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Politique

  • Pourquoi la Révolution américaine a apporté la liberté — et la Révolution française, la terreur

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    De Solène Tadié sur le NCR :

    Pourquoi la Révolution américaine a apporté la liberté — et la Révolution française, la terreur

    COMMENTAIRE : L’expérience de Lafayette et d’autres vétérans de la guerre d’indépendance américaine explique pourquoi beaucoup en sont venus à considérer la Révolution française comme l’antithèse de la liberté qu’ils avaient défendue de l’autre côté de l’Atlantique.

    « Serment de La Fayette à la Fête de la Fédération », Inconnu, ca. 1790-91, Musée Carvavalet, Paris
    « Serment de La Fayette à la Fête de la Fédération », Inconnu, ca. 1790-91, Musée Carvavalet, Paris (photo : Domaine Public)

    « L’humanité a obtenu gain de cause. La liberté ne sera plus jamais sans asile. »

    Lorsque le marquis de Lafayette écrivit ces mots en 1781, peu après la victoire de l'armée continentale à Yorktown, il pensait avoir assisté à un événement que le reste du monde imiterait : un peuple se libérant de la tyrannie pour se gouverner comme il l'avait toujours souhaité.

    En moins de dix ans, ce Français serait contraint à l'exil de sa patrie, qui se déchirait au nom des idéaux mêmes que son exemple avait contribué à inspirer, et passerait des années dans une prison autrichienne.

    Le 250e anniversaire de l'indépendance américaine est l'occasion de célébrer la longue amitié franco-américaine. Mais c'est aussi l'opportunité d'aborder une question absente des commémorations officielles : les révolutions américaine et française étaient-elles véritablement des événements de même nature, séparés seulement par le temps et l'espace ?

    Ceux qui ont vécu ces deux événements connaissaient la réponse. Nombre d'officiers français envoyés par le roi Louis XVI outre-Atlantique combattre aux côtés des insurgés coloniaux se retrouvèrent de l'autre côté des barricades lorsque la révolution éclata dans leur propre pays (1789-1799) : traqués, emprisonnés et exécutés par un régime qui se proclamait l'héritier légitime de la liberté pour laquelle ils avaient combattu en Amérique.

    Révolutions politiques contre révolutions idéologiques

    « Comparer les deux révolutions est une erreur », a déclaré au Register l’historien Reynald Sécher, l’un des plus éminents spécialistes français des mouvements contre-révolutionnaires et auteur de *Le génocide français : la Vendée* . « La Révolution américaine avait pour seul but de s’affranchir de la tutelle du roi d’Angleterre, une tutelle qui s’exprimait presque exclusivement par le biais d’obligations fiscales. Fondamentalement, les insurgés ne remettaient pas en cause la nature même de la société. »

    La France, c'était une toute autre histoire, a déclaré Sécher.

    « Les révolutionnaires avaient un programme précis », expliqua-t-il, « qui consistait à détruire la monarchie de droit divin et la société traditionnelle et ordonnée, pour les remplacer par un monde nouveau, un ordre nouveau, un homme nouveau. »

    Il soutenait, en outre, que la Révolution américaine était de nature politique – visant à rompre avec une couronne lointaine qui avait abusé de ses droits – tandis que la Révolution française était purement idéologique. Selon Sécher, il s'agissait d'un projet de transformation fondamentale qui s'attaquait à tout ce qui échappait à son contrôle, y compris la foi du peuple.

    La Constitution civile du clergé, la persécution systématique des prêtres résistants et la déchristianisation forcée de régions entières n'étaient pas de simples excès de ce mouvement, insistait Sécher, mais son corollaire naturel. Cette campagne contre la foi catholique a également abouti à l'exécution publique des seize carmélites de Compiègne pendant la Terreur, en 1794, pour avoir refusé d'abjurer leur vocation religieuse.

    Le roi Louis XVI était entré en guerre aux États-Unis pour des raisons bien moins philosophiques que stratégiques ; la guerre de Sept Ans (1756-1763) avait coûté à la France son premier empire colonial, et soutenir les insurgés était une façon de régler ses comptes avec l'Angleterre.

    Mais ce que les officiers envoyés outre-Atlantique découvrirent les marqua profondément. Ils rencontrèrent une société qui aspirait à l'autonomie sans pour autant bouleverser le monde dans lequel elle s'inscrivait. Les églises restaient actives et les institutions locales conservaient leur dynamisme, jouant même un rôle clé dans le processus d'indépendance. C'est cette expérience d'une liberté ordonnée et profondément enracinée que ces hommes rapportèrent chez eux. Et c'est précisément ce qui leur permit, le moment venu, de reconnaître l'inverse.

    Les hommes qui connaissaient la différence

    La France s'allia officiellement aux insurgés américains en 1778. Parmi les officiers déployés aux côtés des Américains figuraient plusieurs hommes qui allaient devenir par la suite des figures de proue de la résistance armée contre la Révolution française. « En réalité », notait Sécher, « la majorité des officiers de la Marine royale française rejetaient la révolution dans leur propre pays, ce qui entraîna des démissions massives et de nombreux exils. »

    L'un des exemples les plus révélateurs de ce paradoxe est sans doute celui d'Armand Tuffin de La Rouërie. Noble et ami personnel du général George Washington, il s'illustra en combattant en Amérique, se forgeant une réputation de commandant courageux.

    « Parlementaire et héritier d’une famille illustre, cet homme était un rebelle qui s’était soulevé contre son propre monde – le monde de la tradition – au nom de la liberté individuelle et collective », explique Sécher. « C’est avec cette logique qu’il s’est enrôlé aux côtés des insurgés américains. »

    Pourtant, dès qu'il a remis le pied sur sa terre natale, une amère réalité s'est imposée à lui.

    « Il comprit immédiatement que la nature de la révolution en cours était contraire au droit naturel — et que le seul véritable garant et protecteur de ce droit naturel était le roi, la monarchie de droit divin. »

    Il organisa la résistance dans sa province natale de Bretagne et fonda un mouvement contre-révolutionnaire qui allait devenir la Chouannerie .

    François-Athanase de Charette de la Contrie, autre vétéran des campagnes américaines, allait devenir la figure emblématique de la contre-révolution vendéenne. En 1793, cet officier de marine français fut sollicité par des paysans vendéens pour mener leur soulèvement contre une république qui fermait leurs églises et enrôlait de force leurs fils. L'armée qu'il commandait se nommait l'Armée catholique et royale.

    « Il ne s’est pas battu pour la monarchie par nostalgie », a insisté Sécher, « mais parce qu’elle lui semblait le régime le mieux à même de défendre les droits naturels énoncés par le Christ, saint Thomas d’Aquin et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est ce paradoxe que ses contemporains peinent à saisir. »

    Au traité de La Jaunaye en 1795, les conditions qu'il obtint pour les Vendéens étaient sans équivoque : la liberté de culte et l'exemption de la conscription – la défense des droits locaux et des libertés individuelles face à une révolution qui, selon son expérience, était synonyme de déchristianisation, de centralisation autoritaire et de conscription imposée de force aux campagnes. Il fut capturé et exécuté par les autorités républicaines en 1796.

    Cette histoire reste gravée dans la mémoire collective d'une partie du pays. Au Puy-du-Fou, le célèbre parc historique vendéen où l'épopée de Charette est reconstituée chaque année devant des centaines de milliers de visiteurs, Nicolas de Villiers — dont le père, Philippe, fondateur du parc, se considère comme un héritier des combattants blancs de Vendée — conserve sur le mur de son bureau un certificat attestant que sa famille compte parmi les « Fils de la Révolution américaine ». Ce paradoxe, semble-t-il, n'a jamais nécessité d'explication.

    Le verdict de Burke

    Aucun contemporain n'a saisi plus clairement les enjeux qu'Edmund Burke, l'un des plus grands esprits de son temps, dès 1790. L'homme d'État et philosophe irlandais, qui avait défendu avec passion les colons américains au Parlement britannique — tout en s'opposant à leur indépendance totale —, était consterné par ce qu'il voyait se dérouler en France, considérant la révolution comme la fin de la chevalerie et l'extinction de la gloire de l'Europe.

    Comme il l'écrivait dans sa brochure « Réflexions sur la Révolution de France », les révolutionnaires, contrairement aux Américains, mettaient en péril leur postérité en ne préservant pas l'héritage de leurs ancêtres. Burke exprimait avec force et clarté ce que des figures telles que La Rouërie et Charette avaient déjà compris par l'expérience du terrain.

    « Tu as mal commencé », écrivait-il, « parce que tu as commencé par mépriser tout ce qui t’appartenait. Tu as établi ton commerce sans capital. »

    Pour Burke, la liberté détachée de toute contrainte morale devenait inévitablement destructrice : « Il est inscrit dans la constitution éternelle des choses que les hommes à l’esprit intempérant ne peuvent être libres. Leurs passions forgent leurs chaînes. »

    Ces réflexions restent tout aussi pertinentes 250 ans plus tard.

    Ce qui distinguait la Révolution américaine de la Révolution française, c'était avant tout une conception de la liberté que les sociétés occidentales sont aujourd'hui contraintes de reconsidérer : l'idée que la liberté sans racines, sans héritage et sans ordre moral n'est qu'un prélude à la tyrannie.

  • IVG sous contrainte: le malaise de la Commission européenne et des socialistes

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    Du site de l'ECLJ :

    ECLJ

    Madame, Monsieur,

    Le Planning familial porte bien mal son nom. 

    Charlène, comme tant d'autres femmes en a fait les frais: 

    elle est tombée enceinte sans le vouloir;

    elle voulait garder son bébé;

    son compagnon s'y opposait;

    alors elle est allée chercher de l'aide et du soutien au Planning familial.

    Le Planning familial ne lui a proposé que l'avortement

    Ils ne sont pas "pro-choix", ils sont pro-avortement et c'est tout. Cette association internationale financée par des milliardaires et les États occidentaux a un objectif principal: faire avorter un maximum de femmes. 

    Vous pouvez écouter plus en détails l'histoire de Charlène dans cette nouvelle vidéo que nous venons de publier, et surtout voir les réactions des députés du Parlement européen.

    C'est votre soutien, par vos contributions et à travers nos pétitions, qui a donné courage à Charlène et qui nous a permis de l'accompagner dans une procédure institutionnelle officielle. Aidez-nous, s'il vous plaît, à poursuivre notre action en faisant un don. Nous avons besoin de vous, merci.

    Le Parlement européen a été saisi, la Commission européenne est obligée de se prononcer sur cette réalité ainsi que tous les groupes parlementaires européens.

    Audience de Charlène au Parlement européen

    Leurs réactions sont instructives et encourageantes:

    La Commission européenne et le groupe "Socialistes et Démocrates" s'enferment dans l'aveuglement. Face à une femme qui est allée voir le Planning familial et qui a été contrainte d'avorter par son petit-copain, ils continuent de prêcher la "liberté d'avorter". Ils étaient cependant bien gênés de devoir dire cela à Charlène. La socialiste est vite partie après sa déclaration et les autres groupes du centre et de la gauche n'ont pas pris la parole.

    À droite, le soutien est général. Tous les groupes étaient présents et ont félicité Charlène pour son courage, ont pris acte de la réalité qu'elle décrit et comptent faire des propositions pour donner des alternatives aux femmes enceintes.

    Nous nous réjouissons particulièrement de l'appui du Parti populaire européen, par la voix du député maltais Peter Agius. Ce soutien du groupe le plus important du Parlement européen permet à la pétition de "rester ouverte", c'est-à-dire que le Parlement va continuer de l'étudier et de réfléchir aux réponses à apporter à ce problème.

    Cela signifie que toute personne peut se joindre à Charlène pour appuyer sa pétition, en se connectant au site du Parlement et en cliquant sur le bouton bleu pour soutenir la pétition:

    Lire et soutenir la pétition de Charlène

    Nous vous encourageons chaudement à le faire pour donner plus de visibilité à cette pétition officielle, cela va soutenir les députés et les encourager à agir.

    En 2024, rien qu'en France, il y a eu 251 270 avortements et ce nombre ne cesse d'augmenter. Parmi ces femmes, des milliers n'ont pas avorté par envie, mais par dépit. Il faut venir en aide aux femmes qui seront confrontées aux pressions de leur partenaire et du Planning familial.

    Vous pouvez également partager cette vidéo et pétition sur les réseaux sociaux:

    ­­­­­Audience de Charlène au Parlement européen

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  • Fin de vie : CathoBel publie la prose inacceptable d'un moine de Maredsous

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    Alors que les évêques de France, avec le cardinal Aveline en tête, sont mobilisés contre le vote d’une loi libéralisant l’euthanasie et le suicide assisté, le portail officiel de l’Église catholique en Belgique francophone, CathoBel, publie complaisamment un texte du Frère Réginald-Ferdinand Poswick, moine bénédictin de l’abbaye de Maredsous. (1) Celui-ci plaide pour une libéralisation de ces pratiques, suggérant que certaines personnes âgées puissent volontairement mettre fin à leur vie et proposant même une ritualisation ecclésiale exceptionnelle de ce « départ ».

    Ces positions vont à l’encontre de l’enseignement constant de l’Église, qui refuse absolument de provoquer la mort par des moyens artificiels. Un moine, aussi érudit soit-il, ne peut faire prévaloir une opinion personnelle dans un organe officiel de l’Église (2), au nom d’un évangélisme dévoyé et d’un argumentaire contestable.

    La doctrine constante de l’Église

    L’enseignement officiel de l’Église catholique est clair et inchangé : l’euthanasie (acte qui provoque directement la mort pour supprimer la souffrance) et le suicide assisté sont inacceptables. Le Catéchisme (§2324) les qualifie de meurtre grave, contraire à la dignité de la personne et à la souveraineté de Dieu sur la vie. Jean-Paul II l’a solennellement rappelé dans Evangelium Vitae (1995), position confirmée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et de nombreux documents ultérieurs, y compris sous le pontificat de François.

    L’Église promeut les soins palliatifs, l’accompagnement humain et spirituel, la sédation proportionnée (qui soulage sans viser la mort) et une spiritualité qui voit dans la souffrance et la mort un passage vers la vie éternelle. La dignité de la vie humaine demeure entière jusqu’à sa fin naturelle.

    Les évêques de France

    En cohérence avec cette doctrine, les évêques français alertent sur les risques de dérive : pression sur les vulnérables, banalisation de la mort provoquée et affaiblissement des soins palliatifs. Ils lancent des neuvaines et défendent une anthropologie de la fraternité qui accueille les fragiles plutôt que de les éliminer.

    Le cas belge

    En Belgique, l’euthanasie est légalisée depuis 2002 et n’a cessé de s’étendre (mineurs, troubles psychiatriques, etc.), avec une augmentation constante des cas. CathoBel a mis en avant les propositions du Frère Poswick sous le titre « proposition-choc », tout en précisant que celles-ci n’engagent que leur auteur et vont « à l’encontre de l’enseignement de l’Église ». Cette clause de style ne change rien au fait de donner une tribune à une rupture doctrinale.

    Un moine bénédictin, connu pour ses travaux sur la Bible, l’informatique et la spiritualité, n’a pas autorité pour proposer une telle évolution. Cette publication (désapprouvée par son supérieur) (1) interroge la gouvernance et la fidélité doctrinale de l’Église en Belgique, déjà mise en cause par d’autres affaires ayant nécessité des interventions vaticanes.

    Pourquoi cette divergence ?

    • Contexte culturel : forte sécularisation et tradition de « tolérance » pragmatique en Belgique et aux Pays-Bas. Une partie des catholiques, clercs inclus, s’aligne sur l’esprit du temps au nom d’une « miséricorde » ou d’une autonomie individuelle absolue.
    • Crise interne : difficulté de transmission doctrinale en Europe occidentale. Certains invoquent un « développement pastoral » qui contourne l’enseignement constant, au profit d’un subjectivisme moral.
    • Évangélisme dévoyé : ritualiser la mort provoquée reviendrait à transformer l’Église en aumônerie de la culture de mort, au lieu d’en être le sel et la lumière.

    Le magistère universel prime sur les initiatives locales. Rome a déjà corrigé des dérives similaires. Les fidèles ont le devoir, selon Donum Veritatis, de s’attacher à l’enseignement constant plutôt qu’à des propositions novatrices isolées.

    La réaction (ou l’absence de réaction) des évêques belges

    La Conférence épiscopale de Belgique a réaffirmé par le passé son opposition de principe à l’euthanasie, tout en privilégiant un ton nuancé et pastoral (« Je te prends par la main », 2019). Cependant, face à la banalisation sociale de l’euthanasie et à cette publication interne, une réaction ferme et claire fait défaut. Cette tiédeur contraste avec la position plus résolue des évêques français.

    Ce silence probable s’explique par la peur du conflit dans un pays très sécularisé, une culture du « dialogue » et de l’« accueil » qui l’emporte souvent sur la clarté doctrinale, et une certaine pusillanimité face à l’opinion publique majoritairement favorable.

    Conclusion

    Cette affaire révèle un défi plus large : celui de l’unité doctrinale face à la pression sociétale. Les évêques français ont raison de résister fermement. En Belgique, l’accommodement progressif affaiblit le témoignage prophétique de l’Église. Si les évêques belges restent silencieux, les fidèles attachés à la doctrine ont toute légitimité à rappeler la vérité et à s’adresser, si nécessaire, directement à Rome. L’accompagnement véritable des mourants passe par l’espérance et le respect inconditionnel de la vie, et non par l’administration de la mort.

    (1) Le Père Abbé de Maredsous vient (le 1er juillet en matinée) de publier une mise au point : Opinion de Fr. Poswick sur la fin de vie: la mise au point du Père Abbé de Maredsous

    (2) CathoBel précise "qu'un texte d'opinion publié sur le site cathobel.be n'a aucunement valeur de prise de position de l'Eglise en Belgique."

  • Comment le monde interprète mal la violence au Nigeria

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    Comment le monde interprète mal la violence au Nigeria

    ORFA, 30 juin 2026 – Sept attaques par jour… et pourtant, les milices les plus meurtrières échappent à l’attention internationale, révèle une étude portant sur six années de données

    Les groupes terroristes déchirent le Nigeria, tandis que le monde extérieur interprète mal la situation, selon les data scientists à l’origine d’une étude historique.

    79 323 personnes ont été tuées au Nigeria entre 2020 et 2025, soit une moyenne de sept attaques par jour. Plus de 42 000 d’entre elles étaient des civils innocents.

    Les chercheurs de l’ORFA (Observatoire pour la liberté religieuse en Afrique) ont passé des années à recouper les schémas d’attaques — et les données recueillies remettent en cause des hypothèses de longue date.

    Boko Haram et la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (ISWAP) — les groupes terroristes les plus souvent tenus pour responsables des violences — ont perpétré à eux deux 12 % des meurtres de civils : 8 % pour Boko Haram et 4 % pour l’ISWAP.

    D’autres acteurs ont fait un nombre de victimes bien plus élevé. Les milices classées dans la catégorie des « groupes terroristes peuls » ont tué 44 % de l’ensemble des civils — soit quatre fois plus que Boko Haram et l’ISWAP réunis.

    L’étude de l’ORFA recense jusqu’à 60 éléments de données pour chaque incident violent, en fonction des circonstances de l’événement.

    L’ORFA prend soin de faire la distinction entre les groupes terroristes armés peuls et le peuple peul dans son ensemble, dont la grande majorité n’est pas impliquée dans des actes de violence. « Les données rendent cela très difficile à ignorer », déclare Frans Vierhout, analyste de recherche senior à l’Observatoire pour la liberté religieuse en Afrique. « Nous examinons comment ces meurtres sont commis : qui sont leurs cibles, où ils opèrent, les fluctuations saisonnières du nombre de meurtres… et les preuves pointent clairement dans une seule direction. »

    « La violence liée aux milices peules est la principale cause du nombre de morts au Nigeria. L’attention que porte l’Occident à Boko Haram est, au mieux, trompeuse. Le Nigeria est en train de voir naître un réseau terroriste que le monde extérieur n’a pas encore reconnu. »

    Principales conclusions : le rapport complet est accessible ici

    79 323 personnes ont été tuées dans des actes de violence liés au terrorisme au cours de la période étudiée — soit une moyenne de 36 personnes par jour
     
    42 033 victimes étaient des civils ; les forces de sécurité et les groupes terroristes sont responsables de 37 290 décès
     
    Boko Haram n’est pas le groupe le plus meurtrier. Les groupes terroristes peuls ont tué 44 % des civils (18 577) ; Boko Haram et l’ISWAP ont tué à eux deux 12 % (4 941)
     
    Deux fois plus de chrétiens que de musulmans ont été tués : 28 551 chrétiens contre 13 224 musulmans. Lorsque l’on examine les pertes chrétiennes par rapport à la population des États concernés, on constate que les chrétiens ont été tués à un rythme 4,4 fois supérieur à celui des musulmans dans les États touchés – ce qui représente une perte proportionnelle énorme pour les populations locales

    75 % des civils tués lors d’attaques contre des communautés : raids contre des villages agricoles accompagnés d’enlèvements, de viols et de destructions de biens
     
    Enlèvements : 34 773 civils ont été enlevés. Les « groupes terroristes peuls » et les « groupes terroristes non identifiés » ont respectivement perpétré 43 % et 49 % des enlèvements
     
    « La captivité selon la confession » : les recherches de terrain menées par l’ORFA indiquent que les otages chrétiens et musulmans sont traités différemment. Les captifs musulmans font l’objet de rançons moins élevées et subissent moins de violences ; les chrétiens, quant à eux, doivent payer des rançons plus élevées et courent un risque plus important d’être exécutés.
     
    Les otages chrétiennes sont victimes de violences sexuelles extrêmes, de conversions forcées et de mariages forcés.
    Les auteurs de l’étude sur six ans de l’ORFA exhortent les gouvernements et les organismes internationaux à se pencher attentivement sur les données publiées aujourd’hui.

    L’étude détaillée, comprenant tous les chiffres, est accessible à l’adresse suivante : www.orfa.africa

  • [Fin de vie] « Ce n’est pas parce qu’une loi a été votée qu’elle est en soi bonne » (Cardinal Sarah)

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    De  Tribune Chrétienne :

    29 juin 2026

    [Fin de vie] Cardinal Sarah : « Ce n’est pas parce qu’une loi a été votée qu’elle est en soi bonne »

    « On assiste parfois à une tyrannie démocratique qui ne reconnaît aucune limite à son pouvoir et interdit toute discussion. Le mot démocratie est ainsi parfois brandi comme un prétexte pour interdire la notion de loi naturelle. » (En France) À la veille du vote solennel du 30 juin sur la proposition de loi relative à l'aide à mourir, cet avertissement du cardinal Robert Sarah résonne avec une force particulière

    Alors que les partisans de l’aide à mourir invoquent régulièrement la souveraineté du Parlement et la légitimité du vote démocratique, le cardinal Robert Sarah rappelle une distinction fondamentale : toutes les lois ne sont pas nécessairement justes. Dans son ouvrage 2050, le prélat guinéen développe une réflexion qui dépasse largement le seul débat sur l’euthanasie et interroge le fondement même de l’autorité politique. Pour lui, lorsqu’une démocratie cesse de reconnaître une vérité morale qui la dépasse, elle court le risque de devenir elle-même oppressive. « Ce n’est pas parce qu’une loi a été votée dans un Parlement démocratique qu’elle est en soi bonne. » Cette affirmation résume l’ensemble de son raisonnement. La démocratie constitue un mode de gouvernement légitime, mais elle ne crée pas le bien et le mal.

    Le vote d’une majorité ne peut transformer une injustice en justice. Le cardinal rejoint ici la grande tradition de la doctrine sociale de l’Église, pour laquelle la loi civile doit demeurer ordonnée à la loi naturelle.

    Il poursuit sa réflexion par une mise en garde d’une grande actualité : « On assiste parfois à une tyrannie démocratique qui ne reconnaît aucune limite à son pouvoir et interdit toute discussion. » Derrière cette formule, le cardinal ne remet nullement en cause la démocratie elle-même ; il dénonce son absolutisation. Lorsque le pouvoir politique prétend devenir l’unique source du droit, il s’affranchit de toute référence supérieure à la dignité de la personne humaine. Cette conviction s’enracine dans une tradition philosophique et juridique bimillénaire. Le cardinal Sarah cite Cicéron : « Il est une loi véritable, la droite raison conforme à la nature, universelle, immuable, éternelle… On ne peut ni l’infirmer par d’autres lois, ni déroger à quelqu’un de ses préceptes. » Cette référence rappelle que certaines vérités fondamentales précèdent les États et les Parlements. Elles ne sont pas créées par les législateurs ; elles leur sont données comme une limite qu’ils ne peuvent franchir.

    Le cardinal fait également écho aux paroles prononcées par le pape Léon XIV devant les responsables politiques réunis à Rome à l’occasion du Jubilé des gouvernants. Le Saint-Père rappelait que « la loi naturelle, universellement valide au-delà d’autres opinions pouvant être discutées, constitue la boussole pour légiférer et agir ». Sans cette référence, avertit le cardinal Sarah, « la démocratie risque de s’enfoncer dans les marécages du relativisme destructeur ». L’enjeu dépasse donc le seul débat sur la fin de vie. Une société peut-elle décider, par un simple vote, que certaines vies ne méritent plus d’être protégées ? Pour le cardinal Sarah, une démocratie privée de fondements moraux risque de glisser vers ce que saint Jean-Paul II appelait déjà une « démocratie sans valeurs », laquelle « se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois ». Les procédures démocratiques demeurent, mais elles peuvent alors servir à légitimer des décisions contraires aux droits les plus fondamentaux.

    C’est pourquoi il cite une nouvelle fois saint Jean-Paul II : « Les lois, quels que soient les domaines dans lesquels le législateur intervient, doivent toujours respecter et promouvoir les personnes humaines. » Et d’en tirer une conclusion d’une grande fermeté : « Une loi qui ne respecterait pas le droit à la vie, de la conception à la mort naturelle, de l’être humain, quelle que soit la condition dans laquelle il se trouve, qu’il soit sain ou malade, encore à l’état embryonnaire, âgé ou en phase terminale, n’est pas une loi conforme au dessein de Dieu. » À la veille du vote du 30 juin, ces pages de 2050 rappellent que le débat sur l’euthanasie ne se limite pas à une question de procédure parlementaire ou d’évolution des mœurs. Il engage la conception même de la dignité humaine. Pour le cardinal Sarah, une civilisation se juge à la manière dont elle protège les plus fragiles. Et cette responsabilité ne saurait dépendre des fluctuations d’une majorité politique.

    Source : 2050 – Cardinal Robert Sarah – Nicolas Diat ( Fayard)

  • « Aucune exception » à l’interdiction canonique de la franc-maçonnerie, préviennent les évêques nordiques

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    Du Pillar :

    « Aucune exception » à l’interdiction canonique de la franc-maçonnerie, préviennent les évêques nordiques

    La conférence des évêques nordiques a publié une lettre pastorale en réponse à « des décennies de spéculation » selon lesquelles la situation en Scandinavie serait un cas particulier.

    La conférence des évêques nordiques a publié une lettre pastorale le 29 juin réaffirmant que les catholiques n'ont absolument pas le droit d'adhérer aux loges maçonniques, en réponse à des « décennies de spéculation » selon lesquelles la situation en Scandinavie constituerait un cas particulier pour l'affiliation catholique à la franc-maçonnerie.

    « Deux du même genre », par Joseph Keppler pour le magazine Puck, 1884. Crédit : Pillar Media.

    La conférence, qui regroupe les diocèses du Danemark, de Suède, d'Islande, de Finlande et de Norvège, a publié la lettre « pour clarifier une question qui, depuis de nombreuses années, voire des décennies, a généré de l'incertitude, des spéculations et des opinions divergentes dans nos pays : la question de savoir si les fidèles catholiques des pays nordiques peuvent être francs-maçons ou appartenir à une loge maçonnique », selon le texte.

    Les évêques ont écrit que « compte tenu des différences parfois perçues entre les divers courants de la franc-maçonnerie, une opinion s'est répandue dans nos pays selon laquelle les francs-maçons des pays nordiques sont distincts de telle sorte que l'adhésion pourrait être autorisée aux fidèles catholiques du Danemark, de Finlande, d'Islande, de Norvège et de Suède. »

    Cependant, les évêques ont réaffirmé que, bien que ces questions aient « suscité de l’inquiétude, voire un certain tumulte dans nos Églises locales », « il n’existe aucune exception, aucune norme ou règle particulière, et par conséquent aucune dispense dans l’Église qui distingue l’adhésion à la franc-maçonnerie dans les pays nordiques des dispositions du droit universel de l’Église », qui interdit totalement aux catholiques d’adhérer à toute association maçonnique, sous peine de sanction canonique.

    La lettre, qui a été diffusée à l'occasion de la fête des saints Pierre et Paul à tout le clergé de la région nordique, comprend quatre « dispositions pastorales et sacramentelles » pour les catholiques qui ont besoin de rompre leur affiliation maçonnique — y compris l'interdiction de recevoir la communion et les autres sacrements jusqu'à ce qu'ils le fassent — et pour les francs-maçons qui souhaitent entrer dans l'Église catholique.

    Les évêques ont également indiqué avoir soulevé la question auprès du Dicastère pour la Doctrine de la Foi lors d'une assemblée plénière à Rome en 2023, qualifiant la réponse du département doctrinal du Vatican de « limpide » quant au caractère universel et absolu de l'interdiction pour les catholiques d'être associés à des loges ou groupes maçonniques.

    « Nous tenons à souligner que la fermeté de l’Église catholique sur la question de l’adhésion à la franc-maçonnerie ne constitue pas un jugement négatif sur la bonne volonté ou les bonnes œuvres des individus », ont écrit les évêques dans leur lettre de lundi. « La position de l’Église découle de la conscience que les principes théologiques et philosophiques de la franc-maçonnerie sont incompatibles avec la confession de foi catholique. »

    Dans l'introduction de la lettre, l'évêque Erik Varden, OCSO, président de la conférence, a déclaré : « Être chrétien, c'est faire des choix fondamentaux. Notre parole doit être un « Oui, oui » ou un « Non, non », et non un « Un peu de ceci et un peu de cela ». »

    « Nous sommes obligés de dire à nos prêtres qu’aucun catholique ne peut être franc-maçon ; afin que nos prêtres puissent à leur tour guider et orienter les infidèles avec clarté et charité — car la prédication de la vérité dans l’amour est une forme élevée de charité. »

    En 2023, une note doctrinale signée par le pape François et le cardinal Victor Manuel Fernandez, préfet de la DDF, a appelé à « une stratégie coordonnée entre les différents évêques » des Philippines pour aborder la question « très importante » de l’appartenance et de la sympathie à la franc-maçonnerie dans le pays.

    La note de la DDF identifiait également « un grand nombre de sympathisants et d'associés qui sont personnellement convaincus qu'il n'y a pas d'opposition entre l'appartenance à l'Église catholique et aux loges maçonniques ».

    Cette note a été publiée en guise de correction à une déclaration publique sur le même sujet, faite plus tôt dans l'année par la commission doctrinale de la conférence des évêques des Philippines, qui exprimait « l'ouverture à la situation des catholiques individuels (au cas par cas) » qui avaient rejoint des loges maçonniques, tout en réitérant l'opposition canonique et théologique de l'Église à l'association maçonnique dans son ensemble.

    La réponse du Vatican n’a offert aucune concession ni ouverture aux catholiques qui ont rejoint des loges maçonniques, même au cas par cas, et a plutôt rappelé à l’évêque que « ceux [catholiques] qui sont formellement et sciemment inscrits dans des loges maçonniques et qui ont adopté les principes maçonniques relèvent des dispositions de la Déclaration [de la CDF de 1983].

    Cette déclaration, signée par le cardinal Joseph Ratzinger de l'époque, a été publiée peu avant l'entrée en vigueur du Code de droit canonique de 1983 et stipulait que « les fidèles qui s'inscrivent dans des associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent recevoir la sainte communion ».

    Une modification du libellé du Code de 1983 par rapport à celui de 1917, qui a supprimé l'utilisation du terme « maçonnique », a donné lieu à une impression erronée dans certains territoires et parmi certains canonistes, selon laquelle l'appartenance des catholiques à la franc-maçonnerie n'était plus toujours et partout impossible et interdite, ce qui a incité le Vatican à publier plusieurs rectifications, avant et après l'entrée en vigueur du nouveau code.

    En fait, le comité chargé de la révision du Code de droit canonique a proposé et décidé de supprimer toute référence explicite à la franc-maçonnerie dans le canon relatif aux sociétés interdites, car on craignait que le canon ne soit autrement interprété de manière trop restrictive — que les catholiques puissent penser que seules les sociétés maçonniques étaient interdites par la loi.

    Dans sa note introductive à la lettre des évêques nordiques de lundi, l'évêque Varden a reconnu cette confusion historique et les différents documents de l'Église qui ont tenté de clarifier les choses au cours des quatre dernières décennies.

    Varden a notamment relevé une déclaration de 1980 de la conférence des évêques allemands — dont il a joint un résumé à la lettre des évêques nordiques — publiée après un dialogue substantiel avec les loges maçonniques locales de ce pays.

    « Nous pouvons être reconnaissants aux évêques allemands d'avoir si clairement exposé, il y a 46 ans, la vérité objective de l'enseignement catholique et d'avoir dénoncé comme une aberration l'idée qu'une prétendue "révolution copernicienne" aurait, avec le concile Vatican II, substitué à la notion de vérité objective une notion de dignité humaine, permettant à chacun de s'arroger le droit d'évaluer subjectivement ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas », a déclaré Varden. « La vérité qui libère et sauve est la vérité révélée par Dieu en Christ, et par nul autre. »

    Le rapport allemand conclut que, malgré la volonté d'un dialogue accru avec les personnes de bonne volonté, la vision du monde maçonnique et les conceptions de la vérité et de la religion demeurent totalement relativistes et incompatibles avec la foi chrétienne. La conception de Dieu en franc-maçonnerie reste déiste et exclut la révélation divine, ont constaté les évêques allemands, et les principes maçonniques de tolérance et d'équivalence entre les religions continuent de favoriser l'indifférence religieuse chez les membres.

    Les évêques allemands ont également déclaré que les rituels et la spiritualité maçonniques ont un caractère quasi sacramentel évident et sont considérés comme supérieurs et plus purs que ceux de la religion personnelle d'un franc-maçon, tandis que la franc-maçonnerie croit et promeut la suffisance de la maçonnerie seule pour la perfection de l'humanité, excluant et niant la nécessité du Christ pour le salut de l'humanité et le pouvoir unique du baptême et des autres sacrements.

    L’idée de prétendues « loges chrétiennes » est une fiction, ont déclaré les évêques allemands, car, même lorsqu’elles ne sont pas explicitement déistes ou athées, les soi-disant loges chrétiennes n’adaptent en réalité que le christianisme à la franc-maçonnerie et jamais l’inverse.

    La déclaration des évêques allemands en 1980 faisait suite à des années de confusion sur cette question au cours des décennies qui ont suivi le concile Vatican II.

    En octobre 1966, les évêques nordiques ont publié une déclaration selon laquelle, en raison de leur nature sensiblement différente, les évêques des diocèses scandinaves pouvaient déterminer eux-mêmes quelles loges maçonniques, le cas échéant, devaient être considérées comme encore proscrites par les normes canoniques et lesquelles pouvaient être tolérées pour les catholiques.

    Cette déclaration, ainsi que d'autres du même genre, a été formellement corrigée en 1981 par le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de l'époque, le cardinal Franjo Šeper, dans une déclaration de la CDF affirmant que la prémisse spécifique selon laquelle les loges maçonniques sont sensiblement différentes dans les différents pays et régions était une interprétation « fausse et tendancieuse » de la loi.

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  • Chrétien ou hérétique ? La théologie politique audacieuse de Peter Thiel, le mentor de JD Vance

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo, en français sur diakonos.be :

    Chrétien ou hérétique ? La théologie politique audacieuse de Peter Thiel, le mentor de JD Vance

    Communion : Finding My Way Back to the Faith, le livre dans lequel le vice-président des États-Unis JD Vance retrace son cheminement vers le catholicisme, vient de paraître aux éditions Harper.

    Lui qui est né et a grandi dans le protestantisme, avant de basculer dans l’athéisme en 2006 puis de se faire baptiser dans l’Église catholique en 2019, il évoque, comme point de bascule, une conférence de Peter Thiel (en photo). Ce grand entrepreneur de la Silicon Valley, fondateur de Palantir et génie de l’intelligence artificielle, est aussi un esprit féru de philosophie et de théologie qui « s’identifiait ouvertement comme chrétien ».

    Si Thiel a joué un rôle déterminant dans l’ascension politique de Vance, notamment en facilitant son rapprochement avec Donald Trump, il a également été son mentor en l’initiant à la pensée de l’anthropologue et philosophe français René Girard (1923 – 2015), longtemps professeur à Stanford, et à sa célèbre théorie du bouc émissaire.

    En bref, au cœur de sa théorie, on trouve l’idée que le désir humain est fondamentalement mimétique et donc enclin à la violence contre ceux qui partagent les mêmes désirs. Mais là où, pour Girard, le sacrifice du bouc émissaire est ce qui vient apaiser cette violence, le monopole technologique représente, aux yeux de Thiel, l’unique échappatoire à la violence mimétique du marché.

    Cette vision de Thiel, qu’il a d’abord expérimentée avec Facebook et PayPal, a constitué un séisme culturel dans la Silicon Valley, et de plus en plus d’entrepreneurs l’ont adoptée : d’Elon Musk avec Tesla et SpaceX à Reid Hoffman avec LinkedIn, en passant par Chad Hurley, Steve Chen et Jawed Karim avec YouTube.

    À terme, cette nouvelle culture vise une sorte de post-humanisme, dans lequel la technologie dépasserait les limites biologiques et sociales de l’être humain.

    Mais dans quelle mesure cette nouvelle culture, que Vance embrasse également, est-elle compatible avec la foi chrétienne et sa vision de l’homme ?

    C’est à cette question que le franciscain Paolo Benanti, éminent spécialiste de l’intelligence artificielle et conseiller du pape, répond de manière critique dans un essai publié en France par Le Grand Continent, puis en Italie dans La Rivista del Clero Italiano, éditée par l’Université catholique de Milan. Il s’agit des mêmes enjeux que le pape Léon aborde dans sa récente encyclique, Magnifica humanitas.

    Retraçons ensemble l’analyse critique de Benanti.

    Peter Thiel, écrit-il, « a compris avant beaucoup d’autres qu’à l’ère numérique, le véritable pouvoir ne réside plus dans le contrôle des moyens de production, mais dans le contrôle des moyens d’imitation et de connexion ».

    Le constat est désormais sans appel : « Facebook a envahi les relations humaines. LinkedIn a cartographié et structuré le monde professionnel. YouTube a démocratisé la production vidéo. Palantir — fondé par Thiel avec le soutien de la CIA — a introduit la logique de l’analyse des données au cœur même de l’appareil de renseignement et de l’armée. »

    S’est donc instaurée « une nouvelle souveraineté : le pouvoir computationnel ». Ces entreprises « ne sont pas seulement un modèle économique ; elles constituent un acte de guerre asymétrique contre l’ordre établi ».

    La création d’univers économiques parallèles en constitue l’expression la plus tangible : « PayPal naît pour rendre obsolète le système bancaire traditionnel ; Amazon désintègre le commerce physique ; Google soustrait aux médias le monopole de l’accès au savoir ; Tesla défie l’industrie automobile fondée sur les énergies fossiles. »

    La question qui en découle est alors la suivante : « Comment un pouvoir aussi alternatif et disruptif peut-il encore être compatible avec les structures démocratiques ? »

    En effet, écrit Benanti, « l'hérésie de Thiel ne s'arrête pas à l'économie : elle s'étend jusqu’à la structure même du pouvoir politique, en s’appuyant sur la prophétie formulée par William Rees-Mogg et James Dale Davidson dans The Sovereign Individual (1997) — un essai préfacé par Thiel et vénéré dans la Silicon Valley comme une sorte de texte fondateur », qui « esquisse un monde dans lequel la politique démocratique n'est plus qu'un résidu ».

    Mais cela ne s’arrête pas là. C’est ici qu’entre en scène le Thiel théologien, avec son récent essai pour First Things intitulé « Voyages to the End of the World », écrit avec Sam Wolfe, dans lequel « la contestation de la démocratie revêt une forme explicitement apocalyptique ».

    Benanti, qui a publié une recension de cet essai dans un précédent article pour Le Grand Continent, écrit : « Thiel relit la modernité scientifique — inaugurée par la Nouvelle Atlantide de Francis Bacon — non pas comme un processus d'émancipation, mais comme un projet sacrilège visant à abolir Dieu. »

    En rapprochant la figure du souverain de Bacon de l’Antéchrist biblique, qui promet une paix et une sécurité illusoires, Thiel « semble penser que ce destin est inéluctable ».

    Sa vision de l’histoire n’est pas linéaire, mais cyclique. « Ce que Thiel envisage n’est pas la "parousie" chrétienne, c’est-à-dire l’événement final qui rachète l’histoire en l’interrompant, mais une simple renaissance à l’intérieur du cycle girardien de la violence mimétique. »

    Le salut ne peut venir — théorise Thiel — « que d'un pouvoir centralisé, total, d'un gouvernement mondial despotique ».

    Et c’est bien cela la mission de Palantir : « une machine capable d'identifier et de neutraliser les menaces avant que la violence mimétique n'explose ». C’est, en même temps, la « Maison de Salomon » qui « confère à une élite un pouvoir quasi divin de surveillance et de prévision ».

    La vision de Thiel ne serait rien d’autre qu’une « hérésie politique » mâtinée de théologie selon Benanti, qui conclut : « En acceptant la technologie de Thiel, notamment à travers Palantir, les institutions adoptent implicitement son diagnostic : la société serait une masse mimétique incapable de s’autogouverner, et l’unique alternative à l’apocalypse serait un ordre technocratique imposé par une élite de souverains. »

    Dans la future course à la présidence des États-Unis, jusqu’à quel point le catholique J.D. Vance voudra-t-il donner du crédit à cette hérésie de son mentor Thiel ?

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • 5000 personnes à Paris ont manifesté contre l’euthanasie

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    D'Antoinette de la Roulière sur le site de Famille Chrétienne :

    5000 personnes à Paris contre l’euthanasie : « Face aux personnes fragiles, on répond par l'amour ou par la mort ? »

    <p>Une enfant brandit une pancarte avec écrit Aidez à vivre. Pas à mourir lors du rassemblement en opposition au projet de loi de fin de vie débattu en relecture au Parlement à Paris en France le 28 juin 2026.</p>

    Une enfant brandit une pancarte avec écrit "Aidez à vivre. Pas à mourir" lors du rassemblement en opposition au projet de loi de fin de vie débattu en relecture au Parlement à Paris en France le 28 juin 2026. - Quentin de Groeve/Hans Lucas

    5 000. C’est le nombre de Français venus manifester ce dimanche 28 juin place de Fontenoy à Paris contre la loi sur la fin de vie. Des bouteilles d’eau circulent entre les rangs, des bénévoles veillent sur les personnes les plus fragiles. Malgré la chaleur, les voix ne faiblissent pas. “Euthanasier n'est pas soigner ! Euthanasier, c'est abandonner !” Les slogans résonnent tandis que les pancartes s'élèvent dans la foule : “Tuer n'est pas un soin”, ou encore “L'euthanasie est un abandon”. Pour beaucoup, l'enjeu dépasse le débat politique : il s'agit de défendre la dignité humaine et le rôle de la médecine.

    « On est là pour accompagner, pas pour donner la mort »

    Les étudiants en médecine et des filières paramédicales sont venus en nombre. Blouse blanche sur les épaules pour certains, ils veulent rappeler ce qu'ils considèrent comme le cœur de leur futur métier : soigner et accompagner. Pour Clotilde, étudiante en quatrième année de médecine à Strasbourg, il était important de montrer que “certains soignants sont contre l'euthanasie”. “On est censés accompagner nos patients jusqu'au bout. En proposant la mort, on ne cherche plus ce qui pourrait les aider”, explique-t-elle. La future médecin s'inquiète aussi des conséquences de la loi sur la relation de confiance entre le patient et son médecin. “Les députés vont demander à des soignants d'injecter une substance létale. Cela va briser ce lien.”

    Autour d'elle, le même discours revient. “Administrer la mort n'est pas une solution, il faut accompagner les personnes”, affirme Camille, étudiante en orthophonie. “Au quotidien, je serai confrontée à des personnes en grande souffrance. Je suis là pour les aider, pas pour leur donner la mort”, ajoute Clarisse, future psychomotricienne.

    « La réponse, c'est d'aimer et de soulager »

    Pour beaucoup, la réponse à la souffrance passe d’abord par les soins palliatifs. Ergothérapeute, Élisabeth de Courrèges est venue témoigner de son expérience auprès des malades. “J'ai accompagné des personnes qui avaient envie de mourir puis qui ont changé d'avis en étant soulagées et considérées. Face aux personnes fragiles, est-ce qu'on répond par l'amour ou par la mort ? Moi, je crois à la première option.”

    Un témoignage qui fait écho à celui de Maxence de Mentque. Âgé de 22 ans et atteint d'une myopathie de Duchenne, il est venu “défendre la dignité des malades”. “On peut vivre malgré un handicap, avec une joie de vivre”, affirme-t-il. Même détermination chez Marie-Lys Pellissier, porte-parole de la Marche pour la Vie, qui appelle les parlementaires à continuer de défendre une médecine qui “soigne jusqu'au bout, sans jamais proposer la mort”. Présente dans le cortège, Hanane Mansouri, députée UDR de l’Isère, martèle : “depuis le début de mon mandat, je lutte contre cette proposition de loi. Je suis heureuse de voir des citoyens et des soignants se mobiliser”. 

    Les manifestants ont désormais les yeux tournés vers l'Assemblée nationale. Le vote solennel sur la proposition de loi est prévu ce mardi 30 juin. Le texte sera ensuite examiné par le Sénat à partir du 7 juillet, avant une adoption définitive attendue le 15 juillet. 

     
  • Syrie : les chrétiens victimes de harcèlement et d'intimidations

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    De Peter Fuchs sur le Tagespost :

    Au cœur du christianisme syrien

    Le régime syrien accuse les chrétiens de Sednaya d’avoir tué des combattants djihadistes pendant la guerre et de les avoir enterrés dans des fosses communes. Il utilise ce prétexte pour les harceler et les intimider.

    27 juin 2026

    Moins de trois mois se sont écoulés depuis que des groupes armés ont attaqué la ville chrétienne de Suqailabiyya en Syrie. Dans la nuit du 27 au 28 mars, ils ont pillé des commerces et des maisons, harcelé des femmes et menacé des civils de violences. Les forces de sécurité ne sont pas intervenues, mais ont pris part à ces émeutes s’apparentant à un pogrom. Des observateurs ont soupçonné qu’il s’agissait d’une action de représailles. Pendant la guerre en Syrie, les chrétiens s’étaient défendus avec succès contre les djihadistes d’Idlib. Leur chef de file, Ahmed al-Sharaa, est « président par intérim » depuis décembre 2024. L’Union syriaque européenne (ESU) a expressément qualifié ces groupes armés d’alliés d’al-Sharaa.

    Après l’attentat-suicide islamiste perpétré contre l’église grecque-orthodoxe Mar-Elias le 22 juin 2025, il s’agissait là d’un deuxième signe avant-coureur pour la communauté chrétienne, décimée ou chassée à l’étranger par des années de guerre. Les chrétiens souffrent également de discrimination, d’intimidation et d’exclusion. L’exemple le plus connu est l’incarcération du maire chrétien Suleiman Khalil, qui a résisté aux djihadistes pendant la guerre et qui, après le changement de pouvoir, a été emmené sans inculpation dans une prison militaire. Selon des interlocuteurs locaux, les chrétiens se voient désormais refuser des postes dans l’administration de la « nouvelle Syrie ».

    De la diversité religieuse à la République islamique

    Damas s’engage sur la voie de l’homogénéisation : loin du pluralisme et de la diversité religieuse, vers une République islamique. Le massacre des alaouites en mars 2025, les attaques contre les druzes durant l’été 2025 et l’incursion dans les territoires contrôlés par les Kurdes au début de l’année 2026 en témoignent.

    À Sednaya, un nouveau chapitre de la répression s'annonce. Cette petite ville chrétienne est située à 30 kilomètres au nord de Damas. Le Djebel Cherubim, avec ses églises, ses monastères et une statue monumentale du Christ, domine la ville de toute sa hauteur. Ces derniers jours, le régime syrien a bouclé Sednaya à l'aide de barrages routiers. Les voitures et les bus ont été soumis à des contrôles rigoureux. Ces tracasseries ont parfois duré quatre heures. Les contrôles s’accompagnaient d’insultes à l’encontre de la foi chrétienne. 

    Le 13 juin, quatre chrétiens – George Mansour, Rabee Moussa, Boutros al-Sheikh et Shihab Yacoub – ont été arrêtés sans motif apparent et emmenés à Damas dans un centre de la Sûreté d’État. Ils y sont toujours interrogés. Les observateurs estiment que ces quatre hommes sont soumis à de graves tortures. « Christian Solidarity International » (CSI) dispose d’informations selon lesquelles les forces de sécurité djihadistes recherchent actuellement plus de 90 habitants de Sednaya, à partir d’une liste de noms précise, en vue de les arrêter.

    Articles diffamatoires contre les chrétiens de Sednaya

    Ces événements font suite à la publication de plusieurs articles diffamatoires contre les chrétiens de Sednaya sur les réseaux sociaux. Deux personnes y sont présentées comme jouant un rôle clé : un blogueur, qui a relayé ces propos haineux sur les réseaux sociaux, ainsi qu’un ancien commandant du Front al-Nosra, autrefois responsable de la région du Qalamoun. Le blogueur a affirmé que les chrétiens de Sednaya auraient, en 2014, lors des combats autour du Djebel Cherubim, tué des combattants de l’État islamique et du Front al-Nosra avant de les enterrer dans des fosses communes. Le ministère de l’Intérieur s’est servi de ces rumeurs pour justifier ses propres mesures.

    Alors que les postes de contrôle autour de Sednaya ont entre-temps été supprimés, la route menant au sommet du mont Cherubim et au monastère de Deir Cherubim reste fermée. Les forces de sécurité d’al-Sharaa ont informé les riverains que des restes de munitions y avaient été découverts et qu’ils devaient être détruits de manière contrôlée. La population nourrit toutefois de sérieux doutes quant à cette version des faits. Certains soupçonnent que cette justification pourrait servir à dissimuler la destruction de sites paléochrétiens et du monastère situé au sommet de cette montagne chargée de symbolisme. 

    Avec son monastère grec orthodoxe, dont l'origine remonte à l'empereur byzantin Justinien (527-565) et qui abrite une icône miraculeuse de la Vierge Marie, ainsi que le mont des Chérubins, visible de loin, Sednaya est considérée comme le cœur du christianisme syrien. Contrairement au village chrétien voisin de Maaloula, Sednaya n’a jamais été prise par des terroristes djihadistes pendant la guerre de Syrie. Une milice chrétienne a défendu la ville avec succès.

    Agressions et actes de vengeance perpétrés par des groupes djihadistes

    Depuis la chute du régime d’Assad, la population de Sednaya est exposée aux agressions et aux actes de vengeance de groupes djihadistes. Ainsi, en février, un groupe de jeunes musulmans a retiré le drapeau syrien de la place principale de la ville et l’a remplacé par la bannière d’Al-Qaïda, tout en scandant « Allahu Akbar ». Les forces de sécurité du régime présentes sur place ont déclaré aux chrétiens de la ville que le drapeau des djihadistes ne devait pas être retiré. Un groupe de jeunes chrétiens a alors déclaré le 23 février : « Les cloches de Sednaya continueront de sonner pour la paix et l’amour et ne se laisseront pas intimider par des voix étrangères à l’esprit de ce pays. Nous restons ici, enracinés comme ses oliviers, nous préservons notre histoire et nous envisageons un avenir marqué par le respect mutuel et l’égalité sous le toit de notre patrie. »

    L’auteur est prêtre catholique et directeur général de CSI Allemagne.

  • Canada : une loi pour interdire la Bible ?

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    De Stefano Fontana sur le site de l'Observatoire Cardinal Van Thuan :

    Le Parlement canadien censure la Bible en public

    iStefano Fontana

    24 juin 2026

    Le Parlement du Canada a adopté le projet de loi C-9, qui modifie le Code pénal en matière d’expressions et d’initiatives dans le domaine de la diversité et de l’inclusion. L’article protégeant l’expression des convictions religieuses d’une personne fondées sur des textes religieux tels que la Sainte Bible est abrogé. C’est pourquoi cette loi a également été surnommée « loi interdisant la Bible ». Il peut donc être considéré comme un délit de citer en public des passages des Écritures saintes contraires à des pratiques aujourd’hui considérées comme relevant du libre choix, telles que l’avortement ou l’homosexualité. Des dispositions réglementaires de ce type avaient déjà été appliquées, comme celles qui considèrent comme illicite le fait de prier devant des cliniques pratiquant l’avortement, mais dans ce cas précis, le tournant est beaucoup plus manifeste car, en censurant les Écritures, elle empêche ouvertement la présence publique de la religion chrétienne. Les premières réactions négatives s’appuient sur la liberté de religion et nous supposons que, du côté catholique également, la loi sera critiquée principalement sous cet angle. Nous nous demandons toutefois s’il suffit de contester cette loi ingrate en s’appuyant uniquement sur le droit à la liberté religieuse.  

    Le Canada est à l’avant-garde de la démocratie libérale, que l’on s’efforce d’y appliquer dans sa forme la plus pure. L’un des principes issus de la démocratie libérale est la liberté religieuse. Il incombe à l’État de défendre ce droit, sans intervenir pour soutenir tel ou tel choix religieux. La raison de cette neutralité du pouvoir politique tient au fait que le choix religieux est considéré, précisément, comme un choix, dont le contenu ne peut et ne doit pas être justifié. L’autorité politique aurait le devoir de justifier ses choix de gouvernance par des arguments de raison (politique), et devrait donc évaluer le contenu des religions afin de vérifier s’ils sont favorables ou contraires au bien commun. Mais comme les religions ne sont considérées par l’autorité politique que comme des choix non motivés, celle-ci se déclare indifférente aux diverses motivations, qui n’ont pour elle aucune importance, et se limite donc à les admettre dans l’espace public en tant que choix individuels.

    Pourquoi donc, dans le cas de la religion chrétienne et de la lecture publique de passages des Livres sur lesquels elle se fonde, cette liberté de choix n’est-elle pas respectée ? La raison fondamentale réside précisément dans la conception libérale de la liberté de religion, comprise comme un choix non motivé, dépourvu d’arguments qui le justifient, une sorte de « coup de foudre », comme le disait Wittgenstein.

    La démocratie libérale, comme nous l’avons observé plus haut, est indifférente aux religions, qui sont pour elle toutes vraies et toutes fausses. Elles sont vraies pour ceux qui les choisissent, fausses pour ceux qui ne les choisissent pas, ni vraies ni fausses pour le pouvoir politique, pour lequel les choix ne sont que des choix, sans qu’il soit nécessaire de les justifier. Subjectivement, un croyant peut attribuer aux préceptes de sa religion une valeur fondamentale dans sa vie, mais objectivement, ces préceptes n’ont aucune valeur, car la religion n’est qu’un choix subjectif, quel que soit ce qui est choisi. S’il n’en était pas ainsi, alors l’autorité politique devrait veiller sur les contenus des religions, mais cela irait à l’encontre des principes de la démocratie libérale, selon laquelle il n’y a rien derrière le choix que la politique doive examiner.

    Dans l’indifférentisme libéral à l’égard des contenus des religions, celles-ci sont pour ainsi dire dépouillées de leur appareil conceptuel – auquel se réfère par exemple l’usage des textes sacrés –, vidées de leur substance et réduites à de purs choix vides de sens : non pas parce que les contenus n’existent pas, mais parce que le pouvoir politique de la démocratie libérale ne s’y intéresse pas par principe. Les religions sont privées de toute vérité : qu’elle existe ou non, quelle qu’elle soit, qu’elle soit acceptable ou non par la raison politique… cela n’intéresse pas la démocratie libérale. Les religions deviennent politiquement des fantômes dépourvus de consistance publique.

    C’est précisément là que réside l’explication de leur manipulation par le pouvoir politique, comme c’est le cas au Canada. Dépourvues de vérité, grande ou petite soit-elle, elles sont à la merci du pouvoir : leur contenu peut être dénoncé et leur expression empêchée. Le pouvoir peut utiliser une religion pour en combattre une autre, il peut accorder à l’une ce qu’il interdit à l’autre. Le domaine religieux n’a rien à dire car il est dépourvu de vérité aux yeux du pouvoir politique ; il est donc possible de lui faire dire ce qui arrange ce dernier. Si, à un certain moment, le pouvoir soutient et promeut une culture des « nouveaux droits », il peut y plier les cultures religieuses qui s’y opposent. En les empêchant de le faire en public, il les ramène au fond à ce qu’elles sont, selon la démocratie libérale : des choix subjectifs dépourvus de valeur objective reconnue.

    La question qu’il convient donc de se poser est de savoir s’il est approprié et efficace de s’opposer à des lois telles que celle du Canada en s’appuyant sur la liberté de religion telle qu’elle est comprise par la démocratie libérale actuellement au pouvoir au Canada. Les chrétiens doivent également s’interroger sur les relations entre cette conception libérale de la liberté de religion et celle qu’ils proposent et défendent eux-mêmes aujourd’hui. Peut-être faudrait-il ne pas partir de la liberté de religion comprise comme liberté de choix, mais de la vérité des religions et, dans cette confrontation, montrer la vérité de sa propre religion et les exigences de présence publique qui en découlent. Si l’on demande simplement le respect de la liberté de religion, on se limite alors à demander le respect de la liberté de choix, ce qui est trop peu pour exiger ensuite le respect public de sa propre vérité (et de ses textes sacrés).

  • L'envoyée spéciale de l'ONU affirme que le Nigeria souffre à cause de l'islam radical et de la corruption politique

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    De Ngala Killian Chimtom sur le CWR :

    L'envoyée spéciale de l'ONU affirme que le Nigeria souffre à cause de l'islam radical et de la corruption politique.

    Nazila Ghanea rapporte que la liberté religieuse est systématiquement étouffée dans ce pays africain par des terroristes et des dirigeants politiques qui instrumentalisent la religion à des fins de « pouvoir, de politique et de richesse ».

    Yaoundé : La rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la liberté de religion ou de conviction, Nazila Ghanea, a dressé un constat alarmant de la liberté de religion au Nigéria, affirmant que le droit fondamental à la liberté de religion ou de conviction est systématiquement étouffé par l'instrumentalisation de la religion.

    « Cette visite officielle dans le pays visait à explorer comment la liberté de pensée, de conscience et de religion (liberté de religion ou de conviction) interagit avec les réalités des droits de l’homme sur le terrain dans ce vaste territoire », a déclaré Mme Ghanea dans son observation préliminaire.

    Elle a déclaré que lors de réunions avec diverses parties prenantes, notamment les autorités fédérales et étatiques d'Abuja, de Plateau et de Kano, les discussions concernant la liberté de religion ou de conviction ont été immédiatement et largement éclipsées par de vives inquiétudes concernant la violence généralisée.

    Le Nigeria est ravagé par une violence généralisée depuis des décennies, notamment par des organisations terroristes comme le groupe militant islamiste Boko Haram, qui cherche à établir un califat au Sahel. Selon les chiffres de l'ONG d'inspiration catholique International Society for Civil Liberties and the Rule of Law, il pourrait exister jusqu'à 22 organisations terroristes de ce type au Nigeria.

    Selon le rapporteur de l'ONU, les communautés rurales de certaines régions subissent un cycle dévastateur de violences de masse, de meurtres et d'incendies criminels, perpétrés dans la grande majorité des cas en toute impunité. Chassés de leurs foyers par ces attaques, les survivants sont souvent contraints de se réfugier dans des camps de déplacés où ils perdent leurs moyens de subsistance et leurs perspectives agricoles.

    Bien que ces communautés terrorisées soient majoritairement chrétiennes, Ghanea souligne que cette perte tragique de vies humaines et de dignité est une tragédie universelle qui transcende toutes les clivages religieux, ethniques et idéologiques.

    Cette crise humanitaire est aggravée par le ciblage incessant de l'éducation, comme en témoignent les enlèvements répétés d'écoliers que les autorités traitent ou empêchent rarement.

    « L’intervention des autorités conduit parfois à la libération d’un petit nombre d’écoliers, souvent après une longue et douloureuse attente », a-t-elle déclaré.

    Ensemble, ces défaillances systémiques constituent une atteinte profonde et généralisée aux droits fondamentaux de l'homme et de l'enfant.

    Bien que les chiffres exacts soient difficiles à obtenir, car de nombreux meurtres ne sont pas signalés, les données d'Intersociety suggèrent qu'au cours des 14 années précédant 2023, au moins 52 250 chrétiens ont péri dans les violences persistantes. Dans un rapport actualisé publié cette année, l'organisation indique qu'entre juillet 2009 et mars 2026, 190 150 Nigérians ont été tués par des bandits, des insurgés de Boko Haram et des éleveurs armés présumés. Ce total comprend environ 128 750 chrétiens et 61 400 musulmans modérés.

    La rapporteuse de l'ONU a cité des témoignages de victimes de l'aggravation des violences au Nigéria, chaque témoignage faisant état de souffrances indicibles.

    « Une victime a raconté avoir été déplacée six fois au cours des dix dernières années, devant à chaque fois tout recommencer et se déplacer de champ en champ, de champ en camp, puis de nouveau à champ, pour ensuite assister au meurtre de membres de sa famille et de voisins proches avant d'être contrainte de se reloger dans des conditions encore plus précaires. Une autre a témoigné que trois membres de sa famille avaient été pris pour cibles », a-t-elle raconté.

    Ghanea a décrit en détail des réalités horribles au niveau des villages, où des innocents sont tués ou déplacés de façon répétée.

    Ce qui demeure incontestable, c'est que, dans certains villages et hameaux du pays, des dizaines d'innocents subissent régulièrement des meurtres, des violences de masse et la destruction totale de leurs moyens de subsistance, sans que justice soit rendue. Parmi les cas les plus horribles, on compte des incendies criminels de grande ampleur qui ont ravagé des communautés entières, les survivants étant contraints de se réfugier dans des camps de personnes déplacées, sans espoir de retour, incapables de cultiver la terre, de gagner leur vie et de subvenir aux besoins de leurs familles.

    La violence est si horrible que, dans certains cas, les villageois doivent signer de « sinistres accords de paix » avec leurs agresseurs.

    « Dans d’autres cas, les communautés rurales sont contraintes de conclure des “accords de paix” avec les bandits – leur attribuant des champs, leur accordant les revenus des récoltes d’autres champs et “prenant toutes les femmes qu’ils veulent” du hameau », a déclaré l’envoyé de l’ONU.

    Dans son rapport préliminaire publié vendredi, Ghanea a déclaré que les discussions sur la liberté de religion ou de conviction au Nigéria « suscitent de vives inquiétudes quant à l’insécurité, la violence et les conflits qui se sont répandus dans tout le pays et ont généré une forte inquiétude, bien qu’à des degrés et pour des raisons différents ».

    « Ces fléaux comprennent les actes terroristes, les violences de gangs et les incursions de bandits, l’accaparement des terres entraînant des déplacements massifs de population, les conflits armés et le vol de bétail, les prises d’otages et les incendies criminels, la destruction de lieux saints et d’écoles, les enlèvements à grande échelle dans les zones reculées et les troubles civils liés aux manifestations et aux grèves, la destruction des terres agricoles irriguées et de villages entiers, ainsi que la destruction des moyens de subsistance, à travers des cycles sans fin de menaces, de peur et de mort dans des régions de plus en plus vastes du pays. »

    Elle a révélé qu'au lieu de constituer une liberté individuelle protégée, la religion au Nigéria s'est désormais transformée en un « principe organisateur » extrêmement vulnérable, exploité par les politiciens pour acheter de l'influence depuis les chaires et par les groupes armés pour justifier des violences horribles, des déplacements massifs de population et des lynchages.

    Ghanea a expliqué que l’instrumentalisation de la religion est structurellement ancrée à tous les niveaux de la société ; depuis les formulaires administratifs qui contraignent les citoyens à déclarer leur foi, jusqu’aux dispositions pénales de la charia et du blasphème au niveau de l’État que les autorités locales défendent ouvertement en insistant sur la « moralité avant la légalité ».

    Elle a imputé l'aggravation des violences et la destruction des moyens de subsistance au manque de responsabilité du gouvernement.

    « L’impunité et le manque de responsabilité auraient enraciné ces cycles de peur et de violence et favorisé leur propagation », a-t-elle déclaré, soulignant que ce qui était autrefois contenu dans des régions spécifiques s’est maintenant étendu à une grande partie du pays, principalement en dehors des zones urbaines.

    L’envoyée de l’ONU a déclaré que tenter d’expliquer la situation nigériane comme un simple conflit entre le « nord majoritairement musulman et le sud chrétien » passe complètement à côté du problème, et que cela restreint les libertés individuelles et rend la nation très vulnérable à l’instrumentalisation de la religion.

    « Cela éloigne la notion de « religion » du droit fondamental à la liberté de religion ou de conviction… Il est également rapporté que les formulaires de demande de passeport nigérian et de numéro d’identification national (NIN) comportaient auparavant un champ relatif à la religion, mais que celui-ci a été supprimé conformément aux normes internationales », a-t-elle indiqué, laissant entendre que d’autres formulaires devraient suivre le même chemin.

    Selon elle, nombre de ses interlocuteurs se résignaient au fait que les politiciens à tous les niveaux chercheraient à « acheter de l’influence » auprès des prédicateurs religieux, instrumentalisant ainsi la religion à des fins de « pouvoir, de politique et de richesse ».

    La Rapporteuse spéciale a également souligné de profondes tensions juridiques entre la Constitution fédérale du Nigéria et les lois des États, notamment en ce qui concerne les sanctions pénales et le blasphème introduits dans les États du nord au début des années 2000. Elle a relevé la contestation observée dans l'État de Kano suite à une décision historique de la Cour de justice de la CEDEAO en avril 2025 contre les lois sur le blasphème, certaines autorités de l'État affirmant que les décisions ne sont pas contraignantes et défendant les lois au nom de « notre culture » et de la « morale plutôt que de la légalité ».

    Le Ghana s'est fermement opposé à cette fragmentation des droits, reprenant les arguments des experts juridiques qui considèrent de telles lois étatiques comme une violation directe de la disposition constitutionnelle selon laquelle le gouvernement ne peut adopter aucune religion comme religion d'État.

    « Un interlocuteur a insisté sur le fait qu’il fallait “élever la constitution” », a rapporté Ghanea.

    Malgré ce constat alarmant, Ghanea a salué le « dynamisme et la franchise des acteurs de la société civile nigériane », soulignant que le pays possède l'expertise, la jeunesse inspirante et les initiatives de consolidation de la paix menées par les communautés, autant d'éléments nécessaires pour garantir l'égalité des droits pour tous. Elle a toutefois conclu : « Le chemin est encore long avant que cet objectif ne soit atteint. »

    Son rapport complet et ses recommandations seront présentés au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies en mars 2027.


    Ngala Killian Chimtom est un journaliste camerounais fort de onze années d'expérience. Il travaille actuellement comme reporter et présentateur pour la Radio Télévision Camerounaise (radio et télévision). Chimtom collabore également avec plusieurs médias, dont IPS, Ooskanews, Free Speech Radio News, Christian Science Monitor, CAJNews Africa, CAJNews, CNN.com et Dpa.
  • Des terroristes ont tué neuf chrétiens et en ont blessé onze dans le nord du Nigeria

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    De Christian Daily International :

    Des terroristes ont tué neuf chrétiens et en ont blessé onze dans le nord du Nigeria


    Des éleveurs peuls présumés ont tué neuf chrétiens et en ont blessé onze autres lors d'une attaque nocturne survenue le 16 juin dans l'État de Kaduna, au Nigeria, ont déclaré des habitants de la région.

    Les assaillants ont attaqué le village d'Angwa Magaji, dans le quartier de Kamaru, dans le comté de Kauru, dans la partie sud de l'État, a déclaré Barnabas Chawai.

    Le révérend Mark Bisan, prêtre de l'église catholique Sainte-Monique de la région, a déclaré que les victimes étaient des membres de sa paroisse et a décrit les assaillants comme des « bandits armés peuls présumés ».

    « Les bergers ont envahi la communauté à 22 heures, tuant neuf chrétiens et en blessant onze autres », a-t-il déclaré.

    D'après l'Instruction publique mondiale 2026 de Portes Ouvertes, le Nigéria a enregistré le plus grand nombre de chrétiens tués dans le monde entre le 1er octobre 2024 et le 30 septembre 2025. Sur les 4 849 chrétiens tués en raison de leur foi durant cette période, 3 490 (soit 72 %) étaient Nigérians, contre 3 100 l'année précédente. Le Nigéria figure au 7e rang de cette liste des 50 pays où il est le plus difficile d'être chrétien.

    Les Peuls, qui se comptent par millions au Nigeria et au Sahel, sont majoritairement musulmans et comprennent des centaines de clans de lignées très diverses qui ne partagent pas de points de vue extrémistes, mais certains Peuls adhèrent à une idéologie islamiste radicale, comme l'a noté le Groupe parlementaire multipartite du Royaume-Uni pour la liberté ou la croyance internationale (APPG) dans un  rapport de 2020 .

    « Ils adoptent une stratégie comparable à celle de Boko Haram et de l’ISWAP et manifestent une intention claire de cibler les chrétiens et les symboles forts de l’identité chrétienne », indique le rapport du Groupe parlementaire multipartite.

    Des responsables chrétiens du Nigeria ont déclaré croire que les attaques de bergers contre les communautés chrétiennes de la région centrale du pays sont motivées par leur désir de s'emparer par la force des terres chrétiennes et d'imposer l'islam, la désertification rendant difficile l'entretien de leurs troupeaux.

    Dans la zone centre-nord du pays, où les chrétiens sont plus nombreux que dans le nord-est et le nord-ouest, des milices extrémistes peules islamistes attaquent des communautés agricoles, faisant des centaines de victimes, principalement des chrétiens, selon le rapport. Des groupes djihadistes tels que Boko Haram et le groupe dissident État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP), entre autres, sont également actifs dans les États du nord du pays, où le contrôle du gouvernement fédéral est limité et où les chrétiens et leurs communautés continuent d'être la cible de raids, de violences sexuelles et d'assassinats lors de barrages routiers, toujours selon le rapport. Les enlèvements contre rançon ont considérablement augmenté ces dernières années.

    Les violences se sont étendues aux États du sud, et un nouveau groupe terroriste djihadiste, Lakurawa, a émergé dans le nord-ouest, doté d'armements sophistiqués et prônant un programme islamiste radical, comme l'a indiqué WWL. Lakurawa est affilié à Jama'a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM), une insurrection expansionniste d'Al-Qaïda originaire du Mali.

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