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Société

  • Une "méga raclette" dans une église : le vicaire général de Liège en appelle à une "réévaluation" avant de reproduire l'évènement

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    D'Eric de Beukelaer, vicaire général du diocèse de Liège, sur le site de la Libre en "contribution externe" :

    Un repas-raclette dans une église a été critiqué : arrêtons-nous sur cette histoire

    Loin de la crèche de la Grand-Place, Verviers s'est offert un chaud débat suite au repas-raclette qu'une unité scoute organisa dans une vaste église.

    5-1-2026

    Une chronique d'Eric de Beukelaer, prêtre (*)

    Si Bruxelles souffrit la polémique de la crèche de la Grand-Place, Verviers s'offrit un chaud débat suite au repas-raclette qu'une unité scoute organisa dans une vaste église, avec l'accord des autorités pastorales et de la fabrique d'église. Alerté par des voix critiques, l'évêché a renvoyé la paroisse à ses responsabilités, en l'invitant à évaluer l'initiative après l'événement. Précisons que les scouts respectèrent le lieu, encadrant le repas par des chants de Noël. Comme le demande le diocèse, le Saint-Sacrement fut déplacé et le chœur de l'édifice ne fut pas occupé. Sur les réseaux sociaux, peu enclins à la nuance, les uns criaient au sacrilège et les autres ricanaient : où est le problème ? Plutôt que de s'emmurer dans une posture partisane, arrêtons-nous sur cette histoire pour réfléchir à ce qui est acceptable dans une église et pourquoi.

    Que dit le droit canonique ?

    Que dit le droit canonique ? "Ne sera admis dans un lieu sacré que ce qui sert ou favorise le culte, la piété ou la religion, et y sera défendu tout ce qui ne convient pas à la sainteté du lieu. Cependant l'Ordinaire peut permettre occasionnellement d'autres usages qui ne soient pourtant pas contraires à la sainteté du lieu" (Canon 1210). Le Directoire diocésain liégeois pour le temporel des cultes, précise quant à lui : "Ces activités doivent être conciliables avec la spécificité d'un espace chrétien de prière. Ce qui veut dire qu'il ne peut s'agir d'intérêts privés, d'activités commerciales ou de manifestations de partis politiques, mais bien d'objectifs sociaux qui ne sont pas en contradiction avec la foi chrétienne ou l'Église. L'usage multifonctionnel doit rester limité dans le temps" (Objectif 2020, § 22 1C).

    En parallèle avec le droit interne à l'Église, il y a le statut juridique des bâtiments du culte en vigueur en Belgique. Aux Pays-Bas, les églises sont des biens privés. Les autorités religieuses décident souverainement de leur usage, mais quand elles ne peuvent plus les entretenir financièrement, les diocèses les vendent et leur réaffectation est rarement heureuse. En Belgique, suite au concordat de 1801, 95 % des lieux de culte appartiennent au domaine public, car les églises sont des propriétés communales ou fabriciennes (la fabrique d'église est aussi un établissement public). Ce régime implique que toute la collectivité est responsable de leur entretien, qui est subsidié par les budgets communaux, et même régionaux pour les édifices classés. Ceci invite, dès lors, à ouvrir ces lieux à tous et à les animer, quitte à parfois y accueillir des activités "hors culte".

    Acceptable ou pas ?

    Quelles activités profanes sont acceptables dans une église ? Les animations culturelles ne font pas polémiques : concerts de Laurent Voulzy et Natascha St-Pier, spectacles son et lumière de Luc Petit dans plusieurs vastes églises du pays, ou de Luminiscence à la cathédrale de Bruxelles et expositions de peinture, de sculpture, ou d'artisanat. Organiser un repas dans une église n'est pas non plus tabou. Les orthodoxes, si sensibles au respect du sacré, connaissent d'ailleurs des églises-réfectoires. À Rome, Sainte-Marie au Trastevere est transformée depuis 1982 à Noël en réfectoire pour nourrir les pauvres, sans que les papes successifs ne s'en offusquent. Cette initiative de la communauté Sant Egidio est depuis reprise à Bruxelles, Anvers et Liège, et personne n'y trouve à redire. Si organiser un repas dans une église pour les démunis est accepté, le faire pour alimenter les finances de scouts crée le débat. Nourrir les pauvres n'est pas la même chose que de transformer une église en taverne d'un soir, pour renflouer la caisse des mouvements de jeunesses. Le sens qui anime chaque activité profane dans un lieu sacré dessine une frontière subtile mais réelle, entre un événement accepté de tous et celui qui génère un diffus malaise. Si la raclette verviétoise devait se reproduire, cet aspect serait à réévaluer.

    → Blog : http://www.ericdebeukelaer.be/

    Comme il fallait s'y attendre, l'évêque de Liège n'a pas répondu à notre lettre ouverte dans laquelle nous demandions que l'on revienne sur cet évènement choquant pour l'évaluer avec justesse avant d'autoriser qu'il se reproduise. On peut considérer que les réticences exprimées par le Vicaire général du diocèse vont timidement dans la bonne direction sans toutefois nous satisfaire vraiment.

  • Hérode et l'ère du système de gestion morale

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    Du Père Jerry J. Pokorsky sur le CWR :

    Hérode et l'ère du système de gestion morale

    Hérode n'est peut-être pas le monstre que nous imaginons, non pas parce que son crime était mineur, mais parce que nous avons perfectionné quelque chose de bien pire : tuer méthodiquement, sans passion, sans haine, sans honte et sans humanité.

    5 janvier 2026

    Chaque personne, du roi au roturier, vit selon un code moral. La théologie morale catholique est fondée sur les dix commandements et les principes de la loi naturelle.

    La loi de la jungle, en revanche, repose sur le pouvoir et les émotions. Cependant, l'époque moderne a vu l'émergence d'un système de gestion morale, qui recadre les questions morales en tant que problèmes techniques à résoudre à l'aide de tableurs, de projections et de modèles informatiques.

    L'Église catholique regroupe ses préceptes moraux (loi naturelle, loi positive de Dieu et discipline ecclésiastique) autour des Dix Commandements. La théologie morale catholique est raisonnable et régit les actes humains. La violation délibérée d'un précepte moral, en toute liberté et avec le plein consentement, rend une personne coupable. Bien que la plupart des péchés soient véniels et affaiblissent l'âme, certains péchés sont mortels et la privent de la grâce sanctifiante. Dieu accorde sa grâce et les sacrements pour restaurer cette grâce et nous ramener sur le chemin du salut.

    La loi de la jungle, en revanche, fait appel à l'intérêt personnel, au vice, aux émotions fortes et au pouvoir personnel ou tribal pour obtenir des biens de première nécessité, réels ou supposés. La littérature et le cinéma dépeignent ce code moral de manière vivante, y compris ses expressions modernes dans le crime organisé. L'Ancien Testament en offre également plusieurs exemples.

    Lorsque les objectifs sont atteints et que les émotions s'apaisent, la violence s'estompe souvent. Le roi Hérode vient à l'esprit.

    Hérode le Grand (vers 73-4 av. J.-C.) a régné sur la Judée de 37 av. J.-C. jusqu'à peu après la naissance de Jésus. Dirigeant brillant et impitoyable, il a agrandi le Second Temple et construit Massada et Césarée. Son règne a également été marqué par des impôts écrasants, la répression, la paranoïa et l'exécution de ses rivaux, y compris sa propre femme et ses fils.

    Césarée de Sébaste figurait parmi ses plus grandes réalisations. Construite là où il n'existait aucun port naturel, les ingénieurs d'Hérode ont coulé d'énormes brise-lames en béton dans la mer, transformant une côte exposée en un centre commercial méditerranéen. Ce fut un exploit étonnant, preuve que le génie technique et l'aveuglement moral coexistent souvent.

    Selon l'Évangile de Matthieu, Hérode, alors âgé, apprit par les mages qu'un enfant appelé « roi des Juifs » était né. Lorsque les mages ne revinrent pas, Hérode ordonna le massacre de tous les enfants mâles âgés de deux ans et moins à Bethléem et dans ses environs afin d'éliminer ce qu'il considérait comme un rival. Josèphe décrivit plus tard les dernières années d'Hérode comme marquées par la folie, la terreur et une maladie effroyable qui le consumait de l'intérieur.

    À certains égards, Hérode fait office de pont entre la loi de la jungle et un système moral résolument moderne.

    En mars 1970, la revue catholique Triumph publiait un article intitulé « Les Hérodiens ». Les rédacteurs y identifiaient une nouvelle morale qui ne fait ni référence aux Dix Commandements ni appel à la passion brute. Il s'agit de la morale des technocrates.

    Les rédacteurs avertissaient déjà à l'époque que les « partisans de l'avortement perdaient patience ». Pendant des années, la campagne pour la légalisation de l'avortement s'était insinuée dans les législatures des États, mais les progrès étaient « extrêmement lents » et dangereusement vulnérables à la résistance locale, en particulier celle des « anti-Hérodiens » catholiques et de leurs évêques.

    Triumph citait Roger O. Egeberg, directeur de la santé du président Nixon, dans une interview accordée en février 1970.

    Remarquez le ton. Pas de rage. Pas de panique. Pas de soif de sang. Juste de la gestion, traitant les êtres humains comme des populations à réguler en réponse à des pressions extérieures :

    De plus en plus, oui. J'ai toujours été plutôt conservateur sur la question [de l'avortement]. Mais je pense de plus en plus que nous devons considérer l'avortement comme un recours parmi d'autres méthodes de contraception qui ne sont pas parfaites. ... Je pense vraiment que faire face à une population en croissance constante est la chose la plus horrible à laquelle nous pouvons être confrontés. »

    L'avortement n'était pas présenté comme une horreur, mais comme un outil, un correctif pour des systèmes jugés inefficaces. C'était un problème bureaucratique à résoudre.

    Depuis lors, et en particulier après l'arrêt Roe v. Wade, l'avortement, utilisé comme instrument de gestion, a coûté la vie à plus de 70 millions d'Américains. La redoutable bombe démographique n'a jamais explosé. Au contraire, les nations sont désormais confrontées à un autre problème : l'effondrement des taux de natalité, des écoles vides et des populations vieillissantes qui se demandent qui paiera les factures.

    Triumph se termine par une phrase qui dérange encore aujourd'hui :

    Le crime d'Hérode avait quelque chose d'humain : une passion, une rage, une défense effrénée de son trône. Il n'avait rien contre les bébés, en réalité.

    Il ne s'agit pas de réhabiliter Hérode, mais d'établir un contraste. Hérode a tué par peur. Nous tuons à l'aide de tableurs. Hérode était enragé. Nous rassurons avec des statistiques et des prévisions. Son crime était soudain, personnel et choquant. Le nôtre est procédural, aseptisé et poliment défendu comme un progrès : tuer à distance, à l'aide de la technologie des jeux vidéo.

    Hérode n'est peut-être pas le monstre que nous imaginons, non pas parce que son crime était mineur, mais parce que nous avons perfectionné quelque chose de bien pire : tuer méthodiquement, sans passion, sans haine, sans honte et sans humanité. Paradoxalement, les passions de la haine et de la honte sont peut-être les freins mêmes qui empêchent les crimes contre l'humanité. Les émotions surchauffées finissent par s'épuiser. Les calculs froids, en revanche, sont codifiés, institutionnalisés et perpétués.

    Pourtant, personne ne peut échapper à l'ordre moral catholique, car nous sommes inévitablement l'œuvre de Dieu. Le même Dieu qui établit les lois de l'univers établit également les lois morales qui régissent le comportement humain. En Jésus-Christ, Dieu et l'homme sont réconciliés, et la loi de Dieu est révélée en paroles et en actes.

    Quiconque meurt dans la grâce sanctifiante gagne l'éternité, et aucun tribunal humain ne peut juger les réalités invisibles d'une âme. Même des tyrans comme Hérode, dont les actes nous horrifient à juste titre, ont peut-être réussi à entrer dans la Terre promise. Il ne s'agit pas ici de défendre les crimes d'Hérode, mais d'examiner le raisonnement moral par lequel nous excusons aujourd'hui les nôtres. Peut-être Hérode apprenait-il déjà à penser comme nous.

    Avez-vous vu des images satellites de la Terre la nuit, avec des villes illuminées au milieu d'une obscurité immense ? Supposons que Dieu nous ait donné des lentilles capables de détecter la grâce sanctifiante plutôt que l'électricité. Que révéleraient les grandes villes ? Qu'en serait-il des campagnes tranquilles, des recoins cachés de la jungle ? Et quelles vérités nous regarderaient en retour si nous tournions ces lentilles vers l'intérieur, vers le miroir de notre propre âme ?

  • Pourquoi y a-t-il plusieurs dates pour l’Épiphanie ?

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    Lu sur le site du journal « La Croix » (archive, adapté pour 2026) :

    dyn003_original_310_352_gif_2573108_bc4deea8c323272ab1e2e44.gifC’est le mardi 6 janvier que tombe la fête de l’Épiphanie. Dans les églises, elle est pourtant célébrée ce dimanche 4 janvier. Trois questions pour mieux pour comprendre.

    1/QUEL JOUR TOMBE L’ÉPIPHANIE?

    Pour l’Église catholique, « l’Épiphanie est célébrée le 6 janvier », ainsi que le soulignent les Normes universelles de l’année liturgique et du calendrier (§37) annexées au Missel romain. Ce principe connaît toutefois des exceptions, en particulier dans les pays où le 6 janvier n’est pas un jour chômé, permettant ainsi aux fidèles de se rendre à la messe. Dans ces pays, l’Épiphanie est alors fixée « au dimanche inclus dans la période du 2 au 8 janvier ».

    C’est le cas en France qui connaît d’ailleurs cette exception depuis 1802 : le Concordat n’ayant conservé que quatre fêtes chômées (Noël, Ascension, Assomption, Toussaint), les autres fêtes de précepte avaient été déplacées au « dimanche le plus proche » par un indult du cardinal Caprara, légat du pape Pie VII.

    2/ D’OÙ VIENT L’ÉPIPHANIE?

    La fête de l’Épiphanie naît dans l’Orient chrétien où elle se développe parallèlement à celle de Noël en Occident, où elle est rapprochée de la fête païenne de Sol Invictus (du « Soleil invaincu »). La date du 6 janvier correspond d’ailleurs à celle de Sol Invictus en Égypte et en Arabie, où le calendrier lunaire en usage accusait un décalage de 12 jours avec le calendrier solaire des Romains.

    En Occident, cette fête est alors christianisée, rassemblant en un même événement les premières manifestations publiques de Jésus (c’est l’étymologie d’Épiphanie, du grec phaïnô, « faire apparaître ») : l’adoration par les mages, le baptême au Jourdain et les Noces de Cana.

    L’Épiphanie arrive en Occident vers 350 (elle est déjà fêtée à Lutèce en 361). À Rome, sa célébration insiste déjà plus sur l’adoration des mages, la célébration du baptême étant renvoyée, dès le VIIIe siècle, au dimanche suivant.

    La distinction entre l’Épiphanie et le Baptême ne sera toutefois entérinée qu’en 1570 par le Concile de Trente et ce n’est qu’après Vatican II qu’une véritable fête du Baptême sera instituée, en général le dimanche suivant l’Épiphanie. Quant aux Noces de Cana, elles sont marquées dans la liturgie le 7 janvier et le deuxième dimanche de l’année C (ce sera ainsi le cas le 17 janvier prochain).

    En Orient, l’Épiphanie (ou Théophanie) connaît une évolution inverse avec l’importation, au IVe siècle, de la fête de Noël à laquelle va se rattacher l’adoration des mages : l’Épiphanie se recentre alors davantage sur le baptême. Aujourd’hui encore, c’est d’ailleurs par une bénédiction des eaux que la fête est le plus souvent marquée chez les orthodoxes.

    3/ POURQUOI LES ROIS ET LA GALETTE?

    C’est Tertullien (vers 200) qui, le premier, a donné le titre de rois aux mages venus visiter Jésus à Bethléem. Leur nombre de trois rappelle les trois continents d’où ils étaient censés provenir, et leurs cadeaux soulignent que le Christ est à la fois roi (or), dieu (encens) et homme mortel (myrrhe), comme le décrira saint Ambroise de Milan au IVe siècle. Quant à leurs noms, Gaspard, Melchior et Balthazar, ils apparaissent pour la première fois dans un manuscrit du VIe siècle.

    La galette trouverait son origine dans les Saturnales de la Rome antique, célébrées au moment du solstice d’hiver et qui se terminaient par la fête deSol Invictus. Lors de ces fêtes païennes, les Romains avaient l’habitude d’inverser les rôles (ainsi entre maîtres et esclaves) et utilisaient la fève d’un gâteau pour désigner le « Prince des Saturnales » qui voyait tous ses désirs exaucés le temps d’une journée. La coutume voulait que le plus jeune de la maisonnée se place sous la table et nomme le bénéficiaire de la part qui était désignée par la personne chargée du service.

    En Orient, lors de la fête de saint Basile, le 1er  janvier, la tradition est aussi de placer une pièce d’or dans le gâteau de Saint-Basile (Vassilopita).

    Nicolas Senèze »

    Ref. Pourquoi y a-t-il plusieurs dates pour l’Épiphanie ?

    Le calendrier liturgique traditionnel de l’Eglise latine fixe aussi la fête de l’Epiphanie au 6 janvier. Dans les pays où le jour de la fête n’est plus chômé (il l’est encore dans plusieurs Länder allemands, en Italie, en Espagne ou au Portugal), la célébration de la solennité de la fête peut être reportée aux messes du dimanche qui suit. Le samedi 11 janvier 2020, Liège fête les rois à l'église du Saint-Sacrement à 17h00...

    JPSC

  • Les racines morales des abus du clergé

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    D'InfoVaticana :

    Les racines morales des abus du clergé

    Un article récent du Daily Knight a relancé le débat en soulignant que la majorité des cas documentés d'abus sexuels commis par des membres du clergé ne concernent pas des enfants prépubères, mais plutôt des adolescents et de jeunes hommes. Ce fait, largement reconnu, y compris par des rapports officiels comme le rapport John Jay, soulève des questions légitimes souvent éludées dans le discours dominant de l'Église.

    Il ne s'agit pas ici de simplifier à l'extrême ni de réduire un phénomène complexe à une seule cause, mais il ne s'agit pas non plus d'ignorer les faits objectifs. La disproportion statistique des victimes masculines adolescentes révèle un schéma qui ne correspond pas à la définition classique de la pédophilie, mais plutôt à un comportement homosexuel déviant perpétré depuis une position d'autorité cléricale.

    Ce fait est pourtant rarement abordé clairement par les autorités ecclésiastiques. Au contraire, ces dernières décennies, un langage ambigu a été privilégié, accompagné de politiques pastorales qui mettent l’accent sur « l’inclusion » et « l’accueil », sans distinction morale nette entre la dignité de la personne et la gravité objective de certains comportements.

    Le débat se complexifie encore davantage lorsqu'on considère le contexte historique. Avant le concile Vatican II, des cas d'homosexualité existaient dans les séminaires et au sein du clergé, mais ils étaient jugés incompatibles avec le ministère sacerdotal et généralement sévèrement punis. Après le concile, dans un climat d'ouverture sur le monde et de relâchement généralisé de la discipline, de nombreux contrôles se sont affaiblis, et avec eux, la rigueur morale de la formation sacerdotale.

    À cela s’ajoute un phénomène désormais indéniable : la présence croissante de membres du clergé et de prélats qui promeuvent activement une réinterprétation positive de l’homosexualité au sein de l’Église, en contradiction flagrante avec le catéchisme et la doctrine morale établie. Cette normalisation, présentée comme un geste pastoral, a engendré la confusion parmi les fidèles et affaibli les critères de discernement vocationnel.

    Il ne s'agit pas, comme on le caricature souvent, de persécuter des individus ou d'attiser la haine, mais plutôt de reconnaître que l'Église a le devoir de protéger les plus vulnérables et d'exiger de ses ministres une vie intègre et une conduite morale conforme à leur état. Lorsque ce principe est sacrifié au politiquement correct ou à la crainte de l'opinion publique, les conséquences ne tardent pas à se manifester.

    Refuser d'examiner honnêtement le lien entre homosexualité et abus sexuels commis par des membres du clergé n'est pas un acte de miséricorde, mais d'irresponsabilité. La véritable charité commence par la vérité, même lorsqu'elle est dérangeante. Sans un examen approfondi des critères de sélection, de formation et de contrôle du clergé, il sera difficile de résoudre une crise qui continue de nuire gravement à la crédibilité morale de l'Église.

  • À propos du « Joyeux » dans les souhaits de Nouvel An

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    De Francis X. Maier sur The Catholic Thing :

    À propos du « Joyeux » dans les souhaits de Nouvel An

    Pascal Bruckner, philosophe politique, est une figure classique de l'intellectuel français. Élevé dans la foi catholique et formé dans des écoles jésuites, sa pensée d'adulte est résolument laïque. Il possède néanmoins une intelligence vive, une plume acérée et un scepticisme mordant. Et, à son crédit, il n'hésite pas à l'appliquer avec vigueur à une multitude d'idées reçues – y compris cette modernité dénuée de toute notion de Dieu dont il est lui-même un produit.

    L'une des principales cibles de Bruckner est le culte du bonheur factice qui, selon lui, domine notre époque. D'une part, il soutient que la foi religieuse infantilise ses adeptes. « Il est typique du christianisme », écrit-il, « d'avoir dramatisé à l'excès notre existence en la soumettant à l'alternative entre l'enfer et le paradis… Réussite ou échec : le paradis est structuré comme une école. »

    Les péchés insignifiants de notre minuscule monde – demande Bruckner avec dérision – peuvent-ils mériter un tourment infiniment disproportionné dans l’autre ? Pourtant, il constate simultanément que le rejet de Dieu par l’homme n’a pas engendré la liberté, mais un univers vulgaire de publicité. En réalité, ce qui a été libéré par la prétendue émancipation psychique et sexuelle de l’humanité, « c’est moins notre libido que notre appétit pour la consommation illimitée ».

    Pour Bruckner, nous ne sommes guère plus que les « galériens du plaisir ». Chaque nouvelle distraction, chaque gadget, chaque merveille technologique enfonce davantage notre hédonisme dans sa propre punition épuisante.

    Les cultures passées acceptaient la souffrance comme un élément normal, souvent porteur de sens, de la vie. Le bonheur était perçu comme fragile et éphémère. La joie véritable était exceptionnelle. Pour Bruckner, notre époque, surtout en Occident, a bouleversé cette conception. On attend de nous – en réalité, le marketing omniprésent nous l’ordonne – que nous soyons satisfaits du déluge d’options qui nous est proposé.

    Quand nous ne le sommes pas, nous sommes des ratés, voire pire, des déviants. Les « journées Honda heureuses » deviennent un sacrement de la période des fêtes. Par conséquent, malgré une multitude de preuves du contraire dans le monde réel, nous nous obstinons à afficher un optimisme forcé ; nous sommes « les premières sociétés au monde à rendre les gens malheureux, et non à les rendre heureux ».

    Au final, la modernité a « suscité des espoirs si élevés chez l’homme qu’elle ne peut que le décevoir ». Et cela constitue une amère revanche pour les religions : « Elles sont peut-être en mauvaise posture, mais ce qui leur a succédé ne se porte pas mieux. »

    C'est vrai. Bruckner est un homme de caractère. On ne le prendrait pas pour un enfant de chœur. Son absence de foi religieuse ressemble étrangement à une forme d'aveuglement volontaire. Et malgré (ou peut-être à cause de) son éducation jésuite, sa compréhension du christianisme semble à peine adolescente.

    Mais en ce dernier jour de l'année écoulée, à l'aube de la nouvelle, les réflexions de Bruckner méritent d'être prises en compte. Ce soir, partout dans le monde, on se souhaitera une bonne année. Pourtant, chez les Maier, les lumières seront éteintes dès 22 heures. L'idée de célébrer la chute d'une boule électrique géante à minuit à Manhattan pour accueillir un nouveau mois de janvier, synonyme de gueule de bois, n'a rien d'enchantant.

    Que peut donc bien signifier le « bonheur » à une époque de bruit et d’excitation artificielle, une époque, ce n’est pas un hasard, marquée par l’anxiété et les conflits ? Et qu’en est-il de la joie ? Nous sommes encore en période de Noël, qui célèbre précisément le thème de la « joie au monde ».

    Pour C.S. Lewis comme pour J.R.R. Tolkien, bonheur et joie sont liés, mais restent fondamentalement différents. Cela transparaît clairement dans leurs œuvres de fiction et autres écrits. Chez Tolkien, le bonheur est toujours, d'une certaine manière, désintéressé. Il découle du fait d'agir avec droiture, même au prix de grands sacrifices. Il est indissociable du sacrifice, de l'amitié, du service fidèle, de l'accomplissement de sa vocation et de la jouissance des plaisirs simples de la nature. Lewis, quant à lui, concevait le bonheur comme une satisfaction terrestre, fruit du succès, de la camaraderie, des plaisirs innocents et du confort essentiel.

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  • Soutenons la NEF

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    2025, une année où La Nef a continué à soigner ses articles et à nourrir le débat de fond. Florilège ci-dessous. 

    Nous avons besoin de votre soutien pour prolonger ce travail en 2026 !

    Chers amis,

    Vous trouverez ci-dessous quelques articles de cette année écoulée. 

    Chaque mois, La Nef prend part au débat, et s’efforce de remplir ses pages de beaux articles, en tenant une ligne d’exigence intellectuelle pour appréhender au mieux les réalités naturelles et surnaturelles, en restant fidèle au Magistère de l’Église et en cultivant l'amour des choses de l’esprit. 

    Nous sommes convaincus que tout ce travail est capital, qu’il participe fortement à former les catholiques et à faire entendre une voix catholique au-delà des frontières de l'Église.

    C’est pourquoi il est si important que La Nef continue d’exister et d'exercer sa mission ! Or, pour cela, elle a grandement besoin de votre soutien : aidez-nous, participez à notre campagne de dons !

    Nous vous en sommes d’avance très reconnaissants, et vous remercions.

    Christophe et Élisabeth Geffroy 

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  • L'Église : une ONG spirituelle au service de l'État libéral ?

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    De sur le CWR :

    Le visage souriant de l'effacement 

    Dès l'instant où une Église admet que le bien suprême est « l'inclusion » plutôt que la « sainteté », ou « l'autonomie » plutôt que « l'obéissance », elle cesse d'être une Église et devient une ONG spirituelle au service de l'État libéral.

    J'ai récemment été interviewé sur CTV, la chaîne de télévision nationale canadienne, au sujet des débuts du pontificat de Léon XIV. L'intervieweur m'a posé une question qui m'a été posée dans d'innombrables interviews concernant le pontificat de Léon XIV ou de François : « Parviendra-t-il enfin à moderniser l'Église ? »

    Lorsque les recruteurs posent cette question, ils ne cherchent pas à savoir si l'Église utilisera les derniers smartphones, l'intelligence artificielle ou TikTok pour l'évangélisation. Ils n'entendent pas par là une modernisation technologique, ni une modernisation organisationnelle, ni l'adoption des dernières idées en matière de leadership ou d'efficacité managériale.

    Non, ce qu'ils veulent dire, et ce qu'ils ont toujours voulu dire lorsqu'ils ont évoqué la modernisation depuis plus de 150 ans, c'est simplement ceci : « L'Église va-t-elle commencer à nous ressembler davantage, à adopter nos valeurs et nos principes ? »

    Le mot « nous » est ici essentiel. Car ceux qui posent cette question – qu’il s’agisse de représentants de la presse, d’universitaires ou de journalistes – sont attachés à des valeurs et des principes fondamentaux qu’ils partagent. Ce sont, selon eux, les valeurs fondamentales de l’Occident moderne. L’inclusion est une bonne chose ; l’exclusion, une mauvaise. Le passé est suspect car il a exclu des groupes, et ces groupes, qu’il s’agisse de femmes ou de personnes homosexuelles, doivent désormais être inclus. La tradition, dès lors, est suspecte car elle n’est qu’un vestige poussiéreux de cette époque répressive. La démocratie, comme le savent tous les gens sensés, est une bonne chose ; et le fait que tous les catholiques de nom ne votent pas pour leurs dirigeants est antidémocratique, et donc mauvais.

    Je pourrais m'étendre sur le sujet, mais nous connaissons tous ces valeurs. Elles sont omniprésentes dans les cours universitaires, les films de série Z, les séries télévisées, la publicité et les articles de presse. Ce sont les valeurs du libéralisme, pour être précis, ou tout simplement de « bonnes valeurs » si l'on est tellement imprégné de culture occidentale qu'on ignore leur caractère simpliste et discutable. Elles ne sont pas présentées comme une option parmi d'autres, mais comme le aboutissement neutre et inévitable de l'histoire.

    Ainsi, la question de la « modernisation » de l’Église, au XIXe siècle comme aujourd’hui, est une question d’absorption de l’Église par la « modernité » ou le libéralisme. Lorsque le pape Pie IX fut pressé de se réconcilier avec le « progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » dans les années 1860, on lui demandait précisément de faire ce que les experts exigent du pape aujourd’hui. Cette exigence est constante car le projet de modernité est totalisant.

    L'histoire de l'Occident moderne est celle d'institutions et de groupes qui, les uns après les autres, fusionnent avec cette idéologie. Des monarchies aux gouvernements, des nations aux instances sportives, des universités aux médias, des entreprises à l'ensemble de la population, la modernité est un processus d'effacement des différences et des spécificités au nom du « progrès ». C'est un processus inexorable où tous sont convertis à ces principes. Les médias et les universités font office d'évangélistes et de prêtres ; ils sont les missionnaires de première ligne.

    Surtout, ils ne se considèrent pas comme des colonisateurs ; ils croient simplement œuvrer pour le progrès, la justice ou le bien commun. Ce sont des religieux fervents, dénués de tout doute. Ils cherchent à effacer l'identité d'autrui au nom de la justice, du progrès, et même pour le bien de ceux qu'ils tentent de convertir. Il ne s'agit pas de l'impérialisme violent des canonnières, mais de l'impérialisme insidieux des services des ressources humaines, des comités d'attribution des subventions et des normes de radiodiffusion. Il conquiert non pas en détruisant le corps, mais en réécrivant l'âme.

    Quand on m’interroge sur la modernisation de l’Église, on me demande en réalité si elle est prête à être colonisée. Est-elle prête à accepter la réalité et à se soumettre à l’idéologie dominante, ou à persévérer dans le combat, telle une soldate japonaise fanatique sur une île du Pacifique, ignorant que la guerre est terminée depuis longtemps ?

    Bien que ce discours de colonisation et de combat puisse paraître rhétorique, il est important de comprendre que les groupes qui se « modernisent » ne sont pas de simples groupes qui se relookent. Ils ne se contentent pas d'adopter l'apparence d'appartenir à la même « marque » que le libéralisme moderne tout en conservant leur nature et leur identité. Certes, les instances sportives continuent de se consacrer au sport tout en se faisant les porte-parole de l'idéologie dominante, arborant des drapeaux arc-en-ciel et portant des lacets multicolores. Apple peut toujours vendre des iPhones et Disney peut toujours produire des films tout en diffusant des idées à travers ses fonds d'écran ou ses contenus.

    Lorsqu'elles se modernisent, elles peuvent conserver en grande partie leur mission principale. De même que les pays colonisés pouvaient garder la quasi-totalité de leurs revenus, ne versant qu'une faible part d'impôts à l'Empire, ils pouvaient mener leurs propres conflits la plupart du temps et n'avaient besoin d'envoyer leurs soldats en renfort au pays colonisateur que ponctuellement. La colonisation n'entraîne pas toujours la disparition complète d'une fonction ; souvent, elle se traduit simplement par un réalignement des allégeances.

    Mais l'Église se concentre sur la pensée et l'action, la foi et les œuvres. Elle s'attache à définir comment vivre, ce qu'il faut croire et les biens et vérités auxquels nous devons nous rattacher pour nous conformer à ce bien et à cette vérité. Que ce soit dans les médias, les entreprises ou le monde universitaire, l'idéologie moderne qui les unit porte également sur ce qu'il faut croire (concernant l'inclusion et l'exclusion), sur les biens et vérités auxquels adhérer (concernant la liberté et l'émancipation) et sur la manière de vivre (jusqu'aux conceptions de la sexualité).

    Par conséquent, pour l'Église, la colonisation par l'idéologie de l'Occident moderne ne serait pas partielle, mais totale. L'Église ne vend pas un produit que l'on pourrait emballer dans un drapeau arc-en-ciel ; l'Église  est un mode de vie qui exige une allégeance absolue. Si un comptable musulman peut se convertir au christianisme et continuer d'exercer sa profession, un imam musulman ne peut se convertir tout en restant imam. Microsoft peut continuer à vendre des logiciels, tant que les utilisateurs peuvent choisir des thèmes de couleurs « pride » dans Outlook, tout en adhérant à la vérité de l'Occident moderne. Mais les Églises, elles, ne le peuvent pas.

    Dès l'instant où une Église admet que le bien suprême est « l'inclusion » plutôt que la « sainteté », ou « l'autonomie » plutôt que « l'obéissance », elle cesse d'être une Église et devient une ONG spirituelle au service de l'État libéral.

    Les Églises qui s'y essaient deviennent rapidement l'avant-garde évangélique des valeurs libérales modernes. Elles cessent d'annoncer l'Évangile et se transforment en prédicateurs de ces mêmes valeurs. On le constate chez les principales dénominations protestantes qui ont embrassé tous les préceptes de la révolution sexuelle ; leurs bancs sont vides, mais leurs communiqués de presse sont d'une orthodoxie irréprochable, selon les critères du New York Times . Elles prêchent avec ferveur religieuse les valeurs qui nous définissent, nous autres Occidentaux laïcs modernes.

    Il y a ici une psychologie particulière à l'œuvre. Si Paul n'avait été qu'un fabricant de tentes, il aurait pu se convertir du judaïsme au christianisme et continuer à fabriquer des tentes. Mais Paul, le prédicateur zélé, était un prédicateur zélé du christianisme. Les Églises qui se « modernisent » deviennent des évangélistes zélés du libéralisme. Souvent, le converti est plus fanatique que celui qui est né dans la foi. Le chrétien « modernisé » est souvent plus désireux de prouver sa loyauté au nouveau régime que le laïc qui la considère comme allant de soi. Ils deviennent les inquisiteurs du nouvel ordre, traquant les éléments « rétrogrades » de leur propre tradition pour les offrir en sacrifice aux nouveaux dieux du progrès.

    Nous avons déjà vu ce processus. Le paganisme qui a jadis prospéré dans le monde antique s'est modernisé sous l'effet du christianisme. Des chercheurs attentifs peuvent encore en déceler des vestiges dans certaines pratiques chrétiennes actuelles, mais il n'en reste plus grand-chose. Il en va de même avec l'essor de l'islam. Les chrétiens d'Afrique du Nord et de la Méditerranée orientale se sont modernisés sur plusieurs siècles, adoptant souvent une synthèse entre leur foi chrétienne et la nouvelle foi qui commençait à être appelée islam. En quelques siècles, ils ont complètement disparu. Certains esprits extrémistes, comme Jean Damascène, théologien et moine de la fin du VIIe et du début du VIIIe siècle, les qualifiaient encore d'hérétiques chrétiens, mais les vestiges de leur christianisme étaient de plus en plus difficiles à déceler sous la nouvelle idéologie qu'ils avaient adoptée. Ils pensaient s'adapter pour survivre ; en réalité, ils s'adaptaient pour disparaître.

    L'intervieweur qui m'a posé cette question, comme ceux qui m'avaient posé des questions similaires auparavant, était un homme sympathique. Il est peut-être même chrétien, ou plus probablement, ses parents ou grands-parents l'étaient. Et je comprends pourquoi il a posé cette question. Il représente une idéologie mondiale dominante et souhaite que l'Église catholique s'y rallie et devienne partie intégrante de son mouvement ; qu'elle cesse d'être cette institution à part depuis 2 000 ans et qu'elle se fonde, au contraire, dans le monde glorieux où il vit.

    Il ne pose pas cette question par malice. Il la pose par perplexité face à notre choix de rester à l'écart du consensus. Mais ce n'est qu'en comprenant, nous autres catholiques, que cette question relève de la colonisation, de l'anéantissement par une idéologie dominante, que nous pourrons saisir pleinement les enjeux. C'est le sourire de l'effacement, porteur de l'espoir de notre disparition.

    David Deane est professeur agrégé de théologie à l'Atlantic School of Theology. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont *Nietzsche and Theology* et *The Tyranny of the Banal: On the Renewal of Catholic Moral Theology* . On peut le retrouver en ligne sur le site Good Theology .

  • "Il existe un « vide immense » dans le cœur de l'Europe, causé par des siècles de sécularisme"

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    De George Weigel sur le NCR :

    Laïcité, sécurité et « effacement civilisationnel »

    COMMENTAIRE : Tant qu'une masse critique d'Européens ne s'attaquera pas à son malaise culturel, le continent continuera de se débattre à la recherche d'un avenir viable.

    Il y a vingt ans, j'ai publié un petit livre, Le Cube et la Cathédrale : Europe, Amérique et politique sans Dieu. Il a connu un succès honorable, a été traduit en français, espagnol, polonais, italien, portugais et hongrois, et a figuré sur la liste des meilleures ventes de la revue Foreign Affairs .  

    J’y soutenais que l’Europe traversait une crise de « moralité civilisationnelle », manifeste par des bureaucraties gouvernementales sclérosées, un refus de contribuer comme il se doit à la défense de l’Occident, diverses formes de ce que nous appelons aujourd’hui le wokisme, et un effondrement des taux de natalité : un refus délibéré de créer l’avenir de l’humanité au sens le plus élémentaire, en créant des générations futures.  

    Je n'étais pas le seul à constater ces problèmes à l'époque.  

    Dans son exhortation apostolique de 2003, Ecclesia in Europa (L'Église en Europe), le pape Jean-Paul II a soulevé des préoccupations similaires, parmi lesquelles il a noté en Europe « … [Une] peur de l'avenir… [Un] vide intérieur qui s'empare de nombreuses personnes… Une fragmentation existentielle généralisée [dans laquelle] un sentiment de solitude est répandu… Un affaiblissement du concept même de famille… Un égoïsme qui replie les groupes et les individus sur eux-mêmes… Un manque croissant de considération pour l'éthique et une préoccupation obsessionnelle pour les intérêts et les privilèges personnels [conduisant à] la diminution du nombre de naissances. »  

    Ni les propos du Pape ni les miens n'étaient empreints de colère, et encore moins de mépris. Il était Européen ; je croyais alors, comme aujourd'hui, que l'Amérique est une Europe transplantée. Nous avons tous deux écrit par affection et par souci du bien-être des autres. 

    C’est peut-être là la différence cruciale entre ce que j’ai écrit dans Le Cube et la Cathédrale, ce que Jean-Paul II a écrit dans Ecclesia in Europa, et l’affirmation, dans la Stratégie de sécurité nationale (NSS) récemment publiée par les États-Unis, selon laquelle l’Europe est confrontée à la perspective d’une « effacement civilisationnel ».  

    Certes, la situation démographique en Europe s'est encore compliquée depuis que le pape et moi avons écrit, avec l'arrivée massive d'immigrants venus d'une autre sphère civilisationnelle – dont beaucoup méprisent l'Occident tout en cherchant refuge loin de leurs propres États en faillite – qui comblent le vide laissé par l'infertilité de masse dont l'Europe est elle-même victime. Aussi sévère que soit le discours, l'affirmation de la NSS selon laquelle « si les tendances actuelles se poursuivent, l'Europe sera méconnaissable d'ici 20 ans, voire moins, n'est pas totalement exagérée ».  

    Certaines régions d'Europe le sont, maintenant. 

    Ce que je reproche de fond à la NSS , plutôt que de simple question de ton, c'est son incapacité à creuser suffisamment profondément les racines du malaise européen du XXIe siècle, et son apparente insouciance face au néo-impérialisme brutal de la Russie de Vladimir Poutine. 

    Pour reprendre les mots de Leon Kass, il existe un « vide immense » dans le cœur de l'Europe, causé par des siècles de sécularisme — et, il faut bien l'admettre, par l'incapacité d'une grande partie du catholicisme européen à embrasser la Nouvelle Évangélisation et à entreprendre la reconversion (ou, dans de nombreux cas, la conversion) à la foi chrétienne du cœur historique du christianisme.  

    Le catholicisme édulcoré, qui imite l'esprit du temps laïc, sa culture décadente et sa politique woke, ne peut être la réponse à la crise morale civilisationnelle et à l'autodestruction démographique de l'Europe.  

    Tant qu'une masse critique d'Européens n'aura pas reconnu que le sécularisme progressiste ne peut constituer un fondement culturel solide ni pour les États autonomes ni pour l'Union européenne, l'Europe continuera de tâtonner à la recherche d'un avenir viable. Contribuer à la formation de cette masse critique est la mission première de l'Église en Europe aujourd'hui : non pas en s'engageant dans la politique partisane, mais en proclamant Jésus-Christ comme la réponse à la question existentielle de chaque être humain.  

    Il est grand temps, donc, que l'Europe cesse de se soumettre à la laïcité française et à ses effets néfastes sur les individus, la culture et la vie publique. En se libérant de cette habitude indigne, l'Europe pourra bâtir un avenir digne de son héritage civilisationnel.  

    Quant à la Russie, il est difficile de comprendre ce que le NSS entend par rétablissement de la « stabilité stratégique » avec un pays sous l'emprise du tsar Poutine. À l'aube du quatrième anniversaire de l'invasion barbare par la Russie d'un État européen souverain – une guerre de conquête menée en violation de toutes les normes internationales imaginables de comportement civilisé – comment une personne sérieuse peut-elle concevoir la possibilité d'une « stabilité stratégique » avec une Russie dirigée par un homme qui a clairement fait savoir qu'il ne s'intéresse pas à la « stabilité », mais précisément à son contraire : le renversement du verdict de l'histoire dans la Guerre froide et le rétablissement des empires intérieur et extérieur de Staline ?   

    Enfin, l'absence de toute mention de la défense et de la promotion des droits de l'homme parmi les préoccupations de la politique étrangère américaine rend la nouvelle Stratégie de sécurité nationale peu convaincante comme un appel à un regain de responsabilité morale et de détermination en Occident. Elle constitue également un échec quant à la capacité de notre pays à exercer un leadership moral sur la scène internationale.  

    Mais c'est ce qui a tendance à se produire lorsque la stratégie est confondue avec «l'opportunité commerciale». 

  • Thomas Becket : un témoin qui nous encourage à prendre position pour ce qui est juste

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    De K.V. Turley  sur le National Catholic Register :

    Saint Thomas Becket - Un saint pour cette saison ?

    L'archevêque martyr de Canterbury a beaucoup à nous apprendre sur les relations entre l'Église et l'État aujourd'hui.

    Thomas Becket forbids Robert de Beaumont, 2nd Earl of Leicester, and Reginald de Dunstanville, 1st Earl of Cornwall, to pass sentence on him.
    Thomas Becket interdit à Robert de Beaumont, 2e comte de Leicester, et à Reginald de Dunstanville, 1er comte de Cornouailles, de prononcer une sentence à son encontre. (photo : James William Edmund Doyle / Domaine public)

    Le 29 décembre 2021

    Le 29 décembre est la fête de saint Thomas Becket. Cet évêque martyr du 12e siècle est connu pour son opposition à l'excès de pouvoir de l'État en la personne du roi d'Angleterre Henri II. 

    Dans le monde d'aujourd'hui, on assiste à un nouvel affrontement entre l'Église et les autorités étatiques. Ce saint médiéval a-t-il donc quelque chose de pertinent à dire aux catholiques contemporains ? 

    Son biographe, le père John Hogan, le pense. Prêtre du diocèse de Meath (Irlande), il travaille dans le ministère paroissial et l'enseignement depuis son ordination. En outre, il a fondé la Fraternité Saint Genesius comme moyen de prière pour les personnes travaillant dans les arts et les médias, et a co-animé la série EWTN : Forgotten Heritage. Il a récemment publié Thomas Becket : Defender of the Church (Our Sunday Visitor) est un rappel opportun de ce que les catholiques en général et les évêques en particulier sont appelés à témoigner à toute époque. 

    Book cover OSV
    Couverture du livre "Thomas Becket : Defender of the Church".

    The Register s'est entretenu avec le Père Hogan le 17 décembre 2021. 

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  • Plus de cent millions de vies innocentes fauchées chaque année : des chiffres que le monde préfère ignorer

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    D'InfoVaticana :

    Plus de cent millions de vies innocentes fauchées chaque année : des chiffres que le monde préfère ignorer

    Le 28 décembre, jour de la fête des Saints Innocents, l'Église commémore les enfants assassinés par Hérode, victimes de la crainte de la naissance d'un roi. Deux mille ans plus tard, la violence contre les innocents prend d'autres formes : plus cliniques, plus techniques, plus invisibles, mais non moins réelles. Aujourd'hui, des millions de vies humaines sont délibérément interrompues avant la naissance, que ce soit par l'avortement, par des mécanismes pharmacologiques empêchant le maintien d'une grossesse précoce, ou par l'élimination silencieuse d'embryons humains créés en laboratoire.

    Ce texte n'a pas pour vocation de susciter la polémique, mais de donner des chiffres et de situer ce drame non pas comme une simple pièce d'un ensemble cohérent, mais comme le centre du débat anthropologique contemporain.

    Espagne : plus de cent mille avortements légaux par an

    En 2024, selon les données officielles du ministère de la Santé, 106 172 avortements légaux ont été pratiqués en Espagne . Cela représente en moyenne plus de 290 vies humaines interrompues chaque jour . Ce chiffre n'est ni exceptionnel ni isolé : depuis des années, l'Espagne enregistre environ 100 000 avortements par an, avec une tendance à la hausse.

    L'Europe et le monde : des millions d'avortements chaque année

    Si l'on élargit notre perspective, l'ampleur du phénomène devient difficile à appréhender. À travers l'Europe, les estimations démographiques situent le nombre d'avortements à environ 3,3 millions par an . L'Espagne n'est pas une exception, mais s'inscrit plutôt dans une tendance continentale à normaliser l'avortement comme une solution courante.

    À l'échelle mondiale, le chiffre est encore plus alarmant. L'Organisation mondiale de la santé et divers instituts de démographie s'accordent à dire qu'environ 73 millions d'avortements provoqués ont lieu chaque année dans le monde . Cela représente plus de 200 000 vies humaines fauchées chaque jour, année après année.

    Nous sommes confrontés à une réalité sans précédent historique : aucune guerre, aucun régime totalitaire, aucune catastrophe naturelle n'a éliminé autant de vies humaines de manière aussi continue et silencieuse.

    La pilule du lendemain : le maillon le moins visible

    Parallèlement à l’avortement chirurgical ou pharmacologique, il existe un phénomène beaucoup moins débattu mais extrêmement répandu : l’utilisation de la pilule du lendemain .

    En Espagne, des centaines de milliers d'unités sont délivrées chaque année (les estimations courantes situent ce chiffre entre 700 000 et 800 000), et il s'agit d'un médicament largement normalisé, vendu sans ordonnance et socialement perçu comme une « contraception d'urgence ».

    D'un point de vue médical, la pilule du lendemain agit principalement en inhibant ou en retardant l'ovulation. Cependant, la littérature scientifique indique que, lorsque l'ovulation a déjà eu lieu, elle empêche ou entrave la nidation de l'embryon.

    Il n'existe pas de chiffre définitif ni de consensus absolu, mais des estimations prudentes évaluent cet effet potentiel à environ 5 % (selon le stade du cycle et le médicament utilisé). Appliqué à des volumes de consommation très élevés, même un faible pourcentage pourrait se traduire par des milliers d'embryons qui ne s'implantent pas chaque année.

    Il s'agit d'une perte statistiquement invisible, mais moralement importante.

    Reproduction assistée : des embryons humains sans avenir

    Le troisième grand axe de ce drame est la fécondation in vitro .

    En Espagne seulement, plus de 167 000 cycles de fécondation in vitro (FIV) sont pratiqués chaque année (selon des données récentes). Chaque procédure consiste à créer plusieurs embryons humains, dont un seul, parfois deux, est transféré dans l’utérus. Les autres sont congelés, éliminés pour des raisons techniques ou conservés pendant des années dans un réfrigérateur industriel.

    Il n'existe pas de statistiques officielles consolidées indiquant le nombre d'embryons détruits chaque année en Espagne. Cependant, les données relatives à l'activité et à la pratique clinique permettent d'aboutir à une conclusion sans équivoque : des dizaines de milliers d'embryons humains ne sont jamais transférés chaque année , et une proportion importante finit par être éliminée, abandonnée ou détruite.

    En Europe, plus d'un million de traitements de procréation médicalement assistée sont pratiqués chaque année. À l'échelle mondiale, ce chiffre se chiffre en millions. Il en résulte inévitablement l'existence de centaines de milliers, voire de millions, d'embryons humains dont le développement est interrompu ou interrompu.

    La grande blessure de notre temps

    L’avortement, la pilule et l’interruption de grossesse ne sont pas des phénomènes isolés ou marginaux. Ils ne constituent pas non plus un simple élément parmi d’autres débats moraux. Ensemble, ils représentent la grande plaie anthropologique de notre époque.

    Jamais auparavant l'humanité n'a créé et détruit autant de vies humaines dans leur période la plus vulnérable. Jamais auparavant il n'a été aussi facile de nier l'humanité d'autrui précisément au moment où il dépend le plus de notre protection.

    Mais la Journée des Saints Innocents n'est pas seulement un jour de dénonciation. C'est aussi un jour d'espoir. L'espoir que la vérité, exprimée clairement et sans agressivité, retrouve sa place centrale dans le débat. L'espoir que la science et la technologie soient mises au service de la vie, et non l'inverse. L'espoir qu'une culture qui aujourd'hui rejette ses innocents puisse à nouveau les reconnaître, les accueillir et les défendre.

    Car une civilisation ne se mesure pas à sa puissance ni à son progrès, mais à la façon dont elle traite ceux qui ne peuvent se défendre . Et c’est là, précisément, que réside l’avenir moral de notre époque.

  • Le président élu du Chili revient sur la décision qui a changé sa vie à jamais

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    De Julieta Villar sue ACI Prensa via CNA :

    Le président élu du Chili revient sur la décision qui a changé sa vie à jamais.bouton de partage par e-mailbouton de partage ShareThis

    Dans une interview exclusive accordée en 2024 à Goya Producciones pour le documentaire « Valientes » (Les Courageux), le président élu du Chili, José Antonio Kast, a abordé des sujets tels que la défense de la vie, son histoire familiale et le problème de l'imposition idéologique de gauche sur la société.

    Évoquant son parcours personnel et sa carrière politique, Kast a affirmé que les jeunes « ont le pouvoir d’apporter le changement » et de mettre fin aux sociétés individualistes qui mènent à la solitude.

    La décision qui lui a permis de naître

    Fervent défenseur de la vie dès la conception, Kast — le benjamin d'une fratrie de dix enfants — a partagé une histoire personnelle « très importante » qui a façonné l'avenir de sa famille : « Lorsque ma mère a eu son deuxième enfant, elle a souffert d'éclampsie [une grave complication de grossesse], et on a évoqué la possibilité qu'elle ne puisse plus avoir d'enfants », a-t-il raconté.

    Son père estimait que ce n'était pas juste et, malgré le danger pour la vie de sa femme, il lui dit : « Je crois que Dieu ne veut pas cela pour nous. » Cette détermination leur permit d'avoir huit autres enfants, dont Kast. Sans cette décision, « je ne serais pas né », a-t-il souligné.

    « Mes parents sont des immigrants allemands, et nous avons une famille nombreuse de près de 200 personnes. Les deux premiers enfants de ma mère sont décédés. Par conséquent, rien de tout cela n'aurait été possible, et cela marque profondément dès le plus jeune âge », a-t-il souligné.

    « Grâce à cette décision, je suis là aujourd'hui ; grâce à cette décision, j'ai rencontré ma femme. Grâce à cette décision, nous avons pu avoir neuf enfants. Grâce à elle, nous attendons aujourd'hui notre troisième petit-enfant », a-t-il commenté.

    « C’est incroyable de voir comment une seule décision peut affecter la vie de tant de personnes », a-t-il réfléchi.

    Avec son épouse, María Pía Adriasola, il a neuf enfants, nés de la conviction d’« être ouvert à la vie ». « Dieu nous a accompagnés dans cette décision, et aujourd'hui nous sommes les heureux parents de neuf enfants », a-t-il déclaré, « et nous ne pourrions imaginer la vie sans aucun d'eux. »

    trajectoire politique

    À ses débuts en politique, se souvient-il, il n'était pas « un grand communicateur », mais grâce à un travail acharné, il est devenu membre du Congrès, chef de parti et candidat à la présidence, « toujours très clair sur les choses, sans jamais tromper les gens, sans jamais falsifier ma position », et dans le but de « gagner le cœur des gens, quel que soit le résultat ».

    Son engagement continu en politique était une décision familiale qu'il avait discutée avec sa femme et ses enfants, fondée sur le principe que « celui qui a une mission doit l'accomplir ».

    En analysant le paysage sociopolitique chilien de l'époque (avant les élections de 2025), Kast a souligné que « l'idéologie de gauche gagnait une influence croissante au sein des gouvernements, promouvant des lois qui vont à l'encontre de la vie et de la famille telle que constituée par un homme et une femme ».

    Il a mis en garde contre l'imposition d'un programme qui, dans le cas du Chili, a légalisé l'avortement pour trois motifs et « vise à modifier la constitution » en dépénalisant l'avortement jusqu'au neuvième mois, en se fondant sur une interprétation erronée du concept d'autonomie de la femme sur son propre corps. « Elle n'est pas propriétaire du corps d'un autre être qui se trouve en elle », a expliqué Kast.

    « D’une manière générale, je n’utilise pas d’arguments religieux pour défendre la position pro-vie, car il existe de nombreuses preuves tirées de la nature humaine, de la science et du fait que la vie commence dès la conception », a-t-il déclaré, exprimant l’espoir que « l’avenir dépend de nous » car « la nature humaine est de notre côté ».

    Dans ce contexte, Kast a été confronté à la violence, à l'intolérance et à la censure de la part de ceux qui pensent différemment. « Au début de ma carrière politique, j'étais surtout victime de violence verbale de la part de ceux qui pensaient différemment », se souvient-il.

    « Certains ont fait des confusions en disant : “Non, vous parlez d’un point de vue religieux.” Et je leur répondais : “Je ne parle pas d’un point de vue religieux ; je parle d’un point de vue scientifique, de la nature humaine, car dès votre conception, à cet instant précis, les caractéristiques que vous présentez aujourd’hui à la société étaient déjà présentes.” » Il se souvient que cela « a suscité une vive polémique au Parlement. »

    « Par la suite, ils ont commencé à étendre leur influence à d’autres milieux. Et à certaines occasions, j’ai subi de graves violences physiques », a-t-il raconté, détaillant des situations où il a eu des fractures et a dû être placé sous protection policière. « On a toujours peur, mais je n’ai jamais eu l’intention de céder. »

    Kast déplorait que les jeunes qui commettent ces actes d'agression « soient des instruments entre les mains d'un idéologue ». Par conséquent, disait-il, « je ne ressens ni ressentiment, ni haine ; je ressens parfois de la frustration de ne pas pouvoir être avec ces personnes individuellement pour leur expliquer la joie que l'on éprouve à se donner pour sauver autrui, et qu'elles ressentiraient la même chose si elles avaient l'occasion de faire l'expérience de la richesse qui existe dans la nature humaine. »

    Reconnaître la lutte entre le bien et le mal

    Kast a ensuite dénoncé « une sorte d’empire qui commence à dominer les actions de la société », coordonné avec de vastes ressources financières, de sorte que « la violence est utilisée pour créer un nouveau type d’être humain ».

    Bien qu’il ait constaté un « totalitarisme idéologique » visant à anéantir l’individu, Kast a fait remarquer que l’idéologie « ne pourra jamais vaincre la nature de l’être humain, qui aspire à la liberté, à la transcendance, à la préservation de la vie et à l’amour entre les personnes ».

    « Nous n’avons pas les ressources, mais nous avons une voix, nous avons du cœur… et cette force est plus puissante que l’argent », a-t-il souligné, souhaitant ardemment que les gens se réveillent et « réalisent que nous devons occuper tous les espaces où nous pouvons agir, qu’avec la puissance de l’Esprit, on peut vaincre l’esprit du mal, car en fin de compte, il s’agit d’une lutte entre le bien et le mal. »

    Les preuves sont bien plus convaincantes que l'idéologie.

    « Il n’existe aucune valeur louable qui prône la mort d’autrui. Il n’existe aucune valeur louable qui prône la désintégration de la famille, noyau fondamental de la société », a souligné Kast. « Deux femmes peuvent s’aimer. Deux femmes peuvent vivre ensemble. Deux femmes peuvent travailler ensemble. Mais deux femmes seules ne peuvent procréer. Il en va de même pour deux hommes », a-t-il expliqué.

    « Ce que je propose et que j’essaie de promouvoir, c’est que les gens prennent en compte les preuves. Et ces preuves sont bien plus convaincantes que l’idéologie », a-t-il indiqué.

    La gauche a été « très habile » pour s'approprier des causes.

    Kast a reconnu que la gauche avait fait preuve d'une grande habileté en s'appropriant des causes comme l'environnement, les droits des femmes et la santé, et en les utilisant à son avantage. Il a toutefois demandé : « Qui se soucie le plus de l'environnement ? L'idéologie de gauche ou ceux d'entre nous qui croient en la vie ? Nous. »

    « Qui défend le mieux les personnes handicapées ? Qui se soucie vraiment d'elles ? Ceux d'entre nous qui croient en la vie. Les autres instrumentalisent leurs souffrances pour dire : "Ils sont victimes de discrimination" », a-t-il déclaré.

    « La cause autochtone est instrumentalisée par la gauche idéologique pour prétendre avoir été opprimée et réprimée, ce qui était peut-être vrai il y a 100, 200 ou 300 ans, mais aujourd'hui, nous appartenons tous à la même nation. Nous avons tous la même valeur. Aujourd'hui, il y a plus d'esclaves dans le monde qu'à l'époque où l'esclavage était légal. Qui lutte contre l'esclavage de ces enfants dont les droits sont bafoués ? Qui lutte contre l'esclavage des femmes victimes de la traite des êtres humains ? Nous, car nous croyons en la vie et en la liberté. »

    « N’attendez pas que quelqu’un d’autre fasse ce que vous pouvez faire. »

    À ceux qui, bien à l'abri chez eux, déclarent « Il faut bien que quelqu'un fasse quelque chose », le dirigeant chilien a répondu : « N'attendez pas que quelqu'un d'autre fasse ce que vous pouvez faire. Que faites-vous de vos enfants ? Leur consacrez-vous du temps, ou êtes-vous toujours occupés ? Car le fond du problème se trouve au sein de la famille », a-t-il souligné, exhortant chacun à réserver du temps exclusivement à son conjoint et à ses enfants.

    Dans ce contexte, il a mis en lumière une tradition chilienne appelée « rendez-vous amoureux du mardi », qu’il pratique lui-même avec sa femme chaque semaine, et qui consiste en « deux heures par semaine de conversation directe, face à face, en se regardant dans les yeux, sans personne d’autre autour ».

    Ainsi, « on construit des bases solides pour ce qui est au cœur de la famille : l’union du couple. Si le couple est épanoui, il est plus probable que les enfants et leur environnement le soient également », a-t-il résumé. « Et il est alors plus facile d’inspirer les autres, car on ne peut donner ce que l’on ne possède pas », a-t-il ajouté.

    « L’avortement, c’est assassiner une personne innocente. »

    « Au Chili, on voit bien que ce que je disais il y a 20 ans est toujours d'actualité », a déclaré Kast. « Je maintiens ce point de vue. Et c'est pourquoi je parviens plus facilement à convaincre les gens aujourd'hui. »

    « Dans les années à venir, combien de personnes réaliseront que l'avortement est un meurtre ? Combien, dans 20 ans, diront : « Qu'avons-nous fait à ces enfants en les confiant à l'adoption à des couples de même sexe ? » Ces enfants ont le droit de connaître leur identité. »

    « De même que la gauche radicale, par son idéologie, séduit souvent les jeunes, nous, sans chercher à les contrôler, mais en faisant appel à leur liberté, sommes convaincus qu’ils seront le moteur du changement. Car ces sociétés individualistes mènent à la solitude. Or, l’homme est un être social qui aspire au lien social, qui aspire à la joie », a souligné Kast.

    « Ce sont les jeunes qui se rebellent les premiers contre le totalitarisme d'État. Ce sont eux qui, les premiers, prennent conscience que les systèmes de protection sociale modernes, ces gouvernements qui s'emparent progressivement du pouvoir absolu, transforment leurs citoyens en esclaves de l'État-providence », a-t-il affirmé. Il a donc exprimé l'espoir « que ce soient les jeunes qui inverseront la situation actuelle ».

    Cet article a été initialement publié par ACI Prensa, partenaire hispanophone de CNA. Il a été traduit et adapté par CNA.

  • En Allemagne, les églises vides changent de vocation

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    De Breizh Info :

    Allemagne : quand les églises vides changent de vocation

    L’Allemagne connaît une transformation silencieuse mais profonde de son paysage religieux. La baisse continue du nombre de fidèles chrétiens entraîne la fermeture de centaines d’églises, contraintes de trouver une nouvelle utilité ou promises à la vente, voire à la démolition. Un phénomène qui illustre le recul du christianisme dans un pays longtemps structuré autour de ses paroisses.

    Une pratique religieuse en chute libre

    En 2024, les deux principales confessions chrétiennes du pays – l’Église catholique et l’Église protestante – ont perdu à elles seules plus d’un million de membres, entre décès et désaffiliations volontaires. Aujourd’hui, un peu plus de 45 % des Allemands appartiennent encore à l’une de ces Églises, contre près de 70 % il y a trente ans. Cette évolution démographique et culturelle a une conséquence directe : de nombreux édifices religieux deviennent inutilisés.

    Depuis le début des années 2000, plus de 600 églises catholiques ont été officiellement désacralisées, tandis que plusieurs centaines d’églises protestantes ont fermé leurs portes. Pour les communautés locales, ces décisions sont souvent vécues comme des déchirements. La désaffectation d’un lieu de culte s’accompagne de rites lourds de sens, comme le retrait des reliques de l’autel, marquant la fin définitive de sa fonction spirituelle.

    Des bâtiments vendus, transformés ou abandonnés

    Une fois désacralisées, ces églises entrent dans une nouvelle phase de leur histoire. Certaines sont reprises par des communautés chrétiennes minoritaires, notamment orthodoxes, mais ces cas restent marginaux. La majorité des bâtiments est mise sur le marché immobilier ou confiée à des projets de reconversion.

    Ainsi, dans plusieurs villes allemandes, d’anciennes églises accueillent désormais des commerces, des bibliothèques, des bars ou des équipements sportifs. À Jülich, entre Cologne et Aix-la-Chapelle, une ancienne église catholique a été transformée en magasin de vélos, sans modification majeure de son architecture extérieure. Ailleurs, des cloîtres entiers ont été convertis en complexes hôteliers, tandis que certaines églises servent aujourd’hui de salles de boxe ou de lieux culturels.

    La pénurie de logements dans les grandes villes accélère un autre type de reconversion : la transformation d’églises en immeubles résidentiels. À Berlin, Cologne, Essen ou Wuppertal, d’anciens lieux de culte ont été divisés en appartements. Les vitraux, les volumes intérieurs et parfois même les plaques commémoratives d’origine témoignent encore de l’usage passé des bâtiments.

    Pour les nouveaux occupants, ces lieux offrent souvent des espaces atypiques, lumineux et calmes. Certains y voient une continuité indirecte de la vocation chrétienne, estimant que loger des familles ou accueillir des services de santé et de soin reste une manière de servir la communauté, même sans dimension religieuse explicite.

    Une perte symbolique pour les quartiers

    Ces reconversions ne font cependant pas l’unanimité. Dans certains quartiers, les habitants regrettent la disparition d’un repère familier : le silence des cloches, l’arrêt des horloges de clocher ou la fermeture d’un lieu de rassemblement historique. Pour des urbanistes et historiens de l’art, la question dépasse le simple usage immobilier.

    Le symptôme d’un basculement civilisationnel

    Au-delà des solutions pratiques, la multiplication des églises vides pose une question de fond : celle de la place du christianisme dans la société allemande contemporaine. Ces bâtiments, autrefois au cœur de la vie collective, deviennent les témoins matériels d’un recul spirituel durable. Leur reconversion, parfois pragmatique, parfois déroutante, reflète un changement de civilisation dont les effets continueront de marquer le paysage urbain et culturel allemand dans les décennies à venir.