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Société

  • Face à la vague de violence qui secoue l'Europe, la prière suffit-elle à elle seule pour défendre la foi et l'héritage chrétiens ?

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    De Thomas Colsy sur Ad Vaticanum :

    Une perspective catholique sur la descente de l'Europe dans le chaos

    20 octobre 2026

    Face à la vague de violence qui secoue l'Europe, la prière suffit-elle à elle seule pour défendre la foi et l'héritage chrétiens ?

    Les villes européennes sombrent rapidement dans l'anarchie, ravagées par les flammes et attisées par des hordes d'adolescents en survêtements. Ces émeutiers d'extrême gauche manifestent violemment leur immense gratitude pour la charité et l'hospitalité chrétiennes dont leurs nations ont fait preuve. Leur rage ne cesse de croître face à l'incapacité des institutions à les contenir. Les catholiques semblent désemparés.

    C’est un problème que les catholiques doivent résoudre rapidement, car l’immédiateté de la menace, telle qu’elle apparaît sur les images diffusées dans le monde entier lors de ces « manifestations », est on ne peut plus claire. Limoges, en France, a perdu son magnifique hôtel de ville samedi. Inauguré en 1883 et classé monument historique, l’hôtel de ville a été pris d’assaut par des émeutiers à la fin d’une marche contre la hausse du coût de la vie. Incendié au rez-de-chaussée, il a été laissé à brûler jusqu’à ce que son clocher et la majeure partie de sa toiture s’effondrent sur les pièces situées en dessous. Il s’est effondré, se désintégrant en cendres, comme une métaphore funeste. Le préfet, Maurice Barate, a, sans surprise, parlé de « catastrophe patrimoniale ». Dimanche soir, le bilan du ministère de l’Intérieur faisait état de 2 397 arrestations et de 997 policiers et gendarmes blessés. Des magasins ont été pillés à Paris, Lyon, Marseille, Lille et Rennes, et une synagogue du 19e arrondissement de Paris a été profanée.

    Les manifestations ne se sont pas limitées à la France. Le même jour, des affrontements ont éclaté à Milan, Bologne, Brescia, Bergame et Turin. Des vidéos disponibles en ligne témoignent d'une violence extrême, entre crises de colère puériles et destructions : vitrines brisées, magasins pillés et habitants et touristes terrorisés. Une cinquantaine de personnes ont été interpellées aux abords de la Piazza del Duomo, où des scènes de chaos ont éclaté, à l'ombre même de sa cathédrale, l'une des plus belles d'Europe, dont la construction a duré six siècles. À Bruxelles, entre 500 et 600 manifestants, majoritairement jeunes et souvent masqués, ont été confrontés aux gaz lacrymogènes et aux canons à eau. Liège a enregistré au moins 139 arrestations depuis le début du mois. Des élèves italiens avaient déjà commencé à occuper leurs écoles à Turin et à Rome, sous un slogan éloquent (qui révélait que la question n'avait jamais été celle de l'accès aux tableaux noirs) : « Faisons comme en France ».

    Ce qui a commencé mi-septembre par un blocus des lycées parisiens (officiellement pour protester contre le financement des écoles – le système éducatif français est en réalité l'un des mieux financés au monde) a pris des proportions démesurées. Dès la première semaine d'octobre, plus de 6 500 personnes, pour la plupart mineures, avaient été arrêtées en France. Le 30 septembre, lors d'un blocus scolaire à Strasbourg, des poubelles incendiées ont brûlé contre la façade de l'église Sainte-Madeleine avant d'être éteintes. Le lendemain matin, comme je l'avais rapporté à l'époque, une statue de la Vierge a été arrachée de son socle à Porto-Vecchio, et les Corses, peu enclins à l'humour lorsque leur sainte reine catholique est attaquée, ont répondu par un cercueil.

    C’est à partir de cette dernière image que je voudrais commencer. Cet automne pose une question très simple aux catholiques d’Europe, et la plupart d’entre nous n’y répondent pas. Lorsque nos voisins et ce que nous considérons comme sacré sont attaqués – nos églises, nos statues, notre patrimoine commun – que faisons-nous, concrètement ?

    Nos ancêtres avaient une solution, et ce n'était pas simplement de prier en silence chez soi et d'attendre les gendarmes – surtout lorsque l'État est débordé, incapable ou peu disposé à protéger. Les émeutes iconoclastes de l'Empire byzantin nous offrent des leçons et un précédent important que nous devons prendre en compte. Les foules opposées aux icônes déferlaient dans les rues et, fréquemment, battaient à mort ceux qui les protégeaient ou refusaient de céder et de les détruire. Vers 730, lorsque l'empereur iconoclaste Léon III envoya un officier faire descendre la grande image du Christ au-dessus de la porte de Chalcédoine de son palais à Constantinople, la tradition rapporte qu'une foule de femmes lui arracha l'échelle des pieds. L'une d'elles, Théodosie, est vénérée comme une martyre jusqu'à nos jours. Le premier coup porté à la controverse iconoclaste fut porté par les fidèles dans la rue, et les théologiens vinrent plus tard.

    La Réforme relate une histoire similaire en Angleterre. À l'automne 1536, alors que les commissaires de Thomas Cromwell s'attelaient à dissoudre les monastères, en commençant par mon comté natal du Lincolnshire, les catholiques décidèrent de ne pas laisser leur héritage être profané. Une foule de plusieurs milliers de personnes se rassembla à Louth, renversa les agents protestants, rétablit la messe et les statues, et exigea la réouverture des monastères et la réunification avec Rome. Peu après, quelque trente mille hommes du Nord (rassemblés autour d'York) marchèrent sous la bannière des Cinq Plaies du Christ lors du Pèlerinage de Grâce. Eux aussi réclamaient la restauration des abbayes et le retour en paix de l'ancienne foi. Leur chef, Robert Aske, fut pendu aux murs d'York. En 1549, les hommes du Devon et des Cornouailles se soulevèrent contre le nouveau Livre de prières anglais, et des milliers d'entre eux périrent pour la messe en latin à Clyst Heath et Sampford Courtenay.

    Puis, des siècles plus tard, en Vendée en 1793, et au Mexique sous les Cristeros dans les années 1920, de simples catholiques ont offert leur vie en sacrifice. Depuis, l'Église a canonisé nombre d'entre eux : vingt-cinq martyrs de l'époque des Cristeros ont été canonisés en 2000.

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  • Intelligence artificielle : ni peur ni fascination, mais discernement

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    Intelligence artificielle : ni peur ni fascination, mais discernement

    L’intelligence artificielle est désormais au cœur de nos vies et continuera de transformer nos sociétés. Face à elle, la tentation est double : céder à la peur, comme si le pire était inévitable, ou se laisser fasciner par ses performances, comme si toute innovation était nécessairement un progrès. La tradition catholique invite à une autre attitude : discerner avec lucidité, en gardant la personne humaine et le bien commun au centre.

    L’Église ne considère pas le progrès scientifique et technique comme mauvais en soi. Elle appelle plutôt à l’examiner avec sérieux et à orienter ses fruits vers le service de la personne. Antiqua et Nova entend contribuer précisément à ce discernement, en rappelant que les avancées technologiques doivent être dirigées vers le bien de l’être humain et de la société.

    Ne pas céder à la peur, sans nier les risques

    Le langage public autour de l’IA est souvent marqué par des mots chargés d’effroi : « crise », « apocalypse », ou encore « menace existentielle ». Les termes peuvent parfois amplifier l’angoisse et donner l’impression que l’avenir est déjà joué. Pourtant, une telle impression de fatalité n’est pas justifiée : les choix humains comptent encore. L’IA n’est pas un destin auquel nous devrions nous soumettre, mais une technologie dont les usages doivent être réfléchis, orientés et limités de manière responsable.

    Ne pas céder à la peur ne signifie toutefois pas écarter les inquiétudes. Le progrès technique n’est pas automatiquement bénéfique, ni neutre dans ses effets. Une technologie peut servir le bien ou produire des dommages ; son développement et son emploi doivent donc faire l’objet d’un discernement moral. Le pape Léon XIV rappelle que l’innovation doit être guidée par l’intelligence humaine, sa conscience et sa liberté, lesquelles ont aussi la responsabilité d’en déterminer les usages et les limites.

    Il est donc possible de garder une espérance réelle sans promettre que tout ira bien. L’espérance chrétienne n’est pas l’assurance que les dangers disparaîtront : elle soutient l’engagement responsable et le refus du fatalisme. À l’inverse, la prudence n’est pas une peur paralysante : elle consiste à regarder les conséquences possibles et à agir en conséquence.

    Un outil puissant qui appelle une responsabilité partagée

    Dire que l’IA est un outil aide à éviter de la confondre avec une personne ou de lui attribuer une autorité qu’elle ne possède pas. Mais « outil » ne veut pas dire « outil anodin ». Les systèmes d’IA peuvent influencer des décisions et des conditions de vie ; il faut donc examiner non seulement leur fonctionnement, mais aussi les objectifs poursuivis et les effets de leur usage.

    L’Église propose un critère clair : évaluer les finalités, les moyens et la vision du monde qui se trouvent derrière une application de l’IA, afin de vérifier qu’ils respectent la dignité humaine et favorisent le bien commun. Cette responsabilité concerne ceux qui conçoivent les technologies et ceux qui les emploient, mais elle ne s’arrête pas à eux : elle engage la société à différents niveaux.

    Cette responsabilité est également collective. Les décisions d’entreprises, d’institutions et de responsables publics façonnent les conditions dans lesquelles l’IA est mise au service des personnes. Il ne suffit donc pas de compter sur la bonne volonté de chaque utilisateur : il faut aussi que le développement et le déploiement de ces technologies soient évalués à la lumière de la dignité humaine, de la fraternité et du bien commun.

    Des bienfaits possibles, à orienter vers le bien commun

    L’IA peut contribuer à des réalisations utiles dans des domaines comme la médecine, l’éducation, l’accessibilité ou la recherche. L’Église reconnaît que la technologie peut participer à une réponse humaine et responsable à la vocation au bien. Mais la possibilité d’un bénéfice ne garantit pas qu’il se réalisera, ni qu’il profitera justement à tous. Il faut donc examiner les usages concrets : qui en bénéficie, qui risque d’en être exclu, et quels effets ils produisent sur les personnes et les communautés.

    Le bien commun ne se réduit pas à l’efficacité ou à la croissance économique. Il concerne les conditions sociales qui permettent aux personnes et aux groupes de s’épanouir. C’est pourquoi une innovation ne peut être considérée comme un progrès simplement parce qu’elle est nouvelle ou performante : elle doit être jugée selon sa contribution réelle à la vie humaine et à la solidarité.

    La dignité humaine ne dépend pas de la performance

    Une machine peut produire des réponses impressionnantes et donner l’illusion d’une conversation humaine. Il reste essentiel de distinguer les capacités techniques de l’IA de l’intelligence humaine. Antiqua et Nova fait de cette distinction un point de départ pour réfléchir à la relation entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine.

    La valeur d’une personne ne dépend cependant pas de sa rapidité, de son utilité ou de ses performances intellectuelles. La dignité humaine ne se gagne pas par le travail accompli : elle est inhérente à la personne. Ce principe interdit de traiter les êtres humains comme des éléments remplaçables dès qu’une machine peut effectuer certaines tâches plus vite ou à moindre coût.

    La question n’est donc pas seulement de savoir si l’IA peut égaler ou dépasser l’être humain dans telle ou telle opération. Il faut aussi demander quelle place nous réservons à la conscience, à la liberté, à la responsabilité et aux relations humaines. Le critère ultime ne peut être la quantité d’informations traitées ou la puissance de calcul, mais la manière dont la technologie sert les personnes, en particulier les plus vulnérables. Antiqua et Nova rappelle que la sagesse doit orienter l’usage de l’IA vers le bien commun, la recherche de la vérité et la solidarité.

    L’expérience des grandes transformations techniques peut nous inciter à la vigilance, mais aucune comparaison historique ne permet à elle seule de prédire exactement ce que l’IA produira. Les analogies avec l’imprimerie, la révolution industrielle ou l’énergie nucléaire peuvent éclairer certains aspects du débat ; elles ne doivent pas tenir lieu de preuve que l’avenir sera nécessairement bénéfique ou catastrophique. Ce qui importe est de ne pas confondre prudence et panique, ni espérance et naïveté.

    Au fond, le défi de l’intelligence artificielle est aussi un défi de sagesse humaine. L’IA peut être un moyen puissant de servir le bien, mais elle doit rester subordonnée à une intelligence humaine guidée par la conscience, la liberté et le sens de la responsabilité. Notre tâche n’est ni de l’idolâtrer ni de la diaboliser : elle est de décider, personnellement et collectivement, comment la mettre au service de la dignité de chacun et du bien commun.

    (avec le concours de Magisterium.com)

  • Que disent les évêques français au sujet des émeutes ?

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    De Luke Coppen sur the Pïllar :

    Que disent les évêques français au sujet des émeutes ?

    « Il est difficile de croire que la même ville qui a accueilli le pape Léon avec joie et harmonie ait pu devenir le théâtre des violences dont nous avons été témoins. »

    Sans surprise, ils ont condamné à l'unanimité les violences, mais la durée et le contenu de leurs interventions ont varié considérablement.

    Plusieurs ont cherché à établir une distinction entre les agissements des émeutiers et ce qu'ils considéraient comme les préoccupations légitimes de jeunes manifestants pacifiques. Nombre d'entre eux ont également évoqué la visite du pape Léon XIV en France du 25 au 28 septembre, y voyant un contrepoint saisissant aux scènes de pillages et de destructions.

    Plusieurs évêques ont également souligné leur solidarité avec les forces de l'ordre qui s'efforçaient de contenir les troubles, ainsi qu'avec les propriétaires des quelque 3 000 commerces endommagés ou pillés.

    Quel est le contexte des troubles qui ont secoué le pays et que les médias français appellent « les violences du 17 octobre » ? Et que disent exactement les évêques ?

    Quel est le contexte ?

    Les mouvements étudiants sont un élément incontournable de la vie publique française. Les plus célèbres ont eu lieu en mai 1968 , déclenchant un vaste mouvement de contestation sociale et une grève générale qui a plongé la France dans la crise. Ces manifestations sont devenues un symbole de transformation culturelle et politique révolutionnaire dans le monde occidental et ont marqué toute une génération de penseurs catholiques, parmi lesquels le futur pape Benoît XVI.

    En septembre 2026, des manifestations ont éclaté dans les lycées français – établissements équivalents aux lycées américains accueillant des élèves de 15 à 18 ans. Les élèves protestaient contre le manque d'enseignants, les classes surchargées, les bâtiments vétustes et les emplois du temps surchargés. Le mouvement s'est ensuite étendu aux universités.

    La police a réprimé violemment les manifestations, utilisant des gaz lacrymogènes et des matraques, et procédant à plus de 5 000 arrestations début octobre, selon Amnesty International. Les protestations ont notamment donné lieu à des blocages d’entrées de lycées , à l’occupation de bâtiments scolaires, ainsi qu’à des actes de vandalisme et d’incendie criminel.

    Le mouvement lycéen et étudiant a émergé dans un contexte politique délicat. Le second et dernier mandat du président français Emmanuel Macron doit s'achever en mai 2027. Parmi les favoris pour lui succéder figure Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, parti politique souvent qualifié d'extrême droite, bien qu'il se présente comme un défenseur modéré de la souveraineté française.

    Plusieurs évêques français ont commenté l'essor du mouvement étudiant, insistant sur l'importance du dialogue avec les jeunes et condamnant ceux qui ont eu recours à la violence.

    Des organisations étudiantes, les principaux syndicats français et d'autres groupes militants ont appelé à une journée de mobilisation nationale le 17 octobre, présentée comme une protestation contre la hausse du coût de la vie, le prix des carburants et la dégradation des services publics. Leurs appels, largement relayés sur les réseaux sociaux, ont rassemblé plus de 500 000 personnes dans les rues pour participer à 110 marches, selon le ministère de l'Intérieur.

    Alors que les tensions s'intensifiaient, des milliers de personnes vêtues de noir et masquées ont participé à des émeutes dans plusieurs villes de France, notamment à Bordeaux, Lille, Limoges, Lyon, Marseille, Paris, Strasbourg et Rouen.

    Le cardinal Jean-Marc Aveline a signalé que des églises avaient été pillées dans son archidiocèse de Marseille, tandis que des manifestants déposaient des objets , notamment des drapeaux palestiniens, sur des statues de sainte Jeanne d'Arc, la patronne de la France.

    Ces troubles ont été qualifiés par certains observateurs de parmi les pires qu'ait connus la France depuis mai 1968 et de nouveau tournant potentiel pour la société française. Les violences ont ravivé des débats déjà houleux sur la polarisation politique, la jeunesse marginalisée, l'immigration et l'avenir de la France.

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  • Violences urbaines : fermeté, justice et vérité

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    Violences urbaines : fermeté, justice et vérité

    Quand des habitants ont peur de rentrer chez eux, quand des commerces sont pillés et que des rues deviennent le théâtre d’affrontements, parler seulement de prévention ne suffit pas. Les victimes ont droit à la protection, les auteurs doivent répondre de leurs actes et les pouvoirs publics ont le devoir de faire respecter la loi. La doctrine sociale de l’Église n’est pas une invitation à la passivité : elle place la dignité de toute personne et le bien commun au cœur de la vie sociale.

    Mais une réponse juste commence aussi par la vérité. Les violences urbaines peuvent avoir des formes et des causes différentes selon les lieux et les circonstances. Il faut donc s’appuyer sur des faits établis, et se garder des explications qui attribuent une responsabilité collective à la pauvreté, à une origine ou à une religion. Comprendre des facteurs de violence n’est pas excuser les actes commis. Et refuser les amalgames n’oblige nullement à minimiser les crimes.

    Protéger les victimes, faire respecter la loi

    Le pillage, l’agression et l’intimidation ne sont pas de simples « débordements » lorsque des personnes en subissent les conséquences. La sécurité des habitants et des commerçants est un bien réel, et l’autorité publique a la responsabilité de la défendre. Les délits doivent être poursuivis et les sanctions, lorsqu’elles sont prononcées, doivent être effectives, proportionnées et conformes au droit.

    La fermeté n’est pas la vengeance. L’Église rappelle que la lutte contre la criminalité doit protéger la société tout en respectant les droits humains et l’État de droit ; elle doit aussi viser, lorsque c’est possible, l’amendement de l’auteur. Les victimes ne sauraient pour autant être reléguées au second plan : leur sécurité, leur écoute et la réparation des dommages font partie d’une justice véritable.

    La responsabilité personnelle demeure centrale. La précarité, l’exclusion ou un parcours familial difficile peuvent éclairer une trajectoire ; ils ne rendent pas légitime le fait de casser, de voler ou de blesser. La dignité de l’auteur n’efface pas celle de la victime, pas plus que la sanction ne permet de nier l’humanité du coupable.

    Comprendre sans excuser

    La réponse policière et judiciaire est indispensable, mais elle ne peut être l’unique réponse. L’Église appelle également à examiner les facteurs qui nourrissent la violence et à agir sur les conditions qui la favorisent, par des moyens politiques, éducatifs et sociaux. Elle souligne que la lutte contre la criminalité engage non seulement les forces de l’ordre, mais aussi les autres acteurs capables d’agir sur ces réalités.

    Cela suppose de soutenir les familles sans les désigner comme coupables, de prévenir le décrochage, d’accompagner les jeunes et de maintenir dans les quartiers une présence durable — éducative, sociale et policière. Il ne s’agit pas de substituer l’accompagnement à la justice, mais de ne pas attendre la prochaine émeute pour agir. La solidarité et la subsidiarité invitent à mobiliser les personnes, les associations et les institutions locales, tout en reconnaissant que les pouvoirs publics doivent les soutenir lorsque leurs moyens ne suffisent pas.

    Cette approche doit rester rigoureuse : les affirmations sur l’ampleur des violences, le profil des auteurs ou les causes d’un phénomène demandent des données fiables. Une analyse sérieuse distingue ce qui est établi de ce qui est supposé. Elle écoute aussi les habitants, qui sont souvent les premiers à subir les conséquences et les premiers à connaître la réalité de leur quartier.

    Nommer l’islamisme sans accuser les musulmans

    La question de l’islamisme et de la radicalisation ne doit être ni éludée ni transformée en accusation générale. Les idéologies qui justifient la violence, l’intimidation ou le rejet de l’égalité devant la loi doivent être combattues clairement, quels que soient leurs auteurs. Les menaces et les infractions doivent être jugées sur la base des faits, et non d’une appartenance supposée.

    Il est tout aussi nécessaire de distinguer ces courants de l’ensemble des immigrés musulmans. Une origine étrangère ou la foi musulmane ne prouve pas une adhésion à l’islamisme et ne rend personne responsable des violences commises par d’autres. L’Église rappelle que les différences culturelles et religieuses ne dispensent pas de la recherche de la paix et du respect de toute personne ; elle reconnaît aussi que les croyants musulmans peuvent trouver dans leur tradition des principes qui encouragent ces attitudes. La vigilance envers l’extrémisme et le refus des amalgames relèvent donc d’une même exigence de justice.

    Reconstruire le bien commun

    La paix civile ne se réduit ni à l’absence momentanée d’émeutes ni à une politique de sécurité isolée. Elle suppose un ordre juste, la confiance dans les institutions et la possibilité, pour chacun, de prendre part à la vie commune. Les principes de la doctrine sociale — dignité humaine, bien commun, solidarité et subsidiarité — doivent être tenus ensemble, plutôt que mis en concurrence.

    Pour la Belgique, cela demande d’agir avec détermination contre les violences et les trafics, de protéger les victimes, de sanctionner justement les coupables, de soutenir les initiatives de proximité et d’améliorer la coordination des services publics. Cela demande aussi de parler d’intégration avec précision : respect des personnes et des cultures, mais aussi respect des lois et participation à une communauté politique commune.

    La compassion chrétienne n’est pas l’indulgence envers les casseurs et les pilleurs. Elle exige d’abord que les victimes ne soient pas abandonnées. La justice, de son côté, n’est pas la vengeance : elle protège la société, reconnaît le tort subi et laisse ouverte, sans la garantir, la possibilité d’un changement. Être ferme sans être injuste, comprendre sans excuser, accueillir sans fermer les yeux : c’est à cette cohérence que la doctrine sociale de l’Église appelle.

    (en recourant à Magisterium.com)

  • Quand une réunion de prière organisée le 21 octobre suscite les critiques du Centre d'Action Laïque

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    Une chronique de l'abbé Eric de Beukelaer sur le site de La Libre en contribution externe :

    Les élus peuvent afficher leur athéisme. Pourquoi leur foi chrétienne devrait-elle rester invisible ? Quel paradoxe !

    Un déjeuner de prière organisé le 21 octobre suscite les critiques du Centre d'Action Laïque qui défend la liberté de conscience tout en contestant l'expression de la foi. Une myopie sélective.

    19-10-2026

    Une chronique d'Eric de Beukelaer, prêtre (*)

    Ce 28 juin, notre premier ministre se dévoilait dans une interview à De Zondag : "Je n'ai pas de talent pour être heureux. Ceci, parce que je suis plutôt pessimiste qu'optimiste. […] Je ne suis pas croyant. Je pense que c'est l'homme qui a créé Dieu et non l'inverse. […] Life is a cosmic joke". Un chef de gouvernement belge peut donc s'affirmer incroyant et considérer la vie comme une farce, sans que cela n'étonne. Et c'est heureux. Ce 1eraoût, Yves Coppieters ministre wallon de la Santé et de l'Environnement, par ailleurs épidémiologiste et docteur en santé publique, déclarait dans La Libre : "Je vais remettre ma casquette de chercheur un instant. La planète va continuer à exister, mais l'humanité elle va disparaître. On va droit dans le mur." Un ministre wallon de la santé peut diagnostiquer une maladie mortelle à notre humanité, sans créer d'émoi. Pourquoi pas ?

    Le président du Centre d'Action Laïque (CAL) s'offusque

    Ce qui par contre choque certaines consciences, c'est l'invitation inhabituelle adressée aux parlementaires chrétiens. Ce 21 octobre, un déjeuner de prière est organisé pour eux dans un club privé, avec la participation d'un ancien ministre de la justice. Le président du Centre d'Action Laïque (CAL) s'en offusque : "Organiser une prière parlementaire est dangereux, car cette rencontre est le signal de la volonté de certains de faire en sorte que la religion influe sur les décisions politiques. […] Ce serait problématique pour une partie de la population qui ne correspondrait pas à ce que les conservateurs, et notamment les conservateurs religieux souhaitent comme société." Je réagis en 3 points : 1. Curieux manichéisme. C'est oublier que certains conservateurs sauvèrent la démocratie (Churchill, de Gaulle,…), là où des progressistes collaborèrent avec les nazis (Henri de Man, président du parti socialiste, Jean Luchaire…). 2. Étonnante contradiction. Le CAL se veut défenseur de l'autonomie du choix individuel, mais réfute le droit pour des politiciens de se rassembler entre croyants pour prier. Si des parlementaires francs-maçons se réunissent en fraternelles, pourquoi des élus ne pourraient-ils en faire autant au nom de leurs convictions religieuses ? 3. Myopie sélective. Le CAL accepte sans broncher les professions de foi agnostiques ou athées de la part de politiques, mais veut bannir les manifestations croyantes de mandataires chrétiens.

    Emmanuel Tourpe, "lynché" pour ses convictions

    Évacuer les croyants trop assertifs de l'espace public pour invisibiliser la religion, est une vieille tactique. J'en fis jadis les frais : présenté par deux fois en ordre utile pour rejoindre l'Académie Royale de Belgique, je fus écarté en dernière sélection. Je pensais laisser la place à de meilleurs candidats, jusqu'à la parution d'un article sur l'institution : "Y a-t-il des recalés au CV pourtant bien fourni ? […] On mentionne Eric de Beukelaer ex-porte-parole des évêques de Belgique : trop marqué 'philosophiquement' pour être admis". (Le Vif, 15 mars 2013 p.35) Le philosophe chrétien et homme des médias, Emmanuel Tourpe, candidat malheureux à la direction de la RTBF, connut le même sort. J'ignore s'il était le meilleur choix, mais je puis témoigner de la campagne de lynchage "en meute" dont il fut la cible sur les réseaux sociaux. Elle brocarda non pas ses compétences, mais bien ses convictions.

    Ce 21 octobre, osez prier ensemble

    Comment réagir ? Une foi tiède est peu signifiante. Disciples du Christ, ayons le courage de nos convictions. Témoignons de notre baptême avec le sourire. Dans le respect du pluralisme et l'accueil de la contradiction. Associant l'absolu chrétien avec les nuances du quotidien. Et vous, les élus du peuple tous partis confondus : si vous êtes chrétiens de conviction et non simplement d'éducation, répondez ce 21 octobre à l'invitation à prier avec vos pairs. La démocratie en sortira renforcée. "Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ?" (Matthieu 5, 13)

    → Blog : http://www.ericdebeukelaer.be/

  • D'un homme mort, d'un tigre innocent et d'une civilisation qui a oublié son prochain

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    De Mgr Rob Mutsaerts sur son blog (Paarse Pepers) :

    D'un homme mort, d'un tigre innocent et d'une civilisation qui a oublié son prochain

    Il fut un temps où la mort d’un être humain appelait au silence. Aujourd’hui, elle suscite le commentaire. Et si la mort est assez spectaculaire, elle suscite même les applaudissements.

    Au Yorkshire Wildlife Park, en Angleterre, un jeune homme de 23 ans, William Chapman, a escaladé la clôture de l’enclos d’un tigre de Sibérie. L’animal a fait ce que font les tigres : il a attaqué. L’homme est décédé. L’événement s’est produit le 10 octobre. Sa famille est inconsolable. Et sur les réseaux sociaux ? Le tigre semble y bénéficier d’une sympathie nettement supérieure à celle de sa victime. Le tigre avait bien raison, estiment beaucoup. Après tout, l’homme était entré de lui-même dans l’enclos. Bien fait pour lui, c’est de sa faute. La nature avait parlé. Et la nature, comme nous le savons aujourd’hui, a toujours raison.

    Le plus curieux, c’est que je peux être d’accord avec la première partie. Le tigre n’est en effet pas à blâmer. Un tigre est un tigre. Il n’a pas lu le catéchisme, n’a souscrit à aucune obligation morale et n’a probablement aucun besoin de suivre un cours de communication non violente. Il agit conformément à sa nature. Mais cela n’explique toujours pas pourquoi un être humain tué par un tigre mériterait moins de compassion que le tigre qui l’a tué.

    C’est ici que commence le mystère moderne. Nous vivons à une époque où l’humanité s’imagine avoir développé sa sensibilité morale à un niveau sans précédent. Nous nous préoccupons des espèces menacées, des sentiments froissés, de la fonte des calottes glaciaires et de l’état psychologique des animaux de compagnie. Un chien qui s’ennuie seul à la maison peut déclencher un débat de société. Un ours polaire sur une banquise qui fond a droit à son propre documentaire. Un tigre qui tue un homme reçoit des milliers de messages de sympathie. Mais l’homme mort ? Il aurait dû être plus malin.

    C’est une bien curieuse civilisation que celle qui devient de plus en plus sensible à la souffrance des animaux, et en même temps de plus en plus insensible à la souffrance des hommes. Bien sûr, l'amour des animaux est en soi une bonne chose. La tradition chrétienne n’a jamais enseigné que l’on pouvait maltraiter les animaux à sa guise. François d’Assise parlait même de « frère loup ». Mais il aurait probablement été fort étonné de voir ses admirateurs féliciter le loup d'avoir dévoré un randonneur égaré.

    Le problème n’est pas que nous nous souciions trop des animaux. Le problème est que nous semblons comprendre de moins en moins ce qu’est un être humain. La civilisation chrétienne classique partait d’une conception qui sonne aujourd’hui presque comme révolutionnaire : chaque être humain possède une dignité qui ne lui est pas accordée par les autres, et qui ne peut donc pas non plus lui être retirée par eux. Non pas parce qu’il est raisonnable. Non pas parce qu’il est sympathique. Non pas parce qu’il prend des décisions judicieuses. Non pas parce qu’il est utile à la société. Mais parce qu’il est un être humain.

    Cela vaut pour le professeur comme pour l’idiot. Pour le saint comme pour le pécheur. Pour le père de famille prudent comme pour le jeune homme qui, dans un moment de confusion incompréhensible, escalade la clôture de l’enclos d’un tigre.

    Le monde moderne trouve cette idée étrange. Il aime parler de dignité humaine, mais semble de plus en plus la faire dépendre du comportement humain. Quiconque vit sagement, est en bonne santé, réussit professionnellement et nourrit les bonnes opinions peut compter sur le respect. Quiconque échoue, se comporte de manière imprudente ou ne répond plus à nos attentes découvre parfois à quel point notre compassion est devenue conditionnelle. La dignité humaine n’est alors plus un point de départ, mais une récompense pour bonne conduite.

    C'est une évolution extrêmement douteuse. Car dès lors que la dignité humaine dépend de décisions judicieuses, la question se pose inévitablement de savoir qui est assez sensé pour la mériter. La personne âgée atteinte de démence ? Le toxicomane ? Le patient psychiatrique ? L’enfant à naître ? L’homme qui a complètement ruiné sa vie ?

    Le christianisme apporte à cette question une réponse extraordinairement pratique : tous. Il refuse d’abandonner l’être humain, même lorsque celui-ci s’est abandonné lui-même. Il fait en outre une distinction que notre époque semble avoir presque oubliée : la différence entre juger un acte et condamner un homme. « Haïssez le péché, aimez le pécheur » est une expression typiquement chrétienne. Il était imprudent d’entrer dans l’enclos d’un tigre. Il n’y a guère discussion là-dessus. Mais de ce constat, il ne découle pas que la mort de l'intéressé soit une issue heureuse.

    La nature est magnifique, mais elle n'est pas morale. Un tremblement de terre ne fait pas de distinction entre un criminel et un enfant. Un virus ne consulte pas de casier judiciaire. Un tigre ne cherche pas d’abord à savoir si sa victime a respecté le règlement du parc. C’est précisément pour cela que l’homme a été doté d’une conscience. Non pas pour imiter la nature, mais pour y ajouter quelque chose que la nature elle-même ne possède pas : la miséricorde.

    Et c’est là que se révèle l’un des paradoxes les plus curieux de notre époque. L’homme moderne s’est libéré de Dieu parce qu’il voulait déterminer lui-même, de manière autonome, ce qui est bien et ce qui est mal. Ensuite, il regarde un tigre tuer un homme et déclare que la nature a fait valoir son droit. Cela ne me paraît pas être un progrès.

    Ce qui rend cette histoire encore plus douloureuse, c’est que William Chapman n’était pas une figure hypothétique dans un débat philosophique. Il était un fils. Un jeune homme avec une histoire, avec des gens qui l’aimaient, et avec des troubles psychiques dont l'impact exact sur cette tragédie est encore en cours d'examen. Sa famille a entre-temps appelé le public à cesser de diffuser des images blessantes. Même les derniers instants de leur fils ne sont apparemment pas à l’abri du besoin moderne de divertissement. Un homme est mort, et sa mort est devenue du « contenu ».

    C’est peut-être le mot le plus révélateur de notre époque : le contenu. Peu importe désormais de quoi il s'agit. Un chaton qui danse, un cycliste qui tombe, un enfant qui pleure, un jeune homme qui meurt. Tout est absorbé dans le même flux infini d’images qui réclame notre attention, stimule nos émotions, puis cède immédiatement la place au spectacle suivant. Nous en savons toujours plus sur ce qui se passe partout dans le monde, mais nous semblons de moins en moins conscients de ce que cela signifie.

    Une civilisation ne s’effondre pas nécessairement parce qu’elle perd la raison. Cela peut aussi arriver parce qu’elle oublie ses évidences. Qu’un enfant mérite d’être protégé. Que la faiblesse n’est pas un crime. Qu’un insensé reste notre prochain. Et que la mort d’un homme ne constitue pas un motif de réjouissance.

    Le plus inquiétant dans les réactions à cette tragédie n’est donc pas que les gens éprouvent de la sympathie pour le tigre. C’est leur droit. L'animal n'est en effet pas à blâmer. Ce qui est inquiétant, c'est que certains estiment apparemment devoir choisir entre la pitié pour l’homme et la sympathie pour l’animal. On se doit d'éprouver les deux. Ce n’est pas une contradiction. C’est cela, la civilisation.

    Peut-être devrions-nous donc recommencer par une idée simple. Tous les hommes n'agissent pas avec sagesse. Tous les hommes n'agissent pas bien. Tous les hommes ne font pas de leur vie une réussite. Mais chaque homme reste un être humain. Et quiconque ne peut plus faire cette distinction a peut-être appris énormément de choses sur les droits des animaux, mais a oublié quelque chose d’essentiel sur la dignité des hommes.

    Le tigre ne savait pas ce qu'il faisait. Il a agi selon sa nature. La question est de savoir pourquoi tant d’hommes, qui eux pourraient être plus avisés, semblent oublier leur propre nature. La particularité de l’homme est qu’il peut avoir de la pitié pour celui qui est plus faible que lui. Même pour quelqu’un qui a commis une terrible erreur. Et surtout pour quelqu’un qui n’est plus là pour se défendre.

    +Rob Mutsaerts, le 17 octobre 2026

  • A-t-on eu tort de « tuer le père » ?

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    Du Point via le site "Pour une école libre au Québec" :

    A-t-on eu tort de « tuer le père » ?

    17 octobre 2026

    Jérôme Fourquet et Ruben Rabinovitch associent leur expertise pour analyser avec brio le basculement psychique de l’Occident.

    La parution d’un livre de Jérôme Fourquet est toujours un moment spécial pour les amateurs d’études et de dynamiques sociales. Alors quand un psychologue, Ruben Rabinovitch, le rejoint dans son travail d’analyse, cela devient un événement. Homo occidentalis (Seuil) est le fruit de ce mariage interdisciplinaire. Aux graphiques et camemberts du sondeur s’ajoutent les études et témoignages du psychologue. À l’interprétation du geste succède la lecture des tourments de l’âme. Le livre est touffu, dense et narre le basculement anthropologique et psychique de l’homme occidental, lequel n’est pas uniquement mû par ses intérêts économiques. On comprend, en effet, que les affects, les désirs, les blessures et les pulsions déterminent autant, sinon plus, une attitude sociale que les conditions de vie matérielles ou l’appartenance à une classe sociale.

    Les lecteurs de Fourquet retrouveront également, dans ces 450 pages passionnantes, des éléments augmentés ou actualisés de ses précédents ouvrages, comme la déchristianisation, le culte du corps, le choix des prénoms, la popularisation des tatouages, les rites funéraires, les phénomènes d’addiction, les structures familiales… Le tout est agrémenté de récits historiques, de développements internationaux, de références à la culture populaire et d’exemples de patients en thérapie, dont le vécu concrétise une évolution sociale. Mais arrêtons-nous sur un élément de ce livre qui constitue, selon nous, le sujet des sujets et qu’on pourrait qualifier, pour la société actuelle, d’acte fondateur : la fin du patriarcat. On parlerait volontiers d’un « péché originel » si cette expression ne comportait pas en elle un jugement moral. Au regard des conséquences qui se vérifient par ondulation, il est toutefois permis de poser un regard lucide sur cette rupture.

    Car la fin du « patriarcat » a entraîné bien plus que la disparition d’un système de domination masculine. Elle est, selon les auteurs, à l’origine de l’effacement de la figure du père, du refus de toute verticalité, de la défiance généralisée vis-à-vis de l’autorité et de bien d’autres comportements néfastes pour la cohésion sociale. Elle est à l’origine d’une véritable anthropofracture, soit la conception d’un « homme nouveau ». Non pas que le schéma patriarcal fût en lui-même parfait, loin de là. Les reproches sont nombreux : possibilité de déshériter sa descendance, relégation des femmes, droit de correction sur les enfants, avantage légal, écrasement psychologique des fils… Mais, dans ce livre, c’est davantage la dimension symbolique de ce basculement qui est examiné que la question de la perte du statut privilégié des hommes.

    Cet ordre social reposant sur la figure du père, « qu’on dirait granitique, impliquait une grande cohérence et une extrême stabilité. […] L’obéissance était, à tous les échelons, une valeur promue socialement. […] La fonction paternelle n’était pas seulement incarnée par le père de famille à la maison, mais de haut en bas de tout l’édifice social », écrivent les auteurs.

    Charles de Gaulle et son épouse,
     Yvonne, sur une plage irlandaise, en 1969.
     
    Une position qui impliquait des droits, mais aussi des devoirs : « Le pater familias, s’il est placé au sommet de la hiérarchie familiale, est aussi considéré comme responsable de l’intégrité matérielle et morale de ses membres : il doit en répondre devant le corps social et devant la loi. » Si elle garantissait la stabilité, cette « société d’ancien régime psychique» était aussi marquée par le secret, le refoulement, la honte et la culpabilité.

    Des sentiments qui ont nourri de nombreuses œuvres littéraires et rempli les cabinets de psychologues. « Les névroses procédaient précisément de cet écart déchirant entre les désirs des individus et l’interdit que leur adressait le discours paternel », lit-on dans le livre

    Les baby-boomeurs, démographiquement nombreux, amorceront la grande bascule. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, « les pères européens sont des pères défaits militairement [Note du carnet: mais on verra la même chose aux États-Unis et au Canada, gagnants dans le conflit...], des pères souvent discrédités moralement et délégitimés dans leur rôle de garant d’un ordre et de valeurs à transmettre », selon Fourquet et Rabinovitch. Une explication à nuancer quand on sait que le général de Gaulle instaura « le mythe de la victoire », précisément pour contrer ce sentiment dépréciateur. Ce récit fut présent dans tous les manuels scolaires, à la télévision et répété tous les 8 Mai devant les monuments aux morts.

    Quand ce n’était pas le silence ou le mensonge familial, c’est ce mythe qui fut largement partagé dans les foyers, ainsi que l’a montré le sociologue Henri Mendras. De même, de Gaulle avait compris l’urgence de moderniser le pays en réinstaurant le « père » à travers la figure de l’ingénieur d’État, qui fait entrer la France dans un futur radieux, grâce au TGV, au Concorde, à Ariane, au nucléaire… «La jeunesse a besoin de mythes », estimait-il.

    En outre, là où le nationalisme fut en perte de vitesse après 1945, l’idéal révolutionnaire connut une expansion auprès de la jeunesse occidentale, de plus en plus diplômée. En France, des intellectuels marxistes ont fourni le matériau idéologique qui allait permettre à la bourgeoisie étudiante de se défaire des anciennes attaches. On pense notamment à Michel Foucault et à sa dénonciation des rapports de domination. « Papa pue ! » écrivaient sur les murs de la Sorbonne les étudiants de Mai 68. De Gaulle lui-même incarnait cette figure paternelle devenue le symbole d’un étouffement qui suscitera la révolte.

    Très souvent « confronté à un mode relationnel égalitaire entre parents et enfants » dans son cabinet, Ruben Rabinovitch raconte le cas d’un garçon de 12 ans, Tom, qui insulte ses parents. Un enfant tyrannique, sans cesse dans la conflictualité. «Nombreux sont aujourd’hui les parents qui ne parviennent pas à puiser en eux les capacités nécessaires pour poser une limite à la toute-puissance de leurs enfants, explique-t-il, quand, jadis, la fonction de limitation des pulsions visait à transmettre à l’enfant l’intégration de la frustration.» Et à lui faire comprendre qu’il n’est pas le « centre du monde ».

    Enfant roi. Autre constat déroutant : quand les enfants font l’éducation de leurs parents. Le psychologue parle d’un phénomène de «parentalisation des enfants », lesquels enseignent à leurs parents la manière d’être dans un monde qui leur échappe. Les pères d’aujourd’hui, pour ceux observés par Ruben Rabinovitch, admettent « ne pas disposer “des outils” et de la légitimité symbolique et sociale pour faire face au dur métier de papa ». Le témoignage de cette patiente, lasse de son mari qui ne remplit pas son rôle de père, est éclairant : « Je suis contrainte d’occuper toutes les places. Je n’y arrive pas. Il se comporte comme une mère de seconde zone ou comme un gentil grand frère. » Professeur d’université, Baptiste, lui, va jusqu’à se demander : « De quel droit serait-il autorisé à imposer sa volonté à un autre être humain, même à ses enfants?»

    Le reste du livre ressemble à un ruissellement qui partirait, sur fond de déchristianisation, de cette rupture historique pour se propager dans toutes les sphères de la vie…

  • Deux jeunesses, une fracture

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    Deux jeunesses, une fracture

    Il y a des semaines où un pays se révèle à lui-même par simple juxtaposition d’images. Fin septembre 2026, près de quatre-vingt mille jeunes remplissent le Stade de France pour accueillir le pape Léon XIV. Ils chantent, prient, écoutent un appel à la liberté intérieure et au choix du bien. Une jeunesse capable d’adhésion, de joie collective et de regard vers quelque chose qui la dépasse. Trois semaines plus tard, les mêmes rues et bien d’autres — Paris, Limoges, Marseille, Lyon, mais aussi Bruxelles et Milan — offrent le spectacle inverse : mairies et préfectures attaquées, commerces pillés par centaines, forces de l’ordre débordées, un hôtel de ville du XIXe siècle en grande partie détruit par les flammes. Deux visages d’une même génération. Deux possibilités d’être. Entre elles, un gouffre.

    Les faits sont établis. Le 17 octobre, une mobilisation contre la vie chère et la dégradation des services publics a rassemblé, selon les sources, entre 550 000 et 800 000 personnes. En marge des cortèges, la violence a pris le dessus. Plus de deux mille interpellations en France, près d’un millier de policiers, gendarmes et pompiers blessés, environ mille cinq cents commerces touchés. L’hôtel de ville de Limoges, monument historique, a brûlé jusqu’à l’effondrement partiel de sa toiture et de son beffroi. Des préfectures et des mairies ont été forcées. Des rues entières de centres-villes ont été méthodiquement ravagées. Le gouvernement a parlé d’ultragauche et de délinquants d’opportunité. D’autres lectures insistent sur la présence massive de jeunes venus des banlieues, pour qui la France n’inspire ni respect ni appartenance. Le même jour, Bruxelles a connu des affrontements, des barricades, une voiture retournée et des attaques contre des bâtiments politiques. Milan a vu la place du Duomo transformée en champ de bataille, avec jets de projectiles, pillages et usage de canons à eau. Le phénomène n’était pas franco-français.

    Plus profond que le politique

    Réduire ces événements à un simple conflit social ou à une stratégie de pouvoir laisse échapper l’essentiel. Une lecture plus juste est de reconnaître qu’ils révèlent aussi une lutte intérieure : entre le chaos du ressentiment et la capacité d’élévation. « Tout est spirituel », au sens de ce qui relève de l’esprit, des dispositions, du sens donné à l’existence, éclaire parfois mieux la situation que le seul « tout est politique ». Dans la même génération coexistent la jouissance de la destruction et le désir de transmission. Ce n’est pas seulement deux camps qui s’opposent dans la rue. C’est un conflit porté, à des degrés divers, par chacun. Les images du 17 octobre ressemblent à un détail de Jérôme Bosch ou à un cercle de l’Enfer dantesque. Celles du Stade de France évoquent l’autre possibilité : le surmontement des peurs individuelles et le choix de s’inscrire dans un destin commun.

    Les facteurs structurels restent déterminants. Des décennies d’immigration massive sans exigence réelle d’assimilation ont produit, dans certains territoires, des populations pour qui le pays d’accueil n’est ni une histoire ni un projet. L’école a souvent cessé d’être un lieu de culture commune. La justice est perçue comme indulgente envers les délinquants et sévère envers les citoyens ordinaires. L’autorité a été méthodiquement affaiblie. Une classe dirigeante technocratique, longtemps convaincue de sa propre lucidité, a arasé une à une les digues morales, sécuritaires et culturelles qui permettent à une société de tenir. Quand l’ultragauche, les opportunistes et les porteurs de ressentiment peuvent, en quelques heures, mettre un pays sens dessus dessous, c’est que ces digues étaient déjà bien basses. Le mépris de toute autorité, le ressentiment historique, social et culturel, le privilège de fait accordé à certaines milices idéologiques, une immigration dont une partie se dresse contre le pays qui l’accueille : tout cela s’est accumulé pendant des années. Les flammes du 17 octobre n’ont fait que rendre visible ce qui couvait.

    Une alerte stratégique

    Des analystes comme David Betz, professeur de War Studies au King’s College London, alertent depuis plusieurs années sur le fait que les conditions structurelles d’un conflit interne violent sont désormais réunies dans plusieurs sociétés occidentales. Fractionnalisation identitaire, sentiment de déclassement d’une population historique, crise de légitimité des institutions, élites perçues comme post-nationales et déconnectées : ces facteurs, bien documentés dans la littérature sur les guerres civiles, s’appliquent aujourd’hui à la France, au Royaume-Uni et à d’autres pays. Betz n’annonce pas une apocalypse certaine. Il affirme que le risque n’est plus marginal et que le temps de la politique « normale » pour le traiter est peut-être déjà compté. Les formes possibles ne sont pas nécessairement celles d’une guerre civile classique, mais plutôt des violences intercommunautaires prolongées, des « villes férales » difficilement gouvernables, des attaques contre les infrastructures critiques, une dimension rurale-urbaine marquée. Les émeutes de 2023 et de 2026 s’inscrivent précisément dans le type d’incidents précurseurs qu’il décrit. Son analyse n’est pas décisive au point de clore le débat, mais elle est suffisamment solide pour que l’on cesse de traiter ce risque comme une fantaisie.

    Ce qui reste possible

    L’avenir n’est pas écrit. Trois trajectoires se dessinent. La première, la plus probable à court terme, est la continuation d’une société duale gérée au coup par coup : plus de police, plus de discours, plus de plans, sans traiter les causes. La deuxième est un recentrage exigeant : réduction nette des flux, conditionnement du séjour et de la nationalité à une assimilation effective, rétablissement clair de l’ordre public, refondation de l’école comme lieu de transmission. La troisième est une fragmentation accélérée, avec des territoires de plus en plus séparés et une confiance dans les institutions qui continue de s’éroder.

    Les leviers existent encore. Rétablir l’autorité de l’État partout, y compris dans les zones qui lui échappent aujourd’hui. Conditionner l’immigration et la nationalité à des exigences réelles. Refaire de l’école un instrument de culture commune plutôt que de relativisme. Soutenir les forces — familiales, associatives, spirituelles, entrepreneuriales — qui produisent encore de l’appartenance et de la transmission. Ce qui ne fonctionne pas, c’est de croire que plus d’argent public ou plus de « dialogue » suffira à créer un attachement là où il n’y en a pas, ou d’attendre que le temps résolve seul le problème.

    Le week-end d’octobre 2026 a montré le risque de chute. La veillée de septembre a rappelé qu’un autre possible existe encore. Entre les deux, la marge est étroite. Elle exige du sérieux, du courage politique et une décision intérieure autant que collective. Les civilisations sont mortelles. La France l’est aussi. Elle peut encore choisir l’ange du meilleur — celui du ressaut, de la paix collective et du bien commun — ou s’abandonner à l’autre. Le choix n’est plus théorique. Il est déjà engagé.

    (avec le concours de l'intelligence artificielle)

  • "Les césars changent, Dieu demeure"

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    Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à St Germain de l’Auxerrois (source)

    Saint-Germain de l’Auxerrois (1er) - (archive 18 octobre 2020)

    29e dimanche du temps ordinaire – Année A

    - Is 45,1.4-6 ; Ps 95, 1.3-5.7-10 ; 1 Th 1,1-5 ; Mt 22,15-21

    « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22,21).

    Cette parole du Christ a traversé l’histoire. Pour beaucoup d’analystes, elle a permis de séparer le temporel du spirituel, ce qui vient des hommes et ce qui vient de Dieu. Les affaires publiques et la chose privée. En réalité, l’histoire nous enseigne que ce n’est pas aussi simple.

    Des gouvernants et des rois ont voulu gérer les affaires de l’Église. Constantin au concile de Nicée, Charlemagne pour résoudre la question épineuse du filioque, l’empereur d’Allemagne Henri IV pour nommer les évêques à la place du Pape, Henri VIII d’Angleterre… A contrario, des hommes d’Église se sont piqués de gouverner les états ou de s’immiscer dans leurs affaires.

    Cette question aujourd’hui se pose particulièrement avec l’extension du salafisme. Certains sondages nous révèlent qu’une majorité de musulmans préfèrent obéir à la charia plutôt qu’aux lois de la République. Et nous alors, les chrétiens ?

    Il y a une tradition portée par saint Paul et saint Pierre dès le début du christianisme. D’un côté, ils demandent le respect de l’autorité, la participation citoyenne et l’obéissance aux lois du pays dans lequel vivent les chrétiens (Rm 13, 1 ; 1Tm 2, 1-2 ; 1P 2, 13-14).

    En même temps, la tradition catholique valorise le primat de la conscience. Saint Pierre écrit : « Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29). Ainsi les premiers chrétiens ont refusé d’adorer l’empereur de Rome comme un dieu. Ils l’ont payé de leur vie.

    Aujourd’hui encore, il est légitime de faire valoir son droit à l’objection de conscience chaque fois qu’il apparaît une injustice inacceptable. Cette objection est même un devoir. Ainsi s’exprime l’encyclique de saint Jean Paul II L’Évangile de la vie (73). Le 2e procès de Nuremberg a opposé ce principe en réponse aux médecins des camps qui invoquaient leur obéissance aux ordres pour justifier leur attitude. Il n’est pas acceptable de poser un acte contraire à sa conscience, comme pratiquer un avortement pour un médecin qui a intégré le serment d’Hippocrate dans lequel est écrit le respect de toute vie : « Je ne donnerai pas de pessaire abortif ». Alors, que penser ?

    Écoutons Jésus répondre à Pilate qui pense avoir le droit de vie et de mort sur lui : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi s’il ne t’était donné d’en haut » (Jn 19, 11). Encore une fois il s’agit du principe de subsidiarité. Dieu permet à un homme de gouverner parce qu’il entre dans ses projets, comme Cyrus le roi de Perse dans la première lecture. Ce dernier doit exercer son rôle pour le bien de tous et doit être respecté. En revanche, s’il outrepasse sa fonction et contrevient au bien commun, ses décisions deviennent invalides. Le bien commun, différent de l’intérêt général qui peut supporter le sacrifice du plus faible, peut être recherché indépendamment d’un lien conscient à Dieu puisqu’il s’agit du bien de chacun, personnellement et ensemble. Les chrétiens, inspirés par l’amour de Dieu, y sont particulièrement sensibles. Ils peuvent et doivent s’engager dans la chose publique (res publica) au service du bien de tous. Mais il convient que jamais ils n’oublient que la source de leur action vient de Dieu qui est Amour. Si nos pièces de monnaie sont à l’effigie de l’un ou l’autre César d’aujourd’hui, nous sommes nous, et pour toujours, à l’effigie de Dieu. Les césars changent, Dieu demeure.

    +Michel Aupetit, archevêque de Paris.

  • Rendre à Dieu ce qui est à Dieu (29e dimanche ordinaire)

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    "Benoît et moi" met en ligne la traduction d'une homélie de l'évêque de Cordoue que nous livrons à votre méditation en ce 29e dimanche "ordinaire"

    (archive 2011)

    Dieu et César
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    Dans l’Évangile de ce dimanche Jésus a établi un principe aux énormes conséquences pour la vie sociale des peuples et des nations, qui sont composées de personnes individuelles. «Donnez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » - Matthieu XXII, 21 – (ndt dans saVersion latine de la Sacra Biblia Vulgata Clementina : Reddite ergo quæ sunt Cæsaris, Cæsari : et quæ sunt Dei, Deo). Il s’agit d’un principe pré-politique d’une importance capitale, également de nos jours. Beaucoup de conflits qui aujourd’hui prennent naissance dans la vie sociale proviennent du non respect de ce principe que le Christ a introduit dans l’histoire et dans la vie des hommes et qui est un principe que se trouve à la portée de la raison humaine.

    Dieu est le créateur de l’univers et il a également doté l’homme de la capacité de vivre dans la société. L’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu est un être social par nature. Et dans la société nous trouvons des personnes de tout type, les uns croyants, les autres non. Les uns ont telle religion, d’autres l’autre. Tout n’est pas égal, de même que tout ne vaut pas la même chose. Nous ne devons pas non plus laisser chacun avec la sienne, dans un relativisme avec l’apparence de la tolérance, qui dévalue tout.

    À cela s’ajoute l’attitude de ceux qui veulent se passer de Dieu et qui sont dérangés par tout ce qui fait référence à Dieu, passant à une attitude qui exclut et parfois attaque tout ce qui est religieux, surtout s’il s’agit de la religion catholique. La vérité doit être recherchée inlassablement et le cœur humain est capable de l’atteindre, principalement quand Dieu est venu à la rencontre de l’homme pour nous la communiquer.

    « Donnez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Le vie humaine a ses lois propres et son autonomie que nous devons tous respecter. Mais de telles lois ont une source propre et leur propre limite. L’autonomie des réalités temporelles signifie que l’autorité civile doit donner des règles à la coexistence de tous les citoyens à travers les organes propres du gouvernement, mais elle doit le faire dans le respect de la loi naturelle et du droit naturel, accessible à toute raison humaine.

    « Le christianisme n’a jamais imposé à l’État et à la société un droit révélé, un ordre juridique dérivé de la révélation, mais s’en est remis à la nature et à la raison comme véritables sources de droit », rappelait Benoît XVI au Parlement allemand récemment (22.09.2011). C'est pourquoi une grande partie de la matière qui doit être réglée juridiquement a comme critère celui de la majorité, mais sur des questions fondamentales dans lesquelles est en jeu la dignité humaine, le principe de la majorité ne suffit pas. Il est nécessaire d’avoir recours au droit naturel de manière à ce que les lois n’aillent jamais contre l’homme.

    Faire que Dieu gouverne tout c’est ignorer qu’il faut donner à César ce qui est à César. Se passer de Dieu et de toute influence de la religion dans le fonctionnement de la société c’est se fermer à l’influence bénéfique que l’homme reçoit de Dieu à travers la religion. Le monde contemporain a besoin de se rappeler ce principe de l’Évangile, qui est le fondement de la liberté religieuse, de l’autonomie des réalités temporelles et en définitive du droit naturel, accessible à la raison de tous les hommes. Étouffer toute relation avec Dieu sous prétexte de l’autonomie humaine comme le fait la raison positiviste, c’est comme nous enfermer dans un édifice de béton armée sans fenêtres, dans lequel nous nous fabriquons par nous-mêmes le climat et la lumière, sans ne plus vouloir recevoir ces deux choses du grand monde de Dieu. Nous avons besoin d’ouvrir à notre époque les fenêtres à Dieu qui ne supprime pas les droits de César, mais les garantit dans une liberté que l’homme seul pour atteindre quand il a Dieu.

    Recevez mon affection et ma bénédiction.

    + Demetrio Fernández, évêque de Cordoue.

  • Le professeur Jérôme Lejeune, l'éthique humaine et l'enfant à naître

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    De Michael J. Miller sur le CWR :

    Le professeur Jérôme Lejeune, l'éthique humaine et l'enfant à naître

    La distinction philosophique entre la transmission de la forme et la transmission de la matière exclut les arguments matérialistes grossiers selon lesquels le fœtus ne serait qu’un « simple amas de cellules », une « partie du corps de la femme » ou sa propriété exclusive.

    16 octobre 2026


    Photo : Dr Jérôme Lejeune (1926-1994). Crédit : Fondation Jérôme Lejeune via Wikimedia (CC BY-SA 3.0).

    Le 7 mai 1974, moins de 500 jours après que la Cour suprême des États-Unis a rendu la désastreuse décision Roe v. Wade légalisant l’avortement dans tout le pays, un généticien de renommée mondiale témoignait devant la sous-commission des amendements constitutionnels de la commission des affaires judiciaires du Sénat américain. Il venait soutenir une proposition d'amendement sur le droit à la vie (Human Life Amendment).

    Le docteur Jérôme Lejeune exerçait la médecine auprès d’enfants atteints de déficiences intellectuelles. Il était également professeur de génétique fondamentale à l’Université René Descartes à Paris et un défenseur éloquent des êtres humains à naître. Des extraits de son témoignage ont été publiés par la Human Life Review (hiver 1975, pages 105-107) sous le titre « Annexe C : La génétique humaine et l’enfant à naître ». La majeure partie de ce texte est réimprimée ici, accompagnée de commentaires. L’anglais parlé par le témoin expert était excellent, mais parfois peu idiomatique ; les clarifications ponctuelles sont indiquées entre crochets.

    Lejeune déclara :

    La transmission de la vie est tout à fait paradoxale. Nous savons avec certitude que le lien qui unit les parents aux enfants est à chaque instant un lien matériel, car nous savons que c’est de la rencontre de la cellule féminine (l’ovule) et de la cellule masculine (le spermatozoïde) qu’émergera un nouvel individu.

    Mais nous savons avec le même degré de certitude qu'aucune molécule, aucune particule individuelle de matière contenue dans l'œuf fécondé, n'a la moindre chance d'être transmise à la génération suivante. Par conséquent, ce qui est réellement transmis, ce n'est pas la matière en tant que telle, mais une conformation spécifique de la matière, ou plus précisément, [une sorte d'] « information ».

    Le cadre des trimestres fixé par Roe v. Wade était complètement arbitraire, sans le moindre fondement biologique ou philosophique. Il reflétait plutôt l'approche de l’establishment protestant libéral aux États-Unis à cette époque : son « Évangile social » (Social Gospel) désacralisait la loi morale et élargissait la liberté individuelle afin de réformer et de moderniser la société. Pour les partisans de l’Évangile social, la décision de la Cour suprême semblait être une tentative raisonnable de « concilier » les droits de l’enfant à naître avec les intérêts de la mère et le bien commun. Cette mise en balance des intérêts présuppose toutefois que plus l’être humain est petit, moins il est humain et moins il a de droits.

    Le « paradoxe » initial de Lejeune ne s'attaque pas au système des trimestres, mais pose une question radicale : comment une nouvelle vie humaine commence-t-elle ? Le lien avec les parents est matériel, mais pas exclusivement, et il n'y a donc pas « plus » de vie humaine à mesure que l'embryon grandit.

    Dans le paragraphe suivant, Lejeune compare « la machinerie complexe des molécules codées comme l'ADN, les protéines d'ARN, etc., qui sont le véhicule de l'hérédité » avec d'autres « processus de reproduction, qu'ils soient naturels ou artificiels ». Par exemple, une statue doit être construite dans un matériau quelconque et ne pourrait pas exister si [elle était] faite de pur vide.

    Pendant le processus de moulage, il existe à chaque instant une contiguïté de molécules [c'est-à-dire un contact physique] entre la statue et le moule, puis, plus tard, entre le moule et la réplique. Mais évidemment, aucune matière n'est reproduite, car la réplique pourrait être en plâtre, en bronze ou en n'importe quoi d'autre. Ce qui est effectivement reproduit, ce n'est pas la matière de la statue, mais la forme gravée dans la matière par le génie du sculpteur.
    La distinction philosophique entre la transmission de la forme et la transmission de la matière exclut les arguments matérialistes grossiers selon lesquels le fœtus ne serait qu’un « simple amas de cellules », une « partie du corps de la femme » ou sa propriété exclusive.
    Certes, la reproduction des êtres vivants est infiniment plus délicate que la reproduction d'une forme inanimée, mais le processus suit une voie très similaire, comme nous le verrons à travers un autre exemple familier.
    Sur la bande magnétique d'un magnétophone, il est possible d'inscrire, par de minuscules modifications du magnétisme local, une série de signaux correspondant, par exemple, à l'exécution d'une symphonie. Une telle bande, si elle est introduite dans la machine appropriée, jouera la symphonie, bien qu'il n'y ait pas de musiciens dans la machine et qu'il n'y ait même pas de notes écrites sur la bande. C'est ainsi que se joue l'existence. [= C'est ainsi qu'une vie humaine se déroule.]

    Note sur les supports audio pour les lecteurs de la génération Y (Millennials) : Les disques vinyles reproduisaient les ondes sonores en faisant vibrer l'aiguille d'un tourne-disque le long d'un sillon en spirale. Les enregistrements sur bande magnétique étaient encore analogiques, bien que dans ce cas, les vibrations soient enregistrées sous forme de fluctuations magnétiques au fur et à mesure que la bande se déroulait. Dans l'audio numérique, des paquets distincts d'informations, des séries de uns et de zéros, ressemblent au code génétique, qui est composé de séquences de quatre bases – l'adénine, la cytosine, la guanine et la thymine (A, C, G et T) – le long de la double hélice.

    Mais, dans cette analogie, la bande magnétique est incroyablement fine, car elle est réduite à la taille d'une molécule d'ADN, dont la miniaturisation est déroutante. Pour donner une idée de cette exigüité, rappelons que dans ce fil, chaque caractéristique de chacun de nous est exactement décrite. Tu auras les cheveux blonds, les yeux noisette ; tu mesureras un mètre quatre-vingts et tu vivras quelque quatre-vingts ans, si aucun accident de la route n'intervient !
    Toutes ces instructions, donnant la description complète d'un homme, sont écrites dans un fil d'un mètre de long. Mais le fil est si fin et si soigneusement enroulé à l'intérieur du noyau de la cellule qu'il tiendrait à l'aise sur la pointe d'une aiguille.

    Ici, le Dr Lejeune verrouille son argument implicite : la taille minuscule d'un être humain aux premiers stades de son développement ne diminue en rien son humanité, son identité ou sa valeur. Il a guidé avec charme son public de spécialistes — pour la plupart des juristes — par un chemin détourné vers cette conclusion, tout en restant dans son domaine de compétence en tant que généticien. Pourtant, le bon docteur impose une transition importante : il personnifie l'ADN (« chaque caractéristique de chacun de nous »), note qu'il est non seulement informatif mais qu'il a aussi une finalité, et décrit les « instructions » du code génétique dans un langage biblique, comme des commandements. Il introduit ainsi subtilement la notion d'un Législateur et de la loi morale comme une conclusion raisonnable qui découle des découvertes de la science génétique.

    …

    L'œuf fécondé est comparable à un magnétophone chargé. Dès que le mécanisme est déclenché, l'œuvre humaine est vécue [c'est-à-dire que la composition musicale "Cet être humain" est exécutée], en stricte conformité avec son programme. Le fait même que nous devions nous développer pendant neuf mois à l'intérieur de la protection corporelle de la mère ne change rien, comme vous pouvez facilement l'observer en regardant l'œuf de la poule, dont sortira le poussin. Cela ne fait aucune différence qu'il ait été incubé par la volaille ou par un appareil de chauffage électrique ! Le poussin reste un poussin.

    L'exemple de l'œuf de poule illustre le fait scientifique que Lejeune souligne souvent dans ses écrits : après la conception, aucune nouvelle information génétique n'est ajoutée lors du développement ultérieur ; l'embryon unicellulaire est un individu complet et unique.

    Si un jour un enfant peut être entièrement élevé dans une éprouvette, l'éprouvette ne croira jamais que l'enfant est sa propriété ! Une telle réduction de l'être humain à sa nature pure et simple n'est peut-être pas très agréable ni satisfaisante pour l'intuition, mais elle reflète fidèlement l'état actuel de nos connaissances scientifiques.
    Lorsqu'un nouvel étudiant entend pour la première fois une symphonie, disons Une petite musique de nuit de Mozart, il doit écouter l'ensemble pour la connaître. Mais s'il est mélomane, il reconnaîtra Mozart dès les premières mesures, et pourra en donner le titre à la deuxième ou troisième mesure. Il en va de même pour la symphonie humaine. Le spécialiste sait la reconnaître dès ses premiers accents, même si un plus grand nombre de mouvements divers sont nécessaires pour que sa forme générale devienne évidente pour tous.

    La « réduction » évoquée ici est celle dépeinte par Aldous Huxley dans son roman dystopique Le Meilleur des mondes, dans lequel les êtres humains commencent leur vie non pas in utero, mais dans des laboratoires industriels. Le traitement impersonnel d'un embryon humain ne fait pas pour autant de cet individu une personne moindre qu'une autre qui aurait été désirée et choyée.

    Lejeune pivote ensuite vers une autre « réduction » courante de l'être humain à ses facultés visibles : certaines personnes regardent la photo d'un embryon et disent : « Il ne ressemble pas et n'agit pas comme un être humain ». Poursuivant sa métaphore musicale, il répond qu'il fait exactement ce qu'un être humain fait à ce stade précoce de son développement.

    Les fils infinitésimaux de l'information génétique sont soigneusement enroulés dans de petits bâtonnets, les chromosomes, facilement visibles au microscope ordinaire. Ils sont un peu comme la bande magnétique à l'intérieur de la cartouche d'une minicassette.
    Il y a une vingtaine d'années, personne n'aurait pu distinguer la cellule d'un homme de celle d'un chimpanzé. Il y a dix ans, un simple comptage des chromosomes aurait donné la réponse : 46 s'il s'agit d'un homme, 48 s'il s'agit d'un chimpanzé. Depuis l'année dernière, si un étudiant qui regarde un œuf fécondé en division ou la cellule en division d'un blastocyste ne pouvait pas les différencier en disant : « Celui-ci est un être chimpanzé, celui-là est un être humain », il échouerait à l'examen de sa licence [= diplôme en génétique fondamentale]...

    Cet exemple démolit la théorie fantaisiste du XIXe siècle, développée sur la base de l'anatomie comparée, selon laquelle l'embryon humain passe par de nombreux stades correspondant à des formes de vie inférieures (poisson, reptile, singe) avant de devenir pleinement humain. Cette théorie a été enseignée dans les manuels scolaires jusque bien avant dans le XXe siècle ! Curieusement, le cadre par trimestres de la décision Roe v. Wade encourage ce type de pensée antiscientifique. Lejeune donne à ses auditeurs l'occasion de sauver la face en soulignant les progrès rapides de la science génétique.

    Ces faits de la génétique humaine peuvent paraître un peu trop théoriques, et il faut se demander si le bon sens peut reconnaître comme tel un si petit être humain. Si c'est très tôt, seul le scientifique, aidé de techniques perfectionnées, peut le dire. Si, disons, [les observations sont faites] à deux mois, tout le monde le sait, et le sait depuis des milliers d'années.
    À l'âge de deux mois, l'être humain mesure moins d'une longueur de pouce de la tête au croupion. Il tiendrait parfaitement dans une coquille de noix, mais tout est là : les mains, les pieds, la tête, les organes, le cerveau — tout est en place. Si vous regardiez de très près, vous verriez les plis de la paume, et si vous étiez cartomancien, vous pourriez y lire la bonne [aventure] de cette personne. En regardant encore de plus près au microscope, vous pourriez détecter les empreintes digitales comme Sherlock Holmes — tous les documents sont disponibles pour lui donner sa carte nationale d'identité !
    L'incroyable Petit Poucet existe bel et bien. Non pas celui du conte de fées, mais celui que chacun de nous a été. Car c'est à partir de cette histoire vraie que les contes de fées ont été inventés. Si les aventures du Petit Poucet ont toujours enchanté les enfants, si elles peuvent encore susciter l'émotion des adultes, c'est parce que tous les enfants du monde, tous les adultes qu'ils sont devenus, ont été un jour un Petit Poucet dans le ventre de leur mère.
    Mais nous, scientifiques, pouvons-nous accepter ces contes de fées ? La vérité est que la Nature elle-même le fait. Par exemple, l'avortement est un processus normal chez des mammifères imparfaits appelés marsupiaux. Ils possèdent une poche spéciale sur l'abdomen, commodément aménagée pour nourrir le petit [c'est-à-dire le descendant]. Chez le kangourou géant, l'avortement se produit au même stade que pour le petit Poucet chez l'homme, et il a en gros la même taille. Le fœtus avorté grimpe alors dans la fourrure de sa mère pour atteindre la poche.
    Le fait stupéfiant est que la mère kangourou le laisse faire, alors qu'elle ne permettrait à aucun autre type d'animal de s'y introduire ! Si le pauvre cerveau d'une femelle kangourou peut reconnaître la minuscule créature comme un être kangourou, il n'est pas [surprenant] que les généticiens puissent vous assurer en toute confiance que le Petit Poucet est bel et bien un véritable être humain.

    Le professeur Lejeune fait appel à l'imagination des législateurs de la sous-commission du Sénat, d'une manière qui rappelle la boutade de l'auteur romantique anglais Charles Lamb : « Même les avocats ont été des enfants autrefois ! ». Réentendre l'histoire du Petit Poucet, à l'âge adulte, peut éveiller un sentiment d'émerveillement face à la beauté du développement prénatal et un sentiment de solidarité avec les plus petits.

    Au milieu des années 1970, près de 90 % des médecins aux États-Unis étaient des hommes (en France, environ 85 %). L'exemple de la maman kangourou s'adresse au paternalisme élitiste qui dominait la profession médicale à l'époque.

    De la génétique moléculaire à la reproduction comparée, la nature nous a enseigné que, dès son être même [c'est-à-dire par essence], la « chose » avec laquelle nous avons commencé est un membre de notre lignée. [Parce qu'il est] lui-même, humain par nature, jamais une tumeur, jamais une amibe, un poisson ou un quadrupède, il est le même être humain de la fécondation jusqu'à la mort. Il se développera si le monde environnant n'est pas trop hostile. Et le seul rôle de la médecine est de protéger l'individu des accidents autant que possible tout au long du long et dangereux chemin de la vie.

    Des décennies plus tard, le philosophe suisse Bernard N. Schumacher observait qu'« Une personne en état de vulnérabilité nous enseigne que l'essentiel dans une vie humaine ne réside pas uniquement dans la dimension de l'utilité et de la performance, mais aussi dans l'attitude de dépendance confiante envers autrui. » [2]

    Notes de fin :

    [1] Cette perspective historique est résumée dans une critique de livre par Matthew Schmitz, « The Theology of Roe », dans First Things (février 2026) : 58-60.

    [2] Bernard N. Schumacher, « Qualité de vie et éthique de vulnérabilité », Revue suisse de pédagogie spécialisée (avril 2013) : 7-14, p. 13.

  • Hausse de la haine anti-chrétiens en Europe, deux poids deux mesures

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    Hausse de la haine anti-chrétiens en Europe, deux poids deux mesures

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    Thibault van den Bossche, chargé de plaidoyer pour la liberté religieuse  l’ECLJ (le Centre européen pour le droit et la justice), a été auditionné le lundi 12 octobre 2026 par la commission des pétitions du Parlement européen. Face à l’inertie de Bruxelles, la commission maintient ouverte la pétition de l’ECLJ « sur la montée présumée des sentiments antichrétiens et la nécessité d’une protection égale dans l’ensemble de l’Union », et poussera pour une résolution en plénière.

    La nécessité d’agir s’appuie sur la réalité des chiffres globaux fournis par l’Observatoire sur l’intolérance et la discrimination à l’encontre des chrétiens en Europe (OIDAC Europe), qui a recensé 2 211 crimes de haine antichrétiens sur le continent pour la seule année 2024, incluant 274 agressions physiques directes et 94 incendies criminels d’églises. L’ECLJ a ouvert l’audition sur le rappel du meurtre atroce d’Ashur Sarnaya, réfugié irakien chrétien ayant fui l’État islamique en 2014 pour finalement être égorgé à Lyon en septembre 2025 par un Algérien musulman radicalisé.

    Les trois visages d’une invisibilisation systémique

    Cette violence antichrétienne en Europe demeure largement occultée en raison de trois obstacles majeurs :

    • La sous-comptabilisation par les États, qui qualifient souvent le vandalisme des églises de simples « atteintes aux biens » et omettent de transmettre leurs données aux instances internationales comme l’OSCE.
    • La sous-déclaration par les victimes, qui renoncent à porter plainte par résignation, par peur ou par tendance à relativiser les faits.
    •  Un biais idéologique et politique, qui perçoit le christianisme uniquement comme une religion historiquement dominante et refuse de concevoir que les chrétiens puissent, eux aussi, être des victimes.

    En réponse, l’ECLJ demande dans sa pétition la nomination d’un Coordinateur de l’Union européenne chargé de la lutte contre les attaques et les discriminations contre les chrétiens, à l’instar des postes créés en 2015 pour les communautés musulmanes et juives. Nous réclamons également le renforcement de la collaboration entre les communautés, la société civile et les États afin de bâtir des cadres nationaux de coopération, briser l’autocensure et déployer des protections efficaces.

    Le clivage politique de Bruxelles face au «deux poids, deux mesures »

    Lors des débats, les représentants du Parti populaire européen (PPE), des Patriotes pour l’Europe (PFE), des Conservateurs et réformistes européens (ECR) et de l’Europe des nations souveraines (ESN) ont unanimement soutenu le maintien de la pétition, dénonçant une politique du « deux poids, deux mesures ». À l’inverse, les bancs des groupes du centre et de gauche sont restés intégralement vides. Ce désintérêt flagrant a été vivement fustigé par l’eurodéputé allemand Tomasz Froelich (ESN), rappelant qu’il s’agit pourtant de violations caractérisées des droits de l’homme.

    De son côté, le représentant de la Commission européenne au titre de l’article 17 du TFUE (relations avec les Églises) a livré une réponse particulièrement timorée. Tout en concédant le caractère inacceptable des violences, l’exécutif européen a affirmé qu’il comptait utiliser les textes existants mais « ne prévoyait pas de développer de nouveaux dispositifs », se défaussant ainsi sur la seule responsabilité des États membres. Illustrant cet immobilisme persistant, l’eurodéputée française Virginie Joron (PFE) a rappelé qu’une question écrite avait été déposée dès le 22 octobre 2025 par Fabrice Leggeri (PFE) pour exiger la nomination d’un Coordinateur européen, une interpellation restée sans réponse satisfaisante de la part de la Commission.

    La situation locale n’en demeure pas moins alarmante. L’eurodéputée espagnole Margarita de la Pisa Carrión (PFE) a condamné le silence des institutions face à ce qui s’apparente à la plus grande persécution religieuse sur le continent, rappelant que 67% des prêtres espagnols rapportent avoir subi des insultes ou des moqueries. En France, l’eurodéputée Laurence Trochu (ECR), qui conduit une pétition connexe réunissant déjà plus de 15 000 signatures, a pointé du doigt l’explosion de 70 % des atteintes aux personnes chrétiennes entre 2024 et 2025. Elle a également rappelé que le Parlement européen avait déjà validé le principe d’une telle protection en adoptant dans une résolution du 21 janvier 2026 un amendement qu’elle avait proposé déplorant l’absence de coordinateur dédié, tout en mettant en parallèle le sort des 380 millions de chrétiens persécutés à travers le monde.

    Face à l’insuffisance des réponses de l’exécutif, la commission PETI a choisi de maintenir la pétition ouverte. Elle exige désormais des informations officielles complémentaires de la Commission européenne et poussera pour obtenir un débat en plénière suivi d’une résolution. La nomination d’un Coordinateur européen est une pure question d’égalité et de justice, une demande d’ailleurs largement soutenue par l’Intergroupe sur la liberté de religion, la COMECE (Conférence des évêques de l’UE), le nonce apostolique Monseigneur Noël Treanor, ainsi que de nombreuses organisations de la société civile européenne.

    Signe qu’une prise de conscience globale est en cours, le 8 octobre 2026, le Parlement européen a adopté une résolution majeure sur la nécessité pour l’Union de se doter d’une stratégie contre l’entrisme islamiste et l’influence du réseau des Frères musulmans. Les eurodéputés y identifient explicitement la « haine antichrétienne » au même titre que l’antisémitisme, la soumission des femmes ou la remise en cause de la laïcité, comme un marqueur clair de radicalisation idéologique. De plus, le 24 juin 2026, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) est elle aussi saisie du sujet à travers une motion de résolution transpartisane intitulée « Crimes de haine, intolérance et discrimination à l’encontre des chrétiens d’Europe », exhortant les États à développer une stratégie commune pour prévenir ces crimes, y compris en ligne, et pour sécuriser les lieux de culte.