Du site de Famille Chrétienne :
Dom Geoffroy, père abbé de Solesmes : « la liturgie ne peut pas être un self-service ! »
Quel est votre vœu le plus cher en tant que nouveau Père abbé de Solesmes ?
Je voudrais que tous mes frères soient des passionnés de Dieu ! Qu’ils soient heureux sous le regard du Père et n’aillent pas chercher leur bonheur ailleurs. C’est ce que je demande plusieurs fois par jour dans ma prière.
N’est-ce pas impressionnant d’accepter une telle charge sur vos épaules quand on pense au rayonnement de votre congrégation ?
Pour dire la vérité, je me sens tellement soutenu par mes frères, par les différents Pères abbés de la congrégation que je ne suis pas écrasé. Je n’ai pas peur, même si je sais qu’il y aura forcément des combats.
Et quel est votre premier combat ?
La première fois que je me suis adressé aux Frères pendant le chapitre, je leur ai demandé de prier pour moi. Ce n’était pas une formule en l’air. J’ai mes fragilités. Les moines les voient ou pas [sourire]. J’ai un combat à mener, comme tous les chrétiens : celui de la cohérence entre ce que nous sommes et ce que nous faisons. Les abus dans l’Église ont montré de manière scandaleuse que des prêtres et des religieux pouvaient mener une double vie ! En tant que Père abbé, je n’imagine pas que tout soit écrit à l’avance. J’ai eu mes propres difficultés dans la vie monastique... Je suis entré à l’abbaye de Fontgombault avant de me réorienter vers Solesmes. Il y a toujours un chemin à faire dans la confiance. Pour autant, il ne faut pas se méfier de tout, sinon on n’avance pas.
Pouvez-vous revenir sur votre propre vocation monastique ?
Au départ, mon père a eu du mal à accepter ma vocation. Il a coincé parce qu’il ne voulait pas voir partir son fils aîné ! C’était un peu pour lui le sacrifice d’Abraham. A l’époque, il a même écrit au père abbé de Fontgombault… Je voulais rentrer à l’abbaye à 19 ans et il m’a fallu attendre encore une année. Sur le coup, je l’avais mauvaise !
Comment concevez-vous votre nouvelle charge à la lumière de la tradition bénédictine ?
J’ai choisi la devise « Fratres in unum ». Elle est inspirée du Psaume 132 : « Comme il est bon, comme il est heureux, d’habiter en frères tous ensemble. » On pourrait traduire cette devise par « Frères ensemble ! » Elle marque le désir de vivre dans l’unité, y compris au travers des épreuves. L’expression « in unum » signifie « vers un ». C’est le sens de notre vie contemplative. Nous ne sommes pas un groupe d’amis, mais des hommes tournés vers Dieu, polarisés par Lui. Nous voulons nous laisser illuminer comme les tournesols qui regardent le soleil.

Alors, pourquoi revenir sur un tel sujet qui divise d’ailleurs nos lecteurs ? Tout simplement parce que le 4 mai dernier s’est achevé à Rome un pèlerinage hors du commun, né justement du traumatisme apparu dans le sillage de ce texte. Regroupées sous l’appellation de « Voie romaine », des mères de prêtres ont voulu faire connaître à la fois leur inquiétude et leur espérance en se rendant à pied de Paris à Rome pour déposer aux pieds de François plus de 2 500 lettres lui demandant respectueusement de revenir sur les dispositions de son motu proprio.
Sitôt les mères de prêtres de
« La trentaine de mères de prêtres français, parties le 6 mars de Paris pour joindre Rome à pied, est arrivée à bon port. Elles s'étaient mises en route pour demander au pape un assouplissement pour que les prêtres qui le désirent puissent célébrer la messe selon le rite tridentin, en usage jusqu'au Concile Vatican II (1962- 1965). Elles ont pu participer, mercredi 4 mai, à l'audience générale hebdomadaire papale, place Saint-Pierre. Une seule a toutefois pu saluer François à l'issue de l'audience.