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Politique

  • Les priorités de la Commission européenne pour 2026

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    De Javier Villamor sur The European Conservative :

    Vous pensiez que le wokisme était mort ? Bruxelles affirme qu'il s'agit d'une priorité politique majeure pour 2026.

    Bruxelles mise encore plus sur l'égalité des sexes, la diversité et la décarbonation, tandis que les problèmes stratégiques et sociaux de l'Europe sont mis de côté.
    La Commission européenne vient de publier ses priorités politiques pour 2026, et le résultat est difficilement justifiable d'un point de vue un tant soit peu réaliste. Dans un contexte international marqué par la guerre, la compétition géopolitique, l'insécurité énergétique et la dégradation des conditions sociales internes, Bruxelles a choisi de persister dans une voie idéologique qui semble totalement déconnectée des réalités matérielles auxquelles sont confrontés les Européens.

    Alors qu'une grande partie du monde évolue vers des positions plus pragmatiques en matière de politique étrangère, de défense et de souveraineté économique, l'Union européenne persiste à faire de l'idéologie climatique et de genre les piliers centraux de son action politique.

    Le contraste est éloquent. Parmi les problèmes que la Commission prétend laisser derrière elle figurent des questions essentielles à la vie quotidienne et à la stabilité stratégique du continent : la guerre en Ukraine, la dépendance au gaz russe, l’envolée des prix du logement, la précarité de l’emploi et les inégalités sociales croissantes. À leur place, les priorités pour 2026 se résument à une répétition familière de concepts vagues et politisés : « démocratie et valeurs européennes », égalité des genres, droits des personnes LGBT, décarbonation accélérée, sécurité en ligne et finance durable. Le message est clair : les problèmes structurels sont relégués au second plan au profit d’un agenda axé sur les valeurs culturelles et identitaires.

    Cette approche n’est pas le fruit du hasard. Elle reflète fidèlement les orientations politiques 2024-2029 présentées par le président de la Commission, qui consacrent la continuité du Pacte vert, l’élargissement des politiques d’égalité et de diversité, et une conception militante de la « défense de la démocratie », de plus en plus perçue comme un contrôle du discours public et des espaces numériques.

    Sous couvert de lutte contre la désinformation et l'extrémisme, Bruxelles renforce son emprise réglementaire sur les médias, les réseaux sociaux et les algorithmes, tout en éludant tout débat sérieux sur le véritable pluralisme et la liberté d'expression.

    Dans le même temps, l'obsession climatique reste au cœur des débats, malgré son coût économique et social. La Commission insiste sur l'accélération de la décarbonation et l'approfondissement du Pacte vert, alors même que l'industrie européenne perd en compétitivité, que les classes moyennes peinent à supporter le coût élevé de l'énergie et que des pays clés hors UE privilégient sans complexe la sécurité énergétique et la croissance économique. Le discours officiel parle de « transition juste », mais la réalité est un amas de réglementations qui pénalisent les agriculteurs, les PME et les secteurs industriels stratégiques.

    Une dynamique similaire est à l'œuvre avec la question identitaire. La promotion active des politiques de genre et LGBT est présentée comme une priorité transversale, déconnectée de tout débat démocratique constructif au sein des États membres. Il ne s'agit plus de garantir les droits fondamentaux – un point rarement contesté – mais d'imposer une vision anthropologique et culturelle spécifique comme s'il s'agissait d'un consensus européen incontestable. Loin de favoriser la cohésion, cette dérive alimente le mécontentement populaire et renforce l'impression d'une UE déconnectée des préoccupations réelles des familles, notamment en pleine crise démographique sans précédent.

    Tout ceci se déroule alors même que la Commission reconnaît explicitement la gravité de la situation internationale et la nécessité d'investir davantage dans la défense et la sécurité. Les documents stratégiques soulignent la fragilité de l'ordre mondial, les pressions migratoires et les menaces extérieures ; pourtant, ces constats coexistent sans complexe avec une hiérarchie des priorités qui, dans les faits, les relègue au second plan.

    Il en résulte une politique européenne schizophrénique : la rhétorique de l'urgence géopolitique combinée à une action axée sur l'ingénierie sociale et des objectifs climatiques maximalistes.

    Javier Villamor est un journaliste et analyste espagnol. Basé à Bruxelles, il couvre les affaires de l'OTAN et de l'UE pour europeanconservative.com. Fort de plus de 17 ans d'expérience en politique internationale, défense et sécurité, il travaille également comme consultant, apportant son expertise stratégique sur les affaires mondiales et les dynamiques géopolitiques.
  • Dé-fécondité; ses raisons, sa déraison – Olivier Rey

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    Une recension sur gènéthique.org :

    Dé-fécondité. Ses raisons, sa déraison – Olivier Rey

    13 janvier 2026

    Année après année, le constat est là : la natalité est en baisse. Abyssale.

    Les raisons sont diverses. Tantôt théoriques comme le « souci de la planète » qui confère au fait de ne pas engendrer « un tour responsable et altruiste », tantôt pratiques telle l’« évaporation des communautés » qui laisse les parents livrés à eux-mêmes. « La dénatalité exprimerait, faute de mieux, une forme de défection intérieure », analyse Olivier Rey.

    L’enfant viendrait-il restreindre la liberté de ses parents ? Mais en fait de liberté, il s’agit d’une « aliénation complète au mode de vie consumériste ». Dès lors, « l’enfant entre en compétition avec l’ensemble des biens de consommation dont, par le temps qu’il requiert et les dépenses qu’il occasionne, il barre l’accès ». Et, « au gré de cette compétition, il tend à devenir lui-même un bien de consommation, dont le rapport qualité/prix pourra paraitre dissuasif ». Dissuasive aussi la perspective d’une grossesse, cette « maladie » qu’il faudrait à tout prix éviter.

    Mais « aux raisons sérieuses qu’il y a de ne pas engendrer, peuvent être opposées des raisons au moins aussi sérieuses de le faire » et c’est à cela que s’emploie avec profondeur le philosophe et mathématicien dans cet essai.

    Olivier Rey le rappelle : « Péguy, quant à lui, écrivait il y a déjà un siècle : « Il n’y a qu’un aventurier au monde, et cela se voit très notamment dans le monde moderne : c’est le père de famille. Les autres, les pires aventuriers ne sont rien, ne le sont aucunement en comparaison de lui. Ils ne courent absolument aucun danger en comparaison de lui « ». Car « l’aventure dans laquelle père et mère (dont Péguy aurait aussi dû parler) d’enfants se trouvent embarqués est trop grande pour eux – c’est une caractéristique de l’humanité que d’être vouée à des tâches qui dépassent ses forces, affirme le philosophe. C’est ainsi qu’elle continue. »

    L’aventure est risquée, éprouvante, mais elle est nécessaire. Elle est belle. Et « les enfants qui naissent apportent avec eux la raison de leur présence. »

    Editeur : Gallimard, Collection Tracts

    Date de publication : 30/10/2025

    Nombre de pages : 64

  • Martyre et légitime défense : les deux chemins de la paix prônés par Léon XIV

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Martyre et légitime défense : les deux chemins de la paix prônés par Léon XIV

    Il n’est pas toujours évident de bien comprendre le pape Léon XIV lorsqu’il parle de paix. Dès sa première salutation après son élection, il l’a qualifiée de « désarmée et désarmante » — une formule à la fois poétique et exigeante, difficile à traduire en actes dans les nombreux conflits qui déchirent le monde.

    Mais il l’a aussi qualifiée de « sauvage », dans son message solennel « urbi et orbi » de Noël (photo ci-dessus), en citant le poète israélien Yehuda Amichai (1924 – 2000) dans son anthologie publiée aux États-Unis : « Qu’elle vienne comme les fleurs sauvages, à l’improviste, car le champ en a besoin : une paix sauvage. »

    « Amichai ne croit pas à la paix comme miracle », commente Sara Ferrari, spécialiste d’hébreu à l’Université de Milan. « La vraie paix ne naît pas de l’innocence, mais de la conscience d’être capable du mal. C’est un message profondément biblique. »

    Et Léon n’atténue pas la réalité d’un mal qui envahit la terre. Dans son homélie de Noël — jour où « le Verbe a établi parmi nous sa fragile tente » — il a
    poursuivi sans détour :

    « Et comment ne pas penser aux tentes de Gaza, exposées depuis des semaines à la pluie, au vent et au froid, et à celles de tant d’autres réfugiés et déplacés sur chaque continent, ou aux abris de fortune de milliers de personnes sans-abri dans nos villes ? Fragile est la chair des populations vulnérables, éprouvées par tant de guerres en cours ou terminées, laissant derrière elles des ruines et des blessures ouvertes. Fragiles sont les esprits et les vies des jeunes contraints de prendre les armes, qui, sur le front, ressentent l’absurdité de ce qui leur est demandé et le mensonge dont sont imprégnés les discours grandiloquents de ceux qui les envoient mourir. »

    Il n’est guère étonnant que nombre de ses propos — notamment ceux sur les soldats forcés à se battre sans raison, ou sur la course effrénée aux armements — soient repris et relayés par des mouvements pacifistes, catholiques ou non, pour défendre leurs thèses. Le message du 1er janvier pour la Journée mondiale de la paix, notamment, a fourni un terrain fertile aux pacifistes, dénonçant un réarmement démesuré allant « bien au-delà du principe de légitime défense ».

    Mais c’est justement ce rappel à la « légitime défense » qui inscrit la condamnation des armes par Léon au sein du cadre de la doctrine bimillénaire de l’Église sur la guerre et la paix.

    De la même manière, on ne peut imputer aux soldats ukrainiens — qui, depuis quatre ans, sacrifient héroïquement leur vie pour défendre leur pays et l’Europe — « le mensonge de ceux qui les envoient mourir ». Ce mensonge est en revanche imputable à l’agresseur, la Russie.

    Dans ses discours, le pape évite de nommer explicitement ses cibles. Mais quand il dénonce avec force, dans son homélie des vêpres du 31 décembre, ces « stratégies armées visant à conquérir marchés, territoires, zones d’influence, dissimulées derrière des discours hypocrites, des déclarations idéologiques ou de faux motifs religieux », il ne fait pas référence à l’Ukraine ou à l’Europe mais bien à la Russie et à Vladimir Poutine, le patriarche Cyrille — ainsi qu’au maître de la Maison Blanche.

    Pour dissiper tout malentendu sur le fond de sa pensée, le pape Léon a adopté une forme de communication informelle, presque chaque mardi soir, à son retour à Rome après sa journée de repos à Castel Gandolfo. C’est l’occasion pour lui se de prêter brièvement au jeu des questions et réponses avec les journalistes sur des sujets d’actualité avant de monter en voiture. Il répond en des termes sobres mais clairs, ou parfois par un silence dont il ne manque pas d’expliquer la raison.

    Le 9 décembre, après avoir reçu à Castel Gandolfo le président ukrainien Volodymyr Zelensky, il a déclaré, à propos des enfants ukrainiens déportés en Russie, que le travail du Saint-Siège « se déroulait en coulisses » et « malheureusement très lentement ». Ajoutant : « Je préfère donc ne pas commenter, mais continuer à travailler pour ramener ces enfants dans leurs maisons, à leurs familles. »

    Quant au plan de paix en 28 points proposé par Donald Trump — en concertation évidente avec Poutine —, le pape a répondu qu’il ne l’avait pas lu en entier, mais que : « Malheureusement, je crois que certaines parties de ce que j’ai vu apportent un changement considérable à ce que beaucoup ont considéré être pendant de nombreuses années, une véritable alliance entre l’Europe et les États-Unis. Je pense en effet que le rôle de l’Europe est très important, surtout dans cette affaire. Il n’est pas réaliste de chercher un accord de paix sans inclure l’Europe dans les négociations. La guerre se déroule en Europe, et je pense que l’Europe doit faire partie des garanties de sécurité que l’on recherche aujourd’hui et demain. Malheureusement, tout le monde n’a pas l’air de le comprendre. »

    Il est évident que les « garanties de sécurité » invoquées par Léon pour l’Ukraine et l’Europe reposent largement sur les armes et les armées. Mais le pape rappelle souvent qu’il y a un autre chemin vers la paix — celui qu’il a par exemple rappelé lors de l’Angélus de la fête de saint Étienne, le protomartyr : « Ceux qui croient aujourd’hui en la paix et ont choisi la voie désarmée de Jésus et des martyrs sont souvent ridiculisés, exclus du débat public, et accusés de favoriser les adversaires et les ennemis. »

    Il y a donc, dans la prédication de Léon, une distinction fondamentale entre d’un côté, une paix « désarmée » relevant d’un choix strictement personnel pouvant aller jusqu’au sacrifice de soi, comme l’a fait Jésus sur la croix, face au mépris du monde ; et d’un autre côté une paix « désarmée et désarmante », à travailler dans le monde civil, pour le bien de tous, afin que la force du droit l’emporte sur la force des armes.

    Flavio Felice, président du centre d’études Tocqueville-Acton et professeur d’histoire des doctrines politiques dans plusieurs universités européennes et américaines — dont l’Université pontificale grégorienne —, a mis en lumière cette distinction dans un article publié dans le journal « Il Foglio » du 2 janvier :

    « Le martyre est un acte suprême de la conscience qui engage la personne qui le choisit et dont les conséquences ne peuvent que retomber que sur cette dernière. On ne peut donc pas choisir le martyre pour autrui. Si un frère est attaqué, ne pas le secourir au nom de la paix équivaut simplement à le condamner à la défaite. Il n’y a aucune noblesse dans une telle omission qui ne peut résulter en une paix ‘désarmante’, il s’agit au contraire d’un ordre criminel et funeste, où le bourreau aura triomphé de la victime. »

    En revanche, dans un cadre civil et à la lumière de la doctrine sociale de l’Église, la paix « désarmée et désarmante » dont parle Léon XIV « peut naître aussi de la légitime défense et de la dissuasion, afin que le bourreau ne triomphe pas de la victime, en œuvrant pour un ordre
    institutionnel susceptible de rendre improbable le recours à la guerre et de remplacer la force brute par le droit. »

    Ces considérations du professeur Felice rejoignent celles d’un autre analyste politique renommé, qui, dans l’éditorial du dernier numéro de la revue catholique progressiste « Il Regno » —
    qu’il dirige depuis 2011 —, parvient à cette conclusion :

    « Quand l’annonce chrétienne affirme que la paix est la synthèse de tous les biens messianiques, elle ne nie pas l’histoire ni la réalité. Et quand cette réalité est celle du mal, ce mal doit être combattu par tous les moyens moralement et juridiquement licites. Il y a un droit à la vie, à commencer par soi-même. Il est légitime — et c’est le magistère de l’Église qui l’affirme — de faire respecter ce droit. Et ce droit devient un devoir envers les autres, surtout pour ceux qui ont des responsabilités publiques, comme l’enseigne ‘Gaudium et spes’. Ainsi, la légitime défense, en plus d’être un droit, peut également devenir un devoir grave pour celui qui est institutionnellement responsable de la vie d’autrui. Défendre la vie de populations entières — en raison de leur faiblesse et de leur impuissance — exige de mettre l’agresseur hors
    d’état de nuire, y compris par la force, si nécessaire. Ne pas intervenir, alors qu’on pourrait le faire, constitue une complicité par omission — et donc une faute. Le chrétien ne peut collaborer au mal. C’est ce que nous avons vécu en Europe à cause d’opportunismes, d’omissions et de peurs dans les années 1930. L’odeur était âcre, et la couleur était gris-cendre. »

    Le pape Léon ne se berce pas d’illusions. Mais il ne capitule pas non plus. Il a réaffirmé à plusieurs reprises — y compris lors de son entretien avec les journalistes ce 9 décembre — que « le Saint-Siège est prête à offrir un lieu et des opportunités pour des négociations ». Et quand cette offre n’est pas acceptée — comme ça a été le cas — il répète : « Nous sommes prêts à chercher une solution, une paix durable et juste. »

    Car le Saint-Siège a un rôle particulier à jouer en vue d’une paix « désarmée et désarmante », et Léon n’entend pas y renoncer. « Le Saint-Siège ne se positionne pas comme un acteur géopolitique parmi d’autres, mais comme une conscience critique du système international, une sentinelle dans la nuit qui voit déjà poindre l’aube, qui appelle à la responsabilité, au droit, à la place centrale de la personne », comme l’a souligné l’archevêque Paul Richard Gallagher, secrétaire du Vatican pour les Relations avec les États, dans un entretien à l’agence SIR de la Conférence épiscopale italienne le 1er janvier.

    Mais c’est surtout la vision grandiose du « De civitate Dei » de saint Augustin qui guide Léon XIV : les deux cités qui coexistent dans l’histoire et la conscience de chaque homme : la cité de Dieu, « éternelle, marquée par l’amour inconditionnel de Dieu, auquel est uni l’amour
    du prochain », et la cité terrestre, « centrée sur l’amour égoïste de soi, la soif de pouvoir et la vaine gloire qui conduisent à la destruction ».

    Le pape Léon XIV a largement développé cette distinction dans son discours annuel au corps diplomatique, le 9 janvier. Selon lui, saint Augustin «
     souligne que les chrétiens sont appelés par Dieu à séjourner dans la cité terrestre avec le cœur et l’esprit tournés vers la cité céleste, leur véritable patrie. Mais le chrétien, vivant dans la cité terrestre, n’est pas étranger au monde politique et cherche à appliquer l’éthique chrétienne, inspirée des Écritures, au gouvernement civil. »

    Respect du droit humanitaire même en temps de guerre, vérité des paroles dans les relations entre États, liberté d’expression, liberté de conscience, liberté religieuse en tant que « premier des droits humains », inviolabilité de la vie du sein maternel jusqu’à la mort naturelle : tels sont les fruits de ce regard tourné vers la cité de Dieu, à laquelle « notre époque semble plutôt encline à nier le droit de citoyenneté », a déclaré le pape aux diplomates.

    Sur chacun de ces points et bien d’autres encore, Léon XVI s’est exprimé avec la transparence qui le caractérise. Concernant la persécution des chrétiens — « un sur sept » —, il n’a pas fait preuve de langue de bois devant « la violence djihadiste ». À propos du « court-circuit des droits humains », il a dénoncé la « limitation, au nom de prétendus nouveaux droits », des libertés fondamentales de conscience, de religion « et même de la vie ». Au sujet de la liberté d’expression, il a mis en garde contre « un langage nouveau, à l’odeur orwellienne, qui, dans sa volonté d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’animent ». Concernant le conflit israélo-palestinien, il a appelé à la paix et la justice pour les deux peuples sur leurs propres terres. Et sur l’Ukraine, il a dénoncé « le fardeau de souffrances infligé à la population civile », avec « la destruction d’hôpitaux, d’infrastructures énergétiques, de logements », à la suite d’un « acte de force pour violer les frontières d’autrui ».

    Ce discours du 9 janvier du pape Léon mérite d’être lu dans son intégralité dans la mesure où il s’agit presque d’un manifeste de son pontificat. Léon XIV y revisite saint Augustin à la lumière du monde actuel, un monde dans lequel « la guerre est revenue à la mode, et où une ferveur guerrière est en train de se répandre ».

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    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • « Dieu protège la Bulgarie » : les nouvelles pièces bulgares en euros adressent un message à Bruxelles

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    D'Hélène de Lauzun sur The European Conservative :

    « Dieu protège la Bulgarie » : les nouvelles pièces bulgares en euros adressent un message à Bruxelles

    En rejoignant la zone euro, la Bulgarie choisit de réaffirmer son identité chrétienne.

     
    La pièce bulgare de 2 euros à l'effigie de saint Païssius de Hilendar

    La pièce bulgare de 2 euros à l'effigie de saint Païssius de Hilendar Banque centrale européenne

    Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a officiellement rejoint la zone euro, adoptant l'euro comme monnaie légale et abandonnant le lev. Ce changement majeur s'est accompagné d'un choix symbolique fort : sur la face nationale de certaines pièces en euros, le gouvernement bulgare a décidé de faire figurer des saints importants et des symboles religieux ou historiques, affirmant ainsi l'importance de son patrimoine chrétien et culturel.

    Contrairement aux pièces, les billets en euros ne permettent aucune expression nationale ou religieuse, car ils ont été conçus pour être identiques dans tous les pays de la zone euro, avec des motifs architecturaux stylisés et neutres afin d'éviter toute référence politique, religieuse ou nationale. Ce caractère abstrait et impersonnel a souvent été critiqué. La neutralité des billets contraste avec la personnalisation des pièces, qui permettent à chaque pays de la zone euro de mettre en valeur certains aspects de son identité propre.

    La pièce de 2 euros rend hommage à Païssi Hilendarski (Saint Païssius de Hilendar), moine orthodoxe du XVIIIe siècle. Auteur de l'ouvrage fondamental « Histoire slavo-bulgare » , texte qui joua un rôle essentiel dans le renouveau national bulgare sous la domination ottomane, Païssi exhortait ses compatriotes à se souvenir de leur foi, de leur langue et de leur identité nationale. L'avers de la pièce présente son portrait. La tranche est gravée de l'inscription « Dieu, protège la Bulgarie », une devise ancienne du royaume bulgare, qui confère à cette pièce une dimension religieuse et historique unique.

    La pièce bulgare d'un euro est dédiée à saint Jean de Rila. Ce saint, patron de la Bulgarie, est une figure centrale du christianisme bulgare. Né au Xᵉ siècle, Jean de Rila mena une vie d'ermite, profondément marquée par la prière et l'ascétisme, avant de fonder le monastère de Rila , qui devint au fil du temps le principal centre spirituel du pays. Sur la pièce, il est représenté de face, tenant une croix et un rouleau, symbolisant à la fois la foi et l'enseignement spirituel. L'inscription « БЪЛГАРИЯ » (Bulgarie) et le mot « ЕВРО » en caractères cyrilliques soulignent l'identité nationale et linguistique de la Bulgarie dans sa nouvelle monnaie commune.

    Pour les pièces de faible valeur (50, 20, 10, 5, 2 et 1 centime), le motif commun est le Cavalier de Madara. Ce bas-relief monumental, datant du VIIIe siècle et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, représente un cavalier transperçant un lion de sa lance. Bien que ce motif soit, à proprement parler, antérieur à la christianisation de la Bulgarie, il est devenu au fil des siècles un symbole de victoire, de protection et de continuité de l'État bulgare, imprégné de la dimension chrétienne, et s'inscrit dans la mémoire collective.

    Ainsi, par ses choix iconographiques, la Bulgarie a cherché à concilier son appartenance à l'Union européenne et à l'euro avec la préservation de ses racines chrétiennes et historiques. Avec l'entrée de la Bulgarie dans la zone euro, la croix figurera pour la première fois sur les pièces en euros.

    Le message envoyé par Sofia est clair : la participation au projet collectif européen, souvent perçue comme une garantie de modernité, ne doit pas se faire au détriment des traditions nationales, notamment et surtout lorsqu’elles sont religieuses. L’histoire bulgare, marquée par des siècles de domination ottomane, cherche aujourd’hui à s’appuyer sur son passé chrétien de résistance aux envahisseurs. Espérons que ce message sera bien accueilli à Bruxelles.

  • Cinq points clés du premier discours du pape Léon XIV sur l'état du monde

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    D'Edgar Beltran sur le Pillar :

    Cinq points clés du premier discours du pape Léon XIV sur l'état du monde

    Léon XIV a exposé ses priorités diplomatiques pour l'année à venir.

    Ce discours, traditionnellement prononcé en début d'année, est souvent qualifié de discours papal sur « l'état du monde ». Celui de cette année revêtait une importance particulière : c'était la première occasion pour Léon XIV d'esquisser ses priorités diplomatiques et d'indiquer sur quels points il souhaitait poursuivre ou, au contraire, s'éloigner du pape François.

    Qu’a dit Léon dans son discours – et quel éclairage son allocution apporte-t-elle sur ses priorités et son style diplomatiques pour l’année à venir ?

    Venezuela

    La partie du discours qui a sans doute été la plus scrutée concernait le Venezuela, suite à la capture par les États-Unis du dictateur vénézuélien Nicolás Maduro à Caracas et aux frappes aériennes contre des cibles militaires dans la ville.

    Dans son Angélus du 4 janvier, le pape a adopté un ton prudent, déclarant que « le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération et nous conduire à surmonter la violence et à emprunter les voies de la justice et de la paix, en sauvegardant la souveraineté du pays, en assurant l'état de droit inscrit dans la Constitution, en respectant les droits humains et civils de chaque personne et de tous. »

    Il a repris ces propos dans son discours aux diplomates, déclarant qu'il renouvelait son « appel au respect de la volonté du peuple vénézuélien et à la sauvegarde des droits humains et civils de tous, afin d'assurer un avenir de stabilité et de concorde.

    Il a cité l'exemple des deux saints vénézuéliens récemment canonisés, saint José Gregorio Hernández et sainte Carmen Rendiles.

    « Puisse leur témoignage inspirer la construction d’une société fondée sur la justice, la vérité, la liberté et la fraternité, et permettre ainsi à la nation de se relever de la grave crise qui la frappe depuis tant d’années », a-t-il déclaré.

    Il est à noter que la version espagnole du discours du pape comprenait un paragraphe supplémentaire qui a été lu par erreur par le traducteur espagnol pendant le discours, mais que le pape n'a pas lu et qui n'apparaissait dans aucune autre version écrite du discours.

    Ce paragraphe désigne le trafic de drogue comme l'une des causes de la crise vénézuélienne.

    « Parmi les causes de cette crise figure sans aucun doute le trafic de drogue, qui est un fléau pour l’humanité et exige l’engagement conjoint de tous les pays pour l’éradiquer et empêcher que des millions de jeunes à travers le monde ne deviennent victimes de la toxicomanie », indique le rapport.

    « Parallèlement à ces efforts, il est indispensable d’investir davantage dans le développement humain, l’éducation et la création d’emplois pour les personnes qui, bien souvent, se retrouvent impliquées dans le monde de la drogue sans le savoir », conclut le texte.

    La mention du Venezuela dans son discours s'inscrit dans la continuité de l'approche mesurée de Leo face à la crise dans le pays, puisqu'il marche sur un fil entre la défense de la paix et du dialogue et le risque de donner l'impression de faire le jeu de Maduro en critiquant ouvertement les attaques menées par les États-Unis.

    Cependant, la mention apparemment effacée du trafic de drogue pourrait être perçue par les observateurs comme une occasion manquée d'attribuer la responsabilité de l'effondrement du Venezuela d'une manière que de nombreux Vénézuéliens — et gouvernements occidentaux — reconnaîtraient aisément.

    Liberté de conscience

    Le pape a consacré plusieurs paragraphes de son discours à la défense de la liberté de conscience et de religion dans le monde entier.

    Tout d'abord, Léon XIV a critiqué ouvertement les restrictions politisées à la liberté d'expression dans les pays occidentaux, affirmant que « la liberté d'expression est garantie précisément par la certitude du langage et le fait que chaque terme est ancré dans la vérité. Il est douloureux de constater à quel point, surtout en Occident, l'espace pour une véritable liberté d'expression se réduit rapidement. »

    « Parallèlement, un nouveau langage de type orwellien se développe qui, dans une tentative d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’alimentent », a-t-il ajouté.

    Il a déclaré que cet « affaiblissement du langage » a contribué à la violation de la liberté de conscience.

    « L’objection de conscience permet aux individus de refuser des obligations légales ou professionnelles qui entrent en conflit avec des principes moraux, éthiques ou religieux profondément ancrés dans leur vie personnelle. Il peut s’agir du refus du service militaire au nom de la non-violence, ou du refus, de la part des médecins et des professionnels de la santé, de pratiquer des actes tels que l’avortement ou l’euthanasie », a-t-il déclaré.

    « La liberté de conscience semble être de plus en plus remise en question par les États, même ceux qui se disent démocratiques et respectueux des droits de l’homme… Une société véritablement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, prévenant les tendances autoritaires et promouvant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social », a-t-il ajouté.

    Le pape a également critiqué les attaques contre la liberté religieuse en Occident.

    « Parallèlement, il ne faut pas oublier une forme subtile de discrimination religieuse à l’encontre des chrétiens, qui se répand même dans les pays où ils sont majoritaires, comme en Europe ou en Amérique. »

    « Là-bas, leur capacité à proclamer les vérités de l’Évangile est parfois restreinte pour des raisons politiques ou idéologiques, notamment lorsqu’ils défendent la dignité des plus faibles, des enfants à naître, des réfugiés et des migrants, ou lorsqu’ils promeuvent la famille », a-t-il déclaré.

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  • Les chrétiens d'Alep pris en étau entre les Kurdes et les djihadistes

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    D'Elisa Gestri sur la NBQ :

    Les chrétiens d'Alep pris en étau entre les Kurdes et les djihadistes

    Un an après la chute d'Assad, la guerre civile entre les vainqueurs a repris en Syrie. Les forces d'Al-Charia et les milices djihadistes s'affrontent aux milices kurdes, notamment à Alep. L'ancienne communauté chrétienne locale se retrouve prise en étau. La Bussola a entendu leurs voix.

    10/01/2026

    Conformément aux accords conclus en mars dernier par le président autoproclamé de la Syrie, Ahmed al-Sharaa, avec les dirigeants des milices kurdes des FDS (Forces démocratiques syriennes), ces dernières étaient censées fusionner avec l'armée gouvernementale avant le 31 décembre 2025. Comme prévu, cela ne s'est pas produit et, à l'approche du Nouvel An, une escalade des affrontements entre les deux armées a commencé.

    La ville d'Alep a été le théâtre de violents combats, notamment les quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et d'Achrafieh, ainsi que les quartiers adjacents de Bani Zaid, al Siryan, al Halak et al Midan, habités par des Kurdes et des chrétiens. Durant les affrontements, la quasi-totalité de la ville a été bombardée sans discernement. Il va sans dire que les victimes civiles, contraintes de fuir massivement leurs foyers, ont été les principales victimes. Ces derniers jours, l'ultimatum ayant expiré, les combats se sont rapidement intensifiés. Le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi, s'est rendu à Damas dimanche dernier pour négocier avec les autorités gouvernementales la fusion des deux armées et la création d'un État kurde autonome au sein de l'État syrien, conformément aux accords de mars. Mais le jour de l'Épiphanie, lorsque la nouvelle du report des négociations est parvenue, les affrontements ont atteint une intensité brutale, avec des bombardements massifs de civils sans défense et la destruction de quartiers entiers, à tel point que les autorités syriennes ont fermé l'aéroport d'Alep.

    Le 6 janvier, les autorités syriennes ont tenu une réunion à Paris, sous l'égide des États-Unis, avec des responsables israéliensLe communiqué conjoint publié à l'issue de cette réunion indiquait que « le leadership de Trump au Moyen-Orient a permis un dialogue constructif, axé sur le respect de la souveraineté et de la stabilité de la Syrie ainsi que sur la sécurité d'Israël ». Les deux pays « se sont engagés à mettre en place un mécanisme conjoint visant à faciliter le partage de renseignements, la détente militaire, le dialogue diplomatique et les opportunités commerciales sous la supervision des États-Unis ».

    Le 7 janvier, l'armée syrienne a déclaré « zone militaire » les quartiers d'Alep où se déroulaient les combats à partir de 15 heures, précisant avoir mis en place deux « couloirs humanitaires » pour permettre l'évacuation des civils dévastés par trois jours de bombardements ininterrompus. L'administration d'Alep a également fermé les écoles, les universités et les bâtiments publics, à l'exception des hôpitaux.

    Étrangement, les ordres d'évacuation donnés par les autorités gouvernementales aux habitants de quartiers entiers ressemblent étrangement aux méthodes qu'Israël utilise quotidiennement au Liban pour éloigner des villages entiers des bombardements de Tsahal. On pourrait croire que la coopération entre Israël et les hommes d'Al-Sharaa commençait à porter ses fruits, si ce n'est que, le 8 janvier, Israël, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar, n'a fermement condamné « les attaques des autorités syriennes contre la minorité kurde à Alep ».

    Après au moins 17 morts (ou 9, ou 12, selon la source), dont 99 % de civils, et un appel du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, les autorités syriennes ont conclu une trêve avec les milices des FDS dans la nuit du 8 au 9 janvier et ont imposé un couvre-feu à toute la ville, avec une interdiction totale de circulation.

    La communauté internationale aurait accueilli avec satisfaction l'annonce du cessez-le-feu ; pourtant, elle est restée impassible face à la transformation du pays en un véritable abattoir, digne de l'ancien dictateur Bachar el-Assad. Le sort des FDS demeure quant à lui incertain.

    Le New Daily Compass s'est entretenu avec Aline (ce n'est pas son vrai nom), une chrétienne maronite de 35 ans originaire d'Alep, qui est piégée avec d'autres réfugiés dans le sous-sol d'un immeuble depuis plus de soixante-douze heures, fuyant les bombardements qui ont détruit son quartier. « Depuis trois jours, notre ville est le théâtre de violents affrontements entre les milices kurdes des FDS et les forces gouvernementales : à mon avis, ce sont des terroristes. Les deux camps sont lourdement armés et s’affrontent depuis des mois, mais la dernière escalade est la plus intense. Ces combats se déroulent en plein cœur des quartiers résidentiels, menaçant directement les civils. Pendant trois jours, les tirs de mortier, d’obus et de roquettes ont été incessants, causant d’importants dégâts et mettant en danger sans distinction tous les citoyens. Depuis minuit ce soir (jeudi soir pour ceux qui lisent ces lignes), les tirs ont cessé ; le calme est revenu, mais nous n’osons pas encore rentrer chez nous. Les troupes kurdes viennent de commencer à se retirer de la ville. Nous attendons, espérant que la trêve tienne pour pouvoir aller voir ce qu’il reste de nos maisons », nous confie-t-il en français au téléphone.

    Nous demandons à Aline de confirmer si les chrétiens d'Alep sont directement touchés par les combats. « Absolument », répond-elle. « Entre les lignes de démarcation des forces kurdes et de l'armée syrienne, où sont stationnées leurs troupes respectives, se trouvent des quartiers chrétiens déjà fragilisés. Les Kurdes, en particulier, attaquent l'armée syrienne dans les rues al-Jabaa et al-Suryan, majoritairement habitées par des chrétiens. L'Église y a construit des logements pour les personnes dont les maisons ont été détruites lors du tremblement de terre de février 2023. Malheureusement, ces nouveaux bâtiments ont maintenant été touchés par des bombardements. De nombreux habitants ont été contraints de fuir vers des zones moins dangereuses, abandonnant leurs maisons et leurs biens, qui sont désormais la proie des pillages et des saccages perpétrés par des groupes armés. »

    Nous demandons si les chrétiens se sont organisés d'une quelconque manière, et comment, et s'ils sont capables de se défendre. « Certaines églises ont mis leurs salles paroissiales à la disposition des personnes déplacées, mais en tant que communauté chrétienne, nous n'avons que la prière face à ces événements. Nous vivons dans un climat de peur et d'incertitude. Nous avons récité le chapelet et imploré la protection du Seigneur pendant les huit heures de bombardements continus qui ont eu lieu mardi, jour de l'Épiphanie. »

    Le père Fadi Azir, prêtre franciscain de l'église de Terre Sainte à Alep, a lancé un appel à la paix dans une vidéo publiée sur la page Facebook Add Alsama. Tandis qu'il raconte comment ses frères et lui ont accueilli des réfugiés dans la salle paroissiale, on entend en arrière-plan de violents tirs d'artillerie, témoignant, s'il en était besoin, de la gravité de la situation. « L'avenir de la Syrie est incertain. Pour l'instant, nous tenons le coup… nous vivons dans l'incertitude, comme tout le monde. Prions », nous invite au téléphone sœur Giovanna (un nom d'emprunt), supérieure d'un monastère situé dans une autre région de Syrie. Prions et écoutons le cri de ces frères et sœurs, pour lesquels, nous en sommes certains, nous devrons rendre des comptes.

  • Le pape Léon XIV condamne l'avortement et la gestation pour autrui dans son discours adressé aux diplomates

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    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV 
    AUX MEMBRES DU CORPS DIPLOMATIQUE 
    ACCREDITÉ PRÈS LE SAINT-SIÈGE 
    POUR LA PRÉSENTATION DES VŒUX POUR LA NOUVELLE ANNÉE

    Salle des bénédictions
    Vendredi, 9 janvier 2026

    _________________________________

    Excellences,
    Distingués membres du Corps diplomatique,
    Mesdames et Messieurs,

    je tiens tout d’abord à remercier Son Excellence l’Ambassadeur George Poulides, Doyen du Corps diplomatique, pour les paroles aimables et respectueuses qu’il m’a adressées en votre nom à tous, et je vous souhaite bienvenue à cette rencontre organisée pour échanger nos vœux au début de la nouvelle année.

    Il s’agit d’un événement traditionnel dans la vie du Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, mais qui constitue une nouveauté pour moi qui ai été appelé il y a quelques mois à paître le troupeau du Christ. Je suis donc heureux de vous accueillir ce matin et je vous suis reconnaissant de votre forte participation, enrichie cette année par la présence des nouveaux Chefs de Mission résidents du Kazakhstan, du Burundi et de la Biélorussie. Je remercie les autorités gouvernementales respectives pour leur décision d’ouvrir des Représentations diplomatiques près le Saint-Siège à Rome, signe tangible des bonnes et fructueuses relations bilatérales. À travers vous tous, chers ambassadeurs, je souhaite adresser mes vœux de bonheur à vos pays et partager un regard sur notre époque tellement troublée par un nombre croissant de tensions et de conflits.

    L’année qui vient de s’achever a été riche en événements, à commencer par ceux qui ont directement touché la vie de l’Église, celle-ci ayant vécu un Jubilé intense et vu le retour à la Maison du Père de mon vénéré prédécesseur, le Pape François. Le monde entier s’est rassemblé autour de son cercueil le jour des funérailles, percevant la disparition d’un père qui a guidé le Peuple de Dieu avec une profonde charité pastorale.

    Il y a quelques jours, nous avons fermé la dernière Porte Sainte, celle de la basilique Saint-Pierre, que le Pape François avait ouverte lui-même la nuit de Noël 2024. Au cours de l’Année Sainte, des millions de pèlerins ont afflué à Rome pour accomplir le pèlerinage jubilaire. Chacun est venu chargé de son expérience, de ses questions et de ses joies, mais aussi de ses douleurs et de ses plaies, pour franchir les Portes Saintes, symbole du Christ lui-même, notre céleste médecin qui, en venant dans la chair, a pris sur lui notre humanité pour nous faire participer à sa vie divine, comme nous l’avons contemplé dans le mystère de Noël récemment célébré. Je suis convaincu que lors de ce passage, de nombreuses personnes ont pu approfondir ou redécouvrir leur relation avec le Seigneur Jésus, trouvant ainsi du réconfort et une espérance renouvelée pour affronter les défis de la vie.

    Je tiens ici à exprimer une particulière gratitude aux Romains qui, avec beaucoup de patience et de sens de l’hospitalité, ont reçu les nombreux pèlerins et touristes venus du monde entier dans la Ville éternelle.

    Je tiens à adresser une gratitude particulière au Gouvernement italien, à l’Administration capitoline et aux forces de l’ordre qui ont travaillé avec zèle et précision pour que Rome puisse accueillir tous les visiteurs et pour que les événements du Jubilé, comme ceux qui ont suivi le décès du Pape François, puissent se dérouler dans la sérénité et la sécurité.

    Le Saint-Siège et l’Italie partagent non seulement une proximité géographique, mais surtout une longue histoire de foi et de culture qui relie l’Église à cette magnifique Péninsule et à son peuple. En témoignent également les excellentes relations bilatérales scellées cette année par l’entrée en vigueur des modifications apportées à l’Accord sur l’assistance spirituelle des Forces Armées qui permettra un accompagnement spirituel plus efficace des femmes et des hommes exerçant leur service dans les Forces Armées en Italie comme dans leurs nombreuses missions à l’étranger, mais aussi par la signature de l’accord pour une installation agrivoltaïque à Santa Maria di Galeria, qui permettra d’alimenter la Cité du Vatican en électricité grâce à des sources renouvelables, confirmant ainsi l’engagement commun en faveur de la création. Je suis également reconnaissant pour les visites que m’ont rendues les hautes autorités de l’État au début de mon Pontificat et pour l’exquise hospitalité qui m’a été réservée au Palais du Quirinal par le Président de la République à qui je souhaite adresser mon cordial et reconnaissant souvenir.

    Au cours de l’année, répondant à l’invitation qui avait été faite au Pape François, j’ai eu la joie de pouvoir me rendre en Turquie et au Liban. Je suis reconnaissant aux Autorités des deux pays pour leur accueil. À İznik, en Turquie, j’ai eu l’occasion de commémorer, avec le Patriarche œcuménique de Constantinople et les représentants des autres confessions chrétiennes, les 1700 ans du Concile de Nicée, le premier concile œcuménique. Ce fut une occasion importante pour renouveler notre engagement sur le chemin vers la pleine unité visible de tous les chrétiens. Au Liban, j’ai rencontré un peuple qui, malgré les difficultés, est plein de foi et d’enthousiasme et j’ai perçu l’espoir émanant des jeunes qui aspirent à construire une société plus juste et plus soudée en renforçant l’entrelacement entre les cultures et les confessions religieuses qui rend le pays du Cèdre unique au monde.

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  • La déglingue continue : les Engagés sont prêts à inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution

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    Jusqu'où ira l'ignominie des ex sociaux chrétiens ?

    Du site du Soir :

    « C’est une petite révolution et une victoire » : Les Engagés prêts à inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution

    Un changement significatif pour les descendants du Parti social chrétien, mais qui ne pourra toutefois se concrétiser que durant la prochaine législature.

    Les Engagés ont déposé à la Chambre une proposition de déclaration de révision de la Constitution afin d’inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution. Un changement significatif pour les descendants du Parti social chrétien, mais qui ne pourra toutefois se concrétiser que durant la prochaine législature.

    Plusieurs groupes politiques ont déposé des propositions visant à inscrire ce droit dans la Constitution, suivant en cela ce qui s’est fait en France en 2024. Dans la majorité, le MR souhaite ainsi consacrer le droit à disposer de son corps. Les Engagés veulent quant à eux insérer un article 22/1 selon lequel « le droit de recourir à l’interruption volontaire de grossesse est garanti par la loi qui en détermine les conditions d’exercice. »

    « C’est une petite révolution et une victoire », a affirmé mercredi la députée Carmen Ramlot, initiatrice de la proposition cosignée par huit de ses collègues centristes.

    « Essentiel »

    Comme d’autres, la députée fait le constat que les droits fondamentaux reculent dans le monde, notamment le droit à l’avortement inscrit dans la loi en Belgique depuis 1990. « Dans ce contexte, même si l’IVG est aujourd’hui déjà protégée par la loi, il apparaît essentiel d’inscrire explicitement ce droit dans la Constitution belge dans le but de renforcer cette protection, afin de protéger le droit à l’IVG contre le risque de voir une loi ordinaire le remettre en cause ultérieurement », dit la proposition.

    Le débat sur une telle initiative a lieu actuellement en commission de la Constitution de la Chambre. Jusqu’à présent, il n’a pas abouti. A la fin de l’année passée, la majorité a rejeté une proposition des écologistes. L’Arizona est non seulement divisée sur la question (le CD&V juge une telle révision inutile), mais aussi confrontée à un problème juridique. L’actuelle déclaration de révision de la Constitution ne prévoit pas explicitement l’inscription du droit à l’avortement sous cette législature.

    « Nous voulons respecter les procédures de révision de la Constitution, c’est le socle de notre démocratie. Si on commence à tordre les règles, même pour la bonne cause, on ouvre la boîte de Pandore », souligne la députée.

    Un débat pour 2029

    Le débat reprendrait donc sous la prochaine législature, en principe après 2029, le vote d’une déclaration de révision de la Constitution entraînant la dissolution des Chambres et la convocation d’élections.

    Le sujet de l’avortement est revenu dans le débat politique il y a presque dix ans avec des propositions de moderniser la loi de 1990. Sous le gouvernement Michel, certaines dispositions ont été revues, mais les avancées les plus significatives sont restées lettre morte. Elles se sont systématiquement heurtées à une minorité de blocage constituée du CD&V, de la N-VA et du Vlaams Belang. En se muant de CDH en Engagés, les centristes francophones ont décidé de laisser la liberté de vote à leurs députés sur les sujets éthiques, à l’instar des libéraux.

  • Au vu d'une conception chrétienne des relations internationales, que faut-il penser de la politique de Trump à l'égard du Venezuela et de l'exfiltration de Maduro ?

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    A la question : "Au vu d'une conception chrétienne des relations internationales, que faut-il penser de la politique de Trump à l'égard du Venezuela et de l'exfiltration de Maduro ?", un site d'intelligence artificielle nous répond :

    La question porte sur une évaluation de la politique de Donald Trump envers le Venezuela, en particulier l'opération d'exfiltration de Nicolás Maduro en janvier 2026, à la lumière d'une conception chrétienne des relations internationales. Je vais aborder cela de manière équilibrée et non partisane, en m'appuyant sur des principes chrétiens classiques tels que la théorie de la guerre juste (développée par saint Augustin et saint Thomas d'Aquin), le respect de la souveraineté des nations, la poursuite de la paix et de la justice, ainsi que l'amour du prochain et la miséricorde, inspirés des Écritures (par exemple, Matthieu 5:9 : « Heureux les artisans de paix » ; Michée 6:8 : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l'Éternel demande de toi, c'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu »).

    Principes chrétiens en relations internationales

    Dans une perspective chrétienne, les relations entre nations ne sont pas régies par la seule puissance ou l'intérêt national, mais par des normes éthiques dérivées de la Bible et de la tradition chrétienne. Voici les clés pertinentes :

    • Souveraineté et non-ingérence : Les nations sont vues comme des entités ordonnées par Dieu (Actes 17:26), avec un droit à l'autodétermination. L'intervention étrangère doit être exceptionnelle, justifiée par une grave menace ou une crise humanitaire, et préférablement autorisée par une instance légitime comme l'ONU (analogue à une « autorité supérieure » dans la théorie augustinienne).
    • Théorie de la guerre juste : Pour qu'une action militaire soit légitime, elle doit répondre à des critères stricts :
      • Cause juste (défense contre une agression ou protection des innocents).
      • Autorité légitime (décision prise par une instance reconnue, non unilatérale).
      • Intention droite (viser la paix et la justice, non le gain personnel ou la vengeance).
      • Dernier recours (après épuisement des moyens pacifiques comme la diplomatie ou les sanctions).
      • Proportionnalité (les bénéfices doivent l'emporter sur les dommages).
      • Chance raisonnable de succès.
    • Justice, miséricorde et humanité : Le christianisme insiste sur la protection des opprimés (Psaume 82:3-4), mais aussi sur la non-violence quand possible (Matthieu 26:52). Les actions doivent promouvoir la dignité humaine, éviter les souffrances inutiles et viser une paix durable, non une domination.

    Les chrétiens sont divisés sur l'application de ces principes : certains, influencés par une vision « providentialiste » ou nationaliste, soutiennent des interventions pour « libérer » des peuples ; d'autres, plus pacifistes ou universalistes, les rejettent comme contraires à l'Évangile de paix.

    La politique de Trump envers le Venezuela

    Sous la première présidence de Trump (2017-2021), la politique vis-à-vis du Venezuela s'est centrée sur des sanctions économiques sévères contre le régime de Maduro, accusé de violations des droits humains, de fraude électorale et de liens avec le narcotrafic. Trump a reconnu Juan Guaidó comme président intérimaire en 2019 et a exploré des options pour un départ négocié de Maduro. Dans sa seconde présidence (à partir de 2025), cela a culminé en une escalade militaire : déploiement naval dans les Caraïbes, frappes contre des navires soupçonnés de trafic de drogue, et enfin l'opération « Absolute Resolve » le 3 janvier 2026. Cette opération, menée par des forces spéciales américaines, a consisté en une incursion nocturne à Caracas pour capturer Maduro et son épouse, Cilia Flores, les extrayant vers les États-Unis pour les juger sur des chefs d'accusation liés au narcotrafic. Trump a annoncé que les États-Unis « géreraient » le Venezuela temporairement jusqu'à une transition, en soutenant Delcy Rodríguez comme présidente intérimaire (bien qu'elle ait condamné l'action), et a évoqué l'exploitation des réserves pétrolières vénézuéliennes par des compagnies américaines.

    Cette « exfiltration » – un euphémisme pour une opération d'enlèvement militaire – a été justifiée par Trump comme une action de « maintien de l'ordre » contre un « narco-terroriste », non comme une guerre, mais elle a entraîné des morts (au moins 40 Vénézuéliens selon des rapports) et a été condamnée internationalement comme une violation de la souveraineté. (En fait, cette opération américaine de capture du couple Maduro aurait fait au moins 55 morts, 23 militaires vénézuéliens et 32 cubains (n.d.B.))

    Évaluation à la lumière des principes chrétiens

    Du point de vue chrétien, cette politique soulève des tensions profondes. Voici une analyse équilibrée :

    Aspects potentiellement positifs ou justifiables

    • Protection des opprimés et justice : Le régime de Maduro a causé une crise humanitaire majeure – hyperinflation, famine, exode de millions de Vénézuéliens, répression violente des opposants. Des chrétiens vénézuéliens et évangéliques (comme certains pasteurs exilés ou Franklin Graham aux États-Unis) y voient une « intervention divine » ou une réponse à des prières pour la libération d'un « dictateur maléfique ». Cela résonne avec des passages bibliques sur la chute des tyrans (Psaume 37:35-36) et la défense des faibles. Si l'intention était purement humanitaire, cela pourrait s'aligner avec une « intervention responsable » pour restaurer la justice, comme certains théologiens chrétiens défendent dans des cas de génocide ou d'oppression extrême.
    • Fin d'une menace : Les liens présumés de Maduro avec le narcotrafic affectent les États-Unis (via l'immigration et les drogues), ce qui pourrait être vu comme une cause juste de défense nationale, analogue à la protection du « prochain » (Lévitique 19:18).

    Aspects critiques ou problématiques

    • Violation de la souveraineté et absence d'autorité légitime : L'opération unilatérale, sans approbation du Congrès américain, de l'ONU ou d'une coalition internationale, contrevient à la Charte des Nations Unies (que des théologiens chrétiens comme Mary Ellen O'Connell de Notre-Dame considèrent inspirée de principes chrétiens de paix). Cela ressemble à une agression impérialiste, contraire à la théorie de la guerre juste, qui exige une autorité reconnue. Des leaders chrétiens modérés (comme l'Église épiscopale américaine) appellent à une enquête, craignant l'instabilité et la violence accrue, et la qualifient de contraire aux résolutions de leur convention générale sur l'usage de la force.
    • Intention discutable et proportionnalité : Trump a explicitement mentionné le contrôle des réserves pétrolières (« Nous allons le gérer... et garder tout ce pétrole »), ce qui suggère des motifs économiques plutôt que purs. Cela évoque une convoitise (Exode 20:17) et une domination, non la miséricorde. L'opération, bien que rapide, a causé des morts civiles et militaires, et risque un chaos post-Maduro (luttes de factions, instabilité régionale). Était-ce un dernier recours ? Les sanctions et la diplomatie étaient en place depuis des années, mais l'escalade militaire semble précipitée, non proportionnée.
    • Manque de paix et de miséricorde : Des chrétiens progressistes et catholiques (comme les évêques vénézuéliens) insistent sur la confiance en Dieu plutôt que la violence, appelant à la prière et à la calme. Ils soulignent que célébrer la « chute » d'un homme, même tyran, ignore la dignité humaine (Genèse 1:27) et risque de perpétuer un cycle de vengeance. Des voix évangéliques vénézuéliennes, tout en espérant le changement, refusent la haine et appellent à la réconciliation.

    En somme, une conception chrétienne authentique tendrait à critiquer cette politique comme non conforme à la guerre juste : elle manque d'autorité légitime, d'intention pure et de dernier recours, et risque de prioriser le pouvoir sur la paix. Bien que le soulagement pour les Vénézuéliens opprimés soit compréhensible – et que certains chrétiens y voient une justice divine –, l'approche unilatérale et motivée par l'intérêt national apparaît comme une forme d'arrogance humaine, contraire à l'humilité prônée par le Christ (Philippiens 2:3-4). Au lieu d'une intervention militaire, une réponse chrétienne privilégierait la diplomatie multilatérale, l'aide humanitaire et le soutien à une transition pacifique, en priant pour la guérison du Venezuela. Les divisions parmi les chrétiens reflètent des interprétations variées, mais l'appel biblique à la paix reste central.

    ... et vous, qu'en pensez-vous ?

  • Hérode et l'ère du système de gestion morale

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    Du Père Jerry J. Pokorsky sur le CWR :

    Hérode et l'ère du système de gestion morale

    Hérode n'est peut-être pas le monstre que nous imaginons, non pas parce que son crime était mineur, mais parce que nous avons perfectionné quelque chose de bien pire : tuer méthodiquement, sans passion, sans haine, sans honte et sans humanité.

    5 janvier 2026

    Chaque personne, du roi au roturier, vit selon un code moral. La théologie morale catholique est fondée sur les dix commandements et les principes de la loi naturelle.

    La loi de la jungle, en revanche, repose sur le pouvoir et les émotions. Cependant, l'époque moderne a vu l'émergence d'un système de gestion morale, qui recadre les questions morales en tant que problèmes techniques à résoudre à l'aide de tableurs, de projections et de modèles informatiques.

    L'Église catholique regroupe ses préceptes moraux (loi naturelle, loi positive de Dieu et discipline ecclésiastique) autour des Dix Commandements. La théologie morale catholique est raisonnable et régit les actes humains. La violation délibérée d'un précepte moral, en toute liberté et avec le plein consentement, rend une personne coupable. Bien que la plupart des péchés soient véniels et affaiblissent l'âme, certains péchés sont mortels et la privent de la grâce sanctifiante. Dieu accorde sa grâce et les sacrements pour restaurer cette grâce et nous ramener sur le chemin du salut.

    La loi de la jungle, en revanche, fait appel à l'intérêt personnel, au vice, aux émotions fortes et au pouvoir personnel ou tribal pour obtenir des biens de première nécessité, réels ou supposés. La littérature et le cinéma dépeignent ce code moral de manière vivante, y compris ses expressions modernes dans le crime organisé. L'Ancien Testament en offre également plusieurs exemples.

    Lorsque les objectifs sont atteints et que les émotions s'apaisent, la violence s'estompe souvent. Le roi Hérode vient à l'esprit.

    Hérode le Grand (vers 73-4 av. J.-C.) a régné sur la Judée de 37 av. J.-C. jusqu'à peu après la naissance de Jésus. Dirigeant brillant et impitoyable, il a agrandi le Second Temple et construit Massada et Césarée. Son règne a également été marqué par des impôts écrasants, la répression, la paranoïa et l'exécution de ses rivaux, y compris sa propre femme et ses fils.

    Césarée de Sébaste figurait parmi ses plus grandes réalisations. Construite là où il n'existait aucun port naturel, les ingénieurs d'Hérode ont coulé d'énormes brise-lames en béton dans la mer, transformant une côte exposée en un centre commercial méditerranéen. Ce fut un exploit étonnant, preuve que le génie technique et l'aveuglement moral coexistent souvent.

    Selon l'Évangile de Matthieu, Hérode, alors âgé, apprit par les mages qu'un enfant appelé « roi des Juifs » était né. Lorsque les mages ne revinrent pas, Hérode ordonna le massacre de tous les enfants mâles âgés de deux ans et moins à Bethléem et dans ses environs afin d'éliminer ce qu'il considérait comme un rival. Josèphe décrivit plus tard les dernières années d'Hérode comme marquées par la folie, la terreur et une maladie effroyable qui le consumait de l'intérieur.

    À certains égards, Hérode fait office de pont entre la loi de la jungle et un système moral résolument moderne.

    En mars 1970, la revue catholique Triumph publiait un article intitulé « Les Hérodiens ». Les rédacteurs y identifiaient une nouvelle morale qui ne fait ni référence aux Dix Commandements ni appel à la passion brute. Il s'agit de la morale des technocrates.

    Les rédacteurs avertissaient déjà à l'époque que les « partisans de l'avortement perdaient patience ». Pendant des années, la campagne pour la légalisation de l'avortement s'était insinuée dans les législatures des États, mais les progrès étaient « extrêmement lents » et dangereusement vulnérables à la résistance locale, en particulier celle des « anti-Hérodiens » catholiques et de leurs évêques.

    Triumph citait Roger O. Egeberg, directeur de la santé du président Nixon, dans une interview accordée en février 1970.

    Remarquez le ton. Pas de rage. Pas de panique. Pas de soif de sang. Juste de la gestion, traitant les êtres humains comme des populations à réguler en réponse à des pressions extérieures :

    De plus en plus, oui. J'ai toujours été plutôt conservateur sur la question [de l'avortement]. Mais je pense de plus en plus que nous devons considérer l'avortement comme un recours parmi d'autres méthodes de contraception qui ne sont pas parfaites. ... Je pense vraiment que faire face à une population en croissance constante est la chose la plus horrible à laquelle nous pouvons être confrontés. »

    L'avortement n'était pas présenté comme une horreur, mais comme un outil, un correctif pour des systèmes jugés inefficaces. C'était un problème bureaucratique à résoudre.

    Depuis lors, et en particulier après l'arrêt Roe v. Wade, l'avortement, utilisé comme instrument de gestion, a coûté la vie à plus de 70 millions d'Américains. La redoutable bombe démographique n'a jamais explosé. Au contraire, les nations sont désormais confrontées à un autre problème : l'effondrement des taux de natalité, des écoles vides et des populations vieillissantes qui se demandent qui paiera les factures.

    Triumph se termine par une phrase qui dérange encore aujourd'hui :

    Le crime d'Hérode avait quelque chose d'humain : une passion, une rage, une défense effrénée de son trône. Il n'avait rien contre les bébés, en réalité.

    Il ne s'agit pas de réhabiliter Hérode, mais d'établir un contraste. Hérode a tué par peur. Nous tuons à l'aide de tableurs. Hérode était enragé. Nous rassurons avec des statistiques et des prévisions. Son crime était soudain, personnel et choquant. Le nôtre est procédural, aseptisé et poliment défendu comme un progrès : tuer à distance, à l'aide de la technologie des jeux vidéo.

    Hérode n'est peut-être pas le monstre que nous imaginons, non pas parce que son crime était mineur, mais parce que nous avons perfectionné quelque chose de bien pire : tuer méthodiquement, sans passion, sans haine, sans honte et sans humanité. Paradoxalement, les passions de la haine et de la honte sont peut-être les freins mêmes qui empêchent les crimes contre l'humanité. Les émotions surchauffées finissent par s'épuiser. Les calculs froids, en revanche, sont codifiés, institutionnalisés et perpétués.

    Pourtant, personne ne peut échapper à l'ordre moral catholique, car nous sommes inévitablement l'œuvre de Dieu. Le même Dieu qui établit les lois de l'univers établit également les lois morales qui régissent le comportement humain. En Jésus-Christ, Dieu et l'homme sont réconciliés, et la loi de Dieu est révélée en paroles et en actes.

    Quiconque meurt dans la grâce sanctifiante gagne l'éternité, et aucun tribunal humain ne peut juger les réalités invisibles d'une âme. Même des tyrans comme Hérode, dont les actes nous horrifient à juste titre, ont peut-être réussi à entrer dans la Terre promise. Il ne s'agit pas ici de défendre les crimes d'Hérode, mais d'examiner le raisonnement moral par lequel nous excusons aujourd'hui les nôtres. Peut-être Hérode apprenait-il déjà à penser comme nous.

    Avez-vous vu des images satellites de la Terre la nuit, avec des villes illuminées au milieu d'une obscurité immense ? Supposons que Dieu nous ait donné des lentilles capables de détecter la grâce sanctifiante plutôt que l'électricité. Que révéleraient les grandes villes ? Qu'en serait-il des campagnes tranquilles, des recoins cachés de la jungle ? Et quelles vérités nous regarderaient en retour si nous tournions ces lentilles vers l'intérieur, vers le miroir de notre propre âme ?

  • Chantal Delsol : la Tragédie migratoire et la Chute des Empires

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    La Tragédie migratoire et la Chute des empires

    Augustin d’Hippone, saint Augustin pour les chrétiens, a vécu à l’époque angoissante où son monde était en train de se défaire (Ve siècle). Après une existence tumultueuse, il est mort dans sa ville assiégée par les Vandales. L’analogie s’impose entre son époque et la nôtre. Dans les deux cas, un empire très civilisé, puissant et orgueilleux se voit investi et finalement démantelé par des cultures plus frustes et moins avancées, qu’à son époque on appelait « barbares ». Dans les deux cas, l’empire en question est responsable de graves manquements, parce que la puissance court toujours à la démesure et à la violence. Dans les deux cas l’empire menacé manifeste une culpabilité, chrétienne alors, aujourd’hui postchrétienne, vis-à-vis des envahisseurs qu’un mystérieux complexe l’empêche de repousser efficacement. Dans les deux cas, la fin qui approche laisse penser à quelque apocalypse, et il en est de toutes sortes. Les temps sont noirs et incertains. L’esprit s’avance dans cette obscurité. Mais l’espérance est toujours neuve. Augustin, jeunesse chahuteuse, âme tourmentée, cœur casanier détestant les voyages, ne redoutait pour lui-même qu’une chose : se donner « une vie gonflée de vent ». C’est peut-être le sens de la vie qui manque le plus aux époques comme la nôtre. L’auteur de La Cité de Dieu est un penseur des commencements, un écrivain de la promesse. À nous, qui sommes des tard-venus, il peut en apprendre beaucoup. Chantal Delsol est philosophe et écrivain, professeur émérite des universités en philosophie politique. Elle a créé et dirigé l’Institut Hannah-Arendt fondé en 1993. Elle est membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

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