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Jean-Marie Guénois évoque le pape Paul VI, canonisé en octobre, avec Michel Cool (auteur de Paul VI prophète. Dix gestes qui ont marqué l´histoire, Éditions Salvator). Un pape méconnu, controversé, prophétique par ses paroles et ses gestes. L´abbé Guillaume de Tanoüarn, présente sa méditation stimulante sur la fraternité : "Face aux enjeux de notre temps, nous semblons à bout de souffle : nous ne savons plus définir ce qui nous est commun et permettrait de relever les défis qui se présentent à nous. Désemparés, nous oublions la fraternité, notion évangélique qui nous permet de vivre ensemble. Pour raviver cette fraternité qui se dérobe à nos yeux, la seule solution est de refonder une foi commune, non pas confessionnelle, mais un élan de vie partagé qui nous porte et nous rassemble. » (Le Prix de la fraternité, Éditions Tallandier). Avec Bernadette Chovelon, l´émission mensuelle du livre de spiritualité accueille un couple étroitement uni sous le regard de Dieu et donné aux autres : le roi Baudouin de Belgique et son épouse Fabiola. De leur romanesque rencontre jusqu'à ce que la mort les sépare, leur itinéraire est aussi historique que spirituel et inspirant. (Aux Éditions Artège, par l´auteur de L´aventure du mariage chrétien).
De Jean-Claude Guillebaud, écrivain et journaliste, sur le site de « La Vie »
« Dès l’arrivée en Éthiopie, c’est un choc. Les Éthiopiens ont été christianisés au début du IVe siècle, bien avant nous. Or, ce très ancien christianisme est plus vivant que jamais. J’en témoigne : je connais ce pays depuis novembre 1973, et j’y retourne sans cesse. Grâce à la librairie La Procure, j’y accompagne cette fois une vingtaine de personnes « sur les traces du christianisme éthiopien ».
Commençons par les détails. Les adolescents et les hommes portent tous aujourd’hui autour du cou une croix tenue par un fil noir, rappel des souffrances du Christ. Les femmes ne sont pas en reste, avec le châle blanc dont elles s’enveloppent, la chamma traditionnelle. Dans chaque bourgade traversée, on entend dès l’aube les chants orthodoxes qui correspondent à nos matines, laudes et prime. Un peu partout, de Lalibela à Bahir Dar, Gondar ou Aksoum, on restaure des monastères. On construit aussi beaucoup d’églises. Elles sont pleines, surtout pour les fêtes religieuses qui scandent le calendrier éthiopien, comme chez nous jadis. Ce jeudi 27 septembre par exemple, c’est le Mesqel ou fête de la Vraie Croix. Des milliers d’Éthiopiens sont dans la rue ou sur les places, autour d’un grand feu. Cette fête célèbre la découverte, en 326, de la croix sur laquelle Jésus-Christ aurait été crucifié. La mère de l’empereur romain Constantin aurait retrouvé cette relique à Jérusalem.
On sent dans le pays une indéfinissable joie de pratiquer à nouveau sa foi, de chanter, d’être en procession.
Pour comprendre l’intensité d’une telle ferveur, il faut se souvenir que l’Éthiopie a vécu une dictature militaire soutenue par l’ex-URSS, de 1974 à 1991. L’Église fut persécutée, nombre de monastères profanés et incendiés. La foi fut non seulement proscrite, mais moquée. L’ « avenir radieux »,« les lendemains qui chantent » et autres fadaises promises par le marxisme ne se discutaient pas. J’ajoute que ces années ont été ensanglantées par une terreur rouge qui n’épargna pas les enfants. Le gouvernement militaire du derg (« comité » en amharique) traqua sans pitié les deux partis révolutionnaires qui lui étaient hostiles. À ces violences s’ajoutaient les guerres en cours, celle d’Érythrée au nord, celle de l’Ogaden au sud.
Aujourd’hui, on sent dans le pays une indéfinissable joie de pratiquer à nouveau sa foi, de chanter, d’être en procession. Les accompagnateurs éthiopiens ne manquent jamais d’inviter les touristes au respect des lieux de culte. Certes, les « laïcs » que nous sommes devenus pourront trouver désuet ce christianisme qui fait son retour en Abyssinie. Mais son ancienneté inspire le respect. Quand on visite à Lalibela ces prodigieuses églises monolithes, creusées dans la roche autour des XIe et XII e siècles, on peut difficilement ne pas être ému. On vient du monde entier pour les voir. Elles sont devenues l’un des épicentres planétaires de notre mémoire chrétienne.
Le paradoxe est le suivant : alors que les chrétiens d’Éthiopie renouent ainsi avec leur foi millénaire, ils apprivoisent en même temps la modernité. Internet est accessible par le Wi-Fi dans la plus modeste bourgade. Et la télévision est partout. Mais le nouveau danger que l’Éthiopie profonde doit affronter, c’est le tourisme de masse. Ses effets pervers sont connus : avidité, mendicité auprès de ces farandj (« étrangers ») qui, bouleversés par la misère ambiante, donnent parfois 20 € à un enfant, soit la moitié du salaire de son père. Le péril est redoutable. Il nous faut apprendre à aimer l’Éthiopie, mais sans la corrompre. »
Sur le site de France Catholique, la chèvre et le chou font bon ménage. Commentaire publié le 24 septembre par Gérard Leclerc :
« L’accord conclu entre le Saint-Siège et la Chine communiste est significativement qualifié de provisoire. Il se signale, en effet, par son caractère pragmatique. Nul n’est en mesure de prévoir encore s’il aboutira à une véritable réconciliation des catholiques sur le terrain et débouchera sur des relations diplomatiques normales. Comment présumer déjà d’une communion effective entre « l’Église patriotique » officielle et l’Église clandestine fidèle à Rome ? La réaction très vive de l’ancien évêque de Hong Kong, le cardinal Joseph Zen, constitue un sérieux avertissement. Dénonçant une capitulation du Saint-Siège, il est le porte-parole d’une résistance ancrée dans plusieurs décennies de persécution. Comment les « loups » d’hier pourraient-ils se transformer en pacifiques partenaires, alors que les signes d’hostilité et les mesures de répression n’ont cessé de se manifester ? Mais l’histoire montre aussi qu’arrive un moment où il faut prendre acte de certaines réalités pour franchir une étape nécessaire.
N’est-ce pas ce qui s’est passé après la Révolution française, avec le Concordat refusé par une partie de l’Église de France au sortir de la persécution et devant consentir des concessions douloureuses ? On peut alléguer aussi la conciliation accomplie sous Mussolini, et qui permit enfin au Saint-Siège de trouver un régime normal d’exercice. Dans ce cas, il est vrai que les négociations avaient débouché sur des accords qui n’avaient rien de provisoire. Le compromis qui veut que Pékin garde l’initiative des nominations épiscopales, même si cela se fait en concertation avec l’Église, comporte une large part d’incertitude. Il ne pourra prouver sa fiabilité qu’avec l’usage. Et si le Pape était contraint d’utiliser son droit de veto, qui lui est reconnu, on peut craindre qu’une crise ne compromette le processus en cours.
Ainsi, on en revient sensiblement à l’Ostpolitik pratiquée sous Paul VI à l’initiative de Mgr Casaroli. Le chef de la diplomatie vaticane n’avait rien à voir avec un supposé progressisme. Il ne cherchait qu’à négocier, en situation de faiblesse, avec les régimes communistes pour obtenir le maximum de liberté d’exercice à des Églises locales persécutées. C’était du pur pragmatisme, parfois couronné de certains succès. On sait que l’Ostpolitik fut abandonnée sous Jean-Paul II, mais les conditions politiques avaient radicalement changé. La Chine, en dépit de formidables évolutions intérieures, demeure dominée par un Parti communiste intraitable quant à son autorité et son idéologie. C’est donc un peu la méthode Casaroli qui est reprise par le cardinal secrétaire d’État Parolin. Il s’agit de conduire au mieux une marche difficile vers la concorde. C’est un pari risqué qui devra se concrétiser dans l’aléatoire et non sans une intense mobilisation spirituelle des chrétiens de Chine, en union avec l’Église tout entière.
Mais où donc le cardinal-secrétaire d’Etat Parolin aurait-il pu pêcher l’idée que le régime communiste chinois était aujourd’hui en état de faiblesse ? On peut, en outre, douter que son homologue Casaroli ait posé ce genre de diagnostic au sujet de l’empire soviétique : dans les années 1970, l’idée était plutôt que l’URSS avait encore un bel avenir et que, dès lors, il valait mieux composer avec elle. C’est probablement ce que pense aussi Parolin au sujet de la Chine contemporaine. La manie du dialogue à tout prix a fait le reste, dans un cas comme dans l’autre.
Fruit d’un dialogue nébuleux, l’accord entre la Chine et le Saint-Siège est aussi qualifié par eux de provisoire" et "secret", ce qui suscite la méfiance. Le pape serait impliqué dans les nominations d’évêques, mais comment ? Et que se passe-t-il si le candidat proposé par la Chine est refusé par le pape ? Qui a le pouvoir du dernier mot ? Mystère…
Saint Pie V ou comment on réussit la réforme dans l’Église
Avec Pie V, le saint pape de la contre-réforme, et le pape François, comment l’Église s’y prend pour relancer la mission ?
L’Église est toujours prête à se réformer. L’Église se réforme sans cesse. Encourager la sainteté est un souci permanent, mais il y a quelques paradigmes pour créer ce vaste mouvement. C’est la mission de tous évidemment, mais principalement celle du pape qui donne le ton et les orientations.
Voyez saint Pie V. L’Église du XVIe siècle est en piteux état. Le protestantisme a taillé de larges pièces dans le tissu européen, l’heure est à la critique virulente des abus. Au sein de l’Église catholique, les fidèles en ont assez des prélats désinvoltes et des curés ignares. Le concile de Trente réaffirme la doctrine et donne aux pasteurs les moyens de rallier le troupeau inquiet. Mais il faut un maître d’œuvre. La foi est là, mais il faut la faire rayonner ; surtout il faut l’incarner. Les cardinaux élisent un homme improbable, dominicain un peu sec, exigeant, qui n’a de compte à rendre ni aux familles nobiliaires qui font la pluie et le beau temps dans la cour pontificale, ni aux puissances catholiques qui veulent un pape favorable à leurs politiques.
Un siècle à la vitalité étonnante
Le programme confié au nouveau pape, c’est la Réforme catholique, la mise en œuvre des décrets du concile, l’organisation des initiatives bouillantes et fécondes de ce siècle riche en audace missionnaires et spirituelles — les jésuites se développent, Thérèse d’Avila accélère la réforme du carmel, saint Philippe Néri commence à rassembler les dévots humanistes romains, saint Charles Borromée expérimente à Milan la formation des prêtres, les nouvelles confréries caritatives et le culte à l’Eucharistie.
On rabâche trop le constat de Voltaire et Michelet, vieilles lunes malveillantes : l’Église du XVIe siècle serait un rameau desséché et pourri. Les historiens déroulent au contraire la vitalité étonnante de la vie religieuse, des associations de laïcs, des initiatives charitables et missionnaires. Et le nombre impressionnant de saintes et de saints inventifs et audacieux. Pie V saura organiser cette énergie pour réussir la réforme catholique.
Mille chantiers
L’autre atout de Pie V pour remettre en six ans l’Église catholique en route, c’est son talent pour incarner ce qu’il promeut. Il apparaît aux yeux des fidèles comme le pape le plus charitable et le plus pauvre qu’on a jamais vu. Il est simple dans sa mise et son comportement. Il arpente à pieds les rues de Rome, du jour au lendemain il divise par deux le train de vie de la cour pontificale, il traite sur un même pied les ambassadeurs et leurs cochers, il dîne d’un œuf, d’un bouillon et d’une biscotte.
La réussite est aussi dans la méthode. Pie V ouvre mille chantiers en même temps : invention du bréviaire, du catéchisme, des séminaires, de la messe tridentine, de la ligue contre le Turc, reconquête des âmes polonaises séduites par la réformation, soutien politique et financier au roi de France, opposition à Élizabeth d’Angleterre, mission en Amérique du Sud, assainissement de la curie, prospérité des états pontificaux et renflouements des finances… Pour l’un qui rate — l’épisode anglais —, dix autres menés de front qui réussissent.
Baudouin et Fabiola : le roman d’amour d’un couple chrétien
Harry Pot / Archives Nationales des Pays-Bas
L’auteur de la dernière biographie du couple royal Baudouin et Fabiola (Artège) raconte la vie spirituelle des deux époux. Sa découverte personnelle de leur vie exemplaire a littéralement ravivé sa foi.
L’itinéraire spirituel du roi de Belgique Baudouin (1930-1993) et de son épouse, Fabiola (1925-2014) est un vrai roman d’amour, tout inspiré par l’Évangile et la foi. Comme chacun de nous, Baudouin et Fabiola ont connu des épreuves à traverser, des rencontres, des joies, qui peu à peu ont construit leurs personnalités puis les valeurs de leur amour. Leur foi commune, leur attention aux autres, ont été, semble-t-il, leur soleil et le plus bel atout de leur union.
Deux enfances difficiles
Tous deux ont eu une enfance difficile. Celle de Baudouin marquée par les deuils accidentels de son grand-père Albert Ier de Belgique et de sa maman, la reine Astrid tant aimée de Belges. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la famille royale n’a pas été épargnée par les bombardements, les routes de l’exode, la déportation sous l’occupation nazie, puis la prison pour connivence avec l’ennemi, l’exil. En même temps le remariage du père de Baudouin et l’arrivée d’une belle-mère inconnue dans sa vie d’adolescent ont ajouté des épreuves personnelles à celles de sa famille durant la guerre.
Après la démission forcée de son père, Baudouin est devenu le roi des Belges, mais un jeune roi triste, seul, marqué par son passé et toujours sous les projecteurs des journalistes avides de publier en exclusivité des projets de mariages royaux inventés, ou pire, d’aventures sordides que la presse « people » lui attribuait sans vergogne.
Fabiola n’a pas eu elle non plus une enfance facile. Sixième enfant d’une famille nombreuse, elle vivait à Madrid dans un palais somptueux où le roi d’Espagne aimait venir jouer au bridge avec ses parents et admirer leurs nouvelles acquisitions de tableaux de maîtres tels que Watteau, Fragonard et bien d’autres. Des concerts de qualité réunissaient régulièrement dans leur grand salon la haute société madrilène. Éducation artistique, littéraire, musicale mais aussi essentiellement chrétienne, tournée vers la prière et l’aide aux autres. Tous les soirs parents, enfants et domestiques se réunissaient pour prier, jusqu’au jour où l’avènement du Front populaire en Espagne et de la guerre civile a obligé toute la famille à s’exiler en Suisse. Fabiola adolescente a pu suivre des études chez des religieuses et surtout communiquer à son entourage sa joie de vivre malgré l’adversité.
Il tempête. Il éructe. Il tonne. Il menace. Il vocifère. Il agonit les faibles d’injures, mais courbe l’échine devant les puissants. Il reçoit avec faste dans sa demeure de Ferney les riches et les gens titrés, il en chasse les pauvres et les manants. Il se plaint, gémit, se lamente, souffre mille morts, sempiternel moribond hypocondriaque, Volpone de comédie toujours entre la vie et la mort, pour mieux apitoyer et circonvenir.
On se croit avec Louis de Funès, mais on est avec Voltaire. On croit entendre de Funès : « Les pauvres sont faits pour être très pauvres et les riches très riches » ; mais c’est Voltaire qui dit : « Il faut absolument qu’il y ait des pauvres. Plus il y aura d’hommes qui n’auront que leurs bras pour toute fortune, plus les terres seront en valeur. »
On se croit avec de Funès frappant ses domestiques : « Vous êtes trop grand, baissez-vous, un valet ne doit pas être si grand ! », mais c’est Voltaire qui dit : « Il faut un châtiment qui fasse impression sur ces têtes de buffles… Laissons le peuple recevoir le bât des bâtiers qui le bâtent, mais ne soyons pas bâtés. »
Voltaire ou de Funès ? « Il eut toujours l’air d’être en colère contre ces gens, criant à tue-tête avec une telle force, qu’involontairement j’en ai plusieurs fois tressailli. La salle à manger était très sonore et sa voix de tonnerre y retentissait de la manière la plus effrayante1. »
Voltaire ou de Funès ? « J’ai honte de l’abrutissement et de la soumission basse et servile où j’ai vécu trois ans auprès d’un philosophe, le plus dur et le plus fier des hommes2. » Voltaire ou de Funès ? « En général le respect pour les grands avilit le fait qu’on admire ce qui est bien loin d’être admirable. On loue des actions et des discours qu’on mépriserait dans un particulier3. »
Voltaire est un de Funès lettré, un de Funès en majesté ; un de Funès en robe de chambre et perruque coiffée d’un bonnet de patriarche. De Funès pouvait tout jouer, industriel ou commerçant, flic ou mafieux, restaurateur ou grand d’Espagne ; Voltaire pouvait tout écrire, poésie, tragédie, roman, conte, essai politique, récit historique ou épopée. Le personnage incarné par Louis de Funès, avec un génie comique incomparable, traduisait l’avènement, dans la France pompidolienne du milieu du XXe siècle, d’une nouvelle bourgeoisie, avide et brutale, amorale et cynique, pressée de faire fortune et de parvenir. Voltaire incarne, avec un génie littéraire incomparable, l’avènement, dans la France de Louis XV du milieu du XVIIIe siècle, d’une nouvelle bourgeoisie, avide et brutale, amorale et cynique, pressée de faire fortune et de parvenir. La même soif de reconnaissance. Le même arrivisme. Le même mépris de classe. Le même darwinisme libéral. La même cruauté sociale. Le même règne de l’argent.
Un confident de Voltaire évoque ses « 150 000 livres de rentes dont une grande partie gagnée sur les vaisseaux ». La traite des Noirs « n’est pas sans doute un vrai bien », reconnaît Voltaire dans une formule alambiquée, avant d’écrire à son homme d’affaires : « J’attends avec toute l’impatience d’un mangeur de compote votre énorme cargaison bordelaise. » En octobre 1760, Voltaire sable le champagne avec quelques amis pour fêter la défaite au Québec des Français dans une guerre « pour quelques arpents de neige ». L’humiliation patriotique et le déclassement géostratégique lui paraissent de peu d’importance eu égard à l’enjeu commercial : sauvegarder en échange les possessions françaises aux Antilles et leurs exploitations sucrières, très abondantes et très rémunératrices, même si elles utilisent une main-d’œuvre d’esclaves alimentée par la traite des Noirs.
Notre humaniste détourne le regard. Business is business. Le travail est le souverain bien. Surtout le travail des pauvres. « Forcez les gens au travail, vous les rendrez honnêtes gens. » Il vante les déportations en Sibérie comme les forçats dans les colonies anglaises condamnés « à un travail continuel ». Il pense comme Quesnay, le chef de file des économistes physiocrates, « qu’il est important que le petit peuple soit pressé par le besoin de gagner » ; et n’a aucune compassion pour les « deux cent mille fainéants qui gueusent d’un bout du pays à l’autre, et qui soutiennent leur détestable vie aux dépens des riches ».…
Il y a 85 ans cette année que se terminaient les apparitions de la Vierge à Beauraing. Comme certains le savent, c'est le 3 janvier 1933 que celles-ci prirent fin. Seulement voilà, qu'en est-il de leur crédibilité? Comment les appréhender? Par la raison bien sûr, mais en réalisant toutefois que celle-ci a sans doute ses limites. Un exemple. Si quelqu'un veut savoir telle musique lui plaira, il peut bien sûr en lire la partition, mais un autre que lui préférera l'écouter. Si quelqu'un veut savoir si tel cidre de Normandie a bon goût, il peut bien sûr se pencher sur les éléments chimiques qui le compose, mais un autre préférera le goûter. En transposant ne pourrions-nous pas dire que la méthode de celui qui rationnellement examine une apparition mariale serait semblable à la première façon de procéder, tandis que celle d'un voyant serait semblable à la seconde? Examiner une expérience qu'on a pas vécue soi-même, qu'on ne peut appréhender que du dehors, ne risque t-il pas de nous laisser sur notre faim? Petite annecdote: Alphonse Ratisbonne, intellectuel juif connu à son époque pour son opposition au catholicisme, ne se privait guère de se moquer ouvertement des apparitions de la Vierge. Cela dura jusqu'au jour où, en 1842 dans une église de Rome, celle-ci lui est apparue. Devinez la suite...
Bon, "Revenons à la raison", si je puis dire. Les apparitions de Beauraing sont-elles dues à ce qui relève du psychisme ou à ce qui dépasse l'ordre naturel? Ont-elles un caractère objectif ou subjectif? Proviennent-elles de ce monde visible ou d'un monde invisible?
Une chose semble sûre. Qu'elles soient dues à une pathologie, à l'hypnose, à la prise d'une substance hallucinogène, ou à une auto-suggestion, le résultat est le même: l'hallucination. En utilisant ce terme, je me réfère à la définition commune qui lui est donnée: "Perception sans objet". Ce qui est vu n'existe que dans le psychisme de ceux qui voient. N'ayant aucun caractère objectif, la vision qu'ils perçoivent est uniquement en eux-mêmes. Pas ailleurs. Qu'il s'agisse d'une hallucination ou d'une apparition, un point commun les réunis: dans les deux cas, les personnes voient ce que les autres ne voient pas. Seraient-elles donc une seule et même chose ou des éléments permettent-ils de les différencier? Sont-elles toutes les deux d'ordre naturel et correspondent-elles chacune aux critères nécessaires pour l'affirmer?Les 5 enfants de Beauraing auraient-ils vu une réalité qui pourrait s'apparenter à un rêve éveillé, à une vision qui n'existe que dans leur mental? Dans l'affirmative, une question survient. Etant donné qu'il n'y a pas plus de distance entre un halluciné et son hallucination qu'entre une personne qui rêve et son rêve, comment un objet matériel disposé "entre" un point qui existe (le voyant) et un point qui n'existe pas (ce qu'il voit), pourrait-il obstruer (totalement ou partiellement) sa vision? S'il s'agit d'un phénomène uniquement intérieur, pourquoi et comment quelque chose d'extérieur serait-il un obstacle qui gênerait celui qui voit? Tel est pourtant le cas à Beauraing. Que ce soit par un arbre, une grille, une personne ou un chapeau placé devant leurs yeux (le test a été fait), leur vision est barrée en tout ou en partie par ce qui se trouve entre la Vierge et eux.Pareil au sujet de ce qu'ils entendent: Trop de bruit extérieur dérange l'audition de ce qui leur est dit par l'apparition. Certains spécialistes ont tiré argument du fait qu'à Medjugorje, les voyants n'étaient nullement gênés par cela. Voilà pour eux le signe que ce qu'ils entendent n'est qu'intérieur, généré par leur cerveau. Mais alors à l'inverse, en fonction de cet argument, ne peut-on pas conclure qu'à Beauraing, on a le signe qui indique qu'il ne s'agit pas d'un phénomène auditif produit par le psychisme des voyants? Par ailleurs, le fait que durant les apparitions leur regard est convergent, dirigé vers un même point, n'est-il pas lui aussi contradictoire à ce qu'est une vision intérieure? Quand on sait de plus qu'une hallucination peut également être perçue par une personne qui a les yeux fermés (ce qui semble logique puisque la vision est interne), n'est-il pas hasardeux de continuer à considérer ce terme comme équivalent à ce qu'est une apparition?
Autre élément. D'après l'interrogatoire du 28 décembre (qui, comme chaque soir d'apparition était effectué par de multiples enquêteurs), la Vierge a dit à cette date: "Ce sera bientôt ma dernière apparition". Restait à savoir si cette prédiction se réaliserait dans les faits.Quelques jours suffiront pour avoir la réponse. Le 3 janvier suivant, en effet, l'apparition se montrera à eux pour la toute dernière fois. Celui qui connaît un peu Beauraing sait qu'entre le 29 novembre et le 28 décembre 1932, il y a eu beaucoup plus d'apparitions qu'entre le 28 décembre et le 3 janvier 1933. Donc, le mot "bientôt" se justifie. Prophétie annoncée, prophétie réalisée. "Adieu" (ou "à Dieu?") sera le mot par lequel elle prendrait définitivement congé d'eux sur cette terre. Malgré leur désir intense de la revoir qu'ils conserveront toute leur vie, jamais plus elle ne se montrera. Si, comme le disent certains détracteurs, tout n'est qu'une hallucination (qui aurait prédit qu'elle prendra bientôt fin!) causée par une auto-suggestion, une pathologie ou une hypnose, pourquoi le phénomène ne fonctionne t-il plus? Ils auront beau revenir tous les soirs sur les lieux, ils auront beau désirer de tout leur être que ça continue, fini! En négatif, tout ce qu'ils leur restera ne sera jamais rien d'autre qu'un manque. "Elle me manque! Je n'attends qu'une seule chose: la revoir!" a souvent dit Gilberte Degeimbre (l'une des voyantes décédée en 2015). Avouons que nous sommes bien pauvres. Avouons que nous ne pourrons jamais nous mettre à leur place et comprendre, comme eux l'ont compris, la réalité profonde de ce qu'ils ont vécu; une réalité dont, contrairement à eux, nous n'avons pas l'expérience et qui, quelque part, les a toujours rendu seuls, semblables à quelqu'un qui, pourvu de ce sens qu'est la vue, est face à des aveugles de naissance.
Chaque couple a son histoire. Et quand un couple règne sur la Belgique, il appartient aussi à l'Histoire. Bernadette Chovelon retrace ici la vie du roi Baudouin et de son épouse Fabiola, depuis leur romanesque rencontre jusqu'à ce que la mort les sépare. Elle nous fait découvrir l'intimité de leur vie spirituelle comme leur action publique face aux événements qui ont bouleversé l'histoire de la Belgique.
Cet ouvrage, unique dans son approche, révèle le lien le plus fort de leur mariage : leurs vies étroitement unies sous le regard de Dieu et données aux autres. On ne pouvait laisser sous le boisseau cette spiritualité vécue à deux, tant elle rayonne et peut inspirer tous les couples !
Bernadette Chovelon, enseignante, titulaire d'une licence de philosophie et d'un doctorat de lettres, a écrit avec Bernard Chovelon, son mari, L'aventure du mariage chrétien, ouvrant ainsi au grand public les lignes de la spiritualité conjugale, tracées par le père Caffarel, fondateur des Équipes Notre-Dame.
Arnaud Dumouch a trouvé un précédent historique éclairant dont on pourrait s'inspirer pour répondre à la crise actuelle déclenchée par les scandales sexuels :
Scandales sexuels : la solution ?
Un docteur de l'Eglise inconnu a su agir et a réussi : saint Pierre Damien, Docteur de l’Eglise, qui annihila la pédophilie au XI° s (+ 1072).
Comment ce saint moine, confronté à une des pires crises de la papauté et à une des pires décadences du clergé, réussit à extirper les vices de la pédérastie (c'est le vrai nom de l'abus par des homosexuels de jeunes garçons et de jeunes adultes) et de la simonie dans le clergé de son temps. Pour cela, il analysa les causes puis désigna le remède : réduire à l’état laïc tout clerc, fut-il cardinal, coupable de ces vices. Il obtient de la papauté (Léon IX aidé par Hildebrand, futur pape saint Grégoire VII) une réaction adaptée. Sa prédication forte par ses lettres, sa droiture morale, prépare la réforme grégorienne et la merveilleuse efflorescence du XIII° siècle.
A Liège, en Outremeuse le 15 août de chaque année, la piété mariale se mêle volontiers au folklore populaire et c’est très bien ainsi !
Plus insolite: sur l’autre rive du fleuve, au Centre-Ville, un groupe de chanteurs issu des conservatoires royaux de Liège et de Mons a aussi voulu se réunir cette année pour célébrer la Madone de l’Assomption avec les plus beaux motets mariaux du répertoire classique. Au programme: William Byrd, Arcadelt, Aichinger, Arcadelt, César Franck et Diogo Dias Melgas.
Cela se passe au cours de la messe célébrée le mercredi 15 août 2018 à 10h en l’église du Saint-Sacrement, Bd d’Avroy, 132: avec les solistes du plain-chant et l’Ensemble polyphonique « VocA4 » réuni par Arnaud François, avec l’appui de l’association Foliamusica pour la promotion des jeunes talents (dir. C. Leleux). A l’orgue: Patrick Wilwerth, chef du chœur universitaire de Liège et professeur au conservatoire de Verviers.
Bienvenue à tous (libre et gratuit). Plus de détails sur l’affiche reproduite ci-dessus et heureuse fête de Sainte Marie à chacun. Rens. Tel. 04.344.10.89 email sursumcorda@skynet.be
LES ORIGINES DE LA FÊTE DE L’ASSOMPTION
Très tôt, les premiers chrétiens ont eu le pressentiment que la Mère de Dieu, préservée de tout péché, ne pouvait pas avoir connu la corruption de la mort. Une intuition qui sera ensuite approfondie par les Pères de l’Eglise. Au VIe siècle, la fête de la Dormition est déjà célébrée en Orient, vers la mi-janvier. Plus tard, l’empereur byzantin Maurice (582-602) la fixera définitivement au 15 août.
La fête arrive à Rome grâce au pape Théodore (642-649), originaire de Constantinople. Elle se diffuse petit à petit en Occident : en 813, le concile de Mayence l’impose à l’ensemble de l’Empire franc. Peu à peu, la fête va prendre le nom d’Assomption mais l’Eglise ne ressent pas le besoin d’ériger en dogme cette croyance.
C’est après la proclamation par Pie IX du dogme de l’Immaculée Conception, dans le grand courant de dévotion mariale du XIXe siècle, que des pétitions commencent à affluer à Rome pour que soit officiellement défini le dogme de l’Assomption.
C’est ce que fit solennellement le pape Pie XII le 1er novembre 1950 sur la place Saint-Pierre à Rome: « Nous affirmons, Nous déclarons et Nous définissons comme un dogme divinement révélé que l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la vie céleste » (constitution apostolique « Munificentissimus Deus »).
Quelques extraits du programme des chants
Jacques Arcadelt (Namur,1507- Paris,1568): Ave Maria
William Byrd (Londres,1539- Stondon Massey, Esses, 1623):
messe à 3 voix
Gregor Aichinger (Ratisbonne,1564- Augsbourg,1628): Regina Caeli
Diogo Dias Melgas (Cuba, Portugal,1638-Evora, 1700): Salve Regina
Une initiative de "Sursum Corda" asbl, Association pour la sauvegarde de l’église du Saint-Sacrement au Boulevard d’Avroy, 132 à Liège.Tel. 04.344.10.89.