ». Et « l’assistance militaire » apportée à la nation agressée, « tout comme le soutien financier et humanitaire d’où qu’il vienne, joue  dans ce cadre un rôle essentiel ».

    L’indomptable résistance de la nation agressée, écrit le P. Frejek, « puise ses racines dans l’histoire complexe de l’Ukraine, un pays qui a dû lutter pour son indépendance et qui reste marqué par la grande famine des années trente, lorsque le pouvoir soviétique a laissé plusieurs millions de personnes mourir de faim, de façon systématique. »

    L’Ukraine a été, à l’instar des pays baltes, « l’une de ces ex-républiques soviétiques qui a essayé de tirer le meilleur parti de l’effondrement de l’Union soviétique pour bâtir rapidement un État indépendant ». À l’inverse, la Russie de Vladimir Poutine ravivait ses ambitions néo-impériales, allant jusqu’à déclarer la guerre à la nation qui avait échappé à on pouvoir. Frejek écrit : « Comme l’observait déjà il y a de nombreuses années le chercheur ukrainien Mykola Riabchouk dans son compte rendu de l’ouvrage Russischer Zentralismus und ukrainische Autonomie de Zenon Kohut, l’affrontement entre ces deux systèmes politiques était inévitable : la république cosaque ne pouvait coexister avec l’autocratie, pas plus que les principes du droit romain ne pouvaient s’accorder avec le despotisme asiatique. »

    C’est à la lumière de ces analyses fondamentales qu’il faut saisir toute la portée des paroles du pape Léon sur la guerre en Ukraine, notamment celles prononcées à l’issue de l’Angélus du dimanche 6 septembre :

    « C’est avec profonde tristesse que j’ai suivi les nouvelles des violentes attaques qui ont touché récemment plusieurs villes et infrastructures civiles en Ukraine, causant la mort de personnes innocentes. Mon cœur se joint à la souffrance de la population qui vit dans l’angoisse et la peur depuis des années. Je lance un nouvel appel pour que l’on mette fin à la violence, que l’on arrête la destruction et que l’on ouvre les cœurs au dialogue et à la paix ! »

    L’article de Frejek dans « La Civiltà Cattolica » est précisément consacré à cette « souffrance de la population » rappelée par le pape. Avec d’autres jésuites, il a fondé à l’automne 2024 à Tchernivtsi, en Bucovine ukrainienne, un centre d’accompagnement psychologique et spirituel, appelé Space of Hope, destiné aux personnes frappées par la guerre qui, « tout en conservant leur capacité de résistance et d'endurance, accusent une profonde fatigue psychologique ».

    En effet, « en plus des états d’anxiété générés par les attaques fréquentes, parfois quotidiennes, de drones et de missiles, de nombreuses personnes en Ukraine souffrent également de trouble de stress post-traumatique ».

    « Les victimes les plus fréquentes – écrit Frejek – sont les soldats engagés sur le front ; cependant, la guerre actuelle a montré que le trouble de stress post-traumatique touche aussi les mères et les épouses qui attendent le retour de leurs fils et de leurs maris, tout comme les proches de ceux qui ne reviendront plus. Ce trouble constitue une forme de réponse à un traumatisme, c’est-à-dire à un événement extrêmement violent dépassant la capacité d’une personne à y faire face et à s’adapter à la situation. En d’autres termes, la personne ne parvient plus à intégrer une expérience aussi douloureuse. »

    Il s’agit surtout de ceux qui apprennent la mort d’un proche . Ils éprouvent « le sentiment qu’une part essentielle de leur vie a soudainement basculé ». Et ils se renferment sur eux-mêmes, habités par « l’idée que raconter sa vie à un inconnu suscite la méfiance » : un héritage, là aussi, de l’ère soviétique, « qui a appris à des générations entières à rester sur leurs gardes et à surveiller ce qu’elles confient aux autres ».

    « Parmi les sentiments les plus fréquents chez les proches des soldats – poursuit Frejek –, outre la peur, on retrouve le sentiment que ces hommes portent un poids écrasant. Face à des personnes qui semblent accablées par un fardeau à ce point oppressant, la tendance est souvent de prendre ses distances, presque de fuir, pour éviter que ce poids ne contamine leur entourage. Cette dynamique rappelle, à certains égards, l’attitude qui a caractérisé pendant des siècles le rapport aux lépreux. »

    Et puis il y a les enfants, qui « ne comprennent souvent que bien plus tard que leur père n'est pas simplement parti pour un long voyage, mais qu'il ne rentrera plus jamais ».

    En somme, « les images d’une jeune veuve, d’une mère ou d’un adolescent accueillant avec stoïcisme la nouvelle de la mort d’un être cher tombé au front relèvent davantage de la fiction cinématographique que de la réalité ».

    Parmi les centres qui offrent un soutien psychologique et spirituel à la population ukrainienne frappée par la guerre, Frejek cite, outre le Space of Hope, le Service jésuite pour les réfugiés de Lviv, particulièrement actif auprès des migrants internes déplacés des zones de combat ou sous occupation russe. À cela s'ajoutent les aumôniers militaires, environ 500 hommes et femmes issus de 13 confessions religieuses différentes.

    « Dans notre travail d’accompagnement, nous puisons notre inspiration dans deux passages des Écritures », écrit Frejek. « Le premier est tiré de la deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens : “Béni soit Dieu, le Père de toute consolation, qui nous réconforte dans toutes nos détresses, pour que nous puissions réconforter tous ceux qui sont dans la détresse, grâce au réconfort que nous recevons nous-mêmes de Dieu” (2 Co 1, 3 – 4). Le second est issu du livre d’Isaïe : “Par ses blessures, nous sommes guéris” (Is 53, 5). »

    Et de conclure : « En accompagnant ces personnes éprouvées, nous nous efforçons de les aider à entrevoir de nouveau un avenir et à redonner un sens à leur existence. »

     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Vienne : « L’avortement n’est pas un droit humain. »

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    De Raphaela Ebner sur le Tagespost :

    « L’avortement n’est pas un droit humain. »

    Des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Vienne pour manifester en faveur du droit à la vie. Cette importante manifestation a également reçu le soutien de nombreux responsables politiques et religieux.
    Marche pour la vie à Vienne
    Photo : Marche pour la vie | Le temps gris d'octobre contrastait fortement avec l'ambiance joyeuse et les tenues colorées des manifestants, ici rassemblés sur la Stephansplatz, devant la cathédrale Saint-Étienne à Vienne.

    La « Marche pour la Vie » a débuté par une messe et un rassemblement de prière œcuménique en différents lieux. Mgr Stephan Turnovszky, évêque auxiliaire viennois qui a présidé la cérémonie en l'église Saint-Charles (Karlskirche), a souligné l'importance de défendre les plus vulnérables. Il a évoqué les personnes en fin de vie, les personnes âgées et les malades, ainsi que les générations futures. La « Marche pour la Vie », a-t-il déclaré, ne vise pas avant tout à s'opposer, mais à soutenir : défendre la vie, les plus vulnérables et tous ceux qui offrent leur aide, sans distinction d'appartenance politique. L'évêque auxiliaire a également mis en garde contre toute forme de polarisation ou d'instrumentalisation politique de cet engagement pour la vie. « Il n'existe aucun droit humain à l'avortement », a-t-il affirmé clairement. « C'est une contradiction dans les termes. »

    Un enfant ne doit pas constituer un problème ni un risque de pauvreté.

    Lors du rassemblement sur la place devant l'église Saint-Charles, Ricarda Berger, députée et porte-parole du FPÖ (Parti de la liberté d'Autriche) pour les questions familiales, a réaffirmé : « Le droit d'une femme à disposer de son corps s'arrête là où commence une nouvelle vie. » Les droits humains appartiennent à tous, et donc aussi aux enfants à naître, a-t-elle souligné. Un enfant ne devrait jamais être un problème ni un facteur de risque de pauvreté, a déclaré la femme politique autrichienne. Il est de la responsabilité des responsables politiques d'offrir de véritables opportunités et des conseils indépendants. « Les enfants demandent du temps, de l'énergie, et parfois même de la patience, mais ils apportent aussi une quantité incroyable d'amour, de joie et d'espoir », a-t-elle conclu.

    La porte-parole du FPÖ pour les familles a décrit la naissance de ses enfants comme les moments les plus inoubliables de sa vie. Petra Plonner, de l'initiative citoyenne #fairändern, s'est également adressée aux responsables politiques dans son discours : « Les femmes n'avortent pas par conviction, mais par désespoir : cela doit changer. » Convaincue que les femmes méritent mieux, elle a appelé à des mesures politiques de soutien pour garantir non seulement leur survie, mais aussi une vie digne.

    Pratiquement aucun contre-manifestant

    Guillaume de Thieulloy, organisateur de la Marche pour la vie, a prononcé un discours porteur d'espoir. Il a affirmé que l'avortement n'est pas seulement la destruction d'une vie innocente, mais aussi d'une société, et que, finalement, la protection de la vie triomphera. Barbara Seppi a présenté son projet « Maison de l'Espoir », qui offre un soutien concret aux femmes confrontées à une grossesse à risque. Elles peuvent y bénéficier d'un hébergement et d'un accompagnement gratuits pendant un an. Après les discours, les plus de 3 000 participants, selon les organisateurs, ont défilé dans le centre de Vienne jusqu'à la place Saint-Étienne.

    Le temps gris d'octobre contrastait fortement avec l'atmosphère joyeuse et les couleurs chatoyantes des manifestants. La forte présence de jeunes était frappante, et de nombreux représentants des communautés religieuses étaient également présents. L'évêque Klaus Küng assista à la fois à la messe et au rassemblement. La « Marche pour la Vie », déclara-t-il, était « un signe de vie, la preuve que certains défendent l'inviolabilité de la vie ». Cependant, contrairement aux années précédentes, les participants de cette année n'ont guère remarqué de réaction de la part des contre-manifestants : ce n'est qu'après la fin de l'événement sur la Stephansplatz qu'une contre-manifestation organisée a vu le jour. Mais même cette tentative de faire entendre une voix dissidente sembla se perdre dans le tumulte de la grande ville.

  • L'Arménie et le devoir de mémoire

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    L'Arménie et le devoir de mémoire

    « Une mort est une tragédie ; un million de morts, une statistique. »

    Cette phrase est généralement attribuée à Joseph Staline, un maître des massacres, bien qu'elle soit probablement antérieure de plusieurs décennies.   Ces mots n'en restent pas moins vrais.   L'esprit ne peut appréhender qu'une certaine quantité de souffrance.   Plus le crime contre l'humanité est grave, plus il se réduit rapidement à un simple chiffre – et plus la sauvagerie personnelle qui le sous-tend paraît irréelle.

    Quatre-vingt-dix ans après l' Holodomor, la famine meurtrière perpétrée par Staline en Ukraine, quatre-vingts ans après Auschwitz, et malgré des dizaines de génocides et de guerres ethniques et religieuses survenus depuis, nous avons presque perdu notre capacité à nous indigner.   Nous sommes habitués à l'inhumanité à grande échelle.   Mais il n'en a pas toujours été ainsi.   Le goût moderne pour les massacres a eu un commencement.   Il a débuté en Turquie il y a un peu plus d'un siècle.   À ce jour, il demeure l'un des plus grands crimes de l'histoire, resté impuni.

    À la fin du XIXe siècle , l'Empire ottoman était en proie à un déclin avancé.   Sur le plan politique, il n'était qu'un acteur mineur dans la lutte pour la domination régionale qui opposait les Français, les Britanniques, les Allemands et les Russes.   Un sultanat corrompu entravait les réformes et ruinait les finances impériales.   Dans les Balkans, les peuples chrétiens, autrefois conquis, accédaient à l'indépendance.   Même parmi les fidèles de l'Empire, la nécessité de réformes devenait évidente.

    Dans ce contexte de bouleversements, la place des chrétiens au sein de l'empire devint de plus en plus précaire.   La loi islamique tolérait les chrétiens et leur accordait une certaine autonomie,   mais en contrepartie, une discrimination permanente s'installa.   Celle-ci se manifestait par des taxes spécifiques, des violences arbitraires, des codes vestimentaires et comportementaux humiliants, et une exclusion du pouvoir politique.   Les chrétiens subissaient également le devchirmé, ou « collecte des garçons », pratique par laquelle les autorités ottomanes arrachaient systématiquement les garçons à leurs familles, les convertissaient à l'islam et les enrôlaient de force dans l'armée ou la fonction publique.

    Les Arméniens formaient l'une des plus importantes communautés chrétiennes de l'empire. Dans les années 1890, leurs villes s'étendaient sur la plaine anatolienne, cœur de l'actuel État turc.   Ils y vivaient depuis des siècles, bien avant l'arrivée des Turcs.   L'Arménie antique devint la première nation formellement chrétienne au début du IVe siècle.   Le roi arménien Léon II était un ami de Richard Cœur de Lion et, comme lui, un croisé.

    L'Arménie médiévale entretenait des liens étroits avec l'Europe chrétienne jusqu'à ce que ceux-ci soient rompus par sa conquête musulmane en 1375.   Avec l'arrivée des missionnaires protestants américains et la montée en puissance régionale de la Russie orthodoxe au XIXe siècle , les contacts avec le monde extérieur sont devenus plus fréquents, mais aussi plus dangereux pour les minorités chrétiennes de l'empire.

    Prince Levon (le futur roi Levon II) par Toros Roslin, vers 1250
    [Matenadaran (Institut des manuscrits anciens), Erevan, Arménie]

    Dans les années 1890, alarmé par le mécontentement croissant et les pressions en faveur de réformes politiques parmi ses sujets arméniens, le sultan Abdul Hamid II, mentalement instable, décida de s'attaquer de front à la « question arménienne ».   En 1894-1895, il encouragea le massacre de 100 000 Arméniens et laissa 100 000 autres mourir de faim.   Les violences anti-arméniennes se poursuivirent pendant des années, même après l'instauration d'un gouvernement constitutionnel.   Elles culminèrent avec le massacre brutal d'Adana en 1909, au cours duquel une ville entière fut incendiée, y compris des églises et des écoles remplies d'enfants chrétiens.   Mais ce n'était qu'un prélude au programme d'extermination planifié et financé par l'État, qui fit plus d'un million de victimes arméniennes en 1915.

    De nouveaux massacres en 1920 et 1922 ont fait des dizaines de milliers de victimes supplémentaires.   Des milliers d'autres se sont convertis à l'islam pour sauver leurs familles.   Les autorités turques ont délibérément entrepris d'anéantir le peuple arménien et d'effacer toute trace de sa présence.   La destruction du patrimoine culturel arménien – églises, monastères et monuments – se poursuit encore aujourd'hui dans les campagnes turques.

    Si les ressentiments politiques et ethniques ont alimenté le génocide, celui-ci comportait également une dimension religieuse, marquée par un profond courant de haine antichrétienne.   Les chefs musulmans ont encouragé la violence, appelant au djihad « contre les infidèles et les ennemis de la foi ».

    Il y a quelques années, l'érudit Peter Balakian constatait que « les religieux musulmans ont joué un rôle constant dans le massacre des Arméniens ; les imams et les softas [étudiants en théologie islamique] ralliaient souvent la foule en chantant des prières ; et les mosquées étaient fréquemment utilisées comme lieux de mobilisation des foules, notamment lors de la prière du vendredi.   Des chrétiens ont été assassinés au nom d'Allah… [et] le massacre des Arméniens [était] considéré comme une pratique courante, cautionnée aussi bien par l'islam que par le gouvernement. »

    Il nous reste deux leçons à tirer.

    Premièrement, la Turquie n'a jamais reconnu sa culpabilité dans le génocide arménien.   Aujourd'hui encore, malgré des preuves accablantes, elle consacre un temps et des ressources considérables à nier la réalité de ce massacre.   La Turquie est l'exemple type d'une nation sûre de ses mensonges, de son déni du génocide et de sa réécriture de l'histoire.   Le harcèlement des quelques minorités chrétiennes restantes dans le pays se poursuit quotidiennement.

    Deuxièmement, pendant quarante ans, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle , les États-Unis ont défendu la cause arménienne en apportant un soutien financier aux réfugiés et en exprimant leur indignation face aux massacres.   Mais à mesure que les intérêts américains au Moyen-Orient se sont développés, les décideurs politiques américains ont abandonné les Arméniens et courtisé les Turcs.   Cette situation perdure encore aujourd'hui.   De ce fait, nous assistons au spectacle absurde d'un allié de second rang (et de plus en plus ambigu) – la Turquie – qui fait pression sur une superpuissance pour qu'elle ignore ses propres politiques en matière de droits de l'homme et minimise un crime contre l'humanité abominable.

    La Journée de commémoration du génocide arménien est célébrée chaque année le 24 avril en Arménie et au sein de la diaspora arménienne à travers le monde.   Pourtant, des millions de chrétiens, pourtant fervents et engagés, ignorent encore la catastrophe qui a frappé des croyants qui leur ressemblaient profondément.

    Le peuple juif n'a jamais permis au monde d'oublier la Shoah et, par sa vigilance, il a servi et défendu l'humanité de tous.   Oublier le génocide arménien est un luxe que nul ne peut se permettre, car il en coûte notre âme.

    Lire aussi : Le courage indomptable de l'Arménie

  • Les Européens se dirigent-ils vers une guerre mondiale ?

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    D'Austin Ruse sur Crisis Magazine :

    Les Européens se dirigent-ils vers une guerre mondiale ?

    Les dirigeants européens mettent de plus en plus en garde contre une guerre avec la Russie. Mais après la crise du golfe du Tonkin, les armes fantômes irakiennes et la COVID-19, nous avons toutes les raisons de douter des élites qui attisent les tensions.

    Lors de l' échange désormais tristement célèbre entre Tucker Carlson et l'homme politique britannique Jacob Rees-Mogg, ce dernier a déclaré que les Britanniques devaient se préparer à une guerre contre la Russie.

    Rees-Mogg n'est pas le seul Européen à prôner une guerre mondiale. Il y a deux semaines, les services de renseignement danois ont avancé des arguments selon lesquels la Russie est déjà en guerre contre l'OTAN.

    Le rapport affirme : « La situation sécuritaire s’est encore détériorée. La Russie a intensifié ses actes de sabotage et ses cyberattaques destructrices, et elle attaque des cibles en Europe à l’aide de drones. La guerre hybride s’intensifie. »

    Il semblerait qu'une attaque de drone ait été déjouée contre un avion cargo ukrainien à l'aéroport de Leipzig/Halle, en Allemagne. Selon un rapport danois, les autorités allemandes affirment que cette attaque « avait été planifiée par la Russie sur plusieurs mois ». Le drone n'a pas explosé. Le gouvernement allemand indique que ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. L'Office fédéral de police criminelle allemand (BKA) affirme que les Russes ont effectué plus de 1 000 vols de drones au-dessus de sites militaires et d'infrastructures critiques en 2025, auxquels s'ajoutent 321 cas présumés de sabotage.

    Les Danois évoquent également un incident survenu en mer Baltique en septembre, « lorsqu'une frégate russe, au large de Gedzer, a tiré des fusées éclairantes sur un hélicoptère militaire danois… »

    Il y a un an, le chancelier allemand Friedrich Merz déclarait : « Nous ne sommes pas en guerre, mais nous ne sommes plus en paix non plus. » Peu après, le chef des services de renseignement allemands, Martin Jäger, avertissait que l’Europe vivait dans une « paix glaciale » et qu’un conflit armé pouvait éclater à tout moment. « Nous sommes déjà sous le feu ennemi aujourd’hui », affirmait-il lors d’une audition publique de la commission de surveillance du renseignement du Bundestag.

    Le ministre allemand de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, a déclaré : « Nous ne sommes pas en guerre, mais nous sommes quotidiennement la cible d'une guerre hybride. » En signe d'avertissement d'une catastrophe imminente, les consulats et autres représentations diplomatiques ferment leurs portes, notamment le consulat général de Russie à Bonn et la Maison de Russie à Berlin. La Pologne et l'Allemagne ont déjà fermé leurs représentations diplomatiques à Kaliningrad.

    Savez-vous où se situe Kaliningrad ou ce qu'est Kaliningrad ? Êtes-vous prêt à envoyer des troupes américaines à Kaliningrad ? Êtes-vous prêt à un échange nucléaire à propos de Kaliningrad ?

    Kaliningrad, d'une superficie d'environ 15 500 km², est aujourd'hui située en Russie, entre la Pologne au sud, la Lituanie au nord et la mer Baltique à l'ouest. Au fil des siècles, elle a appartenu à différents pays, dont l'Allemagne. Aujourd'hui, elle abrite le seul port russe de la mer Baltique non soumis aux glaces hivernales. Elle abrite également un important contingent de personnel et de matériel militaires russes, y compris des capacités nucléaires.

    Ces derniers mois, une guerre des mots a éclaté entre la Russie, l'OTAN et plusieurs capitales européennes. La Russie a averti l'OTAN de graves conséquences, voire nucléaires, si les pays membres tentaient d'isoler Kaliningrad du reste du territoire russe.

    Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, a déclaré en décembre dernier : « Nous sommes la prochaine cible de la Russie. » Il a ajouté que les alliés devaient empêcher une guerre « d'une ampleur comparable à celles qu'ont connues nos grands-parents et arrière-grands-parents ».

    Le ministre français de la Défense a déclaré que les forces armées devaient être prêtes « d’ici trois ou quatre ans à un choc », c’est-à-dire à une confrontation avec la Russie.

    Il est tout à fait possible que la Russie ait tiré des fusées éclairantes sur un hélicoptère en mer Baltique. Il est tout à fait possible qu'elle envoie des drones au-dessus des pays membres de l'OTAN. Il est tout à fait possible qu'elle mène des attaques de sabotage contre les industries de défense européennes. Des sous-marins russes pourraient rôder autour des câbles transatlantiques. Tout cela est tout à fait plausible. Mais ce qui est indéniable, c'est que les bellicistes attisent les tensions pour provoquer un conflit mondial qui ferait des millions de victimes. Sont-ce les Russes ? Ou les Européens ?

    D'un autre côté, je suis assez âgé pour me souvenir de l'incident du golfe du Tonkin, une fausse attaque qui servit de prétexte à l'entrée en guerre des États-Unis au Vietnam. Je suis assez âgé pour me souvenir de toutes ces armes chimiques que les Bush prétendaient avoir entassées jusqu'au ciel en Irak. Et puis, l'histoire nous montre comment l'explosion accidentelle de l'USS Maine a entraîné les États-Unis dans la guerre contre l'Espagne.

    Une chose a changé pour moi, et peut-être pour vous aussi, au cours de la dernière décennie : j’ai compris que les gouvernements et les médias mentent sans cesse. Nous l’avons constaté avec les nombreuses supercheries orchestrées contre Donald Trump. La crise du COVID-19 l’a rendu encore plus flagrant. Je suis enclin à me méfier des élites dirigeantes de mon propre gouvernement, et profondément méfiant envers celles des gouvernements étrangers.

    Austin Ruse est rédacteur collaborateur pour le magazine Crisis. Il est président du Centre pour la famille et les droits humains à New York et à Washington D.C. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Not Just for Kings: Cultivating a 500-Year Vision for Your Family (Sophia Institute Press). Vous pouvez le contacter à l'adresse suivante : [email protected] .

  • Le Vatican devrait réaffirmer la culture de la vie

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    L'urgence n'est pas seulement américaine...

    De Alden Abbott sur The Catholic Thing :

    Le Vatican devrait réaffirmer la culture de la vie

    10 octobre 2026

    Les évêques catholiques d'Arlington et de Richmond, Michael Burbidge et Barry Knestout, ont exhorté les Virginiens à rejeter la Question 1, un amendement constitutionnel soumis à référendum le mois prochain. Cet amendement vise à élargir l'accès légal à l'avortement. Les évêques ont averti que cette mesure instaurerait un prétendu droit fondamental à l'avortement « pour chaque personne, jusqu'à la naissance », y compris pour les mineures ; qu'elle mettrait en danger la santé et la sécurité des femmes ; qu'elle exclurait les parents des décisions concernant leurs filles mineures ; et qu'elle protégerait de toute poursuite judiciaire les personnes qui pratiquent des avortements. Leur conclusion est sans équivoque : cette proposition est « extrême, dangereuse, radicale et abominable ».

    Cette déclaration nous rappelle avec force que la culture de mort n'est pas une abstraction. Elle se manifeste chaque fois que la loi considère la destruction délibérée d'une vie humaine innocente comme un droit, un service ou une forme de compassion. Elle se manifeste dans la banalisation de l'avortement et dans l'acceptation croissante de l'euthanasie et du suicide assisté. Elle se manifeste également lorsque le handicap, la dépendance, l'âge et la maladie sont présentés comme des raisons pour lesquelles une vie humaine serait devenue moins digne de protection. L'intervention des évêques soulève donc une question qui dépasse largement le cadre de la Virginie : le moment est-il venu pour le Vatican de renouveler la proclamation publique de l'Église en faveur de la culture de la vie ?

    Saint Jean-Paul II a répondu à cette question avec une clarté remarquable en 1995 dans son encyclique Evangelium vitae. La vie humaine, enseignait-il, est un don de Dieu, possédant une dignité sacrée et inviolable, de la conception à la mort naturelle. L’Évangile de la Vie n’est pas un programme politique restreint. Il fait partie intégrante de l’Évangile, car chaque personne est créée à l’image de Dieu et appelée à la communion avec Lui. L’avortement et l’euthanasie ne sont pas de simples choix sociaux malheureux, ni des sujets sur lesquels l’Église aurait une simple préférence morale. Ce sont des violations graves de la loi morale, car elles s’attaquent directement à la vie innocente. Aucun gouvernement ne peut transformer une telle atteinte en un véritable droit humain.

    L’encyclique Evangelium vitae insistait également sur le fait que défendre la vie exige plus que la simple condamnation d’actes particuliers. Une culture de la vie doit protéger les mères, les enfants, les personnes handicapées, les personnes âgées et les mourants ; soutenir les familles confrontées à l’adversité ; offrir une véritable prise en charge plutôt que l’abandon ; et résister à la tentation de mesurer la valeur humaine à l’aune de la productivité, de l’indépendance ou de la santé. L’autorité publique a le devoir de défendre le bien commun, et le droit à la vie est le fondement sur lequel reposent tous les autres droits. L’encyclique associe ainsi la vérité morale à la miséricorde, et la protection juridique à une civilisation de la solidarité.

    Près de trente ans plus tard, cet enseignement est devenu plus urgent que jamais. Dans de nombreuses juridictions, l'avortement, autrefois toléré dans des circonstances limitées, est désormais érigé en droit constitutionnel fondamental. L'avortement médicamenteux et le « tourisme de l'avortement » ont facilité la dissimulation de la destruction de la vie prénatale. À l'autre extrémité de l'existence, l'euthanasie et le suicide assisté sont passés de propositions exceptionnelles à des composantes acceptées des politiques publiques. (Au Canada, 5 % des personnes meurent déjà par l'aide médicale à mourir [AMM], un chiffre qui ne fera qu'augmenter.) Dans certains endroits, on demande de plus en plus aux familles de considérer la mort comme une solution à la souffrance, aux coûts, à la dépendance ou aux difficultés sociales. Le discours sur l'autonomie peut masquer le fait que des personnes vulnérables peuvent se sentir obligées de choisir la mort pour ne pas être un fardeau pour autrui.

    Au vu de tout cela, le pape Léon XIV devrait publier une encyclique consacrée spécifiquement au renouveau d'Evangelium vitae pour notre époque. Il existe un précédent remarquable : l'encyclique Centesimus annus de Jean-Paul II a revisité et actualisé l'encyclique Rerum novarum de Léon XIII un siècle après sa publication, en appliquant des principes fondamentaux à un contexte économique et politique en mutation. Une nouvelle encyclique pourrait accomplir la même démarche pour l'Évangile de la Vie. Elle pourrait réaffirmer les enseignements centraux d'Evangelium vitae tout en abordant les nouvelles technologies, les revendications constitutionnelles, les enjeux médicaux, le déclin démographique et le mouvement international visant à faire reconnaître l'avortement et l'aide médicale à mourir comme des droits humains.

    Le pape Léon XIV rencontre une famille lors de l'audience générale du 27 août 2025 [Source : Vatican Media]

    Une telle encyclique s'inscrirait dans la continuité de l'enseignement public de Léon XIV. Sa première encyclique, Magnifica humanitas, affirmait déjà que le droit à la vie s'étend de la conception à la mort naturelle et condamnait l'avortement provoqué, le meurtre d'innocents et l'euthanasie comme des actes gravement répréhensibles. Une encyclique consacrée à la vie pourrait donner à ces affirmations un cadre théologique, moral et pastoral solide. Elle pourrait enjoindre les évêques catholiques du monde entier – y compris ceux des Églises catholiques orientales – à faire de l'opposition aux politiques gouvernementales promouvant l'avortement et l'euthanasie une priorité pastorale.

    Ce document doit être fondé sur des principes fondamentaux sans pour autant prendre de parti partisan. L’Église doit distinguer la certitude de son enseignement moral de la prudence requise face à des lois et politiques particulières. Mais la prudence ne saurait justifier le silence lorsque des gouvernements redéfinissent le meurtre comme un « droit » ou la « compassion » comme un abandon des plus vulnérables. Les évêques devraient encourager les catholiques à défendre la vie publiquement, tout en exigeant une aide concrète pour les femmes confrontées à une grossesse non désirée, un soutien généreux aux familles, une réforme de l’adoption, l’inclusion des personnes handicapées et des soins palliatifs de qualité. La culture de la vie ne sera pas convaincante si elle se limite à des interdictions. Elle doit s’incarner dans des pratiques d’accompagnement et d’amour sacrificiel.

    Ce moment recèle peut-être aussi des raisons inattendues d'espérer. Le regain d'intérêt pour le catholicisme chez certains jeunes, la hausse des baptêmes d'adultes en France et la soif de tradition et de transcendance aux États-Unis et ailleurs laissent penser que la résignation face aux évolutions séculières n'est pas la seule issue possible. Il convient d'interpréter ces signes avec modestie ; ils n'effacent en rien les défis démographiques et culturels auxquels l'Église est confrontée. Ils montrent néanmoins pourquoi la clarté est essentielle. Une génération en quête d'une vision cohérente de la dignité humaine mérite d'entendre que la vie n'est pas jetable, que la souffrance n'annule pas la valeur d'une personne et que la liberté est orientée vers l'amour plutôt que vers l'autodestruction.

    Le monde a trop longtemps toléré la dégradation de la vie humaine par le droit et les politiques publiques. La Question n° 1 du référendum en Virginie est un avertissement parmi tant d'autres. L'Église doit y répondre, ainsi qu'à la crise plus vaste qu'elle représente, avec la confiance et la compassion de l'Évangile. Le moment est mûr pour que le pape Léon XIV réaffirme la culture de la vie – et il est urgent d'agir.