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Société

  • « Magnifica humanitas ». Points communs et divergences entre le pape mathématicien et les technocrates de l’IA

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    « Magnifica humanitas ». Points communs et divergences entre le pape mathématicien et les technocrates de l’IA

    Lundi 25 mai, le pape Léon XIV présentera au monde sa première encyclique, « Magnifica humanitas », en compagnie de la théologienne anglaise Anna Rowlands de la Durham University, récompensée en 2023 du prix de la Fondation Joseph Ratzinger-Benoit XVI, ainsi que de l’entrepreneur américain Christopher Olah (photo), co-fondateur d’Anthropic. Ces deux personnes sont tout particulièrement engagées dans la résolution des questions importantes soulevées par l’intelligence artificielle, l’IA, auxquelles l’encyclique est consacrée.

    Signée par le pape Léon le 15 mai, à exactement 135 ans d’intervalle de la signature apposée par son prédécesseur et homonyme Léon XIII sur la première et historique encyclique « Rerum novarum » consacrée à la doctrine sociale de l’Église, « Magnifica humanitas » entend, elle aussi, répondre aux questions essentielles soulevées par la nouvelle révolution qui est en train de se jouer dans la société humaine : celle de l’intelligence artificielle.

    Anthropic n’est bien sûr pas la seule grande entreprise active dans le domaine. On peut également citer Palantir d’Alexandre Karp et Peter Thiel, OpenAI de Sam Altman ou encore xAI et Grok d’Elon Musk, chacune porteuse d’une vision techno-philosophique différente.

    Thiel a notamment fait parler de lui le mois dernier, à l’occasion de sa tournée à Rome pour un cycle de conférences à huis clos sur le thème de l’Antéchrist. Mais, au-delà de sa vision apocalyptique inspirée de René Girard, il pèse surtout politiquement par sa proximité avec JD Vance, le vice-président américain, converti à un catholicisme en rupture avec les orientations dominantes de l’Église. Vance est un critique acerbe d’une Europe qui, avec son AI Act adopté en 2024, prétend réguler l’intelligence artificielle au moyen de réglementations, en classant et en sanctionnant les risques de manière préventive. Une tentative illusoire dans un domaine en perpétuelle évolution.

    Anthropic, en revanche, s’inscrit dans une vision très originale, que l’Église de Rome suit avec attention. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le pape Léon a demandé à Olah de présenter « Magnifica humanitas ».

    Pour mieux comprendre cette vision, on peut reprendre mot à mot la description qu’en a faite dans le journal « Il Foglio » du 18 mai un grand expert en la matière, Carlo Alberto Carnevale Maffè, professeur de stratégie entrepreneuriale à l’Université Bocconi de Milan et qui est appelé à enseigner dans quelques-unes des universités les plus prestigieuses au monde, la Columbia University à la Wharton School, en passant par la Steinbeis University de Berlin et le St. Mary’s College en Californie.

    Les autres co-fondateurs d’Anthropic, en plus d’Olah, sont Dario Amodei, qui en est actuellement le PDG, ainsi que sa sœur Daniela. L’essai « Machines of Loving Grace » qu’ils ont publié à deux en 2024 exprime le mieux leur vision, qui n’est pas dénuée de dimension politique.

    « C’est un texte de 15 000 mots qui valent la peine d’être lus dans leur intégralité – écrit le professeur Carnevale Maffè  — avant d’exprimer le moindre jugement sur la Silicon Valley. Leur thèse est nette : ‘Nous ne voyons aucune raison structurelle pour laquelle l’IA devrait favoriser de préférence la démocratie et la paix’. C’est un aveu qu’aucun de leurs collègues n’a eu le courage de formuler avec autant de clarté et qui mériterait à lui seul qu’on y consacre un séminaire de philosophie politique ».

    « Amodei reconnaît – poursuit Carnevale Maffè – que l’IA peut renforcer la propagande et la surveillance, les deux instruments classiques des autocrates, et que les démocraties doivent par conséquent s’impliquer activement pour obtenir un avantage structurel, ne pouvant pas faire confiance à l’inertie technologique. Cette position sépare Amodei du déterminisme optimiste qui a dominé la pensée californienne des années 1990 avec cette idée, d’inspiration vaguement clintonienne, qu’internet aurait automatiquement exporté la démocratie (on se rappelle tous les ‘printemps arabes’ et les illusions qui ont suivi). Amodei démolit explicitement ce récit : ‘Internet a probablement avantagé l’autoritarisme, et pas la démocratie’. Il s’agit d’une correction historique importante et surprenante de la part d’un PDG américain du secteur ».

    D’où la proposition d’Amodei de mettre en œuvre ce qu’il appelle une « stratégie d’alliance ». « Il s’agit d’une coalition de démocraties qui s’assurent de garder la main sur l’IA à travers le contrôle de la filière des semi-conducteurs et l’action militaire stratégique (‘the stick’, le bâton) combinée à la distribution des bénéfices (‘the carrot’) pour déplacer les équilibres mondiaux ».

    Dans son essai suivant de 2025, « The Adolescence of Technology », Amodei a approfondi cette ligne « en ajoutant une inquiétude qui est devenue sa marque théorique », écrit encore le professeur Carnevale Maffè. « Le risque contre lequel il met en garde ce n’est pas seulement que les autocrates pourraient utiliser l’IA contre les démocraties, mais bien que les démocraties elles-mêmes, au nom de l’efficience, ne dérivent vers des formes de techno-autoritarisme interne. Le ‘country of geniuses in a datacenter’, selon la formule consacrée d’Amodei désormais entrée dans le lexique commun, est une utopie conditionnée : elle ne fonctionne que si les géométries institutionnelles sont capables de tenir le choc de la concentration de la puissance de calcul ».

    Parmi toutes les positions sur la table, commente Carnevale Maffè, « celle d’Anthropic est la plus résolument kantienne dans sa forme et churchillienne dans sa substance. Ce n’est pas un hasard qu’elle soit aussi la plus respectée dans les milieux académiques occidentaux et la seule, il faut le souligner, qui se soit préoccupée de se soumettre à la critique, en suscitant des débats publics tels que celui du Leverhulme Centre for the Future of Intelligence de Cambridge, qui a fourni une lecture sévère mais constructive de l’essai d’Amodei ».

    Les co-fondateurs d’Anthropic ne sont pas les seuls à agir en se laissant guider par une vision techno-philosophique. Alexander Karp, le PDG de Palantir, a un doctorat en théorie sociale de l’Université de Francfort et, dans son essai de 2025, qu’il signe avec Nicholas Zamiska, intitulé « The Technological Republic : Hard Power, Soft Belief, and the Future of the West », il écrit dans le ton d’un ex-élève de Jurgen Habermas et de l’École de Francfort. En pratique, sa thèse est que l’Occident a besoin de construire un complexe IA-industriel analogue au complexe d’industrie militaire de l’époque d’Eisenhower, s’il espère rester en lice dans la compétition cognitive avec les régimes autocratiques.

    Mais si Karp, avec Palantir, tient à maintenir, voire à renforcer, sa collaboration historique avec le gouvernement américain, il n’en va pas de même pour Olah et Amodei, dont la société, Anthropic, a été mise au ban par Donald Trump en février dernier après son refus de donner à l’armée américaine un accès illimité à sa technologie d’IA.

    Rien d’étonnant donc, à ce que le pape Léon, qui est déjà en délicatesse avec la Maison Blanche, ait justement demandé que ce soit Olah qui présente « Magnifica humanitas ». Il y a des points de convergence indéniables, en matière d’intelligence artificielle, entre la vision des cofondateurs d’Anthropic et celle de l’Église de Rome, ce que l’on peut d’ailleurs déjà constater dans le document « Antiqua et nova » du Dicastère pour la Doctrine de la foi de janvier 2025, et qui anticipe cette nouvelle encyclique.

    En effet, les nouveaux produits technologiques ne sont pas neutres, peut-on lire dans « Antiqua et nova » : « ils reflètent la vision du monde de leurs concepteurs, propriétaires, utilisateurs et régulateurs et, grâce à leur pouvoir, ils façonnent le monde et engagent les consciences au niveau des valeurs ». Cette critique, observe le professeur Carnevale Maffè, « est exactement celle qu’Habermas et l’École de Francfort auraient faite ». Léon XIV, le pape mathématicien de la Villanova University, « ne joue pas contre la Silicon Valley. Il joue avec la Silicon Valley intelligente contre une version plus grossière, chauvine et idolâtre ».

    Pour le dire autrement : « Si l’on accepte cette cartographie, la distance entre le personnalisme augustinien du pape Léon et le démocratisme prudent d’Anthropic est, au niveau des objectifs finaux, bien moindre que celle qui les sépare tous deux du trumpisme de Vance et du libertarisme de Musk ».

    Il convient également de mentionner les visions de Karp et de Thiel, plus discutables quant à elles, mais qu’on ne peut ignorer pour autant, dans l’optique de s’allier avec la partie saine de la techno-politique afin de réaliser une critique de la technocratie autoritaire.

    « C’est bien ce que l’Église a toujours su faire quand elle fonctionnait bien », conclut le professeur Carnevale Maffè. « Tenir ensemble thomistes et franciscains, jésuites et dominicains, au nom d’une vérité plus grande que toutes les écoles. Diversité des moyens, diversité des liturgies, diversité des cathédrales : le datacenter de Karp et la basilique de Saint Pierre. Mais l’ennemi est le même. Et l’histoire, quand elle veut être malicieuse, place les alliances les plus surprenantes dans les recoins les plus improbables ».

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • L’évêque de Ratisbonne met en garde contre l’effondrement de la foi en Allemagne : « Seulement 28 % croient que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. »

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    D'InfoVaticana :

    L’évêque de Ratisbonne met en garde contre l’effondrement de la foi en Allemagne : « Seulement 28 % croient que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. »

    L'entretien débute par une statistique particulièrement inquiétante : selon un sondage de l'Institut Allensbach cité au cours de la conversation, seuls 28 % des Allemands croient actuellement que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. Pour Voderholzer, cette situation révèle un problème plus profond qu'un simple déclin de la pratique religieuse.

    « Cela devrait nous inquiéter beaucoup. »

    L'évêque a directement lié ce déclin de la foi au processus de sécularisation qui touche l'Europe occidentale depuis des décennies.

    « C’est une conséquence de la sécularisation et cela devrait nous préoccuper grandement dans tous les milieux ecclésiaux », a-t-il déclaré.

    Selon lui, l'Église devrait se concentrer avant tout sur la reconquête de la centralité du message chrétien, au lieu de s'enliser dans des débats secondaires.

    « La première et la plus importante chose à faire est de se demander comment remettre au centre de notre prédication ce qui constitue le christianisme », a-t-il déclaré.

    Voderholzer a résumé l’essence de la foi chrétienne en invoquant une formule célèbre de l’évêque Johann Michael Sailer : « Dieu en Christ, le salut du monde pécheur. » Il a expliqué que lorsque cette vérité cesse d’être centrale, toutes les autres expressions du christianisme s’affaiblissent, y compris l’action sociale de l’Église.

    Critiques de la dérive de l'Église allemande

    Au cours de l'entretien, l'évêque de Ratisbonne a laissé entendre une critique explicite de certains courants ecclésiastiques présents en Allemagne. Citant le théologien jésuite Henri de Lubac, il a rappelé comment ce dernier avait mis en garde, des décennies auparavant, contre le danger d'« autodestruction » de l'Église lorsque la sociologie se substitue à la théologie et à la philosophie.

    Voderholzer déplorait que, dans de nombreux milieux ecclésiaux, la proclamation du Christ ait été éclipsée par une approche excessivement horizontale et sociologique.

    « L’action sociale et caritative doit être une conséquence de la proclamation du Christ, et non la remplacer », a-t-il déclaré.

    L’évêque a également dénoncé le fait que l’Église allemande soit perçue par d’autres parties du monde comme une Église obsédée par la remise en question de tout.

    « En Allemagne, nous sommes perçus comme ceux qui problématisent tout et remettent tout en question », a-t-il reconnu.

    Madagascar, la France et le réveil de la jeunesse

    Contrairement à la situation en Allemagne, Voderholzer a souligné la vigueur spirituelle qu'il a récemment constatée à Madagascar, où il a visité des communautés catholiques pleines d'enthousiasme et de joie malgré la pauvreté matérielle.

    « J’ai pu faire l’expérience d’une Église pauvre, mais pleine de joie dans la foi », a-t-il expliqué.

    Selon lui, les célébrations liturgiques massives et la ferveur de milliers de jeunes contrastent avec la lassitude spirituelle qu'il perçoit en Europe.

    L’évêque a toutefois souligné des signes encourageants en Occident. Il a notamment cité la France, l’Angleterre et les États-Unis, où il observe une recherche croissante d’une foi « authentique » et « saine » chez les jeunes générations.

    « De nombreux jeunes ne se contentent plus d’une approche purement sociologique ou horizontale de l’enseignement », a-t-il déclaré.

    Il a également souligné le regain d'intérêt pour la beauté de la liturgie et a noté qu'en France, certains diocèses sont débordés par le nombre croissant de jeunes adultes demandant le baptême.

    La crise des vocations comme symptôme d'une crise de la foi

    Un autre thème central de l'entretien portait sur l'effondrement des vocations sacerdotales et religieuses en Allemagne. Voderholzer a déclaré être personnellement préoccupé par la situation et a souligné que la pénurie de prêtres n'était pas le problème principal, mais plutôt le symptôme visible d'une crise plus profonde.

    « Le manque de vocations est un symptôme du déclin de la force de la foi », a-t-il expliqué.

    Contrairement aux solutions purement organisationnelles ou structurelles, il a insisté sur le fait que l'Église devait regagner en crédibilité, en substance doctrinale et en confiance en elle.

    « Lorsque l’Église aura retrouvé la substance de sa foi et son estime de soi, les vocations viendront d’elles-mêmes », a-t-il déclaré.

    Éloges du pape Léon XIV

    Voderholzer a également évoqué le pape Léon XIV, se disant « très, très satisfait » de lui. L’évêque a notamment salué les fréquentes références du pape à saint Augustin, y voyant une continuité avec Benoît XVI.

    Il a également souligné avec enthousiasme le style liturgique et l'esthétique du nouveau pape, qui — a-t-il indiqué — se démarquent en partie du style de François.

    « Nous, catholiques, pouvons être fiers d’avoir un pape qui parle clairement aux puissants sans perdre son sang-froid », a-t-il déclaré, faisant également référence aux récentes interventions internationales de Léon XIV.

    Les déclarations de Rudolf Voderholzer mettent une fois de plus en lumière la division interne au sein du catholicisme allemand entre ceux qui estiment que la priorité de l'Église devrait être les réformes structurelles et ceux qui soutiennent que la véritable crise de l'Occident est avant tout une crise de foi, d'identité et de perte du sens surnaturel du christianisme.

  • Le Parlement européen adopte une meilleure protection des victimes, mais avec un arrière-goût amer.

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    Un communiqué de presse d'ALFA (Action pour le droit à la vie pour tous) :

    Le Parlement européen adopte une meilleure protection des victimes, mais avec un goût amer.

    COMMUNIQUÉ DE PRESSE

    Le Parlement européen adopte une protection renforcée des victimes, mais avec un goût amer : la directive européenne mentionne pour la première fois l’avortement.

    Augsbourg. Le 21 mai, le Parlement européen a adopté une nouvelle directive européenne sur les droits des victimes, associant ainsi, du point de vue d'ALfA, une avancée attendue depuis longtemps en matière de protection des victimes mais associée à une manœuvre idéologique inacceptable.

    La directive révisée modernise pour la première fois depuis 2012 le cadre de l'UE pour les victimes de la criminalité. Elle renforce les normes minimales de soutien et de protection, établit des lignes d'assistance téléphonique à l'échelle de l'UE (116 006), améliore l'accès à l'aide juridique et à l'indemnisation, et protège mieux les données personnelles des victimes contre les auteurs de crimes.

    « Nous saluons tout particulièrement toute mesure visant à mieux protéger les véritables victimes de crimes », explique Cornelia Kaminski, présidente fédérale de l’Action pour le droit à la vie pour tous (ALfA). « Les femmes victimes de violence, en particulier, ont besoin d’une aide facilement accessible, de conseils avisés, d’une thérapie pour les traumatismes et d’un soutien juridique. »

    L'infanticide prénatal est inscrit dans les directives destinées aux victimes

    ALfA critique le fait que la directive mentionne explicitement l'accès à l'avortement pour la première fois. Un considérant précise que les services de santé dans le domaine de la « santé sexuelle et reproductive » destinés aux victimes de violences sexuelles pourraient également inclure l'accès à l'avortement ; les États membres sont tenus de fournir ou de faciliter ces services « lorsque leur législation nationale le permet ».

    « Ce texte consacre l’avortement dans un cadre qui n’a en réalité rien à voir avec le sujet. C’est de la politique symbolique classique, menée sous couvert de protection des victimes », a déclaré Kaminski. « Dans l’UE, on estime que plus de 600 000 enfants sont tués avant leur naissance chaque année. L’enfant à naître est donc la victime la plus fréquente de violence, et non seulement il n’est pas mentionné dans ce texte, mais il est explicitement victimisé : son avortement prénatal est présenté comme un élément de la protection des victimes de violences sexuelles. »

    Le principe de subsidiarité et la dignité humaine bafoués

    ALfA souligne que la politique en matière d'avortement relève de la compétence exclusive des États membres, conformément aux traités européens.

    « Lorsque Bruxelles instrumentalise une directive relative aux victimes pour légitimer politiquement l’avortement, il s’agit d’un glissement insidieux des compétences et d’une violation du principe de subsidiarité », critique Kaminski. « L’UE invoque la dignité humaine, mais l’applique de manière sélective. Apparemment, elle ne s’applique pas aux enfants à naître. »

    Appel aux États membres

    La directive doit maintenant être formellement adoptée par le Conseil ; ensuite, les États membres disposent de deux ans pour la transposer en droit national.

    « Nous appelons les gouvernements membres du Conseil à ne pas approuver ce texte en l’état », déclare Kaminski. « L’Europe a besoin d’une protection efficace des victimes, mais pas d’une instrumentalisation de cette protection pour faire progressivement de l’avortement un “quasi-droit fondamental” européen. »

     

  • La réalité de la pilule abortive

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    En Belgique, on évoque l'"avortement médicamenteux" autorisé jusqu'à la 9e semaine d'aménorrhée, ce qui revient au même.

    De sur OSV News :

    La réalité de la pilule abortive

    Elizabeth Gillette se souvient encore d'avoir vu le corps de son bébé après avoir avalé la pilule abortive il y a plus de dix ans.

    « Enfermée dans la salle de bain, j'ai eu des tremblements, des sueurs, j'ai commencé à vomir – et quand l'hémorragie a débuté, elle était si abondante qu'il n'y avait pas assez de serviettes ni quoi que ce soit d'autre pour éponger le sang », a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse au Congrès en mars. « J'ai palpé entre mes jambes et j'ai sorti une poche des eaux parfaitement formée, avec mon bébé qui flottait à l'intérieur, avec des yeux, des membres et des oreilles bien visibles. »

    « À ce moment-là », ajoute Gillette, « j’ai dû décider si j’allais jeter mon enfant à la poubelle ou le faire passer dans les toilettes. »

    Je repense à des histoires comme celle de Gillette quand je vois la pilule abortive – la méthode d'avortement la plus courante aux États-Unis – faire la une des journaux. Plus récemment, la Cour suprême des États-Unis a rendu une ordonnance le 14 mai autorisant les femmes à continuer de recevoir par voie postale la mifépristone, l'un des deux médicaments utilisés dans le protocole de la pilule abortive. Plusieurs articles consacrés à cette nouvelle ordonnance ont décrit la mifépristone comme un médicament sûr.

    Histoire de la pilule abortive

    Toutes les femmes qui prennent la pilule abortive ne voient pas le corps de leur bébé, mais l'expérience de Gillette illustre le fait que l'avortement est un acte qui met fin intentionnellement à une vie humaine dans l'utérus. Elle suggère que chaque grossesse implique deux vies – deux corps – même à ses tout premiers stades.

    Les professionnels de santé pro-vie sont unanimes. Mais voici d'abord les faits : la FDA (Food and Drug Administration) américaine a approuvé pour la première fois la mifépristone, associée à un autre médicament appelé misoprostol, pour les interruptions de grossesse précoces en 2000. Autorisée jusqu'à 10 semaines de grossesse, la pilule abortive est connue sous différents noms, notamment avortement chimique, avortement médicamenteux ou avortement par télémédecine.

    Aujourd'hui, ce type d'avortement est responsable de près des deux tiers des avortements pratiqués par des médecins aux États-Unis, selon l'Institut Guttmacher, un organisme de recherche sur la reproduction qui soutient le droit à l'avortement. Des centaines de milliers de femmes y ont recours chaque année. Des centaines de milliers d'enfants à naître ne voient jamais le jour à cause de cela chaque année.

    Une gynécologue-obstétricienne certifiée explique le fonctionnement de la pilule abortive dans une vidéo illustrée produite par l'organisation nationale pro-vie Live Action. Le Dr Noreen Johnson, qui a pratiqué plus de 1 000 avortements avant de devenir militante pro-vie, explique que le processus en deux étapes de la pilule abortive commence par l'ingestion de mifépristone. Ce médicament bloque une hormone appelée progestérone.

    « Lorsque la mifépristone bloque la progestérone, la muqueuse utérine de la mère se désagrège, privant ainsi l'embryon d'oxygène et de nutriments essentiels, qui meurt alors dans l'utérus », explique Johnson dans la vidéo publiée en 2022.

    Après 24 à 48 heures, la femme prend un deuxième médicament, le misoprostol, en s'insérant des comprimés dans les joues.

    « Elle subira de fortes crampes, des contractions et d'importantes hémorragies pour expulser l'embryon mort de son utérus », explique Johnson. « Le processus peut être très intense et douloureux, et les contractions hémorragiques peuvent durer de quelques heures à plusieurs jours. »

    Elle ajoute que les femmes pourraient même voir, comme Gillette, « l’embryon expulsé à l’intérieur du sac gestationnel ».

    Faire face à la réalité

    Voici la réalité d'un avortement réussi : il met toujours fin à au moins une vie. Et lorsque nous le savons, nous comprenons peut-être aussi que l'avortement exige une réponse. C'est pourquoi des milliers de centres d'aide aux femmes enceintes et mères en difficulté, partout au pays, offrent des services gratuits. C'est pourquoi l'Église catholique accompagne ces femmes grâce à son initiative paroissiale « Marcher avec les mamans en difficulté ».

    Bien que la Cour suprême autorise toujours sa livraison par voie postale, la pilule abortive n'est pas sans danger. La décision de la prendre ou non détermine si le fœtus vivra ou non.

  • Quand un évêque visite une « paroisse LGBTQ »

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    Du blog de Mgr Mutsaerts, évêque auxiliaire du diocèse de Bois-Le-Duc (NL) :

    Visiter une « paroisse LGBTQ »

    J'ai récemment célébré une messe de confirmation dans une paroisse de notre diocèse. Un drapeau arc-en-ciel flottait devant l'entrée de l'église. J'ai demandé à l'un des confirmands – nous étions dehors, prêts pour la procession – ce qu'il en pensait. Il n'y a pas prêté beaucoup d'attention, mais aurait préféré voir un drapeau du PSV (club de foot). C'est le genre de paroisse qui se dit inclusive , comme cela est devenu évident après la messe, autour d'un café. « Nous sommes une église LGBTQ+, une église arc-en-ciel. »

    Je pensais commencer par une question simple : que signifie concrètement être inclusif ? Au sens le plus courant, cela signifie n’exclure personne. Une noble aspiration, difficile à rejeter. Mais dès qu’on concrétise cet idéal, dès qu’on l’applique aux croyances, à la morale et aux visions du monde, un problème se pose : on ne peut pas tout embrasser sans aussi rejeter quelque chose.

    Une Église – qu’elle se nomme « Église arc-en-ciel » ou non – n’est par définition pas un bâtiment vide, mais une maison de convictions. Elle professe quelque chose. Elle enseigne quelque chose. Elle dit implicitement, et souvent aussi explicitement : ceci est vrai, et cela ne l’est pas. Dès que l’on fait cela – j’ai l’habitude de le faire –, une frontière se crée, aussi modérée et bienveillante que soit notre attitude.

    L’« Église inclusive » prétend souvent accueillir tout le monde, quels que soient les origines, l’identité ou les convictions. Cela semble noble, presque évangélique. Mais c’est là que le paradoxe s’installe : on accueille tout le monde – à condition qu’ils partagent certaines opinions sur l’identité, la sexualité et la vérité. Quiconque remet cela en question, quiconque s’exprime sur la morale ou l’anthropologie dans une perspective catholique traditionnelle, se rend vite compte que la porte n’est pas aussi grande ouverte qu’on le promettait.

    Ce n’est pas un péché propre aux « églises arc-en-ciel ». Même la paroisse catholique la plus orthodoxe fixe des limites. Là non plus, toutes les convictions ne sont pas les bienvenues. La différence réside toutefois dans l’honnêteté avec laquelle ces limites sont reconnues. L’Église traditionnelle dit : « Voici ce que nous croyons, et si vous le contestez, nous engagerons le dialogue avec vous, mais nous n’abandonnerons pas nos convictions. » L’Église inclusive dit autre chose : « Nous n’excluons personne », alors qu’elle exclut implicitement certaines convictions.  Une ouverture d’esprit, c’est bien, mais la question est : chez qui ou dans quoi tout le monde est-il le bienvenu ? C’est comme si une association disait que tout le monde est le bienvenu chez elle, mais sans qu’on sache vraiment de quel genre d’association il s’agit. L’inclusivité sans contenu est vide de sens.

    Le cœur du problème, c’est qu’aujourd’hui, le terme « inclusif » ne signifie souvent plus « tout le monde est le bienvenu », mais plutôt « tout le monde est le bienvenu à condition d’adhérer à nos principes moraux ». Ce n’est pas de l’inclusion, mais une nouvelle forme d’orthodoxie. Quiconque n’adhère pas à cette orthodoxie est considéré comme un hérétique et exclu. C’est ce qui m’est apparu clairement lors de cette discussion autour d’un café. Si l’on remet prudemment en question leur point de vue et que l’on souhaite réellement engager une discussion – non pas pour provoquer, mais simplement pour aborder la sexualité, la nature humaine, ce que signifie être un homme ou une femme, et ce genre de sujets. J’ai été immédiatement « censuré » parce que mon point de départ ne cadrait pas avec leur « religion arc-en-ciel ». L’inclusion ne s’avère pas être une porte ouverte, mais une porte d’entrée soigneusement gardée.

    La vraie question n’est pas : ces Églises sont-elles inclusives ou exclusives ? La vraie question est : quelle vérité osent-elles reconnaître, et quelles limites osent-elles admettre honnêtement ? Car une communauté qui nie ses limites ne devient pas plus ouverte, mais plus floue, et finalement moins accueillante, précisément pour ceux qui cherchent sincèrement.

    L'homme ne peut vivre sans limites, mais il ne peut pas non plus vivre sans miséricorde. Une Église qui sait préserver ces deux aspects – qui professe la vérité tout en gardant la porte ouverte au pécheur, à celui qui doute et même à celui qui conteste – sera peut-être moins à la mode, mais d'autant plus humaine. La véritable inclusivité ne commence pas par l’abolition des limites, mais par leur reconnaissance honnête et par la volonté – malgré ces limites – d’offrir quand même une place à table à l’autre. Cette paroisse n’était pas disposée à cela, comme on l’a vu par la suite. On avait expressément demandé à un garçon de se retirer et de ne plus participer à la préparation à la confirmation. La raison ? Il trouvait le Vendredi violet tout simplement « n'importe quoi ». Je l'ai formé ailleurs une semaine plus tard. Un garçon qui a des opinions et du caractère. Cela ne cadre apparemment pas avec cette paroisse tolérante, qui n'exclut personne, inclusive, large, ouverte, accessible, hospitalière, généreuse, accueillante, ouverte d'esprit, compréhensive et ouverte d'esprit.

    +Rob Mutsaerts

    le 29 avril 2026 

  • L'erreur de l'Occident, aveugle à la montée en puissance d'un califat virtuel

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    De Souad Sbai sur la NBQ :

    MODÈNE ET PLUS ENCORE

    L'erreur de l'Occident, aveugle à la montée en puissance d'un califat virtuel

    Le débat qui a suivi le massacre de Modène révèle la fragilité de la culture occidentale. Nous percevons le terrorisme uniquement comme un phénomène militaire et sommes incapables de répondre au processus de radicalisation et de recrutement orchestré par Daech, qui utilise tous les outils les plus couramment employés par les jeunes, des réseaux sociaux aux jeux vidéo. 

    20/05/2026

    L’Occident a commis une erreur fatale en continuant de considérer le terrorisme islamiste comme un phénomène strictement militaire, alors que le djihadisme évoluait vers une menace culturelle, numérique et identitaire. Aujourd’hui, le prétendu État islamique n’a plus seulement besoin de conquérir des territoires ; il lui suffit d’occuper les écrans de nos enfants. C’est la dénonciation alarmante d’une étude récente du Centre international de lutte contre le terrorisme (ICCT), qui décrit l’émergence d’un véritable « califat virtuel » taillé sur mesure pour la génération Z.

    L'étude montre comment l'extrémisme s'est parfaitement adapté au langage des nouvelles générations, colonisant les jeux vidéo, TikTok, la musique trap, l'esthétique gothique, les messageries cryptées et l'ironie des réseaux sociaux. Nous ne sommes plus confrontés à une propagande grossière diffusée dans des vidéos tournées dans le désert. Aujourd'hui, le radicalisme se présente sous la forme de contenus en apparence anodins, camouflés dans l'univers numérique fréquenté par les adolescents européens.

    D'après le rapport, des groupes affiliés à l'État islamique utilisent des plateformes comme Roblox, Minecraft, Discord et TikTok pour créer un climat d'endoctrinement progressif. De très jeunes garçons sont attirés par le biais de dynamiques d'appartenance, de défiance et de rébellion. La propagande subversive ne se limite plus à la religion, mais exploite également les thèmes de la masculinité, de l'exclusion sociale, de la rédemption, de la haine de l'Occident et de la quête de sens.

    Depuis des années, je dénonce l'incapacité à combattre le fondamentalisme par un multiculturalisme naïf et un relativisme culturel. Nous avons laissé des générations entières grandir dans un vide existentiel, tandis que des prédicateurs radicaux, des influenceurs pseudo-religieux et des réseaux numériques capables de manipuler les plus vulnérables ont émergé en marge de la société. Aujourd'hui, nous payons le prix de cet aveuglement politique.

    L'affaire de Modène est un signal d'alarme que nul ne peut ignorer. Salim El Koudri, citoyen italien d'origine marocaine, a percuté plusieurs piétons avec sa voiture en plein centre-ville, blessant grièvement plusieurs personnes. L'enquête met en lumière une détresse psychologique et un sentiment de marginalisation, mais des messages de haine envers les chrétiens et un profond ressentiment lié à l'identité ont également été constatés.

    Il est essentiel de le préciser : tous les musulmans ne sont pas extrémistes, et tous les troubles sociaux ne débouchent pas sur des actes subversifs. Toutefois, il serait irresponsable de nier l’existence aujourd’hui d’un lien dangereux entre le fanatisme en ligne, l’exacerbation du victimisme et la culture islamiste qui imprègne les réseaux numériques. C’est précisément le scénario décrit par l’ICCT, où de jeunes Occidentaux s’approprient les symboles djihadistes comme s’il s’agissait d’éléments esthétiques ou d’un langage d’appartenance.

    La gauche européenne, pourtant, continue d'ignorer le problème . Ceux qui dénoncent le fondamentalisme finissent par être accusés, tandis qu'elle reste muette face à la diffusion de contenus extrémistes sur des plateformes fréquentées par des mineurs. Une attitude suicidaire. Pendant des années, elle a préféré ne parler que d'inclusion, sans jamais exiger une véritable intégration, le respect des principes démocratiques et la défense de l'identité européenne.

    L’État islamique a compris ce que de nombreux gouvernements européens n’ont pas encore saisi : la bataille décisive se joue dans l’imaginaire collectif. Le djihadisme contemporain ne se contente pas de recruter des combattants, mais construit des communautés émotionnelles, des modèles d’appartenance et des codes symboliques capables de séduire des adolescents désorientés.
    Lorsqu’un jeune Européen grandit sans racines solides, immergé dans une communauté repliée sur elle-même qui délègue l’éducation à des algorithmes, il devient vulnérable à tout discours radical. Le fondamentalisme offre une réponse simpliste, englobante et agressive, opposant une identité absolue à une société qu’il juge décadente.

    Le « califat virtuel » ne naît pas du néant. Il se développe au sein de l' Europe fragile, auto-accusatrice et désarmée que nous avons bâtie ces dernières années. Et il continuera de s'étendre tant que les responsables politiques n'auront pas le courage de se défendre sans se perdre dans des considérations idéologiques. Qualifier de « fous » les auteurs de telles atrocités empêche la population de comprendre les mécanismes de la radicalisation. Le terrorisme n'est pas une folie soudaine, mais bien un processus rationnel et délibéré pour ceux qui le commettent.

  • Un catholicisme en déconstruction

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    De Paul Vaute sur Le Passé belge :

    Un catholicisme en déconstruction

    Sa minorisation dans notre société a conduit de nombre d’organismes et de personnalités à s’engager dans la voie du pluralisme ou à chercher des ajustements avec les idéologies dominantes, quitte à se distancier du magistère ecclésial. Mais il y eut aussi, même si elles peinaient à se faire entendre, des voix pour prôner la résistance (1945-)

       D’un rapport d’activités publié en 2023 par l’Eglise de Belgique, il ressort que la moitié de nos compatriotes se déclarent catholiques [1]. Dans les années 1970, selon l’European Value Study, ils représentaient pas loin de trois quarts de la population (72 %). Le même rapport estime à près de 9 % la proportion des Belges qui se rendent au moins une fois par mois à une célébration religieuse. Les sociologues Liliane Voyé et Karel Dobbelare en avaient dénombré moins de la moitié en 2012: seulement 4 % [2].

       Paradoxalement, cette bérézina n’affecte pas ou très peu les principales composantes du pilier catholique – syndicale, mutualiste, scolaire, universitaire… Les chiffres ne peuvent toutefois masquer que le rapport de ces structures à la foi fait l’objet d’interrogations et qu’un pluralisme de fait s’est imposé en leur sein. Même parmi bon nombre de fidèles pratiquants, la prise de distance à l’égard des enseignements du magistère ecclésial, surtout quand ils vont à rebours des idéologies dominantes, a été établie par maintes enquêtes d’opinion. On a pu forger à leur propos le concept de « catholaïques » . C’est principalement à l’étude de ces transformations du paysage religieux que s’est consacrée Cécile Vanderpelen-Diagre, professeur d’histoire contemporaine à l’Université libre de Bruxelles [3].

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  • Le Festival de Cannes ou le conformisme d’une civilisation en plein vide spirituel

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    Un éditorial de Philippe Marie sur Tribune Chrétienne :

    Festival de Cannes : le conformisme d’une civilisation en plein vide spirituel

     
    Le Festival de Cannes est devenu, lui aussi, un univers profondément idéologique, où certaines opinions sont célébrées comme des évidences morales tandis que d’autres sont immédiatement disqualifiées comme suspectes ou “extrêmes”

    18 mai 2026

    Pendant douze jours, du 12 au 23 mai 2026, la Croisette célèbre ses mythologies contemporaines, ses narcissismes élégants et ses désespoirs sophistiqués sous les ors du Palais des Festivals. Chaque année, le Festival de Cannes prétend être le miroir du monde. Et, d’une certaine manière, il l’est réellement. Mais ce que révèle l’édition 2026 n’est pas tant la vitalité du cinéma que l’état spirituel d’une civilisation occidentale épuisée, obsédée par elle-même, incapable de transmettre autre chose que le doute et la fragmentation identitaire. Depuis que l’hédonisme moderne a remplacé toute transcendance, le travail n’est plus vécu comme un accomplissement mais comme une torture provisoire avant le loisir. Une société entière se retrouve alors condamnée à l’introspection permanente et aux revendications identitaires, faute de savoir encore pourquoi elle vit.

    Il suffit d’observer les grandes thématiques des films sélectionnés cette année. Derrière des titres comme Coward de Lukas Dhont, Histoires parallèles d’Asghar Farhadi, L’Inconnue d’Arthur Harari ou encore Amarga Navidad de Pedro Almodóvar, reviennent sans cesse les mêmes obsessions contemporaines : familles détruites, sexualités instables, identités mouvantes, désir sans amour, violence psychologique, mémoire traumatique, solitude urbaine, nihilisme élégant.

    Même lorsque certains films atteignent une réelle puissance esthétique , comme le très attendu All of a Sudden de Ryūsuke Hamaguchi ou Fjord de Cristian Mungiu , le spectateur demeure plongé dans des univers où les êtres semblent incapables d’échapper à eux-mêmes. Les personnages parlent beaucoup de liberté, mais cette liberté ressemble souvent à une errance. Ils cherchent l’authenticité, mais sans jamais parvenir à une vérité stable sur l’homme. Le cinéma d’auteur contemporain paraît ainsi fasciné par les êtres fragmentés. Quelques jours à Nagi de Kōji Fukada, Garance de Jeanne Herry ou encore Paper Tiger de James Gray explorent eux aussi cette difficulté moderne à aimer durablement, à transmettre, à habiter le réel autrement que dans l’émotion immédiate.

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  • L'Occident peut-il survivre sans le christianisme ?

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    De kath.net/news :

    « L'Occident peut-il survivre sans le christianisme ? »

    « On peut répondre à cette question en un mot. Car l'Occident est… » Par le cardinal Gerhard Müller

    16 mai 2026

    Rome (kath.net) On peut répondre à cette question en un mot : non. Car l’Occident n’est rien d’autre que la communauté culturelle des tribus et des nations germaniques et slaves, issues de l’héritage de l’Empire romain d’Occident et unies dans la foi en Christ, le Fils de Dieu et Sauveur universel de l’humanité. Ainsi, l’Europe est le christianisme dans sa synthèse avec la métaphysique grecque et la volonté d’ordre romaine selon le principe de justice, c’est-à-dire la volonté de donner à chacun ce qui lui revient – suum cuique (Ulpianus) – ou, pour le formuler en termes théologiques, la dignité inviolable de chaque être humain en tant qu’image et ressemblance de Dieu. En dehors de cette définition, l’Europe perd son âme qui lui donne sa forme et devient un corps sans vie qui, tel un territoire sans maître, tombe entre les mains du premier voisin le plus puissant venu.

    Seuls ceux qui méconnaissent la situation dramatique et de plus en plus grave du monde d'aujourd'hui peuvent refuser de voir cette réalité. Le pape François a souvent déclaré que nous nous trouvions déjà, en quelque sorte, dans une troisième guerre mondiale par étapes. Il suffit de penser, dans un contexte mondial, aux guerres civiles, à l’effondrement de l’ordre juridique dans de nombreux États, à l’État de surveillance digne de l’imaginaire orwellien visé par Bruxelles (Digital Services Act, effacement bureaucratique des identités nationales), à la migration de millions de personnes qui ne peuvent plus être intégrées en Europe mais établissent des sociétés islamiques concurrentes, la faim et la pauvreté qui touchent la moitié de l’humanité, le terrorisme mondial opéré par des bandes criminelles et des États voyous ainsi que le crime organisé, l’instabilité politique dans les démocraties classiques, qui tombent entre les mains d’élites mondialistes avec leur projet d’un monde unique totalement contrôlé par elles, un « Meilleur des mondes » à la Aldous Huxley (1922).

    Même au sein de notre civilisation avancée, dont nous sommes si fiers en Europe centrale, la crise de la modernité et du postmodernisme saute aux yeux de quiconque sait voir. La dissolution du lien social dans le mariage et la famille, ainsi que de l’identité personnelle avec ce qu’on appelle le changement de sexe, la déchristianisation délibérée de l’Europe, autrefois jacobine et aujourd’hui néo-marxiste et « woke » de gauche, la perte d’une idée fédératrice du but et du sens de l’existence humaine dans le post-humanisme et le transhumanisme, l’insistance sur une autodétermination égocentrique sans l’intégration organique de l’ego individuel et collectif dans le bien commun de la famille, de la ville, de la nation et de la communauté des peuples sont autant de signes avant-coureurs apocalyptiques.

    Seule la prétention à la supériorité occidentale est encore vivante. Notre sécularisme et notre matérialisme doivent-ils, comme à l’époque du colonialisme, être imposés comme remède à l’Orient et au Sud prétendument arriérés, avec pour devise : « Aide au développement uniquement à condition de légaliser le mariage homosexuel et l’avortement, l’euthanasie et le suicide assisté – et tout cela dans le but d’une réduction drastique de la population au nom de la protection du climat et de la raréfaction des ressources matérielles » ?

    Si le monde occidental veut imposer son éloignement de Dieu et son relativisme moral à toutes les autres cultures, il ne fait que faire le jeu des extrémistes politiques et idéologiques. On ne peut pas les vaincre par la seule force militaire et économique. Les réactions violentes, de l’Afghanistan à l’Irak et à la Syrie, et aujourd’hui en Iran avec son régime terroriste, sont finalement la preuve qu’il ne peut y avoir de paix dans les cœurs ni de paix sur terre sans un accord sur le sens et le but supérieurs de l’existence humaine, c’est-à-dire au-delà du matérialisme et de l’impérialisme.

    Beaucoup ne voient qu’en surface la lutte pour les matières premières et le pouvoir. Ce qui est déterminant, cependant, c’est la lutte pour l’âme de l’homme. Ce n’est que si nous redécouvrons dans notre cœur et notre conscience que nous descendons tous d’un Père céleste et que nous sommes donc frères et sœurs les uns des autres qu’il pourra y avoir une coexistence prospère.

    Dans son célèbre discours de Ratisbonne (12 septembre 2006), le pape Benoît XVI a déclaré textuellement : « Dans le monde occidental, l’opinion selon laquelle seules la raison positiviste et les formes de philosophie qui lui sont associées seraient universelles prévaut largement. Mais pour les cultures profondément religieuses du monde » – parmi lesquelles il inclut l’islam religieux, mais non politique, ce que certains avaient omis de noter – « c’est précisément l’exclusion du divin de l’universalité de la raison qui est considérée comme une atteinte à leurs convictions les plus intimes. Une raison qui est sourde au divin et qui relègue la religion au rang des sous-cultures est incapable de dialogue... Pour la philosophie, et d’une autre manière pour la théologie, l’écoute des grandes expériences et des grandes intuitions des traditions religieuses de l’humanité, mais surtout de la foi chrétienne, est une source de connaissance dont le refus constituerait un rétrécissement inadmissible de notre écoute et de notre réponse... Le courage d’élargir la raison, et non le rejet de sa grandeur – tel est le programme avec lequel une théologie attachée à la foi biblique entre dans le débat contemporain. « Agir sans raison, sans le Logos, est contraire à la nature de Dieu », a déclaré Manuel II à son interlocuteur persan, en se référant à sa conception chrétienne de Dieu.  « C’est dans ce grand logos, dans cette vastitude de la raison, que nous invitons nos interlocuteurs à participer au dialogue des cultures. Se retrouver sans cesse soi-même, telle est la grande mission de l’université. »

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  • Sondage : de moins en moins de Russes se déclarent orthodoxes

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    De Luke Coppen sur The Pillar :

    Sondage : De moins en moins de Russes se déclarent orthodoxes

    La réception de la Sainte Communion est en hausse malgré le déclin général de l'identification.

    Selon une nouvelle enquête, la proportion de Russes se déclarant orthodoxes est passée de 78 % à 65 % au cours des 15 dernières années.

    L'enquête, menée par la Fondation russe pour l'opinion publique pour le compte de l'université Saint-Tikhon de Moscou, a également conclu que la proportion de chrétiens orthodoxes qui n'assistent jamais aux offices religieux est passée de 28 % à 32 % au cours de la même période.

    Les résultats, publiés le 14 mai par le journal Vedomosti, sont importants car l'Église orthodoxe russe est la plus importante des 14 Églises orthodoxes orientales universellement reconnues et autonomes. Les estimations de ses fidèles varient ; certaines avancent le chiffre de 110 millions de chrétiens orthodoxes russes dans le monde, dont 95 millions en Russie. Cependant, le nombre de pratiquants serait bien inférieur.

    Cette nouvelle étude, basée sur un sondage mené auprès de 1 501 adultes en février et mars, éclaire également l’état de l’orthodoxie russe dans le contexte de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, lancée en 2022 avec le soutien du patriarche Kirill de Moscou.

    Cependant, certains commentateurs orthodoxes russes ont émis des doutes quant aux conclusions de l'enquête. Le père Alexeï Volkov, prêtre à Oulianovsk, dans l'ouest de la Russie, a déclaré à l'agence de presse nationale russe qu'il n'avait constaté aucun déclin de la pratique religieuse.

    Il a déclaré : « Je suis sceptique face à ces chiffres, car ce que je constate dans l'église où j'officie, et dans d'autres églises, suggère exactement le contraire. Le nombre de paroissiens augmente et la fréquentation des offices ne diminue pas. La foi des fidèles et l'orthodoxie ne sont pas en déclin. »

    Il a ajouté : « Participer à la vie liturgique de l’Église est l’un des attributs les plus importants de la foi. Cependant, personne n’est tenu d’assister à un certain nombre d’offices par an. Il n’y a pas de quotas. Ne pas aller à l’église le dimanche ne signifie pas être un mauvais orthodoxe. Chacun a simplement son propre rythme de vie religieuse. »

    La nouvelle enquête a également examiné l'intensité de la pratique religieuse des chrétiens orthodoxes en Russie, fournissant des données précises sur la fréquence de leur communion. De manière générale, les chrétiens orthodoxes communient moins fréquemment que les catholiques en raison d'exigences plus strictes concernant le jeûne et la confession récente.



    Mais l'enquête a révélé que la proportion de chrétiens orthodoxes pratiquants recevant la communion une fois par mois ou plus a augmenté de manière significative, passant de 14 % en 2011 à 45 % en 2020, puis à 64 % en 2026.

    Parmi les chrétiens orthodoxes de Russie dans leur ensemble, la proportion globale de ceux qui communient mensuellement n'est passée que de 2 % en 2011 à 5 % en 2026.

    Elena Prutskova, chercheuse principale au Laboratoire de recherche en sociologie des religions de l'Université orthodoxe Saint-Tikhon, a suggéré que cette augmentation reflétait un contraste au sein de l'orthodoxie russe entre un noyau de croyants très engagés et un groupe plus large qui s'identifie à l'Église parce qu'elle fait partie de son identité ethnique.



    Commentant le déclin de l'auto-identification, la professeure russe Valentina Slobozhnikova a noté que la religiosité en Russie avait fortement progressé au cours des trois décennies qui ont suivi l'effondrement de l'Union soviétique en 1991.

    Elle a toutefois indiqué à Vedomosti que cette tendance à la hausse s'est interrompue vers 2019, après quoi le nombre de croyants a commencé à diminuer, notamment au sein des principales religions du pays. Elle a suggéré que cette tendance s'inscrivait dans un déclin plus général de l'appartenance religieuse à l'échelle européenne, la jeune génération adoptant une approche plus individualiste de la religion.

    Mais elle a fait valoir que les chrétiens orthodoxes pratiquants s'engageaient encore davantage face aux défis contemporains en Russie, tels que la guerre en Ukraine.

  • Le Vatican prépare un document sur la « transmission de la foi ».

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Le Vatican prépare un document sur la « transmission de la foi ».

    Le cardinal Fernández a déclaré que des évêques du monde entier avaient exprimé leur « inquiétude » face à la rupture de la transmission de la foi et « proposé une étude sur le problème et les moyens possibles de le résoudre ».

    Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF) prépare un nouveau document majeur sur la transmission de la foi, en s'appuyant sur une vaste consultation avec les conférences épiscopales du monde entier.

    Le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF), a révélé l'existence de ce document au Register le 15 mai, précisant que le texte à venir est en cours d'élaboration « en dialogue avec le Dicastère pour l'Évangélisation ». Le cardinal n'a pas indiqué de date de publication.

    Le cardinal Fernández a indiqué que les origines du document remontent en partie à l'exhortation apostolique Evangelii Gaudium (La Joie de l'Évangile) du pape François, publiée en 2013. Le défunt pontife « accordait une grande importance à la piété populaire et à la famille comme moyens de transmission de la foi », a déclaré le cardinal, mais il avait affirmé dans Evangelii Gaudium — bien que pas exactement en ces termes — « que cette transmission avait été interrompue ».

    Le cardinal Fernández a déclaré que les travaux sur le document ont pris de l'ampleur après que des évêques du monde entier, lors de diverses visites ad limina au Vatican, ont « exprimé cette préoccupation et proposé une étude sur le problème et les moyens possibles de le résoudre ».

    L'initiative a pris une importance accrue lorsque les cardinaux et évêques membres de la DDF ont été consultés lors de deux de leurs réunions mensuelles, appelées Feria IV. Au cours de la première de ces réunions, la nécessité d'un tel document a été confirmée et un dialogue fructueux s'est instauré. Plusieurs consultations ont ensuite été menées auprès d'experts et une première ébauche a été préparée, qui constitue la base du document en cours d'élaboration.

    Le cardinal a déclaré que lors de visites ad limina ultérieures, la portée du sujet a été élargie et que lors de la deuxième réunion de la Feria IV, le DDF a décidé de « mener une très large consultation avec toutes les conférences épiscopales, divers spécialistes et centres de recherche ».

    « La réponse a été considérable », a observé le cardinal Fernández, ajoutant que « de nombreuses conférences ont déjà transmis leurs avis et des ressources utiles ». Il a noté que le dicastère a été « surpris tant par la quantité que par la longueur des réponses reçues » et a prédit qu’il faudra « beaucoup de temps pour lire et exploiter tous ces documents ».

    Le cardinal argentin a ensuite souligné que l'ampleur de la consultation garantissait « une perspective universelle, englobant une grande variété de points de vue », et a mis en évidence d'importantes différences régionales dans la manière dont est vécu le défi de la transmission de la foi.

    « Il suffit de constater que, même parmi les pays à majorité musulmane, les points de vue des évêques sur cette question varient considérablement », a-t-il poursuivi. « L’expérience pastorale des épiscopats d’Afrique du Nord diffère de celle du Mali ; la perspective de la Turquie diffère de celle du Pakistan. En Europe, la Pologne diffère de l’Allemagne, et l’Italie de l’Angleterre. En Amérique latine, l’Argentine diffère de la Colombie, et le Brésil du Pérou. »

    Le cardinal Fernández a souligné que « la préparation d’un texte sur la transmission de la foi aujourd’hui exige clairement de dépasser un cadre européen ou italien et de puiser dans l’étendue, la variété et la richesse de l’Église universelle. »

    Dans ces conditions, il a déclaré que le document « ne peut pas être un texte proposant des recettes uniques ou des solutions universelles, mais il doit reconnaître toute l’ampleur du problème et proposer des pistes susceptibles d’inspirer chacun d’une manière ou d’une autre. »

    Il a déclaré qu'il considérait comme une « bonne nouvelle que ce sujet suscite autant d'intérêt » et a ajouté que, pour cette raison, la DDF ne jugeait pas « utile de se distraire avec d'autres sujets pour le moment – ​​d'autant plus que, pendant un certain temps, nous devrons nous concentrer sur la réception de la prochaine encyclique. »

    Le cardinal faisait référence à la publication, annoncée comme imminente, de la première encyclique du pape Léon XIV, portant principalement sur le sujet de l'intelligence artificielle.

    Sous le pontificat de Léon XIV, le DDF du cardinal Fernández a publié beaucoup moins de textes majeurs que sous celui du pape François, qui avait initialement nommé l'Argentin à la tête de cet influent bureau en 2023.

    Le cardinal Fernández a indiqué que non seulement le texte sur la transmission de la foi est actuellement le seul document majeur en préparation au dicastère, mais a également déclaré que la DDF reste « concentrée sur le travail quotidien, qui est accablant ».

    « Chaque matin, des montagnes de courrier arrivent à mon bureau », a-t-il déclaré. « Rien que les parcourir rapidement prend plusieurs heures. Ensuite, pour chaque problème, il faut procéder à une analyse. »

  • « Homos et cathos » : quand l’Église est sommée de se soumettre au monde

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    De Philippe Marie sur Tribune Chrétienne :

    « Homos et cathos » ou l’Église sommée de se soumettre au monde

    Homos et cathos L'Eglise à l'épreuve du réel - broché - Jean-Paul Vesco,  Claire Bévierre, Florence Euverte - Achat Livre ou ebook | fnac
    Avec le livre "Homos et cathos. L’Église à l’épreuve du réel", préfacée par le cardinal Vesco, une partie du catholicisme occidental tente d’imposer une "révision "naturelle" de la doctrine de l’Église

    Publié le 13 mai 2026 aux éditions Desclée de Brouwer, Homos et cathos. L’Église à l’épreuve du réel est un ouvrage collectif dirigé par Claire Bévierre et Florence Euverte, en lien avec l’association Reconnaissance, fondée par des parents catholiques d’enfants homosexuels. Le livre rassemble des témoignages de familles, de croyants homosexuels ainsi que des contributions de théologiens, moralistes et exégètes plaidant pour une révision profonde du regard de l’Église catholique sur l’homosexualité. L’ouvrage bénéficiera probablement d’une forte visibilité chez certains médias dits  » catholiques », toujours favorables aux appels à la « réinvention » ou à la « déconstruction » de la doctrine de l’Eglise, mais plus réservés lorsqu’il s’agit de défendre avec la même vigueur le magistère.

    Cette exposition sera renforcée par la préface du cardinal Jean-Paul Vesco, dont les propos apparaissent comme un soutien à une évolution notable de la doctrine et de la pastorale catholiques concernant les relations homosexuelles. Présenté comme une réflexion pastorale fondée sur « l’expérience vécue », le livre s’inscrit en réalité dans un mouvement plus large de remise en cause de l’enseignement moral traditionnel de l’Église sur la sexualité, le mariage et l’anthropologie chrétienne.

    Le titre lui-même, L’Église à l’épreuve du réel, contient déjà un présupposé important : il suggère que le « réel » contemporain devrait devenir une sorte de tribunal devant lequel l’Église serait appelée à corriger sa doctrine. Or cette manière de poser le problème est déjà discutable. Qu’une réalité sociale existe ne signifie pas qu’elle doive devenir une norme morale ou théologique. Dans la pensée chrétienne, l’existence d’un désir, d’un comportement ou d’une pratique n’a jamais suffi à lui conférer une légitimité morale. Le christianisme n’a jamais enseigné que l’Église devait s’adapter à toutes les évolutions culturelles simplement parce qu’elles sont visibles ou socialement valorisées. Au contraire, l’Église affirme que la Révélation permet précisément de discerner, dans le réel humain, ce qui conduit au bien ou ce qui éloigne de l’ordre voulu par Dieu.

    Dès lors, parler de « l’épreuve du réel » revient à inverser subtilement les rapports : ce n’est plus le réel qui est jugé à la lumière de l’Évangile, mais l’Évangile qui semble devoir être réinterprété à partir du réel contemporain.

    Le projet porté par Homos et cathos se présente comme une démarche d’écoute et de compassion. Pourtant, derrière cette rhétorique pastorale apparaît une logique plus profonde : substituer progressivement l’expérience subjective à la Révélation, la sensibilité moderne à la doctrine et l’air du temps au dépôt de la foi.

    La présentation commerciale du livre révèle immédiatement cette orientation. On y lit que l’ouvrage donne la parole à des chrétiens homosexuels et à des parents refusant « le silence » ou la « marginalisation ». Le cadre rhétorique est ainsi posé dès le départ : la position traditionnelle de l’Église est implicitement associée à l’exclusion et à la souffrance. Le débat doctrinal se trouve alors déplacé vers le registre émotionnel, où la fidélité à l’enseignement classique apparaît d’emblée comme moralement suspecte. La remise en question de la doctrine elle-même n’est jamais réellement abordée. Le point de départ demeure l’expérience individuelle, le ressenti personnel, comme si la vérité devait s’adapter à l’homme plutôt que l’homme chercher à conformer sa vie à la vérité.

    Une autre formule résume bien cette logique : « entre la doctrine et le réel ». Comme si la doctrine appartenait à une abstraction froide tandis que les revendications contemporaines représenteraient seules la vie authentique. Pourtant, la doctrine chrétienne est précisément une lecture du réel humain à la lumière de la Révélation. Lorsque le livre évoque la nécessité de reconnaître chacun « comme il est », il sous-entend que l’identité profonde de la personne se confond avec ses désirs affectifs et sexuels. Or l’anthropologie chrétienne classique refuse cette réduction :

    La dignité humaine ne repose pas sur les désirs mais sur la création de l’homme à l’image de Dieu, tourné vers le Bien. Dans cette perspective, reconnaître pleinement une personne ne signifie pas nécessairement valider moralement toutes ses pratiques ou toutes ses aspirations.

    Le livre développe également l’idée d’une Église « enrichie par la diversité de ses enfants ». Cette formule traduit l’importation dans le langage ecclésial des catégories contemporaines de la diversité identitaire. Or, dans la tradition chrétienne, l’unité de l’Église repose d’abord sur une vérité commune reçue du Christ, et non sur la juxtaposition de subjectivités morales.

    Le véritable enjeu du livre apparaît alors clairement : l’expérience humaine peut-elle devenir un critère capable de corriger la loi morale révélée ?

    Toute l’argumentation repose implicitement sur cette inversion : puisque certains couples homosexuels apparaissent heureux, stables et sincères, la doctrine devrait être repensée. Pourtant, dans la pensée catholique, une relation peut être affectivement authentique tout en demeurant objectivement désordonnée au regard de la loi naturelle et de la Révélation. Contrairement à ce que suggère souvent la rhétorique contemporaine, la position catholique ne provient ni d’une obsession sexuelle ni d’un simple héritage culturel. Elle s’appuie sur une cohérence théologique et anthropologique ancienne.

    Dans la doctrine catholique, la sexualité possède une finalité intrinsèque : l’union de l’homme et de la femme ainsi que l’ouverture à la transmission de la vie. La différence sexuelle n’est donc pas perçue comme un simple construit culturel, mais comme un élément constitutif de l’ordre de la création. C’est pourquoi le Catéchisme de l’Église catholique parle d’actes « intrinsèquement désordonnés », non pour humilier des personnes, mais pour désigner un acte considéré comme objectivement non ordonné à sa finalité propre. L’Ancien et le Nouveau Testament condamnent explicitement les pratiques homosexuelles, et pendant deux mille ans la lecture chrétienne de ces textes n’a pas connu d’ambiguïté majeure.

    Le livre adopte cependant une stratégie devenue fréquente : il ne cherche plus directement à démontrer que la doctrine est fausse, mais à rendre moralement impossible sa défense en l’associant systématiquement à la souffrance, au rejet ou à la violence symbolique. Le débat quitte alors le terrain du vrai pour celui du ressenti et le mot magique  » d ‘inclusion » justifie tout et n’importe quoi. Pourtant, une doctrine n’est pas fausse parce qu’elle est difficile à vivre.

    Le christianisme repose précisément sur une logique de conversion, de combat intérieur et de renoncement.

    Ajoutons que le point le plus révélateur réside peut-être dans l’idée selon laquelle « l’expérience des familles » deviendrait un lieu de vérité théologique. Car si l’expérience vécue devient le critère ultime, alors toute norme stable disparaît. La théologie risque alors de se transformer en simple sociologie émotionnelle. Or le catholicisme affirme exactement l’inverse : la vérité révélée éclaire l’expérience humaine, elle n’est pas déterminée par elle.

    La préface du cardinal Jean-Paul Vesco illustre parfaitement ce déplacement du débat :

    « Qu’il est douloureux de reconnaître que face à une réalité humaine aussi complexe que l’homosexualité, nous peinions tant, en Église, à trouver les mots justes »

    Lorsqu’il évoque la difficulté pour l’Église de « trouver les mots justes » face à l’homosexualité, il présente le problème comme essentiellement linguistique ou pastoral. Pourtant, la difficulté n’est pas d’abord une question de vocabulaire mais de doctrine. L’Église distingue déjà clairement les personnes, qui doivent être accueillies avec respect, et les actes homosexuels, qu’elle considère moralement désordonnés. Le recours fréquent à la notion de « complexité » joue également un rôle important. Bien sûr, les situations humaines sont complexes. Mais cette complexité n’abolit pas automatiquement la possibilité d’un jugement moral. Sinon toute morale cohérente deviendrait impossible.

    Derrière la question homosexuelle se cache en réalité un enjeu beaucoup plus vaste : celui de l’autorité doctrinale de l’Église. Si un enseignement moral constant peut être reconfiguré sous la pression culturelle, alors toute la morale catholique devient potentiellement révisable : mariage, filiation, contraception, différence sexuelle ou bioéthique ( GPA,PMA) de même pour l’euthanasie rebaptisée  » aide à mourir », le concept est le même, on rebaptise le droit de tuer en fraternité et en vraie-fausse dignité.

    L’un des procédés les plus efficaces de ce type d’ouvrage consiste d’ailleurs à brouiller la distinction entre pastorale et doctrine. Officiellement, il ne s’agirait pas de modifier l’enseignement de l’Église, mais simplement d’adapter l’accueil et le langage pastoral. Pourtant, en transformant progressivement les pratiques, les catégories morales et le vocabulaire, on finit par rendre la doctrine traditionnelle pratiquement inapplicable ou incompréhensible.

    Le désaccord fondamental porte finalement sur l’anthropologie elle-même. La culture contemporaine tend à considérer que l’identité profonde réside dans les désirs intérieurs et que toute limite morale constitue une oppression. L’anthropologie chrétienne affirme au contraire que la liberté consiste à ordonner sa vie vers le bien, et non à transformer chaque désir en droit.

    Le livre s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large de théologie dite « contextuelle », où les évolutions sociales deviennent progressivement des critères d’interprétation de l’Évangile. Le risque, selon cette critique, est alors de voir le christianisme s’adapter continuellement aux mutations culturelles au lieu d’exercer sur elles un discernement critique.

    Au fond, le débat dépasse largement la seule question de l’homosexualité. Il touche à la manière dont l’Église comprend sa mission : transmettre fidèlement une vérité reçue ou réinterpréter cette vérité à partir des sensibilités contemporaines. La conclusion qui se dégage de cette analyse est claire : la charité chrétienne consiste à accueillir chaque personne avec respect et dignité, sans pour autant modifier ce que l’Église considère comme vrai sur le plan moral. Selon cette perspective, le danger de nombreux ouvrages contemporains est d’utiliser le langage de la compassion pour introduire progressivement une transformation doctrinale implicite, où le réel social contemporain devient finalement la norme d’interprétation de l’Évangile.

    À l’image du Katholikentag allemand, où un stand consacré au BDSM et à une prétendue réflexion « chrétienne » sur le sadomasochisme a été officiellement accueilli, beaucoup de fidèles craignent qu’une fois la doctrine soumise au seul critère du vécu et des évolutions culturelles, plus aucune limite morale ne subsiste réellement et que toute vérité finisse par devenir négociable.

    ( écrit avec la participation d’un prêtre théologien )