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Politique

  • Est-il miséricordieux de violer la dignité fondamentale de la personne humaine en mettant fin à sa vie ?

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    De Fionn Shiner sur Crux Now :

    L’euthanasie d’un enfant néerlandais de presque deux ans est un exemple de « miséricorde » utilisée pour justifier des actes contestables, déclare un cardinal à Crux Now.

    L’euthanasie récente d’un enfant de près de deux ans aux Pays-Bas montre que l’idée de miséricorde est « souvent utilisée de nos jours pour justifier des actions éthiquement discutables », a déclaré un cardinal néerlandais de haut rang.

    S'adressant à  Crux Now,  le cardinal Wim Eijk, président de la Conférence des évêques néerlandais et évêque de la Conférence chargé de l'éthique médicale, a expliqué que le cas de l'enfant handicapé euthanasié à la fin de l'année dernière montre que la miséricorde est mal comprise dans les cultures occidentales.

    « De nos jours, le mot « miséricordieux » est souvent utilisé pour justifier des actes moralement discutables. Mais est-il miséricordieux de violer la dignité fondamentale de la personne humaine en mettant fin à sa vie ? » a déclaré Eijk.

    « Ce qui relève véritablement de la miséricorde, c’est d’apporter des soins adéquats, en l’occurrence des soins palliatifs. Si les formes classiques de soins palliatifs s’avèrent insuffisantes pour réduire la souffrance à un niveau supportable, la sédation palliative peut constituer une solution », a-t-il ajouté.

    L'enfant est né prématurément à 26 semaines et a subi des lésions cérébrales ayant entraîné une paralysie cérébrale et une déficience visuelle. Il souffrait également de crises d'épilepsie, présentait une bronchiolite et souffrait d'insomnie.

    Ses parents et le médecin ont décidé de mettre fin à la vie de l'enfant, profitant d'une nouvelle législation néerlandaise autorisant l'euthanasie des mineurs, introduite en 2024. Le cas de cet enfant était le premier du genre.

    Plus tôt ce mois-ci, un comité d'examen néerlandais a conclu que l'affaire avait été « bien gérée », même si certains médecins impliqués n'étaient pas d'accord avec cette décision.

    Eijk a déclaré que cela montre que « beaucoup de gens dans la société occidentale préfèrent la mort à une vie avec un handicap ».

    « La société actuelle a plus de mal à accepter la souffrance et le handicap. Cela se manifeste notamment par la tendance, chez la plupart des gens, à considérer l'apparence parfaite comme l'idéal. Même en l'absence d'imperfections visibles, nombreux sont ceux qui ont recours à la chirurgie esthétique, alors qu'elle est en réalité inutile », a-t-il déclaré.

    Eijk a également déclaré qu'il existait d'autres moyens de soulager la souffrance et que, dans certains cas, il était licite de supprimer la conscience même si cela devait finalement entraîner la mort.

    « Si, malgré l’utilisation d’analgésiques et d’autres mesures visant à réduire les symptômes pénibles à un niveau tolérable, il peut être permis de supprimer la conscience en administrant des sédatifs, dans la mesure nécessaire pour rendre les symptômes supportables. Il peut parfois être nécessaire de supprimer complètement la conscience », a-t-il déclaré.

    « Dans ce cas, le patient ne s’alimentera ni ne s’hydratera, et finira par mourir. La mort n’est cependant pas l’intention première, mais un effet secondaire, justifiable faute d’autres traitements possibles », a expliqué Eijk. 

    L'intégralité de l'interview entre  Crux Now  et Eijk est disponible ci-dessous.

    Cet entretien a été raccourci.

    Question cruciale : Pourquoi pensez-vous que certaines personnes préfèrent la mort à une vie avec un handicap ?

    Eijk : Je pense que beaucoup de gens dans les sociétés occidentales préfèrent la mort à une vie handicapée. Jusque dans les années 1960, la plupart des gens étaient bien mieux armés pour faire face à la souffrance, à l’adversité, à la maladie et au handicap qu’aujourd’hui. La société actuelle est moins apte à gérer la souffrance et le handicap.

    Cela se manifeste très clairement dans la tendance actuelle de la plupart des gens à considérer l'apparence parfaite comme l'idéal. Même en l'absence d'imperfections visibles, nombreux sont ceux qui ont recours à la chirurgie esthétique, alors qu'elle est en réalité inutile. Dans ce contexte, il est extrêmement difficile d'accepter la maladie et le handicap, surtout lorsqu'aucun traitement n'est possible.

    De plus, le respect de la dignité inviolable de la vie humaine s'est érodé ces dernières décennies. Par conséquent, face à la maladie et au handicap, la décision de mettre fin à ses jours est souvent prise, car les personnes ne souhaitent plus être confrontées à de telles situations.

    Pourquoi les Pays-Bas font-ils partie des trois seuls pays à autoriser l'euthanasie pour les mineurs ?

    La loi néerlandaise sur l'euthanasie stipule que la vie des personnes souffrant de souffrances insupportables et désespérées peut être interrompue sous certaines conditions, à condition qu'elles le choisissent de leur plein gré. Cette loi s'applique donc dès l'âge de 12 ans.

    À partir de 18 ans, chacun peut décider lui-même si l'euthanasie doit être pratiquée sur lui. Entre 16 et 18 ans, la décision revient au jeune concerné, mais ses parents doivent être consultés.

    Entre 12 et 16 ans, ce sont les parents qui prennent la décision concernant l'euthanasie, mais le jeune concerné doit être consulté. 

    En outre, la législation néerlandaise autorise l'interruption tardive de grossesse, c'est-à-dire l'avortement à partir du moment où le fœtus est viable hors de l'utérus (ce qui est présumé être le cas à partir de la 24e semaine de gestation). Cette législation prévoit également l'interruption de grossesse chez les nouveau-nés jusqu'à l'âge d'un an.

    Il n'existait aucune législation encadrant l'euthanasie des enfants âgés de un à douze ans. Les pédiatres estimaient que, dans le cas de certains enfants souffrant de maladies graves et incurables, ils devraient pouvoir pratiquer l'euthanasie sans risquer de poursuites judiciaires. Ils ont donc exhorté les responsables politiques à légiférer en ce sens.

    En conséquence, une réglementation officielle concernant l'euthanasie des enfants âgés de un à douze ans a été introduite en 2024. Les enfants âgés de un à douze ans ne peuvent être considérés comme capables de décider de leur plein gré de mettre fin à leur vie.

    Dans leur cas, le médecin et les parents ont donc dû conclure qu'aucun traitement médical ne pouvait guérir la maladie ni soulager les souffrances, et que ces dernières n'étaient possibles qu'en mettant fin à la vie de l'enfant. Ils préfèrent, si possible, prendre cette décision en concertation avec lui.

    Toutefois, il est stipulé que les mesures mettant fin à la vie ne doivent pas être prises si l'enfant exprime le souhait de continuer à vivre.

    Que révèle un cas comme celui-ci sur la philosophie sous-jacente d'une culture ?

    Depuis les années 1960, époque où la prospérité a permis de vivre indépendamment des autres, la culture est devenue individualiste et, au fil des décennies, même hyper-individualiste. L'idéal éthique de cette culture est l'autonomie de l'individu.

    Au départ, cette autonomie signifiait qu'un individu ne devait pas être empêché d'agir à sa guise, sauf si cela nuisait à autrui. Progressivement, cet idéal a évolué, au point que l'autonomie en est venue à englober le fait d'être ce que l'on souhaitait être : homme, femme, personne non binaire, ou, par le biais de procédures de changement de sexe, appartenir aussi étroitement que possible au sexe opposé.

    Cette autonomie en est venue à signifier également que l'individu avait le droit, sous certaines conditions, de mettre fin à sa vie par euthanasie.

    De plus, une vision dualiste de l'humanité prévaut dans la culture actuelle. La conscience est considérée comme la véritable essence de l'être humain : le centre cérébral où résident la capacité de penser, l'aptitude à prendre des décisions autonomes et celle de nouer des relations humaines.

    Le corps, en quoi les êtres humains ne diffèrent pas du règne animal, est perçu comme secondaire, comme un moyen par lequel la personne humaine – c’est-à-dire la conscience – s’exprime. Si une personne acquiert la conviction que le corps, et donc la vie physique, a perdu toute valeur, elle peut choisir d’y renoncer et de mettre fin à ses jours.

    Objectivement parlant, l'être humain n'est ni seulement son corps, ni seulement son âme, mais bien l'âme et le corps. Le corps est une composante essentielle de la personne humaine. La suppression de son corps constitue donc une atteinte fondamentale à sa dignité inhérente.

    Les partisans de l'euthanasie diraient probablement que l'enfant souffrait atrocement et que, par conséquent, mettre fin à ses jours était un acte de miséricorde. Pourquoi l'Église enseigne-t-elle que ce raisonnement est dangereux ?

    Le mot « miséricordieux » est souvent employé de nos jours pour justifier des actes moralement discutables. Mais est-il miséricordieux de violer la dignité fondamentale de la personne humaine en mettant fin à sa vie ?

    Ce qui relève véritablement de la miséricorde, c'est d'apporter des soins adéquats, en l'occurrence des soins palliatifs. Si les formes classiques de soins palliatifs s'avèrent insuffisantes pour réduire la souffrance à un niveau supportable, la sédation palliative peut constituer une solution.

    Si, malgré l'utilisation d'analgésiques et d'autres mesures visant à réduire les symptômes pénibles à un niveau tolérable, il peut être permis de supprimer la conscience en administrant des sédatifs, dans la mesure nécessaire pour rendre les symptômes supportables. Il peut parfois être nécessaire de supprimer complètement la conscience.

    Dans ce cas, le patient cessera de s'alimenter et de s'hydrater, et finira par mourir. La mort n'est cependant pas l'intention première, mais un effet secondaire justifiable faute d'autres traitements.

    Quelles mesures concrètes l'Église peut-elle prendre pour enrayer la progression de l'euthanasie ?

    L’Église doit continuer de proclamer la dignité fondamentale de la vie à laquelle tout être humain, sans exception, a droit de la conception à la mort naturelle. Cela signifie que, selon la loi morale naturelle, la vie d’un être humain innocent est inviolable. Sur cette base, des actes tels que l’avortement, l’euthanasie et le suicide assisté sont, par essence, moralement répréhensibles.

    De plus, l’Église doit continuer à souligner l’importance de soins palliatifs adéquats. Les soins palliatifs, y compris la sédation palliative, rendent l’euthanasie inutile.

    Il est également important que l'Église continue de proclamer la spiritualité chrétienne de la souffrance, ce qui est généralement trop peu fait. Dans nos souffrances, comme le dit Jean-Paul II, nous pouvons découvrir un appel à suivre le Christ dans ses souffrances d'une manière particulière.

    Nous portons alors notre croix avec Jésus. Unis à lui dans sa souffrance et sur sa croix, nous pouvons puiser une grâce et une force particulières pour supporter nos propres souffrances. En réalité, c'est Jésus qui porte alors notre croix pour nous. 

    Pourquoi pensez-vous que l'Église a perdu le débat sur des questions telles que l'euthanasie et l'avortement dans le monde occidental ? Croyez-vous qu'il soit possible de reconquérir le terrain culturel ?

    Comme je l'ai dit en réponse à la deuxième question, depuis les années 1960, une culture hyper-individualiste a émergé, dont l'idéal éthique est l'autonomie de l'individu. Cette culture est réfractaire à une morale partagée par une communauté. L'Église est, par essence, une communauté de croyants, fondée par le Christ.

    Dans son message, l'Église défend une morale partagée par tous. L'hyper-individualiste, en revanche, n'est pas réceptif à une telle conviction morale commune.

    Une culture chrétienne peut-elle être rétablie, même en Occident ? Ces cinq ou six dernières années, nous avons constaté – notamment en France, mais aussi aux Pays-Bas et en Angleterre – une augmentation annuelle du nombre de jeunes souhaitant rejoindre l’Église.

    Il y a aussi de jeunes catholiques qui, bien que baptisés enfants, n'ont reçu aucune autre éducation religieuse et qui découvrent leur identité catholique. Ils décident ensuite de vivre en accord avec elle. Ils prennent conscience du vide de la culture actuelle.

    Cette culture ne propose aucun critère permettant de distinguer le vrai du faux, le bien du mal. C'est pourquoi ses habitants se mettent en quête de la vérité. Ils découvrent le Christ comme la vérité incarnée et son Église comme l'enseignante de cette vérité sur TikTok et autres réseaux sociaux.

    Ces jeunes croyants sont généralement enclins à adhérer pleinement à l'enseignement de l'Église, notamment en ce qui concerne le respect de la vie humaine. C'est un phénomène encourageant.

    Cela remet-il en cause la culture actuelle ? Non, mais cela sème les graines de ce que le pape Benoît XVI appelle une « minorité créative ». Un jour, lorsque la culture hyper-individualiste actuelle s’effondrera sous le poids de son propre vide, cette minorité pourra contribuer à l’émergence d’une nouvelle culture chrétienne. 

  • Léon XIV à Paris : une parole catholique qui ne s’excuse pas d’être catholique

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    Léon XIV à Paris : une parole catholique qui ne s’excuse pas d’être catholique

    Il y avait quelque chose d’assez inhabituel dans les paroles de Léon XIV à Paris : le pape n’a pas semblé éprouver le besoin de demander pardon au monde d’être catholique.

    Pas de christianisme réduit à quelques bons sentiments. Pas de foi transformée en simple supplément d’âme humanitaire. Pas de dilution du message chrétien dans le vocabulaire convenu du moment. Léon XIV a parlé au monde contemporain, mais il ne lui a pas abandonné, pour autant, les catégories propres de la foi catholique.

    C’est une distinction essentielle : dialoguer avec son époque ne signifie pas nécessairement lui donner raison sur tout. Écouter les interrogations du monde ne signifie pas que l’Église doive renoncer à ses propres réponses.

    Et c’est sans doute ce qui frappe le plus dans les paroles prononcées à Paris : sur plusieurs sujets décisifs — la vie humaine, la bioéthique, le droit international, la laïcité, l’éducation et la foi — Léon XIV a réaffirmé une vision de l’homme qui ne se confond pas avec les catégories dominantes de la culture contemporaine.

    La vie humaine : un droit qui précède tous les autres

    C’est probablement sur la question de la vie que le contraste apparaît avec le plus de netteté.

    Devant les autorités françaises, Léon XIV a déclaré que « la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain ». Il a également appelé à « accueillir la vie sans condition », à « soutenir la fragilité avec tendresse » et à défendre « ceux qui n’ont pas de voix ».

    La formule est capitale. Le pape ne place pas la vie parmi une liste de droits concurrents : il la présente comme le fondement des autres droits.

    Il faut être précis : dans ce discours, Léon XIV ne prononce pas explicitement le mot « avortement ». Mais le principe qu’il pose est sans ambiguïté : la vie humaine doit être accueillie et protégée sans condition.

    Cette affirmation entre nécessairement en tension avec l’évolution récente du droit français. Depuis mars 2024, la Constitution garantit à la femme une liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse.

    Il ne s’agit pas de prétendre que ces deux formulations répondent exactement à la même question juridique. Mais elles révèlent deux points de départ anthropologiques différents.

    D'un côté, la liberté de recourir à l'IVG est constitutionnellement garantie ; de l'autre, le pape rappelle que le droit à la vie constitue le fondement même de tous les autres droits.

    Derrière la controverse juridique se trouve donc une question beaucoup plus profonde : qu'est-ce qui doit être placé au premier plan lorsque la liberté d'une personne entre en tension avec la vie d'un autre être humain ?

    Léon XIV, lui, ne contourne pas la question.

    L’aide à mourir : quand la mort devient une réponse sociale

    Le contraste est encore plus direct concernant la fin de vie.

    La France a désormais institué un droit à l'aide à mourir dans certaines circonstances. Le dispositif permet, sous des conditions précises, le recours à une substance létale.

    Or, devant les autorités françaises, Léon XIV a dénoncé « l'offre d'une mort programmée ».

    La formule est particulièrement forte, précisément parce qu'elle intervient dans un pays qui vient de franchir une nouvelle étape législative sur cette question.

    Le pape pose ici une limite fondamentale : la souffrance humaine ne saurait transformer la mort provoquée en solution médicale ordinaire.

    Il ne s'agit pas simplement d'une divergence sur les garanties entourant l'aide à mourir. C'est une différence concernant la signification même du soin.

    La logique catholique consiste à accompagner la personne souffrante, à soulager sa douleur, à entourer sa fragilité et à ne jamais considérer que la dépendance ou la souffrance lui fait perdre sa dignité.

    Léon XIV parle précisément de « soutenir la fragilité avec tendresse ».

    La formule mérite d'être méditée dans une société où l'autonomie est devenue une valeur centrale. Car que devient la dignité lorsque l'homme n'est plus autonome ? Que vaut une vie lorsqu'elle est devenue entièrement dépendante des autres ?

    La réponse chrétienne est radicale : elle vaut toujours autant.

    La personne âgée, malade, handicapée ou mourante ne possède pas une dignité diminuée. Elle possède la même dignité humaine que lorsqu'elle était jeune, forte, autonome et productive.

    L’homme n’est pas une matière disponible

    Léon XIV élargit d'ailleurs son propos à d'autres questions bioéthiques : il évoque notamment « les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l'achat d'organes », auxquels il associe « l'offre d'une mort programmée ».

    Ce rapprochement révèle la cohérence de sa pensée.

    Dans tous ces domaines apparaît la même question : l'être humain peut-il devenir un objet disponible entre les mains de la technique, du marché ou de la volonté individuelle ?

    Ce qui est techniquement possible n'est pas nécessairement humainement souhaitable.

    La science donne à l'homme des possibilités extraordinaires. Mais elle ne lui fournit pas, à elle seule, le critère permettant de déterminer ce qu'il doit faire de ces possibilités.

    C'est précisément pourquoi Léon XIV rappelle la nécessité d'une conscience morale capable de discerner le bien.

    La liberté n’est pas l’unique mesure du bien

    On retrouve ici l'un des points fondamentaux du message pontifical.

    La culture contemporaine tend souvent à penser la dignité humaine à partir de l'autonomie : je suis libre, donc je dois pouvoir décider.

    Le christianisme part d'un autre principe : je suis une personne, donc ma dignité ne dépend pas de ma capacité à décider, à produire, à être autonome ou à exercer un contrôle sur ma propre existence.

    Cette différence explique une grande partie des tensions actuelles sur l'avortement, l'euthanasie, la procréation ou les manipulations génétiques.

    À Paris, Léon XIV n'a donc pas livré une simple critique circonstancielle de telle ou telle loi française. Il a placé devant la France une question beaucoup plus fondamentale :

    Jusqu'où une société peut-elle étendre le domaine de la liberté individuelle lorsqu'est en jeu la vie d'un autre être humain — l'enfant à naître — ou la vie de celui qui, devenu vulnérable, demande qu'on mette fin à ses souffrances ?

    Face à une culture qui tend à définir certains choix en termes de droits — droit à l'IVG, droit à l'aide à mourir — le pape rappelle un principe antérieur à ces droits : la vie humaine elle-même mérite protection, indépendamment de sa force, de son autonomie ou de son utilité.

    La laïcité n’est pas l’effacement du religieux

    Autre sujet particulièrement sensible en France : la laïcité.

    Léon XIV n'a évidemment pas réclamé un retour à une quelconque confusion entre l'Église et l'État. Mais il a rappelé devant les autorités françaises les « riches racines chrétiennes » de la France et la contribution du christianisme à son histoire intellectuelle, culturelle et spirituelle.

    Ce rappel est loin d'être anodin.

    La laïcité peut être comprise comme la neutralité de l'État à l'égard des religions et comme la garantie de la liberté de conscience. Elle ne devrait pas nécessairement signifier que les convictions religieuses doivent disparaître de l'espace public.

    La neutralité de l'État n'exige pas la neutralisation des croyants.

    Les catholiques sont des citoyens comme les autres. Ils ont donc le droit de participer au débat public à partir de leur foi, de leur conception de la personne humaine et de leur vision du bien commun.

    Léon XIV semble ainsi rappeler une distinction devenue essentielle : respecter la laïcité ne signifie pas renoncer à la vérité ; respecter la liberté de conscience ne signifie pas renoncer à annoncer l'Évangile.

    Une autre conception de l’éducation

    À l'UNESCO, le pape a prolongé cette réflexion sur le terrain de l'éducation.

    Face aux promesses de l'intelligence artificielle et du progrès technologique, il a rappelé que la machine peut établir des corrélations mais qu'elle ne peut répondre aux questions fondamentales concernant « le sens de la vie humaine ».

    Et cette formule particulièrement heureuse : « Le sens est l'oxygène de l'esprit. »

    Éduquer ne consiste donc pas seulement à transmettre des compétences, à préparer à un métier ou à apprendre à maîtriser les nouvelles technologies.

    Éduquer, c'est aussi apprendre à rechercher la vérité, à discerner le bien et à donner un sens à son existence.

    Léon XIV va jusqu'à affirmer que « la recherche de la vérité » est une question de « justice sociale ».

    Dans une époque où la vérité est souvent réduite à une opinion personnelle, cette affirmation n'est pas secondaire.

    Et surtout : annoncer le Christ

    Mais toutes ces questions — la vie, la dignité, la liberté, l'éducation, la paix, la société — ne constituent finalement que les conséquences d'une affirmation plus fondamentale.

    L'Église est là pour annoncer le Christ.

    Au Stade de France, devant des dizaines de milliers de jeunes, Léon XIV n'a pas présenté le christianisme comme une simple tradition culturelle française ou comme une source de valeurs humanistes parmi d'autres. Il leur a parlé de Jésus-Christ, de l'Esprit Saint, du salut, de l'espérance et de la vie éternelle.

    C'est peut-être là le véritable fil conducteur de son séjour parisien.

    À l'Élysée : la dignité de l'homme et le droit à la vie.

    À l'UNESCO : la vérité et le sens de l'existence.

    À Notre-Dame : la foi et l'espérance chrétiennes.

    Au Stade de France : le Christ et la vie éternelle.

    Tout se tient.

    Léon XIV semble rappeler que l'Église n'a pas seulement une histoire à conserver, des œuvres sociales à accomplir ou un patrimoine à défendre. Elle a une foi à transmettre et un Évangile à annoncer.

    Et c'est peut-être précisément ce qui donne à ses paroles leur tonalité particulière.

    Il ne s'agit pas d'une Église qui chercherait à être « moderne » en épousant les catégories du moment. Il s'agit d'une Église qui accepte de dialoguer avec le monde sans devenir le miroir du monde.

    Écouter sans se soumettre.
    Dialoguer sans se diluer.
    Respecter la laïcité sans accepter l'effacement du religieux.
    Défendre la liberté sans oublier les devoirs envers les plus vulnérables.
    Accompagner la souffrance sans faire de la mort une solution.
    Accueillir la modernité sans faire de la technique le critère ultime du bien.
    Et surtout, parler au monde du Christ sans avoir honte de parler comme l'Église.

    À Paris, Léon XIV n'a donc pas simplement commenté l'évolution de la société française.

    Il lui a proposé une autre conception de l'homme.

    Et c'est probablement là que se trouve la portée la plus profonde de son message : dans une société qui proclame de nouveaux droits, le pape rappelle qu'il existe quelque chose qui les précède tous — la dignité inviolable de la personne humaine et, avec elle, le droit à la vie.

    Une Église qui ne rougit pas de son message n'est pas nécessairement une Église fermée au monde.

    Elle peut être, au contraire, une Église qui a encore quelque chose à lui dire.

    (avec l'IA)

  • Fulton Sheen face au communisme : une réflexion qui conserve une singulière actualité

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    Fulton Sheen face au communisme : une réflexion qui conserve une singulière actualité

    Parmi les grandes figures catholiques américaines du XXe siècle, Fulton J. Sheen (1895-1979) occupe une place singulière. Évêque, prédicateur, écrivain et remarquable communicateur, il fut aussi l'un des adversaires les plus constants du communisme. Mais son anticommunisme ne se réduisait ni à une dénonciation politique de l'Union soviétique ni à une défense inconditionnelle du système occidental. Pour Sheen, le communisme posait une question beaucoup plus profonde : quelle conception de l'homme voulons-nous défendre ?

    C'est ce qui donne encore aujourd'hui un intérêt particulier à ses analyses.

    Le communisme, plus qu'un système économique

    Dans Communism and the Conscience of the West, publié en 1948, Sheen refuse de considérer l'affrontement entre communisme et Occident comme une simple opposition entre deux modèles économiques ou politiques.

    À ses yeux, le véritable conflit est d'abord spirituel et anthropologique. Le marxisme, en réduisant l'homme à ses conditions matérielles et historiques, tend à faire disparaître sa dimension spirituelle et transcendante. Si l'homme n'est plus une créature appelée à une destinée qui dépasse le monde présent, la société peut finir par se considérer elle-même comme l'ultime réalité.

    Le danger est alors que l'État, le parti ou l'idéologie prétende déterminer ce que l'homme doit penser, espérer et même désirer.

    Pour Sheen, le problème du communisme n'est donc pas seulement ce qu'il fait de la propriété ou de l'économie. Il est ce qu'il fait de la personne humaine.

    Mais Sheen ne disculpe pas l'Occident

    C'est probablement l'aspect le plus intéressant de sa pensée.

    Sheen ne disait pas : « Le communisme est mauvais, donc l'Occident est nécessairement bon. » Il soutenait au contraire que le communisme pouvait trouver un terrain favorable dans les faiblesses mêmes des sociétés occidentales.

    Il voyait dans le communisme à la fois un effet et un jugement porté sur l'Occident. Un effet, parce que certaines injustices sociales, certains égoïsmes et l'abandon des exigences chrétiennes pouvaient nourrir la contestation révolutionnaire. Un jugement, parce que le succès d'une idéologie matérialiste révélait aussi quelque chose de la crise spirituelle de sociétés qui se prétendaient chrétiennes.

    Cette remarque est essentielle pour comprendre Sheen. Son anticommunisme n'était pas un appel à défendre indistinctement tout ce qui existait en Occident. Il exigeait au contraire de l'Occident qu'il soit fidèle à ce qu'il prétendait être.

    On ne combat pas efficacement une idéologie matérialiste par un matérialisme concurrent.

    Le danger d'une société qui ne voit plus ce qui lui arrive

    Sheen s'intéressait particulièrement à un phénomène qui dépasse largement la question du communisme : la capacité d'une civilisation à devenir progressivement inconsciente de sa propre transformation.

    Une société peut, selon lui, perdre ses convictions fondamentales sans avoir le sentiment de les perdre. Les changements se produisent progressivement. Les mots changent de sens, les principes deviennent des opinions, les certitudes sont remplacées par des préférences et ce qui paraissait autrefois évident devient incompréhensible aux générations suivantes.

    L'homme ne se rend pas nécessairement compte qu'il abandonne une vision du monde : il croit simplement adopter une nouvelle manière de parler, de vivre ou d'organiser la société.

    C'est ici que la pensée de Sheen prend une résonance contemporaine.

    Il ne serait évidemment pas sérieux de prétendre que les sociétés occidentales actuelles sont devenues communistes au sens historique du terme. Le communisme soviétique, les régimes marxistes-léninistes et les sociétés occidentales contemporaines sont des réalités très différentes.

    Mais la question posée par Sheen demeure : une civilisation peut-elle conserver durablement ses libertés si elle perd les convictions morales et anthropologiques qui leur donnaient leur fondement ?

    « Une religion destinée à détruire la religion »

    Sheen était également frappé par la dimension quasi religieuse du communisme. Il lui reconnaissait une vision globale de l'existence, une explication de l'histoire, une promesse d'émancipation et même une forme de sacrifice au service d'un avenir meilleur.

    Il parlait ainsi d'une « religion sans Croix » et d'une politique qui tend à devenir une religion.

    Son intuition mérite d'être entendue avec prudence. Elle ne signifie pas que toute idéologie politique serait une religion au sens propre. Elle signifie plutôt que l'être humain ne renonce pas facilement à chercher un sens ultime.

    Si la religion disparaît de l'espace culturel, le besoin de croire, d'espérer, d'appartenir et de se dévouer à une cause ne disparaît pas nécessairement avec elle. D'autres doctrines peuvent alors prétendre fournir une explication totale de l'histoire et déterminer ce qui est bien ou mal.

    Cette observation dépasse largement le seul communisme.

    La liberté contre la sécurité ?

    Une autre intuition de Sheen mérite également d'être relue aujourd'hui : une société peut être tentée de sacrifier progressivement la liberté au profit de la sécurité, du confort ou de la prospérité.

    Là encore, il faut éviter les rapprochements faciles. Les institutions contemporaines ne sont pas les régimes totalitaires que Sheen combattait. Mais sa question reste pertinente : jusqu'où sommes-nous prêts à renoncer à notre liberté pour obtenir davantage de sécurité, de confort ou de protection ?

    Et surtout : savons-nous encore pourquoi la liberté est précieuse ?

    Pour Sheen, la liberté n'était pas simplement la possibilité de choisir entre plusieurs produits ou plusieurs opinions. Elle était liée à la vérité et à la responsabilité morale. Une liberté détachée de toute vérité risque, selon lui, de devenir paradoxalement vulnérable à ceux qui promettent de décider à notre place.

    L'amour des personnes, le refus de l'erreur

    Un dernier aspect de Sheen mérite d'être souligné. Son opposition au communisme ne l'empêchait pas de distinguer radicalement l'erreur de celui qui se trompe.

    On lui attribue cette formule :

    « Je hais le communisme, mais j'aime les communistes. »

    Elle résume bien une attitude chrétienne qu'il revendiquait : combattre vigoureusement une idéologie tout en refusant de transformer ses partisans en ennemis humains à haïr.

    Cette distinction est particulièrement importante aujourd'hui, à une époque où le débat public tend facilement à confondre la critique d'une idée avec la condamnation de la personne qui la défend.

    Pourquoi Sheen reste-t-il actuel ?

    L'actualité de Sheen ne tient donc pas au fait que nous vivrions aujourd'hui sous la menace d'une nouvelle révolution communiste comparable à celle qu'il redoutait en 1948. Ce serait une lecture anachronique de son œuvre.

    Son actualité réside plutôt dans les questions qu'il posait derrière le communisme :

    • Que devient une société lorsqu'elle ne possède plus de conception commune de la personne humaine ?
    • Peut-on défendre durablement la liberté si l'on ne sait plus pourquoi l'homme est libre ?
    • Que se passe-t-il lorsqu'une civilisation perd progressivement la conviction qu'il existe une vérité qui la dépasse ?
    • Une société peut-elle combattre le matérialisme tout en faisant du confort matériel son principal horizon ?
    • Que devient le désir humain de sens lorsque la religion disparaît ?
    • Une démocratie peut-elle survivre si toute vérité devient une simple opinion et tout principe une préférence individuelle ?

    Ces questions ne sont pas exclusivement catholiques. Elles sont devenues des questions de civilisation.

    C'est peut-être là le paradoxe de Fulton Sheen. L'homme qui consacra une grande partie de son énergie à combattre le communisme nous oblige finalement à regarder au-delà du communisme. Son véritable sujet était l'homme : sa liberté, sa dignité, sa responsabilité, son besoin de vérité et son ouverture à la transcendance.

    Pour Sheen, une civilisation ne se sauve pas seulement en repoussant ses ennemis. Elle se sauve en retrouvant les raisons profondes de vivre selon la vérité qu'elle prétend défendre.

    Et c'est pourquoi, près de huit décennies après la publication de Communism and the Conscience of the West, certaines de ses interrogations peuvent encore être entendues sans que l'on ait besoin de considérer notre époque comme la répétition de la guerre froide.

    Le communisme historique appartient au XXe siècle. La question de savoir ce qui fonde la liberté, la dignité humaine et une civilisation demeure, elle, pleinement actuelle.

    (avec l'IA)

  • L'impasse de l'Église partisane

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    Ce qui suit est assez inspirant et pourrait éclairer ce qui s'est passé chez nous, en Flandre tout particulièrement.

    De George Weigel sur le NCR :

    L'impasse de l'Église partisane

    COMMENTAIRE : Le catholicisme polonais devrait tirer des leçons de ce que j'ai constaté au Québec.

    La route 132, qui longe la côte nord de la péninsule gaspésienne au Québec, offre l'un des plus beaux panoramas d'Amérique du Nord. À gauche, l'extraordinaire fleuve Saint-Laurent donne l'illusion de rouler en bord de mer, tant l'estuaire est large et que la rive opposée, également au Québec, se trouve souvent à l'horizon.  

    Mais existe-t-il une route côtière offrant le « petit plus » de Gaspé : des falaises escarpées à droite, au-delà desquelles s’étendent des forêts denses et de petits lacs cristallins ? Observer une baleine traversant l’estuaire en route vers l’Atlantique ajoute une touche d’aventure supplémentaire à une excursion à Gaspé ou à une traversée en ferry. 

    Pour le visiteur catholique, la Gaspésie se distingue également par les noms des villages bordant le fleuve et l'estuaire, dont la grande majorité sont en l'honneur des saints : Notre-Dame-du-Portage, Notre-Dame-des-Neiges, Saint-Simon, Saint-Fabien-sur-Mer, Sainte-Flavie, Saint-Joseph-de-Lepage, Saint-Ulric, Sainte-Félicité, Sainte-Anne-des-Monts, etc.  

    Dans bon nombre de ces villages côtiers, l'élément le plus marquant est une église en pierre avec un haut clocher et un toit en tôle scintillante, témoignage silencieux du fait que le Québec fut jadis — et il n'y a pas si longtemps — l'une des régions les plus intensément catholiques du continent. 

    Je parle de témoignage « muet », car il est difficile de trouver une de ces églises qui soit ouverte.  

    L' église Saint-Roch, au village de Saint-Roch-des-Aulnaies, en est un exemple typique. Ses deux flèches invitent à entrer dans le village depuis la route longeant le Saint-Laurent. Pourtant, malgré un panneau indiquant que l'église est ouverte tous les jours, elle était fermée à clé le 25 août dernier. Le fait que l'ancien presbytère soit devenu un café-pâtisserie – proposant d'excellents croissants aux amandes, soit dit en passant – ne laissait pas présager une vie paroissiale dynamique. De plus, aucun horaire des messes, ni le week-end ni en semaine, n'était affiché sur place. Le visiteur ne peut donc qu'admirer l'architecture extérieure, sans avoir la possibilité de découvrir ce qu'une recherche en ligne a révélé être un intérieur splendide, doté de galeries, idéal pour la prière et le recueillement.  

    Comment en est-on arrivé là ? Comment le Québec catholique est-il devenu, de mon vivant, sans doute l'endroit le plus aride religieusement entre le pôle Nord et la Terre de Feu ? Il y a sans doute de nombreuses raisons. L'une d'elles, digne de réflexion en cette période électorale, est suggérée par une photographie granuleuse en noir et blanc, parmi les affiches retraçant l'histoire du village, entre l'ancien presbytère transformé en café et l'église fermée à clé. Intitulée « Assemblée politique en 1930 » , la photo montre plusieurs dizaines de Ford Modèle T et Modèle A, et une centaine de villageois environ rassemblés devant la grande statue en pierre du Sacré-Cœur, dans la paroisse. Depuis le porche de la salle paroissiale, des personnes que l'on suppose être des candidats aux élections s'adressaient à eux, commentées par les prêtres locaux. Cette hypothèse est confortée par le fait qu'en 1930, l'Église catholique du Québec était étroitement liée au gouvernement provincial, pour lequel elle gérait les écoles, les hôpitaux et les services sociaux : une ancienne alliance qui s'est par la suite transformée en un partenariat étroit entre l'Église et l'Union nationale. Puis survint la « Révolution tranquille » québécoise des années 1960, qui brisa ce lien indéfectible entre l'Église et l'État. L'Église du Québec ne s'en est jamais remise.    

    Cette vieille photo m'a particulièrement marqué car, un mois auparavant, j'avais vu des panneaux d'affichage dans le sud-est de la Pologne invitant la population locale à la messe du dimanche et à un discours du candidat d'un parti politique donné ; ces panneaux arboraient les portraits du curé et du candidat. En passant devant ces affiches, j'imaginais sans peine Jean-Paul II secouant la tête, partagé entre stupéfaction et consternation face à cette dérive de l'Église, devenue un acteur politique partisan – précisément ce qu'il avait si vivement critiqué dans certains courants de la théologie de la libération en Amérique latine.  

    Quelle que soit l'orientation idéologique du parti en question, les alliances partisanes sont fatales pour l'Église. Il en va de même, dans le contexte actuel, pour le type d'alliance ecclésiastique avec le pouvoir d'État qui a caractérisé la vie québécoise pendant près de 300 ans. Le catholicisme polonais devrait tirer les leçons de ce que j'ai constaté en Gaspésie – et les évêques polonais devraient affirmer clairement que l'instrumentalisation des églises locales (et a fortiori de la messe dominicale !) à des fins politiques partisanes est incompatible avec la nature de l'Église. 

    Quant aux électeurs catholiques, eh bien, jugeons les candidats sur leur caractère et leurs politiques, et non sur l'étiquette partisane qu'ils arborent.

  • Léon XIV en France; Parolin : L'Europe doit protéger la vie et relancer le multilatéralisme

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    De Vatican News (Massimiliano Menichetti) :

    Léon XIV en France, Parolin : L'Europe doit protéger la vie et relancer le multilatéralisme

    Le cardinal secrétaire d’État du Saint-Siège, évoquant le voyage de Léon XIV en France et à l’Unesco, a souhaité que cette visite ne se limite pas à un simple fait d’actualité, mais qu’il puisse marquer le début d’un processus créateur, d’un cheminement à long terme capable d’interpeller avant tout les nouvelles générations, appelées à hériter des défis complexes d’une époque en profonde mutation.

    Le cinquième voyage apostolique international du Pape Léon XIV en France est très attendu. Dans ce pays, il affermira la foi en apportant la lumière du Christ, capable de renouveler chaque cœur. Il s’adressera à une société multiculturelle, laïque et sécularisée, où le nombre de jeunes adultes catéchumènes ne cesse de croître. Il abordera des thèmes centraux tels que: la protection de la vie, la construction de la paix, les défis de l’intelligence artificielle, l’identité de l’Europe.

    Le Pape considère la France comme un pays appelé à mettre à profit sa tradition culturelle, humaniste et diplomatique pour redécouvrir et renforcer le regard porté sur la personne et sa relation avec le Créateur. Le défi consiste également à redynamiser les racines chrétiennes du Vieux Continent, qui affirment le caractère sacré de la vie et appellent à la construction de ponts et de voies de dialogue dans la perspective d’un multilatéralisme aujourd’hui fortement affaibli. Pour le Secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, le souhait est que «ce voyage donne lieu à un dynamisme renouvelé: un grand chantier ouvert de réflexion et d’action où croyants et non-croyants puissent cheminer et travailler ensemble».

    Éminence, la devise choisie pour le prochain voyage apostolique du Pape est: "Pour que le monde ait la vie". Quel message souhaite-t-on concrètement faire passer depuis la France?

    Quand on pense à la vie dont le monde a besoin, trois aspects viennent à l’esprit. Tout d’abord, l’aspect naturel. Sans aucun doute, le premier message que l’on souhaite exprimer est la valeur de la vie humaine, qui doit être accueillie, aimée et protégée, de la conception jusqu’à la mort naturelle. Le contexte actuel, dans de nombreux pays, tend à introduire et à justifier des pratiques, voire des lois, qui ne respectent pas cette valeur. Dans le contexte de la baisse de la natalité en Europe, ce voyage en France offre la possibilité de redécouvrir la vie comme un don à accueillir avec gratitude et responsabilité.

    Mais que serait une vie corporelle sans âme? J’en viens donc au deuxième sens, celui de la vie spirituelle. La France est aujourd’hui un pays qui se distingue par un grand nombre de catéchumènes jeunes adultes. Cela offre l’occasion de mettre en lumière la soif de vie spirituelle qui caractérise le monde d’aujourd’hui. Derrière la devise «pour que le monde ait la vie», on peut lire «pour que le monde croie». Car il n’y a pas de vie du corps sans vie de l’âme.

    Enfin, le merveilleux travail accompli pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame met en évidence le savoir-faire artisanal et intellectuel dont l’homme est capable aujourd’hui. Ainsi, dans un monde de plus en plus technologique et artificiel, la devise de ce voyage à Paris permet d’attirer l’attention sur la vitalité créatrice de la personne humaine. Que l’utilisation des nouvelles technologies, y compris l’intelligence artificielle, ne fasse jamais oublier à l’homme cet aspect de sa vie.

    Le Pape se rendra à l’UNESCO, un lieu dédié à la culture, à l’éducation et à la coopération entre les peuples. Quel poids la culture et l’éducation peuvent-elles avoir dans la construction de la paix, aux côtés de la politique? Et quel rôle l’Église peut-elle jouer dans ce processus?

    Dans "Magnifica humanitas", le Pape Léon XIV a souligné la nécessité de passer d’une «culture de la puissance» à une «culture de la négociation», dans laquelle «le dialogue et les relations diplomatiques deviennent une voie habituelle pour gérer les conflits» (n° 221). Il s’agit d’une évolution culturelle avant même d’être politique; elle implique en effet l’engagement d’éduquer, surtout les nouvelles générations, à considérer la confrontation non pas comme une faiblesse, mais comme une forme de responsabilité, et à reconnaître dans le dialogue un outil de construction du bien commun. La politique a bien sûr une responsabilité irremplaçable: elle doit mettre en place des institutions justes, garantir le droit et rechercher, par la voie de la diplomatie, des solutions aux conflits. Mais la politique, à elle seule, risque d’intervenir lorsque les fractures sont déjà profondes.

    La culture et l’éducation peuvent agir bien avant, en formant des personnes capables de reconnaître dans l’autre un frère en humanité et non un ennemi. Dans cette perspective, l’UNESCO représente un lieu particulièrement significatif: un lieu où la culture et l’éducation deviennent des outils concrets de coopération entre les peuples. Une école, une université, un musée, un lieu de culture peuvent devenir de véritables laboratoires de paix lorsqu’ils enseignent à connaître l’histoire de l’autre, à distinguer la vérité de la propagande, à se confronter sans crainte et à reconnaître ce qui, au-delà des différences, nous rend humains. Et c’est là que je vois également le rôle de l’Église, en réponse à sa vocation particulière: contribuer à former les consciences à la lumière de l’Évangile, jeter des ponts, éduquer à la rencontre et donner la parole à ceux qui risquent de ne pas en avoir. L’Église, de par sa nature, est appelée à être un espace où des personnes, des peuples et des cultures différentes apprennent à s’écouter, à se connaître et à se reconnaître dans la dignité commune d’enfants de Dieu.

    La relation entre la foi et la raison est l’un des grands thèmes de la tradition culturelle française. Dans une société marquée par la technologie et l’intelligence artificielle, quelle contribution la pensée chrétienne peut-elle apporter aujourd’hui à la question de savoir ce que signifie être véritablement humain?

    Il s’agit d’une contribution pour ainsi dire originelle du christianisme, poussée par le mystère de l’Incarnation à repenser et à redéfinir l’humain à la lumière de la Révélation. Le Concile Vatican II a représenté, au siècle dernier, un moment fondamental de cette mission au service de l’humanité et, ces derniers mois précisément, le Pape en aborde les principaux contenus dans ses catéchèses.  D’autre part, l’accueil favorable réservé à sa première lettre encyclique, "Magnifica humanitas", témoigne de la recherche croissante, dans le monde, d’une parole capable de guider les personnes et les sociétés face à l’accélération du développement technologique et des intelligences artificielles.

    Nous l’avions déjà constaté avec les encycliques Laudato si’ et Fratelli tutti du Pape François, à travers leur message sur l’écologie intégrale et la fraternité humaine. Face à des défis toujours plus grands, on observe un intérêt croissant pour ce que saint Paul VI définissait déjà comme la «civilisation de l’amour», indiquant et appelant à une orientation différente de la croissance, sous le signe du développement humain intégral. Aujourd’hui, face à la souffrance de tant d’êtres humains et aux dommages infligés à des écosystèmes entiers, il est particulièrement nécessaire d’intensifier la réflexion, le dialogue social et l’écoute de la conscience. Et c’est à cela que l’Église souhaite contribuer, en montrant comment la foi et la raison s’enrichissent mutuellement et sont au service de la vie.

    Comment l’Église peut-elle dialoguer aujourd’hui avec ceux qui ne croient pas?

    Il faut dire, à cet égard, que le dialogue s’établit toujours entre des personnes et qu’il est d’autant plus authentique que les interlocuteurs s’enferment le moins possible dans des catégories et des définitions. Il existe toujours, même entre des personnes de cultures et de sensibilités différentes, un terrain d’entente à reconnaître et sur lequel se rencontrer. Ceux qui appartiennent à l’Église catholique et la représentent à divers titres doivent rechercher ce qui unit et favorise la rencontre, pour ensuite cerner correctement et approfondir ce qui ne fait pas l’unanimité. Il s’agit d’un style dans lequel il faut mûrir, en tant qu’individus et en tant que communauté, qui n’est jamais acquis une fois pour toutes et qui est souvent soumis à des tensions pouvant blesser et éloigner.

    Plus précisément, le dialogue avec ceux qui ne croient pas est déjà encouragé dans le Nouveau Testament. Je voudrais souligner deux aspects qui en ressortent: le devoir des chrétiens de toujours répondre, avec douceur et respect, à ceux qui leur demandent raison de leur espérance (cf. 1 P 3, 15); la disposition à reconnaître que l’œuvre de Dieu est libre et nous précède, nous surprenant même là où nous n’étions pas encore arrivés. La foi est un don et personne ne peut mesurer celle d’autrui, ni peut-être même la sienne. Cependant, en France par exemple, nous sommes aujourd’hui confrontés à un regain d’intérêt pour ce don, à un regain d’intérêt pour la parole de l’Évangile, à des choix de vie de jeunes et d’adultes qui suggèrent qu’il y a un avenir pour la foi même là où l’incroyance semble prévaloir.

    Qu’attend le Saint-Siège de la France et de l’Europe pour promouvoir des actions diplomatiques dans cette phase si délicate de l’histoire de l’Europe et du monde? Paris peut-il redevenir le moteur d’une politique européenne fondée non seulement sur la sécurité, mais aussi sur la réconciliation, la solidarité et le multilatéralisme?

    La diplomatie du Saint-Siège ne se lasse pas de réaffirmer que la paix ne peut se réduire à un simple jeu d’équilibres de forces, ni à une stabilité précaire garantie exclusivement par la dissuasion et la course aux armements. Face aux profondes fractures qui déchirent aujourd’hui le continent européen et la scène mondiale, nous formulons le vœu que la France et l’Europe sachent redécouvrir cette audace et cette vision d’avenir qui animaient les pères fondateurs du projet européen. Paris, de par son histoire culturelle, sa tradition juridique illustre et sa profonde vocation humaniste, détient les ressources spirituelles et politiques nécessaires pour insuffler un nouvel élan à un multilatéralisme aujourd’hui fortement affaibli.

    Il ne s’agit évidemment pas de nier les exigences légitimes en matière de sécurité; il faut plutôt comprendre qu’une paix authentique et durable ne se construit jamais contre quelqu’un, mais toujours avec l’autre, à travers une architecture commune de réconciliation et un dialogue aussi exigeant que patient. Ancrée dans les sources de sa longue histoire chrétienne — qui fait d’elle la «fille aînée de l’Église» — et forte de son riche patrimoine humaniste, la France est aujourd’hui appelée à honorer cette noble mission, en continuant à faire rayonner dans le monde les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Le Saint-Siège est donc convaincu que la France saura se faire l’interprète de cet «effort créatif» nécessaire en faveur de l’harmonie, afin que l’Europe ne se replie pas sur ses peurs, mais s’affirme à nouveau comme un laboratoire fécond de solidarité, d’accueil et d’intégration authentique. La véritable grandeur d’une nation se mesure précisément à sa capacité constante à concilier le respect du droit international et la défense inlassable de la dignité humaine. En rejetant la logique de la fatalité et en s’engageant avec détermination dans ce que le Saint-Père appelle la «diplomatie de la rencontre», Paris peut apporter une contribution décisive pour que le Vieux Continent ne se transforme pas en une forteresse isolée, mais reste un phare d’espoir, de justice et de réconciliation pour l’ensemble de la communauté internationale.

    Ce voyage intervient après l’adoption en France de la loi sur le suicide assisté. La question de la vie en tant que bien inaliénable sera inévitablement au centre de l’attention. Quel message le Pape Léon XIV souhaite-t-il transmettre à ce sujet?

    Face au mystère de la douleur, de la maladie et de la fragilité qui unissent tous les êtres humains, la voix du Saint-Père ne résonnera pas comme un avertissement rigide et abstrait, mais comme un appel vibrant à cette responsabilité solidaire qui nous lie les uns aux autres, surtout lorsque l’existence devient plus faible et sans défense. Il est évident que le Saint-Siège observe ces changements législatifs avec une vive sollicitude et une profonde préoccupation. La position de l’Église à ce sujet est bien connue: elle se fait la défense constante de la vie sous toutes ses formes, à toutes ses étapes et dans toutes ses dimensions, depuis sa conception jusqu’à son terme naturel.

    Le pape Léon XIV rappellera que la véritable compassion face à la souffrance ne consiste pas à favoriser ou à anticiper l’interruption de la vie, mais à ne jamais abandonner personne dans la solitude de sa souffrance. Le devoir incontournable d’une société civile est celui de «prendre soin», en offrant des réponses concrètes de proximité, de soins et d’amour. En ce sens, l’appel du Souverain Pontife à la France sera une invitation chaleureuse à redécouvrir les racines les plus profondes de son humanisme à travers le renforcement effectif et généralisé des soins palliatifs et de l’accompagnement intégral de la personne.

    Choisir d’accompagner la souffrance, c’est investir dans une alliance sociale qui n’abandonne pas face à la fragilité, mais en assume la responsabilité. La dignité intrinsèque de l’être humain n’est pas liée à des critères d’efficacité ou de santé biologique. Par conséquent, la réponse de l’État et de la communauté à la douleur ne peut se traduire par l’introduction d’options qui risquent de se transformer, avec le temps, en une pression sociale voilée ou en un raccourci accentuant l’abandon de ceux qui sont seuls. La parole du Pape abordera cette question délicate avec la sensibilité du Pasteur et la clarté du Successeur de Pierre, s’adressant non seulement aux croyants, mais aussi à la conscience de toute personne de bonne volonté. Notre souhait le plus cher est que l’Europe, et la France en particulier, continuent à fonder leur pacte social sur le principe fondamental de la sauvegarde de la dignité humaine, où le soin et la protection de la vie marquée par l’épreuve restent toujours la véritable mesure du progrès d’une civilisation.

    Le Pape se rend à Lourdes, destination de nombreux pèlerinages et lieu où la souffrance et la fragilité humaines se transforment en prière et en espérance. Que nous dit Lourdes aujourd’hui?

    Lourdes, aujourd’hui comme hier, manifeste la tendresse de la Mère de Dieu pour l’humanité. À la Grotte de Massabielle, les fidèles catholiques, mais aussi de nombreuses autres personnes, viennent du monde entier pour confier leurs douleurs, leurs souffrances, leurs espoirs et leurs remerciements. En cela, Lourdes manifeste l’unité de l’humanité qui reconnaît en Marie une figure maternelle qui écoute et console. Quand un membre souffre, tout le corps souffre, et quand un membre est guéri, tout le corps se relève. À Lourdes, on fait donc l’expérience de la fraternité dans la vie: une vie aimée, une vie chérie, une vie parfois douloureuse, mais toujours une vie partagée, car c’est un don inestimable de Dieu qui fait de nous tous des frères et sœurs dans l’humanité.

    Le Pape se rendra également à Metz, ville étroitement liée à la figure de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe aux côtés de De Gasperi et d’Adenauer, qui voyaient dans la réconciliation entre les peuples la voie pour construire un nouveau continent. Quel message nous transmet cette vision chrétienne et originelle de l’Europe?

    À la lecture des textes de Schuman, ainsi que de ceux des autres pères fondateurs, il apparaît clairement que leur idée de l’Europe repose sur le concept de «fraternité chrétienne». Après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, qui ont représenté un paroxysme négatif de violence fratricide, menée dans une vision claire de la domination de l’homme sur l’homme, à la lumière d’une conception de l’homme qui, n’ayant plus Dieu comme point de référence, estimait ne plus avoir de limites dans l’exercice de son pouvoir. La fraternité chrétienne propose, au contraire, un profond respect pour son prochain, que chacun est appelé à aimer comme soi-même dans une filiation qui jaillit d’un Père commun. Les valeurs fondamentales de la personne, telles que la liberté, l’égalité, la dignité du travail, qui sont les valeurs européennes rappelées dans les Traités, trouvent précisément leur fondement dans cette idée de fraternité chrétienne.

    Je considère donc qu’il est important de garder à l’esprit qu’on ne peut poursuivre la prise de conscience et la mise en œuvre concrète de ces valeurs sans tenir compte du fait que l’Europe moderne, selon la pensée et les intentions de ses fondateurs, est issue du christianisme lui-même, qui est un peu comme la levure qui fait lever la pâte. C’est dans cette optique de fraternité que l’on comprend la logique du partage des ressources, énoncée par Schuman dans sa Déclaration, afin que l’acier et le charbon puissent devenir un instrument de collaboration et de développement, plutôt qu’un prétexte à de nouveaux conflits, et qu’une nouvelle guerre entre les anciens belligérants soit non seulement impensable, mais aussi matériellement impossible.

    Le Pape est intervenu à plusieurs reprises au cours de l’année écoulée contre le réarmement, contre la folie que représente l’augmentation considérable des ressources consacrées à l’armement. Quel rôle l’Europe peut-elle redécouvrir pour rester fidèle à l’esprit des pères fondateurs?

    La Déclaration Schuman de 1950 commence par ces mots: «La paix mondiale ne pourra être préservée que par des efforts créatifs, à la mesure des dangers qui la menacent.» Lorsque la paix est menacée, on peut se contenter de suivre le vieil adage «si vis pacem, para bellum», ou bien mettre en œuvre des «efforts créatifs», comme ce fut le cas avec la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier. C’est cette intuition qui a mis fin au revanchisme entre Allemands et Français et a permis la longue période de paix dont nous bénéficions encore aujourd’hui.

    Aujourd’hui encore, des «efforts créatifs» sont possibles, notamment grâce à l’expérience du dialogue acquise au cours de ces dernières décennies au sein des institutions communautaires et des États membres. Ces «efforts» exigent toutefois que chacun reconnaisse clairement que l’on ne pourra relever les défis qui nous attendent que si l’idée mûrit que l’Europe n’est pas une superstructure, mais un véritable corps, au sein duquel la multiplicité des membres est harmonisée par une vision et une volonté communes en matière de politique étrangère. En ce sens, une Europe capable d’élaborer une vision diplomatique partagée peut mieux mettre à profit ses capacités de négociation et faire valoir sa «persuasion morale» même face à ceux qui estiment que la menace de la force est plus persuasive. L’effort créatif consiste peut-être justement en cela: faire comprendre qu’une parole convaincante et clairement prononcée à l’unisson est plus forte que n’importe quelle démonstration de force.

    Quel est votre souhait personnel pour ce voyage?

    Je souhaite que ce voyage apostolique ne se limite pas à un simple fait d’actualité, mais qu’il puisse marquer le début d’un processus créateur, d’un cheminement à long terme capable d’interpeller avant tout les nouvelles générations, appelées à hériter des défis complexes d’une époque en profonde mutation. À une époque où le regard tourné vers l’avenir est souvent obscurci par la crainte ou le désenchantement, la présence et la parole du Saint-Père se veulent une graine de confiance et une invitation à ne pas se résigner aux logiques de la fragmentation, de la polarisation et de l’individualisme.

    L’espérance est que cette visite contribue à réveiller les énergies les meilleures et les plus nobles de la société, en indiquant des voies où le développement technologique et les dynamiques économiques ne soient pas considérés comme des fins en soi, mais restent rigoureusement au service du développement intégral de l’homme. En regardant vers l’horizon des premières décennies, j’espère que la France saura mettre à profit l’extraordinaire richesse de son héritage spirituel, civil et culturel pour apporter des réponses visionnaires aux grandes questions éthiques et sociales de notre siècle.

    Nous souhaitons que ce voyage donne naissance à un dynamisme renouvelé: un grand chantier ouvert de réflexion et d’action où croyants et non-croyants puissent cheminer et œuvrer ensemble. Ce n’est qu’en posant dès aujourd’hui des fondations solides, fondées sur la justice et la responsabilité intergénérationnelle, que nous pourrons léguer à ceux qui viendront après nous un monde véritablement plus fraternel et une terre réconciliée.

  • 259 400 avortements en France en 2025 : une grossesse sur 3,5 a été interrompue

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    De gènéthique.org :

    259 400 avortements en France en 2025 : une grossesse sur 3,5 a été interrompue

    22 septembre 2026

    La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publie son étude annuelle sur les interruptions volontaires de grossesse en France[1]. Comme les années précédentes, les avortements sont en hausse : en 2025, on en a recensé 259 400, soit 2,9% de plus que l’année précédente. En 2025, d’après les chiffres de l’Insee[2], 645 000 bébés sont nés en France. Ainsi, une grossesse sur 3,5 a été interrompue et on a recensé un avortement pour moins de 2,5 naissances.

    81% des avortements sont médicamenteux

    En 2025, une très forte part des avortements a été pratiquée par la méthode médicamenteuse : 81%. C’est leur augmentation hors établissement de santé qui « porte » la hausse globale des IVG en 2025. D’ailleurs la moitié des avortements ont été effectués hors établissement.

    Le nombre d’IVG instrumentales quant à lui « reste globalement stable ». En 2004, tous les avortements étaient pratiqués en établissement de santé, et plus de la moitié par la méthode instrumentale (57%).

    On peut en outre relever que 76% des IVG en téléconsultation sont réalisées sous anonymat. Les avortements effectués sous anonymat représentent 7,8% de l’ensemble des IVG en 2025.

    Toujours plus d’IVG pratiquées par des sages-femmes

    Par ailleurs, « en cabinet libéral, plus de la moitié des IVG sont réalisées par des sages-femmes », indique la Drees. En 2025, 1690 sages-femmes ont pratiqué 59 680 IVG en cabinet libéral, 970 médecins généralistes 22208 IVG et 910 gynécologues, médicaux ou obstétriciens, 26 490 IVG. En centre de santé ou centre de santé sexuelle, ce sont 5510 IVG qui ont été effectuées par des sages-femmes, 5450 par des généralistes et 1710 par des gynécologues, médicaux ou obstétriciens.

    En ville, une part importante de sages-femmes et de médecins pratiquent peu d’IVG[3] chaque année : 28 % des sages-femmes et 53 % des médecins. En revanche, 7% des sages-femmes et 5% des médecins en ont réalisé « 100 ou plus ».

    Un taux de recours lui aussi en hausse, pour tous les âges

    En 2025, après être resté longtemps stable, le taux de recours à l’IVG était à nouveau en hausse : il atteint 17,8 IVG pour 1000 femmes âgées de 15 à 49 ans. Et il augmente pour tous les âges depuis 2022.

    L’indice conjoncturel d’avortement lui aussi est en hausse : le chiffre de 0,63 constaté en 2025 signifie que « si chaque recours correspondait à une femme différente[4], plus de 6 femmes sur 10 pratiqueraient une IVG au cours de leur vie féconde, avec les taux actuels par âge ».

    Et alors que les autorités s’inquiètent encore de l’accès à l’IVG, la Drees indique que 83% des avortements en France métropolitaine ont lieu dans le département de résidence des femmes concernées, 95 % dans leur région de résidence, avec des disparités territoriales. D’ailleurs, la direction précise que « le recours à l’IVG hors du département de résidence peut résulter d’un choix personnel (confidentialité, proximité des soins ou du lieu de travail) ».

    A quand une politique de prévention ?

    Année après année, le nombre d’avortements ne cesse d’augmenter sans inquiéter les pouvoirs publics. Au contraire. Bien loin de réfléchir à une politique de prévention, de réfléchir à mettre en place les garde-fous qui pourraient protéger les femmes qui avortent parfois sous la contrainte, qu’elle soit économique ou familiale (cf. IVG : une femme témoigne « ce n’était pas « mon choix », mais « ma peur »»), le gouvernement privilégie la fuite en avant. En effet, dans sa « feuille de route en matière de santé sexuelle » rendue publique il y a deux semaines, l’exécutif envisage de supprimer la clause de conscience spécifique à cette pratique et d’allonger, encore, les délais autorisés (cf. Clause de conscience, délais : le gouvernement prévoit de « réévaluer » le cadre légal en matière d’avortement). Avec quelles conséquences pour les femmes ? Et pour la société ?

    _______________

    [1] Drees, Études et Résultats, septembre 2026, n° 1384, 50 ans après la loi Veil, un quart des IVG sont réalisées en ville par des sages-femmes en 2025

    [2] Insee, Bilan démographique 2025 – Insee Première – 2087

    [3] C’est-à-dire moins de 10.

    [4] Certaines femmes recourent en effet plusieurs fois à l’avortement au cours de leur vie

  • « Mars attacks » n'est pas un mouvement politique ?

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    De Claude Callens :

    Mars attacks n'est pas un mouvement politique ?

    Soyons sérieux ! Les animateurs de ce mouvement ont beau crier haut et fort qu’ils sont apolitiques, il n’empêche qu’un mouvement qui prétend militer « au finish » pour « le retrait de toutes les réformes » du gouvernement, joue un rôle éminemment politique. À moins que le mot « politique » ait perdu tous ses sens !

    Il y a plus significatif encore. Il suffit de parcourir le site de ce mouvement et on découvrira qu’il se prononce comme il l’a fait publiquement le 6 septembre dernier place Albertine à Bruxelles, pour une « convergence des luttes » rassemblant tous les secteurs : « enseignement, santé, agriculture, eau, biodiversité », bref, tous les mécontents.

    Et d’où vient ce concept « convergence des luttes » ? Il apparaît déjà en mai 68, en France comme leitmotiv des mouvements gauchistes qui tentent d’unir écologistes, féministes, antiracistes, anticapitalistes. Il est enraciné dans la tradition marxiste, plus précisément, aujourd’hui, dans le « populisme de gauche » tel qu’il a été défini par Ernesto Laclau, penseur post-marxiste et sa femme, la carolorégienne Chantal Mouffe* qui lui a survécu et dont la pensée inspire Podemos en Espagne ou La France insoumise.

    Pas mal pour un mouvement apolitique !

     

    * Laclau (théoricien argentin) et Mouffe (philosophe belge) partent d'un constat de crise du marxisme orthodoxe. Ils rejettent l'idée du déterminisme économique (le réductionnisme de classe) selon laquelle la classe ouvrière serait, par essence, le seul sujet révolutionnaire destiné à renverser le capitalisme.
    Pour eux, les identités politiques ne sont pas figées par la position économique des individus, mais sont construites à travers le discours et la lutte politique.

  • Les slogans à la mode au crible de Platon

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    De Claude Callens :

    Les slogans à la mode au crible de Platon

    On entend de toutes parts un slogan : « faites payer les riches ! »
    Il faudrait peut-être relire Platon. Dans La République, (Livre VIII, 557b), on entend dans la bouche de Socrate, une critique pertinente de cette démocratie qui permet aux beaux parleurs de séduire le peuple en lui disant ce qu'il a envie d'entendre, au détriment de la vérité et de la justice et en fomentant un excès d'égalitarisme et de licence.

    Cette démocratie assimilée au désordre, par souci d'égalité extrême, précise-t-il, s'installe « lorsque les pauvres, ayant remporté la victoire sur les riches, [...] partagent également avec ceux qui restent le gouvernement et les charges publiques. » Dès lors, « la cité déborde de liberté et de franc-parler, [...] il y a licence de faire ce qu'on veut. [...] il est clair que partout où règne cette licence chacun organise sa vie de la façon qui lui plaît. » C'est l'anarchie, et l'anarchie finit toujours en dictature.

    On entend aussi : « Glatigny, dégage ! » ou encore « Vive Lenoci ! »
    Ici aussi, Platon nous éclaire. Pour lui, égalitarisme et excès de liberté détruisent toutes les structures d'autorité. Les distances naturelles et sociales disparaissent : il n'y a plus de respect pour les parents, les maîtres, les magistrats ou les sénateurs. Tout le monde veut décider à la place de tout le monde. (Id., 562a-563e). Puisque la liberté est considérée comme « le bien suprême », si ceux qui gouvernent la cité « ne se montrent pas tout à fait dociles » le peuple enivré de liberté « les châtie, les accusant d'être des criminels et des oligarques. Et ceux qui obéissent aux magistrats, [il] les bafoue et les traite d'hommes serviles et sans caractère. » En revanche, « il loue et honore [...] les gouvernants qui ont l'air de gouvernés et les gouvernés qui prennent l'air de gouvernants. [...] »

    Quel est le résultat ? Les citoyens deviennent tellement ombrageux « qu'à la moindre apparence de contrainte ceux-ci s'indignent et se révoltent [...]. Et ils en viennent à la fin, [...] à ne plus s'inquiéter des lois écrites ou non écrites, afin de n'avoir absolument aucun maître. » [...] La « licence générale [...] réduit la démocratie à l'esclavage ; car il est certain que tout excès provoque ordinairement une vive réaction. »

    Près de vingt-cinq siècles plus tard, Alexis de Tocqueville confirme ce qui menace la démocratie moderne : « il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l'égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l'égalité dans la servitude à l'inégalité dans la liberté. » (De la démocratie en Amérique, tome I, première partie, chapitre III)

  • Les crises, le courage et la foi au Soudan du Sud

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    De sur le CWR :

    Le réalisateur de Misereor décrit les crises, le courage et la foi au Soudan du Sud

    « Nous croyons que Dieu agit à travers les hommes », déclare le père Andreas Frick. « Parallèlement, cette tâche nous dépasse et nous avons besoin que Dieu nous mette en relation avec de nombreuses autres personnes qui partagent le même engagement. »

    À gauche : Cathédrale Sainte-Thérèse de Juba, Soudan du Sud (Image : Lomoraronald / Wikipédia) ; à droite : Un camp de réfugiés au Soudan du Sud (Image : DFID – Département britannique pour le développement international / Wikipédia)
    Le Soudan du Sud fait régulièrement la une des journaux internationaux pour des faits de conflit, de déplacement de population et de famine. Ces crises ont déplacé plus de 2 millions de personnes à l'intérieur même du Soudan du Sud et contraint 2,5 millions d'autres à chercher refuge dans les pays voisins, principalement en Ouganda, au Soudan, en Éthiopie et au Kenya.

    Pourtant, suite à une récente visite dans ce pays en proie aux conflits, le père Andreas Frick, directeur général de Misereor , l'organisation des évêques catholiques allemands pour la coopération au développement, propose un récit alternatif, décrivant la nation non seulement comme un lieu de souffrance, mais aussi comme une « terre d'espoir et de solidarité ».

    Dans une interview exclusive accordée à CWR, le père Frick évoque le « nombre inimaginable de crises » auxquelles la population est confrontée et souligne la profonde résilience de ceux qui vivent dans les sites de protection des civils et qui, malgré le manque de produits de première nécessité, refusent de baisser les bras.

    Le père Frick explore le point de rencontre entre le soutien spirituel et matériel, explique pourquoi la communauté internationale ne doit pas détourner le regard et partage comment la force du peuple sud-soudanais offre une leçon essentielle à l'Europe.

    Voici des extraits de la conversation…

    CWR : Père Frick, lors de votre récente visite à Malakal, vous avez décrit le Soudan du Sud comme un « pays d’espoir et de solidarité », alors même que vous aviez visité 47 autres pays. Compte tenu de la violence et de l’instabilité persistantes, qu’avez-vous constaté précisément qui vous a inspiré ce profond sentiment d’espoir au milieu de la souffrance ?

    Père Andreas Frick : Le peuple du Soudan du Sud est touché par une multitude de crises. Les conflits violents persistent, le changement climatique provoque des inondations et des sécheresses, et la guerre au Soudan voisin a engendré des difficultés supplémentaires et exige une grande solidarité de la part de la population. Malgré cela, lors de notre visite, nous avons constaté que les gens s'entraidaient, se mobilisaient pour les plus vulnérables et continuaient d'œuvrer pour de meilleures conditions de vie. Leur courage à ne pas baisser les bras, même dans des circonstances aussi difficiles, est véritablement impressionnant. Nous, en Europe, pouvons également nous inspirer de cette résilience.

    CWR : Vous avez reconnu que la violence est l’un des principaux obstacles au progrès du pays. Selon vous, comment ce conflit persistant affecte-t-il concrètement les progrès réalisés par le pays dans des secteurs essentiels comme l’éducation et l’agriculture ?

    Père Frick : Au Soudan du Sud, de nombreuses personnes sont contraintes de quitter leurs foyers et leurs communautés, soit pour se mettre en sécurité, soit parce que les inondations et les sécheresses les empêchent de subvenir à leurs besoins. De ce fait, leur scolarité est interrompue, elles doivent souvent tout recommencer à zéro et s’adapter à de nouvelles conditions de vie, notamment en apprenant de nouvelles techniques agricoles.

    CWR : Le coût humain de la crise sud-soudanaise est souvent résumé par des statistiques. Pourriez-vous nous décrire la réalité des familles que vous avez rencontrées sur le site de protection des civils (POC) de Malakal ? Quelles sont leurs difficultés quotidiennes ?

    Père Frick : Pour les personnes vivant dans un site d'accueil pour personnes racisées, la préoccupation la plus immédiate est de trouver suffisamment de nourriture. On nous a dit que l'aide alimentaire minimale et le faible soutien financier qu'elles reçoivent ne durent qu'une semaine environ. Après cela, beaucoup se retrouvent sans aucun soutien, hormis celui de l'Église. Elles sont également confrontées à l'incertitude quant à leur avenir, notamment quant à l'endroit et à la manière de reconstruire leur vie. Les enfants ne peuvent souvent pas aller à l'école et leurs perspectives d'avenir sont à reconstruire. C'est particulièrement difficile pour les femmes qui élèvent seules plusieurs enfants. De plus, de nombreuses personnes déplacées ont subi des traumatismes et bénéficieraient d'un soutien psychosocial.

    CWR : L’archevêque Stephan Burger de Fribourg, qui vous accompagnait lors de votre visite, a évoqué le fait de ramener en Allemagne la « foi, l’amour et l’espoir » des personnes déplacées. Que signifie pour une personne déplacée d’entendre que sa souffrance et sa résilience ne sont « pas oubliées » par la communauté internationale ?

    Père Frick : En Allemagne, nous sommes parfois tellement absorbés par nos propres difficultés que nous oublions les crises qui sévissent ailleurs dans le monde et qui exigent bien plus des populations que nous ne pouvons l'imaginer. Il est essentiel de ne pas perdre de vue ces personnes dans notre quotidien et de continuer à les soutenir. Parallèlement, il est important de reconnaître leur force et leur détermination et de nous inspirer de leur expérience. Nous pouvons soutenir celles et ceux qui œuvrent déjà à améliorer leur vie, et nous devons poursuivre dans cette voie.

    CWR : Dans une crise prolongée comme celle du Soudan du Sud, où les besoins sont immenses et constants, comment mesure-t-on le succès ou comment apporte-t-on une aide concrète qui aille au-delà de la simple survie ?

    Père Frick : Au-delà de la survie immédiate et de l’aide humanitaire, il est essentiel que les populations puissent reprendre le contrôle de leur avenir. Nous les accompagnons dans la création d’opportunités de développement et l’amélioration de leurs conditions de vie, que ce soit par l’agriculture, un meilleur accès à l’éducation et à la formation professionnelle, ou en aidant les mères à élever des enfants en bonne santé. Ces modestes améliorations contribuent à un avenir plus prometteur pour l’ensemble du pays.

    CWR : Vous avez offert une bougie à la communauté comme symbole d’espoir, associant sa lumière au Christ. Dans le cadre de l’action humanitaire, comment conciliez-vous le soutien spirituel, cet « espoir », avec les besoins concrets de nourriture, d’abri et de protection ?

    Père Frick : Tous nos partenaires au Soudan du Sud nous ont confirmé que leur travail ne se limite jamais à l’amélioration des conditions matérielles des populations. Pour celles et ceux qui vivent dans des situations aussi difficiles, les efforts déployés pour assurer leur survie sont indissociables de la communauté, de la spiritualité et de valeurs telles que la solidarité et la coexistence pacifique. Nos partenaires ecclésiaux, en particulier, en sont pleinement conscients et intègrent ces deux dimensions à leur action.

    CWR : Vous avez récemment mentionné que le Seigneur ressuscité offrira un foyer, une famille et une protection. En tant que directeur de Misereor, quels sont vos projets pour que la communauté internationale ne détourne pas le regard en attendant ces miracles ?

    Père Frick : Misereor soutient des projets dans de nombreux pays du monde et sensibilise également l'Allemagne à ces enjeux. Nous plaidons pour que l'Allemagne assume ses responsabilités face aux problèmes mondiaux tels que le changement climatique, les inégalités, la pauvreté et la guerre, et qu'elle veille à ce que les intérêts des plus vulnérables restent une priorité. Cela fait partie intégrante de la mission de Misereor, que nous poursuivons par le biais d'actions de plaidoyer, de campagnes de sensibilisation, de programmes scolaires et d'une collaboration avec les communautés ecclésiales.

    Nous n'attendons donc pas de miracle de Dieu ; au contraire, avec Dieu et nos partenaires, nous œuvrons pour un monde meilleur. Nous croyons que Dieu agit à travers les hommes. Cependant, cette tâche nous dépasse et nous avons besoin que Dieu nous mette en relation avec d'autres personnes qui partagent le même engagement.

    CWR : Si l’on considère les prochaines années pour le Soudan du Sud, quelle est votre plus grande crainte et, à l’inverse, votre plus grande prière pour le peuple de la plus jeune nation du monde ?

    Père Frick : Lors de notre visite, nous avons constaté que les mois à venir seront décisifs pour l’avenir du Soudan du Sud. Que des élections aient lieu ou non, nous prions pour que le pays connaisse un avenir pacifique et puisse exploiter son immense potentiel au service de sa population.
  • Baptême et droit à l’effacement des données à caractère personnel - Comprendre un débat juridique européen

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    D'Alicja Słowik sur le site de l'ECLJ :

    Baptême et droit à l’effacement des données à caractère personnel - Comprendre un débat juridique européen - Article clef

    22 Septembre 2026

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    Sommaire

    I. Droit canonique et doctrine de l’Église : le baptême comme acte unique et indélébile

    II. Droit européen : pluralité des sources du « droit à l’oubli » et enjeux de la protection de la liberté religieuse

    A. Droit de l’Union européenne

    B. Système de la CEDH

    III. Droit comparé : protection bien établie des registres de baptêmes

    Allemagne

    Espagne

    France

    Irlande

    Italie

    Malte

    Pologne

    Slovénie

    IV. Approche des juridictions européennes : à la recherche d’un juste équilibre entre le droit à la protection des données personnelles et la liberté religieuse

    A. Jurisprudence de la CJUE

    B. Jurisprudence de la Cour EDH

    Conclusion

  • En Allemagne et en Suisse, on a marché pour la vie

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    Le samedi 19 septembre 2026, plusieurs grandes « Marches pour la vie » ont eu lieu simultanément en Allemagne et en Suisse :

    • Allemagne : Berlin et Cologne. À Berlin, le Marsch für das Leben, organisé par le Bundesverband Lebensrecht, a réuni plus de 2 000 participants selon la police. Cinq évêques ont participé au cortège, parmi lesquels Mgr Rudolf Voderholzer et Mgr Stefan Oster. Il y a également eu un moment particulièrement touchant lors de la prise de parole de Roberta Acquaah, jeune étudiante en médecine. Elle a présenté un Poetry Slam, « Ich will leben » (« Je veux vivre »), en se plaçant symboliquement du point de vue de l'enfant à naître.

    Hunderte Menschen beim «Marsch für das Leben» | Jesus.de

    • À Cologne, une manifestation similaire a également été organisée; c'était la quatrième Marsch für das Leben. Les organisateurs ont revendiqué environ 2 100 participants. Le cortège était marqué par une forte présence chrétienne visible : croix, images religieuses, statues et groupes familiaux. L'ambiance semble avoir été davantage celle d'une manifestation chrétienne populaire que celle d'un rassemblement institutionnel. Une tentative de perturbation au début du rassemblement a été rapidement contenue ; la suite s'est déroulée sans incident majeur. Le moment le plus significatif semble avoir été davantage lié aux témoignages et à la responsabilité du père. Markus Voss a parlé de la place souvent négligée des hommes lorsqu'une grossesse est inattendue : responsabilité, mais aussi difficulté de trouver leur place dans la décision concernant l'enfant.

    Marche pour la vie Cologne 2026

    • Suisse : Zurich. La 16ᵉ Marche pour la vie (Marsch fürs Läbe) s'est déroulée à Zurich-Oerlikon sous le slogan « Together for Life! », avec environ 2 200 participants selon les organisateurs. La manifestation mettait cette année particulièrement l'accent sur la responsabilité des hommes et des pères face à une grossesse inattendue. Il est intéressant de noter que la Conférence des évêques suisses avait publié, trois jours auparavant, un message sur cette Marche : elle précisait qu'elle ne serait pas officiellement représentée, tout en déclarant « se réjouir de tout soutien à la vie ». À Zurich, la manifestation a par ailleurs été perturbée par plusieurs dizaines de contre-manifestants ; la police municipale indique avoir dû intervenir, notamment avec des canons à eau, après des tentatives de blocage et des jets de bouteilles.

    Aktuell Schweiz - Märsche/Events - Marche pour la vie

    Ces trois rassemblements montrent une mobilisation pro-vie qui ne se réduit pas à la seule question de l'interdiction de l'avortement : à Berlin, elle s'inscrit dans une réflexion plus large sur la bioéthique et la dignité humaine ; à Cologne, elle conserve une expression chrétienne très populaire ; à Zurich, elle cherche explicitement à intégrer le rôle du père et la responsabilité masculine.

  • L’« étatisme pacifiste » du pape Léon dans la ligne de mire d’un politologue

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    De Sandro Magister sur settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    L’« étatisme pacifiste » du pape Léon dans la ligne de mire d’un politologue. Nouveau chapitre de la discussion ouverte par Orsina

    (S. M.) L’essai de l'historien du politique Giovanni Orsina, relayé le 1ᵉʳ septembre par Settimo Cielo, très critique de cette « morale sans politique » qui constitue la limite de la prédication de paix du pape Léon, a suscité un débat d’une importance majeure chez les spécialistes de science politique et d’histoire contemporaine.

    Aujourd’hui, c'est au tour d’Antonio Caragliu, avocat au barreau de Trieste, essayiste et membre de l’Union des juristes catholiques italiens, de répondre à Orsina.

    En analysant « Magnifica humanitas », M. Caragliu observe que — contrairement à la lecture qu’en fait le professeur Orsina — la reconnaissance du pouvoir souverain par le pape ne fait aucunement défaut. On trouverait même une exaltation du modèle étatique, y compris les contraintes exercées sur les acteurs privés (avec les concepteurs d’intelligence artificielle au premier chef) au nom du bien commun.

    Selon Caragliu, pour le pape Léon, le contrôle de l’État n'est pas un problème : c’est même la solution. Une solution hélas « dévoyée en doctrine sociale de "Secrétairerie d’État" — c’est-à-dire passée au filtre d’un dicastère à ce point immergé dans ses relations diplomatiques avec les États qu’il ne parvient plus à en percevoir les dérives idéologiques. »

    Pour le dire autrement, on trouverait chez le pape Léon un excès d’étatisme plutôt que sa démystification salutaire s’inscrivant dans la « culture politique traditionnelle des démocrates-chrétiens ».

    Sur la photo, le pape apparaît aux côtés de Chris Olah, cofondateur d’Anthropic, qu’il a invité au Vatican pour présenter « Magnifica humanitas » avant de le recevoir à Castel Gandolfo.

    La parole est à M. Caragliu.

    *

    « Magnifica humanitas » : désarmée face aux États, désarmante pour les acteurs privés

    par Antonio Caragliu

    L’essai de Giovanni Orsina contient des intuitions judicieuses, mais je considère que sa lecture globale de « Magnifica humanitas » reste au moins partiellement biaisée par une grille de lecture philosophico-politique bien particulière, que l’on retrouve dans un brillant essai de Giovanni Spadolini paru en 1950, Il papato socialista (« La papauté socialiste »).

    Dans cette étude, Spadolini, alors âgé d'à peine plus de vingt ans, soulignait que le catholicisme social et le communisme partagent un ennemi commun : le libéralisme.

    Pour être exact, il faisait référence au libéralisme du Risorgimento, imprégné d’un certain hégélianisme historiciste concevant « l’État moderne comme une entité autonome et autosuffisante, douée d’une conscience et d’une loi morale propres », tout en voyant « dans la nation la forme historique de l’État, et dans le monde une lutte permanente entre États ».

    Le socialisme catholique s'opposait, selon lui, à cette vision parce qu’à la différence du socialisme marxiste moderne axé sur la lutte des classes, il rejette le principe même de l'affrontement régissant tant l’État moderne que le capitalisme, et « résout le conflit en dissolvant l’État en soi ». L’Église — expliquait Spadolini — s’est toujours opposée à la réduction de l’existence aux seules catégories de la guerre, de la lutte des classes, de la concurrence ou de la sélection naturelle. Elle « ambitionne de remporter sa victoire majeure en lançant et en imposant, une fois encore, son message de paix, d’amour, de fraternité et de charité ».

    Parfaitement aligné sur ces thèses, Orsina reproche à la pensée sociale de Léon XIV son manque de prudence et de sain réalisme lorsqu’elle confie à la politique la mission d'édifier la « civilisation de l’amour », réduisant ainsi les rapports de force et les conflits d’intérêts qui caractérisent inévitablement l’arène politique nationale et internationale à une morale transcendante. Léon « exorcise le pouvoir », « fuit dans l’utopie », et n'admet la puissance « qu’au moment où elle renonce à elle-même, se fait faiblesse et service, se disperse ». Il la soumet « à tel point à l’éthique qu’elle se trouve privée non seulement de légitimité et d’autonomie, mais en définitive, de toute capacité réelle d’action ».

    Cette position s'inscrit dans la droite ligne de la culture politique traditionnelle des démocrates-chrétiens, qui « a toujours manié le concept de souveraineté avec précaution et embarras. Elle considérait l’idée d’une puissance séparée et transcendante gouvernant le corps politique d’en haut comme une erreur théologique avant d’être politique, ne voyant dans l’État qu’un simple instrument au service du pluralisme social. » D’où « la défiance envers l’État et la vocation supranationale. »

    Si je rejoins Orsina sur l’absence de « sain réalisme » (je dirais pour ma part « réalisme augustinien ») quant à la confiance accordée par le pape à la « politique » (en réalité, à l’État), je ne peux pas le suivre dans sa dénonciation d’une véritable dilution du pouvoir (lorsqu’il évoque une « autorité diluée jusqu’à presque disparaître dans la logique de subsidiarité »). Je ne pense pas que ce soient là les conséquences politiques réelles de l’utopisme bienveillant du pape Léon. C’est même tout l’inverse. Sur ce point, c'est l'analyse d'Orsina qui me paraît être déconnectée du réel et manquer de lucidité.

    Examinons donc l’encyclique. Le sous-titre de « Magnifica humanitas » est : « Encyclique sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ». En réalité, les enjeux éthiques, juridiques et anthropologiques propres au développement de l'IA y sont traités de manière très marginale et générique. L'objectif fondamental du texte est de récapituler et de consolider les principes et catégories du magistère social des pontifes, de Léon XIII à nos jours, en les appliquant à l’intelligence artificielle, cette dernière n'étant prise que comme une simple illustration de la catégorie globale d'innovation technologique.

    Dans cet examen des risques liés à l'IA, ce qui frappe le lecteur, c'est le silence quasi absolu du pape sur les abus que les gouvernements peuvent commettre (et commettent !) à travers le traitement automatisé des données personnelles et la surveillance de leurs citoyens, au mépris de leurs libertés fondamentales (le cas flagrant étant la Chine, bien que des dérives similaires soient notoirement perpétrées par des gouvernements occidentaux).

    La seule exception concerne les conflits armés, où il dénonce les risques de déresponsabilisation induits par l’autonomie et l’automatisation des systèmes d’IA appliqués à l’armement (n° 197 – 200). En dehors de ce cadre, le contrôle étatique n’est pas le problème aux yeux de Léon : c’est la solution. Le véritable danger — écrit-il — provient des « acteurs privés » : « Par le passé, c’étaient surtout les États qui guidaient et orientaient l’innovation. Aujourd’hui, en revanche, les principaux moteurs du développement sont des acteurs privés, souvent transnationaux, dotés de ressources et de capacités d’intervention supérieures à celles de nombreux gouvernements. Le pouvoir technologique prend ainsi un visage inédit, essentiellement privé, et donc d’autant plus difficile à cerner, à réguler et à orienter vers le bien commun. » (n° 5). Il ajoute : « Lorsqu’un pouvoir d’une telle ampleur se concentre entre quelques mains, il tend à devenir opaque et à échapper au contrôle public, et augmente le risque d’un développement faussé qui engendre de nouvelles dépendances, des exclusions, des manipulations et des inégalités. » (n° 95).

    Mais est-ce vraiment le cas ? Ces acteurs privés ont-ils le pouvoir de m'arrêter ou de m’imposer des taxes ? Exercent-ils une contrainte légale ? Ont-ils un intérêt propre à censurer mes opinions politiques ou religieuses ? Ne se prêtent-ils pas plutôt à de telles pratiques en connivence avec les gouvernements, afin d'échapper aux représailles de leur pouvoir normatif ?

    Pourtant, le véritable danger — poursuit le pape — réside dans le « pouvoir de fait sur les conditions de la vie en communauté » que détient tout acteur économique et technologique majeur (n° 71).

    Dès lors que, pour Léon, le problème réside dans les « inégalités presque automatiques » (n° 79), l’« exclusion » (notion vague propice aux abus de n'importe quel tribun) et les « processus technologiques et organisationnels qui échappent au contrôle démocratique », la solution ne peut donc être que le contrôle étatique au nom de la « justice sociale » et du « bien commun ». Par quels moyens ? Par des « redistributions progressives » (n° 153), des « lois justes et des instruments de redistribution qui corrigent les déséquilibres » (n° 162).

    Dans un tel cadre, se réfugier derrière de timides concessions à la subsidiarité, à la « créativité humaine » ou à la propriété privée — comme le proposent les interprétations accommodantes de certains think tanks comme l’Acton Institute — me semble inefficace et dépourvu de sens.

    J'en reviens à Orsina. « Magnifica humanitas » manque certes de réalisme, mais contrairement à ce qu'il affirme, la reconnaissance du pouvoir souverain n'y fait nullement défaut. La contrainte y est bien présente, et son exercice se trouve légitimé dès lors qu'il s'applique aux acteurs privés pour le bien commun. Dans une lecture socio-économique qui oscille entre marxisme et keynésianisme poussé, ce constat est flagrant et inévitable.

    Dans cette encyclique, au nom de la satisfaction des besoins de tous et d'une orientation maîtrisée du développement économique, on assiste à une exaltation du schéma étatique. Certes, il s'agit d'un étatisme non belliciste : pacifiste, inclusif, et à vocation supranationale. Le projet d'une civilisation de l'amour « consiste à traduire la charité en structures de justice, à donner une forme institutionnelle à la fraternité » (n° 186) et se donne pour tâche de « transformer cette interdépendance subie en une solidarité voulue et choisie » (n° 187). Mais ici, le pouvoir n'est ni dissous, ni affaibli, ni dispersé : c'est tout le contraire.

    Certes, le problème n'est pas neuf et ne concerne pas cette seule encyclique, il serait injuste et inexact de le prétendre. Il découle d'une doctrine sociale de l'Église dévoyée en doctrine sociale de « Secrétairerie d'État » : c’est-à-dire passée au filtre d’un dicastère à ce point immergé dans ses relations diplomatiques avec les États qu’il ne parvient plus à en percevoir les dérives idéologiques. On serait en droit d’attendre de l'Église un sens plus aigu de l'histoire, un plus grand réalisme et, surtout, une compréhension plus profonde de l'Évangile. Car le fond du problème est avant tout d'ordre théologique.

    Le célèbre passage de l’Évangile où Jésus répond aux pharisiens de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu — qu’on réduit bien souvent à tort à une simple délimitation des compétences entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel — mériterait d'être approfondi à sa juste valeur. On en tirerait une précieuse démystification du pouvoir et une liberté de jugement qui font défaut aujourd'hui encore.

    On y gagnerait en réalisme et en fidélité à l'Évangile.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.