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Histoire - Page 45

  • "La vérité n'est pas une question de majorité". Les leçons du Concile de Nicée

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    De Regina Einig sur le Tagespost :

    "La vérité n'est pas une question de majorité"

    L'année 2025 marquera le 1700e anniversaire du premier concile œcuménique de Nicée. Le pape François veut participer aux festivités. Un entretien avec l'historien de l'Eglise Michael Fiedrowicz, de la faculté de théologie de Trèves, sur la culture de la dispute dans l'Eglise primitive.

    13.07.2024

    Monsieur Fiedrowicz, le concile de Nicée a été le premier concile œcuménique de la chrétienté. Dans quelle mesure est-il devenu constitutif de la prétention et de la compréhension de soi des conciles ultérieurs ?

    Athanase, qui participait alors au concile en tant que diacre et secrétaire de l'évêque d'Alexandrie, a décrit très clairement comment les décisions de cette assemblée ecclésiastique devaient être classées théologiquement. Il a souligné que dans leur formulation, les évêques faisaient clairement la distinction entre les questions disciplinaires et les questions de foi : "En ce qui concerne la date de Pâques, ils ont écrit : 'Voici ce qui a été décidé'. En effet, il a été décidé à l'époque que tous devaient obéir. Cependant, en ce qui concerne la foi, ils n'ont pas écrit : "Il a été décidé", mais : "Ainsi croit l'Église catholique", et ils ont aussitôt confessé comment ils croient, pour montrer que leur foi n'est pas nouvelle, mais apostolique, et que ce qu'ils ont écrit n'a pas été inventé par eux, mais est ce que les apôtres ont enseigné". Le concile a donc posé des limites claires à toute décision arbitraire en matière de foi. Il a formulé une confession de la foi apostolique à conserver intacte sous la forme d'un symbolum aux accents anti-hérétiques, tel qu'il était déjà utilisé auparavant dans la préparation et l'administration du baptême.

    La première œcuménique de l'Église

    Dans quelle mesure le Concile a-t-il été un modèle pour la culture chrétienne de la dispute ?

    Selon leur conception, les premiers conciles chrétiens visaient globalement le consensus sur des questions controversées.  Mais on savait très bien que la vérité n'est pas une question de majorité. Elle existe ou n'existe pas. Le caractère obligatoire des conciles, du moins pour les questions de foi, ne résultait pas simplement du fait qu'une majorité avait décidé quelque chose. Contrairement aux approches des théories modernes du discours, les pères de l'Eglise étaient convaincus que ce n'est pas le consensus qui fonde la vérité, mais la vérité qui fonde le consensus. L'unanimité d'un si grand nombre de personnes a toujours été considérée comme dépassant fondamentalement les capacités purement humaines. Là où l'unanimité est réussie, l'évidence écrasante de la vérité elle-même s'y manifeste. L'unanimité ne fonde donc pas l'obligation, mais témoigne de la vérité qui se manifeste et sur laquelle repose toute obligation. Or, la capacité consensuelle de la confession de foi nicéenne résultait précisément du fait qu'elle pouvait se distinguer par la caractéristique de l'apostolicité : "Tout l'œcuménisme était d'accord parce que la foi provenait du bien apostolique", écrivait vers 400 l'évêque syrien Sévérien de Gabala. Le consensus synchronique des évêques du Concile était donc le résultat de leur consensus diachronique avec la foi des apôtres.

    "Contrairement aux approches des théories modernes du discours, les Pères de l'Église étaient convaincus que "ce n'est pas le consensus qui fonde la vérité, mais la vérité qui fonde le consensus".

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  • Aux origines du christianisme romain, sur la tombe de saint Paul

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    De Vatican News (Paolo Ondarza) :

    Aux origines du christianisme romain, sur la tombe de saint Paul

    Une dalle romaine portant l'inscription "PAULO APOSTOLO MART"; un lieu de sépulture d'une importante communauté chrétienne; des recherches scientifiques récentes qui permettent d'attribuer à un homme ayant vécu entre le Ier et le IIe siècle, la dépouille mortelle trouvée à l'intérieur d'un sarcophage en marbre brut. Telles sont les données matérielles qui attestent de la présence de «l'Apôtre des Gentils» sous l'autel de la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs. Un lieu riche d'histoire et de foi.

    Au début des années 2000, la figure de Paul de Tarse suscite un regain d'intérêt. Des découvertes sensationnelles mettent au jour d'abord le plus ancien portrait de «l'Apôtre des Gentils» dans les catacombes romaines de Sainte -Thècle, puis un sarcophage de marbre brut sous l'autel papal de la basilique qui renvoie à l'auteur des treize épîtres du Nouveau Testament.

    La reconnaissance scientifique

    La confirmation a été donnée avec une profonde émotion le 29 juin 2009, lors des premières vêpres de clôture de l'Année paulinienne, par Benoît XVI. À cette occasion, le Souverain Pontife avait annoncé les résultats de l'analyse scientifique minutieuse effectuée sur la tombe deux mille ans après la naissance de Paul: une sonde spéciale introduite dans le sarcophage a révélé des traces d'un précieux tissu de lin teint en pourpre laminé avec de l'or pur, d'un tissu bleu avec des filaments de lin, de grains d'encens rouges et de substances protéiques et de chaux. De très petits fragments d'os ont également été trouvés. Soumis à l'examen du carbone 14 mené par des experts ignorant leur provenance, ils ont permis de remonter à une personne ayant vécu entre le Ier et le IIe siècle. «Cela semble confirmer la tradition unanime et incontestée selon laquelle il s'agit de la dépouille mortelle de l'apôtre Paul», avait commenté Benoît XVI avec prudence.

    Une reproduction de la dalle au-dessus du tombeau
    Une reproduction de la dalle au-dessus du tombeau

    Un tombeau jamais ouvert

    Quinze ans après cette annonce, nous nous rendons sur la tombe en compagnie du père Lodovico Torrisi, maître des novices de l'abbaye de Saint-Paul-hors-les-murs, gouvernée depuis le VIIIe siècle par des moines bénédictins. «La tombe n'a jamais été ouverte, explique-t-il, car les vibrations, en enlevant le couvercle, le contact avec la lumière et l'oxygène pourraient détruire, désintégrer, ce qui restait du corps de Paul».

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  • Le récit officiel de l'islam contesté par les historiens

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    D'Olivier Bonnassies sur La Sélection du Jour :

    Les historiens contredisent le récit officiel de l'islam

    Photo : Les manuscrits de Sanaa, le plus ancien texte du Coran qui a été retrouvé, est un palimpseste (texte écrit sur une première écriture, grattée ou lavée) qui diffère de la version actuelle du Coran.

    Une véritable révolution est en marche concernant les origines de l'islam après la publication, en 2019, du « Coran des historiens » qui remet tout en cause. Même le site de référence des musulmans en France "Oumma.com" reconnaît que La Mecque n'existait pas au temps de Mahomet ou que le Coran est le fruit d'un long processus éditorial. Enquête autour de la vérité sur l'islam.

    Le Coran des historiens, sorti en 2019, est une somme de 3 500 pages qui recense, en trois tomes encyclopédiques, les différentes découvertes historiques relatives à la naissance de l'islam et à la rédaction du Coran. 28 chercheurs et universitaires reconnus ont apporté leur contribution à cette synthèse présentée par certains comme « sans précédent dans l'histoire » (Gavin Mc Dowell) ou comme « le livre le plus important du XXIe siècle » (Hashim Saleh).

    Oumma.com, le site de référence des musulmans en France, a publié une série d'articles se référant à ces recherches. Par exemple : « L'islam à l'épreuve de ses origines », « Origines de l'islam : écueil du discours musulman », « Origines de l'islam : le tabou musulman ? » ou encore « Origines de l'islam : le déni musulman » expliquant qu' « une révolution copernicienne est en train de balayer le champ des études historiques sur les premiers temps de l'islam » en invitant « à ne pas nier l'évidence des acquis de la recherche historique » qui « ébranlent profondément l'historiographie musulmane des premiers temps de l'islam ».

    En substance, il semble d'abord que « La Mecque n'existait pas au temps de Mahomet » (sic). Alors que le récit traditionnel islamique fait remonter la ville à Abraham ou même à Adam, la présentant comme « la mère des cités » (Coran 42,7), un carrefour « florissant » de grandes routes commerciales, y décrivant élevage, pêche et végétation abondante (blé, dattes, olives, vignes, …), tous ces éléments sont formellement contredits par les découvertes historiques. On a pu recenser en Arabie, avant l'islam, vingt-deux sanctuaires païens de forme cubique, appelés eux aussi « Kaaba ». La pratique de tourner autour d'une pierre est déjà attestée dans l'Arabie préislamique idolâtre ou chez les Nabatéens — et les Juifs aussi faisaient exactement cela : 7 fois autour du Temple. La Mecque, avec son pèlerinage et des rituels de même type, semble n'émerger qu'un siècle après Mahomet et auparavant, de 640 à 725, l'orientation de la prière (qibla) n'était jamais vers l'Arabie mais plutôt vers Jérusalem ou Pétra. Enfin, toute une série de faits concordants (descriptions, climat, eau, toponymie, linguistique, caravansérail des Quraychites, archéologie, guerres, témoignages, etc.) font localiser certains événements fondateurs de l'islam « près de Lattaquié » dans le nord de la Syrie, très loin de La Mecque. Elle ne devient centrale qu'à partir de 822, « au IXe siècle » explique Oumma.com qui conclue : « La Mecque serait une création tardive des califes omeyyades ».

    Le Coran, de son côté, apparaît non comme tombé du Ciel mais comme le fruit d'un long processus d'édition, sur environ un siècle, sous l'autorité des califes : les plus anciens manuscrits découverts à Sanaa au Yémen en 1972, analysés par les paléographes allemands Gerd & Elisabeth Puin, sont « datés de la deuxième moitié du VIIe siècle » et « probablement rescapés d'autodafés ordonnés par les califes ». Le livre de l'islam a donc « été élaboré dans le temps » et « procède d'un travail éditorial ». « Les études sur les manuscrits anciens révèlent des activités manifestes de réécritures et de corrections du texte » et « attestent de la circulation de versions concurrentes jusqu'au VIIIe siècle. »

    La figure de Mahomet enfin est également devenue très floue : « l'examen des témoignages non-musulmans contemporains du Prophète et des premières conquêtes arabes dressent de lui un portrait tout à fait étranger à la biographie convenue qu'en donnent Sira et Sunna » écrites du VIIe au Xe siècles sous l'autorité de califes exerçant un pouvoir absolu qui leur a permis de réécrire l'histoire. C'est ainsi qu'on constate « un véritable trou noir » de 150 ans entre la mort de Mahomet vers 632-635 et les premiers écrits musulmans qui contredisent les autres sources. Par exemple, il est établi qu'au départ et jusqu'à la prise de Jérusalem en 637, certaines factions arabes subissent l'influence déterminante de courants juifs ou judéo-chrétiens, mais tout cela sera gommé et oublié par la suite dans le discours qui se fixe à la fin du premier millénaire.

    Comment un récit islamique officiel si différent a-t-il alors pu se constituer ? La vidéo « L'islam est faux » publiée sur Internet propose l'explication la plus logique : les califes avaient objectivement intérêt à glorifier la figure de Mahomet dont ils se proclamaient les successeurs. Avec à la clé la justification « divine » d'une autorité absolue leur permettant de revendiquer le pouvoir, l'argent, les femmes et la soumission de tous leurs sujets au nom de la religion.

    Toutes ces découvertes sont « accablantes pour la crédibilité du discours musulman » (sic) si l'on en croit les articles du site Oumma.com ou les chercheurs du site Al-Kalam qui vient de se lancer. Tout cela devrait continuer à provoquer de grands débats et de grands remous dans l'avenir car effectivement « une véritable révolution est en marche dans les milieux de la recherche islamologique ».

    L’islam à l’épreuve de ses origines

    >>> Lire l'article sur Oumma.com

  • Synode : se souvenir du "discours du Biglietto" de Newman

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    De George Weigel sur le Catholic World Report :

    Un ticket pour l'oubli ?

    Alors que l'Église attend l'Instrumentum Laboris, le "document de travail", pour le Synode 2024 en octobre, il faut espérer que ceux qui rédigent ce texte reconnaîtront que ce que Newman a qualifié de "grand mal" est vivant parmi nous aujourd'hui.

    19 juin 2024

    Avant que le pape Paul VI ne simplifie les rituels entourant la création de nouveaux cardinaux, les hommes qui avaient été informés qu'ils avaient été choisis se réunissaient à Rome ; là, un jour ou deux avant le consistoire au cours duquel ils seraient "proclamés" et recevraient le chapeau rouge, ils recevaient ce que l'on appelait le biglietto ("billet"). Remis par un chambellan papal à l'endroit où le futur cardinal se trouvait dans la Ville éternelle, le biglietto était, littéralement, le "billet" annonçant officiellement la nomination de l'homme d'église au Collège des cardinaux et l'admettant, comme le font les billets, au consistoire imminent.

    Il s'agit d'une cérémonie charmante, qui donne généralement lieu à la première des nombreuses fêtes organisées en l'honneur du nouveau cardinal. Mais avant que les célébrations ne commencent, l'homme qui recevait le biglietto était censé faire des remarques.

    Le "discours du biglietto" le plus célèbre de l'histoire a eu lieu il y a cent quarante-cinq ans le mois dernier. Son passage le plus mémorable parle encore à l'Église aujourd'hui.

    John Henry Newman a été l'un des convertis les plus célèbres et l'une des figures les plus controversées du catholicisme du milieu du XIXe siècle. Son parcours personnel de foi l'avait conduit d'un scepticisme juvénile à un anglicanisme robuste et évangélique, puis d'une bourse de l'Oriel College et du pastorat de l'église universitaire de Sainte-Marie-la-Vierge à la direction du Mouvement d'Oxford, qui réformait l'anglicanisme. L'étude approfondie et intense des Pères de l'Église du premier millénaire l'avait finalement convaincu que l'Église d'Angleterre était - en termes de faits historiques, de convictions théologiques et de relations avec le pouvoir de l'État - une autre dénomination protestante. Newman entra donc en pleine communion avec l'Église catholique, ce qui lui coûta ses postes à Oxford et lui valut de nombreux ennuis - de la part des anglicans qui le considéraient comme un traître et des catholiques qui se méfiaient des subtilités de sa théologie.

    Newman, âme sensible et esprit brillant, a souffert pendant des décennies de ce que Dorothy Day a décrit comme la "longue solitude" du converti. Cette souffrance fut considérablement atténuée lorsque le pape Léon XIII, dans l'un des premiers actes de son grand pontificat réformateur, annonça son intention de créer Newman cardinal et de permettre à cet homme désormais âgé de continuer à vivre à l'Oratoire de Birmingham plutôt qu'à Rome (ce qui était alors la règle pour les cardinaux qui n'étaient pas des évêques diocésains).

    Newman se rend donc à Rome et, le 12 mai 1879, prononce son discours de biglietto, dans lequel il se présente en ces termes :

    Au cours de ces longues années, j'ai commis de nombreuses erreurs....mais ce que j'espère pouvoir revendiquer tout au long de ce que j'ai écrit, c'est ceci : une intention honnête, l'absence de buts personnels, un tempérament d'obéissance, la volonté d'être corrigé, la crainte de l'erreur, le désir de servir la Sainte Eglise et, grâce à la miséricorde divine, une bonne dose de succès.

    Et, je me réjouis de le dire, je me suis opposé dès le début à un grand mal. Pendant trente, quarante, cinquante ans, j'ai résisté du mieux que j'ai pu à l'esprit de libéralisme en matière de religion. Jamais la Sainte Église n'a eu autant besoin de champions pour le combattre...

    Le libéralisme religieux est la doctrine selon laquelle il n'y a pas de vérité positive dans la religion, mais qu'une croyance est aussi bonne qu'une autre... Il est incompatible avec la reconnaissance de toute religion comme vraie. Il enseigne que toutes doivent être tolérées, car toutes sont des questions d'opinion. La religion révélée n'est pas une vérité, mais un sentiment et un goût ; ce n'est pas un fait objectif, ni miraculeux ; et c'est le droit de chaque individu de lui faire dire ce qui lui plaît.

    Alors que l'Église attend l'Instrumentum Laboris, le "document de travail", pour le Synode 2024 en octobre, il faut espérer que ceux qui rédigent ce texte reconnaîtront que ce que Newman a appelé un "grand mal" est toujours vivant parmi nous aujourd'hui. La réduction de la foi religieuse à une question de sentiment plutôt qu'à une conviction rationnellement défendable (dont les débuts remontent au théologien allemand Friedrich Schleiermacher au début du 19ème siècle) est peut-être le facteur le plus important de la décadence des dénominations protestantes libérales en petits caucus de travail religieux ayant le lien le plus ténu avec le christianisme de la Grande Tradition.

    Et pourtant, en voyant cela, il y a des catholiques qui proposent de suivre ce même chemin bien tracé vers... quoi ? L'insignifiance totale ? L'oubli ecclésiastique ?

    Lorsque les cardinaux qui dirigent le Synode 2024 parlent de leur désir d'une "Église arc-en-ciel" ou déclarent ouvertes des questions morales réglées, il y a lieu de s'inquiéter : en fait, il y a lieu d'être très inquiet, car la sagesse et la prescience du "discours du Biglietto" de Newman sont ignorées. Et ceux qui ont des yeux pour voir ont vu où cela mène.

  • Sous la basilique Saint-Pierre de Rome repose l’Apôtre Pierre

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    De Maria Milvia Morciano et Jean-Benoît Harel sur Vatican News :

    «Pierre est ici»: comment les ossements de l'Apôtre ont été identifiés

    Sous la basilique Saint-Pierre de Rome repose l’Apôtre Pierre. Cette vérité n’a été prouvée que tardivement, au milieu du XXe siècle, après les fouilles lancées par le Pape Pie XII. Une découverte sensationnelle, qui est venue sublimer presque deux millénaires d’une tradition de prière et de dévotion.

    Du sommet de la coupole, à plus de 133 mètres, jusqu’à l’endroit où reposent les restes de saint Pierre, à quelques mètres sous le sol de l’actuelle basilique, se devine un fil invisible qui retrace des siècles d'histoire. Aujourd’hui visitable, la tombe de saint Pierre n’a pourtant été redécouverte qu’il y a quelques dizaines d’années.

    À sa mort en 1939, Pie XI demande à être enterré près de la tombe de saint Pierre. Un an plus tard, Pie XII, son successeur ose alors lancer des fouilles inédites sur le lieu supposé de la tombe de saint Pierre, presque 1900 ans après son martyre. 

    Crucifié dans le cirque de Néron, sur la rive droite du Tibre à Rome, l’apôtre Pierre est enterré non loin, sur la colline avoisinante faisant office de nécropole, au milieu de nombreux anonymes. Aucun signe n’a été conservé dans les archives de l’Empire romain concernant cet insignifiant pécheur galiléen. Mais les chrétiens ont gardé la trace de ce lieu hautement sacré, lieu de pélerinage depuis presque deux millénaires.

    Le Pape François en prière devant la tombe de saint Pierre, au début de son pontificat.

    Le Pape François en prière devant la tombe de saint Pierre, au début de son pontificat.

    Le triomphe de Gaïus

    Signalé d’abord par un simple édicule, forme de petite chapelle, appelé le triomphe de Gaïus, la tombe de l’Apôtre s’est vue honorée par différents autels dans la basilique constantinienne, puis celui actuel, commandé par Clément VIII en 1549, à l’ombre du baldaquin du Bernin.

    Le triomphe de Gaïus.

    Toutefois seule la transmission orale prouvait la réalité de la tombe de saint Pierre, jusqu’aux fouilles des années 1940, compliquées par la Seconde Guerre mondiale, et surtout jusqu'à l’annonce retentissante de Pie XII lors du message radiophonique de Noël du 23 décembre 1950, à la fin de l'Année Sainte: «la tombe du Prince des Apôtres a été retrouvée». Mais, le Pape poursuit en expliquant qu’il est impossible d’affirmer que les ossements retrouvés parmi tant d’autres dans cette nécropole du premier siècle ont appartenu à saint Pierre.

    La découverte des ossements

    En 1952, l’archéologue et épigraphiste florentine Margherita Guarducci prend la direction des fouilles et va faire une découverte extraordinaire. Spécialiste des inscriptions réalisées de main d’homme, elle travaille sur les nombreux graffiti retrouvés sur les murs du triomphe de Gaïus. Ces inscriptions témoignent de l'activité dévotionnelle et de tout un mouvement des premiers fidèles de la communauté de Rome qui se sont rendus près de cet édicule, pour honorer la mémoire du premier pape.

    Margherita Guarducci se met au travail et déchiffre les différents graffiti parmi lesquels, «Petros eni», c'est-à-dire en grec «Pierre est ici». Près de cette inscription, elle retrouve une boîte précieusement décorée de porphyre insérée dans un trou creusé dans un mur du triomphe de Gaïus. Les ossements contenus dans cette boîte sont ensuite analysés et correspondent à un homme d’une soixantaine d’année et perclus d’arthrose, la maladie des pêcheurs. Saint Pierre est retrouvé. 

    Saint Pierre retrouvé

    Pour Fiocchi Nicolai, professeur de topographie des cimetières chrétiens à l'Institut pontifical d'archéologie chrétienne, «lorsque la capsule constantinienne a été créée, on aurait pris ce qui restait des ossements de Pierre dans la fosse du tombeau et on les aurait placés dans la boîte murale pour les sauvegarder pour l'éternité».

    Une découverte corroborée par les textes les plus anciens, comme celui d’Eusèbe de Césarée au IVe siècle, qui dans ses Historiae ecclesiasticae (II 25, 5-7) fait parler un certain Gaïus, qui assure qu’il peut montrer les tombeaux des apôtres Pierre et Paul, respectivement au Vatican et sur le chemin d’Ostie.

    Lors de l'audience générale du 26 juin 1968, le Pape Paul VI, rappelant les enquêtes et les études passées, tout en précisant que «les recherches, les vérifications, les discussions et les controverses ne s'épuiseront pas avec cela», a fait une «heureuse annonce»: «il nous faut être d'autant plus prompts dans notre joie que nous avons toute raison de croire que l'on a retrouvé les restes mortels -réduits mais sacro-saints- du Prince des Apôtres, de Simon fils de Jonas, du pêcheur appelé Pierre par le Christ, de celui qui fut choisi par le Christ comme fondement de l'Église, à qui le Seigneur a confié les clefs de son royaume, avec la mission de paître et de réunir son troupeau, l'humanité rachetée, jusqu'à son retour final et glorieux».

    Depuis les années 1980, les fouilles de la basilique Saint-Pierre sont accessibles au public, proposant aux fidèles un véritable pélerinage au plus près des origines de l'Église. 

  • Un fragment de papyrus du Ve siècle relatif à l'enfance du Christ a été déchiffré à Hambourg

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    De Brice Louvet sur Sciencepost.fr :

    Un fragment de papyrus offre un aperçu des histoires sur l’enfance de Jésus

    Jésus de Nazareth, la figure centrale du christianisme, demeure à la fois une figure influente et mystérieuse. Bien qu’il soit probable qu’il ait existé (?!), les preuves en dehors des textes bibliques se limitent à quelques références. Les récits de sa vie, en particulier de ses premières années, restent largement inconnus. Toutefois, un fragment de papyrus découvert récemment pourrait jeter une nouvelle lumière sur ces débuts méconnus.

    Une découverte inattendue

    Avant de discuter du nouveau fragment de papyrus, il est essentiel de clarifier quelques détails sur l’histoire de la Bible. Cette anthologie religieuse, considérée comme le canon de la foi chrétienne et la parole indélébile de Dieu, a subi des changements importants au fil des siècles. Les 66 livres qui composent la Bible ont été écrits par plus de 40 auteurs différents sur une longue période. On dénombre aussi de nombreux autres récits connus sous le nom d’apocryphes, des histoires qui ne sont pas acceptées comme Écritures, bien que certaines aient pu l’être autrefois.

    L’un de ces écrits apocryphes est passé inaperçu pendant des décennies à la bibliothèque d’État et universitaire Carl von Ossietzky de Hambourg. Avec ses treize lignes grecques, il avait longtemps été ignoré, considéré comme un document quotidien. C’est en y remarquant le mot « Jésus » que les chercheurs ont commencé à reconsidérer son importance.

    En comparant ce fragment avec d’autres manuscrits numérisés, les chercheurs ont pu identifier ce fragment de papyrus inventorié sous le nom de « P.Hamb.Graec. 1011 » comme une partie de l’Évangile de l’enfance de Thomas. Il s’agit d’un texte écrit probablement au IIe siècle de notre ère décrivant les activités miraculeuses de Jésus enfant. Le fragment de papyrus découvert aurait de son côté été écrit aux alentours du IVe et le Ve siècle de notre ère, soit un peu plus tard.

    Notez que les récits apocryphes comme l’Évangile de l’enfance de Thomas n’ont jamais été acceptés dans le canon biblique, bien qu’ils aient circulé parmi les premières communautés chrétiennes. Ce texte cherchait à combler les lacunes des Évangiles canoniques en racontant des histoires miraculeuses de la jeunesse de Jésus.

    Le second miracle du Christ

    Ce fragment spécifique de onze centimètres sur cinq serait associé à une histoire connue sous le nom de « vivification des moineaux » qui raconte le deuxième miracle attribué à Jésus enfant. Dans cette histoire, il est en effet décrit en train de jouer avec de l’argile et de former des moineaux dans un fort situé près d’une rivière. Lorsque son père, Joseph, le réprimande pour avoir travaillé le jour du sabbat, Jésus frappe dans ses mains et donne miraculeusement vie aux oiseaux d’argile qui s’envolent ensuite.

    Selon les chercheurs, ce texte a probablement été créée comme un exercice d’écriture dans un monastère. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives sur la transmission des textes apocryphes et leur rôle dans l’histoire du christianisme. Elle illustre également comment des documents apparemment insignifiants peuvent révéler des trésors historiques inestimables lorsqu’ils sont correctement interprétés.

    Les détails de l’étude sont publiés dans Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik.

  • De persécutée à complice : les métamorphoses de l’Église orthodoxe russe

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (Diakonos.be) :

    De persécutée à complice. Les métamorphoses de l’Église orthodoxe russe

    C’est une période sombre pour le dialogue entre Rome et le patriarcat de Moscou. La rencontre entre le Pape François et Cyrille de Moscou à l’aéroport de La Havane le 12 février 2016 était déjà plombé par les agressions armées de Vladimir Poutine en Géorgie et en Ukraine, où il avait déjà pris la Crimée et contesté le Donbass. Mais depuis, les événements se sont enchaînés à une vitesse effrayante, avec la guerre féroce de la Russie contre l’Ukraine et l’Occident, exaltée en tant que « guerre sainte » par ce même patriarche de Moscou que le Pape en est venu à qualifier de « thuriféraire de Poutine ».

    Et pourtant, ce mystère d’iniquité ne demeure pas incompréhensible, si l’on prend la peine de relire le dernier siècle de l’histoire russe. Et ce que vient de faire avec une rare maîtrise et une abondante documentation Giovanni Codevilla, l’un des plus grands spécialistes en la matière, dans un livre fraîchement sorti de presse intitulé « Da Lenin a Puti. Politica e religione », édité chez Jaca Book.

    « De la persécution à la connivence », précise le sous-titre du livre, avec une allusion à la symphonie retrouvée entre le trône et l’autel, entre Poutine et Cyrille, qui caractérise l’actuelle période de l’histoire russe, après des décennies d’atroces persécutions et une fragile parenthèse de liberté retrouvée à la suite de la dissolution de l’Union soviétique, rapidement étouffée dans l’œuf.

    On sait qu’il y a eu des persécutions, mais tous ne connaissent pas ses variantes que Codevilla met en évidence. Déjà terrible sous Lénine, et à son comble avec Staline, pendant les années de la seconde guerre mondiale, elle a connu une interruption partielle et impromptue, souhaitée par Staline en personne pour renforcer notamment par l’apport de l’Église la résistance patriotique à l’invasion des armées d’Hitler.

    L’orthodoxie a retrouvé un espace de mouvement, ses hommes ont été libérés de prison, quelques églises ont été rouvertes. Et une fois la guerre terminée, on lui a confié la mission de faire la propagande de la politique du Kremlin dans le champ international, en particulier à travers la Conférence chrétienne pour la paix et le Conseil œcuménique des Églises, qui réunissait à Genève les représentants de plusieurs confessions chrétiennes, y compris les catholiques.

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  • La mort de Moltmann, le père des erreurs de la théologie contemporaine

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Moltmann, le père des erreurs de la théologie contemporaine

    Le théologien protestant a également exercé une grande influence dans la sphère catholique. Une influence négative, qui s'appuie sur l'espérance mais l'inscrit dans l'histoire, sécularisant la foi. Les résultats sont encore visibles aujourd'hui.

    11_06_2024

    Le 3 juin, le théologien protestant Jürgen Moltmann est décédé à Tübingen à l'âge de 98 ans. On se souvient généralement de lui comme du « théologien de l'espérance » en raison de son principal ouvrage, Théologie de l'espérance, publié en 1964 en Allemagne et en 1970 en Italie par Queriniana. Se souvenir de lui de cette manière n'est ni erroné ni réducteur, car cet ouvrage n'avait pas l'intention de traiter un seul chapitre de la théologie, à savoir l'espérance, mais de la reformuler dans son intégralité.

    De l'espérance découle une nouvelle explication de tous les thèmes théologiques traditionnels : la révélation comprise non pas tant dans son caractère doctrinal que dans son caractère historique, la transcendance comprise dans un sens temporel comme futur plutôt que dans un sens spatial, le péché comme le rejet de l'espérance, la grâce comme le don de la possibilité et de la capacité d'espérer, la conversion comme l'aversion du présent et la conversion à l'avenir. D'où l'impact révolutionnaire de sa théologie, liée à l'idée toute protestante du monde arrivé à maturité, de la sécularisation en tant que phénomène chrétien, de la nécessité d'évoluer vers une théologie séculière comme l'année suivante, en 1965, Harvey Fox l'affirmera également dans son livre The Secular City (La ville séculière). Histoire, espérance, avenir, pratique : telles sont les coordonnées de la nouvelle théologie que l'on retrouve dans toutes les théologies ultérieures, y compris la théologie catholique.

    Dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament, selon Moltmann, Dieu n'est pas compris comme consacrant des temps et des lieux, mais comme lié à une parole de promesse. La promesse lie l'homme à l'histoire qui se situe entre la promesse et son accomplissement. C'est l'espace de la responsabilité humaine, de l'avenir, de la moralité et de la praxis. La théologie de l'espérance s'élabore dans une clé eschatologique, confiant désormais au théologien la tâche non pas « d'interpréter le monde, l'histoire et la nature humaine, mais de les transformer dans l'attente d'une transformation divine ». Le lieu de la révélation de Dieu devient l'histoire et Dieu se révèle à travers des promesses et des événements historiques, à commencer par l'Exode. La tâche du chrétien n'est pas tant de se demander qui est Dieu et quels sont ses attributs, mais d'identifier où Dieu est à l'œuvre dans l'histoire et de participer activement à son œuvre de rédemption. Il fallait éliminer tout dualisme métaphysique et toute vision spatiale de Dieu, créer une théologie laïque à partir du langage politique : « cela implique que nous discernions où Dieu est à l'œuvre, et que nous participions ainsi à son œuvre : cette action incessante est une manière de parler : ce faisant, le chrétien parle de Dieu ». La vérité devient action. Le théologien ne dira pas qui est Dieu par des discours, mais la praxis des chrétiens le dira.

    Avec Moltmann, la dimension de l'histoire entre dans la théologie et en bouleverse les connotations. Harvey Fox, déjà cité, aborde la théologie de l'espoir et affirme que « Dieu aime le monde et non l'Église » et qu'il utilise le monde et non l'Église. Dans son livre The Christian as Rebel, il note que « c'est le baseball professionnel et non l'Église qui a fait les premiers pas vers l'intégration raciale. Nous sommes très en retard dans ce domaine. Nous devons faire la course pour rattraper ce que Dieu fait déjà dans le monde". Comme on le voit, l'« Église sortante » a des origines lointaines. Les nouvelles suggestions de Moltmann seront reprises par Johann Baptist Metz dans sa « Théologie politique » et Karl Rahner fera siennes les mêmes hypothèses, à commencer par la sécularisation, qui oblige à penser que la révélation de Dieu a lieu dans l'histoire humaine avant d'avoir lieu dans l'Église. On peut penser que le véritable tournant novateur de la théologie contemporaine a été apporté par Moltmann. Toutes les autres théologies suivront en effet la voie qu'il a inaugurée. La théologie de l'espérance peut ainsi être comparée à une explosion qui en provoque d'autres en chaîne. Il a su traiter de la théologie révolutionnaire et de la théologie de la libération, il a baptisé la théologie noire et la théologie féministe. De plus, il a été au centre du dialogue entre chrétiens et marxistes.

    Avec Moltmann, la dimension de l'histoire entre dans la théologie et en bouleverse les connotations. Harvey Fox, déjà cité, aborde la théologie de l'espoir et affirme que « Dieu aime le monde et non l'Église » et qu'il utilise le monde et non l'Église. Dans son livre The Christian as Rebel, il note que « c'est le baseball professionnel et non l'Église qui a fait les premiers pas vers l'intégration raciale. Nous sommes très en retard dans ce domaine. Nous devons faire la course pour rattraper ce que Dieu fait déjà dans le monde". Comme on le voit, l'« Église sortante » a des origines lointaines. Les nouvelles suggestions de Moltmann seront reprises par Johann Baptist Metz dans sa « Théologie politique » et Karl Rahner fera siennes les mêmes hypothèses, à commencer par la sécularisation, qui oblige à penser que la révélation de Dieu a lieu dans l'histoire humaine avant d'avoir lieu dans l'Église. On peut penser que le véritable tournant novateur de la théologie contemporaine a été apporté par Moltmann. Toutes les autres théologies suivront en effet la voie qu'il a inaugurée. La théologie de l'espérance peut ainsi être comparée à une explosion qui en provoque d'autres en chaîne. Il a su traiter de la théologie révolutionnaire et de la théologie de la libération, il a baptisé la théologie noire et la théologie féministe. De plus, il a été au centre du dialogue entre chrétiens et marxistes.

    Ce dernier point nous amène à un autre chapitre important de l'histoire de Moltmann. Je veux parler du dialogue de pensée avec le philosophe marxiste est-allemand Ernst Bloch, qui a eu tant d'influence sur la théologie de Moltmann à l'époque et par la suite. Le principe d'espérance de Bloch et la théologie de l'espérance de Moltmann se renvoient l'un à l'autre. Bloch reformule le marxisme sous la catégorie de l'utopie, il voit toute la réalité comme gouvernée par l'avenir et poussée à se dépasser elle-même, il lit la Bible comme l'expression d'une « transcendance sans transcendance », l'avenir et l'histoire sont autant les caractéristiques de la religion chrétienne que de ce monde sécularisé, le Dieu d'Israël est le Dieu du huitième jour « qui n'a pas encore été et qui est donc plus authentique » et le Christ n'a rien de spirituel, mais est l'homme qui s'est assis non pas à la droite de Dieu mais à sa place car le christianisme est libérateur et donc athée. Moltmann rencontre ainsi non seulement le marxisme, mais aussi le nihilisme athée de la modernité.

    Porter un jugement sur la théologie de Moltmann revient à porter un jugement sur une grande partie de la théologie contemporaine. Célébrer sa pensée en l'exaltant reviendrait à cautionner les grandes erreurs de cette théologie et de celles qui l'ont suivie. Je me suis limité ici à rappeler quelques hypothèses de base. Le lecteur, s'il y croit, peut s'exercer à identifier leurs effets négatifs sur la théologie de ces décennies et aussi sur la praxis de l'Église d'aujourd'hui.

  • Les consciences éveillées changent l'histoire

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    De George Weigel sur First Things :

    LES CONSCIENCES ÉVEILLÉES CHANGENT L'HISTOIRE

    5 juin 2024

    Il y a quarante-cinq ans, le New York Times examinait d'un œil critique les trois premiers jours du retour du pape Jean-Paul II dans sa patrie polonaise. Lisant les signes de l'époque à travers la sagesse conventionnelle du jour, la Dame grise a ensuite offert un jugement typiquement ex cathedra, dans un éditorial du 5 juin 1979 : « Autant la visite de Jean-Paul II en Pologne doit revigorer et réinspirer l'Église catholique romaine en Pologne, autant elle ne menace pas l'ordre politique de la nation ou de l'Europe de l'Est ».

    Oups.

    Tout d'abord, l'Église polonaise n'avait pas besoin d'être revigorée ou réinspirée en juin 1979 - elle était l'Église locale la plus forte derrière le rideau de fer, le dépositaire de l'identité nationale authentique de la Pologne et une épine constante dans le pied des autorités communistes. (Staline avait déclaré qu'essayer de rendre la Pologne communiste revenait à mettre une selle sur une vache, ce qu'il ne savait pas). Il était loin de s'en douter).

    Quant à « l'ordre politique de la nation », le chef du parti communiste polonais, Edward Gierek, a assisté subrepticement à la messe de rentrée de Jean-Paul II, le 2 juin, depuis une chambre d'hôtel située au-dessus de ce qui était alors la « place de la Victoire » de Varsovie. Lorsqu'il a entendu le pape appeler l'Esprit Saint à « renouveler la face de la Terre - de cette terre », alors que des centaines de milliers de Polonais scandaient « Nous voulons Dieu ! Il a certainement senti le vent du changement souffler, même si les anémomètres de New York n'ont pas enregistré ce qui équivalait à une tempête de force 10 sur l'échelle de Beaufort.

    Quant à « l'ordre politique ... de l'Europe de l'Est », le principal historien américain de la guerre froide, John Lewis Gaddis, de Yale, écrira en 2005 que « lorsque Jean-Paul II a embrassé le sol de l'aéroport de Varsovie le 2 juin 1979, il a entamé le processus par lequel le communisme en Pologne - et finalement partout ailleurs en Europe - prendrait fin ». C'est précisément l'argument que j'avais avancé treize ans plus tôt dans mon livre La révolution finale. J'y suggérais que, bien que de nombreux facteurs causaux aient façonné ce que nous connaissons comme la révolution de 1989, le facteur indispensable qui a déterminé quand la révolution s'est produite et comment elle s'est produite, c'est Jean-Paul II.

    Qu'a-t-il fait et comment l'a-t-il fait ?

    Ce qu'il a fait, c'est déclencher une révolution de conscience qui a précédé et rendu possible la révolution politique non violente qui a fait tomber le mur de Berlin, émancipé les pays d'Europe centrale et orientale et, grâce à l'auto-libération des États baltes et de l'Ukraine, fait imploser l'Union soviétique. L'amorce d'une telle révolution de conscience - les décisions d'hommes et de femmes déterminés à « vivre dans la vérité », comme l'a dit Václav Havel - était en place depuis quelques années en Europe centrale de l'Est. Des militants encouragés par l'Acte final d'Helsinki de 1975 et ses dispositions relatives aux droits de l'homme dites « Basket Three » avaient créé des organisations telles que la Charte 77 de Tchécoslovaquie, le Comité pour la défense des droits des croyants de Lituanie et le KOR (Comité de défense des travailleurs) de Pologne, qui étaient liés aux « Helsinki Watch Groups » d'Amérique du Nord et d'Europe de l'Ouest. Jean-Paul a fourni la flamme qui a allumé l'amadou et a contribué à maintenir le feu allumé par son soutien vocal à ceux qui prenaient « le risque de la liberté » (comme il l'a décrit aux Nations Unies en 1995).

    Et comment cela s'est-il produit ?

    La révolution de conscience de Jean-Paul II a commencé lorsqu'il a restitué au peuple polonais la vérité sur son histoire et sa culture, que le régime communiste polonais avait à la fois déformée et supprimée depuis 1945. Vivez dans cette vérité, a suggéré le pape du 2 au 10 juin 1979, et vous trouverez des outils de résistance que la force brute du communisme ne peut égaler. Jean-Paul n'a pas conçu ces outils ; c'est le peuple polonais qui s'en est chargé lorsque, quatorze mois plus tard, il a formé le syndicat Solidarité, qui s'est ensuite transformé en un vaste mouvement social. Mais le cœur et l'âme du mouvement, tout comme son nom, ont été façonnés par la pensée et le témoignage de Jean-Paul II.

    L'ami du pape, le prêtre philosophe Józef Tischner, a un jour décrit le mouvement Solidarité comme une grande forêt plantée par des consciences éveillées. L'image brillante du père Tischner mérite réflexion aujourd'hui. En effet, l'Occident a besoin d'être « reboisé » : il faut planter de nouvelles graines de conscience, reflétant les vérités fondamentales sur la dignité humaine auxquelles Jean-Paul II a fait appel au cours de ces neuf jours de juin 1979. C'est au cours de ces journées que l'histoire moderne a basculé - pour une fois - dans une direction plus humaine et plus noble.

    Pour reprendre les termes du professeur Gaddis, Jean-Paul II faisait partie de ces « visionnaires » qui, en tant que « saboteurs du statu quo », ont pu « élargir l'éventail des possibilités historiques ». Y a-t-il de tels visionnaires parmi nous aujourd'hui ?

    La chronique de George Weigel « The Catholic Difference » est publiée par le Denver Catholic, la publication officielle de l'archidiocèse de Denver.

    George Weigel est Distinguished Senior Fellow du Ethics and Public Policy Center de Washington, D.C., où il est titulaire de la William E. Simon Chair in Catholic Studies.

  • 7 juin : anniversaire de l'apparition de saint Joseph à Cotignac

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    D'Ermes Dovico sur la NBQ :

    Cotignac, la plus célèbre apparition de saint Joseph

    7 juin 1660, Cotignac, Sud de la France : Saint Joseph apparaît à un jeune berger assoiffé et lui fait découvrir une source aux propriétés miraculeuses. Une apparition, reconnue par l'Eglise, qui ne cesse de porter du fruit.

    07_06_2024

    Statua di san Giuseppe con Gesù Bambino (foto dal sito del Santuario di Cotignac)

    Statue de Saint Joseph avec l'Enfant Jésus (photo du site du Sanctuaire de Cotignac)

    A l'occasion de l'anniversaire - qui tombe aujourd'hui 7 juin - de l'apparition de saint Joseph à Cotignac, nous publions ci-dessous un texte extrait du livre San Giuseppe, maestro per ogni stato di vita, d'Ermes Dovico et publié par Nuova Bussola.

    ***

    Nous sommes dans une petite ville du sud de la France (région Provence-Alpes-Côte d'Azur). Nous sommes le 7 juin 1660 et un jeune berger, Gaspard Ricard, fait paître ses moutons sur le mont Bessillon. Il est environ une heure de l'après-midi et la chaleur est intense. Épuisé par la soif, Gaspard s'allonge sur le sol. Soudain, il voit apparaître un homme imposant et vénérable qui lui montre un gros rocher et lui dit : « Je suis Joseph, soulève ce rocher et tu boiras ».

    Gaspard, à la vue de ce rocher, hésite (plus tard, au soir de ce 7 juin, huit hommes parviendront à le déplacer avec beaucoup de difficultés). Mais Joseph lui répète l'ordre. Cette fois, le berger obéit, soulève le rocher avec facilité et voit couler de l'eau fraîche en abondance. Il boit avec appétit à cette source inattendue, mais lorsqu'il relève la tête, il s'aperçoit qu'il est seul.

    Vers trois heures de l'après-midi, Gaspard se rend sur la place principale de Cotignac et raconte ce qui lui est arrivé. La nouvelle de l'apparition de saint Joseph se répand rapidement et les pèlerins découvrent que cette source du Bessillon a des propriétés hors du commun : rares sont ceux qui reviennent guéris de fièvres, de maladies des yeux et d'autres infirmités ; surtout, les grâces spirituelles de guérison et de fortification intérieure ne se comptent plus.

    Grâce aux dons des fidèles, il a été décidé de construire une chapelle. Deux mois après l'apparition, le 9 août, la pose de la première pierre fut bénie. Les travaux furent achevés en octobre 1660. Mais dès l'année suivante, l'église étant insuffisante pour faire face à l'afflux de fidèles, un bâtiment plus grand fut mis en chantier. C'est le sanctuaire consacré en 1663 - toujours debout et destination des pèlerins - qui se trouve à côté de l'emplacement de la source miraculeuse, où est gravé en langue locale un passage significatif du prophète Isaïe [voir photo ci-contre, de Maria Bigazzi] : Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris, « Vous puiserez avec joie l'eau des sources du salut » (Is 12, 3).

    L'apparition eut lieu alors que sévissait en France le jansénisme qui, par sa dureté et sa conception erronée de la miséricorde divine, éloignait les gens des sacrements, principalement de la confession et de l'Eucharistie, et critiquait également le culte des saints et de la Vierge Marie elle-même.

    A cet égard, il convient de rappeler que toute la Sainte Famille s'est manifestée à Cotignac en l'espace de moins d'un siècle et demi. En 1519, donc à l'aube de la crise religieuse initiée par Luther, la petite commune française avait en effet été le théâtre de deux apparitions - qui eurent lieu les 10 et 11 août (à environ trois kilomètres de l'endroit où saint Joseph apparaîtra plus tard seul) - de la Vierge Marie avec l'Enfant Jésus dans les bras. La Mère de Dieu avait demandé au voyant, le bûcheron Jean de la Baume (parfois appelé « de la Saque » ou « de la Mire », les noms de famille étant rarement fixés à l'époque), de dire au clergé et aux consuls de Cotignac de travailler à la construction d'une chapelle sous le vocable de Notre-Dame des Grâces et de s'y rendre « en procession, pour recevoir les dons que je veux vous répandre ». Et quelque temps plus tard, cette église, bientôt construite en obéissance à l'ordre céleste (la première pierre fut posée le 14 septembre, jour de l'Exaltation de la Sainte Croix, en 1519), fut confiée à la garde des Oratoriens.

    C'est à cette même famille religieuse qu'au siècle suivant, suite aux événements liés à la source du Bessillon, l'évêque de l'époque, l'Italien Giuseppe Zongo Ondedei, dans une lettre datée du 31 janvier 1661, confie la garde du lieu et de la chapelle en l'honneur de saint Joseph. Nous, voulant suivre (...) les voies que la divine Providence nous a tracées, et pour ne pas séparer les choses qu'elle a voulu unir, nous avons cru qu'il n'y avait rien de mieux que de confier l'administration de la chapelle de l'époux [Joseph] à ceux qui remplissent si bien celle de l'épouse [Marie]", écrit l'évêque Ondedei. Un petit monastère fut également construit à côté du sanctuaire.

    Plus d'un siècle plus tard, la Révolution française entraîne l'abandon de ce lieu béni. Le monastère tombe en ruine, tandis que la chapelle reste debout, entretenue par les curés de Cotignac et ouverte deux à trois fois par an aux fidèles, notamment pour la solennité du 19 mars.

    Le XXe siècle est le siècle de la renaissance du culte au Bessillon. Dans sa lettre pastorale du 1er février 1971, où il rappelle le caractère exceptionnel de la visite de saint Joseph, Monseigneur Gilles-Henri-Alexis Barthe, évêque de Fréjus-Tolone (1962-1983), écrit : « Nous avons sans doute trop oublié le privilège de cette visite du Saint Patriarche à l'un des plus humbles jeunes gens de notre pays. [Joseph] s'est retiré dans son silence, mais la source continue de couler, témoin de son passage. Il fut un temps où les pèlerins étaient plus nombreux à venir le prier. Dans les joies et les espoirs, les peines et les angoisses de ce temps, combien de leçons nous pouvons tirer de saint Joseph, le bienfaiteur juste, attentif et silencieux. Combien de grâces nous devons lui demander pour l'humanité, pour l'Eglise dont il est le Patron, pour notre pays, pour notre diocèse".

    En l'année sainte 1975, le retour en France des bénédictins du monastère Saint-Benoît de Médéa (Algérie) s'avère providentiel pour Cotignac : les religieux reprennent le sanctuaire de Saint-Joseph et reconstruisent le monastère (en confiant la tâche à l'architecte Fernand Pouillon), en veillant à harmoniser les nouveaux bâtiments avec ceux du XVIIe siècle. Le reste est de l'histoire récente.

  • Le message du Pape à l'occasion du 80ème anniversaire du débarquement en Normandie

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    Le message du pape en intégralité (source)

    « À Son Excellence Monseigneur Jacques Habert
    Évêque de Bayeux et Lisieux

    Je suis heureux de m'unir, par la pensée et la prière, à tous ceux qui sont réunis en cette cathédrale de Bayeux pour commémorer le 80ème anniversaire du débarquement des forces alliées en Normandie. Je salue toutes les Autorités civiles, religieuses et militaires présentes.

    Nous avons en mémoire le souvenir de ce colossal et impressionnant effort collectif et militaire accompli pour obtenir le retour à la liberté. Et nous pensons aussi à ce que cet effort a coûté : ces cimetières immenses où s'alignent par milliers les tombes de soldats — très jeunes pour la plupart, et, pour beaucoup, venus de loin — qui ont héroïquement donné leur vie, permettant ainsi la fin de la Seconde Guerre Mondiale et le rétablissement de la paix, une paix qui — du moins en Europe — aura duré près de 80 ans.

    Le débarquement présente également à l'esprit, suscitant l'effroi, l'image de ces villes de Normandie complétement dévastées : Caen, Le Havre, Saint-Lô, Cherbourg, Flers, Rouen, Lisieux, Falaise, Argentan... et tant d'autres ; et nous voulons faire mémoire des innombrables victimes civiles innocentes et de tous ceux qui ont souffert de ces terribles bombardements.

    Mais le débarquement évoque, plus généralement, le désastre qu'a représenté cet épouvantable conflit mondial où tant d'hommes et de femmes, d'enfants, ont souffert, tant de familles ont été déchirées, tant de ruines ont été provoquées. Il serait inutile et hypocrite d'en faire mémoire sans le condamner et le rejeter définitivement ; sans renouveler le cri de Saint Paul VI à la tribune de l’0NU, le 4 octobre 1965 : Plus jamais la guerre ! Si, durant plusieurs décennies, le souvenir des erreurs du passé a soutenu la ferme volonté de tout mettre en œuvre pour éviter qu'un nouveau conflit mondial ouvert se produise, je constate avec tristesse qu'il n'en est plus de même aujourd'hui et que les hommes ont la mémoire courte. Puisse cette commémoration nous aider à nous la faire retrouver !

    Il est inquiétant, en effet, que l'hypothèse d’un conflit généralisé soit parfois de nouveau sérieusement prise en considération, que les peuples soient peu à peu familiarisés à cette éventualité inacceptable. Les peuples veulent la paix ! Ils veulent des conditions de stabilité, de sécurité et de prospérité où chacun puisse accomplir sereinement son devoir et sa destinée. Ruiner ce noble ordre des choses pour des ambitions idéologiques, nationalistes, économiques est une faute grave devant les hommes et devant l'histoire, un péché devant Dieu.

    Ainsi, Excellence, je souhaite m'unir à votre prière et à celle de tous ceux qui sont réunis dans votre Cathédrale :

    Prions pour les hommes qui veulent les guerres, ceux qui les déclenchent, les attisent de manière insensée, les entretiennent et les prolongent inutilement, ou en tirent cyniquement profit. Que Dieu éclaire Ieurs cœurs, qu'll mette devant leurs yeux le cortège de malheurs qu'ils provoquent !

    Prions pour les artisans de paix. Vouloir la paix n'est pas une lâcheté, elle demande au contraire le plus grand courage, le courage de savoir renoncer à quelque chose. Même si le jugement des hommes est parfois sévère et injuste envers eux, « les artisans de paix seront appelés fils de Dieu » (H£ 5, 9). Que, s'opposant aux logiques implacables et obstinées de l'affrontement, ils sachent ouvrir des chemins pacifiques de rencontres et de dialogue. Qu'ils persévèrent inlassablement dans leurs démarches et que leurs efforts soient couronnés de succès.

    Prions enfin pour les victimes des guerres ; les guerres du passé comme les guerres présentes. Que Dieu accueille auprès de Lui tous ceux qui sont morts dans ces terribles conflits, qu'Il vienne au secours de tous ceux qui en souffrent aujourd'hui ; les pauvres et les faibles, les personnes âgées, les femmes et les enfants sont toujours les premières victimes de ces tragédies.

    Que Dieu ait pitié de nous ! Invoquant la protection de Saint Michel, Patron de la Normandie, et 1'intercession de la Sainte Vierge Marie, Reine de la Paix, j'accorde de grand cœur, à chacun, ma Bénédiction."

  • Liège : Église du Saint-Sacrement : messe chantée par les élèves de l’Académie de chant grégorien le samedi 8 juin 2024 à 17h00 (Bd d’Avroy, 132)

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