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Société

  • Léon XIV à Arguineguín (Gran Canaria) : « Il y a un droit de chercher refuge, mais aussi un droit de ne pas avoir à migrer. »

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    D'InfoVaticana :

    Léon XIV à Arguineguín : « Il y a un droit de chercher refuge, mais aussi un droit de ne pas avoir à migrer. »

    Léon XIV à Arguineguín : « Il y a un droit de chercher refuge, mais aussi un droit de ne pas avoir à migrer. »

    L'événement s'est déroulé sur le site qui s'était trouvé au cœur de la crise migratoire de 2020 suite à l'arrivée massive d'immigrants pendant la pandémie ; depuis lors, il est devenu l'un des symboles du phénomène migratoire dans les îles.

    Au cours de la réunion, Léon XIV a écouté les témoignages de Tito Villarmea, capitaine du patrouilleur de sauvetage maritime Urania ; María Reyes Alemán, bénévole de Caritas ; Blessing, victime de la traite des êtres humains dont l'histoire a été lue pour des raisons de sécurité ; et la femme d'affaires hispano-américaine María Fernanda López Meza.

    À la suite des discours, le pape a prononcé un discours axé sur la dignité de la personne humaine, la réalité de ceux qui sont contraints de quitter leur pays, les agissements des mafias opérant sur les routes migratoires et la responsabilité des institutions nationales et internationales face à ce phénomène.

    Voici le texte intégral du discours du Saint-Père :

    Chers frères et sœurs :

    Nous venons d'entendre l'un des passages les plus exigeants de l'Évangile. Nous savons que ce même chapitre contient aussi un avertissement qu'aucun croyant ne peut prendre à la légère ( Mt  25, 41-45). Aujourd'hui, au bord de la mer, la Parole prend tout son sens : tant de vies blessées arrivent ici, dépouillées de presque tout, mais jamais de leur dignité. Ici, l'Évangile nous arrache à notre rôle de spectateurs et nous place auprès de nos frères et sœurs qui débarquent. Il nous demande si nous avons reconnu le Christ en ceux qui, après le désert, la nuit et la mer, descendent du bateau, marqués par la peur, la faim et la violence.

    Comme vous pouvez le constater, je porte à la main l'anneau appelé « l'anneau du pêcheur ». Son nom même nous conduit à la mer de Galilée, où le Christ appela Pierre et lui dit : « Désormais, tu seras pêcheur d'hommes » ( Lc  5, 10). L'Église a interprété ce verset comme une image de sa mission. Mais ici, et dans des lieux comme El Hierro, ce mandat prend une dimension littérale et douloureuse. Cette île, petite par sa superficie mais immense par son humanité, a vu arriver des milliers de personnes, arrachées à leur terre et confiées à la fragilité d'une simple embarcation. Ici, on trouve des rescapés de la mer et des corps sans vie repêchés. C'est pourquoi le Successeur de Pierre ne peut tourner le dos à ces quais. L'Église ne peut tourner le dos à ces eaux ni à aucun lieu où la faim, la soif, la violence, la peur ou l'exil continuent de bafouer la dignité humaine. Les disciples de Jésus ne peuvent considérer comme étrangers les cris de ceux qui hurlent dans la nuit.

    Dans le langage biblique, la mer peut symboliser la menace, les ténèbres et le chaos. On y trouve le Léviathan, figure de la puissance dévorante, et Rahab, nom qui évoque l'orgueil des puissances qui s'élèvent contre Dieu et contre la vie (cf.  Ps  74, 13-14 ; 89, 10-11 ;  Is  27, 1 ; 51, 9 ;  Job  26, 12). Aujourd'hui encore, des monstres rôdent dans ces mers : des mafias qui exploitent le désespoir, des trafiquants qui réduisent en esclavage femmes et enfants, et l'indifférence de beaucoup qui laissent les pauvres sombrer dans l'exploitation ou l'oubli.

    Mais la foi ne reste pas paralysée par la puissance de la mer. Nous croyons en un Dieu qui soumet le chaos, fixe des limites au mal et ouvre un chemin quand la mort semble triompher. C’est ce qu’a vécu le peuple d’Israël en traversant la mer Rouge pour échapper à l’esclavage et gagner la liberté (cf.  Ex  14, 21-31). Et c’est ce que nous voyons en Christ, qui marche sur l’eau et, avant la tempête, prononce une parole souveraine : « Silence ! Silence ! » ( Mc  4, 39 ; cf.  Mt  14, 25-27). Cette voix continue de résonner contre les forces qui dévorent, asservissent et rejettent tant de nos frères et sœurs. Là où le Christ ordonne à la mer de se taire, l’Église ne peut rester muette devant ceux qui sont livrés à ses flots.

    Merci pour vos témoignages, qui nous rappellent ce que signifie sauver des vies. À Maria, merci de nous rappeler le travail quotidien de Caritas, des paroisses et de tant de personnes. Ses paroles nous montrent où commence la transformation de notre regard : lorsque le migrant cesse d'être « juste un parmi tant d'autres », cesse d'être une catégorie, une statistique. Alors seulement nous comprenons que cette jeune fille pourrait être notre fille, ces visages ceux de notre famille ; et alors, notre conscience est libérée de toute excuse. La miséricorde commence par de petits gestes : parfois avec quelques biscuits et un peu de lait ; d'autres fois, avec cinq pains et deux poissons (cf.  Mt  14, 17-21). Il ne s'agit pas de tout résoudre, mais de remettre les choses entre les mains de Dieu et d'être présent là où les êtres humains souffrent, là où les ressources manquent et où il n'y a pas de langue commune, mais là où les gestes peuvent encore parler. Un grand merci à tous ceux qui participent aux sauvetages, à l'accueil et à l'accompagnement, témoignant ainsi que la miséricorde concrète peut sauver et transformer des vies.

    Chère Blessing, même si tu n'es pas parmi nous aujourd'hui, ta voix résonne encore. Merci de nous avoir fait part de ton histoire. Ton nom signifie bénédiction et nous rappelle que chaque vie humaine est une grâce de Dieu. Nul ne peut l'acheter, la vendre, l'utiliser ou s'en débarrasser, car en chaque personne rayonne l'image et la ressemblance du Créateur (cf.  Gn  1, 27). Tu nous as dit avoir quitté ton pays non par choix, mais par nécessité. Dans tes mots, nous percevons la tragédie de tant de personnes contraintes à l'exil, car la pauvreté, la guerre, les menaces ou l'exploitation leur ont fermé toutes les portes.

    Je souhaite que ce message vous parvienne, à vous et à toutes les autres femmes victimes de traite et d'exploitation : si d'autres ont donné un prix à votre corps, Dieu, lui, ne vous a jamais oubliées comme inestimables. S'ils ont tenté de vous enfermer dans un passé douloureux, Dieu continue de vous promettre un avenir. S'ils vous ont traitées comme un objet, l'Église veut vous dire aujourd'hui : vous êtes une fille, une sœur, vous êtes une bénédiction. Votre vie n'appartient pas à ceux qui vous ont fait du mal ; votre corps n'appartient pas à ceux qui ont abusé de vous ; vos jours n'appartiennent pas à ceux qui ont tenté de les asservir par la peur. Votre vie appartient à Dieu et conserve une dignité inaliénable. Et nous voulons cheminer à vos côtés jusqu'à ce que cette vérité soit à nouveau ressentie plus fort que la douleur.

    Chers migrants, avant toute chose, je tiens à reconnaître votre dignité. Vous n'êtes ni des numéros ni des dossiers. Vous êtes des personnes qui ont laissé derrière elles des familles et des foyers, des rêves que personne n'a le droit d'ignorer. Mais je tiens aussi à vous dire que vos vies doivent être protégées. Ne livrez pas votre existence à ceux qui en font commerce. Ne croyez pas ceux qui vous promettent des paradis faciles en échange de votre corps ou de votre argent, de votre silence ou de votre liberté. Ces promesses illusoires sont des chants de sirènes, des industries de mort.

    Cette tragédie doit être un moment de réflexion : pour les nations d’origine, qui doivent créer les conditions de la paix, de la justice et du développement ; pour les nations de transit, appelées à protéger les plus vulnérables et à ne pas les laisser aux mains des réseaux criminels ; pour l’Europe, qui ne peut proclamer la dignité humaine et s’habituer à ce que la Méditerranée et l’Atlantique soient des cimetières sans pierres tombales ; pour la communauté internationale, appelée à une coopération efficace et persévérante.

    L’Église, elle aussi, doit accepter d’être interpellée. L’accueil des migrants ne saurait être relégué au second plan ni confié à quelques bénévoles. Nous nous agenouillons devant l’autel pour adorer le Christ présent dans l’Eucharistie, de qui nous recevons la force et la motivation de vivre la charité ; dès lors, nous ne pouvons détourner le regard des pirogues et des canots, car tout service naît de la prière et tout engagement devient prière (cf.  Lc  10, 31-32).

    De cette île, je souhaite que les voix de celles et ceux qui se sont exprimés aujourd'hui parviennent à ceux qui détiennent des responsabilités décisives – autorités civiles, parlements, gouvernements et organisations internationales – ainsi qu'aux communautés chrétiennes, aux autres traditions religieuses et à tous les hommes et femmes de bonne volonté. Il ne suffit pas de gérer les arrivées, de diffuser des statistiques, de renforcer les frontières ou de déplorer les morts après coup. Chaque bateau qui arrive n'amène pas seulement des migrants ; il soulève une question : quel genre de monde avons-nous bâti si tant de nos frères et sœurs doivent risquer leur vie pour survivre ?

    La dignité humaine exige des voies légales et sûres, des secours et une assistance, une véritable coopération contre les trafiquants, une protection efficace des victimes, des processus d'accueil et d'intégration sérieux, et des politiques permettant à chacun de vivre dignement sur sa terre. Si le droit de chercher refuge en cas de danger de mort existe, le droit de ne pas être contraint à l'exil est tout aussi fondamental : le droit de rester chez soi sans faim, sans guerre, sans persécution, sans violence, sans que sa terre ne devienne inhabitable, sans corruption qui prive les plus démunis de leur pain, sans armes qui détruisent l'avenir des enfants. Nous ne pouvons nous résigner à compter les morts. La dignité humaine n'a pas de passeport et ne perd rien de sa valeur lorsqu'une frontière est franchie.

    Que le Dieu qui, « à la fin de la vie, nous jugera sur l’amour » (cf. saint Jean de la Croix,  Admonitions et Paroles , 57), nous accorde de le reconnaître aujourd’hui dans les pauvres et les étrangers, et nous libère de considérer la souffrance d’autrui comme si elle n’était pas la nôtre. Que Notre-Dame du Mont-Carmel accompagne ceux qui sont arrivés, console ceux qui ont perdu des êtres chers, soutienne ceux qui les accueillent et éveille en chacun de nous le courage de la miséricorde.

    Et puisse l'histoire ne pas nous reprocher d'avoir banalisé la souffrance de ceux qui l'endurent sur nos rivages. Car aujourd'hui, ici, au bord de la mer, chaque vie qui arrive nous interroge sur ce qui reste de notre humanité. Tôt ou tard, nous saurons si nous avons su la préserver ou si nous avons laissé l'indifférence parler pour nous. Merci beaucoup.

    À la fin de la réunion, Léon XIV jeta une offrande florale à la mer, suivie d'une minute de silence, en mémoire des victimes de l'immigration maritime, et bénit une croix faite du bois de cayucos , le bateau utilisé par les migrants pour atteindre l'archipel.

    Le programme du pape à Gran Canaria se poursuivra cet après-midi par une rencontre à la cathédrale Santa Ana avec des évêques, des prêtres, des diacres, des religieux et religieuses, des séminaristes et des agents pastoraux. Il présidera ensuite la messe au stade de Gran Canaria, l'un des événements les plus importants prévus durant son séjour dans l'archipel.

  • Projet de libéralisation de l’avortement : douze, quatorze ou dix-huit semaines, une question scientifique ou un choix éthique ?

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    Du site de l'Institut Européen de Bioéthique :

    Belgique – Projet de libéralisation de l’avortement : 12, 14 ou 18 semaines, une question scientifique ou un choix éthique ?

    La ministre belge de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V), a annoncé début juin le dépôt prochain d’un projet de loi modifiant substantiellement la législation actuelle sur l’avortement. Le texte prévoit notamment d’étendre le délai légal de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) de 12 à 14 semaines de grossesse, de réduire le délai de réflexion obligatoire de six à deux jours et d’autoriser l’avortement jusqu’à 18 semaines lorsque la grossesse résulte d’un viol. Présentée comme un compromis au sein de la coalition gouvernementale, cette réforme a immédiatement ravivé les lignes de fracture entre les partis politiques. 

    Depuis plusieurs années, certains partis et organisations favorables à une libéralisation accrue de l’avortement en Belgique réclament un allongement du délai légal à 18 semaines après la conception (soit 20 semaines d’aménorrhée, ou 4 mois et demi de grossesse). Ceux-ci s’appuient notamment sur le rapport du comité d’experts interuniversitaire (mandaté par le gouvernement précédent) remis au Parlement en 2023, qui recommandait une telle extension à 18 semaines afin de limiter le nombre de femmes contraintes de se rendre à l’étranger lorsqu’elles dépassent le délai actuellement autorisé en Belgique. 

    Le projet porté par la ministre Verlinden, tout en assouplissant les conditions de pratique de l’avortement, s’écarte cependant de cette recommandation. En fixant la limite générale à 14 semaines, la ministre semble considérer qu’à partir d’un certain stade du développement prénatal, l’intérêt de l’enfant à naître mérite une protection accrue. Cette idée n’est d’ailleurs pas étrangère à la législation belge actuelle, qui repose déjà implicitement, à certains égards, sur une protection graduelle de la vie humaine avant la naissance. 

    Sensibilité du fœtus et protection de l’enfant à naître 

    Cette référence au développement du fœtus a été vivement contestée par plusieurs responsables politiques et experts favorables à une extension du délai légal de l’IVG. Le débat s’est notamment cristallisé autour de la question sensible de la douleur fœtale. Dans la presse flamande, certains sont allés jusqu’à comparer la position du président du CD&V Sammy Mahdi à une forme de négationnisme scientifique, l’accusant de s’appuyer sur des données erronées concernant le développement neurologique du fœtus. 

    Or, contrairement à ce qui est parfois affirmé de part et d’autre, la littérature scientifique ne permet pas de dégager un consensus absolu sur cette question. La majorité des études considèrent que les structures neurologiques nécessaires à une expérience consciente de la douleur ne sont probablement pas suffisamment développées à 18 semaines de grossesse. D’autres chercheurs soutiennent toutefois que certaines formes de perception ou de réponse à des stimuli nociceptifs pourraient exister plus précocement – ce qui explique que le fœtus est, à partir d’un certain stade, anesthésié avant l’avortement. La prudence scientifique invite donc à distinguer ce qui est solidement établi de ce qui demeure discuté. En tout état de cause, réduire la question de la protection du fœtus à la seule problématique de la douleur reviendrait à négliger d’autres dimensions biologiques et anthropologiques du développement humain. 

    Développement anatomique et méthodes d’avortement 

    En effet, à 14 semaines de grossesse, l’enfant à naître présente déjà un degré élevé d’organisation anatomique : ses membres sont formés, ses doigts individualisés, son visage est reconnaissable et il réalise spontanément de nombreux mouvements. À 18 semaines, son développement se poursuit rapidement : la croissance du système nerveux s’intensifie, les mouvements deviennent plus coordonnés et la mère peut parfois commencer à les percevoir.  

    Même si ces observations ne permettent pas à elles seules de déterminer ce que doit être la loi, elles montrent que le débat ne porte pas sur une simple réalité biologique indifférenciée. Le degré de développement du fœtus influence par ailleurs la méthode d’avortement : au-delà de 14 semaines, celle-ci évolue vers une dilatation-évacuation (D&E), nécessitant potentiellement le morcellement du fœtus. 

    Science, éthique et démocratie 

    Cette discussion rejoint une autre question soulevée par les critiques adressées au gouvernement : le rapport du comité d’experts constitue-t-il réellement l’expression d’un consensus scientifique que le législateur serait tenu de suivre ? Une telle présentation paraît excessive. La science peut certes éclairer le débat en décrivant le développement prénatal, les risques médicaux ou les conséquences sociales des différentes options législatives. Elle ne peut cependant pas répondre à elle seule à la question normative fondamentale : à partir de quel stade une société estime-t-elle qu’un être humain avant la naissance mérite une protection juridique particulière ? Si la science peut nourrir la discussion à cet égard – notamment sur la réalité du développement du fœtus –, en démocratie, cette question relève avant tout – et ultimement – de choix éthiques, philosophiques et politiques. 

    Au-delà des compromis gouvernementaux et des affrontements partisans, la réforme annoncée rappelle ainsi que le débat sur l’avortement ne saurait être réduit à une opposition entre « science » et « idéologie ». Les désaccords portent en réalité sur des questions anthropologiques fondamentales : quelle valeur accorder à la vie humaine avant la naissance ? Quels critères justifient sa protection ? Et comment articuler cette protection avec l’accompagnement des femmes et des couples confrontés à une grossesse non planifiée, en particulier dans un contexte de précarité ? Autant de questions qui exigent un véritable débat démocratique, à la fois fondé sur la science et sur une orientation éthique assumée. 

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    Pour aller plus loin : 

    Le fœtus pourrait ressentir la douleur dès la 13ème semaine de grossesse 

    DOSSIER - Etendre l'avortement au-delà de 3 mois de grossesse : enjeux médicaux, psychologiques et éthiques 

    Avortement en Belgique : beaucoup de questions demeurent après l’audition du comité interuniversitaire chargé de son évaluation 

    Photo : Julien Nizet 

  • Belgique : un projet de loi pour allonger le délai autorisé pour avorter et réduire le délai de réflexion

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    Pour l'avortement, on n'en fera décidément jamais assez ; en témoigne ce nouveau projet de loi de la ministre de la Justice, Annelies Verlinden, ainsi que le rapporte cette synthèse de presse de gènéthique.org :

    Belgique : un projet de loi pour allonger le délai autorisé pour avorter et réduire le délai de réflexion

    8 juin 2026

    En Belgique, la ministre de la Justice, Annelies Verlinden, a préparé un projet de loi afin de porter le délai légal autorisé pour avorter de 12 à 14 semaines. Le délai de réflexion serait quant à lui réduit de 6 à 2 jours. Le texte prévoit également qu’en cas de viol, le délai légal soit de 18 semaines. « Ces femmes ne seront pas tenues de porter plainte auprès de la police au préalable, mais un psychologue, un travailleur social ou un gynécologue devra déterminer si la grossesse résulte effectivement d’un viol. »

    Et « pour les femmes en situation de vulnérabilité, l’avortement sera qualifié de soins médicaux d’urgence, afin de garantir leur accès à l’avortement. » (cf. IVG : une femme témoigne « ce n’était pas « mon choix », mais « ma peur »»)

    « Trouver un équilibre » ?

    Modifier la loi belge sur l’avortement fait partie de l’accord de gouvernement. La proposition de la ministre vise à « contenter tous les partenaires de la majorité ». Toutefois, certains partis réclament que le délai légal soit de 18 semaines quelles que soient les circonstances de la grossesse et que le délai de réflexion soit complètement supprimé. Les deux mesures avaient été préconisées par la commission nationale d’évaluation de l’application de la loi sur l’interruption de grossesse (cf. Belgique : l’avortement bientôt autorisé jusqu’à 18 semaines de grossesse ?).

    « Il s’agit de trouver un équilibre entre la protection de la femme et la protection de l’enfant à naître »essaie de défendre Annelies Verlinden. « Et pour les femmes qui ont été violées, nous savons d’après des études qu’elles ont besoin de plus de temps pour prendre des décisions en raison de leur traumatisme. »

    La proposition de loi doit encore être débattue au Parlement.

    Sources de la synthèse de presse : RTL info, Louis Vandendriessche (06/06/2026) ; Le Spécialiste, Belga (06/06/2026) ; Sud info avec Belga (06/06/2026)

  • En mai 2026, OIDAC Europe  a enregistré 37 crimes de haine antichrétiens

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    Du site de l'OIDAC :

    Incidents antichrétiens, mai 2026

    Au cours du mois de mai 2026, OIDAC Europe  a enregistré 37 crimes de haine antichrétiens ciblant des lieux de culte chrétiens, des symboles religieux, des espaces religieux, des institutions chrétiennes et des individus chrétiens. 

    Treize incendies criminels  ont été recensés en mai, un record depuis le début de l'année . Parmi les autres incidents, on compte dix actes de vandalisme, trois profanations, trois agressions physiques, trois vols d'objets religieux, trois cas de vandalisme et de violence, un cas d'incitation à la haine et un trouble à l'ordre public lors d'un office religieux. On peut citer, parmi les incidents les plus graves, l'agression violente d'une religieuse en Pologne, l'attaque contre des étudiants d'une fraternité catholique en Autriche, le tir de billes d'acier et de plastique sur une église pendant la messe en Allemagne, ainsi que plusieurs incendies criminels ou présumés en Allemagne, en France, en Italie, en Irlande, en Espagne et au Royaume-Uni. 

    Les chiffres les plus élevés ont été enregistrés en Allemagne (10) , en Italie (8) et en France (8) . D'autres incidents ont été enregistrés en Pologne (3) , en Irlande (2), en Autriche (1), au Portugal (1), en Espagne (1), en Grèce (1), au Royaume-Uni (1) et en Bosnie-Herzégovine (1).

    Téléchargez le rapport complet et l'analyse par pays.

  • Les femmes et les filles chrétiennes sont confrontées à un risque accru de violence au Nigéria, avertissent des experts de l'ONU

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    Du site d'ADF International :

    Les femmes et les filles chrétiennes sont confrontées à un risque accru de violence au Nigéria, avertissent des experts de l'ONU

    • Des experts ont mis en évidence des schémas de violence à motivation religieuse ciblant de manière disproportionnée les chrétiens, et en particulier les femmes et les filles, ainsi que d'autres minorités.
    • ADF International exhorte le gouvernement nigérian à respecter ses obligations en matière de garantie de la liberté de religion et de prévention de toutes les formes de violence.
    GENÈVE (8 JUIN 2026) – Des experts de l’ONU ont adressé une communication officielle au gouvernement nigérian, exprimant leurs vives inquiétudes face aux rapports alarmants faisant état de violations des droits de l’homme commises par des groupes armés militaires et politiques dans le nord et le centre du Nigéria, affectant de manière disproportionnée les chrétiens et en particulier les femmes et les filles, parmi d’autres communautés religieuses ou croyantes.

    La lettre conjointe, publiée par les Rapporteurs spéciaux sur la violence à l’égard des femmes et des filles, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, les questions relatives aux minorités et la torture, et le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires, fait suite à la multiplication des rapports crédibles et aux efforts de plaidoyer considérables déployés par les organisations de défense des droits humains et de la liberté religieuse, dont ADF International. Le texte intégral de cette communication sera rendu public à l’issue du délai de réponse de 60 jours accordé au gouvernement nigérian.

    Cette communication intervient alors que des groupes armés continuent de terroriser les populations locales du nord du Nigéria et de la région de la Ceinture centrale par des violences ciblées, des enlèvements, des mariages et des conversions forcés. Malgré une surveillance internationale accrue et des allégations bien documentées de graves violations des droits humains, les autorités nigérianes n'ont jusqu'à présent pas réussi à protéger adéquatement les civils ni à traduire les auteurs de ces crimes en justice.

    Des experts de l'ONU ont évoqué « un schéma plus large de violence et de persécution touchant de manière disproportionnée les communautés chrétiennes dans certains États du nord », notant le risque accru d'attaques à motivation religieuse perpétrées par des milices islamistes radicales et une menace accrue de violence sexuelle à l'encontre des femmes et des filles.

    Les experts ont souligné que le risque est particulièrement élevé pour les femmes chrétiennes, citant des cas précis d'enlèvements, de violences sexuelles, de conversions forcées, de mariages d'enfants ou d'agressions pour avoir refusé un mariage forcé. Ils ont également constaté que les femmes et les filles chrétiennes sont particulièrement vulnérables dans les camps de personnes déplacées.

    Les détenteurs du mandat au titre des procédures spéciales ont souligné le manquement du Nigéria à ses obligations internationales en matière de droits humains, notamment en ce qui concerne la liberté de religion, la sécurité, les libertés individuelles et les droits des femmes et des enfants. Ils ont également relevé que l'application de codes sur le blasphème et les interprétations locales de la charia dans certains États membres constitutifs contribuaient aux violences perpétrées contre les non-musulmans.

    Les experts ont souligné la nécessité pour les autorités nigérianes d'enquêter d'urgence sur les violations présumées, d'y donner suite et de protéger les victimes et les personnes encore à risque.

    « Les chrétiens, en particulier les femmes et les filles, ainsi que d'autres minorités religieuses, ont été victimes d'atrocités graves et systématiques perpétrées par des groupes armés militants opérant en toute impunité dans certaines régions du Nigéria. La communauté internationale est restée trop longtemps silencieuse face à l'aggravation de cette crise. La communication conjointe de cinq mécanismes des Nations Unies constitue une avancée significative et bienvenue pour garantir que ces violations retiennent l'attention internationale et que leurs causes profondes, notamment les cadres juridiques discriminatoires, soient pleinement prises en compte », a déclaré Giorgio Mazzoli, directeur du plaidoyer auprès des Nations Unies chez ADF International.

    ADF International s'engage à protéger la liberté de religion et d'expression au Nigéria et soutient les chrétiens ainsi que les personnes d'autres confessions victimes de discrimination et d'autres violations des droits humains. Tout en saluant les efforts des experts de l'ONU pour demander des comptes aux autorités nigérianes à cet égard, nous les encourageons à entreprendre d'urgence des réformes sécuritaires et juridiques et nous nous tenons prêts à soutenir les initiatives à tous les niveaux visant à garantir la liberté religieuse pour tous dans le pays.

    « Des attaques et des brutalités généralisées ont dévasté des communautés dans le nord et le centre du Nigéria, provoquant de graves troubles civils, des déplacements massifs de populations et – selon des rapports récents – un nombre de chrétiens tués pour leur foi plus élevé que partout ailleurs dans le monde pour la seule année 2025. Nous appelons le gouvernement nigérian à saisir cette occasion et à redoubler d’efforts pour mettre fin aux violences en cours, garantir que les responsables rendent des comptes et assurer pleinement les libertés fondamentales telles qu’elles sont inscrites dans la Constitution et le droit international des droits de l’homme. »

    Plaidoyer international d'ADF au Nigéria

    ADF International défend les chrétiens et les autres minorités religieuses victimes de persécutions graves au Nigéria. Nous avons apporté notre soutien à de nombreuses personnes attaquées en raison de leur foi ou poursuivies en vertu des lois sur le blasphème.

    ADF International a soutenu la défense de Rhoda Jatau , une mère chrétienne emprisonnée pendant 19 mois pour avoir prétendument partagé une vidéo blasphématoire condamnant le lynchage de Deborah Emmanuel Yakubu, une étudiante chrétienne. Jatau a été totalement acquittée en décembre 2024.

    Récemment, la Haute Cour du Nigéria a cassé la condamnation injustifiée de David* (nom modifié pour des raisons de sécurité), un chrétien qui avait subi des tortures pour avoir aidé un converti persécuté à échapper aux violences dans le pays. ADF International a soutenu la défense de David.

    ADF International soutient également la défense du musicien soufi Yahaya Sharif-Aminu devant la Cour suprême du Nigéria. Emprisonné pendant plus de cinq ans, il avait été condamné à mort pour un message WhatsApp jugé blasphématoire. Sharif-Aminu attend actuellement une nouvelle audience, la première s'étant tenue en septembre. À la suite de cette audience, un procureur nigérian l'avait menacé d'exécution publique pour avoir diffusé une chanson sur WhatsApp. Son cas pourrait mener à l'abolition des lois draconiennes sur le blasphème, qui aggravent considérablement le climat de violence et d'hostilité envers les minorités religieuses, notamment les chrétiens, au Nigéria.

    ADF International figurait parmi les nombreuses organisations de défense des droits humains et les experts qui ont exhorté le département d'État américain à reclasser le Nigéria comme « pays particulièrement préoccupant » (CPP). Ce statut lui a été accordé en octobre 2025, attirant davantage l'attention de la communauté internationale sur les conséquences de la situation sécuritaire du pays en matière de droits humains.

  • Pourquoi la baisse des taux de natalité devrait inquiéter tout le monde

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    De David Quinn sur le Catholic Herald :

    Pourquoi la baisse des taux de natalité devrait inquiéter tout le monde

    Un sujet qui commence enfin à recevoir l'attention qu'il mérite est la crise démographique imminente. La Grande-Bretagne, tout comme l'ensemble de l'Europe, est confrontée à une chute brutale de la natalité. Cette situation perdure depuis un certain temps. Elle est encore plus préoccupante en Asie de l'Est. Même en Inde, le taux de fécondité est récemment passé sous le seuil de renouvellement des générations.

    Les lecteurs du Catholic Herald seront peut-être surpris d'apprendre que l'Irlande, longtemps associée aux familles nombreuses, est elle aussi entrée dans l'ère des taux de fécondité inférieurs au seuil de renouvellement des générations. Notre taux de fécondité a chuté à 1,5 enfant par femme, un chiffre à peine supérieur à celui du Royaume-Uni. Un taux de fécondité aussi bas signifie que 100 personnes peuvent espérer avoir environ 75 enfants et 56 petits-enfants, et ainsi de suite. Parallèlement, la population continuera de vieillir.

    L'Institut Iona, un groupe de réflexion pro-religion et pro-famille dont je suis la directrice générale, vient de publier un rapport intitulé « Choix ou fatalité ? L'augmentation du nombre de femmes sans enfant en Irlande » . Ce rapport prévoit qu'une femme sur quatre de la génération Z en Irlande n'aura jamais d'enfant. Pour maintenir la population à son niveau actuel sans immigration, il faudrait que chaque personne du reste de la population ait environ trois enfants. Cela semble peu probable.

    Il existe de nombreuses théories pour expliquer la chute quasi généralisée et simultanée des taux de fécondité. L'ancienne théorie attribuait ce phénomène principalement au développement économique, et elle comporte une part de vérité. Les pays riches affichent depuis longtemps des taux de fécondité inférieurs à ceux des pays pauvres.

    Mais on observe aujourd'hui une chute des taux de fécondité dans des pays à revenu intermédiaire comme la Thaïlande. La Chine demeure un pays à revenu intermédiaire, et son taux de fécondité n'atteint que la moitié du seuil de renouvellement des générations. L'amélioration du niveau d'éducation des femmes joue également un rôle important, et est évidemment liée au développement économique. Le coût de la vie contribue aussi à cette situation. Le logement est devenu extrêmement cher dans de nombreux pays, notamment en Grande-Bretagne et en Irlande.

    Mais comment expliquer la baisse soudaine et assez marquée du nombre d'enfants par femme dans les pays économiquement développés, passant d'environ 1,8 enfant en moyenne à environ 1,5 ces dernières années ? Certains pointent du doigt la montée en puissance des smartphones. En effet, si nous nous rencontrons moins, nous nouons moins de relations, avons moins de rapports sexuels et, par conséquent, avons moins d'enfants.

    Le déclin de la pratique religieuse est également lié à la situation actuelle. Les personnes religieuses ont tendance à se marier plus souvent et à avoir plus d'enfants que les personnes non religieuses. Cela vaut aussi pour les conservateurs. La religion et le conservatisme social ont tous deux tendance à privilégier la famille à l'autonomie individuelle.

    Chaque pays confronté à ce problème doit se poser la question de savoir si la hausse du nombre de femmes sans enfants est due à un choix ou aux circonstances.

    Depuis des années, on entend parler de grossesses non désirées, mais qu'en est-il de l'infertilité non désirée ? Peu de gens semblent s'en préoccuper.

    De nombreux éléments indiquent que l'infertilité est souvent due à des circonstances particulières. On sait, par exemple, que beaucoup de femmes atteignent la fin de la trentaine sans enfant, alors même que nombre d'entre elles désirent en avoir un. Cela explique pourquoi beaucoup se tournent vers des techniques comme la FIV. Si elles étaient heureuses de ne pas avoir d'enfant, elles n'agiraient pas ainsi.

    On constate également que des personnes se tournent vers la FIV car elles ont déjà eu un enfant mais en désirent un autre, et qu'il est trop tard pour concevoir naturellement. Par conséquent, à la cohorte croissante de personnes qui n'auront jamais d'enfants, il faut ajouter une seconde cohorte qui n'en aura pas autant qu'elle le souhaiterait.

    Un sondage commandé par l'Institut Iona et cité dans notre rapport montre que l'Irlandais moyen souhaite toujours avoir deux ou trois enfants. Une étude récente du Family Education Trust en Grande-Bretagne indique que le Britannique moyen en souhaite environ deux. Dans aucun des deux pays, les jeunes n'atteignent ce but, et dans aucun des deux pays, on ne les incite à se méfier du fait de trop tarder à fonder une famille, car il sera finalement trop tard, à supposer qu'ils aient les moyens de s'installer.

    Face à l'ampleur croissante des situations de stérilité non désirée, ceux qui se réclament du droit à l'avortement doivent eux aussi en prendre conscience. Si les progressistes soutiennent réellement la liberté de choix, ne devraient-ils pas soutenir et faciliter le choix d'avoir des enfants au même titre que celui de ne pas en avoir ?

    La chute vertigineuse du taux de fécondité est l'un des phénomènes les plus importants et les plus inquiétants de notre époque. En théorie, conservateurs religieux et libéraux laïques devraient pouvoir unir leurs forces pour tenter d'inverser cette tendance. Y parvenir ne sera pas chose aisée, mais il est probable qu'aucun des deux camps ne souhaite voir des grossesses non désirées. Alors, pourquoi ne pas s'unir pour une fois ? Ce serait une alliance inédite et, espérons-le, très fructueuse, au sens le plus strict du terme.

    David Quinn est le directeur général de l' Institut Iona . Vous pouvez le suivre sur Twitter : @davquinn .

  • Coupeurs de feu, magnétiseurs... Pourquoi il ne faut pas y recourir

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    De Famille Chrétienne :

    « N'y allez pas ! » : la mise en garde d'un prêtre contre les coupeurs de feu et magnétiseurs

    D’où vient le pouvoir des coupeurs de feu ? Peut-on être chrétien et consulter un magnétiseur ? Le Reiki est-il un simple effet placebo ou un danger invisible ? La lithothérapie cache-t-elle un piège spirituel ? Sous couvert de bien-être et de guérison, les nouvelles spiritualités s’immiscent partout dans notre quotidien. Pourtant, l’Église met en garde : ce n’est pas parce que ça fait du bien que c’est bien. Il devient urgent de discerner les forces occultes qui se cachent derrière ces pratiques pour apprendre à s’en protéger !

    Le Père Jean-Christophe Thibault est prêtre dans le diocèse de Metz. Spécialiste des sciences occultes et de l'ésotérisme, il a longuement étudié les dérives spirituelles de ces médecines alternatives. Il vient nous livrer ses révélations sans filtre sur l'envers du décor de l'occultisme marchand.

  • L'admirable discours du Pape au Parlement espagnol

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    Discours de Léon XIV au Congrès des députés, Madrid (Photo de groupe via AP via LaPresse)

    (Lettre du Figaro) Léon XIV a déclaré que la « dignité » de la personne « doit guider tout ordre juridique positif », lequel « ne peut être subordonné à des consensus sociaux changeants ni aux aléas des majorités du moment ». Concrètement, il a défendu le secret de confession comme oasis d’humanité, la famille traditionnelle comme havre de paix essentiel, redit un « non » définitif à l’euthanasie, plaidé pour la liberté éducative et d’enseignement, pour la réciprocité nécessaire dans les migrations et la nécessité de la paix.

    « Ce n’est pas une rupture avec le pontificat argentin, encore moins une restauration conservatrice, mais c’est un retour clair et net aux fondamentaux classiques de l’Église catholique » analyse Jean-Marie Guénois. Les parlementaires ont tous applaudi debout et chaleureusement son propos pendant huit minutes !

    RENCONTRE AVEC LES MEMBRES DU PARLEMENT ESPAGNOL

    DISCOURS DU SAINT-PÈRE

    Congrès des députés (Madrid)
    Lundi 8 juin 2026

    Monsieur le Président du Gouvernement,

    Madame la Présidente du Congrès des Députés,
    Monsieur le Président du Sénat,
    Monsieur le Président de la Cour Constitutionnelle,
    Madame la Présidente de la Cour suprême et du Conseil Général du Pouvoir Judiciaire,
    Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,
    Mesdames et Messieurs,

    je remercie Madame la Présidente pour ses aimables paroles, ainsi que pour l’invitation que le Siège Apostolique a reçue à l’occasion de mon voyage dans ce pays, et pour l’honneur qui m’est fait aujourd’hui d’être accueilli dans ce Palais historique du Congrès des Députés, lieu éminent de la vie institutionnelle, juridique et démocratique du Royaume d’Espagne. Je me présente devant vous tous en tant qu’évêque de Rome et pasteur de l’Église catholique, conscient que la mission confiée au Successeur de l’apôtre Pierre, en tant que principe et fondement de l’unité des évêques et des fidèles (cf. Lumen gentium, 23), place le Saint-Siège, d’une manière particulière, en dialogue avec les peuples et les États.

    Ma présence parmi vous se veut un geste de proximité envers l’Espagne, dans le cadre de notre coopération mutuelle, et un message inspiré par le service de la personne humaine. L’Église « chemine avec l’humanité », partage ses espoirs et ses blessures, écoute les interrogations de chaque époque et se laisse interpeller « par tout ce qui concerne l’existence des hommes et des femmes d’aujourd’hui ». C’est pourquoi, lorsqu’elle intervient dans la vie publique, elle le fait en respectant la mission propre des institutions et la responsabilité légitime de ceux qui ont reçu le mandat de légiférer. Elle reconnaît « l’autonomie des réalités terrestres » et « la distinction entre communauté ecclésiale et communauté politique » ; et, précisément à partir de cette conscience, elle apporte une réflexion née du désir de servir le bien commun et de rappeler ce qui rend véritablement humaine la vie en société (cf. Magnifica humanitas, nn. 18-19).

    Dans cet hémicycle, la vie en société prend une forme juridique. Ici, les divergences sont écoutées, mises en ordre et, lorsque cela est possible, se transforment en décision commune. C’est pourquoi, au-delà de la légitime diversité des positions, toute tâche législative finit par se confronter à une question décisive : quelle conception de la personne humaine inspire les lois et quel type de société ces lois construisent-elles ?

    Face à cette question, l’Espagne possède une mémoire particulièrement riche. Son identité géographique et politique s’est tissée au fil d’une histoire où la foi et la raison, l’art et le droit, la tradition et la pensée ont su se rencontrer de manière féconde. Dans ses cathédrales et ses universités, dans sa littérature immortelle, dans ses institutions juridiques et dans l’esprit même de son peuple, demeure vivant un héritage qui a façonné une manière de vivre la liberté, de pratiquer la justice et d’ordonner la vie commune.

    Depuis les pages universelles du Don Quichotte, où Cervantes proclamait que « la liberté […] est l’un des dons les plus précieux que le ciel ait fait aux hommes » (Don Quichotte de la Manche, II, 58), jusqu’à la profondeur spirituelle de sainte Thérèse d’Ávila, et de la grande tradition juridique espagnole à l’inquiétude métaphysique d’Unamuno, qui rappelait que l’homme « ne se résigne pas à mourir tout à fait » (Du sentiment tragique de la vie, I), l’Espagne a su considérer l’être humain comme bien plus qu’un simple rouage de l’ordre social, économique ou politique : elle l’a reconnu comme une créature ouverte à la vérité, dotée de liberté et animée par une soif d’éternité qu’aucune réalité temporelle ne parvient à éteindre ; en un mot, comme quelqu’un dont la dignité précède toute utilité et au service duquel l’action législative est soumise.

    Pour cette raison, lorsque l’on évoque aujourd’hui la personne humaine, ce souvenir nous conduit naturellement à Salamanque et à la pensée qui y a mûri. La présence symbolique dans cette salle des rois Isabelle et Ferdinand renvoie à ce moment où l’Espagne s’est trouvée confrontée à des responsabilités historiques d’une portée universelle ; quelques années plus tard, Salamanque allait assumer, avec une lucidité singulière, la réflexion morale et juridique qu’exigeait ce contexte. Dans cette université, il y a cinq cents ans, alors que s’ouvraient de nouveaux mondes et d’immenses possibilités dans les relations entre les peuples, certains maîtres ont compris que la raison ne pouvait être invoquée pour légitimer tout ce que la force ou l’intérêt présentaient comme opportun. Ils ont ainsi introduit dans la réflexion historique la question de la valeur irréductible de tout être humain et des limites morales du pouvoir. Il faut reconnaître que la société et l’Église elle-même n’ont pas toujours été à la hauteur des intuitions qui trouvaient un écho dans leur propre tradition chrétienne.

    Cependant, cette interrogation a ouvert un horizon intellectuel et moral qui a dépassé son propre contexte historique. L’intuition du totus orbis, d’une communauté humaine plus vaste que n’importe quel pouvoir particulier, permettait d’affirmer l’existence de liens juridiques et moraux entre les peuples. Depuis l’Espagne, la réflexion de l’École de Salamanque — et en particulier celle de frère Francisco de Vitoria, ainsi que d’autres dominicains et jésuites — a contribué à forger une conscience juridique et morale capable de rappeler que l’autorité s’accompagne toujours d’une responsabilité et que tout être humain doit être reconnu comme sujet de droits et de devoirs. Cette aspiration continue de résonner aujourd’hui encore : que la dignité, la justice et le bien commun soient la mesure des relations sociales, tant au niveau national qu’international.

    C’est là l’un des grands héritages de l’Espagne : avoir su unir l’action historique à la lucidité de la raison morale. Cette contribution, née sur les rives du Tormes, a transcendé les salles de classe et les bibliothèques, pour s’inscrire dans une conscience plus large, partagée par la communauté internationale qui continue de se demander comment construire la paix sur la reconnaissance de la personne et non sur l’imposition de la force. Cet héritage vit également au sein de ces Cortes, chaque fois que le législateur se demande comment faire en sorte que le possible soit juste, que le légal soit véritablement humain et que la volonté de la majorité préserve les biens qui appartiennent à tous et respecte ce qu’aucune majorité ne peut légitimement enfreindre.

    La question de Salamanque continue d’accompagner la tâche de ceux qui servent la vie publique. Aujourd’hui, les nouveaux mondes qui s’ouvrent à nous ne se dessinent plus sur les cartes : ils se déploient dans la technique, l’économie, la biomédecine et l’univers numérique, où le pouvoir humain touche des domaines de plus en plus sensibles de la vie personnelle et sociale.

    Le progrès offre des possibilités admirables, et nous le voyons aujourd’hui de manière singulière dans le développement de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies. Comme je l’ai rappelé dans ma récente Encyclique, la technologie en soi n’est pas neutre car elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la réglementent et l’utilisent (cf. Magnifica humanitas, n. 9) ; c’est pourquoi, face aux transformations de notre temps, notre discernement doit se concentrer sur la place qu’occupe la personne humaine dans nos décisions, et sur la manière dont se posent aujourd’hui, sous un jour nouveau, la dignité du travail, la solidarité, la politique sociale et le bien commun.

    Ce discernement part d’un postulat fondamental : toute société véritablement juste se fonde sur la reconnaissance de la dignité inviolable de la personne humaine. Cette dignité précède toute concession de l’État et ne peut être subordonnée à des consensus sociaux changeants ni aux aléas des majorités du moment (cf. Benoît XVI, Discours devant le Parlement fédéral allemand, 22 septembre 2011). Elle appartient à tout être humain du simple fait qu’il existe, et c’est pourquoi elle doit guider tout ordre juridique positif. La foi chrétienne la proclame à partir de la Révélation ; la raison humaine peut la reconnaître comme une exigence inscrite dans la vérité de l’homme (cf. ibid.). Lorsque cette conviction reste vivante, le droit devient une protection pour tous et une garantie face à l’imposition d’intérêts et d’agendas particuliers.

    Sur cette base, il m’appartient aujourd’hui de prononcer une parole sereine et ferme devant ceux qui ont la grave responsabilité d’organiser juridiquement la vie en société. Cette vie en société peut être menacée par la culture du rejet, comme l’a si souvent mis en garde le Pape François (cf. Discours à l’Assemblée plénière de l’Académie Pontificale pour la Vie, 27 septembre 2021). En ce sens, si la vie cesse d’être reconnue comme une valeur fondamentale, quel avenir nos sociétés peuvent-elles avoir ? Peut-on qualifier de pleinement juste une communauté qui laisse dans l’ombre l’enfant à naître, la personne âgée, le malade, celui qui souffre en silence ou celui qui dépend entièrement des soins d’autrui ? La défense de la vie humaine n’est ni une question partielle ni un intérêt confessionnel : c’est un objectif de civilisation. Toute vie humaine doit être reconnue et protégée depuis sa conception jusqu’à son déclin naturel, dans toutes les circonstances de son existence. Lorsque cette certitude s’estompe, les plus vulnérables sont les premières victimes et la loi perd son sens le plus profond : servir et protéger chaque personne. C’est pourquoi la grandeur morale d’une nation se manifeste avant tout dans sa capacité à accompagner, protéger et aimer les vies qui traversent la plus grande fragilité.

    Le bien commun est, d'une certaine manière, “la forme sociale de la dignité humaine” (cf. Magnifica humanitas, n. 59). Il ne consiste pas en une simple somme d'intérêts particuliers, mais en « l'ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent aux associations et à chacun de leurs membres d'atteindre plus pleinement et plus facilement leur propre perfection » (Gaudium et spes, n. 26). Lorsque le bien commun cesse d’être un horizon partagé, l’action publique risque de se fragmenter en intérêts partiels, incapables de préserver ce qui appartient à tous.

    Dans ce contexte, la famille revêt une importance particulière, en tant que première réalité humaine et fondement naturel de la communauté. C’est au sein du foyer que se côtoient les générations et que se transmet une mémoire vivante qui assure la continuité intérieure de la société. Là où la famille est soutenue, la stabilité spirituelle et sociale des nations s’en trouve également renforcée. La famille sera toujours la première école d’humanité où l’on apprend, avant tout autre lieu, la grammaire élémentaire de la vie en communauté : accueillir la vie, prendre soin de l’autre, pardonner, servir et appartenir.

    Les organismes éducatifs occupent eux aussi une place déterminante dans cette tâche. C’est là que les nouvelles générations peuvent apprendre à rechercher et à aimer la vérité, à s’interroger sur le sens de la vie et la dignité de chaque personne. C’est pourquoi de nombreux parents, désireux que leurs enfants apprennent à nouer des relations, à penser de manière critique et à acquérir des valeurs solides, placent en eux de grands espoirs, les considérant comme de précieux alliés dans l’éducation de leurs enfants. Cette collaboration doit toujours respecter le “droit premier et inaliénable” des parents de “choisir le type d’éducation et de formation que reçoivent leurs enfants, en cohérence avec leurs propres convictions morales, culturelles et religieuses” (cf. Magnifica humanitas, n. 143 ; cf. Pacte international relatif aux droits civils et politiques, art. 18. 4).

    L’affirmation de la dignité humaine ne peut rester abstraite alors que tant de personnes sont contraintes de tout quitter pour rechercher la paix, la sécurité et un avenir. Le drame tragique de la migration interpelle aujourd’hui la conscience des nations et les fondements éthiques de l’ordre international. De nombreux hommes, femmes et enfants sont contraints, par des circonstances souvent dramatiques, de quitter leurs communautés et de laisser derrière eux leurs proches, leur histoire et leurs liens. Cette réalité dépasse toute lecture purement démographique ou économique : elle constitue une question éminemment morale et juridique. Là où une personne est victime de discrimination en raison de son origine nationale, ethnique, religieuse ou linguistique, ou de sa condition économique ou sociale, le principe universel de l’égale dignité de tous les êtres humains est gravement bafoué.

    La situation des migrants et des réfugiés exige une réponse qui se concentre sur les personnes, s’attaque aux causes qui les obligent à partir et aille au-delà de la simple gestion des flux. Il en découle une double exigence de justice sociale : offrir des voies sûres et légales, un accueil respectueux et de réelles possibilités d’intégration ; et promouvoir, en même temps, le droit de rester sur sa propre terre, en œuvrant pour que personne ne soit contraint de quitter son foyer par manque de paix, de sécurité ou de conditions de vie dignes, en raison des inégalités économiques et des effets de la crise climatique (cf. Magnifica humanitas, n. 81).

    Ces dernières années, les itinéraires de plus en plus dangereux ont mis en évidence le coût extrêmement élevé de cette réalité si souvent occultée ou ignorée. De nombreuses personnes restent aux mains de trafiquants et de passeurs qui profitent de leur désespoir. Il est nécessaire de renforcer la prévention, le sauvetage et l’aide aux victimes, notamment dans le cadre d’une coopération régionale et multilatérale.

    Aucune nation ne peut relever seule un défi de cette ampleur. C’est pourquoi une réponse coordonnée, solidaire et efficace est indispensable, capable de garantir la protection, l’accueil et de réelles opportunités d’intégration à ceux qui émigrent. Lorsque la réponse institutionnelle est proche, juste et coordonnée, les frontières cessent d’être des lieux d’abandon et peuvent devenir des espaces de protection responsable de la dignité humaine.

    Mesdames et Messieurs,

    le monde traverse une profonde crise spirituelle et culturelle, qui se manifeste par de multiples formes de violence, de polarisation et de méfiance réciproque. Dans ce contexte, la paix apparaît comme une aspiration politique et, plus encore, comme une véritable exigence morale. Elle exige un discours public respectueux de ceux qui pensent différemment, des institutions au service de la rencontre, une mémoire historique en quête de vérité et de réconciliation, ainsi qu’une vie sociale capable de soutenir l’amitié civique et le respect mutuel au milieu des divergences.

    Sur le plan international, la paix exige du courage diplomatique, un sens des responsabilités éthiques et une vision d’avenir fondée sur le respect de l’identité de chaque peuple et sur l’obligation pour les États de régler leurs différends par les voies pacifiques qu’offre le droit international. Toute guerre constitue, en fin de compte, une douloureuse défaite de la capacité à négocier, mais aussi de cette conscience commune de l’humanité qui reconnaît les liens de justice entre les nations. Les armes peuvent imposer un silence temporaire, mais elles ne pourront jamais construire une paix authentique et durable.

    C’est pourquoi il est préoccupant de voir, en divers endroits du monde, et aussi en Europe, le réarmement se présenter à nouveau comme une réponse presque inévitable face à la fragilité du contexte international. La véritable sécurité, en revanche, naît de la justice, du dialogue patient, du respect du droit international et d’une politique capable de faire passer la vie des peuples avant les intérêts qui tirent profit de la guerre. Le développement des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire exige également une vigilance éthique rigoureuse, afin que les décisions concernant la vie et la mort ne soient jamais confiées à des automatismes ni soustraites à la responsabilité morale de la personne humaine (cf. Discours à l’Université « La Sapienza », 14 mai 2026).

    La communauté internationale est appelée à redécouvrir la valeur indispensable du dialogue comme voie patiente vers des accords justes et durables, fondés sur le respect des traités, sur la transparence de l’action diplomatique et sur la volonté sincère de faire passer la paix avant le recours à la force. C’est de là que naissent la confiance et l’espoir.

    Comme le rappelle la devise de l’Union Europeenne, In varietate concordia, la véritable unité n’uniformise pas, mais crée une cohésion dans la diversité, faisant des cultures, des sensibilités et des traditions une occasion d’enrichissement mutuel.

    Il est également urgent de construire une culture de la réciprocité au sein même des sociétés. La pluralité politique ne devrait pas dégénérer en une disqualification permanente de l’adversaire. Dans une coexistence mûre, même le conflit peut devenir un chemin vers la paix, lorsque les différences sont atténuées par l’écoute et orientées vers la reconnaissance des besoins, des aspirations et des capacités de chacun.

    Mais la paix n’est pas seulement une réalité politique ou institutionnelle. Elle naît aussi dans la conscience, là où la rancœur, l’indifférence et la haine cèdent la place à la réconciliation. C’est pourquoi elle s’instaure et se protège aussi à travers le langage. Les mots peuvent ouvrir des chemins ou les fermer ; ils peuvent éclairer la réalité ou la déformer jusqu’à rendre la rencontre impossible. Ceux qui exercent une responsabilité publique ont donc une obligation particulière de veiller sur la parole afin de « désarmer le langage » (Message pour le Carême 2026, 13 février 2026). La fermeté n’exige pas le mépris ; la divergence n’entraîne pas l’humiliation.

    De ce respect de l’autre découle également le devoir de préserver l’espace où mûrissent ses convictions, sa conscience et sa relation avec Dieu. L’attention portée à cette sphère intérieure permet de mieux comprendre une question décisive pour toute société véritablement démocratique : la liberté de pensée, de conscience et de religion, droit fondamental qui protège la sphère la plus intime des personnes. La liberté sur laquelle se fonde l’État contemporain, si elle est authentique, reconnaît la dimension religieuse de l’être humain, la respecte et la protège juridiquement ; elle évite que quiconque doive renoncer à contribuer à la société dans laquelle il vit en raison de sa foi.

    Sans confondre le plan juridique avec le plan moral, il convient également de rappeler que la liberté a besoin d’une pleine compréhension d’elle-même. Être libre ne signifie pas seulement être exempt de contraintes ou disposer de nombreuses possibilités de choix ; cela signifie pouvoir reconnaître le bien et y adhérer de manière responsable. C’est pourquoi toute société véritablement libre exige également une juste délimitation du pouvoir public, afin que la liberté des personnes, des communautés et des associations ne soit pas indûment restreinte (cf. Dignitatis humanae, n. 1). Dans cette perspective, l’autonomie légitime de l’ordre temporel ne doit jamais être interprétée comme une hostilité envers le phénomène religieux. La foi ne prétend pas s’imposer par des privilèges ou des contraintes ; cependant, elle ne peut pas non plus être reléguée au silence comme si elle était sans importance pour la vie publique.

    Dans ce contexte, le secret sacramentel de la confession revêt une importance particulière pour l’Église catholique. Il s’inscrit dans le cadre plus large de la liberté religieuse qui garantit aux communautés croyantes un espace propre de vie, d’organisation et de discipline interne (cf. Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, Acte final d’Helsinki, 1er août 1975, Principe VII). Le protéger juridiquement, comme c’est le cas de manière analogue dans certaines professions, signifie préserver un espace sacré de liberté intérieure, où le croyant peut ouvrir son âme à Dieu sans craindre de pressions extérieures, comme le reconnaissent également les normes internationales (cf. Cour pénale internationale, Règlement de procédure et de preuve, règle 73. 3).

    Mesdames et Messieurs,

    permettez-moi de m’attarder un instant sur certaines images qui ornent cette Assemblée. Dans cette Salle des Séances, la lumière naturelle pénètre par la verrière qui surplombe la salle. Cette lumière venue d’en haut peut nous rappeler que la politique doit elle aussi reconnaître une dimension qui la précède et la dépasse.

    De même, les peintures qui évoquent, en haut du mur principal, la réception de l’Évangile et du Décalogue, rappellent quelque chose d’essentiel. Sans confondre l’ordre politique avec l’ordre religieux, ces signes invitent à reconnaître que la liberté moderne a également été préparée par une longue éducation de la conscience, profondément marquée par la tradition chrétienne. Dans cette école intérieure, les peuples ont appris que le droit doit servir le bien, que la justice impose des limites à la force, que le pouvoir a besoin de légitimité, que les pauvres font pleinement partie de la communauté, que l’étranger doit être accueilli conformément à sa dignité et que la vie humaine ne peut jamais être traitée comme une marchandise.

    Une loi n’atteint pas sa véritable grandeur par le simple fait d’avoir été formellement approuvée ; elle l’atteint lorsque, en plus d’être valide dans sa forme, elle peut se présenter devant la dignité de la personne et sortir de cet examen sans honte.

    Je vous invite donc à lever les yeux : non pas pour vous éloigner de la réalité, mais pour vous rappeler que toute décision des autorités publiques touche des personnes en chair et en os, en particulier celles qui ont le moins de force pour se faire entendre. Car la hauteur de vue consiste précisément à regarder avec plus de profondeur ce qui est en jeu dans chaque décision publique. C’est pourquoi, outre les réponses techniques et les réformes juridiques, un renouveau moral s’impose également.

    L’Espagne a beaucoup à offrir sur cette voie. Elle possède une langue qui unit les continents ; une tradition culturelle, juridique et spirituelle qui a su mettre en dialogue la foi et la raison, le droit et la conscience, l’unité et la pluralité. Cette expérience historique rappelle également la valeur de la concorde et de l’effort patient pour construire une coexistence pacifique et juste.

    Que cette noble nation ne perde jamais la mémoire de ses racines ni l’audace de regarder vers l’avenir. Que l’Espagne continue d’être une terre de rencontre, de culture, de solidarité et d’espoir. Et que sa vie publique sache toujours allier la fermeté des convictions à la noblesse du dialogue et à la grandeur du service.

    Que Dieu accorde la paix à toutes les nations de la terre, la concorde aux familles et la sérénité aux consciences. Et que, sur le Royaume d’Espagne, marqué par l’empreinte apostolique de saint Jacques et par la présence maternelle de la Virgen del Pilar, descendent des jours de prospérité, de justice et de paix durable. Merci beaucoup.

  • Euthanasie : quand positions doctrinales et pratiques pastorales s'affrontent

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    Il nous revient régulièrement que, malgré les positions claires du magistère, les équipes de base se permettent d'assister les personnes qui se font euthanasier en leur accordant les derniers sacrements et des funérailles à l'église. Que faut-il en penser ?

    La position du Magistère est pourtant claire et constante. L’Église catholique condamne l’euthanasie (et le suicide assisté) comme un acte intrinsèquement mauvais : « l’euthanasie volontaire, quels qu’en soient les formes et les motifs, constitue un meurtre. Elle est gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 2324 ; voir aussi Evangelium vitae, Déclaration sur l’euthanasie de 1980 et la lettre Samaritanus bonus de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en 2020).

    C’est un homicide, contraire au 5e commandement, et un rejet de la souveraineté de Dieu sur la vie et la mort. L’Église promeut les soins palliatifs, l’accompagnement des malades et le refus de l’acharnement thérapeutique, mais jamais la mort provoquée.

    Sacrements et disposition requise

    Les derniers sacrements (Pénitence, Onction des malades, Viaticum/Eucharistie) exigent une disposition intérieure : repentance des péchés graves, désir de conversion et communion avec l’Église. Le canon 1007 du Code de droit canonique précise que « l’onction des malades ne sera pas donnée à ceux qui persévèrent avec obstination dans un péché grave manifeste ».

    Samaritanus bonus (2020) est très explicite : une personne qui a une ferme intention de recourir à l’euthanasie ne peut recevoir validement l’absolution, l’Onction ni le Viaticum, car cela contredit la conversion requise. Les sacrements sont des signes de guérison et d’espérance, incompatibles avec un choix délibéré de mettre fin à sa vie. Le prêtre doit accompagner, dialoguer, prier et inviter au changement, mais sans donner les sacrements si l’intention persiste.

    Funérailles

    Le canon 1184 prévoit que les funérailles ecclésiastiques soient refusées aux pécheurs manifestes (dont ceux dont l’acte public contredit gravement la foi) s’il n’y a pas de signes de repentir, pour éviter le scandale des fidèles. L’euthanasie, acte public et délibéré dans de nombreux contextes légaux, entre dans cette catégorie, contrairement au suicide souvent présumé commis sous l’effet de troubles psychiques (où la pleine responsabilité est atténuée, CCC 2282-2283). Des directives épiscopales (ex. au Canada) confirment que la messe de funérailles n’est généralement pas appropriée, même si d’autres prières ou sépultures en cimetière catholique peuvent l’être.

    Pourquoi des pratiques locales divergentes ?

    C’est une tension classique entre doctrine (Magistère universel) et pastorale (application concrète) :

    • Miséricorde et cas individuels : Les prêtres et équipes pastorales se croient souvent habilitées à invoquer l’impossibilité de juger le for intérieur, la souffrance, la pression familiale/sociétale, ou une possible repentance de dernière minute (même implicite). Dans l’urgence, face à un mourant, beaucoup préfèrent ce qu'ils considèrent « pécher par miséricorde » plutôt que par ce qui leur semble être de la rigidité.
    • Pressions culturelles et sécularisation : Dans des pays comme la France, la Belgique, le Canada ou les Pays-Bas où l’euthanasie est légale et socialement acceptée (même parmi une partie des catholiques), il y a une tentation d’« adaptation » pastorale pour ne pas « perdre » les familles ou paraître inhumaine. La peur du scandale inverse (rejet perçu comme dur) joue un rôle. Des prêtres ou aumôniers hospitaliers peuvent s'autoriser à agir avec une certaine autonomie locale.
    • Ambiguïté et formation insuffisante : Tous les clercs ne sont pas également formés ou courageux face à la doctrine. Certains interprètent largement la « miséricorde » (post-Vatican II) ou minimisent la gravité objective de l’acte. Des évêques ou conférences épiscopales émettent des directives claires, mais l’application varie (ex. directives canadiennes strictes vs. pratiques plus laxistes ailleurs).
    • Réalité humaine : Les « équipes de base » (aumôniers, laïcs engagés) sont en première ligne, confrontées à la souffrance concrète, et peuvent se croire autorisées à prioriser l’accompagnement humain sur la cohérence doctrinale stricte.

    Cette divergence n’est pas nouvelle (on la voit sur d’autres sujets moraux). Elle reflète une crise plus large de l’autorité doctrinale dans l’Église contemporaine : relativisme pastoral, influence du monde, et parfois une lecture sélective de Vatican II. Le Magistère reste normatif ; les abus locaux ne l’invalident pas, mais ils créent de la confusion et du scandale pour les fidèles qui souffrent fidèlement sans demander la mort.

    L’Église appelle à un accompagnement vrai : présence, prière, palliatifs spirituels et corporels, et annonce sans ambiguïté de l’Évangile de la Vie. Les fidèles attachés à la doctrine peuvent légitimement s’interroger auprès de leurs pasteurs et évêques pour plus de clarté. La miséricorde authentique n’est pas l’approbation du mal, mais l’invitation à la conversion jusqu’au bout.

  • Le pape exhorte les jeunes Espagnols à se marier et à fonder une famille

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    L’expression « N’ayez pas peur » est entrée dans l’histoire de l’Église avec Saint Jean-Paul II, qui l’avait lancée lors de sa messe d’inauguration du pontificat en 1978. Près d’un demi-siècle plus tard, le pape Léon XIV a repris ce thème devant des centaines de milliers de jeunes réunis à Madrid

    Devant une foule immense rassemblée place de Lima à Madrid, le pape Léon XIV a adressé samedi soir un message particulièrement remarqué à la jeunesse espagnole. Alors que l’Espagne connaît l’un des taux de natalité les plus faibles d’Europe et une crise démographique persistante, le Saint-Père a encouragé les jeunes à ne pas renoncer aux grandes vocations de la vie chrétienne. (Tribune Chrétienne)

    VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
    EN ESPAGNE

    (6-12 JUIN 2026)

    VEILLÉE DE PRIÉRE AVEC LES JEUNES

    DISCOURS DU SAINT-PÈRE

    Place de Lima (Madrid)
    Samedi 6 juin 2026

     

    (1) Nous savons que saint Augustin est très important pour vous, mais quels autres saints et quelles autres figures de référence vous ont aidé dans votre croissance personnelle en tant que chrétien ?

    (2) J’aimerais maintenant vous interroger sur vos années comme missionnaire au Pérou. Quel souvenir ou quelle expérience de ces années gardez-vous comme un trésor ?
     

    Eh bien, tout d’abord : bonjour à vous tous ! Merci d’être ici et merci de partager votre foi avec tout Madrid et toute l’Espagne. Pour répondre à la première question concernant certains saints qui ont été pour moi des modèles durant mon enfance et ma jeunesse, mais aussi en tant qu’évêque et en tant que Pape… On a déjà mentionné saint Augustin — et nous savons tous que saint Augustin est une figure très importante pour toute l’Église —, mais j’ai également pensé à l’un des Pères de l’Église orientale qui s’appelait saint Jean Chrysostome, son nom signifie “bouche d’or”, un titre que ce Père de l’Église a mérité parce qu’il avait une très belle éloquence. Avant son baptême, qui eut lieu en 368 après J.-C., il étudiait la philosophie. Il se consacra ensuite à l’exégèse des Saintes Écritures, en compagnie d’autres jeunes d’Antioche, sa ville natale. Après une expérience d’ermite, il se mit au service de l’Église comme prêtre et ensuite comme évêque. Et j’en profite pour vous dire à tous : n’ayez jamais peur d’envisager un appel à la vie sacerdotale, à la vie religieuse ou à d’autres services au sein de l’Église ! Car Jean Chrysostome, qui portait dans son cœur cet amour pour la Parole de Dieu, après être devenu prêtre puis évêque, a donné un témoignage extraordinaire, surtout par la cohérence de sa vie. S’il prêchait, c’était parce qu’il vivait ce message. Personnellement, j’ai été particulièrement impressionné par ses catéchèses, ses sermons, ses homélies et ses écrits, qui allient l’amour de la vérité et la droiture de sa vie. Mais il faisait aussi preuve d’un grand courage. Il n’avait pas peur de parler devant l’Empereur, de dire des choses en faveur de la justice et non pas seulement pour plaire à autrui. C’était un homme de parole.

    Un autre saint auquel j’ai pensé est saint Thomas de Villanueva, un augustin, qui fut appelé à devenir, aussi, pasteur de l’Église. Il était espagnol. Il étudia à l’université d’Alcalá et, par sa sagesse il gagna l’estime de l’empereur Charles Quint. Il fut ensuite nommé évêque de Valence et il entreprit un intense travail de réforme de l’Église, surtout du clergé, exhortant ses frères à la persévérance dans la prière, la vie de chasteté et l’obéissance. En raison de sa charité ardente, il est encore connu aujourd’hui comme “l’évêque des pauvres”. C’est cette charité qui m’a soutenu dans les moments d’épreuve et dans les moments de service.

    Un autre compagnon de route est saint Toribio de Mogrovejo, lui aussi espagnol. Au XVIe siècle, il fut missionnaire au Pérou, où il se consacra avec un grand zèle à l’évangélisation, en étudiant les langues locales. Saint Toribio sut allier une vie intense de prière à un engagement en faveur de la justice, en particulier face aux abus et à la corruption de son époque. C’est pourquoi il est pour moi un modèle de dévouement envers le peuple, en particulier les plus pauvres, au nom du Christ.

    En contemplant la vie de ces saints, comme saint Augustin, je me suis dit : s’ils en ont été capables, pourquoi pas moi ? (cf. Confessions, VIII, 27). C’est une question que je vous confie volontiers, en vous invitant à choisir de bons exemples de vie qui soient attrayants tant pour vous que pour les autres.

    Quant aux années passées au Pérou, en tant que missionnaire et ensuite comme évêque, je me souviens surtout du témoignage de foi des gens, marqués par de nombreuses difficultés, mais pleins d’espoir. C’est précisément la rencontre avec les souffrances comme avec les joies du peuple qui m’a fait grandir sur le chemin à la suite de Jésus. Tout en l’annonçant, j’étais moi aussi transformé par l’Évangile, transformé par la vie et la foi de ces peuples, souvent matériellement très pauvres, mais riches en foi. Et en faisant l’expérience de cette foi dans la parole du Seigneur, j’ai vu comment la Parole de Dieu peut transformer le conflit en paix. Elle peut être une source de réconciliation, de paix et de justice.

     

    (3) Selon vous, comment pourrions-nous reconnaître la voix de Dieu parmi tant d’autres voix ?

    (4) Comment pouvons-nous, nous qui sommes en chemin, accompagner les autres dans leur cheminement vers la découverte de la beauté de la foi ?
     

    Tout d’abord, nous pouvons parler de la manière d’écouter cette voix de Dieu, comment discerner si c’est vraiment Dieu qui nous parle ou autre chose, une autre tentation, une autre difficulté.

    Pour reconnaître la voix de Dieu, le silence peut avant tout nous aider, je pense qu’il est très important que chacun d’entre nous s’efforce de développer sa capacité à rester en silence. Souvent, nous avons nos écouteurs, nous écoutons de la musique, nous nous laissons distraire et nous ne savons pas rester en silence. Je crois que c’est souvent précisément dans cette expérience du silence que Dieu peut nous parler ou que nous pouvons discerner la voix de Dieu. Lorsque nous recherchons le silence, nous décidons de ce que nous ne voulons pas entendre et des bruits qui ne doivent pas nous distraire. En nous libérant du vacarme de mille voix, nous reconnaissons que certaines trompent nos désirs, d’autres nous achètent sans nous nourrir, d’autres encore parlent par intérêt. Dans le silence, nous comprenons que les idéologies passent, tandis que la vérité demeure. Je voudrais également souligner ici l’importance de la recherche de la vérité, car de nombreuses voix et de nombreuses informations sur les réseaux sociaux nous trompent et nous racontent des mensonges. Recherchez toujours la vérité ! Dieu est la vérité ! Si cela vous éloigne de Dieu, ce n’est pas la vérité ! Ne l’oubliez pas !

    Deuxièmement, soyez certains que Dieu connaît bien ta voix, votre voix : Il vous écoute et vous répondra. Ne craignez pas d’exprimer ce que vous ressentez dans votre cœur. Il y a un psaume qui dit : « Lui qui forma l’oreille, Il n’entendrait pas » (Ps 94, 9). Notre dialogue intérieur se transforme en prière, en louange et en supplication lorsqu’il est confié à Celui seul qui peut l’entendre. La prière est une voix libre précisément parce qu’elle ne s’exprime pas pour rendre des comptes, pour prouver que nous sommes prêts ou pour nous donner de l’importance. Lorsque nous nous faisons nous-mêmes prière, le Seigneur nous répond par son Verbe, qui s’est fait homme pour nous, en affirmant qu’Il nous aime de tout son être.

    Troisièmement, pour reconnaître la voix de Dieu, il faut écouter la Parole. La Parole de Dieu est vivante parce qu’elle est le Christ, dont la voix continue de résonner dans l’Église qui est son Corps. Il accomplit toutes les Écritures, cet ancien et ce nouveau Testament donnés aux hommes comme promesse de salut. L’adoration eucharistique aussi, que nous vivons ensemble ce soir, est précisément le lieu idéal pour garder le silence, libérer notre cœur et “être” nous-mêmes devant le Seigneur, en dialoguant avec Lui, de sorte qu’Il s’exprime avec éloquence dans son amour devenu nourriture pour toute l’humanité.

    En outre, chers jeunes, pour accompagner les autres à découvrir la beauté de notre foi, rappelez-vous qu’aucun de nous n’est né maître, et que devant le Seigneur, nous sommes tous des disciples. Partagez donc votre cheminement spirituel, témoignez-en par la cohérence de votre vie : la volonté de suivre Jésus vous renouvellera constamment, surtout dans les moments de lassitude. À cet égard, il est important de comprendre que personne n’est seul à croire en Jésus. Regardez combien vous êtes nombreux ici ! Et de la même manière, au sein de la communauté, dans les groupes de jeunes, au sein de la famille, nous pouvons tous découvrir la beauté de notre foi. Car en partageant votre cheminement spirituel la volonté de suivre Jésus vous renouvellera sans cesse. Il marche à notre rythme et éclaire notre chemin. À l’exemple du Maître : c’est ainsi que je vous invite à agir, en tant que pasteurs, éducateurs et comme des amis. Si vous priez avec amour, les jeunes apprécieront l’importance de la prière. Si vous brûlez de foi, vous transmettrez son feu vivant. Cherchez tous dans vos cœurs ce feu de l’amour de Dieu ! Car c’est là que se trouve la présence de Jésus, et la présence proche de Jésus se fait sentir même dans les moments où nous tombons, car Jésus ne nous abandonne pas. C’est aussi lorsque nous devenons une main tendue, une étreinte fraternelle, lorsque nous cherchons des occasions de servir les autres et lorsque nous cherchons comment toucher la vie de l’autre à travers ses blessures, sa tristesse, ses difficultés. C’est là que la foi en Jésus-Christ prend vie, et c’est là que Jésus nous aidera à nous soutenir mutuellement sur le chemin.

     

    (5) Comment pouvons-nous, jeunes chrétiens engagés, vivre au sein de cette société ?

    (6) Quelle est la mission concrète que vous nous confiez, à nous, les jeunes de l’Église ?
     

    Eh bien, félicitations pour ton mariage, Fernando ! J’ai vu ici d’autres couples qui vont se marier : félicitations et que Dieu vous bénisse ! Car, si j’ai dit tout à l’heure « n’ayez pas peur d’envisager une vocation », le mariage est lui aussi une vocation. N’ayez pas peur du mariage et de fonder une famille !

    Au cours des siècles d’histoire de l’Église, nous, chrétiens, avons vécu dans toutes sortes de sociétés, traversant les changements des cultures que nous avons partagées et contribué à façonner. Il y a un texte ancien, qui s’appelle la Lettre à Diognète, qui nous offre à ce sujet une belle intuition : « Les chrétiens sont au monde ce que l’âme est au corps » (VI). Telle est notre manière de vivre : les disciples de Jésus sont toujours contemporains, mais jamais prisonniers du temps qui passe. Nous sommes libres en Christ ! Et le Christ nous a libérés par son amour. Grâce à cet amour, nous sommes toujours libres face à toute contrainte et à toute tromperie. Nous sommes libres des modes, car nous sommes disciples de la vérité ; nous sommes ouverts à l’avenir, car nous savons que la mort ne nous attend pas. Au contraire, le sens de l’histoire culmine dans la communion éternelle de vie que Dieu prépare pour tous. Dans cette perspective, vous surtout, les jeunes, êtes appelés à donner une nouvelle orientation à la société, en devenant les protagonistes du changement à partir de vos liens quotidiens, de ce que vous vivez en famille, à l’université et au travail. En vous voyant, chers jeunes, pleins de cet enthousiasme motivé par la foi, je me réjouis de penser à votre capacité à témoigner du Christ dans le monde, y compris dans la réalité numérique, pour communiquer les valeurs et la beauté de l’Évangile (cf. Christus vivit, n. 105 ; Salutation lors du Jubilé des missionnaires numériques, 29 juillet 2025).

    Je vous invite donc tous à être ensemble le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13). Pour vivre ainsi, il faut avant tout comprendre la société actuelle, en vivant avec sagesse, afin de pouvoir ensuite la transformer en tant que témoins de l’Évangile. Le jeune chrétien, en effet, rayonne tant dans la joie que dans l’épreuve, donnant du goût à la réalité parce qu’il l’habite comme une personne qui savoure la vie en son for intérieur, sans attendre que la richesse, le plaisir ou le pouvoir lui en donnent la saveur. Telle est notre liberté, qui trouve sa source dans la foi, capable de donner lumière et saveur à toute société, à toute expérience humaine. En revanche, quand la vie n’a plus de goût, c’est comme si elle nous était arrachée : nous ne la sentons plus comme la nôtre. Face au vide de l’indifférence et du conformisme, face à la violence de la guerre et du mensonge, soyez vous-mêmes l’étincelle d’une humanité nouvelle.

    C’est pourquoi je voudrais vous confier à tous une mission : soyez humains. Oui, soyez humains ! : des hommes et des femmes de chair et d’os. Pas des apparences mais des visages fiables. Des personnes qui recherchent la justice parce qu’elles en ont faim, comme du pain quotidien. Des personnes qui désirent une vie honnête et droite, parce qu’elles font volontiers aux autres ce qu’elles voudraient que les autres leur fassent. Soyez humains comme l’est le Christ, l’homme parfait, le Ressuscité qui partage avec nous l’histoire en tout temps. En cultivant cet engagement, regardez les Apôtres, les premiers chrétiens, habitants d’un monde païen. À leur exemple, soyez des missionnaires de l’Évangile face aux pauvretés matérielles et spirituelles de notre temps, sachant bien que notre foi est un style de vie qui s’accomplit dans la charité (cf. Ga 5, 6). Telle est, chers jeunes, la vertu qui change l’histoire plus que toute autre. Vous pouvez changer le cours de l’histoire ! Faites-le avec amour ! Merci beaucoup.

  • L'homélie du Pape lors de la célébration de la Fête-Dieu à Madrid

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
    EN ESPAGNE

    (6-12 JUIN 2026)

    MESSE, PROCESSION ET BÉNÉDICTION EUCHARISTIQUE
    EN LA SOLENNITÉ DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST

    HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

    Plaza de Cibeles (Madrid)
    Dimanche 7 juin 2026

    Éminences et Excellences,

    chers prêtres, religieux, religieuses,
    Majestés,
    frères et sœurs,

    le cœur débordant de joie, en ce début de voyage en Espagne, je préside cette célébration en ce jour de la solennité du Corpus Christi.

    Nous sommes réunis autour de l’Eucharistie, don de la présence vivante du Christ parmi nous. C’est lui qui a voulu nous offrir sa vie pour nous faire entrer dans la communion du Père et faire de nous ses enfants. Il est ici, comme le Pain vivant descendu du ciel, qui nous nourrit de la vie même de Dieu, d’un amour plus fort que la mort.

    Ce mémorial du Seigneur présent dans le Pain eucharistique est au cœur de votre foi et de l’histoire de votre peuple. Ici à Madrid, mais aussi dans tant d’autres lieux d’Espagne, le Corpus Christi n’est pas une fête de plus dans le calendrier liturgique, mais un retour aux racines de la foi pour renouveler l’amour et la fidélité à Dieu. Les processions solennelles de ce jour ont façonné pendant des siècles la piété, l’art, la musique, l’architecture et la vie du peuple espagnol. Encore aujourd’hui, elles expriment et manifestent le sentiment spirituel de ce pays à travers la beauté et l’élégance des tapis de fleurs, des autels dans les rues, du soin apporté aux ostensoirs et à leur exposition, ainsi que des chants et des ornements. Il ne s’agit pas d'une manifestation extérieure, d’une survivance folklorique ou d’une simple parure esthétique : il s'agit ici de la foi en la présence du Seigneur ressuscité, qui est vivant et continue de passer au milieu de nous, qui se fait pain pour notre faim de vie et visite les recoins de notre cœur et de notre histoire, même les plus sombres.

    Ainsi, si le Christ se donne en nourriture lors de la célébration eucharistique, la procession dit qu’Il ne reste pas enfermé dans le temple, mais qu’Il sort à notre rencontre. Jésus marche dans les rues, traverse les places, visite nos quartiers, habite les lieux de notre vie quotidienne. Il est le Dieu proche qui marche avec son peuple, le Seigneur de l’histoire, la consolation des faibles, la lumière pour les familles, l’espérance pour les malades, la paix pour ceux qui souffrent. Le Christ qui passe dans les rues dans l’ostensoir est le même qui s’identifie aux pauvres, aux opprimés, à ceux qui sont seuls et sans défense. Ce n’est pas un hasard si ici, en Espagne, l’Église a uni pendant des années la solennité du Corpus Christi à la Journée de la Charité.

    Il ne s’agit pas seulement de sortir l’ostensoir, mais de sortir nous-mêmes de l’égoïsme, de l’indifférence, d’une foi confortable et privée, pour répondre à son invitation à la conversion, changer notre regard, accueillir sa présence qui nous transforme et fait de nous des bâtisseurs d’un monde nouveau.

    C’est pourquoi la mémoire historique des processions du Corps et du Sang du Christ ne se laisse pas emprisonner dans la nostalgie ; elle devient, au contraire, une invitation aujourd’hui, pour notre vie personnelle, pour nos relations, pour la société, pour la construction de l’avenir. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’invitation à “se souvenir” que nous avons entendue dans la première lecture : « Souviens-toi de tout le chemin que le Seigneur, ton Dieu, t’a fait parcourir ces quarante années dans le désert » ; souviens-toi de comment, quand tu avais faim, il t’a nourri de la manne. Il s’agit de “se souvenir” précisément pour ne pas oublier qui est le Seigneur et pour ne pas succomber à la tentation de se fier à d’autres idoles et de se nourrir d’un pain qui ne rassasie pas.

    Voici donc une exhortation pour l’Espagne d’aujourd’hui et de demain : que la religiosité qui anime ce pays depuis des siècles ne soit pas un musée du passé, mais une école de foi où on peut encore s’abreuver. Une école qui nous enseigne à nous agenouiller devant Dieu et devant notre prochain, car personne ne peut s’agenouiller devant le Seigneur et mépriser son prochain ; une école qui nous enseigne la gratuité de l’amour qui se fait don, afin qu’il circule parmi nous et brise les chaînes de tout égoïsme ; une école où nous apprenons que Dieu est une présence réelle et que nous sommes nous aussi appelés à être présents dans les situations et les défis de la société, à ne pas fuir et à nous engager personnellement dans la construction du bien commun.

    Frères et sœurs, je souhaite rappeler ici saint Manuel González, l’évêque des tabernacles abandonnés. Sa vie nous rappelle que l’Eucharistie ne doit pas être honorée uniquement lors des grandes célébrations ou de manière occasionnelle, mais aussi dans la fidélité silencieuse de celui qui accompagne le Seigneur par une amitié humble et discrète qui se nourrit jour après jour. Je voudrais également rappeler les vers poétiques de saint Jean de la Croix : « Je connais bien moi la source qui jaillit et coule, bien que de nuit » (Chant de l’âme qui se réjouit de connaître Dieu par la foi). Dans la prison conventuelle de Tolède, où il était incarcéré dans des conditions extrêmement dures, précisément aux alentours de la fête du Corps et du Sang du Christ en 1578, il reconnaît, depuis la nuit de cette prison, la présence cachée du Seigneur d'où jaillit une lumière qui ne connaît pas de crépuscule et d’où coule une vie qui ne s’épuise pas. Jésus Eucharistie est « cette source éternelle qui est cachée », source qui coule et étanche la soif sans éblouir, sans s'imposer par une puissance extérieure, sans se présenter de manière spectaculaire (cf. ibid.).

    Revenons à Lui par un amour sincère. Ouvrons-nous à la rencontre avec Lui, laissons-Le désaltérer les aridités de notre cœur, pour ensuite sortir sur les chemins de la vie et de l’histoire et porter parmi les gens ce courant d’eau fraîche, ce courant d’amour, de paix, de justice et de joie. Buvons à nouveau à cette source eucharistique, qui ne nous enferme pas dans une dévotion privée, mais nous envoie arroser nos frères, les familles, les pauvres, ceux qui souffrent, ceux qui ont perdu espoir. La grâce eucharistique nous transforme, et fait aussi de nous des acteurs de la transformation de l’histoire et un signe d’espérance pour ceux que nous rencontrons.

    Que le Seigneur Jésus présent dans l’Eucharistie fasse de vous le pain rompu, donné et offert, afin qu’une vie pleine jaillisse pour vous, pour vos familles et pour votre pays.

  • Espagne : Des foules considérables se rassemblent autour du pape qui dit non à une « foi confortable et privée »

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    De Nico Spuntoni sur la NBQ :

    Espagne : Des foules se rassemblent autour du pape qui dit non à une « foi privée »

    Un million deux cent mille fidèles ont assisté à la messe et à la procession de la Fête-Dieu présidées par Léon XIV. Cette procession n'était pas une simple « survivance folklorique », mais l'expression de la « foi en la présence du Seigneur ressuscité ». L'homélie contenait un appel implicite contre l'euthanasie.

    8/6/2026

    Photo Vatican Media-LaPresse

    Les organisateurs s'attendaient à près d'un million de participants. Finalement, la place de Cibeles et les rues avoisinantes furent envahies par 1,2 million de fidèles venus assister à la messe et à la procession de la Fête-Dieu, conduite par Léon XIV. La foule était impressionnante, comme le pape a pu le constater de ses propres yeux lors de son passage en papamobile au cœur de la ville.

    Dans son homéliele pape a rappelé comment « les processions solennelles de ce jour ont façonné la piété, l'art, la musique, l'architecture et la vie du peuple espagnol pendant des siècles, et qu'aujourd'hui encore, elles expriment et manifestent le sentiment spirituel de ce pays, à travers la beauté et l'élégance des tapis de fleurs, des autels de rue, le soin apporté aux ostensoirs et aux objets liturgiques, aux chants et aux vêtements liturgiques. » Léon XIV a déclaré que la procession de la Fête-Dieu n'est ni « une manifestation extérieure », ni « une survivance folklorique ou un simple ornement esthétique ». « Il s'agit », a-t-il précisé, « de la foi en la présence du Seigneur ressuscité, qui est vivant et qui passe encore parmi nous. » « Ici à Madrid, mais aussi dans de nombreux autres endroits d'Espagne, la Fête-Dieu n'est pas simplement une fête de plus dans le calendrier liturgique, mais un retour aux sources de la foi pour renouveler l'amour et la fidélité à Dieu. »

    Le pape a également exhorté les Espagnols à ne pas considérer la religiosité comme « un musée du passé à visiter, mais plutôt comme une école de foi où puiser encore aujourd'hui ». « Une école », a-t-il ajouté, « qui nous enseigne à nous agenouiller devant Dieu et devant notre prochain, car nul ne peut s'agenouiller devant le Seigneur et mépriser son frère. » Un autre passage significatif de son homélie était celui où il mettait en garde contre la tentation d'une « foi confortable et privée », soulignant que « le Christ qui parcourt les rues avec l'ostensoir est le même qui s'identifie aux pauvres, aux malades, aux solitaires et aux rejetés ». Ce rappel est important dans un pays où une loi visant à simplifier le recours à l'euthanasie sera bientôt débattue au Congrès.

    À la fin de la messe, comme il l'avait fait l'année précédente à Rome, de San Giovanni à Santa Maria Maggiore, Léon XIV a porté l'ostensoir contenant l'Eucharistie en procession à travers les rues de Madrid. La participation des Madrilènes fut impressionnante et prolongea la veillée de prière de la veille avec les jeunes sur la Plaza de Lima, au cours de laquelle le pape avait déclaré aux participants : « N'ayez pas peur de penser à la vocation du mariage et de fonder une famille », adressant ses meilleurs vœux aux jeunes couples sur le point de se marier.

    Hier après-midi, après une rencontre privée avec les Augustins, comme il l'avait fait en Afrique, Léon a décidé de se consacrer au monde de la culture. Aujourd'hui, troisième jour de son voyage qui durera jusqu'à vendredi, l'événement le plus attendu sera le discours du Pape devant les parlementaires espagnols. Ce sera la première fois qu'un pape s'adressera au Congrès espagnol.