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Animateur de radio et de télévision, notamment des émissions «Secrets d’Histoire» et «Le village préféré des Français», Stéphane Bern a créé, en 2017, une mission qui porte son nom pour aider le patrimoine en péril, en partenariat avec le ministère de la Culture, la Fondation pour le patrimoine et la Française des Jeux.
La mission Stéphane Bern en chiffres:
Les acteurs publics ou privés peuvent bénéficier de l’aide de la mission pour sauvegarder les monuments historiques. • 3500 sites signaléset 390 projets sélectionnés en deux ans. • 25 millions d’euros:c’est ce qu’ont rapporté les jeux Mission Patrimoine. S’y ajoutent 10 millions d’euros de dons, mécénats et parrainages.
Le verbe haut et libre, le célèbre animateur est l’un des plus fervents défenseurs de notre patrimoine religieux. À commencer par Notre-Dame de Paris dont nous célébrons le premier anniversaire de l’incendie.
A cette occasion Bertrand Duguet et Hugues Lefevre l’ont interviewé pour le magazine « Famille Chrétienne » :
« Qu’avez-vous ressenti le 15 avril 2019, soir de l’incendie de Notre-Dame, dont nous célébrons cette semaine le premier anniversaire ?
Face à ce terrible spectacle, vous ne savez pas pourquoi, les larmes jaillissent. J’ai toujours du mal à en parler sans éprouver une forte émotion. Voir la flèche tomber a été une vision intolérable. Cette image me hantera toute ma vie. J’aurais aimé ne jamais avoir à vivre ce drame.
Pourquoi cet événement a-t-il suscité autant d’émotion ?
D’abord parce que Notre-Dame est le livre d’Histoire de la France depuis huit cent cinquante ans. La cathédrale a rassemblé régulièrement les Français. Citons par exemple le sacre de Napoléon, le baptême de Napoléon III, la Libération de Paris, les obsèques du général de Gaulle.
Le deuxième point qui m’a frappé est la stupéfaction et l’incrédulité que nous tous, Français, avons ressenties. En réalité, c’est parce que ce monument n’était pas destiné à partir avant nous. Nous ne sommes que de simples mortels qui passons. Notre-Dame était supposée être éternelle. Nous avons mesuré sa fragilité. Ce n’est pas dans l’ordre naturel des choses. L’ordre naturel, c’est que Notre-Dame reste et que nous, nous passions.
Enfin, ma troisième réflexion est que la cathédrale avait résisté aux révolutions, aux pillages, aux ravages... Mais elle n’a pas résisté à l’arrogance de la modernité. Elle n’a pas résisté à ces « On sait mieux faire que tout le monde et que les anciens ». Elle n’a pas résisté malgré nos moyens techniques ultramodernes. Elle n’a pas résisté à ce cumul d’incompétence et d’inconséquence.
L’émouvante prestation d’Andrea Bocelli, seul dans la cathédrale de Milan (vidéo)
En hommage aux victimes du coronavirus.
13/04/2020 à 09:00
Le moment était unique et émouvant. Ce dimanche 12 avril, Andrea Bocelli a chanté, seul dans la cathédrale de Milan déserte, seulement accompagné d’un organiste. Pour le ténor italien, il s’agissait plus d’une « prière » que d’un concert, à l’occasion du dimanche de Pâques. Sa prestation d’une demi-heure a été diffusée en direct sur Youtube. Et en ce lundi de Pâques, la vidéo a déjà été visionnée près de 24 millions de fois, rapporte BFM TV.
« Prier, dans la maison de Dieu et le jour de la principale célébration chrétienne, pour que nous puissions surmonter le plus tôt possible cette période dramatique et repartir avec une conscience nouvelle pour arriver à une nouvelle façon de s'occuper de son prochain et de la planète », avait déclaré le chanteur pour expliquer son projet.
En hommage aux victimes du coronavirus et à l’occasion de Pâques, Andrea Bocelli a ainsi entonné plusieurs airs de circonstance tels que le « Santa Maria » de Pietro Mascagni, l’« Ave Maria » de Charles Gounod ou encore le cantique chrétien « Amazing Grace ». Il a conclu sa « prière » à l’extérieur de la cathédrale de Milan. Un appel aux dons avait été lancé également, parallèlement à la diffusion du concert. Plus de 220 000 euros ont été récoltés par l’association du ténor, pour les hôpitaux italiens.
En cette période de confinement prophylactique prescrit par les autorités publiques pour circonscrire l’épidémie de coronavirus, les rassemblements de personnes sont interdits jusqu’à nouvel ordre. Les offices religieux n’échappent pas à ces mesures sanitaires préventives: l’église du Saint-Sacrement est naturellement tenue de les respecter, même si elle continue d’accueillir les actes de piété individuels.
Eglise ouverte
En effet, sauf décision contraire de la commune, les églises peuvent rester ouvertes pour la prière personnelle et le recueillement quand c’est possible. En tant qu’espaces publics, elles sont bien évidemment soumises aux mesures gouvernementales, dont le respect de la distance de sécurité.
Moyennant le respect de ces conditions, l’église du Saint-Sacrement a choisi de rester ouverte à la dévotion individuelle des fidèles les mardis de 17h à 19h, jeudis de 10h à 12h et de 14h à 17h, vendredis de 12h à 14h, samedis, de 14h00 à 17h00 et dimanches, de 14h00 à 17h00.
Le vendredi-saint 10 avril, à partir de 12h00 jusqu'à 15h00, l'église accueillera, dans les conditions sanitaires requises, les personnes désireuses d'accomplir un chemin de la croix. Une exposition sur le Saint-Suaire de Turin est également visible.
La présence d’un prêtre est toujours assurée.
Travaux de restauration
Par ailleurs, sous les conditions, notamment de distanciation et d’hygiène, exigées pour préserver la santé du personnel des entreprises, les travaux de restauration de l’église, qui ont débuté le lundi 2 mars dernier, se poursuivront sans interruption (sauf cas de force majeure) jusqu’à la date de clôture du chantier prévue le 11 décembre prochain.
Les Pères Prémontrés installés à l’Abbaye de la Cambre depuis sept ans sont sur le point d’en être délogés !
Ce départ imposé par Mgr Kockerols n’est pas demandé par les Pères et scandalise les fidèles. Il n’a fait l’objet d’aucune concertation avec les centaines de paroissiens de la Cambre.
Après les expulsions des Saints Apôtres, des Fraternités de Jérusalem, l’extinction forcée de paroisses populaires, la fermeture de l’IET, cette décision est un pas de plus vers la désertification spirituelle de Bruxelles.
Nous la refusons de toutes nos forces !
Par leur vie de prière, leur belle liturgie et leur soin pastoral admirable, les PP. Hugues Bada et Tanguy Rivière attirent en grand nombre des fidèles à la Cambre ; l’Abbaye a commencé à revivre au rythme des offices, de l’adoration eucharistique, de la prière des mères, de la formation des enfants, de la préparation au mariage, des parcours pour les couples, et des nombreux événements rassemblant une Communauté vivante se fortifiant année après année. L’Abbaye qui renoue ainsi avec ses racines monastiques, joue ainsi, par-delà la prière et soutenue par celle-ci, un rôle social fondamental au cœur de Bruxelles et bien au-delà.
Subitement et sans avertissement préalable, le 1er avril dernier, Mgr Kockerols fait savoir par un communiqué lapidaire qu’« il était cependant devenu de plus en plus difficile, vu les défis pastoraux de l’Église de Bruxelles d’une part, et les enjeux propres à l’Abbaye de Leffe d’autre part, de maintenir telle quelle cette présence. »
Nous ne comprenons pas en quoi les «défis pastoraux de l’Eglise de Bruxelles» ainsi que ceux d’un ordre religieux consacré à l’apostolat paroissial peuvent être mis à mal par une pastorale qui porte ses fruits.
En quoi donc, la situation pastorale de l’Église de Bruxelles se trouvera améliorée par l’extinction d’un apostolat si fécond ?
Nous demandons :
· Que les « défis pastoraux » de l’Église de Bruxelles ne soient pas réglés par le départ des Pères Prémontrés de la Cambre. Ce n’est pas en écartant ses prêtres dont l’apostolat est fécond qu’on améliorera la situation de notre Église ;
· Que les Pères Prémontrés puissent poursuivre leur apostolat à la Cambre avec leur spécificité, sachant que la diversité des charismes est une richesse pour l’Église et son rayonnement.
Nous comprenons que les défis pastoraux de Bruxelles sont énormes. Mais réjouissons-nous de ces lieux rayonnants et soutenons-les ; Bruxelles n’a pas trop de prêtres et ne peut se permettre d’en renvoyer. Ne coupons pas la branche qui porte du fruit !
Nous ne voulons pas d’une Église qui vide et abandonne ses églises et en chasse les prêtres.
Puissent Mgr De Kesel et son évêque auxiliaire Mgr Kockerols abandonner leur projet ou du moins le suspendre afin de prendre le temps du discernement nécessaire pour de justes décisions en faveur du bien des âmes.
CEPENDANT, le Père abbé de l'Abbaye de Leffe dont font partie les deux chanoines prémontrés de La Cambre, a réagi à cette initiative, appelant les deux parties au dialogue :
Ave Regina est une prière catholique dédiée à la Vierge Marie, de Ave, « Salut », et Regina, « reine ». L'Ave Maria est beaucoup plus courant. C'est une des quatre antiennes mariales chantées dans l'office divin pendant toute l'année. Clément VI, pape de 1342 à 1352, l'y a ajoutée, en pensant à saint Éphrem et à Saint Jérôme. Elle est surtout priée de la fête de la présentation de Jésus le , jusqu'avant le jeudi saint. On lui donne une importance spéciale pendant le septuagésime, le carême et le temps de la passion. Son titre s'écrit parfois Ave Regina Cœlorum ou Ave Regina Cælorum en latin, ce qui signifie Salut, Reine des Cieux en français.
Ses origines sont mystérieuses et son auteur est inconnu. On pense qu'elle remonte probablement au xiie siècle et certains disent que Bernard de Clairvaux ou Herman de Reichenau auraient pu la composer. Plus anciennement, c'était ce que l'on appelait une antienne de procession. Elle est mentionnée dans le Psautier de Saint-Alban. Le vers Dignare me laudare est particulièrement ancien. On l'a comparée à l'Akathistos, un hymne oriental. (source)
Ave, Regina Caelórum Ave, Dómina angelórum, Salve, radix, salve, porta Ex qua mundo lux est orta.
Gaude, Virgo gloriósa, Super omnes speciósa ; Vale, o valde decóra Et pro nobis Christum exóra.
Salut, Reine des cieux ! Salut, Reine des Anges ! Salut, tige féconde ! Salut, porte du Ciel ! Par toi la lumière s’est levée sur le monde.
Réjouis-toi, Vierge glorieuse, Belle entre toutes les femmes ! Salut, splendeur radieuse, Implore le Christ pour nous.
Il y a cinq cents ans, le 6 avril 1520, Raphaël, le grand peintre des Chambres (Aux Musées du Vatican) et de la Transfiguration, s'éteignait à l'âge de 37 ans. Son art, profondément chrétien, est aussi une parole de réconfort en ces jours d'épreuve.
Un artiste universel dont la peinture continue de parler aux hommes et aux femmes de tous les temps. C'est ainsi qu'est défini Raphaël, cinq cents ans après sa mort, par Marzia Faietti, la commissaire de la grande exposition monographique qui est consacrée à l'artiste aux Ecuries du Quirinal de Rome jusqu'au 2 juin. Malgré la fermeture temporaire de l'exposition en raison de l'épidémie de Covid-19, des visites virtuelles ont été mises en place pour permettre aux visiteurs d'apprécier de chez eux les plus de cent œuvres du Maestro, rassemblées pour la première fois dans le cadre de l'exposition romaine.
Un art proche du monde contemporain
Ces chefs-d'œuvre visibles sur internet - explique Marzia Faietti - «accompagnent notre séjour forcé à la maison». L'art de Raphaël est en fait «plus proche du monde contemporain que nous le pensons, poursuit-elle. Ce cinquième centenaire tombe en plein dans l'urgence sanitaire qui a frappé le monde entier. Raphaël est un artiste de la paix et du dialogue : ces valeurs sont plus que jamais d'actualité dans un moment historique où la solidarité est un besoin essentiel». La commissaire espère qu'une fois la quarantaine terminée, le grand public pourra profiter pleinement de la «beauté poignante» des nombreux chefs-d'œuvre exposés.
Le regard qui émeut
Marzia Faietti nous conduit idéalement dans les salles des Ecuries, invitant chacun à se laisser interroger par le regard «intelligent et transparent» du portrait de Baldassarre Castiglione, qui, venant du Louvre, rencontre immédiatement notre regard au premier étage de l'exposition. «C'est un spectacle émouvant. Baldassarre était humaniste, diplomate, mais il était avant tout un ami de Raphaël. Il a partagé avec lui des idées et des visions de la vie. Cette œuvre, ajoute Faietti, transmet la beauté de la valeur de l'amitié».
L'extase peinte
Toujours au premier étage, on ne peut que s'arrêter en admiration devant l'intensité du Portrait de Léon X entre les cardinaux Giulio de' Medici et Luigi de' Rossi de la Galerie des Offices, un musée qui a contribué de manière décisive à la réalisation de l'exposition avec 50 prêts. L'exposition se poursuit par un arrêt obligatoire devant l'Extase de Sainte Cécile, aujourd'hui conservée à la Pinacothèque Nationale de Bologne et réalisée à l'origine pour l'église de San Giovanni in Monte in Bologna. «L'œuvre se trouvait devant le retable de Pérugin peint pour la même église quelques années auparavant. La comparaison entre les langues est significative" à la fois parce qu'elle met Raphaël en dialogue avec son maître et parce qu'elle met en évidence "le saut révolutionnaire" fait par l'étudiant» souligne Marzia Faiettiqui précise que Raphaël Raffaello s'efforce de décrire une extase réussit comme jamais auparavant.
La visite se poursuit à l'étage supérieur des Ecuries avec les peintures dédiées aux merveilleuses figures féminines : la Fornarina, la Velata et les Madones ; parmi elles, la Madone d'Alba venue de Washington qui se distingue par «une réinterprétation des schémas de Leonard de Vinci» et «la très affectueuse Madone Tempi» arrivée de la Pinacothèque de Munich. Enfin, le rappel mutuel entre l'autoportrait de jeunesse de Florence et l'autoportrait avec ami l'œuvre de la maturité de Raphaël.
Sommet de l'art chrétien
L'historien de l'art Rodolfo Papa, président de l'Accademie urbaine des Arts à Rome, s'attarde également sur l'universalité de la langue de Raphaël : «Raphaël est le point culminant de toute la culture artistique occidentale et chrétienne : il est l'aboutissement d'une tradition qui a conduit au développement d'un art propre au christianisme». Selon Rodoflo Papa, Raphaël reste «un modèle encore valable aujourd'hui» pour les inventions artistiques, ainsi que pour sa grande capacité de dessin. Parmi les nombreuses œuvres de la production d'Urbino, on ne peut oublier les célèbres tapisseries, extraordinairement exposées à la Chapelle Sixtine du 17 au 23 février dernier. "Celle qui représente la conversion de Paul - se souvient le professeur Papa - a influencé les fresques de la Chapelle Paoline de Michel-Ange et, à travers elles, le chef-d'œuvre homonyme Odescalchi du Caravage"». La grandeur de Raphaël réside ainsi dans sa capacité à contenir l'ancien, qui l'a précédé, et à inventer un art qui deviendra un modèle pour les siècles suivants.
L'obscurité et la lumière de la Transfiguration
L'art est une consolation. En ces temps marqués par l'épidémie de coronavirus, Rodolfo Papa se souvient de ce qu'il appelle le «plus grand chef-d'œuvre» de Raphaël, la Transfiguration qui est exposée aux Musées du Vatican. C'est l'œuvre que le Maître a peinte pendant les derniers jours de sa vie et qu'il voulait dans la chambre à coucher d'où il a rendu son dernier souffle. «C'est une peinture consolatrice parce qu'elle montre le chemin : dans le moment de besoin, de difficulté, de tribulation, d'obscurité», l'espoir est tourné vers la lumière de la Transfiguration du Christ. La peinture de Raphaël offre également une référence à la politique. «Face à la crise profonde d'une culture néo-libérale centrée sur le marché» et qui favorise la culture du rejet des plus faibles et des plus vulnérables, les fresques de la salle de la Signature au Vatican - explique encore Rodolfo Papa - nous rappellent sur quoi doit se fonder le bien commun : le droit, la philosophie, la théologie, la poésie et la peinture, fondements architecturaux sur lesquels doit se construire la polis selon la vision chrétienne, dans un savoir unique».
Le tableau de Van Eyck est baigné de la spiritualité de son époque, notamment de L’Imitation de Jésus-Christ.
La douce lumière des Pays-Bas baigne la vision de L’Agneau mystique des frères Van Eyck, lumière naturelle tamisée par les brumes du Nord, et lumière surnaturelle émanée de L’Imitation de Jésus-Christ, très certainement due à leur voisin et contemporain, Thomas a Kempis.
« Devotio moderna »
Nous sommes à cet automne du Moyen Âge célébré par Huizinga, au moment où s’éteignent les derniers feux de la chrétienté, et où s’éveille ce qu’il est convenu d’appeler la devotio moderna – courant de spiritualité et de réforme intérieure, toute d’intériorité et de recueillement. Là où l’iconographie médiévale était dominée par le Christ Pantocrator dans une vision de gloire du mystère chrétien, l’Imitation nous dit que « toute la gloire et la beauté de Jésus sont à l’intérieur, et c’est là qu’il vient fréquemment visiter son ami, qu’il s’entretient doucement avec lui et le console gracieusement, avec une abondance de paix et une familiarité vraiment incroyable » (Imitation, II, 7).
Peste et guerre
Et tandis qu’au-dehors la guerre de Cent Ans et la grande peste dévastent l’Europe, le centre de gravité de la vie chrétienne, en même temps qu’il s’intériorise, se déplace de la terre vers le Ciel. « La paix viendra au jour déterminé, que le Seigneur connaît ; alors il n’y aura plus le jour et la nuit, mais la lumière perpétuelle, la clarté sans fin, la paix solide et le repos assuré. Tu ne diras plus : "Qui me libérera de ce corps de mort ?" (Ro 7, 24), et tu ne t’exclameras plus : "Malheur à moi, car mon exil se prolonge !" (Ps 119, 5) car la mort sera détruite et le salut sera complet, l’angoisse aura disparu, il n’y aura que joie et bonheur, en douce et gracieuse compagnie » (III, 47).
Vision de paix
Le triptyque de L’Agneau mystique anticipe cette vision de paix, vision tout intérieure, car « le Royaume de Dieu est au-dedans de vous, dit le Seigneur » (II, 1).
On comprend alors la place d’Adam et Ève sur les volets extérieurs du retable ; les deux inscriptions latines placées sous leurs pieds l’explicitent : « Adam nous précipite dans la mort » et « Ève fut la cause de la mort ».
Du péché d’Adam à l’Apocalypse, toute l’histoire du salut porte l’humanité et la création tout entière vers l’Agneau immolé, dont le sang jaillissant vient jusqu’à nous par le calice de l’eucharistie : « Nous te rendons grâce, Créateur et Rédempteur des hommes, toi qui pour manifester ta charité au monde entier as préparé un repas magnifique, au cours duquel tu nous offres à manger non pas la figure d’un agneau, mais ton corps et ton sang très saints ! Tu y réjouis tous les fidèles par un festin sacré, et tu les enivres du calice du salut, et ils y trouvent toutes les délices du paradis. Et les anges s’y rassasient avec nous, quoique leur félicité y soit plus douce que la nôtre » (IV, 11).
L’exposition Van Eyck, au musée de Gand, qui devait se tenir jusqu’au 30 avril, est restée ouverte un mois et demi ; elle a eu un peu plus de chance que la grande exposition Raphaël, au Quirinal à Rome, qui a fermé trois jours après son ouverture. En ce temps de confinement chez soi, un site permet de regarder à la loupe, en macrophotographie, les œuvres de Van Eyck, dont L’Agneau mystique : http://closertovaneyck.kikirpa.be
et aussi, de Mélina de Courcy :
« Avec Van Eyck, le spirituel est dans la matière »
Les douze panneaux peints du retable de l’Agneau Mystique de Gand, lorsqu’il est fermé, illustrent la scène de l'Annonciation. C’est la scène primordiale où tout bascule. L’espace clos de la chambre est élargi aux dimensions de l’univers. Marie, l’Ange Gabriel, juifs, païens, donateurs, disciples, tous attendent, groupés autour de deux petits panneaux centraux presque vides. Celui de gauche ouvre sur l’extérieur, le droit est envahi par le silence d’une nature morte. Une aiguière, un bassin luisent doucement, surmontés d’un trèfle de lumière sous un pinacle, tel un tabernacle.
Plus étrange encore, un linge blanc constitue la partie la plus claire du tableau. Le tissu rêche devient linceul. Ce point mort bat comme un cœur, autour duquel les personnages semblent danser une ronde. Le peintre le place au centre, comme si l’objet le plus quotidien symbolisait une présence. L’ordinaire devient extraordinaire. Autant d’indices où l’esprit épouse la matière, qu’il transcende.
Dans la réalité, il y a le symbole, qui donne à voir au-delà des apparences, et de tout confinement. Van Eyck interroge ainsi la banalité supposée, la richesse cachée, la profondeur insoupçonnée du sens de notre existence quotidienne. Le spirituel est dans la matière. Il demeure partout où l’on veut bien le voir.
Stella cœli extirpavit – Prière en temps d’épidémie à la Vierge Marie
Voici le texte latin de cette prière en temps d’épidémie avec une traduction française, suivie de son verset et de son oraison :
Stélla cœli extirpávit, Quæ lactávit Dóminum,
L’Etoile du Ciel, qui allaita le Seigneur, a extirpé la peste de la mort, qu’avaient planté les premiers parents de l’homme.
Mórtis péstem, quam plantávit Prímus párens hóminum.
Ipsa stélla nunc dignétur Sídera compéscere,
Puisse cette même Etoile brillante daigner maintenant éteindre cette constellation dont les combats ont tué le peuple blessé par une mort amère.
Quórum bélla plébem cædunt Díræ mórtis úlcere.
Piíssima Stélla máris, A péste succúre nóbis.
O très pieuse Etoile de la mer, protège-nous de la peste.
Audi nos, Dómina, nam fílius tuus Níhil négans, te honórat,
Ecoute-nous, ô Dame, car ton Fils t’honore en ne te refusant rien.
Sálva nos, Jésu, Pro quíbus Vírgo María te órat.
Sauve-nous, Jésus, nous pour qui la Vierge Marie te prie.
℣. Ora pro nobis, piíssima Dei Génitrix. ℟. Quæ contrivísti caput serpéntis, auxiliáre nobis.
℣. Prie pour nous, très pieuse Mère de Dieu. ℞. Toi qui a écrasé la tête du serpent, secours-nous.
Orémus.
Prions.
Deus misericórdiæ, Deus pietátis, Deus indulgéntiæ, qui misértus es super afflictiónem populi tui, et dixísti Angelo percutiénti pópulum tuum : Cóntine manum tuam, ob amórem illíus Stellæ gloriósæ, cujus úbera pretiósa contra venénum nostrórum delictórum dúlciter suxísti ; præsta auxilium gratiæ tuæ, ut intercedente Beata Virgine Maria Matre tua et Beato Bartholomæo apostolo tuo dilecto, ab omni peste & improvísa morte secúre liberémur, et a totíus perditiónis incúrsu misericórditer salvémur. Per te Jesu Christe, Rex glóriæ, qui cum Patre & Spíritu Sancto vivis et regnas, Deus in sæcula sæculorum.
Dieu de miséricorde, Dieu d’amour, Dieu de pardon, qui fut ému de compassion pour l’affliction de ton peuple, et qui dit à l’Ange dévastateur de ton peuple : « Retiens ta main » ; pour l’amour de cette Etoile glorieuse, dont le sein précieux t’a allaité avec douceur contre le venin de nos péchés, accorde-nous le secours de ta grâce, afin qu’à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie ta Mère, et du Bienheureux Barthélémy ton Apôtre bien-aimé, nous soyons délivrés en toute sûreté de toute peste et de la mort imprévue, et que nous soyons miséricordieusement sauvés de l’assaut de toute perdition. Par toi, Jésus-Christ, Roi de gloire, qui avec le Père et l’Esprit Saint vis et règnes, Dieu pour les siècles des siècles.
℟. Amen.
Les vers de cette prière en temps d’épidémie sont tirés d’une homélie sur la Nativité de saint Pierre Damascène, évêque de Damas au VIIIème siècle. Selon la tradition, ce texte fut offert sur un carton par saint Barthélémy apparaissant aux Clarisses de Coimbra au Portugal, alors que la ville était ravagée par la peste en 1317, afin qu’elles le récitent : le couvent fut épargné. Ce monastère avait été re-fondé en 1314 par la reine Isabelle d’Aragon (1271 † 1336), épouse de Denis Ier, roi du Portugal, elle y prit le voile et y mourut : elle est plus connue comme sainte Elisabeth du Portugal, vénérée sous son nom de religion depuis sa canonisation par le pape Urbain VIII en 1625.
Ce soir du 27 mars 2020, sous la pluie d’une place Saint-Pierre déserte : impressionnant.
” Le soir venu » (Mc 4, 35). Ainsi commence l’Evangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Evangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble.
Il est facile de nous retrouver dans ce récit. Ce qui est difficile, c’est de comprendre le comportement de Jésus. Alors que les disciples sont naturellement inquiets et désespérés, il est à l’arrière, à l’endroit de la barque qui coulera en premier. Et que fait-il ? Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir –. Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un ton de reproche : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (v. 40).
Cherchons à comprendre. En quoi consiste le manque de foi de la part des disciples, qui s’oppose à la confiance de Jésus ? Ils n’avaient pas cessé de croire en lui. En effet, ils l’invoquent. Mais voyons comment ils l’invoquent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (v. 38). Cela ne te fait rien : ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : “Tu ne te soucies pas de moi ?”. C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.
La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’“emballer” et d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésier avec des habitudes apparemment “salvatrices”, incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, en nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité.
À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos “ego” toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.
« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Seigneur, ce soir, ta Parole nous touche et nous concerne tous. Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : “Réveille-toi Seigneur !”
« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : “Convertissez-vous”, « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. Et nous pouvons voir de nombreux compagnons de voyage exemplaires qui, dans cette peur, ont réagi en donnant leur vie. C’est la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul.
Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : « Que tous soient un » (Jn 17, 21). Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insuffle l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la co-responsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière ! Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes!
« Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais.
Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. Nous avons une ancre : par sa croix, nous avons été sauvés. Nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés. Nous avons une espérance : par sa croix, nous avons été rénovés et embrassés afin que rien ni personne ne nous sépare de son amour rédempteur. Dans l’isolement où nous souffrons du manque d’affections et de rencontres, en faisant l’expérience du manque de beaucoup de choses, écoutons une fois encore l’annonce qui nous sauve : il est ressuscité et vit à nos côtés. Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite. N’éteignons pas la flamme qui faiblit (cf. Is 42, 3) qui ne s’altère jamais, et laissons-la rallumer l’espérance.
Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance.
« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi, solide comme le roc, de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que, de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu.
Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfort aux cœurs.
Tu nous demandes de ne pas avoir peur.
Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs.
Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête.
Redis encore : « N’ayez pas peur » (Mt 28, 5).
Et nous, avec Pierre, “nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous” (cf. 1P 5, 7).