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Société

  • Manifestations à Liège : Mgr Delville condamne les violences et refuse de stigmatiser la jeunesse

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    COMMUNIQUÉ DE PRESSE

    DIOCÈSE DE LIÈGE · BISTUM LÜTTICH

    LIÈGE, LE VENDREDI 9 OCTOBRE 2026

    Manifestations à Liège : Mgr Delville condamne les violences et refuse de stigmatiser la jeunesse

    Alors que Liège connaît depuis plusieurs jours des manifestations de jeunes marquées, en marge des cortèges, par des violences et des dégradations, Mgr Jean-Pierre Delville prend la parole.L’évêque de Liège, également référendaire pour l’enseignement catholique en Belgique francophone et germanophone (il suit ce domaine pour l’ensemble des évêques de Belgique), condamne fermement la violence et refuse que toute une jeunesse en porte le poids. Il salue les gestes de solidarité, exprime sa proximité aux enseignants et appelle chacun à devenir artisan de paix.

    MESSAGE DE MGR JEAN-PIERRE DELVILLE

    Appel au calme, au dialogue et à l’espérance

    Évêque de Liège & Évêque référendaire pour l’enseignementcatholique en Belgique francophone et germanophone

    Les événements qui secouent Liège depuis plusieurs jours me touchent profondément, comme évêque de Liège, mais aussi comme évêque référendaire pour l’enseignement catholique en Belgique francophone et germanophone.

    Je le dis avec fermeté : rien ne justifie la violence, les dégradations, les pillages ni les atteintes aux personnes. Voir notre ville abîmée, des vitrines brisées, du mobilier urbain détruit et des personnes blessées me remplit de tristesse. Le bien public est notre bien à tous ; il appartient à chacun d’en prendre soin. Mais je refuse que les actes d’une minorité jettent la suspicion sur toute une jeunesse. Ceux qui, masqués, cassent, incendient ou pillent ne représentent pas cette jeunesse qui exprime ses inquiétudes et dont l’immense majorité souhaite être entendue pacifiquement.

    Je salue celles et ceux dont on parle moins. Des jeunes et des adultes ont tenté de raisonner les casseurs ou aidé des commerçants à rentrer leur terrasse et à mettre leur matériel à l’abri. Je pense notamment au chanoine Pierre Hannosset, bien connu également pour les messes télévisées. Alors que les événements se déroulaient devant notre cathédrale, il est allé à la rencontre des jeunes pour les écouter et comprendre les raisons de leur mobilisation. Il a même pu échanger calmement avec certains de ceux qui participaient aux dégradations, montrant que le dialogue reste possible, même dans les moments de tension. Incommodé par les gaz lacrymogènes, il a lui-même reçu l’aide de jeunes qui lui ont proposé des gouttes pour les yeux et se sont inquiétés de son état. Au milieu de la confusion et de la violence, ces gestes d’écoute, de courage et de solidarité disent, eux aussi, quelque chose de notre jeunesse et de notre ville.

    J’entends l’inquiétude de nombreux jeunes face au coût et aux conditions de leurs études, et face à leur avenir. Leur parole est une chance pour notre vie démocratique. Ces préoccupations méritent d’être entendues et prises au sérieux. C’est par une écoute mutuelle et une concertation sincère entre les différents acteurs concernés que pourront se construire des réponses durables. L’entendre est nécessaire ; l’entendre n’est jamais excuser la violence. J’exprime ma proximité et ma reconnaissance aux enseignants, aux éducateurs et aux directions d’école. Ils vivent une rentrée particulièrement éprouvante et affrontent des situations hors du commun. Je sais combien certains d’entre eux sont aujourd’hui éprouvés, parfois jusqu’à l’épuisement. Ils demeurent, pour tant de jeunes, des repères essentiels.

    Je porte dans ma prière toutes celles et ceux que cette situation touche, de près ou de loin : les jeunes et leurs familles, les enseignants et les directions, les commerçants, les personnes blessées, les policiers, les pompiers, les secouristes, les responsables politiques et tous les habitants qui vivent ces jours dans l’inquiétude. Je tiens également à remercier toutes celles et ceux qui, dans des circonstances particulièrement difficiles, se mobilisent pour protéger les personnes, porter secours et préserver notre sécurité commune.

    Ces événements nous interrogent aussi personnellement. L’effet de groupe peut nous pousser à poser des gestes que nous n’aurions jamais imaginé accomplir seuls. Et lorsque la violence éclate, demandons-nous quel est notre premier réflexe : filmer pour diffuser des images spectaculaires, ou nous soucier de ceux qui ont besoin d’aide ? Une vidéo partagée peut jeter de l’huile sur le feu ; une main tendue peut aider à l’éteindre. Même au cœur d’une foule, chacun demeure libre et responsable de ses actes, et appelé à agir en conscience.

    Aux jeunes, je veux dire : ne vous laissez pas entraîner dans une violence qui vous dépasse et qui finit par détruire ce que vous voulez défendre. Votre parole compte. Vos inquiétudes doivent pouvoir être entendues. La vraie force, c’est de rester maître de soi, d’aller vers l’autre et d’oser le dialogue. Aux parents et à tous ceux qui accompagnent les jeunes : restez proches d’eux, écoutez-les, parlez avec eux de ce qu’ils traversent.

    Il y a deux semaines à peine, au Stade de France, quelque 80 000 jeunes rassemblés autour du pape Léon XIV témoignaient que, dans un monde qui n’est pas simple, la joie et l’espérance restent possibles. Le pape leur disait : « Notre combat n’est pas un combat contre les autres, il n’utilise pas les armes de la violence, du mépris ou de l’oppression. Notre seule arme est celle de l’amour qui se donne. » Ces mots valent pour chacun de nous, croyant ou non : ayons tous le courage de baisser les armes de la violence pour mieux élever les voix qui osent entrer en dialogue.

    Je forme le vœu que Liège choisisse la rencontre plutôt que l’affrontement, l’écoute plutôt que le mépris, la confiance plutôt que la peur.« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » (Évangile selon saint Matthieu 5, 9)

    Puissions-nous tous, là où grandissent la colère et la haine, devenir des artisans de paix, de dialogue et d’espérance.

    + Jean-Pierre Delville

    Évêque de Liège

  • "Liberté, égalité, fraternité"; Léon XIV, le fantôme de la Révolution française et la franc-maçonnerie

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    De Mario Alexis Portella sur Crisis Magazine :

    8 octobre 2026

    Léon XIV, le fantôme de la Révolution française et la franc-maçonnerie

    La question n’est pas de savoir si les catholiques sont capables de soutenir la liberté, l’égalité et la fraternité ; ils le sont. La question est de savoir quel contenu substantiel ces termes acquièrent lorsqu’ils sont présentés comme des impératifs éthiques universels.

     
    Le pape Léon XIV a récemment entamé son cinquième voyage apostolique international depuis le début de son pontificat, en se rendant en France. Si beaucoup ont salué ce voyage comme un succès, certaines revues catholiques en ligne l'ont critiqué pour avoir « célébré une devise de la Révolution française utilisée par les francs-maçons — "Liberté, Égalité, Fraternité" — comme des "impératifs éthiques universels" ».

    Le pontife a déclaré aux fidèles que ces mots « ne sont pas simplement des mots inscrits sur le fronton de vos bâtiments publics ; ils renvoient à des impératifs éthiques universels qui trouvent également dans le message de l'Évangile une source inépuisable d'inspiration et d'accomplissement ».

    Le pape Léon XIV a présenté une recherche historique et théologique plus profonde, d'autant plus que l'organisation maçonnique du Grand Orient de France a pour devise « Liberté, Égalité, Fraternité », laquelle est née pendant la Révolution française anti-catholique — une période marquée par la persécution des évêques, des prêtres, des communautés religieuses et des laïcs catholiques tout au long de la Terreur.

    Le pape Léon XIV a présenté une recherche historique et théologique plus profonde.

    En considérant que « la liberté, l'égalité et la fraternité » sont des « impératifs éthiques universels » et en soutenant qu'elles se trouvent dans l'Évangile comme « une source inépuisable d'inspiration et de réalisation », sa méthodologie peut être perçue comme une tentative de réappropriation de ces principes dans un cadre chrétien de la dignité humaine. Néanmoins, cette formulation soulève la question de savoir si leurs origines séculières et révolutionnaires sont suffisamment distinguées de leur interprétation chrétienne, étant donné que ces expressions véhiculent de multiples interprétations historiques concurrentes.

    La question n’est pas de savoir si les catholiques sont capables de soutenir la liberté, l’égalité et la fraternité ; ils le sont. La question est de savoir quel contenu substantiel ces termes acquièrent lorsqu’ils sont présentés comme des impératifs éthiques universels.

    Des conceptions fondamentalement divergentes de la liberté humaine, de l'égalité, de la gouvernance et des relations entre la foi religieuse et l'autorité politique peuvent s'exprimer à travers une terminologie identique, ce qui est le point le plus important. Cette question devient encore plus significative lorsque Léon parle positivement de la liberté religieuse dans le contexte français, alors que le pape Pie IX, dans son encyclique Quanta Cura (1864), avait rejeté la proposition faite par Léon selon laquelle « chaque homme est libre d'embrasser et de professer la religion qu'il aura estimée vraie, guidé par la lumière de la raison ». Pie IX a de même condamné les propositions affirmant une liberté de conscience et de religion sans restriction.

    Léon a cependant souligné que la liberté religieuse ne peut être considérée comme un droit de choisir ou de professer si elle n’est pas alignée sur la vérité objective. En cela, le pape semblait reprocher à la politique laïciste de la France, qui remonte en définitive à la Révolution française, sa volonté de garantir l'absence totale d'influence de la religion dans les affaires politiques du gouvernement.

    De fait, lorsque le pape François a célébré la messe à Marseille en 2023, le président Emmanuel Macron, afin de se conformer à cette politique, a assisté à la messe papale mais n'a pas participé au culte, soutenant qu'il n'était présent qu'en tant que président par respect et courtoisie, et non en tant que fidèles pratiquant.

    « Le chrétien engagé dans la vie publique, qui agit à la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace pour l’unité de la patrie », a déclaré le pape Léon. À première vue, cela reflète ce que Léon a effectivement dit ; cependant, dans la mesure où la liberté religieuse ne peut être considérée comme un droit autonome de choisir, de professer et de propager une croyance religieuse indépendamment de la vérité objective, le pape semblait reprocher son laïcisme à la France, lequel remonte en dernière analyse à la Révolution française.

    Les papes Benoît XVI et François ont également partagé une vision sociale de l'Église catholique et de ses relations avec le monde séculier : la « saine laïcité » [ou « saine sécularité »]. Ce concept a été mentionné pour la première fois par le pape Pie XII en 1958 lorsqu'il a reconnu la possibilité et la légitimité d'une « saine sécularité de l'État », une formule qui non seulement acceptait la distinction entre le « sécularisme » en tant que philosophie sociale et la « laïcité » en tant que méthode d'organisation de l'État, mais ouvrait également, au sein de la pensée catholique, une réflexion sur le rôle et le sens de l'autonomie des laïcs en général et de l'État en particulier.

    En d'autres termes, étant donné que l'homme a une orientation religieuse intrinsèque puisqu'il est « créé » à « l'image et à la ressemblance » de Dieu (Genèse 1, 26-27), la possibilité d'accepter un État agnostique ou laïc — comme ce fut le cas sous l'ancienne Union soviétique ou aujourd'hui dans la Chine communiste — est hors de question. Il a également noté la nature contradictoire de l'expression « État laïc » tout en rejetant simultanément l'« État confessionnel », c'est-à-dire un État dans lequel les droits civils, politiques et économiques découlent d'une certaine profession de foi.

    Étant donné que l'homme a une orientation religieuse intrinsèque puisqu'il est "créé" à "l'image et à la ressemblance" de Dieu… la possibilité d'accepter un État agnostique ou laïc… est hors de question.
    Le paradoxe est qu'il s'est réuni par la suite avec des représentants des traditions religieuses musulmane, juive, bouddhiste, protestante et orthodoxe pour engager l'Église catholique dans des objectifs spirituels et éducatifs partagés entre les religions non chrétiennes. On pourrait raisonnablement soutenir, de manière compréhensible, que le pape a consenti à des principes associés à la franc-maçonnerie.

    La difficulté survient lorsque la liberté religieuse est comprise comme la prérogative de chaque personne de décider par elle-même de ce qui est vrai et de proclamer cette vérité indépendamment de la vérité objective. Il s'agit là d'une position erronée que Pie IX a condamnée dans Quanta Cura — la doctrine selon laquelle tout homme a le libre droit d'embrasser et de professer toute religion qu'il peut juger vraie. La vision catholique de la conscience ne fait pas du jugement subjectif le fondement de la vérité religieuse. Elle est attachée à la recherche de la vérité, que la conscience de l'homme doit rechercher et à laquelle elle doit se conformer.

    La vision catholique de la conscience ne fait pas du jugement subjectif le fondement de la vérité religieuse. Elle est attachée à la recherche de la vérité, que la conscience de l'homme doit rechercher et à laquelle elle doit se conformer.

    Il n'est pas exact de dire que les déclarations de Léon XIV (et ses actes lors du rassemblement avec les autres religions) rejettent catégoriquement l'enseignement catholique, car il n'affirme pas positivement la proposition condamnée par Pie IX. L'élucidation positive de la liberté religieuse soulève toutefois une préoccupation théologique légitime si elle est lue sans les nuances qu'exige la compréhension catholique traditionnelle de la vérité, de la conscience et des droits objectifs de Dieu.
    Le cœur du sujet est de savoir si la liberté religieuse est comprise comme le droit humain indépendant de déterminer et de professer des croyances religieuses indépendamment de leur vérité objective, ou comme une sauvegarde contre la cohésion [ou la coercition] en matière religieuse. Le même problème s'applique à la classification par Léon de « la liberté, l'égalité et la fraternité » comme des « impératifs éthiques universels ».

    Le catholicisme reconnaît tous ces principes, mais il ne les fonde pas sur une souveraineté humaine indépendante. La liberté doit être orientée vers la vérité, car il n'y a qu'une seule vérité. Pourquoi ? Parce que lorsque l'on recherche Dieu et le but de notre présence sur cette terre, il ne peut y avoir qu'une seule vérité — une seule Révélation divine, telle que l'enseigne l'Église catholique. Si et quand l'Église s'engage auprès de ceux qui sont en dehors du bercail du catholicisme, elle doit le faire avec une compréhension doctrinale claire selon laquelle la plénitude de la vérité révélée réside dans l'Église catholique fondée par Jésus-Christ. L'égalité doit reposer sur l'égale dignité des personnes créées par Dieu. La fraternité découle ultimement de l'origine commune de l'humanité et de sa destinée définitive en Dieu.

    La question cruciale, par conséquent, n'est pas de savoir si ces principes sont compatibles avec le christianisme, mais si leur signification est fondée sur l'anthropologie chrétienne ou sur la tradition politique non religieuse dans laquelle ils ont également vu le jour.

    Auteur : P. Mario Alexis Portella
    Le P. Mario Alexis Portella, J.D., J.C.D. est prêtre de la cathédrale Santa Maria del Fiore à Florence, en Italie. Il a auparavant été chercheur invité au Danube Institute à Budapest, en Hongrie, et professeur invité à l'ITI Catholic University à Trumau, en Autriche. Il est titulaire d'un doctorat en droit canonique et en droit civil de l'Université pontificale du Latran à Rome.
  • Ordre et désordre : une interview du cardinal Eijk

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    De l'Observatoire International Cardinal Van Thuan :

    Interview du cardinal Eijk 

    « Une société est ordonnée lorsque son organisation et sa structure sont fondées sur les intentions que Dieu avait en tête lors de la création du monde. » L’archevêque d’Utrecht s’exprime à la veille de son discours inaugural, qu’il prononcera le vendredi 9 octobre, pour le cours vidéo sur la doctrine sociale de l’Église organisé par Bussola et l’Osservatorio Van Thuân ( cliquez ici pour consulter le programme complet et vous inscrire ).

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    « Nous, chrétiens, devons sans cesse, avec courage et clarté, présenter la vérité à tous, afin que les membres de la société prennent conscience que le Créateur, et non l’État, est la source de la dignité humaine. » C’est ce qu’affirme le cardinal Willem Jacobus Eijk, archevêque d’Utrecht, dans cet entretien avec La Bussola , à la veille de sa leçon inaugurale à l’École nationale de doctrine sociale de l’Église, consacrée à « L’ordre et le désordre social : les origines de l’insécurité », que La Bussola organise en collaboration avec l’Observatoire Cardinal Van Thuân.

    Le cardinal Eijk prononcera son discours en direct le vendredi 9 octobre à 21 heures, intitulé « L’ordre social selon la doctrine sociale de l’Église », une introduction à l’École, qui se poursuivra ensuite par des réunions hebdomadaires animées par des experts.

    Éminence, commençons par clarifier les termes : qu’entendons-nous par ordre et désordre ?

    Quand on parle d'ordre dans la société, on imagine d'abord une société où règnent la paix et la sérénité. Face au désordre, on pense immédiatement au chaos, aux conflits entre les membres et à d'autres tensions. Ces représentations de la société, qui opposent l'ordre au désordre, ne sont pas fausses en soi, mais elles occultent la dimension plus profonde qui sous-tend ces deux notions. Une société où règne l'ordre est celle dont l'organisation et la structure reposent en définitive sur l'ordre de la création, c'est-à-dire sur les intentions de Dieu lors de la création du monde. Une société désordonnée, en revanche, est celle où l'ordre de la création est ignoré et où les intentions divines sont bafouées. Le mépris de l'ordre de la création a de graves conséquences pour la société. Cela est déjà manifeste chez les premiers humains qui, après le péché originel, se sont éloignés les uns des autres et ont commencé à s'affronter. L'homme reproche à sa femme le péché originel : « La femme que tu as mise auprès de moi, c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé » (Genèse 3,12). Et à la femme, Dieu dit entre autres : « Ton désir se portera vers ton mari, et il dominera sur toi » (Genèse 3,16). La paix et la sérénité se perdent au sein même de la cellule primordiale de la société, et par conséquent aussi dans les sociétés les plus vastes.

    Quels sont les principes sur lesquels repose une société ordonnée ?

    Ce sont les principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Église. Premièrement, la dignité fondamentale de la personne humaine doit toujours être respectée. Elle est le fondement des autres principes de la doctrine sociale : le souci du bien commun, le principe de subsidiarité, le principe de solidarité et l’option fondamentale en faveur des pauvres.

    Le Magistère de l'Église parle d'un ordre fondé sur le droit naturel, qui renvoie à une objectivité valable pour tous les hommes. Or, cela se heurte à la conception moderne de l'État, où les critères de l'ordre social sont établis par les puissants ou par le vote majoritaire. Comment surmonter cette dichotomie ?

    La loi morale naturelle trouve son origine dans le fait que l'univers, à l'instar de l'être humain, a été créé par Dieu. C'est Dieu qui a créé l'homme à son image et à sa ressemblance et qui, de ce fait, lui a conféré une dignité inviolable, source de ses droits et de ses devoirs. Lorsque l'existence du Créateur et de la création est niée, c'est l'État qui, par le biais d'une majorité autocratique ou démocratique, détermine les droits de l'être humain et ce qu'on peut attendre de lui. Par conséquent, l'État peut, par exemple, interdire, sous certaines conditions, le droit à la tutelle à l'enfant à naître. Cette dichotomie ne peut être surmontée que lorsque l'État reconnaît que Dieu est la source des droits et des devoirs de l'homme et que la législation s'en inspire. Nous, chrétiens, devons sans cesse, avec courage et clarté, présenter la vérité à tous, afin que chacun comprenne que c'est le Créateur, et non l'État, qui est la source de la dignité humaine. L'augmentation significative du nombre de jeunes catholiques en France, mais aussi aux Pays-Bas et en Angleterre ces dernières années, est un signe d'espérance : la proclamation de la vérité en Jésus-Christ continuera de porter du fruit. Ces jeunes catholiques adhèrent généralement à la doctrine de l'Église, notamment à son organisation de la société.

  • « Comment les universités belges se sont laissé gagner par l’idéologie progressiste » (Alain Destexhe)

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    D'Alain Destexhe sur le Figaro Vox (2/10) via le site "Pour une école libre au Québec" :

    « Comment les universités belges se sont laissé gagner par l’idéologie progressiste »

    Entre la récitation du Coran devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven et les mesures prises par l’université de Gand contre un de ses chercheurs, les universités cèdent à l’idéologie progressiste, au détriment de la liberté académique, estime le sénateur honoraire belge. Alain Destexhe est médecin, ex-secrétaire général de MSF, sénateur honoraire belge, et fondateur du parti belge Libéraux Démocrates. Dernier livre paru Mayotte : comment l’immigration détruit une société (Éditions Texquis, 2025).

    Les universités belges sont de plus en plus contaminées par l’idéologie progressiste. Le 16 septembre, à l’occasion de la rentrée universitaire, le Coran a retenti [lors de la messe] dans l’église Saint-Pierre de Louvain devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven (KUL), la plus ancienne université catholique au monde, fondée en 1425. Cette scène illustre  une étrange maladie de l’Occident  : considérer son propre héritage comme un problème – un péché ? – dont il faudrait sans cesse s’excuser, tandis que l’affirmation d’autres identités serait une vertu. Le principe de l’inclusion désormais brandi par la KUL, la meilleure du pays, aboutit ainsi à l’effacement de son caractère catholique. À force de vouloir embrasser toutes les identités, elle n’assume plus la sienne.

    Quelques semaines plus tôt, l’Université de Gand (UGent) s’était trouvée au cœur d’une autre polémique, tout aussi révélatrice, celle de la liberté académique. Elle accueillait comme postdoctorant le chercheur américain Nathan Cofnas, celui qui avait accusé de plagiat  Jason Arday, le plus jeune professeur noir de l’histoire de Cambridge, icône des médias britanniques. D’autres révélations montrèrent que son parcours officiel relevait de la mythomanie. Le scandale prit une ampleur nationale. Arday démissionna de Cambridge, puis se suicida. Cofnas fut alors accusé d’être responsable de sa mort, notamment lors d’une manifestation à Trafalgar Square, où son nom fut jeté en pâture à la foule, comme dans les «Deux Minutes de la Haine» de 1984.

    L’UGent, qui aurait dû protéger son chercheur, le suspendit en raison aussi de ses travaux antérieurs portant sur l’hérédité, des thèses controversées, mais jamais vraiment réfutées. Après des pressions du monde entier pour défendre sa liberté de chercheur – jusqu’à l’intervention de l’ambassadeur américain – la suspension fut levée, mais il demeure soumis à des mesures restrictives absurdes comme l’interdiction de se rendre sur le campus et d’enseigner ! Son contrat ne sera vraisemblablement pas renouvelé. Au lieu d’être félicité, Nathan Cofnas fut diabolisé. Il a pourtant rendu service à Cambridge et à l’ensemble du monde universitaire en démontrant l’aberration  des politiques de DEI  (Diversité, Équité, Inclusion) qui avaient promu Jason Arday en raison de sa couleur de peau au détriment d’autres plus qualifiés.

    Les décisions de l’UGent ont été prises par Petra De Sutter, rectrice depuis 2025, personne  transgenre, ancienne sénatrice, puis vice-première ministre Groen (écologiste), militante de longue date des droits LGBT, qui n’avait quasiment plus rien publié depuis dix ans. Qu’une université prestigieuse – deuxième belge et 98e mondiale au classement de Shanghai – ait choisi un profil politique militant minoritaire pour la diriger, dans une Flandre politiquement ancrée à droite, montre l’écart entre l’institution et la société dont elle est issue.

    L’Université libre de Bruxelles (ULB) a, elle, depuis longtemps renoncé au libre examen, son principe fondateur. Elle s’est complètement discréditée en choisissant  Rima Hassan  [d'origine palestienne, c'est une politicienne de gauche, députée au Parlement européen] comme marraine de la promotion de droit 2025. Enfin, récemment à Liège, un professeur réputé et médiatique, Damien Ernst, a été violemment entarté en plein cours par le Vrai Comité (Populaire) d’Éthique de l’ULiège (sic). Au-delà de l’accusation de fascisme pour sa collaboration scientifique avec Thales dans le domaine de la défense, l’action, largement relayée, visait à menacer tout professeur qui se risquerait à sortir de la doxa imposée par les étudiants gauchistes.

    Depuis  le 7 octobre 2023, toutes les universités belges ont vu se succéder occupations de bâtiments et campagnes de boycott d’Israël. Les étudiants y ont imposé une grille de lecture unique du conflit israélo-palestinien, peu contestée par les autorités universitaires. Le pogrom du 7 octobre et le rôle du Hamas sont devenus secondaires. Israël, et souvent les Juifs, sont devenus des sujets collectifs de culpabilité. En avril 2026, trois universités flamandes (Anvers, Gand et la Vrije Universiteit Brussel) ont porté cette logique à son comble en décernant un doctorat honoris causa conjoint à Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU. Elles ont ainsi conféré une légitimité académique à une figure militante, malgré de nombreuses protestations. Gand honore Albanese, l’activiste propalestinienne, mais sanctionne Cofnas, le chercheur !

    Dans toutes les universités, le palestinisme s’inscrit dans la  convergence des luttes. Climat, LGBTQ, anticapitalisme, décolonialisme, boycott d’Israël voire antisémitisme font partie de la lutte antifasciste. Le discours militant mélange génocide, sionisme, énergies fossiles… comme s’il s’agissait d’une seule et même cause et dénonce des « systèmes d’oppression ». Petra De Sutter, militante transgenre et figure propalestinienne, véritable égérie médiatique, incarne cette fusion réussie au sommet de l’Université de Gand, comme un modèle à suivre en Occident. L’avenir de la jeunesse belge est entre de bonnes mains !

    [Si l'on regroupe l'ensemble du territoire belge, les projections et modèles sociologiques estiment que les jeunes de confession musulmane représentent environ 12 % à 15 % de la population totale des moins de 25 ans en Belgique.]

  • Les deux visages de la France

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    Un éditorial du National Catholic Register :

    Les deux visages de la France

    ÉDITORIAL : Le même pays qui semblait avoir retrouvé son identité de nation fière de son héritage catholique lors de la visite du pape Léon XIV il y a deux semaines est aujourd'hui en proie à de violentes émeutes civiles.

    ARMÉE DE SAINTETÉ : Le pape Léon XIII et 80 000 jeunes sont accueillis par une exposition de saints français le 25 septembre 2026 à Saint-Denis, en France. (Photo : Simone Risoluti / Vatican Media)

    Le pape Léon XIV et 80 000 jeunes sont accueillis par une exposition de saints français le 25 septembre 2026 à Saint-Denis, en France. (Photo : Simone Risoluti / Vatican Media)

    La visite du pape Léon XIV en France fut-elle un moment de grâce avant une période d'épreuves ? ​​La question se pose inévitablement lorsqu'on considère le contraste saisissant entre le « miracle » de la visite papale du 25 au 28 septembre et les scènes cauchemardesques d' affrontements entre la police et de jeunes émeutiers à travers le pays quelques jours plus tard.  

    La France qui a émergé lors du séjour extraordinaire du Pape — attirant des foules immenses dans un climat d'harmonie, d'espoir et d'unité nationale — était celle que beaucoup croyaient disparue depuis longtemps. Pourtant, cette parenthèse enchantée n'a pas effacé les profondes divisions du pays. Au contraire, elle a offert un bref répit, redonnant courage à une population de plus en plus habituée à voir ses fractures mises à nu. 

    Ces dernières années n'ont pas manqué de rappels à l'ordre, des émeutes urbaines de l'été 2023, qui ont provoqué des scènes quasi insurrectionnelles à travers le pays, aux profondes divisions sociétales entourant l'inscription de l'avortement dans la Constitution et, plus récemment, la légalisation très médiatisée de l'euthanasie. La cérémonie d'ouverture blasphématoire des Jeux olympiques de Paris 2024 a mis en lumière de façon spectaculaire ces fractures. Sa parodie de la Cène par des drag-queens a non seulement embarrassé la France sur la scène internationale, mais a surtout révélé la lutte de plus en plus visible autour de l'identité nationale et du type de civilisation que le pays entend préserver et transmettre. 

    Dans ce contexte troublé, les images de la visite de Léon XIV ont acquis une résonance particulière. En effet, nombre de choix entourant les événements papaux semblaient répondre, presque méthodiquement, aux offenses faites aux catholiques français et aux atteintes à la sacralité de la vie humaine ces dernières années. Le pape Léon XIV a rappelé au président Emmanuel Macron sa responsabilité envers les catholiques de son pays, a réaffirmé à plusieurs reprises la dignité et la valeur inviolables de toute vie humaine et a accordé une place d'honneur aux personnes atteintes de trisomie 21 parmi les personnes servant la messe du 26 septembre. 

    Par moments, le symbolisme allait encore plus loin, les événements semblant presque réévangéliser les monuments mêmes qui avaient servi de décor à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, jugée blasphématoire, dans un de ces retournements de situation que seule la Providence peut orchestrer. Alors que la cérémonie olympique avait parodié la décapitation de la reine Marie-Antoinette, exécutée sur l'actuelle place de la Concorde, c'est précisément cette place que le pape choisit pour sa messe devant quelque 800 000 personnes. Léon XIV rendit également hommage aux prêtres et aux religieux martyrs de la Révolution française. 

    Mais nulle part ailleurs ce renversement n'a été plus frappant qu'au Stade de France, le soir du 25 septembre. La veillée offrait l'image d'une nouvelle génération qui ne renie plus son identité chrétienne et, dans un pays de plus en plus divisé en blocs culturels et idéologiques concurrents, celle de 80 000 jeunes rassemblés autour d'un héritage commun. Point d'orgue de la soirée, mis en scène par Jean-Baptiste Darantière, le rassemblement réunissait des catholiques aux sensibilités spirituelles et aux origines sociales très diverses autour d'une histoire commune de sainteté. 

    Cette histoire glorieuse s'est déroulée siècle après siècle, chaque période incarnée par un saint et la vertu qui la caractérisait le mieux, de l'humilité à la charité, des prémices de la foi au zèle missionnaire toujours vivant aujourd'hui. À son apogée, une « armée de saints » s'avançait vers le pape tandis que le Jubilate Deo résonnait dans le stade et que des feux d'artifice illuminaient le ciel. 

    Les scènes chaotiques qui ont suivi son départ ont éclairé d'un jour nouveau les paroles de Léon XIV qui, visiblement ému, s'est écarté de son discours préparé pour crier à la foule : « Vous êtes les saints de France ! »  

    Le Saint-Père, parfaitement conscient de la situation en France, ne se contentait pas d'inviter ces jeunes à s'inspirer des innombrables saints qui ont marqué l'histoire du pays. Il les invitait à relever les défis exceptionnels de notre époque et à devenir, à leur tour, les saints de leur patrie. 

    Ce n'est probablement pas un hasard si, avant de quitter Metz, le pape a même béni une école catholique indépendante fonctionnant sans aucun contrat de financement public – exactement le type d'établissement que la principale organisation maçonnique française, le Grand Orient de France, souhaiterait effacer du paysage national. 

    Dans une France à nouveau confrontée à ses vieux démons, les paroles du pape au Stade de France résonnent aujourd'hui comme une prophétie. L'histoire offre un parallèle troublant.  

    En 1938, le Congrès eucharistique international de Budapest rassembla des centaines de milliers de personnes dans un extraordinaire moment d'unité et d'espérance chrétiennes, alors même qu'une Europe profondément divisée s'enfonçait dans la guerre. Ceux qui y vécurent se souviendront plus tard de cet événement comme d'une consolation providentielle avant les épreuves à venir. 

    La France a peut-être vécu une expérience similaire. L’enchantement est peut-être terminé, mais la mission confiée aux jeunes réunis au Stade de France ne fait que commencer.

  • Les leçons de Lépante pour les combats d'aujourd'hui

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    De Michael Warsaw sur le National Catholic Register (archive 30 septembre 2021) :

    Les leçons de Lépante

    Ce qu'il faut pour combattre le sécularisme militant et l'expansionnisme pro-avortement reste identique à ce qui a fait pencher la balance à Lépante : la confiance en Dieu et l'intercession de la Vierge.

    Procession of Our Lady of Fatima.
    Procession de Notre-Dame de Fatima. (photo : Nuki Sharir / Shutterstock)

    Il y a quatre cent cinquante ans ce mois-ci, le 7 octobre 1571, les forces navales chrétiennes ont remporté l'une des plus importantes victoires de l'histoire mondiale, en détruisant une flotte considérablement plus importante de l'Empire ottoman lors de la bataille de Lépante, au large de la Grèce.

    Cet événement qui a changé la face du monde, en endiguant de manière décisive la vague d'expansionnisme militaire musulman dans le bassin méditerranéen, est commémoré chaque 7 octobre dans le calendrier liturgique de l'Église, lors de la fête de Notre-Dame du Rosaire. En fait, la fête était initialement connue sous le nom de fête de Notre-Dame de la Victoire, un titre conféré en reconnaissance du rôle critique que la prière d'intercession mariale a joué dans la victoire de la bataille de Lépante. 

    Compte tenu de ce contexte historique, il est toujours opportun, en ce jour et pendant tout le reste du mois d'octobre, de réfléchir à l'importance de se tourner vers Marie lorsque nous sommes confrontés à des défis personnels ou collectifs dans nos vies.

    C'est particulièrement pertinent cette année, alors que la foi catholique est à nouveau mise au défi par des forces qui semblent imparables pour de nombreux observateurs. La bataille d'aujourd'hui est, bien sûr, très différente du défi que l'Europe chrétienne a affronté il y a 450 ans à Lépante, l'attaque venant maintenant principalement du sécularisme et d'une hostilité sociétale croissante envers toutes les formes de religion.

    Au fond, cependant, ce qu'il faut pour combattre le sécularisme militant reste identique à ce qui a permis de renverser la vapeur à Lépante, contre toute attente : la dépendance à l'égard de Dieu par la foi en la personne de Jésus et le recours à Notre Seigneur par l'intercession de sa Sainte Mère.

    À l'heure actuelle, aux États-Unis, cette bataille spirituelle est engagée de manière très visible dans le domaine de l'avortement. À la suite de l'adoption de la loi texane sur les battements de cœur et de la décision subséquente de la Cour suprême des États-Unis de ne pas bloquer sa mise en œuvre, le lobby de l'avortement et ses alliés du Parti démocrate au Congrès et à la Maison-Blanche se sont mobilisés de façon spectaculaire en faveur du droit à l'avortement. 

    Sous la direction de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, une catholique favorable au droit à l'avortement, la Chambre des représentants a adopté à la hâte la loi dite "Women's Health Promotion Act". Ce projet de loi pernicieux vise non seulement à consacrer la législation Roe v. Wade, mais aussi à étendre encore davantage la licence d'avortement sans restriction de notre nation en supprimant le droit des États individuels à adopter des lois restreignant l'accès à l'avortement. Il vise également à priver les travailleurs de la santé catholiques et ceux d'autres confessions du droit de refuser de coopérer à des avortements pour des raisons de conscience religieuse.

    Pour sa part, le président Joe Biden, un autre politicien catholique favorable à l'avortement, a réagi à la loi texane en s'engageant à lancer une offensive "pangouvernementale" en faveur de l'avortement. Il a déjà tenu sa promesse en soutenant la loi sur la promotion de la santé des femmes et en engageant une action en justice contre la loi Heartbeat pour des raisons constitutionnelles.

    Mais ce n'est pas vraiment la loi texane qui a poussé l'activisme pro-avortement à un tel degré de fièvre. C'est l'examen prochain par la Cour suprême des États-Unis d'une autre affaire, Dobbs v. Jackson Women's Health Organization, concernant une loi du Mississippi qui interdit les avortements après 15 semaines de gestation. 

    De nombreux observateurs juridiques avertis pensent que la Cour est sur le point d'annuler l'interdiction de Roe v. Wade concernant les restrictions à l'avortement avant 20 semaines, lorsqu'un bébé à naître est considéré comme viable en dehors de l'utérus de la mère. Et il est fort possible que la majorité des juges conservateurs de la Cour aille encore plus loin dans son arrêt Dobbs et annule complètement Roe, renvoyant ainsi les lois sur l'avortement à l'autorité exclusive des États. 

    Dans un tel contexte, où la vie de millions d'Américains à naître est potentiellement en jeu, les catholiques fidèles doivent soutenir la campagne visant à restreindre le plus possible le mal de l'avortement dans notre pays. 

    Avec cet objectif en tête, EWTN, Relevant Radio et l'Institut Napa ont conjointement lancé un effort pour prier et promouvoir le Rosaire quotidien pendant le mois d'octobre pour "la fin de l'avortement légal en Amérique et une vague de soutien aux futures mères". Cette initiative s'inscrit dans le contexte spécifique de l'affaire Dobbs, que la Cour suprême examinera en décembre. Nous espérons que de nombreuses autres organisations catholiques se joindront à cet effort en priant le chapelet quotidien en octobre à cette intention, et mobiliseront ainsi des millions d'Américains dans la prière.

    Comme je l'ai indiqué précédemment, la nature de la menace laïque actuelle contre la vie et la liberté des croyants, aux États-Unis et dans d'autres pays, est sensiblement différente de la menace militaire que représentaient les forces navales de l'Empire ottoman musulman à Lépante. Le monde est très différent de ce qu'il était en 1571, lorsque le pape Saint Pie V a rallié les dirigeants de l'Europe chrétienne pour former une Sainte Ligue et faire face à un agresseur violent par une action militaire. Mais l'élément le plus central de la réponse de saint Pie V peut et doit être imité. Avant la grande bataille navale, il a ordonné que les églises de la ville de Rome restent ouvertes 24 heures sur 24 pour les prières et a préconisé en particulier la récitation du rosaire afin de susciter l'intercession de la Vierge Marie.

    Les non-croyants se moquent des fidèles qui recourent à des armes spirituelles pour faire face à de graves problèmes terrestres, mais les croyants ne s'y trompent pas. À maintes reprises au cours des crises qui ont marqué les 2000 ans d'histoire de l'Église, des ressources inattendues se sont matérialisées pour fournir exactement ce qui était nécessaire pour surmonter un obstacle apparemment insurmontable lorsque des prières d'intercession étaient adressées à la Mère de Jésus. 

    C'est précisément la raison pour laquelle la fête de Notre-Dame du Rosaire est célébrée chaque 7 octobre. Et ces prières mariales sont exactement ce que nous devons faire maintenant tout au long de ce mois, alors que la plus haute cour de justice de notre pays se prépare à entendre l'affaire qui pourrait finalement mettre fin au cadre national de l'avortement légal. 

    Que Dieu vous bénisse !

    Lire également : La conscience européenne moderne est née à Lépante

  • La COMECE exprime de vives inquiétudes face aux conclusions de l'avocat général de la Cour de l'UE concernant l'effacement des registres de baptême

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    Du site de la COMECE :

    Communiqué de presse

    La COMECE exprime de vives inquiétudes face aux conclusions de l'avocat général de la Cour de l'UE concernant l'effacement des registres de baptême

    Le lundi 5 octobre 2026, le Secrétariat de la Commission des Épiscopats de l'Union européenne (COMECE) a exprimé sa préoccupation quant aux premières indications émergeant de l'affaire C-12/25 de la Cour de justice de l'Union européenne, Bisdom Gent, relative à l'effacement de données à caractère personnel dans les registres de baptême, à la suite des conclusions présentées le 1er octobre.

    Les conclusions non contraignantes de l'avocat général de la Cour de l'UE considèrent les évaluations requises par cette affaire comme « complexes » et laissent place, à plusieurs égards, au rôle des juridictions nationales. L'avis évoque également la pertinence de l'autonomie de l'Église et de sa liberté de religion, ainsi que l'importance pour l'Église de la « bonne administration des sacrements ». Néanmoins, sans préjudice d'analyses ultérieures, plusieurs éléments exprimés dans cet avis soulèvent des inquiétudes et des interrogations.

    Les conclusions rejettent pour l'essentiel la solution consistant à ajouter dans l'acte de baptême une mention marginale reflétant la volonté de la personne concernée. L'avocat général s'éloigne ainsi du fait que — à travers divers systèmes juridiques et modèles de relations entre l'État et l'Église — une jurisprudence nationale constante au sein des États membres de l'Union européenne a admis cette pratique comme une solution juridique pleinement adéquate en cas de demande d'effacement concernant les registres de baptême.

    Effacer le prénom et le nom de la personne baptisée de l'acte de baptême prive entièrement l'enregistrement du baptême, en tant que tel, de sa signification, de sa valeur et de sa finalité. Cet aspect crucial semble avoir été négligé. Selon la COMECE, l'avis omet également d'analyser l'impact de l'effacement sur les droits et les intérêts des tiers. De surcroît, les considérations relatives à l'éventuelle détresse émotionnelle qui pourrait résulter de la conservation des données d'une personne dans un registre de baptême ne s'avèrent pas non plus convaincantes.

    La COMECE craint que, si elle était confirmée, l'orientation tracée par ces conclusions ne génère une insécurité juridique considérable pour les responsables ecclésiastiques du traitement des données dans l'ensemble des États membres de l'UE. Cette situation est d'autant plus grave qu'une telle incertitude frapperait les registres de baptême, lesquels constituent un pilier central du fonctionnement et de l'organisation internes de l'Église, et s'avèrent indispensables à l'accomplissement de sa mission.

    Afin d'éviter toute mauvaise interprétation, il importe de souligner qu'aucun droit général ou automatique à l'effacement des données des registres de baptême n'est reconnu dans les conclusions. Lors de sa récente allocution à Metz, le pape Léon XIV, citant l'article 17 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), a rappelé que le principe de laïcité régissant la vie des États présuppose également le respect par les autorités nationales et européennes de l'autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d'organisation, d'expression et de culte.

    La COMECE attend avec intérêt l'arrêt de la Cour de l'UE, attendu dans les prochains mois, et espère qu'il adoptera une ligne plus favorable quant à la protection des registres de baptême contre l'effacement. La Commission des affaires juridiques de la COMECE étudie actuellement ces conclusions en profondeur en vue d'une éventuelle prise de position sur le sujet.
     
  • L’extraordinaire homélie que Benoît XVI consacra au synode sur la famille, restée inconnue pendant dix ans

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    L’extraordinaire homélie que Benoît XVI consacra au synode sur la famille, restée inconnue pendant dix ans

    Du 7 au 14 octobre, Léon XIV a convoqué au Vatican les chefs des Églises orientales et les présidents des conférences épiscopales du monde entier, pour une rencontre à l’occasion du dixième anniversaire d’« Amoris laetitia », l’exhortation apostolique par laquelle son prédécesseur François avait conclu le synode de 2014 – 2015 sur la famille.

    Ce fut un synode très polémique, surtout sur une question qui divisait verticalement la hiérarchie catholique : fallait-il accorder ou non la communion eucharistique aux divorcés remariés, ce qui avait jusqu’alors toujours été interdit par le magistère de l’Église.

    Dès le consistoire préliminaire des cardinaux de février 2014, François a manifesté un penchant très clair pour le oui. Mais l’opposition de nombreux cardinaux et évêques a été telle que, en tirant les conclusions du synode dans « Amoris laetitia », il s’est limité à formuler un oui allusif dans deux notes de bas de page seulement, les n° 336 et 351, dans lesquelles il envisageait pour les divorcés remariés « aussi l’aide des sacrements » et en particulier de l’eucharistie, qui « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles ».

    Ce qui eut pour effet que l’affrontement entre les deux camps du oui et du non se poursuivit, jusqu’à ce que François ne décide d’y mettre un terme à sa manière, en septembre 2016, en rédigeant une lettre d’éloge aux évêques argentins et à leur interprétation d’« Amoris laetitia » en faveur de la communion pour les divorcés remariés, qualifiée par François de seule interprétation correcte parce que « no hay otras », il n’y en a pas d’autres : une lettre qui sera ensuite publiée dans les « Acta Apostolicae Sedis » sous la qualification de « magisterium autenticum ».

    Une abondante documentation, tant officielle que journalistique, est à la disposition de tous sur ce synode sur la famille et sur le vif débat qui l’a animé.

    À celle-ci, il faudrait toutefois ajouter une intervention d’une grande profondeur et d’une très haute autorité, qui n’a pourtant jamais été prise en considération jusqu’à présent, notamment parce qu’elle est restée inconnue pendant une dizaine d’années. Il s’agit de l’homélie prononcée par Benoît XVI – qui avait déjà démissionné depuis 2013 mais qui était à l’époque encore actif par la parole et par l’écrit – le dimanche d’ouverture de la seconde et dernière session du synode sur la famille, le 4 octobre 2015.

    Ce dimanche-là, le missel romain – par une coïncidence fortuite mais parfaite – proposait comme passage évangélique le début du chapitre 10 de l’Évangile de Marc, celui-là même où « des pharisiens abordèrent Jésus et lui demandèrent s’il est permis à un mari de répudier sa femme ». Et avec Jésus qui leur répondait : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. »

    Il se fait que, dans l’homélie qu’il a prononcée ce jour-là dans son ermitage du Vatican, devant une douzaine de personnes tout au plus – et qui est restée inédite jusqu’en décembre 2025 –, Benoît XVI a commencé par faire remarquer que « la liturgie nous propose cet Évangile précisément le jour où s’ouvre le synode », tout en ajoutant aussitôt qu’il ne voulait pas aborder des « questions aujourd’hui tant discutées », mais plutôt leur « fondement », c’est-à-dire « ce qu’est l’homme », créé par Dieu homme et femme, comme « être en relation » et, pour cela même, « image de Dieu ». Sans compter, dans la dernière partie de cette même homélie, une réflexion originale sur le sens profond du célibat ecclésiastique.

    On se souviendra que ce même dimanche d’octobre, jour de l’ouverture de la seconde session du synode, le pape François a lui aussi prononcé une homélie. Et lui non plus n’a pas fait allusion à la communion pour les divorcés remariés, qui ne trouvait effectivement aucun soutien dans le passage évangélique du jour (à moins d’étendre au temps de l’Église cette condescendance de Dieu envers la « dureté du cœur » de son peuple, en vertu de laquelle le divorce était accordé à l’époque de Moïse, comme l’a notamment soutenu le patrologue et bibliste Innocenzo Gargano, bénédictin camaldule du monastère de San Gregorio al Celio et professeur à l’Institut biblique pontifical).

    Toujours est-il que personne n’a pu prendre connaissance de l’homélie prononcée ce jour-là par Benoît XVI dans son ermitage sur les collines du Vatican, afin de la méditer et le mettre à profit dans le débat synodal.

    C’est le cadeau qui nous est offert par Settimo Cielo, à la veille du sommet convoqué par le pape Léon pour le dixième anniversaire d’« Amoris laetitia ». Nous la reproduisons dans son intégralité avec la permission du dicastère pour la Communication et de la Librairie éditrice du Vatican qui en détient les droits d’auteur.

    L’homélie est tirée des pages 310 – 315 du volume « Dio è la vera realtà. Omelie inedite 2005 – 2017 », Libreria Editrice Vaticana, 2025.

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  • Patients « fatigués de vivre », simplement âgés ou atteints d’un trouble psychiatrique : face à la détresse, la Belgique propose l’euthanasie comme seule « solution raisonnable »

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    De gènéthique.org :

    Patients « fatigués de vivre », simplement âgés ou atteints d’un trouble psychiatrique : face à la détresse, la Belgique propose l’euthanasie comme seule « solution raisonnable »

    6 octobre 2026

    En 2024 comme en 2025, cette Commission de « contrôle » n’a transmis aucun dossier à la justice. « Dans de rares cas, les déclarations ont été acceptées par la Commission bien que l’un ou l’autre point de procédure n’ait pas été suivi à la lettre, précise-t-elle, mais en s’assurant à chaque fois du respect absolu des conditions essentielles de la loi ». Dans ces situations, les médecins concernés ont « systématiquement » reçu une « lettre didactique », poursuit la Commission qui rappelle qu’elle avait « invité le législateur à ne pas prévoir de sanction pénale pour l’éventuel non-respect d’une condition de procédure ou de forme ».

    3,8% des décès en Belgique

    Sur les deux années analysées dans le rapport, la Commission recense 8478 « dossiers reçus », ce qui représente 3,8% des décès survenus en Belgique, soit une augmentation de 14,5% depuis l’année 2023.

    Même si la plupart des patients étaient âgés de plus de 70 ans au moment de leur euthanasie, 111 avaient moins de 40 ans et 2 étaient même mineurs (cf. Eva, 16 ans : une euthanasie et 5 organes prélevés).

    La part prise par les décès qui n’étaient « pas attendus à brève échéance »[1] est plus que significative : elle atteint 24,2% quand elle n’était que de 10% en 2010. Ces décès « augmentent en volume, principalement en lien avec des polypathologies[2] ».

    L’augmentation fulgurante des « polypathologies »

    En effet, bien que les cancers restent la première pathologie motivant une demande d’euthanasie (51,8% des cas), les polypathologies représentent 28,3% des euthanasies. Leur hausse est frappante : en passant de 1070 à 1327 entre 2024 et 2025, elles ont enregistré une croissance de 24% et représentent 57% des euthanasies pratiquées lorsque le décès n’est pas attendu à brève échéance (cf. Euthanasies en hausse, augmentation des « polypathologies » : la Commission de contrôle belge rend son rapport bisannuel).

    Or, comme le reconnait la Commission, « chez les patients qui ne décéderont pas à brève échéance », selon toute logique, les polypathologies incriminées ne mettent pas la vie du demandeur en danger. Il s’agissait « plus souvent d’affections évolutives généralement non vitales ». « La proportion élevée de patients présentant des maladies du système ostéoarticulaire et des muscles était remarquable, précise le rapport : 61% souffraient d’une polyarthrose douloureuse, accompagnée ou non d’ostéoporose, de fractures par tassement et de troubles de la marche. En outre, 35% présentaient des maladies neurologiques, souvent des séquelles de thromboses cérébrales. Des troubles visuels allant jusqu’à la cécité étaient présents chez 28%, des troubles auditifs allant jusqu’à la surdité totale chez 23%, et des syndromes démentiels chez 14% des patients. »

    Des patients « fatigués de vivre »

    « Les documents d’enregistrement font régulièrement état de fatigue de vivre », relève la Commission. « En pratique, il n’est pas toujours aisé de déterminer si la fatigue de vivre est primaire ou secondaire à l’affection dont souffre le patient et son influence sur la demande d’euthanasie du patient, reconnait-elle. On remarque qu’elle est fréquemment évoquée par des patients atteints de polypathologie, y compris lorsque celle-ci ne met pas directement leur vie en danger et que le décès n’est pas attendu à brève échéance. » Mais « ce n’est que si la fatigue de vivre trouve son origine dans la polypathologie que la demande d’euthanasie peut être évaluée favorablement ».

    Le rapport évoque l’exemple d’un dossier de patient. « Il s’agissait d’une personne octogénaire présentant une polypathologie grave et incurable. La situation médicale se caractérisait par une détérioration fonctionnelle marquée, avec notamment une altération de la motricité fine, une instabilité à la marche, des vertiges, une tendance aux chutes, des douleurs neuropathiques exprimées et une dépendance croissante aux soins. » En somme un ensemble de troubles fréquemment associés à la vieillesse requalifiée en « polypathologie grave et incurable ».

    « Dans ce contexte, la lassitude de vivre apparaissait également comme une composante centrale de sa souffrance, affirme le rapport. Celle-ci résultait d’un long processus de dégradation physique, de perte d’autonomie, de diminution de la qualité de vie et d’épuisement existentiel croissant, lequel persistait malgré un suivi psychiatrique et un traitement antidépresseur. » N’est-ce pas malheureusement la situation de nombreuses personnes âgées ?

    Pourtant le dossier fait état de la « conclusion » du patient : « l’euthanasie constituait « la seule manière d’échapper à sa déchéance progressive et incurable » ». Doublée de celle, sans appel, des médecins, qui estimaient sa souffrance comme « réfractaire et sans issue ». Face à un tel verdict, comment résister à l’« épuisement existentiel » ?

    Des patients psychiatriques souvent jeunes

    Le rapport recense encore 133 euthanasies pour « syndromes démentiels ». « Les euthanasies concernant des patients inconscients[3] ayant fait une déclaration anticipée restent exceptionnelles » (moins de 1%) et « ont même tendance à diminuer ». La Commission avance une explication probable : le champ d’application « très restrictif » de la déclaration anticipée (cf. Belgique : vers l’euthanasie de personnes conscientes mais « incapables de décider par et pour elles-mêmes » ?).

    Un nombre non négligeable d’euthanasies (129, 1,5% du total) a en outre été pratiqué en arguant d’affections psychiatriques : 45 pour dépressions sévères récidivantes ou encore 17 en raison d’un trouble de la personnalité (cf. « Ils m’ont montré que je pouvais servir à quelque chose » : Romain, 25 ans, renonce à l’euthanasie). Ce type d’euthanasie est en augmentation, il est passé de 55 en 2024 à 74 en 2025.

    « L’euthanasie chez les patients souffrant d’une affection psychiatrique reste un exercice d’équilibre délicat entre, d’une part, la difficile appréciation de la résistance thérapeutique et la question du caractère ou non épuisé des traitements pertinents et, d’autre part, l’importance de la souffrance du patient qui, malgré un traitement de longue durée, ne perçoit plus aucune perspective », estime la Commission (cf. Euthanasie pour trouble psychique : aux Pays-Bas et au Canada, des psychiatres sonnent l’alerte). Or pour cette catégorie de patients, la répartition par âge est sensiblement différente : « 29% des patients psychiatriques avaient moins de 40 ans et 10% moins de 25 ans ». Et, dans cette catégorie d’âge, « il s’agissait de troubles de l’humeur, de troubles névrotiques liés au stress, de troubles du comportement et de troubles du spectre de l’autisme » (cf. Autiste et suicidaire, un Belge de 26 ans demande l’euthanasie « surtout pour ses parents »). Donc sans lien avec une éventuelle situation de fin de vie.

    Toujours quelques « euthanasies en duo »

    Le rapport de la Commission d’évaluation dénombre par ailleurs 6 « euthanasies en duo » en 2024, et 7 en 2025. « Les médecins ne sont pas obligés de le signaler », précise l’instance. Aussi, ce nombre pourrait être sous-estimé. Mais pour la Commission de contrôle, « comme ces cas sont inférieurs à 10 par an, il n’est guère souhaitable d’entrer dans les détails » (cf. Euthanasie « en duo » : il met fin à ses jours, elle, « entourée », change d’avis).

    Face à l’avalanche des dossiers, la Commission appelle à « sortir d’un fonctionnement sous tension », tout en recommandant « d’améliorer la disponibilité des produits utilisés pour les euthanasies » et « d’en réduire le coût ».

    Car il ne saurait être question de remettre en cause cette pratique, présentée désormais comme une « option de fin de vie » au même titre que les . Et même quand le patient n’est pas en fin de vie.

    Lorsqu’elle détaille sa « mission », la Commission explique vérifier – qu’entre autres conditions – « le médecin et son patient partagent la conviction qu’il n’y a aucune autre solution raisonnable à sa situation ». Face à la souffrance, à la fragilité, l’abandon serait-il la seule « solution raisonnable » ?

    ___________________

    [1] Lorsque « le décès n’est pas attendu dans les semaines ou les mois qui viennent ». On notera le caractère flou de la définition. Il revient au médecin de décider de quelle catégorie relève son patient et d’adapter la procédure en fonction.

    [2] Selon le rapport de la Commission, il s’agit de l’« association de maladies évolutives et non améliorables, entraînant une perte d’autonomie croissante (parfois jusqu’à une défaillance d’organes) : certaines affections mettent la vie en danger, tandis que d’autres altèrent principalement la qualité de vie ».

    [3] « coma irréversible ou état végétatif persistant »

  • Les Frères Musulmans, « sève vitale de l'islamisme mondial » (la Petite Feuille Verte)

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    D'Annie Laurent sur la Petite Feuile Verte (n°113, octobre 2026) :

    LES FRÈRES MUSULMANS, « SÈVE VITALE DE L’ISLAMISME MONDIAL »

     

    Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans (photo Commons Wikipédia)

    Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans (photo Commons Wikipédia)

    Après avoir exposé les circonstances contemporaines qui ont produit l’émergence d’une distinction entre les termes « islam » et « islamisme », ce dernier mot étant désormais appliqué à la dimension idéologique de la religion musulmane (cf. PFV n° 112), il convient d’en examiner les étapes historiques, les fondements doctrinaux et leur mise en œuvre. 

    Notons d’abord que l’islamisme n’est pas uniforme. D’une part, il se développe au sein des deux principales branches de l’islam (sunnisme et chiisme) avec des particularités propres à chacune d’elles ; d’autre part, il se répartit en plusieurs écoles (avec des noms variés) qui rivalisent entre elles ou s’entraident pour atteindre l’objectif qui leur est commun : le triomphe universel de l’islam. 

    L‘Europe n’est donc pas exclue de ce programme qui s’y impose sous l’influence principale des Frères musulmans (FM), « la sève vitale de l’islamisme mondial » selon Zidane Meriboute, docteur en relations internationales, cité par Alexandre Del Valle et Emmanuel Razavi dans leur livre Le projet (éd. L’Artilleur, 2019, p. 21). Ces spécialistes sont rejoints dans leur recherche par l’anthropologue Florence Bergeaud-Blacker, également auteur d’un ouvrage de référence, Le frérisme et ses réseaux, l’enquête (éd. Odile Jacob, 2023), titre qui évoque l’universalisme des FM.

     

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  • France : « Tout est spirituel »

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    D'Emmanuel Tourpe sur Facebook :

    « Tout est spirituel » : cela me paraît plus profond pour comprendre la France d’aujourd’hui que le célèbre « tout est politique » de Gramsci. Je ne parle même pas ici de religion mais je prends spirituel en son sens natif : ce qui relève de l’esprit, et non de l’extériorité de l’histoire.

    Nous avons devant les yeux dans la même semaine, touchant la même génération, deux images exactes d’une lutte spirituelle intense dans l’âme française. Presque un tableau de Jérôme Bosch ou un chapitre de Dante: le chaos du cœur ou l’élévation des âmes. La géhenne des haines et des frustrations face au surmontement des peurs individuelles et au choix de voir le tout du destin commun. Il n’y a pas deux France qu’on pourrait opposer dans l’actualité médiatique : mais un conflit en nous tous, chez chacun de nous, dans nos cœurs français. Nous portons ces deux France en nous-mêmes.

    Stade de France il y a une semaine : un idéal, comme tous les idéaux forcément un peu embelli voir fantasmé, donnant le sens de l’histoire passée pour ressourcer l’avenir. Une semaine après - wesh : un désordre monumental, né d’un empilement de revendications assez vagues, de reprises ultra gauchistes, de vrais casseurs et de violences de tous bords. Chaque image d’émeute ou lycée brûlé renforçant les votes extrémistes.

    Cette France prise entre deux anges - Danielou parlait à raison jadis de la réalité des « Anges des nations » - c’est une guerre intime, profondément spirituelle avant d’être politique. Cette France de 2026 au bord du gouffre, guettée par les hedge funds rapaces, à deux doigts de la faillite comme de l’anarchie ou la tyrannie, c’est nous.

    C’est nous pris dans les tentations et les grands désirs. Le bon et le mauvais ange. C’est l’histoire d’une âme française qui est au désert, tentée par l’avoir sans effort, le pouvoir immérité et la gloire sans talent. C’est un défi spirituel que vit la France tout entière : devant l’énormité du monde qui vient, entre déclassement occidental, vieillissement brutal, démographie nulle, assimilation ratée, dette ingérable, polarisations partout, individualisme forcené, l’âme française est acculée à un choix intérieur plus que politique. « Une sorte de sérieux sans pitié, de force brutale, le développement intérieur qu’il faut pour s’affronter à l’énorme - tout ce qui est exigé ici c est j’en ai peur ce qu’il n’a pas. Le temps du déclin rend toujours triste » (Guardini, Lettre du lac de Côme.)

    C’est un défi qui est lancé à chacun de nous devant le danger réel désormais de la chute. Le déclin n’est pas certain : son risque l’est absolument. Devant les échéances présidentielles qui s approchent c’est bien à une retraite intérieure que chaque français est invité : devant les forces en présence, qu’est ce donc que je choisis entre les valeurs possibles ? L’individu dans ses frustrations et ses capitulations ou le ressort du plus haut, du meilleur ? Depuis des années nous n’avons plus su choisir ; or tout ange est terrible et appelle une décision. Il impose soit un renoncement aux petitesses, soit un abaissement de toute noblesse.

    En dézoomant des émeutes on voit une France qui continue à vouloir que les choses se calment, que la justice se pose, que le dialogue s’installe et que surtout par un effort collectif on prenne au sérieux les enjeux profondément spirituels du chaos politique et de ce que nous pouvons encore lui opposer. Ignace appelle ce temps de recul une « élection ».

    Faisons élection avant les urnes : quelles valeurs voulons nous et non pas quels intérêts défendre ? Quelle transformation intérieure, quelle humanité, quelle citoyenneté régénérée - ou dégénérée, c’est un possible - voulons-nous ? C’est un choix profondément moral et qui concerne chacun autant que tous. Les civilisations sont mortelles, la France est mortelle : ou bien peut suivre l’Ange du meilleur, du ressaut, du sursaut, de la paix collective et du bien commun.

    Dans ces conditions, et alors seulement, « le seul véritable homme politique sera celui qui comprendra les forces en présence et les formes génératrices d’ordre en tenant compte de leur rapport réciproque, qui les sentira et sera capable de les faire jouer » (Guardini, Lettres du Lac de Côme).
  • RCF en Belgique : l’Église baisse-t-elle le micro ?

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    RCF en Belgique : l’Église baisse-t-elle le micro ?

    Après la disparition de 1RCF Belgique, la fermeture annoncée de RCF Bruxelles et le désengagement financier du diocèse de Namur, le réseau RCF est confronté à une question qui dépasse largement le destin de quelques stations de radio : l’Église catholique belge veut-elle encore parler au monde par ses propres médias ?

    Il y a quelque chose de paradoxal dans la situation actuelle. Au moment où l’Église déplore souvent sa difficulté à faire entendre sa voix dans une société saturée de messages, elle se retire progressivement de l’un des moyens les plus simples de cette présence : la radio.

    Le constat est désormais difficile à éluder. 1RCF Belgique a disparu. RCF Bruxelles cessera d’émettre en janvier 2027. RCF Sud Belgique sait déjà que le soutien financier du diocèse de Namur prendra fin en décembre 2027. RCF Liège continue, mais dans un environnement où le soutien institutionnel aux radios chrétiennes n’est plus une évidence.

    Ce n’est donc plus une succession de décisions isolées. C’est un mouvement.

    Une radio nationale abandonnée

    Le destin de 1RCF Belgique est à cet égard emblématique. Le projet avait une ambition claire : donner à la Belgique francophone une voix chrétienne capable de dépasser les frontières diocésaines.

    Il n’aura finalement pas résisté aux contraintes financières et aux nouvelles priorités institutionnelles.

    Avec sa disparition, l’Église belge a perdu non seulement une radio, mais aussi une ambition médiatique nationale.

    Or une Église qui renonce à ses propres moyens de communication ne peut ensuite s’étonner de voir son message dépendre entièrement de médias qui ne partagent pas nécessairement ses catégories, ses priorités ou sa vision de l’homme.

    Bruxelles : trente ans qui s'achèvent

    Le cas de RCF Bruxelles est encore plus symbolique.

    Trente années d’existence et, bientôt, le silence.

    La capitale belge — et européenne — ne disposera bientôt plus de cette voix radiophonique chrétienne. Ce n’est pas un détail. Bruxelles est précisément l’un des lieux où les questions de société, de culture, de politique et de liberté religieuse se croisent quotidiennement.

    Et c’est là que le paradoxe devient presque cruel : l’Église perd une voix dans la capitale au moment même où elle aurait intérêt à en avoir davantage.

    Sud Belgique : la dernière chance ?

    RCF Sud Belgique offre cependant un autre scénario.

    Le diocèse de Namur ne supprime pas brutalement la radio. Il réduit progressivement son aide : 42 000 euros aujourd’hui, 21 000 euros en 2027, puis zéro à partir de la fin de 2027.

    La radio veut relever le défi et rechercher d’autres ressources.

    Cette stratégie pourrait fonctionner. Elle pourrait aussi annoncer une transformation profonde : une radio autrefois soutenue par l’institution ecclésiale devra désormais convaincre directement ses auditeurs de payer pour qu’elle continue d’exister.

    C’est à la fois une menace et une opportunité.

    Une menace, parce que les dons ne remplacent pas automatiquement un financement institutionnel.

    Une opportunité, parce qu’une radio qui dépend davantage de ses auditeurs peut aussi devenir plus autonome, plus enracinée dans son territoire et plus attentive aux attentes de son public.

    Et RCF Liège ?

    C’est évidemment la question qui se pose dans la région liégeoise.

    RCF Liège n’est pas condamnée. Elle continue à émettre et dispose d’un ancrage régional réel.

    Mais il serait imprudent de considérer sa situation comme définitivement acquise.

    Les exemples de Bruxelles et de Namur montrent que le paysage peut changer rapidement lorsque les diocèses redéfinissent leurs priorités.

    La question n’est donc pas seulement : RCF Liège est-elle aujourd’hui en bonne santé ?

    Elle est plutôt : le diocèse de Liège considère-t-il encore cette radio comme un instrument stratégique d’évangélisation et de présence chrétienne dans la société ?

    Car une radio chrétienne n’est pas simplement une entreprise médiatique parmi d’autres.

    Elle est un lieu où l’Église peut parler de Dieu, de la foi, de la culture, de la famille, de la vie, de la mort, de la politique, de la justice, de l’éducation ou de la société sans demander à un média extérieur la permission de choisir ses sujets et son angle.

    Le paradoxe de la « présence »

    Depuis quelques années, l’Église insiste à juste titre sur la nécessité de sortir de ses murs, d'aller à la rencontre des périphéries, de dialoguer avec la société et de rejoindre les hommes là où ils se trouvent.

    Mais la radio est précisément l'un de ces lieux.

    Elle entre dans les maisons, les voitures, les cuisines, les bureaux. Elle accompagne les personnes seules. Elle peut toucher des auditeurs qui ne franchiront jamais la porte d’une église.

    Alors pourquoi se retirer ?

    Bien sûr, il serait absurde de nier les difficultés économiques du secteur radiophonique. Le numérique bouleverse les habitudes, les audiences se fragmentent et les ressources financières sont rares.

    Mais c’est précisément dans une époque de concurrence médiatique que la question d’une voix chrétienne propre devrait être posée avec davantage de sérieux, et non avec moins.

    De la radio au numérique : attention au faux choix

    On objectera que l’avenir est numérique : podcasts, vidéos, réseaux sociaux, plateformes et médias en ligne.

    C’est vrai.

    Mais il serait dangereux d’opposer artificiellement la radio au numérique. Une radio moderne peut produire des podcasts, alimenter les réseaux sociaux, filmer ses émissions, créer des contenus vidéo et toucher ainsi plusieurs générations.

    Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir s’il faut choisir la radio ou Internet.

    Il est de savoir si l’Église veut encore investir dans des médias capables de porter une parole chrétienne identifiable.

    Le silence n’est jamais neutre

    La disparition progressive des radios RCF ne provoquera probablement aucun grand scandale. Pas de manchettes nationales. Pas de manifestations. Pas de crise institutionnelle.

    Une fréquence s’éteindra ici. Une autre là. Un studio fermera. Quelques émissions disparaîtront.

    Et puis le silence.

    Mais le silence médiatique n’est jamais complètement neutre. Quand une voix cesse de parler, d’autres voix occupent immédiatement l’espace qu’elle abandonne.

    C’est pourquoi la question posée par RCF dépasse largement la comptabilité de quelques stations.

    L’Église belge est-elle en train de se convaincre qu’elle n’a plus besoin de ses propres médias ?

    Si tel est le cas, il faut au moins avoir le courage de le dire clairement.

    Car une Église qui veut évangéliser sans médias, dans une société où les médias façonnent une part considérable de l’imaginaire collectif, risque de découvrir un jour une évidence assez simple : on ne peut pas vouloir être entendu tout en abandonnant progressivement les instruments qui permettent de parler.

    (avec l'IA)