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Débats - Page 236

  • Tombes de Kamloops : les questions d'évangélisation et de mission soutenues par l'État

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    Du Père Raymond J. de Souza sur le National Catholic Register :

    La découverte de Kamloops alimente les questions d'évangélisation et de mission soutenues par l'État

    La question est aussi vieille que le colonialisme.

    11 juin 2021

    Le pape François a exprimé sa douleur et sa solidarité avec les peuples autochtones du Canada après la récente découverte de 215 tombes non marquées dans un ancien pensionnat à Kamloops, en Colombie-Britannique. Cette découverte a bouleversé la vie publique canadienne comme peu de sujets l'ont fait ces dernières années.

    Les jours précédents, les appels à des excuses papales officielles se sont multipliés, y compris de la part du Premier ministre Justin Trudeau. Ceux qui les ont réclamées ont estimé que les commentaires du Saint-Père à l'Angélus du 6 juin étaient inadéquats.

    La question a une portée plus large que le Canada. Comment l'Église pense-t-elle aujourd'hui à l'évangélisation et à la mission soutenues par le pouvoir de l'État - l'histoire des missions presque partout, que ce soit au Canada, au Mexique, en Inde ou au Brésil ? Si le projet colonial européen était moralement mauvais, comment penser alors au fait que la grande majorité des catholiques du monde ont reçu la foi grâce à lui ? 

    Cette question n'est pas nouvelle. Le meilleur film catholique jamais réalisé, The Mission (1986), examine l'enchevêtrement de la mission, de l'évangélisation, de l'esclavage, de la politique coloniale et des relations entre l'Église et l'État dans l'Amérique du Sud du XVIIIe siècle. En 1992, à l'occasion du cinquième centenaire du départ de Christophe Colomb pour l'Amérique, la question a fait l'objet d'un discours public largement favorable à Christophe Colomb. En 2020, alors que les statues de Saint Junipero Serra étaient renversées en Californie, le débat public avait nettement évolué.

    Les pensionnats

    À la fin du XIXe siècle, le gouvernement fédéral du Canada a lancé une politique d'éducation des enfants autochtones, appelés alors "Indiens" et aujourd'hui "indigènes". Cette éducation était destinée à fournir les rudiments d'une éducation européenne et à faciliter la participation des peuples indigènes à l'économie au sens large. 

    Mais le projet avait un objectif culturel plus fondamental, qui était de favoriser l'assimilation en supprimant les langues, les vêtements, les coiffures et la culture indiennes. Selon une expression tristement célèbre, l'objectif était de "tuer l'Indien dans l'enfant". 

    Le gouvernement a construit des pensionnats pour accueillir les enfants indigènes et a rendu leur présence obligatoire. Certaines familles envoyaient leurs enfants de leur plein gré ; pour beaucoup d'autres, les enfants étaient pris par l'État et forcés de vivre dans les "pensionnats" pendant l'année scolaire.

    Bien qu'il s'agisse d'une politique gouvernementale et que les écoles aient été construites par le gouvernement, leur fonctionnement a été largement confié à diverses églises chrétiennes, qui disposaient de l'énergie missionnaire nécessaire pour envoyer des enseignants dans les régions éloignées. Les diocèses et les ordres religieux catholiques géraient environ 60 % des pensionnats.

    Cette politique bénéficiait d'un large soutien de la part de tous les éléments du gouvernement et de la société canadienne. Les pensionnats ont perduré jusque dans les années 1960. Le dernier a fermé dans les années 1990. En 1969 encore, la politique officielle du premier ministre de l'époque, Pierre Trudeau, et du futur premier ministre, Jean Chrétien, était de favoriser l'assimilation des peuples autochtones.

    Abus et excuses

    À la fin des années 1980, d'anciens élèves des pensionnats ont commencé à raconter leurs histoires d'abus physiques et sexuels généralisés. Sur les 150 000 enfants autochtones qui ont fréquenté ces écoles, quelque 6 000 sont morts pendant leur séjour en raison de maladies contagieuses, de soins médicaux insuffisants et de négligence.

    En plus des abus, le principe même des pensionnats a été contesté comme étant injuste. En 2015, un rapport historique de la Commission de vérité et de réconciliation (Truth and Reconciliation Commission TRC) a non seulement décrit en détail les abus, mais a également condamné toute l'entreprise en la qualifiant de "génocide culturel". 

    Le processus de la TRC a fondamentalement changé la vision consensuelle de l'histoire canadienne au sein du gouvernement, des universités et des médias, à tel point que même les statues de Sir John A. Macdonald, le premier Premier ministre, ont été retirées dans les villes du pays. "Sir John A. Macdonald, comme on l'appelle communément, est tenu en moins bonne estime dans les cercles d'élite que ne le seraient des pères fondateurs esclavagistes américains comparables, comme Thomas Jefferson.

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  • Le cardinal Müller dénonce le cirque de la démission du cardinal Marx et les béni-oui-oui du Vatican

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    De Kath.Net :

    Le cardinal Müller critique vivement la demande de démission de Marx

    11.06.2021

    Berlin. L'ancien préfet de la foi au Vatican Gerhard Ludwig Müller a vivement critiqué la demande de démission du cardinal Reinhard Marx. Il s'est dit surpris "que la décision ait été traînée sur une scène de théâtre et que le peuple de Dieu ait été transformé en un public" qui devrait soit applaudir, soit crier "bouh". "Cela contredit la signification d'une manifestation spirituelle pour le salut du peuple", a déclaré le cardinal allemand Müller au magazine FOCUS. Le cardinal a également critiqué le style de leadership du pape François. Lorsque FOCUS lui a demandé s'il y avait trop de béni-oui-oui au Vatican aujourd'hui, il a répondu : "C'est évident, celui qui ne le saisit pas est aveugle à tous points de vue."

  • Le cardinal Marx remis en selle

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    De Luisella Scrosati sur la Nuova Bussola Quotidiana :

    Marx remis en selle : les abus plongent l'Eglise dans le désarroi

    11-06-2021

    En rejetant la démission du cardinal Marx, le pape François ne dit rien sur l'indication de la voie synodale comme moyen de sortir de la crise ; mais de cette façon, le risque existe que le vrai problème des abus sexuels finisse par jeter de la fumée dans les yeux, pour empêcher les gens de voir que l'Église en Allemagne est en désarroi à tous points de vue et que la voie synodale n'est pas la solution, mais l'accélérateur de ces problèmes.

    Dans une lettre écrite hier en espagnol et rapidement traduite en allemand, le pape François a rejeté la démission que l'archevêque de Munich et Freising, le cardinal Reinhard Marx avait présentée le 21 mai dernier, lui demandant de rester à la tête de son diocèse.

    "Des échecs sur le plan personnel", mais aussi "sur le plan institutionnel et systématique", tel était le contenu de la lettre de démission, qui avait l'air d'une véritable dénonciation. Marx a également évoqué le fait que "certains dans l'Église ne veulent pas accepter cet aspect de coresponsabilité et la culpabilité concomitante de l'institution", adoptant "une attitude hostile à tout dialogue de réforme et de renouveau par rapport à la crise des abus sexuels".

    La sortie de crise est, selon le cardinal, "uniquement celle de la 'voie synodale', une voie qui permet vraiment le 'discernement des esprits'". Une voie qui a pris, entre autres, la direction de la révision de tout l'enseignement moral de l'Église sur la sexualité. Le premier acte du synode allemand, alors que Marx était encore à la tête du DBK, s'était conclu par une "libre interprétation" de l'enseignement de l'Église sur le célibat, l'homosexualité et la sexualité. Marx avait déclaré que "d'une part nous adhérons à l'ordre de l'Église, mais d'autre part nous l'interprétons librement et ouvertement. Et nous essayons de faire quelque chose qui, sous cette forme, n'a jamais existé dans la nôtre" (voir ici).

    Maintenant que quelqu'un se met en travers du chemin, Marx lui marche sur les pieds et, comme un enfant gâté, dit : "Je ne joue plus. Vous êtes tous mauvais". Une tentative évidente de lui forcer la main dans le sens des "réformes" radicales promues par la Voie synodale avec un message corroboré par le "témoignage personnel" de la volonté de démissionner comme un geste de coresponsabilité, cette coresponsabilité que "les autres" ne veulent pas accepter. Un semblant d'humilité qui révèle, cependant, une volonté de pointer immédiatement du doigt ceux qui ne veulent pas de ses réformes. Et contre l'ensemble de l'Église en tant qu'institution.

    Le deuxième acte de l'affaire voit la lettre de François rejetant l'offre généreuse de l'archevêque de ce qui était le siège épiscopal de Ratzinger. "Je suis d'accord avec vous pour qualifier de catastrophe la triste histoire des abus sexuels et la manière dont l'Église les a traités jusqu'à récemment. Se rendre compte de cette hypocrisie dans la façon dont nous vivons notre foi est une grâce, c'est un premier pas que nous devons faire", écrit le pape. Il indique que le chemin de la réforme de l'Église est une réforme de soi, "faite par des hommes et des femmes qui n'ont pas eu peur d'entrer en crise et de se laisser réformer par le Seigneur". Se mettre en jeu pour ne pas faire de la réforme une idéologie, dans la "manière que vous avez vous-même, cher frère, prise en présentant votre démission", alors qu'au contraire ce que le Pape dans la lettre appelle la "politique de l'autruche", c'est-à-dire "le silence, les omissions, le fait de donner trop de poids au prestige des institutions ne conduisent qu'à l'échec personnel et historique".

    Mais il ne suffit pas d'entrer en crise, il faut concrètement redonner à Dieu la primauté qu'il mérite. Il y a un peu plus de deux ans, Benoît XVI a décrit le diagnostic du grave problème de la pédophilie qui afflige le monde et l'Église (voir ici) : "Comment la pédophilie a-t-elle pu atteindre une telle dimension ? En dernière analyse, la raison réside dans l'absence de Dieu. Même nous, chrétiens et prêtres, préférons ne pas parler de Dieu, car c'est un discours qui semble n'avoir aucune utilité pratique". Et il a souligné la thérapie : "Recommencer avec nous-mêmes à vivre de Dieu [...] change tout si Dieu n'est pas assumé, mais mis devant lui. Si nous ne le laissons pas en quelque sorte à l'arrière-plan, mais si nous le reconnaissons comme le centre de notre pensée, de notre parole et de notre action". Ce centre, a expliqué le pape émérite, doit être restauré à partir de l'adoration profonde de la présence du Seigneur dans l'Eucharistie, de l'observance pleine de crainte et d'amour de ses commandements, de la conscience que non pas le compromis, mais "le martyre est une catégorie fondamentale de l'existence chrétienne".

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  • Quand "Complément d'enquête" s'attaque à la mémoire du Professeur Jérôme Lejeune

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    Dans sa dernière émission diffusée ce jeudi 10 juin, "Complément d'enquête" (France 2) s'en est pris à la mémoire de Jérôme Lejeune accusé d'avoir usurpé la découverte de la trisomie 21 dont le vrai inventeur serait Marie Gautier. En fait, c'est la réactivation d'une polémique surgie il y a plusieurs années et à laquelle la Fondation Jérôme Lejeune, en septembre 2018, a réservé le traitement suivant  :

    Jérôme Lejeune, pionnier de la découverte de la trisomie 21

    Toute une vie consacrée au soin de ses patients et à la recherche d’un traitement

    Le 26 janvier 1959, puis le 16 mars 1959, deux communications à l’Académie des sciences, établissant la présence de 47 chromosomes chez les enfants dits mongoliens, ont été publiées sous les signatures Lejeune, Gautier, Turpin, et dans cet ordre indiquant que le premier est le découvreur, que le dernier est le responsable de l’équipe et qu’entre les deux figure le contributeur à la découverte.

    Pendant 50 ans, il ne s’est rien passé. Mais, depuis 2009, la mémoire de Jérôme Lejeune a été attaquée par Marthe Gautier, née en 1925, seule survivante de l’équipe, qui prétend aujourd’hui avoir découvert toute seule la trisomie 21. Jérôme Lejeune aurait été un usurpateur et Marthe Gautier aurait été spoliée.

    Certaines de ces affirmations avaient été reprises par un avis du comité d’éthique de l’INSERM rendu public le 14 septembre 2014. Il affirmait que la part de Jérôme Lejeune « avait peu de chance d’avoir été prépondérante » et cantonnait son apport uniquement à la valorisation de la découverte.

    Face à ces accusations et à ce dénigrement du rôle de Jérôme Lejeune, la Fondation Jérôme Lejeune avait décidé de réagir. En 2009 elle s’était tue, constatant que les déclarations personnelles de Marthe Gautier ne connaissaient qu’une diffusion limitée. Néanmoins, en février 2014, quand elle a appris que Marthe Gautier s’apprêtait à intervenir sur la découverte de la trisomie 21 devant les Assises de génétique humaine et médicale à Bordeaux, la Fondation avait décidé de faire enregistrer ses propos par voie d’huissier, en vertu d’une autorisation accordée par la justice, afin de défendre la réputation de Jérôme Lejeune si ce dernier venait à être diffamé. L’intuition de la Fondation était juste. Cet avis du comité d’éthique de l’INSERM a réécrit l’histoire de la découverte à la suite de Marthe Gautier. La Fondation a donc été amenée à communiquer plusieurs éléments et documents de nature à éclairer une controverse qui n’a pas grand-chose de scientifique.

    C’est à Jérôme Lejeune, et non à Marthe Gautier, que le Pr Raymond Turpin, leur chef de service à Trousseau, a demandé de signer en premier la publication princeps de janvier 1959, désignant ainsi lui- même, aux yeux de l’histoire, celui qui resterait le découvreur de la cause du mongolisme. Et c’est d’ailleurs Jérôme Lejeune qui, à la suite de cette découverte, consacrera sa vie à recevoir en consultation les patients porteurs de trisomie 21, à chercher un traitement pour les soigner et à défendre leur vie, si précieuse à ses yeux.
    Jérôme Lejeune, pour sa part, n’a cessé de saluer la contribution de Marthe Gautier dans la découverte. Dans les échanges épistolaires entre les deux collègues, il n’y a nulle trace de polémique, au contraire.
    Le reste est une relecture d’un passé repeint aux couleurs des idéologies contemporaines pour créer et alimenter une pseudo polémique. Marthe Gautier, comme les jeunes femmes scientifiques de l’époque, aurait été victime d’un machisme mandarinal de la part de Lejeune. L’argument est ridicule puisque Lejeune était le cadet de Marthe Gautier et qu’il n’était pas le chef de service.

    SOMMAIRE 
    I. Résumé – Principaux points de la controverse

    II. Questions/Réponse
    A. Qui a découvert la cause de la trisomie 21 en fin de compte ?
    B. Marthe Gautier a-t-elle, comme elle l’affirme, été la 1ère à compter 47 chromosomes ?
    C. Est-ce que Lejeune a « séquestré » les préparations de Gautier ? Et donc volé la découverte à Gautier ?
    D. Est-ce que Marthe Gautier, comme elle l’affirme, ne connaissait pas Lejeune avant la découverte ? Travaillait-elle seule ? Les rapports entre les membres de l’équipe étaient-ils distants ou tendus ?
    E. Lejeune n’était-il qu’un simple stagiaire à l’époque, et inférieur en hiérarchie à Marthe Gautier ? Est-ce que Gautier a le rôle moteur dans la découverte qu’elle décrit ?
    F. Est-ce que Lejeune est ce personnage à la carrière « jusque-là peu brillante » et opportuniste que Marthe Gautier décrit ? Est-ce qu’il a publié « en toute hâte » le premier article sur la découverte pour doubler les autres équipes de recherche internationale ?
    G. Lejeune s’est-il attribué la découverte ? A-t-il reçu tous les honneurs par la suite pour son rôle dans cette découverte, et notamment le prix Kennedy sans en partager la récompense ?
    H. Pourquoi cette polémique arrive-t-elle maintenant ?

    III. Réponse de la Fondation à l’avis du comité d’éthique de l’INSERM (septembre 2014)
    IV. Focus : La technique ne fait pas la découverte
    V. Mythes et réalité : la véritable chronologie

  • Le pape refuse la démission du cardinal Marx

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    Après la fausse démission de Marx, y aura-t-il la vraie démission -forcée- du cardinal Rainer Woelki, archevêque de Cologne, ce qui serait le but de la manoeuvre ? (voir ICI)

    De Vatican News :

    Le Pape François refuse la démission du cardinal Marx

    Le Saint-Père a adressé ce jeudi 10 juin une lettre au cardinal Marx, archevêque de Munich et Freising, qui lui avait envoyé une lettre de démission rendue publique le 4 juin dernier. Revenant sur la situation de l'Église catholique d’Allemagne face aux abus sur mineurs, le Pape écrit: «Merci pour ton courage chrétien qui n'a pas peur de s'humilier devant la terrible réalité du péché. Prendre en charge la crise, personnellement et communautairement, est la seule voie fructueuse».

    «Si tu es tenté de penser qu'en te confirmant dans ta mission et en n'acceptant pas ta démission, cet évêque de Rome (ton frère qui t'aime) ne te comprend pas, pense à ce que Pierre a ressenti devant le Seigneur quand, à sa manière, il présenta sa démission: «Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur» et qu'il écouta la réponse: «Pais mes brebis»». Telle est la conclusion de la lettre par laquelle le Pape François rejette la démission présentée par le cardinal-archevêque de Munich et Freising, Reinhard Marx, qui avait écrit le 21 mai dernier une lettre - publiée seulement le 4 juin - expliquant les raisons de son geste. Le cardinal Marx avait demandé au Saint-Père de pouvoir quitter la direction du diocèse allemand en raison du scandale des abus en Allemagne et de la réponse qu'il jugeait insuffisante de l'épiscopat.

    Une analyse partagée concernant la crise des abus

    Le Pape approuve la description de la crise proposée par le prélat allemand dans sa lettre de démission: «Je suis d'accord avec toi concernant la description de la triste histoire des abus sexuels et de la façon dont l'Église y a fait face jusqu'à récemment. Se rendre compte de cette hypocrisie dans notre façon de vivre notre foi est une grâce, c'est un premier pas que nous devons faire. Nous devons nous approprier l'histoire, à la fois personnellement et en tant que communauté. Nous ne pouvons pas rester indifférents face à ce crime. Accepter, signifie se mettre en crise».

    Il est vrai, ajoute François, «que les situations historiques doivent être interprétées avec l'herméneutique de l'époque où elles se sont produites, mais cela ne nous dispense pas de les assumer et de les assumer comme l'histoire du "péché qui nous assiège". C'est pourquoi, à mon avis, chaque évêque de l'Église doit l'assumer et se demander: que dois-je faire face à cette catastrophe ?»

    Le Successeur de Pierre rappelle le mea culpa déjà exprimé de nombreuses fois «face à tant d'erreurs historiques du passé». Aujourd'hui, explique-t-il, «on nous demande une réforme qui - dans ce cas - ne consiste pas en des mots mais en des comportements qui ont le courage d'affronter la crise, d'assumer la réalité, quelles qu'en soient les conséquences. Et toute réforme commence par soi-même. La réforme dans l'Église a été faite par des hommes et des femmes qui n'ont pas eu peur d'entrer en crise et de se laisser réformer par le Seigneur».

    Il s’agit de la seule voie possible, estime l'évêque de Rome, «sinon nous ne serions que des «idéologues de la réforme» qui ne mettent pas en jeu leur propre chair», comme l'a fait Jésus, qui l'a montré «avec sa vie, avec son histoire, avec sa chair sur la croix». Et cela, reconnaît François, c’est la manière «que tu as toi-même assumée, cher frère, en présentant ta renonciation», car «enterrer le passé ne mène nulle part. Le silence, les omissions, le fait de donner trop de poids au prestige des institutions ne conduisent qu'à un échec personnel et historique».

    Se laisser conduire par l'Esprit

    Le Pape estime qu'il est «urgent» de laisser «l'Esprit nous conduire au désert de la désolation, à la croix et à la résurrection. C'est le chemin de l'Esprit que nous devons suivre, et le point de départ en est l'humble confession: nous nous sommes trompés, nous avons péché. Ni les sondages ni le pouvoir des institutions ne nous sauveront. Nous ne serons pas sauvés par le prestige de notre Église, qui a tendance à cacher ses péchés; nous ne serons pas sauvés par le pouvoir de l'argent ou l'opinion des médias (nous sommes si souvent trop dépendants d'eux). Nous serons sauvés en ouvrant la porte à Celui qui peut le faire, et en confessant notre nudité: "J'ai péché", "nous avons péché" ..... et en pleurant, et en balbutiant de notre mieux cet 'éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur', l'héritage que le premier pape a laissé aux papes et aux évêques de l'Église», écrit le Souverain Pontife.

    Ce faisant, explique le Pape, «nous ressentirons cette honte qui guérit et ouvre les portes à la compassion et à la tendresse du Seigneur qui est toujours proche de nous». François explique ensuite apprécier la fin de la lettre du cardinal Marx, et sa disponibilité pour continuer volontiers «à être prêtre et évêque de cette Église», en s'engageant dans un renouveau spirituel.

    «Et voici ma réponse, cher frère», conclut le Pape. «Continue comme tu le proposes, mais en tant qu'archevêque de Munich et Freising». Il rappelle que l'évêque de Rome, successeur de l’apôtre Pierre qui avait dit à Jésus «Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur» peut bien le comprendre, et l’invite donc à écouter la réponse du Christ: «Pais mes brebis».  

  • La place de l’homme dans la nature : la réponse d'Alain de Benoist aux antispécistes

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    De gènéthique.org :

    La place de l’homme dans la nature. Réponse aux antispécistes – Alain de Benoist

    9 Juin 2021

    L’irruption des antispécistes dans l’actualité a au moins le mérite de nous inciter à renouveler notre réflexion sur la place de l’homme dans la nature, et plus particulièrement dans le monde des êtres vivants. En réalité, cette question n’est pas nouvelle : les « philosophes » des « Lumières » récusaient déjà la notion de nature humaine spécifique, prétendant avec Voltaire notamment, qu’entre l’huître et l’homme il n’existe pas de différence de nature, mais seulement de degré.

    Les élucubrations des antispécistes, qui prétendent attribuer aux animaux le statut de personnes, sont donc des avatars des déclarations de Diderot, Helvétius, d’Holbach, d’Alembert et consorts ; mais ils tirent des conséquences extrêmes de leurs postulats en attribuant nombre de caractères anthropomorphiques aux animaux tels que leur niveau de conscience et d’aptitude à la communication et à la vie en société,  leur prétendu rapport au temps, à  leur « histoire », etc…Et de revendiquer pour eux des droits, rattachés ou au moins semblables aux «Droits de l’Homme » !

    Dans cet ouvrage court, mais très dense, fourmillant de références philosophiques, Alain de Benoist nous propose de revenir avec le plus de rigueur possible au bon sens, en revenant à des questions un peu oubliées : quelle est notre part d’animalité ? Disposons-nous d’une nature humaine spécifique qui nous distingue des animaux ? Quels sont les rapports entre nature et culture ?

    Pour Alain de Benoist, il n’est pas question de nier notre part d’animalité, ni de récuser la puissance du fait biologique dans notre « étant », mais il se livre à une comparaison éclairante ; il constate que l’animal est un être « achevé », en ce sens qu’il est pleinement conforme et adapté à une place irrévocablement déterminée dans la nature : il possède tout ce qu’il lui est nécessaire pour cela : mâchoire puissante, pelage ou fourrure, flair, nageoires…En face et en revanche, l’homme apparaît comme un être « en manque » : ses sens, ses forces, et jusqu’à sa physiologie le rendent faible et vulnérable dans un environnement hostile ; pour survivre, puis prospérer, il lui a fallu se vêtir, fabriquer des armes et des outils, communiquer avec autrui, organiser sa vie en société ; c’est cette plasticité qui lui a permis de s’adapter à tous les climats et de « coloniser » la terre entière ; c’est cette ressource inventive que l’auteur appelle « l’esprit », qui le distingue de l’animal, lui permet de conjurer ses faiblesses et d’amasser les éléments qui finissent par constituer une culture.

    Ces lignes ne donnent qu’un aperçu bien parcellaire de cet ouvrage foisonnant de réflexion, de nuances, et de perspectives. Sa lecture, quoique parfois un peu ardue à cause de la complexité du sujet, est un salutaire exercice d’approfondissement de notre condition d’homme, animal exalté par l’esprit.

    Editions: La Nouvelle Librairie

    Nombre de pages: 178

    Date de parution: Décembre 2020

  • Les médias du Vatican : une « montagne accouchant d'une souris » d'après le pape

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    De Loup Besmond de Senneville (envoyé spécial permanent à Rome) sur le site du journal La Croix :

    Vatican : la communication du pape François sous haute tension

    Enquête 

    Les propos chocs de François adressés aux employés en charge de la communication du Vatican, il y a deux semaines, ont mis au jour les différences de conception de l’appareil en charge de diffuser l’action du pape et du Saint-Siège.

    8/06/2021

    Les salariés de la communication vaticane se souviendront longtemps de cette visite du lundi 24 mai, qu’ils attendaient depuis le début du pontificat de François dans leurs bureaux romains du Palazzo Pio. Et de la douche froide ressentie en entendant ce jour-là le pape comparer la « belle organisation » des médias du Vatican– dont Radio Vatican, L’Osservatore Romano et le portail en ligne Vatican News – à une « montagne donnant naissance à une souris » en proie à une bureaucratie excessive.

    Le choc a d’ailleurs été si fort que deux des principaux responsables du dicastère de la communication, Paolo Ruffini et Andrea Tornielli, ont songé dans les heures qui ont suivi à remettre leur démission. Avant de finalement y renoncer.

    → A LIRE. Les propos chocs du pape François en visite à Radio Vatican

    Mais bien au-delà des questions de personnes, cette crise révèle des tensions de fond sur le mode de communication choisi par le Saint-Siège à travers son dicastère réformé. Première raison d’un malaise ressenti par certains : la personnalité du pape et ses choix.

    Car François n’entend pas se limiter à son administration pour faire connaître son action. Quand il ne la court-circuite pas. Ce fut le cas plusieurs fois ces derniers mois, lorsqu’il donna plusieurs entretiens à des journalistes italiens, sans en aviser les responsables du dicastère.

    Manque de stratégie

    Comme ce samedi matin 2 janvier, lorsque la Gazzetta dello Sport, l’un des quotidiens sportifs les plus lus en Italie, publia un grand entretien avec le pape François. « Au petit matin, on a vu l’un des chefs courir au kiosque chercher le journal », se souvient l’un des journalistes de Vatican News. Il n’en faut pas beaucoup plus pour alimenter les soupçons de crise de confiance du pape envers ses services.

    « Le pape ne veut pas recourir à l’institution, car il y voit une restriction de sa liberté, reconnaît l’un des responsables de la communication vaticane. En réalité, il ne semble pas vouloir se laisser aider, hormis par un cercle très restreint de conseillers proches de lui, mais qui ne sont pas les chefs du dicastère. » Mais la même source, qui travaille à Rome depuis des années, déplore aussi que la machinerie vaticane ne soit pas organisée pour relayer correctement les messages du pape, qui martèle pourtant les mêmes priorités depuis le début de son pontificat, comme l’attention aux pauvres, les migrants ou l’écologie.

    → À LIRE. Radio Vatican, 90 ans d’information vue du Saint-Siège

    « Nous sommes organisés pour réagir, mais jamais pour anticiper, explique la même personne. Personne ne semble penser qu’il faudrait construire une stratégie autour des priorités du pape. » Elle pointe aussi du doigt les lourdeurs de l’appareil. « Si le pape fait une annonce imprévue depuis la fenêtre de la place Saint-Pierre, à l’angélus du dimanche, il faut attendre l’accord de la Secrétairerie d’État pour pouvoir retransmettre la phrase sur Twitter… »

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  • "Cancel culture" : même Obama en a marre des excès du "politiquement correct"

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    De   sur le site du Figaro :

    «Cancel culture» : même Obama en a marre

    Dans une interview à CNN diffusée lundi, l'ancien président américain a fustigé le manichéisme de la génération «woke» et de la «cancel culture».

    Donnant d'abord des gages aux militants antiracistes en estimant que l'histoire de la ségrégation «persiste et continue», l'ancien président n'a ensuite pas mâché ses mots, évoquant les «dangers» de la mode qui consiste selon lui «à condamner les gens en permanence», expliquant qu'il s'en rend compte à travers l'expérience de ses propres filles, Malia et Sasha, qui vivent cela de l'intérieur sur les campus d'université. «Elles se rendent bien compte que cela va trop loin», commente-t-il encore, ajoutant que «l'on ne peut pas exiger des gens qu'ils se montrent politiquement corrects en toutes circonstances». Il a ensuite distingué la lutte contre les discriminations, nécessaire selon lui, de la victimisation permanente par l'entremise notamment des réseaux sociaux.

    Barack Obama avait également plaidé par le passé déjà contre la vision manichéenne des interactions sociales prônée par le mouvement «woke», expliquant lors d'un sommet à Chicago que «le monde est complexe, ambigu» et s'était délibérément moqué des gens qui «tweetent ou lancent un hashtag pour dénoncer l'emploi d'un verbe inadapté dans une phrase, puis se rasseyent et se sentent fiers d'eux».

    À VOIR AUSSI – Peut-on arrêter la cancel culture à l'université?

  • Les enfants viennent-ils au monde pour s'adapter à nos désirs ?

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    Le projet de loi bioéthique du gouvernement français suscite un vaste débat où une voix comme celle d'Aude Mirkovic retentit avec beaucoup de justesse et peut inspirer au-delà des limites de l'Hexagone.

    D'Aude Mirkovic sur le Figaro Vox :

    Aude Mirkovic: «Les enfants viennent-ils au monde pour s'adapter à nos désirs?»

    FIGAROVOX/TRIBUNE - L'article 1er du projet de loi bioéthique du gouvernement, ouvrant le droit à la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, a été validé mardi 8 juin dans la soirée. La porte-parole de l'association Juristes pour l'enfance dénonce une loi injuste, qui privera des enfants de leur filiation.

    Le projet de loi bioéthique est actuellement en troisième lecture à l'Assemblée nationale.
    Le projet de loi bioéthique est actuellement en troisième lecture à l'Assemblée nationale. Aude Mirkovic

    Aude Mirkovic, maître de conférences en droit privé est porte-parole de l'association Juristes pour l'enfance, auteur de La PMA : quels enjeux ? (Artège 2018) et En Rouge et Noir, roman (Première Partie, 2020).


    Le projet de loi bioéthique avec, en mesure « phare », l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes célibataires et aux couples de femmes, est actuellement en troisième lecture à l'Assemblée nationale.

    Le texte n'étant pas encore adopté, le Parlement à jusqu'au 29 juin pour protéger les enfants des excès des désirs des adultes et des profits des marchands.

    Commençons par rappeler que chacun prend, en matière de procréation, des décisions plus ou moins heureuses mais qui relèvent de sa vie privée. C'est pourquoi, si une femme fait le choix d'avoir un enfant « sans père », elle prend ses responsabilités, elle expliquera le moment venu à son enfant pourquoi il n'a pas de papa et personne ne leur souhaite autre chose que du bien.

    Cependant, dès lors que la loi est sollicitée pour organiser la conception de cet enfant privé de son père et, surtout, pour inscrire dans le Code civil l'interdiction légale pour cet enfant d'avoir sa filiation paternelle, la question ne relève plus de la vie privée de la femme mais de la loi, chose publique s'il en est puisque la loi est l'affaire de tous et, plus encore, la responsabilité de tous.

    Nous serons tous au tribunal de l'histoire car les enfants à venir de ces PMA ne manqueront pas de demander des comptes de leur lignée paternelle ainsi effacée, non en raison des malheurs et aléas de la vie mais par la loi.

    Aude Mirkovic

    Si nous portons des jugements parfois sévères sur telle ou telle époque qui a toléré, dans l'indifférence plus ou moins généralisée, des lois injustes, il serait trop facile de nous laver les mains des injustices de notre temps. Nous serons tous au tribunal de l'histoire car les enfants à venir de ces PMA ne manqueront pas de demander des comptes de leur lignée paternelle ainsi effacée, non en raison des malheurs et aléas de la vie mais par la loi.

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  • La démission du Cardinal Marx : un acte pour se préserver ou une pénitence pour les péchés de l'Église en Allemagne ?

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    Du Père Raymond J. de Souza sur le National Catholic Register :

    La démission du Cardinal Marx : Un acte d'auto-préservation ou une pénitence pour les péchés de l'Église en Allemagne ?

    COMMENTAIRE : Trois précédents qui pourraient aider à expliquer la décision abrupte du cardinal allemand influent de démissionner.

    7 juin 2021

    La publication - avec l'approbation expresse du pape François - d'une offre de démission par le cardinal Reinhard Marx de Munich est incontestablement une bombe sans précédent. 

    Trois précédents partiels peuvent offrir une explication supplémentaire, bien qu'ils restent spéculatifs à ce stade.

    "Avec ma démission", a écrit le cardinal Marx, "je tiens à préciser que je suis prêt à assumer personnellement la responsabilité non seulement des erreurs que j'ai pu commettre, mais aussi de l'Église en tant qu'institution que j'ai contribué à façonner et à modeler au cours des dernières décennies."

    Le cardinal Marx n'a été jugé négligent dans aucune affaire d'abus sexuel. Un rapport sera publié cet été sur Munich, il est donc possible qu'il prenne de l'avance sur les conclusions défavorables, mais rien ne le prouve. Quoi qu'il en soit, l'une des raisons de la logique de la démission de Marx n'est pas punitive mais "cruciforme".

    C'était la prémisse d'un film puissant de 2014 sur les abus sexuels commis par des clercs en Irlande, Calvaire. Ce ne sont pas les méchants prêtres qui doivent souffrir, mais les bons, dans l'esprit d'une victime qui entreprend de tuer un prêtre. Il croit que la mort d'un bon prêtre est quelque chose d'expiatoire, alors que la mort d'un abuseur n'est qu'une justice grossière et inadéquate. 

    Le cardinal Marx suggère quelque chose de similaire. Quelqu'un, soutient-il dans sa lettre, qui n'est pas coupable doit faire un sacrifice pour le bien commun de l'Église en Allemagne. Il s'agit, bien qu'il n'utilise pas le mot, d'un acte de pénitence, et ce de façon spectaculaire.

    La démission n'a pas encore été acceptée, mais il est peu probable que le pape François aurait permis sa publication s'il n'avait pas eu l'intention de l'accepter. On ne sait pas non plus si le cardinal Marx continuera à exercer ses fonctions romaines, à savoir siéger au "conseil des cardinaux", le cercle restreint du Saint-Père, ou à la tête du Conseil pour l'économie. Sa lettre du 21 mai n'a pas abordé cette question.

    Il existe trois précédents partiels qui pourraient contribuer à expliquer la décision du pape François et du cardinal Marx.

    Le premier et le plus récent est celui du cardinal Philippe Barbarin de Lyon, en France. Il a été accusé en 2017 et condamné en 2019 pour ne pas avoir signalé des abus sexuels commis par des clercs. C'était, même pour des yeux non entraînés, un abus politique du système de justice pénale. Plusieurs autres personnes qui étaient beaucoup plus étroitement impliquées dans l'affaire n'ont pas été inculpées ou ont été acquittées. Le procureur chargé de l'affaire s'est prononcé contre la condamnation, mais le système judiciaire français a permis que les charges soient avancées par d'autres défenseurs. 

    Le cardinal Barbarin a proposé sa démission après sa condamnation, mais le pape François a insisté pour que toute la procédure judiciaire soit menée à son terme. En 2020, le cardinal Barbarin a été acquitté en appel. Néanmoins, il a demandé à démissionner pour deux raisons. Même s'il était innocent des accusations, une oblation devait être offerte pour reconnaître les péchés du passé. En outre, l'ensemble de l'enquête avait compromis sa capacité à diriger. Le pape François a accepté sa démission.

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  • Le voile : si on croit être libre de le porter, on n'est jamais libre de l'enlever

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    De Kamel Daoud sur le site du Point :

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  • L'islamisme : un sujet tabou en Belgique ?

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    Des propos recueillis par Thomas Mahler sur le site de L'Express.fr :

    Florence Bergeaud-Blackler : "L'islamisme est un sujet tabou en Belgique"

    Selon la chercheuse au CNRS, le débat sur l'islamisme est impossible dans la capitale européenne, alors même que fondamentalisme et communautarisme sont en essor.

    L'islamisme serait-il devenu un sujet tabou en Belgique, et en particulier dans la capitale européenne ? Dans Cachez cet islamisme. Voile et laïcité à l'épreuve de la cancel culture, ouvrage collectif dirigé par Florence Bergeaud-Blackler et Pascal Hubert, différents militants laïcs gravitant autour de l'Observatoire des fondamentalismes déplorent que le débat soit devenu impossible dans un pays pourtant adepte de la neutralité en matière religieuse. 

    Préfacé par Elisabeth Badinter, le livre vient d'être publié en Belgique. En dépit de l'absence de recensions dans la presse francophone, il figure dans les meilleures ventes de la grande librairie Filigranes. En France, il sera disponible le 17 juin. En avant-première pour l'Express, Florence Bergeaud-Blackler, chargée de recherche CNRS et anthropologue notamment spécialiste du marché du halal, explique pourquoi certains quartiers de Bruxelles seraient devenus "une sorte de sanctuaire de l'islamisme en Europe", mais aussi pourquoi, selon elle, les élites politiques, universitaires et journalistiques ne veulent aborder cette question que sous l'angle de l'islamophobie. Entretien.  

    L'Express : Pourquoi avez-vous fondé l'Observatoire des fondamentalismes à Bruxelles il y a un an ?  

    Florence Bergeaud-Blackler: C'est une initiative de Fadila Maaroufi, une éducatrice belgo-marocaine qui m'a demandé de diriger le conseil scientifique. Une quarantaine de citoyens, belges en majorité, ont soutenu le projet. Notre idée était de créer un organisme capable de produire des connaissances sur le fondamentalisme, d'assister des personnes victimes de leurs intolérance (notamment jeunes femmes, homosexuels, apostats), et de jouer un rôle de lanceurs d'alerte sur les réseaux sociaux.

    L'islamisme, comme l'islam, s'est installé depuis quarante ans en Belgique dans le sillon d'une immigration nord-marocaine et turque. Les Frères Musulmans agissent pacifiquement en pénétrant le tissu social, les ONG et associations d'aides aux défavorisés, les lieux d'éducation, de soins, les entreprises. A Bruxelles, il s'est largement appuyé sur les structures tribales de l'immigration rifaine, sur des réseaux criminels de passeurs de drogues et autres trafics qui achètent le silence de la communauté (comme ceux qui ont alimenté le jihadisme à Molenbeek par exemple), comme l'a bien décrit l'historien Pierre Vermeren. Cette culture du silence, cette omerta expliquent que les services sociaux ignorent des problèmes qui se traitent "en famille" dans la communauté musulmane. A cela s'ajoute, qu'à quelques exceptions près -comme celle du professeur de l'Université catholique de Louvain Felice Dassetto aujourd'hui retraité- les Belges n'ont pas une compréhension approfondie des dynamiques fondamentalistes dans le champ islamique. Il n'y a pas de tradition islamologique dans les universités comme en France, et l'islamisme reste un sujet tabou. 

    "La presse a cessé de faire son travail d'investigation"

    Vous dites dans votre livre que l'islamisme est bien ancré à Bruxelles... 

    Il existe une bulle fondamentaliste, une sorte de "Bruxellistan", plus soft que le "Londonistan", qui fait de certains quartiers du centre, avec ses belles maisons en pierres rouges, une sorte de sanctuaire de l'islamisme en Europe.  

    Bruxelles a été dès les années 1980 repérée par les Frères Musulmans comme le ventre mou du "ventre mou" qu'est l'Europe, pour reprendre l'expression de Gilles Kepel, où ils pourraient s' installer sans grande résistance au coeur de l'Europe de l'Ouest et à proximité des institutions européennes. La Grande mosquée de Bruxelles, bâtiment profane créé comme attraction exotique en 1879, a été cédée l'Arabie Saoudite en 1978 qui en a fait, via la Ligue Islamique Mondiale, un centre de rayonnement du très rigoriste wahabo-salafisme, qui a nourri les Frères Musulmans. Aujourd'hui le "frérisme" belge est une matrice alimentée idéologiquement et logistiquement en Europe par le Qatar et la Turquie d'Erdogan, avec des moyens de communication moderne, qui s'appuie sur des idéologies bulldozers intersectionnelles néo-féministes, et décoloniales pour avancer ses pions. Depuis les attentats de 2015 et 2016 et les réactions policières, la frange la plus politique des Frères européens s'est alliée aux Frères turcs du mouvement d'Erdogan pour mettre les franges salafistes et jihadistes en veilleuse, le temps que les choses se calment.

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