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Société

  • Le « bon sauvage » et le citoyen « woke »

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    De Juan Carlos Aguilera Pérez sur The European Conservative :

    Le « bon sauvage » et le citoyen « woke »

    Rousseau cherchait à libérer l’humanité en lui redonnant son innocence originelle. La culture « woke » poursuit un objectif remarquablement similaire à travers ce qu’elle appelle la déconstruction de la civilisation héritée.

    23 juillet 2026
     
    Jean-Jacques Rousseau n’a pas inventé l’idée selon laquelle l’homme est naturellement bon, mais c’est lui qui, en tant que penseur, lui a donné la forme intellectuelle qui allait finir par transformer une grande partie de la culture politique moderne. Depuis lors, la conviction selon laquelle les êtres humains naissent naturellement bons et ne sont corrompus que par la société s’est imposée dans le courant dominant de la culture. Par conséquent, si le mal ne réside pas en l’homme lui-même, il doit se trouver dans les institutions, les traditions, la famille, la religion, la culture héritée ou toute forme d’autorité.

    Formulée au XVIIIe siècle, cette thèse a survécu aux révolutions, aux guerres mondiales et à l’effondrement des grands systèmes idéologiques. Aujourd’hui, elle refait surface dans le langage de la culture « woke ». La terminologie a changé, mais la structure intellectuelle sous-jacente reste la même. Le problème n’est plus le péché, la fragilité humaine ou la responsabilité personnelle, mais un système d’oppression qui aurait déformé une nature humaine initialement innocente.

    Pour Rousseau, l’homme naturel vit en harmonie avec lui-même. Il n’est pas vertueux parce qu’il a acquis la vertu, mais parce qu’il n’a pas encore été contaminé par la civilisation. La propriété, le prestige social et les institutions deviennent les véritables sources de l’égoïsme. L’histoire est ainsi comprise comme un processus de dégénérescence.

    C’est l’un des grands paradoxes de l’histoire qu’une philosophie destinée à libérer l’humanité ait finalement contribué à inspirer certains des projets politiques les plus coercitifs de l’ère moderne. Si l’individu est naturellement bon et que la société est responsable de sa corruption, alors la reconstruction de la société suffit à régénérer l’humanité. La politique cesse de reconnaître des limites et se dote d’une mission quasi rédemptrice.

    La culture « woke » reprend précisément cette logique. L’individu est présenté comme la victime de structures de pouvoir invisibles : le patriarcat, le colonialisme, le racisme systémique, l’hétéronormativité, les privilèges et la suprématie culturelle. Le mal ne réside plus dans des décisions concrètes ou dans des comportements individuels, mais dans des systèmes abstraits qui, dit-on, imprègnent toutes les dimensions de la vie sociale.

    C’est pourquoi le langage de l’idéologie « woke » parle sans cesse de privilèges et très peu de vertu ; sans cesse d’identités et très peu de caractère ; sans cesse de droits et presque pas du tout de devoirs.

    La conséquence est évidente. Si toute forme de comportement humain peut en fin de compte s’expliquer par un conditionnement structurel, la responsabilité morale perd inévitablement tout son sens. Les individus cessent d’être des agents moraux libres et deviennent les produits de relations de pouvoir. Ce qui importe, ce n’est plus ce qu’une personne fait, mais la place qu’elle occupe sur la carte de l’oppression.

    Cette vision du monde aboutit en fin de compte à une profonde infantilisation de la citoyenneté. Si l’individu est toujours une victime, il n’y a jamais besoin de s’engager dans une véritable introspection. La responsabilité est invariablement transférée ailleurs : à la culture, à la langue, à l’histoire, au capitalisme, à la religion, au colonialisme ou à toute autre construction collective identifiée comme la dernière source d’oppression en date.

    Rousseau avait déjà déplacé l’origine du mal du cœur humain vers les institutions. La pensée « woke » achève ce parcours en la relocalisant au sein même de la culture.

    Cependant, l’expérience historique semble enseigner exactement le contraire. Les sociétés les plus libres ne sont pas celles qui partent du principe de la bonté spontanée de la nature humaine, mais celles qui reconnaissent ses limites. Les traditions classiques et chrétiennes n’ont jamais nié la dignité humaine ; elles nous ont simplement rappelé que la liberté et la fragilité humaine vont de pair.

    C’est de cette compréhension qu’ont émergé des institutions dont le but n’était pas de fabriquer un nouveau type d’être humain, mais de soutenir de vrais hommes et de vraies femmes : la famille, l’école, les échanges commerciaux, les associations bénévoles, l’Église et la communauté politique.

    La culture « woke » considère bon nombre de ces institutions avec une méfiance permanente. Elle les perçoit moins comme des lieux où se transmettent les biens humains fondamentaux que comme des mécanismes par lesquels le pouvoir se reproduit.

    Dès lors que l’ensemble du passé est interprété comme une structure d’oppression, le présent est condamné à une révolution permanente. Chaque génération doit déconstruire celle qui l’a précédée. Chaque mot devient un objet d’examen minutieux, et chaque symbole est soumis à un jugement moral.

    Il n’est donc guère surprenant que l’activisme culturel consacre une énergie considérable à modifier le langage, à réécrire l’histoire ou à démanteler les monuments. Si l’on estime que le mal réside au sein même de la culture, alors celle-ci doit être soumise à une purification continue.

    Roger Scruton a fait remarquer qu’une culture ne se préserve que lorsqu’elle apprend à aimer ce dont elle a hérité avant de tenter de le transformer. La civilisation ne naît pas d’une méfiance permanente, mais d’une gratitude critique. Seuls ceux qui reconnaissent la valeur de ce qu’ils ont reçu sont capables de l’améliorer sans le détruire.

    La tradition occidentale n’a jamais prétendu que les êtres humains étaient parfaits. Elle n’a pas non plus laissé entendre que toutes les institutions étaient à l’abri de la critique. Son originalité résidait dans la reconnaissance du fait que tant les individus que les communautés ont besoin d’éducation morale, de responsabilité et de prudence. Changer les structures ne suffit jamais à lui seul ; il faut également former le caractère.

    Rousseau cherchait à libérer l’humanité en la ramenant à une innocence originelle. La culture « woke » poursuit un objectif remarquablement similaire à travers ce qu’elle appelle la déconstruction de la civilisation héritée. L’histoire suggère toutefois qu’aucune société ne devient plus forte en niant la complexité de la nature humaine. La liberté s’épanouit là où l’immense dignité de la personne humaine est reconnue, tout comme le besoin durable de vérité, de vertu et de formation morale.

    Car une culture qui oublie la responsabilité personnelle tout en rejetant constamment la faute sur les autres finit par tenir le monde entier pour responsable de ses échecs. Et une fois que le monde entier est devenu coupable, il ne reste plus rien qui vaille la peine d’être préservé — seulement quelque chose à démanteler.

    Juan Carlos Aguilera Pérez est un philosophe et essayiste chilien spécialisé dans la philosophie politique, l'éducation civique et la tradition classique occidentale. Titulaire d'un doctorat en philosophie, il a effectué ses études supérieures à l'université de Navarre après avoir obtenu à deux reprises la bourse du président de la République du Chili. Fondateur du Club Polites, il écrit régulièrement pour des médias européens et américains sur la démocratie, la culture et les fondements moraux de la vie publique.

  • Va-t-on vers une extinction de la vie monastique en France ?

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    Du site du magazine La Vie :

    « Il y a une accélération des fermetures de monastères » : une étude inédite dresse un état des lieux pour la France

    [Exclusif] La sociologue Isabelle Jonveaux, spécialiste de la vie monastique à l’université de Fribourg (Suisse), a mené une étude sur les fermetures de communautés monastiques.

    Interview Sixtine Chartier

    21/07/2026.

    Va-t-on vers une extinction de la vie monastique en France ? Depuis quelques années, les annonces de fermeture de lieux emblématiques se multiplient : la Grande-Trappe de Soligny (Orne), le carmel de Compiègne (installé à Jonquières, dans l’Oise), Notre-Dame du Port du Salut (Mayenne), pour la seule année 2026. Ce n’est que la face visible d’un vaste mouvement qui touche tous les ordres monastiques contemplatifs, souvent nés au Moyen Âge, et relancés aux XIXe et XXe siècles.

    Dans la grande famille de la vie religieuse catholique, ces ordres dits « monastiques » se définissent par la présence d’une clôture, qui sépare les moines et moniales (de monos, « seul ») du monde extérieur. On les appelle aussi des ordres contemplatifs. Il ne faut pas les confondre avec les ordres dits « apostoliques », dont la vocation est d’être présents « dans le monde », qui n’entrent pas dans cette étude, même s’ils sont également touchés.

    La sociologue Isabelle Jonveaux a travaillé ces chiffres dans le cadre d’une recherche dans une revue anglophone spécialisée en urbanisme sur la réutilisation des anciens lieux religieux. Elle dévoile le fruit de son travail en avant-première à La Vie.

    Les fermetures de monastères sont un phénomène massif. Pourtant, on peine à trouver une étude chiffrée globale. Quelle a été votre méthodologie pour obtenir ces chiffres ?

    La vie religieuse catholique est foisonnante, et il est difficile de la faire entrer dans des recensements statistiques. Hormis les annonces au compte-gouttes dans la presse locale, il n’existait pas d’étude indépendante chiffrée. Je me suis basée sur un catalogue de la Fondation des monastères datant de 2007, en me concentrant uniquement sur les monastères contemplatifs catholiques.

    91 monastères ont fermés entre 2007 et 2026

    • Création La Vie

    Avec l’aide de mon assistante, nous avons cherché quels monastères existaient toujours en 2026 et lesquels avaient fermé ou annoncé leur fermeture. Le constat principal, c’est l’ampleur du phénomène, massif : sur ces 20 dernières années, près d’un tiers des monastères (environ 30 %) ont fermé.

    Les communautés féminines sont nettement plus touchées que les hommes. Pourquoi ?

    Les monastères de femmes sont proportionnellement plus touchés : 32 % d’entre eux ont fermé, contre 21 % des monastères d’hommes. Il faut rappeler qu’il y avait, ces derniers siècles, beaucoup plus de monastères féminins (dans la base de 2007, on comptait 249 monastères de femmes pour 56 d’hommes). La vie religieuse féminine est davantage en crise, car elle est moins adaptée au profil des jeunes femmes d’aujourd’hui que par le passé. Autrefois, la vie religieuse était une voie d’émancipation pour les femmes, leur permettant de se former ou d’échapper à l’autorité patriarcale.

    Aujourd’hui, en Europe, les femmes qui entrent au monastère ont souvent la trentaine, elles ont fait des études et sont autonomes ; par conséquent, la grande distance au monde ou ce qui est perçu comme une forme d’infantilisation dans certaines structures ne fonctionnent plus pour elles.

    Quels sont les ordres les plus touchés ?

    Les carmels sont particulièrement frappés, avec 40 % de fermetures en 20 ans (34 carmels ont fermé sur les 85 existants). Les proportions sont similaires chez les Clarisses (environ 40 % de fermeture) et les Visitandines (30 %). Les Trappistes connaissent également un taux élevé (36,4 %). En revanche, les Dominicaines (8 %) et les Bénédictins et Bénédictines (hommes et femmes confondus, 18 %) sont moins touchés.

    Étude réalisée par Isabelle Jonveaux sur les monastères qui ont fermé ou annoncé leur fermeture entre 2007 et 2026 ; une marge d'erreur est possible car les données sont partielles

    • Création La Vie

    De manière générale, ce sont les ordres avec une clôture sévère, comme les Trappistes ou les Carmélites, ou dont le charisme est aujourd’hui moins bien compris, comme les Visitandines ou les Clarisses, qui peinent le plus à recruter.

    Pourtant, les communautés qui attirent le plus de jeunes sont aussi des communautés avec une clôture stricte…

    Oui, mais il faut en préciser les raisons : ces monastères attirent aujourd’hui parce qu’ils ont un type de positionnement vis-à-vis de la société qui est très clair. Ils sont conçus comme une forteresse contre la sécularisation. Une blague circule parmi les abbés et les abbesses disant que les monastères qui recrutent sont ceux qui appliquent la recette des 3G : le grégorien, la grille et la guimpe (la grille est la matérialisation d’une clôture stricte ; la guimpe est un voile qui entoure le visage et le cou des religieuses, ndlr).

    La langue de la liturgie est un indicateur intéressant de ce point de vue.

    Oui, même s’il faut l’interpréter avec prudence, car les échantillons ne sont pas de la même taille. En 2007, il existait 244 monastères de langue française, 36 mêlant français et latin et 23 monastères pour le latin exclusivement. D’autre part, ce critère n’est pas le seul élément explicatif ; il est un élément parmi d’autres, mais il est particulièrement frappant.

    Dans la grande famille de la vie religieuse catholique, ces ordres dits « monastiques » se définissent par la présence d’une clôture, qui sépare les moines et moniales du monde extérieur

    • Création La Vie

    Parmi les monastères dont la langue de l’office était le français en 2007, 34 % ont fermé. Ce chiffre descend à 19 % pour ceux qui utilisaient le français et le latin, et tombe à 0 % pour ceux dont l’office était exclusivement en latin. Cela montre que les communautés qui revendiquent une certaine tradition attirent aujourd’hui un certain public.

    Observe-t-on aujourd’hui un nouveau modèle de monachisme émerger, peut-être plus strict, mais en tout cas plus visible ?

    C’est paradoxal. On observe des communautés qui revendiquent une coupure avec le monde, une orthopraxie et une clôture très stricte, mais qui sont en même temps extrêmement présentes dans les médias ou sur Internet, et technologiquement compétentes.

    Cela correspond aux attentes d’un public jeune revendiquant son identité catholique dans une société sécularisée. Un recrutement dynamique n’est toutefois pas toujours le signe d’une communauté en bonne santé interne.

    Concrètement, que deviennent les communautés et leurs bâtiments lorsqu’ils ferment ?

    Sur le plan humain, c’est extrêmement lourd, car les moines et moniales ont fait un vœu de stabilité. Quitter le lieu où ils s’étaient engagés pour la vie est douloureux. Du point de vue statistique, les données sont partielles. Sur les cas que j’ai pu recenser, dans environ la moitié des cas, la communauté se regroupe avec une autre du même ordre monastique.

    Pour l’autre moitié, la communauté est dispersée, soit vers d’autres communautés, soit en Ehpad… Certains moines et moniales peuvent retourner à la vie civile. Concernant les bâtiments, c’est une question également très sensible.
     

    Régulièrement, des bâtiments ayant fermé entre 2007 et 2026 sont repris par d'autres communautés

    • Création La Vie

    Sur les cas que j’ai pu identifier (47 au total), un peu plus d’un quart sont repris par une autre communauté religieuse, souvent des communautés nouvelles ou des communautés monastiques plus récentes (comme le Chemin neuf, les cisterciennes de Boulaur ou les bénédictins du Barroux). On trouve ensuite 21 % de projets sociaux (logements sociaux, accueil de personnes en difficulté), 13 % d’acquisitions publiques, 13 % de logements privés, 11 % pour d’autres projets religieux et 6 % pour des projets éducatifs.

    Assistons-nous à une accélération de ces fermetures ?

    Oui, il y a une véritable accélération depuis la fin des années 2010. Jusqu’en 2015, nous avions généralement moins de quatre fermetures par an. Le chiffre moyen tourne aujourd’hui autour d’une petite dizaine par an. La France a une situation un peu particulière car elle comptait énormément de monastères (un niveau comparable à l’Italie) ; il y a donc aujourd’hui une offre beaucoup trop importante par rapport au nombre de personnes intéressées.

    Comment expliquez-vous l’apparent engouement du grand public pour les monastères et les retraites spirituelles dans ce contexte ?

    C’est le grand paradoxe du XXIe siècle. Il y a une véritable désaffection pour l’Église institutionnelle, souvent liée aux scandales, mais le grand public ne l’associe pas directement aux monastères. Depuis au moins 20 ans, ces lieux fascinent par leur côté exotique et alternatif : on y voit une vie écologique, proche de la nature, proposant des produits sains et traditionnels. Les influenceurs participent à cette forte romantisation de la vie monastique, qui attire un public non croyant en quête de spiritualité alternative.

    Néanmoins, cet intérêt ne se traduit pas par de véritables vocations ; ceux qui entrent au monastère le font pour la qualité de la vie spirituelle et fraternelle, ce que les communautés devenues vieillissantes peinent désormais à offrir.

  • Le roi Baudouin, mystique et politique

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    De Paul Vaute sur Le Passé belge :

    Le roi Baudouin, mystique et politique

    De l’emprise des partis aux questions éthiques, de la décolonisation aux réformes de l’Etat, les carnets privés du cinquième Roi des Belges révèlent le regard de foi qu’il porta sur chaque événement comme sur le drame de ne pas avoir d’enfant. Le constat de son humanité, manifestée de multiples manières, fit l’unanimité (1950-1993)

       Entre les débuts du prince royal, nullement préparé, considéré par ses ministres comme un « non-interlocuteur » , et le dernier hommage rendu au Roi par quelque 500.000 Belges faisant la file devant le palais et 38 chefs d’Etat présents aux funérailles, que de chemin parcouru! Vincent Dujardin, professeur à l’Université catholique de Louvain, n’a pas ménagé ses peines pour le retracer [1].

       Spécialiste de nos temps contemporains, il a entrepris ses recherches au moment le plus opportun, quand les archives commençaient à s’ouvrir alors qu’un nombre important de témoins et d’acteurs pouvaient encore être interrogés. On soulignera particulièrement l’importance des entretiens de l’historien avec la reine Fabiola et de l’accès qu’elle lui a ouvert aux écrits privés de son mari.

       Si la qualification de « non-interlocuteur » est quelque peu exagérée, elle correspond en tout cas à la réputation faite au chef de l’Etat pendant ses difficiles premières années. Une époque où, selon un ambassadeur du Luxembourg, un ancien ministre catholique (!) affirmait qu’il vivrait assez longtemps pour assister à la prestation de serment du premier président de la république belge (p. 85). Le voyage triomphal au Congo en 1955 amorça le tournant, pleinement accompli à partir du mariage en 1960. « On nous a changé Baudouin! » , proclamait alors le Pourquoi Pas ? (16 décembre 1960, cité p. 192). L’image fâcheuse de la dyarchie disparut, les relations difficiles avec l’atrabilaire princesse Lilian ayant conduit à une prise de distance de Baudouin, ainsi que de son frère et de sa sœur, avec leur père.

       Le cinquième Roi des Belges prit de la bouteille. Même si sa marge d’intervention personnelle dans la vie politique n’était plus comparable à celle de ses prédécesseurs, sa magistrature d’influence et son poids moral allèrent grandissant. S’il déplora, notamment en 1981 dans une lettre à Léopold III, en pleine valse des ministères, la « dégradation dans le gouvernement du pays par l’emprise des partis » (cité p. 521), il se garda de provoquer ceux-ci publiquement. Les couacs, au total, ont été rares. Comme l’observa Jean Stengers, dont les travaux sur le « métier » royal font autorité, innombrables furent les chausse-trapes communautaires dans lesquelles il aurait pu tomber (cité p. 840).

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  • Les hommes dont nous avons besoin

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    De Roberto de Mattei sur Corrispondenza Romana :

    Les hommes dont nous avons besoin

    Avant la confusion des structures, il y a la confusion des esprits. C'est la clé pour comprendre le moment historique que nous traversons. La crise qui frappe aujourd'hui le monde catholique n'est pas d'abord une crise organisationnelle ou stratégique : c'est une crise spirituelle et culturelle, qui affecte notre manière même de penser, de juger et de réagir aux événements.

    Pendant des décennies, le progressisme politique et culturel a exercé une domination quasi incontestée sur l'Occident, contrôlant les partis politiques, les principaux médias, les maisons d'édition, le monde universitaire, l'industrie du divertissement et, finalement, une part importante des institutions ecclésiastiques elles-mêmes. Son objectif était d'instaurer un nouvel ordre mondial fondé sur l'abolition des identités naturelles et religieuses, la dissolution de toute autorité traditionnelle et le remplacement de l'ordre chrétien par une nouvelle religion séculière.

    Cette hégémonie semblait, jusqu'à il y a quelques années, quasiment irréversible. Quiconque s'y opposait était marginalisé, censuré, ou tout simplement ignoré. Or, toute construction artificielle porte en elle les germes de sa propre dissolution. Le début du XXIe siècle a marqué l'émergence d'une crise profonde de ce système. Nombreux sont ceux qui attribuent ce changement à la diffusion d'Internet et des réseaux sociaux. Ce serait toutefois une erreur de confondre l'outil et la cause.

    Internet n'a pas créé la réaction ; il l'a simplement révélée au grand jour, la rendant ainsi efficace. La Providence utilise souvent des moyens inattendus pour accomplir ses desseins. Internet a permis de contourner le monopole de l'information, de diffuser des idées censurées, de connecter des personnes jusque-là isolées. Mais la cause véritable et profonde de cette réaction réside dans l'ordre naturel, qui précède toute construction idéologique. Lorsque cet ordre est systématiquement transgressé, la réalité elle-même réagit. La nature humaine possède une force de résistance qu'aucune propagande ne saurait anéantir définitivement. La vérité peut être obscurcie, mais la loi naturelle que Dieu a inscrite au cœur de chaque homme ne peut être complètement effacée.

    Cette capacité de résilience s'est manifestée avec une clarté particulière au cours des vingt-cinq dernières années, notamment dans le monde catholique. Nombre de fidèles ont perçu la perte d'un élément essentiel et ont cherché à retrouver la liturgie traditionnelle, le catéchisme pérenne, la philosophie réaliste, la théologie classique et l'héritage spirituel de l'Église. Mais au moment même où une convergence possible de ces énergies semblait se dessiner, ce que l'on pourrait appeler le dernier soubresaut du processus révolutionnaire s'est produit.

    Ces dernières années, une série d'événements a profondément déstabilisé le monde catholique. La pandémie de 2020-2021 a instauré un climat de peur collective et de méfiance mutuelle. La guerre russo-ukrainienne, qui a éclaté en 2022, a exacerbé la confusion et la polarisation des sentiments. Les événements internes à l'Église, lors de la transition entre le pontificat de François et celui de Léon XIV, ont accentué l'enthousiasme et le découragement, souvent de manière disproportionnée par rapport à la véritable portée des événements. Ce climat psychologique a été instrumentalisé pour empêcher toute réconciliation du monde catholique attaché à la Tradition, engendrant une fragmentation peut-être sans précédent dans l'histoire. 

    L’effet le plus grave de cette situation n’est pas organisationnel, mais intellectuel. Plinio Corrêa de Oliveira, dans Révolution et Contre-révolution , a maintes fois dénoncé l’atrophie de l’intelligence comme l’un des phénomènes caractéristiques du monde moderne ; Marcel De Corte a consacré à ce sujet un ouvrage pénétrant, L’Intelligence en danger de mort . Le développement technologique a accéléré ce processus. L’homme contemporain vit immergé dans un flux constant d’informations, d’images, d’émotions et de controverses. Les réseaux sociaux – Facebook, Instagram, TikTok et les plateformes qui ne cessent d’émerger – ne se contentent pas de transmettre l’information : leur fonctionnement même est conçu pour affaiblir l’exercice de l’intelligence. Ils suscitent des réactions immédiates, privilégiant l’émotion au jugement, la rapidité à la profondeur. Nous ne recherchons plus la vérité, mais la réaction immédiate. 

    Ce phénomène a également touché des milieux se réclamant du traditionalisme et qui, de par leur origine, devraient y être les moins exposés. Il en résulte un paradoxe : posséder des principes doctrinaux solides tout en vivant psychologiquement selon les catégories de la culture révolutionnaire. On passe d’une indignation à l’autre, de l’enthousiasme à la déception, d’une polémique à l’autre, sans conserver la paix intérieure qui seule permet un authentique discernement.

    Les grandes crises de l'Église ont toujours été abordées par des hommes qui étaient, au sens le plus profond du terme, des contemplatifs en action. Saint Athanase, saint Grégoire VII, saint Pie V et saint Pie X n'ont pas été submergés par les événements : ils les ont maîtrisés, car ils savaient les juger à la lumière de principes supérieurs. Leur force puisait dans la prière, la discipline intellectuelle et l'habitude de subordonner les faits aux principes, et non les principes aux faits. Toute authentique restauration commence toujours par une restauration des facultés de l'âme.

    L’étude, la réflexion et la primauté de la contemplation sur l’action sont les conditions indispensables au développement de la vie intérieure et à la formation d’hommes capables de juger correctement les événements de notre temps.

    Dom Jean-Baptiste Chautard, dans son célèbre ouvrage L'Âme de tout apostolat , rappelait que l'hérésie de l'action consiste à substituer l'activité à la vie intérieure. Aujourd'hui, on pourrait ajouter qu'une nouvelle forme d'activisme existe également : l'activisme numérique. Il s'agit d'une agitation constante qui donne l'illusion de l'engagement tout en sapant lentement l'énergie spirituelle. La recherche du sensationnel remplace la fidélité quotidienne ; l'exceptionnel paraît plus attrayant que l'ordinaire. Or, c'est précisément dans la fidélité aux petites choses que se forme le caractère chrétien. Parfois, il faut plus d'héroïsme pour accomplir son devoir quotidien que pour affronter une situation extraordinaire. Comme le remarque Mgr Pier Carlo Landucci, l'humble conscience de sa propre petitesse peut conduire à entrevoir une place modeste dans la gloire des saints ; mais tous sont appelés à une sainteté héroïque, car, comme l'enseigne saint Paul, « telle est la volonté de Dieu, votre sanctification » ( 1 Th 4, 3).

    Enfin, il existe une dernière tentation, particulièrement insidieuse. Face aux difficultés qui se présentent au sein de l'Église, certains sont tentés de chercher refuge à l'extérieur. Combattre à l'extérieur semble plus facile que d'endurer les souffrances causées par les crises internes. Il est plus aisé d'imaginer des communautés parfaites que de demeurer fidèle dans l'épreuve. Mais ce chemin mène inévitablement à une impasse.

    L’Église demeure le Corps mystique du Christ, même lorsqu’elle est frappée par de profondes crises. Ses membres peuvent être infidèles ; ses pasteurs peuvent commettre des erreurs et même semer une grave confusion ; dans certaines circonstances, la résistance peut être légitime, voire nécessaire. Cependant, il n’existe pas de voie authentiquement catholique en dehors des institutions de l’Église, et la restauration ne saurait être obtenue par une opposition constante et permanente à ceux qui exercent légitimement son autorité.

    L'histoire nous enseigne que toutes les grandes restaurations catholiques sont nées d'hommes qui savaient allier une ferme résistance à l'erreur à un amour inébranlable pour l'Église visible et hiérarchisée. 

    C’est pourquoi le combat décisif de notre époque ne consiste pas principalement à faire entendre nos voix, à accuser autrui ou à multiplier les initiatives et les campagnes médiatiques. Il s’agit de reconstruire des individus dotés d’une force intérieure, capables d’étude, de prière, de sacrifice et, surtout, d’équilibre. 

  • La campagne des évêques américains en faveur de la planification familiale naturelle est lancée

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    De Tessa Gervasini sur EWTN News :

    La campagne des évêques américains en faveur de la planification familiale naturelle a débuté

    Les évêques américains ont publié des ressources, notamment des affiches, des notes d'homélie, des fichiers pour les médias sociaux et des idées pour célébrer et promouvoir la planification familiale naturelle.

    Le Programme national de planification familiale du Secrétariat pour les laïcs, le mariage, la vie familiale et la jeunesse de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) publie son affiche pour la Semaine de sensibilisation à la planification familiale naturelle 2026, qui se tiendra du 19 au 25 juillet 2026. | Crédit photo : USCCB

    Le Programme national de planification familiale du Secrétariat pour les laïcs, le mariage, la vie familiale et la jeunesse de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) publie son affiche pour la Semaine de sensibilisation à la planification familiale naturelle 2026, qui se tiendra du 19 au 25 juillet 2026. | Crédit photo : USCCB
     
    20 juillet 2026

    « Conçu par Dieu, guidé par l’amour, ouvert à la vie » est le thème de la campagne de la Semaine de sensibilisation à la planification familiale naturelle (PFN) 2026 de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB).

    La campagne annuelle des évêques sur la planification familiale naturelle, qui se déroule du 19 au 25 juillet, met en lumière le dessein de Dieu pour l'amour conjugal, le don de la vie et l'enseignement de l'Église sur les méthodes de planification familiale naturelle.

    Pour sensibiliser le public à ce sujet, le programme NFP de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) élabore chaque année une affiche accompagnée de documents d'information à afficher dans les paroisses, les hôpitaux, les salles de classe NFP, les centres de préparation au mariage, les cabinets médicaux, les centres de vie familiale et les centres d'aumônerie universitaire.

    En 1981, l'Église catholique aux États-Unis a intensifié ses efforts pour mieux faire connaître et appliquer la planification familiale naturelle et son enseignement. Afin de poursuivre cette mission, la conférence des évêques a mis en place le Programme de planification familiale naturelle.

    Ce programme, qui fait partie du Secrétariat pour les laïcs, le mariage, la vie familiale et la jeunesse de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB), met à disposition des diocèses et des organisations des ressources telles que des affiches, des notes d'homélie, des fichiers pour les médias sociaux et des idées pour célébrer et promouvoir la planification familiale naturelle.

    La campagne encourage les paroisses à organiser des séances d'introduction sur la science et l'éthique des méthodes naturelles de planification familiale et à accueillir des retraites pour les couples mariés.

    La Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) suggère également que les paroisses offrent des occasions de prière, notamment des messes, des chapelets, l'adoration eucharistique pour les intentions de mariage et de planification familiale naturelle, et des neuvaines pour renforcer le mariage, telles que celles à sainte Anne, à saint Joachim et à la Vierge Marie sous le vocable de l'Annonciation.

    Les dates de la campagne annuelle mettent en lumière l'anniversaire de l'encyclique du pape Paul VI sur la réglementation des naissances, Humanae Vitae , publiée le 25 juillet 1968.

    planification familiale naturelle

    La méthode NFP invite les couples à coopérer avec le plan de Dieu pour l'amour conjugal, qui, selon la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, « est un "grand mystère", un signe de l'amour entre le Christ et son Église (Éph 5:32) ».

    La méthode d'observation de la fertilité (MOF) repose sur l'observation et la mesure des signes naturels de fertilité d'une femme, tels que sa température basale et ses niveaux d'hormones, afin d'identifier les phases fertiles et infertiles de son cycle menstruel.

    Contrairement aux contraceptifs chimiques ou mécaniques qui suppriment ou bloquent la fertilité, la méthode d'observation de la fertilité (MOF) fonctionne en harmonie avec les rythmes naturels du corps, conformément à l'enseignement de l'Église.

    Comme l'ont déjà déclaré les évêques américains : « La méthode naturelle de planification familiale respecte le pouvoir donné par Dieu d'aimer et de faire naître une nouvelle vie humaine, même lorsque nous ne cherchons pas activement à exercer ce pouvoir. »

    Des recherches publiées ont également révélé que les couples mariés qui pratiquent une méthode de planification familiale naturelle bénéficient d'une meilleure communication, d'une plus grande ouverture à la vie et présentent des taux de divorce plus faibles.

  • La réponse de Malte au lobby pro-avortement

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    De Jonathan Van Maren sur First Things :

    La réponse de Malte au lobby pro-avortement

    Depuis près de dix ans, les militants pro-avortement prennent Malte, petit pays méditerranéen, pour cible. Malte est le dernier bastion pro-vie de l'Union européenne ; l'avortement y est illégal sauf en cas de danger immédiat pour la vie de la femme. Pourtant, contrairement aux affirmations des militants pro-avortement et des ONG militantes, Malte affiche l'un des taux de mortalité maternelle les plus bas au monde : aucune femme n'est décédée pendant ou après l'accouchement entre 2012 et 2023. 

    Le régime anti-avortement maltais, largement décrié, prouve que les nations peuvent protéger à la fois les femmes et les enfants à naître. Cette situation a placé les militants pro-avortement face à un dilemme. En 2018, leur campagne pour la légalisation de l'avortement s'est intensifiée. En 2022, une touriste américaine enceinte, Andrea Prudente, a demandé un avortement après une rupture des membranes. Sa demande a été refusée et elle s'est envolée pour l'Espagne. L'affaire a fait la une des journaux internationaux, des médias comme le New York Times et la BBC affirmant que sa vie était en danger.

    Les militants pro-avortement et leurs alliés médiatiques ont réutilisé la même stratégie qu'après la mort tragique de Savita Halappanavar en Irlande en 2012. Malgré trois enquêtes distinctes (dont le rapport du coroner) concluant que Savita était décédée d'une septicémie et non des suites d'un refus d'avortement, les militants ont instrumentalisé l'affaire pour inciter l'opinion publique irlandaise à voter contre les protections constitutionnelles des enfants à naître, en présentant un faux dilemme : protéger les femmes ou protéger leurs enfants à naître, et non les deux.

    Au départ, cette stratégie semblait prometteuse à Malte. Le gouvernement proposa un amendement au code pénal autorisant l'avortement si la « santé » de la mère, définie de manière vague, était menacée. Le mouvement pro-vie réagit par une campagne massive, notamment un rassemblement de plus de 20 000 personnes – soit 4 % de la population – en décembre 2022 dans la capitale. Comme je l' avais rapporté à l'époque : « Les représentants du gouvernement ont reçu des courriels de plus de 25 000 personnes… une coalition de médecins, de juristes, d'ONG et d'experts a fait pression sur le gouvernement pour qu'il revienne sur sa décision. »

    Les militants pro-vie ont compris que le terme vague de « santé » aboutissait inévitablement à un régime d’avortement à la demande. Leur campagne a porté ses fruits. En juin 2023, le gouvernement maltais a fait marche arrière et a reformulé l’amendement pour bien préciser que l’avortement n’était pas légalisé. 

    Les militants espéraient qu'un juge prendrait une décision que le gouvernement refusait d'adopter. En septembre 2022, Prudente a déposé un recours constitutionnel, arguant que les lois anti-avortement de Malte violaient ses droits fondamentaux. Elle réclamait des dommages et intérêts et demandait à la Cour de déclarer inconstitutionnelles les lois maltaises sur l'avortement, au motif qu'elles étaient contraires à la Convention européenne des droits de l'homme. Elle invoquait également une discrimination, affirmant que sa vie avait été mise en danger (un récit relayé par la presse internationale) et que sa vie privée avait été violée. 

    Le jugement tant attendu, rendu le 1er juillet dernier, a anéanti ces espoirs. La juge Miriam Hayman, après avoir examiné les témoignages médicaux et entendu les experts, a conclu qu'il n'y avait aucune preuve de risque imminent pour la vie de Prudente et qu'elle avait reçu les soins médicaux appropriés. En réalité, la juge Hayman a déclaré que Prudente s'était persuadée, à tort, qu'elle mourrait d'une septicémie si elle n'avortait pas, suite à des conversations avec des médecins favorables au droit à l'avortement. « Cette pauvre mère », a-t-elle écrit, « a été soumise à la peur et à une forte pression émotionnelle, craignant que l'on lui retire le bébé ou qu'elle ne meure. »

    Hayman a ensuite fustigé les militants pro-avortement pour avoir instrumentalisé l'affaire. « La Cour n'hésite pas à affirmer que cette femme a été utilisée par les prétendus défenseurs du droit à l'avortement pour faire avancer leur revendication de changements législatifs plus radicaux, sans tenir compte de son état émotionnel ni de celui du père », a écrit Hayman . Prudente, a-t-elle ajouté, « s'est pliée à leurs exigences ». Depuis l'échec de l'arrêt Prudente visant à légaliser l'avortement, des militants ont lancé une campagne de distribution illégale de pilules abortives.

    L'arrêt Prudente constitue un nouveau revers pour la stratégie de Savita. L'année dernière, trois médecins polonais ont été condamnés pour le décès, en 2021, d'Izabella, une femme enceinte de trente ans. Des militants avaient affirmé que sa mort était due à un refus d'avortement, et d'importantes manifestations pro-avortement avaient secoué la Pologne. Dans cette affaire également, l'enquête a conclu qu'Izabella était décédée d'une septicémie et que la faute médicale, et non le refus d'avortement, était en cause. Les militants espéraient que ce procès ferait chuter le régime pro-vie polonais.

    Pourtant, l'idée que les lois ne peuvent protéger à la fois les femmes et leurs enfants à naître reste puissante et persuasive. Aux États-Unis, les militants pro-avortement ont exploité cet argument avec succès lors des référendums d'État, et les médias l'ont relayé sans relâche . Une stratégie similaire est employée dans les pays en développement. Les militants pro-avortement instrumentalisent les morts tragiques pour réclamer des avortements volontaires ; ils brandissent le sang et en demandent davantage. Le fait que Malte (avec la Pologne) affiche l'un des taux de mortalité maternelle les plus bas au monde tout en protégeant les enfants à naître prouve qu'il ne s'agit là que de propagande. 

  • (France) Loi fin de vie votée : face à un choix de rupture, renouveler notre engagement au service de la vie

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    Du site de l'Egise catholique en France :

    Communiqué de presse

    Loi fin de vie votée : face à un choix de rupture, renouveler notre engagement au service de la vie

    Ce 15 juillet 2026 marque une rupture grave dans l’histoire de notre pays. En choisissant de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, les députés ont inscrit dans la loi française la possibilité de provoquer la mort. Ce choix rompt avec la longue tradition du soin dont la vocation est de soulager la souffrance et d’accompagner chaque personne jusqu’au terme naturel de sa vie.

    Depuis quatre ans, avec les évêques de France, nous avons participé de façon sérieuse et responsable au débat sur la fin de vie, par l’expression de nos convictions et en dialogue avec tous. Forts de l’expérience multiséculaire de l’Église dans l’accompagnement des personnes malades, des mourants et de leurs familles, nous avons tenu à partager nos réflexions sur la dignité de toute vie humaine. Le Président de la République avait annoncé un débat serein, éclairé et respectueux mais force est de constater que les enjeux politiques, idéologiques et sans doute même économiques, déguisés par des mots trompeurs, ont eu raison de cette ambition. Une question aussi essentielle pour notre pacte social méritait pourtant que les conséquences humaines, médicales, éthiques et sociales de l’euthanasie et du suicide assisté soient pleinement considérées.

    Les effets d’une telle législation ne se mesurent pas encore mais ils se dessinent déjà. Notre rapport à la vulnérabilité, à la vieillesse, au handicap ou à la maladie, changera. Le lien de confiance entre les générations mais aussi entre les soignants, les patients et leurs familles sera dégradé et le regard de la société sur la fragilité, abîmé. Les plus pauvres risquent d’être les premiers à en payer le prix : ne voulant pas être une charge pour leurs enfants ou petits-enfants, les personnes âgées en précarité pourraient se sentir poussées à partir. En outre, l’expérience d’autres pays montre que les critères d’accès à l’aide à mourir tendent toujours à s’élargir, au détriment des soins palliatifs.

    Par-delà la désapprobation, ce vote du 15 juillet nous appelle donc à un engagement renouvelé, avec les familles, les soignants, les bénévoles, les proches aidants, les associations, les aumôniers, pour témoigner qu’une autre voie est possible, celle d’une présence fidèle et d’un accompagnement attentif qui apaisent les souffrances physiques ou psychologiques, sans jamais abandonner quiconque.

    La Conférence des évêques de France exprime sa profonde gratitude à tous ceux qui, chaque jour, servent les personnes malades, handicapées, âgées ou en fin de vie. Elle encourage aussi les établissements catholiques de soin à être des témoins fidèles de l’indispensable attention éthique au respect des valeurs humaines fondamentales, en s’abstenant de comportements clairement illicites d’un point de vue moral, en vertu de la dignité de toute vie humaine.

    Enfin, elle suivra avec attention les saisines annoncées du Conseil Constitutionnel ainsi que les contributions volontaires associatives, afin que soit garanti en particulier le respect de l’éthique des établissements engagés dans l’accompagnement de personnes en fin de vie et qui excluent le recours à l’euthanasie ou au suicide assisté.

    Les catholiques de France continueront, avec beaucoup d’autres hommes et femmes de bonne volonté, croyants ou non, à servir la vie. Ils le feront animés par la ferme espérance que leur donne l’Évangile, sans esprit de résignation ni d’affrontement, convaincus que la grandeur d’une société ne réside jamais dans le fait de donner la mort aux plus fragiles, ou leur permettre de se la donner, mais au contraire de les accompagner, par une fraternité réelle, jusqu’au bout. Car le Christ en qui ils croient est venu pour que le monde ait la vie.

    Cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, président de la Conférence des évêques de France

    Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tours, vice-président de la Conférence des évêques de France

    Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise, vice-président de la Conférence des évêques de France

  • Le 460e anniversaire de la mort de Bartolomé de Las Casas, l’« apôtre des Indiens »

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    De Josef Bordat sur le Tagespost :

    Il s'est reconnu dans le « suceur de sang »

    Bartolomé de Las Casas est décédé le 18 juillet 1566. Après la conquête de l'Amérique latine, ce dominicain s'est engagé, en tant que missionnaire et évêque, en faveur des droits des populations autochtones.

    Bartholomé de Las Casas

    Bartolomé de Las Casas
    Photo : domaine public / Wikimedia Commons | Connu pour sa défense des Indiens d'Amérique : Bartolomé de Las Casas

    18 juillet 2026

    Juillet 2015 : le pape François se rend en Bolivie. Dans son discours prononcé lors de la « Rencontre mondiale des mouvements populaires » au parc des expositions « Expo Feria » de Santa Cruz de la Sierra, François a évoqué le colonialisme. Il en fustige les nouvelles manifestations et présente, au nom de l’Église, des excuses pour le colonialisme historique : « Nous disons donc non aux formes anciennes et nouvelles de colonisation. Nous disons oui à la rencontre entre les peuples et les cultures. Heureux ceux qui œuvrent pour la paix. Et ici, je voudrais m’arrêter sur un sujet important. En effet, quelqu’un pourrait dire à juste titre : “Quand le pape parle de colonialisme, il oublie certains actes de l’Église”. Je vous le dis avec regret : Au nom de Dieu, de nombreux péchés graves ont été commis contre les peuples autochtones d’Amérique. Mes prédécesseurs l’ont reconnu, le CELAM, le Conseil épiscopal latino-américain, l’a dit, et moi aussi, je tiens à le dire. À l’instar de Jean-Paul II, je demande que l’Église – je cite – « s’agenouille devant Dieu et lui demande pardon pour les péchés de ses enfants du passé » 

    S’il est essentiel, en tant qu’Européen, d’avoir conscience de l’histoire coloniale sanglante de l’Amérique latine, il est tout aussi discutable de la qualifier d’« histoire de l’Église » ou, comme l’a dit François, d’« actions de l’Église ». N’y a-t-il vraiment pas la place d’une feuille de papier entre les intérêts politiques et économiques des conquérants et l’action des missionnaires chrétiens ? Dans les débats publics actuels, notamment sur les réseaux sociaux, qui s’appuient sur une connaissance plutôt superficielle de l’histoire de l’Église, cela ne semble faire aucun doute. Le réflexe « C’est la faute de l’Église ! » s’impose avec force.

    Du soldat au prêtre

    En y regardant de plus près, on découvre une réalité un peu plus complexe, qui conduit à un jugement plus nuancé. Il est vrai que de nombreux (trop nombreux) missionnaires, qui étaient en réalité venus prêcher l’Évangile de l’amour, se sont comportés comme des membres à part entière de la société coloniale. Mais il est également vrai que certains missionnaires ont critiqué cette société coloniale et ont voulu en changer les règles du jeu. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute le dominicain Bartolomé de Las Casas, dont le 460e anniversaire de la mort est l’occasion de rappeler l’engagement exceptionnel de l’« apôtre des Indiens ».

    Las Casas est né le 11 novembre 1484 à Séville, ville portuaire espagnole. En 1497, il partit pour Grenade en tant que soldat. Plus tard, il entreprit des études de latin à Séville, puis suivit brièvement des cours de droit et de théologie à Salamanque. En 1502, il s’engagea comme conquistador (conquérant) pour les terres nouvellement découvertes, se rendit à Hispaniola, devint conseiller du gouverneur et se vit attribuer, en récompense de sa participation couronnée de succès à plusieurs opérations militaires, une encomienda (propriété foncière avec des esclaves) près de La Concepción de la Vega. Après avoir obtenu en 1506, lors d’un bref voyage en Europe, une licence en droit en Espagne et avoir été ordonné prêtre à Rome, il continua à mener à Hispaniola la vie d’un propriétaire terrien, s’occupant de la gestion et de l’agrandissement de ses biens, tout en assumant les fonctions de prêtre. En 1512 et 1513, il participa, en tant qu’aumônier de campagne, à la conquête sanglante de Cuba menée par Diego de Velázquez.

    L'échec des premières tentatives de réforme

    Un tournant décisif eut lieu en 1514. Alors qu’il préparait un sermon, Las Casas tomba sur un passage du livre de Jésus Sirach qui évoquait les offrandes hypocrites, le sort difficile des pauvres et le traitement injuste que leur infligeaient des « sangsues » exploiteuses. Las Casas se reconnaît, ainsi que ses Indiens, dans ces mots. Il renonce alors publiquement à ses propriétés foncières très rentables et est nommé en 1515 procureur général, une instance de médiation entre les intérêts espagnols et les besoins des peuples autochtones. En 1518 et 1519, il entreprit de nombreux voyages à travers l’Espagne afin de rendre compte de la situation dans les colonies et de promouvoir son programme de réforme, dont l’axe central, sur le plan de la politique coloniale, consistait en l’abolition du système de l’encomienda (et donc de l’esclavage) ; sur le plan de la théologie missionnaire, il visait un retour à une évangélisation pacifique et humaniste, dans l’esprit de la mission confiée par Jésus. En février 1521, il revint en Hispaniola et œuvra, au cours des années suivantes, à une telle évangélisation des Indiens.

    Avant de se consacrer à l'étude approfondie d'ouvrages théologiques, historiques et juridiques, il entra dans l'ordre des Dominicains en 1522 et trouva au couvent de Saint-Domingue, sur l'île d'Hispaniola (aujourd'hui Haïti et République dominicaine), un lieu propice au travail dans le calme. Cinq ans plus tard, dans la ville portuaire de Puerto de la Plata, au nord de l’île, il fonda un nouveau couvent et y commença la rédaction de son « Histoire des Indes occidentales », dans laquelle il dénonçait les conquérants espagnols comme des criminels. En 1531, Las Casas rédigea une « Lettre au Conseil des Indes ». Il y affirmait clairement que l’évangélisation non violente des Indiens devait primer sur les intérêts économiques des Espagnols. En 1534, il écrivit à nouveau au Conseil des Indes pour rendre compte des succès de son approche pacifique.

    Une controverse aux conséquences importantes

    En 1540, Bartolomé de Las Casas se rendit en Espagne afin de faire adopter par la Cour son projet pour l’ensemble des Amériques. Ses idées y furent accueillies favorablement. En 1542, l’empereur Charles Quint institua une commission chargée d’élaborer une législation visant à réorganiser l’administration coloniale. Las Casas devint membre consultatif de cet organe. Les « Nouvelles Lois », adoptées le 20 novembre 1542, portent donc également sa marque. Le 30 mars 1544, Las Casas est ordonné évêque du Chiapas (Mexique) à Séville et retourne en Amérique latine en juillet de la même année. Il est le deuxième évêque de ce diocèse, qui porte depuis 1964 le nom de San Cristóbal de Las Casas en sa mémoire. En tentant d’appliquer les Nouvelles Lois dans son diocèse, le nouveau pasteur se heurta à une résistance acharnée de la part de la société coloniale. Comme la Couronne ne craignait rien de plus qu’une baisse de ses recettes due à des colonies rebelles, Charles abrogea les « Nouvelles Lois » en 1545. Les premiers efforts de réforme avaient échoué.

    Humanité et droits de l'homme

    Las Casas réagit à ce revirement en rédigeant un manuel de confession dans lequel il dénonce clairement les manquements des Espagnols. En 1547, il quitta l'Amérique latine et fut réintégré en Espagne dans ses fonctions de « Procurador de los Indios ». Dans les « Trente principes juridiques » de 1547 et dans le « Traité sur la justification de la souveraineté impériale », achevé en 1549, Las Casas tente de concilier les revendications de la couronne espagnole avec le droit à l’autodétermination des Indiens. Dans ce contexte, il défend une conception révolutionnaire selon laquelle la souveraineté constitue un droit naturel tant pour les croyants que pour les non-croyants et que, par conséquent, les rapports de pouvoir chez les non-croyants (ici : chez les populations indigènes d’Amérique) doivent également être respectés.

    Son engagement n’est pas resté sans conséquences à la cour : en 1550, Charles Quint convoque une commission à Valladolid, dans le nord de l’Espagne (« Junta de Valladolid »), afin de débattre des conditions éthiques, théologiques et juridiques de la pratique coloniale espagnole jusqu’alors, et d’aborder en particulier les méthodes de proclamation de la foi ainsi que les conditions préalables à la conquête de territoires peuplés. À Valladolid, un débat s'engage entre Bartolomé de Las Casas et son confrère, Juan Ginés de Sepúlveda, adversaire acharné sur la question coloniale ; ce débat revêt une importance historique capitale pour la conception missionnaire de l'Église, mais aussi pour la conception européenne de la domination et du droit ; aux côtés de Francisco de Vitoria, également dominicain, Las Casas et Sepúlveda forment un trio influent de la scolastique baroque espagnole, qui a développé les premières ébauches d’une transformation du droit international, passant de l’« ius gentium » antique au « ius inter gentes » moderne.

    Dans son « Apologie », qui culmine dans un « Manifeste de l'humanité », Las Casas expose, face à Sepúlveda, le principe selon lequel tous les êtres humains, les Indiens tout autant que les Espagnols, sont dotés par Dieu de raison et de libre arbitre. C’est pourquoi il fallait leur rendre leur liberté et mettre fin à l’oppression et à l’exploitation. Ce point de vue a ouvert la voie à l’établissement des droits de l’homme universels aux XVIIe et XVIIIe siècles. Las Casas s’intéressait à la culture et à la vie des personnes auxquelles il souhaitait transmettre le message de Jésus. Il s’efforçait de comprendre leurs mœurs et leurs coutumes afin de leur transmettre l’Évangile dans un esprit de reconnaissance et d’amour – il rejetait catégoriquement toute forme de prosélytisme forcé. Il peut donc être considéré comme un modèle de mission de paix respectueuse des cultures. Et comme un exemple d’humanité qui sait voir plus loin que le bout de son nez.

    L’auteur est philosophe et vit à Berlin.

  • La France a touché le fond en matière d'inhumanité

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    De Stefan Rehder sur le Tagespost :

    La France a touché le fond en matière d'inhumanité.

    Ceux qui glorifient le suicide assisté et l'euthanasie comme des « œuvres de miséricorde » se jettent du sable dans les yeux, les leurs comme ceux des autres.

    16 juillet 2026

    Après les Pays-Bas et la Belgique (tous deux en 2002), le Luxembourg (2009), le Canada (2016), l'Espagne et la Nouvelle-Zélande (tous deux en 2021), et l'Autriche (2022), c'est au tour de la France. Même si le temps presse avant l'entrée en vigueur de la loi votée hier par l'Assemblée nationale à Paris – sous réserve de l'approbation du Conseil constitutionnel –, une chose est indéniable.

    Le suicide assisté, euphémisme pour « euthanasie », et l'euthanasie sont en hausse dans les sociétés occidentales. Cela s'explique aisément : le refus persistant des États de trouver des solutions politiques viables à la catastrophe démographique qui se profile depuis des décennies a des conséquences désastreuses.

    L’allongement de l’espérance de vie dû à l’accroissement de la prospérité et aux progrès médico-techniques, conjugué à l’érosion des modèles familiaux stables causée par un individualisme débridé, exige des solutions : la plus primitive et la moins coûteuse d’entre elles est l’injection létale.

    Ce n’est pas une profonde malice, mais un manque de prévoyance, une complaisance persistante et un manque d’idées, ainsi qu’une prise de conscience décroissante de la dignité véritablement royale des êtres humains, qui, malheureusement, n’a jamais été de notoriété publique, qui ont aujourd’hui conduit la France au fond du gouffre de l’inhumanité.

    À tout le moins : le fait que la loi, malgré de nombreux amendements, ait échoué de façon spectaculaire à trois reprises au Sénat de la « Grande Nation » et ait même incité des intellectuels comme Michel Houellebecq (« La Mer noircie par le sang ») à exprimer publiquement leur opposition dans Le Figaro, montre que, même au-delà des communautés pro-vie concernées, il existe un malaise considérable quant à la voie empruntée par le président Emmanuel Macron .

    Malheureusement, tout cela ne change rien au fait que la compréhension que faire le bien, ce qui implique de renoncer à la satisfaction immédiate de tous ses besoins, exige des efforts et (conséquence du péché originel) n'est plus chose facile et spontanée, risque de disparaître de la mémoire collective des sociétés occidentales. Des millions d' avortements ont habitué de larges pans de la société à ne plus considérer le meurtre d'êtres humains sans défense comme un scandale flagrant. Et en effet, il faut se demander : si l'on a le droit de tuer un veau, pourquoi pas une vache ?

    En réalité, comme l'écrivait si justement le regretté philosophe Robert Spaemann dans un essai éponyme, « il n'existe pas de meurtre justifié ». Toute relativisation de l'interdiction de tuer, consciente ou inconsciente, s'accompagne invariablement de l'affirmation : « Tu n'existeras pas. » Cela reste vrai même dans les cas de meurtre commis sous prétexte de compassion. Et nul n'a le droit de proférer une chose aussi monstrueuse, que ce soit à soi-même ou à autrui.

    Dans son encyclique « Evangelium vitae », le pape saint Jean-Paul II a élevé cette même idée à un niveau encore plus élevé : « La vie, et surtout la vie humaine, appartient à Dieu seul ; par conséquent, celui qui cherche la vie humaine cherche la vie de Dieu. » Qui voudrait être à la place de Macron, ou à celle de ces députés qui ont voté hier pour la nouvelle loi ?

  • Fin de vie : l'Église de France envisage des recours contre l'aide à mourir

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    De Jean-Charles Putzolu sur Vatican News :

    L'Église de France envisage des recours contre l'aide à mourir

    À Paris, l’Assemblée nationale a définitivement adopté, mercredi soir 15 juillet, la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir. Un texte auquel, tout au long des 4 dernières années de débat, l’Église s’est opposée, estimant qu’un frère ne peut donner la mort à d’autres frères.

    Mercredi soir, peu après l’adoption définitive de la loi sur le droit à l’aide à mourir, l’Église de France regrettait un choix en rupture avec la longue tradition du soin dont la vocation est de soulager la souffrance et d'accompagner chaque personne jusqu'au terme naturel de sa vie. Les évêques rappellent leur participation au dialogue autour de ce débat depuis 4 ans, soulignant l'expérience multiséculaire de l'Église dans l'accompagnement des malades, des mourants et de leurs familles. Ils estiment que les effets d'une telle législation modifieront le rapport à la vulnérabilité, à la vieillesse, au handicap ou à la maladie. Mais ils ne baissent pas les bras, l’histoire n’est pas terminée, estiment-ils. Un nombre significatif de recours est possible. Entretien avec Mgr Mathieu Rougé, évêque de Nanterre et porte parole des évêques de France sur la fin de vie.

    Mgr Matthieu Rougé, concernant la clause de conscience, comment s'articule-t-elle pour les établissements catholiques?

    La loi, telle qu'elle est votée, prévoit une clause de conscience pour les médecins. Cependant, il est dommage qu'elle ne prévoit pas une clause de conscience pour les pharmaciens qui, en cas de suicide assisté à domicile, serviront bon gré mal gré de lieu de dépôt du produit létal. En revanche, le point le plus préoccupant, au-delà du fait même de l'autorisation d'euthanasie assistée, c'est que les établissements dont la charte éthique ou le passé confessionnel réprouve la pratique d'euthanasie, seront tenus de l'accueillir dans leurs murs. Il ne s'agit pas d'une clause de conscience parce que la conscience touche la personne. Il s'agit d'une clause d'établissement.

    Sur ce point, le gouvernement avait donné quelques assurances à l'épiscopat français qui n'ont pas pour l'instant été tenues. Il y a beaucoup de préoccupation de la part d'établissements congréganistes ou d'origine congréganiste. Je pense en particulier aux Petites Sœurs des pauvres, mais aussi aux sœurs de saint Thomas de Villeneuve, protecteur des maternités catholiques. Il y a aussi des établissements comme Jeanne Garnier à Paris. Il faut vraiment espérer que dans les semaines qui viennent, les différents recours permettront que soit effectivement établie une clause d'établissement, pour que les établissements dont l'histoire, le présent ou la charte éthique réprouvent la mort provoquée, puissent persévérer dans leur mission et dans leur éthique.

    Mercredi 15 juillet, la Conférence des évêques a publié un communiqué signé par le président et deux vice-présidents de la conférence, qui exprime à la fois notre tristesse et notre préoccupation. Dans ce genre de loi, on ne mesure pas toutes les conséquences en termes de fraternité, de vie en société, d'élargissement progressif des critères. Il faut donc une grande vigilance. Maintenant, il s'agit d'avancer, notamment en veillant sur la liberté effective des établissements, sur le respect de leur charte éthique, en encourageant et en suivant de très près tous les recours que j’ai mentionnés.

    Il y a des personnes en situation de solitude, de faiblesse, de vulnérabilité, qui sont isolées, seules et qui ne peuvent pas être accompagnées. Devant une question fondamentale de la vie humaine, ces personnes vont se retrouver seules face à un choix en fin de vie: vivre ou mourir…

    La réponse des chrétiens au vote d'une loi comme celle-ci n'est pas seulement une réprobation morale, c'est aussi une exigence d'engagement. Voilà pourquoi, dans le communiqué que nous avons publié mercredi soir et dans les différentes prises de parole des uns ou des autres, avant même le vote de la loi, mais plus encore après, nous encourageons au maximum les chrétiens à s'engager toujours davantage auprès des personnes en situation de fragilité, dans la solitude et la précarité. C'est d'abord par la fraternité active que nous répondrons au désir d'en finir, qui parfois traverse le cœur de personnes en grande difficulté et en grand isolement. Notre réponse n'est pas seulement de l'ordre de la posture morale, elle est fondamentalement de l'ordre de l'engagement fraternel. C'est vraiment cela que nous voulons dire. Que les chrétiens de France, au-delà de la loi qui n'est jamais que la loi, s'engagent toujours davantage sur un chemin de fraternité. C'est ce qui nous permettra d'éviter que la mort provoquée prenne une place démesurée dans notre pays.

    Mercredi 15 juillet a lieu en France le vote solennel sur la fin de vie. Un projet de loi qui est loin de faire l'unanimité au sein des chambres parlementaires car il pose de ...

    Dans deux mois, la France recevra la visite du Pape Léon XIV. Quelle parole de sa part attendez-vous sur cette question?

    Alors, je suis sûr que le Pape va nous dire des choses très importantes dans beaucoup de domaines, et notamment dans celui-là. Il a eu des paroles très fortes récemment à Rome, mais aussi en Espagne. J'ai beaucoup cité ces derniers jours une phrase très forte de don cyclique, Magnifica Humanitas, dans laquelle il déclare que le premier des droits, qui conditionne tous les autres, est le droit à la vie, et quand l’euthanasie est votée, ce droit à la vie est largement entamé. Je pense aussi à la déclaration du Saint-Siège, Samaritanus bonus, de 2020, qui est un texte très important sur ce sujet. Par conséquent, je suis sûr que le Pape va dire des choses fortes à la fois aux chrétiens, pour les aider à s'engager auprès des personnes en situation de fragilité, mais aussi à toute notre société. Bien sûr, nous aurions été heureux de l'accueillir dans un contexte législatif plus favorable, mais sa parole, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, va nous être très précieuse et nous l'attendons avec beaucoup d'impatience.

  • Le 15 juillet, le jour où le Parlement français a décidé qu'il peut être mis fin légalement à une vie humaine. Par 291 voix contre 241

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    De gènéthique.org :

    « Nous sommes le 15 juillet, le jour où le Parlement français décide qu'il peut être mis fin légalement à une vie humaine. » Par 291 voix contre 241

    15 juillet 2026

    « Nous sommes le 15 juillet, le jour où le Parlement français décide qu'il peut être mis fin légalement à une vie humaine. » Par 291 voix contre 241

    « Vous venez de décider démocratiquement d’une évolution sociétale majeure comme nous en avons connu peu dans notre histoire. Vous avez dit oui à 4 reprises, et aujourd’hui de manière définitive. » Ainsi concluait Laurent Panifous, ministre chargé des Relations avec le Parlement et fervent défenseur du « droit à l’aide à mourir », après le vote solennel intervenu ce 15 juillet. Sans souligner que seuls 291 députés se sont prononcés en faveur du texte, soit 50,4% de la représentation nationale qui compte 577 élus[1]. Un nombre qui s’est encore réduit par rapport à la précédente lecture (cf. « Dans une avalanche aucun flocon ne se sent responsable » : les députés adoptent le « droit à l’aide à mourir » pour la 3e fois). Ce 15 juillet, 241 élus se sont prononcés contre la proposition de loi, et 29 se sont abstenus. Le 30 juin, 232 voix contre et 35 abstentions avaient été recensées.

    L’enterrement des valeurs républicaines

    Au lendemain de notre fête nationale, 291 députés ont ainsi choisi d’entériner une fausse « liberté » qui ne propose pas d’alternative, une pseudo-égalité qui ne tient que face à la demande d’« aide à mourir » mais pas face à l’accès aux soins, et une « fraternité » qui abandonne. Reléguant la protection des plus fragiles aux oubliettes d’une « grande loi républicaine, de progrès et d’humanité » comme l’ont vantée ses promoteurs. « Nous sommes le 15 juillet, le jour où le Parlement français décide qu’il peut être mis fin légalement à une vie humaine », déclarera solennellement Justine Gruet (DR).

    C’est donc malgré trois rejets du Sénat, l’alerte du comité des personnes handicapées de l’ONU (cf. « Aide à mourir » : le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU épingle la France), la multiplication des interpellations des soignants (cf. Claire Fourcade : depuis le mois de juin, « il n’y a pas eu un seul patient ni une seule famille qui m’ait demandé où en était ce projet de loi »), des « éligibles » (cf. Fin de vie : « Nul ne devrait avoir à choisir entre souffrir et mourir »), des collectifs anti-validistes, d’élus de gauche (cf. A mes amis députés de gauche qui ont voté la loi « sur la fin de vie » mais reviendront sur leur décision lors du prochain vote) et de nombreux citoyens (cf. « Si vous doutez, votez non » : l’« appel du 28 juin » aux députés) que le « droit à l’aide à mourir » a été adopté. Malgré aussi – ou grâce ? -à l’annonce de la saisine du Conseil constitutionnel par le Premier ministre à la veille de l’ultime lecture, révélant les craintes vis-à-vis de la proposition, au sein même du gouvernement (cf. « Aide à mourir » : Sébastien Lecornu sort enfin du silence et annonce qu’il saisira le Conseil constitutionnel si le texte est voté). « Pour bien sécuriser certains sujets largement débattus de ce texte et pour s’assurer que l’application de la loi une fois votée se fasse dans le plein respect de nos principes fondamentaux, et particulièrement la dignité humaine, le Premier ministre saisira le Conseil constitutionnel », a déclaré Camille Galliard-Minier, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, à la tribune de l’Assemblée nationale. Certains « sujets » ne seraient donc toujours pas « bien sécurisés » ?

    « Vous pouvez être pour l’aide à mourir mais nous devons être contre ce texte »

    Cette lecture définitive n’aura suscité aucune surprise. « Ce 15 juillet 2026 marquera l’histoire de notre pays. Un jour où notre devise républicaine va une nouvelle fois être consacrée dans la loi. » « Puisse la laïcité, dans son sens le plus noble, le plus universel, entrer dans cet hémicycle. » Entre déclarations grandiloquentes comme celles de Stéphane Delautrette (Socialistes et apparentés) ou de Sandrine Rousseau (Ecologiste et social), hommages appuyés et répétés à Olivier Falorni (Les Démocrates), et rappels lancinants du « droit à disposer de son corps », des appels à l’humilité, à écouter les doutes, ont tenté de se faire entendre.

    « Vous pouvez être pour l’aide à mourir mais nous devons être contre ce texte », interpelle Olivier Fayssat (UPR), soulignant ses dangers. « Vous construisez ici – et c’est tellement surprenant venant de la gauche de cet hémicycle – un modèle de société de la loi du plus fort, le pouvoir de l’homme sur l’homme », alerte quant à elle Justine Gruet.

    Le début d’une nouvelle étape

    Mais le combat n’est pas terminé. Les promoteurs du texte d’ailleurs ne s’en cachent pas : ils veulent déjà « aller plus loin ». Accès aux mineurs, aux personnes en situation irrégulière, introduction des directives anticipées ou encore instauration d’un délit d’entrave, les sujets ne manquent pas et Sandrine Rousseau ou Karen Erodi (LFI – NFP) sont déjà sur les rangs. « L’accompagnement vers la fin de vie fait pleinement partie des missions qui incombent aux soignants », déclare de son côté Nicole Dubré-Chirat (EPR). Elle indique compter sur leur « sens des responsabilités ». La clause de conscience des soignants serait-elle déjà menacée ?

    Le combat n’est pas non plus terminé chez les opposants au texte. Loin s’en faut. En effet, ce sont d’ores et déjà trois saisines du Conseil constitutionnel qui ont été annoncées : celle de Sébastien Lecornu, celle du président du Sénat, Gérard Larcher, mais aussi celle de 60 sénateurs. Une quatrième, venue des rangs des députés, pourrait s’y ajouter. Et quelle que soit la décision des Sages, l’élection présidentielle arrivera à grands pas. Des candidats pourraient envisager d’abroger un texte tout juste entré en vigueur.

    Evoquant d’autres réformes « sociétales » – la loi Veil, le mariage pour tous, la PMA pour toutes – la rapporteur général Philippe Vigier (Les Démocrates) a interpellé ses collègues : « Au final, qui proposera en 2027, aux présidentielles, de revenir sur un de ces textes ? Je mets au défi qui que ce soit de le faire. » Chiche ?

    [1] Scrutin public n°8280 sur l’ensemble de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir (lecture définitive)

  • Le sélectionneur espagnol avant la demi-finale : « Je prie tous les jours, mais pas parce que je suis à une Coupe du monde. »

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    De Nicolás de Cárdenas sur ACI Prensa :

    Le sélectionneur espagnol avant la demi-finale : « Je prie tous les jours, mais pas parce que je suis à une Coupe du monde. »

    Luis de la Fuente, sélectionneur de l'équipe nationale espagnole de football. |Crédit : FIFA.

    Luis de la Fuente, sélectionneur de l'équipe nationale espagnole de football. |Crédit : FIFA.

    14 juillet 2026

    Le sélectionneur de l'équipe nationale espagnole, Luis de la Fuente, a révélé mardi comment il prie Dieu et ce qu'il lui demande avant la demi-finale de la Coupe du monde. Il a fait ces déclarations lors de la conférence de presse précédant le match de l'Espagne au stade de Dallas.

    Lors d'une apparition publique, l'entraîneur espagnol a été interrogé sur ses fortes convictions religieuses et sur sa façon de prier Dieu, moins de 24 heures avant de disputer un match décisif pour une place en finale contre l'équipe nationale française.

    « Je prie tous les jours, mais pas parce que je participe à une Coupe du monde ou parce que j'essaie d'obtenir un résultat », a expliqué le directeur technique de l'équipe espagnole.

    « Je rends grâce chaque jour, chaque matin je me réveille en pleine forme. Je me regarde et je me dis : Encore une journée pour profiter de la vie. Je suis reconnaissante pour ces petites choses. Je prie parce que je prie tous les jours, non pas pour qu'Il m'aide davantage », a-t-elle expliqué.

    Luis de la Fuente considérait également que, dans un match d'une telle importance, « il serait injuste de lui demander de m'aider et de ne pas aider l'adversaire ».

    « Je demande d'autres choses : la santé avant tout, et le reste, qu'on me donne les moyens de continuer à me battre. C'est ce que je veux. Si je suis en bonne santé, je n'ai aucun problème à me battre. Je suis un guerrier et je me bats contre tout, mais seulement si je suis en bonne santé. Si je n'étais pas en bonne santé, alors là, il y aurait un problème », a-t-il ajouté.

    Luis de la Fuente est connu pour exprimer ouvertement sa foi catholique. À plusieurs reprises, il a expliqué que, bien qu'ayant reçu une éducation religieuse au sein de sa famille, c'est à l'âge adulte qu'il a embrassé cette foi librement et consciemment.

    De plus, il a clairement indiqué que s'il se signe avant les matchs, « ce n'est pas de la superstition », mais une expression naturelle de ses convictions, loin d'être une manie.

    L'entraîneur est un fervent dévot du Christ de l'Expiration, connu sous le nom d'El Cachorro à Séville, et de la Vierge de La Vega, sainte patronne de Haro, sa ville natale.

    Lire également : Le parcours de l'Espagne en Coupe du monde, porté par la confiance de son sélectionneur.