Du Journal du Dimanche via le site "Pour une école libre au Québec" :
Dénatalité : «Les vraies raisons ne sont pas économiques»
4 février 2026
La défécondité repose sur l'absence de valeur accordée à la transmission de la vie.
Il est parfaitement normal que certains traumatismes, notamment l’inceste, dissuadent à jamais d’enfanter. Mais il est en revanche profondément malsain d’ériger en vérité politique l’idée que la maternité serait un asservissement. Ce n’est qu’un point de vue. J’éduque trois enfants, et le mien est évidemment tout autre. Pour moi, la maternité est un accomplissement, en dépit de l’immense fatigue liée au fait de devoir travailler à temps plein… Car ce n’est pas le bébé le problème, mais le système dans lequel on devient mère, et l’isolement des couples. C’est la perte des liens intergénérationnels, l’éloignement géographique ou l’indifférence à l’autre dans les grandes villes…
Et rien ne s’arrange. À l’heure des solidarités affichées et de la tolérance inclusive, la vérité est bien sinistre : cours d’école interdites, wagons sans enfants (plutôt que wagons réservés aux tout-petits avec un environnement adapté à leur taille et à leurs besoins), secrétariats médicaux que vous appelez après un test de grossesse et qui vous demandent directement si c’est pour un avortement…
Les vraies raisons de la défécondité ne sont pas économiques. Même s’il est évident que mes parents ont assumé quatre enfants avec un seul salaire, alors qu’un couple qui travaille peine désormais à loger correctement deux ou trois enfants dans une grande ville. Mais l’argument cache l’immense arnaque de la modernité. Celle qui fait croire aux femmes qu’elles seront libres, épanouies, émancipées en étant célibataires, puissantes économiquement et sans descendance.
Il n’est d’existence sans liens, et l’on nous vend pourtant l’autonomie comme l’alpha et l’omega du bonheur… Nous savons pourtant que la vie n’a de saveur que par les relations. Les bébés carencés se laissent dépérir ; les vieillards isolés souffrent de syndromes de glissement ; les adultes trop longtemps seuls dépriment et s’angoissent… En imposant une anthropologie matérialiste et individualiste, la modernité a perdu l’homme en le coupant de sa nature véritable. Celle à partir de laquelle, seulement, il peut à la fois s’accomplir et être heureux. Or c’est parce que l’on sent l’immense valeur de l’existence, et son sens, que l’on enfante.
Cela ne veut pas dire qu’une femme ne saurait être heureuse sans être mère ou sans être mariée. En revanche, cela signifie qu’une société qui crée des espaces interdits aux enfants et ne présente l’interdépendance dans le couple que sous l’angle du risque d’emprise perçoit uniquement le lien familial sous l’angle de la soumission/domination, de la charge logistique, de la frustration. Une société qui se presse de donner 2 000 euros par mois et par enfant aux crèches, mais seulement 400 aux parents qui souhaitent prendre un congé parental, est une société qui pousse une vision erronée de ce qu’est l’homme.
« Pour donner la vie, il faut espérer, avoir confiance »
Pour donner la vie, il faut espérer. Avoir confiance, a minima, en soi, dans son couple et dans le monde à venir. Ce n’est pas, rappelle Olivier Rey dans son essai récent Défécondité, l’argument économique qui prime. C’est cette absence d’espérance, de valeur accordée à la transmission de la vie. Mais c’est aussi cette maltraitance systémique du bébé et de sa mère, cette dépréciation de la vie, cette domestication de l’amour.
Aujourd’hui, avoir un enfant est perçu comme trop risqué. Parce qu’en lieu et place de l’espérance en un bien commun et désirable, nous avons été biberonnés au narratif de crise. Crise économique, migratoire, géopolitique, institutionnelle, sanitaire, écologique. Ce monde en crise n’est-il pas avant tout un monde en espérance d’enfants qui nous réconcilient avec une vie qui se désincarne et se désenchante à force d’être domestiquée ?




