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Politique

  • Patients « fatigués de vivre », simplement âgés ou atteints d’un trouble psychiatrique : face à la détresse, la Belgique propose l’euthanasie comme seule « solution raisonnable »

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    De gènéthique.org :

    Patients « fatigués de vivre », simplement âgés ou atteints d’un trouble psychiatrique : face à la détresse, la Belgique propose l’euthanasie comme seule « solution raisonnable »

    6 octobre 2026

    En 2024 comme en 2025, cette Commission de « contrôle » n’a transmis aucun dossier à la justice. « Dans de rares cas, les déclarations ont été acceptées par la Commission bien que l’un ou l’autre point de procédure n’ait pas été suivi à la lettre, précise-t-elle, mais en s’assurant à chaque fois du respect absolu des conditions essentielles de la loi ». Dans ces situations, les médecins concernés ont « systématiquement » reçu une « lettre didactique », poursuit la Commission qui rappelle qu’elle avait « invité le législateur à ne pas prévoir de sanction pénale pour l’éventuel non-respect d’une condition de procédure ou de forme ».

    3,8% des décès en Belgique

    Sur les deux années analysées dans le rapport, la Commission recense 8478 « dossiers reçus », ce qui représente 3,8% des décès survenus en Belgique, soit une augmentation de 14,5% depuis l’année 2023.

    Même si la plupart des patients étaient âgés de plus de 70 ans au moment de leur euthanasie, 111 avaient moins de 40 ans et 2 étaient même mineurs (cf. Eva, 16 ans : une euthanasie et 5 organes prélevés).

    La part prise par les décès qui n’étaient « pas attendus à brève échéance »[1] est plus que significative : elle atteint 24,2% quand elle n’était que de 10% en 2010. Ces décès « augmentent en volume, principalement en lien avec des polypathologies[2] ».

    L’augmentation fulgurante des « polypathologies »

    En effet, bien que les cancers restent la première pathologie motivant une demande d’euthanasie (51,8% des cas), les polypathologies représentent 28,3% des euthanasies. Leur hausse est frappante : en passant de 1070 à 1327 entre 2024 et 2025, elles ont enregistré une croissance de 24% et représentent 57% des euthanasies pratiquées lorsque le décès n’est pas attendu à brève échéance (cf. Euthanasies en hausse, augmentation des « polypathologies » : la Commission de contrôle belge rend son rapport bisannuel).

    Or, comme le reconnait la Commission, « chez les patients qui ne décéderont pas à brève échéance », selon toute logique, les polypathologies incriminées ne mettent pas la vie du demandeur en danger. Il s’agissait « plus souvent d’affections évolutives généralement non vitales ». « La proportion élevée de patients présentant des maladies du système ostéoarticulaire et des muscles était remarquable, précise le rapport : 61% souffraient d’une polyarthrose douloureuse, accompagnée ou non d’ostéoporose, de fractures par tassement et de troubles de la marche. En outre, 35% présentaient des maladies neurologiques, souvent des séquelles de thromboses cérébrales. Des troubles visuels allant jusqu’à la cécité étaient présents chez 28%, des troubles auditifs allant jusqu’à la surdité totale chez 23%, et des syndromes démentiels chez 14% des patients. »

    Des patients « fatigués de vivre »

    « Les documents d’enregistrement font régulièrement état de fatigue de vivre », relève la Commission. « En pratique, il n’est pas toujours aisé de déterminer si la fatigue de vivre est primaire ou secondaire à l’affection dont souffre le patient et son influence sur la demande d’euthanasie du patient, reconnait-elle. On remarque qu’elle est fréquemment évoquée par des patients atteints de polypathologie, y compris lorsque celle-ci ne met pas directement leur vie en danger et que le décès n’est pas attendu à brève échéance. » Mais « ce n’est que si la fatigue de vivre trouve son origine dans la polypathologie que la demande d’euthanasie peut être évaluée favorablement ».

    Le rapport évoque l’exemple d’un dossier de patient. « Il s’agissait d’une personne octogénaire présentant une polypathologie grave et incurable. La situation médicale se caractérisait par une détérioration fonctionnelle marquée, avec notamment une altération de la motricité fine, une instabilité à la marche, des vertiges, une tendance aux chutes, des douleurs neuropathiques exprimées et une dépendance croissante aux soins. » En somme un ensemble de troubles fréquemment associés à la vieillesse requalifiée en « polypathologie grave et incurable ».

    « Dans ce contexte, la lassitude de vivre apparaissait également comme une composante centrale de sa souffrance, affirme le rapport. Celle-ci résultait d’un long processus de dégradation physique, de perte d’autonomie, de diminution de la qualité de vie et d’épuisement existentiel croissant, lequel persistait malgré un suivi psychiatrique et un traitement antidépresseur. » N’est-ce pas malheureusement la situation de nombreuses personnes âgées ?

    Pourtant le dossier fait état de la « conclusion » du patient : « l’euthanasie constituait « la seule manière d’échapper à sa déchéance progressive et incurable » ». Doublée de celle, sans appel, des médecins, qui estimaient sa souffrance comme « réfractaire et sans issue ». Face à un tel verdict, comment résister à l’« épuisement existentiel » ?

    Des patients psychiatriques souvent jeunes

    Le rapport recense encore 133 euthanasies pour « syndromes démentiels ». « Les euthanasies concernant des patients inconscients[3] ayant fait une déclaration anticipée restent exceptionnelles » (moins de 1%) et « ont même tendance à diminuer ». La Commission avance une explication probable : le champ d’application « très restrictif » de la déclaration anticipée (cf. Belgique : vers l’euthanasie de personnes conscientes mais « incapables de décider par et pour elles-mêmes » ?).

    Un nombre non négligeable d’euthanasies (129, 1,5% du total) a en outre été pratiqué en arguant d’affections psychiatriques : 45 pour dépressions sévères récidivantes ou encore 17 en raison d’un trouble de la personnalité (cf. « Ils m’ont montré que je pouvais servir à quelque chose » : Romain, 25 ans, renonce à l’euthanasie). Ce type d’euthanasie est en augmentation, il est passé de 55 en 2024 à 74 en 2025.

    « L’euthanasie chez les patients souffrant d’une affection psychiatrique reste un exercice d’équilibre délicat entre, d’une part, la difficile appréciation de la résistance thérapeutique et la question du caractère ou non épuisé des traitements pertinents et, d’autre part, l’importance de la souffrance du patient qui, malgré un traitement de longue durée, ne perçoit plus aucune perspective », estime la Commission (cf. Euthanasie pour trouble psychique : aux Pays-Bas et au Canada, des psychiatres sonnent l’alerte). Or pour cette catégorie de patients, la répartition par âge est sensiblement différente : « 29% des patients psychiatriques avaient moins de 40 ans et 10% moins de 25 ans ». Et, dans cette catégorie d’âge, « il s’agissait de troubles de l’humeur, de troubles névrotiques liés au stress, de troubles du comportement et de troubles du spectre de l’autisme » (cf. Autiste et suicidaire, un Belge de 26 ans demande l’euthanasie « surtout pour ses parents »). Donc sans lien avec une éventuelle situation de fin de vie.

    Toujours quelques « euthanasies en duo »

    Le rapport de la Commission d’évaluation dénombre par ailleurs 6 « euthanasies en duo » en 2024, et 7 en 2025. « Les médecins ne sont pas obligés de le signaler », précise l’instance. Aussi, ce nombre pourrait être sous-estimé. Mais pour la Commission de contrôle, « comme ces cas sont inférieurs à 10 par an, il n’est guère souhaitable d’entrer dans les détails » (cf. Euthanasie « en duo » : il met fin à ses jours, elle, « entourée », change d’avis).

    Face à l’avalanche des dossiers, la Commission appelle à « sortir d’un fonctionnement sous tension », tout en recommandant « d’améliorer la disponibilité des produits utilisés pour les euthanasies » et « d’en réduire le coût ».

    Car il ne saurait être question de remettre en cause cette pratique, présentée désormais comme une « option de fin de vie » au même titre que les . Et même quand le patient n’est pas en fin de vie.

    Lorsqu’elle détaille sa « mission », la Commission explique vérifier – qu’entre autres conditions – « le médecin et son patient partagent la conviction qu’il n’y a aucune autre solution raisonnable à sa situation ». Face à la souffrance, à la fragilité, l’abandon serait-il la seule « solution raisonnable » ?

    ___________________

    [1] Lorsque « le décès n’est pas attendu dans les semaines ou les mois qui viennent ». On notera le caractère flou de la définition. Il revient au médecin de décider de quelle catégorie relève son patient et d’adapter la procédure en fonction.

    [2] Selon le rapport de la Commission, il s’agit de l’« association de maladies évolutives et non améliorables, entraînant une perte d’autonomie croissante (parfois jusqu’à une défaillance d’organes) : certaines affections mettent la vie en danger, tandis que d’autres altèrent principalement la qualité de vie ».

    [3] « coma irréversible ou état végétatif persistant »

  • Les Frères Musulmans, « sève vitale de l'islamisme mondial » (la Petite Feuille Verte)

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    D'Annie Laurent sur la Petite Feuile Verte (n°113, octobre 2026) :

    LES FRÈRES MUSULMANS, « SÈVE VITALE DE L’ISLAMISME MONDIAL »

     

    Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans (photo Commons Wikipédia)

    Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans (photo Commons Wikipédia)

    Après avoir exposé les circonstances contemporaines qui ont produit l’émergence d’une distinction entre les termes « islam » et « islamisme », ce dernier mot étant désormais appliqué à la dimension idéologique de la religion musulmane (cf. PFV n° 112), il convient d’en examiner les étapes historiques, les fondements doctrinaux et leur mise en œuvre. 

    Notons d’abord que l’islamisme n’est pas uniforme. D’une part, il se développe au sein des deux principales branches de l’islam (sunnisme et chiisme) avec des particularités propres à chacune d’elles ; d’autre part, il se répartit en plusieurs écoles (avec des noms variés) qui rivalisent entre elles ou s’entraident pour atteindre l’objectif qui leur est commun : le triomphe universel de l’islam. 

    L‘Europe n’est donc pas exclue de ce programme qui s’y impose sous l’influence principale des Frères musulmans (FM), « la sève vitale de l’islamisme mondial » selon Zidane Meriboute, docteur en relations internationales, cité par Alexandre Del Valle et Emmanuel Razavi dans leur livre Le projet (éd. L’Artilleur, 2019, p. 21). Ces spécialistes sont rejoints dans leur recherche par l’anthropologue Florence Bergeaud-Blacker, également auteur d’un ouvrage de référence, Le frérisme et ses réseaux, l’enquête (éd. Odile Jacob, 2023), titre qui évoque l’universalisme des FM.

     

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  • France : « Tout est spirituel »

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    D'Emmanuel Tourpe sur Facebook :

    « Tout est spirituel » : cela me paraît plus profond pour comprendre la France d’aujourd’hui que le célèbre « tout est politique » de Gramsci. Je ne parle même pas ici de religion mais je prends spirituel en son sens natif : ce qui relève de l’esprit, et non de l’extériorité de l’histoire.

    Nous avons devant les yeux dans la même semaine, touchant la même génération, deux images exactes d’une lutte spirituelle intense dans l’âme française. Presque un tableau de Jérôme Bosch ou un chapitre de Dante: le chaos du cœur ou l’élévation des âmes. La géhenne des haines et des frustrations face au surmontement des peurs individuelles et au choix de voir le tout du destin commun. Il n’y a pas deux France qu’on pourrait opposer dans l’actualité médiatique : mais un conflit en nous tous, chez chacun de nous, dans nos cœurs français. Nous portons ces deux France en nous-mêmes.

    Stade de France il y a une semaine : un idéal, comme tous les idéaux forcément un peu embelli voir fantasmé, donnant le sens de l’histoire passée pour ressourcer l’avenir. Une semaine après - wesh : un désordre monumental, né d’un empilement de revendications assez vagues, de reprises ultra gauchistes, de vrais casseurs et de violences de tous bords. Chaque image d’émeute ou lycée brûlé renforçant les votes extrémistes.

    Cette France prise entre deux anges - Danielou parlait à raison jadis de la réalité des « Anges des nations » - c’est une guerre intime, profondément spirituelle avant d’être politique. Cette France de 2026 au bord du gouffre, guettée par les hedge funds rapaces, à deux doigts de la faillite comme de l’anarchie ou la tyrannie, c’est nous.

    C’est nous pris dans les tentations et les grands désirs. Le bon et le mauvais ange. C’est l’histoire d’une âme française qui est au désert, tentée par l’avoir sans effort, le pouvoir immérité et la gloire sans talent. C’est un défi spirituel que vit la France tout entière : devant l’énormité du monde qui vient, entre déclassement occidental, vieillissement brutal, démographie nulle, assimilation ratée, dette ingérable, polarisations partout, individualisme forcené, l’âme française est acculée à un choix intérieur plus que politique. « Une sorte de sérieux sans pitié, de force brutale, le développement intérieur qu’il faut pour s’affronter à l’énorme - tout ce qui est exigé ici c est j’en ai peur ce qu’il n’a pas. Le temps du déclin rend toujours triste » (Guardini, Lettre du lac de Côme.)

    C’est un défi qui est lancé à chacun de nous devant le danger réel désormais de la chute. Le déclin n’est pas certain : son risque l’est absolument. Devant les échéances présidentielles qui s approchent c’est bien à une retraite intérieure que chaque français est invité : devant les forces en présence, qu’est ce donc que je choisis entre les valeurs possibles ? L’individu dans ses frustrations et ses capitulations ou le ressort du plus haut, du meilleur ? Depuis des années nous n’avons plus su choisir ; or tout ange est terrible et appelle une décision. Il impose soit un renoncement aux petitesses, soit un abaissement de toute noblesse.

    En dézoomant des émeutes on voit une France qui continue à vouloir que les choses se calment, que la justice se pose, que le dialogue s’installe et que surtout par un effort collectif on prenne au sérieux les enjeux profondément spirituels du chaos politique et de ce que nous pouvons encore lui opposer. Ignace appelle ce temps de recul une « élection ».

    Faisons élection avant les urnes : quelles valeurs voulons nous et non pas quels intérêts défendre ? Quelle transformation intérieure, quelle humanité, quelle citoyenneté régénérée - ou dégénérée, c’est un possible - voulons-nous ? C’est un choix profondément moral et qui concerne chacun autant que tous. Les civilisations sont mortelles, la France est mortelle : ou bien peut suivre l’Ange du meilleur, du ressaut, du sursaut, de la paix collective et du bien commun.

    Dans ces conditions, et alors seulement, « le seul véritable homme politique sera celui qui comprendra les forces en présence et les formes génératrices d’ordre en tenant compte de leur rapport réciproque, qui les sentira et sera capable de les faire jouer » (Guardini, Lettres du Lac de Côme).
  • La révolution française inachevée du pape Léon

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    De Robert Royal sur The Catholic Thing :

    La révolution française inachevée du pape Léon

    5 octobre 2026

    Les foules immenses qui se sont rassemblées pour accueillir le pape Léon partout en France ont surpris tout le monde – et pas le moins, hélas, les évêques français. Espérons que sa visite aura des effets encore plus grands. Mais à peine quelques jours plus tard, la France est en proie à des émeutes et des incendies généralisés, que l’on présente à tort comme des « troubles étudiants », alors qu’il s’agit en réalité d’une opération d’extrême gauche avec des collaborateurs islamistes. Dans le message que le pape a lu lors de sa réception par le président français Emmanuel Macron, Léon a proposé ce que l’on ne peut appeler autrement que des « corrections » aux trois termes (liberté, égalité, fraternité) qui ont marqué la Révolution française. C’était un geste audacieux, mais il doit l’être encore davantage pour remédier à ce qui afflige la France et une grande partie de l’Occident.

    Si l’on nous le demandait (on ne retient pas son souffle), on dirait que Léon ferait bien d’aller beaucoup plus loin et de faire de cela un projet pour tout son pontificat. Car, comme le bienheureux Fulton Sheen – lui aussi récemment dans l’actualité – l’avait déjà vu dans son livre de 1938 Liberty, Equality, and Fraternity, sous ces mots apparemment simples et bons, des développements pervers ont surgi dès le début.

    Les révolutionnaires français ont commencé par utiliser la guillotine et d’autres instruments de terreur de masse contre les figures religieuses, puis – comme la nuit suit le jour chez ceux que la politique rend radicalement fous – les uns contre les autres.

    Cela ne s’est pas arrêté là. Dans les premières années du XXe siècle, un gouvernement socialiste radical sous Émile Combes a pris possession de toutes les cathédrales, monastères, couvents, sanctuaires et autres édifices religieux de France, a fermé 10 000 écoles religieuses et a contraint de nombreux prêtres et religieux à l’exil. Dans certains récits, on présente cela simplement comme la « séparation de l’Église et de l’État » en France. Mais, comme le grand Charles Péguy l’a dit, c’était en réalité une trahison de ce que le socialisme français lui-même prétendait – un plus grand respect pour les êtres humains qu’auparavant – en persécutant, en somme, les gens « pour avoir dit leurs prières ».

    Et aujourd’hui, comme Léon l’a souligné, l’interprétation « humaniste » des trois idéaux a conduit, entre autres maux, à la monstruosité de l’avortement inscrit dans la Constitution française comme un droit fondamental et à l’euphémisme orwellien de « droit de mourir » (c’est-à-dire la médication létale).

    Pour mémoire, partout où l’avortement – le meurtre délibéré de la vie humaine dans le ventre – est confondu avec la « liberté » et érigé en droit fondamental, nous nous plaçons au même niveau moral que le pire de l’histoire humaine : Cananéens, Ammonites, Aztèques, Soviétiques, maoïstes, Khmers rouges, et bien d’autres. Pas d’égalité ni de fraternité pour ces innocents à naître que nous tuons, année après année, en nombres bien plus grands que les monstres historiques.

    Fulton Sheen comprenait déjà, il y a des décennies, que de telles choses découlent de fausses notions de « liberté ». Les Pères fondateurs américains, eux aussi, mettaient en garde contre la « licence », cette fausse croyance selon laquelle la liberté consiste à faire tout ce que l’on veut. Sheen : « Le libéralisme a détruit la liberté en dispensant l’individu de ses responsabilités sociales ; le communisme et le fascisme détruisent la liberté en asservissant l’individu à la volonté d’un dictateur. »

    La vraie liberté, affirmait Sheen, s’apparente au juste milieu d’Aristote (et de l’Église) : non pas simplement quelque chose à mi-chemin entre les deux, mais un « et… et » qui est tout autre chose que l’un ou l’autre.

    De même, l’« égalité » au sens moderne détaché se transforme inévitablement en ce que nos gourous de la DEI appellent « équité », où les individus ne sont plus simplement traités de manière égale, mais où les industrieux et les paresseux, les vertueux et les vicieux, une « race » ou un groupe ou un autre, doivent être rendus statistiquement égaux par la tyrannie d’État et l’ostracisme social.

    Le remède réside dans la juste compréhension de la « fraternité » – la fraternité et la sororité telles que Dieu les a voulues, et non les substituts idéologiques : citoyen, tovaritch, compañero, les « woke » – qui aiderait aussi à corriger les notions modernes erronées de liberté et d’égalité.

    Léon l’a formulé ainsi à la France moderne :

    « Que votre liberté grandisse dans le souci constant du bien commun. Que votre fraternité embrasse toute la famille humaine. Et que l’égalité à laquelle vous aspirez soit toujours bâtie sur les fondements de la justice et de la charité – non pas en effaçant les différences entre les personnes, mais en leur permettant de s’épanouir harmonieusement pour le bien de la société tout entière. »

    C’est un bon début, mais ce n’est pas suffisant. Certaines des choses que Léon a déjà mises en avant dans son pontificat – une immigration de masse encore plus importante, moins de « peur de l’islam », la résistance à l’« extrême droite » (c’est-à-dire aux réactions populistes face au désordre social et à la violence), et un christianisme « désarmé et désarmant » – jouent le jeu des forces qui détruisent le bien commun.

    Il était sur un terrain plus solide en affirmant que l’égalité doit être établie non pas seulement sur la charité – et une charité qui n’a pas été réduite à de la simple gentillesse et à l’évitement des conflits – mais sur la justice. La vraie justice implique inévitablement une juste appréciation de la vérité – sur le monde, l’homme et Dieu. Les substituts idéalistes ou idéologiques à la vérité ont un bilan terrifiant. Et pas seulement en France.

    Il y a une meilleure voie.

    Un journaliste a demandé au pape, lors de la conférence de presse en vol (une pratique périlleuse que le Vatican ferait bien de suspendre), s’il n’avait pas empiété sur le terrain politique en France. Il a hésité un instant, puis a retrouvé ses marques, affirmant que s’il peut y avoir une juste séparation de l’Église et de l’État, les groupes religieux, comme les non-religieux, ont le droit de parler de politique.

    Et d’ailleurs : « Je suis venu avant tout pour prêcher l’Évangile, pour prêcher la Bonne Nouvelle, pour réaffirmer ce que Jésus-Christ Lui-même dit lorsqu’Il dit “Je suis le chemin, la vérité et la vie”, pour dire la vérité que Jésus nous offre… Donc, je dirais, si c’est de la politique, je l’ai fait, mais ce n’était pas pour m’immiscer dans la politique française. C’était pour enseigner ce que l’Église croit vraiment. »

    Certains progressistes français ont exprimé leur « crainte » face à l’enthousiasme suscité par la visite du pape ; d’autres ont déploré le pouvoir que l’Église catholique possède encore d’attirer les masses. En vérité, la plupart des paroles du pape ont été applaudies parce qu’elles étaient compatibles, trop compatibles, avec la compréhension libérale actuelle de la vie humaine et de la société.

    Mais il y avait une différence – la différence que fait le Christ. Et même sous une forme encore en développement, elle surpasse tout le reste.

  • Tragédie éthiopienne

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    De Stephan Baier sur le Tagespost :

    Tragédie éthiopienne

    La guerre est de retour en Éthiopie, mais l’Occident ignore largement un conflit aux multiples facettes qui a déjà coûté la vie à des centaines de milliers de personnes et forcé des millions d’autres à fuir leur foyer.

    L’Éthiopie sombre dans le sang et les larmes. Bien en dessous du seuil de perception d’une opinion publique mondiale submergée chaque jour par les nouvelles choquantes provenant des fronts d’Ukraine et du Moyen-Orient, une guerre ethnique fait rage dans l’un des plus anciens pays chrétiens du monde, sans fin en vue. Au moins 600 000 personnes ont été tuées entre novembre 2020 et les deux années qui ont suivi, dans la [guerre civile] entre l’armée éthiopienne et le « Front de libération du peuple du Tigré » (TPLF) ; des millions d’autres ont été contraintes à la fuite.

    À présent, les combats flambent à nouveau. Et ils sont attisés de l’extérieur. L’Érythrée voisine, dirigée de manière dictatoriale, autrefois une province de l’Empire éthiopien et devenue indépendante en 1993 après des décennies de guerre, soutient le TPLF séparatiste. Les relations diplomatiques entre les États voisins s’effondrent en ces jours ; le Soudan s’en mêle également. Plus dramatique encore : l’État éthiopien tout entier menace de s’effondrer. Le chef du gouvernement éthiopien Abiy Ahmed, récompensé en 2019 – non seulement trop tôt, mais probablement à tort – par le prix Nobel de la paix, en porte une part de responsabilité. Depuis des années, il a lui-même attisé les tensions ethniques au lieu de les apaiser.

    À présent, la désintégration de l’État menace

    Tandis que le monde regarde, fasciné, le danger russe et le chaos au Moyen-Orient, s’effondre en Afrique le seul État qui, historiquement, a toujours su résister aux empiètements colonialistes. La résilience de l’Éthiopie reposait autrefois sur la [foi chrétienne] et la forte position de l’Église orthodoxe éthiopienne, sur la maison impériale traditionnelle et sur une conscience identitaire supranationale qui unissait cet État multiethnique. Depuis le putsch militaire de gauche contre la monarchie en 1974, tout cela a commencé à vaciller. À présent, les tensions ethniques menacent de plonger le pays dans une guerre civile sans fin.

    Comme si souvent en ce siècle, l’Occident néglige également dans ce cas une poudrière qui pourrait déclencher, bien au-delà de ses propres frontières, la guerre et des déplacements massifs de populations. La crise intérieure de l’Éthiopie plonge toute l’Afrique de l’Est dans la turbulence ; un effondrement de l’État, lui, déploierait ses ondes de choc bien au-delà.

  • Les faux apôtres : comment Poutine et Kirill vendent de fausses « valeurs traditionnelles » à la droite européenne 

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    De Massimo Introvigne sur Bitter Winter :

    Les faux apôtres : comment Poutine et Kirill vendent de fausses « valeurs traditionnelles » à la droite européenne 

    2 octobre 2026

    Une famille politique connue pour sa défense de la vie, de la famille et de la souveraineté nationale a organisé une conférence à Bruxelles pour dénoncer la propagande russe visant les conservateurs.

    L'événement intitulé « La Russie, fausse défenseure des valeurs traditionnelles », organisé en septembre au Parlement européen, n'était pas la première critique de la propagande russe au sein de l'Union européenne. Mais son importance était manifeste, compte tenu de son organisateur : le Groupe des conservateurs et réformistes européens, dont les principaux partis sont Fratelli d'Italia (Italie), dirigé par la Première ministre Giorgia Meloni, et Droit et Justice (Pologne), dirigé par Jarosław Kaczyński. Ces partis fondent leur identité sur les valeurs pro-vie, pro-famille et de souveraineté nationale, et leur décision d'organiser une réunion sur l'influence russe sur les conservateurs européens constituait en elle-même un message politique. Ils souhaitaient démontrer que le discours de Moscou sur la défense de la famille et de la foi n'est qu'une façade, et que l'attrait du Kremlin, au-delà des clivages politiques, repose en grande partie sur l'action de l'Église orthodoxe russe.

    La conférence a réuni des députés européens, d'anciens chefs du renseignement, des diplomates et des spécialistes des opérations d'influence russes. Leurs discussions ont porté sur un paradoxe : la Russie parvient à rallier des sympathisants à gauche comme à droite grâce à des récits contradictoires qui servent pourtant le même objectif stratégique. À gauche, Moscou se présente comme anti-OTAN, anti-occidentale et héritière du mythe soviétique de l'héroïsme antifasciste. Ce mythe trouve encore un écho à gauche, et le souvenir de la Guerre patriotique conserve une forte intensité émotionnelle. À droite, la Russie promeut l'image d'un pays défendant la famille et la tradition contre un Occident décadent. 

    Les organisateurs ont insisté sur le caractère trompeur de cette image et ont affirmé que le comportement de la Russie, tant sur le plan intérieur qu'international, révèle une attitude incompatible avec un véritable conservatisme moral. Ils ont notamment évoqué la situation en Ukraine occupée et des données démographiques qui contredisent la rhétorique de Moscou. Le taux d'avortements légaux est de 314 pour 1 000 naissances en Russie, contre 188 dans l'Union européenne, un chiffre qui remet en cause la prétention du Kremlin à la tête du camp pro-vie.

    Ces mensonges flagrants sont crédibilisés par les efforts de l'Église orthodoxe russe, dont la présence au sein de l'Union européenne s'accroît – pour des raisons politiques, car elle n'y compte pas plus de membres aujourd'hui qu'avant le début de l'agression contre l'Ukraine.

    Une étude présentée lors de la conférence a cartographié la présence des structures de l'Église orthodoxe russe au sein de l'Union européenne. Plus de six cents entités liées au Patriarcat de Moscou sont actives dans l'UE. À titre de comparaison, l'aumônerie de l'Église orthodoxe d'Ukraine compte environ vingt-cinq communautés. L'étude décrit comment les paroisses orthodoxes russes adaptent leur communication publique aux attentes locales, évitant parfois toute référence explicite à Moscou, tout en maintenant des liens ecclésiastiques qui demeurent invisibles pour le profane. La vie religieuse devient ainsi un canal discret de diffusion des récits, alors même que d'autres voies se restreignent.

    Des orateurs du Parlement européen ont abordé la dimension idéologique de ce phénomène. Un eurodéputé letton a déclaré que la Russie instrumentalise les valeurs à des fins politiques et que sa rhétorique masque l'absence de principes authentiques. Un eurodéputé polonais a évoqué le concept historique de Moscou comme « Troisième Rome » et a soutenu que le modèle admiré par le Kremlin évoque une grandeur autoritaire plutôt qu'une autorité spirituelle.

    Andis Kudors, chercheur à l'Université de Lettonie, a exploré les fondements historiques et idéologiques des relations entre l'État russe et l'Église, retraçant l'évolution du concept de Troisième Rome et sa transformation en la notion moderne de Monde russe. Son ouvrage récent, « La diplomatie publique de l'Église orthodoxe russe en temps de guerre en Ukraine : la construction du Monde russe », publié chez Routledge en 2026, examine comment la diplomatie publique de l'Église en temps de guerre a contribué à la construction de cette vision du monde dans le contexte du conflit ukrainien.

    Les participants ukrainiens ont exhorté les institutions européennes à accorder une plus grande attention aux activités des structures liées à l'Église orthodoxe russe. Ils ont proposé de renforcer le contrôle des sanctions existantes, d'accroître la transparence du financement des organisations religieuses et para-religieuses et d'instaurer des normes obligeant les communautés à divulguer leur juridiction ecclésiastique réelle. De telles mesures permettraient aux citoyens de savoir à quel centre religieux appartient une paroisse, même lorsque sa présentation publique semble adaptée aux sensibilités locales. Ils ont également encouragé le soutien aux missions d'aumônerie ukrainiennes, aux écoles du dimanche et aux centres communautaires à travers l'Europe, faisant valoir que ces initiatives favorisent la résilience et la continuité culturelle.

    Les discussions à Bruxelles ont dressé le portrait d'un paysage où l'influence ne se limite pas aux voies officielles ou aux médias traditionnels. Elle peut s'exercer à travers les sermons, les événements culturels et les réseaux communautaires qui, à première vue, semblent apolitiques. Le message politique de la conférence était clair : la rhétorique morale russe est un instrument stratégique, et l'Église orthodoxe russe joue un rôle central pour rendre ce discours crédible auprès d'un public de tous horizons idéologiques. 

    Les organisateurs souhaitaient démontrer que la défense des valeurs traditionnelles exige de dénoncer ceux qui les instrumentalisent à des fins géopolitiques. L'eurodéputé polonais Mariusz Kamiński a souligné la conclusion suivante : « La Russie de Poutine veut se présenter au monde comme la Troisième Rome. Or, le modèle auquel adhère le Kremlin est fondamentalement celui du Troisième Reich. »


    Massimo Introvigne  (né le 14 juin 1955 à Rome) est un sociologue italien des religions. Il est le fondateur et directeur du Centre d'études sur les nouvelles religions ( CESNUR ), un réseau international de chercheurs qui étudient les nouveaux mouvements religieux. Introvigne est l'auteur d'une soixantaine d'ouvrages et de plus d'une centaine d'articles en sociologie des religions. Il a été le principal auteur de l'  Enciclopedia delle religioni in Italia  (Encyclopédie des religions en Italie). Il est membre du comité de rédaction de l'  Interdisciplinary Journal of Research on Religion et du comité de direction de la revue  Nova Religio , publiée par les Presses universitaires de Pennsylvanie .  Du 5 janvier au 31 décembre 2011, il a été le « Représentant chargé de la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, et plus particulièrement contre la discrimination à l’encontre des chrétiens et des membres d’autres religions » auprès de l’  Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe  (OSCE). De 2012 à 2015, il a présidé l’Observatoire de la liberté religieuse, institué par le ministère italien des Affaires étrangères afin de suivre les atteintes à la liberté religieuse dans le monde.

  • Avortement dans la Constitution belge :  derrière le symbole, quels enjeux pour notre société ? (IEB)

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    Du site de l'Institut Européen de Bioéthique :

    Avortement dans la Constitution belge : 

    derrière le symbole, quels enjeux pour notre société ?   

    En Belgique, plusieurs députés proposent d’inscrire un droit à l’avortement dans la Constitution. Le récent revirement aux Etats-Unis et la variété des législations en la matière en Europe les conduisent à affirmer que l’accès à cette pratique est aujourd’hui menacé. Quelles en seraient les conséquences juridiques et éthiques ?

    Une question essentielle nous interpelle : est-il possible de concilier un tel droit fondamental à l’avortement avec la responsabilité de l’État et de la société de protéger le droit à la vie de tout être humain ?

    Loin d’être une revendication symbolique, l’avortement est un enjeu de société qui appelle une vraie réponse d’humanité.

    NOTE DE DECRYPTAGE : FOCUS 

     

    Avortement - Constitution

    Lire la note de décryptage

    VIDEO : 

    Résumé des enjeux 

    Avortement dans la Constitution

    Je soutiens !

  • Pourquoi le vénérable Robert Schuman demeure une figure centrale de l'héritage catholique européen

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    D'Andrea Gagliarducci sur le NCR :

    Pourquoi le vénérable Robert Schuman demeure une figure centrale de l'héritage catholique européen

    ANALYSE : Schuman — qui a vécu et est aujourd’hui enterré à Metz — n’était pas seulement un homme politique extraordinaire, mais aussi un visionnaire.
    Robert Schuman assiste à la première séance de l'Assemblée parlementaire européenne à Strasbourg le 19 mars 1958. (Photo : Auteur inconnu, CC0, via Wikimedia Commons)
    Robert Schuman assiste à la première séance de l'Assemblée parlementaire européenne à Strasbourg le 19 mars 1958. (Photo : Auteur inconnu, CC0, via Wikimedia Commons)

    Léon XIV termina son voyage en France non pas en visitant les institutions politiques européennes, comme on aurait pu l'imaginer lors de la conception du voyage, mais en rendant hommage à l'homme qui les avait prévues : le vénérable Robert Schuman.

    Lors de sa visite, le 28 septembre, à Metz, ville française décrite par Léon comme « un carrefour au cœur du continent », le pape a évoqué l’héritage de Schuman, considéré comme l’un des « pères fondateurs » de l’Europe moderne.

    C’est Schuman, avec sa célèbre déclaration de 1950, qui a jeté les bases de ce qui allait devenir l’Union européenne quelques décennies plus tard. L’idée était de « rendre la guerre impossible » en favorisant la coopération entre les peuples et en rassemblant des nations historiquement ennemies, comme la France et l’Allemagne. Français d’origine, Schuman avait grandi en Allemagne avant de retourner en France ; il comprenait donc comment les frontières pouvaient engendrer des conflits lorsque les nations ne collaboraient pas pour défendre un intérêt commun.

    « Robert Schuman, qui a vécu une époque de frontières mouvantes, a contribué à jeter les bases d'une Europe consciente de l'urgence d'abattre les murs qui la divisaient », a déclaré Leo dans son discours. « Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l'égalité, sans distinction de race ni de classe sociale, et la dignité du travail. »

    Schuman, qui a vécu et repose désormais à Metz, n'était pas seulement un homme politique hors du commun, mais aussi un visionnaire. Il était avant tout un catholique fervent, dont la vie fut si exemplaire qu'un procès en béatification est en cours. Depuis 2021, ses vertus héroïques sont reconnues, et Schuman est donc vénérable. Si un miracle est reconnu, il sera proclamé bienheureux.

    Mais pourquoi Schuman est-il envisagé pour la canonisation ? Le décret du Dicastère pour les causes des saints explique dans une brève biographie publiée sur son site internet qu’« il considérait son engagement politique comme une obéissance à la volonté de Dieu. La foi a nourri et soutenu son engagement en faveur d’une Europe unie et réconciliée. »

    Au moment où Schuman rédigea sa déclaration, l'unité de l'Europe — alors en proie à des conflits mondiaux pendant une grande partie du XXe siècle — exigeait nécessairement la réconciliation. Selon le site web du dicastère, « Schuman respectait pleinement la laïcité de l'État, mais il n'a jamais consenti à agir contre sa conscience, formée dans l'obéissance aux commandements de Dieu et aux lois de l'Église. »

    Le professeur Edoardo Zin, postulateur de la cause de béatification de Robert Schuman, a consacré de nombreuses études à la pensée de l'homme d'État français.

    Zin a déclaré au Register que la cause de béatification de Schuman avait été initiée à la demande de chrétiens laïcs, pour la plupart des collaborateurs, amis et connaissances vivants de Schuman.

    Zin a indiqué que le diocèse de Metz avait transmis au Dicastère pour les causes des saints un rapport de 250 kilos de documents et de plus de 15 000 pages contenant des discours, des interventions dans les deux chambres et des comptes rendus de conférences tenues dans le monde entier. En 2021, le « Père de l’Europe », comme l’a décrit Zin, a été déclaré « Vénérable ».

    Pour attester des vertus héroïques d'un bienheureux potentiel, il est également nécessaire d'évaluer sa vie de foi.

    « Schuman a vécu la politique comme un chemin vers la sainteté », a déclaré Zin, tandis que « sa foi était animée par un élan missionnaire qui anticipait l’esprit du Concile : elle était nourrie par la Parole de Dieu et la liturgie. »

    « Il percevait la présence de Dieu dans l’histoire humaine et reconnaissait en chaque personne une destinée, avec ses droits et sa dignité. Il était convaincu que les hommes politiques sont appelés à coopérer librement à ce plan divin et à sa réalisation. »

    Selon Zin, les idées politiques de Schuman étaient assurément inspirées par la foi catholique. En 1950, Schuman a négocié un accord entre l'Allemagne et la France sur la production d'acier et de carbone afin de rendre la guerre « impensable » entre les pays européens après les ravages de la Seconde Guerre mondiale. Cet accord a été annoncé dans la célèbre « déclaration Schuman », qui a donné naissance à ce qui allait devenir l'Union européenne.

    « Imaginez un peu », souligne le chercheur, « son geste spectaculaire d'être le premier à tendre la main à son ancien ennemi, en tant que ministre d'un pays victorieux de la Seconde Guerre mondiale, et à demander pardon et réconciliation avant d'entamer le processus d'intégration européenne. »

    Mais quel était le projet européen pour cet homme d’État ? « Schuman », explique Zin, « voyait la Communauté européenne (comme on l’appelait alors) non seulement comme une communauté économique ou une entité militaire, mais aussi comme une communauté spirituelle et culturelle. »

    Cette vision a également trouvé un écho dans le discours prononcé par Léon XIV au Centre de conférences « Robert Schuman » de Metz.

    Pour le pape, visiter le pays natal de Schuman était une manière d'approfondir le thème de l'Europe, et notamment ses racines chrétiennes.

    Le Saint-Père a reçu une invitation ouverte pour se rendre au Parlement européen à Strasbourg, comme l'avait fait le pape François en 2014. Cette visite, qui aurait lieu au printemps prochain selon certaines rumeurs, constituera une nouvelle étape dans la réalisation de la vision de Schuman pour une Europe unie.

  • A Bruxelles : des soins palliatifs à bout de souffle

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    Une synthèse de presse de gènéthique.org :

    Bruxelles : des soins palliatifs à bout de souffle

    29 septembre 2026

    En région bruxelloise, « l’explosion du nombre de demandes de prise en charge, le sous-financement chronique des équipes de soins, les défaillances du système global de santé et la politique d’austérité budgétaire minent gravement le fonctionnement des associations » qui assurent des à domicile.

    Des besoins en forte croissance

    « Aujourd’hui, on parle de soins palliatifs précoces et intégrés. Précoces, parce qu’ils peuvent être entamés dès le diagnostic de la maladie incurable, et intégrés, parce qu’ils ne sont pas en opposition avec les soins curatifs, comme on l’entend parfois », explique Céline Van der Cam, directrice de la Palliative and Continuing Care Federation of Brussels.

    En outre, le suivi s’étend aux maladies chroniques auxquels s’ajoutent les patients gériatriques. « Bien qu’ils ne soient pas atteints d’une pathologie incurable, ils présentent de multiples fragilités et entrent désormais dans le champ des soins palliatifs », indique la directrice de la fédération.

    Des lits qui « coûtent cher » et « rapportent peu »

    A Bruxelles, pour l’ensemble du réseau hospitalier, seule une soixantaine de lits palliatifs est disponible. « Les lits de soins palliatifs coûtent très cher, davantage que les lits de soins aigus, en raison de la norme de personnel qui y est attachée : 1,5 équivalent temps plein par lit », précise Céline Van der Cam.

    « Or, s’ils coûtent cher, ces lits rapportent peu, car en fin de vie, les actes techniques qui génèrent des revenus pour l’hôpital ne sont plus pratiqués s’ils ne procurent pas de confort supplémentaire au patient », souligne-t-elle.

    « Faute de moyens suffisants, le nombre de patients qui n’ont pas pu être assistés a augmenté de 210% entre 2024 et 2025 »

    Ainsi, « faute de moyens suffisants, le nombre de patients qui n’ont pas pu être assistés a augmenté de 210% entre 2024 et 2025. Et la tendance s’amplifie malheureusement en 2026 », déplore la directrice. « Pour les équipes de soignants, c’est un crève-cœur, confie-t-elle. Leur travail consiste à accompagner les patients et leurs proches le mieux et le plus rapidement possible. Or, même en déployant une énergie folle, ils n’y arrivent plus. » La conséquence : « des patients sont mis de côté ».

    Céline Van der Cam interpelle : « Plutôt que comme une dépense, le financement des soins palliatifs à domicile devrait être vu par les pouvoirs publics avant tout comme un investissement, susceptible d’épargner beaucoup d’argent à la sécurité sociale, par exemple en limitant les hospitalisations sauvages ou les soins techniques qui ne sont plus nécessaires ». « Les soins palliatifs, c’est un véritable win-win, tant pour les soignants, qui peuvent travailler de manière plus sereine, que pour le patient et sa famille, qui sont pris en charge correctement et à temps, avec un vrai projet thérapeutique permettant d’éviter les situations d’urgence catastrophiques. »

    Source de la synthèse de presse : Paris Match, Frédéric Loore (27/09/2026)

  • Les évêques américains lancent le Mois du respect de la vie

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    D' sur Tribune Chrétienne :

    30 septembre 2026

    « Respect Life Month »: « Ces atteintes à la dignité humaine exigent notre réponse » , les évêques américains lancent le Mois du respect de la vie

    @americanbishops
    @americanbishops
    La Conférence des évêques catholiques des États-Unis alerte sur les risques médicaux, l’isolement des femmes et les possibilités d’exploitation liés à l’accès croissant à l’avortement médicamenteux

    À la veille du mois d’octobre, traditionnellement consacré par l’Église catholique aux États-Unis au respect de la vie humaine, les évêques américains entendent placer la question de l’avortement médicamenteux au cœur de leur mobilisation. Le communiqué publié mardi 29 septembre par la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) reprend l’appel de Mgr Daniel E. Thomas, président de la Commission pour les activités pro-vie. Son propos ne se limite pas à rappeler l’opposition de l’Église à l’avortement. Il attire l’attention sur les conséquences concrètes de la diffusion croissante des pilules abortives et appelle les catholiques à unir prière, réflexion et action.

    « Aujourd’hui, avec un accès facilité aux pilules abortives, le taux d’avortement augmente tragiquement, tout comme les risques pour la santé », déclare Mgr Thomas. L’évêque insiste particulièrement sur la solitude dans laquelle peuvent se retrouver les femmes ayant recours à l’avortement médicamenteux. « Cela signifie que davantage de femmes, dont beaucoup ont été mal informées sur la nature et les risques de la pilule abortive, avorteront seules à leur domicile, sans aucune supervision médicale. »Cette inquiétude est complétée par une dimension moins souvent évoquée dans le débat sur l’avortement médicamenteux. Mgr Thomas estime que cette facilité d’accès crée également « des possibilités supplémentaires d’exploitation par des partenaires violents ou des trafiquants d’êtres humains ».

    Sa conclusion est sans ambiguïté : « Ces atteintes à la dignité humaine exigent notre réponse. »

    Cette formulation éclaire le sens de l’intervention de l’épiscopat américain. La question de l’avortement n’est pas abordée uniquement sous l’angle d’un débat politique ou juridique, mais à partir d’un principe central de l’enseignement catholique : la dignité intrinsèque de toute personne humaine. La protection de l’enfant à naître ne peut dès lors être séparée de l’attention portée à la mère. L’une des préoccupations exprimées par Mgr Thomas concerne précisément le risque d’un avortement vécu dans l’isolement, sans accompagnement médical direct et parfois dans un contexte de pression ou de violence. La défense catholique de la vie ne consiste donc pas seulement à s’opposer à l’avortement. Elle engage également à entourer les femmes enceintes, à les accompagner dans les situations de détresse et à défendre la dignité de la mère comme celle de l’enfant qu’elle porte.

    « Mary, Mother of Life »

    Le « Respect Life Month » est observé chaque mois d’octobre par l’Église catholique aux États-Unis depuis 1973. Pour 2026, le thème retenu est « Mary, Mother of Life », « Marie, Mère de la Vie ». Ce choix donne à la mobilisation une dimension explicitement spirituelle. Mgr Thomas ne présente pas la défense de la vie comme une campagne uniquement militante. Il la replace dans la prière et sous le regard de la Vierge Marie.« Notre Sainte Mère est notre modèle pour défendre le caractère sacré de toute vie humaine, à chaque étape et en toute circonstance. Nous confions tous nos efforts pour protéger les mères et les enfants à sa sollicitude maternelle, dont nous avons grandement besoin en ce moment. »

    La référence à la Vierge Marie rappelle que la doctrine catholique sur la vie ne se résume pas à une interdiction. Elle s’enracine dans l’accueil de la vie comme un don et dans la reconnaissance de la dignité de toute personne humaine, particulièrement lorsqu’elle est vulnérable et dépendante.

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  • L'évêque Varden plaide pour une approche équilibrée de l'immigration et de l'identité nationale

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    L'évêque Varden plaide pour une approche équilibrée de l'immigration et de l'identité nationale

    Un évêque norvégien met en garde contre le purisme ethnique et l'hostilité envers les étrangers, tout en soulignant le devoir des migrants de respecter le patrimoine et les lois de leurs pays d'adoption.

    L’évêque Erik Varden a plaidé pour une approche équilibrée de l’immigration, qui rejette l’idée de considérer chaque étranger comme un ennemi, souvent sur la base de la « pureté ethnique », tout en rappelant aux immigrants qu’ils ont des « devoirs solennels envers leur pays d’adoption ».

    Dans un discours prononcé le 22 septembre devant l'assemblée plénière d'automne de la Conférence des évêques nordiques, l'évêque de Trondheim a observé que le populisme actuel découle des incertitudes et des défis nationaux et mondiaux actuels — des guerres, des « phénomènes météorologiques extrêmes » et d'une crise énergétique, aux réfugiés, aux préoccupations concernant l'IA et à un « tissu social qui se déchire ».

    L'évêque Varden, qui a dirigé les exercices spirituels de Carême du pape Léon XIV pour la Curie romaine plus tôt cette année, a noté que le mot « populiste » est apparu pour la première fois à la fin du XIXe siècle et qu'il découlait d'un sentiment parmi le « peuple » — la majorité de la population d'un pays qui le fait fonctionner — que leurs voix « étaient ignorées par une élite lointaine » et qu'ils se sentaient donc « privés de leurs droits et laissés dans l'ignorance ».

    Dans un tel monde d’« incertitude » et d’aliénation, il est « normal » que les citoyens se tournent vers leur nation, leur peuple , pour trouver la stabilité, a-t-il déclaré, ajoutant que les « cris de protestation » sont « naturels, voire salutaires ». Ce qui unit une nation, a-t-il ajouté, c’est un « sentiment d’origine commune et d’un but partagé ».

    Mais il a mis en garde contre une nation « cherchant la cohérence dans des racines réelles ou imaginaires, en idolâtrant, par exemple, la chimère de la pureté ethnique », ajoutant que cela conduit à l’étroitesse d’esprit, à l’arrogance, au culte des ancêtres et à l’idolâtrie.

    Il a condamné « la rhétorique absurde et vulgaire de ce qu'on appelle la "politique identitaire" », avertissant que « la sauvegarde de la "pureté" nationale » finit par vilipender quiconque « ne correspond pas aux critères étroits d'appartenance ». Ce type de politique, a-t-il déclaré, « se nourrit de ressentiment » et n'offre souvent que peu de « vision constructive et de stratégie réaliste ».

    Il a déclaré qu’au contraire, « nous devons regarder simultanément en arrière et vers l’avenir », en construisant des nations « accueillantes, en préservant notre patrimoine, tout en restant prêts à absorber les richesses artistiques, scientifiques et culturelles apportées par les nouveaux membres ».

    Il a rappelé à son auditoire que les chrétiens ont le devoir d’aider les nécessiteux, « d’ouvrir leurs portes aux sans-abri, de partager leurs richesses matérielles avec les pauvres ». Si les nations veulent protéger leur héritage chrétien, a-t-il ajouté, elles doivent avant tout « maintenir vivante une haute tradition de charité chrétienne ».

    Mais il a également souligné l'importance pour les immigrants de rendre la pareille à l'accueil et à la générosité dont ils bénéficient de la part des pays d'accueil. Citant le Catéchisme de l'Église catholique ( 2241 ), il a déclaré qu'ils ont des « devoirs solennels » envers leur pays d'adoption et qu'ils sont « tenus de respecter avec gratitude le patrimoine matériel et spirituel du pays qui les reçoit, d'obéir à ses lois et de contribuer aux devoirs civiques ».

    Le défi pour les chrétiens, a-t-il poursuivi, est donc de concilier deux tâches : « promouvoir l’unité et le caractère national, menacés à une époque imprégnée de médias mondiaux et bombardée par la publicité du commerce mondial ; tout en prenant soin avec bienveillance des nécessiteux et des étrangers. »

    Pour aider les décideurs politiques à atteindre ce « délicat équilibre », il s'est appuyé sur la Règle de saint Benoît, qui exige que tous les hôtes des monastères soient reçus « comme s'ils étaient le Christ lui-même », mais que si l'hôte souhaite rester et faire du monastère sa demeure, ses motivations doivent être mises à l'épreuve, ce qui requiert leur « générosité et leur détermination ».

    « C’est ainsi que saint Benoît a permis à ses abbayes d’être des lieux marqués par une forte identité communautaire, tout en restant accueillants envers tous, prêts à aider quiconque dans le besoin », a déclaré l’évêque Varden.

    Tout en reconnaissant que la Règle ne peut être appliquée avec précision à l'État-nation, le prélat norvégien estime qu'une « double perspective » peut potentiellement orienter les politiques publiques. Il a toutefois souligné que les citoyens des pays d'accueil doivent également assumer leurs propres responsabilités avant d'appliquer les préceptes de saint Benoît à autrui, ajoutant que c'est un point que « de nombreux manifestes populistes omettent de mentionner ».

    Soulignant la baisse des taux de natalité dans les pays nordiques – une tendance qui touche également la plupart des pays occidentaux –, il a déclaré que sans migrants, « nos services, nos industries et nos systèmes de protection sociale s’effondreraient ». Il a ajouté que ce constat devrait inciter les citoyens des pays d’accueil à l’humilité et à la gratitude envers les immigrants, et les encourager à redoubler d’efforts pour consolider la famille et promouvoir une culture de vie.

    Les catholiques, concluait-il, sont « particulièrement bien préparés » à supporter cette tension, car être catholique signifie nourrir deux loyautés à la fois : un véritable attachement à son lieu, à son peuple et à sa tradition, et un engagement envers l'Église universelle, qui embrasse toutes les nations, tous les temps, et même la mort et l'éternité.

    « La recherche de son identité implique un engagement constant dans un processus de transformation intérieure », a conclu l’évêque Varden. « Si nous vivons selon ces principes et si nous apprenons aux autres à faire de même, cette période d’angoisse pourrait se révéler être un temps de conversion et de grâce, une formidable opportunité de bien. »

    Bien que son discours ait omis de mentionner explicitement l'immigration clandestine ou les préoccupations relatives aux effets de la culture islamique sur les pays d'accueil, les propos de l'évêque Varden sont perçus comme une intervention rare de la hiérarchie de l'Église, souvent critiquée pour privilégier les politiques d'ouverture des frontières et les droits des immigrants au détriment du devoir des gouvernements de gérer les frontières afin de préserver le bien commun.

  • Du gauchisme à la tradition : le retour à Rome d'un jeune juriste

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    De diakonos.be :

    Du gauchisme à la tradition : le retour à Rome d'un jeune juriste

    Ancien militant progressiste devenu juriste à Rome, essayiste et poète, Luigi Trisolino, né le 11 octobre 1989, incarne un parcours intellectuel hors norme. Alors que la Belgique et l'Europe du Nord traversent une crise d'identité et de repères, ce converti de 35 ans livre en exclusivité pour Diakonos.be un entretien sans filtre. Bioéthique, combat contre la sécularisation, critique du centre mou et défense du droit naturel : un regard romain tranchant, adressé directement à une jeunesse en quête d'enracinement et d'espérance.

    *

    Maître Trisolino, vous naviguez professionnellement entre les arcanes de la bureaucratie romaine et la rigueur du droit public, tout en cultivant la sensibilité du poète et la radicalité du converti. Ne serait-ce pas la définition parfaite d'un équilibriste… ou d'un incorrigible romantique qui cherche encore des lois immuables dans un monde qui change d'avis toutes les cinq minutes ?

    — « N’est ce pas avec la même ardeur laborieuse que les fourmis transportent les grains de sable, déplacent des carcasses d'insectes et creusent la terre ? Et les aigles ne dominent-ils pas les hauteurs avec la même force ailée, qu’ils construisent leurs nids au sommet des montagnes ou qu'ils y rapportent des proies pour nourrir leurs petits ? Dès lors, quelque soit le contexte ou le matériau à concevoir, façonner ou transporter — qu'il soit juridique, journalistique, poétique, politique ou théologique —, je demeure le même homme, mû et éclairé par la même conversion au Christ dans la tradition pétrinienne.

    Mon secret pour préserver mon intégrité, sans devoir faire le grand écart ni tomber dans le romantisme, c'est de rester hors de ma zone de confort. En premier lieu intérieurement, par rapport à moi-même, en veillant chrétiennement tel un guetteur pour me tenir prêt, au cas où je devrais affronter davantage d’inconfort encore à l'extérieur, par exemple politiquement, au milieu des autres. Ma conversion a été un long chemin de croix. Mais en luttant, à mon échelle, contre les idéologies mondialistes du genre et du wokisme, je commence déjà à déranger ces progressistes dont mes convictions catholiques m'ont définitivement éloigné.

    Mais j'espère être une source constructive d’inconfort, notamment parmi ces conservateurs fatigués qui, dans leurs discours et leurs actions socioculturelles, se confondent désormais pratiquement avec les figures de cette antichambre du progressisme qu’est devenu le centre mou. Même ma poésie dérange quand elle aborde des thèmes sociaux. C'est qu'elle tranche avec ces poètes aliénés qui alternent entre démission politique et postures civiques de façade, soumis au discours progressiste dominant, au matérialisme et à un néo-pacifisme de circonstance.

    Journalistes et juristes ne sont pas en reste dans ce processus d'auto-destruction intellectuelle et de liquidation des consciences qui s’ensuit. Pour un converti nourri de la tradition catholique, riche de talents qu'il se doit de fructifier, l'engagement doit être total : une présence énergique, déployée partout où il est possible de rendre témoignage. Aujourd'hui, seuls les faux prophètes font consensus. Ce sont eux qu'il nous faut combattre, en affirmant la nécessité vitale, humaine et politique d’enraciner nos identités, nos lois et nos traités dans le droit naturel le plus accompli : celui issu de nos racines chrétiennes.

    Qu'est-ce qui, dans votre parcours de juriste plongé au quotidien dans la rationalité des institutions publiques à Rome, a ouvert la brèche vers la conversion au catholicisme ? La foi a‑t-elle été pour vous une rupture ou l'aboutissement logique d'une quête de vérité ?

    — J’ai pris la réalité à bras le corps pour la regarder en face, dépouillé des filtres relativistes de mon ancien milieu. Et la réalité cette, dans ce qu’elle a de plus essentiel, a accueilli celui qui tentait de la contourner. En dépassant le juridisme qui étouffe si souvent l'État de droit, je me suis également affranchi des fables sur l’être humain que le marxisme néo-trotskyste et le progressisme libéral m’avaient inculqué. La simple curiosité intellectuelle du dilettante sur l’être humain ne me suffisait plus ; je me suis donc engagé dans une quête authentique de la vérité.

    De mon adolescence jusqu'à mes 34 – 35 ans, je n'ai cessé en effet d'explorer différentes chapelles et systèmes de pensée, tel un Ulysse avide de connaître le moindre des îlots le séparant d'Ithaque, sa véritable patrie. Devant la réalité des changements sociétaux, à l’époque du Christ comme aujourd’hui, certaines valeurs naturelles restent non négociables. Je l’ai toujours su mais je m’obstinais à vouloir tout concilier, aveuglé par des lectures dévoyées de la laïcité, de la fraternité et de la diversité culturelle.

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