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Foi - Page 386

  • La lettre ouverte au Pape François publiée dans Il Foglio du 5 août 2021

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    Du site FedeCultura.com :

    Nous publions la lettre publique au Pape François imprimée dans Il Foglio du 5 août 2021, signée par notre directeur Prof. Giovanni Zenone Ph.D. Une lettre écrite dans la douleur et l'angoisse des enfants qui se sentent chassés par leur propre mère et considérés illégitimes et plus les bienvenus dans la famille. Écrit du fond du cœur au Pape qui semble se soucier tant des marginaux, des minorités, des persécutés et qui doit donc entendre le cri de douleur des enfants de l'Église dont il a la charge.

    Très Saint Père,

    Le dernier livre d'Andrea Riccardi, fondateur de Sant'Egidio et voix bien connue du monde catholique progressiste, est intitulé "La Chiesa brucia. Crise et avenir du christianisme".

    Nous n'avons pas écrit de livre, nous n'avons pas fait d'analyse détaillée, mais nous voyons chaque jour le feu lent qui dévore et détruit l'Église catholique en Italie et dans le monde.

    La démission de Benoît XVI, il y a huit ans, a laissé beaucoup de gens dans la désolation et d'autres dans l'espoir. Pendant un certain temps, on a parlé de "l'effet Bergoglio", faisant allusion à une renaissance qui n'a malheureusement jamais eu lieu. Au contraire ! L'"Église en sortie" est restée un slogan sans aucune réalité. Au contraire, la ville sainte de la chrétienté, à l'époque du covide, a été la première à barricader ses églises, donnant au monde le signal d'une désertion totale.

    Nous avons assisté à des processus synodaux qui ont ressemblé à de véritables guerres civiles, avec des manœuvres visant à garantir une démocratie de type soviétique, et qui ont abouti à des documents controversés et, pratiquement, totalement inutiles. Les églises, les confessionnaux et même les coffres du Vatican sont de plus en plus vides : un signe que le peuple de Dieu ne reconnaît pas la voix des pasteurs.

    Les catholiques chinois, avec à leur tête le cardinal Zen, souffrent des accords du Vatican avec la dictature communiste chinoise ; des cardinaux qui ont été à l'avant-garde pendant des années, à vos côtés, comme Becciu, se sont retrouvés dans des scandales économiques sans précédent depuis l'époque de Marcinkus ; d'autres, comme Caffarra, Burke, Sarah, Müller, Pell ont été humiliés, réduits au silence et ignorés ; d'autres encore, très proches de vous, ont empêché la Conférence épiscopale américaine de faire toute la lumière sur l'affaire de pédophilie...

    Comme si cela ne suffisait pas, des ordres religieux conservateurs entiers ont été placés sous mandat et ont dû subir des persécutions inimaginables même aux jours les plus sombres de la Sainte Inquisition ; même des personnalités d'orientation totalement opposée, comme Enzo Bianchi, ont été "pitiénisées" du jour au lendemain, avec une dureté sans précédent. Tout comme les évêques, les prêtres, les religieux... dans tout le pays. 

    L'Église d'aujourd'hui est un véritable "hôpital de campagne" rempli de personnes blessées, qui ont un besoin urgent non pas de discours sur la miséricorde, mais d'une miséricorde réelle, véritable, concrète. De la paix.

    Votre dernière mesure contre la soi-disant messe en latin a encore semé la pagaille et la division, sans aucune raison. Pourquoi refuser ce que votre prédécesseur avait accordé ? Pourquoi humilier un petit groupe de croyants, en les accusant tous sommairement, sans appel, et, comme c'est de plus en plus évident, sans fondement ?

    Ainsi, après 8 ans, " l'Eglise brûle " comme jamais auparavant : elle est divisée et lacérée, en Italie, en Chine, aux États-Unis, en Allemagne... comme à l'époque de Luther.

    Nous aussi, les laïcs - bien que plus libres et non soumis à l'arbitraire croissant du monde clérical - souffrons de ce climat devenu lourd, presque irrespirable, de cette disparition désormais totale de toute pluralité saine. L'Église, qui était autrefois Mère, ressemble de plus en plus à une marâtre, imposant anathèmes, excommunications et commissariats en un flot continu.

    Nous vous en supplions donc humblement : mettez fin à cette guerre civile dans l'Église, comme un Père qui regarde le bien de tous ses enfants, et non comme le chef d'un courant clérical qui semble vouloir utiliser son autorité monarchique, à fond, souvent au-delà des limites du droit canonique, pour réaliser un agenda idéologique personnel.

    Luigi Abeti, Tina Abbate, Francesco Agnoli, Sabrina Caporali, Teresa Di Chio, Claudio Forti, Silvia Frassinito, Giacomo Luigi Mancini, Simone Ortolani, Riccardo Rodelli, Manuela Zanzottera, Giovanni Zenone

    Lettre ouverte au Pape François publiée dans Il Foglio le 5 août 2021

  • La conversion miraculeuse d'un athée

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    De Marie de Varax sur Famille Chrétienne :

    « À 20 h 30, je suis entré athée dans l’église, à 20 h 31, j’étais croyant »

    « À 20 h 30, je suis entré athée dans l’église, à 20 h 31, j’étais croyant »
    D.R.

    Le jardin embaume du parfum enivrant de dizaines de roses, roses trémières, fleurettes de lilas, et surtout de deux glycines qui croulent sous les grappes violettes. Au milieu de cet Éden, une grange rénovée, en bois et en pierre. Quand la porte s’ouvre après qu’on a fait tinter la cloche suspendue à l’entrée, on tombe nez à nez avec... une crèche ! Notre hôte sourit de cet anachronisme : « Mon cœur est une crèche perpétuelle, depuis la nuit de Noël 2015. »

    Ah, la nuit de Noël !

    Cette nuit où les miracles semblent naturels et s’accomplir sans efforts : en un instant, Claudel crut ; sainte Thérèse de Lisieux sécha ses larmes ; en une minute, Philippe Guillard devint catholique.

    Ce fut à la fois étrange et naturel, nous raconte notre converti. Lui et sa femme s’apprêtaient à réveillonner, comme des milliers de Français. Autour d’un chapon et d’une douzaine d’huîtres, pas en contemplant un santon sur un peu de paille... Tout à coup, poussée par une inspiration irrésistible, Jeanne se tourne vers Philippe et lui dit fermement : « Je dois t’emmener là où tu veux aller. » Stupéfaction de ce dernier : « Quoi ? Mais je ne veux aller nulle part ! » S’ensuit un dialogue surréaliste : « Je t’assure que si, et nous allons y aller. − Mais où veux-tu aller ? − Je t’emmène à la messe ! − À la messe ? ! Non, je ne veux pas y aller, certainement pas ! − Je t’assure que nous allons y aller. » Et voilà que Jeanne, d’autorité, l’entraîne dehors dans le vent et la pluie. L’église n’est pas loin. Ils arrivent pile à l’heure. Jeanne pousse la lourde porte, ils trouvent deux places, tout derrière. L’orgue emplit l’espace. Et soudain, Philippe est envahi d’une lumière, « une lumière bleue, que je saurais plus tard être la lumière incréée, teintée de la couleur mariale », pleine d’une présence vivante, de la Présence, qui l’inonde de joie. En un instant, il croit. « À 20 h 30, je suis entré athée dans l’église, à 20 h 31, j’étais croyant et catholique », résume-t-il.

    La conversion miraculeuse d'un athée

    Comme saint Augustin, Philippe aurait pu s’exclamer : « Tard je T’ai aimée, Beauté ancienne et si nouvelle ! tard je t’ai aimé. Tu étais au-dedans de moi et moi j’étais dehors, et c’est là que je T’ai cherché. » Marqué au fer rouge par une éducation catholique indigente et pleine de caricatures, l’adolescent révolté avait tourné le dos à Dieu. Définitivement, pensait-il.

    Il fallut des années des décennies de patience à Dieu pour lézarder l’épais mur que le scientifique athée avait érigé entre lui et son Créateur.

    Des années marquées par un « désir brûlant vers quelque chose de plus grand », par la recherche désespérée d’un sens à la vie, dans des chemins de traverse insatisfaisants psychanalyse, franc-maçonnerie, spiritualités orientales... Pour que l’orgueil tombe, et que son cœur puisse s’ouvrir, d’un coup, lors de l’estocade finale de cette nuit de Noël.

    Philippe Guillard raconte, avec une plume trempée dans ses larmes de reconnaissance (1), la céleste mécanique à l’œuvre dans son cœur qui permit ce divin rapt. Dans les deux ans qui ont suivi, le « nourrisson dans la foi » est nourri du miel et du lait de grâces mystiques peu communes : locutions de sainte Thérèse de Lisieux, visions... On comprend qu’après cette période bénie est désormais venu le temps du combat et de la Croix, autrement plus âpre et violent. L’homme se veut discret sur cette nouvelle phase qu’il racontera dans un nouvel ouvrage. Mais il ne regrette rien. « Je Lui ai tout abandonné. » Désormais, « c’est Dieu qui pilote. Le Seigneur a pris le volant et il va très vite ! ».

    (1)Et le Ciel s’est ouvert, par Philippe Guillard, Éditions des Béatitudes, 288 p., 18 €.

     
  • Le cardinal van Thuan, l'héroïque "témoin de l'espérance" qui a passé 13 ans dans une prison communiste

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    De Regis Martin sur le National Catholic Register :

    Le cardinal van Thuan, l'héroïque "témoin de l'espérance" qui a passé 13 ans dans une prison communiste

    L'archevêque vietnamien a passé neuf ans en isolement, mais a déclaré : "Grâce à l'aide de Dieu, je n'ai jamais regretté mon destin."

    3 août 2021

    Peu de temps après la chute de Saigon - la plus belle des villes, autrefois connue comme le Paris de l'Orient - face à l'avancée des forces de l'armée nord-vietnamienne en avril 1975, marquant ainsi la fin du Sud-Vietnam indépendant, des centaines de milliers de soldats et de civils ont été systématiquement rassemblés et placés dans des camps dits de rééducation, où beaucoup d'entre eux ont langui pendant des années.

    L'un d'entre eux était l'archevêque coadjuteur de Saigon récemment nommé, Francis Xavier Nguyen van Thuan, qui, en plus d'être visé en tant qu'homme de foi profonde et résolue, était le neveu du premier président de la nation, Ngo Dinh Diem, et donc un ennemi présumé de l'État. Les communistes étaient déterminés à réduire au silence toute opposition, en particulier lorsque sa source était quelque chose qu'ils ne pouvaient pas contrôler. Dieu, par exemple, et tous ceux qu'il inspire. À cette fin, l'archevêque a passé 13 ans en prison, dont neuf en isolement.

    Qu'est-ce que cela a dû être d'être enfermé dans des circonstances où, non seulement vous n'êtes pas autorisé à sortir, mais vous êtes forcé de rester entièrement seul ? Pendant neuf années ininterrompues, pas moins ? Certains d'entre nous (moi y compris) trouveraient sans doute que neuf minutes seraient presque insupportables.

    Mais pour l'archevêque van Thuan, dont la vie avait été si récemment merveilleusement productive, la douleur de voir tout cela soudainement dépouillé par un système cruel et injuste a dû être indicible.

    "Seul dans ma cellule de prison, se souvient-il, je continuais à être tourmenté par le fait que j'avais 48 ans, dans la force de l'âge, que j'avais travaillé pendant huit ans comme évêque et acquis tant d'expérience pastorale, et que j'étais là, isolé, inactif et loin de mon peuple."

    Ce fut le moment le plus bas de sa vie. Et le fait de savoir, bien sûr, qu'il ne pouvait rien y faire - aucun tribunal n'allait intervenir pour défendre sa cause, rétablir l'honneur de son nom ou apporter la preuve des innombrables bonnes œuvres accomplies - lui a laissé le plus âpre sentiment d'abandon.

    "Le plus dur, avouera-t-il plus tard, c'est que j'ai commencé à me sentir impuissant. Mes plans, mes activités, mes efforts, tout cela ne servait à rien. Cette impuissance pratique a décrit mon état pendant 13 ans. Je voulais faire tant de choses pour servir mon peuple, mais je ne le pouvais pas."

    C'est alors qu'il a commencé à penser d'une manière nouvelle et plus profonde à la Croix, à l'impuissance pure et simple de l'Homme-Dieu qui y était suspendu dans une agonie mortelle. Il se rendit compte qu'il y avait là une âme sœur, quelqu'un qui avait plongé encore plus profondément que lui dans le bourbier du découragement.

    "Lui aussi était immobilisé. Il ne pouvait ni prêcher, ni administrer aucun sacrement. Lui aussi était impuissant." Et pourtant, malgré la profonde impuissance et la douleur que le Christ lui-même a supportées, "c'est de là qu'il a accompli sa plus grande action : il nous a rachetés, nous les pécheurs. Grâce à son aide, je n'ai jamais regretté mon destin".

    En effet, tout s'est cristallisé pour lui un soir où, au plus profond de son propre cœur, il a senti une voix, claire et sans équivoque, qui lui demandait directement : "Pourquoi te tourmenter ? Tu dois discerner entre Dieu et les œuvres de Dieu. Tout ce que vous avez fait et désirez continuer à faire, les visites pastorales, la formation des séminaristes, des sœurs et des membres des ordres religieux, la construction d'écoles, l'évangélisation des non-chrétiens. Tout cela est un excellent travail, l'œuvre de Dieu, mais ce n'est pas Dieu ! Si Dieu veut que vous abandonniez tout cela et que vous remettiez le travail entre ses mains, faites-le et faites-lui confiance. Dieu fera le travail infiniment mieux que vous ; il confiera le travail à d'autres qui sont plus capables que vous. Vous n'avez qu'à choisir Dieu et non les œuvres de Dieu !

    Quelle découverte stupéfiante ! Qu'au milieu de toutes ses douleurs, Dieu l'ait poussé à voir la différence, qui n'est pas plus grande que celle que peuvent imaginer la foi ou la théologie, entre les œuvres de Dieu, dont nous avons tous reçu l'abondance, et le Dieu qui les accomplit. Que nous sommes d'abord sauvés par ce que Dieu est, bien avant que nous puissions être sauvés par ce qu'il fait. 

    "Cette lumière", nous dit-il, dont la source ne pouvait être que Dieu lui-même, "a totalement changé ma façon de penser. Lorsque les communistes m'ont mis dans la cale du bateau, avec 1 500 autres prisonniers, et nous ont déplacés vers le nord, je me suis dit : "Voici ma cathédrale, voici les gens dont Dieu m'a donné la charge, voici ma mission - assurer la présence de Dieu parmi ces frères désespérés et misérables. C'est la volonté de Dieu que je sois ici. J'accepte sa volonté". 

    C'est devenu, dit-il, le moment de sa libération. "Et à partir de ce moment, une paix nouvelle a rempli mon cœur et est restée avec moi pendant 13 ans." À chaque instant par la suite, malgré tout ce que les circonstances extérieures conspiraient pour contrecarrer et même pour tuer son esprit, il recuit sa volonté, désormais fortifiée plus que jamais par la grâce de Dieu, "pour vivre le moment présent, en le remplissant à ras bord d'amour."

    Francis Xavier Nguyen van Thuan est finalement libéré de prison en 1988, et passera les 14 années restantes de sa vie (il est mort en 2002), "devenant", comme nous le rappellera le pape Benoît dans son encyclique Spe Salvi, "pour les gens du monde entier, un témoin de l'espérance - de cette grande espérance qui ne vacille pas même dans les nuits de solitude".

    En 2001, il a été créé cardinal par le pape Jean-Paul II, et en 2017, il a été déclaré vénérable par le pape François.

  • Dom Pateau répond à Andrea Grillo

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    source

    Cher Professeur,

    Soyez remercié d’avoir porté attention à l’interview de Famille Chrétienne et d’y avoir répondu par un texte intitulé : Construisons des ponts entre les personnes, pas entre les rites.

    De fait la liturgie est le lieu par excellence pour édifier des ponts : pont avec le Christ afin de retrouver en lui tous les membres du peuple de Dieu.

    Vous relevez à juste titre la difficulté à construire des ponts entre des fidèles qui participent à des formes différentes du rite romain et qu’il serait plus facile d’établir des ponts entre les personnes qui utiliseraient la même forme commune du rite romain. Je vous rejoins.

    Jean-Paul II a promulgué après les sacres d’Ecône le motu proprio Ecclesia Dei, le 2 juillet 1988. Seuls les deux premiers mots du document ont été retenus en guise de titre, c’est dommage ! Le troisième mot est adflicta. La Commission du même nom n’est pas née dans les fastes d’une Église triomphante, mais plutôt sur la croix d’une division entre frères, une division qui dure.Faut-il souligner que les deux premiers numéros de ce texte mentionnent la tristesse : tristesse de l’Églisequi voit s’éloigner de la pleine communion quelques-uns de ses enfants, tristesse « particulièrement ressentie par le successeur de Pierre à qui revient en premier de veiller à l’unité de l’Église ».

    Nous retrouvons cette tristesse chez François qu’il exprime à travers Traditionis Custodes.

    Oui, vous l’avez compris, lassitude et tristesse sont mon pain quotidien autour de la question liturgique. Mon propos dans ces lignes est tout de réconciliation et de paix… de vérité aussi. En cela nous nous retrouvons. Comme vous le dites, j’ai essayé pour pacifier des chrétiens de tous bords de « trouver le ton le plus approprié pour donner du nouveau texte une vision qui ne soit pas source de division, intolérante, d’opposition frontale. »

    Il faut bien reconnaître que beaucoup reçoivent TC comme un signe de rupture et ne comprennent pas. Certains ne se reconnaissent pas dans les fidèles décrits et se sentent agressés. Que dire à ces prêtres, ces fidèles, qui depuis des années travaillent souvent de façon cachée et peu reconnue à soigner des blessures, à ramener dans le troupeau. Ils sont découragés, accusés faussement de refuser Vatican II, de refuser la Messe 69, de parler de la “Vraie Messe”, de la “Vraie Église”.

    TC gère des situations très différentes par une même norme, amalgame sans sembler reconnaître les grandes différences des fidèles assistant au VO, ignore surtout l’existence de fidèles ou de communautés qui ne sont pas opposés à un chemin de réflexion sur la liturgie et qui parfois l’ont même anticipé.

    Comme Abbé, saint Benoît me demande de veiller à conserver toutes les brebis qui me sont confiées, à marcher à leur pas… celles qui courent et celles qui boitent aussi. C’est aussi la sollicitude que partage François pour l’ensemble du troupeau, lui qui demande au pasteur d’être à la fois à l’avant, au milieu et à l’arrière du troupeau.

    Oui, nous sommes d’accord pour travailler autourde deux exigences centrales : construire des ponts entre les fidèles et mettre fin aux batailles liturgiques.

    Voici donc quelques éléments que je vous partage :

    a) Au sujet de Summorum Pontificum et l’introduction de deux formes dans l’unique rite romain.

    Vous reprochez à Benoît XVI, l’usage des termes de “forme extraordinaire” du rite romain comme « quelque chose qui a été inventé en 2007, qui n’a aucun fondement dans le passé ecclésial », une « astuce », un « trucage systématique »… quelque chose qui a apporté la « bataille », non pas la « paix », créant des illusions, des distorsions de perspectives, des mirages et des cauchemars… Une sorte de « folie collective ».

    Le constat me semble vraiment excessif car en bien des endroits, un vrai chemin de réconciliation s’est opéré. Les évêques français le soulignaient dans une synthèse controversée reprenant les résultats de l’enquête de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur la mise en œuvre de SP : « Dans la plupart des diocèses, la situation semble apaisée. » Par l’action persévérante et non sans mérite d’évêques, de prêtres, de vrais lieux de paix liturgique et d’enrichissement mutuel se sont peu à peu établis. Cela a demandé et demande beaucoup d’humilité de la part de tous… mais c’est ainsi que grandit l’Église.

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  • La dédicace de la Basilique Sainte Marie Majeure (5 août)

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    NPOyHwoJlrCvLDbPjEAI4tlpe80@401x299.jpgDe missel.free.fr :

    Depuis sa fondation, « Santa Maria Maggiore » est la principale basilique de Rome et de toute la Chrétienté consacrée au culte de la Vierge Marie. Si l'image de la Vierge qu'on y vénère et que la légende attribue au saint évangéliste Luc, est dite « Salus Populi Romani » (Salut du Peuple Romain), le pape Eugène III (1145-1153), dans une inscription qu'il fit mettre au-dessus du portail de l'église, invoquait Marie « comme via, vita, salus, totius gloria mundi » (voie, vie, salut, gloire du monde entier).

    Une très belle légende médiévale raconte que le saint pape Libère (352-366) construisit une église au sommet de l'Esquilin, sur le lieu où la neige était tombée, dans la nuit du 4 au 5 Août, pour indiquer au patricien Giovanni, à son épouse et au Pontife lui-même l'emplacement sur lequel devait s'élever une basilique dédiée à la Vierge. La basilique actuelle fut, en réalité, construite au cinquième siècle par le pape Sixte III (432-440), au lendemain de la définition dogmatique de la maternité divine de Marie par le concile d'Ephèse (431) contre l'hérésie nestorienne qui admettait qu'on appelât Marie « Mère du Christ-homme », mais non pas « Mère de Dieu. »

    Les pèlerins peuvent encore admirer les magnifiques mosaïques commandées par Sixte III pour illustrer la très haute dignité de Marie Mère de Dieu : celles qui se trouvent de chaque côté de la nef centrale, au-dessus des colonnes, représentent des scènes de l'Ancien Testament, tandis que celles de l'arc triomphal montrent certains épisodes de l'Enfance du Christ, représenté comme Dieu aux côtés de sa Mère ; au centre, on voit l'inscription apposée par Sixte III : « Xystus episcopus plebi Dei » (Sixte, évêque, au peuple de Dieu). Dès cette époque, l'église fut appelée basilique de Santa Maria et aussi dite, à partir du sixième siècle, ad Præsepe (de la Crèche), puis ad Nives (des Neiges) ou Liberiana, à partir du douzième siècle où l'on commença de l'intituler Santa Maria Maggiore, pour indiquer qu'il s'agit de la plus vénérable et de la plus précieuse des églises consacrées à la Sainte Vierge.

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  • Une lecture africaine du motu proprio « Traditionis Custodes »

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    Mgr_Pascal_N'KOUE_archeveque_de_Parakou.jpgDe Mgr Pascal N’Koué, archevêque de Parakou au Bénin, dans son bulletin diocésain du mois d’août:

    « Le Pape François, le 16 juillet 2021, a publié un motu proprio : ‘’ Traditionis custodes’’ sur la forme extraordinaire du rite latin. Je crois que ce texte est à lire à la lumière de l’encyclique ‘’Fratelli tutti’’. Un seul troupeau, un seul Pasteur. Les deux formes liturgiques doivent nous aider à cohabiter pacifiquement et nous enrichir mutuellement. Je célèbre les deux formes. Aucun problème. C’est le cœur de l’homme qui est malade et qu’il faut soigner. »

    Ref. Lire Traditionis custodes à la lumière de Fratelli tutti…

    JPSC

  • La messe : un sacrifice sinon rien

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    De l'abbé Guillaume de Tanoüarn sur Metablog :

    Un sacrifice sinon rien

    La dernière prière du prêtre, au cours de la messe, est résolument sacrificielle, comme pour montrer que le sacrifice est l'essentiel de la liturgie. Cette prière se récite au moment où le prêtre baise l'autel une dernière fois,  manifestant par ce geste combien ce rite qu'il vient de célébrer ne provient pas de lui, de sa foi personnelle ou de sa spiritualité propre, mais s'identifie à l'autel, qui porte, nous l'avons vu au début de ce travail, le sens divin du sacrifice. Voici une traduction de cette prière :

    Que vous plaise, ô sainte Trinité, l'hommage que je vous rends de mon service. Faites que ce sacrifice que j'ai porté aux yeux de votre majesté, malgré mon indignité, vous soit agréable (acceptabile) à vous et qu'à moi ainsi qu'à tous ceux pour lesquels j'ai porté cette offrande, elle soit propitiatoire (propitiabile) autant que vous êtes miséricordieux, par le Christ notre Seigneur

    J'aurais aimé pouvoir faire rimer les traductions des deux adjectifs latins : acceptabile et propitiabile. Difficile de trouver, en français, deux adjectifs assonnants, en des sens si précis et si voisins ! Mais qui a dit que le latin liturgique est un latin de cuisine ? L'homéotéleute aide à articuler la pensée.

    Nous avons vu que la messe comportait toutes les formes de sacrifices. La forme la plus durable est certainement le sacrifice de louange, puisqu'il occupera toute notre éternité, en manifestant notre joie d'être à Dieu. Mais la forme la plus immédiatement importante des quatre genres de sacrifice n'est ni le sacrifice de louange, ni le sacrifice d'action de grâce, ni le sacrifice de demande (appelé aussi impétratoire). C'est le sacrifice qui nous rend Dieu propice, qui nous permet d'être comme d'égal à égal face à son éternité,  Il y a entre Dieu et nous le mur de la finitude et du péché. Dieu lui-même a voulu casser ce mur et nous permettre de vivre de plain pied avec son éternité en devenant ses fils et ses filles. La messe, pour qui la vit, réalise cette transformation. C'est en ce sens d' abord qu'elle est un sacrifice. Par la transformation de notre prière dans la prière du Christ, par la transmutation de notre inefficacité dans l'efficience du Fils de Dieu, elle est le signe décisif du changement de notre condition et de l'arrivée, à la fin des fins, du Royaume de Dieu, éternelle communion qui abolit toute finitude, parce qu'elle nous divinise.

    C'est le cas de l'écrire : un sacrifice sinon rien, sinon le monde ne changera pas et restera toujours dans cet état d'inachèvement désespérant dans lequel nous le voyons tous les jours. La réponse au problème du mal n'est pas à chercher  en arrière, dans le passé de l'humanité ou dans je ne sais quel état parfait de l'humanité adamique. Elle s'écrit, cette réponse, dans le sacrifice de la croix, où le Fils de Dieu affronte par le miracle de son incarnation la Puissance du mal et la fatalité de la mort, en y répondant par l'amour surnaturalisant. A chaque messe, cette réponse se rend tangible pour que le plus d'hommes et de femmes y participent, en s'incluant, par la médiation du rite sacré, dans la prière du Christ, dont ils sont, ces hommes et ces femmes, à la fois la matière première (si j'ose dire) et, encore aujourd'hui, l'enjeu ultime, mais aussi, dans la communion des saints, les agents communicateurs et les imitateurs indignes.

    Ce Mystère ecclésiologique, le pape François, dans son Motu proprio Traditionis custodes, a décidé de le marquer du sceau d'infamie que reçoit, dans sa pensée, tout ce qui est préconciliaire A-t-il décidé de changer de religion, non pas de foi, je le précise : de religion c'est-à-dire de relation à Dieu ? A-t-il décrété que la messe sacrificielle avait fait son temps et qu'elle était le signe d'un autre visage de l'Eglise que le visage qui a triomphé à Vatican II ? Si cette interprétation radicale se révélait juste, ce que l'avenir proche nous dira, ce serait au mépris de ce que voulaient la grande majorité des Pères conciliaires, au mépris de l'Eglise et au mépris du plan divin. 

    Pourquoi au mépris du Plan divin ? Parce que le problème du mal dans cette perspective conciliaire n'aurait pas d'autre solution que les bricolages sans cesse recommencés de notre bonne volonté toujours balbutiante depuis que le monde est monde et qu'Eve a croqué dans la pomme. Le monde redeviendrait incompréhensible, livré à un progressisme, que l'on doit dire à bon droit "imbécile", parce que l'on voit bien que, du problème du mal, il n'a qu'un simulacre de réponse. N'en déplaise aux progressistes d'aujourd'hui, la réponse à donner au terrible problème du mal n'est pas le Parc humain avec contrôle obligatoire, crédit social à la chinoise, et passe sanitaire à la française, pour accéder aux vespasiennes et faire régner une morale publique dominatrice, imposée à force de traçabilité des personnes, par des caméras de surveillance et des logiciels de reconnaissance faciale. Ce monde du Panoptikon que Michel Foucault a seul vu venir, est un terrible simulacre de réponse, parce que, progrès technique aidant, ce monde du contrôle est pire que le problème du mal tel qu'il se donne à voir dans les sociétés ordinairement humaines. Terrible ironie de l'histoire ! Les membres du Club de Davos, Klaus Schwaab en tête, fascinés par les modalités nouvelles de la survie du communisme chinois, entendent solutionner par le contrôle le monde archipelisé qui est le nôtre. Mais leur remède, indéniablement progressiste pourtant par les techniques qu'il met en jeu, s'avèrera pire que le mal, anéantissant chez les hommes l'idée même de liberté.

    Historiquement, la seule réponse au mal est spirituelle, c'est la mort de Jésus sur la Croix et le sacrifice de la messe qui nous permet de nous inclure dans ce mystère. La croix où meurt l'Innocent par excellence semblait pourtant participer du Mystère d'iniquité. Par un retournement sans exemple, elle devient le signe du Mystère de la piété, par lequel nous sommes tous prêtres (c'est-à-dire offrants), et nous devenons les rois de notre propre destinée, en en maîtrisant l'horizon éternel. "Il a fait de nous un royaume et des prêtres" comme dit l'Apocalypse (I, 9). C'est à cette réalité eschatologique que la messe traditionnelle nous permet d'assister et même de participer. Son interdiction par le Motu proprio du pape François a elle aussi un sens eschatologique.

  • L'Eglise vers laquelle on va

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    On peut être reconnaissant au Père Tihon (sur la Libre) d'indiquer aussi clairement dans quelle direction d'aucuns s'emploient à faire évoluer l'Eglise, de transgression en transgression. Mais il est clair que ces transgressions-là ne devraient pas être sanctionnées par Rome comme l'est le recours à l'ancien missel considéré comme une transgression inadmissible aux yeux du Souverain Pontife. Cela met clairement en évidence la dérive à babord de la barque de Pierre, laquelle peut aller dans n'importe quelle direction pourvu que ce ne soit pas dans celle de la Tradition dont les tenants, qualifiés de "rigides" par le pape régnant, sont condamnés à se taire sinon à quitter l'embarcation.

    Pour faire évoluer l'Église, des transgressions s'imposent

    L’appareil ecclésiastique romain était à ce point enserré dans des règles sacralisées que c’est souvent de façon conflictuelle que les changements nécessaires finissaient par s’imposer. Voici ce que pourraient être de légitimes transgressions.

    Hors d’Allemagne, nous mesurons mal le degré d’organisation du ‘laïcat’ catholique allemand, le poids du « Zentralkomittee der deutschen Katholiken », l’impact sur l’opinion publique des Katholikentage. Les catholiques engagés ont pris acte du travail de sape de la Curie vaticane pour neutraliser le concile Vatican II, en particulier sur la collégialité. Ils constatent la difficulté de faire passer des réformes devenues urgentes. Ils voient avec plaisir le pape François aller dans le sens du Concile sous l’étiquette synodalité, objet du prochain synode. François a moins de liberté de manœuvre que le ZDK, mais il avance ses pions, avec prudence et discernement (un de ses mots-clés). 

    Par rapport à la discipline officielle, les catholiques allemands ne se contentent pas d’intégrer certaines pratiques devenues courantes : - ne plus refuser l’eucharistie aux croyants de bonne volonté, qu’ils soient divorcés remariés ou qu’ils appartiennent à d’autres églises chrétiennes ; - ne plus tenir compte de l’interdiction de prêcher fait aux laïcs formés et aux professeures de religion ; - s’exprimer publiquement en faveur de l’ordination à la prêtrise de femmes et d’hommes mariés. Pour les acteurs de terrain, ces points n’ont rien de surprenant. Les commentateurs ne manquent pas de souligner qu’ils jouissent d’un « large soutien dans l’opinion », en tout cas dans nos pays. Mais la mobilisation des catholiques allemands s’inspire d’une perspective plus radicale. La synodalité signifie un fonctionnement d’Église très différent de l’actuelle concentration du pouvoir entre les mains du pape et de ses collaborateurs. Il est question d’une Église où tous les baptisés participeraient, de près ou de loin, au fonctionnement de la communauté, selon le vieux principe du droit romain : « Ce qui concerne tout le monde doit être traité par tout le monde », « quod omnes tangit ab omnibus tractari debet ».

    Pas d’évolution sans transgressions

    C’est l’occasion de remettre en lumière la dynamique concrète qui sous-tend l’évolution d’une énorme institution comme l’Église catholique romaine, comme de toute institution. En deux mots, il n’y a pas d’évolution sans transgressions.

    Peu de commentateurs prennent la peine de s’interroger sur l’opportunité de ce type de transgressions et sa légitimité en perspective chrétienne. Pour l’opportunité, on peut juger que, vu les solides freins qui ont conditionné le fonctionnement du Vatican lors des précédents pontificats, il est bon de se rappeler que l’Esprit souffle où il veut et pas seulement sur les membres de l’appareil ecclésiastique. Et donc, de ne pas automatiquement considérer une entorse à la règle comme l’œuvre du mauvais esprit.

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  • « Annus horribilis » pour l’Église en Allemagne. Mais aussi en Italie et au Vatican

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    Mais où va donc le gouvernement actuel de l’Eglise ? Un article du vaticaniste Sandro Magister publié en traduction sur le site web diakonos.be :

    « Les statistiques désastreuses relatives à 2020 publiées mi-juillet par la conférence épiscopale de l’Église catholique d’Allemagne ont fait beaucoup de bruit, elles marquent un net effondrement par rapport à l’année précédente, surtout en ce qui concerne la participation aux sacrements.

    Fin juillet, dans une interview autobiographique à « Herder Korrespondenz », le Pape émérite Benoît XVI est allé à la racine du désastre, pointant du doigt la réduction de l’Église à une « Amstkirche », faite uniquement de bureaux et de documents institutionnels, mais toujours plus vide « de cœur et d’esprit » avec pour conséquence un « exode du monde de la foi ».

    *

    Mais si l’Allemagne pleure, l’Italie non plus n’est pas à la fête. Ici, les chiffres circulent discrètement, sans faire de bruit, mais ils témoignent eux aussi, en 2020, d’une nette baisse de certains indicateurs importants par rapport à 2019.

    On peut le déduire du sondage effectué par CENSIS à l’été 2020 sur un échantillon représentatif des italiens, dévoilé dans le livre « Il gregge smarrito », publié fin juin avec une préface du doyen des sociologues, Giuseppe De Rita.

    Ce sondage révèle par exemple qu’à peine 8% des italiens et 11% des catholiques ont reconnu à l’Église la capacité de « donner un sens » à la difficile situation produite par la pandémie de Covid 19.

    Une Église perçue comme absente et éloignée de la très grande majorité de la population, qui plus est dans un moment particulièrement critique, ne constitue clairement pas un signe de vitalité dans un pays tel que l’Italie qui, au début des années 2000, était vue par le Pape Jean-Paul II comme un bastion chrétien « exceptionnel », capable de résister à la vague de sécularisation qui balayait l’Occident.

    Mais il faut également prendre en compte une statistique d’un autre genre. Celle qui concerne ce que l’on appelle le « 8 per mille ».

    En pratique, chaque année, l’État italien reverse 8 pour mille de ses propres rentrées fiscales aux confessions religieuses qui ont conclu un accord avec l’État.

    Ce sont les contribuables qui décident librement de la répartition de cette somme entre l’une et l’autre confession religieuse, en apposant leur signature à côté du nom de celle à laquelle ils souhaitent en attribuer le bénéfice.

    Depuis 1985, date à laquelle ce mécanisme est entré en vigueur en Italie, les signatures en faveur de l’Église catholique ont depuis longtemps constitué une majorité écrasante qui, en 2005, année record, a même frôlé les 90% des signataires, 89,2% pour être précis.

    En 2005, Benoît XVI a succédé à Jean-Paul II. Pendant le pontificat de Joseph Ratzinger, le pourcentage des signatures en faveur de l’Église catholique a diminué de quelques points, mais pas le nombre absolu des signataires, qui a continué à augmenter en 2011 pour atteindre le montant record de 15 604 034.

    En 2013, après la démission de Benoît XVI et l’élection de Jorge Mario Bergoglio comme pape, l’Église catholique italienne pouvait encore s’enorgueillir de 15 226 291 signatures en sa faveur, soit 80.91% du total.

    Mais ensuite, le nombre des signatures en faveur de l’Église n’a cessé de chuter inexorablement, année après année.

    En 2017, elles ne s’élevaient déjà plus qu’à 13 774 382, soit 75,36% du total des signataires.

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  • La rupture ?

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    De Pierre Nespoulos sur la Semaine de Castres et du Tarn :

    La rupture ? 

    Le « motu proprio » (décret pris par le pape François) « Traditionis custodes » soit « Les gardiens de la tradition » (!) secoue ces temps derniers les milieux catholiques, voire au-delà. La possibilité ouverte par Jean-Paul II et libéralisée par Benoît XVI en 2007 de célébrer la messe communément appelée « messe en latin » est désormais abrogée, du moins soumise à de multiples autorisations, doublées de vexations. Le 7 juillet 2007 en effet, Benoît XVI avait ouvert un nouvel horizon à la liturgie traditionnelle et son « Introibo ad altare dei » (je m’approcherai de l’autel de Dieu). Dans un décret devenu célèbre, le motu proprio « Summorum pontificum », il accordait une place nouvelle à l’« ancienne messe » qui avait été marginalisée par le Concile Vatican II, avec l’argument : « Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous ». D’ailleurs, n’est-il pas paradoxal que ce qui était le rite millénaire soit désormais appelé « extraordinaire » ?

    La stupéfaction, l’indignation et la colère ont envahi une partie de l’Eglise pour qui cette remise en cause est pour le moins déconcertante, outre le fait qu’elle est une insulte à la face du prélat en retraite. Elle semble ajouter du sel sur des plaies dont on avait l’impression qu’elles étaient cicatrisées. Le compromis de Benoît XVI visant à apaiser le débat entre les diverses sensibilités catholiques est remis en cause de manière absurde, bien plus menée par une volonté disciplinaire que doctrinale. Le message de François est inacceptable tel qu’il est formulé. L’unité de l’Eglise ne peut être visée par des oukases mais par le dialogue fraternel. Je pensais naïvement que l’épithète « conciliant » dérivait de « concile ». L’interprétation (jésuistique?) me semble ici éloignée. Les tenants du courant moderniste imposent leur ligne, pourtant dénoncée par les critiques comme responsable de l’effondrement de la pratique religieuse, car cela ne répond pas à leurs attentes de transcendance, de sacralité, de recueillement, de mystère…

    Il faut que ce soit l’écrivain et philosophe Michel Onfray qui, bien que se revendiquant athée, explique pourquoi la décision du pape François de porter atteinte à la messe en latin dans le patrimoine liturgique le consterne : « La vie de l’Eglise catholique m’intéresse parce qu’elle donne le pouls de notre civilisation judéo-chrétienne bien mal en point. Le christianisme a façonné une civilisation qui est la mienne et dont j’estime que je peux l’aimer et la défendre ». Avant lui, Georges Brassens avait donné son avis de manière plus triviale dans une chanson célèbre « Sans le latin, la messe nous em…, à la grande fête liturgique plus de pompes soudain, plus de mystère magique et les fidèles s’en f… »

    Du passé faisons table rase. Offrons à l’avenir un monde banalisé à coup de cantiques débiles. Quand on pense au sublime héritage de la musique liturgique en latin, Mozart, Haydn, Haendel, Bach ! Est-il urgent de les remplacer par du moderne consensuel bâclé, voire du rap ? Est-ce l’Eglise de la synodalité, du décolonialisme et du paupérisme face à l’Eglise du sacré, de l’identité chrétienne assumée et de l’évangélisation ? La théologie de la Libération était une façon de comprendre le catholicisme fortement coloré de communisme : cela pouvait s’expliquer à défaut de se justifier au regard des régimes très durs d’Amérique latine dont Bergoglio eut à souffrir, mais on ne peut de notre côté ignorer les bases du christianisme qui ont façonné l’Europe. Peu concerné par le destin de l’Europe, le sud-américain François est très préoccupé par les questions sociales et peu par les questions liturgiques. Mais le pape n’est pas le président d’une ONG écolo-humanitaire !

    Je me garderai bien de décerner des brevets de catholicité en fonction d’une pratique liturgique, vivant en outre dans un diocèse où il n’y a pas de guerre ni ouverte ni larvée entre les rites. Mais je trouve excessif d’imputer aux tenants d’une fidélité à l’Histoire du catholicisme des velléités séparatistes en filigrane, comme, récemment, l’évêque de Dijon ou le Conférence des évêques de France, dans son retour sur expérience du « Summorum pontificum ».

    Si j’étais athée, il me semble qu’un appel vers le catholicisme ne viendrait certainement pas de son modernisme (pour cela j’ai Netflix!) mais par un besoin de sublime, de transcendance et de l’exemple de ceux qui s’agenouillent plus devant la croix que devant l’esprit du temps. Ce « motu proprio » liquidant l’héritage de saint Jean-Paul II et de Benoît XVI  (du vivant de celui-ci, dernier irrespect) réveille les consciences endormies, devant un fallacieux progressisme dont le cheminement suicidaire n’est plus à démontrer : les églises se vident. Dans ces conditions, pousser quelques brebis vers la sortie n’est guère ni habile ni miséricordieux. L’Eglise doit-elle être « dans le vent » de l’évolution sociétale ?  Dans le vent, c’est le destin des feuilles mortes…

  • "Loin de sortir de la crise doctrinale, nous nous y enfonçons..."

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    De Philippe Maxence sur le site de l'Homme Nouveau :

    Après Traditionis Custodes…

    Notre quinzaine : Après Traditionis Custodes…

    Le mois de juillet aura été celui d’un profond bouleversement. Par le motu proprio Traditionis Custodes (16 juillet 2021), le pape François a annulé l’esprit et les dispositions pratiques de Summorum Pontificum de Benoît XVI (voir ici et ici). Que stipulait ce texte de 2007 ? Voulant mettre un terme à des décennies de guerre liturgique, Benoît XVI avait rappelé que l’ancien missel n’avait jamais été abrogé et qu’il existait donc deux formes – l’une ordinaire (missel de 1969), l’autre extraordinaire (missel de 1962) – du seul rite romain. Il organisait aussi les aspects pratiques de la coexistence des deux missels. Jamais, à aucun moment, la forme dite extraordinaire n’avait été rendue obligatoire et la très grande majorité des catholiques avait continué à fréquenter la forme ordinaire. En revanche, petit à petit, des communautés cléricales spécialisées dans la célébration de la forme extraordinaire et de tout ce qui l’accompagne (pédagogies traditionnelles, catéchisme, scoutisme, etc.) s’étaient développées, attirant un nombre non négligeable de vocations.

    Cette réalité est donc profondément remise en cause. François affirme qu’il n’existe qu’une forme du rite romain – le missel de Paul VI – et il gèle tout développement des lieux de culte célébrant dans la forme extraordinaire (interdiction de nouvelles paroisses dites personnelles, interdiction de célébrer dans les paroisses territoriales, etc.). Il remet à la discrétion des évêques le soin de gérer l’héritage antérieur au regard des nécessités pastorales.

    Raisons et paradoxes

    Il n’est un secret pour personne que ce texte a été perçu comme extrêmement dur. Même en dehors des milieux concernés, de nombreuses voix se sont élevées pour dire leur incompréhension et ce jusqu’à l’extérieur de l’Église. Le cas le plus emblématique étant certainement celui du philosophe athée Michel Onfray publiant dans Le Figaro une tribune montrant la portée profonde de cette décision, non seulement pour l’Église mais pour la civilisation et la culture. Un certain nombre d’évêques ont par ailleurs manifesté leur souci pastoral en indiquant qu’ils conservaient leur confiance aux prêtres célébrant la forme extraordinaire et qu’ils maintiendraient la situation antérieure.

    Si le pape François a pris une telle décision, c’est qu’il estime qu’il y a un risque de constitution d’une Église parallèle et une remise en cause croissante de Vatican?II. Soulignons toutefois que ces mesures ne concernent pourtant pas la Fraternité Saint-Pie X fondée par Mgr Lefebvre, à laquelle François a accordé un tel nombre d’autorisations qu’elle se trouve de fait comme reconnue au sein de l’Église. Or, c’est en son sein que continue d’être portée une critique constante de Vatican II. La sévérité à l’égard des catholiques à l’intérieur des structures ecclésiales et la modération à l’égard de ceux qui sont à l’extérieur ne laissent pas d’interroger.

    Fin de la paix liturgique ?

    Le motu proprio de François arrive au bout de quatorze ans d’existence de Summorum Pontificum. Quatorze ans, seulement ! C’est oublier que les guerres civiles, et plus encore les guerres civiles religieuses, sont extrêmement longues à cicatriser. Il y faut plusieurs générations. En un mot, il aurait fallu laisser du temps au temps comme disait François Mitterrand, là où la précipitation risque d’être une mauvaise conseillère.

    Nous pourrions croire que seule une partie de l’Église est concernée. Ce n’est pas le cas ! D’abord parce qu’il s’agit d’un acte universel du souverain pontife. Ensuite parce que Benoît XVI avait rendu à la liturgie romaine classique son rang de bien commun alors qu’elle était devenue de fait le bien d’une partie seulement. Enfin parce que des questions doctrinales se posent. Si, contrairement à ce que pensait Benoît XVI, la messe traditionnelle ne peut être la lex orandi (la loi de la prière) de Vatican II, à l’instar de la messe de Paul VI, alors ceux qui critiquent ce concile comme une rupture radicale avec la Tradition se trouvent fondés dans leur approche. Nous sommes donc dans une situation qui remet en cause non seulement Summorum Pontificum de Benoît XVI mais aussi son discours de décembre 2005 sur les deux herméneutiques. Loin de sortir de la crise doctrinale, nous nous y enfonçons. Et cette situation concerne tous les catholiques, pratiquants ou non de la forme extraordinaire. L’heure est donc à la prière pour le pape, les évêques et la paix surnaturelle entre catholiques.

  • Unifier la liturgie ?

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    De Louis Manaranche sur Aleteia.org :

    « Traditionis Custodes » : un appel à l’unification liturgique

    Au fil des siècles, la liturgie s’est toujours fixée dans l’Église à l’aune de l’expérience et des usages du Peuple de Dieu. Pour l’historien Louis Manaranche, une intégration renouvelée des trésors de la tradition dans la liturgie ordinaire pourrait consolider la communion.

    Depuis la publication du motu proprio Traditionis Custodes, l’Église de France revit des débats qui semblent tout droit venus des années 1970 et 1980. À l’exception des questions à proprement parler doctrinales, qui restent discrètes, recommence une discussion sans fin sur la manière de lire le concile Vatican II, entre « herméneutique de la continuité » et « Pentecôte nouvelle » ou « disruptive » comme on dirait aujourd’hui, à travers le prisme de la liturgie. Celle-ci, que l’on appelle dans la tradition occidentale la lex orandi (loi de la prière), qui exprime la lex credendi (loi de la foi) de l’Église, a été profondément réformée dans le contexte de ce grand événement. 

    On mentionne toujours la possibilité de célébrer en langue vernaculaire et face au peuple mais on devrait peut-être évoquer d’abord deux autres caractéristiques notables : la liturgie de la Parole plus déployée avec un nouveau lectionnaire profondément renouvelé et une variété considérable de prières eucharistiques (treize si on inclut des prières assez peu usitées), en lieu et place de l’ancien et unique canon romain devenu la prière eucharistique numéro I. 

    L’expérience liturgique du Peuple de Dieu

    Force est de constater que cette messe dite de Paul VI nourrit depuis plus de cinquante ans la foi, l’espérance et la charité du Peuple de Dieu, qui en goûte tout particulièrement la plus grande intelligibilité et l’accès renouvelé à la Parole de Dieu. En outre, cette messe a progressivement pris une forme stabilisée avec trois prières eucharistiques largement privilégiées et une disparition progressive — et inégale — des tentatives de créativité malheureuses. Cette évolution nous rappelle combien, selon l’expression conciliaire, le Peuple de Dieu est l’acteur qui célèbre la liturgie.

    C’est avec cette conviction qu’il faut aussi considérer la messe tridentine. Fixée par le pape Pie V dans le contexte d’un concile de Trente de réforme interne de l’Église catholique en réponse à la Réforme, cette messe entérinait et codifiait ce que contenait depuis au moins un siècle la messe romaine. Ainsi, ce missel s’appuyait déjà sur l’expérience liturgique du Peuple de Dieu et a été la norme de celle-ci pendant encore quatre siècles. Sans entrer dans le débat sur l’abrogation ou non de l’ancien missel après 1969, il convient de bien percevoir que sa pratique n’a en réalité jamais été interrompue, en premier lieu parce qu’elle répondait à l’attente de certains catholiques. Son sens du sacré, de la continuité exprimée par le latin et le chant grégorien, l’accent net mis sur la messe comme sacrifice ont, parmi d’autres éléments, été au cœur de la vie liturgique, sans interruption, de nombreux chrétiens.

    Renouveau et tradition

    Sans non plus entrer dans la controverse sur la pérennité de deux missels dans le même rite latin, nous pouvons lire l’appel du Saint Père vers une unification liturgique à l’aune de cet état de fait. Si tant d’éléments ont « survécu » à la réforme liturgique et surtout à une application parfois radicale de celle-ci, n’est-il pas envisageable que le missel jadis dit « ordinaire » puisse intégrer plus explicitement des modalités de célébration qui permettent de proposer à tous tant le renouveau vécu par la masse des chrétiens que les trésors de tradition que certains ont voulu maintenir intacts ?

    On objectera que bien des éléments, du latin au canon romain en passant par le chant grégorien ou même l’orientation sont déjà possibles et c’est exact. Toutefois, en le formulant de manière renouvelée et le permettant dans des lieux plus nombreux, dans le plus grand respect de la sensibilité des fidèles et des prêtres, de vivre la messe ainsi, un chemin de paix et de communion plus profonde pourrait apparaître…