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Politique

  • Un ouvrage imparfait mais important sur la diplomatie papale du pontificat de Jean-Paul II

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    De Filip Mazurczak  sur le CWR :

    Un ouvrage imparfait mais important sur la diplomatie papale du pontificat de Jean-Paul II

    L'ouvrage « La Croix et le Drapeau » , du père John Tanyi Nquah Lebui, offre de nombreuses perspectives, notamment sur l'héritage africain méconnu du pape polonais.

    Le pape Jean-Paul II lors de son premier voyage papal en Pologne en juin 1979. (Image : Wikipédia)

    On peut affirmer que depuis saint Pie V, qui créa la Sainte Ligue et vainquit les Turcs ottomans lors de la bataille de Lépante en 1571, aucun pape n'a exercé une influence aussi profonde sur la politique mondiale que saint Jean-Paul II. Outre sa contribution majeure à la chute pacifique du régime communiste en Europe centrale et orientale, le pontife fut un fervent opposant à la guerre, à la pauvreté, à l'avortement et à toutes sortes d'injustices, et un défenseur de la dignité humaine. Même si les dirigeants du monde ne partageaient pas toujours son avis, ils l'écoutaient toujours.

    Dans son nouvel ouvrage, le père John Tanyi Nquah Lebui examine l'héritage diplomatique de Jean-Paul II. Bien qu'il s'agisse d'un ouvrage précieux sur les relations internationales, il présente quelques défauts assez surprenants.

    diplomatie papale

    Le père John Tanyi Nquah Lebui est un prêtre camerounais et spécialiste des relations internationales, actuellement en poste dans l'archidiocèse de Boston, dans le Massachusetts. Son ouvrage, intitulé « La Croix et le Drapeau : la diplomatie papale et le combat de Jean-Paul II contre la tyrannie du possible » , a été publié par St. Augustine's Press.

    Pour ceux qui ne reconnaissaient pas l'Église catholique comme la véritable Église, il semblait, au XIXe siècle, que celle-ci allait s'effondrer comme la Société des Nations, Lehman Brothers, l'Union soviétique, l'Empire britannique ou toute autre construction humaine. Lorsque Napoléon envahit Rome, il emprisonne le pape Pie VII, puis l'exile en France. Parallèlement, lors de l'unification de l'Italie, les États pontificaux se dissolvent, avant que le Vatican ne réapparaisse en 1929, devenant ainsi le plus petit État du monde, huit fois plus petit que Central Park.

    Ces bouleversements historiques, écrit Tanyi, furent cependant une  felix culpa , ou « heureuse faute ». Ayant perdu tout son pouvoir temporel, le Saint-Siège put renaître en tant que superpuissance morale. Tanyi se réfère ainsi aux grands politologues, tels que Fukuyama, Kissinger et Nye, et recourt aux catégories classiques de la science politique pour analyser le Vatican et saint Jean-Paul II en tant qu'acteurs politiques. Il soutient que le Vatican a eu recours à diverses formes de diplomatie durant le pontificat de Jean-Paul II, notamment l'action humanitaire, la communication médiatique (en particulier grâce au regretté porte-parole du Vatican, Joaquín Navarro-Valls), et la diplomatie traditionnelle.

    Le Saint-Siège et la Palestine sont les deux seuls observateurs permanents auprès des Nations Unies. Cependant, comme le démontre Tanyi, grâce à l'autorité morale de Jean-Paul II, le Vatican exerçait une influence considérable à l'ONU. Lors de la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994 au Caire, l'administration Clinton a activement œuvré pour la légalisation et la promotion de l'avortement comme solution au problème de la surpopulation.

    Pourtant, Clinton a échoué, et c'est à cause du Saint-Siège, qui a trouvé des alliés étranges dans divers États à majorité musulmane, notamment au Pakistan et auprès de sa Première ministre de l'époque, Benazir Bhutto, assassinée par un kamikaze en 2007 (et que le pape Léon XIV loue comme une femme « courageuse et généreuse » dans son encyclique Magnifica humanitas ), pour empêcher la promotion de l'avortement.

    Tanyi réfute de manière convaincante la vision marxiste de l'histoire comme étant uniquement déterminée par l'économie, la vision réaliste qui dépeint les relations internationales comme influencées par une lutte de pouvoir, et la vision libérale qui se concentre sur les incitations économiques, démontrant ainsi que les dirigeants peuvent avoir un impact sur l'histoire. Par exemple, Jean-Paul II, Polonais ayant lui-même subi l'oppression du communisme, a, sans surprise, rejeté la politesse mesurée dont certains de ses prédécesseurs italiens faisaient preuve envers les régimes communistes.

    Parallèlement, son enfance à Wadowice, où un cinquième de la population était juive avant l'Holocauste, lui a inculqué un amour pour le peuple juif qui a conduit le Vatican à établir des relations diplomatiques avec l'État d'Israël en 1993.

    Un pape « africain »

    « Les Irlandais sont les Noirs de l'Europe », déclare un personnage du film d'Alan Parker,  The Commitments (1991) , qui raconte l'histoire d'un groupe de jeunes Dublinois formant un groupe de soul. À l'instar des Irlandais, les Polonais ont subi l'oppression étrangère (notamment l'esclavage, parmi les nombreuses injustices commises à leur encontre pendant la Seconde Guerre mondiale), et l'on peut donc affirmer qu'ils sont eux aussi les « Noirs de l'Europe ».

    Dans ce contexte, l'origine polonaise de Jean-Paul II n'est pas fortuite. Selon Tanyi, les Polonais, à l'instar des Africains, ayant subi les pires atrocités du colonialisme, le pontife était particulièrement sensible aux nombreux maux du continent. Tandis que l'Italie, pays d'origine de la plupart des papes, avait commis d'horribles crimes contre l'humanité en Libye et en Éthiopie, la Pologne était elle-même sous le joug étranger lors du partage de l'Afrique.

    L’héritage africain de saint Jean-Paul II est souvent négligé, malheureusement parce que l’Occident fait preuve d’une ignorance délibérée à l’égard de ce continent. Pourtant, comme le souligne Tanyi, Jean-Paul II a effectué onze pèlerinages en Afrique (à titre de comparaison, il s’est rendu neuf fois dans son pays natal, la Pologne, huit fois en France et sept fois aux États-Unis), visitant trente-neuf de ses cinquante-quatre nations. Tanyi cite le biographe du pape, George Weigel, qui affirme qu’aucun dirigeant mondial de la fin du XXe siècle ne s’est autant soucié de ce « continent oublié ».

    L’amour du pape polonais pour l’Afrique et ses peuples était réciproque. Tanyi nous apprend que de nombreux Kenyans, par exemple, donnent son nom à leurs enfants, voire à leurs animaux de compagnie, à leurs animaux d’élevage et même à des hôtels. Tanyi énumère les contributions concrètes de Jean-Paul II à l’Afrique : de ses appels pressants aux nations occidentales et aux institutions financières internationales pour l’annulation de la dette africaine, à son exigence de la libération des prisonniers politiques détenus par des dictateurs africains comme condition nécessaire aux visites papales, en passant par la création de la Fondation humanitaire Jean-Paul II pour le Sahel.

    Lorsque les évêques catholiques de la Côte d'Ivoire, pays appauvri, décidèrent de construire la plus grande basilique du monde dans la capitale, Yamoussoukro, Jean-Paul II n'accepta sa construction qu'à la condition qu'un hôpital destiné aux plus démunis soit construit sur son terrain (cet hôpital a été construit depuis, et son saint patron est le grand médecin altruiste saint Joseph Moscati).

    défauts « idiosyncrasiques »

    L'adjectif de prédilection de John Tanyi semble être « idiosyncrasique », et il apparaît souvent à plusieurs reprises sur une même page. Il explique que, bien que ce mot puisse avoir des connotations négatives, il l'utilise au contraire de manière positive pour évoquer la personnalité et le parcours uniques de Jean-Paul II et leur influence sur sa diplomatie.

    Message reçu. Cependant,  « La Croix et le Drapeau »  souffre de défauts pour le moins originaux. Nombre d'idées sont répétées à l'envi, et l'ouvrage regorge de fautes d'orthographe et de ponctuation. La lecture peut ainsi s'avérer frustrante.

    Plus problématique encore est la bibliographie de Tanyi. Il cite à plusieurs reprises certains auteurs, dont certains sont des « catholiques dissidents » notoires, très critiques envers Jean-Paul II et l'Église, notamment Peter Hebblethwaite, David Willey, et même David Yallop, auteur d'un best-seller anti-catholique de mauvais goût promouvant la thèse, depuis longtemps démentie, selon laquelle le Vatican aurait assassiné le pape bienheureux Jean-Paul Ier.

    De plus, certaines œuvres citées dans *The Flag and the Cross*  (Tanyi utilise le style de citation APA) sont curieusement absentes de la bibliographie. On relève également plusieurs erreurs grossières : par exemple, Tanyi se trompe de six ans lorsqu’il mentionne la béatification de Jean-Paul II, alors que la messe papale de 1983 à Managua s’est déroulée devant une image des Sandinistes, et non de Che Guevara (apparemment, Tanyi a confondu cette messe papale mouvementée avec celle de La Havane quinze ans plus tard).

    Certaines opinions de Tanyi sont étranges. Par exemple, lorsqu'il évoque les dirigeants africains post-indépendance, il cite Ahmed Sékou Touré de Guinée parmi ceux « acclamés comme des héros et des sauveurs par leurs peuples » et des « penseurs », et non parmi les dictateurs mentionnés à la page suivante, tels qu'Idi Amin d'Ouganda, Mouammar Kadhafi de Libye et Hosni Moubarak d'Égypte. Sékou Touré fut l'un des pires tyrans d'Afrique ; le cardinal Robert Sarah, sans doute son critique le plus connu, fut par la suite inscrit sur la liste des personnes à abattre du dictateur.

    Certaines affirmations de Tanyi concernant la Pologne natale de Jean-Paul II sont problématiques. Il écrit, par exemple, que « certains prétendent même que la démocratie et la diversité ne font pas naturellement partie de la culture et de la mentalité polonaises traditionnelles », sans remettre en question ces affirmations. Tenir de tels propos sur n'importe quelle culture serait offensant, et la Pologne d'avant le partage possédait l'un des plus anciens parlements du monde et était le pays le plus tolérant d'Europe sur le plan religieux.

    Par ailleurs, le fait qu'il qualifie à plusieurs reprises la Pologne occupée par l'Allemagne – un pays soumis à une occupation extrêmement dure et sans gouvernement collaborateur – de « Pologne nazie » est regrettable. Et bien que l'antisémitisme ait connu une forte recrudescence en Pologne et en Europe durant l'entre-deux-guerres, la citation par Tanyi des propos du Premier ministre israélien Menahem Begin, selon lesquels les Polonais seraient imprégnés d'antisémitisme dès leur plus jeune âge, est injuste (sans compter qu'il attribue cette citation à tort, car elle provient non pas de Begin, mais d'un autre Premier ministre israélien, Yitzhak Shamir).

    Néanmoins, * La Croix et le Drapeau* est un premier ouvrage universitaire prometteur. Le chapitre consacré à Jean-Paul II et à l'Afrique constitue un apport essentiel à la littérature sur le pontificat de Wojtyła. J'espère qu'il poursuivra ses écrits sur la diplomatie de l'Église, l'Afrique et l'influence politique de la papauté.

    La Croix et le Drapeau : La diplomatie papale et le combat de Jean-Paul II contre la tyrannie du possible,
    par John Tanyi Nquah Lebui.
    Préface de Mary Ann Glendon.
    Postface de George Weigel.
    St. Augustine's Press, 2024.
    Broché, 330 pages.

    Filip Mazurczak est historien, traducteur et journaliste. Ses articles ont été publiés dans First Things, la St. Austin Review, l'European Conservative, le National Catholic Register et de nombreuses autres revues. Il enseigne à l'université jésuite Ignatianum de Cracovie.
  • Le pape Léon XIV établit une nouvelle loi fondamentale pour l'État de la Cité du Vatican.

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    De Luke Coppen sur le Pillar :

    Léon XIV promulgue une nouvelle loi fondamentale de l'État de la Cité du Vatican.

    Le pape Léon XIV a promulgué vendredi une nouvelle loi fondamentale de l'État de la Cité du Vatican, remplaçant la version précédente adoptée en 2023.

    Dans un préambule au nouveau document, publié uniquement en italien le 31 juillet, Léon XIV expliquait que le cadre constitutionnel de l'État de la Cité du Vatican devait être mis à jour « pour tenir compte des nouvelles exigences de gouvernance et de plusieurs changements législatifs importants introduits ces dernières années ».

    Il a déclaré que la nouvelle version de la Loi fondamentale confirmait et intégrait les modifications.

    La Loi fondamentale de l'État de la Cité du Vatican a été promulguée pour la première fois par le pape Pie XI en 1929, suite à la création de cet État en vertu du traité du Latran, signé par l'Italie et le Saint-Siège.

    Le pape saint Jean-Paul II a promulgué une nouvelle version de la Loi fondamentale en 2000, qui a été révisée par le pape François en 2023.

    Le nouveau texte, qui entre en vigueur immédiatement, comprend 25 articles, soit un de plus que dans la version précédente.

    Le dernier document comporte un nouvel article 16 qui précise les fonctions du président de la Commission pontificale pour l'État de la Cité du Vatican, organe législatif de la Cité du Vatican placé sous l'autorité du pape. Le président de la Commission pontificale est également président du Gouvernorat de l'État de la Cité du Vatican, organe exécutif de la Cité du Vatican.

    L'article 16 mis à jour stipule : « Le président du Gouvernorat assure la gouvernance de l'État, supervise la fonction exécutive et la mise en œuvre des lois et autres actes normatifs, émet les directives nécessaires à l'organisation générale de l'État, détermine les politiques administratives et les politiques de gestion du personnel, et coordonne les organes du Gouvernorat. »

    Il est précisé : « Le Président, assisté du Secrétaire général et, lorsqu'il est nommé, du Vice-Secrétaire général, peut déléguer certaines fonctions exécutives au Secrétaire général et au Vice-Secrétaire général. »

    Soulignant ce changement, un rapport de Vatican News daté du 31 juillet indiquait : « Concernant la fonction exécutive, la nouvelle loi confirme le rôle du Gouvernorat, dont la structure organisationnelle contribue à la bonne mission de l’État et sert le Successeur de Pierre, auquel il est directement responsable. »

    « Parallèlement, elle précise davantage les responsabilités du Président et du Secrétaire général, ainsi que leur relation de collaboration. Elle souligne également le caractère institutionnel du poste de Secrétaire général, indiquant ainsi que cette fonction peut être confiée à plusieurs personnes. »

    Vatican News a également relevé une modification du libellé de la section relative aux fonctions judiciaires.

    La version de 2023 (article 21, paragraphe 1) stipulait : « L’autorité judiciaire est exercée, au nom du Souverain Pontife, par les organes établis conformément au système judiciaire et par d’autres organes auxquels la loi confère compétence en matière spécifique. »

    Le document de 2026 (article 22, paragraphe 1) dispose : « L’autorité judiciaire est exercée, au nom du Souverain Pontife, pour les fonctions juridictionnelles par le Tribunal, la Cour d’appel et la Cour de cassation ; et pour les fonctions d’enquête et de poursuite par le Bureau du Promoteur de la justice. Le statut juridique des organes judiciaires est établi par la loi sur l’organisation judiciaire . »

    Vatican News a commenté : « Concernant la fonction judiciaire, l’article 22, paragraphe 1, réaffirme expressément que la Loi établit le cadre juridique régissant les organes judiciaires du système judiciaire. Grâce aux importantes réformes introduites ces dernières années, cette loi garantit pleinement la bonne administration de la justice. »

    Une autre différence entre les textes de 2023 et 2026 réside dans l'article 8, qui stipulait auparavant que la Commission pontificale pour l'État de la Cité du Vatican était composée exclusivement de cardinaux. La nouvelle version précise que la Commission pontificale comprend « des cardinaux et d'autres membres ».

    Cette modification fait suite à la nomination, le 15 février 2025, par le pape François, de sœur Raffaella Petrini, FSE, à la présidence de la Commission pontificale et du Gouvernorat de l'État de la Cité du Vatican.

    Le pape Léon XIV a mis à jour le texte de l'article 8 dans une lettre apostolique publiée motu proprio (de sa propre initiative) le 21 novembre 2025 pour reconnaître que des non-cardinaux peuvent servir à ce poste.

    Petrini est actuellement assisté de deux secrétaires généraux, l' archevêque italien Emilio Nappa et l'avocat italien Giuseppe Puglisi-Alibrandi .

    Dans le préambule du nouveau document, le pape Léon XIV a déclaré que la Loi fondamentale constituait « le fondement et le point de référence de toutes les autres normes et réglementations » de l’État de la Cité du Vatican.

    Il a écrit que l’existence de cette loi « réaffirme le caractère unique et l’autonomie de l’ordre juridique vaticanais, ainsi que le rôle du Gouvernorat, qui contribue à la mission propre à l’État et est au service du Successeur de Pierre, auquel il rend directement compte. »

    Il a ajouté : « Comme par le passé, l’exercice de tous les pouvoirs qui en découlent sur le territoire défini par le traité du Latran, ainsi que sur les bâtiments et les zones où opèrent les institutions de l’État ou du Saint-Siège et où des garanties et immunités personnelles et fonctionnelles sont en vigueur en vertu du droit international, est conféré aux organes directeurs et à ceux qui, occupant diverses fonctions de responsabilité et animés d’un véritable esprit ecclésial, accomplissent leur service pour l’État de manière stable. »

    L'État de la Cité du Vatican, le plus petit État indépendant du monde, est une enclave entourée par la ville de Rome. Il couvre une superficie d'environ 49 hectares et compte environ 700 citoyens, dont près de 70 % résident sur son territoire.

    La nouvelle version de la Loi fondamentale, à l'instar de celle de 2023, comporte trois annexes. La première définit les spécifications du drapeau de l'État de la Cité du Vatican, l'un des deux seuls drapeaux nationaux officiellement carrés, avec celui de la Suisse.

    La deuxième annexe présente les armoiries officielles de l'État de la Cité du Vatican, distinctes de celles du Saint-Siège, et la troisième, le sceau officiel de l'État.

  • Ceuta : entre le devoir d’accueillir et le droit des États à protéger leurs frontières

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    De "Tribune Chrétienne" :

    Enclave espagnole de Ceuta : entre le devoir d’accueillir et le droit des États à protéger leurs frontières

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    Les images diffusées dans la nuit du 30 au 31 juillet, montrant des milliers de migrants convergeant vers l'enclave espagnole de Ceuta sont impressionnantes. Une crise qui invite à relire avec précision ce que l'Église catholique enseigne réellement sur l'immigration

    Les images venues de Ceuta ont suscité une vive émotion en Espagne. Face à l’afflux de milliers de migrants, le président de la ville autonome, Juan Jesús Vivas, a demandé au gouvernement de Pedro Sánchez de déclarer une « urgence nationale », de mettre en place un commandement unique, de déployer l’armée et de fermer la frontière. Si Madrid a renforcé les effectifs militaires et policiers, il a refusé, à ce stade, de proclamer l’état d’urgence. Cette crise dépasse toutefois le seul débat politique : elle renvoie à une question fondamentale, celle de l’équilibre entre le devoir d’accueil et la responsabilité des États.

    Contrairement aux idées reçues, la doctrine de l’Église ne défend ni l’ouverture sans limites des frontières, ni le repli systématique. Elle affirme deux principes complémentaires.

    Le premier est le devoir d’accueillir celui qui fuit la guerre, les persécutions ou une misère telle qu’elle menace sa dignité. Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle ainsi que « les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine ».

    Mais le même paragraphe du Catéchisme, souvent oublié, ajoute aussitôt : « Les autorités politiques, en vue du bien commun dont elles ont la charge, peuvent subordonner l’exercice du droit d’immigrer à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des immigrés à l’égard du pays d’adoption » (CEC, n° 2241). Autrement dit, l’Église reconnaît explicitement aux États le droit – et même la responsabilité – de réglementer les flux migratoires lorsque les circonstances l’exigent.

    Cet enseignement a été constamment rappelé par les papes. Dans son Message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié de 1996, saint Jean-Paul II soulignait qu’il appartient aux autorités publiques de « contrôler les flux migratoires en considération des exigences du bien commun ». Benoît XVI, dans Caritas in veritate (2009, n° 62), appelait lui aussi à une gestion des migrations qui conjugue le respect de la personne humaine et les responsabilités propres des États. Le pape François s’est inscrit dans cette même ligne. Lors de la conférence de presse donnée dans l’avion qui le ramenait de Singapour à Rome, le 13 septembre 2024, il rappelait que les gouvernements doivent accueillir les personnes selon leurs capacités d’intégration, tout en reconnaissant qu’un État « a le droit de défendre ses frontières ». Il précisait cependant que cette protection ne peut jamais conduire à nier la dignité des migrants ou à les traiter de manière inhumaine.

    Lire aussi : https://tribunechretienne.com/incendies-monseigneur-marc-stenger-un-eveque-emerite-bien-mal-inspire-en-sen-prenant-a-leglise/

    La crise de Ceuta illustre précisément cette tension. L’accueil de ceux qui fuient la guerre ou la misère demeure un impératif évangélique. Mais protéger les frontières, garantir la sécurité des citoyens et veiller à ce que l’accueil reste possible font également partie des responsabilités légitimes de l’autorité politique.

    Le pape Léon XIV s’inscrit dans cette continuité. Depuis le début de son pontificat, il n’a jamais remis en cause cet équilibre de la doctrine sociale de l’Église, qui conjugue l’accueil des personnes en détresse avec la responsabilité des États de réguler les migrations dans le respect de la dignité humaine. Loin des slogans et des oppositions idéologiques, l’Église invite ainsi à tenir ensemble ces deux exigences. La charité chrétienne ne supprime pas la prudence politique ; elle l’éclaire. Et le contrôle des frontières, lorsqu’il est exercé dans le respect de la dignité de toute personne humaine, n’est pas contraire à l’Évangile : il s’inscrit pleinement dans la doctrine sociale de l’Église.

    Communiqué du diocèse de Cadix et Ceuta

    « Face à la situation que connaît ces derniers jours la Ville autonome de Ceuta, le diocèse de Cadix et Ceuta souhaite faire la déclaration suivante :

    Tout d’abord, nous exprimons notre profonde préoccupation devant la gravité des événements et la vulnérabilité particulière de tant de personnes touchées par cette situation.

    En tant qu’Église diocésaine, nous réaffirmons notre entière disponibilité à collaborer avec les institutions civiles et les organismes compétents, en mettant à leur disposition les moyens humains et matériels dont nous disposons, afin de contribuer, dans le respect des compétences de chaque administration et en coordination avec elles, à répondre aux besoins qui pourraient se présenter.

    Par ailleurs, nous informons que les quêtes qui seront réalisées ce week-end dans les paroisses de Ceuta seront intégralement affectées à la Délégation diocésaine pour les migrations. Leur produit sera acheminé par l’intermédiaire du Centre d’accueil des personnes migrantes Saint-Antoine, à Ceuta, d’où seront prises en charge les urgences les plus immédiates, en coordination avec les services compétents.

    Nous remercions par avance les fidèles ainsi que toutes les personnes de bonne volonté pour leur générosité et invitons les communautés chrétiennes à intensifier leur prière pour ceux qui souffrent, pour les responsables chargés de gérer cette situation, ainsi que pour tous ceux qui œuvrent à construire des chemins de paix, de justice et d’espérance. »

  • Quand la France légalise l'euthanasie : « Ce qui est en jeu, c'est notre rapport à la vie. » (MgrRougé)

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    De Communio :

    La France légalise l'euthanasie. Entretien avec l'évêque Matthieu Rougé : « Ce qui est en jeu, c'est notre rapport à la vie. »

    « Ce qui est en jeu, c'est notre rapport à la vie. »La France légalise l'euthanasie. Entretien avec Mgr Matthieu Rougé.

    Après un long processus parlementaire, l'euthanasie a été inscrite dans la loi française le 15 juillet 2026. Les évêques français ont immédiatement protesté. Dans un entretien avec Jan-Heiner Tück, rédacteur en chef de COMMUNIO, Mgr Matthieu Rougé, délégué de la Conférence épiscopale pour la bioéthique, la protection de la vie et les questions de fin de vie, explique le contexte et révèle les conséquences préoccupantes de cette loi.

    Jan-Heiner Tück : Le Parlement français vient de légaliser l'euthanasie et le suicide assisté, à sa quatrième tentative . La Conférence des évêques catholiques des États-Unis a immédiatement critiqué cette décision dans une déclaration publique , la qualifiant de « rupture avec une longue tradition de soins ». Pourquoi ? Quelles en sont les raisons profondes ?

    Mgr Matthieu Rougé : Le vote du 15 juillet 2026, qui fera l’objet d’un examen constitutionnel et juridique européen, s’inscrit dans un long processus, initié notamment par la loi Léonetti en 2005. Cette loi a donné la priorité au rejet de la « persistance abusive » en France [concernant les mesures de maintien en vie] et au développement des soins palliatifs, permettant ainsi une approche dite « à la française », qui a alors servi de modèle à plusieurs autres pays. Pendant vingt ans, cet équilibre juridique a été souvent remis en question, mais toujours préservé. Ce qui est en jeu aujourd’hui – contrairement à ce qu’affirment certains partisans laïques de l’euthanasie – n’est pas tant la poursuite, selon eux inappropriée, de l’éthique chrétienne dans notre société fortement sécularisée, mais bien plus directement, notre choix collectif d’une société fraternelle. Parmi les partisans de l'aide au suicide figurent ceux qui sont profondément bouleversés par les situations de souffrance extrême et la possibilité d'endurer des douleurs incurables, malgré les progrès réalisés dans la prise en charge de la douleur et les soins palliatifs. Ce débat ne vise donc pas à adopter une position intransigeante, mais exige au contraire une grande humilité et une grande sensibilité. Or, si le projet de loi est validé par le Conseil constitutionnel et les juridictions européennes, il fragilisera précisément ce modèle de notre république, fondé sur l'interdépendance indispensable de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.

    Il existe une forme de discrimination sociale concernant l'objection de conscience, réservée aux plus hauts responsables mais refusée aux pharmaciens et aux infirmières comme s'ils n'étaient que des subordonnés.

    Jan-Heiner Tück : La légalisation de l’euthanasie ne se heurte-t-elle pas à la liberté de conscience de groupes professionnels tels que les pharmaciens ou les infirmières, qui peuvent désormais être contraints d’administrer des médicaments létaux ?

    Mgr Rougé : La loi votée accorde aux médecins le droit à l'objection de conscience, mais pas aux autres professionnels de santé. Bien que la profession ne se soit pas encore prononcée sur la question dans son ensemble, certains pharmaciens s'inquiètent fortement de devoir transporter des médicaments létaux des pharmacies centrales aux patients ou aux professionnels chargés de pratiquer l'euthanasie. C'est pourquoi, entre autres raisons, comme l'obligation de délivrer des pilules abortives, certains pharmaciens chrétiens quittent leur officine pour se reconvertir. Je suis surpris que ce point n'ait pas été davantage souligné : il existe une forme de discrimination sociale concernant l'objection de conscience, réservée aux plus hauts responsables et refusée aux pharmaciens et aux infirmiers, comme s'ils n'étaient que des subalternes.

    La « réserve de droits » promise est absente.

    Jan-Heiner Tück : Que signifie la nouvelle loi pour les hôpitaux catholiques ?

    Mgr Rougé : Selon la législation actuelle, les établissements de santé catholiques (hôpitaux, hospices, maisons de retraite ou EHPAD) gérés par des congrégations religieuses ou dont la charte éthique rejette l'euthanasie sont tenus de la pratiquer si les patients en font la demande. Avec d'autres acteurs, nous avons toujours plaidé pour l'introduction d'une « réserve institutionnelle » afin de préserver la liberté de ces établissements et des personnes qui y ont recours. Le gouvernement nous a donné des assurances à ce sujet, qui, malheureusement, n'ont pas été tenues. C'est l'un des points litigieux des recours en cours. Plusieurs congrégations, comme les Petites Sœurs des Pauvres, sont profondément préoccupées et envisagent même de fermer leurs établissements et de quitter la France si la loi n'est pas modifiée. Nous avons tous en mémoire ce que recommandait Samaritanus Bonus , la déclaration du Dicastère pour la Doctrine de la Foi du 14 juillet 2020 (quelle date pour les Français !), et qui a été approuvée par le pape François : « Les hôpitaux catholiques sont appelés à être des témoins fidèles du devoir éthique indispensable de respecter les valeurs humaines et chrétiennes fondamentales qui constituent l’identité de ces institutions, en s’abstenant de comportements manifestement moralement inadmissibles. »

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  • Des extrémistes islamistes tuent 30 chrétiens dans un village nigérian

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    De Persecution.org :

    Des extrémistes islamistes tuent 30 chrétiens dans un village nigérian

    28 juillet 2026

    L'honorable Stephen Hajara, porte-parole du Conseil législatif du gouvernement local de Kauru et conseiller représentant le quartier de Kamaru dans le sud de Kaduna, a appelé à une intervention sécuritaire immédiate après que des extrémistes islamistes ont tué 30 chrétiens dans le village de Naridon, dans l'État de Kaduna.

    « Chaque mois, nous enterrons nos proches », a déclaré Hajara à International Christian Concern (ICC). « Le mois dernier, nous avons enterré 11 personnes, dont des enfants ; aujourd'hui, nous devons procéder à un nouvel enterrement collectif de 30 personnes. Ça suffit ! Aidez-nous, s'il vous plaît ! »

    Hajara a condamné les meurtres et a exhorté les forces de sécurité à identifier, arrêter et poursuivre les responsables. Elle a lancé un appel direct au président nigérian Bola Tinubu et au gouverneur de l'État de Kaduna, Uba Sani, afin qu'ils déploient davantage de forces de sécurité dans les communautés rurales du quartier de Kamaru et dans d'autres communautés vulnérables de la zone de gouvernement local de Kauru.

    « Si ces meurtres se poursuivent, la population chrétienne continuera de diminuer », a-t-elle déclaré. « Un jour viendra peut-être où des terroristes anéantiront les communautés chrétiennes de cette région. »

    Hajara a ajouté que ces meurtres réduiront également le nombre de chrétiens pouvant participer aux élections.

    Elle a également demandé au gouvernement fédéral nigérian de renforcer son partenariat sécuritaire avec les États-Unis. Elle a exhorté le président américain Donald Trump et la communauté chrétienne internationale à soutenir les chrétiens victimes d'attaques répétées au Nigéria.

    « Nous avons besoin de protection, d’aide humanitaire et de soutien international », a déclaré Hajara. « Les habitants de Kauru ne peuvent pas continuer à enterrer leurs familles tous les mois. »

    Des hommes armés ont pénétré dans Naridon tard dimanche 26 juillet et ont poursuivi leur assaut jusqu'aux premières heures du lundi 27 juillet. Les habitants ont déclaré que les assaillants ont ouvert le feu sur les personnes se trouvant à l'intérieur de leurs maisons et ont incendié plusieurs maisons tandis que les familles fuyaient dans les champs et les buissons environnants.

    Les rapports confirment qu'au moins 30 personnes sont décédées, dont huit enfants. Plusieurs habitants ont été blessés. Les forces de sécurité seraient arrivées au village plusieurs heures après le départ des assaillants.

    Certains membres de la communauté ont décrit les assaillants comme étant des militants peuls présumés. Cependant, aucun groupe n'a revendiqué l'attaque et les autorités nigérianes n'avaient pas encore identifié publiquement les auteurs au moment de la publication de cet article.

    Selon Ibrahim John et Mallam Katuka, des sources communautaires, les équipes de recherche ont continué lundi à récupérer des corps dans des maisons, des fermes et les zones de brousse environnantes. Elles ont averti que le bilan des victimes pourrait s'alourdir, plusieurs habitants étant toujours portés disparus.

    Amnesty International a condamné l'attaque et indiqué que les assaillants avaient poursuivi des habitants qui tentaient de fuir dans la brousse. L'organisation a rapporté que les équipes de secours continuaient de découvrir des corps dans des maisons et des champs avoisinants, tandis que les familles recherchaient leurs proches disparus.

    Daniel Sunday, un habitant du village, a affirmé que les soldats stationnés à moins de huit kilomètres de Naridon n'étaient pas intervenus pendant l'attaque. Il a déclaré que les hommes armés avaient parcouru le village, pénétré dans les maisons, tué des habitants et incendié des bâtiments.

    Les habitants ont transporté les corps des victimes à l'hôpital le plus proche et ont commencé à organiser les funérailles lundi. Certains survivants blessés ont été soignés dans des établissements médicaux dont l'adresse n'a pas été divulguée, les responsables communautaires craignant de nouvelles attaques.

    Le gouverneur Uba Sani a condamné les meurtres et a ordonné aux forces de sécurité d'intensifier leurs opérations pour retrouver les auteurs et les traduire en justice. Il a également chargé l'Agence de gestion des urgences de l'État de Kaduna de fournir une aide humanitaire d'urgence aux familles touchées.

    Le gouvernement de l'État de Kaduna a déclaré qu'il collaborerait avec le gouvernement de l'État du Plateau, les forces de sécurité, les chefs traditionnels et d'autres parties prenantes afin de renforcer la sécurité le long de la frontière entre Kaduna et le Plateau. Naridon se situe près de Ganawuri, dans la zone de gouvernement local de Riyom, dans l'État du Plateau.

    Le gouvernement a également demandé aux résidents de fournir aux agences de sécurité des informations crédibles susceptibles d'aider aux enquêtes et aux opérations en cours.

    L'attaque de Naridon a suivi une autre attaque survenue dans le quartier de Kamaru le 16 juin. Lors de cet incident, des hommes armés présumés ont tué neuf personnes, dont quatre enfants, et en ont blessé onze autres dans la communauté d'Ungwan Magaji. Après cette attaque, les habitants avaient demandé des renforts de sécurité, des patrouilles régulières, des opérations de renseignement, une assistance médicale et un soutien humanitaire.

    Au moment de la publication, les autorités n'avaient annoncé aucune arrestation en lien avec les meurtres de Naridon. Les recherches, la récupération des corps et les préparatifs des funérailles se poursuivaient.

  • Staline revit aujourd'hui au Kremlin; une raison de plus pour une relecture théologique du chef‑d’oeuvre de Vassili Grossman

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Staline revit aujourd'hui au Kremlin. Une raison de plus pour une relecture théologique du chef‑d’oeuvre de Vassili Grossman

    (s.m.) L'été est le temps des lectures. Et c'est à un grand livre de littérature que Settimo Cielo consacre son dernier billet avant la trêve estivale : “Vie et destin” de Vassili Grossman, dans la savante relecture qu'en fait Anne-Marie Pelletier dans le dernier cahier de Vita e Pensiero, la revue de l'Université Catholique de Milan.

    Vassili Grossman (1905 – 1964) étaitun Juif né à Berditchev, la ville ukrainienne qui a reçu ces derniers jours la visite de l'envoyé du pape Léon, l'archevêque et ministre des Affaires étrangères du Vatican Richard Gallagher, fervent soutien de la résistance de l'Ukraine face à l'agression russe.

    La similitude est troublante — et Pelletier le fait remarquer — entre la Russie de Vladimir Poutine et l'Union soviétique de Staline. Et Grossman, qui fut dans sa jeunesse un partisan de la révolution communiste et correspondant de guerre sur les fronts allant de Stalingrad à Berlin (voir la photo sous copyright Alamy Stock Photo), avait finit par devenir très critique du régime de Staline, ce qui lui valut d’être rapidement marginalisé, constamment menacé d'une arrestation et empêché de publier les livres auxquels il s'était consacré.

    En 1961, le KGB a saisi les copies manuscrites et dactylographiées des près de mille pages de “Vie et destin”. Grossman est mort trois ans plus tard, mais une copie a miraculeusement réchappé à la destruction et est parvenue à Andreï Sakharov, le grand physicien et héros de la dissidence, prix Nobel de la paix en 1975, arrêté à plusieurs reprises, qui parvint à la faire acheminer en Occident et à en permettre la publication en 1980.

    Anne-Marie Pelletier, l'auteur de la suggestive relecture de “Vie et destin” que nous reproduisons ci-dessous, enseigne l'Écriture sainte et l'herméneutique biblique à la Faculté Notre-Dame du Collège des Bernardins à Paris. Elle a été la première femme à recevoir le prix Ratzinger de théologie, en 2014.

    *

    Lire Vassili Grossman pour conforter l’espérance

    par Anne-Marie Pelletier

    Quelle nécessité peut-il y avoir à lire aujourd’hui Vassili Grossman ? Un écrivain russe du siècle dernier, mort en 1964, dont une bonne partie de la vie peut être qualifiée de « soviétique », dont l’inspiration plonge dans l’histoire de deux totalitarismes, que l’on voudrait croire derrière nous. Et pourtant, la grande surprise est que cette œuvre résonne immédiatement avec notre actualité. Elle semblerait même avoir été écrite pour nous, tant l’ordre qui règne aujourd’hui à Moscou reproduit trait pour trait celui de la Russie soviétique.

    A ce titre, et pour commencer, Grossman nous aide à déchiffrer la logique de la violence destructrice, qui s’est abattue depuis quatre années sur l’Ukraine et qui menace désormais toute l’Europe. Mais, il y a plus à recevoir de lui, et que l’on évoquera dans un second temps : il apporte ses appuis à la résistance qu’il nous faut opposer au chantage du mal, qui tire de plus en plus nos sociétés vers la désespérance et le nihilisme.

    Soixante années de l’histoire soviétique

    Pour mesurer cette actualité de Grossman, il faut rappeler brièvement l’arrière-plan historique de son œuvre. Il est né en 1905, à Berditchev, dans cette partie de l’Ukraine qui fut, jusqu’à la politique d’extermination nazie, celle des shtetels, foyers villageois du judaïsme hassidique, aussi fervent que son quotidien était misérable. Lui, appartient à une famille juive assimilée de lettrés et de notables. Il commencera par un assentiment à la révolution d’Octobre, plaçant en elle des attentes confiantes. Après des études de chimie qui l’amènent à travailler un temps dans le Donbass, il finit par se consacrer définitivement à la littérature.

    Les temps sont mauvais. Les diktats du pouvoir contraignent de plus en plus la vie culturelle. Le réalisme socialiste au service de la dictature du prolétariat devient la norme qualifiante pour les écrivains dociles. Bon gré, mal gré, Grossman se plie aux exigences du pouvoir. Jusqu’à la guerre, il traverse avec prudence, mais sans déchirements de conscience, la vie d’une société sous le joug de la terreur stalinienne. Durant les années 30, il voit sans voir, dans les rues de Kiev, les cadavres ambulants des koulaks affamés par Staline. Il se tire indemne de la Grande terreur des années 1936 – 1938 au prix, il est vrai, d’une compromission qui hantera définitivement sa conscience. En 1941, il devient correspondant de guerre pour le journal “Krasnaja Zvezda” (l’Etoile rouge). Il suivra ainsi les troupes russes sur les fronts les plus sanglants, de Stalingrad à Treblinka, et jusqu’à Berlin.

    C’est au terme de ces années d’épouvante, que « l’homme soviétique » va se changer en lui en dénonciateur intrépide du mal incarné doublement dans les totalitarismes soviétique et nazi. Dès l’automne de 1941, sa mère a été assassinée par les troupes nazies entrant à Berditchev. Les mois suivants les tueries vont se multiplier sur l’ensemble du territoire ukrainien, justifiant le constat glaçant qu’il fera en 1945 dans “Le Livre noir” : « Désormais, il n’y a plus de juifs en Ukraine ».

    C’est précisément durant ces années que sa judéité oubliée s’impose de nouveau à Grossman. L’expérience de cette histoire infernale touche sa personne au plus profond et, naturellement, son œuvre où s’opère une césure fondamentale. Le passé lui revient avec tout ce qu’il en a ignoré. L’horreur du stalinisme devient une évidence. Cette clairvoyance va s’inscrire toujours plus explicitement dans son œuvre, de sorte que la mort de Staline en 1953 survient juste à temps pour le soustraire à l’arrestation.

    C’est son roman “Vie et destin”, qui va incarner le travail de vérité auquel Grossman va se consacrer désormais. Participant de la tradition romanesque de Guerre et paix, ce roman brasse les mémoires des années de guerre, tantôt en ouvrant la focale au plus large, tantôt en ramenant au très minuscule de destins individuels, où se tapit l'humanité en résistance. À partir de ce temps, rien n’arrête plus l’exigence de vérité qui habite Grossman. C’est ainsi que “Vie et destin” argumente la gémellité du nazisme et du soviétisme dans une scène saisissante qui met en présence un chef de camp nazi et un vieux menchevik, son prisonnier, sur le point d’être assassiné.

    Même audace dans les pages de son dernier manuscrit, “Tout passe”, retraçant l’histoire douloureuse du retour d’un prisonnier politique, un zek, qui vient troubler le confort de son dénonciateur et de ses proches qui ont su tirer leur épingle du jeu. Outre la dénonciation de Staline et de son précurseur Lénine, il s’attaque à la mythologie de « l’âme russe » en complicité troublante avec la servitude. Tout cela fait de lui un traitre absolu à la Cause. En 1961, les manuscrits de “Vie et destin” sont saisis par le KGB. L’œuvre disparait dans les entrailles de la Loubianka, pour deux cents ans, lui dit-on par dérision. Il mourra trois ans plus tard, en paria, sans voir la publication de cette œuvre à laquelle il tenait tant.

    Temps d’hier et temps d’aujourd’hui

    C’est ce temps d’hier, qui est réhabilité, réactualisé aujourd’hui au Kremlin, et qui est désormais le présent soviétique du 21ème siècle. Depuis l’an 2000, le passé n’a cessé de faire retour par la volonté d’un chef formé à l’école du KGB, qui tient la chute de l’URSS pour « la plus grande catastrophe géopolitique du siècle dernier » (Discours à la nation, avril 2005). Les institutions d’endoctrinement militaire de la jeunesse, qui forgèrent « l'homme rouge », sont réactivées et imprègnent de bellicisme les écoliers dès l’école maternelle. Les statues de Staline, naguère déboulonnées, ont retrouvé leurs places. L’économie mentale du système totalitaire, mise en œuvre par le parti bolchevique est recyclée à plein régime. L’Association Mémorial fondée par Andreï Sakharov en 1989, qui documentait méticuleusement les traces des crimes des années soviétiques et veillait sur des droits de l'homme toujours fragiles en post-Union soviétique, a été dissoute en 2021.

    Du côté de la religion, le changement n’est que de surface. La défense du christianisme est lourdement invoquée aujourd’hui par les idéologues du Kremlin avec l’appui de Kyrill, le patriarche de Moscou. En fait, la persécution physique des personnes du siècle dernier est perversement relayée par l’enrôlement de l’Eglise orthodoxe russe au service de la politique criminelle de l’Etat, qui n’est qu’une inversion grimaçante du christianisme. Terrible imposture. On conçoit en tout cas que cette conjoncture fasse de l’œuvre de Grossman un puissant analyseur critique des réalités de notre présent.

    Lire Grossman contre le nihilisme

    Mais c’est autrement encore, et de façon aussi décisive, que cette œuvre doit attirer notre attention. En effet, elle est un plaidoyer autant qu’une dénonciation. Elle sert la confiance autant que la lucidité. Finalement, elle est une défense obstinée des ressources de l’l'humanité, opposées à l’histoire contemporaine qui a porté à son extrême le règne de l’inhumanité.

    C’est là tout l’enjeu du thème de la « petite bonté » qui fixait naguère l’attention du philosophe Emmanuel Levinas désignant Vie et destin comme un « livre primordial ». Un personnage étrange du roman, un certain Ikonnikov – en fait, le porte-parole de Grossman — est le chantre de cette bonté singulière, facilement moquée par les esprits forts, et qui pourtant est l’ultime appui de la confiance chez Grossman. Un chapitre entier, qui a pour titre les « Cahiers d’Ikonnikov », expose les pensées de cet homme au profil de fol en Christ, qui croupit dans un camp nazi, pour avoir porté secours à des femmes et des enfants juifs et qui, auparavant, il a été le témoin halluciné des atrocités commises en cette « terra nera » (T. Snyder) de l’extrême-Est européen.

    Ikonnikov a parcouru les cercles de l’enfer, depuis la dékoulakisation, jusqu’aux épouvantes de l’invasion nazie en Biélorussie. Face au Bien hautain, et tellement ambigu, il plaide la cause d’une modeste bonté, sans apparat ni prétention. La visibilité de cette petite bonté est fragile, c’est celle « d’une vieille, qui, sur le bord de la route, donne un morceau de pain à un bagnard qui passe, c’est la bonté d’un soldat qui tend sa gourde à un ennemi blessé, la bonté de la jeunesse qui a pitié de la vieillesse, la bonté d’un paysan qui cache dans sa grange un vieillard juif ».

    Le point décisif, qui concentre le paradoxe à accueillir, est que cette bonté quasi invisible, qui se fond avec le quotidien de la vie, qui est si manifestement vulnérable et impuissante face aux « méchants » pour parler comme les psaumes, est en réalité la seule force vraie en ce monde. Cette conviction est énoncée par Ikonnikov, comme un savoir d’expérience : « J'ai vu que ce n'était pas l'homme qui était impuissant dans sa lutte contre le mal, j'ai vu que c'était le mal qui était impuissant dans sa lutte contre l'homme. Le secret de l'immortalité de la bonté est dans son impuissance. Elle est invincible ».

    On tremble d’y croire, au vu des abîmes du mal qui s’ouvrent à chaque pas de l’histoire humaine. Le chantage du mal parle trop fort pour que l’on ne craigne pas d’adhérer à un rêve. C’est pourtant la vérité pour laquelle Grossman se sera battu : « L’histoire de l'homme est le combat du mal cherchant à écraser la minuscule graine d’humanité ». Et il ajoutera : « Mais si même maintenant l’humain n’a pas été tué en l'homme, alors jamais le mal ne vaincra ». On remarquera que ce n’est pas tout à fait un hasard si Ikonnikov est campé dans l’identité d’un fol en Christ. Nous sommes tout proches ici du mystère confessé par la foi chrétienne proclamant la victoire sur le mal acquise à partir du cœur des ténèbres. Tout près de la foi en l’impossible, qui fait qu’il ne s’agit pas d’optimisme, mais de combat spirituel.

    Bien sûr, ne christianisons surtout pas Grossman. En revanche, ses racines juives n’auraient-elles pas à voir avec sa conviction que – plus décisivement que le mal ne détruit – il y a l’humanité qui ne capitule pas et qui est la promesse de notre avenir ? En tout état de cause, cette obstination à objecter aux forces du mal, la toute-puissance d’une « petite bonté » désarmée, voilà qui fait, pour nous, de la parole de Grossman, un levier incomparable de résistance à l’actualité qui nourrit tellement le pessimisme et le nihilisme chez nos contemporains.

    Finalement, le legs de Vassili Grossman est celui d’un regard. Celui d’un homme qui sait accommoder sur les réalités de la vie, là où l’humain ressurgit invincible, dans sa singularité, aux antipodes du schématisme de « l'homme totalitaire », et où il est prêt à mourir, en contestation du mensonge et de la tyrannie. Ainsi son œuvre est-elle jalonnée de touches d’humanité évoquées sans grandiloquence ni mièvrerie, qui percent la noirceur de la guerre, ébranlent la chape de la tyrannie. Autant de notations qui, au sein d’une société dressée à l’indifférence, à la méfiance, à l’hostilité, furent en son temps hautement transgressives. Et qui le sont aujourd’hui, de nouveau, tandis que s’imposent des idéologies de la force contre le droit, de l’exaltation d’une toute puissance prédatrice, qui n’a que faire de la justice.

    Certes, la vie personnelle de Grossman est loin d’avoir été exempte de faiblesses. Mais, à travers ses errances, il a appris la faillibilité, et avec sa propre faillibilité, une fondamentale bienveillance. Celle dont parlait le théologien Maurice Bellet quand il énonce cette vérité toute simple : « Que reste-t-il, quand il ne reste rien ? Que nous soyons humains avec les humains, qu’entre nous demeure l’entre nous qui nous fait hommes ».
     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Syrie (Maaloula) : le cauchemar du retour des djihadistes, treize ans après le martyre

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    D'Elisa Gestri sur la NBQ :

    REPORTAGE

    Maaloula : Le cauchemar du retour des djihadistes, treize ans après le martyre

    Maaloula, ancien village chrétien des montagnes syriennes, a été occupé par des djihadistes entre 2013 et 2014. Aujourd'hui, alors que les djihadistes contrôlent tout le pays, la population revit le cauchemar des massacres et des enlèvements de cette époque. Le père Fadi témoigne. 

    30 juillet 2026

    Maaloula

    Le jour de la rencontre entre  le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, et le président de la « nouvelle Syrie », Ahmed al-Shaara, dans un Damas bouclé – trois semaines seulement après la visite du président français Macron,  l'explosion de deux bombes près de son hôtel  avait tué une personne et en avait blessé des dizaines – nous quittons la capitale pour Maaloula, dans les monts Qalamoun, au nord-est de Damas, près de la frontière libanaise.

    Maaloula est un ancien village chrétien aux maisons accrochées à la roche à 1 400 mètres d'altitude. C'est l'un des rares endroits au monde – entre la Syrie, l'Irak et la Turquie – où l'araméen, la langue parlée au temps de Jésus, est encore parlé. Au-delà de cette image de carte postale, Maaloula est peut-être aussi le lieu qui témoigne le mieux de la violence, des atrocités et des contradictions de près de quinze années de guerre en Syrie. Entre septembre 2013 et avril 2014, le village a été le théâtre de violents affrontements entre l'armée d'Assad et les djihadistes d'Al-Nosra, qui ont fait des dizaines de victimes civiles (entre vingt et soixante-dix morts selon les sources,  dont trois exécutés  par  les extrémistes  pour avoir refusé de se convertir à l'islam).

    Maaloula raconte l'histoire de douze religieuses orthodoxes du couvent Mar Takla, enlevées en décembre 2013 par les mêmes djihadistes et libérées en mars suivant dans le cadre d'un échange de prisonniers avec le gouvernement syrien. Elle relate également la libération du village des militants d'al-Nosra par l'armée syrienne, avec l'aide du Hezbollah et du  Parti social nationaliste syrien  (PSNS), alliés d'Assad. Maaloula évoque aussi une autre histoire, plus récente et inimaginable il y a encore quelques années : le retour des extrémistes djihadistes qui menacent les habitants chrétiens. Comme on le sait – ou peut-être pas –, le groupe armé qui a pris le pouvoir en Syrie fin 2024, Hayat Tahrir al-Sham (HTS), est affilié directement à al-Nosra. Officiellement dissous début 2025, HTS est la pierre angulaire de l'actuel « gouvernement de transition » à Damas et contrôle ses institutions civiles et militaires.

    Fin 2024, dans l'euphorie qui suivit la formation du nouveau gouvernement HTS, des groupes d'islamistes armés, principalement des jeunes, atteignirent Maaloula, désireux de « reconquérir » le bastion chrétien dont ils avaient été chassés. La population locale, accusée de collaboration avec l'ancien régime – une accusation très en vogue en Syrie à l'époque, et applicable à toutes sortes d'adversaires, politiques, religieux et personnels – se retrouva plongée dans les cauchemars du passé :  le meurtre d'un musulman lors d'une fusillade dans une ferme chrétienne  où il s'était introduit par effraction pour voler raviva la haine sectaire et poussa de nombreuses familles chrétiennes à fuir le pays par crainte de représailles.

    La situation semble désormais plus calme, et c'est précisément de ce présent dont nous allons parler avec le père Fadi Barghil, prêtre de l'Ordre basilien du Très Saint Sauveur et curé de l'église-monastère catholique melkite des Saints Serge et Bacchus à Maaloula. Nous arrivons au village dans un minibus branlant, à travers les pittoresques montagnes du Qalamoun. À l'entrée du village, la police nous demande, à nous dix passagers, nos passeports pour « vérifier qui entre ». L'église-monastère des Saints Serge et Bacchus, vieille de 1 700 ans, est le plus haut bâtiment du village ; elle se dresse sur un petit plateau dominant le village et la vallée en contrebas. Les rochers qui enserrent Maaloula dans leur étreinte calcaire sont marqués de symboles chrétiens : des croix taguées sur les murs, une statue du saint libanais Mar Charbel, une statue de la Vierge bénissant le village (une réplique de celle détruite par les djihadistes en 2013). En gravissant la colline, on découvre de nombreux clochers, ainsi que deux mosquées : l’une à l’abandon, l’autre en cours de rénovation. Sur le toit de l’un des édifices, en contraste saisissant avec le paysage environnant, flottent le drapeau de la nouvelle Syrie et la Shahada – la profession de foi de l’islam – est inscrite en noir sur fond blanc.

    Nous trouvons le père Fadi affairé dans le jardin – l’église produit et vend des conserves, des confitures, des sirops et des liqueurs, ainsi que des articles religieux et de l’artisanat. Malgré sa discrétion et le sourire en coin avec lequel il nous accueille, le père Fadi est une figure bien connue à Qalamoun : durant les mois de tension qui ont suivi la chute de Bachar el-Assad,  il a joué à plusieurs reprises le rôle de médiateur entre chrétiens et islamistes  pour éviter de nouveaux bains de sang, à Maaloula et ailleurs. Le père Fadi nous accompagne dans l’église – une merveille taillée dans la roche il y a près de deux mille ans – et nous montre les icônes qui ont survécu aux djihadistes, même si les visages de la Vierge et des saints ont été effacés par les fanatiques d’al-Nosra ; les autres, volées par les miliciens, ont été remplacées par des reproductions afin que leur mémoire ne soit pas oubliée. Nous pénétrons ensuite dans le complexe monastique, désormais dépourvu de communauté monastique, où règne un ordre parfait et où tous ceux que nous rencontrons sont occupés à une activité quelconque : certains font sécher des fruits au soleil, d'autres tiennent ouverte la petite boutique de souvenirs du musée, d'autres encore s'occupent de la cafétéria, d'autres enfin entretiennent les espaces.

    Le père Fadi nous invite dans la salle de réception et accepte de répondre à quelques-unes de nos questions, brièvement toutefois — peut-être par modestie, certainement pas par peur : il a publiquement exprimé à plusieurs reprises le droit des chrétiens de Maaloula de vivre en paix sur la terre qu'ils habitent depuis près de deux millénaires.

    Père Fadi, combien de chrétiens vivent encore à Maaloula aujourd'hui ?

    Environ trois cents familles habitent actuellement le village, soit près de mille personnes au total. Avant 2013, on en comptait environ neuf cents.

    Y a-t-il des musulmans qui vivent en permanence à Maaloula ?

    Après 2014, il n'y en avait plus aucun ; aujourd'hui, oui, certains sont revenus. Soyons clairs : nous n'avons rien contre eux. Nous aimons les musulmans, mais nous n'aimons pas les djihadistes.

    Comment est-il possible, selon vous, que les Syriens soient plus pauvres que jamais, maintenant que les sanctions économiques ont été levées et que leur gouvernement a été officiellement accueilli au sein de la communauté internationale ?

    Demandez à Ahmed al-Shaara.

    Où sont passés les millions d'aide humanitaire alloués par les pays et institutions occidentaux à la Syrie ?

    Posez-lui toujours la question.

    L'avez-vous déjà vu en personne ?

    Seulement en photos.

    N'est-ce pas lui qui a enlevé les religieuses de Mar Takla en 2013 ?

    Non, c'était Abou Malik, qui était à l'époque le commandant d'al-Nosra pour la région de Qalamoun.

    Le père Fadi nous montre une photo sur son téléphone portable d'Abou Malik al-Talli, alias Jamal Zeini, l'une des figures de proue du groupe pendant la guerre en Syrie. Il s'était retiré à Idlib après l'expulsion d'al-Nosra de la région du Qalamoun. Après des années d'absence, Zeini  a refait surface soudainement dans la région  il y a un peu plus d'un mois, accompagné d'une suite de partisans, pour une « visite de reconnaissance » des villages frontaliers du Liban. Coïncidence – ou peut-être pas, difficile à dire –  son retour a coïncidé avec les appels répétés de Donald Trump à al-Charia pour qu'elle  intervienne au Liban afin de combattre le Hezbollah. Tandis que nous parlons, le père Fadi sourit, avec l'air de quelqu'un qui aurait beaucoup à dire mais qui garde le silence par charité chrétienne. Nous nous tournons à nouveau vers lui.

    Comment se fait-il, selon vous, que les institutions occidentales qui ont légitimé le nouveau gouvernement d'al-Shaara – l'ONU en premier lieu – ne réagissent pas à la recrudescence des persécutions contre les chrétiens en Syrie ? Après tout, elles sont composées d'une coalition de pays comptant une forte, voire très forte, proportion de chrétiens.

    À mon avis, la responsabilité de ce phénomène incombe aux dirigeants de nos Églises syriennes – tous sans exception – qui refusent d'attirer l'attention sur la situation des chrétiens dans ce pays.

    Pourquoi pensez-vous cela ? Par peur ?

    Je ne le crois pas : c’est plutôt parce qu’ils veulent conclure des accords, ou plutôt « collaborer », avec le nouveau gouvernement.

    Nous continuons à méditer sur ces dernières paroles du Père Fadi tandis qu'après avoir fait nos adieux à saint Serge et à Bacchus, nous nous hâtons vers le bus du retour – encore plus branlant, si possible, que le premier – croisant en chemin plusieurs femmes voilées.

    La Syrie ne manque pas de prélats courageux comme l'archevêque Yacoub Murad, archevêque syriaque catholique respecté de Homs, qui, il y a à peine une semaine,  a demandé à la communauté internationale de protéger les chrétiens syriens , déconseillant aux Syriens expatriés de retourner dans leur pays d'origine en raison du danger et de l'extrême pauvreté qui y règnent. Pourtant, dans notre partie du monde, nous refusons de les écouter.

  • "L'Espagne a cessé d'être chrétienne !"

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    D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :

    1936-1939

    Ils prouvent que l’Espagne est toujours chrétienne

    En 1933, le président du conseil espagnol déclare aux Cortès : « L’Espagne a cessé d’être chrétienne ! » Cette phrase se traduit aussitôt par des actes et des décisions politiques : imposition d’une laïcité absolue, interdiction faite aux ordres religieux d’enseigner, se livrer à des activités commerciales ou industrielles alors qu’elles les font vivre, interdiction du crucifix dans les lieux publics, obligation du mariage civil, introduction du divorce, etc. Dès lors, deux conceptions de l’avenir de l’Espagne se font face, prêtes à en découdre. Pendant deux ans, jusqu’à la victoire des nationalistes, les catholiques espagnols entament un épouvantable chemin de croix qui fera au bas mot 7 500 martyrs, et probablement beaucoup plus.


    Les raisons d'y croire

    • Même si, quatre-vingt-dix ans après les événements, les événements de cette période déchaînent toujours des passions politiques violentes et opposées, nous sommes parfaitement documentés sur ce qui s’est passé, tant par la presse internationale que par les témoins des deux bords. À cela s’ajoutent les récits circonstanciés de quelques rescapés, ainsi que par l’importante documentation rassemblée afin d’instruire les causes de béatification des martyres. Nous savons parfaitement ce qui est advenu ; les épisodes de massacres et d’atrocités sont avérés. Nous ne sommes pas dans l’imaginaire.
    • Consciente d’être accusée de s’ingérer dans les conflits politiques espagnols et leurs retombées actuelle, l’Église a pris toutes les précautions, comme elle le fait d’ailleurs toujours, pour que les dossiers retenus n’impliquent pas des personnes connues pour leurs engagements politiques mais seulement des catholiques assassinés exclusivement en haine de la foi.
    • En effet, la volonté d’éradiquer tous les prêtres était patente. Quelques survivants qui ont réussi à s’enfuir ou ont été laissés pour morts dans les fosses communes raconteront qu’on leur a dit qu’ils devaient mourir simplement en raison de leur état clérical. De nombreux témoignages font état de chasses aux prêtres impitoyables, souvent avec des chiens, et des exécutons sans jugement qui suivaient aussitôt les arrestations.
    • D’éducation chrétienne, les bourreaux, comme en Vendée pendant la Terreur, vont souvent s’amuser en mettre en scène dans des versions modernisées les supplices endurés par les martyrs de l’Antiquité. Ainsi verra-t-on des catholiques jetés aux bêtes dans les cages du zoo de Madrid, ou livrés dans l’arène à des taureaux de combat, certains ont été châtrés, énucléés, coupés en morceaux à coups de hache, attachés à l’arrière du tramway, torturés de mille façons plus atroces les unes que les autres. À Santander, on les jette dans le port un bloc de béton aux pieds. Aucun d’entre eux n’a apostasié.
    • Si mourir pour une conviction n'est pas exceptionnel dans l'histoire, ce qui l’est est de pardonner à ses bourreaux avant d'être exécuté. C’est le cas des martyrs d’Espagne qui sont morts sans haine, en renonçant à toute vengeance et en manifestant de la compassion pour ceux qui les tuaient. Ces hommes et ces femmes ordinaires, confrontés à la torture et à une mort imminente, ont trouvé la force non seulement de demeurer fidèles à leur foi, mais encore d’aimer ceux qui les tuent. C’est qu’ils ne puisent pas cette capacité en eux-mêmes, mais dans une grâce reçue du Christ vivant.
    • On peut donner en exemple ce prêtre qui, épargné par les balles du peloton d’exécution, voyant que l’un des soldats adverses a été blessé par erreur, se relève pour lui donner l’absolution.
    • L’on estime la création de nombreuses œuvres catholiques par la suite tel les Cursillos le fruit des persécutions, en vertu de l‘adage indémodable de Tertullien : « Le sang des martyrs est semence de chrétiens. »

    En savoir plus

    L’encyclique Dilectissima nobis de Pie XI du 3 juin provoque un sursaut au sein du peuple espagnol qui n’entend pas se laisser dépouiller de sa foi mais aussi la réaction violente des partis de gauche qui entendent en finir avec le christianisme. Des massacres de prêtres et de religieuses dans les Asturies en juillet 1934 par des groupes anarchistes donnent le ton mais c’est l’assassinat du député monarchiste Calvo Sotelo le 14 juillet 1936 qui met le feu aux poudres.

    La guerre civile espagnole a été impitoyable, d’un côté comme de l’autre. Des exactions ont été commises par les nationalistes. Ces réactions sont inadmissibles d’un point de vue chrétien, comme le dénonçait déjà Bernanos dans Les grands cimetières sous la lune, elles sont cependant compréhensibles.

    Du côté de l’Église espagnole, le nombre de victimes est hallucinant puisque l’on comptabilise 13 évêques, 4 184, prêtres, 2 965 religieux, 283 religieuses, auxquels il faut ajouter un nombre encore indéterminé de laïcs. 7 500 martyrs est une estimation certaine, mais basse. 2 127 ont été aujourd’hui béatifiés, 11 canonisés et 2 000 dossiers sont encore en d’étude.

    Dans leur volonté d’écarter toute influence cléricale sur le peuple, les prêtres les plus engagés dans l’action sociale et caritative ont été particulièrement ciblés : les enseignants, les aumôniers de prisons, d’hôpitaux, de léproseries, d’hospices de vieillards. L’on estime que 40 % du clergé espagnol a été tué en quelques mois, certains diocèses, tel celui de Malaga, approchent 80 ou 90 % de prêtres massacrés.

    Il est manifeste qu’une haine anti-chrétienne quasiment satanique s’est déchaînée contre l’Église espagnole qui, à travers ses membres voulait atteindre le Christ lui-même. La destruction sur la Colline des Anges du monument au Sacré Cœur dont la statue a été fusillée avant d’être dynamitée l’illustre tristement. Le pardon a pourtant été le maître mot des victimes.

    Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


    Aller plus loin

    Antonio Montero Moreno, Historia de la persecución religiosa en España, 1936-1939, Madrid, Biblioteca de Autores Cristianos (BAC), 1961 (nombreuses rééd.).


    En complément

    • The 498 Spanish Martyrs, Rome Reports : Court documentaire réalisé à l'occasion de la béatification des 498 martyrs en 2007.
    • Un Dios prohibido, 2013 : film historique consacré aux cinquante-et-un martyrs clarétains de Barbastro.
    • Dicastère pour les Causes des Saints, « Causes des martyrs espagnols », Cité du Vatican, https ://www.causesanti.va .

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    Auteur :

    Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.

  • 7 bienheureuses martyres espagnoles victimes des "Rouges" en 1936 (27 juillet)

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    D'Evangile au Quotidien :

    BBses Raymonde Fossas Romans et consœurs

    MARTYRES († 1936)

    Fête Le 27 Juillet

    BBses Ramona Fossas Románs, Adelfa Soro Bo,
    Reginalda Picas Planas,Teresa Prats Martí,
    Ramona Perramón Vila, Rosa Jutglar Gallart,
    Otilia Alonso González. Martyres le 27 juillet 1936

    Le 28 octobre 2007, le card. José Saraiva Martins, Préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, représentant le Pape Benoît XVI, a présidé, à Rome, la Messe de béatification de 498 martyrs des “persécutions religieuses” de la guerre civile espagnole. Ces catholiques ont été tués dans diverses circonstances en 1934, 1936 ou 1937 ; parmi eux il y avait deux évêques, vingt-quatre prêtres, quatre cent soixante-deux religieux, trois diacres ou séminaristes et sept laïcs qui « versèrent leur sang pour rendre témoignage de l'Evangile de Jésus Christ…soient dorénavant appelés du nom de bienheureux et que leur fête soit célébrée chaque année le 6 novembre dans les lieux et selon les modalités établies par le droit. » (>>> Lettre du Pape Benoît XVI).

     Commémoration propre à l’Ordre en date du 26 juillet

    Ramona Fossas Románs, naît à Ripoll (Gérone) le 1er novembre 1881. Elle fréquente le collège des Carmélites de la Charité. À 19 ans elle perd son père, et étant l’aînée de 4, elle aide sa mère dans son travail de modiste. Elle visite les pauvres et les malades, chez eux ou à l’hôpital. Elle entre chez les Dominicaines de l’Anunciata le 6 juillet 1903. Elle appartient aux communautés de Vic, Villanueva de Castellón (Valencia), Valencia, Sant Viçens de Castellet (Barcelone), Játiva (Valencia), Castell del Remei (Lérida), Gérone, Pineda de Mar, Canet de Mar, monastère de Montserrat, et Barcelone-Trafalgar, comme prieure dans les trois derniers.

    Le 27 juillet 1936 les persécuteurs ordonnent aux sœurs Ramona Fossas, Adelfa Soro, Teresa Prats, Otilia Alonso et Ramona Perramón de sortir de leur couvent de la rue de Trafalgar, pour interrogatoires. Ils déployèrent la plus grande insistance pour qu’elles apostasient leur foi, abandonnent la profession religieuse et accèdent à leurs propositions malhonnêtes, mais elles répondirent avec une sérénité et une foi invincibles. Sous prétexte de les ramener au couvent, ils les firent monter dans un camion, qui prit la direction de la montagne du Tibidabo. Passé le village de Vallvidrera, ils les firent descendre du véhicule et les fusillèrent une à une. Mais deux d’entre elles survécurent quelques heures et purent raconter leur « passion ». La sœur Fossas avait 54 ans.

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  • La gestation pour autrui (GPA) peut-elle être pratiquée de manière éthique ? (IEB)

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    Bandeau ieb été 2025

    Nouveauté pour l'été : 

    l'IEB inaugure ses premières capsules vidéos ! 

    Pour creuser avec vous une question d'actualité bioéthique, nous lançons des capsules vidéos, accessibles à tous et faciles à partager. 

    Tout au long de l'été, retrouvez également ces vidéos sur nos réseaux sociaux. 

    Pour chaque sujet, nous vous proposons des articles et chroniques en lien.

    La gestation pour autrui (GPA) peut-elle être pratiquée de manière éthique ? 

    reflexion

    Pour approfondir le sujet :

    Articles de décryptage :

    Podcasts

    DOSSIERS

  • « Tirez-leur dessus, ce sont des religieuses ! » Les trois carmélites de Guadalajara (24 juillet 1936)

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    De Mgr. Alberto José González Chaves sur InfoVaticana :

    « Tirez-leur dessus, ce sont des religieuses ! » Les trois carmélites de Guadalajara

    « Tirez-leur dessus, ce sont des religieuses ! » Les trois carmélites de Guadalajara

    Le 24 juillet 1936, dans les rues de Guadalajara, trois carmélites déchaussées furent prises en chasse et abattues. L’aînée avait cinquante-huit ans ; les deux autres à peine trente. « Tirez-leur dessus, ce sont des religieuses ! » Il n’en fallut pas plus pour connaître le crime, la sentence et la cause du décès. On ne leur demanda pas leurs noms, on ne fouilla pas leurs poches, on ne vérifia pas si elles cachaient des armes, des documents ou des instructions ; il suffit de reconnaître chez ces trois femmes, maladroitement déguisées en femmes, quelque chose qu’elles n’avaient pu dissimuler : elles étaient religieuses. Elles ne moururent pas pour ce qu’elles avaient fait, mais pour ce qu’elles étaient ; elles n’appartenaient pas à un commando, elles ne portaient pas de fusils, elles ne défendaient pas une position militaire ; elles défendaient en silence le droit de Jésus-Christ à posséder pleinement un cœur humain. Les trois femmes moururent à quelques minutes d'intervalle et à quelques centaines de mètres de distance, mais ensemble, elles avaient parcouru un chemin bien plus long : celui d'une fidélité humble, quotidienne et cachée. Car leur martyre ne commença pas avec les coups de feu : il avait débuté bien des années auparavant, dans la cellule, dans la chorale, au réfectoire, dans l'obéissance acceptée, dans les moments de partage fraternel, dans les petits renoncements du quotidien. Les dernières minutes sont saisissantes : les fusils, les cris, les corps gisant dans la rue ; mais ces femmes, pour leur heure suprême, s'étaient préparées dans les petits instants. Car on n'apprend pas à dire oui devant un peloton d'exécution si l'on a passé sa vie à dire non à Dieu ; on n'offre pas soudainement son sang si l'on a marchandé chaque jour les infimes gouttes de sacrifice, et celui qui a toujours eu honte de Jésus ne peut pas défendre son nom sous le feu des balles. Ces trois-là savaient que le martyre s'atteint en balayant proprement, en gardant le silence, en arrivant ponctuellement au chœur, en obéissant sans faire de vagues, en acceptant la monotonie, en souriant pendant les loisirs et en recommençant après chaque faiblesse.

    María Pilar, pardon ; Ángeles, silence ; Teresa : Vive le Christ Roi !

    Le monastère de San José à Guadalajara trouve ses racines dans l'expansion initiale de la réforme de sainte Thérèse. La communauté fut fondée à Arenas de San Pedro en 1594 et s'installa à Guadalajara en 1619, sous le patronage de la duchesse d'Infantado. Aspirant à une vie entièrement cachée avec le Christ en Dieu, des générations de femmes franchirent ses portes pendant des siècles pour se retirer du monde avec le désir de le sauver. Car la clôture n'est pas un oubli indifférent ; celles qui entrent au Carmel n'abandonnent pas l'humanité : elles l'attirent dans leur prière ; elles se retirent de la surface pour descendre là où se livrent les véritables combats. En juillet 1936, la communauté comptait dix-huit religieuses vivant dans une Espagne tendue, meurtrie par la haine idéologique, la violence politique et l'hostilité croissante envers l'Église. Aux premiers jours de la guerre civile, la persécution religieuse se manifesta avec une brutalité qui ne faisait aucune distinction entre combattants et religieuses, entre hommes armés et femmes emprisonnées. Le 22 juillet, Guadalajara tomba aux mains des forces révolutionnaires, et les carmélites durent abandonner précipitamment leur couvent, craignant qu'il ne soit pris d'assaut et incendié. Vêtues en civil, elles partirent deux par deux pour se réfugier chez des connaissances. Pour une carmélite, l'habit est un rappel d'alliance, un signe visible d'appartenance, l'humble livrée de la Vierge ; ces femmes durent l'échanger contre d'autres vêtements, mais sous leurs habits profanes, leur consécration demeurait intacte. Quand on parle des « trois carmélites », on a l'impression que leur sainteté était uniforme, comme si elles étaient trois silhouettes identiques se détachant sur un même fond. Mais la grâce ne produit pas de copies : Dieu conduit chaque âme sur un chemin unique. Elles étaient trois femmes, différentes par l'âge, le caractère, l'éducation et la sensibilité, unies par le sang car liées auparavant par la même vocation.

    María Pilar de San Francisco de Borja, connue dans le monde sous le nom de Jacoba Martínez García, née à Tarazona en 1877, aînée de trois enfants, était la benjamine d'une fratrie de onze, dont huit moururent en bas âge. Parmi les survivants figuraient un prêtre et deux carmélites du même couvent. Au moment de son martyre, elle avait déjà consacré de nombreuses années à la vie religieuse, vécu des journées qui se ressemblaient étrangement et accompli d'innombrables actes de fidélité restés dans l'ombre. Car la sainteté exige souvent de la persévérance ; tout ne se résout pas dans un élan d'enthousiasme initial. Certaines vertus ne s'acquièrent qu'après des décennies de répétition des mêmes actes d'amour : après avoir assisté aux matines malgré la fatigue ; après avoir accepté la correction ou persévéré dans la prière quand l'âme est insensible ; après avoir soutenu sa vocation même lorsqu'elle a perdu toute nouveauté. Le sang de María Pilar n'était pas le fruit d'un acte héroïque improvisé, mais le dernier trait d'une vie écrite lentement. Dans ses conversations avec sa communauté, elle avait exprimé sa vision du martyre : si cette heure arrivait, disait-elle, ils chanteraient « Cœur Saint, tu régneras ». Le règne du Christ n'était pas pour elle un slogan politique ni une formule de circonstance, mais la certitude que son Cœur transpercé triompherait précisément là où tout semblerait l'anéantir. Elle ne put chanter cet hymne lorsqu'elle fut blessée par balle ; elle cria plus fort encore : « Vive le Christ Roi ! Mon Dieu, pardonne-leur ! » Grièvement blessée, elle s'effondra dans la rue. Lorsqu'ils s'aperçurent qu'elle était encore en vie, ils lui tirèrent une seconde fois dessus et la poignardèrent. Un garde parvint à la conduire d'abord à une pharmacie, puis à la Croix-Rouge, et enfin à l'hôpital provincial. Là, elle mourut en tenant un crucifix et en répétant son pardon pour ceux qui l'avaient brisée. Une interprétation politique de ce martyre est-elle possible ? Admettons-le : on pourrait crier « Vive le Christ Roi ! » avec une certaine exaltation, mais seule la grâce permet d'ajouter : « Pardonne-leur. » Le Royaume proclamé par María Pilar était unique au monde : son Roi portait une couronne d'épines, son trône était une croix, sa victoire résidait dans l'amour, là où la haine semblait détenir toutes les armes. María Pilar ne mourut pas en maudissant, mais en intercédant pour l'Espagne ; non pas en réclamant le châtiment, mais la miséricorde. Bien qu'ils aient brisé son corps, ils ne purent insuffler la haine dans son cœur. Là réside le véritable triomphe du martyr : non seulement endurer la violence, mais empêcher qu'elle ne s'empare de lui de l'intérieur.

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  • La France devient le premier pays européen à interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans.

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    De Solène Tadié pour EWTN News via le CWR :

    La France devient le premier pays européen à interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans.

    Le Parlement français a adopté définitivement le 21 juillet une loi interdisant aux enfants de moins de 15 ans d'accéder aux réseaux sociaux, faisant de la France le premier pays d'Europe à inscrire une telle restriction dans sa législation nationale.

    Cette mesure est l'aboutissement d'une campagne menée par le président Emmanuel Macron depuis 2017, au cours de laquelle il a dénoncé l'anonymat sur les réseaux sociaux comme une porte ouverte aux abus en ligne.

    La loi, présentée comme une mesure de protection de l'enfance contre tous les risques associés à l'utilisation des médias sociaux, de la dépendance au harcèlement et aux abus, a également ravivé les inquiétudes concernant le renforcement du contrôle gouvernemental sur les internautes, car les exigences de vérification de l'âge — destinées à cibler les mineurs — impliquent des contrôles d'identité pour tous.

    « La France fait figure de pionnière en Europe en devenant le premier pays à instaurer un “âge numérique de la majorité” afin de mieux protéger nos enfants en ligne », a déclaré Anne Le Hénanff, ministre déléguée à la souveraineté numérique, à l’issue du vote.

    Le Sénat a adopté le projet de loi de compromis par un vote de 243 contre 2, et l'Assemblée nationale a fait de même quelques heures plus tard, ouvrant la voie à la signature du texte par Macron, sous réserve de l'examen du Conseil constitutionnel.

    La principale disposition du projet de loi interdit aux mineurs de moins de 15 ans d'accéder à « un service de réseau social en ligne ». Les principales plateformes telles que Facebook, Instagram, TikTok et Snapchat devraient être concernées par cette interdiction, même si les législateurs n'ont pas défini la portée exacte de celle-ci.

    Wikipédia et les autres encyclopédies en ligne, ainsi que les logiciels libres et les plateformes éducatives, sont expressément exemptés. Il incombe aux plateformes elles-mêmes de vérifier l'âge des utilisateurs ; elles doivent proposer au moins deux méthodes de vérification différentes.

    L’application de ces mesures se déroulera en deux étapes. Les nouveaux comptes feront l’objet d’un contrôle d’âge à compter du 1er septembre, tandis que les comptes existants appartenant à des mineurs de moins de 15 ans auront jusqu’au 1er janvier 2027 pour être suspendus.

    La loi étend également l'interdiction des smartphones déjà en vigueur dans les collèges français aux lycées à partir de la rentrée scolaire 2026.

    La décision de la France fait d'elle le premier État membre de l'UE à instaurer un âge minimum général pour les réseaux sociaux, même si elle suit l'Australie, qui a imposé un âge minimum de 16 ans en décembre 2025.

    Selon des responsables, une coalition d'une quinzaine de pays européens serait intéressée par l'adoption d'une norme similaire. Jean-Yves Le Hénanff a confirmé que la Grèce était prête à transposer le modèle français, et que l'Espagne devrait suivre cet automne.

    La Commission européenne développe par ailleurs son propre outil de vérification de l'âge à l'échelle de l'UE, qui devrait être mis à la disposition des États membres d'ici la fin de l'année.

    Selon le modèle adopté par la France – fondé sur le principe du « double anonymat » inscrit dans le règlement européen sur les services numériques, principal texte législatif de l'UE encadrant les plateformes en ligne – un tiers de confiance vérifie l'âge de l'utilisateur à partir d'une pièce d'identité ou d'une carte bancaire et délivre un jeton anonyme confirmant uniquement si l'utilisateur a plus ou moins de 15 ans, sans révéler son identité ni la plateforme ayant effectué la vérification. Jean-Yves Hénanff présente ce système comme un moyen d'éviter la collecte de données par les plateformes elles-mêmes. Cependant, les critiques estiment que sa mise en œuvre est bien moins sûre que ne le laissent entendre les autorités.

    La crainte sous-jacente est que cette mesure de protection de l'enfance puisse se transformer en un mécanisme plus large de vérification et de suivi de l'identité des internautes en général. Les opposants à la loi affirment que les modalités de vérification de l'âge restent largement floues à peine un mois avant son entrée en vigueur.

    Ils soulignent également les récents cas de violations massives de données personnelles au sein des agences gouvernementales comme motif de prudence quant à la centralisation des données de vérification de l'âge ou de l'identité.

    La Quadrature du Net, principale organisation française de défense des droits numériques, et le Conseil national du numérique, organe consultatif officiel du gouvernement, ont tous deux averti que la loi équivalait à ce qu'ils ont qualifié de « surveillance généralisée déguisée en protection de l'enfance ».

    Le Centre européen pour le droit et la justice soutient dans le même esprit que la France et la Commission européenne militent chacune de leur côté pour généraliser les contrôles d'identité dans toute l'UE sous couvert de politique de sécurité en ligne.

    Plusieurs organisations de défense des droits numériques prépareraient des recours distincts devant le Conseil d'État français et la Cour de justice de l'Union européenne, arguant que la loi viole les principes de liberté d'expression et de proportionnalité.

    Pour l'instant, tous les regards sont tournés vers l'Australie, le seul pays ayant déjà mis en place une interdiction comparable.

    Une première analyse des données d'une enquête menée auprès d'environ 400 jeunes utilisateurs des médias sociaux, publiée dans le BMJ le 24 juin, a révélé peu de preuves que la loi australienne sur l'âge minimum d'utilisation des médias sociaux ait entraîné une baisse significative de l'utilisation des médias sociaux chez les adolescents au cours de ses trois premiers mois d'application – bien que les chercheurs aient souligné que les effets législatifs peuvent prendre du temps à apparaître et aient appelé à une évaluation à plus long terme.

    Une analyse complémentaire a révélé qu'environ 85 % des Australiens âgés de 12 à 15 ans utilisaient encore des plateformes restreintes, les solutions de contournement les plus courantes étant les faux comptes et les navigateurs privés.