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Liège, Mercredi des Cendres le 14 février 2024 : ouverture du Carême 2024 à l’église du Saint-Sacrement (Bd d’Avroy, 132)
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María Antonia de Saint Joseph ("Mama Antula") a été canonisée
Du Catholic World Report (J. J. Ziegler):

La vertu héroïque de María Antonia de Saint Joseph
Née en Argentine sous le nom de María Antonia de Paz y Figueroa, et connue familièrement sous le nom de "Mama Antula", la bienheureuse María Antonia était une beata : une femme consacrée qui faisait des vœux privés et vivait dans un beaterio (couvent) dont la direction était confiée à des prêtres de la Compagnie de Jésus.
10 février 2024
Le 16 décembre, le Dicastère pour les causes des saints a annoncé que le pape François canoniserait la bienheureuse María Antonia de Saint Joseph (1730-1799) le 11 février.
Née près de Santiago del Estero, en Argentine, sous le nom de María Antonia de Paz y Figueroa, et connue familièrement sous le nom de " Mama Antula ", la bienheureuse María Antonia était une beata : une femme consacrée qui prononçait des vœux privés et vivait dans un beaterio (couvent) dont la direction était confiée à des prêtres de la Compagnie de Jésus.
En 1767, le roi Charles III d'Espagne expulse les Jésuites de son empire. Avec la permission des autorités ecclésiastiques et civiles, María Antonia a passé les dernières décennies de sa vie à poursuivre l'apostolat jésuite des exercices spirituels (retraites). Parcourant des milliers de kilomètres à travers l'Argentine et l'Uruguay, elle organisa des retraites prêchées par des prêtres non jésuites ; une retraite pour cent personnes durait dix jours. Elle demandait également l'aumône pour que les retraitants puissent toujours faire leurs exercices spirituels sans frais.
Mama Antula s'est finalement installée à Buenos Aires, à 650 miles de sa ville natale, et a collecté des fonds pour construire une maison d'exercices spirituels qui existe encore aujourd'hui. C'est là qu'elle a fondé une communauté de femmes consacrées, connue aujourd'hui sous le nom de Hijas del Divino Salvador (Filles du Divin Sauveur). Mama Antula est la première femme canonisée en Argentine, ainsi que la première sainte canonisée depuis octobre 2022.
Le 1er juillet 2010, le pape Benoît XVI a approuvé la promulgation d'un décret sur les vertus héroïques de María Antonia de San José. Le décret, a été publié dans les Acta Apostolicae Sedis un an après sa promulgation (vol. CIII, n. 9, 2 septembre 2011, pp. 609-612).
Le 3 mars 2016, le pape François a approuvé un décret sur un miracle attribué à l'intercession de Mama Antula : "la guérison rapide, complète et durable d'une religieuse professe de trente et un ans des Filles du Divin Sauveur, d'une cholécystite lithiasique aiguë avec complications septiques, au cours des derniers mois de 1904". Cette approbation a ouvert la voie à la béatification de Mama Antula le 27 août 2016.
"Hier, à Santiago del Estero, en Argentine, Sœur María Antonia de San José a été béatifiée ; le peuple l'appelle Mama Antula", a déclaré le pape François le lendemain. "Que son témoignage chrétien exemplaire, en particulier son apostolat dans la promotion des exercices spirituels, inspire le désir d'adhérer toujours plus au Christ et à l'Évangile."
Le 24 octobre 2023, le pape François a approuvé un décret sur un autre miracle attribué à son intercession : "la guérison rapide, complète et durable d'un père de famille de soixante ans, victime d'un accident vasculaire cérébral ischémique avec infarctus hémorragique dans plusieurs régions, d'une septicémie, d'un coma profond et d'un choc septique résistant avec défaillance de plusieurs organes, en juillet 2017". Ce deuxième miracle a ouvert la voie à sa canonisation.
En décembre, Mgr Lucio Ruiz, secrétaire du Secrétariat pour la communication du Vatican, a révélé que ce père de soixante ans, Claudio P., était autrefois un séminariste de dix-sept ans à qui le futur pape François, alors provincial jésuite argentin, avait conseillé de "chercher une autre voie vocationnelle, lui promettant qu'il bénirait sa femme et ses enfants."
"Il est agréable de voir que c'est François qui canonisera la personne qui a intercédé pour le miracle qui lui a permis de continuer à vivre", a déclaré M. Ruiz.
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Cardinal Koch : "Le christianisme est dans une situation très critique en Europe"
De Catholic News Agency (de) :
Cardinal Koch : "Le christianisme est dans une situation très critique en Europe".
24.1.2024
Dans une longue interview accordée au journal suisse "Weltwoche" (édition actuelle), le cardinal de Curie Kurt Koch a averti : "Le christianisme est dans une situation très critique en Europe". Cela concerne "toutes les églises chrétiennes, pas seulement l'église catholique".
L'une des raisons de la crise est "la situation difficile des Eglises elles-mêmes, si je pense au douloureux problème des abus. Mais les sorties d'Eglise, je pense, ont aussi à voir avec d'autres causes plus profondes".
Mgr Koch, préfet du dicastère pour la promotion de l'unité des chrétiens, a déploré le manque d'évangélisation : "Nous sommes probablement trop peu convaincus de la préciosité et de la beauté du message que nous avons à annoncer, et nous n'osons alors pas l'annoncer vraiment. C'est peut-être aussi parce que l'on ne connaît plus du tout sa propre foi".
"Le plus grand danger est que l'Église ne soit plus suffisamment convaincue de son message chrétien et qu'elle ne puisse plus transmettre ce message", a souligné le cardinal. "Si elle fait des concessions sur le message, si elle se retire, si elle n'approfondit plus le message, si elle l'annonce, par conviction de pouvoir offrir aux hommes le plus grand cadeau qui soit".
"Je ne peux parler à Dieu que parce qu'il m'a parlé auparavant", a expliqué Koch. "Et c'est là le contenu essentiel de la foi chrétienne : Dieu s'est révélé à l'homme. Il n'est pas un Dieu muet qui se tait, mais un Dieu qui parle, qui a parlé au peuple d'Israël, qui a parlé au plus haut point en Jésus et qui s'est révélé à nous. Croire, ce n'est pas inventer. Croire, c'est dire : Dieu s'est révélé à moi, et ma réponse est que je le crois".
Le cardinal s'est exprimé encore plus longuement sur la crise de l'Eglise et ses répercussions sur la société : "Celui qui envoie la foi dehors par la porte principale reçoit la superstition par la porte de derrière. C'est toujours le cas. Partout où l'homme ne croit pas à la transcendance de Dieu, il est tenté d'ériger les choses mondaines et finies en valeur suprême - l'idéologie. La mort de Dieu a finalement pour conséquence la mort de l'homme".
Concrètement, il s'agit de la dignité de l'homme. Ce n'est pas un hasard si, dans la société de performance actuelle, deux problèmes ont été mis sur le tapis ensemble. Il y a la question de l'avortement et la question de l'euthanasie. Si la performance devient la valeur suprême, alors la vie humaine qui ne peut encore rien accomplir, la vie de l'enfant à naître, et la vie humaine qui ne peut plus rien accomplir, la vie des personnes âgées, des malades, des mourants, n'ont plus une grande valeur de cours".
"Le fait que nous ayons aujourd'hui les grands problèmes au début et à la fin de la vie est aussi lié à la perte de la foi", a-t-il déclaré avec conviction.
Dans ce contexte, il souhaite, en regardant la société, "que l'homme revienne à la raison et cesse ces terribles guerres. Le christianisme a une contribution essentielle à apporter dans ce domaine, car il a une vision claire de ce que signifie la paix".
La paix doit être liée à la justice, liée aussi à la gloire de Dieu", a expliqué Koch. "Prenons au sérieux le chant de Noël des anges - Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'il aime. Nous aimons toujours entendre la deuxième partie et oublier la première. Ce n'est que lorsque la gloire qui revient à Dieu est rendue qu'il peut y avoir vraiment la paix sur la terre".
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Rencontre avec Nathalie Lacroix, vierge consacrée, théologienne et psychologue spécialiste en addictologie à Bruxelles
De KTO Télevision :
Rencontre avec Nathalie Lacroix
11/02/2024
Pour ce nouvel entretien, Régis Burnet reçoit une théologienne pas comme les autres, qui a mené pas moins de quatre vies de front ! Vierge consacrée, Nathalie Lacroix est aussi psychologue spécialiste en addictologie à l’hôpital en Belgique et elle a exercé de nombreuses responsabilités au sein du mouvement jésuite Communauté de Vie chrétienne (CVX). « Avec saint Ignace, je me suis dit : il y a un salut pour les gens passionnés et excessifs ! Si on a de grands désirs, c’est une bonne chose, car le désir est le moteur des femmes et des hommes. »
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Le message du pape pour la 32ème Journée Mondiale du Malade
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
POUR LA XXXIIème JOURNÉE MONDIALE DU MALADE11 février 2024
« Il n’est pas bon que l’homme soit seul »; soigner le malade en soignant les relations« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gn 2, 18). Dès le début, Dieu, qui est amour, a créé l'être humain pour la communion, en inscrivant dans son être la dimension des relations. Ainsi, notre vie, modelée à l'image de la Trinité, est appelée à se réaliser pleinement dans le dynamisme des relations, de l'amitié et de l'amour réciproque. Nous sommes créés pour être ensemble, et non pour être seuls. Et c'est justement parce que ce projet de communion est inscrit si profondément dans le cœur de l'homme que l'expérience de l'abandon et de la solitude nous effraie et est douloureuse, voire inhumaine. Elle l’est encore plus dans les moments de fragilité, d'incertitude et d'insécurité, souvent provoqués par l'apparition d'une maladie grave.
Je pense, par exemple, à ceux qui se sont retrouvés terriblement seuls durant la pandémie de Covid-19 : les patients qui ne pouvaient pas recevoir de visites, mais aussi les infirmiers, les médecins et le personnel de soutien, tous débordés et enfermés dans des salles d'isolement. Et bien sûr, n'oublions pas ceux qui ont dû affronter l'heure de la mort tout seuls, soignés par le personnel de santé mais loin de leurs familles.
En même temps, je partage avec douleur la détresse et la solitude de ceux qui, à cause de la guerre et de ses conséquences tragiques, se retrouvent sans soutien ni assistance : la guerre est la plus terrible des maladies sociales et les personnes les plus fragiles en paient le prix le plus élevé.
Il faut cependant souligner que même dans les pays qui jouissent de la paix et de ressources plus importantes, le temps de la vieillesse et de la maladie est souvent vécu dans la solitude et parfois même dans l'abandon. Cette triste réalité est avant tout une conséquence de la culture de l'individualisme, qui exalte la performance à tout prix et cultive le mythe de l'efficacité, devenant indifférente et même impitoyable lorsque les personnes n'ont plus la force nécessaire pour suivre le rythme. Elle devient alors une culture du rejet, dans laquelle « les personnes ne sont plus perçues comme une valeur fondamentale à respecter et à protéger, surtout celles qui sont pauvres ou avec un handicap, si elles “ne servent pas encore” – comme les enfants à naître –, ou “ne servent plus” – comme les personnes âgées » (Enc. Fratelli tutti, n. 18). Malheureusement, cette logique imprègne également certains choix politiques, qui ne mettent pas au centre la dignité de la personne humaine et ses besoins, et ne favorisent pas toujours les stratégies et les ressources nécessaires pour garantir à chaque être humain le droit fondamental à la santé et à l'accès aux soins. Dans le même temps, l'abandon des personnes fragiles et leur solitude sont également favorisés par la réduction des soins aux seuls services de santé, sans que ceux-ci soient judicieusement accompagnés d'une “alliance thérapeutique” entre médecin, patient et membre de la famille.
Cela nous fait du bien de réentendre cette parole biblique : il n'est pas bon que l'homme soit seul ! Dieu la prononce au tout début de la création et nous révèle ainsi le sens profond de son projet pour l'humanité mais, en même temps, la blessure mortelle du péché, qui s'introduit en générant soupçons, fractures, divisions et, donc, isolement. Il affecte la personne dans toutes ses relations : avec Dieu, avec elle-même, avec les autres, avec la création. Cet isolement nous fait perdre le sens de l'existence, nous prive de la joie de l'amour et nous fait éprouver un sentiment oppressant de solitude dans tous les passages cruciaux de la vie.
Frères et sœurs, le premier soin dont nous avons besoin dans la maladie est une proximité pleine de compassion et de tendresse. Prendre soin de la personne malade signifie donc avant tout prendre soin de ses relations, de toutes ses relations : avec Dieu, avec les autres – famille, amis, personnel soignant –, avec la création, avec soi-même. Est-ce possible ? Oui, c'est possible et nous sommes tous appelés à nous engager pour que cela devienne réalité. Regardons l'icône du Bon Samaritain (cf. Lc 10, 25-37), sa capacité à ralentir son rythme et à se faire proche, la tendresse avec laquelle il soulage les blessures de son frère souffrant.
Rappelons-nous cette vérité centrale de notre vie : nous sommes venus au monde parce que quelqu'un nous a accueillis, nous sommes faits pour l'amour, nous sommes appelés à la communion et à la fraternité. Cette dimension de notre être nous soutient particulièrement dans les moments de maladie et de fragilité, et c'est la première thérapie que nous devons adopter tous ensemble pour guérir les maladies de la société dans laquelle nous vivons.
À vous qui vivez la maladie, qu'elle soit passagère ou chronique, je voudrais dire : n'ayez pas honte de votre désir de proximité et de tendresse ! Ne le cachez pas et ne pensez jamais que vous êtes un fardeau pour les autres. La condition des malades nous invite tous à freiner les rythmes exaspérés dans lesquels nous sommes plongés et à nous redécouvrir.
Dans ce changement d’époque que nous vivons, nous, chrétiens, sommes particulièrement appelés à adopter le regard compatissant de Jésus. Prenons soin de ceux qui souffrent et qui sont seuls, peut-être marginalisés et rejetés. Avec l'amour mutuel, que le Christ Seigneur nous donne dans la prière, en particulier dans l'Eucharistie, guérissons les blessures de la solitude et de l'isolement. Et ainsi, coopérons pour contrer la culture de l'individualisme, de l'indifférence, du rejet, et pour faire grandir la culture de la tendresse et de la compassion.
Les malades, les fragiles, les pauvres sont au cœur de l'Église et doivent aussi être au centre de nos attentions humaines et de nos sollicitudes pastorales. Ne l'oublions pas ! Et confions-nous à la Très Sainte Vierge Marie, Santé des malades, pour qu'elle intercède pour nous et nous aide à être des artisans de proximité et de relations fraternelles.
Rome, Saint-Jean-de-Latran, 10 janvier 2024
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Je le veux, sois purifié (6e dimanche du temps ordinaire)
Lors de l'angelus du dimanche 12 février 2012, le pape Benoît XVI a commenté l'évangile de ce jour :
Chers frères et sœurs,
Dimanche dernier, nous avons vu qu’au cours de sa vie publique, Jésus a guéri de nombreux malades, révélant que Dieu veut pour l’homme la vie, la vie en plénitude. L’Evangile de ce dimanche (Mc 1, 40-45) nous montre Jésus en contact avec la forme de maladie considérée à cette époque comme la plus grave, au point de rendre la personne « impure », et de l’exclure des relations sociales : nous parlons de la lèpre. Une législation spéciale (cf. Lv 13-14) réservait aux prêtres le devoir de déclarer la personne lépreuse, c’est-à-dire impure; et de même, il revenait au prêtre d’en constater la guérison et d’admettre à nouveau le malade guéri à la vie normale.
Alors que Jésus allait prêcher dans les villages de Galilée, un lépreux vint à sa rencontre et lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier ! ». Jésus ne fuit pas au contact de cet homme, au contraire, poussé par une participation intime à sa situation, il tend la main et le touche — ignorant l’interdiction légale — et il lui dit : « Je le veux, sois purifié ! ». Dans ce geste et dans ces paroles du Christ, il y a toute l’histoire du salut, il y a l’incarnation de la volonté de Dieu de nous guérir, de nous purifier du mal qui nous défigure et qui entache nos relations. Dans ce contact entre la main de Jésus et le lépreux, est abattue toute barrière entre Dieu et l’impureté humaine, entre le Sacré et son contraire, certainement pas pour nier le mal et sa force négative, mais pour démontrer que l’amour de Dieu est plus fort que tout mal, même le plus contagieux et le plus horrible. Jésus a pris sur lui nos infirmités, il s’est fait « lépreux » afin que nous soyons purifiés.
La célèbre expérience de saint François d’Assise, qu’il résume au début de son Testament, constitue un commentaire existentiel splendide de cet Evangile : « Le Seigneur m’a dit, à moi, frère François, de commencer à faire ainsi pénitence: quand j’étais dans le péché, voir des lépreux me semblait chose trop amère ; et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je leur faisais preuve de miséricorde. Et, m’éloignant d’eux, ce qui m’avait semblé amer se transforma en douceur dans mon âme et dans mon corps. Et ensuite, j’attendis un peu, puis je sortis du monde » (Sources franciscaines, 110). Chez ces lépreux, que François rencontra alors qu’il était encore « dans le péché » — comme il le dit — Jésus était présent ; et lorsque François s’approcha de l’un d’entre eux et, surmontant sa répugnance, l’embrassa, Jésus le guérit de sa lèpre, c’est-à-dire de son orgueil, et il le convertit à l’amour de Dieu. Voilà la victoire du Christ, qui est notre guérison profonde, et notre résurrection à une vie nouvelle !
Chers amis, adressons-nous en prière à la Vierge Marie, que nous avons célébrée hier en faisant mémoire de ses apparitions à Lourdes. La Vierge confia à sainte Bernadette un message toujours actuel : l’invitation à la prière et à la pénitence. Par sa Mère, c’est toujours Jésus qui vient à notre rencontre, pour nous libérer de toute maladie du corps et de l’âme. Laissons-nous toucher et purifier par lui, et faisons preuve de miséricorde envers nos frères !
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Sois purifié mais ne dis rien à personne...
Evangile du jour : Marc 1, 40-45
Un lépreux vint trouver Jésus ; il tombe à ses genoux et le supplie : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié.
Aussitôt Jésus le renvoya avec cet avertissement sévère : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre. Et donne pour ta purification ce que Moïse prescrit dans la Loi : ta guérison sera pour les gens un témoignage. »
Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte qu’il n’était plus possible à Jésus d’entrer ouvertement dans une ville. Il était obligé d’éviter les lieux habités, mais de partout on venait à lui.
Homélie du Père Joseph-Marie Verlinde (homelies.fr ; archive 2009)
Cette péricope se divise en trois parties, clairement délimitées : la première nous décrit brièvement la guérison du lépreux ; la seconde nous fait entendre les recommandations que Jésus lui adresse avant de le renvoyer chez lui ; la troisième nous raconte le comportement de cet homme et les conséquences pour le ministère de Notre-Seigneur.Saint Marc ne nous précise pas d’où vient ce lépreux, ni comment il est parvenu à s’approcher de Jésus malgré toutes les règles en vigueur pour tenir à distance les malheureux atteints de cette terrible maladie. Cette imprécision délibérée met d’autant plus en valeur la rencontre entre les deux acteurs de la scène, sur laquelle se concentre toute notre attention.
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Les déclarations inacceptables de Monseigneur Scicluna sur le célibat ecclésiastique : un expert corrige l'archevêque
Célibat ecclésiastique / Des déclarations inacceptables de Monseigneur Scicluna. Un expert corrige donc l'archevêque
Le mois dernier, Monseigneur Charles Scicluna, haut fonctionnaire du Vatican et conseiller du pape François ainsi qu'archevêque de Malte, a déclaré dans une interview que l'Église catholique devrait "réfléchir sérieusement" à la possibilité d'autoriser les prêtres à se marier. Des propos qui ont évidemment été accueillis favorablement par le courant de pensée dominant, mais qui ont en même temps suscité la perplexité et le mécontentement de nombreux catholiques.
Un expert du célibat ecclésiastique, Monseigneur Cesare Bonivento, intervient maintenant sur les déclarations de Monseigneur Scicluna. Longtemps missionnaire en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour le PIME (Institut pontifical des missions étrangères de Milan) et aujourd'hui évêque émérite, Monseigneur Bonivento (qui, à près de 84 ans, travaille encore comme formateur et assistant spirituel de séminaristes) a consacré des études approfondies à la question du célibat ecclésiastique, dont la dernière en date est "Célibat et Continence ecclésiale". Breve compendio storico-teologico (une publication que Duc in altum a traitée ici). Et du haut de son expertise, il juge les propos de Scicluna non seulement erronés mais irresponsables.
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par Monseigneur Cesare Bonivento
Le 8 janvier, la presse internationale a largement couvert l'interview accordée par Monseigneur Scicluna, archevêque de Malte et secrétaire adjoint du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, au Times of Malta. Dans cette interview, l'archevêque s'est dit très favorable au célibat facultatif ou, plus clairement, à l'autorisation pour les prêtres de se marier.
L'archevêque Scicluna a affirmé que l'Église catholique devrait "réfléchir sérieusement" à la possibilité d'autoriser les prêtres à se marier. D'autre part, le célibat "a été facultatif pendant le premier millénaire de l'existence de l'Église". Par conséquent, "il devrait le redevenir".
Cette interview marquante a suscité des réactions largement favorables. Par exemple, le 23 janvier, la Gazette de Malte écrivait : "Les déclarations de l'archevêque Charles Scicluna sur les prêtres et le mariage ont fait le tour du monde, car elles sont courageuses, sans équivoque, de grande portée et émanent d'un haut fonctionnaire du Vatican à un moment où l'Église envisage sérieusement des changements".
À l'exception du débat sur les bénédictions homosexuelles, l'interview de Mgr Scicluna a été, selon le correspondant au Vatican du National Catholic Reporter, Christopher White, la nouvelle la plus importante du mois de janvier au Vatican.
Cependant, les déclarations de l'archevêque ont suscité une grande consternation chez de nombreux laïcs et membres du clergé, à la fois en raison du rôle joué par Scicluna et parce qu'elles sont en grande partie inexactes.
En effet, il semble impossible qu'un prélat de son rang ait pu faire de telles déclarations.
Il est certain que Monseigneur Scicluna connaît à la fois l'histoire et la théologie de l'Église, et il m'est donc difficile de lui attribuer la paternité de ce qui a été publié. Cependant, comme il n'y a pas eu de démenti, je me sens obligé de répondre, tout en invitant Mgr Scicluna à les rectifier s'ils lui ont été indûment attribués.
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Des cardinaux se sont réunis en secret pour plancher sur l'idéologie du genre
De Loup Besmond de Senneville (à Rome) sur le site du journal La Croix :
Cette réunion secrète de cardinaux à Prague pour réfléchir à l’« idéologie du genre »
Enquête Un congrès, organisé fin septembre dans la capitale tchèque, a réuni une vingtaine de prélats, dont neuf cardinaux, à l’initiative d’un institut américain. Au Vatican, où le sujet du prochain conclave est de plus en plus ouvertement évoqué, ce type de rassemblement est particulièrement scruté.
07/02/2024
Cinq étoiles, vue panoramique sur la ville, dont le célèbre château de Rozmberk et le pont Charles de la ville qui vit naître Franz Kafka et Rainer Maria Rilke. L’hôtel Mozart, au cœur de Prague, est l’un des établissements de la capitale tchèque où l’on rêve de se rendre pour quelques jours. Mais le sujet du jour, en cette fin septembre, n’est pas la littérature.
Dans l’un des salons du palace, l’attention d’une vingtaine de prélats se concentre sur un tout autre thème : « Idéologie du genre, science et la nature de la révélation divine. » Les participants à cette réunion ne sont pas n’importe qui. Parmi les 21 responsables catholiques figurent en effet neuf cardinaux, principalement venus du continent asiatique.
Dans la salle de l’hôtel Mozart, du 26 au 28 septembre 2023, se sont ainsi croisés le cardinal Do Carmo da Silva, venu de Dili, au Timor oriental, mais aussi Oswald Gracias (Bombay), Willem Eijk (Utrecht), Patrick D’Rozario (Dacca) ou William Goh (Singapour). Des figures qualifiées de conservatrices, rejointes à Prague par quelques Européens, Africains et Américains, dont les cardinaux Angelo Bagnasco (Gênes) et Dominik Duka (Prague), mais aussi Mgr Salvatore Cordileone (San Francisco).
Les « princes de l’Église » ne se connaissent pas
Beaucoup des ecclésiastiques présents à Prague se rendaient ensuite au Synode sur l’avenir de l’Église, tout le mois d’octobre. Alors que certains soulignent, à Rome, l’atmosphère de « fin de règne », c’est-à-dire l’exacerbation des tensions autour du pape François, ce type de rassemblements entre cardinaux est particulièrement guetté. Appelés à voter pour le futur pape, dans un avenir plus ou moins proche, les « princes de l’Église » ne se connaissent en effet plus vraiment. Sur les 130 jouissant d’un droit de vote, seuls 25 vivent aujourd’hui à Rome. Les autres, qui sont répartis partout à travers le monde, ont peu d’occasions de se croiser et de réfléchir ensemble à l’avenir de l’Église catholique et de sa gouvernance. « Des réunions comme celles-ci existent, mais il ne faut pas l’interpréter comme une préparation du conclave », jure néanmoins une voix importante de la sphère conservatrice, à Rome.
La réunion, dont La Croix révèle l’existence, était jusque-là restée secrète. Seul l’archevêque d’Abuja, Mgr Ignatius Kaigama, l’a évoquée sur son profil Facebook, dans une publication du 29 septembre. Le programme ne figure d’ailleurs pas sur le site de l’Institut Austin, une association américaine promouvant les valeurs familiales, qui a entièrement financé la venue et le séjour de ces responsables catholiques.
Créé en 2012 au Texas, l’« Institut Austin pour l’étude de la famille et de la culture » a ainsi convié, pour s’exprimer à Prague devant les cardinaux, des personnalités intervenant régulièrement sur le genre et la sexualité. C’est notamment le cas du père Robert Gahl, un prêtre membre de l’Opus Dei et professeur à Harvard venu évoquer devant eux une présentation ayant pour titre : « Idéologie du genre et incarnation : guérir l’hérésie anthropologique. » La veille, les cardinaux et évêques avaient aussi entendu une conférence intitulée « Un voyage de l’identité lesbienne et des études de genre à l’épouse, la mère et la fille de Dieu ». Le cardinal Eijk, archevêque néerlandais d’Utrecht, avait prononcé une conférence où il estimait que « la théorie du genre » constituait « une menace pour la famille et l’annonce de la foi chrétienne ».
L’influence du cardinal Pell
Ce n’est pas la première fois que l’université d’Austin organise de telles rencontres. Une précédente avait déjà eu lieu fin 2022, en présence du cardinal australien George Pell. L’ancien archevêque de Sydney ne cachait pas ses critiques à l’encontre du pontificat de François. Il était ainsi venu y présenter son « Journal » alors qu’il était emprisonné en Australie, accusé de crimes sexuels, dont il avait ensuite été blanchi par la justice australienne. Malgré sa mort, début 2023, le cardinal est resté une figure de référence dans les milieux conservateurs. En septembre, les participants ont vu intervenir devant eux le père Robert Sirico, ancien pasteur pentecôtiste devenu prêtre, fondateur de l’institut Acton, qui tente de concilier néolibéralisme économique et catholicisme, et invité à parler de l’héritage théologique du cardinal Pell.
Les intervenants interrogés par La Croix ont tous refusé de répondre à des questions par téléphone. Néanmoins, Mark Regnerus, qui dirige l’institut texan organisateur de la formation, a confirmé avoir offert cette formation aux participants. Il s’agissait d’une « invitation large et d’une discussion libre, résume-t-il par mail. Une retraite intellectuelle, en somme ». Se refusant à commenter l’origine des fonds utilisés ou le choix des prélats invités à suivre la formation ces trois jours.
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131 cardinaux électeurs
Le Collège cardinalice compte aujourd’hui 131 cardinaux de moins de 80 ans, c’est-à-dire électeurs en cas de conclave, convoqué pour élire un futur pape.
96 ont été choisis par François, 26 par Benoît XVI et 9 par Jean-Paul II.
Sur un plan géographique, 52 viennent d’Europe (dont 14 d’Italie), 22 d’Asie et 17 sont Africains, 16 sont originaires d’Amérique du Nord, 16 d’Amérique du Sud, 5 d’Amérique centrale et 3 d’Océanie. En tout, 25 cardinaux travaillent au sein de la Curie romaine, ou y ont exercé des fonctions.
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La « cancel culture » s’insinue jusque dans l’Église catholique; trois théologiens la critiquent sévèrement
De Sandro Magister sur Settimo Cielo (Diakonos.be) :
La « cancel culture » s’insinue jusque dans l’Église catholique. Mais trois théologiens la critiquent sévèrement
Tout juste sorti d’une liturgie œcuménique concélébrée à Rome, fin janvier, avec l’archevêque de Canterbury Justin Welby (photo), le Pape François partage désormais avec lui le malheur d’une double fracture au sein de leurs églises respectives, l’Église anglicane et l’Église catholique. Dans les deux cas, c’est l’Afrique qui est à la tête de l’opposition et toujours pour la même raison : le refus de bénir des couples de même sexe.
L’Afrique est le seul des cinq continents dans lequel le catholicisme soit en expansion. Il représente une partie importante de cette « périphérie » de l’Église si chère au Pape François. Et pourtant, c’est de là que provient le refus le plus massif au feu vert donné par le Dicastère pour la Doctrine de la foi à la bénédiction des couples homosexuels, avec la déclaration « Fiducia supplicans » du 18 décembre et le communiqué de presse relatif du 4 janvier.
Pratiquement toutes les conférences épiscopales d’Afrique se sont prononcées contre, ainsi qu’un cardinal de premier plan : le guinéen Robert Sarah, mais bien d’autres épiscopats, cardinaux et évêques d’Europe et d’autres continents, de l’Ukraine à l’Uruguay en passant par les États-Unis et les Pays Bas sont du même avis.
Avec une montée en puissance qui vient, aujourd’hui 2 février, de se matérialiser par la publication d’un « Appel filial à tous les cardinaux et évêques », signé par un grand nombre de prêtres et d’intellectuels catholiques du monde entier, avec la double proposition « d’interdire immédiatement dans leur diocèse » la bénédiction des couples aussi bien extraconjugaux qu’homosexuels, et de demander au pape de « révoquer de toute urgence ce document malheureux », au risque d’une « tache qui pourrait le maculer de façon indélébile, non seulement dans l’histoire, mais également dans l’éternité ».
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Mais entretemps, en parallèle à la révolte « pastorale », les critiques philosophiques et théologiques de fond s’élèvent également contre le chemin emprunté par Rome avec « Fiducia supplicans ».
Sur le plan théologique, une analyse très fine a été publiée dans « La Revue Thomiste » par Thomas Michelet, un dominicain, professeur de théologie sacramentelle et d’ecclésiologie à Rome et à l’Université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin, dite « Angelicum ».
Son essai s’intitule « Peut-on bénir ‘Fiducia supplicans ?’ ». Une question à laquelle le P. Michelet ne répond ni par oui ni par non, au terme de son argumentaire, qui est à son tour très problématique, si l’on s’en tient aux titres de ses chapitres :
- Principe de charité interprétative
- Bénir le pécheur sans bénir le péché ?
- Bénédiction non-liturgique ?
- Bénir le pécheur impénitent ?
- Situations « irrégulières »
- Bénir le couple sans bénir l’union ?
- Bénir le couple ou les individus ?
- Science du confessionnal et Bien commun
Ce qui n’enlève rien au fait que le P. Michelet pointe avec clarté les risques graves auxquels s’expose Rome avec ce texte. Il suffit pour s’en assurer de lire quelques passages de son essai :
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Ce qui émane de Rome aujourd'hui, c'est le chaos et la confusion.
De George Weigel sur le Catholic World Report :
Tohu wa-bohu sur le Tibre
Ce qui émane de Rome aujourd'hui, c'est le chaos et la confusion.7 février 2024
Le mois dernier, en l'espace de 24 heures, trois grands sites catholiques ont publié des articles décrivant la rencontre du Pape François avec les membres et les consulteurs du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, avec les titres suivants :
- Le pape François défend la bénédiction des couples en "situation irrégulière", y compris les unions homosexuelles (America Media, 26 janvier) ;
- Pope defends document offering blessings for "irregular" couples (La Croix International, 27 janvier) ;
- Au milieu de la fureur suscitée par le document du Vatican, le pape affirme que l'objectif est de bénir les gens, pas les unions homosexuelles (Crux, 27 janvier).
Il existe une diversité théologique légitime dans l'Église catholique. (Les thomistes et les théologiens du ressourcement ont tous deux contribué à l'enseignement du Concile Vatican II). Il existe des différences légitimes de méthode théologique dans la promotion d'une orthodoxie dynamique. (Voir les travaux du Père Thomas Joseph White, OP, et du Père Robert Imbelli.) Il existe même des façons légitimement différentes d'exprimer les vérités durables de la foi catholique. (Comparez le style des premier et troisième chapitres de l'encyclique Veritatis Splendor de Jean-Paul II, publiée en 1993, avec celui du deuxième chapitre).
Puis il y a Tohu wa-bohu (Jérémie 4:23, citant Genèse 1:2) : une expression hébraïque que l'on peut traduire par "chaos et confusion".
Ce qui émane de Rome aujourd'hui, c'est Tohu wa-bohu.
Le chaos et la confusion, tels que suggérés par ces trois titres, troublent la paix et l'unité de l'Église, en particulier parmi ses membres les plus pieux. Le chaos et la confusion sont des obstacles au recrutement des vocations : beaucoup sont prêts à assumer les charges et les défis de la vie sacerdotale ou consacrée au nom d'un mystère d'amour divin ; peu vont donner leur vie pour un point d'interrogation (et ceux qui le font vont presque certainement au-devant d'ennuis). Le chaos et la confusion sont de graves obstacles à l'évangélisation : Qui veut rejoindre l'Église de Peut-être, qui n'est que l'Église du Zeitgeist, l'Esprit de l'époque agrémenté d'odeurs et de cloches ?
Et Tohu wa-bohu - le chaos et la confusion - sont précisément ce que la fonction de Pierre dans l'Église a été créée pour atténuer.
Le Christ a promis que, par l'action du Saint-Esprit, l'Église serait préservée dans la vérité (Jean 14:16-17). Ayant promis cela, le Christ a établi la fonction pétrinienne - ce que nous connaissons sous le nom de papauté - pour donner une forme spécifique et historique à cette promesse. Ainsi, la description du travail du pape, l'évêque de Rome, est résumée dans Luc 22:32, lorsque le Seigneur Jésus, lors de la dernière Cène, a ordonné à Pierre de "fortifier ses frères".
Renforcer les frères ne signifie pas les plonger dans la confusion. Cela ne signifie pas non plus permettre que les confusions proposées par d'autres personnes ayant autorité dans l'Église ne soient pas corrigées. La diversité au sein de l'unité que l'Office pétrinien est également appelé à protéger n'est pas une diversité d'opinion dans les questions établies de la foi catholique, qu'il s'agisse de questions doctrinales ou morales. La diversité au sein de l'unité n'est pas le Tohu wa-bohu.
Le monde du 21e siècle est plein de chaos et de confusion, souvent mortels. Le monde n'a pas besoin de plus de chaos et de confusion de la part de l'Église catholique ; si le monde veut du Tohu wa-bohu avec un vernis religieux, il y a un riche menu d'options parmi lesquelles choisir. Qu'il le veuille ou non, ce dont le monde a besoin de la part de l'Église catholique, c'est d'une proclamation convaincante, créative, accessible et compatissante des vérités de l'Évangile - et des vérités de la vie morale que l'adhésion au Christ et à sa cause nous aide à saisir, même si nous les saisissons également par la raison (une autre denrée en pénurie en 2024).
Le troisième chapitre de mon petit livre, The Next Pope : The Office of Peter and a Church in Mission, commence par ce qui pourrait sembler être une évidence : "Le prochain pape doit bien comprendre la nature de la fonction pétrinienne et son rôle dans l'Église de la nouvelle évangélisation". Mais les réaffirmations de l'évidence semblent nécessaires en l'an de grâce 2024.
En vérité, j'ai été encouragé lorsque, lors des Journées mondiales de la jeunesse de 2013, le pape François a utilisé un argot argentin pour exhorter les jeunes à "mettre le bazar", ce que j'ai interprété comme un appel au courage et à la créativité pour faire progresser la nouvelle évangélisation : Soyez audacieux. N'ayez pas peur d'essayer quelque chose de nouveau en offrant aux autres l'amitié de Jésus-Christ. Je laisse à d'autres le soin de juger si cette interprétation était trop bénigne.
Ce qui est certain, c'est qu'il n'appartient pas à l'homme qui exerce la fonction pétrinienne dans l'Église de semer le désordre. Il y aura une certaine mesure de Tohu wa-bohu dans l'Église jusqu'à ce que le Seigneur revienne dans la gloire. L'une des tâches de la fonction pétrinienne est de réduire au minimum le chaos et la confusion inévitables. Il ne s'agit pas de les exacerber. Et il ne doit certainement pas l'encourager.
(La chronique de George Weigel "The Catholic Difference" est publiée par le Denver Catholic, la publication officielle de l'archidiocèse de Denver).
George Weigel est Distinguished Senior Fellow du Ethics and Public Policy Center de Washington, où il est titulaire de la chaire William E. Simon d'études catholiques. Il est l'auteur de plus de vingt ouvrages, dont Witness to Hope : The Biography of Pope John Paul II (1999), The End and the Beginning : Pope John Paul II-The Victory of Freedom, the Last Years, the Legacy (2010), et The Irony of Modern Catholic History : Comment l'Église s'est redécouverte et a poussé le monde moderne à se réformer. Ses ouvrages les plus récents sont The Next Pope : The Office of Peter and a Church in Mission (2020), Not Forgotten : Elegies for, and Reminiscences of, a Diverse Cast of Characters, Most of Them Admirable (Ignatius, 2021), et To Sanctify the World : The Vital Legacy of Vatican II (Basic Books, 2022).
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Un pontificat épuisant qui touche à sa fin
D'Eric Sammons sur Crisis Magazine (dont il est le rédacteur en chef) :
Un pontificat épuisant qui touche à sa fin
Cela fait bientôt onze ans que Jorge Bergoglio a été élu souverain pontife de l'Église catholique. Alors que la plupart d'entre nous ne savaient presque rien de cet homme lorsqu'il est monté sur le balcon de la basilique Saint-Pierre, la plupart des catholiques souhaiteraient aujourd'hui en savoir moins qu'ils n'en savent. Du cardinal Danneels, qui a favorisé la pédophilie, qui a rejoint François sur ce balcon, à la récente approbation par le pape de la bénédiction de couples homosexuels, la controverse a entouré ce pontificat du début à la fin ; il ne semble pas se passer une semaine sans que le pape ne remue le couteau dans la plaie avec une nomination papale, un document ou un commentaire désinvolte.
Je pense parler au nom de nombreux catholiques en disant que tout ce cirque autour de François est devenu lassant. Il est probable que rien de ce que François pourrait faire ou dire à ce stade ne nous surprendrait, bien qu'il fasse encore désespérément tous les efforts possibles pour le faire.
Nous voyons se répéter un cycle fastidieux :
Étape 1 : Le pape dit ou fait quelque chose de controversé.
Étape 2 : les catholiques conservateurs et traditionnels critiquent ses actions (les traditionalistes directement, les conservateurs plus indirectement).
Étape 3 : Les catholiques progressistes se réjouissent et considèrent que le pape pense exactement ce qu'il dit.
Étape 4 : Les "popesplainers" non progressistes prennent d'assaut les médias sociaux pour expliquer que le pape ne pense pas exactement ce qu'il dit.
Étape 5 : Retour à l'étape 1.C'est comme si nous étions coincés dans une boucle de causalité de type Star Trek, condamnés à répéter les mêmes actions encore et encore. Où tout cela nous mène-t-il exactement ? Des âmes sont-elles gagnées au Christ ? La voix morale de l'Église dans le monde devient-elle plus forte ? Les mauvais acteurs de l'Église sont-ils démasqués et démis de leurs fonctions ? Il est difficile d'affirmer que l'une ou l'autre de ces choses est en train de se produire.
Nous sommes fatigués. Lorsque nous nous réveillons avec une nouvelle controverse papale, notre première pensée est "c'est reparti". Nous savons quel genre de pape nous avons : un progressiste qui se concentre presque exclusivement sur les questions terrestres, entouré d'hommes de confiance profondément corrompus et de connivence avec les élites mondialistes de ce monde. Ajoutez à cela une animosité irrationnelle à l'égard de la tradition catholique et vous obtenez le pape François. (...)
Lorsque les générations futures se pencheront sur ce pontificat, l'héritage qu'il laissera sera plein de bruit et de fureur, et ne signifiera rien. François s'est concentré sur les dernières lubies progressistes de ce monde, et son impact à long terme sera donc négligeable en termes historiques. Le pape Jean-Paul II s'est opposé au communisme ; le pape François lui a déroulé le tapis rouge. Le pape Benoît XVI a combattu la dictature du relativisme ; le pape François a été qualifié à juste titre de "pape dictateur". Aucun des écrits de François ne résistera à l'épreuve du temps (surtout par rapport à ses deux prédécesseurs immédiats), et la plupart des historiens le relégueront probablement à un paragraphe dans l'histoire des papes.
Bien sûr, il ne s'agit pas de minimiser le mal grave et éternel qu'il a fait aux âmes individuelles par la confusion, le scandale et la corruption qu'il a semés. Combien de personnes souffrant d'attirance pour le même sexe n'ont pas quitté leur mode de vie pécheur et destructeur parce que l'Église catholique semblait approuver ce mode de vie ? Combien de non-catholiques n'ont pas cherché à devenir catholiques parce que l'Église semble avoir un chef qui ne veut pas qu'ils deviennent catholiques ? Et combien de catholiques ont été tellement scandalisés par ce pontificat qu'ils ont quitté l'Église pour l'orthodoxie, le sédévacantisme ou l'athéisme ?
Pourtant, ce pontificat a eu du bon, même si ce n'était pas intentionnel. Après tout, Dieu peut faire du bien à partir de n'importe quoi, même des pires maux. Je sais que de nombreux catholiques sont devenus plus compétents dans leur foi après avoir défendu une doctrine que François affaiblit. En outre, de nombreux catholiques ont entamé le processus de suppression des accrétions créées par l'homme au dépôt de la foi en ce qui concerne le rôle de la papauté. Grâce au pape François, les futurs catholiques se méfieront davantage de la création d'un culte de la personnalité autour de celui qui s'assoit sur la chaire de saint Pierre.
Au cours de la dernière décennie, François a fait beaucoup de bruit dans les médias sociaux catholiques et chez les fidèles, mais je ne peux m'empêcher de penser que sa voix s'est affaiblie avec le temps. Beaucoup d'entre nous lui ont accordé le bénéfice du doute au cours des premières années de son pontificat, mais ce bénéfice a été gaspillé. Qui le considère encore comme un penseur sérieux ? Qui le considère comme un véritable leader moral ? Plus nous entendons parler de ce pape, plus notre respect pour sa personne diminue. L'insistance du pape à "mettre le bazar" au lieu de simplement faire son travail le fait ressembler à l'adolescent immature qui refuse obstinément de ranger sa chambre.
Nous ne sommes plus en colère. Nous sommes simplement fatigués. Fatigués de l'ambiguïté utilisée comme arme, fatigués des scandales, fatigués de s'acoquiner avec les pires personnes du monde. La forme de ce pontificat est claire, et l'histoire ne sera pas tendre avec lui. Si François peut encore faire des dégâts avant son jugement particulier, la plupart d'entre nous attendons simplement l'arrivée d'un nouveau pape qui, nous l'espérons, contribuera à nettoyer le gâchis. D'ici là, nous continuerons à vivre notre foi avec endurance, car "la souffrance produit l'endurance, et l'endurance produit le caractère, et le caractère produit l'espérance" (Romains 5:3-5).
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