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Doctrine Sociale - Page 19

  • Une bonne hygiène intellectuelle pour recevoir les paroles du pape sur les sujets de portée temporelle

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    De Philippe de Saint-Germain sur son blog :

    Le pape et l’immigration : à chacun ses responsabilités

    Pourquoi les propos du pape sur le phénomène migratoire sont toujours compris de travers. La responsabilité de l’Église ne se substitue pas à celle des États.

    LE GAGNANT de la petite phrase provocation de l’été est à nouveau le pape François. Mais la provocation est moins dans ses propos, constants dans leur appel à l’accueil généreux des migrants, que dans l’indignation qu’elle suscite sur la foi d’une erreur tout aussi constante sur la nature de son autorité.

    Le propos qui fâche est extrait du message pontifical pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2018, rendu public le 21 août. « Le principe de centralité de la personne humaine, dit-il, nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale. » Considérer que le pape méprise le droit des nations à se protéger est absurde.

    Tout d’abord, il n’entre pas dans la confusion malheureuse chez de nombreux chrétiens entre l’universel religieux (eschatologique) et l’universel politique. Tout simplement parce que son message n’est pas politique : il est pastoral, comme il l’indique, et relève du devoir de charité de l’Église, même s’il invoque la nécessité d’une « contribution » de la communauté politique et de la société civile.

    Une question éthique pas religieuse

    Le message du pape n’est pas eschatologique au sens où le religieux aurait autorité sur le politique. L’Église n’a pas pour mission d’organiser le monde politique, et la politique n’est pas appelée à réaliser le Royaume de Dieu. Ce serait dans les deux cas du totalitarisme obtus, païen et mythologique. Son message est d’ordre spirituel pour les chrétiens et moral pour tous. Or la morale procède de la raison.

    « Le royaume de Dieu n’est pas une norme ‘politique’ de l’action politique, mais une règle ‘morale’ de cette action, expliquait le théologien Ratzinger [1]. Le politique est soumis à des règles morales, même si la morale comme telle n’est pas la politique, ni inversement si le politique comme telle n’est pas la morale. Autrement dit : le message du royaume de Dieu a une signification pour le politique, non sur le plan de l’eschatologie, mais sur le plan de l’éthique politique. »

    Or par définition, la morale ne remet pas en cause la souveraineté du politique qui a ses contraintes propres et elle appelle la prudence.

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  • La transformation du catholicisme en utopie multiculturaliste n'est pas inscrite dans son ADN

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    Si le Père Vénard voit dans le livre de Laurent Dandrieu "Eglise et immigration : le grand malaise" de faux procès incriminant injustement le pape François (voir ICI), Mathieu Bock-Côté, sur Figaro Vox, voit dans ce livre "une méditation subtile et éclairante sur le destin de notre civilisation" :

    Mathieu Bock-Côté : «Un certain catholicisme se mue en utopie multiculturaliste»

    FIGAROVOX/LECTURE - Mathieu Bock-Côté a lu l'essai Eglise et immigration : le grand malaise. Loin des polémiques, Laurent Dandrieu «ajoute sa voix au renouveau intellectuel du conservatisme français», estime le sociologue québécois.

    Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur d' Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) et de La dénationalisation tranquille (Boréal, 2007). Son dernier livre, Le multiculturalisme comme religion politique, vient de paraître aux éditions du Cerf.

    Journaliste à Valeurs actuelles et auteur de nombreux ouvrages consacrés à l'histoire de la peinture ou du cinéma, Laurent Dandrieu a incontestablement marqué le début de l'année 2017 avec un livre inattendu, qui a fait éclater un malaise profond chez les catholiques français. Avec Église et immigration: le grand malaise, il se penche sur la doctrine catholique concernant l'immigration. Dans quelle mesure le catholicisme est-il capable de penser les grandes migrations au-delà d'un discours moralisateur et désincarné sur l'ouverture, qui nous est généralement administré et dont le pape François semble s'être fait une spécialité médiatique? Mais si ce livre frappe fort, il n'a rien d'un brûlot. On n'y trouve aucune facilité polémique, aucune formule gratuite lancée pour le simple plaisir de choquer. Il est non seulement bien mené, mais remarquablement documenté et c'est une pensée forte et articulée qui s'y exprime. On sent que l'auteur méditait son ouvrage depuis très longtemps, comme il le dit clairement dès ses premières pages. Ce livre, à sa manière, est une méditation subtile et éclairante sur le destin de notre civilisation.

    Le problème de base peut être aisément posé: il existe une telle chose qu'un devoir d'hospitalité et d'aide aux personnes en détresse. L'Église le pense à travers la parabole du Bon Samaritain. Mais c'est une chose d'accueillir une personne, c'en est une autre d'en accueillir des millions, comme c'est le cas, aujourd'hui, avec l'immigration massive qui se jette en nombreuses vagues sur le continent européen, au point que certains parlent même d'une immigration de peuplement. D'autant qu'on ne saurait assimiler systématiquement la figure de l'immigré à celle du réfugié en détresse, fuyant la guerre et la faim. Est-ce qu'une nation est en droit de défendre ses frontières? Depuis un bon moment déjà, l'Église semble penser que non. Mais Laurent Dandrieu lui rappelle qu'elle a déjà pensé le contraire et qu'elle a déjà reconnu le droit des nations: la transformation du catholicisme en utopie multiculturaliste n'était pas inscrite dans son ADN. L'histoire des idées, quand on la maîtrise, éclaire la vie de la cité. D'ailleurs, certains papes comme récents comme Jean-Paul II et Benoit XVI conjuguaient paradoxalement une défense résolue du droit des peuples à leur personnalité collective et un immigrationnisme sans nuances, comme s'ils ne voyaient pas la contradiction entre les deux.

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  • "La responsabilité du pape est d'abord le développement humain intégral"; vraiment ?

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    L'abbé de Tanoüarn, sur son blog, réagit au propos du père Stalla-Bourdillon que nous avons relayé hier :

    Qu'est-ce qu'un Christ humanitaire

    En cette fête de saint Augustin légèrement dépassée, je tombe, en lisant La Vie, sur une formule du Père Stalla-Bourdillon, responsable du Service pastoral d'étude politique, qui me semble révélatrice, c'est-à-dire porteuse de vérités. Nous sommes en plein dans le débat sur les migrants, sur ce droit opposable universel que le pape François, au nom de la Personne humaine, veut voir conféré aux migrants, qui déferlent sur l'Europe depuis la Syrie, l'Afghanistan, l'Irak, la Somalie, le Tchad et toute l'Afrique sub-saharienne. Loyalement le Père Stalla-Bourdillon fait son métier, en défense de la parole pontificale.

    Son premier argument ? Une nouvelle définition de la fonction pontificale. Pour lui, il faut reconnaître, je cite, que "la responsabilité du pape est d'abord le développement humain intégral, tel qu'il est apparu dans la personne [divine] du Christ".

    On peut rapprocher cet essai pour la délimitation d'un rôle qui soit propre au Successeur de Pierre, mais qui touche en même temps à l'univers et à l'universel, de cette belle appellation, qui resurgit depuis Vatican II : "pasteur universel". Le pasteur est celui auquel le Christ a confié solennellement ses brebis, après sa résurrection (Jean 20). Quant aux brebis, elles ne sont pas toutes explicitement de "ce" bercail (Jean 10). Le pape-monde a une fonction qui dépasse cette confession particulière qu’est le catholicisme. "Doux Christ en terre" disait Catherine de Sienne, chargé, au nom du Christ, du salut du monde, il est bien le pasteur universel. On peut dire que la personne de Jean-Paul II a illustré, pour la première fois depuis les grands papes du Moyen âge, cette fonction du pape-monde, qui dépasse toutes les limites humaines, comme l'Eglise dont il a la charge, parce qu'elle est à la fois l'Eglise visible et l'Eglise invisible. Nous avons trop tendance à juger le pape en tant que chef de l'Eglise catholique (par quoi nous entendons de façon humaine, trop humaine le catholicisme). Or il est beaucoup plus que cela, puisqu'il est le pasteur universel, pour qui le salut ou la damnation d'une âme quelle qu'elle soit ne peut pas être un événement indifférent.

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  • Et si l'Église se penchait en profondeur sur la question des flux migratoires ?

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    Hugues Lefèvre, sur le site de Famille Chrétienne, a recueilli les propos de Marc Fromager, Directeur de l'Aide à l'Eglise en Détresse (France) :

    Marc Fromager : " Concernant les migrants, l'Église doit faire un vrai travail de pédagogie "

    Le directeur de l'Aide à l'Église en Détresse (AED) revient sur le message du pape François pour la journée mondiale du migrant et du réfugié. Il estime que le texte ne va pas assez loin dans l'analyse des causes des flux migratoires. Une plus profonde compréhension du phénomène permettrait selon lui de dénoncer notamment les pratiques de l'Occident en Afrique et au Moyen-Orient.

    Comment avez-vous réagi à la lecture du message du pape François sur les migrants ?

    Pour tout vous dire, j'ai d'abord parcouru les réactions occasionnées par le texte avant de le lire… Et le fait de voir certains passages pris et commentés de manière isolée joue à une espèce de dramatisation qui, si on en reste à ce niveau, rend le texte un peu anxiogène. Il faut donc le lire en entier. D'autre part, replaçons le message du pape François dans son contexte. Il ne s'agit pas d'un discours programmatique d'une personne nouvellement élue qui donnerait un cap stratégique et politique précis pour les années à venir. Il s'agit d'un message pour la journée mondiale du migrant qui a lieu chaque année.

    Que retenez-vous de ce message ?

    D'abord, certains points positifs m'ont interpellé. Le fait que le pape rappelle et insiste sur la centralité de la personne humaine. Les migrants ne sont ni des pions, ni une espèce de masse informe, une main d'œuvre ou bien une menace. Ils sont avant tout des personnes. Aussi, le pape évoque à la fin de son message l'opportunité d'évangélisation engendrée par ces flux migratoires. Reste à savoir si, en France par exemple, l'Église a encore les moyens humains, l'énergie et la volonté de s'occuper de ces personnes. Sans parler d'évangélisation proactive, il s'agirait déjà d'être en capacité de répondre aux migrants musulmans qui frappent à la porte des églises.

    Ensuite, j'ai un regret. Je trouve que ce message procède d'une vision un peu pessimiste du monde. Une vision qui consisterait à dire que, quoiqu'on fasse, il y aura toujours autant de migrants. J'aurais attendu que l'Église s'intéresse davantage aux raisons de ces flux migratoires. Car je pense que c'est seulement en identifiant bien les causes que l'on peut s'attaquer aux problèmes. Certes, dans un passage, le pape évoque le fait que l'Église participe à cette recherche des causes mais il ne va pas plus loin. Sur la question complexe des migrants, une analyse plus approfondie du phénomène et un vrai travail de pédagogie de la part de l'Église permettraient à chacun de prendre ses responsabilités.

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  • Migrants : le pape dénie-t-il aux Etats le droit de se protéger ?

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    Clémence Houdaille, sur le site du journal La Croix, a interrogé le Père Laurent Stalla-Bourdillon, Directeur du Service pastoral d’études politiques :

    La sécurité des migrants doit-elle l’emporter sur la sécurité nationale ?

    « Le principe de la centralité de la personne humaine (…) nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale » écrit le pape François dans son message pour la prochaine journée mondiale du migrant et du réfugié (lire « La Croix » d’hier). Un principe qui ne remet toutefois pas en cause le devoir des États de protéger leurs ressortissants.

    Si l’on perd de vue la centralité de la personne humaine, on perd notre humanité

    En écrivant que la sécurité des personnes passe avant la sécurité nationale, le pape ne dénie pas aux États le droit de se protéger. Mais insister sur la centralité de la personne humaine permet de déminer un argument sécuritaire qui servirait de prétexte pour refuser l’accueil des migrants. Si l’on perd de vue la centralité de la personne humaine, on perd notre humanité.

    Il existe différents niveaux de défis à relever, sur le plan migratoire, mais aussi sécuritaire. C’est une question d’arbitrage, et il ne faudrait pas lire le propos du pape comme une invitation à faire voler en éclats la question de la responsabilité nationale. Le Catéchisme de l’Église catholique précise bien les choses : après avoir dit que « les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine » et que « les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l’hôte sous la protection de ceux qui le reçoivent », le paragraphe 2241 ajoute que « les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont elles ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption ».

    Le message du pape, rendu public au lendemain de l’attentat de Barcelone, a été signé le 15 août. L’actualité des derniers jours a sans doute eu un effet grossissant dans la manière de le lire, mais celui-ci est écrit dans un contexte beaucoup plus large. François a conscience que son pontificat se déroule à un moment de l’histoire où la pression démographique et migratoire est réelle, indépendamment de la question de la guerre en Syrie et des déplacements de population qui y sont liés. Ce phénomène, qui relève pour lui des « signes des temps », échappe à une simple gestion ponctuelle et doit être perçu avec plus de profondeur. Benoît XVI lui-même était déjà assez sévère vis-à-vis des organismes internationaux à propos de la façon dont ils gèrent les migrants.

    François insiste sur la nécessité de préparer les communautés locales aux processus d’intégration. Il y a effectivement là un énorme déficit. Il est illusoire de penser que ces questions n’auront d’incidence que chez le voisin. La question sera d’ailleurs débattue lors du prochain pèlerinage des élus chrétiens à Lourdes, qui se déroulera du 12 au 15 octobre autour du thème : « Solidarité contrainte, solidarité voulue ».

    Lire également : 

    Le texte du pape suscite de nombreuses réactions en France, ce message est-il plus engagé que par le passé ? Nous pouvons juger le message comme étant plus engagé dans le sens qu’il est peut-être plus pratique, plus pragmatique cette année. Il veut répondre à une question simple : qu’est...

     

  • Le pape François propose 21 mesures pour l'accueil des migrants

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    Dans le « Figaro » de ce jour, Jean-Marie Guénois présente clairement l'enjeu du message "opérationnel" écrit par le pape François pour la 104e "journée internationale du migrant et du réfugié"  :

    « Le Pape réaffirme, avec ces propositions concrètes, son opposition à toute restriction de l'immigration. Il se prononce notamment pour « l'octroi de visas humanitaires » et recommande de favoriser « le regroupement familial ».

    Ce n'est pas un programme mais une lettre annuelle rédigée par le pape pour la 104° «journée mondiale du migrant et du réfugié» du 21 août 2017. Les cinq pages très denses, signées par François le jour du 15 août, contiennent cependant 21 mesures concrètes, similaires à un programme d'action qui résument sa pensée sur la question des migrations. Elle vise, tant dans les pays d'origines, que dans les pays d'accueil, à rendre légale l'immigration illégale.

    Dans ce document, le pape promeut en effet un accueil large, généreux et légalement organisé des migrants et des réfugiés sans mentionner l'idée d'une quelconque restriction des flux migratoires qu'il avait toutefois évoquée et justifiée à son retour de Suède le 1er novembre 2016, restrictions fondées sur les capacités d'accueil.

    L'objectif de François, dans ce document, est de changer les mentalités et de faire pression sur la communauté internationale pour qu'elle adopte, avant la fin de l'année 2018, deux accords globaux, l'un sur les réfugiés, l'autre sur les migrants dont le principe avait été acquis le 19 septembre 2016 lors du sommet de l'ONU.

    «La garantie d'une subsistance minimum vitale»

    Pour le pape actuel, la question de l'accueil des migrants et des réfugiés est une priorité absolue. Le 8 juillet 2013, il avait dédié son premier voyage papal à cette thématique en se rendant sur l'île de Lampedusa, entre la Sicile et la Tunisie, pour demander aux Européens d'ouvrir leurs portes. Et dans sa réforme du Vatican, il a créé un nouveau ministère «le Dicastère pour le Service du Développement humain intégral» dont la section chargée des migrations et des réfugiés est placée, selon sa volonté, à titre exceptionnelle et symbolique, sous sa propre responsabilité.

    Quant au principe fondamental qui guide le pape François, il le rappelle dans sa lettre: «Tout immigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontre avec Jésus-Christ, qui s'identifie à l'étranger de toute époque, accueilli ou rejeté.»

    Voici la liste des 21 mesures voulues par le pape François pour l'immigration :

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  • Le message du pape François pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2018 : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés

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    MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS 
    POUR LA JOURNÉE MONDIALE DU MIGRANT ET DU RÉFUGIÉ 2018
    [14 janvier 2018]

    « Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer 
    les migrants et les réfugiés »

    Chers frères et sœurs,

    « L’immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un compatriote, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous-mêmes avez été immigrés au pays d’Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu » (Lv 19, 34).

    Durant les premières années de mon pontificat, j’ai exprimé à maintes reprises une préoccupation spéciale concernant la triste situation de nombreux migrants et réfugiés qui fuient les guerres, les persécutions, les catastrophes naturelles et la pauvreté. Il s’agit sans doute d’un ‘‘signe des temps’’ que j’ai essayé de lire, en invoquant la lumière de l’Esprit Saint depuis ma visite à Lampedusa le 8 juillet 2013En créant le nouveau Dicastère pour le Service du Développement humain intégral, j’ai voulu qu’une section spéciale, placée ad tempus sous mon autorité directe, exprime la sollicitude de l’Église envers les migrants, les personnes déplacées, les réfugiés et les victimes de la traite.

    Tout immigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontre avec Jésus Christ, qui s’identifie à l’étranger de toute époque accueilli ou rejeté (cf. Mt 25, 35.43). Le Seigneur confie à l’amour maternel de l’Église tout être humain contraint à quitter sa propre patrie à la recherche d’un avenir meilleur (Cf. Pie XII, Constitution apostolique Exsul Familia, Titulus Primus, I, 1er août 1952). Cette sollicitude doit s’exprimer concrètement à chaque étape de l’expérience migratoire : depuis le départ jusqu’au voyage, depuis l’arrivée jusqu’au retour. C’est une grande responsabilité que l’Église entend partager avec tous les croyants ainsi qu’avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, qui sont appelés à répondre aux nombreux défis posés par les migrations contemporaines, avec générosité, rapidité, sagesse et clairvoyance, chacun selon ses propres possibilités.

    À ce sujet, nous souhaitons réaffirmer que « notre réponse commune pourrait s’articuler autour de quatre verbes fondés sur les principes de la doctrine de l’Église : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer » (Discours aux participants au Forum International ‘‘Migrations et paix’’, 21 février 2017).

    En considérant la situation actuelle, accueillir signifie avant tout offrir aux migrants et aux réfugiés de plus grandes possibilités d’entrée sûre et légale dans les pays de destination. En ce sens, un engagement concret est souhaitable afin que soit étendu et simplifié l’octroi de visas humanitaires et pour le regroupement familial. En même temps, je souhaite qu’un plus grand nombre de pays adoptent des programmes de patronage privé et communautaire et ouvrent des corridors humanitaires pour les réfugiés les plus vulnérables. En outre, il serait opportun de prévoir des visas temporaires spéciaux pour les personnes qui fuient les conflits dans les pays voisins. Les expulsions collectives et arbitraires de migrants et de réfugiés ne constituent pas une solution adéquate, surtout lorsqu’elles sont exécutées vers des pays qui ne peuvent pas garantir le respect de la dignité et des droits fondamentaux (Cf. Intervention du Représentant permanent du Saint-Siège à la 103ème Session du Conseil de l’OIM, 26 novembre 2013). J’en viens encore à souligner l’importance d’offrir aux migrants et aux réfugiés un premier accueil approprié et digne. « Les programmes d’accueil diffus, déjà lancés dans différentes localités, semblent au contraire faciliter la rencontre personnelle, permettre une meilleure qualité des services et offrir de plus grandes garanties de succès » (Discours aux participants au Forum International ‘‘Migrations et paix’’, 21 février 2017). Le principe de la centralité de la personne humaine, fermement affirmé par mon bien-aimé prédécesseur Benoît XVI (Cf. Lettre encyclique Caritas in veritate, 47), nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale. Par conséquent, il est nécessaire de former adéquatement le personnel préposé aux contrôles de frontière. Les conditions des migrants, des demandeurs d’asile et des réfugiés, postulent que leur soient garantis la sécurité personnelle et l’accès aux services élémentaires. Au nom de la dignité fondamentale de chaque personne, il faut s’efforcer de préférer des solutions alternatives à la détention pour ceux qui entrent sur le territoire national sans autorisation (Cf. Intervention du Représentant permanent du Saint-Siège à la 20ème Session du Conseil des droits humains, 22 juin 2012).

    Le deuxième verbe, protéger, se décline en toute une série d’actions pour la défense des droits et de la dignité des migrants ainsi que des réfugiés, indépendamment de leur statut migratoire (Cf. Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate, 62). Cette protection commence dans le pays d’origine et consiste dans la mise à disposition d’informations sûres et certifiées avant le départ et dans la prévention contre les pratiques de recrutement illégal (Cf. Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Itinérants, Instruction Erga migrantes caritas Christi, n. 6). Elle devrait se poursuivre, dans la mesure du possible, dans le pays d’immigration, en assurant aux migrants une assistance consulaire adéquate, le droit de garder toujours avec soi les documents d’identité personnels, un accès équitable à la justice, la possibilité d’ouvrir des comptes bancaires personnels et la garantie d’une subsistance minimum vitale. Si elles sont reconnues et valorisées de manière appropriée, les capacités et les compétences des migrants, des demandeurs d’asile et des réfugiés, représentent une vraie ressource pour les communautés qui les accueillent (Cf. Benoît XVIDiscours aux participants au 6ème Congrès mondial pour la pastorale des migrants et des réfugiés, 9 novembre 2009). C’est pourquoi, je souhaite que, dans le respect de leur dignité, leur soient accordés la liberté de mouvement dans le pays d’accueil, la possibilité de travailler et l’accès aux moyens de télécommunication. Pour ceux qui décident de retourner dans leur pays, je souligne l’opportunité de développer des programmes de réintégration professionnelle et sociale. La Convention internationale sur les droits de l’enfant offre une base juridique universelle pour la protection des mineurs migrants. Il faut leur éviter toute forme de détention en raison de leur status migratoire, tandis qu’on doit leur assurer l’accès régulier à l’instruction primaire et secondaire. De même, quand ils atteignent l’âge de la majorité il est nécessaire de leur garantir une permanence régulière et la possibilité de continuer des études. Pour les mineurs non accompagnés ou séparés de leur famille, il est important de prévoir des programmes de garde temporaire ou de placement (Cf. Benoît XVIMessage pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié, 2010, et S. Tomasi, Intervention du Représentant permanent du Saint-Siège à la 26ème Session ordinaire du Conseil pour les Droits de l’Homme sur les droits humains des migrants,13 juin 2014). Dans le respect du droit universel à une nationalité, celle-ci doit être reconnue et opportunément assurée à tous les enfants à la naissance. L’apatridie dans laquelle se trouvent parfois des migrants et des réfugiés peut être facilement évitée à travers « une législation sur la citoyenneté conforme aux principes fondamentaux du droit international » (Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Itinérants et Conseil Pontifical Cor UnumAccueillir le Christ dans les réfugiés et dans les personnes déracinées de force, 2013, n. 70). Le status migratoire ne devrait pas limiter l’accès à l’assistance sanitaire nationale et aux systèmes de pension, ni le transfert de leurs contributions en cas de rapatriement.

    Promouvoir veut dire essentiellement œuvrer afin que tous les migrants et les réfugiés ainsi que les communautés qui les accueillent soient mis en condition de se réaliser en tant que personnes dans toutes les dimensions qui composent l’humanité voulue par le Créateur (Cf. Paul VI, Lettre encyclique Populorum progressio, n. 14). Parmi ces dimensions, il faut reconnaître à la dimension religieuse sa juste valeur, en garantissant à tous les étrangers présents sur le territoire la liberté de profession et de pratique religieuse. Beaucoup de migrants et de réfugiés ont des compétences qui doivent être adéquatement certifiées et valorisées. Puisque « le travail humain est par nature destiné à unir les peuples » (Jean-Paul II, Lettre encyclique Centesimus annus, n. 27), j’encourage à œuvrer afin que soit promue l’insertion socio-professionnelle des migrants et des réfugiés, garantissant à tous – y compris aux demandeurs d’asile – la possibilité de travailler, des parcours de formation linguistique et de citoyenneté active ainsi qu’une information appropriée dans leurs langues d’origine. Dans le cas des mineurs migrants, leur implication dans des activités productives doit être règlementée de manière à prévenir des abus et des menaces à leur croissance normale. En 2006, Benoît XVIsoulignait comment, dans le contexte de migration, la famille est « lieu et ressource de la culture de la vie et facteur d’intégration des valeurs » (Benoît XVIMessage pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié, 2007). Son intégrité doit être toujours promue, en favorisant le regroupement familial – y compris des grands-parents, des frères et sœurs et des petits-enfants – sans jamais le soumettre à des capacités économiques. Une plus grande attention et un plus grand soutien doivent être portés aux migrants, aux demandeurs d’asile et aux réfugiés en situation de handicap. Tout en considérant louables les efforts déployés jusqu’ici par de nombreux pays en termes de coopération internationale et d’assistance humanitaire, je souhaite que dans la distribution de ces aides, soient pris en compte les besoins (par exemple l’assistance médicale et sociale ainsi que l’éducation) des pays en développement qui reçoivent d’importants flux de réfugiés et de migrants et, également, qu’on inclue parmi les destinataires les communautés locales en situation de pénurie matérielle et de vulnérabilité (Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Itinérants et Conseil Pontifical Cor UnumAccueillir le Christ dans les réfugiés et dans les personnes déracinées de force, 2013, nn. 30-31).

    Le dernier verbe, intégrer, se place sur le plan des opportunités d’enrichissement interculturel général du fait de la présence de migrants et de réfugiés. L’intégration n’est pas « une assimilation, qui conduit à supprimer ou à oublier sa propre identité culturelle. Le contact avec l'autre amène plutôt à en découvrir le ‘‘secret’’, à s'ouvrir à lui pour en accueillir les aspects valables et contribuer ainsi à une plus grande connaissance de chacun. Il s'agit d'un processus de longue haleine qui vise à former des sociétés et des cultures, en les rendant toujours davantage un reflet des dons multiformes de Dieu aux hommes » (Jean-Paul IIMessage pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié (2005), 24 novembre 2004). Ce processus peut être accéléré à travers l’offre de citoyenneté dissociée des capacités économiques et linguistiques et l’offre de parcours de régularisation extraordinaire pour des migrants qui peuvent faire valoir une longue présence dans le pays. J’insiste encore sur la nécessité de favoriser, dans tous les cas, la culture de la rencontre, en multipliant les opportunités d’échange interculturel, en documentant et en diffusant les ‘‘bonnes pratiques’’ d’intégration et en développant des programmes visant à préparer les communautés locales aux processus d’intégration. Je dois souligner le cas spécial des étrangers forcés à quitter le pays d’immigration à cause de crises humanitaires. Ces personnes demandent que leur soient assurés une assistance adéquate pour le rapatriement et des programmes de réintégration professionnelle dans leur pays d’origine.

    En conformité avec sa tradition pastorale, l’Église est disponible pour s’engager en première ligne en vue de réaliser toutes les initiatives proposées plus haut ; mais pour obtenir les résultats espérés, la contribution de la communauté politique et de la société civile, chacun selon ses responsabilités propres, est indispensable.

    Durant le Sommet des Nations Unies, célébré à New York le 19 septembre 2016, les dirigeants du monde ont clairement exprimé leur volonté d’œuvrer en faveur des migrants et des réfugiés pour sauver leurs vies et protéger leurs droits, en partageant ces responsabilités au niveau global. À cet effet, les États se sont engagés à rédiger et à approuver avant la fin de l’année 2018 deux accords globaux (Global Compacts), l’un consacré aux réfugiés et l’autre concernant les migrants.

    Chers frères et sœurs, à la lumière de ces processus engagés, les prochains mois représentent une opportunité privilégiée pour présenter et soumettre les actions concrètes dans lesquelles j’ai voulu décliner les quatre verbes. Je vous invite, donc, à profiter de chaque occasion pour partager ce message avec tous les acteurs politiques et sociaux qui sont impliqués – ou intéressés à participer – au processus qui conduira à l’approbation des quatre accords globaux.

    Aujourd’hui, 15 août, nous célébrons la solennité de l’Assomption de la très Sainte Vierge Marie au Ciel. La Mère de Dieu a fait elle-même l’expérience de la dureté de l’exil (cf. Mt 2, 13-15) ; elle a suivi avec amour l’itinéraire de son Fils jusqu’au Calvaire et maintenant elle partage éternellement sa gloire. Confions à sa maternelle intercession les espérances de tous les migrants et réfugiés du monde et les aspirations des communautés qui les accueillent, afin que, selon le plus grand commandement de Dieu, nous apprenions tous à aimer l’autre, l’étranger, comme nous-mêmes.

    Vatican, le 15 août 2017

    Solennité de l’Assomption de la B.V. Marie

    François

  • Migrations : le cardinal Turkson invite à exclure tout autant l'accueil désordonné que le repli sur soi

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    D'Anne Kurian sur zenit.org :

    Migration : « L’idée même de l’être humain est en jeu »

    Le card. Turkson invite les Européens à être « vraiment ambitieux »

    Face à la crise migratoire, les Européens doivent être « vraiment ambitieux » car « le destin de l’humanité est en jeu. L’idée même de l’être humain est en jeu », affirme le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral. A la veille d’une réunion de crise des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne à Tallinn (Estonie), le 5 juillet 2017, il a accordé un entretien au Huffingtonpost.

    Évoquant l’afflux migratoire de l’Afrique vers l’Europe, il invite à faire des distinctions : « Le continent africain est très diversifié. On ne peut pas continuer à parler de l’Afrique comme si c’était un corps uniforme : un monolithe ! C’est une chose si les personnes fuient la guerre ; et c’en est une autre si les personnes fuient parce qu’il n’y a pas de travail… Dans le premier cas, il faut construire une vraie paix ; dans le second il fait changer le paradigme de développement ».

    Pour le préfet, la solution réside à la fois « en Europe et en Afrique ». Sur le Vieux continent, il déplore un « énorme retard sur une vision culturelle, et également politique » du phénomène. Un retard lié « à l’incompréhension profonde du mouvement des peuples… les visions régionales ne suffisent pas : il faut une vision globale ».

    Il appelle à « une politique commune et une vision culturelle haute et historique » afin que l’Europe puisse « relever la tête comme modèle de paix, justice et liberté ». « Il faut courage et honnêteté ».

    « Une Europe barricadée sur elle-même, sans souffle d’idéal, n’est plus Europe », affirme-t-il. Et de questionner : « Qu’auraient fait aujourd’hui Adenauer, Schumann et De Gasperi ? ». Le cardinal encourage les Européens à « être vraiment ambitieux : regarder l’idée d’Europe et regarder l’histoire, pas le moment. Le destin de l’humanité est en jeu. L’idée même de l’être humain est en jeu ».

    « On dirait qu’en Occident on ne parvient pas à dépasser deux visions que certains politiques exacerbent pour en tirer des avantages électoraux », poursuit le cardinal Turkson : la vision selon laquelle « chacun doit rester chez soi et construire des murs », et la vision sur la base de laquelle « il faudrait accueillir de façon désordonnée ».

    « Ce sont toutes les deux des visions erronées, incomplètes, non raisonnées, et vieilles, filles de débris idéologiques du passé », assure-t-il. Le préfet du Dicastère prône une voie médiane qui mette au centre « la personne, toutes les personnes avec leurs droits et leurs devoirs en vue du bien commun ».

    Quant aux Africains, explique-t-il, ils « doivent être mis en condition et doivent trouver le moyen de se mettre eux-mêmes en condition de croissance. La question est : comment procéder là où sévissent la corruption, le crime organisé, les intérêts des pays étrangers… ? »

  • Le droit à la vie, pilier du développement humain intégral

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    De Constance Roques sur zenit.org :

    Le droit à la vie, fondement du développement, par Mgr Auza

    Intervention à l’Organisation des Etats américains

    Les « piliers du développement humain intégral » ont tous leur fondement « dans le droit à la vie », fait observer Mgr Bernardito Auza, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Organisation des États américains (OEA).

    Il est intervenu au cours de la 47ème session de l’Assemblée générale de l’OEA lors d’un débat sur les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit, après être intervenu sur la situation au Venezuela, le 20 juin.

    Dans sa déclaration, Mgr Auza a fait observer qu’au cœur des droits de l’homme, il est reconnu que toutes les personnes possèdent une dignité et une valeur inhérentes, qui découlent de leur droit fondamental à la vie.

    Les piliers du développement humain intégral, a-t-il déclaré, ont tous leur fondement commun dans le droit à la vie.

    La préoccupation pour les personnes les plus nécessiteuses, a-t-il dit, est le « critère » pour mesurer le succès ou l’échec de l’Agenda 2030 pour le développement durable.

    Mgr Auza a également mis l’accent sur le rôle de ceux qui se trouvent dans le processus judiciaire, l’indépendance et l’intégrité de la magistrature, les droits de ceux qui sont soumis à des poursuites judiciaires et le droit à la liberté d’opinion et d’expression.

  • La position du Saint-Siège face aux flux migratoires

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    De Constance Roques sur zenit.org :

    « Pacte mondial pour une migration sûre », par le p. Czerny (traduction complète)

    Et pour un développement humain intégral chez soi

    Le p. Czerny, sous-secrétaire de la Section Migrants et Réfugiés du Saint-Siège, est intervenu à la conférence de l’ONU, « Pour une migration sûre, ordonnée et régulière », à Genève, le 19 juin 2017, dans le groupe 1 intitulé : « Coopération internationale et gouvernance de la migration sous tous ses aspects ».

    Il a plaidé pour une « coopération systématique, globale et active entre les États, la société civile, les organisations internationales et le secteur privé » en matière de migration.

    Mais il a aussi souligné que cette coopération doit « tenir compte non seulement du mouvement ordonné des personnes et considérer l’aide humanitaire à court terme, mais aussi les pays d’origine » dont les conditions économiques et sociales ne laissent souvent pas d’autre option que l’émigration.

    Voici notre traduction du discours du p. Michael Czerny, prononcé en anglais.

    CR

    Déclaration du p. Michael Czerny

    Ma délégation souhaite accueillir de nouveau les deux co-facilitateurs et le Représentant spécial pour les migrations internationales. Je tiens également à remercier les membres du panel pour leurs présentations réfléchies.

    Le Saint-Siège a souligné à plusieurs reprises la conviction que, avant les divisions des frontières, nous sommes une seule famille humaine et a appelé à une plus grande humanisation du mouvement mondial des personnes. Comme le pape François nous le rappelle, « la migration, si elle est traitée avec l’humanité, est une opportunité pour tous de se rencontrer et de grandir » (Interview sur les épreuves des migrants et des réfugiés, 28 mars 2017). En effet, c’est une opportunité pour tous, car dans le monde d’aujourd’hui, la mobilité humaine touche de nombreux aspects de notre vie !

    Par la Déclaration de New York (NYD), les États ont reconnu « une responsabilité partagée de gérer les grands mouvements de réfugiés et de migrants d’une manière humaine, sensible, compatissante et axée sur les personnes », réaffirmant que « la coopération internationale entre les pays d’origine ou de nationalités, de transit et de destination n’a jamais été aussi importante; la coopération « gagnant-gagnant » dans ce domaine présente de profonds avantages pour l’humanité » (NYD, 19 septembre 2016, paragraphe 11).

    À cette fin, le pape François a encouragé la mise en œuvre de programmes de coopération internationale sans intérêts partisans, et de programmes de développement transnational qui impliquent les migrants comme protagonistes actifs et qui sont fondés sur la dignité et la centralité de la personne humaine (cf. Discours du pape François au Forum international sur les migrations et la paix, 21 février 2017).

    Monsieur le Président

    En effet, l’ampleur des mouvements migratoires est telle que seule une coopération systématique, globale et active entre les États, la société civile, les organisations internationales et le secteur privé peut être efficace pour gérer de manière adéquate de tels mouvements. À cet égard, l’expérience de l’Église catholique, grâce à son réseau d’associations bien établi sur le terrain dans le monde entier, par exemple la ICMC et Caritas, a fait des efforts considérables pour répondre à l’appel du pape François à une « mondialisation de la solidarité ».

    Mais pour être fructueux à long terme, comme le reconnaît le rapport de Sutherland, « la coopération internationale dans ce domaine doit prendre les intérêts de tous les acteurs légitimes … Tant qu’il y a des parties prenantes pour lesquelles le système ne fonctionne pas, au mieux elles l’ignoreront et, au pire, elles le saperont » (cf. Rapport du Représentant spécial du Secrétaire général sur les migrations, 3 février 2017, n. 90). « Les États auront beaucoup plus de chance de réaffirmer le contrôle de ceux qui entrent et restent sur leur territoire s’ils travaillent ensemble plutôt que de façon unilatérale, facilitant ainsi la migration sécuritaire et légale » (Ibid, Résumé).

    À cet égard, c’est un impératif moral que nous soyons tous unis pour empêcher les contrebandiers et les trafiquants d’êtres humains de profiter des personnes dans des situations désespérées et vulnérables. Ces réseaux criminels, qui exploitent la souffrance de beaucoup, sont un affront à la dignité humaine. Le Saint-Siège encourage les voies juridiques élargies pour les migrants, les demandeurs d’asile et les réfugiés. C’est seulement si nous pouvons présenter aux gens une option réelle pour une migration sûre, régulière et ordonnée, et si nous nous efforçons de créer les conditions appropriées pour un développement humain intégral « à la maison », que nous finirons par vaincre ces trafiquants de chair humaine.

    En effet, la mobilité humaine est une réalité de notre temps et elle doit être abordée et gérée de manière prospective par la coopération internationale et dans un esprit de solidarité et de compassion profondes. Une telle coopération doit tenir compte non seulement du mouvement ordonné des personnes et considérer l’aide humanitaire à court terme, mais aussi les pays d’origine, encourageant à « créer de meilleures conditions économiques et sociales à la maison, de sorte que l’émigration ne soit pas la seule option laissée pour ceux qui recherchent la paix, la justice, la sécurité et le plein respect de leur dignité humaine » (cf. Pape François, Message pour la 100ème Journée mondiale des migrants et des réfugiés, 5 août 2013).

    Monsieur le Président

    Le nombre accru de personnes en déplacement est un signe d’une mondialisation non réglementée, de déséquilibres socioéconomiques et, malheureusement, souvent liés à la violence. Grâce à la coopération internationale, fondée sur des valeurs communes et sur la complémentarité des politiques et des décisions, le potentiel et les talents des migrants peuvent être ouverts au profit de tous.

    Merci, Monsieur le Président.

    © Traduction de Zenit, Constance Roques

  • Le message du pape pour la Journée des Pauvres (19 novembre 2017)

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    Journée des pauvres: texte complet du message du pape François

    «N’aimons pas en paroles, mais par des actes»

    « N’aimons pas en paroles, mais par des actes »: ce verset de saint Jean forme le titre du message du pape François pour la première Journée mondiale des pauvres, fixée par « Misericordia et Misera » au 33ème Dimanche du Temps Ordinaire, et qui sera donc célébrée le 19 novembre 2017: « Accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table. »

    Ce message est publié par le pape, il le souligne, ce 13 juin 2017, en la mémoire liturgique du grand docteur de l’Eglise franciscain, ami des pauvres, saint Antoine de Padoue (1195-1231) – de Lisbonne, pour les Portugais.

    Le pape invite à faire précéder le 19 novembre par une semaine faite « de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète ».

    AB

    Message du pape François:

    N’aimons pas en paroles, mais par des actes

    1.« Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). Ces paroles de l’apôtre Jean expriment un impératif dont aucun chrétien ne peut faire abstraction. La gravité avec laquelle le ‘‘disciple bien-aimé’’ transmet, jusqu’à nos jours, le commandement de Jésus s’accentue encore davantage par l’opposition qu’elle révèle entre les paroles vides qui sont souvent sur nos lèvres et les actes concrets auxquels nous sommes au contraire appelés à nous mesurer. L’amour n’admet pas d’alibi : celui qui entend aimer comme Jésus a aimé doit faire sien son exemple ; surtout quand on est appelé à aimer les pauvres. La façon d’aimer du Fils de Dieu, par ailleurs, est bien connue, et Jean le rappelle clairement. Elle se fonde sur deux pierres angulaires : Dieu a aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10.19) ; et il a aimé en se donnant tout entier, y compris sa propre vie (cf. 1 Jn 3, 16).

    Un tel amour ne peut rester sans réponse. Même donné de manière unilatérale, c’est-à-dire sans rien demander en échange, il enflamme cependant tellement le cœur que n’importe qui se sent porté à y répondre malgré ses propres limites et péchés. Et cela est possible si la grâce de Dieu, sa charité miséricordieuse sont accueillies, autant que possible, dans notre cœur, de façon à stimuler notre volonté ainsi que nos affections à l’amour envers Dieu lui-même et envers le prochain. De cette façon, la miséricorde qui jaillit, pour ainsi dire, du cœur de la Trinité peut arriver à mettre en mouvement notre vie et créer de la compassion et des œuvres de miséricorde en faveur des frères et des sœurs qui sont dans le besoin.

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  • Troisième lunch débat 2017 de l'Union des étudiants catholiques à l'Ulg: la crise de l'Union Européenne et la chute de la République Romaine, par le Pr. David Engels le 15 juin à 18h00

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    La crise de l’Union européenne

     

    et la chute de la République romaine

    A l’Ulg, le jeudi 15 juin 2017 à 18h00 : troisième lunch débat du cycle organisé par l’Union des étudiants catholiques de Liège sur le thème : « L’Europe, ses fondements, aujourd’hui et demain »

    Après Mgr Delville, le 17 janvier ( « Le Christianisme médiéval, creuset de l’Europe ») et Madame Annie Laurent le 4 avril (« Immigration, identité et multiculturalité »), l’Union et le groupe éthique sociale accueillent ce jeudi 15 juin à 18h un nouveau conférencier à la Salle des Professeurs de l’Ulg. L’invité est cette fois le professeur David Engels, professeur ordinaire à l’université libre de Bruxelles et titulaire de la chaire d’histoire romaine. A travers une étude comparative de textes, il établit un parallèle troublant entre la crise de l’Union européenne et la chute de la République romaine  tardive (au 1er siècle avant J.-C).

    De la question de la citoyenneté, des frontières et des flux migratoires à celles de la morale, de religion, ou de l’art, cette époque antique qui débouche sur l’absolutisme de l’empire « universel » d’Auguste apparaît stupéfiante d’actualité et de modernité. Le livre que David Engels a publié sur ce sujet brûlant aux éditions du Toucan sous le titre "Le Déclin" est devenu un bestseller du genre:  il vient de faire l’objet d’une réédition. Des exemplaires de l’ouvrage seront mis à la disposition du public lors de la conférence. 

    La réunion a lieu le jeudi 15 juin 2017 de 18h00 à 20h30 à la Salle des professeurs dans le bâtiment du Rectorat de l’Université de Liège, Place du 20 Août, 7, 1er étage (accès par l’entrée principale). Horaire apéritif à 18h00 ; exposé suivi d’un lunch-débat : de 18h15 à 20h30. (P.A.F : 15 € par réunion buffet compris – 5 € pour les étudiants).

    Inscription obligatoire trois jours à l’avance par tel. 04.344.10.89 ou par  e-mail info@ethiquesociale.org ou via le site internet  www.ethiquesociale.org

    lunch_debat_juin2017.jpg 

    Union  des étudiants catholiques de Liège –Jean-Paul Schyns – Quai Churchill, 42/7 - 4020  Liège - Tél 04.344.10.89 – jpschyns@skynet.be

    Groupe de réflexion sur l’éthique sociale – Elio Finetti – Quai Orban, 34 – 4020 Liège – Tel. 0475 83 61 61 – finetti@ethiquesociale.org

    Calpurnia – Forum de conférences – Philippe Deitz – Rue Henri Maus, 92 – 4000 Liège – Tel. 04.253.25.15 – calpurnia.musee@gmail.com 

    JPSC