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Culture - Page 72

  • N'en déplaise à François qui abhorre le prosélytisme, voici comment la foi s'est répandue parmi les femmes en Chine au XVIIème siècle

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo :

    François déteste le prosélytisme. Mais voici comment la foi a été propagée parmi les femmes chinoises au 17e siècle

    Dans le déluge d'interviews qui a accompagné ses dix années de pontificat, Jorge Mario Bergoglio est revenu, comme il l'a fait mille fois, sur le "prosélytisme".

    Pour lui, évangéliser, c'est simplement témoigner. Il cite à l'appui Benoît XVI, qui déclarait à Aparecida en 2007 que l'Église "ne fait pas de prosélytisme, mais se développe par attraction". Il se réfère également à l'exhortation apostolique "Evangelii nuntiandi" de Paul VI, qui, il est vrai, attribuait également une "importance primordiale" au témoignage silencieux, mais ajoutait immédiatement après :

    "Toutefois, cela reste toujours insuffisant, car même le plus beau témoignage restera longtemps impuissant, s'il n'est pas éclairé, justifié - ce que Pierre appelait "donner les raisons de son espérance" -, explicité par une annonce claire et sans équivoque du Seigneur Jésus". La Bonne Nouvelle, proclamée par le témoignage de vie, doit donc tôt ou tard être proclamée par la parole de vie. Il n'y a pas de véritable évangélisation si le nom, l'enseignement, la vie, les promesses, le Royaume, le mystère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, ne sont pas proclamés".

    Mais rien n'arrête le pape François dans son aversion. Lors de son voyage au Mozambique en septembre 2019, il confiait aux jésuites locaux : " Je l'ai dit plusieurs fois : le prosélytisme n'est pas chrétien. Aujourd'hui, j'ai ressenti une certaine amertume lorsqu'une dame s'est approchée de moi avec un jeune homme et une jeune femme et m'a dit : 'Votre Sainteté, je viens d'Afrique du Sud'. Ce jeune homme était hindou et s'est converti au catholicisme. Cette jeune fille était anglicane et s'est convertie au catholicisme". Elle m'a raconté cela d'une manière triomphante, comme si elle avait chassé avec le trophée. Je me suis sentie mal à l'aise et je lui ai dit : 'Madame, l'évangélisation oui, le prosélytisme non'".

    Même aux catholiques chinois persécutés, dans un message vidéo, François a enjoint de "ne pas faire de prosélytisme", comme s'il s'agissait de leur vice capital.

    Qui sait donc ce que le pape a dû penser en lisant le magnifique article du père Federico Lombardi dans le dernier numéro de "La Civiltà Cattolica", dans lequel il raconte comment les missionnaires jésuites ont propagé la foi chrétienne même parmi les femmes dans la Chine du XVIIe siècle, en dépit des préclusions inflexibles qui les maintenaient à l'écart et hors d'atteinte.

    Selon le décompte d'un jésuite de l'époque, en 1627, les missionnaires avaient fait 13 000 prosélytes en Chine, puis 40 000 en 1636, 60 000 en 1640 et 150 000 en 1651.

    Parmi les femmes, les premières baptisées furent en 1589 "quelques honorables matrones", épouses ou mères d'hommes instruits catéchisés par le Père Matteo Ricci à Zhaoqing, dans le sud de la Chine. Mais "le tournant" se situe en 1601, avec l'arrivée du Père Nicolò Longobardo à Shaozhou, où son premier catéchumène, un mandarin, se chargea d'enseigner aux femmes de sa parenté ce qu'il apprenait progressivement du missionnaire, jusqu'à ce qu'elles soient baptisées à leur tour et "aimaient se réunir avec d'autres femmes de statut social inférieur, même des paysannes, qui étaient également devenues chrétiennes, les traitant comme des sœurs, et c'était une occasion de grand émerveillement".

    Selon les rapports envoyés par les Jésuites à Rome, les femmes recevaient le baptême de la manière suivante : "Une fois l'instruction donnée par un membre de la famille, un autel était érigé dans l'une des pièces principales de l'une de leurs maisons, sur lequel l'image du Sauveur était exposée avec des bougies et de l'encens. Les parents et les connaissances affluaient. Puis vint le missionnaire qui, devant les maris et les parents, interrogea les femmes sur la doctrine chrétienne, qu'elles devaient connaître de fond en comble, et sur les principaux mystères du christianisme. Les femmes répondaient depuis l'appartement qui leur était réservé, sans s'étonner d'être vues et examinées par des étrangers, un spectacle très nouveau dans le monde féminin chinois.

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  • Comment concilier une crise devenue chronique avec le maintien de l’idéologie progressiste ?

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    D'Olivier Rey sur le site du Figaro Vox via le blog "Pour une école libre au Québec" :

    16 mars 2023

    Impuissant face aux crises, le progressisme se réfugie dans les lois sociétales :

    Olivier Rey: «IVG dans la Constitution, euthanasie… Plus les crises s’aggravent, plus le progressisme invente des droits»

    Les Anciens concevaient le monde comme essentiellement statique (les changements n’étaient guère plus que des vaguelettes à la surface de la mer), ou comme animé d’un mouvement cyclique (sur le modèle des cycles astronomiques), ou encore comme allant se dégradant (âges d’or, d’argent, de bronze, de fer). S’il y a bien une idée qui leur était étrangère, c’était celle d’un monde en progrès. L’image des nains juchés sur les épaules de géants, apparue au Moyen Âge, a amorcé une transition : tout en préservant une supériorité des Anciens (les géants), elle accordait aussi une supériorité à leurs successeurs qui, juchés sur leurs épaules, voyaient plus loin qu’eux. La modernité, elle, n’a plus ces ménagements. L’esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, rédigé par Condorcet à la fin du XVIIIe siècle, est emblématique du cadre progressiste dans lequel se trouve désormais pensée l’histoire humaine. Un mouvement général d’élévation, depuis les peuplades primitives jusqu’à une espèce humaine s’affranchissant une à une de toutes ses chaînes, de toutes ses limites, « soustraite à l’empire du hasard, comme à celui des ennemis de ses progrès, et marchant d’un pas ferme et sûr dans la route de la vérité, de la vertu et du bonheur ». Condorcet était versé dans les sciences, particulièrement les mathématiques, et le progressisme comme cadre général de pensée ne se serait sans doute pas imposé comme il l’a fait, au cours des derniers siècles, sans le développement des sciences mathématiques de la nature. Ainsi que l’a écrit Léo Strauss, « la science moderne est la colonne vertébrale de la civilisation moderne ». Ce sont les avancées de la science, nourrissant les avancées technologiques, qui ont solidement accrédité l’idée d’un monde en progrès.

    Voici cependant que la dynamique, d’abord promesse d’un monde toujours meilleur, revêt des aspects inquiétants. Avec le progrès scientifique, il s’agissait d’éclairer le monde. Le progrès technologique que la science nourrit, en accroissant sans cesse les puissances d’intervention, ne se contente pas, cependant, de répandre la lumière. Il s’est mis à dérégler la terre, à l’épuiser, à menacer de la rendre invivable. Emmanuel Macron lui-même, progressiste en chef, a été obligé d’en convenir : fin de l’abondance, fin de l’insouciance. Les dommages causés au monde, notons-le, ne sont pas seuls en cause : les dommages infligés aux cultures humaines sont également patents, dont le « progrès », au point où nous en sommes, semble moins favoriser l’épanouissement et la fructification qu’accélérer le délitement. Aragon, au sein du Comité central du PC, était manifestement moins convaincu que ses camarades des vertus libératrices de la technique. À ses yeux, le déferlement des nouveaux dispositifs réputés accroître notre puissance d’agir avait pour principal effet de nous vider de notre substance. « Ce progrès qui me prive d’une fonction peu à peu m’amène à en perdre l’organe. Plus l’ingéniosité de l’homme sera grande, plus l’homme sera démuni des outils physiologiques de l’ingéniosité. Ses esclaves de fer et de fil atteindront une perfection que l’homme de chair n’a jamais connue, tandis que celui-ci progressivement retournera vers l’amibe. Il va s’oublier. »

    Léo Strauss, quant à lui, ouvrait une conférence de 1952 (pour lui, la fin de l’insouciance a été plus précoce que chez notre président) par ces mots : « Le progrès est devenu un problème — il pourrait sembler que le progrès nous ait conduits au bord d’un abîme et qu’il soit par conséquent nécessaire d’envisager d’autres options. Par exemple, s’arrêter là où nous nous trouvons ou, si cela s’avérait impossible, revenir en arrière. » Dans la suite, Strauss nuance son propos, mais le constat est là.

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  • France : les évolutions symptomatiques du champ religieux

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    L'article qui suit se penche sur le cas français mais on n'aura aucune difficulté à y reconnaître une évolution en tous points semblable à celle qui se produit en Belgique où le phénomène, notamment à Bruxelles et dans certaines villes du Royaume, est tout aussi accentué sinon plus.

    Du site "Pour une école libre au Québec" :

    « France laïque et républicaine » — En dix ans, le port du voile chez les femmes musulmanes a explosé

    C’est la deuxième fois en dix ans que deux organismes de l’état français, l’Institut National de la statistique et des études économiques (Insee) et l’Institut National d’Etudes Démographiques (Ined), livrent une analyse sur l’évolution des religions en France. La première enquête, «Trajectoires et origines» sur la population immigrée de première et de seconde génération, avait été menée de 2008 à 2009. Elle est désormais complétée par une seconde du même nom, conduite cette fois de 2019 à 2020. Ces études permettent de saisir les évolutions du champ religieux français, un sujet qui attise toujours les passions.

    Premier enseignement : le port du voile par les femmes musulmanes est en constante hausse, avec une progression de 55 % en dix ans. Entre 18 et 49 ans, la part de celles qui le portent est passée de 18 % à 28%. C’est dans les populations d’origine subsaharienne que cette pratique a le plus progressé, ayant plus que doublé (de 12 % à 28 %). Plus généralement, « 26 % des femmes musulmanes âgées de 18 à 49 ans disent porter un voile » note l’étude. Et d’ajouter : « C’est parmi les 25-34 ans que cette pratique est la plus répandue pour les descendantes d’immigrés. »

    Second enseignement : entre 18 et 59 ans - le périmètre de l’étude est limité à cette classe d’âge -, le nombre de musulmans en France est estimé à « 10 % » de la population française. En extrapolant ce chiffre à l’ensemble de la population, il y aurait environ 6,77 millions de musulmans dans le pays. Un chiffre qui « consolide » la deuxième place de l’islam parmi les religions en France, assure l’étude. Voire la première parmi les pratiquants (au moins une prière par semaine).

    Une religion en « progression ». Le nombre des musulmans en France est toujours un sujet de polémique. Et pour cause, selon les études, il peut varier du simple au double. À noter, donc, que ces chiffres sont basés sur les réponses de 27 200 personnes interrogées, « se déclarant» de telle ou telle religion. Malgré les écueils, c’est la première fois qu’un document officiel livre ce chiffre de « 10 % » de musulmans en France.

    Troisième enseignement : l’étude souligne une « désaffiliation religieuse» en cours depuis dix ans dans notre pays, avec une « poursuite du mouvement de sécularisation » au détriment des religions. Ainsi, 51% de la population des 19-59 ans déclare « ne pas avoir de religion ». Un chiffre qui serait «en augmentation depuis dix ans ».

    Mais cette affirmation est nuancée par plusieurs éléments de l’étude. Environ un quart seulement (entre 19% et 26%) des personnes immigrées ou issues de l’immigration se tiennent à distance de la religion, soit moitié moins que la population de souche.

    Le rôle de la famille

    À ce titre, l’analyse reconnaît que «la place de la religion dans l’identité des personnes » varie selon la religion d’appartenance : « Elle est nettement plus grande pour les juifs (54%) et les musulmans (30 %) que pour les catholiques (6 %) ». En dix ans, ce chiffre mesurant l’« importance » de la religion dans l’« identité », est encore en baisse chez les catholiques, où il est passé de 8 % à 6 %. En légère baisse chez les musulmans, aussi, en passant de 33 % à 30 %, mais en hausse chez les juifs où il progresse de 46 % à 54%. Le facteur de la transmission de la religion en famille joue un rôle décisif, poursuit l’étude : 91 % des familles musulmanes insistent pour transmettre leur foi à leurs enfants, 84% des familles juives, 67 % des familles catholiques.

    Quatrième enseignement : il est toujours périlleux de mettre sur le même plan des pratiques religieuses qui n’ont parfois rien à voir entre elles, sinon la croyance en un principe divin. Ainsi, 6% de français non issus de l’immigration disent se rendre « régulièrement » à la messe. Mais 15% des immigrés catholiques d’origine portugaise, espagnole ou italienne s’y rendent, quand 24% des catholiques ultramarins (originaires des DOM-TOM) pratiquent régulièrement, un chiffre qui atteint les 55 % pour les immigrés catholiques issus d’Afrique centrale. Pour ce qui est des musulmans, ils ne sont que 20% à se rendre régulièrement à la mosquée - 10 % des femmes seulement. En revanche les trois quarts des musulmans, 75 %, respectent le jeûne du ramadan.

    Lire également : Un tiers de la population française est issue de l'immigration (jusqu'à la 3e génération)

  • Liège: la semaine sainte 2023 à l'église du Saint-Sacrement (Bd d'Avroy, 132)

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  • "Retrouver notre culture musicale catholique"

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    De Maitena Urbistondoy sur le site de l'Homme Nouveau :

    Max Guazzini : retrouver notre culture musicale catholique

    26 mars 2023

    Avocat, ancien directeur des programmes de NRJ, ancien président du club du Stade français Paris rugby, Max Guazzini revient à ses premières amours : la musique. Il présente aujourd’hui son album « Les Chants de Jésus » avec le Schola Regina, accompagné de son ami chef de chœur, Philippe Nikolov. Portrait.

    “Il faut le moment pour que les cerisiers soient en fleurs, c’est au printemps. D’ailleurs, c’est au printemps que nous avons enregistré.” Dans un café parisien où il a ses habitudes, Max Guazzini nous explique comment son troisième album de chants religieux, “Les chants de Jésus” s’est préparé. Après avoir dirigé les programmes de NRJ, ancien président du Stade français, il est habitué aux projets de grande ampleur. Mais cette fois, les grands moyens sont mobilisés pour un des derniers disques d’art sacré qui mobilisent encore autant de professionnels : “il faut laisser parler son cœur et sa passion”. L’album vient clore une trilogie entamée en 2011 avec une première sortie d’un ensemble de 46 chants grégoriens intitulé “Credo”, suivi en 2015 de “Les Chants de Marie”.  

    Du haut de ses presque deux mètres, il se penche vers vous curieux de savoir quel chant vous avez préféré parmi les 24 dédiés à Jésus. Puis, il vous raconte l’histoire de chacun d’entre eux. Des morceaux d’histoire religieuse ou populaire qu’on retrouve dans le carnet préparé avec soin avec son ami Philipe Nikolov, chef de chœur et directeur artistique. Max Guazzini insiste sur le travail fourni par son acolyte avec qui il a sélectionné parmi la longue liste possible les œuvres qu’ils ont enregistrées. “On a voulu faire un album pour montrer la richesse des chants liturgiques en allant du Christus Vincit du VIIe siècle au plus récent Anima Christi en passant par celui qu’on appelle chant du Titanic.” Ce dernier est célèbre car la légende veut que le morceau ait été joué pour ceux qui n’avaient pas pu monter dans les canots de sauvetage. Max Guazzini reconnaît que le choix des morceaux a été subjectif, mais se trouve satisfait aujourd’hui car toutes les époques y sont représentées, et tous les styles.  

    Habitué à programmer la musique pendant plus de vingt ans sur une des premières chaînes de radio de France, Max Guazzini a voulu composer un album diversifié allant du grégorien à des pièces plus modernes avec le défi d’en faire un ensemble harmonieux, “il y a de la place pour différentes formes de musiques et de liturgies aussi…” Élevé dans une école catholique où “tout était en latin” pendant les messes, il a cette familiarité avec le grégorien. Enfant, il fera la consécration au Sacré-Cœur d’où le choix de la couverture de l’album, la représentation “du Christ qui vient de sainte Faustine car nous voulions une image d’un Jésus radieux”.  

    Après s’être éloigné pendant un temps, il est revenu ces dernières années à la pratique où la musique a une place importante ; “j’aime la belle musique religieuse et une belle liturgie s’accompagne toujours d’une belle musique”. Il reconnaît avoir un faible pour le grégorien comme ce Te lucis ante terminum, hymne des complies qui sera enregistré en une seule prise “absolument parfait, un moment de pureté”. Il espère par ailleurs pouvoir faire découvrir à un public plus large la richesse de la culture musicale catholique. Bien sûr, les œuvres parleront davantage aux fidèles mais “tant mieux si cela peut devenir missionnaire”.  

    Max Guazzini est assez confiant concernant l’avenir spirituel de la France, “il faut toujours espérer”. Lorsqu’il présente le Lauda Jerusalem de l’album, il évoque la magnifique procession d’entrée de la messe de pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté. Cette longue colonne qui marche jusqu’à Chartres, c’est pour lui une bonne surprise et le signe d’une relève présente chez les jeunes. Il regrette qu’on ait “trop sécularisé certaines choses, notamment dans la liturgie mais les jeunes ont soif d’absolu et ils en reviennent”.  

    >> “Les Chants de Jésus” (2022)

  • Les bières trappistes belges menacées par le tarissement des vocations

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    De Jennifer Rankin sur le site du Guardian :

    Dernières commandes ? Les bières trappistes belges menacées par le tarissement des vocations

    La plus ancienne brasserie trappiste du pays est confrontée à un avenir incertain en raison de la baisse des vocations pour la vie monastique.

    26 mars 2023

    Depuis près de 190 ans, les moines de Westmalle, dans le nord de la Belgique, fabriquent de la bière. Ils ont commencé à brasser dans ce coin de Flandre en 1836 pour avoir une alternative au lait ou à l'eau avec leur pain quotidien. Aujourd'hui, Westmalle est une marque internationale qui produit 40 millions de bouteilles de trois variétés de bière par an, principalement pour la Belgique et les Pays-Bas, mais aussi pour les amateurs de bière de Grande-Bretagne, de France, d'Italie et d'ailleurs.

    Pourtant, des incertitudes planent sur l'avenir de la production de bière trappiste dans ce pays traditionnellement catholique, où de moins en moins de personnes sont attirées par la vie de contemplation monastique.

    Ces questions sont devenues plus aiguës en janvier lorsque la bière belge Achel a perdu son statut de bière trappiste après avoir été rachetée par un entrepreneur privé. Le nouveau propriétaire s'est engagé à maintenir la recette inchangée, mais après la rupture des liens avec les moines, Achel ne peut plus se qualifier de bière trappiste. "Il faut admettre que l'état de la plupart des communautés monastiques est précaire", a déclaré Frère Benedikt, l'abbé de Westmalle, lors d'un rare entretien avec les médias au cours duquel il a répondu par écrit aux questions de l'Observer, traduites de sa langue maternelle, le néerlandais.

    Selon l'International Trappist Association (ITA), la bière, le fromage ou d'autres produits ne peuvent porter le label "authentique produit trappiste" que s'ils sont fabriqués à l'intérieur d'une abbaye, sous la supervision de moines ou de nonnes, et que tous les bénéfices sont destinés à l'entretien de la communauté religieuse, à l'ordre trappiste au sens large et à des œuvres de bienfaisance.

    À Westmalle, la plus ancienne brasserie trappiste de Belgique, le personnel pense à l'avenir. "De nos jours, nous n'avons pas beaucoup de vocations", déclare Philippe Van Assche, directeur général séculier de la brasserie. Il n'est pas certain que les gens chercheront à devenir moines dans 10 ou 20 ans : "Pour être honnête, je pense qu'il y a une sorte de césure... une sorte de pause".

    M. Van Assche a commencé à travailler à Westmalle il y a 25 ans, au moment où les moines confiaient la production quotidienne au personnel séculier. De plus en plus, les exigences de la gestion d'une brasserie - négociations avec les détaillants ou marketing - étaient considérées comme incompatibles avec une vie monastique qui privilégie la discipline du silence.

    Les moines restent cependant aux commandes. Avec quatre administrateurs séculiers indépendants, ils forment un conseil de surveillance de la brasserie, dirigé par le frère Benedikt, qui n'utilise pas de nom de famille.

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  • La disparition des rituels traditionnels nous fait-elle passer à côté de quelque chose ? (Annelies Verlinden, Ministre de l'Intérieur)

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    D'Annelies Verlinden sur le site de Knack :

    La disparition des rituels traditionnels nous fait-elle passer à côté de quelque chose ?

    22 mars 2023

    Les rituels relient les gens, et le fait de vivre des rituels ensemble peut rendre une société plus proche et reconnaissable. Ils constituent ainsi une main tendue dans un monde en pleine mutation", a écrit la ministre de l'intérieur Annelies Verlinden (CD&V) en réponse au jeûne du Ramadan.

    Dans notre société moderne et sécularisée, de nombreux rituels et traditions anciens ont été relégués dans la sphère privée. Pas du jour au lendemain, mais progressivement. Ils ont été remplacés par des alternatives commerciales, souvent partagées avec enthousiasme sur les médias sociaux. Manquons-nous quelque chose lorsque les rituels traditionnels disparaissent, ou les alternatives sont-elles suffisantes ?

    Aujourd'hui, la communauté musulmane entame le Ramadan : un mois de jeûne et de réflexion. La même semaine, les chrétiens sont à mi-chemin du carême qui les mènera à Pâques. Deux périodes qui revêtent encore aujourd'hui une signification particulière pour de nombreuses personnes. Les deux communautés de foi partagent alors la prière, la charité et le jeûne, et font le lien entre le repentir et le pardon des péchés.

    Je ne sais pas combien de personnes participent au carême en silence ou non. J'en fais certainement partie, mais je ne sais pas toujours ce que font les gens autour de moi. Si vous annoncez que vous ne mangerez pas de viande pendant quarante jours ou que vous ne boirez pas d'alcool pendant tout le mois de février, vous êtes applaudi. Si vous dites aux gens que vous participez à un jeûne chrétien, un silence gênant s'ensuit souvent. Pourtant, toutes ces traditions peuvent être ramenées à une seule et même intention : se remettre en question et remettre en cause ses habitudes, sortir de sa zone de confort, faire un espace de réflexion et de purification, et partager cette expérience avec d'autres.

    Elle renvoie à une nécessité inhérente à l'être humain. Une nécessité qui, d'ailleurs, est accueillie avec empressement par les acteurs commerciaux. Ils proposent des solutions toutes faites au chercheur spirituel d'aujourd'hui. Le lieu de pèlerinage est peut-être déjà en train de changer : au lieu de Jérusalem, de la Cité du Vatican ou de Lourdes, c'est le mont Everest qui figure désormais sur la liste des choses à faire. Et ce, peut-être pour l'ultime selfie. Quarante jours de jeûne font place à OMAD et NOMAD tout au long de l'année : un repas par jour ou pas de repas du tout. Amazon compte plus de 10 000 livres sur le "jeûne intermittent" sur son étagère virtuelle.

    Alors que le jeûne n'apprend qu'à résister à la tentation de tout "dévorer" et de toujours opter pour la solution la plus facile ou la plus rapide. Prendre le temps de donner, de prier, de réduire ses dépenses. Car la "gratification instantanée" s'est entre-temps imposée partout. Et à en juger par le contenu des publicités, il semble qu'il s'agisse surtout de choses matérielles. La société de livraison de turbo Gorillas, par exemple, se vante que toutes vos courses seront à votre porte dans les 10 minutes suivant votre commande. Le manque réel demeure, mais le désir à court terme est satisfait.

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  • Une pluie miraculeuse

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    Du site du Midi Libre :

    Quelques heures après une procession contre la sécheresse, une pluie "miraculeuse" est tombée sur Perpignan

    19/03/2023

    Alors qu'une procession inédite a été organisée à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ce samedi 18 mars 2023 pour invoquer Saint-Gaudérique, patron des agriculteurs, et le prier de faire enfin tomber la pluie, il vient de beaucoup pleuvoir dans la région !

    Hasard ou miracle ? Quelques heures après la très médiatique et hors du temps procession pour implorer Saint-Gaudérique, patron des agriculteurs, et le prier de faire enfin tomber la pluie, on apprend qu'il a plu dans les Pyrénées-Orientales en 3 heures l'équivalent de 3 semaines de pluies d'un mois de mars !

    Comme le révèle L'Indépendant, une dépression, qui a traversé les P.-O. entre samedi soir 22 heures et ce dimanche matin, a fait tomber dans la région de Perpignan l'eau tant attendue depuis des mois. Car il faut bien dire que le département a basculé depuis plusieurs semaines en "alerte renforcée" à la sécheresse, et subit déjà des restrictions dignes d'un été très chaud...

    Le plus important cumul depuis septembre 2022

    Ainsi, et bien au-delà des précipitations anticipées par Météo France, il est en effet tombé 36,8mm de pluie en 24 heures à Perpignan, soit le plus important cumul quotidien depuis le 23 septembre 2022.

    Alors que le prévisionniste tablait sur 10 à 15 mm de précipitations sur l'ensemble du week-end, il a finalement plu en quelques heures autant d'eau qu'entre janvier et février 2023 cumulés. 

  • Sur la désacralisation de nos sociétés

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    Sur VA Plus (youtube) :

    Sonia Mabrouk publie "Reconquérir le sacré", un livre qui vient pointer l'exception occidentale du reniement du sacré. Qu'il soit religieux, mémoriel ou même républicain, la désacralisation de nos sociétés a participé à leur perte de repères. Le livre de la journaliste d'Europe 1 et de CNews a déjà fait vivement réagir, notamment dans l'émission "Quelle époque" animée par Léa Salamé. La présentatrice s'est vue reprocher son goût pour la sacralité de la messe traditionnelle en latin. Nous avons donc invité Sonia Mabrouk à répondre aux questions de Laurent Dandrieu et ce, en compagnie du Père Danziec, chroniqueur et prêtre "tradi", disant cette fameuse messe en latin.

  • Les hérésies chrétiennes dans le Coran

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    Du site "Clarifier" :

    "... nous avons décidé de consacrer au thème des hérésies dans le Coran plusieurs "petites feuilles vertes".

    L’importance de cette question apparaît vite lorsqu’on se met au travail : lorsque l’islam est apparu, six siècles après la venue de Jésus-Christ et la première évangélisation, diverses dissensions doctrinales et rivalités politico-religieuses s'étaient répandues, particulièrement au Proche-Orient. Elles ont pu préparer les consciences à la réception de l'islam. C'est ainsi que tout en reconnaissant la spécificité et la nouveauté de cette religion (cf. PFV n°95), la lecture du Coran montre des similarités avec certaines de ces doctrines. C'est le cas emblématique de l'arianisme, dont vous trouverez la présentation ci-après dans la PFV n°96 par Annie Laurent."

  • « Monsieur le Président, nos petites églises s’effondrent sous vos yeux ! »

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    Du "Forum Catholique" :

    Une information que je n'avais pas vu passer sur le Forum ni nulle part d'ailleurs :

    Lettre ouverte au Président de la République : « Nos petites églises s’effondrent sous vos yeux ! »

    Dans une lettre ouverte adressée au chef de l'Etat et publiée par le JDD, 131 parlementaires de la droite et du centre appellent à défendre « nos petites églises rurales » qui constituent selon eux « l’âme de la France ».

    Rédaction JDD

    18/02/2023

    « Monsieur le Président de la République,

    « Le véritable exil n’est pas d’être arraché de son pays, c’est d’y vivre et de n’y plus rien trouver de ce qui le faisait aimer. » Qui aurait pu croire qu’en 2023 ces mots d’Edgar Quinet résonneraient avec tant de justesse ?

    Peu à peu la France change, se transforme et nous tendons à ne plus reconnaître ce qui a fait son charme, sa beauté exceptionnelle, son âme, tout simplement. Oui, Monsieur le Président, nos petites églises rurales sont l’âme de la France. Elles sont pour celui qui parcourt les terres et les mers un point de repère précieux qui révèle la présence d’un village. Souvent autour d’elles, le centre-bourg s’organise, le commerce et la vie de la cité se déploient. Tandis que notre époque est lancée dans une course éperdue contre le temps, nos églises continuent imperturbablement de scander la réalité des heures.

    À l’écart des constructions modernes, l’église, qu’elle soit de calcaire, de granit, de briques ou de tuffeau, symbolise un îlot de beauté, une bouffée d’oxygène, rare, si rare à notre époque où dominent le bloc et le béton. Pour les anciens comme pour les plus jeunes, elle constitue la mémoire du village, le souvenir de la guerre et des manifestations heureuses. En un mot, elle est l’écrin de nos plus précieux héritages. Oui, nos églises ont un passé. Mais nous voulons aussi qu’elles aient un avenir. Or cet avenir est menacé. Il l’est par les bulldozers, il l’est aussi faute de moyens, dans un silence assourdissant.

    Beaucoup de Français l’ignorent, les chapelles et églises, en tout cas l’essentiel de celles construites avant 1905, ne sont que rarement la propriété des diocèses puisque 90 % d’entre elles appartiennent aux communes. Et ce n’est pas en violation de la loi de séparation des Églises et de l’État, qui nous est chère, mais au contraire en application de son article 9. C’est donc aux villages et villes de France qu’il revient d’entretenir cet immense et magnifique patrimoine, élément d’identité, et même souvent d’identification, de celui qui croit au ciel comme de celui qui n’y croit pas.

    Mais nos communes sont asphyxiées, étouffées par la prolifération des normes et des dépenses obligatoires. Malgré leur dévouement, les maires et les associations sont condamnés à être les spectateurs de cet abandon. Ils ont la volonté, mais que peuvent-ils sans moyens ? Retenez ce chiffre terrifiant : d’ici à 2030, en l’absence de plan de sauvetage, entre 2 500 et 5 000 églises pourraient disparaître (mission d’information sénatoriale no 765 sur l’état du patrimoine religieux d’Anne Ventalon et de Pierre Ouzoulias). Et chaque jour, ce sont, en moyenne, deux édifices cultuels qui sont vandalisés.

    C’est donc à vous, Monsieur le Président, que nous lançons cet appel. Un appel au sursaut, un appel à l’action, comme vous avez su le faire lorsque Notre-Dame de Paris fut submergée par les flammes. Partout les clochers s’effondrent, parfois par l’action de l’homme, plus souvent sous l’effet du temps, pierre par pierre, jusqu’à ce que la ruine soit nettoyée d’un dernier coup de pelleteuse. À chaque fois qu’une église s’efface, c’est un fragment d’âme de la France qui s’évanouit.

    Monsieur le Président, il est temps d’agir pour préserver notre héritage plurimillénaire et lui assurer un avenir car nos églises ne sont pas de simples bâtiments : elles sont un patrimoine partagé et vivant. Alors, ensemble, sauvons les petites églises de nos 36 000 villes et villages, car comme le clamait Winston Churchill, « un peuple qui oublie son passé n’a pas d’avenir. »»

    A l’initiative de :

    Henri Leroy, Valérie Boyer, Edouard Courtial, Emilie Bonnivard, Philippe Gosselin

    Cosigné par :

    Emmanuelle Anthoine, Philippe Bas, Jérôme Bascher, Thibault Bazin, Valérie Bazin-Malgras, François-Xavier Bellamy, Catherine Belrhiti, Martine Berthet, Etienne Blanc, Jean-Baptiste Blanc, Anne-Laure Blin, Eric Bocquet, Christine Bonfanti-Dossat, François Bonhomme, Bernard Bonne, Gilbert Bouchet, Jean-Marc Boyer, Alexandra Borchio-Fontimp, Yves Bouloux, Xavier Breton, Fabrice Brun, François-Noël Buffet, Alain Cadec, François Calvet, Christian Cambon, Jean-Noël Cardoux, Patrick Chaize, Daniel Chasseing, Marie-Chris-tine Chauvin, Alain Chatillon, Olivier Cigolotti, Eric Ciotti, Dino Cinieri, Jean-Pierre Corbisez, Pierre Cordier, Josiane Corneloup, Laure Darcos, Marc-Philippe Daubresse, Jean-Pierre Decool, Véronique Del Fabro, Stéphane Demilly, Albéric de Montgolfier, Louis-Jean de Nicolaÿ, Christelle D’Intorni, Julien Dive, Francis Dubois, Françoise Dumont, Laurent Duplomb, Sabine Drexel, Agnès Evren (50), Gilbert Favreau, Nicolas Forissier, Bernard Fournier, Christophe-André Frassa, Laurence Garnier, Jean-Jacques Gaultier, Annie Gene-vard, Frédérique Gerbaud, Sylvie Goy-Chavent, Pascale Gruny, Daniel Guéret, Michelle Gréaume, Victor Habert-Dassault, Ludovic Haye, Michel Herbillon, Christine Herzog, Patrick Hetzel, Jean Hingray, Alain Houpert, Corinne Imbert, Jean-Marie Janssens, Alain Joyandet, Philippe Juvin, Mansour Kamardine, Christian Klinger, Marc Laménie, Daniel Laurent, Jean-Baptiste Lemoyne, Pierre-Antoine Lévi, Gérard Longuet, Vivette Lopez, Véronique Louwagie, Viviane Malet, Didier Mandelli, Alain Marc, Olivier Marleix, Alexandra Martin, Franck Menonville, Marie Mercier, Sébastien Meurant, Brigitte Micouleau, Jean-Marie Mizzon, Jean-Pierre Moga, Laurence Muller-Bronn, Yannick Neuder, Sylviane Noël, Eric Pauget, Cyril Pellevat, Philippe Pemezec, Evelyne Perrot (100), Christelle Petex-Levet, Stéphane Piednoir, Kristina Pluchet, Rémy Pointerau, Nicolas Ray, Damien Regnard, André Reichardt, Vincent Rolland, Anne Sander, René-Paul Savary, Michel Savin, Vincent Segouin, Nathalie Serre, Bruno Sido, Jean Sol, Laurent Somon, Michèle Tabarot, Philippe Tabarot, Jean-Pierre Taite, Jean-Louis Thiériot, Claudine Thomas, Isabelle Valentin, Antoine Vermorel-Marques, Pierre-Jean Verzelen, Stéphane Viry, Dany Wattebled.

    Soit 131 parlementaires de la droite et du centre dont 91 sénateurs, 37 députés et 3 députés européens.
  • Le Dieu de l'Islam : un Dieu au-dessus de l'histoire (Rémi Brague)

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    Des propos recueillis par Marguerite de Lasa sur le site du journal la Croix :

    Rémi Brague : « Dans l’islam, Dieu est au-dessus de l’Histoire »

    Le philosophe Rémi Brague publie chez Gallimard Sur l’islam, une présentation générale de l’islam à l’usage des non-musulmans. Catholique, il a longtemps enseigné la philosophie de langue arabe, et suggère aujourd’hui de délaisser nos catégories chrétiennes pour tenter de comprendre l’islam.

    14/03/2023

    La Croix : Quel est votre objectif avec ce livre ?

    Rémi Brague : Je l’ai écrit pour me clarifier les idées. J’ai enseigné pendant vingt ans la philosophie de langue arabe, mais des penseurs comme Avicenne, Averroès et Al Farabi ont un rapport complexe à l’islam.

    J’avais donc un but de philosophe : mettre de la clarté, introduire des distinctions là où il y a beaucoup de confusions et de préjugés, dans un sens comme dans l’autre. Surtout, j’ai voulu m’interroger sur nos difficultés à comprendre l’islam tel qu’il se comprend lui-même, car nous avons tous, croyants comme athées, des lunettes chrétiennes.

    Vous expliquez que le « véritable islam » peut renvoyer aussi bien au fondamentalisme qu’à l’islam mystique… Pourquoi est-il si périlleux de le définir ?

    R. B. : Tout le monde prétend incarner le véritable islam. Les musulmans se critiquent mutuellement à qui mieux mieux. Les gens d’Al-Azhar prennent leur distance – discrètement, d’ailleurs – par rapport aux gens de Daech, lesquels accusent tous les autres musulmans d’être des « vendus » aux Occidentaux. Comme il n’y a pas de magistère, pape ou grand sanhédrin, n’importe qui peut dire ce qu’est l’islam. Personnellement, je n’ai aucune autorité pour dire quel est le véritable islam. Par contre, je peux essayer de montrer la continuité de certaines idées. Du IXe au XIXe siècle, il y a par exemple l’idée que la raison humaine n’est pas capable de dire ce qui plaît à Dieu. La révélation ne porte donc pas sur la nature de Dieu mais sur sa volonté.

    C’est une grande différence avec le christianisme

    R. B. : Oui, c’est une sorte de chassé-croisé. Le christianisme, avec saint Thomas d’Aquin, dit : « Dieu est difficile à connaître, nous avons besoin de voies pour prouver son existence. » En revanche, pour savoir comment nous comporter, nous avons la raison naturelle. L’islam dit exactement le contraire. L’existence de Dieu est une évidence : il suffit d’ouvrir les yeux, de voir les merveilles de la création, et Dieu est là.

    Par contre, pour savoir s’il faut se laisser pousser la barbe ou se la raser, s’il faut que les femmes portent un voile ou non, la raison ne suffit pas. Nous chrétiens, avons du mal à comprendre pourquoi beaucoup de musulmans considèrent que ne pas manger de porc, ou se tailler la moustache, c’est important. Pour nous, cela relève du culturel, voire du folklore.

    Et pourquoi est-ce si important pour les musulmans ?

    R. B. : Parce qu’ils considèrent que cette loi vient directement de Dieu. Nous, chrétiens, vivons sous l’autorité de la conscience, dont notre civilisation pensait jusqu’à il y a peu que c’était la voix de Dieu. Rousseau s’exclame : « Conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix. » Mais la théocratie en islam, c’est simplement le fait que la loi est censée venir de Dieu. Certes, il y a des médiations : le droit islamique (fiqh) est humain, puisque c’est la manière dont on comprend et applique des injonctions divines.

    Mais pour un musulman pieux, si le Coran dit par deux fois que les femmes doivent faire quelque chose – on ne sait trop quoi – avec une pièce de tissu, c’est Dieu qui le dit. Quant aux hommes, un hadith du Prophète leur commande : « Ne faites pas comme les chrétiens, laissez-vous pousser la barbe et taillez votre moustache. » Et le Coran dit que Mohammed est « le bel exemple » (XXXIII, 21). Si Dieu le veut, il faut obtempérer.

    Cela a pour conséquence que leurs « valeurs dépendent de l’arbitraire divin », dites-vous.

    R. B. : Oui, il y a là une discussion classique en philosophie, dès l’Euthyphron de Platon : Est-ce que certaines pratiques sont bonnes parce que Dieu les commande ? Ou est-ce que Dieu les commande parce qu’elles sont bonnes ? Un chrétien répond : les valeurs font partie de Dieu, elles sont un prisme dans lequel se décompose la lumière divine. C’est la thèse que soutiennent la majorité des philosophes : Dieu commande les choses parce qu’elles sont bonnes. En islam, en revanche, les choses sont bonnes parce que Dieu les a commandées. Si l’on considère que le bien est autre chose que Dieu, on se livre au seul péché que Dieu ne pardonne jamais, à savoir l’association (chirk).

    Pour expliquer le moindre développement de la théologie en islam par rapport aux mathématiques ou à l’astronomie, vous affirmez que, « l’islam ayant d’emblée un contenu plausible, il n’a pas connu les défis du mystère chrétien ». Que voulez-vous dire ?

    R. B. : La théologie vise à expliciter le mystère à l’aide de catégories d’origine philosophique. En islam, vous n’avez pas besoin de ça : il n’y a qu’un seul Dieu, il a tout créé et envoie des prophètes de temps en temps, dont le message est le même si les peuples auxquels ils ont été confiés ne le trafiquent pas. C’est plausible : il n’y a pas besoin d’un effort intellectuel prodigieux pour dire cela.

    En revanche, dire que Dieu est un dans la communion des trois personnes, c’est plus difficile. Même chose pour expliquer qu’il y a dans la personne du Christ la nature humaine et la nature divine. En revanche, dans le kalâm, les traités de théologie islamique, il s’agit de montrer que le dogme est plausible, et les autres croyances absurdes. C’est de l’apologétique, qui ne constitue qu’une partie de la théologie chrétienne.

    Quelle est la différence dans la conception de Dieu entre le christianisme et l’islam ?

    R. B. : Pour un musulman, Dieu est inconnaissable. Nous pouvons connaître sa volonté, mais n’avons aucune idée de ce qu’il est. D’ailleurs, le christianisme est en partie d’accord : « Si comprehendisnon est Deus » : « Si je peux en faire le tour, c’est que ce n’est pas Dieu », disait saint Augustin. Mais chez les chrétiens, on peut essayer de s’en approcher, parce que Dieu a commencé par s’approcher de nous. Finalement, ce qui distingue vraiment le christianisme et le judaïsme d’un côté, et l’islam de l’autre, c’est la notion d’alliance. Le fait que Dieu ait une aventure avec l’humanité. Dans l’islam, il est au-dessus de l’Histoire.