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Economie

  • Il y a cinquante ans, Pierre Chaunu, historien visionnaire, annonçait notre présent

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    Pierre Chaunu (1923-2009) est de ces historiens qu’on a trop souvent lu en diagonale, ou seulement pour ses travaux monumentaux sur Séville et l’Atlantique et l’histoire quantitative, alors qu’il avait une profondeur anthropologique, démographique et civilisationnelle particulièrement aiguë, surtout dans ses derniers livres et ses interventions publiques.

    Il insistait beaucoup sur :

    • La continuité comme essence de l’histoire (« l’essentiel s’appelle permanence ») face à l’écume du changement perpétuel.
    • La démographie comme révélateur ultime du moral d’une civilisation (il parlait très tôt de « déchristianisation » et de « suicide démographique » de l’Europe).
    • Le rôle central du christianisme dans la genèse de l’Occident moderne, et le vide spirituel et anthropologique qu’a laissé son recul.
    • Une vision tragique mais lucide de l’Histoire : l’homme n’est pas maître absolu de son destin, les structures profondes (démographie, croyances, cadres mentaux) pèsent lourdement.

    Beaucoup de ses mises en garde des années 70-90 sur la dénatalité, la perte de sens, le rapport au temps long, sonnent aujourd’hui avec une force presque prophétique.

    Pour lui, la démographie n’est pas un simple indicateur économique ou statistique parmi d’autres : elle constitue le révélateur ultime du moral d’une civilisation, de sa vitalité profonde, de son rapport à la vie, à l’avenir et à la transcendance. Contrairement aux événements spectaculaires (guerres, crises), le déclin de la natalité est insidieux : il ne fait pas de « cadavres visibles », il est un « refus de la vie » silencieux.

    Contexte historique et comparaison

    Chaunu arrive à cette conviction par son travail sur l’Amérique espagnole (surtout Séville et l’Atlantique). Il observe le choc démographique colossal post-Conquête : la population amérindienne s’effondre (estimations très débattues, de ~80 millions à une fraction en quelques décennies), en grande partie à cause des maladies, mais aussi des ruptures culturelles et spirituelles. Cela lui montre que les civilisations peuvent mourir par implosion démographique, pas seulement par conquête extérieure.

    En Europe, il contraste cela avec la vitalité médiévale : le « monde plein » du XIIIe siècle, avec une forte densité, des défrichements massifs, des clochers partout. L’Église y joue un rôle ambivalent : elle promeut le mariage tardif pour réguler la pression sur les ressources, ce qui finit par internaliser une certaine méfiance vis-à-vis de la chair et du plaisir, selon lui.

    La « peste blanche » et le suicide démographique

    Dans Le Refus de la vie (1975) et surtout La Peste blanche : comment éviter le suicide de l’Occident (1976, avec Georges Suffert), Chaunu alerte sur le retournement brutal de la fécondité européenne après le baby-boom. Il parle explicitement de « suicide » parce que :

    • C’est un choix collectif inconscient, porté par l’individualisme hédoniste, la société de consommation, la sécularisation.
    • La pilule (1960) et la légalisation de l’avortement (1975 en France) accélèrent le phénomène.
    • Le « refus de l’enfant » révèle un rapport altéré au temps et à la mort : l’enfant incarne l’avenir et rappelle la finitude. Une société qui ne veut plus d’enfants est une société qui ne veut plus se projeter au-delà d’elle-même.

    Citation emblématique :

    « La dénatalité, pour un homme quelconque, est comme la peste et la guerre, de l’ordre du destin. [...] La peste et la guerre font des morts, le refus de la vie ne fait rien. Les premiers se voient, le second ne se voit pas. »

    Lien avec la déchristianisation

    Chaunu, protestant engagé, voit une corrélation profonde entre le recul du christianisme et ce suicide démographique. Le christianisme avait fourni :

    • Une sacralisation de la vie et de la famille.
    • Un « transfert eschatologique » vers les valeurs laïques (Lumières, République) qui avait maintenu un temps la vitalité.
    • Une vision de l’homme comme créature responsable devant Dieu et l’avenir.

    Avec la déchristianisation (qu’il observe déjà dans les mentalités du XVIIIe siècle, via les travaux comme ceux de Vovelle qu’il a encadrés), ce cadre s’effondre. La société devient « stérile » spirituellement et biologiquement : culte de l’adolescent/consommateur immédiat, rejet de la transmission, égoïsme temporel. Il note que « le racisme est une fleur qui pousse dans la famille trop réduite » — les sociétés vieillissantes et atomisées deviennent plus craintives face à l’Autre.

    Actualité de Chaunu

    Dès les années 1970, il prédit l’« hiver démographique » européen, la pyramide des âges inversée, les tensions migratoires et identitaires qui en découlent. Il ne cesse de répéter que la démographie est la prospective par excellence : plus fiable que les indicateurs économiques.

    Ses analyses restent discutées (certains lui reprochent un ton alarmiste ou une lecture trop « civilisationniste »), mais les chiffres lui donnent rétrospectivement raison sur l’ampleur du déclin de la fécondité autochtone en Europe.

    La Peste blanche (1976).

    Ce livre est un dialogue entre Pierre Chaunu (l’historien) et Georges Suffert (le journaliste). Il s’inscrit dans la continuité de Le Refus de la vie (1975) et prend la forme d’une enquête vive, alerte, parfois prophétique. Il ne s’agit pas d’un traité académique lourd mais d’un cri d’alarme accessible, structuré autour du contraste entre le passé vital de l’Occident et son présent suicidaire.

    Le concept central : la « peste blanche »

    Chaunu oppose deux fléaux :

    • Les pestes traditionnelles (Noire, etc.) : visibles, bruyantes, dramatiques, avec cadavres, cloches, quarantaines. Elles tuent brutalement mais laissent des survivants qui reconstruisent.
    • La peste blanche : invisible, indolore, silencieuse. Elle ne fait pas de « morts visibles » immédiatement. C’est le refus de la vie, le déclin volontaire de la natalité, l’indifférence à la transmission.

    Citation clé (extraite des présentations du livre) :

    « Lorsque autrefois la peste s’abattait sur une ville […], chacun en était averti par la rumeur, les cloches, les grands feux […]. La peste blanche, au contraire, est invisible, apparemment indolore. Pourtant à court terme, elle est tout aussi dramatique que les pestes d’autrefois. »

    Qu’est-ce que cette peste ?

    • La désespérance (perte de sens et d’avenir).
    • L’indifférence à la vie et à la postérité.
    • Le culte du bonheur immédiat (hédonisme consumériste).
    • Le mépris de l’histoire et de l’avenir (présentisme).

    Conséquence directe : le suicide démographique de l’Occident.

    Analyse historique et causes

    Chaunu mobilise son expertise (notamment sur l’Amérique latine post-Conquête) pour montrer que les civilisations peuvent s’effondrer par implosion interne plus que par choc externe. Il relie cela à :

    • La déchristianisation progressive : le christianisme avait sacralisé la vie, la famille, la transmission. Son recul laisse un vide anthropologique.
    • L’individualisme moderne et la société de consommation qui font de l’enfant un « coût » plutôt qu’une bénédiction et un projet.
    • Les évolutions techniques (pilule, avortement) qui accélèrent un mouvement déjà entamé dans les mentalités.
    • Un rapport altéré au temps : l’Occident, qui avait inventé le progrès et la projection dans l’avenir, se replie sur l’instant.

    Il parle d’un « refus de la vie » collectif, inconscient, qui n’est pas perçu comme tel par les individus (« pour un homme quelconque, la dénatalité est […] de l’ordre du destin. […] Le refus de la vie ne fait rien. Les premiers [peste/guerre] se voient, le second ne se voit pas »).

    Structure et ton

    Le livre alterne :

    • Diagnostic historique (« jadis », « naguère »).
    • Analyse du présent (« aujourd’hui »).
    • Perspectives d’« avenir retrouvé » (propositions pour inverser la tendance).

    Chaunu et Suffert sont décrits comme optimistes par tempérament, mais lucides. Ils ne se contentent pas de déplorer : ils cherchent des voies de redressement (retour à un certain sens du sacré, valorisation de la famille, prise de conscience collective).

    Actualité en 2026

    Écrit il y a cinquante ans, le livre a vu ses prédictions confirmées de manière spectaculaire : fécondité européenne durablement sous le seuil de remplacement, vieillissement accéléré, dépendance migratoire croissante, tensions identitaires et économiques liées à la pyramide des âges inversée. Chaunu y voyait déjà le risque d’une « résignation anticipée devant les asservissements possibles ».

  • Thomas More : patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques

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    22 juin : fête de saint Thomas More

    LETTRE APOSTOLIQUE EN FORME DE MOTU PROPRIO
    POUR LA PROCLAMATION DE SAINT THOMAS MORE
    COMME PATRON DES RESPONSABLES DE GOUVERNEMENT
    ET DES HOMMES POLITIQUES

    JEAN-PAUL II
    EN PERPÉTUELLE MÉMOIRE

    http://www.vatican.va/ 

    1. De la vie et du martyre de saint Thomas More se dégage un message qui traverse les siècles et qui parle aux hommes de tous temps de la dignité inaliénable de la conscience, dans laquelle, comme le rappelle le Concile Vatican II, réside «le centre le plus secret de l’homme et le sanctuaire où il est seul avec Dieu dont la voix se fait entendre dans ce lieu le plus intime» (Gaudium et spes, n. 16). Quand l’homme et la femme écoutent le rappel de la vérité, la conscience oriente avec sûreté leurs actes vers le bien. C’est précisément pour son témoignage de la primauté de la vérité sur le pouvoir, rendu jusqu’à l’effusion du sang, que saint Thomas More est vénéré comme exemple permanent de cohérence morale. Même en dehors de l’Église, particulièrement parmi ceux qui sont appelés à guider les destinées des peuples, sa figure est reconnue comme source d’inspiration pour une politique qui se donne comme fin suprême le service de la personne humaine.

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  • L'effondrement démographique de l'Europe n'intéresse personne

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    De Luca Volontè sur la NBQ :

    L'effondrement démographique de l'Europe n'intéresse personne

    Le déclin démographique, ignoré par le G7 et le Conseil européen, touche non seulement l'Italie et l'Espagne, mais aussi les grandes puissances européennes : la France et l'Allemagne. Même l'arrivée d'immigrants ne compensera pas la baisse des naissances.

    19 juin 2026

    Le temps dont dispose l'Europe pour s'attaquer au défi prioritaire du déclin rapide de la natalité est de plus en plus court. Face aux prévisions statistiques alarmantes publiées dans plusieurs pays, ni le G7 ni le Conseil européen n'ont réfléchi à des mesures urgentes et coûteuses, ni même proposé d'actions concrètes pour lutter contre cette désertification du capital humain et de la démocratie que nous constatons. Tout continue comme si de rien n'était. Pourtant, cette « explosion démographique » ne peut qu'entraîner un appauvrissement économique, social et démocratique. Les données très récentes en provenance de France, d'Allemagne et d'Espagne sont sans équivoque et décourageantes. Chaque pays, pris individuellement, ne peut faire que peu de choses, comme le démontre l'Italie qui, malgré son engagement d'atteindre le 31 mars 2026 , a enregistré 83 000 naissances au cours des trois premiers mois, soulignant une nouvelle baisse du taux de natalité (-2,4 % par rapport à la même période en 2025). 

    D'après une étude sur les tendances démographiques récemment publiée par l'INSEE, l'Institut national de la statistique et des études économiques, si les tendances démographiques actuelles se maintiennent, la France comptera 65,9 millions d'habitants en 2070, soit 3,2 millions de moins qu'en 2026. La population augmentera légèrement jusqu'en 2037, pour atteindre 69,8 millions. Cette croissance démographique sera due exclusivement au solde migratoire, l'accroissement naturel étant négatif à partir de 2025. Dès 2037, cependant, le solde migratoire ne compensera plus le déclin naturel, et la population commencera donc à diminuer. Par ailleurs, d'ici 2070, le nombre de personnes de moins de 45 ans devrait diminuer de 8,9 millions, tandis que le nombre de personnes âgées de 45 à 64 ans devrait rester relativement stable et le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus devrait augmenter de 5,8 millions. L'augmentation du nombre de personnes âgées sera principalement due à la hausse du nombre de personnes de 80 ans et plus (+4,6 millions), tandis que le nombre de centenaires pourrait quadrupler. En 2040, on compterait 49 personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans, contre 40 en 2026. La solution des gouvernements libéraux de Macron ? Davantage d'avortements et d'euthanasies ; la recette de la gauche, en revanche, est un flux constant et continu d'immigrants sans intégration.  

    L'Espagne se dirige vers un déclin tout aussi profond . Dans 50 ans, sa population pourrait dépasser les 50 millions d'habitants et même atteindre 53,8 millions, une croissance démographique alimentée uniquement par l'immigration, comme le confirme l'Institut national de la statistique (INE) dans ses « Projections démographiques 2026-2076 », publiées le mercredi 17 juin. Si les tendances démographiques actuelles se maintiennent, l'Espagne connaîtra une augmentation de plus de quatre millions d'habitants au cours des 15 prochaines années et de près de 3,4 millions d'ici 2076. Même dans ce scénario numériquement optimiste, la part des personnes nées en Espagne diminuerait pour atteindre 59,6 % dans 50 ans, contre 79,8 % aujourd'hui. Si, en revanche, le flux migratoire venait à diminuer, contrairement à la régularisation massive de 1,5 million d'immigrants encouragée par le gouvernement socialiste communiste de Pedro Sánchez, la population espagnole chuterait à 31,7 millions d'habitants. Ces projections indiquent que, dans tous les cas, un solde démographique négatif sera enregistré en raison de l'augmentation des décès parmi les Espagnols de souche, qui dépassera le nombre de naissances au cours des 50 prochaines années. 

    La tendance des prévisions démographiques allemandes est similaire. Selon un rapport publié mardi par l'office statistique gouvernemental Destatis, la population allemande devrait diminuer d'environ 110 000 personnes en 2025, soit la première baisse annuelle depuis 2020. Fin 2025, le pays comptait 83,5 millions d'habitants. Cela représente une baisse d'un peu plus de 0,13 %. La réduction du solde migratoire, avec 235 000 arrivées de plus que de départs, n'a pas suffi à compenser le fait que 352 000 personnes de plus sont décédées en Allemagne qu'il n'y a eu de naissances en 2025. L'année dernière, le taux de natalité en Allemagne a également atteint son niveau le plus bas jamais enregistré, le plus bas depuis 1946, avec un taux de remplacement de 1,35 enfant par femme, un niveau historiquement bas et bien inférieur au seuil de 2,1 nécessaire au maintien d'une population stable. Le taux de déclin démographique a été considérablement plus rapide dans les anciens Länder de l'Est, à 0,5 % (57 000 personnes au total), contre 0,1 % (68 000 personnes) dans les anciens Länder de l'Ouest, où vivent moins d'immigrants. La population a continué de vieillir et la tranche d'âge des 60-79 ans a continué de croître, atteignant 358 000 personnes. Commençons par le niveau européen avec les propositions de l'ancien président de l'ISTAT, Gian Carlo Blangiardo : « Pour inverser cette tendance, des interventions structurelles axées sur les quatre piliers de son modèle de soutien aux familles sont nécessaires : Coût, Soins, Conciliation et Culture. » 

  • Pourquoi le nouvel ordre mondial déteste la vie et la famille

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    De Maria Bigazzi sur la NBQ :

    « Je vais vous expliquer pourquoi le nouvel ordre mondial déteste la vie et la famille »

    Les conséquences de la société pandémique, le néo-malthusianisme, le déclin des nations occidentales, l’abandon de la loi naturelle, l’immigration, le nouvel ordre mondial et sa haine de la vie et de la famille. La Bussola interviewe Ettore Gotti Tedeschi, auteur de *Ainsi ne parlait pas Zarathoustra*.

    18/06/2026

    Nous vivons dans une société malade, nous nous sentons perdus et privés de notre identité. Nous en avons parlé avec Ettore Gotti Tedeschi, auteur du livre *Così non parlò Zarathustra* (Cantagalli), qui précise que la société est tombée malade depuis qu’elle a nié le « libre arbitre » et l’a progressivement remplacé par le « déterminisme scientifique ». On a oublié l’enseignement de Socrate, d’Aristote, de saint Thomas, tandis que l’on connaît et partage la pensée de Nietzsche et de Sartre, en se limitant à tenter de résoudre les effets et en perdant ainsi la capacité de rechercher et de comprendre les « causes » de toute chose, le sens de la vie, les valeurs essentielles.

    Pandémie et situation d’urgence : quelles sont les conséquences de la société pandémique et dans quelle mesure influencent-elles la crise économique ?

    Le confinement, considéré comme la solution à une « pandémie », outre les problèmes déjà bien connus d’ordre social, psychologique, etc., a eu un résultat vraiment considérable : accélérer le processus de numérisation (notamment grâce au télétravail) d’au moins 10 à 15 ans, voire 20 selon certains. Je me contenterai de résumer : la numérisation est un outil fondamental pour être compétitif dans un monde globalisé, où les anciens pays émergents (aujourd’hui les BRICS) représentent près de 50 % de la population mondiale et 50 % du PIB mondial. Le problème est complexe : l’Occident ne sait plus aujourd’hui comment rivaliser, il doit inventer un avantage concurrentiel. Une découverte technologique, cependant, dans un monde globalisé, se répercute sur son utilisation au sein du marché, qui détermine les modèles économiques à adopter, car marché mondial rime avec concurrence mondiale. Soit on sait être compétitif, soit on fait autre chose. L’interdépendance entre les pays du monde est extrêmement forte, tout comme la concentration des nouvelles matières premières (pensons à l’énergie), mais aussi des produits de haute technologie (pensons aux puces électroniques). Aucun pays n’est plus autonome et ne peut se passer des autres. Je pose donc la question : une forme de « souverainisme » est-elle possible aujourd’hui ?

    Le surhomme aujourd’hui : entre néo-malthusianisme, écologisme et syncrétisme religieux. Pouvez-vous nous en faire une analyse ?

    Le surhomme de Nietzsche devrait aujourd’hui se concrétiser grâce aux technologies et à l’intelligence artificielle, ou bien à l’aide de certaines substances psychotropes. En pratique, il s’agit de l’amélioration des facultés humaines grâce à la technologie. Pour moi, la véritable amélioration réside dans la prière et dans la grâce que Dieu m’accorde, mais il est évident que si l’homme se prend lui-même pour Dieu, il ne s’estimera qu’à l’aune de ses découvertes scientifiques, réduisant ainsi lui-même sa dignité d’enfant de Dieu. Nietzsche avait prophétisé la fin de la civilisation occidentale parce qu’elle était chrétienne, tout comme le fait que très bientôt, l’homme considérerait le péché non plus comme un péché envers Dieu, mais envers la Terre et l’environnement. Il a ainsi convaincu ses disciples d’accélérer le processus d’écologisme, seule raison certaine de redécouvrir le malthusianisme nécessaire pour réduire la population. Aujourd’hui, les néo-malthusiens « érudits » et « responsables » ont établi que la population mondiale doit être réduite pour « sauver la planète ». Le syncrétisme religieux est quant à lui une grande découverte faite par les secrétaires de l’ONU pour assurer le succès du soi-disant nouvel ordre mondial, en encourageant les migrations – inutiles et contre-productives d’un point de vue économique (et non humanitaire) – vers des pays à religion dogmatique afin de polluer les « croyances superstitieuses dogmatiques », les valeurs non négociables, la crédibilité de l’autorité morale, etc. Et il y a eu un pape [François, ndlr] qui a même applaudi.

    Déclin des nations occidentales, nouvel ordre mondial (mondialisation et immigration) et crise de l’Europe : quelles en sont les causes et quel rôle joue l’abandon de la loi naturelle et du sens moral ?

    Giacomo Leopardi attribuait au progrès des Lumières la perte du sens moral. Les Lumières avaient également réduit l’homme à de la « matière », entraînant ainsi une ignorance des lois naturelles. Il ne fait aucun doute que l’anthropocentrisme, où l’homme se substitue à Dieu (théocentrisme), né à l’époque humaniste et de la Renaissance, a contribué à convaincre l’homme de satisfaire ses propres besoins, grâce à une recherche technique appropriée et à un consumérisme toujours plus grand. Cette forme de matérialisme a entraîné une sécularisation progressive, très immanente et peu transcendante. De la métaphysique, l’homme passe à l’utilitarisme technocratique et individualiste, peut-être même encouragé par certains théologiens qui, pour ne pas perdre leur popularité dans le monde, ont même réussi à concilier l’évolution biologique avec l’évolution morale nécessaire. Personne ne parle plus de métaphysique ni d’utilitarisme. Comment prétendre qu’un relativisme éthique niant les valeurs objectives ne s’affirme pas de plus en plus ? L’immigration, qui est une contradiction absolue, ne sert qu’à effacer les racines de la civilisation chrétienne, tout comme cela a été le cas pour le nouveau « bio-droit », qui, avec le président Obama et l’OMS, a remplacé la bioéthique, notamment en matière d’avortement, d’euthanasie, etc. Combien ont aujourd’hui le courage d’aller à contre-courant sans crainte ?

    Le nombre de naissances diminue, la population âgée augmente et, avec elle, les dépenses de santé publique. L’euthanasie devient alors la « solution » au problème… Quel est le lien entre l’euthanasie et la dénatalité ?

    Ce sont les deux faces d’une même médaille. La dénatalité est présentée comme une meilleure qualité de vie sans enfants, tandis que l’euthanasie apparaît comme la solution miséricordieuse à une vie indigne d’être vécue. L’absence d’enfants engendre la pauvreté et des risques indicibles de considérer la vie comme « sans valeur » ; l’euthanasie confirme que la valeur de la vie est toujours et uniquement « nulle ». Pour comprendre, nous devrions avoir le courage de reconnaître qui hait la vie humaine et pourquoi, sans en avoir honte. Je vous invite à lire ce qu’a écrit à ce sujet le grand Jérôme Lejeune. Dans une économie mature, avoir des enfants est synonyme de richesse, ne pas en avoir est synonyme de pauvreté. Dans le soi-disant monde occidental, pour devenir plus riche, il faut avoir plus d’enfants. Personnellement, j’ai étudié et affirmé cela dès 1975. Aujourd’hui, 50 ans plus tard, je lis que le problème de la natalité (avec ses conséquences) a été découvert par tous. Auparavant, on l’a nié, en se moquant de moi. Mais ce qui s’est passé depuis 1975, rien que dans le monde occidental riche et cultivé, a coûté très cher. Et aujourd’hui, éliminer 70 % de la population mondiale pour préserver la Terre est un choix idéologique qui coûtera bien plus cher encore.

    Vous affirmez que la famille incarne la vérité humaine et sociale et qu’elle constitue le noyau social. Quelles conséquences entraîne la désagrégation de la famille au sein de la culture mondialiste-nihiliste ?

    La famille est autant haïe que la vie elle-même, car elle accomplit quelque chose d’intolérable : elle met au monde, élève et éduque ses enfants de manière subjective, non pas de façon homogène, mais en fonction des besoins, du caractère, des aptitudes, des forces et des faiblesses de chacun, individuellement. Permettez-moi de dire qu’on comprend tout de suite si un jeune a été élevé de cette manière par sa famille. Pourrait-on envisager de soutenir la famille, ne serait-ce que dans ce rôle, dans un monde globalisé qui prétend uniformiser les cultures, les comportements, les valeurs et les religions ? Ce n’est pas facile, d’autant plus que la famille est en concurrence avec l’État en matière d’investissements scolaires et professionnels. Elle s’occupe des membres de la famille malades, des personnes âgées, et elle le fait avec soin et affection. L’État ne semble pas beaucoup apprécier cette concurrence, peut-être selon le même principe qui a conduit à l’expulsion des religieuses infirmières des hôpitaux ou des religieuses enseignantes des écoles maternelles ?

  • Canada : tombes introuvables des enfants autochtones à Kamloops : à quand excuses et errata des grands médias ?

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    De Christian Rioux dans le Journal de Montréal via le site "Pour une école libre au Québec" :

    Tombes introuvables des enfants autochtones à Kamloops : à quand excuses et errata des grands médias ?

    Tout le monde se souvient de la terrible « découverte » faite à Kamloops, en Colombie-Britannique, il y a cinq ans, près d’un pensionnat autochtone. Plusieurs médias ont souligné cette semaine le cinquième anniversaire de ce qui avait alors ému le monde entier.

    Sauf que, cinq ans plus tard, on n’a toujours pas trouvé la moindre trace de ces « charniers » ou « fosses communes » dont la presse internationale avait fait sa une. Pas le moindre petit bout d’os.

    Piscine du pensionnat de Kamloops vers 1960

    Un scandale mondial

    Le 27 mai 2021, le chef du Conseil de bande local, Rosanne Casimir, avait affirmé que les restes de 215 enfants reposaient dans l’ancien verger du pensionnat de la réserve. Ce pensionnat était l’une des 130 institutions créées par le gouvernement fédéral canadien à l’époque.

    En 24 heures, la nouvelle a fait le tour du monde. Du New York Times au Asahi Shimbun (Tokyo) en passant par Le Monde (Paris) et la Vanguardia (Barcelone), on annonça la découverte macabre sans lésiner sur les mots.

    Et pourtant, personne n’a jamais entrevu l’ombre d’une tombe. Grâce à des fouilles au radar, des experts avaient bien repéré des « anomalies de terrain » pouvant représenter des « sépultures probables ». Mais rien de plus. Sans attendre les fouilles ni l’exhumation des corps, Justin Trudeau mit les drapeaux en berne et dénonça « un chapitre sombre et honteux » de l’histoire du Canada.

    Or, ces fouilles n’ont jamais été faites et elles ne le seront probablement jamais. Dans les quelques pensionnats où elles furent entreprises, elles n’ont strictement rien donné. Et cela, malgré les 246,7 millions de dollars alloués par le gouvernement fédéral au Fonds de soutien communautaire aux enfants disparus des pensionnats, dont 12,1 millions à la seule communauté de Kamloops. Des millions pour l’instant dépensés en vain.

    « Révisionnisme »?

    On cherche encore les excuses et les erratums de ces médias, pourtant si prompts à dénoncer les fake news, qui ont contribué à cette gigantesque affabulation. Seuls quelques rares chroniqueurs et intellectuels ont eu le courage de braver les accusations de « révisionnisme ».

    Parmi eux, l’historien Jacques Rouillard est certainement celui qui a été le plus lucide. Il rappelle qu’avant 1993, personne ne s’était plaint des pensionnats. Les anciens élèves tenaient même des conventums où ils célébraient leurs années d’étude. Comment imaginer que, durant toutes ces années, ni les religieux ni les enseignants, souvent eux-mêmes autochtones, n’aient pu témoigner de ces supposés « meurtres »?

    Des représentants de l’Office du tourisme du Mexique ont assisté en 1963 à une représentation de la troupe de danse de Kamloops, très connue dans toute la Colombie-Britannique, et l’ont invitée au Mexique. Les filles ont lancé un appel à la population de Kamloops et ont récolté plus de 10 000 dollars en deux semaines. En juillet 1964, accompagnées de sœur Mary Leonita et du père G. P. Dunlop OMI, les filles se sont envolées pour Mexico où elles se sont produites au célèbre Palacio de Bellos Artes et à l’Arena Mexico devant un public de 5 000 personnes, dans le cadre d’une émission diffusée à la télévision mexicaine. Source : Indian Record, septembre 1964, p. 3.

    Il n’est évidemment pas question de nier les conditions difficiles subies par les Autochtones dans ces internats. Ni la souffrance et le déracinement culturel qu’ont connus au cours des siècles les populations autochtones. Mais en quoi cette reconnaissance exigerait-elle de perpétuer une légende ? Légende qui, n’en doutons pas, refera surface l’année prochaine...

    Voir aussi 

    «MMIWG2SLGBTQQIA+» : une députée canadienne raillée après l’usage d’un acronyme jugé «absurde» et «woke»

    Remise de diplômes à Hamilton : célébrations devront être conçues selon un prisme anti-oppressif, antiraciste et anticolonial

    L'utilité de la glorification des Premières Nations

    Ontario — Des écoles détruisent 5000 livres jugés néfastes aux Autochtones, dont Tintin et Astérix (m à j)

    Canada : quand le droit glisse vers une application différente selon le groupe ethnique

    Racialisation de la justice : un Amérindien invoque ses origines pour écoper d'une peine moins lourde (2024, affaire Joseph George Sutherland)

    Cette « réconciliation » avec les Premières Nations est un désastre pour le Canada

    Critique du documentaire Sugarcane, Les Ombres d'un pensionnat (2024)

    Manitoba — « La honteuse disparition de l'évêque Grandin »

    Nouveau livre sur « Comment le Canada s’est trompé du tout au tout sur les pensionnats autochtones »

    Steven Guilbeault : la lutte contre les changements climatiques passe par le savoir et le leadership autochtone  

    ECR — obsession pour les Amérindiens écologistes 

    Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

    Ce qu’on ne dit jamais : certains Autochtones ont grandement apprécié leur pensionnat

    Pensionnats — Quels enfants disparus ?

  • Et si l'Église catholique se concentrait sur la mauvaise crise ?

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    De Gaetano Masciullo sur The European Conservative :

    L'Église catholique se concentre sur la mauvaise crise

    Toute tentative visant à corriger les inégalités par le biais d'une intervention politique ou d'une planification mondiale finit par détruire les mécanismes qui génèrent une véritable prospérité.

    17 mai 2026

    Le 27 avril, deux dicastères du Vatican — le Dicastère pour la promotion du développement humain intégral et le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie — ont publié un document conjoint visant à sensibiliser les familles catholiques à une question qui, selon les dicastères eux-mêmes, représente une crise urgente tant pour le monde que pour l’Église elle-même.

    Cette crise urgente pour les dicastères du Vatican est la crise écologique. C’est pourquoi le texte va jusqu’à suggérer qu’une famille catholique, pour être véritablement telle, ne peut se soustraire à l’éducation de ses membres au respect de l’environnement. En effet, le concept même de spiritualité catholique inclut une conscience « écologique intégrale ». 

    Les auteurs, se référant au magistère environnementaliste du pape François — en particulier à l’encyclique-manifeste Laudato si’ et à l’exhortation Laudate Deum — ainsi qu’à la première exhortation apostolique du pape Léon XIV, Dilexi te, qui se présente comme un développement de celles-ci, soutiennent que la crise en question concerne non seulement l’environnement naturel, mais aussi l’environnement humain. Ils entendent par là la crise économique généralisée, c’est-à-dire la situation dramatique de pauvreté qui touche la majorité de l’humanité.

    Les estimations les plus récentes indiquent qu’environ deux milliards de personnes — concentrées principalement dans les pays du Nord — jouissent d’un bien-être relatif, tandis que les six milliards restants vivent dans la pauvreté, la maladie et l’ignorance ; parmi eux, environ un milliard vit dans l’extrême pauvreté. Cette asymétrie génère une pression migratoire structurelle du Sud vers le Nord, seulement en partie spontanée, alimentée par l’idée – plus idéologique que réelle – que l’entrée dans des sociétés économiquement prospères entraîne automatiquement une amélioration des conditions de vie.

    Ces dernières années, l’Église catholique semble avoir adopté cette vision. Pourtant, l’histoire de l’humanité montre que la simple intégration dans des structures sociales efficaces ne suffit pas à sortir les migrants pauvres de leur condition. La pauvreté est en effet un phénomène complexe et multidimensionnel : non seulement économique ou politique, mais surtout mental et culturel. 

    Ce dernier aspect reste un tabou, difficile à aborder sereinement – en Occident comme ailleurs – car il est considéré comme politiquement incorrect. Quiconque tente d’en discuter est souvent accusé d’affirmer, de manière simpliste, que les pauvres sont pauvres « par choix » et méritent donc de le rester. Mais cette simplification est trompeuse et empêche une analyse sérieuse du problème. 

    Malheureusement, cette objection fallacieuse semble s’être également immiscée dans le vocabulaire de l’Église catholique, si l’on en juge par ce qu’affirme le pape Léon XIV dans l’exhortation Dilexi te : « Pour la plupart d’entre eux, la pauvreté n’est pas non plus un choix. Pourtant, certains osent encore avancer cette affirmation, révélant ainsi leur propre aveuglement et leur cruauté. » 

    Pour comprendre la position actuelle de l’Église catholique sur la question, il est nécessaire de revenir sur les enseignements de François, qui a introduit dans le langage de l’Église des idées associées à l’environnementalisme et à la gouvernance internationale — des concepts largement développés au sein d’institutions telles que l’ONU et l’Union européenne.

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  • «Le repos dominical est sacré, il doit être sanctuarisé»

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    Les décisions politiques actuelles autorisant l'ouverture des grandes surfaces et des commerces sept jours sur sept suscitent des questions. Nous reproduisons une tribune de Charles Beigbeder parue sur le Figaro, le 29 août 2014 :

    Charles Beigbeder : «Le repos dominical est sacré, il doit être sanctuarisé»

    Charles Beigbeder rappelle que le dimanche est garant de la solidarité des liens familiaux et fraternels.

    Charles Beigbeder est entrepreneur, investisseur et chef d'entreprise. Il est également conseiller municipal dans le VIIIème arrondissement de Paris.


    Face à l'égarement conjoint d'une « droite bobo » et d'une gauche libérale, oublieuses de nos racines et promptes à remettre en cause les fondements de notre société, il est urgent de rappeler un certain nombre de vérités.

    D'abord, le repos dominical est conforme à la nature profonde de l'homme qui n'est pas uniquement un consommateur (80kg de matière, comme aimait à dire Marx) mais avant tout un être spirituel et charnel, doué d'intelligence et de volonté, capable de sentiments et d'affections et dont l'horizon dépasse, quelque soient les croyances de chacun, le cadre matériel de la vie en société. «Toute l'histoire de l'humanité est l'histoire du besoin d'aimer et d'être aimé» résumait dans une formule percutante le pape Jean-Paul II, dans son discours prononcé au Bourget, le 1er juin 1980. «L'homme ne se nourrit pas seulement de pain» précise de son côté l'Évangile (Lc, IV, 4). Le repos dominical vient donc nous rappeler que c'est l'économie qui est au service de l'homme et non l'inverse. Le jour chômé (seul ou en famille) est à lui seul la justification du travail effectué au cours des six autres jours de la semaine. S'il venait à disparaître, ce serait la finalité même du travail qui serait en cause. Car le travail existe pour l'homme et non l'homme pour le travail. Le jour chômé vient nous le rappeler. Prétendre le contraire reviendrait à inverser les finalités de la vie humaine et à dévoyer le travail en nouvel esclavage des temps modernes. Pour noble et épanouissement qu'il soit, le travail reste un moyen ; il ne constitue jamais une fin en soi. Y a-t-il derrière cette idolâtrie du travail une vision protestante de la société, qu'a si bien analysée Max Weber dans son ouvrage L'éthique protestante ou l'esprit du capitalisme?

    Qui peut croire une seule seconde que le salarié puisse disposer de sa pleine liberté pour refuser le travail dominical s'il sait que son employeur lui préférera un autre salarié acceptant une telle contrainte ?

    Ensuite, le repos dominical est une conquête des Chrétiens pour faire prévaloir la liberté religieuse et permettre la célébration de la messe dominicale. Institué par l'empereur Constantin en 321, il mit du temps à pénétrer les mœurs mais sous l'impulsion de l'Église, il s'incorpora tellement à l'organisation de notre société que la Convention ne put l'abolir lorsqu'elle institua le calendrier révolutionnaire et le culte décadaire (les decadi étant censés remplacer les dimanches). On n'efface pas d'un trait de plume plus de 1500 ans de civilisation chrétienne. C'est donc tout naturellement que le calendrier grégorien fut progressivement réintroduit sous l'Empire et que la Restauration rétablit le repos dominical en 1814. En 1879, la IIIème République laïciste tentera une seconde fois d'abroger le repos dominical, dans un souci manifeste d'effacer toute référence chrétienne dans l'organisation de la société. Peine perdue, moins de 30 ans plus tard, en 1906, le repos dominical était à nouveau sanctuarisé sous l'effet conjugué des députés catholiques et des militants socialistes. Revenir sur cette disposition aujourd'hui porterait donc une atteinte grave à la liberté religieuse des Chrétiens qui n'auraient plus la faculté de pratiquer librement leur culte. On avance certes l'objection d'une libéralisation sur la base du volontariat des salariés, de sorte que personne ne soit contraint de travailler contre son gré le dimanche. Mais qui peut croire une seule seconde que le salarié puisse disposer de sa pleine liberté pour refuser le travail dominical s'il sait que son employeur lui préférera un autre salarié acceptant une telle contrainte?

    Troisième vérité, le repos dominical est un équilibre tiré de l'histoire, un héritage culturel de notre civilisation chrétienne, qui permet, au-delà des convictions personnelles de chacun, le maintien de notre cohésion sociale. En effet, l'objection classique à l'argumentation tirée de la nécessité de garantir la liberté religieuse de chacun, consiste à avancer que dans une société laïque, marquée par la diversité des croyances, le repos dominical est une discrimination qui ne profiterait qu'aux seuls Chrétiens, alors que les citoyens de confession juive ne peuvent opter pour le samedi, ni les Musulmans pour le vendredi, ou les non-croyants pour le jour de leur choix. Et de proposer un système à la carte, où chacun pourrait choisir son jour chômé en fonctions de ses convictions religieuses ou de ses convenances personnelles. Mais comment ne pas voir qu'une telle réforme sonnerait le glas de notre cohésion sociale et effriterait la société en une multitude de communautarismes toujours plus revendicatifs qu'ils s'estiment minoritaires et bafoués? Il est bon et indispensable qu'une société respire à l'unisson: non l'unisson des croyances où chacun dispose de sa pleine liberté, mais la communion des rythmes, principale garantie de l'harmonie sociale. Ainsi, au-delà des convictions religieuses de chacun, le dimanche est en France le jour choisi pour faire respirer la société et respecter la nature spirituelle de l'homme, parce la France est un pays de tradition chrétienne, marqué dans son histoire, comme dans son patrimoine et ses mentalités par plus de 1500 ans de civilisation chrétienne. Il est juste et bon qu'un employeur permette à ses salariés, dans la mesure des adaptations possibles, de s'absenter ponctuellement pour pratiquer le culte de leur choix (par exemple en se rendant à la Mosquée le vendredi midi). De même pour le culte juif, où la question ne se pose quasiment pas en pratique, puisque le samedi, héritage du secteur bancaire confirmé par les accords de Matignon en 1936, est chômé pour beaucoup de salariés. Mais, au-delà des convictions religieuses de chacun, il est fondamental que le dimanche reste sanctuarisé en France, il en va de notre histoire, de notre cohésion sociale, de notre culture et de notre civilisation. Derrière la volonté de remettre en cause le repos dominical, n'y a-t-il pas de la part d'une certaine élite mondialisée une indifférence voire un rejet de nos racines?

    Dans une société traversée par l'individualisme, la consommation à outrance et la perte des repères, le repos dominical est garant de la solidarité des liens familiaux et fraternels et ouvre l'homme à sa dimension spirituelle et contemplative.

    Enfin, quatrième vérité, l'abandon du repos dominical n'aurait aucune incidence positive sur le niveau de croissance de notre économie. Cet argument, brandi tant par le personnel politique boboïsé que par le MEDEF, est doublement fallacieux: il oublie d'abord que pour le salarié, l'augmentation du temps de travail peut souvent conduire à son étalement dans le temps sans création de richesse supplémentaire, et que pour le consommateur, l'ouverture des magasins le dimanche lui permet d'étaler ses achats dans le temps, sans augmentation notable de la consommation, qui est d'abord limitée par le faible pouvoir d'achat des Français. De plus, j'entends souvent les promoteurs du sabordage dominical invoquer une liberté supplémentaire pour le consommateur, mais ils oublient de rappeler que derrière celui qui peut librement faire ses courses le dimanche, il y a un ou plusieurs salariés qui n'ont peut-être pas choisi de leur plein gré d'effectuer une journée de travail supplémentaire au détriment de leur vie familiale. Si dérogations il doit y avoir, ce ne doit être qu'au cas par cas, en fonction d'une nécessité impérieuse des citoyens et non pour la satisfaction de leurs caprices. Beaucoup de dérogations existent d'ailleurs déjà et il serait dangereux de vouloir traiter un micro-problème par une législation de portée générale.

    Dans une société traversée par l'individualisme, la consommation à outrance et la perte des repères, le repos dominical est garant de la solidarité des liens familiaux et fraternels et ouvre l'homme à sa dimension spirituelle et contemplative. Il est aussi un frein à la fragilité narcissique de ceux qui trouvent dans les activités multiples et la frénésie de loisirs un lieu de compensation illusoire à leur vide intérieur. «L'appétit effréné de vie, qui ne donne aujourd'hui aucune paix aux hommes, finit dans le vide d'une vie perdue» affirmait le pape émérite Benoît XVI en 2007. Sans cette boussole du repos dominical, on donnerait raison à Bernanos qui prophétisait à juste titre que «la civilisation moderne […] est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure».

  • « Magnifica humanitas » : la première encyclique du pape Léon XIV paraîtra après Pâques

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    De kath.net/news :

    La première encyclique du pape Léon XIV paraîtra après Pâques

    16 mars 2026

    Selon un article de la revue « Repubblica », l'encyclique s'intitule « Magnifica humanitas » et contient une mise en garde exhaustive concernant les conséquences négatives potentielles de l'intelligence artificielle.

    La première grande encyclique du pape Léon XIV est apparemment en phase finale de révision. Comme l'a rapporté le quotidien « La Repubblica » samedi, sa publication est prévue après Pâques. Son titre provisoire est « Magnifica humanitas » (Magnifique Humanité), et son thème principal est une mise en garde générale contre les conséquences négatives potentielles de l'intelligence artificielle (IA). Elle abordera notamment ses implications sur le marché du travail et les relations humaines.

    En octobre dernier, le site web « Silere non possum » avait spéculé sur le titre et le thème de cette première encyclique, se basant sur des hypothèses similaires. Cependant, les observateurs du Vatican anticipaient alors une publication plus rapide. Les encycliques sont des documents doctrinaux pontificaux contraignants pour l'ensemble de l'Église catholique, mais elles suscitent également un vif intérêt au-delà de ses frontières.

  • L'enfer du désir d'enfants

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    De Stefan Rehder sur le Tagespost :

    L'enfer du désir d'enfants

    Existe-t-il encore des limites à l'atteinte à la dignité humaine ? Compte rendu du congrès sur la gestation pour autrui « Enfants et commerce ».

    11 mars 2026

    La gestation pour autrui n'est pas un phénomène marginal, mais bien un secteur en pleine expansion et très lucratif, qui s'inscrit dans un marché de la santé fortement axé sur les économies. Un marché où les indicateurs de profit, la logique du marché et les taux de croissance mondiaux pèsent bien plus lourd que les principes classiques de l'éthique médicale – autonomie du patient, non-malfaisance, bienfaisance et justice –, explique le docteur Kai Witzel, directeur du Centre de chirurgie mini-invasive. Selon les définitions, le marché mondial de la procréation médicalement assistée est actuellement estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Si certains analystes l'évaluent à environ 20 milliards de dollars, d'autres estimations atteignent jusqu'à 50 milliards de dollars. À cela s'ajoutent des taux de croissance annuels pouvant atteindre 20 %. Les accords de gestation pour autrui s'appuient sur l'infrastructure médicale existante, notamment les cliniques de fertilité, les hôpitaux, les laboratoires, les avocats et les compagnies d'assurance. Dans le même temps, « les risques physiques, psychologiques et sociaux sont externalisés auprès des mères porteuses et de leurs familles », tandis que les « risques économiques » sont souvent pris en charge par les « systèmes de santé publique ».

    Aux États-Unis, le coût total d'une gestation pour autrui peut atteindre 200 000 dollars et comprend les frais d'agence et d'avocat, l'assurance, les services médicaux et une indemnité relativement modeste versée à la mère porteuse. Le marché de la fertilité, qui englobe la gestation pour autrui ainsi que la fécondation in vitro, le don d'ovocytes et la cryoconservation, est en constante progression. Cette croissance s'explique à la fois par l'inclusion de nouveaux groupes cibles, tels que les couples homosexuels, les personnes LGBTQ+ et les personnes célibataires, et par le nombre croissant de cas de stérilité involontaire chez les couples hétérosexuels.

    Hüppe : « La gestation pour autrui est un trafic d'enfants »

    Parallèlement, des banques, des organismes de crédit spécialisés et des plateformes en ligne émergent, proposant des formules de paiement échelonné et de prêt, le concept du « acheter maintenant, payer plus tard », et même les paiements en cryptomonnaie. La formation d'une famille, envisagée à travers le prisme de ces systèmes, est présentée comme le « retour sur investissement », faisant apparaître l'enfant comme le fruit d'un investissement plutôt que comme un don. La gestation pour autrui, selon Witzel, qui, outre son activité médicale, est également consultant en éthique dans le système de santé et diacre permanent du diocèse de Fulda , nous invite à « réexaminer la question fondamentale de la dignité humaine : l'être humain – mère et enfant confondus – est-il une personne qui n'est pas soumise à notre volonté ou l'objet d'un contrat et d'un investissement ? »

    En ouverture du congrès, Hubert Hüppe, président fédéral de l'Union des personnes âgées, a qualifié la gestation pour autrui de « misogyne et inhumaine ». S'adressant aux 130 participants de cette conférence à guichets fermés, le député CDU, en poste depuis de nombreuses années, a déclaré : « La gestation pour autrui est un trafic d'enfants, et nous devons veiller à ce qu'elle soit traitée comme telle par la loi. » Citant des exemples européens, M. Hüppe a exigé que l'Allemagne adopte une « réglementation similaire à celle en vigueur en Italie » afin que « les accords de gestation pour autrui conclus à l'étranger puissent être punis de la même manière que s'ils avaient lieu sur le territoire national ». Dans son discours d'ouverture, l'ancien commissaire fédéral aux questions relatives aux personnes handicapées a également rappelé à l'auditoire que les mères porteuses sont souvent contraintes, par contrat, de subir des examens prénataux et d'avorter en cas de diagnostic de handicap chez l'enfant.

    Reem Alsalem, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence à l’égard des femmes et des filles, s’exprimant en direct du Brésil, a qualifié la gestation pour autrui de nouvelle forme d’« esclavage » où femmes et enfants sont « déshumanisés », et a appelé à un « plan d’action international » juridiquement contraignant contre le trafic mondial d’enfants. S’inspirant du « modèle nordique », utilisé par les pays scandinaves pour lutter contre la prostitution, elle a soutenu la nécessité de créer des cadres politiques et juridiques permettant de poursuivre les acheteurs, les fournisseurs et les intermédiaires, de dépénaliser les victimes et de leur offrir un soutien pour sortir du système. À l’inverse, Mme Alsalem a affirmé que normaliser la gestation pour autrui reviendrait à « rendre acceptable l’exploitation et les abus commis sur les femmes ».

    « Le droit international interdit la traite des êtres humains et la vente d’enfants », explique Felix Böllmann, responsable du département juridique européen d’ADF International. Ces interdictions reposent « non pas sur de bonnes intentions, mais sur des structures objectives ». « Lorsqu’un enfant est transféré contre rémunération ou pour des services comparables », une limite normative est franchie. La distinction entre la gestation pour autrui commerciale et la gestation pour autrui dite altruiste s’avère « rhétorique et non concrète, car même les indemnités de frais constituent une rémunération ». Une « condamnation constante de la gestation pour autrui » n’implique en aucun cas « une discrimination à l’égard des enfants nés de tels arrangements ». Au contraire, le droit international impose « l’égalité de traitement de tous les enfants, quelles que soient les circonstances de leur naissance ». C’est précisément pour cette raison qu’« il doit critiquer la pratique qui met en péril leurs droits dès le départ. La protection de l’enfant exige de la prévention, et non une simple gestion des dommages a posteriori », conclut l’avocat.

    Maurel : « La GPA oublie toujours les enfants »

    Le traitement juridique de la gestation pour autrui constitue donc un test décisif pour la compréhension que les États constitutionnels modernes et les ordres internationaux ont d'eux-mêmes. Il nous oblige à clarifier si le droit doit légitimer tous les scénarios souhaités techniquement possibles ou s'il doit fixer des limites là où la dignité humaine est atteinte. Le droit international a délibérément opté pour cette dernière solution. Il protège non pas la maximisation des désirs individuels, mais les conditions de la vulnérabilité humaine. La gestation pour autrui représente ainsi non pas un progrès, mais un recul par rapport aux principes fondamentaux du droit international fondé sur les droits humains. Elle fragmente la parentalité, instrumentalise le corps de la femme et relativise le statut de l'enfant en tant que sujet de droit indépendant. Le droit international ne laisse aucune place à cela. « Quiconque prend au sérieux la protection de la dignité humaine, de la famille et du bien-être de l'enfant ne peut se soustraire à une interdiction totale de la gestation pour autrui », a poursuivi Böllmann.

    « La GPA oublie toujours les enfants – leur bien-être, leurs relations et leur identité. Je suis l’un de ces enfants oubliés », explique Olivia Maurel, porte-parole et directrice de la communication de la « Déclaration de Casablanca pour l’abolition universelle de la GPA », née d’une mère porteuse aux États-Unis. Cette femme de 34 ans, heureuse en ménage et mère de trois enfants, a publié son autobiographie en français l’année dernière. Juste à temps pour le congrès, la traduction allemande, intitulée « Où es-tu, maman ? – La vérité sur la GPA », est parue. Quiconque souhaite comprendre le calvaire que représente la GPA pour les enfants conçus par ce biais se doit de lire ce livre.

    Quête d'identité, conflits de loyauté, abus d'alcool et de drogues, relations toxiques, avortement, tentative de suicide : Olivia Maurel, qui a été reçue par le pape François en audience privée en avril 2024, a des histoires à raconter sur tout cela. À Berlin, les participants à la conférence, dont beaucoup étaient émus aux larmes, se sont levés pour lui offrir une ovation debout après son témoignage poignant.

    Birgit Kelle, auteure à succès et chroniqueuse au « Tagespost », a présenté les résultats de ses recherches pour son livre « Je m’offre un enfant », pour lequel elle s’est notamment infiltrée incognito au salon de la fertilité « Wish for a Baby ». Eva Engelken, militante pour les droits des femmes, a expliqué comment son association, Frauenheldinnen e. V. (Héroïnes des femmes), intente des actions en justice contre ces salons (voir p. 3). La pédopsychiatre slovaque Anna Kovacova a présenté le cas d’un garçon commandé par une femme divorcée de 53 ans et son compagnon pour célébrer leur bonheur retrouvé grâce à une mère porteuse. Le théologien moral catholique Peter Schallenberg a expliqué dans une présentation vidéo comment l’estompement des frontières dans la médecine reproductive moderne pose de nouveaux défis en matière d’éthique et de droit. Le médecin Andreas Weber, directeur européen adjoint de l'association médicale « Médecins contre le prélèvement forcé d'organes », a clarifié les risques médicaux de la gestation pour autrui, avant que le théologien Dorian Winter ne conclue en expliquant pourquoi personne ne peut avoir de droit sur un enfant.

  • Ni le capitalisme ni l'essor des milliardaires chinois ne vont adoucir le régime totalitaire du Parti communiste

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    De Massimo Introvigne sur Bitter Winter :

    « Le rêve chinois brisé » : Xi Jinping, l’Occident et le piège de la prospérité

    4 mars 2026

    Si vous pensiez que le capitalisme et l'essor des milliardaires chinois allaient adoucir le régime totalitaire du Parti communiste, il vous faut revoir votre jugement.

    Le professeur Pei Minxin (crédits) et son nouveau livre.
    Le professeur Pei Minxin ( crédits ) et son nouveau livre.

    L’ouvrage de Pei Minxin, politologue sino-américain, « Le rêve chinois brisé : comment les réformes ont ravivé le totalitarisme » (Princeton, NJ : Princeton University Press, 2026), dresse le bilan d’une idée défaillante que peu osaient aborder : la croyance que les marchés affaibliraient l’autoritarisme, que les milliardaires pousseraient le Parti communiste chinois vers la démocratie et qu’une classe moyenne émergente privilégierait les élections à la recherche de logements plus spacieux. Pei dissèque ce mythe avec une rigueur scientifique et l’humour pince-sans-rire de quelqu’un qui observe les décideurs occidentaux s’accrocher aux mêmes illusions depuis quarante ans.

    Le livre débute dans les années 1980, une brève période où la Chine semblait s'orienter vers davantage de liberté. Pei nous rappelle que, même alors, l'ère des réformes ne fut pas un chemin sans embûches vers l'ouverture, mais plutôt une lutte acharnée derrière les murs de Zhongnanhai. La coalition de Deng Xiaoping, unie uniquement par la volonté de marginaliser Hua Guofeng, se scinda rapidement entre réformistes désireux d'assouplir le système et conservateurs partisans d'une économie planifiée modernisée. La décennie s'achève, inévitablement, par des chars sur l'avenue Chang'an et un message qui allait marquer les trente années suivantes : l'expérimentation économique est acceptable, mais l'expérimentation politique ne l'est pas.

    Pei montre ensuite comment le PCC a appris à s'enrichir sans relâcher son emprise. Les réformes rurales des années 1980 ont certes stimulé l'esprit d'entreprise, mais toujours en marge et sous l'œil vigilant d'un parti soucieux de conserver le pouvoir. L'économie mixte chinoise – à la fois de marché et d'État, et entièrement politique – est devenue le moteur du « miracle », mais aussi la source de contradictions qui allaient par la suite l'étouffer. La croissance était tolérée, voire encouragée, tant qu'elle ne menaçait pas le monopole du pouvoir.

    Les années Jiang Zemin, souvent perçues comme technocratiques et ennuyeuses, apparaissent dans le récit de Pei comme la période où le néo-autoritarisme s'est consolidé. La stabilité fut instaurée par des règles, des normes et un vaste appareil sécuritaire qui rendait toute dissidence dangereuse et vaine. Le parti s'assura le soutien des élites, s'assura la faveur de la classe moyenne et se drapa dans le nationalisme. D'apparence moderne, il était en réalité fragile, tel un gratte-ciel sur un terrain instable.

    L'administration de Hu Jintao, axée sur la « société harmonieuse », apparaît certes bien intentionnée, mais débordée. Les inégalités ont explosé, la corruption s'est généralisée et les dégâts environnementaux ont atteint des niveaux alarmants. La crise financière mondiale de 2008, initialement perçue par Pékin comme la preuve d'un échec occidental, a en réalité révélé les limites d'un modèle de croissance chinois trop dépendant de la dette, des exportations et du boom de la construction. Au moment où Hu a quitté ses fonctions, le système était déjà fragilisé par ses propres contradictions.

    Puis arrive Xi Jinping , et le récit de Pei bascule d'un déclin progressif à un retournement brutal. La Chine de Xi n'est pas seulement autoritaire ; elle cherche à raviver des pratiques totalitaires que beaucoup croyaient disparues avec Mao. Les campagnes anticorruption servent également à purger les rivaux politiques. La surveillance se généralise. L'idéologie fait un retour en force, comme en témoigne la tristement célèbre liste des idées occidentales interdites du Document n° 9. Les minorités ethniques, la société civile, les entrepreneurs privés et même les hauts responsables du Parti se retrouvent pris pour cible par un État qui exige désormais non seulement l'obéissance, mais aussi une loyauté idéologique. Pei affirme que le « rêve chinois » est un projet de pouvoir centralisé, personnel et sans contrôle.

    Les chapitres suivants décrivent une catastrophe au ralenti. La dette explose. La population vieillit. L'innovation s'enraye par la peur politique. L'économie, jadis principal atout du régime en termes de crédibilité, devient un fardeau. Parallèlement, la situation extérieure de la Chine évolue de l'engagement à la confrontation. Ce qui était autrefois perçu comme une « ascension pacifique » apparaît désormais comme une voie vers un conflit géopolitique, alimentée par l'affirmation de Xi Jinping à l'étranger et la répression intérieure. Pei Pei ne recourt pas au sensationnalisme, mais il démontre clairement qu'un système incapable de se réformer finira par se heurter au reste du monde.

    La conclusion relie tous les fils de l'histoire avec une clarté qui donne à réfléchir. L'échec de la démocratisation en Chine depuis 1979 n'est pas dû à des occasions manquées, mais au fait que les pratiques mêmes qui ont alimenté la croissance économique ont également renforcé le contrôle politique. La stratégie de survie du PCC – réprimer, coopter, centraliser – a été trop efficace. Les institutions qui soutenaient le maoïsme n'ont jamais été démantelées ; elles ont été réorientées. Sous Xi Jinping, elles ont été réactivées avec un zèle idéologique renouvelé. Il en résulte une nation qui ne s'oriente pas vers la libéralisation, mais vers une forme de totalitarisme encore plus sophistiquée et axée sur la technologie.

    Le message central de Pei est à la fois percutant et dérangeant : la réforme économique n’entraîne pas automatiquement une réforme politique. Dans le cas de la Chine, elle a produit l’effet inverse. La prospérité a renforcé le Parti, accru ses forces de sécurité et lui a donné les moyens d’étendre son emprise. Le « rêve brisé » ne désigne pas seulement le rêve de renaissance de la Chine : il symbolise aussi la croyance erronée de l’Occident selon laquelle le capitalisme atténuerait le léninisme.

    En définitive, Pei n'offre guère d'espoir. La voie empruntée par la Chine sous Xi semble mener à la stagnation intérieure et aux conflits extérieurs. La logique interne du système l'éloigne de plus en plus de la démocratie, au lieu de la rapprocher.

    Le monde doit enfin se confronter à une vérité qu'il a longtemps évitée : le totalitarisme ne disparaît pas du marché ; parfois, il prospère.


    Massimo Introvigne  (né le 14 juin 1955 à Rome) est un sociologue italien des religions. Il est le fondateur et directeur du Centre d'études sur les nouvelles religions ( CESNUR ), un réseau international de chercheurs qui étudient les nouveaux mouvements religieux. Introvigne est l'auteur d'une soixantaine d'ouvrages et de plus d'une centaine d'articles en sociologie des religions. Il a été le principal auteur de l'  Enciclopedia delle religioni in Italia  (Encyclopédie des religions en Italie). Il est membre du comité de rédaction de l'  Interdisciplinary Journal of Research on Religion  et du comité de direction de la revue  Nova Religio , publiée par les Presses universitaires de Californie .  Du 5 janvier au 31 décembre 2011, il a été « Représentant pour la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, avec une attention particulière portée à la discrimination à l’encontre des chrétiens et des membres d’autres religions » de l’  Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe  (OSCE). De 2012 à 2015, il a présidé l’Observatoire de la liberté religieuse , institué par le ministère italien des Affaires étrangères afin de suivre les atteintes à la liberté religieuse dans le monde.

  • La banque du Vatican lance deux nouveaux indices boursiers conformes aux principes catholiques.

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    D'Edgar Beltran sur The Pillar :

    L’IOR a lancé deux indices d’investissement éthiques « conçus pour servir de référence aux investissements catholiques dans le monde entier ».

    L’Institut pour les œuvres de religion a lancé mardi deux indices d’investissement éthiques « conçus pour servir de référence [de point de repère] pour les investissements catholiques dans le monde entier ».

    Les deux indices de référence actions, le Morningstar IOR Eurozone Catholic Principles et le Morningstar IOR US Catholic Principles, ont été développés avec Morningstar, un fournisseur de services financiers américain, et visent à offrir un indice de référence éthique aux investisseurs.

    Ce lancement est le dernier d'une série d'initiatives de l'IOR, communément appelée la banque du Vatican, qui s'est imposée ces dernières années comme l'organe financier le plus performant du Vatican, suite à des années de réformes initiées par le pape François visant des investissements éthiques et la transparence.

    Selon un communiqué de l'IOR daté du 10 février, les indices « sont construits selon les meilleures pratiques du marché et conformément aux critères éthiques catholiques, et sont conçus pour servir de référence aux investissements catholiques dans le monde entier ».

    « Cette initiative renforce encore l’alignement entre les paramètres de référence utilisés par l’Institut et sa politique d’investissement, élaborée conformément à la doctrine sociale de l’Église, et s’inscrit dans le cadre de l’engagement plus large de l’IOR à garantir que son processus d’investissement soit pleinement conforme aux principes éthiques catholiques », ajoute le communiqué.

    Les deux indices sont composés de 50 sociétés, toutes des sociétés à moyenne et grande capitalisation que l'IOR considère comme « pleinement conformes à la politique d'investissement de l'IOR et conçues pour intégrer les développements futurs de l'approche de l'Institut en matière d'investissement catholique éthique ».

    Cette annonce fait suite à des années de travail au sein du Vatican pour promouvoir une politique d'investissement éthique après plusieurs scandales et des tensions latentes entre les institutions financières.

    En 2021, Libero Milone, ancien auditeur général du Vatican, a déclaré dans une interview que le Saint-Siège avait investi des fonds dans une société pharmaceutique produisant une contraception d'urgence, la « pilule du lendemain », mais avait vendu ses parts dans la société lorsque l'auditeur du Vatican a signalé l'investissement aux hauts responsables de l'Église.

    Quelques mois seulement après un rapport interne accablant de l'Autorité de surveillance financière et d'information sur la gestion anémique des risques et les politiques d'investissement de l'APSA, l'organisme de gestion des investissements du Saint-Siège, le pape François a créé en 2022 un Comité pour les investissements.

    Selon la constitution apostolique de François sur la curie romaine, le comité est chargé de « garantir le caractère éthique des investissements mobiliers du Saint-Siège conformément à la doctrine sociale de l’Église et, en même temps, leur rentabilité, leur adéquation et leur gestion des risques », et vraisemblablement d’éviter la répétition de scandales liés à des investissements contraires à l’éthique .

    La même année, François ordonna que tous les investissements de la Curie soient placés sous l’administration de l’IOR et que l’IOR exerce « exclusivement » le rôle de « gestionnaire et dépositaire des biens mobiliers du Saint-Siège et des institutions qui lui sont liées ».

    Le pape Léon XIV a abrogé ce décret l'an dernier. Cependant, The Pillar a déjà rapporté que le Comité des investissements est devenu une source de tensions avec la direction d'autres institutions financières et départements, selon plusieurs responsables de la Curie, notamment l'APSA, le Secrétariat à l'économie et l'Institut pour les œuvres de religion.

    « Le comité était censé combler les lacunes internes d’APSA », a déclaré un haut responsable financier au journal The Pillar l’an dernier. « Il fallait clarifier les secteurs et les types de projets dans lesquels l’Église peut – ou non – s’impliquer. »

    « Au contraire, il est devenu un véritable centre de pouvoir. Le comité ne donne pas de conseils, il oriente bien souvent des investissements spécifiques – de manière positive – c’est-à-dire qu’il ordonne la réalisation d’un investissement particulier de sa propre sélection, sans donner d’avis sur les choix judicieux des autres. »

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  • « J’ai été vendu pour 300 dollars » : Le trafic d’êtres humains continue de s’intensifier en Afrique

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    De Ngala Killian Chimtom sur le CWR :

    « J’ai été vendu pour 300 dollars » : Le trafic d’êtres humains continue de s’intensifier en Afrique

    Les données suggèrent que les enfants représentent plus de la moitié des victimes de la traite des êtres humains sur le continent africain, et qu'ils subissent des sévices horribles, notamment l'exploitation sexuelle et le travail forcé.

    Alors que les catholiques célèbrent la fête de sainte Joséphine Bakhita le 8 février, des témoignages poignants de survivants de la traite des êtres humains à travers l'Afrique mettent en lumière les traitements horribles qu'ils subissent.

    John, un mécanicien nigérian, est l'un de ces survivants. Il se souvient avoir été victime de trafic d'êtres humains et envoyé en Libye en 2015, après qu'on lui ait promis un emploi bien rémunéré qui lui permettrait de gagner l'argent nécessaire pour immigrer un jour en Europe.

     « Quand je suis arrivé en Libye, j’ai découvert que tout cela n’était que mensonge », a-t-il déclaré à CWR.

     « On nous a fait subir des choses terribles là-bas », a-t-il déclaré, montrant les cicatrices sur son corps comme preuve. « Finalement, on m'a vendu pour 300 dollars afin que j'aille travailler dans une mine. »

    Un système répandu et prédateur

    Le tragique destin de John n'est pas un cas isolé, mais illustre de façon criante un système prédateur et répandu. Partout en Afrique, des trafiquants exploitent le désespoir de jeunes gens en quête d'une vie meilleure, les faisant passer pour des victimes d'exploitation sexuelle sous de faux prétextes, à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières.

    Cette tendance effroyable est confirmée par de nouvelles preuves troublantes et des enquêtes de terrain qui ont mis au jour une entreprise criminelle transnationale ayant piégé au moins 3 000 Camerounais, principalement des jeunes originaires des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ravagées par le conflit, qui ont été chassés de leurs foyers à la suite d’un conflit séparatiste qui dure depuis dix ans et qui a déplacé plus d’un million de personnes, tandis que quelque 6 500 autres auraient trouvé la mort.

    Menée par la Commission Justice et Paix du diocèse de Kumbo en collaboration avec des partenaires nigérians, l'enquête révèle que ces victimes sont attirées hors de chez elles par la promesse d'emplois lucratifs. Au lieu de cela, elles sont retenues contre leur gré dans au moins dix camps insalubres au Nigéria, où elles sont contraintes de dormir à même le sol et subissent une exploitation effroyable.

     Les ravisseurs utilisent les victimes comme moyen de pression pour extorquer des rançons exorbitantes à leurs familles appauvries avant de les vendre comme esclaves modernes, une réalité effroyable corroborée par des preuves vidéo et des témoignages de victimes.

    Jane, une Camerounaise vivant au Nigéria, a lancé un appel public désespéré après que sa cousine a été victime de trafic d'êtres humains à travers le Nigéria et serait détenue dans l'un des camps de ce pays d'Afrique de l'Ouest.

    S'exprimant d'un ton brut et émouvant, Jane explique que la victime, à qui l'on avait promis un emploi à Bahreïn, a été attirée du Cameroun au Nigéria avant de tomber entre les mains d'un réseau de trafic sophistiqué.

    Elle se souvint que son cousin l'avait contactée du Cameroun pour lui annoncer son intention de traverser le Nigeria pour se rendre à Bahreïn, où un de ses frères l'attendait.

    « J’ai dû lui parler », dit Jane, la voix brisée. « Je l’ai appelé et je lui ai dit : “S’il te plaît, envoie-moi une capture d’écran de ton visa approuvé… Comment peux-tu voyager sans visa ?” » L’attitude évasive de son cousin fut le premier signe alarmant d’un voyage qui vira rapidement au cauchemar.

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