Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Société

  • « J’avais été mis en garde », « et c’est exactement ce qui s’est passé » : les « regrets » de l’ancien Premier ministre québécois sur l’« aide à mourir »

    IMPRIMER

    Une synthèse de presse de gènéthique.org :

    « J’avais été mis en garde », « et c’est exactement ce qui s’est passé » : les « regrets » de l’ancien Premier ministre québécois sur l’« aide à mourir »

    13 octobre 2026

    L’ancien Premier ministre du Québec, qui a supervisé l’adoption de la toute première loi canadienne sur l’« aide médicale à mourir », affirme se sentir aujourd’hui « partagé » après avoir constaté « à quel point cette pratique a évolué depuis lors » (cf. « Depuis quatre ans, aucune de nos inquiétudes n’a été prise en compte » : les soignants demandent au Premier ministre de les entendre sur l’« aide à mourir »).

    « Je ne suis pas sûr que j’aurais à nouveau voté en faveur de cette loi »

    L’Assemblée nationale du Québec a adopté en 2014 une loi définissant les conditions dans lesquelles les patients en phase terminale peuvent demander l’ « aide médicale à mourir » (AMM).

    « Elle était clairement réservée aux cas terminaux ou pré-terminaux, avec un parcours bien défini et malheureux vers la fin de vie. Et ce n’est plus le cas aujourd’hui », constate Philippe Couillard (cf. Euthanasie : le Canada étend le don d’organes aux patients qui ne sont pas en phase terminale). « Je ne suis pas sûr que j’aurais à nouveau voté en faveur de cette loi, compte tenu de l’extension de son champ d’application que nous avons observée ces dernières années », confie-t-il.

    En 2024, le Québec a même été jusqu’à autoriser les demandes anticipées d’« aide médicale à mourir » pour les personnes souffrant par exemple de la maladie d’Alzheimer (cf. « Aide médicale à mourir » : le Québec autorise les demandes « anticipées »).

    « J’avais été mis en garde » : « une fois que vous aurez ouvert la porte, vous ne pourrez plus la refermer et elle s’ouvrira encore plus grand ». « Et c’est exactement ce qui s’est passé »

    L’ancien Premier ministre l’assure : l’intention initiale de la loi québécoise était de « limiter l’aide médicale à mourir aux personnes souffrant exclusivement d’une maladie en phase terminale » (cf. Pays-Bas, Belgique, Suisse… L’incontrôlable « pente glissante » de l’euthanasie).

    Mais il reconnait : « J’avais été mis en garde à ce sujet par des opposants à la loi qui m’avaient dit : “Nous voyons que vos motivations sont louables, mais vous verrez, une fois que vous aurez ouvert la porte, vous ne pourrez plus la refermer et elle s’ouvrira encore plus grand.” Et c’est exactement ce qui s’est passé ».

    Même s’il considère toujours que le vote de la loi relève de « l’un des plus beaux moments de la démocratie » de son mandat à la tête du gouvernement, il confesse avoir parfois « des regrets » quant à l’adoption de cette loi. « J’espère que nous n’avons pas agi trop précipitamment. » (cf. Canada : le groupe à l’origine de la dépénalisation de l’« aide à mourir » désormais inquiet)

    Source de la synthèse de presse : CBC, Darren Major (10/10/2026)

  • Reconnaître l’importance de la maternité en tant que travail précieux, significatif et porteur de sens

    IMPRIMER

    De didoc.be :

    Féminisme et maternité

    12 octobre 2026

    Erica Komisar — psychologue, psychanalyste et écrivain américaine — est l’auteur de « Being There. Why Prioritising Motherhood in the First Three Years Matters » (Être là. Pourquoi il est important de donner la priorité à la maternité pendant les trois premières années).

    (…)

    Vous dites que la maternité est « un amour sans pareil ». Cependant, selon des enquêtes menées dans différents pays, on observe aujourd’hui parmi les jeunes femmes un pourcentage plus élevé que dans n’importe quelle autre génération de femmes qui déclarent ne pas vouloir d’enfants. Quels facteurs, selon vous, sont à l’origine de ce phénomène ?

    Je pense que la société moderne a dévalorisé et minimisé l’importance de la maternité. Certes, des progrès ont été réalisés en matière de reconnaissance des capacités et des droits des femmes. Mais parfois, ces progrès ne tiennent pas compte d’aspects importants de nos traditions.

    Car souvent, au lieu de dire aux femmes : « Vous avez la possibilité de choisir », on leur a dit : « Vous ne valez rien si vous restez à la maison ».

    Cela a conduit les femmes à remettre en question leur instinct, leurs sentiments et leur désir de garder leur bébé pendant un certain temps. C’est pourquoi la majeure partie de mon travail clinique actuel, lorsque les mères — et aussi les pères — viennent me consulter, consiste à « leur donner la permission » d’écouter leur cœur et de le suivre : si elles ne veulent pas se séparer de leur bébé, elles ne devraient pas le faire. Car il n’y a rien de plus important.

    Freud disait que nous avons besoin d’amour et d’un travail significatif et qui ait du sens. Parfois, ce travail significatif se trouve à la maison. Et parfois, à l’extérieur. Mais l’amour passe toujours en premier. Car, en fin de compte, ce n’est pas une question d’argent ou de renommée ; c’est une question de la valeur de l’héritage laissé par vos relations affectives.

    Dans votre livre, vous expliquez que cette présence des parents est essentielle au développement physique et mental des enfants. À quels égards précisément ?

    Les trois premières années constituent ce que nous appelons la première période critique du développement socio-émotionnel, en raison de la maturation du cortex préfrontal et du système limbique, qui sont responsables, entre autres, de la régulation émotionnelle, de la capacité à gérer le stress à l’avenir, de la capacité à interpréter les signaux sociaux ou encore des fonctions exécutives.

    De plus, ce que nous savons grâce à la recherche, c’est que le développement de l’hémisphère droit — ou « cerveau émotionnel » — est très important en tant que base pour le développement de l’hémisphère gauche — ou « cerveau cognitif » —. Par conséquent, si nous n’apportons pas cette sécurité émotionnelle aux enfants, ils ne peuvent pas apprendre aussi efficacement. Les enfants anxieux, déprimés ou défavorisés n’apprennent pas aussi bien que ceux qui se sentent en sécurité sur le plan émotionnel.

    Mais, au-delà de ce que nous dit la science, il suffit de regarder votre bébé — incroyablement fragile d’un point de vue physique, neurologique et émotionnel — pour savoir qu’en tant que mère, vous n’êtes pas programmée pour l’abandonner. Si vous avez vous-même bénéficié de ce lien sain et de ce sentiment de sécurité et de protection de la part de votre propre mère, alors, lorsque vous regardez votre bébé, vous ressentez un élan, un élan instinctif : « C’est mon bébé, et c’est un petit être fragile qui a désespérément besoin de moi ».

    Certaines théories soutiennent que la période de gestation chez l’être humain devrait plutôt être de 18 mois, même si cela est biologiquement impossible. Ce n’est pas un hasard si, dans la majeure partie du monde, on a inventé des « poches marsupiales » pour que les mères puissent porter leurs bébés près d’elles.

    Vous soulignez également que les crèches ne constituent pas un bon substitut aux soins familiaux au cours de cette première étape du développement. Vous évoquez notamment le fait que l’environnement dans ces structures est souvent bruyant et hyperstimulant, tout le contraire de ce dont un bébé a besoin.

    Oui, c’est hyperstimulant, accablant. Cela provoque une augmentation de leur taux de cortisol, l’hormone du stress, ce qui n’est pas bon pour leur cerveau en développement. Les bébés doivent être protégés du stress pendant leurs premières années, dans la mesure du possible.

    Encore une fois, il y a quelque chose d’incroyablement contraire à l’instinct dans le fait de confier son bébé à des étrangers dans un environnement institutionnel, quand vous savez que ce bébé a besoin de votre corps. La mère est sa principale figure d’attachement. Ce bébé connaît la voix de sa mère, son odeur.

    Ce qui se passe dans notre société, c’est que nous renions notre humanité, la nature primitive de ce que nous sommes, celle qui nous a aidés à survivre pendant des milliers d’années. Je trouve toujours mystérieux de devoir expliquer aux parents ou à la société que les bébés naissent avec un besoin désespéré du réconfort, de la chaleur et de la sécurité que leur procure le corps de leur mère. Nous sommes tellement déconnectés de nos instincts, tant sur le plan émotionnel que physique, qu’il devient nécessaire de l’expliquer.

    Et qu’en est-il de la notion d’« alloparentalité », et de ce dicton selon lequel « il faut tout un village pour élever un enfant » ? Vous avez souligné l’importance de la coparentalité, mais aussi ses limites.

    Dans notre société, on assiste à une déformation et à une perversion du terme « alloparentalité ». Dans la véritable éducation partagée, la mère était sacro-sainte en tant que figure d’attachement principale, et son rôle était respecté au sein de la communauté. Lorsque le bébé était dans un état de bonheur ou d’homéostase émotionnelle, les mères pouvaient le laisser entre les mains de personnes de confiance ou de figures d’attachement de substitution, telles que les grands-mères, les grands-pères ou les frères et sœurs ; mais pas lorsque le bébé était en détresse : dans ce cas, l’autre personne rendait le bébé à sa mère.

    Les bébés ne peuvent établir des liens, explorer et prendre des risques que lorsqu’ils se sentent en sécurité. Et ils ne se sentent pas en sécurité lorsque la personne qui les tient dans ses bras ne les laisse pas retourner auprès de leur mère.

    La coparentalité ne consiste pas à laisser son bébé entre huit et douze heures par jour dans un environnement institutionnel avec une multitude d’inconnus qui vont et viennent et ne sont que de passage. Cette déformation du concept de coparentalité a été créée pour s’adapter à ce discours social moderne assez égocentrique, narcissique et adultocentrique.

    Vous avez souligné que la stabilité émotionnelle du bébé dépend de celle de ses parents. Compte tenu de la détérioration de la santé mentale chez les « millenials » et les adultes de la génération Z, qui sont en âge d’élever des enfants, avons-nous un problème ?

    En psychologie, il existe le concept de « sentiments égodystoniques » : l’évaluation négative que fait le sujet de certaines de ses pensées, émotions ou autres aspects de sa vie sociale et intrapersonnelle, ce qui résulte souvent d’une perturbation du développement précoce du moi. En ce qui concerne l’éducation des enfants, cela signifie que si vous avez subi un traumatisme durant l’enfance (peut-être aviez-vous des parents très égocentriques), vous avez probablement développé des mécanismes de défense si puissants que vous ne ressentez plus la douleur aujourd’hui, et que vous ne cherchez donc pas d’aide pour devenir vous-même un meilleur parent.

    Il arrive souvent que les parents ne se tournent vers une aide clinique que lorsque leurs enfants traversent des difficultés, de véritables difficultés, telles que la dépression ou l’anxiété. Et cela, pour moi, est très triste.

    Il existe un lien entre le fait d’avoir subi de la négligence pendant l’enfance et le développement de traits narcissiques à l’âge adulte, ce qui, à son tour, peut entraîner une éducation négligente. Un enfant négligé a dû développer des mécanismes de défense inadaptés pour faire face à cette négligence. Ces mécanismes interfèrent dans ses relations et dans sa capacité future à éprouver de la satisfaction. Il s’agit notamment de l’incapacité à reconnaître les autres ou à être reconnu par eux.

    Nous devons éviter à tout prix l’éducation négligente, ce qui signifie aider les parents à être présents pour leurs enfants durant les premières années de leur vie.

    Il existe de plus en plus d’étiquettes et de modèles pour décrire l’éducation idéale : « parents hélicoptères », « mères tigres », « parents phares »… Sommes-nous en train de trop problématiser cette question et, par la même occasion, de mettre la pression sur les familles ?

    Si vous avez besoin d’un terme pour décrire une façon d’être parent, c’est probablement que celle-ci n’est pas saine. À la place, je vais vous expliquer les caractéristiques d’une éducation saine : sensible, empathique, à l’aise avec les limites, présente émotionnellement et physiquement.

    Les enfants ont besoin de certaines limites, d’une structure et de restrictions, mais celles-ci doivent leur être présentées avec sensibilité et empathie. Le plus important, c’est que vous soyez présent(e) physiquement et émotionnellement autant que possible. On ne peut pas être présent émotionnellement si l’on n’est pas présent physiquement, mais on peut être présent physiquement sans l’être émotionnellement.

    Votre livre « Being There » a suscité une vive controverse au sein du mouvement féministe, mais vous avez raconté que, parallèlement, de nombreuses mères sont venues vous remercier d’avoir mis en lumière et défendu leur choix de rester à la maison. Pensez-vous que le féminisme doive élargir sa perspective pour inclure ces femmes ?

    Bien sûr. Beaucoup de gens l’ignorent, mais aux débuts du féminisme, il existait un mouvement appelé « féminisme maternel ». Ce mouvement insistait sur la nécessité pour les femmes d’avoir des choix, des droits et de pouvoir voter, mais, en même temps, il mettait l’accent sur l’importance de la famille. Il ne rejetait pas la maternité. C’est la deuxième vague du féminisme qui a introduit ce rejet.

    Donc oui, je pense qu’il y a de la place dans le mouvement féministe pour les mères, mais nous avons encore un long chemin à parcourir. Quand j’ai écrit « Being There », il y a dix ans, c’est ce que je voulais dire : les femmes ont besoin de reconnaissance et de liberté. Il s’agit de reconnaître l’importance de la maternité en tant que travail précieux, significatif et porteur de sens. Et il s’agit de donner aux parents la permission d’écouter leur cœur et de dire : « Je vais faire une pause dans ma carrière », ou « Je vais consacrer ma vie à élever mes enfants », ou encore « Je peux faire ça maintenant, puis décider plus tard de la suite de ma vie ».

    Vous êtes vous-même un exemple de cette liberté que vous revendiquez. Vous avez raconté qu’au moment de choisir un secteur professionnel, l’une de vos exigences était qu’il vous laisse la flexibilité nécessaire pour fonder une famille.

    Quand j’étais jeune, je savais que je voulais me marier et avoir des enfants, et que c’était ce qu’il y avait de plus important dans la vie. Mais je voulais aussi avoir un travail qui donne vraiment un sens à ma vie. Alors je suis passée d’un stage à l’autre, comme s’il s’agissait d’un menu de dégustation, ce que les jeunes sont censés faire. J’ai essayé le droit. J’ai essayé la production télévisuelle. J’ai essayé les relations publiques. J’ai essayé toutes ces choses. Mais je ne trouvais pratiquement aucune femme heureuse. Et puis, en regardant ma psychothérapeute, je me suis dit : « C’est ça, le mieux : cette femme m’aide à devenir une meilleure personne, à mener une vie meilleure, à être plus heureuse. Et elle gagne beaucoup d’argent. Pourquoi ne pas me lancer là-dedans ? ».

    J’ai eu la grande chance de réaliser, très jeune, que l’amour et les relations sont ce qu’il y a de plus important dans la vie. Mais ce n’est pas ce que nous disons aux jeunes. Nous leur disons de ne pas faire confiance à l’amour, de ne pas tomber amoureux trop jeunes, de ne pas se marier trop jeunes. Nous leur parlons du divorce avant de leur parler de l’amour.

    Et puis il y a aussi le problème de la culture d’entreprise dans certains secteurs : il existe certaines professions, qui étaient traditionnellement des domaines masculins — que ce soit la banque, le droit ou la médecine —, qui ont eu — et continuent d’avoir — de grandes difficultés à s’adapter aux besoins des femmes et des enfants.

    Vous avez dit que nous envoyons des messages inappropriés aux femmes et aux enfants. Et aux hommes ? Pensez-vous que dans ce qu’on appelle la « crise de la masculinité » actuelle, il existe, outre les facteurs éducatifs ou professionnels connus, d’autres facteurs culturels ?

    Il y a une crise chez les garçons et les hommes, et elle est en grande partie liée, une fois de plus, au discours social moderne sur la masculinité toxique : les hommes et les garçons sont mauvais, les filles sont bonnes, il faut glorifier les filles et les femmes, et les garçons, eux, qu’ils aillent se faire voir ailleurs. Bien sûr, il y a des hommes qui se comportent mal. Mais l’idée que toute la masculinité est toxique, ou que les femmes n’ont pas besoin des hommes, est étrange et absurde. Et cela a eu pour effet d’aliéner les garçons et les hommes de la société.

    Du coup, aujourd’hui, ils ont honte. « Houston, nous avons un problème », car, oui, il était très important de valoriser les femmes, mais aujourd’hui, malheureusement, il est important de renforcer, de reconnaître et de valoriser les hommes.

    Nous devons nous débarrasser de ce discours. Nous avons besoin des hommes, nous avons besoin des femmes, nous avons besoin des mères, nous avons besoin des pères. Les pères sont importants pour les enfants, très importants. Nous devons sortir nos hommes de derrière leurs ordinateurs et de leurs communautés d’incels [célibataires involontaires] et les ramener à la lumière du jour.

    Un divorce est toujours une expérience traumatisante, et bien souvent, ce sont les enfants qui en pâtissent le plus. D’après votre expérience clinique, quelles sont les blessures les plus courantes chez eux ? Quels conseils donneriez-vous aux parents à cet égard ?

    Tout d’abord : ne divorcez pas avant que votre plus jeune enfant ait atteint l’âge de trois ans, sauf en cas de maltraitance grave mettant votre vie ou celle de votre enfant en danger.

    Autrefois, il existait ce qu’on appelait la « doctrine des premières années » : en cas de séparation, la garde des enfants était généralement accordée aux mères s’ils étaient encore en bas âge, car les mères étaient reconnues comme les principales figures d’attachement. Aujourd’hui, en raison du mouvement en faveur de la neutralité de genre, on considère que les hommes et les femmes sont interchangeables et qu’il n’existe pas de figure d’attachement principale, ce qui est ridicule, car ce sont les mères qui donnent naissance, allaitent, etc.

    Dans quel monde considère-t-on comme sain de prendre un bébé allaité, ou qui dort peut-être encore avec sa mère, et de l’éloigner brutalement d’elle trois jours par semaine ? Or, c’est exactement ce qui se passe à cause de ce mouvement et parce que les pères tombent dans la possessivité et le narcissisme. « L’enfant est à moi et j’ai droit à la moitié de lui. » Les bébés ne sont pas des objets, ce sont des personnes. Ils traversent des périodes de développement extrêmement critiques qu’il faut respecter.

    Aujourd’hui, beaucoup de gens optent pour des accords « deux-deux-trois » : deux jours avec la mère, puis deux jours avec le père, puis trois jours avec la mère ; et la semaine suivante, dans l’ordre inverse.

    Je peux vous dire que certains adultes, parmi mes patients, se sont plaints que leurs parents aient adopté ce genre d’arrangements lorsqu’ils étaient enfants. Comme si personne n’était prêt à faire le moindre sacrifice au nom de ce qui aurait été approprié ou juste pour eux.

    Les divorces ne sont pas justes. Il n’y a rien de juste dans le divorce. Mieux vaut que cela n’arrive pas, mais si cela arrive, on attend de vous que vous fassiez ce qu’il faut pour vos enfants et que vous vous sacrifiiez pour eux, même si cela signifie qu’à certaines périodes, vous passez moins de temps avec eux. Mais cela exige que vous maîtrisiez vos émotions et que vous soyez capable de vous sacrifier pour les autres.

    Vous avez également écrit un livre sur la manière d’élever des adolescents heureux et épanouis. Que recommanderiez-vous aux parents concernant l’exposition de leurs enfants aux écrans à cet âge ?

    Les moins de 16 ans ne devraient pas être autorisés à utiliser les réseaux sociaux, pour diverses raisons liées à leur développement. Les réseaux sociaux accentuent la tendance à se comparer aux autres, un phénomène typique de l’adolescence, car c’est une période de la vie marquée par une grande insécurité.

    Il faut donc, en premier lieu, écarter cette option, puis fixer des limites concrètes concernant la technologie, quelle qu’elle soit.

    Autre conseil : cherchez une communauté de parents qui partagent votre point de vue, car sinon, cela s’avère très difficile à mettre en pratique.

    Et si votre enfant a besoin d’un téléphone, ne lui achetez pas un smartphone, mais un modèle de base, très ennuyeux, sans jeux, qui ne serve qu’à appeler maman pour lui dire qu’il aura 20 minutes de retard.

    Source : https://www.aceprensa.com/familia/erica-komisar-la-mayor-parte-de-mi-trabajo-clinico-consiste-en-dar-permiso-a-los-padres-para-escuchar-su-corazon-y-seguirlo/. L’article a été publié sous le titre : Erica Komisar: « La plus grande partie de mon travail clinique consiste à “donner la permissionˮ aux parents d’écouter leur cœur et de le suivre ». Le texte a été traduit de l’espagnol par Stéphane Seminckx.

  • Europe : Un nouveau rapport contre la haine qualifie les défenseurs de la vie et de l'enfance de « charge virale »

    IMPRIMER

    De Martin Locksley sur kath.net/news :

    « Désinfecter » l'Europe ?

    12 octobre 2026

    Un nouveau rapport contre la haine qualifie les défenseurs de la vie et de l'enfance de « charge virale »

    Vienne (kath.net) Un rapport récent intitulé The Hate Review a publié une liste d'initiatives sceptiques à l'égard de l'agenda du genre. Les critiques contre l'avortement, la sexualisation à l'école ainsi que la chirurgie transgenre chez les mineurs sont ainsi dénoncées. Des associations autrichiennes sont également classées dans le « spectre anti-genre ». Les voix de la société civile en faveur de la protection de la vie et de l'enfance sont explicitement qualifiées de « pollution » dans ce rapport. L'objectif à long terme de l'organisation Forbidden Colours serait de « désinfecter l'Europe » des positions conservatrices.

    Le rapport a été publié en septembre 2026 par l'ONG Forbidden Colours, basée à Bruxelles. Forbidden Colours s'engage pour les droits des personnes LGBTIQ+ en Europe. Selon ses propres déclarations, un « accent particulier de son travail est mis sur l'observation des acteurs qui font de la communauté LGBTIQ+ un bouc émissaire ». L'ONG affirme disposer d'un vaste réseau européen.

    L'auteur de The Hate Review, Vincent Reillon, mène des activités de plaidoyer politique à Bruxelles. Il a travaillé auparavant pour le service de recherche du Parlement européen et pour la représentation permanente de la France auprès de l'UE. Le directeur général, Rémy Bonny, dirige l'organisation depuis avril 2021. Sous sa direction, celle-ci s'est notamment mobilisée contre les restrictions imposées par la Hongrie sur les contenus liés aux LGBTIQ+ dans les médias et les écoles.

    Une présentation est annoncée au Parlement européen pour le 12 octobre, parrainée par le Luxembourgeois Marc Angel. Ce dernier appartient au groupe social-démocrate S&D. Depuis 2020, il est coprésident de l'intergroupe sur les droits LGBTIQ+ au Parlement européen.

    Pathologisation de l'engagement de la société civile

    La sémantique du rapport est frappante et frise véritablement l'incitation à la haine. L'engagement social des groupes listés est comparé à une « charge virale » (p. 5). Dans son appel final, le rapport réclame la « désinfection de l'Europe » par le « démantèlement » patient de ses acteurs et de leurs visions du monde (p. 29).

    Ce choix de mots pathologisant constitue une étape préliminaire à l'appel à la violence et doit donc être condamné de la manière la plus ferme. Présenter des voix critiques comme une maladie infectieuse vise à les exclure du discours public et des processus démocratiques. Or, les droits de l'homme ne sont pas un privilège accordé en échange d'une approbation de la politique dominante. La liberté de croyance, d'opinion et d'association s'applique bien entendu aussi aux personnes qui s'engagent pour la vie à naître ou qui rejettent la sexualisation des enfants dans les établissements d'enseignement. La Charte des droits fondamentaux de l'UE protège l'orientation sexuelle au même titre que les convictions religieuses et politiques.

    Forbidden Colours alimente une suspicion généralisée contre des initiatives parentales pacifiques, des défenseurs du droit à la vie et des communautés ecclésiales. L'ONG semble moins intéressée par un débat constructif que par l'alimentation d'une image globale de l'ennemi.

    Alliance pour la famille : l'amour avec responsabilité

    The Hate Review couvre une période de 25 ans et recense plus de 3 200 entrées ainsi que plus de 700 organisations et individus. Le rapport dresse le tableau d'un mouvement croissant et répandu dans toute l'Europe qui restreindrait ou attaquerait prétendument les « droits reproductifs » ou les droits des personnes LGBTIQ+. Cela englobe en particulier les initiatives pour la défense de la vie, les droits des parents et la prévention des abus sexuels sur les mineurs.

    Les descriptions du rapport reprennent à plusieurs reprises des images pathologisantes telles que la « contamination » sociale, la « fièvre » ou l'« infection ». Comme contre-stratégie, il est proposé de se mobiliser pour une « désinfection » à long terme contre les militants de la protection de la vie et de l'enfance.

    Même l'organisation autrichienne Familienallianz (Alliance pour la famille) est mentionnée dans ce rapport contre la haine. Depuis plus de 10 ans, elle mène un travail d'information important dans le domaine des droits des parents et de la protection de l'enfance. Elle publie des brochures qui aident les parents et les enfants à faire la distinction entre éducation sexuelle et sexualisation. Elle soutient le groupe de travail « Pour une éducation sexuelle de valeur », porté par des parents et des professionnels. De plus, la Familienallianz propose une ligne d'écoute, du coaching parental, des dépliants gratuits et des conférences. De telles offres contribuent grandement à donner aux parents les moyens d'aborder de manière autonome les concepts d'éducation sexuelle.

    Le dialogue plutôt que la désinfection

    Au lieu de « désinfecter » les points de vue alternatifs, l'Europe a besoin d'espaces de débat ouverts et libres. La dignité humaine ne doit pas dépendre de l'adhésion ou non à des valeurs progressistes. Le Parlement européen devrait, tout particulièrement lors de controverses sociétales, veiller à la défense de la liberté d'expression et de croyance, et promouvoir une culture du dialogue et du respect mutuel.

  • Coût du 3e âge : et si l'impasse budgétaire débouchait sur un élargissement du recours à l'euthanasie ?

    IMPRIMER

    Voici une synthèse objective de la manière dont la réflexion éthique, économique et politique aborde aujourd'hui le risque qu'une impasse budgétaire dans les pays occidentaux puisse déboucher sur une offre élargie du recours à l'euthanasie. Cette question semble d'actualité au moment où la Région Wallonne est décidée à faire des économies sur le fonctionnemennt des maisons de repos.


    1. La réalité de la contrainte budgétaire : le vieillissement démographique

    Les pays occidentaux font face à un effet de ciseaux financier inédit :

    • La baisse du ratio actifs/inactifs : Le départ à la retraite de la génération du baby-boom et la dénatalité réduisent le nombre de cotisants par rapport au nombre de pensionnés.
    • L'explosion des coûts de la dépendance : Les dépenses de santé ne sont pas linéaires ; elles se concentrent de manière critique sur les dernières années de vie (soins palliatifs, traitements des maladies chroniques, hébergement en structures spécialisées).
    • Le risque de sous-financement chronique : Face à des dettes publiques élevées, les États peinent à financer dignement le grand âge, ce qui fragilise les systèmes de soins de santé et les maisons de repos.

    2. Le mécanisme de glissement par défaut de soins

    Le risque qu'une impasse budgétaire élargisse l'offre ou le recours à l'euthanasie ne se formalise pas par une volonté politique explicite, mais par un mécanisme indirect appelé « l'alternative par défaut » :

    • Le manque de moyens pour la dépendance : Si l'accès aux soins de longue durée et aux structures d'accueil devient financièrement inaccessible pour les familles, ou si la qualité de vie y est jugée indigne en raison du manque de personnel, la fin de vie choisie peut être perçue comme la seule issue acceptable.
    • L'insuffisance des soins palliatifs : Les experts en bioéthique soulignent que dans les pays où l'aide médicale à mourir est légalisée, celle-ci coûte structurellement moins cher à la collectivité que le maintien en vie via des soins palliatifs de pointe. L'impasse budgétaire pourrait ainsi inciter l'État (ou les assurances privées) à prioriser le financement de l'option la moins coûteuse.

    3. Les signaux d'alerte et débats actuels

    Ce scénario n'est plus une simple hypothèse de politique-fiction, mais un point de vigilance documenté :

    • L'évolution des critères légaux : Au cours des dernières années, plusieurs législations occidentales ont élargi leurs critères d'accès à l'euthanasie ou à l'aide au suicide, passant d'un pronostic de mort imminente à des notions plus larges comme les « souffrances psychologiques incommensurables » ou la « polypathologie liée au grand âge ».
    • La pression morale du "fardeau" : Le principal danger identifié par les sociologues est l'internalisation d'une contrainte économique par les personnes âgées elles-mêmes. Face aux difficultés financières de leurs enfants ou au coût de leur prise en charge pour la société, certains aînés pourraient développer le sentiment de « coûter trop cher » et demander l'euthanasie par altruisme forcé ou culpabilité.
    • Le débat sur la "fatigue de vivre" : Les déclarations récentes de certains gestionnaires de santé (évoquant l'euthanasie pour les personnes âgées « fatiguées de vivre » afin de préserver la viabilité des systèmes de solidarité) illustrent que la tentation d'une régulation comptable par la fin de vie commence à être verbalisée dans l'espace public.

    En conclusion

    L'impasse budgétaire des États occidentaux constitue un facteur de pression systémique majeur. Si aucune législation ne revendique l'euthanasie comme une mesure d'austérité, le sous-financement chronique de la dépendance et des soins de fin de vie crée un environnement où l'élargissement de l'offre d'euthanasie risque de devenir, par glissement éthique et économique, une variable d'ajustement structurelle face au défi du grand âge.

    Note complémentaire

    Les Pays-Bas et la Belgique : Le débat sur la « fatigue de vivre »

    Dans ces deux pays, les lois initiales de 2002 exigeaient une pathologie médicale grave et incurable. Vingt-cinq ans plus tard, les frontières de la loi se sont considérablement déplacées. [1, 2, 3]

    • La polypathologie et la vieillesse : Les rapports bisannuels des commissions de contrôle (notamment les données publiées en Belgique) montrent une hausse des cas liés à la « polypathologie », une accumulation de dégradations physiques dues au grand âge, sans maladie mortelle à court terme. [1, 2]
    • La pression pour la « vie accomplie » : Aux Pays-Bas, des courants politiques et sociétaux poussent régulièrement pour la création d'un droit à l'euthanasie pour les personnes de plus de 75 ans qui estiment avoir accompli leur vie et souffrent d'une « fatigue de vivre », même en l'absence de critères strictement médicaux. [1]

    Que faut-il en conclure ?

    Ces pays n'ont pas légiféré pour faire des économies, mais l'expérience montre que dès lors que le critère de la mort imminente est abandonné, la frontière éthique devient poreuse. Si l'offre de soins palliatifs, de financement des maisons de retraite ou d'aides aux personnes handicapées est défaillante en raison d'une impasse budgétaire, le choix d'abréger sa vie cesse d'être une pure liberté philosophique pour devenir, chez certains, une solution de détresse face à la précarité ou à la peur d'être un fardeau. [1, 2]

    En 2024 en Belgique, le président de la Mutualité Chrétienne, Luc Van Gorp, a suscité une vive polémique en déclarant dans la presse que face au vieillissement de la population, la question des personnes « fatiguées de vivre » et du recours élargi à l'euthanasie devait être posée sans tabou. Il s'exprimait en gestionnaire de fonds de santé, déclenchant un tollé immédiat de la part du monde médical, politique et éthique, qui a dénoncé une vision purement comptable de l'existence humaine.

    Pour compenser la perte des aides publiques découlant du nouveau budget annoncé par la région Wallonne, les maisons de repos pourraient se voir contraintes d’augmenter leur prix d'hébergement journalier. Si le coût d'une structure d'accueil dépasse les revenus du pensionné et impacte directement le budget de ses enfants, la charge financière devient intrafamiliale. C'est précisément ce mécanisme d'asphyxie économique qui favorise l'apparition d'une détresse morale chez le senior, le poussant à envisager la fin de vie pour ne pas appauvrir ses proches

    (avec le concours de l'IA)

  • En Ukraine, la Russie vise désormais en priorité les civils. La réponse de l'Église

    IMPRIMER

    En Ukraine, la Russie vise désormais en priorité les civils. La réponse de l'Église

    Pour bien comprendre ce que pense Léon XIV de la guerre en Ukraine, il faut absolument lire les dix pages sur la question dans la dernière édition de « La Civiltà Cattolica », la revue des jésuites de Rome publiée sous le contrôle préalable de la Secrétairerie d’État et, bien souvent, du pape lui-même.

    Cet article s'intitule « L’Ukraine et les coûts humains du conflit ». Il traite précisément des répercussions sur la population du nouveau tournant pris par l’offensive russe : des frappes systématiques ne se limitant plus à la ligne de front, mais qui visent désormais les villes et villages de tout le pays — à commencer par la capitale, Kiev —, à coups de drones et de missiles déferlant sans relâche sur le quotidien des civils pour briser leur résistance.

    Jusqu'ici, « sans aucun signe de fléchissement à l’horizon », souligne l'auteur de l'article, le jésuite et psychologue Norbert Frejek. Bien au contraire, « les habitants des zones touchées continuent de faire preuve d'une force morale et d'une ténacité remarquables », après presque cinq ans de résistance ininterrompue face à l'invasion russe qui, « depuis février 2022, n'a conquis que 3 % du territoire ukrainien », outre les zones déjà annexées par la force depuis 2014, pour un total d'environ 20 % du territoire, Crimée comprise.

    En ce qui concerne l’invasion russe et la résistance ukrainienne qui a suivi, le jugement est sans appel. L’Ukraine « combat pour préserver son indépendance à l’intérieur des frontières internationalement reconnues ». Et « l’assistance militaire » apportée à la nation agressée, « tout comme le soutien financier et humanitaire d’où qu’il vienne, joue  dans ce cadre un rôle essentiel ».

    L’indomptable résistance de la nation agressée, écrit le P. Frejek, « puise ses racines dans l’histoire complexe de l’Ukraine, un pays qui a dû lutter pour son indépendance et qui reste marqué par la grande famine des années trente, lorsque le pouvoir soviétique a laissé plusieurs millions de personnes mourir de faim, de façon systématique. »

    L’Ukraine a été, à l’instar des pays baltes, « l’une de ces ex-républiques soviétiques qui a essayé de tirer le meilleur parti de l’effondrement de l’Union soviétique pour bâtir rapidement un État indépendant ». À l’inverse, la Russie de Vladimir Poutine ravivait ses ambitions néo-impériales, allant jusqu’à déclarer la guerre à la nation qui avait échappé à on pouvoir. Frejek écrit : « Comme l’observait déjà il y a de nombreuses années le chercheur ukrainien Mykola Riabchouk dans son compte rendu de l’ouvrage Russischer Zentralismus und ukrainische Autonomie de Zenon Kohut, l’affrontement entre ces deux systèmes politiques était inévitable : la république cosaque ne pouvait coexister avec l’autocratie, pas plus que les principes du droit romain ne pouvaient s’accorder avec le despotisme asiatique. »

    C’est à la lumière de ces analyses fondamentales qu’il faut saisir toute la portée des paroles du pape Léon sur la guerre en Ukraine, notamment celles prononcées à l’issue de l’Angélus du dimanche 6 septembre :

    « C’est avec profonde tristesse que j’ai suivi les nouvelles des violentes attaques qui ont touché récemment plusieurs villes et infrastructures civiles en Ukraine, causant la mort de personnes innocentes. Mon cœur se joint à la souffrance de la population qui vit dans l’angoisse et la peur depuis des années. Je lance un nouvel appel pour que l’on mette fin à la violence, que l’on arrête la destruction et que l’on ouvre les cœurs au dialogue et à la paix ! »

    L’article de Frejek dans « La Civiltà Cattolica » est précisément consacré à cette « souffrance de la population » rappelée par le pape. Avec d’autres jésuites, il a fondé à l’automne 2024 à Tchernivtsi, en Bucovine ukrainienne, un centre d’accompagnement psychologique et spirituel, appelé Space of Hope, destiné aux personnes frappées par la guerre qui, « tout en conservant leur capacité de résistance et d'endurance, accusent une profonde fatigue psychologique ».

    En effet, « en plus des états d’anxiété générés par les attaques fréquentes, parfois quotidiennes, de drones et de missiles, de nombreuses personnes en Ukraine souffrent également de trouble de stress post-traumatique ».

    « Les victimes les plus fréquentes – écrit Frejek – sont les soldats engagés sur le front ; cependant, la guerre actuelle a montré que le trouble de stress post-traumatique touche aussi les mères et les épouses qui attendent le retour de leurs fils et de leurs maris, tout comme les proches de ceux qui ne reviendront plus. Ce trouble constitue une forme de réponse à un traumatisme, c’est-à-dire à un événement extrêmement violent dépassant la capacité d’une personne à y faire face et à s’adapter à la situation. En d’autres termes, la personne ne parvient plus à intégrer une expérience aussi douloureuse. »

    Il s’agit surtout de ceux qui apprennent la mort d’un proche . Ils éprouvent « le sentiment qu’une part essentielle de leur vie a soudainement basculé ». Et ils se renferment sur eux-mêmes, habités par « l’idée que raconter sa vie à un inconnu suscite la méfiance » : un héritage, là aussi, de l’ère soviétique, « qui a appris à des générations entières à rester sur leurs gardes et à surveiller ce qu’elles confient aux autres ».

    « Parmi les sentiments les plus fréquents chez les proches des soldats – poursuit Frejek –, outre la peur, on retrouve le sentiment que ces hommes portent un poids écrasant. Face à des personnes qui semblent accablées par un fardeau à ce point oppressant, la tendance est souvent de prendre ses distances, presque de fuir, pour éviter que ce poids ne contamine leur entourage. Cette dynamique rappelle, à certains égards, l’attitude qui a caractérisé pendant des siècles le rapport aux lépreux. »

    Et puis il y a les enfants, qui « ne comprennent souvent que bien plus tard que leur père n'est pas simplement parti pour un long voyage, mais qu'il ne rentrera plus jamais ».

    En somme, « les images d’une jeune veuve, d’une mère ou d’un adolescent accueillant avec stoïcisme la nouvelle de la mort d’un être cher tombé au front relèvent davantage de la fiction cinématographique que de la réalité ».

    Parmi les centres qui offrent un soutien psychologique et spirituel à la population ukrainienne frappée par la guerre, Frejek cite, outre le Space of Hope, le Service jésuite pour les réfugiés de Lviv, particulièrement actif auprès des migrants internes déplacés des zones de combat ou sous occupation russe. À cela s'ajoutent les aumôniers militaires, environ 500 hommes et femmes issus de 13 confessions religieuses différentes.

    « Dans notre travail d’accompagnement, nous puisons notre inspiration dans deux passages des Écritures », écrit Frejek. « Le premier est tiré de la deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens : “Béni soit Dieu, le Père de toute consolation, qui nous réconforte dans toutes nos détresses, pour que nous puissions réconforter tous ceux qui sont dans la détresse, grâce au réconfort que nous recevons nous-mêmes de Dieu” (2 Co 1, 3 – 4). Le second est issu du livre d’Isaïe : “Par ses blessures, nous sommes guéris” (Is 53, 5). »

    Et de conclure : « En accompagnant ces personnes éprouvées, nous nous efforçons de les aider à entrevoir de nouveau un avenir et à redonner un sens à leur existence. »

     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Vienne : « L’avortement n’est pas un droit humain. »

    IMPRIMER

    De Raphaela Ebner sur le Tagespost :

    « L’avortement n’est pas un droit humain. »

    Des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Vienne pour manifester en faveur du droit à la vie. Cette importante manifestation a également reçu le soutien de nombreux responsables politiques et religieux.
    Marche pour la vie à Vienne
    Photo : Marche pour la vie | Le temps gris d'octobre contrastait fortement avec l'ambiance joyeuse et les tenues colorées des manifestants, ici rassemblés sur la Stephansplatz, devant la cathédrale Saint-Étienne à Vienne.

    La « Marche pour la Vie » a débuté par une messe et un rassemblement de prière œcuménique en différents lieux. Mgr Stephan Turnovszky, évêque auxiliaire viennois qui a présidé la cérémonie en l'église Saint-Charles (Karlskirche), a souligné l'importance de défendre les plus vulnérables. Il a évoqué les personnes en fin de vie, les personnes âgées et les malades, ainsi que les générations futures. La « Marche pour la Vie », a-t-il déclaré, ne vise pas avant tout à s'opposer, mais à soutenir : défendre la vie, les plus vulnérables et tous ceux qui offrent leur aide, sans distinction d'appartenance politique. L'évêque auxiliaire a également mis en garde contre toute forme de polarisation ou d'instrumentalisation politique de cet engagement pour la vie. « Il n'existe aucun droit humain à l'avortement », a-t-il affirmé clairement. « C'est une contradiction dans les termes. »

    Un enfant ne doit pas constituer un problème ni un risque de pauvreté.

    Lors du rassemblement sur la place devant l'église Saint-Charles, Ricarda Berger, députée et porte-parole du FPÖ (Parti de la liberté d'Autriche) pour les questions familiales, a réaffirmé : « Le droit d'une femme à disposer de son corps s'arrête là où commence une nouvelle vie. » Les droits humains appartiennent à tous, et donc aussi aux enfants à naître, a-t-elle souligné. Un enfant ne devrait jamais être un problème ni un facteur de risque de pauvreté, a déclaré la femme politique autrichienne. Il est de la responsabilité des responsables politiques d'offrir de véritables opportunités et des conseils indépendants. « Les enfants demandent du temps, de l'énergie, et parfois même de la patience, mais ils apportent aussi une quantité incroyable d'amour, de joie et d'espoir », a-t-elle conclu.

    La porte-parole du FPÖ pour les familles a décrit la naissance de ses enfants comme les moments les plus inoubliables de sa vie. Petra Plonner, de l'initiative citoyenne #fairändern, s'est également adressée aux responsables politiques dans son discours : « Les femmes n'avortent pas par conviction, mais par désespoir : cela doit changer. » Convaincue que les femmes méritent mieux, elle a appelé à des mesures politiques de soutien pour garantir non seulement leur survie, mais aussi une vie digne.

    Pratiquement aucun contre-manifestant

    Guillaume de Thieulloy, organisateur de la Marche pour la vie, a prononcé un discours porteur d'espoir. Il a affirmé que l'avortement n'est pas seulement la destruction d'une vie innocente, mais aussi d'une société, et que, finalement, la protection de la vie triomphera. Barbara Seppi a présenté son projet « Maison de l'Espoir », qui offre un soutien concret aux femmes confrontées à une grossesse à risque. Elles peuvent y bénéficier d'un hébergement et d'un accompagnement gratuits pendant un an. Après les discours, les plus de 3 000 participants, selon les organisateurs, ont défilé dans le centre de Vienne jusqu'à la place Saint-Étienne.

    Le temps gris d'octobre contrastait fortement avec l'atmosphère joyeuse et les couleurs chatoyantes des manifestants. La forte présence de jeunes était frappante, et de nombreux représentants des communautés religieuses étaient également présents. L'évêque Klaus Küng assista à la fois à la messe et au rassemblement. La « Marche pour la Vie », déclara-t-il, était « un signe de vie, la preuve que certains défendent l'inviolabilité de la vie ». Cependant, contrairement aux années précédentes, les participants de cette année n'ont guère remarqué de réaction de la part des contre-manifestants : ce n'est qu'après la fin de l'événement sur la Stephansplatz qu'une contre-manifestation organisée a vu le jour. Mais même cette tentative de faire entendre une voix dissidente sembla se perdre dans le tumulte de la grande ville.

  • Le Vatican devrait réaffirmer la culture de la vie

    IMPRIMER

    L'urgence n'est pas seulement américaine...

    De Alden Abbott sur The Catholic Thing :

    Le Vatican devrait réaffirmer la culture de la vie

    10 octobre 2026

    Les évêques catholiques d'Arlington et de Richmond, Michael Burbidge et Barry Knestout, ont exhorté les Virginiens à rejeter la Question 1, un amendement constitutionnel soumis à référendum le mois prochain. Cet amendement vise à élargir l'accès légal à l'avortement. Les évêques ont averti que cette mesure instaurerait un prétendu droit fondamental à l'avortement « pour chaque personne, jusqu'à la naissance », y compris pour les mineures ; qu'elle mettrait en danger la santé et la sécurité des femmes ; qu'elle exclurait les parents des décisions concernant leurs filles mineures ; et qu'elle protégerait de toute poursuite judiciaire les personnes qui pratiquent des avortements. Leur conclusion est sans équivoque : cette proposition est « extrême, dangereuse, radicale et abominable ».

    Cette déclaration nous rappelle avec force que la culture de mort n'est pas une abstraction. Elle se manifeste chaque fois que la loi considère la destruction délibérée d'une vie humaine innocente comme un droit, un service ou une forme de compassion. Elle se manifeste dans la banalisation de l'avortement et dans l'acceptation croissante de l'euthanasie et du suicide assisté. Elle se manifeste également lorsque le handicap, la dépendance, l'âge et la maladie sont présentés comme des raisons pour lesquelles une vie humaine serait devenue moins digne de protection. L'intervention des évêques soulève donc une question qui dépasse largement le cadre de la Virginie : le moment est-il venu pour le Vatican de renouveler la proclamation publique de l'Église en faveur de la culture de la vie ?

    Saint Jean-Paul II a répondu à cette question avec une clarté remarquable en 1995 dans son encyclique Evangelium vitae. La vie humaine, enseignait-il, est un don de Dieu, possédant une dignité sacrée et inviolable, de la conception à la mort naturelle. L’Évangile de la Vie n’est pas un programme politique restreint. Il fait partie intégrante de l’Évangile, car chaque personne est créée à l’image de Dieu et appelée à la communion avec Lui. L’avortement et l’euthanasie ne sont pas de simples choix sociaux malheureux, ni des sujets sur lesquels l’Église aurait une simple préférence morale. Ce sont des violations graves de la loi morale, car elles s’attaquent directement à la vie innocente. Aucun gouvernement ne peut transformer une telle atteinte en un véritable droit humain.

    L’encyclique Evangelium vitae insistait également sur le fait que défendre la vie exige plus que la simple condamnation d’actes particuliers. Une culture de la vie doit protéger les mères, les enfants, les personnes handicapées, les personnes âgées et les mourants ; soutenir les familles confrontées à l’adversité ; offrir une véritable prise en charge plutôt que l’abandon ; et résister à la tentation de mesurer la valeur humaine à l’aune de la productivité, de l’indépendance ou de la santé. L’autorité publique a le devoir de défendre le bien commun, et le droit à la vie est le fondement sur lequel reposent tous les autres droits. L’encyclique associe ainsi la vérité morale à la miséricorde, et la protection juridique à une civilisation de la solidarité.

    Près de trente ans plus tard, cet enseignement est devenu plus urgent que jamais. Dans de nombreuses juridictions, l'avortement, autrefois toléré dans des circonstances limitées, est désormais érigé en droit constitutionnel fondamental. L'avortement médicamenteux et le « tourisme de l'avortement » ont facilité la dissimulation de la destruction de la vie prénatale. À l'autre extrémité de l'existence, l'euthanasie et le suicide assisté sont passés de propositions exceptionnelles à des composantes acceptées des politiques publiques. (Au Canada, 5 % des personnes meurent déjà par l'aide médicale à mourir [AMM], un chiffre qui ne fera qu'augmenter.) Dans certains endroits, on demande de plus en plus aux familles de considérer la mort comme une solution à la souffrance, aux coûts, à la dépendance ou aux difficultés sociales. Le discours sur l'autonomie peut masquer le fait que des personnes vulnérables peuvent se sentir obligées de choisir la mort pour ne pas être un fardeau pour autrui.

    Au vu de tout cela, le pape Léon XIV devrait publier une encyclique consacrée spécifiquement au renouveau d'Evangelium vitae pour notre époque. Il existe un précédent remarquable : l'encyclique Centesimus annus de Jean-Paul II a revisité et actualisé l'encyclique Rerum novarum de Léon XIII un siècle après sa publication, en appliquant des principes fondamentaux à un contexte économique et politique en mutation. Une nouvelle encyclique pourrait accomplir la même démarche pour l'Évangile de la Vie. Elle pourrait réaffirmer les enseignements centraux d'Evangelium vitae tout en abordant les nouvelles technologies, les revendications constitutionnelles, les enjeux médicaux, le déclin démographique et le mouvement international visant à faire reconnaître l'avortement et l'aide médicale à mourir comme des droits humains.

    Le pape Léon XIV rencontre une famille lors de l'audience générale du 27 août 2025 [Source : Vatican Media]

    Une telle encyclique s'inscrirait dans la continuité de l'enseignement public de Léon XIV. Sa première encyclique, Magnifica humanitas, affirmait déjà que le droit à la vie s'étend de la conception à la mort naturelle et condamnait l'avortement provoqué, le meurtre d'innocents et l'euthanasie comme des actes gravement répréhensibles. Une encyclique consacrée à la vie pourrait donner à ces affirmations un cadre théologique, moral et pastoral solide. Elle pourrait enjoindre les évêques catholiques du monde entier – y compris ceux des Églises catholiques orientales – à faire de l'opposition aux politiques gouvernementales promouvant l'avortement et l'euthanasie une priorité pastorale.

    Ce document doit être fondé sur des principes fondamentaux sans pour autant prendre de parti partisan. L’Église doit distinguer la certitude de son enseignement moral de la prudence requise face à des lois et politiques particulières. Mais la prudence ne saurait justifier le silence lorsque des gouvernements redéfinissent le meurtre comme un « droit » ou la « compassion » comme un abandon des plus vulnérables. Les évêques devraient encourager les catholiques à défendre la vie publiquement, tout en exigeant une aide concrète pour les femmes confrontées à une grossesse non désirée, un soutien généreux aux familles, une réforme de l’adoption, l’inclusion des personnes handicapées et des soins palliatifs de qualité. La culture de la vie ne sera pas convaincante si elle se limite à des interdictions. Elle doit s’incarner dans des pratiques d’accompagnement et d’amour sacrificiel.

    Ce moment recèle peut-être aussi des raisons inattendues d'espérer. Le regain d'intérêt pour le catholicisme chez certains jeunes, la hausse des baptêmes d'adultes en France et la soif de tradition et de transcendance aux États-Unis et ailleurs laissent penser que la résignation face aux évolutions séculières n'est pas la seule issue possible. Il convient d'interpréter ces signes avec modestie ; ils n'effacent en rien les défis démographiques et culturels auxquels l'Église est confrontée. Ils montrent néanmoins pourquoi la clarté est essentielle. Une génération en quête d'une vision cohérente de la dignité humaine mérite d'entendre que la vie n'est pas jetable, que la souffrance n'annule pas la valeur d'une personne et que la liberté est orientée vers l'amour plutôt que vers l'autodestruction.

    Le monde a trop longtemps toléré la dégradation de la vie humaine par le droit et les politiques publiques. La Question n° 1 du référendum en Virginie est un avertissement parmi tant d'autres. L'Église doit y répondre, ainsi qu'à la crise plus vaste qu'elle représente, avec la confiance et la compassion de l'Évangile. Le moment est mûr pour que le pape Léon XIV réaffirme la culture de la vie – et il est urgent d'agir.

  • L’Europe, une puissance mondiale vieillissante

    IMPRIMER

    De Stephan Baier sur le Tagespost :

    L’Europe, une puissance mondiale vieillissante

    Moins d’habitants, davantage de problèmes : l’Europe en déclin risque-t-elle de sombrer dans l’insignifiance géopolitique ?

    10 octobre 2026

    À bien des égards, l’Europe fait figure de pionnière : sa population vieillit et commence à diminuer plus tôt que celle du reste du monde. L’Union européenne compte actuellement 452 millions d’habitants. Sa population devrait encore augmenter jusqu’en 2029, avant d’amorcer un déclin rapide.

    L’Europe est « une pionnière du vieillissement », constate Sebastian Klüsener, directeur de recherche à l’Institut fédéral de recherche démographique de Wiesbaden. « Nous allons vieillir et être moins nombreux, mais nous ne disparaîtrons pas. »

    Le continent le plus jeune sur le plan démographique est l’Afrique, où 96 % de la population a actuellement moins de 65 ans. Toutefois, les experts des Nations unies prévoient eux aussi un vieillissement de la population africaine et latino-américaine au cours de la seconde moitié du siècle.

    L’Asie de l’Est connaît un vieillissement particulièrement rapide. Selon les projections, d’ici à 2100, seuls 56 % de ses habitants auront moins de 65 ans. Lors du sommet « Europe de Salzbourg », organisé par l’Institut des régions d’Europe (IRE), Sebastian Klüsener a souligné : « En Chine, le gouvernement ne sait pas comment faire remonter le taux de natalité. » Il a également indiqué que la population européenne devrait diminuer de 20 % d’ici à la fin du siècle, malgré une espérance de vie élevée.

    Le départ à la retraite des baby-boomers met de nombreux pays au défi

    Le vieillissement de la population européenne s’explique à la fois par l’allongement considérable de l’espérance de vie et par l’effondrement de la natalité amorcé au milieu des années 1960. Aujourd’hui, le départ à la retraite des baby-boomers pose de sérieux problèmes à de nombreux pays européens.

    Les mouvements migratoires suivent des trajectoires opposées : tandis que l’Europe occidentale et centrale ont accueilli un grand nombre de jeunes immigrés, l’Europe orientale et du Sud-Est connaît un exode tout aussi marqué de sa population en âge de travailler.

    La croissance démographique observée ces dernières années est essentiellement imputable à l’immigration, a relevé avec une pointe d’ironie Stephan Marik-Lebeck, de l’Institut autrichien de la statistique, lors du congrès de l’IRE à Salzbourg.

    Les quinze prochaines années, jusqu’au début du déclin démographique attendu à partir de 2040, s’annoncent toutefois difficiles. « Si la structure de la population évolue, nous devrons adapter nos systèmes de protection sociale », prévient-il.

    Qu’il s’agisse de relever l’âge effectif de départ à la retraite ou de réduire les pensions et les prestations sociales, les mesures que les scientifiques peuvent justifier sur le plan objectif sont difficiles à défendre politiquement, tant elles risquent de coûter cher sur le plan électoral.

    Erich Striessnig, de l’Institut de démographie de l’Université de Vienne, invite pour sa part à s’interroger sur la nécessité de maintenir une population stable pour préserver les capacités de défense d’un pays, à l’heure où l’automatisation progresse. Selon lui, la résilience économique peut être renforcée par d’autres moyens : accroître l’emploi des femmes, relever l’âge de la retraite ou encore favoriser l’immigration.

    Il avance même, de façon provocatrice, que si davantage d’enfants naissaient aujourd’hui, ils constitueraient une charge supplémentaire pour la société pendant les vingt-cinq prochaines années, avant de pouvoir contribuer pleinement à l’économie. En Autriche, de telles positions ne sont guère politiquement défendables, sauf peut-être à l’extrême gauche.

    La prospérité et l’État-providence sont menacés

    Une question dominait le congrès de l’IRE, organisé la semaine dernière : une Europe en déclin démographique peut-elle préserver sa prospérité et son État-providence tout en s’affirmant comme une grande puissance sur la scène mondiale, dans un contexte international toujours plus dangereux et marqué par la rivalité entre les grandes puissances ?

    L’Europe n’est peut-être pas une superpuissance, mais elle l’est au moins « par son mode de vie », a déclaré Gordana Siljanovska-Davkova, présidente de la Macédoine du Nord.

    Alors que les États-Unis semblent vouloir jouer un rôle moins important dans la sécurité européenne, et que la polarisation s’accentue face à des États dont les valeurs diffèrent de celles des Européens, l’Union européenne doit viser une véritable autonomie stratégique. « Trop de facteurs déterminants pour notre sécurité échappent à notre contrôle », a souligné la présidente macédonienne.

    Elle a ajouté : « Si l’Union européenne veut devenir une union politique, elle ne peut pas laisser les Balkans occidentaux à l’écart. »

    Dans son récent discours sur l’état de l’Union, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé au Canada un statut de membre associé — une formule qui ne figure même pas dans les traités européens — et promis à l’Ukraine et à la Moldavie un avenir au sein de l’Union, sans évoquer pour autant les autres pays candidats à l’adhésion.

    Cette déclaration a été très mal accueillie en Europe du Sud-Est. Gordana Siljanovska-Davkova y voit le « talon d’Achille de l’Union européenne » et dénonce le traitement inégal réservé aux candidats à l’adhésion.

    La Macédoine du Nord a dû modifier sa Constitution, son drapeau et même son nom. Pourtant, déplore la présidente, « chaque compromis est devenu le prétexte à un nouveau chantage ».

    Face à ce rapprochement entre l’Europe et le Canada, elle a donc lancé cet avertissement : « Avant de s’étendre outre-Atlantique, l’Europe doit combler le vide dans sa propre zone d’influence. »

    À défaut, l’Europe du Sud-Est risque de devenir un terrain d’affrontement entre intérêts concurrents, « où les puissances extérieures continueront de tester leur force » — une allusion probable à l’influence russe et chinoise dans les Balkans.

    Forte d’une expérience douloureuse, la vice-Première ministre moldave, Cristina Gherasimov, a rappelé que la Russie ne respecte ni l’identité, ni la souveraineté, ni l’intégrité territoriale de ses voisins. La Moldavie doit constamment se défendre contre les tentatives d’ingérence et les attaques hybrides russes.

    Mais Vladimir Poutine ne cherche pas seulement à exercer son influence sur la Géorgie, l’Ukraine et la Moldavie : il vise aussi, plus largement, « l’affaiblissement de l’Europe ».

    Pour de nombreux responsables à Bruxelles, l’élargissement de l’Union européenne constitue donc une nécessité géopolitique. En Europe du Sud-Est — région que le langage institutionnel européen désigne sous le nom de « Balkans occidentaux » —, de nombreux pays, dont la Macédoine du Nord et le Monténégro, souhaitent cependant adhérer à l’Union non pas pour des raisons géopolitiques, mais parce qu’ils s’efforcent de mettre en œuvre les réformes convenues et de satisfaire aux critères d’adhésion.

  • La réunion "Amoris laetitia" examine les raisons de la réticence des jeunes à se marier.

    IMPRIMER

    De Victoria Cardiel (ACI Prensa) sur EWTN News :

    La réunion "Amoris laetitia" examine les raisons de la réticence des jeunes à se marier.

    Lors d'un rassemblement marquant le 10e anniversaire d'Amoris Laetitia, les responsables de l'Église ont souligné l'évolution des mentalités à l'égard de la sexualité, la fréquence des divorces et la précarité économique comme autant d'obstacles au mariage.

    9 octobre 2026

    Pourquoi de moins en moins de jeunes choisissent-ils de se marier dans l'Église catholique, et comment la société contemporaine comprend-elle la relation entre sexualité, procréation et sacrement de mariage ?

    Ces questions figurent parmi celles qui seront abordées lors d'une rencontre internationale sur la famille au Vatican, qui se déroule à huis clos jusqu'au 14 octobre avec la participation des présidents des conférences épiscopales du monde entier.

    L’archevêque Timothy Costelloe, président de la Conférence des évêques catholiques australiens, a déclaré dans sa présentation du vendredi 9 octobre que dans son pays, et peut-être dans beaucoup d’autres, « le concept d’un lien nécessaire entre l’activité sexuelle et la procréation, et l’importance de ce lien dans le mariage chrétien ne sont plus largement compris ni acceptés ».

    Pour illustrer le problème, il a cité les observations d'un directeur de l'éducation religieuse en Australie-Occidentale, marié et père d'adolescents.

    « Beaucoup de nos jeunes ont hérité de conceptions culturelles de la sexualité qui diffèrent sensiblement de celles de l'Église ; ils comprennent peut-être la position de l'Église, mais ils ont du mal à l'adopter », lui a expliqué l'éducateur.

    Costelloe a déclaré que cela reflète une tension entre l'enseignement de l'Église et les attitudes culturelles dominantes, renforcées par les médias sociaux, le divertissement, la culture des pairs et les influenceurs en ligne, qui promeuvent fréquemment des relations qui privilégient « l'épanouissement personnel, l'autonomie et le bonheur immédiat plutôt que la permanence, le sacrifice et l'alliance ».

    Les défaillances morales des dirigeants de l'Église

    Pour aggraver le problème, a déclaré Costelloe, de nombreux jeunes ont vécu des situations douloureuses, notamment des mariages brisés dans leurs propres familles, des violences conjugales, des inégalités entre les hommes et les femmes et les manquements moraux des dirigeants de l'Église dont la crédibilité a été entachée.

    « Nous sommes en concurrence avec de nombreuses autres conceptions du mariage », a-t-il reconnu.

    Malgré ces difficultés, l'archevêque a souligné que de nombreux jeunes continuent de rechercher des relations durables qui révèlent leurs meilleures qualités et leur offrent une base solide pour un avenir prometteur.

    Il a plaidé pour le soutien de ces aspirations et l'accompagnement des jeunes dans leur quête de relations stables.

    Dans le même temps, Costelloe a observé que la fréquence des divorces et des échecs relationnels a amené de nombreux jeunes à se demander « si un engagement à vie est possible, voire souhaitable ».

    Dans ce contexte, il a souligné l'importance de l'exemple donné par les mariages et les familles stables.

    Comme un couple marié le lui a confié : « L’argument le plus convaincant en faveur du mariage chrétien est souvent celui d’un couple marié qui le vit pleinement. »

    Costelloe a suggéré que les paroisses et les diocèses devraient trouver des moyens de rendre ces exemples plus visibles, notamment par le biais de programmes de préparation au mariage et d'écoles catholiques.

    Il préconisait également de présenter l’enseignement de l’Église sur l’intimité conjugale de manière positive, comme un idéal à poursuivre plutôt que comme un simple ensemble de règles et d’interdictions.

    Comprendre pourquoi les jeunes rejettent le mariage

    Le cardinal Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, a averti les participants que les taux de mariage sont en baisse dans le monde entier, tant pour les mariages civils que pour ceux célébrés à l'église.

    « Nous ne pouvons ignorer le fait que le nombre de mariages est actuellement en baisse dans le monde entier, qu’il s’agisse de mariages civils ou religieux », a-t-il déclaré. « Nous chercherons à interpréter ce phénomène, en tenant compte de la question de savoir si ses causes sont les mêmes partout. »

    Ce rassemblement marque le 10e anniversaire d’ Amoris Laetitia , l’exhortation apostolique publiée par le pape François en 2016 à la suite de deux synodes marqués par d’intenses débats sur l’approche pastorale de l’Église envers les familles.

    Les propositions du document visant à accompagner les jeunes mariés et les couples rencontrant des difficultés conjugales ont été en partie éclipsées par la controverse concernant ses implications pour les catholiques divorcés et remariés civilement.

    Les évêques de la région pastorale de Buenos Aires ont interprété le document comme autorisant certains catholiques divorcés et remariés civilement à recevoir les sacrements de la réconciliation et l'Eucharistie à la suite d'un processus de discernement pastoral accompagné, y compris dans les cas où une personne estime que l'abstinence de relations sexuelles causerait un préjudice supplémentaire aux enfants de la nouvelle union.

    En 2023, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a confirmé que cette interprétation fait partie du magistère authentique, ayant été publiée dans les Acta Apostolicae Sedis , le recueil officiel du Saint-Siège.

    Farrell a fait remarquer que les prêtres ne sont pas les seuls à s'inquiéter de la réticence des jeunes à se marier. De nombreux parents chrétiens partagent cette préoccupation en voyant leurs enfants aux prises avec la solitude et l'incertitude quant aux engagements à vie.

    « Les pasteurs ne sont pas les seuls à être confrontés à cette préoccupation. Elle est ressentie en premier lieu par de nombreux parents chrétiens dont les enfants souffrent de solitude, hésitent encore à prendre un engagement durable ou rejettent catégoriquement la voie que leurs parents eux-mêmes avaient embrassée avec joie », a-t-il déclaré.

    Parmi les facteurs contribuant à cette tendance, Farrell a cité le divorce, les différentes formes de cohabitation et les attitudes culturelles dominantes.

    « Mais à un niveau plus profond, on pourrait se demander si Dieu n’a pas cessé de parler au cœur des jeunes, de susciter en eux le désir du mariage », a-t-il déclaré.

    Le cardinal a déclaré que les participants seraient à la recherche de signes d'espoir et examineraient les initiatives, les personnes et les circonstances susceptibles d'ouvrir de nouvelles voies vers le mariage.

    « Nous examinerons également dans quelle mesure nos communautés sont attentives au témoignage de ceux qui, malgré tout, choisissent le mariage – que ce soit tôt dans la vie ou plus tard – et comment leur expérience peut nous aider à comprendre et à présenter plus efficacement la vocation au mariage. »

    Que recherchent les jeunes lorsqu'ils parlent d'amour ?

    L’évêque auxiliaire Stephen Fernandes de Bombay, en Inde, a fait valoir que le principal défi de l’Église n’est pas simplement de se demander pourquoi les jeunes hésitent à se marier, mais de comprendre ce qu’ils recherchent dans les relations.

    « Le défi qui se pose à l’Église n’est donc pas de commencer par se demander pourquoi les jeunes n’acceptent pas le mariage, mais plutôt ce qu’ils recherchent lorsqu’ils parlent d’amour, de liberté, de dignité et de leur avenir », a-t-il déclaré.

    Fernandes a expliqué que les jeunes vivent leurs relations dans un environnement culturel très différent de celui des générations précédentes.

    « La culture de l’immédiateté et du choix continu peut s’immiscer dans leur expérience de l’intimité, tandis que le mariage exige patience, présence, pardon et persévérance », a-t-il observé.

    Il a également souligné l'insécurité économique comme un obstacle important au mariage, citant les difficultés d'emploi, le coût du logement, la migration et l'instabilité sociale.

    « Pour certains, reporter le mariage n’est donc pas simplement un rejet du mariage. Cela peut refléter une crise de confiance dans la possibilité de construire une vie stable et durable avec une autre personne », a-t-il déclaré.

    Fernandes a souligné que de nombreux jeunes n'ont pas renoncé au désir d'un amour durable, même s'ils doutent de plus en plus de sa possibilité.

    « Les jeunes n’ont pas cessé d’avoir soif d’amour. Ce qui s’est affaibli chez beaucoup, c’est la confiance en la pérennité de l’amour », a-t-il déclaré.

    Il a exhorté l’Église à être plus attentive aux expériences des jeunes et à présenter le mariage non pas simplement comme une obligation ou une institution sociale, mais comme une vocation fondée sur la liberté, la fidélité et le don mutuel de soi.

  • Le pape en France : un signe d’espérance entre crise et soif de Dieu (Mgr Rey)

    IMPRIMER

    De Luisella Scrosati sur la NBQ :

    Le pape en France : un signe d’espérance entre crise et soif de Dieu

    Entretien avec Mgr Dominique Rey

    L’évêque émérite de Fréjus-Toulon témoigne, auprès de La Bussola, d’un « véritable climat d’unité autour du Saint-Père » lors de sa visite pastorale en France. Léon XIV a exhorté les fidèles à témoigner de leur foi et à défendre la dignité humaine dans un pays qui légifère contre la vie, mais où germe également un profond désir de sacré, particulièrement chez les jeunes.

    Ecclesia, 10 octobre 2026

    Source : page Facebook de Mgr Dominique Rey

    Un véritable climat d’unité autour du Saint-Père, qui a encouragé l’Église à ne pas déserter l’espace public : c’est ce dont témoigne Mgr Dominique Rey, évêque émérite de Fréjus-Toulon, dans son entretien avec La Bussola, où il commente le voyage apostolique que Léon XIV a effectué en France du 25 au 28 septembre.

    Un signe d’espérance d’autant plus significatif dans un pays marqué par les crises et les lois contraires à la vie, mais aussi par un réveil inattendu de la foi, notamment chez les jeunes.

    — Que représente la visite pastorale de Léon XIV en France, à un moment aussi délicat de son histoire ?

    Je crois que cette visite a eu un impact significatif sur l’opinion publique, notamment en raison de l’affluence qu’elle a suscitée et de la présence nombreuse des jeunes. Elle s’est déroulée dans un climat paisible, sans incident lors des célébrations et des rassemblements publics. On a véritablement ressenti un climat d’unité autour du Saint-Père, comme l’a montré la rencontre avec les jeunes, au cours de laquelle des sensibilités spirituelles et liturgiques différentes ont pu se retrouver unies autour de sa personne.

    Cette visite est intervenue alors que la France traverse une période de turbulences économiques et politiques, dans un contexte de grande incertitude auquel s’ajoute la crise environnementale. Dans ces circonstances, la venue du Pape a constitué un grand moment d’espérance.

    En quelques jours, Léon XIV a pu rencontrer des responsables politiques, des représentants des institutions européennes à Metz, des associations engagées auprès des plus pauvres, mais aussi des évêques et des prêtres à Notre-Dame de Paris. À Lourdes, il a pris le temps d’exhorter les pèlerins à devenir des prophètes d’espérance et à s’engager sur un chemin de miséricorde et de conversion. Il a également rencontré plusieurs victimes d’abus commis au sein de l’Église.

    Je pense que cette visite a ainsi permis au Pape d’entrer en contact avec les différentes réalités de notre pays, en portant un message à la fois spirituel et concret. Elle nous rappelle qu’en période de fragilité et d’incertitude, l’Église est appelée à être un lieu d’espérance, de consolation et de vérité.

    — À Lourdes, le pape Léon a rappelé avec une extrême clarté la dignité de chaque personne. Il a souligné qu’une chose ne devient pas morale du seul fait qu’elle est légale. Qu’avez-vous pensé en entendant ces paroles si fortes ?

    J’ai trouvé les paroles du Saint-Père particulièrement stimulantes et courageuses, dans un contexte où notre pays a récemment inscrit dans sa Constitution le droit à l’avortement et où l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi portant notamment sur l’aide au suicide et l’euthanasie.

    La parole du Saint-Père est libre et courageuse : elle nous invite à ne pas renoncer à nos convictions lorsqu’elles touchent à la dignité de la personne humaine. Elle nous exhorte à adopter une attitude de résistance face aux ruptures anthropologiques susceptibles de porter atteinte à cette dignité, depuis la conception jusqu’au terme naturel de la vie, ainsi que face à toutes les formes de vulnérabilité.

    L’Église a le devoir de faire entendre une voix critique sur ces questions d’actualité, non pour imposer une vision, mais pour rappeler que tout ce qui est légal n’est pas nécessairement juste et que la dignité de la personne humaine ne saurait dépendre uniquement de ce que la loi autorise.

    — Devant le président Macron, le Pape a également rappelé que l’Europe n’existerait pas sans le christianisme. Et il vous a demandé, à vous les évêques, de défendre la place de l’Église dans l’espace public.

    J’ai reçu ces paroles comme un encouragement à ne pas déserter l’espace public et, en particulier, le domaine de l’éducation. L’un des grands défis auxquels la France est aujourd’hui confrontée concerne en effet la transmission de repères éthiques et anthropologiques aux jeunes générations.

    Nous sommes parfois tentés d’ériger la liberté individuelle en valeur absolue, comme si être libre signifiait ne rencontrer aucune limite. Pourtant, comme le disait Hölderlin, « les rives sont ce qui permet au fleuve de ne pas devenir un marécage ». La limite n’est pas nécessairement l’ennemie de la liberté ; au contraire, elle peut lui permettre de s’exercer de manière véritablement humaine. Pour conduire notre vie, nous avons besoin d’une sorte de « code de la route » qui nous aide à éviter le pire.

    Au cours des prochains mois, la question de la transmission de ces repères éthiques et anthropologiques, notamment dans les établissements catholiques, sera décisive. Elle concerne directement notre mission d’évangélisation et d’éducation. L’intervention du Pape nous encourage donc à rester fermes, librement et sans crainte, en assumant notre responsabilité éducative et notre présence dans la société.

    — Le moment qui a peut-être le plus marqué les esprits a été la veillée de prière du Pape avec les jeunes. Le spectacle offert a réussi, de manière extraordinaire, à conjuguer tradition et nouveauté, histoire et actualité, dans l’éternelle actualité de la sainteté. Quel message ces jeunes ont-ils adressé à l’Église ?

    Cette soirée a réussi à associer une expérience particulièrement vivante et festive à des moments de recueillement et aux exhortations du Saint-Père. Léon XIV a invité les jeunes à vivre leur foi avec courage et liberté, à rechercher une véritable cohérence de vie et à prendre des initiatives missionnaires.

    Car seule une vie convertie est capable de convertir les autres.

    La présence de ces jeunes, et en particulier des nouvelles générations de catéchumènes et de néophytes, constitue un véritable motif d’espérance pour nos communautés chrétiennes, souvent vieillissantes dans un contexte de « déculturation » du christianisme. Encore faut-il que nous sachions les accompagner et leur permettre d’incarner leur foi dans la vie quotidienne, grâce à une véritable formation catéchétique et apologétique.

    — Pensez-vous que leur exemple puisse ouvrir la voie à une véritable pacification, y compris face aux tensions internes à l’Église — je pense notamment à celles qui opposent les « traditionalistes » aux « modernistes » ?

    Ces jeunes peuvent profondément renouveler nos communautés, à condition que celles-ci mettent en place de nouvelles initiatives pastorales d’intégration et de transmission, afin de leur permettre de trouver leur place et d’être en première ligne dans l’évangélisation.

    On constate que ces jeunes sont beaucoup moins enfermés dans les catégories auxquelles nous sommes parfois habitués. Leur approche est plus transversale : certains peuvent participer à un rassemblement charismatique tout en fréquentant des liturgies plus traditionnelles. Beaucoup expriment une véritable soif d’intériorité et de sacré.

    Le défi consiste donc à éviter les tensions identitaires, mais aussi à savoir accueillir et discerner ces différentes quêtes spirituelles. Peut-être ces jeunes nous rappellent-ils que l’unité de l’Église ne se construit pas en uniformisant les sensibilités, mais en les faisant converger vers le Christ.

    — L’Italie, et je crois aussi le reste de l’Europe, regardent avec un étonnement mêlé d’espérance l’incroyable vague de jeunes qui demandent le baptême et la confirmation en France. Dans un entretien accordé au quotidien Avvenire, le cardinal Aveline a reconnu, avec beaucoup de réalisme et d’humilité, « que les chemins empruntés par ces jeunes pour arriver jusqu’à nous ne sont pas ceux que nous avions préparés pour eux. Nous avions aménagé le parcours pour qu’ils arrivent jusqu’à la porte, mais ils sont entrés par la fenêtre ». Par quelles fenêtres ces jeunes entrent-ils ?

    Je crois que, tout d’abord, beaucoup de ces jeunes éprouvent une véritable soif d’intériorité. Dans une société caractérisée par l’immédiateté et le bruit, ils ressentent le besoin de retrouver le silence, un sens à leur existence et une vie intérieure.

    Ils recherchent également des lieux où faire l’expérience de la fraternité. Ils ne veulent pas seulement recevoir un enseignement sur la foi : ils cherchent une communauté, des relations authentiques, des lieux où leur quête spirituelle puisse être accueillie et accompagnée.

    On observe aussi chez eux un désir renouvelé de sacré. Certains découvrent la liturgie, le silence, la beauté et l’adoration, parfois au terme de parcours que nous n’avions pas nécessairement imaginés. Ils peuvent passer d’une expérience charismatique à une liturgie plus classique sans y voir nécessairement la moindre contradiction.

    Ces jeunes entrent donc parfois par des « fenêtres » que nous n’avions pas prévues : une rencontre, un témoignage, une liturgie, un pèlerinage, les réseaux sociaux, une amitié, une expérience de service ou, tout simplement, la rencontre avec quelqu’un dont la vie témoigne de l’Évangile.

    C’est peut-être là que réside le plus grand défi pour l’Église : savoir reconnaître ce que l’Esprit Saint fait naître, même lorsque cela ne correspond pas aux parcours pastoraux que nous avions préparés.

    Notre responsabilité consiste à leur ouvrir la porte, en leur offrant une formation solide et en les accompagnant dans la durée.

  • Manifestations à Liège : Mgr Delville condamne les violences et refuse de stigmatiser la jeunesse

    IMPRIMER

    COMMUNIQUÉ DE PRESSE

    DIOCÈSE DE LIÈGE · BISTUM LÜTTICH

    LIÈGE, LE VENDREDI 9 OCTOBRE 2026

    Manifestations à Liège : Mgr Delville condamne les violences et refuse de stigmatiser la jeunesse

    Alors que Liège connaît depuis plusieurs jours des manifestations de jeunes marquées, en marge des cortèges, par des violences et des dégradations, Mgr Jean-Pierre Delville prend la parole.L’évêque de Liège, également référendaire pour l’enseignement catholique en Belgique francophone et germanophone (il suit ce domaine pour l’ensemble des évêques de Belgique), condamne fermement la violence et refuse que toute une jeunesse en porte le poids. Il salue les gestes de solidarité, exprime sa proximité aux enseignants et appelle chacun à devenir artisan de paix.

    MESSAGE DE MGR JEAN-PIERRE DELVILLE

    Appel au calme, au dialogue et à l’espérance

    Évêque de Liège & Évêque référendaire pour l’enseignementcatholique en Belgique francophone et germanophone

    Les événements qui secouent Liège depuis plusieurs jours me touchent profondément, comme évêque de Liège, mais aussi comme évêque référendaire pour l’enseignement catholique en Belgique francophone et germanophone.

    Je le dis avec fermeté : rien ne justifie la violence, les dégradations, les pillages ni les atteintes aux personnes. Voir notre ville abîmée, des vitrines brisées, du mobilier urbain détruit et des personnes blessées me remplit de tristesse. Le bien public est notre bien à tous ; il appartient à chacun d’en prendre soin. Mais je refuse que les actes d’une minorité jettent la suspicion sur toute une jeunesse. Ceux qui, masqués, cassent, incendient ou pillent ne représentent pas cette jeunesse qui exprime ses inquiétudes et dont l’immense majorité souhaite être entendue pacifiquement.

    Je salue celles et ceux dont on parle moins. Des jeunes et des adultes ont tenté de raisonner les casseurs ou aidé des commerçants à rentrer leur terrasse et à mettre leur matériel à l’abri. Je pense notamment au chanoine Pierre Hannosset, bien connu également pour les messes télévisées. Alors que les événements se déroulaient devant notre cathédrale, il est allé à la rencontre des jeunes pour les écouter et comprendre les raisons de leur mobilisation. Il a même pu échanger calmement avec certains de ceux qui participaient aux dégradations, montrant que le dialogue reste possible, même dans les moments de tension. Incommodé par les gaz lacrymogènes, il a lui-même reçu l’aide de jeunes qui lui ont proposé des gouttes pour les yeux et se sont inquiétés de son état. Au milieu de la confusion et de la violence, ces gestes d’écoute, de courage et de solidarité disent, eux aussi, quelque chose de notre jeunesse et de notre ville.

    J’entends l’inquiétude de nombreux jeunes face au coût et aux conditions de leurs études, et face à leur avenir. Leur parole est une chance pour notre vie démocratique. Ces préoccupations méritent d’être entendues et prises au sérieux. C’est par une écoute mutuelle et une concertation sincère entre les différents acteurs concernés que pourront se construire des réponses durables. L’entendre est nécessaire ; l’entendre n’est jamais excuser la violence. J’exprime ma proximité et ma reconnaissance aux enseignants, aux éducateurs et aux directions d’école. Ils vivent une rentrée particulièrement éprouvante et affrontent des situations hors du commun. Je sais combien certains d’entre eux sont aujourd’hui éprouvés, parfois jusqu’à l’épuisement. Ils demeurent, pour tant de jeunes, des repères essentiels.

    Je porte dans ma prière toutes celles et ceux que cette situation touche, de près ou de loin : les jeunes et leurs familles, les enseignants et les directions, les commerçants, les personnes blessées, les policiers, les pompiers, les secouristes, les responsables politiques et tous les habitants qui vivent ces jours dans l’inquiétude. Je tiens également à remercier toutes celles et ceux qui, dans des circonstances particulièrement difficiles, se mobilisent pour protéger les personnes, porter secours et préserver notre sécurité commune.

    Ces événements nous interrogent aussi personnellement. L’effet de groupe peut nous pousser à poser des gestes que nous n’aurions jamais imaginé accomplir seuls. Et lorsque la violence éclate, demandons-nous quel est notre premier réflexe : filmer pour diffuser des images spectaculaires, ou nous soucier de ceux qui ont besoin d’aide ? Une vidéo partagée peut jeter de l’huile sur le feu ; une main tendue peut aider à l’éteindre. Même au cœur d’une foule, chacun demeure libre et responsable de ses actes, et appelé à agir en conscience.

    Aux jeunes, je veux dire : ne vous laissez pas entraîner dans une violence qui vous dépasse et qui finit par détruire ce que vous voulez défendre. Votre parole compte. Vos inquiétudes doivent pouvoir être entendues. La vraie force, c’est de rester maître de soi, d’aller vers l’autre et d’oser le dialogue. Aux parents et à tous ceux qui accompagnent les jeunes : restez proches d’eux, écoutez-les, parlez avec eux de ce qu’ils traversent.

    Il y a deux semaines à peine, au Stade de France, quelque 80 000 jeunes rassemblés autour du pape Léon XIV témoignaient que, dans un monde qui n’est pas simple, la joie et l’espérance restent possibles. Le pape leur disait : « Notre combat n’est pas un combat contre les autres, il n’utilise pas les armes de la violence, du mépris ou de l’oppression. Notre seule arme est celle de l’amour qui se donne. » Ces mots valent pour chacun de nous, croyant ou non : ayons tous le courage de baisser les armes de la violence pour mieux élever les voix qui osent entrer en dialogue.

    Je forme le vœu que Liège choisisse la rencontre plutôt que l’affrontement, l’écoute plutôt que le mépris, la confiance plutôt que la peur.« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » (Évangile selon saint Matthieu 5, 9)

    Puissions-nous tous, là où grandissent la colère et la haine, devenir des artisans de paix, de dialogue et d’espérance.

    + Jean-Pierre Delville

    Évêque de Liège

  • "Liberté, égalité, fraternité"; Léon XIV, le fantôme de la Révolution française et la franc-maçonnerie

    IMPRIMER

    De Mario Alexis Portella sur Crisis Magazine :

    8 octobre 2026

    Léon XIV, le fantôme de la Révolution française et la franc-maçonnerie

    La question n’est pas de savoir si les catholiques sont capables de soutenir la liberté, l’égalité et la fraternité ; ils le sont. La question est de savoir quel contenu substantiel ces termes acquièrent lorsqu’ils sont présentés comme des impératifs éthiques universels.

     
    Le pape Léon XIV a récemment entamé son cinquième voyage apostolique international depuis le début de son pontificat, en se rendant en France. Si beaucoup ont salué ce voyage comme un succès, certaines revues catholiques en ligne l'ont critiqué pour avoir « célébré une devise de la Révolution française utilisée par les francs-maçons — "Liberté, Égalité, Fraternité" — comme des "impératifs éthiques universels" ».

    Le pontife a déclaré aux fidèles que ces mots « ne sont pas simplement des mots inscrits sur le fronton de vos bâtiments publics ; ils renvoient à des impératifs éthiques universels qui trouvent également dans le message de l'Évangile une source inépuisable d'inspiration et d'accomplissement ».

    Le pape Léon XIV a présenté une recherche historique et théologique plus profonde, d'autant plus que l'organisation maçonnique du Grand Orient de France a pour devise « Liberté, Égalité, Fraternité », laquelle est née pendant la Révolution française anti-catholique — une période marquée par la persécution des évêques, des prêtres, des communautés religieuses et des laïcs catholiques tout au long de la Terreur.

    Le pape Léon XIV a présenté une recherche historique et théologique plus profonde.

    En considérant que « la liberté, l'égalité et la fraternité » sont des « impératifs éthiques universels » et en soutenant qu'elles se trouvent dans l'Évangile comme « une source inépuisable d'inspiration et de réalisation », sa méthodologie peut être perçue comme une tentative de réappropriation de ces principes dans un cadre chrétien de la dignité humaine. Néanmoins, cette formulation soulève la question de savoir si leurs origines séculières et révolutionnaires sont suffisamment distinguées de leur interprétation chrétienne, étant donné que ces expressions véhiculent de multiples interprétations historiques concurrentes.

    La question n’est pas de savoir si les catholiques sont capables de soutenir la liberté, l’égalité et la fraternité ; ils le sont. La question est de savoir quel contenu substantiel ces termes acquièrent lorsqu’ils sont présentés comme des impératifs éthiques universels.

    Des conceptions fondamentalement divergentes de la liberté humaine, de l'égalité, de la gouvernance et des relations entre la foi religieuse et l'autorité politique peuvent s'exprimer à travers une terminologie identique, ce qui est le point le plus important. Cette question devient encore plus significative lorsque Léon parle positivement de la liberté religieuse dans le contexte français, alors que le pape Pie IX, dans son encyclique Quanta Cura (1864), avait rejeté la proposition faite par Léon selon laquelle « chaque homme est libre d'embrasser et de professer la religion qu'il aura estimée vraie, guidé par la lumière de la raison ». Pie IX a de même condamné les propositions affirmant une liberté de conscience et de religion sans restriction.

    Léon a cependant souligné que la liberté religieuse ne peut être considérée comme un droit de choisir ou de professer si elle n’est pas alignée sur la vérité objective. En cela, le pape semblait reprocher à la politique laïciste de la France, qui remonte en définitive à la Révolution française, sa volonté de garantir l'absence totale d'influence de la religion dans les affaires politiques du gouvernement.

    De fait, lorsque le pape François a célébré la messe à Marseille en 2023, le président Emmanuel Macron, afin de se conformer à cette politique, a assisté à la messe papale mais n'a pas participé au culte, soutenant qu'il n'était présent qu'en tant que président par respect et courtoisie, et non en tant que fidèles pratiquant.

    « Le chrétien engagé dans la vie publique, qui agit à la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace pour l’unité de la patrie », a déclaré le pape Léon. À première vue, cela reflète ce que Léon a effectivement dit ; cependant, dans la mesure où la liberté religieuse ne peut être considérée comme un droit autonome de choisir, de professer et de propager une croyance religieuse indépendamment de la vérité objective, le pape semblait reprocher son laïcisme à la France, lequel remonte en dernière analyse à la Révolution française.

    Les papes Benoît XVI et François ont également partagé une vision sociale de l'Église catholique et de ses relations avec le monde séculier : la « saine laïcité » [ou « saine sécularité »]. Ce concept a été mentionné pour la première fois par le pape Pie XII en 1958 lorsqu'il a reconnu la possibilité et la légitimité d'une « saine sécularité de l'État », une formule qui non seulement acceptait la distinction entre le « sécularisme » en tant que philosophie sociale et la « laïcité » en tant que méthode d'organisation de l'État, mais ouvrait également, au sein de la pensée catholique, une réflexion sur le rôle et le sens de l'autonomie des laïcs en général et de l'État en particulier.

    En d'autres termes, étant donné que l'homme a une orientation religieuse intrinsèque puisqu'il est « créé » à « l'image et à la ressemblance » de Dieu (Genèse 1, 26-27), la possibilité d'accepter un État agnostique ou laïc — comme ce fut le cas sous l'ancienne Union soviétique ou aujourd'hui dans la Chine communiste — est hors de question. Il a également noté la nature contradictoire de l'expression « État laïc » tout en rejetant simultanément l'« État confessionnel », c'est-à-dire un État dans lequel les droits civils, politiques et économiques découlent d'une certaine profession de foi.

    Étant donné que l'homme a une orientation religieuse intrinsèque puisqu'il est "créé" à "l'image et à la ressemblance" de Dieu… la possibilité d'accepter un État agnostique ou laïc… est hors de question.
    Le paradoxe est qu'il s'est réuni par la suite avec des représentants des traditions religieuses musulmane, juive, bouddhiste, protestante et orthodoxe pour engager l'Église catholique dans des objectifs spirituels et éducatifs partagés entre les religions non chrétiennes. On pourrait raisonnablement soutenir, de manière compréhensible, que le pape a consenti à des principes associés à la franc-maçonnerie.

    La difficulté survient lorsque la liberté religieuse est comprise comme la prérogative de chaque personne de décider par elle-même de ce qui est vrai et de proclamer cette vérité indépendamment de la vérité objective. Il s'agit là d'une position erronée que Pie IX a condamnée dans Quanta Cura — la doctrine selon laquelle tout homme a le libre droit d'embrasser et de professer toute religion qu'il peut juger vraie. La vision catholique de la conscience ne fait pas du jugement subjectif le fondement de la vérité religieuse. Elle est attachée à la recherche de la vérité, que la conscience de l'homme doit rechercher et à laquelle elle doit se conformer.

    La vision catholique de la conscience ne fait pas du jugement subjectif le fondement de la vérité religieuse. Elle est attachée à la recherche de la vérité, que la conscience de l'homme doit rechercher et à laquelle elle doit se conformer.

    Il n'est pas exact de dire que les déclarations de Léon XIV (et ses actes lors du rassemblement avec les autres religions) rejettent catégoriquement l'enseignement catholique, car il n'affirme pas positivement la proposition condamnée par Pie IX. L'élucidation positive de la liberté religieuse soulève toutefois une préoccupation théologique légitime si elle est lue sans les nuances qu'exige la compréhension catholique traditionnelle de la vérité, de la conscience et des droits objectifs de Dieu.
    Le cœur du sujet est de savoir si la liberté religieuse est comprise comme le droit humain indépendant de déterminer et de professer des croyances religieuses indépendamment de leur vérité objective, ou comme une sauvegarde contre la cohésion [ou la coercition] en matière religieuse. Le même problème s'applique à la classification par Léon de « la liberté, l'égalité et la fraternité » comme des « impératifs éthiques universels ».

    Le catholicisme reconnaît tous ces principes, mais il ne les fonde pas sur une souveraineté humaine indépendante. La liberté doit être orientée vers la vérité, car il n'y a qu'une seule vérité. Pourquoi ? Parce que lorsque l'on recherche Dieu et le but de notre présence sur cette terre, il ne peut y avoir qu'une seule vérité — une seule Révélation divine, telle que l'enseigne l'Église catholique. Si et quand l'Église s'engage auprès de ceux qui sont en dehors du bercail du catholicisme, elle doit le faire avec une compréhension doctrinale claire selon laquelle la plénitude de la vérité révélée réside dans l'Église catholique fondée par Jésus-Christ. L'égalité doit reposer sur l'égale dignité des personnes créées par Dieu. La fraternité découle ultimement de l'origine commune de l'humanité et de sa destinée définitive en Dieu.

    La question cruciale, par conséquent, n'est pas de savoir si ces principes sont compatibles avec le christianisme, mais si leur signification est fondée sur l'anthropologie chrétienne ou sur la tradition politique non religieuse dans laquelle ils ont également vu le jour.

    Auteur : P. Mario Alexis Portella
    Le P. Mario Alexis Portella, J.D., J.C.D. est prêtre de la cathédrale Santa Maria del Fiore à Florence, en Italie. Il a auparavant été chercheur invité au Danube Institute à Budapest, en Hongrie, et professeur invité à l'ITI Catholic University à Trumau, en Autriche. Il est titulaire d'un doctorat en droit canonique et en droit civil de l'Université pontificale du Latran à Rome.