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Magistère - Page 13

  • Newman et le nouvel ultramontanisme

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    De George Weigel sur le CWR :

    Newman et le nouvel ultramontanisme

    L'unité de l'Église est menacée par un nouvel ultramontanisme renaissant, un hybride combinant le progressisme catholique dans le domaine des idées et l'autoritarisme libéral dans la gouvernance de l'Église.

    5 novembre 2025

    La proclamation, le jour de la Toussaint, de saint John Henry Newman comme docteur de l'Église a été très bien accueillie, même si elle n'était pas sans une certaine ironie.

    Tout d'abord, la bonne nouvelle.

    Newman était l'un des esprits chrétiens les plus créatifs du XIXe siècle, un chercheur de vérité dont la quête permanente du visage du Christ l'a conduit de l'évangélisme à l'anglicanisme réformiste, puis au catholicisme. Au cours de ce parcours parfois semé d'embûches, Newman a été incompris et calomnié, frustré par la bureaucratie ecclésiastique et en proie à la jalousie du clergé.

    Pourtant, les vicissitudes de sa vie l'ont conduit à écrire plusieurs des livres les plus importants de son époque, des ouvrages qui conservent toute leur pertinence un siècle et demi plus tard : Apologia Pro Vita Sua (avec les Confessions d'Augustin, l'une des grandes autobiographies chrétiennes) ; The Idea of a University (lecture obligatoire pour ceux qui travaillent dans des établissements d'enseignement supérieur se réclamant du catholicisme) ; et An Essay in Aid of a Grammar of Assent (un chef-d'œuvre tant dans le domaine de la philosophie que dans celui de la psychologie de la foi). Ses Parochial and Plain Sermons sont des joyaux homilétiques et stylistiques, et ses Prayers, Verses, and Devotions constituent une lecture spirituelle riche.

    Et puis il y a An Essay on the Development of Christian Doctrine. Cette brillante explication de la manière dont la doctrine se développe organiquement de l'intérieur, sans jamais remplacer ou déformer les vérités de la révélation biblique ou de la tradition chrétienne, a non seulement conduit Newman à la pleine communion avec l'Église catholique. Au cours du siècle qui a suivi sa publication en 1845, l'Essai a contribué à créer les conditions théologiques permettant l'enseignement du Concile Vatican II sur l'Église, la révélation divine, la liberté religieuse, l'œcuménisme et les questions relatives à l'Église et à l'État.

    De plus, les critères de Newman pour distinguer les véritables développements de la doctrine des ruptures fallacieuses avec la tradition restent une réfutation puissante de ceux qui prétendent que, lors de Vatican II, l'Église a subi un « changement de paradigme ». Face à cette idée, je suis convaincu que notre tout nouveau docteur de l'Église répondrait (avec plus d'élégance que je ne peux en faire preuve) que de telles affirmations témoignent d'une ignorance de ce qu'est un « changement de paradigme », d'une ignorance de la manière dont la doctrine évolue, ou des deux.

    Pourtant, bien qu'il soit aujourd'hui une référence en matière d'orthodoxie catholique, Newman était, à son époque, objet d'une profonde méfiance de la part des ultramontains du XIXe siècle, dont la vision absurdement expansive de l'infaillibilité papale tendait à transformer le pape en un oracle qui prononçait une vérité divinement garantie sur pratiquement tous les sujets. La conception beaucoup plus précise de Newman sur la réalité et les limites de l'infaillibilité papale l'emporta lors du premier concile du Vatican, mais aggrava encore ses relations avec son compatriote anglais converti, le cardinal Henry Edward Manning, chef de file du parti ultramontain. Pourtant, c'est Newman, et non Manning, qui, dans sa Lettre au duc de Norfolk, offrit la défense la plus convaincante en Grande-Bretagne de ce que Vatican I avait enseigné sur le pape et la papauté.

    Le pape Léon XIII mit fin à la campagne anti-Newman menée par les ultramontains en nommant Newman cardinal, dans l'un des premiers actes historiques de l'un des pontificats les plus importants depuis des siècles. Il était donc vere dignum et iustum que le nouveau Léon, le quatorzième à porter ce nom papal, déclare Newman docteur de l'Église (même si je peux rapporter que Jean-Paul II a déclaré lors d'un dîner en décembre 1997 qu'il espérait que Newman serait un jour docteur de l'Église, un point de vue certainement partagé par Benoît XVI).

    L'ironie de voir Newman recevoir cet honneur rare à l'heure actuelle réside dans le fait que l'unité de l'Église est menacée par un ultramontanisme renaissant : non pas l'ancien modèle réactionnaire du XIXe siècle, mais un nouvel hybride combinant le progressisme catholique dans le domaine des idées et l'autoritarisme libéral dans la gouvernance de l'Église.

    C'est le genre d'ultramontanisme qui conduit les commentateurs à qualifier les désaccords respectueux avec certains aspects de l'enseignement du pape François de « non seulement dissidence, mais animosité envers le magistère papal du défunt pape ». Cette accusation ridicule – une calomnie, en réalité – n'était pas rare au cours des douze dernières années ; a-t-elle joué un rôle en août dernier lorsque trois éminents membres du corps professoral ont été sommairement démis de leurs fonctions au Grand Séminaire du Sacré-Cœur de Détroit ?

    Quoi qu'il en soit, l'ultramontanisme progressiste ressemble à son prédécesseur réactionnaire en ce qu'il tente de renforcer des arguments faibles en faisant appel à l'autorité papale.

    Les nouveaux ultramontanistes peuvent être aussi brutaux que les anciens et persécuter la théologie exploratoire, une pratique intellectuellement abrutissante et source de division au sein de l'Église, qui a été vivement critiquée lors du concile Vatican II. Saint John Henry Newman, docteur de l'Église, a été profondément déconcerté par l'ancien ultramontanisme. Il déplorerait certainement, avec élégance, son reflet dans le XXIe siècle.

    George Weigel est membre émérite du Centre d'éthique et de politique publique de Washington, où il occupe la chaire William E. Simon d'études catholiques. Il est l'auteur de plus de vingt ouvrages, dont Witness to Hope: The Biography of Pope John Paul II (1999), The End and the Beginning: Pope John Paul II—The Victory of Freedom, the Last Years, the Legacy (2010) et The Irony of Modern Catholic History: How the Church Rediscovered Itself and Challenged the Modern World to Reform. Ses ouvrages les plus récents sont The Next Pope: The Office of Peter and a Church in Mission (2020), Not Forgotten: Elegies for, and Reminiscences of, a Diverse Cast of Characters, Most of Them Admirable (Ignatius, 2021) et To Sanctify the World: The Vital Legacy of Vatican II (Basic Books, 2022).

  • Non à Marie Co-Rédemptrice, le Vatican sème la confusion

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    De Luisella Scrosati sur la NBQ :

    Non à Marie Co-Rédemptrice, le Vatican sème la confusion

    Il est inapproprié de parler de corédemption, déclare le Dicastère pour la doctrine de la foi. Ce titre, utilisé à plusieurs reprises par saint Jean-Paul II, risque selon Fernández « d'occulter la médiation salvifique unique du Christ ». Mais la seule chose obscure ici, c'est ce énième document qui sème la confusion au lieu d'apporter des éclaircissements, à commencer par une reconstruction incorrecte qui minimise la contribution des saints et des théologiens.

    5/11/2025

    Le mardi 4 novembre, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié une Note Doctrinale de 80 paragraphes , approuvée par le pape Léon XIV, dans laquelle il est expliqué que « compte tenu de la nécessité d'expliquer le rôle subordonné de Marie au Christ dans l'œuvre de la Rédemption, il est toujours inapproprié d'utiliser le titre de Corédemptrice pour définir la coopération de Marie » (§ 22, italiques dans le texte). Toujours inapproprié, nous dit le Dicastère ; du moins pour les lecteurs des principales langues dans lesquelles le document a été publié, car le texte anglais se limite à « il  ne serait pas approprié », omettant l'adverbe et préférant le conditionnel. Mais puisque quelqu'un a dû décider que les documents originaux de l'Église ne devaient plus être écrits en latin, il est laissé au choix du lecteur quant à la version à privilégier.

    Trois jours plus tôt seulement, le samedi 1er novembre, Léon XIV avait proclamé saint John Henry Newman Docteur de l'Église. Un détail important : Newman était parmi ceux qui avaient défendu la possibilité d’utiliser le titre de Corédemptrice. La proclamation du dogme de l’Immaculée Conception (1854) avait troublé, entre autres, le monde anglican. Edward B. Pusey, ami et compagnon de John Henry Newman au sein du Mouvement d’Oxford, formula les objections du monde anglican dans son Eirenicon, auquel Newman répondit par la célèbre Lettre au révérend E.B. Pusey au sujet de son récent Eirenicon, qui constitue son traité mariologique par excellence. Pusey déplorait que la corédemption ne soit pas affirmée « dans des passages isolés d’un auteur de dévotion […], mais dans les réponses officielles adressées par les archevêques et les évêques au pape concernant leurs souhaits quant à la déclaration de l’Immaculée Conception comme article de foi » ( An Eirenicon , Londres, 1865, p. 151-152). Et il ajouta avec déception que « cette doctrine, à laquelle il est fait allusion ici, est développée par les théologiens catholiques romains de toutes les écoles ».

    Newman était parfaitement conscient de la connaissance approfondie que Pusey avait de l'enseignement des Pères de l'Église. Il fut donc surpris de pouvoir accuser le monde catholique d’une « quasi-idolâtrie » envers la Vierge Marie, en raison de l’abondance de titres honorifiques et de la densité théologique qui lui sont attribués, car c’était précisément l’« Église indivise », à laquelle Pusey faisait appel, qui se montrait si généreuse en titres mariaux. « Quand on voit que vous, avec les Pères, donnez à Marie les titres de Mère de Dieu, Seconde Ève et Mère de tous les vivants, Mère de la Vie, Étoile du Matin, Nouveau Ciel Mystique, Sceptre de l’Orthodoxie, Mère Immaculée de Sainteté, et autres, on pourrait interpréter vos protestations contre ceux qui lui donnent les titres de Corédemptrice et de Grande Prêtresse comme une maigre compensation pour de tels propos. »

    Newman n’aurait jamais imaginé qu’un jour il devrait défendre le titre de Corédemptrice non pas devant un anglican, mais devant le préfet de l’ancien Saint-Office. Rien de moins. La raison pour laquelle le Dicastère supprime le titre de Corédemptrice est son potentiel à engendrer « confusion et déséquilibre dans l’harmonie des vérités de la foi chrétienne, car “il n’y a de salut en aucun autre, car il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes par lequel nous devions être sauvés” » ( Actes 4, 12). Et encore : « le danger d’obscurcir le rôle exclusif de Jésus-Christ […] ne serait pas un véritable honneur pour la Mère ». Ces affirmations ne sont pas originales, puisqu’elles sont typiques des objections protestantes, mais sont certainement très curieuses dans un document officiel qui vise à répondre à des questions qui « suscitent fréquemment des doutes chez les fidèles les plus simples » ; car, à l’époque de l’administration Fernández, les Notes doctrinales n’ont plus pour but de clarifier ce qui pourrait paraître confus, mais d’obscurcir ce qui était déjà clair.

    Logiquement, si un terme désormais largement employé – non seulement dans la dévotion des fidèles, mais aussi dans les interventions papales et épiscopales et dans les documents officiels de l’Église (pensons aux deux décrets du Saint-Office de 1913 et 1914) – est susceptible d’être mal compris et de ne pas être conforme à la doctrine, le Saint-Siège devrait intervenir pour clarifier et confirmer, et non pour alimenter davantage le malentendu et rejeter un titre déjà établi sur le plan théologique et magistériel.

    Car quiconque possède une connaissance même minimale de l’évolution de la réflexion théologique sur la corédemption mariale et de ses clarifications fondamentales sait pertinemment qu’elle ne soutient ni une rédemption parallèle à celle du Christ, ni une nécessité absolue de la collaboration mariale ( de condigno), ni que la Vierge Marie n'ait eu besoin d'être rachetée par le Verbe incarné, son Fils, ni que la Rédemption soit acquise. Autant de points déjà largement établis, mais que Tucho et ses collègues persistent à présenter comme sources de confusion et de danger.

    La note va même jusqu'à avancer un critère, tiré de nulle part, qui serait tout simplement risible s'il ne figurait pas tragiquement dans un document officiel du Saint-Siège : « Lorsqu'une expression requiert des explications nombreuses et continues pour éviter qu'elle ne s'écarte de son sens correct, elle ne sert pas la foi du Peuple de Dieu et devient inappropriée. » Il convient de demander au cardinal Fernández et à Mgr Matteo s'ils croient réellement ce qu'ils écrivent ; car, suivant ce principe, il faudrait abroger pratiquement tous les dogmes mariaux. Et ce n'est pas tout. Le titre de Théotokos n'a-t-il jamais exigé – et exige-t-il toujours – de telles explications ? Le dogme de l'Immaculée Conception ne nécessite-t-il pas d'être constamment expliqué pour éviter de penser que la Vierge Marie est exemptée de la rédemption du Christ ? Les formulations du dogme trinitaire ou christologique n'exigent-elles pas elles aussi de « nombreuses et continues explications » ? Seraient-elles pour autant « inappropriées » et nuisibles à la foi du Peuple de Dieu ? Le principe énoncé par cette note sonne le glas de toute définition dogmatique et de la théologie elle-même.

    La présentation de l'histoire de la doctrine de la corédemption est totalement erronée. L'extraordinaire contribution de nombreux saints et théologiens est balayée d'un revers de main en un seul paragraphe (§ 17), signe évident que l'intention de cette note n'était certainement pas de faire le point sur la situation, mais de s'attaquer à la corédemption. Un autre mépris se manifeste dans la maigre mention de l'enseignement des pontifes, en particulier celui de saint Jean-Paul II, avant de consacrer deux longs paragraphes à la position de Ratzinger (alors cardinal).

    La raison de ce choix est facile à comprendre : Ratzinger, de concert avec le pape François, auquel l’intégralité du paragraphe 21 est dédiée, serait l’ autorité compétente pour affirmer que le titre de Corédemptrice est inapproprié. À y regarder de plus près, dans son vote de 1996, en tant que préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Ratzinger ne rejetait pas le titre, mais estimait que la réflexion théologique n’était pas encore suffisamment mûre pour attribuer à la Vierge Marie le titre de Corédemptrice et Médiatrice ; son opposition à ce titre, cependant, se limite à une simple interview de 2002 (dans laquelle, entre autres, il se déclarait favorable à la doctrine sous-jacente, comme expression du fait que le Christ veut tout partager avec nous, même sa qualité de Rédempteur). Une opinion est privilégiée dans la Note plutôt que, par exemple, la présentation de l'enseignement plus systématique de Jean-Paul II sur la corédemption mariale ; le pontife polonais (comme ses prédécesseurs) n'avait pas hésité à employer à maintes reprises ce titre, que Tucho nous explique maintenant être inapproprié et malvenu. Jean-Paul II, de toute évidence, prenait plaisir à « obscurcir l'unique médiation salvifique du Christ ».

    Une fois de plus, le cardinal Fernández se confirme comme un instigateur de doutes et d'erreurs, comme ce fut déjà le cas avec les réponses à certaines questions soulevées par Amoris Lætitiaavec la bénédiction des couples homosexuelsavec la peine de mort et la dignité humaine. Il aurait dû être le premier préfet à être démis de ses fonctions avec le nouveau pontificat, et au lieu de cela, nous le voyons enhardi à poursuivre son œuvre de confusion. Le mal a encore le temps de mettre à l'épreuve la patience divine et de tester la foi des chrétiens.

  • « Un bon catholique est ferme dans la vraie foi » (cardinal Müller)

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    De Maike Hickson sur LifeSite News :

    Entretien exclusif avec le cardinal Müller : « Un bon catholique est ferme dans la vraie foi »

    Image mise en avantLe cardinal Müller encense l'autel lors d'une messe tridentine célébrée en novembre 2025 à Philadelphie.Maike Hickson/LSN

    LifeSiteNews ) — Le 1er novembre, jour de la Toussaint, LifeSite a rencontré le cardinal Gerhard Müller à l'Institut international de la culture de Philadelphie. Au cours de cet entretien d'une heure, le prélat allemand a livré un magnifique témoignage de la foi catholique, de Jésus-Christ, de la Sainte Trinité, des sept sacrements et de la grâce de Dieu dans nos vies. Il a affirmé avec force qu'« il n'y a qu'un seul Sauveur ; il ne peut s'agir que de Dieu fait homme ».

    Le cardinal Müller nous a rappelé les aspects essentiels de notre foi qui nous font tomber amoureux de Dieu.

    « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son propre Fils, le Fils de la Sainte Trinité », a-t-il insisté. Il a ajouté que Dieu nous aide tout au long de notre vie grâce aux sept sacrements, en accordant à nos âmes la grâce nécessaire.

    Modernisme

    Au cours de notre discussion, le cardinal Müller a exposé la nature des modernistes qui sapent les enseignements de l'Église sur, par exemple, le mariage et la sexualité.

    « Les modernistes ne sont pas modernes », a-t-il déclaré. Le cardinal a expliqué qu'ils ont ravivé des hérésies gnostiques et autres, vieilles de plusieurs millénaires, dans le but de renverser « les enseignements des Apôtres », qu'ils considèrent et rabaissent au rang de « simples pêcheurs ».

    Mais, a affirmé le cardinal, « un bon catholique est ferme dans la foi véritable, dans la vérité, donnée une fois pour toutes et présente en Jésus-Christ ». Il a souligné l'importance du Credo, récité à chaque messe. Un bon catholique est « ferme dans les Saintes Écritures, dans la Tradition apostolique », a-t-il ajouté. La foi catholique « nous appelle à une conversion de notre ancienne vie » à une vie nouvelle, a-t-il déclaré, citant saint Paul.

    Il nous a donc présenté la foi traditionnelle telle qu'elle a toujours été enseignée. Cet enseignement traditionnel affirme notamment que notre séparation d'avec Dieu est due à nos propres péchés. Nous sommes appelés à nous rapprocher de Dieu par la conversion.

    Cependant, la destruction du mariage à laquelle nous assistons aujourd'hui accroît la distance entre l'homme et Dieu, a déclaré le cardinal Müller. Le premier don du Logos aux êtres humains fut de les créer homme et femme, a-t-il ajouté. Les gnostiques cherchent à abolir cette création par une créature « unisexe ». Le cardinal a expliqué que cette hérésie s'attaque ainsi directement à la création divine.

    Les idées modernistes issues de la Révolution française et apparues au XIXe siècle, puis resurgissant aux alentours du Concile Vatican II, ont engendré une « injuste opposition au sein de la société », a affirmé le cardinal. Cependant, « nous sommes frères et sœurs en Jésus-Christ, nous sommes solidaires, nous devons être unis dans la vérité qui vient de Dieu, et les idéologues… divisent le peuple », a-t-il déclaré. Le cardinal Müller a décrit les idées des Jacobins, des marxistes et des communistes comme de simples variantes d'une même idéologie. « Et elles divisent les sociétés », a-t-il poursuivi. « Elles divisent l'Église. »

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  • Marie, Mère du peuple fidèle, et non co-rédemptrice

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    De Vatican News :

    Note doctrinale sur les titres mariaux: Mère du peuple fidèle, et non co-rédemptrice

    Le document du dicastère pour la Doctrine de la foi approuvé par Léon XIV clarifie les titres à utiliser pour la Vierge Marie. Une attention particulière est également requise pour le titre «Médiatrice de toutes grâces».

    «Mater populi fidelis» est le titre de la note doctrinale publiée ce mardi 4 novembre, par le dicastère pour la Doctrine de la foi. Signée par le préfet, le cardinal Víctor Manuel Fernández, et par le secrétaire de la section doctrinale, Mgr Armando Matteo, la note a été approuvée par le Pape le 23 juin dernier. Elle est le fruit d'un long et minutieux travail collégial. Il s'agit d'un document doctrinal sur la dévotion mariale, centré sur la figure de Marie associée à l'œuvre du Christ en tant que Mère des croyants. La note fournit une base biblique significative pour la dévotion à Marie, en plus de rassembler différentes contributions des Pères, des Docteurs de l'Église, des éléments de la tradition orientale et de la pensée des derniers Papes.

    Dans ce cadre, le texte doctrinal analyse un certain nombre de titres mariaux; il en valorise certains et met en garde contre l'utilisation d'autres. Des titres tels que «Mère des croyants»«Mère spirituelle»«Mère du peuple fidèle», sont particulièrement appréciés, lit-on dans la note. En revanche, le titre de «co-rédemptrice» est considéré comme inapproprié et inconvenant. Le titre de «médiatrice» est considéré comme inacceptable lorsqu'il revêt une signification exclusive à Jésus-Christ, mais il est considéré comme précieux s'il exprime une médiation inclusive et participative, qui glorifie la puissance du Christ. Les titres de «Mère de la grâce» et «Médiatrice de toutes grâces» sont considérés comme acceptables dans certains sens très précis, mais une explication particulièrement large des significations qui peuvent présenter des risques est proposée.

    En substance, la note réaffirme la doctrine catholique qui a toujours bien mis en évidence que tout en Marie est orienté vers la centralité du Christ et son action salvifique. C'est pourquoi, même si certains titres mariaux peuvent être expliqués par une exégèse correcte, il est préférable de les éviter. Dans sa présentation, le cardinal Fernández valorise la dévotion populaire, mais met en garde contre les groupes et les publications qui proposent un certain développement dogmatique et suscitent des doutes parmi les fidèles, notamment à travers les réseaux sociaux. «Le principal problème dans l’interprétation de ces titres appliqués à la Vierge Marie est de comprendre comment Marie est associée à l’œuvre rédemptrice du Christ» (3).

    Co-rédemptrice

    En ce qui concerne le titre «co-rédemptrice», la note rappelle que certains Papes «ont utilisé ce titre sans trop s’attarder à l’expliquer. D’une manière générale, ils l’ont présenté de deux manières précises: par rapport à la maternité divine, dans la mesure où Marie, en tant que mère, a rendu possible la Rédemption accomplie dans le Christ, ou en référence à son union avec le Christ près de la Croix rédemptrice. Le Concile Vatican II a évité d’utiliser le titre de co-rédemptrice pour des raisons dogmatiques, pastorales et œcuméniques. Saint Jean-Paul II l’a utilisé à sept reprises au moins, en le rapportant en particulier à la valeur salvifique de nos souffrances offertes avec celles du Christ à qui Marie est unie avant tout sur la Croix» (18).

    Le document cite une discussion interne de l'ancienne Congrégation pour la doctrine de la foi qui, en février 1996, avait examiné la demande de proclamer un nouveau dogme sur Marie «co-rédemptrice ou médiatrice de toutes grâces». L'avis du cardinal Ratzinger n’était pas favorable: «La signification précise des titres n’est pas claire et la doctrine qu’ils contiennent n’est pas mûre. […] On ne voit pas clairement comment la doctrine exprimée dans les titres est présente dans l’Écriture et dans la tradition apostolique». Plus tard, en 2002, le futur Benoît XVI s'était également exprimé publiquement dans le même sens: «La formule “co-rédemptrice” est trop éloignée du langage de l’Écriture et de la patristique et provoque ainsi des malentendus... Tout procède de Lui, comme le disent surtout les Lettres aux Éphésiens et aux Colossiens. Marie est ce qu’elle est grâce à Lui». Le cardinal Ratzinger, précise la note, ne niait pas qu'il y avait de bonnes intentions et des aspects précieux dans la proposition d'utiliser ce titre, mais il soutenait qu'il s'agissait d'un «terme erroné» (19).

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  • Retour sur la messe traditionnelle en latin célébrée dans la basilique Saint-Pierre

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    De zenit.org :

    La messe traditionnelle en latin célébrée dans la basilique Saint-Pierre

    Un nouveau chapitre sous le pontificat du pape Léon XIV

    4 novembre 2025

    Le 25 octobre, le cardinal Raymond Leo Burke – figure à la fois vénérée et décriée dans l’histoire récente du Vatican – s’est présenté une nouvelle fois devant l’autel de la Chaire de Saint-Pierre pour célébrer une messe pontificale solennelle en latin. Mais il ne s’agissait pas d’un simple geste nostalgique envers le passé. Ce fut un moment chargé d’histoire, d’attente et de symbolisme discret, en ces premiers mois du pontificat du pape Léon XIV. 

    La messe ancienne sous la coupole de Saint-Pierre

    Pour la première fois depuis 2019, la messe dite « messe ancienne » – l’usus antiquior du rite romain – a résonné sous la coupole de Michel-Ange. Environ trois mille pèlerins, dont beaucoup de jeunes familles avec enfants et des femmes voilées de dentelle, ont rempli la basilique. D’autres se tenaient au coude-à-coude le long des allées de marbre ou étaient assis en tailleur à même le sol. Les cardinaux Walter Brandmüller et Ernest Simoni, ce dernier rescapé des prisons communistes en Albanie, occupaient les premiers rangs. C’était, à tous égards, un échantillon emblématique de la mémoire catholique : marqué par les cicatrices, porteur d’espoir et profondément humain.

    Un tournant dans les “guerres liturgiques”

    La célébration d’une telle messe au cœur du Vatican, avec l’autorisation explicite du pape, a marqué un tournant dans ce que l’on appelle depuis longtemps les « guerres liturgiques ». Cet événement faisait suite à des années de tensions et de récriminations consécutives au décret Traditionis Custodes du pape François en 2021, qui a considérablement limité l’usage du Missel romain de 1962. Pour beaucoup de personnes attachées à la liturgie en latin, ce fut comme si les portes de l’Église se fermaient.

    Un geste d’écoute du pape Léon XIV

    À présent, l’atmosphère avait changé. L’autorisation venait directement du pape Léon XIV, premier pape américain de l’histoire, connu pour son ton conciliant et son attachement à la réconciliation plutôt qu’à la confrontation. Sa décision d’autoriser Burke à célébrer la messe pontificale, après une audience privée entre les deux hommes en août, a été interprétée par beaucoup comme un geste d’écoute plutôt que de jugement.

    « L’espoir renaît »

    Rubén Peretó Rivas, l’organisateur argentin du pèlerinage, a décrit succinctement l’atmosphère : « L’espoir renaît. Les premiers signes du pape Léon sont le dialogue et l’écoute sincère : une volonté de comprendre plutôt que de condamner. »

    Le retour de la messe tridentine à Saint-Pierre

    La messe, qui fait partie du pèlerinage annuel Summorum Pontificum rassemblant les catholiques traditionalistes ad Petri Sedem (« au Siège de Pierre »), avait été interdite dans la basilique en 2023 et 2024. Cependant, sous le pontificat de Léon XIV, la situation a évolué. L’ouverture du pape, conjuguée à la persévérance de Burke, a permis de rétablir l’ancienne liturgie dans la basilique Saint-Pierre à la veille de la fête du Christ Roi, jour d’une profonde signification dans le calendrier liturgique ancien.

    Une homélie de continuité et de grâce

    Lors de son homélie, prononcée en italien, en anglais, en français et en espagnol, Burke a évité toute politique. Il n’a fait aucune mention du pape François, ni des restrictions ni des autorisations. Il a plutôt parlé de continuité et de grâce, de la liturgie comme « un trésor transmis sans interruption depuis les Apôtres ». Son ton était marial, méditatif et indéniablement ancré dans le langage théologique du pape Benoît XVI, dont le décret Summorum Pontificum de 2007 avait normalisé la célébration de l’ancien rite.

    « Grâce à la vision du pape Benoît », a déclaré Burke, « l’Église a atteint une plus grande maturité dans la compréhension et l’amour de la liturgie sacrée. Elle est le cœur battant de notre communion, et non un symbole de division. »

    Foi, silence et transcendance

    Ses paroles étaient particulièrement émouvantes. Pendant des années, les partisans de la messe traditionnelle en latin ont été dépeints comme réactionnaires ou semeurs de discorde – des accusations qui, bien que parfois partiellement fondées, masquaient une réalité plus subtile : des familles attirées par le silence, la beauté et la transcendance.

    « Ce n’est pas la caricature que l’on imagine », a déclaré l’ambassadeur de Hongrie auprès du Saint-Siège, Edouard Habsburg, qui assistait à la messe avec sa famille. « Ce n’est pas de la rébellion. C’est la foi : la famille, la prière et le recueillement. »

    Une émotion profonde sous la coupole

    L’atmosphère de cet après-midi d’octobre n’était pas triomphaliste. Elle était empreinte de dévotion, parfois même de fragilité. Lorsque le chœur entonna le Sanctus, le sol de marbre sembla trembler, non par défi, mais par soulagement. Après des années de suspicion, les paroles antiques résonnèrent à nouveau dans la basilique la plus célèbre du monde, non comme une protestation, mais comme une prière.

    Un geste à portée politique

    Pour autant, l’événement revêtait une dimension politique indéniable. Les observateurs du Vatican ont rapidement saisi la portée de cette décision : elle intervenait quelques mois seulement après la fuite de documents du Vatican suggérant que les réponses des évêques du monde entier à l’enquête menée par François en 2020 sur la liturgie étaient, en réalité, massivement favorables au rite ancien. Ces documents contredisaient la justification officielle des restrictions, révélant qu’une majorité d’évêques ne considéraient pas la liturgie traditionnelle comme source de division et avertissant que sa suppression pourrait s’avérer plus néfaste que bénéfique.

    Vers un rééquilibrage sous Léon XIV

    Cette révélation, conjuguée à la réputation d’ouverture du pape Léon XIV, a conféré à la messe de Burke l’allure d’un réajustement discret : non pas un changement radical, mais un rééquilibrage. Dans une interview de ses débuts, Léon XIV reconnut que certains avaient instrumentalisé la liturgie à des fins politiques, mais il affirma également que de nombreux fidèles, à travers la messe tridentine, aspiraient à une rencontre plus profonde avec le mystère de la foi.

    Un après-midi historique et fragile

    Ces nuances ont été absentes durant les années de polarisation extrême. Sous François, le débat s’était durci jusqu’à évoluer vers des camps opposés. Sous Léon XIV, il pourrait encore évoluer vers quelque chose de plus humain.

    Après la bénédiction finale, la foule est restée là : des pèlerins venus de 70 associations du monde entier, brandissant des bannières et des chapelets, certains les yeux embués de larmes. Dehors, sous les colonnades du Bernin, ils ont chanté le Salve Regina tandis que le crépuscule tombait sur Rome.

    Ce moment était historique, certes, mais aussi fragile : un début plutôt qu’une conclusion. Reste à savoir s’il marque un dégel durable ou simplement une pause dans une longue lutte ecclésiale.

    Une Église qui respire à nouveau le latin

    Ce qui est clair, c’est que, le temps d’un après-midi, sous l’immense coupole qui a été témoin de siècles de prière, l’Église a de nouveau respiré le latin, non pas comme une langue de nostalgie, mais comme un signe d’unité qui ne demandait qu’à être redécouvert.

    La messe traditionnelle en latin célébrée dans la basilique Saint-Pierre | ZENIT - Français

  • Léon XIV : Entre vérité et inclusion

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Entre vérité et inclusion

    La première lettre apostolique de Léon XIV est dédiée au soixantième anniversaire de la déclaration conciliaire Gravissimum Educationis. Intitulée « Tracer de nouvelles cartes de l’espérance » , elle révèle, par son contenu et son langage, une grande partie des tensions idéologiques auxquelles le pape nouvellement élu Léon XIV est confronté.

    D'une part, la dernière chose que souhaite Léon XIV est de donner l'impression de rejeter l'héritage du pape François, et c'est normal, car l'histoire montre combien la « réforme dans la continuité » est importante pour la vie de l'Église, même et surtout lorsque la continuité est bafouée.

    Cependant, dans le même temps, trois caractéristiques léonines particulièrement – ​​voire singulières – se dégagent du document.

    Le premier principe : être un frère. Léon XIV défend les sept axes du Pacte mondial pour l’éducation lancé par le pape François il y a cinq ans. Ces axes sont : placer la personne au centre ; écouter les enfants et les jeunes ; promouvoir la dignité et la pleine participation des femmes ; reconnaître la famille comme premier éducateur ; être ouvert à l’acceptation et à l’inclusion ; renouveler l’économie et la politique au service de l’humanité ; et protéger notre maison commune.

    Cependant, Léon XIV ajoute trois priorités à ces voies. La première est « la vie intérieure, car les jeunes aspirent à la profondeur ». La deuxième est le thème de « l’humain numérique ». Et la troisième est « une paix désarmée et désarmante ».

    Ces trois priorités découlent non seulement de l’expérience personnelle du Pape, mais aussi de sa vie et de sa réflexion intérieure. Elles témoignent également d’un passage d’une sphère purement sociale – celle où le Pape François a œuvré avec le plus d’efficacité – à une sphère plus spirituelle, où le numérique devient « numérique humain » et où la paix est perçue comme un don du Christ, tant dans l’eschaton final que dans le cycle de l’histoire.

    La seconde caractéristique est directement liée à la première : l’exemple des saints.

    Comme dans son exhortation Dilexi Te (initiée par François), la première lettre apostolique de Léon XIV présente de nombreux exemples de saints et d'œuvres catholiques liés à l'éducation. Le message est clair : l'Église s'appuie sur une histoire, une expérience, une tradition et la vie des saints et des grands prophètes. La nouveauté réside dans la prophétie, partie intégrante de l'existence humaine depuis toujours.

    La troisième caractéristique concerne la vérité .

    Léon XIV a parlé d'une diplomatie de vérité dès son premier discours au corps des diplomates accrédités auprès du Saint-Siège, et il a constamment maintenu le thème de la vérité dans ses discours principaux.

    Dans son ouvrage « Tracer de nouvelles cartes de l’espérance », Léon XIV nous exhorte également à « veiller à ne pas tomber dans le piège d'une illumination de la fides associée exclusivement à la ratio ».

    « Nous devons sortir de la surface des choses », écrit Léon, « en retrouvant une vision empathique et ouverte, et en comprenant mieux comment l’humanité se comprend elle-même aujourd’hui afin de développer et d’approfondir notre enseignement . »

    « Voilà », dit Léon, « pourquoi le désir et le cœur ne doivent pas être séparés de la connaissance : cela reviendrait à scinder la personne. »

    Les trois caractéristiques de Léon XIV doivent être « tempérées » d'une certaine manière par la personnalité et l'histoire du pape.

    Léon XIV est le premier pape d'une nouvelle génération et doit composer avec un héritage complexe. Nombre de ses discours semblent encore imprégnés de l'« ancien monde » de l'ère François, mais le nouveau monde de Léon XIV ne sera pas forcément très différent du précédent. Il s'agira probablement d'une synthèse des deux, où le pape prononcera des discours très « sociaux » à l'intention des mouvements populaires tout en adressant ses salutations au monde traditionaliste rassemblé pour le pèlerinage de Paris à Chartres.

    La Lettre apostolique s'oriente dans une direction, mais il reste à voir comment le Pape gérera cette nouvelle orientation. Pour l'instant, chacun a été satisfait par une ou plusieurs de ses actions. Le discours adressé aux mouvements populaires a exalté le monde progressiste, tandis que le monde traditionaliste a apprécié le retour des symboles. La messe du motu proprio Summorum Pontificum, célébrée à Saint-Pierre, a au moins témoigné d'une absence de préjugés envers ceux qui sont attachés à la messe de l'usus antiquior.

    Le langage employé, cependant, n'est pas sans défauts. L'ouvrage *Drawing New Maps of Hope* évoque également l'« inclusion », un terme qui semble opportun en toutes circonstances. Si ce terme revêt une profonde signification chrétienne et sous-entend que nul n'est exclu du salut, le thème de l'inclusion a aussi été instrumentalisé, par exemple, pour faire accepter certaines pressions exercées par la communauté LGBT.

    Nous nous trouvons finalement face à un pape qui reste à déchiffrer, et les prochains documents du pape en diront plus long.

    Il y aura un document du Dicastère pour la doctrine de la foi sur la coopération de Marie au salut, qui a été initié sous le pape François. Le pape François a complètement rejeté le terme « corédemptrice », mais il reste à voir si Léon XIV a décidé de maintenir cette approche ou s'il a pris une direction différente. Ce document sera probablement le premier test qui révélera véritablement dans quelle mesure Léon XIV s'inscrit réellement dans la continuité de son prédécesseur.

    Une controverse est également en train de naître à propos du processus synodal des évêques italiens, qui a donné lieu à des désaccords importants non seulement sur des points moraux et anthropologiques, mais aussi ecclésiologiques, concernant l'organisation et l'exercice du pouvoir de gouvernement au sein de l'épiscopat.

    En résumé :  l’ assemblée synodale  italienne a rejeté en avril un premier document, ce qui a incité les évêques italiens à reporter la discussion et leur assemblée plénière. L’assemblée a ensuite approuvé un  document demandant également  aux évêques de soutenir les manifestations contre l’homophobie. Après la publication du texte, des pressions se sont exercées pour rendre les recommandations de l’assemblée obligatoires, ce qui pose un problème majeur : aucun organe administratif, pas même une conférence épiscopale, ne peut contraindre un évêque à prendre certaines décisions.

    Il reste à voir si le pape Léon XIV interviendra dans cette affaire, mais il est difficile d'imaginer une situation dans laquelle il pourrait rester totalement à l'écart, même s'il souhaitait garder ses distances .

    Il n'y a pas que Léon XIV et son pontificat qui demeurent aujourd'hui tiraillés entre le désir d'une vérité transparente et la nécessité d'« inclure » tout le monde, d'une manière ou d'une autre. C'est la papauté elle-même. Il faudra peut-être attendre un certain temps avant de voir, à travers les nominations de proches collaborateurs de Léon à des postes clés au sein du gouvernement de l'Église, de quel côté les choses évolueront.

  • Quelques pensées simples sur la réalité de la mort... (Benoît XVI)

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    BENOÎT XVI

    AUDIENCE GÉNÉRALE

    Salle Paul VI
    Mercredi 2 novembre 2011

    Commémoration de tous les fidèles défunts

    Chers frères et sœurs !

    Après avoir célébré la solennité de tous les saints, l’Eglise nous invite aujourd’hui à commémorer tous les fidèles défunts, à tourner notre regard vers les nombreux visages qui nous ont précédés et qui ont conclu leur chemin terrestre. Au cours de l’Audience d’aujourd’hui, je voudrais donc vous proposer quelques pensées simples sur la réalité de la mort qui pour nous, chrétiens, est illuminée par la Résurrection du Christ, et pour renouveler notre foi dans la vie éternelle.

    Comme je le disais déjà hier au cours de l’Angélus, nous nous rendons ces jours-ci au cimetière pour prier pour les personnes chères qui nous ont quittés, nous allons en quelque sorte leur rendre visite pour leur exprimer, une fois de plus, notre affection, pour les sentir encore proches, en rappelant également, de cette façon, un article du Credo : dans la communion des saints existe un lien étroit entre nous, qui marchons encore sur cette terre, et nos nombreux frères et sœurs qui ont déjà atteint l’éternité.

    Depuis toujours, l’homme se préoccupe de ses morts et tente de leur donner une deuxième vie à travers l’attention, le soin, l’affection. D’une certaine façon, on veut conserver leur expérience de vie ; et, paradoxalement, c’est précisément des tombes devant lesquelles se bousculent les souvenirs que nous découvrons la façon dont ils ont vécu, ce qu’ils ont aimé, ce qu’ils ont craint, ce qu’ils ont espéré, et ce qu’ils ont détesté. Celles-ci représentent presque un miroir de leur monde.

    Pourquoi en est-il ainsi ? Car, bien que la mort soit souvent un thème presque interdit dans notre société, et que l’on tente constamment de chasser de notre esprit la seule idée de la mort, celle-ci concerne chacun de nous, elle concerne l’homme de tout temps et de tout lieu. Et devant ce mystère, tous, même inconsciemment, nous cherchons quelque chose qui nous invite à espérer, un signe qui nous apporte un réconfort, qui nous ouvre un horizon, qui offre encore un avenir. Le chemin de la mort, en réalité, est une voie de l’espérance et parcourir nos cimetières, comme lire les inscriptions sur les tombes, signifie accomplir un chemin marqué par l’espérance d’éternité.

    Mais nous nous demandons : pourquoi éprouvons-nous de la crainte face à la mort ? Pourquoi une grande partie de l’humanité ne s’est-elle jamais résignée à croire qu’au-delà de la mort, il n’y pas pas simplement le néant ? Je dirais qu’il existe de multiples réponses : nous éprouvons une crainte face à la mort car nous avons peur du néant, de ce départ vers quelque chose que nous ne connaissons pas, qui nous est inconnu. Il existe alors en nous un sentiment de rejet parce que nous ne pouvons pas accepter que tout ce qui a été réalisé de beau et de grand au cours d’une existence tout entière soit soudainement effacé, tombe dans l’abîme du néant. Et surtout, nous sentons que l’amour appelle et demande l’éternité et il n’est pas possible d’accepter que cela soit détruit par la mort en un seul moment.

    De plus, nous éprouvons de la crainte à l’égard de la mort car, lorsque nous nous trouvons vers la fin de notre existence, existe la perception qu’un jugement est exercé sur nos actions, sur la façon dont nous avons mené notre vie, surtout sur les zones d’ombre que nous savons souvent habilement éliminer ou que nous nous efforçons d’effacer de notre conscience. Je dirais que c’est précisément la question du jugement qui est souvent à l’origine de la préoccupation de l’homme de tous les temps pour les défunts, de l’attention pour les personnes qui ont compté pour lui et qui ne sont plus à ses côtés sur le chemin de la vie terrestre. Dans un certain sens, les gestes d’affection et d’amour qui entourent le défunt sont une façon de le protéger dans la conviction qu’ils ne demeurent pas sans effet sur le jugement. C’est ce que nous pouvons constater dans la majorité des cultures qui caractérisent l’histoire de l’homme.

    Aujourd’hui, le monde est devenu, tout au moins en apparence, beaucoup plus rationnel, ou mieux, la tendance s’est diffusée de penser que chaque réalité doit être affrontée avec les critères de la science expérimentale, et qu’également à la grande question de la mort on ne doit pas tant répondre avec la foi, mais en partant de connaissances expérimentables, empiriques. On ne se rend cependant pas suffisamment compte que, précisément de cette manière, on a fini par tomber dans des formes de spiritisme, dans la tentative d’avoir un contact quelconque avec le monde au-delà de la mort, presque en imaginant qu’il y existe une réalité qui, à la fin, serait une copie de la réalité présente.

    Chers amis, la solennité de la Toussaint et la commémoration de tous les fidèles défunts nous disent que seul celui qui peut reconnaître une grande espérance dans la mort, peut aussi vivre une vie à partir de l’espérance. Si nous réduisons l’homme exclusivement à sa dimension horizontale, à ce que l’on peut percevoir de manière empirique, la vie elle-même perd son sens profond. L’homme a besoin d’éternité et toute autre espérance est trop brève, est trop limitée pour lui. L’homme n’est explicable que s’il existe un Amour qui dépasse tout isolement, même celui de la mort, dans une totalité qui transcende aussi l’espace et le temps. L’homme n’est explicable, il ne trouve son sens profond, que s’il y a Dieu. Et nous savons que Dieu est sorti de son éloignement et s’est fait proche, qu’il est entré dans notre vie et nous dit : « Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26).

    Pensons un moment à la scène du Calvaire et écoutons à nouveau les paroles que Jésus, du haut de la Croix, adresse au malfaiteur crucifié à sa droite : « En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23, 43). Pensons aux deux disciples sur la route d’Emmaüs, quand, après avoir parcouru un bout de chemin avec Jésus Ressuscité, ils le reconnaissent et partent sans attendre vers Jérusalem pour annoncer la Résurrection du Seigneur (cf. Lc 24, 13-35). Les paroles du Maître reviennent à l’esprit avec une clarté renouvelée : « Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l'aurais dit ; je vais vous préparer une place » (Jn 14, 1-2). Dieu s’est vraiment montré, il est devenu accessible, il a tant aimé le monde « qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16), et dans l’acte d’amour suprême de la Croix, en se plongeant dans l’abîme de la mort, il l’a vaincue, il est ressuscité et nous a ouvert à nous aussi les portes de l’éternité. Le Christ nous soutient à travers la nuit de la mort qu’Il a lui-même traversée; il est le Bon Pasteur, à la direction duquel on peut se confier sans aucune crainte, car Il connaît bien la route, même dans l’obscurité.

    Chaque dimanche, en récitant le Credo, nous réaffirmons cette vérité. Et en nous rendant dans les cimetières pour prier avec affection et avec amour pour nos défunts, nous sommes invités, encore une fois, à renouveler avec courage et avec force notre foi dans la vie éternelle, ou mieux, à vivre avec cette grande espérance et à la témoigner au monde : derrière le présent il n’y a pas le rien. C’est précisément la foi dans la vie éternelle qui donne au chrétien le courage d’aimer encore plus intensément notre terre et de travailler pour lui construire un avenir, pour lui donner une espérance véritable et sûre. Merci.

  • L'homélie de Léon XIV lors de la messe et proclamation de saint John-Henry Newman comme "docteur de l'Eglise"

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    JUBILÉ DU MONDE ÉDUCATIF

    MESSE
    ET PROCLAMATION  DE SAINT JOHN HENRY NEWMAN comme
    « DOCTEUR DE L'ÉGLISE »

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Place Saint-Pierre
    Solennité de la Toussaint - Samedi 1er novembre 2025

    En cette solennité de la Toussaint, c'est une grande joie d'inscrire saint John Henry Newman parmi les docteurs de l'Église et, en même temps, à l'occasion du Jubilé du monde éducatif, de le nommer co-patron, avec saint Thomas d'Aquin, de tous ceux qui participent au processus éducatif. L'imposante stature culturelle et spirituelle de Newman servira d'inspiration aux nouvelles générations au cœur assoiffé d'infini, disposées à réaliser, par la recherche et la connaissance, ce voyage qui, comme le disaient les anciens, nous fait passer per aspera ad astra, c'est-à-dire à travers les difficultés jusqu'aux étoiles.

    La vie des saints nous témoigne, en effet, qu'il est possible de vivre avec passion au milieu de la complexité du présent, sans laisser de côté le mandat apostolique : « Brillez comme des étoiles dans le monde » (Phil 2, 15). En cette occasion solennelle, je souhaite répéter aux éducateurs et aux institutions éducatives : « Brillez aujourd'hui comme des étoiles dans le monde », grâce à l'authenticité de votre engagement dans la recherche commune de la vérité, dans son partage cohérent et généreux à travers le service aux jeunes, en particulier aux pauvres, et dans l'expérience quotidienne que « l'amour chrétien est prophétique ; il accomplit des miracles » (cf. Exhort. apost. Dilexi te, 120).

    Le Jubilé est un pèlerinage dans l'espérance et vous tous, dans le vaste domaine de l'éducation, vous savez bien à quel point l'espérance est une semence indispensable ! Quand je pense aux écoles et aux universités, je les considère comme des laboratoires de prophétie, où l'espérance est vécue, continuellement racontée et reproposée.

    C'est aussi le sens de l'Évangile des Béatitudes proclamé aujourd'hui. Les Béatitudes apportent une nouvelle interprétation de la réalité. Elles sont le chemin et le message de Jésus éducateur. À première vue, il semble impossible de déclarer bienheureux les pauvres, ceux qui ont faim et soif de justice, les persécutés ou les artisans de paix. Mais ce qui semble inconcevable dans la grammaire du monde prend tout son sens et toute sa lumière dans la proximité du Royaume de Dieu. Chez les saints, nous voyons ce royaume s'approcher et se réaliser parmi nous. Saint Matthieu présente à juste titre les Béatitudes comme un enseignement, représentant Jésus comme un Maître qui transmet une nouvelle vision des choses et dont la perspective coïncide avec son cheminement. Les Béatitudes, toutefois, ne sont pas un enseignement parmi d'autres : elles sont l'enseignement par excellence. De la même manière, le Seigneur Jésus n'est pas un maître parmi tant d'autres, il est le Maître par excellence. Plus encore, il est l'Éducateur par excellence. Nous, ses disciples, nous sommes à son école, en apprenant à découvrir dans sa vie, c'est-à-dire dans le chemin qu'il a parcouru, un horizon de sens capable d'illuminer toutes les formes de connaissance. Puissent nos écoles et nos universités être toujours des lieux d'écoute et de pratique de l'Évangile !

    Les défis actuels parfois semblent dépasser nos capacités, mais ce n'est pas le cas. Ne permettons pas au pessimisme de nous vaincre ! Je me souviens de ce que mon bien-aimé prédécesseur, le pape François, a souligné dans son  discours à la Première Assemblée plénière du Dicastère pour la Culture et l'Éducation : c'est à dire que nous devons travailler ensemble pour libérer l'humanité de l'obscurité du nihilisme qui l'entoure, lequel est sans doute le mal le plus dangereux de la culture contemporaine, car il menace « de faire disparaître » l'espérance [1]. La référence à l'obscurité qui nous entoure nous renvoie à l’un des textes les plus connus de Saint John Henry, l'hymne Lead, kindly light (« Guide-moi, douce lumière »). Dans cette très belle prière, nous nous rendons compte que nous sommes loin de la maison, que nos pas sont chancelants, que nous ne parvenons pas à distinguer clairement l'horizon. Mais rien de tout cela ne nous arrête parce que nous avons trouvé le Guide : « Guide-moi, douce Lumière, dans les ténèbres qui m’enveloppent, Guides moi encore ! – Lead, kindly Light. The night is dark and I am far from home. Lead Thou me on! ».

    C'est le rôle de l'éducation d'offrir cette Douce Lumière à ceux qui, sans cela, pourraient rester prisonniers des ombres particulièrement insidieuses du pessimisme et de la peur. C'est pourquoi je voudrais vous dire : désarmons les fausses raisons de la résignation et de l'impuissance, et faisons circuler dans le monde contemporain les grandes raisons de l'espérance. Contemplons et indiquons les constellations qui transmettent lumière et repères dans ce présent obscurci par tant d'injustices et d'incertitudes. C'est pourquoi je vous encourage à faire des écoles, des universités et de toutes les réalités éducatives, y compris informelles et de terrain, autant de seuils d'une civilisation de dialogue et de paix. À travers vos vies, laissez transparaître cette « multitude immense », dont nous parle aujourd'hui dans la liturgie le Livre de l'Apocalypse, une multitude « que personne ne pouvait compter, de toutes nations, tribus, peuples et langues », et qui « se tenait debout devant l'Agneau » (7,9).

    Dans le texte biblique, un ancien, observant la multitude, demande : « Ceux-ci, […] qui sont-ils et d'où viennent-ils ? » (Ap 7,13). À ce propos, dans le domaine éducatif, le regard chrétien se pose également sur « ceux qui viennent de la grande tribulation » (v. 14) et y reconnaît les visages de tant de frères et sœurs de toutes langues et de toutes cultures qui, par la porte étroite de Jésus, sont entrés dans la vie en plénitude. Alors, une fois encore, nous devons nous demander : « les moins pourvus ne sont-ils pas des personnes humaines ? Les faibles n’ont-ils pas la même dignité que nous ? Ceux qui sont nés avec moins de possibilités ont-ils moins de valeur en tant qu’êtres humains, doivent-ils se contenter de survivre ? La réponse que nous apportons à ces questions détermine la valeur de nos sociétés et donc notre avenir. » (Exhort. apost. Dilexi te, 95).  Et ajoutons que la qualité évangélique de notre éducation dépend également de cette réponse.

    Parmi les héritages durables de saint John Henry, on trouve, à ce propos, quelques contributions très significatives à la théorie et à la pratique de l'éducation. « Dieu, écrivait-il, m'a créé pour lui rendre un service précis. Il m'a confié une tâche qu'il n'a confiée à personne d'autre. J'ai une mission : peut-être ne la connaîtrai-je pas dans cette vie, mais elle me sera révélée dans la prochaine » (Meditations and Devotions, III, I, 2). Ces mots expriment magnifiquement le mystère de la dignité de chaque personne humaine et celui de la diversité des dons distribués par Dieu.

    La vie ne s'illumine pas parce que nous sommes riches, beaux ou puissants. Elle s'illumine lorsque nous découvrons en nous cette vérité : je suis appelé par Dieu, j'ai une vocation, j'ai une mission, ma vie sert à quelque chose de plus grand que moi ! Chaque créature a un rôle à jouer. La contribution que chacun a à offrir est unique, et la tâche des communautés éducatives est d'encourager et de valoriser cette contribution. N'oublions pas : au centre des parcours éducatifs, il ne doit pas y avoir des individus abstraits, mais des personnes en chair et en os, en particulier celles qui semblent ne pas être en mesure de rendre, selon les paramètres d'une économie qui exclut et tue. Nous sommes appelés à former des personnes, afin qu'elles brillent comme des étoiles dans leur pleine dignité.

    Nous pouvons donc dire que l'éducation, dans la perspective chrétienne, aide chacun à devenir saint. Rien de moins. Lors de son voyage apostolique en Grande-Bretagne en septembre 2010, au cours duquel il a béatifié John Henry Newman, le  Pape Benoît XVI a invité les jeunes à devenir saints en ces termes : « Ce que Dieu désire plus que tout pour chacun d'entre vous, c'est que vous deveniez saints. Il vous aime bien plus que vous ne pouvez l'imaginer et il veut le meilleur pour vous [2] ». C'est l'appel universel à la sainteté que le  Concile Vatican II a inscrit comme élément essentiel de son message (cf. Lumen gentium, chap. V). Et la sainteté est proposée à tous, sans exception, comme un cheminement personnel et communautaire tracé par les Béatitudes.

    Je prie pour que l'éducation catholique aide chacun à découvrir sa vocation à la sainteté. Saint Augustin, que saint John Henry Newman appréciait tant, a dit un jour que nous sommes des compagnons d'étude qui n'avons qu'un seul Maître, dont l'école est sur terre et la chaire au ciel (cf. Sermon 292,1).

    _________________________________________

    [1] François,  Discours aux participants à la première Assemblée plénière du Dicastère pour la Culture et l'Éducation (21 novembre 2024).

    [2] Benoît XVI,  Discours aux élèves, Twickenham – Royaume-Uni, 17 septembre 2010.

  • Il y a 75 ans : la proclamation du dogme de l'Assomption de la Vierge Marie

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    D'Henri de Villiers sur le site de la Schola Sainte-Cécile :

    Proclamation du dogme de l’Assomption le 1er novembre 1950

    La Dormition (la mort paisible, tel un sommeil) et l’Assomption (la non corruption du corps et sa montée au ciel) de la Sainte Vierge sont unanimement célébrées dès l’époque patristique dans toutes les Eglises d’Orient & d’Occident. L’Église catholique a considéré que les traditions anciennes sur lesquelles ont été établies la célébration liturgique (outre le fait objectif qu’il n’y a jamais eu mention de reliques du corps de la Vierge Marie qu’une église aurait détenu) étaient conforme au dépôt de la Foi.

    A partir du XIXème siècle, des pétitions commencent à affluer à Rome pour que soit officiellement défini le dogme de l’Assomption. De 1854 à 1945, huit millions de fidèles écriront à Rome en ce sens ! Chiffre auquel il faut ajouter les pétitions de 1 332 évêques (représentant 80 % des sièges épiscopaux) et 83 000 prêtres, religieux et religieuses. Face à ces demandes répétées, Pie XII, par l’encyclique Deiparae Virginis, publiée en mai 1946, demande à tous les évêques du monde de se prononcer sur la question. La réponse est quasi unanime : 90 % des évêques y sont favorables. La plupart des 10 % restant s’interrogent sur l’opportunité d’une telle déclaration, seulement six évêques émettant des doutes sur le caractère « révélé » de l’Assomption de Marie. A la suite de ces réponse, le Pape décide de proclamer solennellement le dogme de l’Assomption en 1950 au cours de célébrations magnifiques & grandioses, dont voici ci-dessous quelques photographies d’époque.

    Notons que la proclamation dogmatique de l’Assomption reste à ce jour le seul & unique cas où l’infaillibilité pontificale, telle que définie au Concile de Vatican I, a été mise en oeuvre ; infaillibilité assise du reste sur la collégialité : tous les évêques du monde s’étaient prononcés sur la question, & la présence de 800 évêques autour du Pape lors de la proclamation ressemble à s’y méprendre à un concile.

    D’une tradition enseignée par la liturgie & professée par les Pères & Docteurs des premiers siècles (dès saint Ephrem au IVème siècle), et paisiblement continuée durant l’histoire de l’Eglise, l’Assomption devint donc dès lors un dogme de foi que doivent tenir les catholiques. C’est un avis tout à fait personnel, mais il est possible que l’apparition croissante au cours du XXème siècle de pseudo-théologies contestataires & modernistes, de plus en plus irrespectueuses de la grande Tradition de l’Eglise, ait joué un rôle dans cette prise de décision du vénérable Pie XII, finalement prophétique…

    La proclamation dogmatique ne se fit pas – comme on aurait pu s’y attendre – un 15 août mais le 1er novembre de l’Année Sainte 1950, jour de la Toussaint, situant ainsi Marie dans la communion de tous les saints.

    Plus discutable fut la refonte des textes liturgiques de la fête du 15 août qui fut alors décidée. On trouvait que ces textes liturgiques, pourtant vénérables (ils avaient traversés les siècles depuis l’institution de la fête de l’Assomption à Rome par le Pape Théodore (642 † 649), d’origine constantinopolitaine), n’exprimaient pas suffisamment le mystère célébré. A dire vrai, c’était surtout l’évangile de la messe qui étonnait les mentalités contemporaines. En effet, on y chantait Luc 10, 38-42, soit le Christ chez Marthe & Marie. Ce passage pourtant était appliqué à la Sainte Vierge dans l’exégèse patristique et est utilisé également dans les rits byzantin & mozarabe pour la fête du 15 août, il s’agissait donc d’un patrimoine vraiment antique. Quant aux nouvelles pièces du chant liturgique qui furent élaborées en place des anciennes, on peut même noter une régression dans l’affirmation du mystère célébré (comparez ainsi l’antique offertoire : « Assumpta est Maria in cœlum : gaudent Angeli, collaudantes benedicunt Dominum, alleluia » avec le moderne composé en 1950 pour prendre sa place : « Inimitias ponam inter te et mulierem, et semen tuum et semen illius »).

    Avant de laisser la place aux belles images des glorieuses cérémonies de 1950, rappelons que l’Assomption de la Vierge réaffirme « le caractère provisoire de notre mort corporelle qui, en style chrétien, prend le nom de sommeil et de dormition » (R.P. Martin Jugie (1878 † 1954), in « La mort et l’Assomption de la Sainte Vierge », chapitre « Opportunité et avantage de la définition solennelle de la doctrine de l’Assomption »), affirmation non négligeable à notre époque alors que ce développe une civilisation matérialiste qui nie le sens ultime de l’existence humaine.

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  • Là où François s'est égaré

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    De sur The Catholic Thing :

    Où François a-t-il dévié ?

    29 octobre 2025

    Lorsque j'ai pris ma retraite après dix ans de service au Saint-Siège, la situation était loin d'être idéale. C'était en 2016. À vrai dire, elle l'était déjà sous Benoît XVI. La Curie romaine est un véritable chaos bureaucratique.

    Mais les erreurs commises par des magistrats sont encore pires, et une erreur massive s'est produite quatre ans après mon départ.

    Il ne s'agissait pas d'une remarque spontanée faite lors d'une conférence de presse improvisée. Il ne s'agissait pas d'une déclaration vague et ambiguë sur un sujet comme le mariage, les droits LGBTQ+ ou la peine de mort. Il s'agissait d'une vision théologique à part entière. Ou plutôt de son absence.

    Ce mois d'octobre marque le cinquième anniversaire de la plus grande erreur du pontificat de François. Malheureusement, elle est étroitement liée au nom même que Jorge Bergoglio a choisi lors de son élection au siège de Pierre. Interpréter saint François, son héritage et le charisme qu'il a légué à l'Église a toujours été difficile. Fratelli Tutti a considérablement aggravé cette difficulté.

    La plupart des critiques de l'encyclique du pape François de 2020 se concentrent sur un point précis de la longue liste de questions qu'il présente comme cruciales pour notre époque : le racisme, l'immigration, le dialogue interreligieux, la dignité de la femme, la peine de mort, etc. Mais j'ai constaté très peu de critiques concernant le principe fondateur du document.

    Bien que François lui-même ait décrit l'encyclique comme un assemblage disparate d'homélies, de discours et de catéchèses antérieurs, elle repose en réalité sur une entreprise très douteuse et risquée : à savoir, la mise entre parenthèses du Christ et du christianisme dans la tentative d'entamer un dialogue avec le monde sur le sens de la « fraternité et de l'amitié sociale ».

    « Bien que j’aie écrit ce texte à partir des convictions chrétiennes qui m’inspirent et me soutiennent, j’ai voulu en faire une invitation au dialogue entre toutes les personnes de bonne volonté », a-t-il écrit. (6) C’est ce « bien que » qui est crucial. François sous-entend que les convictions sur la fraternité et l’amitié sociale qui découlent de sa foi chrétienne peuvent être communiquées à autrui indépendamment de cette foi, puisqu’elles peuvent tout aussi bien provenir d’autres religions ou simplement de la condition humaine non évangélisée.

    François justifia sa démarche en faisant appel à l'engagement de saint François auprès du sultan d'Égypte, Al-Malik al-Kamil, en 1219 :

    Sans se soucier des difficultés et des dangers encourus, (saint) François alla à la rencontre du Sultan avec la même attitude qu'il avait inculquée à ses disciples : s'ils se trouvaient « parmi les Sarrasins et autres non-croyants », sans renoncer à leur propre identité, ils ne devaient pas « s'engager dans des arguments ou des disputes, mais être soumis à toute créature humaine pour l'amour de Dieu ».

    Saint François devant le sultan d'Égypte Malec-el-Kamal par Zacarías González Velázquez, v. 1787 [Prado, Madrid]

    Saint François enjoignit aux frères de s'abstenir de toute dispute et de tout conflit, non pas pour contourner le commandement du Christ de prêcher la Bonne Nouvelle, mais précisément pour l'accomplir. Saint François avait la ferme intention de convertir le sultan, et non de simplement partager avec lui une vision chrétienne de la fraternité et de l'amitié sociale, dénuée de toute dimension chrétienne.

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  • Priorité aux pauvres et à l'environnement : la lettre de Leon XIV sur l'éducation

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    De Nico Spuntoni sur la NBQ :

    Priorité aux pauvres et à l'environnement : la lettre de Leon XIV sur l'éducation

    La lettre apostolique « Tracer de nouvelles cartes de l’espérance » a été publiée hier . Elle aborde notamment la centralité de la personne, la formation spirituelle des enseignants et la contribution de l’Église à l’histoire de l’éducation. Elle met également l’accent sur la justice sociale et environnementale.

    29/10/2025
    Le roi Léon XIV signe un document sur l'éducation le 27 octobre 2025.

    Soixante ans après la déclaration conciliaire Gravissimum Educationis (28 octobre 1965), la lettre apostolique de Léon XIV, intitulée « Tracer de nouvelles cartes de l’espérance  », est consacrée à l’éducation et a été publiée hier, le 28 octobre. Elle évoque notamment le prévôt privé, rappelant « avec joie (…) les années passées dans le cher diocèse de Chiclayo, à visiter l’Université catholique de San Toribio de Mogrovejo ». L’évêque de l’époque s’adressait à la communauté universitaire, affirmant qu’« on ne naît pas professionnel ; toute carrière universitaire se construit pas à pas, livre après livre, année après année, sacrifice après sacrifice ».

    Dans sa nouvelle lettre apostolique, le pape Léon XIV souligne la place centrale de la personne dans l'éducation. « L'école catholique, écrit-il, est un milieu où la foi, la culture et la vie sont intimement liées. » Dès lors, « elle n'est pas simplement une institution, mais un lieu de vie où la vision chrétienne imprègne chaque discipline et chaque interaction », et « les éducateurs sont appelés à une responsabilité qui dépasse leur contrat de travail : leur témoignage est aussi précieux que leur enseignement. » Ce n'est pas un hasard si le pape évoque le rôle crucial de la formation spirituelle des enseignants, au-delà des seules formations scientifiques, pédagogiques et culturelles. Ce document, à l'instar de son introduction (l'exhortation apostolique Dilexi te), met l'accent sur la sollicitude envers les pauvres et la protection de l'environnement. Le Pape tire la sonnette d’alarme : « Oublier notre humanité commune a engendré divisions et violences ; et lorsque la terre souffre, les pauvres souffrent davantage. » Il ajoute : « L’éducation catholique ne peut rester silencieuse : elle doit unir justice sociale et justice environnementale, promouvoir la sobriété et des modes de vie durables, former des consciences capables de choisir non seulement ce qui est commode, mais aussi ce qui est juste. » Réaffirmant la dimension écologique de son enseignement, Mgr Prevost déclare : « Chaque petit geste – éviter le gaspillage, faire des choix responsables, défendre le bien commun – est une forme d’éducation culturelle et morale. »

    Confirmant le rétablissement de la tradition – abandonnée par François – de la signature publique des documents, Léon XIV a signé la nouvelle lettre apostolique le lundi 27 octobre, peu avant la messe du Jubilé mondial de l’Éducation, aux côtés du cardinal José Tolentino de Mendonça, préfet du Dicastère pour la Culture et l’Éducation. Le Pape, empreint de douceur et louant la bienveillance, exhorte les communautés éducatives à apaiser leurs tensions par les mots, car « l’éducation ne progresse pas par la polémique, mais par la douceur de l’écoute ». Léon XIV a rendu hommage à l’histoire de l’éducation catholique, évoquant également « son » saint Augustin qui, en intégrant la sagesse biblique à la tradition gréco-romaine, « a compris que le véritable maître éveille le désir de vérité, éduque la liberté de déchiffrer les signes et d’écouter sa voix intérieure ». Une tradition perpétuée par le monachisme dans les lieux les plus reculés, « où, pendant des décennies, les œuvres classiques ont été étudiées, commentées et enseignées, à tel point que, sans ce travail discret au service de la culture, tant de chefs-d'œuvre n'auraient pas survécu jusqu'à nos jours ». Il s'agit là de la reconnaissance d'une contribution souvent négligée dans l'histoire de l'éducation, à l'instar de celle de l'Église dans la naissance des premières universités.

    Se tournant vers des périodes plus récentes, Léon XIV cite  saint Jean Bosco qui, « par sa méthode préventive, a transformé la discipline en raison et en proximité », ainsi que des figures féminines. Le document cite Vicenta Maria López y Vicuña, Francesca Cabrini, Giuseppina Bakhita, Maria Montessori, Katharine Drexel et Elizabeth Ann Seton, reconnues pour avoir « ouvert des portes aux filles, aux migrants et aux plus vulnérables ». Le guide, écrit le pape, demeure la déclaration conciliaire Gravissimum educationis , qui « désigne la famille comme la première école de l’humanité » et enseigne que « l’éducation ne mesure pas sa valeur uniquement à l’aune de l’efficacité : elle la mesure à l’aune de la dignité, de la justice et de la capacité à servir le bien commun ». Cette vision anthropologique globale « doit rester la pierre angulaire de la pédagogie catholique » et renvoie à la pensée de saint John Henry Newman, également citée par Léon XIV, qui le proclamera Docteur de l'Église le 1er novembre.

  • Qui est vraiment Léon XIV ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Pape Léon XIV : Qui est-il vraiment ?

    Le pape Léon XIV a prononcé un discours le 23 octobre devant les participants à la Rencontre mondiale des mouvements populaires, remettant ainsi en lumière une question centrale : qui est réellement Léon XIV ?

    C'est une question que presque tout le monde s'est posée, même insignifiante, depuis le début de son pontificat encore très jeune, et il est plus que juste de dire que les remarques de Léon à cette occasion le faisaient beaucoup ressembler à son prédécesseur controversé.

    Le discours aux mouvements populaires rappelait en tous points un discours du pape François . Tous les points forts du pape sud-américain y étaient présents, de l'idée que le centre est mieux perçu depuis les périphéries au soutien de l'Église aux luttes des mouvements populaires pour la terre, le logement et l'emploi, en passant par l'exaltation de la recherche de solutions par la base par les mouvements populaires, car les solutions ne peuvent être l'apanage des élites.

    C'est la deuxième fois en un mois que Léon XIV se fait l'écho du pape François . La première fois, c'était avec la publication de Dilexi Te, une autre exhortation au ton et à l'approche typiquement franciscains. À cette occasion, Léon XIV avait pourtant clairement indiqué qu'il avait hérité d'un projet de son prédécesseur et que tout devait être adapté à un climat, un environnement et une éducation différents.

    Dans le cas du discours aux mouvements populaires, cependant, les remarques étaient celles de Léon XIV – ou du moins de ses rédacteurs fantômes – qui émaillaient de plus en plus leurs discours de citations du pape François . L'auteur du discours, cependant, l'avait fait approuver et lire par le pape ; on peut donc supposer que Léon XIV en approuvait le contenu et le ton.

    Le fait est que l’adresse aux mouvements populaires est à la fois en continuité et en contradiction avec ce qu’a été jusqu’à présent le pontificat de Léon XIV.

    En abordant les mouvements populaires, Léon XIV a choisi de s'adresser à un monde sud-américain unique, que certains ont résumé comme « le Forum social apporté au Vatican ». Il l'a fait du point de vue d'un évêque missionnaire en Amérique du Sud. Il a néanmoins embrassé ces luttes, se réappropriant la culture originelle des peuples engagés dans les mouvements populaires.

    Dans un message adressé aux réseaux des peuples autochtones et aux théologiens de la théologie autochtone le 14 octobre dernier, Léon XIV avait certes affirmé l'importance des cultures originelles. Il avait cependant également souligné que « tout notre discernement historique, social, psychologique ou méthodologique trouve son sens ultime dans le mandat suprême de faire connaître Jésus-Christ ».

    Il manque une référence au Christ dans les discours aux mouvements populaires, ce qui est intéressant car Léon XIV a constamment réaffirmé la centralité du Christ dans ses écrits et ses remarques hors texte – voir par exemple son dialogue avec les participants au Jubilé des Équipes synodales . Il est fait référence à la civilisation de l'amour voulue par Jésus, mais cette civilisation de l'amour semble avoir une construction particulièrement sociale, plutôt que réelle.

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