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Débats - Page 211

  • La guerre absurde contre les "stéréotypes de genre" dans les jouets

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    De Giuliano Guzzo sur la Nuova Bussola Quotidiana :

    Genre, la guerre absurde contre les "stéréotypes" dans les jouets

    14-10-2021

    Lego annonce qu'il va éliminer les "stéréotypes de genre" dans ses briques. La Californie adopte une loi obligeant les grands détaillants de jouets à aménager un espace "neutre". Signes d'une bataille paradoxale qui dure depuis longtemps (Obama y était déjà favorable) et qui ignore le fait que les différences entre les sexes existent, par nature, même dans le choix des jouets.

    Noël est encore dans plus de deux mois, mais une véritable bataille fait déjà rage autour des cadeaux les plus désirés des enfants - les jouets - avec des interventions à différents niveaux. Tout d'abord, on apprend que Lego, le célèbre fabricant de briques, va supprimer les "stéréotypes de genre" de ses produits en bannissant la mention "pour les filles", après que des recherches ont montré que cela décourageait les garçons d'apprécier les boîtes décrites comme étant réservées au sexe opposé. Mais ce n'est rien.

    L'État de Californie a adopté une loi, signée samedi 9 octobre par le gouverneur Gavin Newsom, qui, d'une part, n'interdit pas encore (pour l'instant) les sections masculines et féminines, mais qui, d'autre part, oblige les grands vendeurs de jouets à mettre en place une zone d'exposition séparée et non sexiste ; tout cela, ça va sans dire, pour combattre les "stéréotypes de genre" dès le plus jeune âge. Comme si le choix des jouets cachait les germes du patriarcat et d'on ne sait quel type de discrimination.

    En réalité, la bataille contre les jouets de genre dure depuis longtemps. En décembre 2014, lors d'un événement public à Washington, Obama a déclaré son opposition aux "stéréotypes de genre" dans les jouets. Cette bataille peut désormais compter parmi les pierres angulaires de l'agenda progressiste mondial. Dommage qu'il s'agisse au mieux d'une question paradoxale et sans intérêt.

    En commençant par le côté paradoxal, il faut noter qu'intervenir contre les poupées roses ou les camionnettes bleues en imposant des jeux neutres est un non-sens ; si en effet les "stéréotypes de genre" sont un résultat de la culture, l'initiative de ceux qui s'y opposent l'est aussi. En d'autres termes, on veut opposer à un certain paradigme - celui fondé sur la différence entre les sexes - un autre paradigme, égalitaire et uniformisant. En d'autres termes, vous voulez opposer à un certain paradigme - celui fondé sur la différence entre les sexes - un autre paradigme, égalitaire et uniformisant.

    Pour en revenir à l'inutilité de la lutte contre les jouets sexuellement typés, une question mérite d'être posée : et si les poupées étaient vraiment préférées par les petites filles et les camionnettes par les petits garçons ? Il est clair que poser un tel dilemme aujourd'hui est une sorte d'hérésie, une apologie délibérée du sexisme. Et pourtant, la recherche scientifique, qui, comme nous le savons, ne regarde personne en face, offre des indications qui vont précisément dans ce sens. De nombreuses études peuvent être citées à cet égard. Ainsi, il y a une trentaine d'années, des chercheurs ont mené une curieuse expérience : après avoir examiné les jouets présents dans les chambres d'un certain nombre d'enfants, ils les ont divisés entre ceux qui leur avaient été donnés par leurs parents et ceux demandés par les enfants eux-mêmes. Il s'est avéré que les jouets les plus représentatifs des fameux "stéréotypes" étaient ceux choisis par les enfants plutôt que par leurs parents.

    De même, une méta-analyse publiée en 2018 dans la revue Infant and Child Development a conclu que "les différences entre les sexes dans le choix des jouets existent et semblent être le produit de forces sociales et innées", soulignant la probabilité que ce dimorphisme ait "une origine biologique". Là encore, des différences entre les sexes, tant dans le choix des jouets que dans le style de jeu, ont été observées chez les primates, dont on sait qu'ils ne sont la cible d'aucun type de "stéréotype".

    Cela signifie-t-il qu'un homme ne peut pas aimer les jouets qui ne sont pas traditionnellement masculins, ou que les filles sont obligées de jouer à la poupée ? Bien sûr que non. Chacun d'entre nous, unique et non reproductible, a également ses propres spécificités et inclinations en jeu, qu'il convient d'accepter. Cela n'enlève rien au fait qu'il existe en moyenne des différences entre les sexes en matière de divertissement pendant l'enfance, et que ces différences ne peuvent être attribuées uniquement à des influences éducatives externes. C'est pourquoi la promotion de jouets "neutres" est une autre expérience de genre déplorable.

  • Interview de Guillaume Cuchet : Les tradis, « Un des pôles de l’Église »

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    Guillaume Cuchet, universitaire, professeur d'histoire contemporaine et spécialiste d'histoire desGuillaume-Cuchet-684x400.jpg religions, a publié en 2018 une analyse qui a fait date sur la crise dans l’Église : Comment notre monde a cessé d’être chrétien (1). Il commente ici l’enquête du mensuel « La Nef » sur le monde traditionaliste et développe son analyse de cette mouvance :

    « La Nef – Notre enquête recense pour la France environ 51 000 catholiques pratiquant régulièrement la forme extraordinaire au sein des diocèses (et environ 35 000 pour la Fraternité Saint-Pie X) : que vous inspirent ces chiffres ?
    Guillaume Cuchet
     – Le premier constat est qu’il y a plus de « traditionalistes » que d’« intégristes », pour reprendre un vocabulaire usuel. Par conséquent, si le but de Rome, en autorisant l’ancien rite, était d’éviter de voir trop se développer le schisme lefebvriste, on peut dire qu’il est atteint. Ensuite qu’on a affaire, même en comptant les sympathisants, à une petite minorité. Le taux de pratique hebdomadaire en France aujourd’hui est de 2 %, soit environ 1,3 ou 1,4 million de personnes qui vont à la messe tous les dimanches, sans parler des occasionnels. Les « tradis » ne pèsent donc que 5 à 6 % du total. Cela reste un petit monde, même s’il est dynamique et organisé, et qu’il peut peser localement d’un poids non négligeable, comme dans le diocèse de Versailles. Est-il cependant en croissance ? Il faudrait des points de comparaison antérieurs pour le dire mais si croissance il y a, elle est modeste. Il faut se méfier dans ce domaine des impressions que produit dans le catholicisme la miniaturisation tendancielle de ses effectifs, notamment en matière de vocations.

    Dans Comment notre monde a cessé d’être chrétien, vous expliquez que Vatican II n’a pas créé la crise mais a amplifié la vague : que pensez-vous des études réalisées par les traditionalistes qui font du concile le principal responsable de la crise ?
    Il y a une part de vérité dans cette thèse mais une part seulement, et à condition de s’entendre sur ce qui dans le concile a pu provoquer ce genre d’effets. J’ai proposé de parler de rupture de pente pour désigner ce qui s’est passé au milieu des années 1960 en matière de pratique religieuse. Il y avait une pente, légèrement déclive, tirée par de puissants facteurs socioculturels, même si l’après-guerre a connu un petit boom religieux et que les situations locales étaient très variées. On le voit bien à Paris par exemple où l’on dispose d’une belle série d’enquêtes pour 1954, 1962 et 1975. Les résultats de 1954 ont paru plutôt bons à l’époque ; or la situation n’avait pas bougé en 1962 ; l’enquête de 1975, en revanche, a révélé une chute de la pratique de 47 % ! Une rupture s’est donc produite, chez les jeunes en particulier dont il ne faut pas oublier qu’ils faisaient largement les taux dans les régions ou les quartiers déchristianisées du fait de la communion solennelle (80 % de la génération). Moyennant quoi, les facteurs religieux de cette rupture sont bien, pour une part, liés au concile et à tout ce qu’il a ébranlé dans le catholicisme français : la réforme liturgique, sans doute, mais davantage encore la sortie de la culture de la pratique obligatoire, la réforme de la communion solennelle, le silence sur les fins dernières, la redéfinition de l’excellence chrétienne alignée sur les critères de l’Action catholique chère à l’épiscopat français, etc. Bref, le concile a non pas provoqué la rupture en ce sens qu’elle n’aurait pas eu lieu sans lui (puisqu’elle a eu lieu aussi bien dans l’Angleterre anglicane, peu de temps auparavant), mais il l’a déclenchée, c’est-à-dire qu’il lui a fixé son calendrier tout en lui donnant une intensité particulière. Ce n’était pas prévu au départ mais l’histoire a parfois de ces ironies.

    Vatican II a « déclenché » la crise, mais a été cependant nécessaire, écrivez-vous : pouvez-vous expliquer ce paradoxe ?
    Nécessaire parce que je crois qu’on ne pouvait pas faire l’économie de la modernisation du catholicisme dont le concile a été le vecteur, même si on peut toujours spéculer sur ce qu’aurait pu donner la poursuite d’une politique de réformisme prudent à la manière de Pie XII. Une réforme de ce genre est nécessairement compliquée mais l’opération devient franchement périlleuse quand, comme ce fut le cas, elle coïncide avec une révolution culturelle majeure qui fait souffler dans ses voiles des vents puissants difficilement contrôlables.

    Qu’est-ce qui a fondamentalement créé la résistance des traditionalistes : Vatican II, la réforme liturgique de 1969 ou d’autres raisons ? Et comment expliquer son succès depuis maintenant un demi-siècle ?
    Les causes sont multiples et, pour une part, antérieures au concile (la question du latin, par exemple, à des racines qui remontent à la Réforme). Mais Vatican II, qu’est-ce à dire ? La réforme liturgique, le texte sur la liberté religieuse, parfois interprété comme une sorte de dépénalisation implicite du bricolage croyant ou d’allergie à l’égard des moyens « sociologiques » de transmission de la foi, le parti pris de l’ouverture large de Gaudium et spes (le plus français des textes du concile), l’optimisme candide qui pousse à croire qu’il suffit de se montrer aimable avec les modernes et se rapprocher des normes ambiantes pour convertir le monde, etc. ? À noter que la réforme liturgique ne date pas de 1969. C’est la date du nouvel Ordo de la messe mais la réforme elle-même a commencé dès 1964 (pendant le concile) et la messe de 1965 était déjà sensiblement différente de celle de 1962.
    Quant aux causes du succès du traditionalisme (assez relatif en réalité et plus sensible sur le plan des vocations que de la pratique), il faudrait voir quelle est la part en lui de la croissance « interne », liée à la vitalité démographique des familles et à leur capacité de transmission de la foi, et « externe », par ralliement d’éléments venus de la forme ordinaire ou de plus loin. Sans oublier bien sûr l’effondrement général des indices depuis les années 1960 : dans un tel contexte, celui qui parvient à seulement défendre ses positions voit mécaniquement sa part relative s’accroître.

    Dans notre société très sécularisée, il semble que la foi se transmette mieux dans le monde traditionnel qu’ailleurs : comment expliquez-vous ce phénomène ?
    C’est un constat que font tous les sociologues de la religion et qui ne concerne pas que le catholicisme. On en devine assez facilement les causes : le soin mis à transmettre la foi, une sociabilité sélective, l’intensité des convictions (seuls les convaincus sont vraiment convaincants et l’incertitude se transmet mal), l’insistance sur la pratique, etc. Un peu de « bunkérisation » ne nuit pas à la persévérance dans les conditions du monde actuel, même si elle a tout de même intérêt à être intelligente si elle ne veut pas produire des crises de sortie carabinées.

    On observe chez les jeunes catholiques français une porosité bien plus grande entre traditionalistes et catholiques conservateurs attachés à la forme ordinaire du rite romain que chez leurs aînés : comment analysez-vous ce phénomène et laisse-t-il présager à terme un effacement du monde traditionaliste absorbé dans la mouvance conservatrice catholique plus large… ou l’inverse ?
    Il y a de fait un phénomène de « traditionalisation » diffuse dans une partie du catholicisme, notamment dans ce monde des « observants » de la frange conservatrice (comme les appelle Yann Raison du Cleuziou) pour qui les « tradis » font un peu figure d’influenceurs. Mutatis mutandis, on pourrait faire le parallèle avec les liaisons, longtemps interdites, entre électeurs de l’ex-Front national et de la droite dite « républicaine » : dans l’Église, la digue a en partie sauté (pas complètement). Le fait qu’il existe dé­sormais en son sein une aile traditionaliste reconnue, l’éloignement temporel par rapport aux conflits nés du concile, la vitalité relative du milieu en matière de vocations religieuses et sacerdotales (la jeunesse va à la jeunesse), le développement de l’enseignement hors contrat, etc., favorisent ce métamorphisme spirituel de droite, visible à l’œil nu dans les assistances dominicales.

    Comment envisagez-vous l’avenir du catholicisme en France, et en particulier du monde traditionaliste ?
    L’avenir n’est pas la période favorite de l’historien… Les tendances ne sont pas bonnes mais le produit est excellent et l’avenir dure longtemps. Le monde traditionaliste est un des pôles de l’Église et il n’est pas sans mérite d’avoir su persister dans l’être dans des conditions si adverses. Mais vos chiffres le montrent bien : il ne détient pas la solution des problèmes généraux du catholicisme. La distance à franchir est trop grande pour la masse des Français ordinaires auquel cet univers est devenu très étranger et à qui l’Église est bien obligée de trouver le moyen de parler la langue qui lui rendra accessible le « Dieu inconnu ».

    Propos recueillis par Christophe Geffroy

    • Seuil, 2018, réédité en poche chez Points-Histoire, 2020, 320 pages, 8,90 €. Il a depuis publié Une histoire du sentiment religieux au XIXe siècle(Cerf, 2020) et vient de sortir Le catholicisme a-t-il encore un avenir en France ? (Seuil, 2021).

    Ref. Les tradis : « Un des pôles de l’Église »

    Il serait intéressant d'élargir la réflexion à l'ensemble d'un pôle qui ne se limite pas à la France

    JPSC

  • Le synode sur la synodalité décolle avec du plomb dans l'aile...

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    Du Père Raymond J. de Souza sur le National Catholic Register :

    Le synode sur la synodalité est lancé, mais de nombreuses questions restent en suspens

    COMMENTAIRE : La journée d'ouverture du 9 octobre a laissé entrevoir des problèmes dans les premiers moments du processus planétaire : participation, processus et controverses antérieures.

    (L) Pope Francis takes part in a moment of reflection for the opening of the synodal path for the 2023 Synod on Synodality at the Vatican’s New Synod Hall Oct. 9. (R) Pope Francis celebrates Mass at St. Peter’s Basilica opening the worldwide synodal path, Oct. 10, 2021.

    (à gauche) Le Pape François participe à un moment de réflexion pour l'ouverture du parcours synodal pour le Synode 2023 sur la Synodalité dans la Nouvelle Salle du Synode du Vatican le 9 octobre. (à droite) Le pape François célèbre la messe à la basilique Saint-Pierre pour l'ouverture du chemin synodal mondial, le 10 octobre 2021. (photo : Screenshot / Youtube/Vatican News)

    11 octobre 2021

    Le pape François a utilisé quatre fois trois points pour lancer la première phase du synode sur la synodalité, des réunions locales préparant les réunions régionales, nationales, continentales et hémisphériques qui mèneront au synode des évêques en octobre 2023.

    Samedi, dans un discours prononcé lors de la réunion de lancement du processus synodal prolongé, il a évoqué trois thèmes (communion, mission et participation), trois risques (formalisme, intellectualisme, complaisance) et trois opportunités (changement structurel, écoute, proximité).

    Dans son homélie de dimanche, il a ajouté une quatrième formulation en trois points - rencontrer, écouter et discerner - pour inaugurer ce que le biographe papal Austen Ivereigh décrit comme "la plus grande consultation populaire de l'histoire humaine et un moment décisif pour l'Église catholique mondiale".

    Cela pourrait bien être le cas. Ou pas. 

    La mère de toutes les réunions "n'a jusqu'à présent rien enregistré de plus qu'un blip sur le radar catholique", a écrit Ivereigh lui-même le mois dernier. "Jusqu'à présent, le désengagement a été presque total".

    Sur deux ans, il y a largement le temps de développer les 12 idées papales introductives des événements de lancement, en complément des 10 sujets thématiques que le Vatican a publiés le mois dernier. Le processus planétaire lancé à Rome est destiné à se déployer au niveau local d'ici avril prochain. Chaque diocèse devant produire un rapport de 10 pages sur les consultations, il devrait y avoir, si tout se passe comme prévu, des volumes massifs de plusieurs dizaines de milliers de pages générés pour les phases nationales, continentales et hémisphériques du processus planétaire. Tout cela sera mis en forme pour le synode de 2023, lorsque les évêques se réuniront enfin.

    Ivereigh a raison. Jamais auparavant personne n'avait pensé à mener une consultation planétaire nécessitant des centaines de milliers d'heures, de personnes et de réunions. Reste à savoir si cette idée fera école. Rien, ces derniers jours, ne semble indiquer que le "désengagement total" que déplore Ivereigh ait changé. Il est fort possible que l'ensemble du processus ne décolle pas et que Rome impose simplement ses priorités à une consultation infertile.

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  • France : selon « Le Figaro », le Ministre Darmanin et Mgr de Moulins-Beaufort s'accordent sur le secret de la confession

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    Darmanin 82fd9e13c8b934ff20289bba0a7cf8f0bec9b847022e753d7e8ec561fcc63237.jpgMais quel accord exactement ? la CEF cherche à contenter deux maîtres à la fois… Un article de Jean-Marie Guénois publié par le « Figaro » :

    « Le président de la Conférence des évêques a rencontré le ministre de l'Intérieur pour clore la polémique.

    Entre l'Église et la République, l'incident est clos. Il était né des propos de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France, sur France info le 5 octobre à propos du secret de la confession qui serait « plus fort que les lois de la République ». Cette phrase, qui a provoqué une polémique nationale, lui a valu d'être invité par le ministre de l'Intérieur et des Cultes, Gérald Darmanin, à s'expliquer, dans son bureau, place Beauvau, mardi 12 octobre. Et ce, à la demande expresse du président de la République.

    Dans un communiqué publié après cette rencontre, l'archevêque de Reims commence par «demander pardon» à tous ceux qui ont pu être choqués par ses paroles et par le fait que cette polémique «ait pris le pas» sur les propositions du rapport Sauvé. Devant le ministre, le prélat a d'ailleurs reconnu «la formulation maladroite» qu'il avait employée car si «la foi fait appel à la conscience de chacun» pour «chercher le bien sans relâche», cette démarche ne va pas «sans respecter les lois de son pays».

    À LIRE AUSSI Le secret de la confession est-il reconnu par les lois de la République ?

    Polémique et entretien sur lesquels est aussitôt revenu publiquement le ministre de l'Intérieur. Il participait dans la foulée de ce rendez-vous épiscopal à la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. Saluant «le courage de l'Église de France» d'avoir commandé une telle étude, le ministre a précisé à propos de son échange avec Mgr Éric de Moulins-Beaufort : «Je me suis permis de le lui redire, comme je le dis à chacun des cultes, qu'il n'y a aucune loi qui soit supérieure aux lois de l'Assemblée nationale et du Sénat et qu'il n'y a aucune loi au-dessus de celles de la République.» Il a été très applaudi sur cette dernière partie de sa phrase.

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    « Échange fructueux »

    Remerciant publiquement le prélat pour « l'échange fructueux et long » qu'ils ont eu, Gérald Darmanin, a aussi abordé à l'Assemblée nationale la question du « secret de la confession », qui existe « depuis deux cents ans dans notre droit, reconnu comme un secret professionnel, au même titre que les médecins ou les avocats ». Il y a cependant une exception pour « les crimes commis sur des enfants de moins de 15 ans» : «Tout religieux ou toute personne qui a connaissance d'abus sexuels doit porter à la justice de notre pays pour la protection des enfants.»

    Sur ce même secret de la confession, Mgr Éric de Moulins-Beaufort a promis au ministre de l'Intérieur que l'Église allait lancer un «travail nécessaire» pour «concilier la nature de la confession et la nécessité de protéger les enfants». Réunis en assemblée plénière à Lourdes du 3 au 8 novembre, les évêques vont également décider d'autres «mesures et réformes à poursuivre et à entreprendre» contre ces abus.

    Plus globalement, le président de la Conférence des évêques de France, a redit au ministre «la détermination de tous les évêques et, avec eux, de tous les catholiques, à faire de la protection des enfants une priorité absolue, en étroite collaboration avec les autorités françaises». Il a cité, comme exemples, les protocoles qui existent entre 17 diocèses - sur 100 - et les parquets pour «faciliter et accélérer» le traitement des signalements «pour tout fait dénoncé».

    À LIRE AUSSI Abus sexuels dans l’Église: tensions autour du secret de la confession

    Lundi prochain, Gérald Darmanin accompagnera Jean Castex à Rome. Le premier ministre sera reçu par le pape François dans le cadre du centenaire de la reprise des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège. À côté des questions bilatérales, de l'écologie, des flux migratoires, il sera aussi question du rapport Sauvé sur les abus sexuels dans l'Église.

    Ce sujet est une préoccupation majeure du pape François. Lors d'un entretien privé avec Angela Merkel, le 7 octobre, venue lui dire au revoir après tous ses mandats politiques, le sujet des abus sexuels dans l'Église a été l'un des thèmes de conversation. La veille, lors de l'audience générale, le pape François avait exprimé à haute voix et par trois fois sa «honte» devant les chiffres révélés par le rapport Sauvé. La commission estime que 216.000 mineurs auraient été abusés par des religieux depuis 1950.

    VOIR AUSSI - Révélation des abus sexuels: que va faire l'Église de France ? »

    Ref. Darmanin et Mgr de Moulins-Beaufort s'accordent sur le secret de la confession 

    JPSC

  • La douteuse aventure de la synodalité

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    De Denis Crouan sur Pro Liturgia :

    Lundi, 11 octobre 2021.

    C’est au moment où, en Allemagne, l’Église catholique perd toute crédibilité en s’empêtrant dans la « synodalité » que le pape François lance, à Rome, un synode qui devra traiter de... la synodalité dans toute l’Église.

    bergoglio168

    On peut s’attendre à la publications de documents que personne ne lira et qui iront rejoindre une quantité d’autres documents qui jaunissent depuis des années dans les caves des palais épiscopaux.
    Lancer l’Église sur les chemins de la « synodalité », c’est prendre le risque de voir un certain nombre de fidèles préférer s’engager sur des chemins de traverse au lieu de marcher sur la voie - certes étroite mais sûre - tracée par Jésus.

    Lancer les fidèles sur les chemins de la « synodalité », c’est aussi prendre le risque de leur présenter l’Église une, sainte, catholique et apostolique comme un corset, comme une vieille institution sclérosée et handicapante. C’est, d’une certaine façon, ne plus voir que seule l’Église est capable d’élargir l’horizon des personnes qui lui font confiance. Mettre sa confiance dans l’Église est une expérience qu’une institution « synodalisée » - autrement dit, éclatée en multiples réseaux - risque de rendre impossible à plus ou moins brève échéance.

    Une « Église synodale » (appelons-la comme on voudra) deviendra à coup sûr une Église de bureaucrates s’employant à parler savamment de diverses questions mais incapables de vivre de ce que propose l’Église depuis sa fondation, à savoir la vie sacramentelle.

    Quiconque serait conquis par l’ « Église synodale » souhaitée par le pape François finira inévitablement par souhaiter la disparition du sacerdoce ministériel, ou du moins par vouloir que les évêques et les prêtres soit choisis démocratiquement parmi les fidèles en phase avec les idées élaborées au sein des structures synodales. Où irait l’Église si les prêtres, les évêques - ou le pape lui-même - devaient soumettre leur ministère aux applaudissements des majorités ? Jésus a-t-il demandé aux Apôtres de donner leur avis au sujet du sacrifice de sa vie qu’il allait accomplir ? Non. Sans sondages d’opinions, Jésus seul a choisi la croix.

    C’est dans cette croix que se trouve le salut des hommes ; pas dans les synodes !

  • Tous les évêques de France devraient-ils démissionner collectivement ?

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    Oui, d'après trois personnalités connues pour leurs positions radicales; du site de la Voix du Nord :

    L’appel à la «démission collective des évêques» catholiques, après le rapport sur la pédophilie

    Il intervient six jours après la publication des travaux de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), qui a estimé à 216 000 le nombre de personnes victimes d’un prêtre ou d’un religieux en France depuis les années 1950, voire 330 000 si l’on ajoute les agresseurs laïcs en lien avec les institutions de l’Eglise.

    «Bien plus que des défaillances, le rapport de la Ciase met en lumière une véritable faillite», estiment Christine Pedotti, Anne Soupa et François Devaux. Selon eux, «n’importe quelle organisation, association, entreprise en tirerait les conséquences qui s’imposent : se défaire de ses dirigeants». «Nous demandons, comme un signe d’espoir et de renouveau, la démission collective de l’ensemble des évêques en exercice», lancent-ils.

    Selon eux, la démission «est le seul geste à la mesure de la catastrophe et de la perte de confiance dans laquelle nous sommes. C’est un premier acte de repentir concret, coûteux, à l’égard des victimes. C’est la seule attitude qui peut permettre de restaurer la maison Eglise».

    120 évêques en France

    «De plus, c’est la seule façon de rendre possible l’indemnisation des victimes car la faillite de l’institution est aussi matérielle. Les fidèles ne veulent pas contribuer pour des fautes qu’ils n’ont pas commises. Mais dans une Eglise restaurée dans laquelle tous et toutes seront représentés, cette solidarité et cette fraternité nouvelles permettront de trouver les ressources financières nécessaires», détaillent-ils.

    Tous trois font valoir que «dans l’Eglise catholique, des précédents existent : les évêques du Chili ont remis leur démission collective au pape François après qu’une gigantesque affaire de pédocriminalité a été dévoilée. En Allemagne, le cardinal Marx, archevêque de Munich, a lui aussi présenté sa démission au pape au nom de la responsabilité qu’il considérait porter au regard des abus sexuels, bien que lui-même n’ait pas failli».

    « Si tous ne sont pas coupables, tous sont responsables »

    Et de poursuivre: «sans doute, tous les évêques français n’ont-ils pas couvert des crimes, mais la structure même de la hiérarchie catholique suppose une continuité et une solidarité entre chaque évêque et son prédécesseur. À ce titre, si tous ne sont pas coupables, tous sont responsables».

    Enfin, ils suggèrent au pape François, de nommer comme «légat» (représentant officiel du pape) Véronique Margron, présidente de la Corref (instituts et congrégations religieux), en attendant de travailler à «l’Eglise d’après».

    En 2020, la théologienne Anne Soupa avait postulé à l’archevêché de Lyon pour succéder à Mgr Philippe Barbarin, afin de questionner la place des femmes dans la gouvernance de l’Eglise.

    La parole libérée, à l’origine des affaires Preynat et Barbarin, est aujourd’hui dissoute.

    La France compte un peu moins de 120 évêques.

  • Lever le secret de la confession ?

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    Du père Simon Noël osb (source) :

    Le secret de la confession

    12 Oct 2021


    Dans plusieurs pays, confrontés au problème des abus sexuels sur mineurs ou personnes vulnérables, certains veulent que le secret de la confession soit levé, dans ces cas, et que le confesseur dénonce le délinquant à la justice, sous peine d'être lui-même objet de poursuites judiciaires. Nous ne pouvons que dire non à de telles propositions.

    Faisons d'abord remarquer le manque total de réalisme sur la situation religieuse actuelle. Peu de gens se confessent encore dans nos pays. Et ces êtres totalement pervertis que sont les prêtres abuseurs se gardent bien d'aller reconnaître leurs forfaits au confessionnal et sans doute ne se confessent plus depuis très longtemps.

    Mais supposons quand même qu'un d'entre eux, touché par la grâce, aille se confesser, plein de repentir et de désir de changer complètement de conduite. Il ne pourra être absous, la miséricorde de Dieu étant infinie, que s'il revient de tout son cœur au Seigneur et à une vie de chasteté totale. 

    Le confesseur, pour tester sa sincérité, devra-t-il lui imposer de se dénoncer lui-même à la justice pour réparer ses torts? Il semble bien que non, car dans ce cas, à quoi servirait le secret de la confession? C'est en tout cas ce qu'enseigne la morale classique: "En présence de péchés, comprenant des cas de délits, il n'est jamais permis de mettre comme condition à l'absolution, l'obligation de se rendre à la justice civile, en vertu du principe naturel, accepté dans toutes les législations, selon lequel nemo tenetur se detegere" (Pénitencerie apostolique, 29 juin 2019). C'est à la justice à faire son travail. Si le prêtre coupable est ensuite mis en examen, qu'il l'accepte en signe de pénitence. Si, aucune plainte n'ayant été faite, il ne réponde jamais dans la suite de ses comportements criminels, c'est que la Providence l'a voulu ainsi et que le coupable redouble d'amour pour Dieu en se convertissant encore plus sérieusement. Tout ce qui nous arrive d'heureux ou de malheureux a été prévu par la Divine Providence, qui agit toujours pour notre bien et le salut de nos âmes.

    Par contre, le confesseur sera en droit d'imposer au coupable l'obligation de cesser toute espèce de ministère le mettant en contact avec des jeunes. Saint Alphonse dit qu'il est plus important de rompre avec l'occasion du péché que de rompre avec le péché. Souvent en effet les pénitents renoncent au péché mais pas à l'occasion du péché. Cela n'est pas réaliste et remet en cause la sincérité du repentir.

    Le secret de la confession est inviolable et absolu. C'est une institution divine et nul n'a le droit de la remettre en question. L'Eglise elle-même, le pape même, n'ont aucune autorité pour en dispenser.

    Bien plus, si le pénitent avait quelque crainte que le secret soit violé (un prêtre confesseur dont on redouterait qu'il ne parle, possibilité de micros mis par la police dans le confessionnal...), il peut omettre d'avouer ces péchés très graves et ne parler de rien. L'absolution qu'il recevra sera valide quoique indirecte, à condition que son repentir soit sincère et sa volonté de cesser d'offenser Dieu réelle et efficace. L'obligation de l'intégrité matérielle de la confession est alors en effet suspendue. Le pécheur devra cependant à une autre occasion avouer ses forfaits et recevoir une absolution directe, dès que ce sera possible et qu'il n'aura aucune crainte que le secret de la confession soit violé. C'est là ce qu'enseignent tous les manuels classiques de théologie morale. L'abbé Stock, ce prêtre allemand qui était sous l'occupation aumonier de la prison de Fresnes, ne craignait pas de dire aux résistants français prisonniers qu'il était prêt à les absoudre de tous leurs péchés sans qu'ils s'en confessent, dès qu'ils n'avaient pas confiance en lui et redoutaient qu'il soit un agent de la Gestapo.

  • Une opération de Sant'Egidio en vue du prochain conclave

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    Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso, traduit sur Diakonos.be :

    11 octobre 2021

    Conclave en vue, opération Sant’Egidio

    Loin d’être un tabou, penser au futur conclave est quelque chose de typique de la physionomie de toutes les fins de pontificat. Cela a été le cas en 2002, lors du déclin physique de Jean-Paul II, quand ce blog avait découvert un « papabile » en bonne position, en celui qui était alors l’archevêque de Buenos Aires Jorge Mario Bergoglio, et qui a effectivement fini par monter sur la chaire de Pierre. C’est à nouveau le cas aujourd’hui, alors que les journaux démasquent chaque jour des prétendants à la succession d’un François toujours plus aux abois.

    Jeudi dernier, le 7 octobre, les médias du Vatican ont atteint un sommet des plus scénographiques à Rome, avec le Colisée en arrière-plan, dans un appel collectif pour la paix entre les peuples et les religions lancé par le Pape François et par les plus grands leaders religieux du monde, avec au premier rang le patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée Ier et le grand imam d’Al-Azhar Ahmed Al-Tayyeb, tous bras dessus, bras dessous, précisément le jour de l’anniversaire de la bataille de Lépante.

    On a pu assister à deux clous de la cérémonie : de la part d’Andrea Riccardi (photo), fondateur et monarque absolu de la communauté Sant-Egidio et, dans les faits, organisateur de l’événement, qui était comme chez lui, et de la chancelière allemande Angela Merkel en tant qu’invité d’honneur. Le 20 octobre 2020 déjà, lors de l’édition précédente des rencontres interreligieuses que la communauté organise chaque année dans la foulée de la première qui avait été convoquée en 1986 à Assise par Jean-Paul II, l’agenda avait assigné à Riccardi l’honneur de prononcer le discours d’ouverture, avec dans un second temps celui du Pape François.

    Mais en plus, cette année, le programme fourni de la journée – dans un forum qui s’est tenu dans le nouveau et futuriste palais des Congrès de Rome appelé « La Nuvola » où défileront des intervenants célèbres tels que le grand rabbin Juif David Rosen et le Conseiller spécial des Nations Unies Jeffrey Sachs, un économiste malthusien qui fait désormais partie des meubles au Vatican -, il y avait également un cardinal, le seul cardinal avoir été invité à prendre la parole au cours de l’événement, l’archevêque de Bologne Matteo Zuppi (photo), celui-là même que Settimo Cielo pointait, dans une analyse du  le 13 juillet dernier, comme étant la tête de liste des prétendants actuels à la papauté.

    Le jeu d’équipe est aussi raffiné que découvert. Le cardinal Zuppi est en en effet lui aussi, à l’ombre de Riccardi, l’un des fondateurs de la Communauté de Saint’Egidio, qui est indiscutablement le lobby catholique le plus puissant de ces dernières décennies au niveau mondial. Il sera d’autant plus influent, dans un futur conclave, que le collège des cardinaux électeurs – après les mauvais traitements subis de la part du Pape François aussi bien dans les nominations que dans l’absence de convocations des consistoires – est en désordre, que les sentiments sont incertains et qu’il sera donc d’autant plus sensible aux influences des pressions aussi bien internes qu’externes.

    Zuppi est l’un des rares cardinaux à être connu non seulement de ses confrères à travers le monde – c’est le seul italien élu au Conseil intercontinental du synode des évêques – mais également au-delà des frontières de l’Église. Et ceci parce que, déjà à l’époque où il était assistant ecclésiastique général de la communauté de Sant’Egidio et curé jusqu’en 2010 de la basilique romaine de Santa Marie in Trastevere, en plus d’être depuis cette année évêque auxiliaire de Rome, il a toujours été tiré les fils d’un réseau de personnes et d’événements, aussi bien religieux que géopolitiques, à l’échelle planétaire. Des accords de paix au Mozambique au début des années quatre-vingt-dix au soutien actuel de l’accord secret entre le Saint-Siège et la Chine, en passant par les rencontres interreligieuses dans le sillage d’Assise et les « couloirs humanitaires » en Europe pour les migrants en provenance d’Afrique et d’Asie.

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  • Avortements forcés : la CEDH reconnaitra-t-elle une violation du droit à la vie ?

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    Du site de l'European Centre for Law & Justice (ECLJ) :

    Avortement forcé : la CEDH reconnaitra-t-elle une violation du droit à la vie ?

    11 octobre 2021

    Une affaire dramatique a été communiquée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Il s’agit de femmes handicapées devenues stériles par suite d’avortements forcés en Moldavie. L’ECLJ a été autorisé par la Cour à remettre des observations écrites venant au soutien de ces femmes.

    Six ans après avoir été saisie par trois femmes avortées de force, la CEDH a enfin communiqué une terrible requête au Gouvernement moldave pour qu’il se justifie devant la Cour. La demande de la Cour est clairement formulée : l’avortement forcé subi par ces trois requérantes et la stérilisation qui en a découlée ont-ils porté atteinte à la vie privée et constitué des traitements inhumains et dégradants ?

    Ce qu’ont subi ces femmes est particulièrement terrible. D’abord, les trois femmes requérantes étaient placées en institution psychiatrique pour cause de retard mental, sans que ce handicap ne soit suffisamment grave pour les priver de leur capacité juridique. Deux d’entre elles furent violées par le médecin en chef de l’institut psychiatrique dans lequel elles étaient placées. La troisième tomba également enceinte et toutes, violées ou non, souhaitèrent garder leur enfant à naître.

    Mais le scandale ne s’arrête pas là. Une commission médicale de l’institution se réunit pour décider à leur place des suites de leurs grossesses. Une commission dans laquelle le médecin violeur de deux de ces femmes siégea et qui décida de les avorter de force, malgré leur refus explicite. Les médecins passèrent outre les refus de ces femmes, aucun tiers ne fut consulté et ils avortèrent de force ces femmes.

    Ce n’est pas tout. Après l’avortement forcé, un stérilet fut placé dans le corps d’une des femmes afin de prévenir toute grossesse future, là encore contre sa volonté. Il s’avéra que cette contraception forcée fut inutile : à la suite des procédures médicales d’avortement forcé, les trois femmes devinrent stériles.

    La violation des droits de ces femmes est si manifeste qu’on voit mal comment la Cour pourrait conclure qu’aucun de leurs droits n’a été enfreint. Cependant, toute la question est de savoir quels droits exactement ont été violés. Pour y répondre, plusieurs commentaires peuvent être faits.

    Le premier est que, oui, même si l’avortement est réalisé dans un espace médicalisé par des professionnels, c’est une opération médicale qui comporte des risques ; et parmi ces risques, il y a celui de la stérilité. C’est une réalité occultée par les promoteurs de l’avortement, mais la stérilité découlant de complications lors d’un avortement peut survenir, certes rarement, mais cette affaire est une preuve de son occurrence ponctuelle.

    Le deuxième fait saillant de cette affaire est que des femmes violées ont malgré cela souhaité garder leur enfant à naître et accoucher de celui-ci, bien qu’il fût le fruit d’un viol. Là aussi, les promoteurs de l’avortement affirment sans conteste que l’avortement en cas de viol est un droit évident et que toute femme violée voudrait toujours ipso facto y recourir. Ces requérantes montrent qu’ajouter du mal au mal n’est pas le souhait de toutes. Bien que conçus dans un acte terrible et pénalement réprimé, les deux femmes violées voulaient porter à terme ces deux enfants à naître.

    Quand bien même on supposerait qu’il existe un « droit à l’avortement » en droit international, ce qui n’est pas le cas, un avortement contre la volonté de la femme enceinte, ainsi qu’une contraception forcée et une stérilisation forcée sont évidemment des atteintes à l’intégrité corporelle et des traitements dégradants.

    Comme le montre l’ECLJ dans ses observations écrites soumises à la Cour, il y a un véritable consensus en droit international, à la fois dans les traités et à travers les interprétations d’experts, pour considérer que les opérations médicales préjudiciables à une personne sans son consentement constituent des traitements inhumains et dégradants. Il est presque certain que, dans sa décision, la Cour s’alignera sur ces textes et opinions et affirmera que l’avortement et la stérilisation forcés constituent une violation de l’article 3 de la Convention interdisant la torture et les traitements inhumains ou dégradants.

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  • Nancy Pelosi reçue en audience par le pape

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    Lu sur The Guardian :

    Nancy Pelosi rencontre le Pape François à Rome alors que le débat sur l'avortement fait rage aux Etats-Unis.

    La catholique Nancy Pelosi, qui a demandé aux juges de bloquer la nouvelle loi du Texas, a été critiquée par certains évêques américains pour son soutien au droit à l'avortement.

    Le pape François et Nancy Pelosi, samedi. Le Vatican a annoncé l'audience de Mme Pelosi avec le pape dans son bulletin quotidien mais n'a pas donné de détails.

    9 oct 2021

    Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, a rencontré le pape François à Rome samedi.

    Catholique, Pelosi a été critiquée par certains évêques américains pour son soutien au droit à l'avortement.

    Sa rencontre avec François a eu lieu plusieurs semaines avant que Joe Biden ne rencontre le pape alors que le président se trouve à Rome pour des discussions entre les dirigeants du G20, le groupe des principales économies.

    Joe Biden, le deuxième président américain catholique, a déclaré qu'il était personnellement opposé à l'avortement, mais qu'en tant qu'homme politique, il ne pouvait pas imposer son point de vue. Mme Pelosi, qui a cinq enfants, a déclaré qu'elle soutenait le droit des femmes à choisir.

    L'administration de M. Biden et Mme Pelosi ont exhorté les juges à bloquer une nouvelle loi texane interdisant les avortements à partir de six semaines, estimant qu'elle est inconstitutionnelle. L'interdiction a été temporairement rétablie vendredi par une cour d'appel à tendance conservatrice.

    L'église catholique enseigne que la vie humaine commence au moment de la conception. Biden et Pelosi ont été critiqués par les médias catholiques conservateurs et les évêques conservateurs américains, dont certains disent qu'aucun ne devrait être autorisé à recevoir la communion.

    Le mois dernier, le pape, interrogé sur le débat sur la communion aux États-Unis, a déclaré aux journalistes que l'avortement était un "meurtre", même peu après la conception, mais il a également semblé critiquer les évêques catholiques américains pour avoir traité la question de manière politique plutôt que pastorale.

    "La communion n'est pas un prix pour les parfaits... la communion est un don, la présence de Jésus et de son église", a déclaré François.

    En juin, une conférence divisée d'évêques catholiques romains américains a voté pour rédiger une déclaration sur la communion qui, selon certains évêques, devrait admonester spécifiquement les politiciens catholiques, y compris Biden. Ils reprendront la question le mois prochain.

    Le Vatican a annoncé l'audience de Mme Pelosi avec le pape dans son bulletin quotidien mais n'a donné aucun détail. Dans une déclaration, Mme Pelosi a déclaré que son audience avec le pape était un "honneur spirituel, personnel et officiel". Elle a salué sa défense de l'environnement, des immigrants, des réfugiés et des pauvres.

    Après la rencontre de Mme Pelosi avec le pape Benoît XVI en 2009, le Vatican a indiqué qu'il lui avait dit que les législateurs et d'autres personnalités publiques devaient contribuer à créer "un système de lois juste, capable de protéger la vie humaine à tous les stades de son développement".

    L'archevêque de San Francisco, ville natale de Pelosi, Salvatore Cordileone, a déclaré que les personnalités publiques qui soutiennent l'avortement devraient se voir refuser la communion et a exhorté les catholiques à prier pour la "conversion du cœur" de Pelosi.

    Le cardinal Wilton Gregory, archevêque de Washington DC, n'a pas essayé d'empêcher Biden, un pratiquant régulier, de recevoir la communion. La rencontre de M. Biden avec le pape sera la première depuis son élection, bien qu'ils se soient rencontrés à plusieurs reprises, notamment lorsque M. Biden était vice-président de Barack Obama.

    Mme Pelosi est à Rome pour un sommet des présidents de parlement avant le G20 ainsi que pour une réunion des dirigeants parlementaires avant le sommet sur le changement climatique de la Cop 26, le mois prochain à Glasgow.

    Samedi, François a déclaré séparément aux parlementaires qu'ils avaient un rôle décisif à jouer dans la protection de l'environnement.

    Le Vatican a annoncé vendredi que le pape ne se rendrait pas à Glasgow mais que sa délégation serait dirigée par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État.

  • Le bras de fer entre la Pologne et l’Union Européenne est crucial pour tous les États-membres

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    De Philippe Oswald sur La Sélection du Jour :

    Le bras de fer entre la Pologne et l’UE est crucial pour tous les États-membres

    Ça sent le roussi au sein de l’Union Européenne ! Le 7 octobre, le Tribunal constitutionnel de Varsovie a affirmé la primauté du droit national polonais sur le droit communautaire. En réplique, la Commission européenne a soutenu que le droit de l'Union européenne primait non seulement sur les lois mais sur les Constitutions des États-membres. Ce conflit majeur ébranle l’UE déjà fort mal en point depuis le Brexit.

    Selon le Tribunal constitutionnel polonais, plusieurs dispositions des traités européens sont contraires à la loi fondamentale polonaise, s’agissant notamment du rôle de la Cour de justice de l’UE (CJUE). « La tentative d’ingérence de la CJUE dans le système judiciaire polonais remet en cause les principes de l’État de droit, de la primauté de la Constitution polonaise ainsi que le principe de sauvegarde de la souveraineté dans le processus d’intégration européenne », a expliqué Julia Przylelska, la présidente du Tribunal constitutionnel polonais. La réplique n’a pas tardé : dès le lendemain, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est montée au créneau en promettant d’utiliser contre la Pologne « tous les pouvoirs » prévus dans les traités : « Nous ferons respecter les principes fondateurs de l’ordre juridique de notre Union », a-t-elle assuré. Une menace qui ne sera pas facile à exécuter sans faire exploser l’UE.

    Pour Varsovie, l’enjeu est clair : s’affranchir de la justice de l’UE car « un État souverain et démocratique » doit préserver sa « souveraineté juridique ». Depuis plus de quatre ans, la Pologne fait l’objet de condamnations de la CJUE à propos de sa réforme judiciaire. Rappelons qu’en 2016, les Polonais ont élu un gouvernement de droite nationaliste et conservatrice, dominé par le parti Droit et justice (PiS). Celui-ci a entrepris de réformer le système judiciaire pour écarter des juges qu’il estime « corrompus ». Mais ces réformes sont dénoncées par la CJUE qui accuse le PiS de mettre à mal l'indépendance de la justice. La CJUE multiplie les arrêts défavorables à Varsovie, arrêts auxquels se réfèrent les magistrats polonais hostiles aux réformes du PiS. Excédé, le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a saisi le Tribunal constitutionnel de son pays en mars dernier. Celui-ci vient donc de trancher : selon le Tribunal, certaines dispositions du traité sur l’Union européenne sont incompatibles avec la Constitution polonaise.

    « C’est le pas le plus avancé vers une sortie juridique de l’UE jamais franchi par un tribunal national », estime René Repasi, professeur de droit international et européen à l’université Erasmus de Rotterdam, interrogé par Le Figaro (8 octobre). La plupart des capitales européennes ont fait chorus contre Varsovie, Berlin et Paris en tête. « C’est gravissime. Ce n’est pas un sujet technique ou un sujet juridique. C’est un sujet éminemment politique qui s’inscrit d’ailleurs dans une longue liste de provocations à l’égard de l’UE », a déclaré notamment le ministre français en charge des Affaires européennes, Clément Beaune. À Bruxelles, on brandit la menace de rétorsions financières, alors que la Commission européenne était sur le point de valider, sous conditions strictes, le plan de relance polonais de 57 milliards d’euros (dont 23 milliards de subventions).

    Le sujet est en effet éminemment politique : il s’agit de savoir si « le droit de l'Union prime le droit national, y compris les dispositions constitutionnelles », comme l’a affirmé la Présidente de la Commission européenne dans son communiqué du 8 octobre. Le fait est que des lois particulières des États-membres sont actuellement soumises au droit européen. Par exemple, l'article 55 de la Constitution française dispose que « les traités ou accord régulièrement ratifiés (...) ont une autorité supérieure à celle des lois » (françaises). C’est bien la Constitution qui autorise cette soumission : la France comme chaque État-membre, conserve donc sa Constitution, une loi fondamentale, hiérarchiquement supérieure aux lois particulières. « Par définition, aucun texte n'est supérieur à une constitution. Si le droit européen s'impose sur le droit national, c'est parce que les constitutions nationales le permettent, ou plutôt ne s'y opposent pas explicitement » explique David Cayla, coauteur de « La fin de l'Union européenne », dans l’hebdomadaire Marianne (en lien ci-dessous). Une Constitution, c’est pour ainsi dire l’âme d’une nation : il ne faut y toucher qu’avec des gants de velours et en tremblant. Si Éric Zemmour veut modifier certains articles de la Constitution française, c’est précisément pour affranchir le pays d’un « État de droit » supranational qu’il juge antidémocratique. En revanche, soumettre la Constitution d’un pays aux instances de l’Union européenne, comme prétend le faire Ursula von der Leyen, revient à nier la souveraineté des États-nations. Pouvoir supranational contre souveraineté nationale, deux conceptions de l’UE et de la démocratie s’affrontent !

    Pour aller plus loin :

    • Le stupéfiant coup de menton de la Commission européenne contre la Pologne

    >>> Lire l'article sur : Marianne

  • Abus sexuels et secret de la confession : un faux problème

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    De Massimo Introvigne sur Bitter Winter :

    Les abus sexuels et le secret de la confession : Un faux problème ?

    10/11/2021

    Le rapport français soulève une question : les prêtres doivent-ils dénoncer les abus sexuels dont ils ont eu connaissance en confession ? Ils ne le peuvent pas. Mais cela n'arrive presque jamais.

    Comme si la tragédie des abus sexuels dans l'Église catholique française ne suffisait pas, l'irrépressible ministre déléguée chargée de la citoyenneté au ministère de l'Intérieur, Marlène Schiappa, bien connue pour ses campagnes contre les "sectes", a commencé à agiter le gouvernement au sujet du secret de la confession.

    Ce qui s'est passé, c'est que la commission indépendante qui a publié la semaine dernière un rapport alarmant sur les abus sexuels perpétrés par le clergé et les travailleurs laïcs catholiques en France a notamment recommandé que les prêtres qui apprennent l'existence d'abus sexuels sur des mineurs en confession ignorent les dispositions du droit canonique et signalent les abus à la police. Sans surprise, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, a immédiatement répondu que cette recommandation ne peut même pas être envisagée, car le secret de la confession est inviolable et les prêtres qui le rompent pour quelque raison que ce soit sont excommuniés. Schiappa rétorque que l'Église catholique ne peut être privilégiée en France par rapport aux autres religions.

    Schiappa a peut-être raison, mais le fait est que les juridictions nationales et internationales ont reconnu que le secret de la confession est inviolable non seulement dans l'Église catholique, mais aussi dans toutes les religions qui ont des pratiques confessionnelles similaires. Les abus sexuels perpétrés par des prêtres catholiques sont une tragédie que personne ne peut nier, y compris l'Église française - qui est si préoccupée qu'elle a commandé le rapport indépendant et l'a payé (une circonstance qui n'est pas toujours mise en lumière dans les commentaires internationaux). Ce n'est pas un problème français. C'est, comme l'a dit le pape François, c'est une honte mondiale qui menace l'avenir même de l'Église catholique et soulève des questions inéluctables sur le fonctionnement des séminaires et la formation des futurs prêtres.

    Or, utiliser cette tragédie comme une arme pour briser le secret de la confession, pour toutes les églises, menace gravement la liberté religieuse. En 2011, j'ai occupé le poste de représentant de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) pour la lutte contre le racisme, la xénophobie, l'intolérance et la discrimination à l'égard des chrétiens et des membres d'autres religions. J'ai acquis une certaine célébrité (ou notoriété, selon le point de vue) en me querellant avec l'Irlande, un pays qui s'inquiétait (à juste titre) de l'implication du clergé catholique dans les abus sexuels et qui a tenté (à tort) d'utiliser cette préoccupation pour légiférer contre le secret de la confession. J'ai également fait partie de plusieurs commissions laïques et catholiques qui ont enquêté sur les horreurs des abus sexuels commis par des clercs, et j'ai étudié ces problèmes pendant des décennies.

    La controverse sur la confession présente deux aspects. Premièrement, le secret de la confession fait partie de l'essence même de l'Église catholique. C'est l'une de ses institutions et l'un de ses principes les plus sacrés, et il existe des secrets similaires dans d'autres religions. L'idée que les religions ne devraient pas avoir de secrets, ou que les États ont le droit de les connaître tous, méconnaît le lien millénaire entre sacré et secret.

    Le 20 mars 1393, le roi de Bohême Wenceslaus IV a fait arrêter, torturer et jeter du pont Charles à Prague dans la rivière Vitava un prêtre catholique appelé Jean Népomucène, où il est mort. Le crime de Jean était d'avoir refusé de discuter avec le roi de ce qu'il avait appris en confession de sa femme, la reine Sofia. Jean a ensuite été canonisé par l'Église catholique en tant que martyr du secret de la confession et incarnation du principe selon lequel les prêtres catholiques doivent mourir plutôt que de briser le sceau de la confession. Le droit canonique réaffirme ce point. Les prêtres qui violent le secret de la confession, même pour obéir à des lois séculaires ou pour sauver leur propre liberté et leur vie, sont excommuniés.

    Le deuxième aspect de la controverse est qu'il s'agit en grande partie d'un drapeau levé pour des questions de principe. Dans ma propre étude des abus sexuels au sein de l'Église catholique, qui date de dix ans, je n'ai jamais rencontré de prêtre qui ait été confronté au dilemme de révéler ce qu'il avait appris en confession ou de laisser un agresseur sexuel en liberté. Les criminels qui abusent des mineurs ne vont pas déverser leurs secrets en confession. La jurisprudence canonique connaît de rares cas (survenus pour la plupart dans les siècles passés) de prêtres immoraux s'absolvant mutuellement en confession. S'ils étaient pris, ils étaient excommuniés, mais comme ils faisaient tous partie des mêmes réseaux criminels, ils n'auraient pas dénoncé les autres, et eux-mêmes, à la police.

    Les mineurs abusés par des prêtres peuvent le dire à d'autres prêtres, mais pourquoi devraient-ils le faire dans le contexte rituel de la confession ? Sans compter que le pourcentage de catholiques en général qui se confessent a dramatiquement diminué, et qu'il existe des paroisses, certainement en France, où seule une poignée de vieux fidèles irait se confesser. Et que ceux qui ont commis des actes honteux ou illégaux en général ne les confesseraient pas s'ils n'étaient pas sûrs que le sceau du confessionnal garantit que ce qu'ils disent au prêtre ne sera rapporté à personne d'autre.

    Dans le cas improbable où une victime parlerait de l'abus en confession, le prêtre peut toujours lui demander de répéter l'histoire une fois que le rituel de la confession a été clôturé par la formule sacramentelle de l'absolution. Bien entendu, les révélations à un prêtre en dehors de la confession ne sont pas couvertes par le sceau du confessionnal.

    Tous les ministres Schiappa de ce monde ne semblent pas comprendre comment les confessions fonctionnent réellement au 21e siècle. Ils ne se soucient pas non plus profondément de la liberté religieuse, qui est un problème non moins grave que les crimes commis par les abuseurs cléricaux.