Les abbés Celier et Guelfucci avec Jean-Pierre Maugendre sont les invités de Philippe Maxence dans le Club des Hommes en Noir. Cette semaine ils s'attaquent à un sujet délicat : est-il possible de se débarrasser d'un Concile ? L'Eglise peut-elle choisir de passer par pertes et profits un concile et ses conclusions ? Pourrait-elle même reconnaitre s'être trompée lors d'un concile ? Existe-t-il des précédents historiques ?
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L'Eglise peut-elle choisir de passer par pertes et profits un concile et ses conclusions ?
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Rappel pour le prochain voyage du Pape : « au Soudan du Sud, la tribu des Dinka est la plus touchée par l’esclavage »
Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso, traduite en français par Diakonos.be :
« Au Soudan du Sud, la tribu des Dinka est la plus touchée par l’esclavage ». Rappel pour le prochain voyage du Pape
À cause de ses soucis de santé, le Pape François a dû annuler son voyage au Liban. Mais il a maintenu celui du 2 au 7 juillet en RDC, avec étapes à Kinshasa et Goma, et ensuite au Soudan du Sud, avec un arrêt à Djouba.
Il a d’ailleurs confirmé à quel point il tenait à cette dernière destination en recevant, le 13 mai dernier, la Commission internationale anglicano-catholique dont le responsable, l’archevêque de Canterbury Justin Welby, et le modérateur de l’Église d’Écosse, voyageront avec le Pape. « Prions – a-t-il dit – afin que ce pèlerinage œcuménique de paix inspire les chrétiens du Soudan du Sud et du monde à être des promoteurs de réconciliation, des artisans de concorde, capables de dire non à la spirale perverse et inutile de la violence et des armes. Je rappelle que ce chemin a débuté il y a des années par une retraite spirituelle effectuée ici, au Vatican, avec les dirigeants du Soudan du Sud. »
Tous se rappellent cette retraite spirituelle insolite, en avril 2018, des chefs des deux factions en guerre, conclue par le Pape par le baisement de leurs pieds (voir photo). Un geste malheureusement suivi par une recrudescence du conflit entre les tribus respectives des Dinka et des Nuer, toutes deux de religion catholique.
En effet, que ce soit dans la région orientale du Congo ou au Soudan du Sud, des guerres tribales féroces font rage depuis des années, faisant des milliers de victimes. L’ambassadeur italien au Congo, Luca Attanasio, a d’ailleurs été assassiné le 22 février 2021 à quelques kilomètres à peine de l’endroit où le Pape François se rendra, à Goma. Et le 25 avril suivant, le nouvel évêque de la ville à peine nommé, le missionnaire italien Christian Carlassare, tombait dans une embuscade à Rumbek, au Soudan du Sud, victime d’une agression par balles perpétrée par le prêtre et coordinateur diocésain John Mathiang – qui sera arrêté et condamné – et par un groupe de laïcs en responsabilité du le diocèse, tous furieux que le nouvel évêque n’appartiennent pas à leur tribu.
Mgr Carlassare, malgré qu’il ne se soit pas encore remis de ses graves blessures, a annoncé qu’il se rendra à pied de Rumbek à Djouba pour rencontrer le Pape, après des jours et des jours de marche en compagnie d’une centaine de jeunes du diocèse, dans la boue de la saison des pluies et par des routes peu sûres à cause des bandes armées.
C’est donc sans aucun doute la paix qui est la destination idéale du voyage de François dans ces deux pays africains.
Mais il n’est pas exclu que le Pape porte la même attention à un autre fléau, l’esclavage, qui est largement répandu sous ses formes modernes au Congo comme au Soudan du Sud.
Ces derniers jours, la revue « Vita e Pensiero » de l’Université catholique de Milan a publié l’article d’une spécialiste, Beatrice Nicolini, professeur d’histoire de l’Afrique et de relations internationales qui, après avoir résumé l’histoire de l’esclavage dans le continent noir, avec ses heures les plus cruelles dans le Congo sous domination coloniale belge, montre combien ce fléau sévit encore aujourd’hui, surtout parmi les femmes et les enfants.
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International : le Vatican devrait s'inspirer de la ligne diplomatique suivie par Jean-Paul II
De Courtney Mares sur Catholic News Agency :
George Weigel sur ce que le Vatican peut apprendre de la diplomatie de JPII avec la Russie
19 mai 2022
Jean-Paul II a commencé son pontificat par les mots "N'ayez pas peur" - une phrase qui, selon le biographe du pape polonais, peut être appliquée à la diplomatie du Vatican avec la Russie et la Chine aujourd'hui.
George Weigel, auteur de la biographie à succès "Witness to Hope", s'est exprimé à Rome le 18 mai, date du 102e anniversaire de la naissance de Jean-Paul II.
Jean-Paul II avait une "détermination à dire la vérité quoi qu'il arrive ... à décrire les situations avec précision, et à appeler les régimes tyranniques à la conversion", a déclaré Weigel à CNA.
"Je pense que l'antienne 'N'ayez pas peur' était incarnée par cette détermination à dire la vérité au pouvoir, comme il l'a fait aux Nations unies en 1979 [et] à appeler les régimes communistes à honorer les engagements qu'ils avaient pris en matière de droits de l'homme, en particulier de liberté religieuse."
Le jour de l'anniversaire de Jean-Paul II, Weigel a donné une conférence à l'Angelicum, l'université pontificale de Rome où le futur pape a étudié de 1946 à 1948.
Dans son discours, Weigel a exposé les principales leçons de "l'art de gouverner d'un saint", notamment en ce qui concerne les relations diplomatiques du Saint-Siège avec les régimes autoritaires.
En tant que fin connaisseur de la condition humaine, il comprenait que les mauvais acteurs se comportent mal à cause de ce qu'ils sont, de ce qu'ils épousent et de ce qu'ils recherchent, et non à cause de ce que "nous" leur avons fait", a déclaré Weigel.
"Ainsi, il pouvait se concentrer sur les questions en jeu - la liberté religieuse et d'autres droits humains fondamentaux dans le monde communiste."
À l'heure où le pape François a été critiqué dans certains milieux pour ne pas avoir condamné nommément le président Vladimir Poutine et pour ne pas avoir abordé publiquement les violations des droits de l'homme en Chine, Weigel a déclaré que le Vatican devrait se rendre compte que "l'apaisement avec des régimes communistes ne fonctionne jamais."
Selon Weigel, la poursuite par le Vatican de l'Ostpolitik, une stratégie diplomatique défendue par le cardinal Agostino Casaroli dans les années 1970 qui évitait de condamner publiquement les violations des droits de l'homme commises par le communisme afin de conclure des accords diplomatiques, n'a pas permis d'atteindre son objectif de garantir "la liberté de l'Église de vivre sa vie sacramentelle selon ses propres normes".
"Ce manque de volonté de saisir les leçons des échecs des années 1970 se poursuit aujourd'hui. Et elle a sérieusement diminué l'autorité morale du Vatican et de l'Eglise catholique dans les arènes mondiales", a-t-il commenté.
M. Weigel a déclaré que le Saint-Siège avait fait revivre l'approche Ostpolitik de Casaroli dans son dialogue avec les gouvernements de Syrie, du Venezuela, du Nicaragua, de Cuba, de Chine et maintenant de Russie.
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Un témoignage sur l’histoire de l’Église en Corée du Nord
Du site des Missions Etrangères de Paris :
Mgr Victorinus Yoon Kong-hi, 98 ans, livre un témoignage sur l’histoire de l’Église en Corée du Nord
19/05/2022
Mgr Victorinus Yoon Kong-hi, archevêque émérite de Gwangju, âgé de 98 ans et natif d’une province aujourd’hui située en Corée du Nord, a contribué à la publication d’un nouveau livre, basé sur huit entretiens avec l’évêque. Dans son témoignage sur « L’histoire de l’Église nord-coréenne », Mgr Yoon explique qu’il ne peut rien faire d’autre pour la Corée du Nord que « prier pour la paix » et « faire confiance en la Providence ». Cependant, il pense que l’Église y grandit en secret : « Les catholiques vivent cachés quelque part au Nord. »

Mgr Victorinus Yoon Kong-hi, archevêque émérite de Gwangju, en Corée du Sud.
Mgr Victorinus Yoon Kong-hi, archevêque émérite de Gwangju, l’un des évêques les plus âgés de l’Église sud-coréenne, a contribué à la publication d’un livre en coréen, intitulé L’histoire de l’Église nord-coréenne, qui propose une présentation détaillée de l’histoire du catholicisme dans la partie nord de la péninsule coréenne. Dans ce livre, publié par l’écrivain Kwon Eun-jung (qui s’est basé sur huit entretiens avec l’évêque âgé de 98 ans), Mgr Yoon estime que l’Église catholique a survécu et a grandi en Corée du Nord malgré le régime communiste de Pyongyang, et que les catholiques vivent cachés et persécutés. L’ouvrage est parrainé par l’Institut catholique pour la paix en Asie du Nord-Est, une organisation qui dépend du diocèse d’Uijeongbu, selon le portail d’information coréen Chosun.com.
Dans le livre, l’évêque sud-coréen, qui est né dans une région aujourd’hui situé en Corée du Nord, donne des témoignages poignants sur la façon dont l’Église a prospéré dans la région avant que la péninsule coréenne ne soit divisée (en 1945) et avant la Guerre de Corée (1950-1953). L’archevêque s’est souvenu de la façon dont les prêtres, les consacrés et les laïcs ont été pris de panique quand les forces communistes ont attaqué les églises avant que la guerre éclate en 1949.
« Nous nous retrouverons au Ciel »
Le 9 mai 1949 à minuit, une sirène d’alarme a sonné soudainement au monastère et au séminaire bénédictin de Tokwon, près de Wonson dans la province d’Hamgyong du Sud. L’abbé d’origine allemande, Mgr Boniface Sauer, avait été emporté de force par les communistes, se souvient l’archevêque coréen, qui était alors séminariste. Ce dernier évoque les derniers mots de l’abbé avant qu’il soit emmené : « Comme le Seigneur l’a demandé, et comme il l’a fait, nous devons aller à la mort aux côtés des innombrables martyrs. Allez en paix, nous nous retrouverons au Ciel. »
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Un message prémonitoire du Père Charles de Foucauld, en 1907
Dans une lettre prémonitoire adressée en 1907 par le Père Charles de Foucauld (1858-1916, canonisé ce 15 mai) à René Bazin (1853-1932, juriste et romancier membre de l’Académie française), parue dans le Bulletin du Bureau catholique de presse, n° 5, octobre 1917, on lit ceci : « Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l’Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l’esprit ni le coeur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l’étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses ; d’autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu’elle a avec les Français (représentants de l’autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d’elle. Le sentiment national ou barbaresque s’exaltera dans l’élite instruite : quand elle en trouvera l’occasion, par exemple lors de difficultés de la France au dedans ou au dehors, elle se servira de l’islam comme d’un levier pour soulever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire africain musulman indépendant.
« L’empire Nord-Ouest-Africain de la France, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique occidentale française, etc., a 30 millions d’habitants ; il en aura, grâce à la paix, le double dans cinquante ans. Il sera alors en plein progrès matériel, riche, sillonné de chemins de fer, peuplé d’habitants rompus au maniement de nos armes, dont l’élite aura reçu l’instruction dans nos écoles. Si nous n’avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu’ils deviennent Français est qu’ils deviennent chrétiens.
« Il ne s’agit pas de les convertir en un jour ni par force mais tendrement, discrètement, par persuasion, bon exemple, bonne éducation, instruction, grâce à une prise de contact étroite et affectueuse, oeuvre surtout de laïcs français qui peuvent être bien plus nombreux que les prêtres et prendre un contact plus intime.
« Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ?
Exceptionnellement, oui. D’une manière générale, non. Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s’y opposent ; avec certains il y a des accommodements ; avec l’un, celui du medhi, il n’y en a pas : tout musulman, (je ne parle pas des libre-penseurs qui ont perdu la foi), croit qu’à l’approche du jugement dernier le medhi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l’islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l’islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants ; s’il est soumis à une nation non musulmane, c’est une épreuve passagère ; sa foi l’assure qu’il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l’ engage à subir avec calme son épreuve; » l’oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s’il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération « , disent-ils ; ils peuvent préférer telle nation à une autre, aimer mieux être soumis aux Français qu’aux Allemands, parce qu’ils savent les premiers plus doux ; ils peuvent être attachés à tel ou tel Français, comme on est attaché à un ami étranger; ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par sentiment d’honneur, caractère guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècles mais, d’une façon générale, sauf exception, tant qu’ils seront musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du medhi, en lequel ils soumettront la France. De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d’un peuple étranger qu’on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même ? Ce changement de nationalité implique vraiment une sorte d’apostasie, un renoncement à la foi du medhi… »
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L'Eglise et l'esclavage (KTO)
La video de l'émission est ici : https://www.youtube.com/watch?v=Ks8_p0ofb98
L’Eglise et l’esclavage
05/05/2022
Dans l’histoire du christianisme, la question de l’esclavage occupe une place toute particulière. D’un côté, on peut se demander pourquoi les Églises et les chrétiens ont-ils tant tardé à se mobiliser en faveur de l’abolition de l’esclavage ? Comment faire face à cette contradiction d’une religion prônant l’amour de son prochain avec les pratiques esclavagistes ? Au contraire, d’un autre côté, une autre perception consisterait à dire que l’histoire du Christianisme reflète une longue maturation vers l’abolition d’une pratique. Au risque de l’Histoire vous propose de démêler l’écheveau complexe des liens entre christianisme et esclavage. Comment à travers l’antiquité, le Moyen Age et la modernité l’esclavage se recompose-t-il ? Comment, face à cette réalité, le christianisme se recompose lui-même sans cesse ? Christophe Dickès reçoit Olivier Grenouilleau et Charlotte de Castlenau.
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Liturgie, deuxième leçon introductive : La déconstruction de la liturgie dans les années 70 puis le début de son renouveau, par Denis Crouan
Dans cette deuxième leçon introductive, le Docteur Denis Crouan établit une liste (non exhaustives) des lentes dégradations de la liturgie. En réalité, c’est comme une vague qui s’est abattue sur l’Eglise et qui a accompagné les années 70. Elle a déconstruit la vérité (la théologie), puis la bonté (l’amour de Dieu et le sens du sacré) et enfin le beau. Il en analyse les causes et le début du redressement par le cardinal Ratzinger qui est un grand amoureux de la liturgie.
COURS DE LITURGIE, PAR DENIS CROUAN, DOCTEUR EN THEOLOGIE, 2022
https://www.youtube.com/playlist?list=PLuko328jWH_06CYFfUP8d6v_vzl9f4UbI
Cours donné par Denis Crouan, docteur en théologie, en entretien interactif avec Arnaud Dumouch.
Vidéo du site http://docteurangelique.free.fr/fichiers/InstitutDocteurAngelique.htm, les œuvres complètes en français de saint Thomas d'Aquin.
Denis Crouan 2022.
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Les leçons que Notre-Dame de Kibeho nous invite à tirer aujourd'hui, avec une survivante du génocide rwandais
D'Edward Pentin sur le National Catholic Register :
Les leçons que Notre-Dame de Kibeho nous invite à tirer aujourd'hui avec une survivante du génocide rwandais
En ce mois de mai marial, Immaculée Ilibagiza partage sa puissante histoire de souffrance et nous rappelle à tous de nous accrocher à la Sainte Mère dans la prière, chapelets en main.

Immaculée Ilibagiza. (photo : Edward Pentin / National Catholic Register)Interviews
3 mai 2022
" Ma priorité n°1 est de rappeler aux personnes qui souffrent, quelles qu'elles soient - celles qui traversent un divorce, des difficultés familiales, des maladies - s'il vous plaît, n'abandonnez pas ", déclare Immaculée Ilibagiza. "Tant que vous avez le chapelet, vous avez la prière. Accrochez-vous à la Vierge, accrochez-vous à Jésus, et continuez à leur offrir votre souffrance."
Auteur à succès de 'Left to Tell : Discovering God Amidst the Rwandan Holocaust' (Découvrir Dieu au milieu de l'holocauste rwandais), Ilibagiza connaît bien le pouvoir de la prière et en particulier du Rosaire, ayant prié sans cesse la Vierge pendant le génocide rwandais de 1994 - une prière qui, elle en est convaincue, a non seulement contribué à la protéger alors qu'elle se cachait pendant trois mois de ses tueurs hutus potentiels, mais lui a aussi donné la grâce de pardonner aux assaillants qui ont assassiné sa famille.
Dans cet entretien accordé le 29 avril au Register à Rome, Mme Ilibagiza raconte ses expériences remarquables et partage les leçons qu'elle a tirées et qui peuvent être appliquées à notre époque. Elle exhorte les gens à ne pas haïr leurs dirigeants mais à "prier pour eux, pour leur conversion, et pour qu'ils réalisent ce qu'ils ont fait de mal."
Ilibagiza parle également du sanctuaire de Notre-Dame de Kibeho, où la Vierge est apparue pour exhorter le peuple à revenir à Dieu en 1981, et des leçons que cela nous apporte aujourd'hui.
Immaculée, pouvez-vous nous parler brièvement de votre histoire de survie au Rwanda ?
Oui, je viens du Rwanda et j'ai vécu le génocide de 1994. Quand le génocide a commencé, j'étais étudiante dans un collège et mon père, qui était très respecté dans le village, les gens de ma tribu, les Tutsis, couraient vers lui parce que c'était un génocide contre les Tutsis. Mon père m'a donc donné un chapelet et m'a envoyé chez un homme de la tribu hutue, qui était un homme bon - il y avait beaucoup d'hommes bons de la tribu hutue qui essayaient d'aider - mais le gouvernement envoyait des gens pour chercher des gens comme nous [les Tutsis].
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Peut-on concevoir l'existence de l'Europe sans la Russie ?
De Michel Pinton sur le site de La Nef :
L’Europe peut-elle exister sans la Russie ?
Michel Pinton, alors député européen, avait essayé, en 1994, d’aider à un rapprochement avec la Russie libérée du communisme ; il nous explique comment nous avons laissé passer une chance de modifier le cours de l’histoire.
La question qui fait le titre de cet article était celle posée aux participants d’un séminaire que j’ai eu l’honneur d’organiser il y a trente ans. C’était en 1994. La Russie s’extrayait péniblement des ruines de l’empire soviétique. Sa longue captivité l’avait épuisée. Enfin rendue à la liberté, elle n’avait qu’une aspiration : refaire ses forces pour redevenir elle-même. J’entends par là non seulement retrouver une prospérité matérielle que les bolcheviks avaient dilapidée, mais aussi reconstruire ses relations sociales saccagées, son ordre politique effondré, sa culture déformée et son identité perdue.
Je siégeais alors au Parlement européen. Il me semblait indispensable de comprendre ce qu’était la Russie nouvelle, quel chemin elle prenait et comment l’Europe de l’Ouest pouvait collaborer avec elle. J’eus l’idée de conduire à Moscou une délégation de députés afin de discuter de ces sujets avec nos homologues de la Douma fédérale. J’en parlai à Philippe Seguin, qui présidait alors l’Assemblée Nationale française. Il s’associa immédiatement à mon projet. Les parlementaires russes répondirent à notre sollicitation en nous invitant à venir immédiatement. D’un commun accord, nous choisîmes d’élargir nos délégations respectives à des experts de l’économie, de la défense, de la culture et de la religion, de façon que leurs pensées éclairent nos débats.
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Découvrir le Roman de Cuxa
Souvenir: dans les Pyrénées-Orientales, l'abbaye romane Saint-Michel de Cuxa est un monastère bénédictin doté d'une forte identité catalane. Dans un lieu classé monument historique, quelques moines accueillent les nombreux visiteurs venus découvrir la beauté unique du cloître roman. Chaque été, le lieu reçoit le célèbre festival de musique de chambre Pablo Casals. Cette abbaye accueillit aussi, plusieurs années de suite, les stages d’été de l’académie belge de chant grégorien fondée par Bruno Zeegers.
Reportage réalisé par Lizette Lemoine et Aubin Hellot, une coproduction La Huit Production et KTO.
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La Chrétienté serait-elle morte de s’être prise trop au sérieux ?
De Philippe de Labriolle sur le site de la revue Catholica :
La fin de la Chrétienté, de Chantal Delsol
30 Avr 2022Après dix ans d’une thèse d’État rédigée sous l’égide de Julien Freund – Tyrannie, dictature, despotisme : problèmes de la monocratie dans l’Antiquité –, Chantal Delsol a infléchi sa passion spéculative vers la pensée de la cité contemporaine, dans la lignée d’Hannah Arendt[1]. Elle en partage la dénonciation des systèmes totalitaires, et le goût des synthèses, sans en égaler la pertinence. Sa façon de tendre à la vérité et simultanément d’en redouter le prestige conduit cette « libérale-conservatrice », et s’affirmant telle, à trouver à l’agnosticisme relatif un charme inattendu, fauteur d’une sécurité bien incertaine.
Ayant reçu une éducation catholique dans le sérail favorisé du lyonnais, cette observatrice de nos semblables et de leurs tropismes sera un soutien fidèle pour des choix de société cruciaux tels que le refus du mariage pour tous, ou la dénonciation de l’effondrement général du niveau scolaire. Sous l’influence d’un père biologiste et maurrassien, elle agrée le cadre religieux de sa formation, redoute les prométhéens, mais revendique une démiurgie d’esprit affranchi. La tenue intellectuelle de ses travaux et sa carrière enviable de professeur des universités lui vaudront d’être élue, en 2009, à l’Académie des sciences morales et politiques. Disposant d’un crédit notable auprès des milieux catholiques soucieux de le rester, l’académicienne ainsi distinguée peut-elle à bon droit conserver ce public sans quelque mise en garde de celui-ci ? L’excellente réception de cette fin de la Chrétienté est étonnante, et même assez choquante, si l’on considère que ce drame sociétal sans précédent est ici confirmé comme une sanction historique sans appel, tout autant que dédramatisé dans ses conséquences prévisibles. Qu’est-ce que la Chrétienté ? « Il s’agit de la civilisation inspirée, ordonnée, guidée par l’Eglise ». Elle a duré seize siècles, de l’Édit de Milan à la dépénalisation de l’IVG. Elle est désormais défunte, pour avoir lassé les peuples qu’elle animait. Que s’est-il passé ? « Nous avons profané l’idée de vérité, à force de vouloir à tout prix identifier la Foi à un savoir » (p.125). Face à l’hybris, et la sanction immanente, ses yeux sont secs, et son cœur plus encore : « Renoncer à la Chrétienté n’est pas un sacrifice douloureux » (p. 170). Dont acte.
En clair, la Chrétienté serait morte de s’être prise trop au sérieux. L’harmonie entre l’Église et la cité terrestre n’aurait pas survécu à la tyrannie de la vérité, aggravée du refus radical de la Modernité. Cette thèse choyée des novateurs pourrait suffire à repousser l’ouvrage, si n’était en question le sens de ce nouvel assaut de la part d’une érudite passant pour proche des milieux traditionnels. À vrai dire, si la thèse n’est pas neuve, il n’était pas d’usage qu’elle soit applaudie jusque par ces derniers.
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Ukraine : ce que la guerre a changé
Lu sur le site du mensuel « La Nef » mai 2022 :
"Il reste beaucoup de questions sans réponse sur ce tragique conflit russo-ukrainien, brouillé par la propagande de chaque camp. L’évolution de la situation permet cependant de comprendre que cette guerre marque un tournant de la géopolitique mondiale.Pour la Russie face à l’Ukraine, rien ne sera plus jamais comme avant. Ces deux pays slaves orthodoxes partageaient une même matrice historique, la même religion. Ils avaient le russe en commun, majoritaire sur une moitié du territoire ukrainien. Les horreurs de la guerre ont mis à nu la réalité de ce voisinage complexe. Ouverte depuis la révolution pro-européenne de 2014, la fracture entre les deux pays s’est élargie. Les « frères ukrainiens » penchaient plutôt vers l’Union européenne, plus attirés par la civilisation libertaire et consumériste de l’Occident que par le modèle conservateur et autoritaire de la Russie. La guerre a confirmé ce choix. Les Russes ne l’ont pas compris, alors qu’ils croyaient être accueillis en libérateurs. Même l’Église orthodoxe ukrainienne a rompu avec le patriarcat de Moscou, mettant fin à près de mille ans d’histoire commune.
Pour les Russes, la désillusion a été immense, accroissant la sauvagerie des combats. Ils avaient sous-estimé la capacité de résistance de l’armée ukrainienne. Ils ont été surpris par la résilience patriotique des Ukrainiens, symbolisée par le président Volodymir Zelenski, dont le courage et la communication efficace ont surpris. Cette évolution avait échappé aux services russes, pourtant réputés efficaces. Quelle que soit l’issue de la guerre – un gain territorial ou diplomatique de Moscou –, l’Ukraine a définitivement conquis son indépendance, accélérant sa marche à l’intégration dans l’Union européenne et, sans doute à terme, au sein de l’Otan.
L’autre changement majeur concerne l’ouest de l’Europe. Les Européens ont d’abord été sidérés par ce brutal retour du tragique : la guerre, des milliers de morts, des millions de déplacés et de réfugiés, des milliards de destructions. Ils ont réagi par la solidarité, le renforcement. L’UE et l’Otan se sont ressoudées. Les pays qui désarmaient depuis trente ans se sont réveillés. L’Allemagne annonce 100 milliards d’euros de réarmement. Tous les autres pays sont sur la même dynamique martiale : préparation à la haute intensité, renforcement des capacités de cyberguerre et de renseignement. L’Otan, en panne de légitimité depuis la fin de l’Union soviétique, n’est plus dans cet « état de mort cérébrale » observé par Emmanuel Macron en novembre 2021. Elle envisage même de nouvelles adhésions (Finlande, Suède).
Sur le plan économique aussi, l’Europe fait front. Se disant prête à de gros sacrifices, elle applique des sanctions antirusses très dures et souhaite se libérer de sa dépendance à l’égard du gaz russe. Ce réveil d’une Europe souvent désunie, plutôt hédoniste et passive, sera-t-il durable ? Les sacrifices annoncés seront-ils longtemps acceptés ? L’effet boomerang des sanctions s’annonce en effet terrible pour les consommateurs et les producteurs européens. Une fois le pic de l’émotion passé, cette détermination pourrait faiblir, face aux conséquences sociales liées à la hausse du coût de la vie et de certaines matières premières.
Pour la Russie, rien ne sera plus comme avant. Sa dynamique de grande puissance est enrayée. Elle n’a pas su s’imposer avec le succès qu’on pouvait attendre d’elle. Quand le fort ne gagne pas face au faible, il perd. Sans victoire militaire ou diplomatique majeure – toujours possible –, on ne retiendra de Vladimir Poutine que son isolement, sa brutalité et son échec dans la bataille des perceptions, notamment en Occident (même si cela est nettement moins vrai en Asie ou en Afrique).
Cette défaite morale et cet affaiblissement matériel dégradent la force géopolitique de la Russie, d’autant que le conflit renforce la puissance de l’Amérique, engagée dans cette guerre d’attrition du potentiel russe « jusqu’au dernier Ukrainien ». Le sauvetage de l’Ukraine raffermit sa tutelle politique et militaire sur l’Europe. Deux autres acteurs majeurs tirent profit de la blessure de l’ours russe. Sur le devant de la scène, le Turc Reccep Erdogan, ineffable « Monsieur bons offices » d’une crise qui renforce ses ambitions caucasiennes et orientales. Derrière le rideau, le Chinois Xi Jinping. Discret, attentif, il voit venir à lui une Russie affaiblie, en recherche vitale d’alliance. Il en fera un atout majeur dans la grande confrontation qu’annonce le nouveau monde bipolaire sino-américain, né dans les décombres de Marioupol ou de Kharkiv.
Frédéric Pons "
Ref. Ukraine : ce que la guerre a changé
Frédéric Pons est journaliste, grand reporter, écrivain, enseignant, auteur de Poutine. Le grand malentendu (Calmann-Lévy, 2014, rééd. Poche, 2018), best-seller traduit en cinq langues.
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