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Histoire - Page 39

  • Lire Emmanuel Todd et puis mourir ?

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    De Louis Daufresne sur La Sélection du Jour :

    LIRE EMMANUEL TODD ET MOURIR ?

    09/02/2024

    On assiste, selon Emmanuel Toddà « la chute finale de l'Occident »Venant de lui, la chose mérite d'être prise au sérieux, à tout le moins étudiée au plus haut niveau. L'homme n'est pas un essayiste lambda, un toutologue de plateau TV. Son œuvre le place au rang des intellectuels rigoureux et travailleurs, imprégnés par une tradition, celle d'Émile Durkheim, fondateur de la sociologie quantitative, et de Max Weber, l'auteur de L'éthique protestante et l'Esprit du capitalisme, ouvrage clé de la science politique. Il se réfère aussi à son « père spirituel en histoire », Emmanuel Le Roy Ladurie dont il « pleure la disparition » récente.

    Todd, 72 ans, dit que la Défaite de l'Occident sera son dernier livre. Il avait 25 ans lorsqu'il prédit la décomposition du monde soviétique, justement dans La Chute finale (Robert Laffont, 1976). Son oracle se fondait sur la remontée de la mortalité infantile.

    Malgré ses états de service, l'homme éprouve le besoin de se justifier : « J'avoue tout : je ne suis pas un agent du Kremlin, je suis le dernier représentant de l'école historique française des Annales ! » lance-t-il dans Le Figaro. Ce point d'exclamation ne suffit pas à rendre certains critiques plus indulgents. Exemple parmi d'autres : dans La Croix, l'ancien correspondant de l'AFP en Ukraine le qualifie de « professeur Raoult de la géopolitique, un savant ayant quelques fulgurances, mais des égarements ». Quant au Monde, il rejette son propos sans même l'examiner. Todd est accusé d'être « en ligne avec la propagande russe », ce qui suffit à le disqualifier.

    L'homme serait-il dangereux pour le magistère des castes dirigeantes ? Son analyse invite à se détacher de l'Amérique dont il pointe la fragilité et la toxicité. Todd ne fait pas de l'antiaméricanisme. Il plaide l'observation : « Je dégonfle le PIB [américain] et montre les causes profondes du déclin industriel : l'insuffisance des formations d'ingénieur et plus généralement le déclin du niveau éducatif, dès 1965 aux États-Unis ». L'Amérique devient ce village Potemkine que nos rêves publicitaires doivent cesser d'habiter.

    Cet effondrement, Todd l'attribue à « la disparition du protestantisme américain [qui] a enclenché un déclin intellectuel, une disparition de l'éthique du travail et une cupidité de masse (nom officiel : néolibéralisme). L'ascension se retourne en chute de l'Occident ». L'Europe, préfecture de l'empire, est entraînée dans ce sillage. Un pacte nous lie aux États-Unis depuis 1945. Pour faire court, l'américanisation, intense depuis les années 80, est à la fois choisie par les élites et subie par le peuple. Or, écrit Todd, « l'implosion, par étapes, de la culture WASP – blanche, anglo-saxonne et protestante – depuis les années 1960 a créé un empire privé de centre et de projet, un organisme essentiellement militaire dirigé par un groupe sans culture – au sens anthropologique – qui n'a plus comme valeurs fondamentales que la puissance et la violence ». Ce qui leur arrive, à eux la locomotive, nous arrivera forcément à nous, les wagons. Les expéditions punitives de Bush père et fils manifestaient déjà cette dérive.

    Le regain de l''évangélisme ne pallie pas l'effondrement de la matrice historique car « Dieu n'est plus là pour exiger, mais pour cajoler le croyant et lui distribuer des bonus, psychologiques ou matériels ». Les born again ne sauveront pas l'Amérique dont les élites ne sont plus des « zombies », ces êtres encore influencés par l'héritage, mais des créatures marquées du sceau de la « religion zéro ». C'est un nouveau concept. L'expression « hors sol » le traduit bien.

    Le nihilisme explique à ses yeux la défaite occidentale. Car le reste du monde est résolu à ne pas se faire aspirer par le vide. Alors que fait-il ? Il préfère soutenir la Russie qui « s'est découvert partout des alliés économiques discrets, un nouveau soft power (…) conservateur (anti-LGBT) ». La boucle est bouclée : on ne pardonne pas à Todd de faire d'une pierre deux coups : démythifier l'Amérique, pulvériser ses classes dirigeantes et dire qu'elle est en train de perdre face à Poutine qui « veut préserver l'acquis de la stabilisation de la société russe ».

    Selon Todd, le mariage gay date symboliquement le passage de l'état zombie à l'état zéro. C'est l'an I du nihilisme sur lequel embraye le phénomène trans. Il écrit que « la fixation des classes moyennes occidentales sur cette question ultraminoritaire pose une question sociologique et historique »Car, ajoute-t-il, « constituer en horizon social l'idée qu'un homme peut réellement devenir une femme et une femme un homme, c'est affirmer quelque chose de biologiquement impossible, c'est nier la réalité du monde, c'est affirmer le faux ».

    La sélection

    Emmanuel Todd : « Nous assistons à la chute finale de l’Occident »

    Lire l'article sur Le Figaro

  • Les déclarations inacceptables de Monseigneur Scicluna sur le célibat ecclésiastique : un expert corrige l'archevêque

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    Du site d'Aldo Maria Valli :

    Célibat ecclésiastique / Des déclarations inacceptables de Monseigneur Scicluna. Un expert corrige donc l'archevêque

    Le mois dernier, Monseigneur Charles Scicluna, haut fonctionnaire du Vatican et conseiller du pape François ainsi qu'archevêque de Malte, a déclaré dans une interview que l'Église catholique devrait "réfléchir sérieusement" à la possibilité d'autoriser les prêtres à se marier. Des propos qui ont évidemment été accueillis favorablement par le courant de pensée dominant, mais qui ont en même temps suscité la perplexité et le mécontentement de nombreux catholiques.

    Un expert du célibat ecclésiastique, Monseigneur Cesare Bonivento, intervient maintenant sur les déclarations de Monseigneur Scicluna. Longtemps missionnaire en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour le PIME (Institut pontifical des missions étrangères de Milan) et aujourd'hui évêque émérite, Monseigneur Bonivento (qui, à près de 84 ans, travaille encore comme formateur et assistant spirituel de séminaristes) a consacré des études approfondies à la question du célibat ecclésiastique, dont la dernière en date est "Célibat et Continence ecclésiale". Breve compendio storico-teologico (une publication que Duc in altum a traitée ici). Et du haut de son expertise, il juge les propos de Scicluna non seulement erronés mais irresponsables.

    ***

    par Monseigneur Cesare Bonivento

    Le 8 janvier, la presse internationale a largement couvert l'interview accordée par Monseigneur Scicluna, archevêque de Malte et secrétaire adjoint du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, au Times of Malta. Dans cette interview, l'archevêque s'est dit très favorable au célibat facultatif ou, plus clairement, à l'autorisation pour les prêtres de se marier.

    L'archevêque Scicluna a affirmé que l'Église catholique devrait "réfléchir sérieusement" à la possibilité d'autoriser les prêtres à se marier. D'autre part, le célibat "a été facultatif pendant le premier millénaire de l'existence de l'Église". Par conséquent, "il devrait le redevenir".

    Cette interview marquante a suscité des réactions largement favorables. Par exemple, le 23 janvier, la Gazette de Malte écrivait : "Les déclarations de l'archevêque Charles Scicluna sur les prêtres et le mariage ont fait le tour du monde, car elles sont courageuses, sans équivoque, de grande portée et émanent d'un haut fonctionnaire du Vatican à un moment où l'Église envisage sérieusement des changements".

    À l'exception du débat sur les bénédictions homosexuelles, l'interview de Mgr Scicluna a été, selon le correspondant au Vatican du National Catholic Reporter, Christopher White, la nouvelle la plus importante du mois de janvier au Vatican.

    Cependant, les déclarations de l'archevêque ont suscité une grande consternation chez de nombreux laïcs et membres du clergé, à la fois en raison du rôle joué par Scicluna et parce qu'elles sont en grande partie inexactes.

    En effet, il semble impossible qu'un prélat de son rang ait pu faire de telles déclarations.

    Il est certain que Monseigneur Scicluna connaît à la fois l'histoire et la théologie de l'Église, et il m'est donc difficile de lui attribuer la paternité de ce qui a été publié. Cependant, comme il n'y a pas eu de démenti, je me sens obligé de répondre, tout en invitant Mgr Scicluna à les rectifier s'ils lui ont été indûment attribués.

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  • « Fiers d’être Bourguignons » ? L’héritage d’Henri Pirenne

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    De Paul Vaute sur son blog "Le Passé belge" :

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    « Fiers d’être Bourguignons » ? L’héritage d’Henri Pirenne

    2 février

       En 1932, Lucien Febvre, cofondateur en France des Annales d'histoire économique et sociale, qualifia d' "acte national" l'Histoire de Belgique d'Henri Pirenne, qu'il tenait pour un de ses inspirateurs. Evidemment, on ne peut être la figure de proue d'un récit national sans être ipso facto dénigré par les tenants d'identités concurrentes – flamande, wallonne… – se voulant en outre exclusives. Mais dans comme hors de nos frontières, l'historien né à Verviers en 1862, mort à Uccle en 1935, demeure une référence et un père de ce qu'on appellera plus tard la nouvelle histoire, entendez celle qui explore et intègre pleinement les données de la vie matérielle et de la vie culturelle aux sens les plus larges.

       La carrière même du maître épouse de bout en bout les diversités belges. Venu au monde en terres ci-devant principautaires, formé d'abord à l'Université de Liège, il approfondit sa science en Allemagne et en France avant d'être, pendant plus de quarante ans, professeur à l'Université de Gand  puis, après s'être opposé à la néerlandisation complète de cette institution, à celle de Bruxelles.

  • La liberté religieuse, une épine dans la chair

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    De l'abbé Claude Barthe sur Res Novae (février 2024) :

    La liberté religieuse, épine dans la chair

    Comment est-on passé dans l’Église du rejet de la liberté religieuse à son acceptation ? C’est le sujet de l’ouvrage de François Huguenin, La grande conversion. L’Église et la liberté de la Révolution à nos jours[1]Brillante explicitation sur cinq cents pages d’un changement de cap. Peut-être que sa focalisation sur la liberté, sauf les pages consacrées à l’évolution de la question du salut, donne-t-elle l’impression que le retournement de Vatican II se réduit à ce point. En fait, l’adoption de la liberté religieuse s’intègre à un infléchissement de l’ecclésiologie consistant à voir hors de l’Église catholique des communautés surnaturelles secondes en quelque sorte. D’où l’œcuménisme, qui accorde une « communion imparfaite » aux séparés, le dialogue interreligieux fondé sur un « respect sincère » des autres religions, et la liberté religieuse qui rend obsolète l’idée d’un État défenseur de l’unique Église. Cet anti-exclusivisme est clairement d’inspiration libérale, via le protestantisme où chaque Église se considère comme la plus parfaite sans cependant prétendre s’identifier totalement à l’unique Église du Christ.

    Vatican II et l’État catholique

    Disons tout de suite que la virulence des débats sur la liberté religieuse lors de Vatican II s’explique par le fait que la doctrine subvertie était alors connue de tous et qu’elle animait encore, tant bien que mal, un certain nombre d’entités politiques, étatiques ou militantes. Réactiver ces débats aujourd’hui paraît en revanche lunaire, car il paraît désormais évident, dans le catholicisme postconciliaire, que les rapports du politique et du religieux ne peuvent avoir lieu qu’au sein de la laïcité des instances nationales et internationales.

    Pour traiter donc de cette question de la liberté religieuse, qui relève du droit public de l’Église, il convient d’avoir à l’esprit ce qu’elle disait de la « constitution chrétienne des États » (Immortale Dei de Léon XIII du 1er novembre 1885). Son discours traditionnel sur les Cités politiques selon le droit naturel était à deux niveaux : il portait sur ces États qui, avant même la connaissance de la Révélation, avaient ou ont une pleine légitimité dans la mesure où ils tendent au « vivre bien » des citoyens, mais auxquels l’adhésion à l’Évangile confère un « baptême » qui souligne le caractère sacré du pouvoir de leurs magistrats (doctrine du Christ-Roi), et les oblige en retour à des obligations envers la vérité de la Révélation.

    Certes, les Cités antiques ont rarement ressemblé à celle de Salente, dans Les aventures de Télémaque, et les princes ou chefs d’États chrétiens ont trop peu pratiqué une imitation de saint Louis, les chefs de guerre, de sainte Jeanne d’Arc, et les ministres des finances, de saint Éloi. Pour autant, en ce monde marqué par le péché, les principes élaborés par la tradition d’Aristote, et plus largement de la philosophie grecque, reprise par saint Thomas et toute la théologie subséquente, notamment des XVIIe et XVIIIe siècles, ne relèvent pas plus de l’utopie que l’énoncé des béatitudes. Gouverner sagement est l’idéal auquel devraient se conformer tous chefs de peuples, ce qui, dans le monde qui a reçu la Révélation, veut dire gouverner selon l’inspiration chrétienne, en tentant plus largement d’organiser une paix de Dieu entre les nations « baptisées ».

    Cet idéal, aujourd’hui évacué, de chrétienté et dont le vide est comblé par un mondialisme humaniste, peut se comparer à la surélévation de cette institution naturelle qu’est le mariage à la dignité de sacrement. L’analogie étant imparfaite, car les Cités chrétiennes ne naissent pas, comme la société des époux, d’un acte sacramentel. Mais comme une famille devient chrétienne, ont été « baptisées » ces sociétés qui sont ontologiquement premières pour l’homme, animal politique, par la profession de foi de leurs peuples et de leurs magistrats. Chacune, sans être marquée par un caractère, est comme refondée par cette profession de foi, sans laquelle désormais elle n’est plus elle-même. Chrétienne reste la France, notre mère charnelle et spirituelle, terre de saints, couverte d’un manteau d’églises et de cathédrales, toujours fille aînée de l’Église, aussi défigurée qu’elle soit par le masque laïque dont on l’a affublée.

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  • Jésus : imposteur ou vrai messie d'Israël ?

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    De Radio Notre-Dame :

    Père Jérémy Rigaux, bibliste, curé de la paroisse Notre-Dame des Foyers (XIXe), conférencier de l’Heure du soir au Collège des Bernardins à 19h30 : Jésus : imposteur ou vrai messie d’Israël ?

  • L'Eglise a-t-elle toujours été en crise ? (Club des hommes en noir)

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    De l'Homme Nouveau :

    L’Église a-t-elle toujours été en crise ? C’est la question à laquelle tente de répondre le Club des Hommes en noir dans cette nouvelle émission. Pourquoi un tel sujet ? Si les crises ne manquent pas dans l’Église d’aujourd’hui et frappent nos imaginations et notre foi, n’est-ce pas, au fond, le cours habituel de la vie des catholiques. En effet, humainement les choses ont plutôt mal commencé, avec la mort violente du Christ sur la Croix, la trahison d’un des apôtres choisis en personne par Jésus, le conflit entre saint Pierre et saint Paul, la mort également violente des apôtres, les persécutions, les divisions et les guerres ensuite entre chrétiens. La liste pourrait être longue des conflits, des crises et des oppositions.

    Pour en parler Philippe Maxence reçoit au micro du Club des Hommes en noir l’abbé Claude Barthe, l’abbé Grégoire Célier, le Père Danziec et Jeanne Smits. Tous apportent un regard et une analyse que l’on ne trouve pas ailleurs, sans langue de buis et sans langue de bois.

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  • Aucun romancier ne voit la crise religieuse de l'Europe plus lucidement que Michel Houellebecq

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    De Rod Dreher sur The European Conservative :

    Houellebecq, prophète de l'Europe post-chrétienne

    Houellebecq est peut-être décadent dans sa vie personnelle, mais aucun romancier ne voit la crise religieuse de l'Europe avec des yeux plus clairs.

    14 janvier 2024

    Un clip vidéo accompagné de l'affirmation alarmante "Conquis : Les chrétiens français se rendent" a fait le tour de la toile ces derniers temps. On y voit un Arabe musulman chanter l'adhaan, l'appel islamique à la prière, à l'intérieur d'une église parisienne,

    Enfin, pas vraiment. Dans ce cas, l'appel à la prière faisait partie d'une représentation de "L'homme armé : A Mass For Peace", une œuvre de musique classique de 1999 du compositeur gallois Karl Jenkins, qui l'a composée à la suite de la guerre du Kosovo. Elle combine des éléments de la messe catholique avec l'appel à la prière de l'islam, un poème profane et un texte hindou.

    On peut débattre de la question de savoir s'il est juste ou non d'autoriser les prières de religions non chrétiennes dans une église chrétienne, quel que soit le contexte ; personnellement, je suis un puriste en la matière et je serais tout à fait favorable à ce qu'une mosquée ou une synagogue interdise l'exécution de prières chrétiennes à l'intérieur de ses murs, quelles que soient les circonstances. Mais pour être juste, il faut reconnaître que dans le cas célèbre de Paris, l'adhaan n'apparaît pas comme un culte, mais comme une partie d'une performance artistique.

    Voici la traduction anglaise de l'adhaan :

    Dieu est grand (4x)

    Je témoigne qu'il n'y a pas d'autre digne d'adoration que Dieu (Allah). (2x)

    Je témoigne que Muhammad est le messager d'Allah (2x)

    Venez à la prière (2x)

    Il est facile de comprendre pourquoi certains chrétiens, en particulier en France, trouvent cela si alarmant. Il faudrait être idiot pour ignorer ou minimiser les vives tensions entre la population islamique de France et les non-musulmans, sans parler des "chrétiens", car la France est le pays le plus athée d'Europe. Il semble que ces Français non croyants préfèrent qu'il n'y ait pas de religion du tout, et se sont laissés aller à croire au mythe du progrès conduisant inévitablement à une place publique désacralisée.

    On ne combat pas quelque chose avec rien. Si les Français n'aiment pas l'islamisation de la vie publique française, ce n'est pas en redoublant de laïcisme qu'ils vont l'arrêter. Dans le roman controversé de Michel Houellebecq, Soumission, paru en 2015, le public français démoralisé et déchristianisé se tourne volontairement vers un gouvernement islamiste, dans ce qui équivaut à une vaste confession publique de l'inadéquation du matérialisme impie pour fournir une base solide à un mode de vie.

    Houellebecq est peut-être décadent dans sa vie personnelle - ses frasques sont parfois sordides et il a l'air de vivre sous un pont - mais aucun romancier ne voit la crise religieuse de l'Europe avec des yeux plus clairs.

    Louis Betty, universitaire américain spécialiste de la littérature française dont on a parlé récemment dans ces pages pour son travail de traduction et d'édition des essais de Rénaud Camus, a publié en 2016 une analyse pénétrante de la vision religieuse de Houellebecq, intitulée Without God : Michel Houellebecq et l'horreur matérialiste. Bien que Houellebecq ne soit pas personnellement religieux, Betty affirme qu'il est "un écrivain profondément et inévitablement religieux".

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  • Le patrimoine religieux de Nivelles se vend sur Marketplace !

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    Alors que les fabriciens de tout le pays sont invités par le CIPAR à encoder le patrimoine détaillé de leurs églises, on trouve ces éléments du patrimoine religieux de Nivelles proposés à la vente sur Marketplace. Certains éléments du mobilier de cette église désaffectée (notamment une chaire de vérité de style baroque) semblent avoir déjà trouvé acquéreurs. La grande braderie du patrimoine religieux consécutive au Concile Vatican II continue. Les historiens du futur devront ajouter à l'iconoclastie de la Réforme protestante et à celle de la Révolution celle qui est en cours depuis les années 60-70 du XXe siècle...

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  • Avec l'Iris blanc, Astérix retrouve un peu de mordant

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    De David Engels sur The European Conservative :

    Avec l'Iris blanc, Astérix retrouve un peu de mordant

    L'Iris Blanc

    En tant que décliniste réticent, j'ai acheté le nouveau livre d'Astérix avec la ferme intention d'en détester chaque page. J'avais déjà en tête une bonne phrase d'introduction : "Après Star Wars, Indiana Jones, Harry Potter et Tolkien, le déclin d'Astérix sous franchise se poursuit inexorablement, etc. etc. Malheureusement - ou heureusement - les choses ne sont pas aussi tranchées, car le nouveau volume d'Astérix n'est pas si mal, même si on ne peut pas vraiment le qualifier de "bon".

    En effet, il ne s'agit pas d'une véritable "aventure" qui emmène nos héros à travers le monde antique, mais plutôt des conséquences des sinistres machinations de Visusversus, un médecin romain visuellement inspiré de l'intellectuel vedette français Bernard-Henri Lévy. Visusversus est chargé par César de démoraliser les Gaulois récalcitrants et de motiver les légionnaires romains par toute une série de slogans sur la découverte de soi et la pleine conscience : le "petit village" doit être transporté dans la post-histoire, pour ainsi dire, par le biais de manipulations mentales, et ainsi rendu incapable de se battre - un thème étonnamment chargé idéologiquement, et que de nombreux lecteurs apprécieront.

    Cependant, l'impression qui se dégage de la lecture du livre est plutôt ambivalente. Le nouvel auteur, "Fabcaro", a réussi non seulement à incorporer dans le dialogue une quantité étonnante, voire presque baroque, de blagues diverses et réussies (même pour un volume d'Astérix), mais aussi à se moquer de nombreux problèmes actuels de l'homme "post-historique". L'individualisme, le développement personnel, le relativisme, l'évitement des conflits, l'inclusion, la pleine conscience, le changement climatique, etc. font tous partie du récit. À cela s'ajoute le sombre soupçon que ces éléments pourraient être délibérément utilisés par de sinistres détenteurs de pouvoir et des manipulateurs idéologiques pour contrôler les processus sociaux et politiques. En effet, une grande partie du sous-texte du nouvel Astérix aurait pu être de la dynamite politique, si l'auteur n'avait pas eu peur de son propre courage. Car l'album ne peut pas (ou ne veut pas) jouer le diagnostic civilisationnel posé au début et préfère prudemment quitter l'intrigue initiale au milieu du récit sans jamais vraiment y revenir.

    Ainsi, la première moitié de "L'iris blanc" montre de manière frappante comment l'effet féminisant de la culture moderne de la consommation et de la pleine conscience, individualiste et hostile aux conflits, sape rapidement le moral de combat du village gaulois, ainsi que sa cohésion familiale. Mais il ne présente pas (jusqu'à la fin de l'histoire) de véritable antidote à cette évolution. Cependant, l'hypothèse initiale selon laquelle un "entraînement mental" similaire redonnerait aux légionnaires leur force de frappe reste tout aussi peu développée que la suggestion selon laquelle la stratégie de décomposition romaine serait en mesure de neutraliser l'effet de la potion magique d'une manière ou d'une autre. Ces deux lacunes évidentes dans l'intrigue créent une certaine frustration au milieu de l'histoire quant à ce qu'elle est réellement censée raconter. C'est précisément à ce moment, lorsque l'histoire ne peut (ou refuse) de se développer, qu'elle se transforme soudain en une course-poursuite burlesque vers Lutèce. Il ne s'agit plus pour Visusversus d'inverser la disparité entre le village gaulois et les Romains, mais d'enlever la cheffe du village - déçue par son mari - afin de forcer le village à se rendre.

    À l'avant-dernière page de l'histoire, et bien que l'expérience de l'" iris blanc " de Visusversus ait été couronnée de succès, César décide d'abandonner tout le projet pour des raisons assez floues. Entre-temps, le village gaulois a "en quelque sorte" automatiquement retrouvé sa résilience culturelle d'origine après le retour de nos héros à la dernière page - des tentatives quelque peu forcées pour amener l'histoire à une fin plus ou moins satisfaisante à un moment où elle est impuissante et bloquée. Ainsi, malgré des débuts prometteurs, l'"Iris blanc" ne résiste pas à l'examen le plus superficiel de la cohérence et de la rigueur. Le scénariste s'est-il rendu compte que la question de l'homme "post-historique" était trop brûlante et que, développée seule, elle ne pouvait que s'opposer au caractère purement ludique d'Astérix sous franchise et à l'action politique de l'éditeur ?

    Certes, contrairement à d'autres "nouveaux" volumes d'Astérix qui ont été accusés - non sans raison - d'être trop politiquement corrects, l'"Iris Blanc" retrouve heureusement un peu du mordant original qui fait que les anciens volumes valent encore la peine d'être lus aujourd'hui. Mais ce mordant se limite à une description plutôt apolitique des "mœurs" de notre époque, qui sera probablement reconnue par la gauche et la droite sans trop d'offense. Cela donne l'impression d'un inoffensif exercice en chambre qui, pour paraphraser Siegfried Kracauer, est finalement plus favorable au régime que véritablement critique. Aujourd'hui, la France menace d'entraîner tôt ou tard l'ensemble de l'Europe dans l'abîme, en raison des montagnes de dettes, de la récession, de l'immigration de masse, de la criminalité, des scandales politiques et de l'hydrocéphalie de la bureaucratie parisienne. Et tandis que le monde observe cet état de fait, les lecteurs d'Astérix ont droit à des blagues innocentes et gratuites sur l'art abstrait, les trains express retardés, les bols chantants, le minimalisme de la Nouvelle Cuisine et les barbes des hipsters. En fin de compte, on n'invoque que des "conflits" qui n'ont aucun sens au regard des enjeux subliminaux qui s'y cachent. On ressort de la lecture de ce volume d'Astérix avec le sentiment d'avoir été exposé à une sorte d'opposition contrôlée qui évite d'étiqueter l'idéologie qui se cache derrière ces prétendus "problèmes de style de vie".

    Bien sûr, il ne faut pas s'attendre à plus de la part d'une bande dessinée, et c'est une erreur de chercher une véritable déclaration politique dans un volume d'Astérix, quelle que soit la gravité de la situation actuelle en France. Même une certaine neutralité et un "audiatur et altera pars", tels qu'ils transparaissent parfois ici, représentent déjà un net progrès par rapport aux volumes récents. Le principe général s'applique ici comme ailleurs : si l'on veut vraiment changer les choses, il ne faut pas attendre d'espoir des institutions établies de longue date qui font partie intégrante du système, mais plutôt créer soi-même quelque chose de nouveau. Plutôt que de se plaindre du nouvel Astérix, les conservateurs devraient peut-être créer eux-mêmes une série qui ne soit pas une copie mais une création originale et qui pose toutes les questions qui nous manquent dans le courant dominant - et cela ne s'applique pas seulement à Astérix, mais à la culture médiatique moderne dans son ensemble. Le vrai problème est que de nombreux conservateurs se contentent de critiquer, de se plaindre et de râler. Ainsi, ils se définissent entièrement par un rejet stérile, sans prendre les rênes et produire ce qui leur manque ailleurs.

    David Engels a été titulaire de la chaire d'histoire romaine à l'Université Libre de Bruxelles et est actuellement analyste principal à l'Instytut Zachodni de Poznań. Son livre de 2013, Le déclin (Paris : L'artilleur), compare la crise de l'Union européenne au déclin de la République romaine. Il a également dirigé la collection Renovatio Europae (Berlin : MSC Verlagsbuchhandlung, 2019), un manifeste pour une réforme conservatrice de l'Union européenne. Son dernier ouvrage est Que faire ? Vivre avec le déclin de l'Europe. Il collabore à la rédaction de The European Conservative.

  • De nouveaux articles sur "Res Novae"

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    Veuillez trouver ci-dessous les liens vers de nouveaux articles publiés sur le site de Res Novae.

    – L’impossible inculturation du message évangélique dans la modernité, par l'abbé Claude Barthe

    – « Vatican II et la nouvelle liturgie ont inventé un nouveau mode magistériel, la régression dogmatique »

    – Le P. Spadaro a-t-il quitté le premier cercle du gouvernement bergoglien ?, par l'abbé Claude Barthe

    – Un jésuite, des jésuites, par don Pio Pace

  • Bruxelles (Forum Saint-Michel), 16 janvier : Benoît XVI un an après

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    La Nouvelle revue théologique organise, en partenariat avec les éditions Chora, une soirée "Benoît XVI, un an après"

    avec, comme intervenants, 

    Alban Massie s.j., Directeur de la Nouvelle revue théologique
    et Clément Imbert, Traducteur de la biographie de Benoît XVI
     
    à l'occasion de l'anniversaire du décès du Benoît XVI et de la parution de ces ouvrages
     
    Benoît XVI, Une vie par Peter SEEWALD, éd. Chora, 2023
    L’héritage théologique de Benoît XVI. Coopérateur de la vérité par des enseignants du Collège des Bernardins, Cahier de la NRT, CLD, 2023
     
    Elle aura lieu le 16 janvier 2024 au Forum Saint-Michel (Bruxelles). 
  • Sur KTO : René Girard, la vérité mimétique

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    "René Girard est revenu parmi les siens : en ce Noël où il aurait eu cent ans, ses cendres ont rejoint le caveau familial d’Avignon. Le penseur du « bouc-émissaire » avait averti avec prophétisme contre les excès des mouvements de justice sociale."

    https://twitter.com/PaulSugy/status/1738099070743322926

    De KTO Télévision :

    René Girard, la vérité mimétique

    30/12/2021

    René Girard est considéré comme l’un des grands penseurs de la seconde moitié du XXème siècle. Ce documentaire est un voyage au coeur de son oeuvre, de sa réflexion et de sa vie. Il explore et révèle les multiples aspects de sa fascinante « théorie mimétique ». Proches et fins connaisseurs de Girard se succèdent pour mettre en lumière sa pensée. Celle-ci affirme que le désir et l’imitation alimentent depuis toujours la mécanique du comportement humain, menant à la rivalité et la violence mimétiques, puis à la désignation du bouc-émissaire. A travers les mythes, les sociétés anciennes, les religions, l’Histoire de l’humanité, et jusque dans notre actualité, René Girard apporte l’éclairage singulier de sa vérité universelle où souffle aussi l’Esprit car, pour lui, tous les chemins de l’Homme mènent au Christ.Une coproduction KTO/CRESCENDO MEDIA FILMS 2021 - Réalisée par Yves Bernanos