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Politique

  • Europe : Un nouveau rapport contre la haine qualifie les défenseurs de la vie et de l'enfance de « charge virale »

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    De Martin Locksley sur kath.net/news :

    « Désinfecter » l'Europe ?

    12 octobre 2026

    Un nouveau rapport contre la haine qualifie les défenseurs de la vie et de l'enfance de « charge virale »

    Vienne (kath.net) Un rapport récent intitulé The Hate Review a publié une liste d'initiatives sceptiques à l'égard de l'agenda du genre. Les critiques contre l'avortement, la sexualisation à l'école ainsi que la chirurgie transgenre chez les mineurs sont ainsi dénoncées. Des associations autrichiennes sont également classées dans le « spectre anti-genre ». Les voix de la société civile en faveur de la protection de la vie et de l'enfance sont explicitement qualifiées de « pollution » dans ce rapport. L'objectif à long terme de l'organisation Forbidden Colours serait de « désinfecter l'Europe » des positions conservatrices.

    Le rapport a été publié en septembre 2026 par l'ONG Forbidden Colours, basée à Bruxelles. Forbidden Colours s'engage pour les droits des personnes LGBTIQ+ en Europe. Selon ses propres déclarations, un « accent particulier de son travail est mis sur l'observation des acteurs qui font de la communauté LGBTIQ+ un bouc émissaire ». L'ONG affirme disposer d'un vaste réseau européen.

    L'auteur de The Hate Review, Vincent Reillon, mène des activités de plaidoyer politique à Bruxelles. Il a travaillé auparavant pour le service de recherche du Parlement européen et pour la représentation permanente de la France auprès de l'UE. Le directeur général, Rémy Bonny, dirige l'organisation depuis avril 2021. Sous sa direction, celle-ci s'est notamment mobilisée contre les restrictions imposées par la Hongrie sur les contenus liés aux LGBTIQ+ dans les médias et les écoles.

    Une présentation est annoncée au Parlement européen pour le 12 octobre, parrainée par le Luxembourgeois Marc Angel. Ce dernier appartient au groupe social-démocrate S&D. Depuis 2020, il est coprésident de l'intergroupe sur les droits LGBTIQ+ au Parlement européen.

    Pathologisation de l'engagement de la société civile

    La sémantique du rapport est frappante et frise véritablement l'incitation à la haine. L'engagement social des groupes listés est comparé à une « charge virale » (p. 5). Dans son appel final, le rapport réclame la « désinfection de l'Europe » par le « démantèlement » patient de ses acteurs et de leurs visions du monde (p. 29).

    Ce choix de mots pathologisant constitue une étape préliminaire à l'appel à la violence et doit donc être condamné de la manière la plus ferme. Présenter des voix critiques comme une maladie infectieuse vise à les exclure du discours public et des processus démocratiques. Or, les droits de l'homme ne sont pas un privilège accordé en échange d'une approbation de la politique dominante. La liberté de croyance, d'opinion et d'association s'applique bien entendu aussi aux personnes qui s'engagent pour la vie à naître ou qui rejettent la sexualisation des enfants dans les établissements d'enseignement. La Charte des droits fondamentaux de l'UE protège l'orientation sexuelle au même titre que les convictions religieuses et politiques.

    Forbidden Colours alimente une suspicion généralisée contre des initiatives parentales pacifiques, des défenseurs du droit à la vie et des communautés ecclésiales. L'ONG semble moins intéressée par un débat constructif que par l'alimentation d'une image globale de l'ennemi.

    Alliance pour la famille : l'amour avec responsabilité

    The Hate Review couvre une période de 25 ans et recense plus de 3 200 entrées ainsi que plus de 700 organisations et individus. Le rapport dresse le tableau d'un mouvement croissant et répandu dans toute l'Europe qui restreindrait ou attaquerait prétendument les « droits reproductifs » ou les droits des personnes LGBTIQ+. Cela englobe en particulier les initiatives pour la défense de la vie, les droits des parents et la prévention des abus sexuels sur les mineurs.

    Les descriptions du rapport reprennent à plusieurs reprises des images pathologisantes telles que la « contamination » sociale, la « fièvre » ou l'« infection ». Comme contre-stratégie, il est proposé de se mobiliser pour une « désinfection » à long terme contre les militants de la protection de la vie et de l'enfance.

    Même l'organisation autrichienne Familienallianz (Alliance pour la famille) est mentionnée dans ce rapport contre la haine. Depuis plus de 10 ans, elle mène un travail d'information important dans le domaine des droits des parents et de la protection de l'enfance. Elle publie des brochures qui aident les parents et les enfants à faire la distinction entre éducation sexuelle et sexualisation. Elle soutient le groupe de travail « Pour une éducation sexuelle de valeur », porté par des parents et des professionnels. De plus, la Familienallianz propose une ligne d'écoute, du coaching parental, des dépliants gratuits et des conférences. De telles offres contribuent grandement à donner aux parents les moyens d'aborder de manière autonome les concepts d'éducation sexuelle.

    Le dialogue plutôt que la désinfection

    Au lieu de « désinfecter » les points de vue alternatifs, l'Europe a besoin d'espaces de débat ouverts et libres. La dignité humaine ne doit pas dépendre de l'adhésion ou non à des valeurs progressistes. Le Parlement européen devrait, tout particulièrement lors de controverses sociétales, veiller à la défense de la liberté d'expression et de croyance, et promouvoir une culture du dialogue et du respect mutuel.

  • Coût du 3e âge : et si l'impasse budgétaire débouchait sur un élargissement du recours à l'euthanasie ?

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    Voici une synthèse objective de la manière dont la réflexion éthique, économique et politique aborde aujourd'hui le risque qu'une impasse budgétaire dans les pays occidentaux puisse déboucher sur une offre élargie du recours à l'euthanasie. Cette question semble d'actualité au moment où la Région Wallonne est décidée à faire des économies sur le fonctionnemennt des maisons de repos.


    1. La réalité de la contrainte budgétaire : le vieillissement démographique

    Les pays occidentaux font face à un effet de ciseaux financier inédit :

    • La baisse du ratio actifs/inactifs : Le départ à la retraite de la génération du baby-boom et la dénatalité réduisent le nombre de cotisants par rapport au nombre de pensionnés.
    • L'explosion des coûts de la dépendance : Les dépenses de santé ne sont pas linéaires ; elles se concentrent de manière critique sur les dernières années de vie (soins palliatifs, traitements des maladies chroniques, hébergement en structures spécialisées).
    • Le risque de sous-financement chronique : Face à des dettes publiques élevées, les États peinent à financer dignement le grand âge, ce qui fragilise les systèmes de soins de santé et les maisons de repos.

    2. Le mécanisme de glissement par défaut de soins

    Le risque qu'une impasse budgétaire élargisse l'offre ou le recours à l'euthanasie ne se formalise pas par une volonté politique explicite, mais par un mécanisme indirect appelé « l'alternative par défaut » :

    • Le manque de moyens pour la dépendance : Si l'accès aux soins de longue durée et aux structures d'accueil devient financièrement inaccessible pour les familles, ou si la qualité de vie y est jugée indigne en raison du manque de personnel, la fin de vie choisie peut être perçue comme la seule issue acceptable.
    • L'insuffisance des soins palliatifs : Les experts en bioéthique soulignent que dans les pays où l'aide médicale à mourir est légalisée, celle-ci coûte structurellement moins cher à la collectivité que le maintien en vie via des soins palliatifs de pointe. L'impasse budgétaire pourrait ainsi inciter l'État (ou les assurances privées) à prioriser le financement de l'option la moins coûteuse.

    3. Les signaux d'alerte et débats actuels

    Ce scénario n'est plus une simple hypothèse de politique-fiction, mais un point de vigilance documenté :

    • L'évolution des critères légaux : Au cours des dernières années, plusieurs législations occidentales ont élargi leurs critères d'accès à l'euthanasie ou à l'aide au suicide, passant d'un pronostic de mort imminente à des notions plus larges comme les « souffrances psychologiques incommensurables » ou la « polypathologie liée au grand âge ».
    • La pression morale du "fardeau" : Le principal danger identifié par les sociologues est l'internalisation d'une contrainte économique par les personnes âgées elles-mêmes. Face aux difficultés financières de leurs enfants ou au coût de leur prise en charge pour la société, certains aînés pourraient développer le sentiment de « coûter trop cher » et demander l'euthanasie par altruisme forcé ou culpabilité.
    • Le débat sur la "fatigue de vivre" : Les déclarations récentes de certains gestionnaires de santé (évoquant l'euthanasie pour les personnes âgées « fatiguées de vivre » afin de préserver la viabilité des systèmes de solidarité) illustrent que la tentation d'une régulation comptable par la fin de vie commence à être verbalisée dans l'espace public.

    En conclusion

    L'impasse budgétaire des États occidentaux constitue un facteur de pression systémique majeur. Si aucune législation ne revendique l'euthanasie comme une mesure d'austérité, le sous-financement chronique de la dépendance et des soins de fin de vie crée un environnement où l'élargissement de l'offre d'euthanasie risque de devenir, par glissement éthique et économique, une variable d'ajustement structurelle face au défi du grand âge.

    Note complémentaire

    Les Pays-Bas et la Belgique : Le débat sur la « fatigue de vivre »

    Dans ces deux pays, les lois initiales de 2002 exigeaient une pathologie médicale grave et incurable. Vingt-cinq ans plus tard, les frontières de la loi se sont considérablement déplacées. [1, 2, 3]

    • La polypathologie et la vieillesse : Les rapports bisannuels des commissions de contrôle (notamment les données publiées en Belgique) montrent une hausse des cas liés à la « polypathologie », une accumulation de dégradations physiques dues au grand âge, sans maladie mortelle à court terme. [1, 2]
    • La pression pour la « vie accomplie » : Aux Pays-Bas, des courants politiques et sociétaux poussent régulièrement pour la création d'un droit à l'euthanasie pour les personnes de plus de 75 ans qui estiment avoir accompli leur vie et souffrent d'une « fatigue de vivre », même en l'absence de critères strictement médicaux. [1]

    Que faut-il en conclure ?

    Ces pays n'ont pas légiféré pour faire des économies, mais l'expérience montre que dès lors que le critère de la mort imminente est abandonné, la frontière éthique devient poreuse. Si l'offre de soins palliatifs, de financement des maisons de retraite ou d'aides aux personnes handicapées est défaillante en raison d'une impasse budgétaire, le choix d'abréger sa vie cesse d'être une pure liberté philosophique pour devenir, chez certains, une solution de détresse face à la précarité ou à la peur d'être un fardeau. [1, 2]

    En 2024 en Belgique, le président de la Mutualité Chrétienne, Luc Van Gorp, a suscité une vive polémique en déclarant dans la presse que face au vieillissement de la population, la question des personnes « fatiguées de vivre » et du recours élargi à l'euthanasie devait être posée sans tabou. Il s'exprimait en gestionnaire de fonds de santé, déclenchant un tollé immédiat de la part du monde médical, politique et éthique, qui a dénoncé une vision purement comptable de l'existence humaine.

    Pour compenser la perte des aides publiques découlant du nouveau budget annoncé par la région Wallonne, les maisons de repos pourraient se voir contraintes d’augmenter leur prix d'hébergement journalier. Si le coût d'une structure d'accueil dépasse les revenus du pensionné et impacte directement le budget de ses enfants, la charge financière devient intrafamiliale. C'est précisément ce mécanisme d'asphyxie économique qui favorise l'apparition d'une détresse morale chez le senior, le poussant à envisager la fin de vie pour ne pas appauvrir ses proches

    (avec le concours de l'IA)

  • En Ukraine, la Russie vise désormais en priorité les civils. La réponse de l'Église

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    En Ukraine, la Russie vise désormais en priorité les civils. La réponse de l'Église

    Pour bien comprendre ce que pense Léon XIV de la guerre en Ukraine, il faut absolument lire les dix pages sur la question dans la dernière édition de « La Civiltà Cattolica », la revue des jésuites de Rome publiée sous le contrôle préalable de la Secrétairerie d’État et, bien souvent, du pape lui-même.

    Cet article s'intitule « L’Ukraine et les coûts humains du conflit ». Il traite précisément des répercussions sur la population du nouveau tournant pris par l’offensive russe : des frappes systématiques ne se limitant plus à la ligne de front, mais qui visent désormais les villes et villages de tout le pays — à commencer par la capitale, Kiev —, à coups de drones et de missiles déferlant sans relâche sur le quotidien des civils pour briser leur résistance.

    Jusqu'ici, « sans aucun signe de fléchissement à l’horizon », souligne l'auteur de l'article, le jésuite et psychologue Norbert Frejek. Bien au contraire, « les habitants des zones touchées continuent de faire preuve d'une force morale et d'une ténacité remarquables », après presque cinq ans de résistance ininterrompue face à l'invasion russe qui, « depuis février 2022, n'a conquis que 3 % du territoire ukrainien », outre les zones déjà annexées par la force depuis 2014, pour un total d'environ 20 % du territoire, Crimée comprise.

    En ce qui concerne l’invasion russe et la résistance ukrainienne qui a suivi, le jugement est sans appel. L’Ukraine « combat pour préserver son indépendance à l’intérieur des frontières internationalement reconnues ». Et « l’assistance militaire » apportée à la nation agressée, « tout comme le soutien financier et humanitaire d’où qu’il vienne, joue  dans ce cadre un rôle essentiel ».

    L’indomptable résistance de la nation agressée, écrit le P. Frejek, « puise ses racines dans l’histoire complexe de l’Ukraine, un pays qui a dû lutter pour son indépendance et qui reste marqué par la grande famine des années trente, lorsque le pouvoir soviétique a laissé plusieurs millions de personnes mourir de faim, de façon systématique. »

    L’Ukraine a été, à l’instar des pays baltes, « l’une de ces ex-républiques soviétiques qui a essayé de tirer le meilleur parti de l’effondrement de l’Union soviétique pour bâtir rapidement un État indépendant ». À l’inverse, la Russie de Vladimir Poutine ravivait ses ambitions néo-impériales, allant jusqu’à déclarer la guerre à la nation qui avait échappé à on pouvoir. Frejek écrit : « Comme l’observait déjà il y a de nombreuses années le chercheur ukrainien Mykola Riabchouk dans son compte rendu de l’ouvrage Russischer Zentralismus und ukrainische Autonomie de Zenon Kohut, l’affrontement entre ces deux systèmes politiques était inévitable : la république cosaque ne pouvait coexister avec l’autocratie, pas plus que les principes du droit romain ne pouvaient s’accorder avec le despotisme asiatique. »

    C’est à la lumière de ces analyses fondamentales qu’il faut saisir toute la portée des paroles du pape Léon sur la guerre en Ukraine, notamment celles prononcées à l’issue de l’Angélus du dimanche 6 septembre :

    « C’est avec profonde tristesse que j’ai suivi les nouvelles des violentes attaques qui ont touché récemment plusieurs villes et infrastructures civiles en Ukraine, causant la mort de personnes innocentes. Mon cœur se joint à la souffrance de la population qui vit dans l’angoisse et la peur depuis des années. Je lance un nouvel appel pour que l’on mette fin à la violence, que l’on arrête la destruction et que l’on ouvre les cœurs au dialogue et à la paix ! »

    L’article de Frejek dans « La Civiltà Cattolica » est précisément consacré à cette « souffrance de la population » rappelée par le pape. Avec d’autres jésuites, il a fondé à l’automne 2024 à Tchernivtsi, en Bucovine ukrainienne, un centre d’accompagnement psychologique et spirituel, appelé Space of Hope, destiné aux personnes frappées par la guerre qui, « tout en conservant leur capacité de résistance et d'endurance, accusent une profonde fatigue psychologique ».

    En effet, « en plus des états d’anxiété générés par les attaques fréquentes, parfois quotidiennes, de drones et de missiles, de nombreuses personnes en Ukraine souffrent également de trouble de stress post-traumatique ».

    « Les victimes les plus fréquentes – écrit Frejek – sont les soldats engagés sur le front ; cependant, la guerre actuelle a montré que le trouble de stress post-traumatique touche aussi les mères et les épouses qui attendent le retour de leurs fils et de leurs maris, tout comme les proches de ceux qui ne reviendront plus. Ce trouble constitue une forme de réponse à un traumatisme, c’est-à-dire à un événement extrêmement violent dépassant la capacité d’une personne à y faire face et à s’adapter à la situation. En d’autres termes, la personne ne parvient plus à intégrer une expérience aussi douloureuse. »

    Il s’agit surtout de ceux qui apprennent la mort d’un proche . Ils éprouvent « le sentiment qu’une part essentielle de leur vie a soudainement basculé ». Et ils se renferment sur eux-mêmes, habités par « l’idée que raconter sa vie à un inconnu suscite la méfiance » : un héritage, là aussi, de l’ère soviétique, « qui a appris à des générations entières à rester sur leurs gardes et à surveiller ce qu’elles confient aux autres ».

    « Parmi les sentiments les plus fréquents chez les proches des soldats – poursuit Frejek –, outre la peur, on retrouve le sentiment que ces hommes portent un poids écrasant. Face à des personnes qui semblent accablées par un fardeau à ce point oppressant, la tendance est souvent de prendre ses distances, presque de fuir, pour éviter que ce poids ne contamine leur entourage. Cette dynamique rappelle, à certains égards, l’attitude qui a caractérisé pendant des siècles le rapport aux lépreux. »

    Et puis il y a les enfants, qui « ne comprennent souvent que bien plus tard que leur père n'est pas simplement parti pour un long voyage, mais qu'il ne rentrera plus jamais ».

    En somme, « les images d’une jeune veuve, d’une mère ou d’un adolescent accueillant avec stoïcisme la nouvelle de la mort d’un être cher tombé au front relèvent davantage de la fiction cinématographique que de la réalité ».

    Parmi les centres qui offrent un soutien psychologique et spirituel à la population ukrainienne frappée par la guerre, Frejek cite, outre le Space of Hope, le Service jésuite pour les réfugiés de Lviv, particulièrement actif auprès des migrants internes déplacés des zones de combat ou sous occupation russe. À cela s'ajoutent les aumôniers militaires, environ 500 hommes et femmes issus de 13 confessions religieuses différentes.

    « Dans notre travail d’accompagnement, nous puisons notre inspiration dans deux passages des Écritures », écrit Frejek. « Le premier est tiré de la deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens : “Béni soit Dieu, le Père de toute consolation, qui nous réconforte dans toutes nos détresses, pour que nous puissions réconforter tous ceux qui sont dans la détresse, grâce au réconfort que nous recevons nous-mêmes de Dieu” (2 Co 1, 3 – 4). Le second est issu du livre d’Isaïe : “Par ses blessures, nous sommes guéris” (Is 53, 5). »

    Et de conclure : « En accompagnant ces personnes éprouvées, nous nous efforçons de les aider à entrevoir de nouveau un avenir et à redonner un sens à leur existence. »

     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Vienne : « L’avortement n’est pas un droit humain. »

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    De Raphaela Ebner sur le Tagespost :

    « L’avortement n’est pas un droit humain. »

    Des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Vienne pour manifester en faveur du droit à la vie. Cette importante manifestation a également reçu le soutien de nombreux responsables politiques et religieux.
    Marche pour la vie à Vienne
    Photo : Marche pour la vie | Le temps gris d'octobre contrastait fortement avec l'ambiance joyeuse et les tenues colorées des manifestants, ici rassemblés sur la Stephansplatz, devant la cathédrale Saint-Étienne à Vienne.

    La « Marche pour la Vie » a débuté par une messe et un rassemblement de prière œcuménique en différents lieux. Mgr Stephan Turnovszky, évêque auxiliaire viennois qui a présidé la cérémonie en l'église Saint-Charles (Karlskirche), a souligné l'importance de défendre les plus vulnérables. Il a évoqué les personnes en fin de vie, les personnes âgées et les malades, ainsi que les générations futures. La « Marche pour la Vie », a-t-il déclaré, ne vise pas avant tout à s'opposer, mais à soutenir : défendre la vie, les plus vulnérables et tous ceux qui offrent leur aide, sans distinction d'appartenance politique. L'évêque auxiliaire a également mis en garde contre toute forme de polarisation ou d'instrumentalisation politique de cet engagement pour la vie. « Il n'existe aucun droit humain à l'avortement », a-t-il affirmé clairement. « C'est une contradiction dans les termes. »

    Un enfant ne doit pas constituer un problème ni un risque de pauvreté.

    Lors du rassemblement sur la place devant l'église Saint-Charles, Ricarda Berger, députée et porte-parole du FPÖ (Parti de la liberté d'Autriche) pour les questions familiales, a réaffirmé : « Le droit d'une femme à disposer de son corps s'arrête là où commence une nouvelle vie. » Les droits humains appartiennent à tous, et donc aussi aux enfants à naître, a-t-elle souligné. Un enfant ne devrait jamais être un problème ni un facteur de risque de pauvreté, a déclaré la femme politique autrichienne. Il est de la responsabilité des responsables politiques d'offrir de véritables opportunités et des conseils indépendants. « Les enfants demandent du temps, de l'énergie, et parfois même de la patience, mais ils apportent aussi une quantité incroyable d'amour, de joie et d'espoir », a-t-elle conclu.

    La porte-parole du FPÖ pour les familles a décrit la naissance de ses enfants comme les moments les plus inoubliables de sa vie. Petra Plonner, de l'initiative citoyenne #fairändern, s'est également adressée aux responsables politiques dans son discours : « Les femmes n'avortent pas par conviction, mais par désespoir : cela doit changer. » Convaincue que les femmes méritent mieux, elle a appelé à des mesures politiques de soutien pour garantir non seulement leur survie, mais aussi une vie digne.

    Pratiquement aucun contre-manifestant

    Guillaume de Thieulloy, organisateur de la Marche pour la vie, a prononcé un discours porteur d'espoir. Il a affirmé que l'avortement n'est pas seulement la destruction d'une vie innocente, mais aussi d'une société, et que, finalement, la protection de la vie triomphera. Barbara Seppi a présenté son projet « Maison de l'Espoir », qui offre un soutien concret aux femmes confrontées à une grossesse à risque. Elles peuvent y bénéficier d'un hébergement et d'un accompagnement gratuits pendant un an. Après les discours, les plus de 3 000 participants, selon les organisateurs, ont défilé dans le centre de Vienne jusqu'à la place Saint-Étienne.

    Le temps gris d'octobre contrastait fortement avec l'atmosphère joyeuse et les couleurs chatoyantes des manifestants. La forte présence de jeunes était frappante, et de nombreux représentants des communautés religieuses étaient également présents. L'évêque Klaus Küng assista à la fois à la messe et au rassemblement. La « Marche pour la Vie », déclara-t-il, était « un signe de vie, la preuve que certains défendent l'inviolabilité de la vie ». Cependant, contrairement aux années précédentes, les participants de cette année n'ont guère remarqué de réaction de la part des contre-manifestants : ce n'est qu'après la fin de l'événement sur la Stephansplatz qu'une contre-manifestation organisée a vu le jour. Mais même cette tentative de faire entendre une voix dissidente sembla se perdre dans le tumulte de la grande ville.

  • L'Arménie et le devoir de mémoire

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    L'Arménie et le devoir de mémoire

    « Une mort est une tragédie ; un million de morts, une statistique. »

    Cette phrase est généralement attribuée à Joseph Staline, un maître des massacres, bien qu'elle soit probablement antérieure de plusieurs décennies.   Ces mots n'en restent pas moins vrais.   L'esprit ne peut appréhender qu'une certaine quantité de souffrance.   Plus le crime contre l'humanité est grave, plus il se réduit rapidement à un simple chiffre – et plus la sauvagerie personnelle qui le sous-tend paraît irréelle.

    Quatre-vingt-dix ans après l' Holodomor, la famine meurtrière perpétrée par Staline en Ukraine, quatre-vingts ans après Auschwitz, et malgré des dizaines de génocides et de guerres ethniques et religieuses survenus depuis, nous avons presque perdu notre capacité à nous indigner.   Nous sommes habitués à l'inhumanité à grande échelle.   Mais il n'en a pas toujours été ainsi.   Le goût moderne pour les massacres a eu un commencement.   Il a débuté en Turquie il y a un peu plus d'un siècle.   À ce jour, il demeure l'un des plus grands crimes de l'histoire, resté impuni.

    À la fin du XIXe siècle , l'Empire ottoman était en proie à un déclin avancé.   Sur le plan politique, il n'était qu'un acteur mineur dans la lutte pour la domination régionale qui opposait les Français, les Britanniques, les Allemands et les Russes.   Un sultanat corrompu entravait les réformes et ruinait les finances impériales.   Dans les Balkans, les peuples chrétiens, autrefois conquis, accédaient à l'indépendance.   Même parmi les fidèles de l'Empire, la nécessité de réformes devenait évidente.

    Dans ce contexte de bouleversements, la place des chrétiens au sein de l'empire devint de plus en plus précaire.   La loi islamique tolérait les chrétiens et leur accordait une certaine autonomie,   mais en contrepartie, une discrimination permanente s'installa.   Celle-ci se manifestait par des taxes spécifiques, des violences arbitraires, des codes vestimentaires et comportementaux humiliants, et une exclusion du pouvoir politique.   Les chrétiens subissaient également le devchirmé, ou « collecte des garçons », pratique par laquelle les autorités ottomanes arrachaient systématiquement les garçons à leurs familles, les convertissaient à l'islam et les enrôlaient de force dans l'armée ou la fonction publique.

    Les Arméniens formaient l'une des plus importantes communautés chrétiennes de l'empire. Dans les années 1890, leurs villes s'étendaient sur la plaine anatolienne, cœur de l'actuel État turc.   Ils y vivaient depuis des siècles, bien avant l'arrivée des Turcs.   L'Arménie antique devint la première nation formellement chrétienne au début du IVe siècle.   Le roi arménien Léon II était un ami de Richard Cœur de Lion et, comme lui, un croisé.

    L'Arménie médiévale entretenait des liens étroits avec l'Europe chrétienne jusqu'à ce que ceux-ci soient rompus par sa conquête musulmane en 1375.   Avec l'arrivée des missionnaires protestants américains et la montée en puissance régionale de la Russie orthodoxe au XIXe siècle , les contacts avec le monde extérieur sont devenus plus fréquents, mais aussi plus dangereux pour les minorités chrétiennes de l'empire.

    Prince Levon (le futur roi Levon II) par Toros Roslin, vers 1250
    [Matenadaran (Institut des manuscrits anciens), Erevan, Arménie]

    Dans les années 1890, alarmé par le mécontentement croissant et les pressions en faveur de réformes politiques parmi ses sujets arméniens, le sultan Abdul Hamid II, mentalement instable, décida de s'attaquer de front à la « question arménienne ».   En 1894-1895, il encouragea le massacre de 100 000 Arméniens et laissa 100 000 autres mourir de faim.   Les violences anti-arméniennes se poursuivirent pendant des années, même après l'instauration d'un gouvernement constitutionnel.   Elles culminèrent avec le massacre brutal d'Adana en 1909, au cours duquel une ville entière fut incendiée, y compris des églises et des écoles remplies d'enfants chrétiens.   Mais ce n'était qu'un prélude au programme d'extermination planifié et financé par l'État, qui fit plus d'un million de victimes arméniennes en 1915.

    De nouveaux massacres en 1920 et 1922 ont fait des dizaines de milliers de victimes supplémentaires.   Des milliers d'autres se sont convertis à l'islam pour sauver leurs familles.   Les autorités turques ont délibérément entrepris d'anéantir le peuple arménien et d'effacer toute trace de sa présence.   La destruction du patrimoine culturel arménien – églises, monastères et monuments – se poursuit encore aujourd'hui dans les campagnes turques.

    Si les ressentiments politiques et ethniques ont alimenté le génocide, celui-ci comportait également une dimension religieuse, marquée par un profond courant de haine antichrétienne.   Les chefs musulmans ont encouragé la violence, appelant au djihad « contre les infidèles et les ennemis de la foi ».

    Il y a quelques années, l'érudit Peter Balakian constatait que « les religieux musulmans ont joué un rôle constant dans le massacre des Arméniens ; les imams et les softas [étudiants en théologie islamique] ralliaient souvent la foule en chantant des prières ; et les mosquées étaient fréquemment utilisées comme lieux de mobilisation des foules, notamment lors de la prière du vendredi.   Des chrétiens ont été assassinés au nom d'Allah… [et] le massacre des Arméniens [était] considéré comme une pratique courante, cautionnée aussi bien par l'islam que par le gouvernement. »

    Il nous reste deux leçons à tirer.

    Premièrement, la Turquie n'a jamais reconnu sa culpabilité dans le génocide arménien.   Aujourd'hui encore, malgré des preuves accablantes, elle consacre un temps et des ressources considérables à nier la réalité de ce massacre.   La Turquie est l'exemple type d'une nation sûre de ses mensonges, de son déni du génocide et de sa réécriture de l'histoire.   Le harcèlement des quelques minorités chrétiennes restantes dans le pays se poursuit quotidiennement.

    Deuxièmement, pendant quarante ans, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle , les États-Unis ont défendu la cause arménienne en apportant un soutien financier aux réfugiés et en exprimant leur indignation face aux massacres.   Mais à mesure que les intérêts américains au Moyen-Orient se sont développés, les décideurs politiques américains ont abandonné les Arméniens et courtisé les Turcs.   Cette situation perdure encore aujourd'hui.   De ce fait, nous assistons au spectacle absurde d'un allié de second rang (et de plus en plus ambigu) – la Turquie – qui fait pression sur une superpuissance pour qu'elle ignore ses propres politiques en matière de droits de l'homme et minimise un crime contre l'humanité abominable.

    La Journée de commémoration du génocide arménien est célébrée chaque année le 24 avril en Arménie et au sein de la diaspora arménienne à travers le monde.   Pourtant, des millions de chrétiens, pourtant fervents et engagés, ignorent encore la catastrophe qui a frappé des croyants qui leur ressemblaient profondément.

    Le peuple juif n'a jamais permis au monde d'oublier la Shoah et, par sa vigilance, il a servi et défendu l'humanité de tous.   Oublier le génocide arménien est un luxe que nul ne peut se permettre, car il en coûte notre âme.

    Lire aussi : Le courage indomptable de l'Arménie

  • Les Européens se dirigent-ils vers une guerre mondiale ?

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    D'Austin Ruse sur Crisis Magazine :

    Les Européens se dirigent-ils vers une guerre mondiale ?

    Les dirigeants européens mettent de plus en plus en garde contre une guerre avec la Russie. Mais après la crise du golfe du Tonkin, les armes fantômes irakiennes et la COVID-19, nous avons toutes les raisons de douter des élites qui attisent les tensions.

    Lors de l' échange désormais tristement célèbre entre Tucker Carlson et l'homme politique britannique Jacob Rees-Mogg, ce dernier a déclaré que les Britanniques devaient se préparer à une guerre contre la Russie.

    Rees-Mogg n'est pas le seul Européen à prôner une guerre mondiale. Il y a deux semaines, les services de renseignement danois ont avancé des arguments selon lesquels la Russie est déjà en guerre contre l'OTAN.

    Le rapport affirme : « La situation sécuritaire s’est encore détériorée. La Russie a intensifié ses actes de sabotage et ses cyberattaques destructrices, et elle attaque des cibles en Europe à l’aide de drones. La guerre hybride s’intensifie. »

    Il semblerait qu'une attaque de drone ait été déjouée contre un avion cargo ukrainien à l'aéroport de Leipzig/Halle, en Allemagne. Selon un rapport danois, les autorités allemandes affirment que cette attaque « avait été planifiée par la Russie sur plusieurs mois ». Le drone n'a pas explosé. Le gouvernement allemand indique que ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. L'Office fédéral de police criminelle allemand (BKA) affirme que les Russes ont effectué plus de 1 000 vols de drones au-dessus de sites militaires et d'infrastructures critiques en 2025, auxquels s'ajoutent 321 cas présumés de sabotage.

    Les Danois évoquent également un incident survenu en mer Baltique en septembre, « lorsqu'une frégate russe, au large de Gedzer, a tiré des fusées éclairantes sur un hélicoptère militaire danois… »

    Il y a un an, le chancelier allemand Friedrich Merz déclarait : « Nous ne sommes pas en guerre, mais nous ne sommes plus en paix non plus. » Peu après, le chef des services de renseignement allemands, Martin Jäger, avertissait que l’Europe vivait dans une « paix glaciale » et qu’un conflit armé pouvait éclater à tout moment. « Nous sommes déjà sous le feu ennemi aujourd’hui », affirmait-il lors d’une audition publique de la commission de surveillance du renseignement du Bundestag.

    Le ministre allemand de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, a déclaré : « Nous ne sommes pas en guerre, mais nous sommes quotidiennement la cible d'une guerre hybride. » En signe d'avertissement d'une catastrophe imminente, les consulats et autres représentations diplomatiques ferment leurs portes, notamment le consulat général de Russie à Bonn et la Maison de Russie à Berlin. La Pologne et l'Allemagne ont déjà fermé leurs représentations diplomatiques à Kaliningrad.

    Savez-vous où se situe Kaliningrad ou ce qu'est Kaliningrad ? Êtes-vous prêt à envoyer des troupes américaines à Kaliningrad ? Êtes-vous prêt à un échange nucléaire à propos de Kaliningrad ?

    Kaliningrad, d'une superficie d'environ 15 500 km², est aujourd'hui située en Russie, entre la Pologne au sud, la Lituanie au nord et la mer Baltique à l'ouest. Au fil des siècles, elle a appartenu à différents pays, dont l'Allemagne. Aujourd'hui, elle abrite le seul port russe de la mer Baltique non soumis aux glaces hivernales. Elle abrite également un important contingent de personnel et de matériel militaires russes, y compris des capacités nucléaires.

    Ces derniers mois, une guerre des mots a éclaté entre la Russie, l'OTAN et plusieurs capitales européennes. La Russie a averti l'OTAN de graves conséquences, voire nucléaires, si les pays membres tentaient d'isoler Kaliningrad du reste du territoire russe.

    Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, a déclaré en décembre dernier : « Nous sommes la prochaine cible de la Russie. » Il a ajouté que les alliés devaient empêcher une guerre « d'une ampleur comparable à celles qu'ont connues nos grands-parents et arrière-grands-parents ».

    Le ministre français de la Défense a déclaré que les forces armées devaient être prêtes « d’ici trois ou quatre ans à un choc », c’est-à-dire à une confrontation avec la Russie.

    Il est tout à fait possible que la Russie ait tiré des fusées éclairantes sur un hélicoptère en mer Baltique. Il est tout à fait possible qu'elle envoie des drones au-dessus des pays membres de l'OTAN. Il est tout à fait possible qu'elle mène des attaques de sabotage contre les industries de défense européennes. Des sous-marins russes pourraient rôder autour des câbles transatlantiques. Tout cela est tout à fait plausible. Mais ce qui est indéniable, c'est que les bellicistes attisent les tensions pour provoquer un conflit mondial qui ferait des millions de victimes. Sont-ce les Russes ? Ou les Européens ?

    D'un autre côté, je suis assez âgé pour me souvenir de l'incident du golfe du Tonkin, une fausse attaque qui servit de prétexte à l'entrée en guerre des États-Unis au Vietnam. Je suis assez âgé pour me souvenir de toutes ces armes chimiques que les Bush prétendaient avoir entassées jusqu'au ciel en Irak. Et puis, l'histoire nous montre comment l'explosion accidentelle de l'USS Maine a entraîné les États-Unis dans la guerre contre l'Espagne.

    Une chose a changé pour moi, et peut-être pour vous aussi, au cours de la dernière décennie : j’ai compris que les gouvernements et les médias mentent sans cesse. Nous l’avons constaté avec les nombreuses supercheries orchestrées contre Donald Trump. La crise du COVID-19 l’a rendu encore plus flagrant. Je suis enclin à me méfier des élites dirigeantes de mon propre gouvernement, et profondément méfiant envers celles des gouvernements étrangers.

    Austin Ruse est rédacteur collaborateur pour le magazine Crisis. Il est président du Centre pour la famille et les droits humains à New York et à Washington D.C. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Not Just for Kings: Cultivating a 500-Year Vision for Your Family (Sophia Institute Press). Vous pouvez le contacter à l'adresse suivante : [email protected] .

  • Le Vatican devrait réaffirmer la culture de la vie

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    L'urgence n'est pas seulement américaine...

    De Alden Abbott sur The Catholic Thing :

    Le Vatican devrait réaffirmer la culture de la vie

    10 octobre 2026

    Les évêques catholiques d'Arlington et de Richmond, Michael Burbidge et Barry Knestout, ont exhorté les Virginiens à rejeter la Question 1, un amendement constitutionnel soumis à référendum le mois prochain. Cet amendement vise à élargir l'accès légal à l'avortement. Les évêques ont averti que cette mesure instaurerait un prétendu droit fondamental à l'avortement « pour chaque personne, jusqu'à la naissance », y compris pour les mineures ; qu'elle mettrait en danger la santé et la sécurité des femmes ; qu'elle exclurait les parents des décisions concernant leurs filles mineures ; et qu'elle protégerait de toute poursuite judiciaire les personnes qui pratiquent des avortements. Leur conclusion est sans équivoque : cette proposition est « extrême, dangereuse, radicale et abominable ».

    Cette déclaration nous rappelle avec force que la culture de mort n'est pas une abstraction. Elle se manifeste chaque fois que la loi considère la destruction délibérée d'une vie humaine innocente comme un droit, un service ou une forme de compassion. Elle se manifeste dans la banalisation de l'avortement et dans l'acceptation croissante de l'euthanasie et du suicide assisté. Elle se manifeste également lorsque le handicap, la dépendance, l'âge et la maladie sont présentés comme des raisons pour lesquelles une vie humaine serait devenue moins digne de protection. L'intervention des évêques soulève donc une question qui dépasse largement le cadre de la Virginie : le moment est-il venu pour le Vatican de renouveler la proclamation publique de l'Église en faveur de la culture de la vie ?

    Saint Jean-Paul II a répondu à cette question avec une clarté remarquable en 1995 dans son encyclique Evangelium vitae. La vie humaine, enseignait-il, est un don de Dieu, possédant une dignité sacrée et inviolable, de la conception à la mort naturelle. L’Évangile de la Vie n’est pas un programme politique restreint. Il fait partie intégrante de l’Évangile, car chaque personne est créée à l’image de Dieu et appelée à la communion avec Lui. L’avortement et l’euthanasie ne sont pas de simples choix sociaux malheureux, ni des sujets sur lesquels l’Église aurait une simple préférence morale. Ce sont des violations graves de la loi morale, car elles s’attaquent directement à la vie innocente. Aucun gouvernement ne peut transformer une telle atteinte en un véritable droit humain.

    L’encyclique Evangelium vitae insistait également sur le fait que défendre la vie exige plus que la simple condamnation d’actes particuliers. Une culture de la vie doit protéger les mères, les enfants, les personnes handicapées, les personnes âgées et les mourants ; soutenir les familles confrontées à l’adversité ; offrir une véritable prise en charge plutôt que l’abandon ; et résister à la tentation de mesurer la valeur humaine à l’aune de la productivité, de l’indépendance ou de la santé. L’autorité publique a le devoir de défendre le bien commun, et le droit à la vie est le fondement sur lequel reposent tous les autres droits. L’encyclique associe ainsi la vérité morale à la miséricorde, et la protection juridique à une civilisation de la solidarité.

    Près de trente ans plus tard, cet enseignement est devenu plus urgent que jamais. Dans de nombreuses juridictions, l'avortement, autrefois toléré dans des circonstances limitées, est désormais érigé en droit constitutionnel fondamental. L'avortement médicamenteux et le « tourisme de l'avortement » ont facilité la dissimulation de la destruction de la vie prénatale. À l'autre extrémité de l'existence, l'euthanasie et le suicide assisté sont passés de propositions exceptionnelles à des composantes acceptées des politiques publiques. (Au Canada, 5 % des personnes meurent déjà par l'aide médicale à mourir [AMM], un chiffre qui ne fera qu'augmenter.) Dans certains endroits, on demande de plus en plus aux familles de considérer la mort comme une solution à la souffrance, aux coûts, à la dépendance ou aux difficultés sociales. Le discours sur l'autonomie peut masquer le fait que des personnes vulnérables peuvent se sentir obligées de choisir la mort pour ne pas être un fardeau pour autrui.

    Au vu de tout cela, le pape Léon XIV devrait publier une encyclique consacrée spécifiquement au renouveau d'Evangelium vitae pour notre époque. Il existe un précédent remarquable : l'encyclique Centesimus annus de Jean-Paul II a revisité et actualisé l'encyclique Rerum novarum de Léon XIII un siècle après sa publication, en appliquant des principes fondamentaux à un contexte économique et politique en mutation. Une nouvelle encyclique pourrait accomplir la même démarche pour l'Évangile de la Vie. Elle pourrait réaffirmer les enseignements centraux d'Evangelium vitae tout en abordant les nouvelles technologies, les revendications constitutionnelles, les enjeux médicaux, le déclin démographique et le mouvement international visant à faire reconnaître l'avortement et l'aide médicale à mourir comme des droits humains.

    Le pape Léon XIV rencontre une famille lors de l'audience générale du 27 août 2025 [Source : Vatican Media]

    Une telle encyclique s'inscrirait dans la continuité de l'enseignement public de Léon XIV. Sa première encyclique, Magnifica humanitas, affirmait déjà que le droit à la vie s'étend de la conception à la mort naturelle et condamnait l'avortement provoqué, le meurtre d'innocents et l'euthanasie comme des actes gravement répréhensibles. Une encyclique consacrée à la vie pourrait donner à ces affirmations un cadre théologique, moral et pastoral solide. Elle pourrait enjoindre les évêques catholiques du monde entier – y compris ceux des Églises catholiques orientales – à faire de l'opposition aux politiques gouvernementales promouvant l'avortement et l'euthanasie une priorité pastorale.

    Ce document doit être fondé sur des principes fondamentaux sans pour autant prendre de parti partisan. L’Église doit distinguer la certitude de son enseignement moral de la prudence requise face à des lois et politiques particulières. Mais la prudence ne saurait justifier le silence lorsque des gouvernements redéfinissent le meurtre comme un « droit » ou la « compassion » comme un abandon des plus vulnérables. Les évêques devraient encourager les catholiques à défendre la vie publiquement, tout en exigeant une aide concrète pour les femmes confrontées à une grossesse non désirée, un soutien généreux aux familles, une réforme de l’adoption, l’inclusion des personnes handicapées et des soins palliatifs de qualité. La culture de la vie ne sera pas convaincante si elle se limite à des interdictions. Elle doit s’incarner dans des pratiques d’accompagnement et d’amour sacrificiel.

    Ce moment recèle peut-être aussi des raisons inattendues d'espérer. Le regain d'intérêt pour le catholicisme chez certains jeunes, la hausse des baptêmes d'adultes en France et la soif de tradition et de transcendance aux États-Unis et ailleurs laissent penser que la résignation face aux évolutions séculières n'est pas la seule issue possible. Il convient d'interpréter ces signes avec modestie ; ils n'effacent en rien les défis démographiques et culturels auxquels l'Église est confrontée. Ils montrent néanmoins pourquoi la clarté est essentielle. Une génération en quête d'une vision cohérente de la dignité humaine mérite d'entendre que la vie n'est pas jetable, que la souffrance n'annule pas la valeur d'une personne et que la liberté est orientée vers l'amour plutôt que vers l'autodestruction.

    Le monde a trop longtemps toléré la dégradation de la vie humaine par le droit et les politiques publiques. La Question n° 1 du référendum en Virginie est un avertissement parmi tant d'autres. L'Église doit y répondre, ainsi qu'à la crise plus vaste qu'elle représente, avec la confiance et la compassion de l'Évangile. Le moment est mûr pour que le pape Léon XIV réaffirme la culture de la vie – et il est urgent d'agir.

  • L’Europe, une puissance mondiale vieillissante

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    De Stephan Baier sur le Tagespost :

    L’Europe, une puissance mondiale vieillissante

    Moins d’habitants, davantage de problèmes : l’Europe en déclin risque-t-elle de sombrer dans l’insignifiance géopolitique ?

    10 octobre 2026

    À bien des égards, l’Europe fait figure de pionnière : sa population vieillit et commence à diminuer plus tôt que celle du reste du monde. L’Union européenne compte actuellement 452 millions d’habitants. Sa population devrait encore augmenter jusqu’en 2029, avant d’amorcer un déclin rapide.

    L’Europe est « une pionnière du vieillissement », constate Sebastian Klüsener, directeur de recherche à l’Institut fédéral de recherche démographique de Wiesbaden. « Nous allons vieillir et être moins nombreux, mais nous ne disparaîtrons pas. »

    Le continent le plus jeune sur le plan démographique est l’Afrique, où 96 % de la population a actuellement moins de 65 ans. Toutefois, les experts des Nations unies prévoient eux aussi un vieillissement de la population africaine et latino-américaine au cours de la seconde moitié du siècle.

    L’Asie de l’Est connaît un vieillissement particulièrement rapide. Selon les projections, d’ici à 2100, seuls 56 % de ses habitants auront moins de 65 ans. Lors du sommet « Europe de Salzbourg », organisé par l’Institut des régions d’Europe (IRE), Sebastian Klüsener a souligné : « En Chine, le gouvernement ne sait pas comment faire remonter le taux de natalité. » Il a également indiqué que la population européenne devrait diminuer de 20 % d’ici à la fin du siècle, malgré une espérance de vie élevée.

    Le départ à la retraite des baby-boomers met de nombreux pays au défi

    Le vieillissement de la population européenne s’explique à la fois par l’allongement considérable de l’espérance de vie et par l’effondrement de la natalité amorcé au milieu des années 1960. Aujourd’hui, le départ à la retraite des baby-boomers pose de sérieux problèmes à de nombreux pays européens.

    Les mouvements migratoires suivent des trajectoires opposées : tandis que l’Europe occidentale et centrale ont accueilli un grand nombre de jeunes immigrés, l’Europe orientale et du Sud-Est connaît un exode tout aussi marqué de sa population en âge de travailler.

    La croissance démographique observée ces dernières années est essentiellement imputable à l’immigration, a relevé avec une pointe d’ironie Stephan Marik-Lebeck, de l’Institut autrichien de la statistique, lors du congrès de l’IRE à Salzbourg.

    Les quinze prochaines années, jusqu’au début du déclin démographique attendu à partir de 2040, s’annoncent toutefois difficiles. « Si la structure de la population évolue, nous devrons adapter nos systèmes de protection sociale », prévient-il.

    Qu’il s’agisse de relever l’âge effectif de départ à la retraite ou de réduire les pensions et les prestations sociales, les mesures que les scientifiques peuvent justifier sur le plan objectif sont difficiles à défendre politiquement, tant elles risquent de coûter cher sur le plan électoral.

    Erich Striessnig, de l’Institut de démographie de l’Université de Vienne, invite pour sa part à s’interroger sur la nécessité de maintenir une population stable pour préserver les capacités de défense d’un pays, à l’heure où l’automatisation progresse. Selon lui, la résilience économique peut être renforcée par d’autres moyens : accroître l’emploi des femmes, relever l’âge de la retraite ou encore favoriser l’immigration.

    Il avance même, de façon provocatrice, que si davantage d’enfants naissaient aujourd’hui, ils constitueraient une charge supplémentaire pour la société pendant les vingt-cinq prochaines années, avant de pouvoir contribuer pleinement à l’économie. En Autriche, de telles positions ne sont guère politiquement défendables, sauf peut-être à l’extrême gauche.

    La prospérité et l’État-providence sont menacés

    Une question dominait le congrès de l’IRE, organisé la semaine dernière : une Europe en déclin démographique peut-elle préserver sa prospérité et son État-providence tout en s’affirmant comme une grande puissance sur la scène mondiale, dans un contexte international toujours plus dangereux et marqué par la rivalité entre les grandes puissances ?

    L’Europe n’est peut-être pas une superpuissance, mais elle l’est au moins « par son mode de vie », a déclaré Gordana Siljanovska-Davkova, présidente de la Macédoine du Nord.

    Alors que les États-Unis semblent vouloir jouer un rôle moins important dans la sécurité européenne, et que la polarisation s’accentue face à des États dont les valeurs diffèrent de celles des Européens, l’Union européenne doit viser une véritable autonomie stratégique. « Trop de facteurs déterminants pour notre sécurité échappent à notre contrôle », a souligné la présidente macédonienne.

    Elle a ajouté : « Si l’Union européenne veut devenir une union politique, elle ne peut pas laisser les Balkans occidentaux à l’écart. »

    Dans son récent discours sur l’état de l’Union, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé au Canada un statut de membre associé — une formule qui ne figure même pas dans les traités européens — et promis à l’Ukraine et à la Moldavie un avenir au sein de l’Union, sans évoquer pour autant les autres pays candidats à l’adhésion.

    Cette déclaration a été très mal accueillie en Europe du Sud-Est. Gordana Siljanovska-Davkova y voit le « talon d’Achille de l’Union européenne » et dénonce le traitement inégal réservé aux candidats à l’adhésion.

    La Macédoine du Nord a dû modifier sa Constitution, son drapeau et même son nom. Pourtant, déplore la présidente, « chaque compromis est devenu le prétexte à un nouveau chantage ».

    Face à ce rapprochement entre l’Europe et le Canada, elle a donc lancé cet avertissement : « Avant de s’étendre outre-Atlantique, l’Europe doit combler le vide dans sa propre zone d’influence. »

    À défaut, l’Europe du Sud-Est risque de devenir un terrain d’affrontement entre intérêts concurrents, « où les puissances extérieures continueront de tester leur force » — une allusion probable à l’influence russe et chinoise dans les Balkans.

    Forte d’une expérience douloureuse, la vice-Première ministre moldave, Cristina Gherasimov, a rappelé que la Russie ne respecte ni l’identité, ni la souveraineté, ni l’intégrité territoriale de ses voisins. La Moldavie doit constamment se défendre contre les tentatives d’ingérence et les attaques hybrides russes.

    Mais Vladimir Poutine ne cherche pas seulement à exercer son influence sur la Géorgie, l’Ukraine et la Moldavie : il vise aussi, plus largement, « l’affaiblissement de l’Europe ».

    Pour de nombreux responsables à Bruxelles, l’élargissement de l’Union européenne constitue donc une nécessité géopolitique. En Europe du Sud-Est — région que le langage institutionnel européen désigne sous le nom de « Balkans occidentaux » —, de nombreux pays, dont la Macédoine du Nord et le Monténégro, souhaitent cependant adhérer à l’Union non pas pour des raisons géopolitiques, mais parce qu’ils s’efforcent de mettre en œuvre les réformes convenues et de satisfaire aux critères d’adhésion.

  • "Liberté, égalité, fraternité"; Léon XIV, le fantôme de la Révolution française et la franc-maçonnerie

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    De Mario Alexis Portella sur Crisis Magazine :

    8 octobre 2026

    Léon XIV, le fantôme de la Révolution française et la franc-maçonnerie

    La question n’est pas de savoir si les catholiques sont capables de soutenir la liberté, l’égalité et la fraternité ; ils le sont. La question est de savoir quel contenu substantiel ces termes acquièrent lorsqu’ils sont présentés comme des impératifs éthiques universels.

     
    Le pape Léon XIV a récemment entamé son cinquième voyage apostolique international depuis le début de son pontificat, en se rendant en France. Si beaucoup ont salué ce voyage comme un succès, certaines revues catholiques en ligne l'ont critiqué pour avoir « célébré une devise de la Révolution française utilisée par les francs-maçons — "Liberté, Égalité, Fraternité" — comme des "impératifs éthiques universels" ».

    Le pontife a déclaré aux fidèles que ces mots « ne sont pas simplement des mots inscrits sur le fronton de vos bâtiments publics ; ils renvoient à des impératifs éthiques universels qui trouvent également dans le message de l'Évangile une source inépuisable d'inspiration et d'accomplissement ».

    Le pape Léon XIV a présenté une recherche historique et théologique plus profonde, d'autant plus que l'organisation maçonnique du Grand Orient de France a pour devise « Liberté, Égalité, Fraternité », laquelle est née pendant la Révolution française anti-catholique — une période marquée par la persécution des évêques, des prêtres, des communautés religieuses et des laïcs catholiques tout au long de la Terreur.

    Le pape Léon XIV a présenté une recherche historique et théologique plus profonde.

    En considérant que « la liberté, l'égalité et la fraternité » sont des « impératifs éthiques universels » et en soutenant qu'elles se trouvent dans l'Évangile comme « une source inépuisable d'inspiration et de réalisation », sa méthodologie peut être perçue comme une tentative de réappropriation de ces principes dans un cadre chrétien de la dignité humaine. Néanmoins, cette formulation soulève la question de savoir si leurs origines séculières et révolutionnaires sont suffisamment distinguées de leur interprétation chrétienne, étant donné que ces expressions véhiculent de multiples interprétations historiques concurrentes.

    La question n’est pas de savoir si les catholiques sont capables de soutenir la liberté, l’égalité et la fraternité ; ils le sont. La question est de savoir quel contenu substantiel ces termes acquièrent lorsqu’ils sont présentés comme des impératifs éthiques universels.

    Des conceptions fondamentalement divergentes de la liberté humaine, de l'égalité, de la gouvernance et des relations entre la foi religieuse et l'autorité politique peuvent s'exprimer à travers une terminologie identique, ce qui est le point le plus important. Cette question devient encore plus significative lorsque Léon parle positivement de la liberté religieuse dans le contexte français, alors que le pape Pie IX, dans son encyclique Quanta Cura (1864), avait rejeté la proposition faite par Léon selon laquelle « chaque homme est libre d'embrasser et de professer la religion qu'il aura estimée vraie, guidé par la lumière de la raison ». Pie IX a de même condamné les propositions affirmant une liberté de conscience et de religion sans restriction.

    Léon a cependant souligné que la liberté religieuse ne peut être considérée comme un droit de choisir ou de professer si elle n’est pas alignée sur la vérité objective. En cela, le pape semblait reprocher à la politique laïciste de la France, qui remonte en définitive à la Révolution française, sa volonté de garantir l'absence totale d'influence de la religion dans les affaires politiques du gouvernement.

    De fait, lorsque le pape François a célébré la messe à Marseille en 2023, le président Emmanuel Macron, afin de se conformer à cette politique, a assisté à la messe papale mais n'a pas participé au culte, soutenant qu'il n'était présent qu'en tant que président par respect et courtoisie, et non en tant que fidèles pratiquant.

    « Le chrétien engagé dans la vie publique, qui agit à la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace pour l’unité de la patrie », a déclaré le pape Léon. À première vue, cela reflète ce que Léon a effectivement dit ; cependant, dans la mesure où la liberté religieuse ne peut être considérée comme un droit autonome de choisir, de professer et de propager une croyance religieuse indépendamment de la vérité objective, le pape semblait reprocher son laïcisme à la France, lequel remonte en dernière analyse à la Révolution française.

    Les papes Benoît XVI et François ont également partagé une vision sociale de l'Église catholique et de ses relations avec le monde séculier : la « saine laïcité » [ou « saine sécularité »]. Ce concept a été mentionné pour la première fois par le pape Pie XII en 1958 lorsqu'il a reconnu la possibilité et la légitimité d'une « saine sécularité de l'État », une formule qui non seulement acceptait la distinction entre le « sécularisme » en tant que philosophie sociale et la « laïcité » en tant que méthode d'organisation de l'État, mais ouvrait également, au sein de la pensée catholique, une réflexion sur le rôle et le sens de l'autonomie des laïcs en général et de l'État en particulier.

    En d'autres termes, étant donné que l'homme a une orientation religieuse intrinsèque puisqu'il est « créé » à « l'image et à la ressemblance » de Dieu (Genèse 1, 26-27), la possibilité d'accepter un État agnostique ou laïc — comme ce fut le cas sous l'ancienne Union soviétique ou aujourd'hui dans la Chine communiste — est hors de question. Il a également noté la nature contradictoire de l'expression « État laïc » tout en rejetant simultanément l'« État confessionnel », c'est-à-dire un État dans lequel les droits civils, politiques et économiques découlent d'une certaine profession de foi.

    Étant donné que l'homme a une orientation religieuse intrinsèque puisqu'il est "créé" à "l'image et à la ressemblance" de Dieu… la possibilité d'accepter un État agnostique ou laïc… est hors de question.
    Le paradoxe est qu'il s'est réuni par la suite avec des représentants des traditions religieuses musulmane, juive, bouddhiste, protestante et orthodoxe pour engager l'Église catholique dans des objectifs spirituels et éducatifs partagés entre les religions non chrétiennes. On pourrait raisonnablement soutenir, de manière compréhensible, que le pape a consenti à des principes associés à la franc-maçonnerie.

    La difficulté survient lorsque la liberté religieuse est comprise comme la prérogative de chaque personne de décider par elle-même de ce qui est vrai et de proclamer cette vérité indépendamment de la vérité objective. Il s'agit là d'une position erronée que Pie IX a condamnée dans Quanta Cura — la doctrine selon laquelle tout homme a le libre droit d'embrasser et de professer toute religion qu'il peut juger vraie. La vision catholique de la conscience ne fait pas du jugement subjectif le fondement de la vérité religieuse. Elle est attachée à la recherche de la vérité, que la conscience de l'homme doit rechercher et à laquelle elle doit se conformer.

    La vision catholique de la conscience ne fait pas du jugement subjectif le fondement de la vérité religieuse. Elle est attachée à la recherche de la vérité, que la conscience de l'homme doit rechercher et à laquelle elle doit se conformer.

    Il n'est pas exact de dire que les déclarations de Léon XIV (et ses actes lors du rassemblement avec les autres religions) rejettent catégoriquement l'enseignement catholique, car il n'affirme pas positivement la proposition condamnée par Pie IX. L'élucidation positive de la liberté religieuse soulève toutefois une préoccupation théologique légitime si elle est lue sans les nuances qu'exige la compréhension catholique traditionnelle de la vérité, de la conscience et des droits objectifs de Dieu.
    Le cœur du sujet est de savoir si la liberté religieuse est comprise comme le droit humain indépendant de déterminer et de professer des croyances religieuses indépendamment de leur vérité objective, ou comme une sauvegarde contre la cohésion [ou la coercition] en matière religieuse. Le même problème s'applique à la classification par Léon de « la liberté, l'égalité et la fraternité » comme des « impératifs éthiques universels ».

    Le catholicisme reconnaît tous ces principes, mais il ne les fonde pas sur une souveraineté humaine indépendante. La liberté doit être orientée vers la vérité, car il n'y a qu'une seule vérité. Pourquoi ? Parce que lorsque l'on recherche Dieu et le but de notre présence sur cette terre, il ne peut y avoir qu'une seule vérité — une seule Révélation divine, telle que l'enseigne l'Église catholique. Si et quand l'Église s'engage auprès de ceux qui sont en dehors du bercail du catholicisme, elle doit le faire avec une compréhension doctrinale claire selon laquelle la plénitude de la vérité révélée réside dans l'Église catholique fondée par Jésus-Christ. L'égalité doit reposer sur l'égale dignité des personnes créées par Dieu. La fraternité découle ultimement de l'origine commune de l'humanité et de sa destinée définitive en Dieu.

    La question cruciale, par conséquent, n'est pas de savoir si ces principes sont compatibles avec le christianisme, mais si leur signification est fondée sur l'anthropologie chrétienne ou sur la tradition politique non religieuse dans laquelle ils ont également vu le jour.

    Auteur : P. Mario Alexis Portella
    Le P. Mario Alexis Portella, J.D., J.C.D. est prêtre de la cathédrale Santa Maria del Fiore à Florence, en Italie. Il a auparavant été chercheur invité au Danube Institute à Budapest, en Hongrie, et professeur invité à l'ITI Catholic University à Trumau, en Autriche. Il est titulaire d'un doctorat en droit canonique et en droit civil de l'Université pontificale du Latran à Rome.
  • 10 martyrs du déferlement anti-chrétien des années 30' en Espagne (9 octobre)

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    De vatican.va :

    Sts Cirilo Bertrán et 8 comp. et Inocencio de la Inmaculada

    L'Église reconnaît aujourd'hui la sainteté de neuf Frères des Écoles chrétiennes et d'un Père Passionniste. Huit de ces Frères formaient une communauté qui tenait une école à Turôn, au centre d'une vallée minière des Asturies, au nord-est de l'Espagne; ils furent martyrisés en 1934. Le neuvième Frère était de Catalogne et fut tué en 1937 près de Tarragone. Le Père Passionniste était venu à l'école de Turôn confesser les enfants. L'Église les glorifie tous les dix parce qu'ils sont restés fidèles à leur consécration jusqu'à donner leur vie pour la foi et leur mission évangélisatrice.

    La reconnaissance officielle de leur sainteté exalte en même temps la mission, que nous savons délicate et difficile, des éducateurs chrétiens de la jeunesse. Et le fait que les huit Frères de Turôn soient canonisés en communauté peut être un stimulant puissant pour nos communautés éducatives.

    C'étaient pour la plupart de jeunes religieux: quatre avaient moins de 26 ans, et le plus âgé arrivait à peine à 46. Voici leurs noms et quelques renseignements sur chacun d'eux.

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  • Ordre et désordre : une interview du cardinal Eijk

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    De l'Observatoire International Cardinal Van Thuan :

    Interview du cardinal Eijk 

    « Une société est ordonnée lorsque son organisation et sa structure sont fondées sur les intentions que Dieu avait en tête lors de la création du monde. » L’archevêque d’Utrecht s’exprime à la veille de son discours inaugural, qu’il prononcera le vendredi 9 octobre, pour le cours vidéo sur la doctrine sociale de l’Église organisé par Bussola et l’Osservatorio Van Thuân ( cliquez ici pour consulter le programme complet et vous inscrire ).

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    « Nous, chrétiens, devons sans cesse, avec courage et clarté, présenter la vérité à tous, afin que les membres de la société prennent conscience que le Créateur, et non l’État, est la source de la dignité humaine. » C’est ce qu’affirme le cardinal Willem Jacobus Eijk, archevêque d’Utrecht, dans cet entretien avec La Bussola , à la veille de sa leçon inaugurale à l’École nationale de doctrine sociale de l’Église, consacrée à « L’ordre et le désordre social : les origines de l’insécurité », que La Bussola organise en collaboration avec l’Observatoire Cardinal Van Thuân.

    Le cardinal Eijk prononcera son discours en direct le vendredi 9 octobre à 21 heures, intitulé « L’ordre social selon la doctrine sociale de l’Église », une introduction à l’École, qui se poursuivra ensuite par des réunions hebdomadaires animées par des experts.

    Éminence, commençons par clarifier les termes : qu’entendons-nous par ordre et désordre ?

    Quand on parle d'ordre dans la société, on imagine d'abord une société où règnent la paix et la sérénité. Face au désordre, on pense immédiatement au chaos, aux conflits entre les membres et à d'autres tensions. Ces représentations de la société, qui opposent l'ordre au désordre, ne sont pas fausses en soi, mais elles occultent la dimension plus profonde qui sous-tend ces deux notions. Une société où règne l'ordre est celle dont l'organisation et la structure reposent en définitive sur l'ordre de la création, c'est-à-dire sur les intentions de Dieu lors de la création du monde. Une société désordonnée, en revanche, est celle où l'ordre de la création est ignoré et où les intentions divines sont bafouées. Le mépris de l'ordre de la création a de graves conséquences pour la société. Cela est déjà manifeste chez les premiers humains qui, après le péché originel, se sont éloignés les uns des autres et ont commencé à s'affronter. L'homme reproche à sa femme le péché originel : « La femme que tu as mise auprès de moi, c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé » (Genèse 3,12). Et à la femme, Dieu dit entre autres : « Ton désir se portera vers ton mari, et il dominera sur toi » (Genèse 3,16). La paix et la sérénité se perdent au sein même de la cellule primordiale de la société, et par conséquent aussi dans les sociétés les plus vastes.

    Quels sont les principes sur lesquels repose une société ordonnée ?

    Ce sont les principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Église. Premièrement, la dignité fondamentale de la personne humaine doit toujours être respectée. Elle est le fondement des autres principes de la doctrine sociale : le souci du bien commun, le principe de subsidiarité, le principe de solidarité et l’option fondamentale en faveur des pauvres.

    Le Magistère de l'Église parle d'un ordre fondé sur le droit naturel, qui renvoie à une objectivité valable pour tous les hommes. Or, cela se heurte à la conception moderne de l'État, où les critères de l'ordre social sont établis par les puissants ou par le vote majoritaire. Comment surmonter cette dichotomie ?

    La loi morale naturelle trouve son origine dans le fait que l'univers, à l'instar de l'être humain, a été créé par Dieu. C'est Dieu qui a créé l'homme à son image et à sa ressemblance et qui, de ce fait, lui a conféré une dignité inviolable, source de ses droits et de ses devoirs. Lorsque l'existence du Créateur et de la création est niée, c'est l'État qui, par le biais d'une majorité autocratique ou démocratique, détermine les droits de l'être humain et ce qu'on peut attendre de lui. Par conséquent, l'État peut, par exemple, interdire, sous certaines conditions, le droit à la tutelle à l'enfant à naître. Cette dichotomie ne peut être surmontée que lorsque l'État reconnaît que Dieu est la source des droits et des devoirs de l'homme et que la législation s'en inspire. Nous, chrétiens, devons sans cesse, avec courage et clarté, présenter la vérité à tous, afin que chacun comprenne que c'est le Créateur, et non l'État, qui est la source de la dignité humaine. L'augmentation significative du nombre de jeunes catholiques en France, mais aussi aux Pays-Bas et en Angleterre ces dernières années, est un signe d'espérance : la proclamation de la vérité en Jésus-Christ continuera de porter du fruit. Ces jeunes catholiques adhèrent généralement à la doctrine de l'Église, notamment à son organisation de la société.

  • « Comment les universités belges se sont laissé gagner par l’idéologie progressiste » (Alain Destexhe)

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    D'Alain Destexhe sur le Figaro Vox (2/10) via le site "Pour une école libre au Québec" :

    « Comment les universités belges se sont laissé gagner par l’idéologie progressiste »

    Entre la récitation du Coran devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven et les mesures prises par l’université de Gand contre un de ses chercheurs, les universités cèdent à l’idéologie progressiste, au détriment de la liberté académique, estime le sénateur honoraire belge. Alain Destexhe est médecin, ex-secrétaire général de MSF, sénateur honoraire belge, et fondateur du parti belge Libéraux Démocrates. Dernier livre paru Mayotte : comment l’immigration détruit une société (Éditions Texquis, 2025).

    Les universités belges sont de plus en plus contaminées par l’idéologie progressiste. Le 16 septembre, à l’occasion de la rentrée universitaire, le Coran a retenti [lors de la messe] dans l’église Saint-Pierre de Louvain devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven (KUL), la plus ancienne université catholique au monde, fondée en 1425. Cette scène illustre  une étrange maladie de l’Occident  : considérer son propre héritage comme un problème – un péché ? – dont il faudrait sans cesse s’excuser, tandis que l’affirmation d’autres identités serait une vertu. Le principe de l’inclusion désormais brandi par la KUL, la meilleure du pays, aboutit ainsi à l’effacement de son caractère catholique. À force de vouloir embrasser toutes les identités, elle n’assume plus la sienne.

    Quelques semaines plus tôt, l’Université de Gand (UGent) s’était trouvée au cœur d’une autre polémique, tout aussi révélatrice, celle de la liberté académique. Elle accueillait comme postdoctorant le chercheur américain Nathan Cofnas, celui qui avait accusé de plagiat  Jason Arday, le plus jeune professeur noir de l’histoire de Cambridge, icône des médias britanniques. D’autres révélations montrèrent que son parcours officiel relevait de la mythomanie. Le scandale prit une ampleur nationale. Arday démissionna de Cambridge, puis se suicida. Cofnas fut alors accusé d’être responsable de sa mort, notamment lors d’une manifestation à Trafalgar Square, où son nom fut jeté en pâture à la foule, comme dans les «Deux Minutes de la Haine» de 1984.

    L’UGent, qui aurait dû protéger son chercheur, le suspendit en raison aussi de ses travaux antérieurs portant sur l’hérédité, des thèses controversées, mais jamais vraiment réfutées. Après des pressions du monde entier pour défendre sa liberté de chercheur – jusqu’à l’intervention de l’ambassadeur américain – la suspension fut levée, mais il demeure soumis à des mesures restrictives absurdes comme l’interdiction de se rendre sur le campus et d’enseigner ! Son contrat ne sera vraisemblablement pas renouvelé. Au lieu d’être félicité, Nathan Cofnas fut diabolisé. Il a pourtant rendu service à Cambridge et à l’ensemble du monde universitaire en démontrant l’aberration  des politiques de DEI  (Diversité, Équité, Inclusion) qui avaient promu Jason Arday en raison de sa couleur de peau au détriment d’autres plus qualifiés.

    Les décisions de l’UGent ont été prises par Petra De Sutter, rectrice depuis 2025, personne  transgenre, ancienne sénatrice, puis vice-première ministre Groen (écologiste), militante de longue date des droits LGBT, qui n’avait quasiment plus rien publié depuis dix ans. Qu’une université prestigieuse – deuxième belge et 98e mondiale au classement de Shanghai – ait choisi un profil politique militant minoritaire pour la diriger, dans une Flandre politiquement ancrée à droite, montre l’écart entre l’institution et la société dont elle est issue.

    L’Université libre de Bruxelles (ULB) a, elle, depuis longtemps renoncé au libre examen, son principe fondateur. Elle s’est complètement discréditée en choisissant  Rima Hassan  [d'origine palestienne, c'est une politicienne de gauche, députée au Parlement européen] comme marraine de la promotion de droit 2025. Enfin, récemment à Liège, un professeur réputé et médiatique, Damien Ernst, a été violemment entarté en plein cours par le Vrai Comité (Populaire) d’Éthique de l’ULiège (sic). Au-delà de l’accusation de fascisme pour sa collaboration scientifique avec Thales dans le domaine de la défense, l’action, largement relayée, visait à menacer tout professeur qui se risquerait à sortir de la doxa imposée par les étudiants gauchistes.

    Depuis  le 7 octobre 2023, toutes les universités belges ont vu se succéder occupations de bâtiments et campagnes de boycott d’Israël. Les étudiants y ont imposé une grille de lecture unique du conflit israélo-palestinien, peu contestée par les autorités universitaires. Le pogrom du 7 octobre et le rôle du Hamas sont devenus secondaires. Israël, et souvent les Juifs, sont devenus des sujets collectifs de culpabilité. En avril 2026, trois universités flamandes (Anvers, Gand et la Vrije Universiteit Brussel) ont porté cette logique à son comble en décernant un doctorat honoris causa conjoint à Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU. Elles ont ainsi conféré une légitimité académique à une figure militante, malgré de nombreuses protestations. Gand honore Albanese, l’activiste propalestinienne, mais sanctionne Cofnas, le chercheur !

    Dans toutes les universités, le palestinisme s’inscrit dans la  convergence des luttes. Climat, LGBTQ, anticapitalisme, décolonialisme, boycott d’Israël voire antisémitisme font partie de la lutte antifasciste. Le discours militant mélange génocide, sionisme, énergies fossiles… comme s’il s’agissait d’une seule et même cause et dénonce des « systèmes d’oppression ». Petra De Sutter, militante transgenre et figure propalestinienne, véritable égérie médiatique, incarne cette fusion réussie au sommet de l’Université de Gand, comme un modèle à suivre en Occident. L’avenir de la jeunesse belge est entre de bonnes mains !

    [Si l'on regroupe l'ensemble du territoire belge, les projections et modèles sociologiques estiment que les jeunes de confession musulmane représentent environ 12 % à 15 % de la population totale des moins de 25 ans en Belgique.]