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Société - Page 4

  • Les priorités de la Commission européenne pour 2026

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    De Javier Villamor sur The European Conservative :

    Vous pensiez que le wokisme était mort ? Bruxelles affirme qu'il s'agit d'une priorité politique majeure pour 2026.

    Bruxelles mise encore plus sur l'égalité des sexes, la diversité et la décarbonation, tandis que les problèmes stratégiques et sociaux de l'Europe sont mis de côté.
    La Commission européenne vient de publier ses priorités politiques pour 2026, et le résultat est difficilement justifiable d'un point de vue un tant soit peu réaliste. Dans un contexte international marqué par la guerre, la compétition géopolitique, l'insécurité énergétique et la dégradation des conditions sociales internes, Bruxelles a choisi de persister dans une voie idéologique qui semble totalement déconnectée des réalités matérielles auxquelles sont confrontés les Européens.

    Alors qu'une grande partie du monde évolue vers des positions plus pragmatiques en matière de politique étrangère, de défense et de souveraineté économique, l'Union européenne persiste à faire de l'idéologie climatique et de genre les piliers centraux de son action politique.

    Le contraste est éloquent. Parmi les problèmes que la Commission prétend laisser derrière elle figurent des questions essentielles à la vie quotidienne et à la stabilité stratégique du continent : la guerre en Ukraine, la dépendance au gaz russe, l’envolée des prix du logement, la précarité de l’emploi et les inégalités sociales croissantes. À leur place, les priorités pour 2026 se résument à une répétition familière de concepts vagues et politisés : « démocratie et valeurs européennes », égalité des genres, droits des personnes LGBT, décarbonation accélérée, sécurité en ligne et finance durable. Le message est clair : les problèmes structurels sont relégués au second plan au profit d’un agenda axé sur les valeurs culturelles et identitaires.

    Cette approche n’est pas le fruit du hasard. Elle reflète fidèlement les orientations politiques 2024-2029 présentées par le président de la Commission, qui consacrent la continuité du Pacte vert, l’élargissement des politiques d’égalité et de diversité, et une conception militante de la « défense de la démocratie », de plus en plus perçue comme un contrôle du discours public et des espaces numériques.

    Sous couvert de lutte contre la désinformation et l'extrémisme, Bruxelles renforce son emprise réglementaire sur les médias, les réseaux sociaux et les algorithmes, tout en éludant tout débat sérieux sur le véritable pluralisme et la liberté d'expression.

    Dans le même temps, l'obsession climatique reste au cœur des débats, malgré son coût économique et social. La Commission insiste sur l'accélération de la décarbonation et l'approfondissement du Pacte vert, alors même que l'industrie européenne perd en compétitivité, que les classes moyennes peinent à supporter le coût élevé de l'énergie et que des pays clés hors UE privilégient sans complexe la sécurité énergétique et la croissance économique. Le discours officiel parle de « transition juste », mais la réalité est un amas de réglementations qui pénalisent les agriculteurs, les PME et les secteurs industriels stratégiques.

    Une dynamique similaire est à l'œuvre avec la question identitaire. La promotion active des politiques de genre et LGBT est présentée comme une priorité transversale, déconnectée de tout débat démocratique constructif au sein des États membres. Il ne s'agit plus de garantir les droits fondamentaux – un point rarement contesté – mais d'imposer une vision anthropologique et culturelle spécifique comme s'il s'agissait d'un consensus européen incontestable. Loin de favoriser la cohésion, cette dérive alimente le mécontentement populaire et renforce l'impression d'une UE déconnectée des préoccupations réelles des familles, notamment en pleine crise démographique sans précédent.

    Tout ceci se déroule alors même que la Commission reconnaît explicitement la gravité de la situation internationale et la nécessité d'investir davantage dans la défense et la sécurité. Les documents stratégiques soulignent la fragilité de l'ordre mondial, les pressions migratoires et les menaces extérieures ; pourtant, ces constats coexistent sans complexe avec une hiérarchie des priorités qui, dans les faits, les relègue au second plan.

    Il en résulte une politique européenne schizophrénique : la rhétorique de l'urgence géopolitique combinée à une action axée sur l'ingénierie sociale et des objectifs climatiques maximalistes.

    Javier Villamor est un journaliste et analyste espagnol. Basé à Bruxelles, il couvre les affaires de l'OTAN et de l'UE pour europeanconservative.com. Fort de plus de 17 ans d'expérience en politique internationale, défense et sécurité, il travaille également comme consultant, apportant son expertise stratégique sur les affaires mondiales et les dynamiques géopolitiques.
  • Le pape Léon XIV, une icône de la mode ?

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    D'Hélène de Lauzun sur The European Conservative :

    Le pape Léon, une icône de la mode ?

    Il semblerait qu'un magazine de mode puisse être sensible au faste et aux circonstances propres à la papauté.

    Anecdote amusante : le pape Léon XIV a été classé par le magazine Vogue parmi les 55 personnes les mieux habillées de 2025. Le port de la chasuble et de la mozzetta pourrait-il devenir à la mode ?

    Il est amusant de constater que Léon XIV se retrouve aux côtés de Rihanna et Jennifer Lawrence dans ce classement. Qui l'eût cru ? 

    Mais le plus intéressant, c'est la motivation qui sous-tend la décision de ce grand magazine de mode international. Le magazine américain, fondé en 1892, souligne dans son classement annuel que Léon XIV a rompu « avec les goûts modestes de son prédécesseur », le pape François, en préservant « l'héritage papal des vêtements liturgiques d'une confection impeccable ».

    Comme « meilleure tenue de 2025 », le magazine a choisi l' ensemble de la tenue choisie pour sa première apparition en tant que pape le 8 mai dans la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre : une mozzetta en satin rouge et une étole couleur vin, brodée d'or et ornée d'une croix pectorale maintenue en place par un cordon de soie dorée.

    Pour les non-initiés — moi y compris jusqu'à récemment, je dois l'avouer, car les vêtements pontificaux ne sont pas mon domaine de prédilection —, la mozzetta est une cape qui descend des épaules jusqu'aux coudes et se porte comme signe d'autorité. La chasuble est le vêtement liturgique extérieur porté par-dessus l'aube et l'étole, dont la couleur varie selon le temps liturgique. 

    Après son élection en 2013, le pape François a choisi de ne plus porter ces vêtements liturgiques, par souci de « simplicité ». Paradoxalement, cette simplicité et ce désir de discrétion l'ont fait sortir du lot. L'essentiel n'était plus la fonction papale, mais le choix personnel d'un certain M. Bergoglio. Cette fois, l'approche est différente. Le pape Léon XIV a choisi de renouer avec la grande tradition, et les observateurs extérieurs, y compris les non-croyants, ne se sont pas trompés, peut-être malgré eux : ils ont senti qu'un enjeu infiniment plus important que les préférences vestimentaires d'un certain M. Prevost était en jeu. 

    En incluant le pape dans sa liste de lauréats, Vogue a fait un choix inhabituel. Aujourd'hui, les tenues des « célébrités » attirent l'attention des médias lorsqu'elles choquent, provoquent ou suscitent le débat. Avec ou sans fourrure ? Production éthique ou production de masse chinoise ? Décolletés plongeants et robes fluides, désir de « transgresser les règles » : tels sont les critères qui justifient généralement l'intérêt des médias. Rien de tel cette fois-ci. Et pourtant, cela n'a pas empêché la chroniqueuse de Vogue d'être touchée par la grâce et de s'incliner devant ce qui compte vraiment. La cérémonie classique est belle, et la beauté élève et impressionne. Et paradoxalement, c'est lorsque la cérémonie classique est respectée dans toute sa pompe qu'elle est la plus humble.  

    Il y a quelques jours, des photos du pape Léon XIV bénissant les fidèles circulaient sur internet, associées à de magnifiques sculptures baroques et à des peintures représentant d'anciens pontifes dans toute leur splendeur. Ce qui frappe lorsqu'on regarde ces photos, c'est la majesté du geste, où l'intemporalité de la fonction prime sur l'homme – alors que les choix de François se sont malheureusement résumés à sa seule personne.

    Certains pourraient penser que tout cela n'est qu'une question de chiffons. Exactement. C'est parce que nous avons pris l'habitude d'oublier l'utilité de ces chiffons que tout part en vrille. Merci au pape Léon XIV — et à Vogue — de nous le rappeler.

    Hélène de Lauzun est la correspondante parisienne du European Conservative. Elle a étudié à l'École normale supérieure de Paris, où elle a enseigné la littérature et la civilisation françaises à Harvard. Docteure en histoire de la Sorbonne, elle est l'auteure de * Histoire de l'Autriche*  (Perrin, 2021).
  • Dé-fécondité; ses raisons, sa déraison – Olivier Rey

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    Une recension sur gènéthique.org :

    Dé-fécondité. Ses raisons, sa déraison – Olivier Rey

    13 janvier 2026

    Année après année, le constat est là : la natalité est en baisse. Abyssale.

    Les raisons sont diverses. Tantôt théoriques comme le « souci de la planète » qui confère au fait de ne pas engendrer « un tour responsable et altruiste », tantôt pratiques telle l’« évaporation des communautés » qui laisse les parents livrés à eux-mêmes. « La dénatalité exprimerait, faute de mieux, une forme de défection intérieure », analyse Olivier Rey.

    L’enfant viendrait-il restreindre la liberté de ses parents ? Mais en fait de liberté, il s’agit d’une « aliénation complète au mode de vie consumériste ». Dès lors, « l’enfant entre en compétition avec l’ensemble des biens de consommation dont, par le temps qu’il requiert et les dépenses qu’il occasionne, il barre l’accès ». Et, « au gré de cette compétition, il tend à devenir lui-même un bien de consommation, dont le rapport qualité/prix pourra paraitre dissuasif ». Dissuasive aussi la perspective d’une grossesse, cette « maladie » qu’il faudrait à tout prix éviter.

    Mais « aux raisons sérieuses qu’il y a de ne pas engendrer, peuvent être opposées des raisons au moins aussi sérieuses de le faire » et c’est à cela que s’emploie avec profondeur le philosophe et mathématicien dans cet essai.

    Olivier Rey le rappelle : « Péguy, quant à lui, écrivait il y a déjà un siècle : « Il n’y a qu’un aventurier au monde, et cela se voit très notamment dans le monde moderne : c’est le père de famille. Les autres, les pires aventuriers ne sont rien, ne le sont aucunement en comparaison de lui. Ils ne courent absolument aucun danger en comparaison de lui « ». Car « l’aventure dans laquelle père et mère (dont Péguy aurait aussi dû parler) d’enfants se trouvent embarqués est trop grande pour eux – c’est une caractéristique de l’humanité que d’être vouée à des tâches qui dépassent ses forces, affirme le philosophe. C’est ainsi qu’elle continue. »

    L’aventure est risquée, éprouvante, mais elle est nécessaire. Elle est belle. Et « les enfants qui naissent apportent avec eux la raison de leur présence. »

    Editeur : Gallimard, Collection Tracts

    Date de publication : 30/10/2025

    Nombre de pages : 64

  • Les quatre racines de la culture de mort

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    De Monica Migliorino Miller sur le CWR :

    Sexe, moralité et vérité incarnés

    « Redeeming Sex: The Battle for the Body »  est un véritable tour de force théologique , Eduardo Echeverria n'ayant quasiment rien laissé au hasard dans son examen de ce qui a mal tourné, de ce que signifie être humain et de la signification du corps pour la personne.

    La culture occidentale s'étiole car ses racines occidentales s'érodent. Ce déclin culturel a atteint son point le plus bas avec l'émergence d' une culture de mort, antithétique à ce que Jean-Paul II appelle la  culture de vie  dans l'encyclique  Evangelium Vitae  de 1995. Cette culture de mort trouve ses racines dans quatre éléments spécifiques : l'autonomie individuelle ; une conception dégradée de la liberté, détachée de la vérité objective ; l'effacement du sens de Dieu et, par conséquent, de la personne humaine ; et l'obscurcissement de la conscience humaine, voire l'aveuglement moral, engendrant une confusion entre le bien et le mal, tant chez l'individu que dans la société.

    La citation ci-dessus est extraite de *Redeeming Sex: The Battle for the Body* d'Eduardo Echeverria , une analyse approfondie qui examine avec minutie les quatre racines de la culture de mort et propose les correctifs doctrinaux, théologiques, philosophiques, anthropologiques et spirituels nécessaires. Cet ouvrage théologique magistral témoigne de l'exhaustivité avec laquelle Echeverria explore les causes profondes de cette dérive, la condition humaine et la signification du corps pour l'individu.

    Réfutation des contre-vérités néo-calvinistes modernes

    L'ouvrage d'Echeverria est exhaustif. Il ne se contente pas d'aborder la « bataille pour le corps », mais pose les fondements permettant une juste appréciation du corps ; ainsi, plusieurs pages sont consacrées à l'anthropologie, au droit naturel, à l'épistémologie, à l'herméneutique et à la relation entre nature et grâce, car une juste compréhension des doctrines morales sexuelles de l'Église exige une juste compréhension des fondements sur lesquels elles reposent.

    Après avoir étudié à l'Université libre d'Amsterdam, Echeverria consacre plusieurs pages à un commentaire et une critique des penseurs néo-calvinistes, parmi lesquels Herman Dooyeweerd, Abraham Kuyber, G.C. Berkouwer et Herman Ridderbos – des noms peu familiers à la plupart des catholiques américains. Pourtant, les idées exprimées par ces auteurs sont d'une grande pertinence. L'ouvrage s'intéresse notamment à Ad de Bruijne, professeur d'éthique et de spiritualité chrétiennes à l'Université théologique de Kampen, aux Pays-Bas.

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  • Les audiences du pape François : une baisse constante du nombre de fidèles

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    De Tommaso Scandroglio sur la NBQ :

    Chiffres en baisse
    Que nous révèlent les chiffres décevants du pontificat social de Bergoglio ?

    Les chiffres publiés par la Maison pontificale sur les audiences du pape Bergoglio indiquent une baisse constante du nombre de fidèles. Pourtant, le pontificat de François a été très présent sur les réseaux sociaux et surexposé dans les médias. Quelques réflexions. 

    12_1_2026

    La Préfecture de la Maison pontificale a publié les données relatives à la participation des fidèles aux audiences pontificales sous François de 2017 à 2025. Il s'agit des audiences générales, des audiences spéciales, des célébrations liturgiques et des Angelus. La Maison pontificale ne les diffuse qu'aujourd'hui car, sur ordre de François lui-même, elles n'ont plus été communiquées au cours de ces huit années, la fréquentation des fidèles étant en chute libre. Cela n'aurait pas été une bonne publicité pour le pape. Bien sûr, la version officielle est autre : tout à coup, ces données n'auraient plus été fiables.

    Le blog Messainlatino résume bien la chute de popularité du pape François : « En 2013, année de l'élection du pape Bergoglio, le nombre total de ces présences était de près de 7 millions, mais en 2014, il est passé à un peu plus de 6 600 000. En 2015, il a chuté à 3 210 860. Une hémorragie qui s'est poursuivie en 2017 avec une nouvelle baisse : 2,7 millions. À partir de ce moment, Santa Marta a mis un terme à cette situation. Les deux dernières années du pontificat enregistrent un record négatif : en 2023 et 2024, environ 1,7 million de fidèles.

    La comparaison avec Benoît XVI, moins médiatisé : 3,2 millions de fidèles en 2006, plus de 2,8 millions en 2007, puis entre 2,2 et 2,5 millions. Bien au-dessus de la fréquentation d'un pape capable d'intervenir même au Festival de Sanremo. Aujourd'hui, les chiffres sont à nouveau en hausse. En somme, l'invitation répétée de François aux catholiques de ne pas faire de prosélytisme a été scrupuleusement suivie par les fidèles eux-mêmes.

    Blague à part, ces chiffres peuvent nous apprendre certaines choses. Tout d'abord, être pop ne signifie pas nécessairement être populaire. L'approche simpliste de François, très marquée par les slogans, la banalisation de phénomènes complexes, la sympathie d'un charcutier de confiance, l'emporte à court terme, mais perd à long terme. La forme sans contenu peut séduire, mais ne convainc pas. Les publicitaires le savent bien : devant vendre même le superflu, ils ne peuvent que se jeter sur la nouveauté.

    Pour maintenir l'intérêt du client, il faut sans cesse se renouveler, car seule la nouveauté attire l'attention. C'est l'une des raisons pour lesquelles François insistait beaucoup sur le renouveau, pastoral mais aussi doctrinal. L'accent mis sur la nouveauté aurait dû remplir la place Saint-Pierre et les églises. Mais cela n'a pas été le cas et il ne pouvait en être autrement. Seul le Christ est la nouveauté éternelle, seul Lui rend toutes choses nouvelles. Évangéliser signifie donc apporter le Christ authentique aux autres, et non faire la publicité d'un substitut personnalisé, adapté aux besoins du fidèle consommateur. Le pape François n'évangélisait pas, il donnait des conseils d'achat. Tout au plus jouait-il le rôle d'influenceur. Mais, comme on le sait, les followers sont moins fidèles que les disciples.

    Le pape qui a dépensé des sommes énormes pour promouvoir sa propre personne, qui était présent sur les réseaux sociaux, qui s'est connecté avec Fazio pour promouvoir son livre, puis avec le Festival de Sanremo pour saluer, qui allait chez l'opticien romain, qui se déplaçait à bord d'une Fiat 500L, qui portait lui-même sa mallette comme s'il était un simple employé du cadastre du Vatican se rendant au travail, n'a pas réussi à toucher le cœur des gens, malgré ce qu'en dit la vulgate médiatique.

    Cela s'est produit parce que si la substance fait défaut, c'est-à-dire s'il manque des paroles et des gestes imprégnés d'infini, de transcendance, de sens ultime, des paroles pleines d'un vertige salutaire, le cœur des fidèles reste déçu parce qu'il a soif de Dieu. Une nourriture faite de fragilités humaines à excuser sans cesse, d'homosexualité à bénir, d'accueil des migrants, de biosphères, de soin de la maison commune, de climatiseurs à utiliser le moins possible, finit par lasser. Car ce sont des mots et des gestes éphémères, aussi précaires que notre existence qui tend plutôt vers ce qui est définitif, ultime, éternel.

    Il y a des mots qui choquent, qui divisent parce qu'ils sont exigeants. Des mots impopulaires. « Ce langage est dur ; qui peut le comprendre ? [...] Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent et ne l'accompagnèrent plus », nous informe l'Évangile (Jn 6, 60-66). Mais il y a aussi des mots durs parce qu'ils sont fermes, voire rances ou insipides. Ceux-ci aussi éloignent, car l'homme, par nature, est à la recherche de la Vérité, et non de sa version entry level, accommodante, aux angles arrondis, ergonomique, bien polie et prête pour toutes les saisons et toutes les religions.

    La popularité chrétienne, quant à elle, est la suivante : « J'attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12, 32). Le Christ l'a dit cloué sur une croix, pas depuis la scène de l'Ariston. Le catholique propose aux autres d'atteindre le bonheur éternel, mais en escaladant une voie ferrée où, si tout va bien, vous vous écorcherez les mains. Si vous ne parlez que de joie, mais que vous n'indiquez pas la recette nécessaire pour goûter à cette joie, tôt ou tard, les gens seront déçus parce qu'ils continueront à être malheureux, un malheur stérile car il ne les mènera nulle part. Et ils ne vous chercheront plus.

    La sérénité du croyant née de l'offrande de la souffrance est bien différente. Souffrants, mais sereins et non malheureux. Voici pourquoi le pape François a perdu en popularité : il n'a pas parlé de sujets impopulaires tels que la croix, la souffrance endurée et offerte, l'intolérance du monde envers les croyants, l'humiliation patiemment supportée, les devoirs qui exigent parfois du sang et des larmes pour être accomplis, la lutte épuisante contre ses propres misères, les ténèbres de notre époque, l'obscurité du péché qui peut nous damner pour toujours, la terreur de finir en enfer. Dans la stratégie marketing de François, ces thèmes étaient inacceptables car ils auraient vidé sa place et ses paroisses. C'est exactement le contraire qui s'est produit, et il ne pouvait en être autrement.

    De plus, le pape François a payé le prix de la surexposition médiatique. Les marques de mode prestigieuses luttent de toutes leurs forces contre la contrefaçon, non pas parce qu'elle leur vole des clients potentiels dans leurs boutiques – celui qui achète un sac Gucci contrefait à 100 euros ne pourra généralement jamais s'offrir l'original à 1 800 euros –, mais parce que la diffusion de marchandises contrefaites dévalorise l'original. Si vous vous exposez trop, vous ne devenez pas populaire, mais banal, normal. Et ce qui est banal et normal ne se remarque plus. Le pape François n'avait pas l'aura de mystère qui devrait entourer le vicaire du Christ (titre qu'il a d'ailleurs supprimé de l'Annuaire pontifical). Le pontife est le pont qui relie l'humain au divin et, en tant que tel, il doit rester au moins en partie caché, inaccessible, hiératique, noble et non plébéien, plus composé de matière céleste que de boue humaine, plus enclin à sentir l'esprit angélique qu'à puer comme un mouton. Saint, justement.

    Entendons-nous bien. Nous ne voulons pas ici accepter de manière aveugle et absolue le critère de la popularité comme critère permettant de distinguer un pontificat réussi, c'est-à-dire conforme à l'enseignement du Christ, d'un pontificat raté. Laissons les sirènes des réseaux sociaux chanter leurs louanges sans nous laisser envoûter. Les chiffres ne font pas tout, mais ils ont tout de même leur importance. Nous voulons donc dire que ces données peuvent être, avec d'autres critères bien plus solides, un test décisif pour comprendre la validité de l'exercice pétrinien d'un pontife par rapport à la vérité à annoncer. Un signal à prendre en considération par l'Église qui est appelée à devenir, plus que populaire, universelle. C'est-à-dire catholique.

  • « Dieu protège la Bulgarie » : les nouvelles pièces bulgares en euros adressent un message à Bruxelles

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    D'Hélène de Lauzun sur The European Conservative :

    « Dieu protège la Bulgarie » : les nouvelles pièces bulgares en euros adressent un message à Bruxelles

    En rejoignant la zone euro, la Bulgarie choisit de réaffirmer son identité chrétienne.

     
    La pièce bulgare de 2 euros à l'effigie de saint Païssius de Hilendar

    La pièce bulgare de 2 euros à l'effigie de saint Païssius de Hilendar Banque centrale européenne

    Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a officiellement rejoint la zone euro, adoptant l'euro comme monnaie légale et abandonnant le lev. Ce changement majeur s'est accompagné d'un choix symbolique fort : sur la face nationale de certaines pièces en euros, le gouvernement bulgare a décidé de faire figurer des saints importants et des symboles religieux ou historiques, affirmant ainsi l'importance de son patrimoine chrétien et culturel.

    Contrairement aux pièces, les billets en euros ne permettent aucune expression nationale ou religieuse, car ils ont été conçus pour être identiques dans tous les pays de la zone euro, avec des motifs architecturaux stylisés et neutres afin d'éviter toute référence politique, religieuse ou nationale. Ce caractère abstrait et impersonnel a souvent été critiqué. La neutralité des billets contraste avec la personnalisation des pièces, qui permettent à chaque pays de la zone euro de mettre en valeur certains aspects de son identité propre.

    La pièce de 2 euros rend hommage à Païssi Hilendarski (Saint Païssius de Hilendar), moine orthodoxe du XVIIIe siècle. Auteur de l'ouvrage fondamental « Histoire slavo-bulgare » , texte qui joua un rôle essentiel dans le renouveau national bulgare sous la domination ottomane, Païssi exhortait ses compatriotes à se souvenir de leur foi, de leur langue et de leur identité nationale. L'avers de la pièce présente son portrait. La tranche est gravée de l'inscription « Dieu, protège la Bulgarie », une devise ancienne du royaume bulgare, qui confère à cette pièce une dimension religieuse et historique unique.

    La pièce bulgare d'un euro est dédiée à saint Jean de Rila. Ce saint, patron de la Bulgarie, est une figure centrale du christianisme bulgare. Né au Xᵉ siècle, Jean de Rila mena une vie d'ermite, profondément marquée par la prière et l'ascétisme, avant de fonder le monastère de Rila , qui devint au fil du temps le principal centre spirituel du pays. Sur la pièce, il est représenté de face, tenant une croix et un rouleau, symbolisant à la fois la foi et l'enseignement spirituel. L'inscription « БЪЛГАРИЯ » (Bulgarie) et le mot « ЕВРО » en caractères cyrilliques soulignent l'identité nationale et linguistique de la Bulgarie dans sa nouvelle monnaie commune.

    Pour les pièces de faible valeur (50, 20, 10, 5, 2 et 1 centime), le motif commun est le Cavalier de Madara. Ce bas-relief monumental, datant du VIIIe siècle et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, représente un cavalier transperçant un lion de sa lance. Bien que ce motif soit, à proprement parler, antérieur à la christianisation de la Bulgarie, il est devenu au fil des siècles un symbole de victoire, de protection et de continuité de l'État bulgare, imprégné de la dimension chrétienne, et s'inscrit dans la mémoire collective.

    Ainsi, par ses choix iconographiques, la Bulgarie a cherché à concilier son appartenance à l'Union européenne et à l'euro avec la préservation de ses racines chrétiennes et historiques. Avec l'entrée de la Bulgarie dans la zone euro, la croix figurera pour la première fois sur les pièces en euros.

    Le message envoyé par Sofia est clair : la participation au projet collectif européen, souvent perçue comme une garantie de modernité, ne doit pas se faire au détriment des traditions nationales, notamment et surtout lorsqu’elles sont religieuses. L’histoire bulgare, marquée par des siècles de domination ottomane, cherche aujourd’hui à s’appuyer sur son passé chrétien de résistance aux envahisseurs. Espérons que ce message sera bien accueilli à Bruxelles.

  • Cinq points clés du premier discours du pape Léon XIV sur l'état du monde

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    D'Edgar Beltran sur le Pillar :

    Cinq points clés du premier discours du pape Léon XIV sur l'état du monde

    Léon XIV a exposé ses priorités diplomatiques pour l'année à venir.

    Ce discours, traditionnellement prononcé en début d'année, est souvent qualifié de discours papal sur « l'état du monde ». Celui de cette année revêtait une importance particulière : c'était la première occasion pour Léon XIV d'esquisser ses priorités diplomatiques et d'indiquer sur quels points il souhaitait poursuivre ou, au contraire, s'éloigner du pape François.

    Qu’a dit Léon dans son discours – et quel éclairage son allocution apporte-t-elle sur ses priorités et son style diplomatiques pour l’année à venir ?

    Venezuela

    La partie du discours qui a sans doute été la plus scrutée concernait le Venezuela, suite à la capture par les États-Unis du dictateur vénézuélien Nicolás Maduro à Caracas et aux frappes aériennes contre des cibles militaires dans la ville.

    Dans son Angélus du 4 janvier, le pape a adopté un ton prudent, déclarant que « le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération et nous conduire à surmonter la violence et à emprunter les voies de la justice et de la paix, en sauvegardant la souveraineté du pays, en assurant l'état de droit inscrit dans la Constitution, en respectant les droits humains et civils de chaque personne et de tous. »

    Il a repris ces propos dans son discours aux diplomates, déclarant qu'il renouvelait son « appel au respect de la volonté du peuple vénézuélien et à la sauvegarde des droits humains et civils de tous, afin d'assurer un avenir de stabilité et de concorde.

    Il a cité l'exemple des deux saints vénézuéliens récemment canonisés, saint José Gregorio Hernández et sainte Carmen Rendiles.

    « Puisse leur témoignage inspirer la construction d’une société fondée sur la justice, la vérité, la liberté et la fraternité, et permettre ainsi à la nation de se relever de la grave crise qui la frappe depuis tant d’années », a-t-il déclaré.

    Il est à noter que la version espagnole du discours du pape comprenait un paragraphe supplémentaire qui a été lu par erreur par le traducteur espagnol pendant le discours, mais que le pape n'a pas lu et qui n'apparaissait dans aucune autre version écrite du discours.

    Ce paragraphe désigne le trafic de drogue comme l'une des causes de la crise vénézuélienne.

    « Parmi les causes de cette crise figure sans aucun doute le trafic de drogue, qui est un fléau pour l’humanité et exige l’engagement conjoint de tous les pays pour l’éradiquer et empêcher que des millions de jeunes à travers le monde ne deviennent victimes de la toxicomanie », indique le rapport.

    « Parallèlement à ces efforts, il est indispensable d’investir davantage dans le développement humain, l’éducation et la création d’emplois pour les personnes qui, bien souvent, se retrouvent impliquées dans le monde de la drogue sans le savoir », conclut le texte.

    La mention du Venezuela dans son discours s'inscrit dans la continuité de l'approche mesurée de Leo face à la crise dans le pays, puisqu'il marche sur un fil entre la défense de la paix et du dialogue et le risque de donner l'impression de faire le jeu de Maduro en critiquant ouvertement les attaques menées par les États-Unis.

    Cependant, la mention apparemment effacée du trafic de drogue pourrait être perçue par les observateurs comme une occasion manquée d'attribuer la responsabilité de l'effondrement du Venezuela d'une manière que de nombreux Vénézuéliens — et gouvernements occidentaux — reconnaîtraient aisément.

    Liberté de conscience

    Le pape a consacré plusieurs paragraphes de son discours à la défense de la liberté de conscience et de religion dans le monde entier.

    Tout d'abord, Léon XIV a critiqué ouvertement les restrictions politisées à la liberté d'expression dans les pays occidentaux, affirmant que « la liberté d'expression est garantie précisément par la certitude du langage et le fait que chaque terme est ancré dans la vérité. Il est douloureux de constater à quel point, surtout en Occident, l'espace pour une véritable liberté d'expression se réduit rapidement. »

    « Parallèlement, un nouveau langage de type orwellien se développe qui, dans une tentative d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’alimentent », a-t-il ajouté.

    Il a déclaré que cet « affaiblissement du langage » a contribué à la violation de la liberté de conscience.

    « L’objection de conscience permet aux individus de refuser des obligations légales ou professionnelles qui entrent en conflit avec des principes moraux, éthiques ou religieux profondément ancrés dans leur vie personnelle. Il peut s’agir du refus du service militaire au nom de la non-violence, ou du refus, de la part des médecins et des professionnels de la santé, de pratiquer des actes tels que l’avortement ou l’euthanasie », a-t-il déclaré.

    « La liberté de conscience semble être de plus en plus remise en question par les États, même ceux qui se disent démocratiques et respectueux des droits de l’homme… Une société véritablement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, prévenant les tendances autoritaires et promouvant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social », a-t-il ajouté.

    Le pape a également critiqué les attaques contre la liberté religieuse en Occident.

    « Parallèlement, il ne faut pas oublier une forme subtile de discrimination religieuse à l’encontre des chrétiens, qui se répand même dans les pays où ils sont majoritaires, comme en Europe ou en Amérique. »

    « Là-bas, leur capacité à proclamer les vérités de l’Évangile est parfois restreinte pour des raisons politiques ou idéologiques, notamment lorsqu’ils défendent la dignité des plus faibles, des enfants à naître, des réfugiés et des migrants, ou lorsqu’ils promeuvent la famille », a-t-il déclaré.

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  • Le nombre de prêtres catholiques continue de diminuer dans le monde entier tandis que le nombre de prêtres traditionnels continue d'augmenter

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    D'Emily Mangiaracina sur LifeSiteNews :

    Le nombre de prêtres catholiques continue de diminuer dans le monde entier tandis que le nombre de prêtres traditionnels continue d'augmenter

    Ven. 9 janv. 2026

    LifeSiteNews ) — Le nombre de prêtres et de séminaristes catholiques a récemment diminué dans le monde entier, selon des statistiques récemment publiées de 2023, alors que les sociétés sacerdotales vouées à offrir la messe traditionnelle en latin continuent de croître.

    Le nombre total de prêtres dans le monde a diminué de 734 entre 2022 et 2023, malgré une augmentation de 16 millions du nombre de catholiques, selon les données les plus récentes publiées par l'agence vaticane Fides. Le nombre de séminaristes a également baissé de 1 986 durant cette période, confirmant ainsi la persistance, au moins jusqu'à récemment, de la crise que traverse l'Église.

    L'année 2023 a vu un total de 406 996 prêtres catholiques, selon Fides, un décompte qui n'inclut vraisemblablement pas les prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX), qui étaient au nombre de 733 au 1er novembre 2025, sans compter leurs évêques.

    La FSSPX, en revanche, la plus grande congrégation de prêtres traditionalistes, a connu une croissance constante du nombre de ses prêtres depuis sa fondation en 1970. Le nombre de prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (FFSP) a également augmenté à un rythme relativement constant depuis sa création en 1988, suite à une scission de la FSSPX, bien que dans une moindre mesure.

    Le déclin mondial du clergé catholique est dû à tous les continents sauf l'Afrique et l'Asie, les seules régions à enregistrer des augmentations du nombre de prêtres : 1 451 et 1 145 respectivement.

    Cependant, même en Asie, le nombre de séminaristes a diminué de 1 331 en 2023. L’année précédente, le nombre de séminaristes n’avait diminué que de 375.

    En Afrique, le nombre de séminaristes a augmenté de 383 en 2023, une hausse nettement inférieure à celle de l'année précédente (726). En 2023, les Africains représentaient près d'un tiers des séminaristes dans le monde. 

    Il est à noter que le nombre de religieuses dans le monde continue de diminuer sensiblement malgré l'augmentation du nombre de catholiques, avec une baisse de 9 805 religieuses en 2023, pour un total de 589 423 religieuses cette année-là. L'Afrique et l'Asie font à nouveau exception, avec une légère augmentation en Asie (+46 religieuses) et une augmentation plus importante en Afrique (+1 804).

    Parallèlement, le nombre de diacres permanents, qui peuvent se marier, continue d'augmenter dans le monde entier, avec une hausse de 1 234 diacres permanents en 2023. Selon Fides, le nombre de ces diacres reste stable en Europe tandis qu'il augmente sur le continent américain.

    À l’appui de cette association, une étude laïque publiée en 2025 a constaté que Vatican II avait « déclenché un déclin » de la fréquentation des messes catholiques dans le monde par rapport à la fréquentation des offices religieux d’autres religions, y compris le christianisme protestant.

    Le Bureau national de recherche économique (NBER) a constaté que « par rapport aux autres pays, les pays catholiques ont connu un déclin constant du taux mensuel de fréquentation des services religieux par les adultes à partir de la fin du concile Vatican II » en 1965, la dernière année du concile.

    La crise des vocations semble s'être considérablement aggravée sous le pontificat de François. Selon Catholic World News , après 1978, le nombre de séminaristes a culminé à 120 616 en 2011, avant de légèrement diminuer à 120 051 en 2012. Fin 2013, après l'entrée en fonction de François, ils étaient 118 251, soit une baisse de 1 800 en un an. 

    Les données de 2023 ont montré un déclin « ininterrompu » du nombre de séminaristes amorcé en 2013.

  • Le pape Léon XIV condamne l'avortement et la gestation pour autrui dans son discours adressé aux diplomates

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    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV 
    AUX MEMBRES DU CORPS DIPLOMATIQUE 
    ACCREDITÉ PRÈS LE SAINT-SIÈGE 
    POUR LA PRÉSENTATION DES VŒUX POUR LA NOUVELLE ANNÉE

    Salle des bénédictions
    Vendredi, 9 janvier 2026

    _________________________________

    Excellences,
    Distingués membres du Corps diplomatique,
    Mesdames et Messieurs,

    je tiens tout d’abord à remercier Son Excellence l’Ambassadeur George Poulides, Doyen du Corps diplomatique, pour les paroles aimables et respectueuses qu’il m’a adressées en votre nom à tous, et je vous souhaite bienvenue à cette rencontre organisée pour échanger nos vœux au début de la nouvelle année.

    Il s’agit d’un événement traditionnel dans la vie du Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, mais qui constitue une nouveauté pour moi qui ai été appelé il y a quelques mois à paître le troupeau du Christ. Je suis donc heureux de vous accueillir ce matin et je vous suis reconnaissant de votre forte participation, enrichie cette année par la présence des nouveaux Chefs de Mission résidents du Kazakhstan, du Burundi et de la Biélorussie. Je remercie les autorités gouvernementales respectives pour leur décision d’ouvrir des Représentations diplomatiques près le Saint-Siège à Rome, signe tangible des bonnes et fructueuses relations bilatérales. À travers vous tous, chers ambassadeurs, je souhaite adresser mes vœux de bonheur à vos pays et partager un regard sur notre époque tellement troublée par un nombre croissant de tensions et de conflits.

    L’année qui vient de s’achever a été riche en événements, à commencer par ceux qui ont directement touché la vie de l’Église, celle-ci ayant vécu un Jubilé intense et vu le retour à la Maison du Père de mon vénéré prédécesseur, le Pape François. Le monde entier s’est rassemblé autour de son cercueil le jour des funérailles, percevant la disparition d’un père qui a guidé le Peuple de Dieu avec une profonde charité pastorale.

    Il y a quelques jours, nous avons fermé la dernière Porte Sainte, celle de la basilique Saint-Pierre, que le Pape François avait ouverte lui-même la nuit de Noël 2024. Au cours de l’Année Sainte, des millions de pèlerins ont afflué à Rome pour accomplir le pèlerinage jubilaire. Chacun est venu chargé de son expérience, de ses questions et de ses joies, mais aussi de ses douleurs et de ses plaies, pour franchir les Portes Saintes, symbole du Christ lui-même, notre céleste médecin qui, en venant dans la chair, a pris sur lui notre humanité pour nous faire participer à sa vie divine, comme nous l’avons contemplé dans le mystère de Noël récemment célébré. Je suis convaincu que lors de ce passage, de nombreuses personnes ont pu approfondir ou redécouvrir leur relation avec le Seigneur Jésus, trouvant ainsi du réconfort et une espérance renouvelée pour affronter les défis de la vie.

    Je tiens ici à exprimer une particulière gratitude aux Romains qui, avec beaucoup de patience et de sens de l’hospitalité, ont reçu les nombreux pèlerins et touristes venus du monde entier dans la Ville éternelle.

    Je tiens à adresser une gratitude particulière au Gouvernement italien, à l’Administration capitoline et aux forces de l’ordre qui ont travaillé avec zèle et précision pour que Rome puisse accueillir tous les visiteurs et pour que les événements du Jubilé, comme ceux qui ont suivi le décès du Pape François, puissent se dérouler dans la sérénité et la sécurité.

    Le Saint-Siège et l’Italie partagent non seulement une proximité géographique, mais surtout une longue histoire de foi et de culture qui relie l’Église à cette magnifique Péninsule et à son peuple. En témoignent également les excellentes relations bilatérales scellées cette année par l’entrée en vigueur des modifications apportées à l’Accord sur l’assistance spirituelle des Forces Armées qui permettra un accompagnement spirituel plus efficace des femmes et des hommes exerçant leur service dans les Forces Armées en Italie comme dans leurs nombreuses missions à l’étranger, mais aussi par la signature de l’accord pour une installation agrivoltaïque à Santa Maria di Galeria, qui permettra d’alimenter la Cité du Vatican en électricité grâce à des sources renouvelables, confirmant ainsi l’engagement commun en faveur de la création. Je suis également reconnaissant pour les visites que m’ont rendues les hautes autorités de l’État au début de mon Pontificat et pour l’exquise hospitalité qui m’a été réservée au Palais du Quirinal par le Président de la République à qui je souhaite adresser mon cordial et reconnaissant souvenir.

    Au cours de l’année, répondant à l’invitation qui avait été faite au Pape François, j’ai eu la joie de pouvoir me rendre en Turquie et au Liban. Je suis reconnaissant aux Autorités des deux pays pour leur accueil. À İznik, en Turquie, j’ai eu l’occasion de commémorer, avec le Patriarche œcuménique de Constantinople et les représentants des autres confessions chrétiennes, les 1700 ans du Concile de Nicée, le premier concile œcuménique. Ce fut une occasion importante pour renouveler notre engagement sur le chemin vers la pleine unité visible de tous les chrétiens. Au Liban, j’ai rencontré un peuple qui, malgré les difficultés, est plein de foi et d’enthousiasme et j’ai perçu l’espoir émanant des jeunes qui aspirent à construire une société plus juste et plus soudée en renforçant l’entrelacement entre les cultures et les confessions religieuses qui rend le pays du Cèdre unique au monde.

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  • La déglingue continue : les Engagés sont prêts à inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution

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    Jusqu'où ira l'ignominie des ex sociaux chrétiens ?

    Du site du Soir :

    « C’est une petite révolution et une victoire » : Les Engagés prêts à inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution

    Un changement significatif pour les descendants du Parti social chrétien, mais qui ne pourra toutefois se concrétiser que durant la prochaine législature.

    Les Engagés ont déposé à la Chambre une proposition de déclaration de révision de la Constitution afin d’inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution. Un changement significatif pour les descendants du Parti social chrétien, mais qui ne pourra toutefois se concrétiser que durant la prochaine législature.

    Plusieurs groupes politiques ont déposé des propositions visant à inscrire ce droit dans la Constitution, suivant en cela ce qui s’est fait en France en 2024. Dans la majorité, le MR souhaite ainsi consacrer le droit à disposer de son corps. Les Engagés veulent quant à eux insérer un article 22/1 selon lequel « le droit de recourir à l’interruption volontaire de grossesse est garanti par la loi qui en détermine les conditions d’exercice. »

    « C’est une petite révolution et une victoire », a affirmé mercredi la députée Carmen Ramlot, initiatrice de la proposition cosignée par huit de ses collègues centristes.

    « Essentiel »

    Comme d’autres, la députée fait le constat que les droits fondamentaux reculent dans le monde, notamment le droit à l’avortement inscrit dans la loi en Belgique depuis 1990. « Dans ce contexte, même si l’IVG est aujourd’hui déjà protégée par la loi, il apparaît essentiel d’inscrire explicitement ce droit dans la Constitution belge dans le but de renforcer cette protection, afin de protéger le droit à l’IVG contre le risque de voir une loi ordinaire le remettre en cause ultérieurement », dit la proposition.

    Le débat sur une telle initiative a lieu actuellement en commission de la Constitution de la Chambre. Jusqu’à présent, il n’a pas abouti. A la fin de l’année passée, la majorité a rejeté une proposition des écologistes. L’Arizona est non seulement divisée sur la question (le CD&V juge une telle révision inutile), mais aussi confrontée à un problème juridique. L’actuelle déclaration de révision de la Constitution ne prévoit pas explicitement l’inscription du droit à l’avortement sous cette législature.

    « Nous voulons respecter les procédures de révision de la Constitution, c’est le socle de notre démocratie. Si on commence à tordre les règles, même pour la bonne cause, on ouvre la boîte de Pandore », souligne la députée.

    Un débat pour 2029

    Le débat reprendrait donc sous la prochaine législature, en principe après 2029, le vote d’une déclaration de révision de la Constitution entraînant la dissolution des Chambres et la convocation d’élections.

    Le sujet de l’avortement est revenu dans le débat politique il y a presque dix ans avec des propositions de moderniser la loi de 1990. Sous le gouvernement Michel, certaines dispositions ont été revues, mais les avancées les plus significatives sont restées lettre morte. Elles se sont systématiquement heurtées à une minorité de blocage constituée du CD&V, de la N-VA et du Vlaams Belang. En se muant de CDH en Engagés, les centristes francophones ont décidé de laisser la liberté de vote à leurs députés sur les sujets éthiques, à l’instar des libéraux.

  • Les foules sont de retour aux audiences papales, mais la question de fond demeure

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    De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

    8 janvier 2026

    Les foules sont de retour aux audiences papales, mais la question de fond demeure.

     
    La fréquentation des audiences papales et des célébrations liturgiques a fortement augmenté en 2025, atteignant 3,17 millions de participants, selon les chiffres publiés par la Préfecture de la Maison papale, ce qui représente une augmentation de 88 % par rapport à l'année précédente après plus d'une décennie de déclin constant.

    Les données, qui couvrent les audiences générales, les célébrations liturgiques et la prière de l'Angélus, montrent une année divisée entre les derniers mois du pontificat du pape François et les huit premiers mois de celui du pape Léon XIV. Prises ensemble, elles indiquent une nette reprise numérique, bien qu'elle fasse suite à une longue période de contraction de la participation du public aux événements du Vatican.

    Au début du pontificat du pape François en 2013, la fréquentation annuelle des messes dépassait 7,3 millions de fidèles, un record absolu. Dès lors, la participation a chuté de façon quasi ininterrompue. En 2024, elle était tombée à 1 682 100, soit moins du quart du niveau observé au début de son pontificat, et aucune année n'a permis d'inverser durablement cette tendance.

    Au cours des premiers mois de 2025, la fréquentation est restée historiquement faible. Les chiffres de janvier à avril, durant la dernière phase du pontificat de François, font état d'un total de 262 820 participants. En janvier, on a dénombré 35 000 participants aux audiences générales et jubilaires, 8 500 aux audiences spéciales, 26 000 aux célébrations liturgiques et 60 000 à l'Angélus.

    En février, la fréquentation a encore diminué : 25 500 personnes ont assisté aux audiences générales, 1 750 aux audiences spéciales, 36 000 aux liturgies et 30 000 à l’Angélus. Mars et avril ont été marqués par une faible participation du public : seulement 70 personnes ont assisté aux audiences spéciales en avril, contre 40 000 à l’Angélus ce même mois.

    La dernière audience générale du pape François a eu lieu le 12 février, peu avant son hospitalisation et son décès. À ce moment-là, la participation avait atteint son niveau le plus bas du pontificat.

    L'élection du pape Léon XIV en mai a entraîné une augmentation immédiate de la fréquentation. De mai à décembre, 2,9 millions de personnes ont assisté aux événements pontificaux. Rien qu'en mai, on a dénombré 55 000 participants aux audiences générales, 11 000 aux audiences spéciales, 106 000 aux célébrations liturgiques et 200 000 à l'Angélus. En juin, on a enregistré 151 000 participants aux audiences générales, 18 000 aux audiences spéciales, 218 000 aux liturgies et 100 000 à l'Angélus.

    La fréquentation a baissé pendant les mois d'été, avec 35 000 personnes présentes aux audiences générales en juillet et 76 000 en août, avant de remonter à l'automne. En septembre, 180 000 personnes ont assisté aux audiences générales, 24 500 aux audiences spéciales, 136 000 aux liturgies et 60 000 à l'Angélus. Octobre a été le mois le plus fréquenté, avec 295 000 participants aux audiences générales, 54 000 aux audiences spéciales, 200 000 aux célébrations liturgiques et 50 000 à l'Angélus. Novembre et décembre sont restés forts, clôturant l'année avec respectivement 200 000 et 77 000 participants aux audiences générales.

    Si l'augmentation sous Léon XIV est significative, les chiffres restent bien inférieurs à ceux enregistrés au début du pontificat de François, lorsque la fréquentation annuelle dépassait régulièrement les sept millions.

    Si la visibilité publique a connu une augmentation positive, peu de gens ont remarqué que la reprise numérique ou tout regain d'intérêt à Rome ne saurait se substituer à la clarté doctrinale et à la confiance ecclésiale. L'Église n'est pas une démocratie. Elle ne se nourrit pas uniquement de popularité, mais de la cohérence entre ce qu'elle proclame, la manière dont elle gouverne et la manière dont elle comprend la personne humaine devant Dieu. Le soi-disant « effet Léon » risque d'être mal compris s'il est considéré comme une preuve de renouveau plutôt que comme un test permettant de déterminer si l'Église a tiré les leçons du long déclin qui l'a précédé.

    Après des années de baisse de fréquentation pendant la dernière partie du pontificat du pape François, l'afflux soudain de pèlerins et de visiteurs a été présenté comme une justification de la continuité. La logique semble évidente si la visibilité est interprétée comme une confirmation. Pourtant, l'histoire même de l'Église met en garde contre de telles hypothèses. Souvent attribuée à tort au pape Saint Jean-Paul II, mais pertinente ici, est la phrase selon laquelle « nous devons défendre la vérité à tout prix, même si nous ne sommes plus que douze ». Les périodes de vitalité visible ont souvent coïncidé avec une ambiguïté doctrinale, tandis que les périodes de faiblesse numérique ont parfois été celles de la plus grande clarté théologique.

    Léon XIV a été explicite quant à ses intentions. S'adressant au Collège des cardinaux le 10 mai, il les a exhortés à « reprendre ce précieux héritage [du pape François] et à poursuivre le chemin », une formulation qui ne laisse guère de doute sur le fait qu'il se considère comme un héritier plutôt que comme un correcteur. Depuis le début du pontificat, les questions d'orientation pastorale et de ton ont jusqu'à présent conservé la même posture fondamentale que celle qui définissait le précédent.

    Le déclin prolongé de l'engagement au cours de la dernière décennie ne s'est pas produit du jour au lendemain. Il s'est déroulé parallèlement à des années de disputes controversées avec Rome, notamment sur la théologie morale et les préférences liturgiques, exacerbées par un style de communication papale qui privilégiait souvent les remarques improvisées et impréparées plutôt que la précision. Pour de nombreux catholiques, le résultat n'a pas été la libération, mais l'incertitude. La participation a diminué non pas parce que l'Église était trop exigeante, mais parce qu'elle semblait de plus en plus incertaine de ce qu'elle souhaitait exiger.

    Léon XIV hérite de ce paysage et, à bien des égards, a choisi de ne pas le redessiner. Sur le plan doctrinal, son approche des questions pastorales controversées a jusqu'à présent reflété celle de son prédécesseur, en maintenant une posture d'ouverture. Dans le même temps, des signes plus subtils d'ajustement ont été observés. Les réformes au sein de la gouvernance du Vatican, notamment la surveillance financière et la restructuration administrative, ainsi que les nominations épiscopales dans plusieurs régions suggèrent un rééquilibrage, favorisant les candidats locaux et compétents sur le plan administratif. On note notamment un retour visible à des vêtements liturgiques et à une tenue papale plus traditionnels. Ces changements, bien que modestes, ont été remarqués par ceux qui craignaient une poursuite ininterrompue des tendances les plus déstabilisantes de l'ère François.

    La tension reste toutefois irrésolue. La popularité, même lorsqu'elle est réelle, ne répond pas à la question sous-jacente de la crédibilité. Les foules peuvent se rassembler par curiosité, par goût de la nouveauté ou par soulagement, mais elles ne témoignent pas en elles-mêmes d'un renouveau de la foi. La mission de l'Église n'a jamais été de rivaliser sur le marché de l'approbation.

    C'est pourquoi l'attitude publique de Léon XIV est aussi importante que ses politiques. L'habitude des remarques spontanées qui caractérisait une grande partie du pontificat précédent a diminué mais n'a pas disparu, refaisant surface à certains moments, notamment dans des commentaires aux médias à l'extérieur de Castel Gandolfo.

    Dans le même temps, Léon XIV bénéficie d'un taux d'approbation exceptionnellement élevé dans les sondages internationaux, en particulier aux États-Unis et dans certaines régions d'Europe. Cela lui confère un certain pouvoir d'influence et façonne le discours médiatique autour de son pontificat. Cependant, l'approbation est une base fragile pour le renouveau ecclésial.

    La caractéristique la plus révélatrice du moment présent n'est donc pas l'augmentation de la fréquentation, mais la combinaison de gestes visant à rassurer sur la doctrine, de modestes réajustements dans la gouvernance et d'un style moins conflictuel, qui ont contribué à stabiliser une Église qui, sous le pape François, semblait souvent en guerre contre elle-même. Cette maîtrise des conflits internes peut expliquer pourquoi la participation a rebondi sans pour autant revenir à ses niveaux historiques. Le véritable test de ce pontificat ne sera pas le nombre de personnes qui se rassemblent sur la place Saint-Pierre, mais la capacité de l'Église à affirmer avec plus de certitude ses convictions.

  • Alors que les barbares se tenaient autrefois aux portes, aujourd'hui, ils s'installent à l'intérieur...

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    Du sur le CWR :

    Retrouver le fil d'or de la civilisation occidentale

    Alors que les barbares se tenaient habituellement à l'extérieur des portes, constituant une menace visible, aujourd'hui ils se tiennent fermement à l'intérieur.

    À quoi ressemblerait l'effondrement de la civilisation ?

    On pourrait immédiatement penser aux coupures d'électricité, aux perturbations des chaînes d'approvisionnement, à la violence urbaine et au dysfonctionnement de l'État. Certes, ces éléments peuvent témoigner du fonctionnement d'une société moderne, mais ils ne constituent pas l'essence même de la civilisation. Une personne civilisée ne se contente pas de vivre en ville (la « civitas » , qui donne son nom à la civilisation), mais se conforme à un idéal culturel. Un barbare vit au gré de ses besoins et désirs immédiats, tandis qu'une personne civilisée pense et agit selon des principes plus élevés de décence et de noblesse, reconnaissant des valeurs supérieures au sein de l'âme et de la société.

    Les grandes civilisations se sont fixé des objectifs qui transcendent les préoccupations quotidiennes, tels que le perfectionnement de l'esprit, la culture des arts et la promotion d'une vie vertueuse. Le barbare ne peut saisir l'essence ni la finalité de ces fins, les jugeant impraticables ou vaines, ce qui explique pourquoi il était souvent connu pour détruire les acquis de la civilisation. Ceux qui œuvraient à bâtir un héritage culturel en comprenaient généralement la fragilité et la nécessité constante de le transmettre et de le défendre.

    Alors que les barbares se tenaient autrefois aux portes, menaçants et invisibles, aujourd'hui, ils s'y installent. Nous sommes les barbares. Nous avons peu à peu sapé les acquis des deux mille cinq cents dernières années, les rejetant sans les transmettre à nos enfants. Notre façon de parler, de nous habiller, de penser, d'agir et, surtout peut-être, de nous divertir, témoigne d'un manque d'âme civilisée. Et cette corruption intérieure s'est déjà manifestée extérieurement : nous méprisons la vie humaine, corrompons les enfants par l'idéologie à l'école et laissons les foules semer le chaos.

    La civilisation occidentale a été menacée d'extinction à maintes reprises. Lors de l'effondrement de l'Empire romain d'Occident, envahi par une succession de tribus germaniques, l'œuvre de Boèce et de Cassiodore a assuré la survie du savoir classique grâce à leurs manuels et traductions, copiés par des générations de scribes monastiques. Lorsque ces populations barbares se convertirent enfin au catholicisme et commencèrent à rétablir l'ordre sous Charlemagne, une nouvelle vague d'invasions détruisit une grande partie de ce qui avait été accompli. Alfred le Grand, combattant la Grande Armée païenne, entreprit personnellement de traduire des ouvrages importants du latin en vieil anglais afin de préserver la culture de son royaume assiégé.

    À l'époque moderne, Dom Prosper Guéranger a rétabli la vie bénédictine en France après la fermeture des monastères par Napoléon, faisant de son monastère de Solesmes un symbole de la renaissance chrétienne en tant que centre de collecte de manuscrits qui a stimulé l'étude des Pères de l'Église et un renouveau du chant grégorien.

    « L’Occident a échoué », déclara Denethor, désespéré, dans Le Seigneur des Anneaux de Tolkien . Même si l’Occident a sombré dans la barbarie à bien des égards, nous ne sommes nullement condamnés à y demeurer. Il sera toutefois difficile de recouvrer l’héritage de notre civilisation si nous restons dans l’ignorance. Nous avons besoin d’une meilleure connaissance des actes, des œuvres et des idéaux de la civilisation occidentale pour former nos esprits et inspirer la renaissance d’une société civilisée. Pour ceux qui débutent, il est utile de se procurer un guide de voyage, conçu pour nous orienter et nous permettre de découvrir par nous-mêmes le riche héritage de l’Occident.

    Un nouvel ouvrage en deux volumes vise précisément cet objectif : *Le Fil d’or : Histoire de la tradition occidentale* , écrit par les éminents chercheurs Allen Guelzo et James Hankins (Golden Thread Academics est une collection d’Encounter Books). Ce travail colossal, qui retrace l’histoire de l’Occident de la Grèce antique au XXe siècle, compte plus de deux mille pages au total (de quoi me donner des crampes à la main pendant ma lecture !).

    L'ouvrage est magnifiquement réalisé, richement illustré d'œuvres d'art, de portraits, de frises chronologiques et de nombreuses cartes. Il comprend également de courts extraits de sources primaires et des « fils narratifs » qui offrent un contexte et une perspective supplémentaires sur les œuvres culturelles. J'apprécie son approche interdisciplinaire qui, bien qu'à dominante historique, accorde une attention particulière à la philosophie, à l'art, à la religion, au droit, à la littérature et aux sciences.

    Et, contrairement à beaucoup d'autres ouvrages, il ne survole pas la chrétienté médiévale ; au contraire, il consacre une large place à l'essor de la Rome chrétienne et au développement d'une culture spécifiquement chrétienne en Occident.

    Nous nous sommes peut-être égarés, mais nous n'avons pas encore échoué. Nous pouvons retrouver notre chemin, en renouant avec le fil d'or de notre tradition. L'image du fil d'or remonte à Thésée, qui s'en servit pour se repérer dans le labyrinthe lors de sa quête pour terrasser le Minotaure. Si cette bête mythique représentait une obscurité destructrice tapie sous la surface de la civilisation, elle a refait surface sous une nouvelle forme technologique. Notre propre création menace de nous submerger, et il est hors de question de s'enliser dans le doute existentiel.

    Pour relever ce défi, nous devons réfléchir davantage, et non moins, redécouvrir la beauté de l'amour sacrificiel et devenir des créateurs culturels plutôt que de sombrer dans la passivité.

    Il est temps de renouer avec le fil d'or de l'Occident afin de perpétuer cette grande et noble tradition, en puisant dans ses profondeurs pour surmonter notre superficialité et réparer sa partie brisée en la transmettant à la génération suivante.