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Actualité

  • Léon XIV livre ses réflexions et ses impressions après son voyage en France

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    Lors de l'Audience générale de ce mercredi 30 septembre :

    «Chers frères et sœurs, bonjour !

    Aujourd’hui, je souhaite vous parler du voyage apostolique en France que j’ai effectué ces derniers jours. Ce fut un grand don pour moi et pour le peuple de Dieu dans ce pays, et j’en rends grâce au Seigneur. J’exprime à nouveau ma gratitude à tous ceux qui m’ont accueilli, aux autorités civiles et aux pasteurs de l’Église, ainsi qu’à tous ceux – et ils étaient très nombreux – qui ont souhaité rencontrer le Pape ou simplement le saluer dans les rues, en tant qu’apôtre du Christ et messager de paix. Merci à tous !

    Je voudrais rassembler les réflexions et les impressions – encore très vives – de cette visite pastorale autour d’un seul et même grand symbole : la cathédrale Notre-Dame de Paris. C’est là, l’après-midi du premier jour, que nous avons célébré les vêpres de la Bienheureuse Vierge Marie, une liturgie solennelle et en même temps festive, où la musique, le chant et la beauté du temple faisaient vibrer les cœurs unis dans la prière.

    Précisément Notre-Dame, avec le drame qu’elle a vécu, peut symboliquement éclairer tout ce voyage apostolique, en offrant une clé de lecture que je résumerais en un mot : renaissance.

    La cathédrale de Paris, qui semblait encore il y a sept ans à peine mortellement blessée par un immense incendie, est aujourd’hui reconstruite et plus resplendissante que jamais. Cette catastrophe a suscité une réaction positive à tous les niveaux, certains plus visibles et concrets, d’autres plus cachés, d’ordre spirituel.

    Sa restauration a été la preuve qu’une collaboration est possible entre l’Église, l’État, les institutions publiques et la société civile. Cette approche a permis de mettre pleinement en valeur tant la générosité des bienfaiteurs que les compétences des professionnels et des artisans. La synergie au service du bien commun devrait être la norme pour les institutions, les forces politiques et sociales, ainsi que pour tous ceux qui assument des responsabilités civiles et économiques. C’est le message que j’ai voulu transmettre aux autorités françaises, ainsi qu’aux membres de l’UNESCO, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, dont le siège est à Paris, en indiquant quel est le critère fondamental sur lequel fonder cette collaboration : la dignité de la personne humaine.

    Mais surtout, Notre-Dame est l’image de l’Église faite de pierres vivantes, du peuple saint de Dieu.

    Il est intéressant de mettre en parallèle la célébration des vêpres dans la cathédrale et la veillée des jeunes qui s’est déroulée le soir même au grand Stade de France à Paris. Deux lieux complètement différents, et pourtant deux événements complémentaires, presque unis spirituellement. Qu’est-ce qui les unissait ? L’Église, qui n’est pas faite de pierres ou de béton, mais de personnes qui aiment Jésus-Christ parce qu’elles ont été aimées par Lui. À Notre-Dame, il y avait les prêtres et les diacres, les personnes consacrées, les animateurs pastoraux ; au stade, il y avait la nouvelle génération française : nouvelle – dirais-je – non seulement par son âge, mais plus encore par son esprit, par la liberté de son cœur et de sa foi. Des jeunes qui ont chanté, crié, mais qui sont aussi restés silencieux, à l’écoute. Des visages attentifs et émus, qui témoignaient de ccœursavides de vérité et d’amour. Je leur ai dit avec joie : « Vous êtes les saints de France ! ». Cette veillée a été un grand signe d’espérance.

    Tout comme l’a été – dans la petitesse que Dieu affectionne – la rencontre à la Maison Bakhita, foyer d’accueil pour diverses personnes en difficulté : l’un des nombreux lieux, fruits de l’Évangile, où l’on s’engage quotidiennement à servir avec amour la dignité de la personne humaine.

    Il y a cependant dans l’Église de France un signe de renaissance qui perdure depuis quelques années, à savoir le nombre remarquable et croissant de jeunes et d’adultes qui demandent le baptême. À propos de cette belle “surprise” de Dieu, une Assemblée synodale provinciale se tient actuellement à Paris, au cours de laquelle j’ai pu intervenir pour encourager le cheminement des catéchumènes et des néophytes, ainsi que celui des communautés auxquelles ils appartiennent.

    Le moment fort de ma visite dans la capitale a été la messe sur la Place de la Concorde. Là, le signe de la renaissance s’est manifesté de manière surprenante : l’assemblée liturgique, qui rassemblait sur cette vaste place les prêtres, le cchœuret une foule considérable, s’étendait sur toute l’Avenue des Champs Élysées jusqu’à l’Arc de Triomphe et au-delà. Au moment de la communion, tous ont pu s’approcher de l’Eucharistie, distribuée partout. Voilà la véritable reconstruction, la restauration de l’Église que seul Dieu peut accomplir, par l’intercession de la Vierge Marie.

    Il était donc naturel et nécessaire qu’après Paris, je me rende en pèlerinage à Lourdes, pour vénérer la Mère de l’Église, Marie, celle qui, à l’heure de la passion et de la mort, maintient allumée la lampe de la foi et de l’espérance. À Lourdes, le Seigneur, par la sollicitude maternelle de la Vierge Marie, adresse à tous, pèlerins et surtout malades dans leur corps et dans leur esprit, un message d’espérance et de renaissance. Un message que j’ai voulu relancer ouvertement : toute vie humaine, quelle que soit sa condition, même dans la plus grande fragilité, conserve sa dignité inviolable et mérite d’être soignée, accompagnée, soulagée de ses souffrances avec une compassion humaine et à l’aide des moyens offerts par la science. C’est pourquoi Lourdes représente pour le monde entier un sanctuaire de la civilisation de l’amour. Dans ce contexte, j’ai rencontré certaines personnes victimes d’abus et je leur ai demandé de m’aider à exprimer, également à d’autres victimes, ma volonté et celle de toute l’Église de les écouter et de les accompagner dans leur cheminement vers la guérison, en reconnaissant la souffrance causée dans leur vie et en œuvrant à la prévention des abus.

    La troisième et dernière étape de ce voyage apostolique a été la ville de Metz, située dans une région de France et d’Europe meurtrie par la Seconde Guerre mondiale. C’est là qu’a œuvré Robert Schumann, l’un des principaux inspirateurs du processus de l’unification européenne. L’Europe contemporaine est née précisément comme un projet de paix après les ravages de la guerre. On peut dire que ce qui s’est passé à Notre-Dame de Paris avec l’incendie s’était produit en Europe avec la Seconde Guerre mondiale. Et l’Europe est née de nouveau, sur la base de ces principes de démocratie, de solidarité et de fraternité entre les peuples qui doivent beaucoup à ses racines chrétiennes. Aujourd’hui encore, c’est sur ces fondements et grâce à cette « sève » vitale que le projet européen peut se renouveler, dans un monde bien plus globalisé, où le dialogue interreligieux revêt un rôle de première importance. C’est pourquoi, à Metz, j’ai rencontré les représentants des différentes traditions religieuses, qui ont lu et signé en ma présence l’“Appel de Metz” pour le dialogue et la paix.

    Très chers amis, le thème de ma visite pastorale en France était “Pour que le monde ait la vie” (cf. Jn 6, 51). Ce sont là les paroles de Jésus, qui résument toute sa mission de salut et qui, tout au long de ce voyage, exprimaient pleinement le sens évangélique de chaque rencontre. Qu’elles inspirent désormais notre prière, en demandant à Dieu que cet événement de grâce porte des fruits abondants et durables.»

  • Les évêques américains lancent le Mois du respect de la vie

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    D' sur Tribune Chrétienne :

    30 septembre 2026

    « Respect Life Month »: « Ces atteintes à la dignité humaine exigent notre réponse » , les évêques américains lancent le Mois du respect de la vie

    @americanbishops
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    La Conférence des évêques catholiques des États-Unis alerte sur les risques médicaux, l’isolement des femmes et les possibilités d’exploitation liés à l’accès croissant à l’avortement médicamenteux

    À la veille du mois d’octobre, traditionnellement consacré par l’Église catholique aux États-Unis au respect de la vie humaine, les évêques américains entendent placer la question de l’avortement médicamenteux au cœur de leur mobilisation. Le communiqué publié mardi 29 septembre par la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) reprend l’appel de Mgr Daniel E. Thomas, président de la Commission pour les activités pro-vie. Son propos ne se limite pas à rappeler l’opposition de l’Église à l’avortement. Il attire l’attention sur les conséquences concrètes de la diffusion croissante des pilules abortives et appelle les catholiques à unir prière, réflexion et action.

    « Aujourd’hui, avec un accès facilité aux pilules abortives, le taux d’avortement augmente tragiquement, tout comme les risques pour la santé », déclare Mgr Thomas. L’évêque insiste particulièrement sur la solitude dans laquelle peuvent se retrouver les femmes ayant recours à l’avortement médicamenteux. « Cela signifie que davantage de femmes, dont beaucoup ont été mal informées sur la nature et les risques de la pilule abortive, avorteront seules à leur domicile, sans aucune supervision médicale. »Cette inquiétude est complétée par une dimension moins souvent évoquée dans le débat sur l’avortement médicamenteux. Mgr Thomas estime que cette facilité d’accès crée également « des possibilités supplémentaires d’exploitation par des partenaires violents ou des trafiquants d’êtres humains ».

    Sa conclusion est sans ambiguïté : « Ces atteintes à la dignité humaine exigent notre réponse. »

    Cette formulation éclaire le sens de l’intervention de l’épiscopat américain. La question de l’avortement n’est pas abordée uniquement sous l’angle d’un débat politique ou juridique, mais à partir d’un principe central de l’enseignement catholique : la dignité intrinsèque de toute personne humaine. La protection de l’enfant à naître ne peut dès lors être séparée de l’attention portée à la mère. L’une des préoccupations exprimées par Mgr Thomas concerne précisément le risque d’un avortement vécu dans l’isolement, sans accompagnement médical direct et parfois dans un contexte de pression ou de violence. La défense catholique de la vie ne consiste donc pas seulement à s’opposer à l’avortement. Elle engage également à entourer les femmes enceintes, à les accompagner dans les situations de détresse et à défendre la dignité de la mère comme celle de l’enfant qu’elle porte.

    « Mary, Mother of Life »

    Le « Respect Life Month » est observé chaque mois d’octobre par l’Église catholique aux États-Unis depuis 1973. Pour 2026, le thème retenu est « Mary, Mother of Life », « Marie, Mère de la Vie ». Ce choix donne à la mobilisation une dimension explicitement spirituelle. Mgr Thomas ne présente pas la défense de la vie comme une campagne uniquement militante. Il la replace dans la prière et sous le regard de la Vierge Marie.« Notre Sainte Mère est notre modèle pour défendre le caractère sacré de toute vie humaine, à chaque étape et en toute circonstance. Nous confions tous nos efforts pour protéger les mères et les enfants à sa sollicitude maternelle, dont nous avons grandement besoin en ce moment. »

    La référence à la Vierge Marie rappelle que la doctrine catholique sur la vie ne se résume pas à une interdiction. Elle s’enracine dans l’accueil de la vie comme un don et dans la reconnaissance de la dignité de toute personne humaine, particulièrement lorsqu’elle est vulnérable et dépendante.

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  • « Ce serait un coup fatal à la crédibilité du processus synodal » : Bonny insiste sur l'ordination des hommes mariés

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    D'InfoVaticana :

    « Ce serait un coup fatal à la crédibilité du processus synodal » : Bonny insiste sur l'ordination des hommes mariés.

    Dans un entretien accordé au numéro d'octobre de Herder Korrespondenz, Bonny a déclaré s'attendre à une décision avant la fin de la phase de mise en œuvre du Synode sur la synodalité. « Je suis convaincu que d'ici la fin du processus synodal, à l'automne 2028, des réglementations appropriées pourront être trouvées », a-t-il affirmé. « Ce serait un coup fatal porté à la crédibilité et à la mise en œuvre de l'ensemble du processus synodal si aucune réglementation n'avait été adoptée d'ici là. »

    Bonny fait confiance à Léon XIV

    L’évêque d’Anvers a expressément lié ses attentes à la manière dont Léon XIV exerce le pontificat.

    Selon Bonny, sa confiance découle notamment de la manière dont le pape remplit sa mission de « bâtisseur de ponts ».

    « Comme un bon père, il sait ce dont ses enfants ont besoin, et ce n'est pas la même chose partout ni pour tout le monde », a déclaré le prélat.

    Bonny estime également que sa demande n'est pas un cas isolé. Il explique que d'autres évêques à travers le monde sont également confrontés à une grave pénurie de prêtres et de soutien, ce qui justifie l'ordination d'hommes mariés.

    «Nous ne sommes pas seuls», a-t-il assuré.

    Les candidats sont déjà en cours de préparation.

    Ces nouvelles déclarations interviennent moins de deux semaines après la révélation que le projet est passé des premières paroles aux préparatifs concrets.

    Bonny a récemment confirmé avoir déjà commencé la formation de plusieurs hommes mariés en vue de les ordonner prêtres en 2028. Les candidats reçoivent une préparation théologique et pastorale tandis que l'évêque attend l'autorisation nécessaire de Rome.

    Les critères utilisés pour les sélectionner sont similaires à ceux appliqués aux candidats mariés au diaconat permanent : ils doivent être âgés d’au moins 35 ans, avoir le consentement de leurs épouses, mener une vie familiale stable et ne pas avoir de jeunes enfants.

    Bonny justifie son initiative en citant la situation du clergé en Flandre. Selon les données qu'il a fournies en septembre, le diocèse d'Anvers compte moins de 70 prêtres de moins de 70 ans, dont près des deux tiers sont étrangers.

    Un voyage à Rome avec le soutien des évêques belges

    Bonny a maintenant fourni de nouveaux détails sur le voyage qu'il a effectué de sa propre initiative à Rome en juin dernier pour exposer ce qu'il décrit comme une situation de « besoin ».

    L’évêque a expliqué à Herder Korrespondenz qu’il était muni d’une lettre de la Conférence épiscopale belge appuyant sa demande. Au cours de sa visite, il s’est entretenu avec les autorités vaticanes et le Secrétariat général du Synode.

    Bonny avait lui-même révélé avoir rencontré le cardinal Lazarus You Heung-sik, préfet du Dicastère pour le clergé, et le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode. Selon l'évêque, tous deux se sont engagés à porter la question à l'attention de Léon XIV. À ce jour, le Saint-Siège n'a pas publiquement autorisé les ordinations prévues.

    La question bénéficie d'un soutien plus large au sein de l'épiscopat belge. L'archevêque de Malines-Bruxelles et président de la Conférence épiscopale, Luc Terlinden, s'est déclaré favorable à l'ouverture d'un débat sur l'ordination des hommes mariés , tout en précisant que le projet spécifique de commencer à ordonner des candidats à Anvers relève de la compétence de Bonny et ne peut être mis en œuvre sans autorisation papale.

    L'ordination des hommes mariés comme conséquence du processus synodal

    Bonny a présenté son calendrier pour la première fois dans une lettre pastorale publiée en mars dernier. Il a annoncé qu'il s'efforcerait d'identifier et de préparer des candidats dans le but d'ordonner des hommes mariés d'ici 2028.

    L’évêque est allé jusqu’à affirmer que « c’est une illusion de penser qu’un processus synodal-missionnaire sérieux en Occident a encore une chance sans l’ordination sacerdotale d’hommes mariés ».

    Lire aussi : « La nécessité m’y contraint » : L’évêque d’Anvers poursuit son projet d’ordonner prêtres des hommes mariés d’ici 2028

    Sa proposition concerne la discipline du célibat en vigueur pour les prêtres de l'Église latine. L'Église catholique reconnaît les prêtres légitimement mariés – notamment dans les Églises catholiques orientales et, dans certains cas, parmi les pasteurs protestants mariés qui entrent en pleine communion avec Rome et sont ensuite ordonnés – mais dans l'Église latine, la règle générale demeure le choix des prêtres parmi les hommes célibataires.

    Bonny soutient désormais que la structure sacramentelle de l'Église requiert un nombre suffisant de prêtres pour préserver et développer l'identité catholique. Selon l'évêque, les sacrements et le ministère sacramentel sont le moteur de toute activité missionnaire.

    Le calendrier fixé par le prélat aligne son projet sur la fin de la phase de mise en œuvre du synode en 2028. Contrairement à ses déclarations initiales, Bonny ne se contente plus de justifier l'ordination d'hommes mariés par la pénurie de clergé : il lie expressément toute réponse potentielle de Rome à la « crédibilité » du processus synodal et place son espoir en Léon XIV qu'une « réglementation adéquate » sera trouvée avant cette date.

  • La France « électrisée » ?

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    De Solène Tadié sur le NCR :

    « Ce n'est que le début » : la visite du pape Léon électrise la France

    Des foules immenses, des manifestations inattendues de curiosité spirituelle et une volonté nouvelle chez les catholiques de professer publiquement leur foi ont fait de la visite du Saint-Père une vitrine du renouveau catholique naissant en France.

    Le pape Léon XIV préside une veillée de prière avec plus de 80 000 fidèles au Stade de France le 25 septembre 2026 à Saint-Denis, en France.
    Le pape Léon XIV dirige une veillée de prière avec plus de 80 000 fidèles au Stade de France le 25 septembre 2026 à Saint-Denis, France. (photo : Solène Tadié / Solène Tadié)

    PARIS — « Je dois poser la question : qui, à part le Pape, est capable de rassembler 600 000 personnes en France en 2026 ? Qui d’autre que lui est capable de susciter un sentiment d’unité nationale dans notre pays ? »

    Ces mots du célèbre journaliste français Stéphane Bern, figure de proue de la défense du patrimoine culturel français, ont été prononcés lors d'un entretien avec les médias français quelques jours seulement avant la visite du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre. 

    À l’époque, les propos de Bern ont sans doute suscité plus d’un étonnement dans les rédactions habituées au large consensus qui entourait le principe sacro-saint de la laïcité dans le pays .

    Et pourtant, plus de 800 000 personnes ont envahi la place de la Concorde et les Champs-Élysées pour la messe du pape le 26 septembre, dont quelque 200 000 qui ont tenté leur chance à la dernière minute malgré l’épuisement des places. Parallèlement, les jeunes avaient raflé les 80 000 billets disponibles pour la veillée du 25 septembre, présidée par le pape Léon XIV au Stade de France. 

    La foule immense était à elle seule l'un des nombreux signes de l'extraordinaire ferveur populaire entourant cette visite. Cet enthousiasme a amené certains observateurs à se demander si cette visite pourrait marquer une nouvelle étape dans un réveil religieux déjà perceptible dans la remarquable augmentation des baptêmes d'adultes en France.

    Quand « la France rime avec l'espoir »

    L’impact de la visite se mesurait déjà au nombre de personnalités publiques — hommes politiques , journalistes et intellectuels qui n’avaient jamais professé de foi chrétienne — partageant des images du pape embrassant et bénissant des enfants et des personnes handicapées, exprimant leur émotion face à ce qu’ils décrivaient comme un rare moment d’unité et de solidarité.

    Cela faisait écho à ce que l'on pouvait entendre tout au long du week-end dans les rues de Paris, des quartiers entourant Notre-Dame au Stade de France et à la place de la Concorde, où certains se plaignaient — peut-être fidèles à la réputation mondiale des Français de râler — que leur soif de se rapprocher du Vicaire du Christ soit restée insatisfaite.

    « Ce n’est pas juste que seuls les membres du clergé soient autorisés à entrer dans Notre-Dame avec le pape », s’est exclamée une femme d’âge mûr dans la foule. « Je ne comprends pas pourquoi les autorités ont imposé ces limites de capacité. Toute la France devrait pouvoir participer aux célébrations papales », a déclaré Arthur, 30 ans, qui a expliqué que, bien que non croyant, la visite avait éveillé sa curiosité. 

    Pour beaucoup, c'était aussi l'occasion de redécouvrir une foi dont les codes leur étaient devenus étrangers, les touristes espagnols expliquant volontiers les symboles et les rites catholiques aux passants curieux. Des familles de la classe moyenne avec dix enfants côtoyaient des gothiques tatoués et des personnes de tous horizons, partageant la même joie, dans l'espoir d'apercevoir le Saint-Père.

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  • Saint François d'Assise a 800 ans de ciel : Liège fait la fête du 2 au 4 octobre !

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    Saint François d'Assise a 800 ans de ciel : Liège fait la fête du 2 au 4 octobre !

    COMMUNIQUÉ

    Liège, le 29 septembre 2026

    Le 3 octobre 1226, le Poverello d'Assise entrait au ciel. Huit siècles plus tard, le Sanctuaire de sainte Julienne de Cornillon, qui abrite le monastère des sœurs Clarisses, invite Liégeois et visiteurs à un week-end lumineux, joyeux et ouvert à tous les âges pour célébrer l'un des saints les plus aimés au monde.

    Jeune chevalier fortuné, François a tout quitté pour une vie pauvre, fraternelle et donnée à Dieu. Avec son amie sainte Claire, il fonde vers 1220 les franciscains et les clarisses, dont naîtront cordeliers, capucins, récollets ou conceptionnistes. Tous deux sont les parfaits contemporains de sainte Julienne de Cornillon (1192-1258). À Liège, l'histoire commence tôt : les premiers franciscains s'y installent dès 1220, six ans avant la mort du saint. Une page d'histoire locale à redécouvrir dans la joie !

    Au programme :

    • Vendredi 2 octobre, 20h – Cinéma : « François et le chemin du soleil », le chef-d'œuvre de Franco
      Zeffirelli. C'est aussi la première soirée ados de la saison : rendez-vous dès 19h pour la fameuse
      pizza ! Salle Saint-Thomas d'Aquin, entrée ouverte à toutes et tous.
    • Samedi 3 octobre, 16h – Marionnettes : « Saint François », des épisodes de sa vie racontés aux
      petits et aux grands par le Théâtre de l'Étoile, dans l'église du sanctuaire.
    • Samedi 3 octobre, 17h – Vernissage de l'exposition « Cantique de la Création » : « Loué sois-tu,
      mon Seigneur, avec toutes tes créatures ». Peintures de Pierre Deuse, professeur à Saint-Luc,
      disparu il y a dix ans jour pour jour, et de Sophie Gilman. À voir jusqu'au 11 octobre, le week-end de
      9h à 17h et en semaine sur rendez-vous.
    • Dimanche 4 octobre, 10h – Messe solennelle chantée par la Chorale Saint-François de Liège, le
      Béguinage et le chœur de la Messe des jeunes de Cornillon.
    • Dimanche 4 octobre, 12h – Buffet franciscain mitonné par les sœurs clarisses (15 €, réservation au
      04 343 64 54).
    • Dimanche 4 octobre, 14h – « Liège sur les pas de saint François » : balade guidée de 6 km (3h)
      avec René Dufour, « d'Assise en bord de Meuse », sur les traces des couvents franciscains et
      clarisses de la Cité. Chassés à la Révolution en 1794, ces religieux ont laissé une empreinte bien
      vivante : chez les Clarisses de Cornillon, mais aussi à Pierreuse-Sainte-Walburge.

    Cinéma, théâtre, art, musique, table partagée et patrimoine : ce week-end d'anniversaire se vit en famille, entre amis ou en solo, dans l'esprit de simplicité, de fraternité et de joie si cher à François.

    Programme complet : www.saintejulienne.org/festivites-des-800-ans-de-saint-francois-dassise/

    Contact : ASBL Sanctuaire de sainte Julienne de Cornillon – Rue de Robermont 2, 4020 Liège –
    www.saintejulienne.org

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  • L'évêque Varden plaide pour une approche équilibrée de l'immigration et de l'identité nationale

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    L'évêque Varden plaide pour une approche équilibrée de l'immigration et de l'identité nationale

    Un évêque norvégien met en garde contre le purisme ethnique et l'hostilité envers les étrangers, tout en soulignant le devoir des migrants de respecter le patrimoine et les lois de leurs pays d'adoption.

    L’évêque Erik Varden a plaidé pour une approche équilibrée de l’immigration, qui rejette l’idée de considérer chaque étranger comme un ennemi, souvent sur la base de la « pureté ethnique », tout en rappelant aux immigrants qu’ils ont des « devoirs solennels envers leur pays d’adoption ».

    Dans un discours prononcé le 22 septembre devant l'assemblée plénière d'automne de la Conférence des évêques nordiques, l'évêque de Trondheim a observé que le populisme actuel découle des incertitudes et des défis nationaux et mondiaux actuels — des guerres, des « phénomènes météorologiques extrêmes » et d'une crise énergétique, aux réfugiés, aux préoccupations concernant l'IA et à un « tissu social qui se déchire ».

    L'évêque Varden, qui a dirigé les exercices spirituels de Carême du pape Léon XIV pour la Curie romaine plus tôt cette année, a noté que le mot « populiste » est apparu pour la première fois à la fin du XIXe siècle et qu'il découlait d'un sentiment parmi le « peuple » — la majorité de la population d'un pays qui le fait fonctionner — que leurs voix « étaient ignorées par une élite lointaine » et qu'ils se sentaient donc « privés de leurs droits et laissés dans l'ignorance ».

    Dans un tel monde d’« incertitude » et d’aliénation, il est « normal » que les citoyens se tournent vers leur nation, leur peuple , pour trouver la stabilité, a-t-il déclaré, ajoutant que les « cris de protestation » sont « naturels, voire salutaires ». Ce qui unit une nation, a-t-il ajouté, c’est un « sentiment d’origine commune et d’un but partagé ».

    Mais il a mis en garde contre une nation « cherchant la cohérence dans des racines réelles ou imaginaires, en idolâtrant, par exemple, la chimère de la pureté ethnique », ajoutant que cela conduit à l’étroitesse d’esprit, à l’arrogance, au culte des ancêtres et à l’idolâtrie.

    Il a condamné « la rhétorique absurde et vulgaire de ce qu'on appelle la "politique identitaire" », avertissant que « la sauvegarde de la "pureté" nationale » finit par vilipender quiconque « ne correspond pas aux critères étroits d'appartenance ». Ce type de politique, a-t-il déclaré, « se nourrit de ressentiment » et n'offre souvent que peu de « vision constructive et de stratégie réaliste ».

    Il a déclaré qu’au contraire, « nous devons regarder simultanément en arrière et vers l’avenir », en construisant des nations « accueillantes, en préservant notre patrimoine, tout en restant prêts à absorber les richesses artistiques, scientifiques et culturelles apportées par les nouveaux membres ».

    Il a rappelé à son auditoire que les chrétiens ont le devoir d’aider les nécessiteux, « d’ouvrir leurs portes aux sans-abri, de partager leurs richesses matérielles avec les pauvres ». Si les nations veulent protéger leur héritage chrétien, a-t-il ajouté, elles doivent avant tout « maintenir vivante une haute tradition de charité chrétienne ».

    Mais il a également souligné l'importance pour les immigrants de rendre la pareille à l'accueil et à la générosité dont ils bénéficient de la part des pays d'accueil. Citant le Catéchisme de l'Église catholique ( 2241 ), il a déclaré qu'ils ont des « devoirs solennels » envers leur pays d'adoption et qu'ils sont « tenus de respecter avec gratitude le patrimoine matériel et spirituel du pays qui les reçoit, d'obéir à ses lois et de contribuer aux devoirs civiques ».

    Le défi pour les chrétiens, a-t-il poursuivi, est donc de concilier deux tâches : « promouvoir l’unité et le caractère national, menacés à une époque imprégnée de médias mondiaux et bombardée par la publicité du commerce mondial ; tout en prenant soin avec bienveillance des nécessiteux et des étrangers. »

    Pour aider les décideurs politiques à atteindre ce « délicat équilibre », il s'est appuyé sur la Règle de saint Benoît, qui exige que tous les hôtes des monastères soient reçus « comme s'ils étaient le Christ lui-même », mais que si l'hôte souhaite rester et faire du monastère sa demeure, ses motivations doivent être mises à l'épreuve, ce qui requiert leur « générosité et leur détermination ».

    « C’est ainsi que saint Benoît a permis à ses abbayes d’être des lieux marqués par une forte identité communautaire, tout en restant accueillants envers tous, prêts à aider quiconque dans le besoin », a déclaré l’évêque Varden.

    Tout en reconnaissant que la Règle ne peut être appliquée avec précision à l'État-nation, le prélat norvégien estime qu'une « double perspective » peut potentiellement orienter les politiques publiques. Il a toutefois souligné que les citoyens des pays d'accueil doivent également assumer leurs propres responsabilités avant d'appliquer les préceptes de saint Benoît à autrui, ajoutant que c'est un point que « de nombreux manifestes populistes omettent de mentionner ».

    Soulignant la baisse des taux de natalité dans les pays nordiques – une tendance qui touche également la plupart des pays occidentaux –, il a déclaré que sans migrants, « nos services, nos industries et nos systèmes de protection sociale s’effondreraient ». Il a ajouté que ce constat devrait inciter les citoyens des pays d’accueil à l’humilité et à la gratitude envers les immigrants, et les encourager à redoubler d’efforts pour consolider la famille et promouvoir une culture de vie.

    Les catholiques, concluait-il, sont « particulièrement bien préparés » à supporter cette tension, car être catholique signifie nourrir deux loyautés à la fois : un véritable attachement à son lieu, à son peuple et à sa tradition, et un engagement envers l'Église universelle, qui embrasse toutes les nations, tous les temps, et même la mort et l'éternité.

    « La recherche de son identité implique un engagement constant dans un processus de transformation intérieure », a conclu l’évêque Varden. « Si nous vivons selon ces principes et si nous apprenons aux autres à faire de même, cette période d’angoisse pourrait se révéler être un temps de conversion et de grâce, une formidable opportunité de bien. »

    Bien que son discours ait omis de mentionner explicitement l'immigration clandestine ou les préoccupations relatives aux effets de la culture islamique sur les pays d'accueil, les propos de l'évêque Varden sont perçus comme une intervention rare de la hiérarchie de l'Église, souvent critiquée pour privilégier les politiques d'ouverture des frontières et les droits des immigrants au détriment du devoir des gouvernements de gérer les frontières afin de préserver le bien commun.

  • Du gauchisme à la tradition : le retour à Rome d'un jeune juriste

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    De diakonos.be :

    Du gauchisme à la tradition : le retour à Rome d'un jeune juriste

    Ancien militant progressiste devenu juriste à Rome, essayiste et poète, Luigi Trisolino, né le 11 octobre 1989, incarne un parcours intellectuel hors norme. Alors que la Belgique et l'Europe du Nord traversent une crise d'identité et de repères, ce converti de 35 ans livre en exclusivité pour Diakonos.be un entretien sans filtre. Bioéthique, combat contre la sécularisation, critique du centre mou et défense du droit naturel : un regard romain tranchant, adressé directement à une jeunesse en quête d'enracinement et d'espérance.

    *

    Maître Trisolino, vous naviguez professionnellement entre les arcanes de la bureaucratie romaine et la rigueur du droit public, tout en cultivant la sensibilité du poète et la radicalité du converti. Ne serait-ce pas la définition parfaite d'un équilibriste… ou d'un incorrigible romantique qui cherche encore des lois immuables dans un monde qui change d'avis toutes les cinq minutes ?

    — « N’est ce pas avec la même ardeur laborieuse que les fourmis transportent les grains de sable, déplacent des carcasses d'insectes et creusent la terre ? Et les aigles ne dominent-ils pas les hauteurs avec la même force ailée, qu’ils construisent leurs nids au sommet des montagnes ou qu'ils y rapportent des proies pour nourrir leurs petits ? Dès lors, quelque soit le contexte ou le matériau à concevoir, façonner ou transporter — qu'il soit juridique, journalistique, poétique, politique ou théologique —, je demeure le même homme, mû et éclairé par la même conversion au Christ dans la tradition pétrinienne.

    Mon secret pour préserver mon intégrité, sans devoir faire le grand écart ni tomber dans le romantisme, c'est de rester hors de ma zone de confort. En premier lieu intérieurement, par rapport à moi-même, en veillant chrétiennement tel un guetteur pour me tenir prêt, au cas où je devrais affronter davantage d’inconfort encore à l'extérieur, par exemple politiquement, au milieu des autres. Ma conversion a été un long chemin de croix. Mais en luttant, à mon échelle, contre les idéologies mondialistes du genre et du wokisme, je commence déjà à déranger ces progressistes dont mes convictions catholiques m'ont définitivement éloigné.

    Mais j'espère être une source constructive d’inconfort, notamment parmi ces conservateurs fatigués qui, dans leurs discours et leurs actions socioculturelles, se confondent désormais pratiquement avec les figures de cette antichambre du progressisme qu’est devenu le centre mou. Même ma poésie dérange quand elle aborde des thèmes sociaux. C'est qu'elle tranche avec ces poètes aliénés qui alternent entre démission politique et postures civiques de façade, soumis au discours progressiste dominant, au matérialisme et à un néo-pacifisme de circonstance.

    Journalistes et juristes ne sont pas en reste dans ce processus d'auto-destruction intellectuelle et de liquidation des consciences qui s’ensuit. Pour un converti nourri de la tradition catholique, riche de talents qu'il se doit de fructifier, l'engagement doit être total : une présence énergique, déployée partout où il est possible de rendre témoignage. Aujourd'hui, seuls les faux prophètes font consensus. Ce sont eux qu'il nous faut combattre, en affirmant la nécessité vitale, humaine et politique d’enraciner nos identités, nos lois et nos traités dans le droit naturel le plus accompli : celui issu de nos racines chrétiennes.

    Qu'est-ce qui, dans votre parcours de juriste plongé au quotidien dans la rationalité des institutions publiques à Rome, a ouvert la brèche vers la conversion au catholicisme ? La foi a‑t-elle été pour vous une rupture ou l'aboutissement logique d'une quête de vérité ?

    — J’ai pris la réalité à bras le corps pour la regarder en face, dépouillé des filtres relativistes de mon ancien milieu. Et la réalité cette, dans ce qu’elle a de plus essentiel, a accueilli celui qui tentait de la contourner. En dépassant le juridisme qui étouffe si souvent l'État de droit, je me suis également affranchi des fables sur l’être humain que le marxisme néo-trotskyste et le progressisme libéral m’avaient inculqué. La simple curiosité intellectuelle du dilettante sur l’être humain ne me suffisait plus ; je me suis donc engagé dans une quête authentique de la vérité.

    De mon adolescence jusqu'à mes 34 – 35 ans, je n'ai cessé en effet d'explorer différentes chapelles et systèmes de pensée, tel un Ulysse avide de connaître le moindre des îlots le séparant d'Ithaque, sa véritable patrie. Devant la réalité des changements sociétaux, à l’époque du Christ comme aujourd’hui, certaines valeurs naturelles restent non négociables. Je l’ai toujours su mais je m’obstinais à vouloir tout concilier, aveuglé par des lectures dévoyées de la laïcité, de la fraternité et de la diversité culturelle.

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  • De François en Belgique à Léon XIV en France : deux voyages, deux récits médiatiques

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    De François en Belgique à Léon XIV en France : deux voyages, deux récits médiatiques

    Pourquoi le voyage de François en Belgique, en septembre 2024, a-t-il laissé une impression aussi contrastée, alors que celui de Léon XIV en France, deux ans plus tard, a donné lieu à une réception populaire beaucoup plus favorable ?

    La réponse ne tient ni à une opposition simpliste entre une Belgique qui aurait « rejeté » François et une France qui aurait « triomphalement » accueilli Léon XIV, ni à la seule question des abus sexuels. Celle-ci a également occupé une place considérable dans les médias français. La différence tient plutôt à la combinaison des circonstances, au style des deux papes et, surtout, aux images et au récit qui ont fini par dominer la perception de chaque voyage.

    En Belgique, les controverses ont fini par structurer le récit

    Il serait faux de présenter le voyage de François comme un échec. Le pape a connu des moments de véritable enthousiasme, notamment lors de sa rencontre avec plusieurs milliers de jeunes. Mais ces images n'ont pas durablement dominé le récit médiatique.

    La question des abus sexuels occupait une place particulièrement lourde dans le contexte belge. Le roi Philippe et le Premier ministre Alexander De Croo l'avaient placée au premier plan dès les discours d'accueil. François rencontra des victimes et condamna avec force les abus, appelant à ce que leurs auteurs soient jugés, y compris lorsqu'ils appartenaient au clergé ou à la hiérarchie.

    Mais le malaise du voyage ne peut être réduit à cette seule question. Les propos du pape sur les femmes à Louvain-la-Neuve, la réaction de l'université, son hommage au roi Baudouin, ses déclarations sur l'avortement et, enfin, ses propos dans l'avion du retour ont successivement ouvert de nouveaux fronts.

    Le voyage s'est ainsi transformé en une succession de dossiers conflictuels : abus sexuels, place des femmes, avortement, héritage de Baudouin, rapport entre l'Église et une société profondément sécularisée.

    Ce n'est donc pas un sujet unique qui a déterminé l'image de la visite, mais l'accumulation de controverses qui a donné à celle-ci une tonalité essentiellement polémique.

    En France, les abus n'ont pourtant pas disparu du récit

    Toute comparaison sérieuse doit éviter un raccourci : les abus sexuels ont également occupé une place importante dans la couverture française de la visite de Léon XIV. Les médias ont interrogé le pape sur les victimes, la responsabilité de l'Église et les mesures à prendre.

    Il serait donc faux d'opposer une Belgique où les abus auraient tout recouvert à une France qui les aurait ignorés.

    La différence est ailleurs : en France, les abus ont constitué l'un des récits du voyage, mais ils n'ont pas été le seul récit capable de s'imposer.

    D'autres images sont venues leur faire concurrence.

    L'image qui change la perception : une jeunesse catholique visible

    Le rassemblement de dizaines de milliers de jeunes autour de Léon XIV a fourni une image immédiatement lisible : une jeunesse catholique nombreuse, enthousiaste, chantante et priante, réunie publiquement autour du pape.

    Il ne faut évidemment pas en déduire que cette jeunesse représente l'ensemble de la société française. La sécularisation demeure profonde et la pratique religieuse régulière reste minoritaire.

    Mais cette mobilisation a rendu plus difficile une lecture du catholicisme français limitée au déclin, aux églises qui se vident et aux scandales du passé.

    Elle a fait apparaître simultanément deux réalités :

    oui, l'Église a des comptes à rendre ; mais oui aussi, elle rassemble encore.

    Cette coexistence a profondément modifié la perception du voyage.

    Deux papes, deux styles, mais surtout deux contextes

    La personnalité des deux papes a également joué un rôle.

    François avait une manière très spontanée, parfois abrupte, de répondre aux questions. Plusieurs de ses interventions en Belgique ont ainsi suscité de nouvelles controverses.

    Léon XIV apparaît dans un registre plus posé et plus structuré. Cela ne signifie nullement qu'il ait évité les sujets sensibles. Il a au contraire abordé sans détour la défense de la vie humaine, l'avortement, l'euthanasie, la laïcité, la dignité humaine ou encore la place du christianisme dans la société.

    Mais ses paroles ont été accompagnées d'un environnement visuel particulièrement puissant : jeunes, familles, saints, cathédrales, prières, catéchumènes et foules.

    Le pape n'a donc pas seulement parlé : les images ont aussi parlé pour lui.

    C'est un élément essentiel pour comprendre la différence de réception.

    Une Église confrontée à ses blessures, mais aussi capable de montrer sa vitalité

    Les deux Églises sont évidemment confrontées aux mêmes grandes difficultés : sécularisation, baisse de la pratique, vieillissement, scandales et interrogations sur leur avenir.

    Mais elles n'ont pas présenté exactement le même visage au cours de ces deux voyages.

    En Belgique, le poids des abus et des blessures institutionnelles a largement déterminé le cadre dans lequel le pape était attendu. L'Église devait expliquer, reconnaître et réparer.

    En France, Léon XIV a également rencontré une Église fragilisée, mais capable de lui montrer des signes visibles de recomposition : jeunes mobilisés, catéchumènes adultes, pèlerinages, communautés et initiatives nouvelles.

    Il ne s'agit pas de prétendre que l'Église française serait soudainement devenue forte, ni qu'elle échapperait au déclin religieux. Mais certains phénomènes donnent à voir un catholicisme qui n'est plus seulement hérité, mais aussi choisi.

    C'est cette dimension que le voyage de Léon XIV a particulièrement mise en lumière.

    Le rôle des médias : une différence de dramaturgie

    Il serait trop facile d'accuser les médias belges d'avoir « plombé » François ou les médias français d'avoir voulu « sauver » Léon XIV.

    Les journalistes avaient, dans les deux cas, de bonnes raisons de traiter la question des abus. Elle concerne des victimes réelles, des responsabilités institutionnelles et une crise majeure pour l'Église.

    Mais les médias ne racontent pas dans le vide. Ils travaillent à partir des événements, des déclarations et surtout des images que ceux-ci produisent.

    Or les deux voyages n'ont pas fourni le même matériau.

    En Belgique, les controverses se sont succédé et se sont mutuellement renforcées.

    En France, les controverses ont coexisté avec des scènes de mobilisation massive qui ont proposé un autre récit.

    La différence relève donc moins d'une intention médiatique différente que d'une différence de dramaturgie.

    Deux questions différentes pour une même Église

    Au fond, les deux voyages ont posé une même question : que peut encore dire l'Église catholique à une société profondément sécularisée ?

    Mais les images dominantes ont conduit à mettre l'accent sur deux interrogations différentes.

    En Belgique :

    Que fait l'Église pour répondre aux blessures de son passé ?

    En France :

    Pourquoi, malgré son affaiblissement, l'Église est-elle encore capable de rassembler autant de jeunes ?

    Ces deux questions ne s'excluent évidemment pas. Elles décrivent deux dimensions d'une même réalité.

    C'est pourquoi il serait excessif de parler d'une « victoire » de Léon XIV sur les médias ou d'une « défaite » de François provoquée par les médias.

    Les deux voyages ont été traversés par les mêmes grandes questions : abus, sécularisation, place de la religion dans la société et avenir du christianisme. Mais les événements n'ont pas produit les mêmes images et les images n'ont pas produit le même récit.

    En Belgique, les controverses ont largement dominé les images de la visite.

    En France, les images de la mobilisation catholique ont réussi à leur faire concurrence.

    Une même parole, une réception différente

    C'est peut-être là le véritable enseignement de la comparaison.

    François et Léon XIV n'ont pas nécessairement défendu des positions radicalement différentes sur les grandes questions éthiques et anthropologiques. Mais ils ont parlé dans des contextes différents et devant des Églises qui n'ont pas présenté le même visage au même moment.

    En Belgique, le passé a largement pesé sur le présent.

    En France, le présent a davantage permis de parler de l'avenir.

    Le contraste entre les deux voyages ne s'explique donc pas principalement par la présence ou l'absence des abus, mais par la place qu'ils ont occupée dans le récit global de chaque visite.

    François a rencontré en Belgique une Église dont les blessures ont largement déterminé la perception de son passage. Léon XIV a rencontré en France une Église capable de montrer simultanément ses blessures et ses forces vives.

    Et c'est probablement cette coexistence qui a fait la différence.

    Une Église qui ne montre que ses blessures appelle naturellement les questions sur son passé. Une Église qui montre aussi sa jeunesse, sa prière et sa capacité à transmettre oblige à poser une autre question : quel avenir peut encore avoir le christianisme ?

    C'est cette seconde question que le voyage de Léon XIV a davantage réussi à imposer dans l'espace public.

    Au fond, un même message peut être reçu très différemment lorsqu'il est porté par une communauté qui donne publiquement le sentiment d'être vivante.

    (avec l'IA)

  • Léon XIV en France : quand le catholicisme sort du bois

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    Léon XIV en France : quand le catholicisme sort du bois

    Ils avaient pris l'habitude de parler du catholicisme au passé. Léon XIV les a obligés à employer le présent.

    Pendant quatre jours, la France aura vu ce qu'elle ne voit plus guère dans son paysage médiatique ordinaire : une Église catholique visible, assumée et mobilisée. Des centaines de milliers de personnes à Paris, 80 000 jeunes au Stade de France, des foules à Lourdes et à Metz. Et, surtout, une jeunesse catholique qui ne semblait ni honteuse de sa foi ni désireuse de la dissimuler.

    Ce n'est évidemment pas le retour statistique de la France chrétienne d'autrefois. Il serait absurde de transformer quelques jours exceptionnels en retournement démographique. Mais quelque chose s'est produit : le catholicisme a réoccupé l'espace public sans demander pardon d'y être.

    Et c'est peut-être cela qui a le plus dérangé.

    Une Église qui n'a pas demandé la permission de parler

    Léon XIV avait annoncé la couleur dès l'avion qui le conduisait à Paris. Il n'est pas venu comme un diplomate en visite, ni comme une personnalité culturelle venue célébrer le patrimoine français.

    « Je me rends avant tout en France […] en tant que disciple de Jésus-Christ désireux de proclamer la paix, la paix du Christ », déclarait-il aux journalistes.

    Tout est là.

    Il est venu comme pape.

    Il a donc parlé de Dieu, de la foi, de la vie, de la dignité humaine, de la famille, de la paix, de l'avenir de l'Europe. Bref, de tout ce qu'une certaine conception aseptisée de la laïcité voudrait parfois reléguer derrière les portes des églises.

    À Paris, devant les autorités françaises, Léon XIV n'a pas davantage contourné les questions qui fâchent. Et à Lourdes, il a formulé sans détour une critique de la logique de la mort programmée :

    « Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n'est pas nécessairement moral. »

    Puis il a ajouté :

    « Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! »

    Difficile d'être plus clair.

    Et il ne s'est pas arrêté à la fin de vie. À Paris, à l'UNESCO, il a replacé la question de la vie humaine dans une réflexion beaucoup plus large : que devient une civilisation lorsque la vie cesse d'être reçue comme un don pour devenir un objet que l'on produit, sélectionne ou exploite ?

    « La vie n'est plus comprise comme un don, mais comme une marchandise », avertissait-il.

    Voilà donc un pape qui, en France, ne s'est pas contenté de célébrer Notre-Dame ou de saluer le patrimoine chrétien.

    Il a posé des questions de civilisation.

    Et puis il y eut le Stade de France

    Mais le moment le plus révélateur n'a peut-être pas été politique.

    Il a été ecclésial.

    80 000 jeunes au Stade de France.

    Pas pour un concert.

    Pas pour une manifestation politique.

    Pas pour une vedette du sport.

    Pour une veillée de prière avec le pape.

    Et Léon XIV leur a dit quelque chose que notre époque peine à entendre : « Vous êtes l'Église d'aujourd'hui. »

    Pas « l'Église de demain ».

    Pas « l'Église si vous voulez bien vous engager ».

    L'Église d'aujourd'hui.

    Puis, à Paris, il les a exhortés à ne pas garder leur foi pour eux-mêmes :

    « Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. »

    Voilà qui devrait rassurer ceux qui craignent une résurgence du catholicisme dans l'espace public : le pape n'a effectivement pas demandé aux catholiques de rester tranquillement chez eux.

    Il leur a demandé exactement l'inverse.

    Sortez. Témoignez. Transmettez. Servez.

    Et les jeunes semblent avoir répondu présents.

    Le catholicisme n'est pas une pièce de musée

    C'est ici que le débat sur la laïcité devient intéressant.

    La France est laïque. Elle doit le rester.

    Mais la laïcité ne signifie pas que les religions doivent être invisibles. Elle signifie que l'État ne se confond pas avec une religion et garantit la liberté de conscience et de culte.

    Le problème commence lorsque certains semblent confondre neutralité de l'État et neutralisation du religieux.

    Un christianisme patrimonial ne dérange personne.

    Une abbaye transformée en hôtel ? Très bien.

    Une cathédrale visitée par des touristes ? Magnifique.

    Un saint présenté comme une figure historique ? Très bien.

    Mais des catholiques qui prient ?

    Des jeunes qui parlent de Jésus-Christ ?

    Un pape qui affirme publiquement que la vie humaine possède une dignité qui ne dépend ni de son âge, ni de son état de santé, ni de son utilité ?

    Alors soudain, certains découvrent les vertus de la discrétion.

    Le catholicisme est parfaitement accepté à condition de ne plus être vraiment catholique.

    C'est précisément cette logique que le voyage de Léon XIV vient contredire.

    Une parole qui assume les racines chrétiennes

    À Metz, le pape a porté le débat encore plus loin.

    Dans la ville de Robert Schuman, il a parlé des « racines de l'Europe », de paix et d'unité. Et il a appelé les jeunes Européens à ne pas avoir peur de l'avenir :

    « Aimez la vie à chaque instant, et n'ayez pas peur de l'avenir ! »

    Puis cette exhortation, particulièrement forte dans une Europe vieillissante :

    « N'ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu'à son dernier souffle. »

    Il faudrait mesurer la portée de ces mots.

    Dans une société où l'enfant à naître est souvent présenté sous l'angle du droit de disposer de soi, où la fin de vie est de plus en plus pensée en termes d'autonomie et où la famille est devenue l'objet de profondes recompositions, Léon XIV réintroduit une autre logique :

    la dignité précède l'utilité.

    La vie n'est pas digne parce qu'elle est performante.

    La personne n'est pas digne parce qu'elle est autonome.

    L'homme n'a pas de valeur parce qu'il est rentable.

    Et la fragilité n'abolit pas la dignité.

    Voilà une parole chrétienne.

    Et voilà précisément pourquoi elle ne pouvait que rencontrer quelques résistances.

    L'« urticaire » des laïcards ?

    Il faut ici éviter une facilité : tous les défenseurs de la laïcité ne sont évidemment pas hostiles au catholicisme. Et les interrogations sur la place de la religion dans l'espace public sont parfaitement légitimes.

    Mais le voyage aura aussi révélé une réaction plus curieuse : l'impossibilité, pour certains, d'accepter que la visibilité catholique soit simplement... catholique.

    Pourquoi faudrait-il que le croyant s'excuse de croire ?

    Pourquoi faudrait-il qu'une messe publique soit suspecte ?

    Pourquoi faudrait-il qu'un pape, lorsqu'il parle de bioéthique, de famille ou de vie humaine, soit immédiatement sommé de rester dans les limites d'un discours religieux privé ?

    Une société pluraliste doit accepter quelque chose de beaucoup plus exigeant que la simple coexistence des opinions : elle doit accepter que des convictions profondes continuent d'exister publiquement, y compris lorsqu'elles contredisent l'air du temps.

    C'est cela, la liberté.

    Le vrai succès du voyage

    Le véritable résultat de ce voyage n'est donc pas de savoir si la France est redevenue catholique. Elle ne l'est manifestement pas.

    Le résultat est plus modeste — et peut-être plus important.

    On ne peut plus faire comme si le catholicisme n'était qu'un souvenir.

    Il y a encore des catholiques.

    Il y a encore des jeunes catholiques.

    Il y a encore des familles catholiques.

    Il y a encore des vocations.

    Il y a encore des convertis.

    Il y a encore des gens qui veulent transmettre.

    Et, surtout, il y a encore une Église capable de proposer autre chose que l'adaptation permanente aux dernières évolutions culturelles.

    Léon XIV n'est pas venu demander à la France de renoncer à la République.

    Il n'est pas venu abolir la laïcité.

    Il est venu rappeler que la foi chrétienne possède encore quelque chose à dire sur l'homme et sur la société.

    Et il l'a dit sans agressivité, mais sans complexe.

    À ceux qui s'inquiètent de cette visibilité retrouvée, il faudrait finalement rappeler une chose assez simple.

    Une démocratie n'est pas menacée par des citoyens qui prient.

    Elle serait plutôt menacée par une conception de la liberté qui ne tolérerait certaines convictions qu'à condition qu'elles restent silencieuses.

    Le voyage de Léon XIV aura donc produit un paradoxe.

    Ce pape venu proclamer « la paix du Christ » aura réveillé une petite guerre culturelle.

    Mais cette fois, les catholiques étaient là.

    Ils étaient 80 000 au Stade de France.

    Ils étaient des centaines de milliers à Paris.

    Ils étaient à Lourdes.

    Ils étaient à Metz.

    Ils chantaient, priaient, écoutaient.

    Et Léon XIV leur a simplement dit :

    « Vous êtes l'Église d'aujourd'hui. »

    C'est peut-être cela, finalement, qui aura le plus déconcerté.

    Ils avaient enterré le catholicisme.
    Lui leur a simplement montré qu'il respirait encore.

    (avec l'IA)

  • A Metz et dans l'avion du retour, le Pape a confirmé et précisé les propos des jours précédents

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    Ce qui ressort de la journée de Metz, puis surtout de la conférence de presse dans l’avion de retour vers Rome, c’est une réelle continuité avec les prises de position exprimées par Léon XIV pendant son voyage. Il n'a pas cherché, au retour, à édulcorer ses propos sur la vie humaine, la paix, le réarmement, le rôle public de l’Église ou encore les abus sexuels.

    1. À Metz : l'Europe ne peut pas renier ses racines

    À Metz, Léon XIV a développé une idée forte : l'Europe ne peut comprendre son identité et construire son avenir en faisant abstraction du christianisme.

    Il rappelle notamment le rôle de saint Benoît :

    « Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. »

    Et il affirme explicitement :

    « On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. »

    Mais le pape ne propose pas pour autant une Europe confessionnelle. Il établit plutôt un lien entre les racines chrétiennes et les valeurs qui fondent aujourd'hui la coexistence européenne : dignité de la personne, liberté, démocratie, égalité et État de droit. Il rappelle également que la laïcité suppose « une véritable collaboration » et le respect de la liberté de l'Église.

    2. La paix : pas simplement l'absence de guerre

    À Metz, son discours devient particulièrement incisif lorsqu'il aborde la guerre et le réarmement.

    Léon XIV reprend à son compte l'avertissement contre « l’illusion du réarmement » et demande aux responsables politiques d'avoir « le courage dans la négociation » et d'être prêts à « sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix ».

    Il ne s'agit donc pas, précise-t-il, d'un « irénisme naïf ». La paix exige au contraire des « efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ».

    Et il lance aux jeunes une exhortation qui résume assez bien son message français :

    « N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle. »

    Cette phrase est particulièrement importante : la défense de la vie est intégrée par Léon XIV à son discours sur l'avenir de l'Europe, et non traitée comme une question marginale ou strictement confessionnelle.

    3. Dans l'avion : « Nous ne faisons pas de politique, nous appliquons l'Évangile »

    C'est sans doute l'un des passages les plus significatifs de la conférence de presse.

    Interrogé sur la défense de la vie et notamment sur l'euthanasie, Léon XIV refuse très clairement l'idée que l'Église devrait se taire dès lors qu'une question devient politique.

    Il déclare :

    « Lorsque l’Église parle de la défense de la vie ou de questions de doctrine sociale, elle ne fait pas de politique, mais applique l’Évangile à la vie des personnes. »

    C'est une précision importante. Léon XIV confirme ainsi à bord de l'avion ce qu'il avait dit en France : la défense de la vie humaine appartient à la mission propre de l'Église.

    Autrement dit, le pape ne considère pas que parler publiquement de l'avortement, de l'euthanasie, de la dignité humaine ou de la famille constitue en soi une intrusion dans le domaine politique.

    4. Sur les abus sexuels : une précision importante

    La conférence de presse lui permet également de préciser ses propos tenus après sa rencontre avec des victimes à Lourdes.

    Il refuse de reprendre sans nuance l'expression « système d'abus » :

    « Beaucoup d’entre elles ont parlé d’abus systémique. Personnellement, je préfère l’exprimer autrement. »

    Il reconnaît cependant que certaines organisations de l'Église ont pu, dans certaines circonstances, fonctionner « de manière abusive comme un système ».

    Mais il replace surtout la question dans une perspective plus fondamentale :

    « L’abus sexuel est avant tout un problème humain. Lorsqu’il se produit au sein de l’Église, il prend en réalité une autre dimension, car la vie de foi des personnes est profondément blessée et parfois même détruite. »

    Il ajoute que l'Église a « une responsabilité particulière » envers les victimes et doit les accompagner sur le chemin de la guérison.

    Cette nuance est intéressante dans le contexte du voyage : Léon XIV ne minimise absolument pas les abus, mais il refuse également que l'expression « systémique » devienne une catégorie explicative universelle.

    5. Guerre et réarmement : le pape confirme et durcit même son propos

    La question de la guerre Russie-Ukraine lui donne l'occasion de revenir sur son discours de Metz.

    Il insiste sur la responsabilité de l'Église de rappeler la dignité humaine et le caractère sacré de la vie :

    « L’Église a une responsabilité de promouvoir ces valeurs. »

    Et surtout :

    « Il faut continuer à inviter des dirigeants comme ceux de la Russie et de l’Ukraine [...] à venir, à s’asseoir, à dialoguer, à chercher comment résoudre les problèmes sans continuer ces guerres qui n’ont plus de sens. »

    Il dénonce également les intérêts économiques liés à l'industrie de l'armement :

    « Quelques-uns s’enrichissent énormément grâce à une industrie qui promeut la guerre. »

    Et il oppose à ces dépenses les besoins fondamentaux de l'humanité :

    « Avec ces milliards d’euros ou de dollars, on pourrait résoudre des problèmes comme la faim dans le monde, le logement, les situations de chômage. »

    6. Le fil rouge du voyage

    Si l'on met bout à bout Lourdes, Paris et Metz, puis les réponses données dans l'avion, on voit apparaître un discours assez cohérent :

    • la vie humaine doit être protégée, de son commencement à sa fin naturelle ;
    • l'Église a le droit et le devoir de parler publiquement de ces questions ;
    • la famille et la natalité ne doivent pas être considérées comme des réalités dépassées ;
    • l'Europe doit assumer ses racines chrétiennes, sans devenir pour autant un État confessionnel ;
    • la paix ne se construit pas seulement par le rapport de forces et le réarmement, mais par la négociation ;
    • les abus sexuels doivent être pris au sérieux, avec une attention prioritaire aux victimes, mais sans réduire toute la réalité ecclésiale à la catégorie du « systémique » ;
    • enfin, le christianisme demeure pour lui une force capable de contribuer à l'avenir de l'Europe, et non simplement un héritage historique.

    C'est probablement ce qui donne au voyage sa cohérence : Léon XIV ne s'est pas contenté de tenir un discours pastoral sur l'Église ; il a proposé une certaine conception de l'homme et de la société, fondée sur la dignité humaine, la vie, la famille, la liberté, la paix et les racines chrétiennes de l'Europe.

    Et surtout, la conférence de presse dans l'avion a confirmé que ces déclarations n'étaient ni des improvisations ni des maladresses de circonstance : interrogé directement par les journalistes, le pape les a précisées, assumées et, sur plusieurs points, développées.

    (avec l'IA)

  • Le discours du Pape lors de la rencontre " Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité " à Metz

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE EN FRANCE
    ET VISITE AU SIÈGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES
    POUR L’ÉDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE (UNESCO)

    25-28 SEPTEMBRE 2026

    RENCONTRE « AUX RACINES DE L’EUROPE POUR LA PAIX ET L’UNITÉ »

    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV

    Centre des Congrès Robert Schuman de Metz
    Lundì, 28 settembre 2026

    ___________________________________

    Monsieur le Président,

    Monsieur le Cardinal,
    Distinguées Autorités civiles et religieuses,
    Mesdames et Messieurs,

    je suis très heureux de me trouver ici, dans cette ville historique, carrefour au cœur du continent, pour une rencontre au titre évocateur : Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité. Je vous remercie pour les aimables paroles qui viennent de m’être adressées.

    Le titre proposé s’inspire sans aucun doute de la figure du Vénérable Robert Schuman, auquel nous souhaitons aujourd’hui rendre un hommage particulier dans ce centre qui porte son nom, et surtout ici, en Moselle où il a longtemps vécu, où il repose et dont il a longtemps été le représentant à l’Assemblée Nationale. C’est de cette région avec ses tribulations, au XIXe et au XXe siècle, qu’il a puisé l’inspiration pour contribuer à façonner l’Europe d’aujourd’hui et de demain, à travers sa très célèbre Déclaration du 9 mai 1950. Celle-ci est à la fois point de départ et d’arrivée de son engagement pour la réconciliation et l’unité du continent européen, qui a marqué toute sa vie.

    Nous voulons entreprendre aujourd’hui, par la pensée, un voyage qui commence aux racines de l’Europe, pour aboutir à son présent, et se tourner vers l’avenir. Et nous nous demandons de quelle manière Robert Schuman a été façonné par l’histoire de cette terre, dont il était le fils, et comment il a fondamentalement contribué à façonner l’Europe moderne, au point d’en être considéré comme un “Père fondateur”.

    Il est toujours difficile de donner une définition de l’Europe, tant pour le présent que pour le passé. L’Europe a progressivement pris conscience d’elle-même dans les périodes historiques de la civilisation hellénistique, de l’Empire romain, puis de la diffusion du christianisme, en intégrant, au fil du temps, de nouvelles cultures telles que, entre autres, les cultures germaniques et slaves ; jusqu’à englober des régions de plus en plus vastes.

    L’Europe se comprend donc comme une réalité culturelle et historique avant même d’être une réalité géographique. Au fil des siècles, elle a pris de nouveaux contours et de nouvelles définitions, passant par des périodes de croissance, des crises profondes, et de nouvelles renaissances. Une constante, que l’on peut discerner dans son long et tumultueux parcours historique, réside dans le fait que l’Europe s’est épanouie et a progressé lorsqu’elle a su tirer parti des aspects positifs de son passé, et les re-proposer sous des formes nouvelles et créatives grâce à la rencontre avec l’autre. La civilisation européenne est, en effet, également le fruit de rencontres séculaires, même si celles-ci n’ont pas toujours été faciles. Il suffit de penser à la présence de la culture arabe dans la péninsule ibérique, ou à la projection du “Vieux Continent” dans le “Nouveau monde”, ce qui généra, parfois douloureusement, de nouvelles synthèses sur le continent américain.

    Mais pour comprendre cette longue histoire, on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît, que le saint  Pape Paul VI a proclamé son Patron en 1964 [mille neuf cent soixante quatre], le qualifiant de « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ». [1] L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par  saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Chrodegang, se respira un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de partage. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent.

    On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. Robert Schuman en était lui-même conscient lorsqu’il affirmait : « Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, fils d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe ou de profession. Il a fait reconnaître la dignité du travail et l’obligation pour tous de s’y soumettre. Il a reconnu la primauté des valeurs intérieures qui, seules, ennoblissent l’homme. La loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain, et c’est sur elle que reposent depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien ». [2]

    Un autre Père fondateur de l’Europe contemporaine, Alcide De Gasperi, lui fait écho en mettant l’accent sur « l’héritage européen commun », [3] c’est-à-dire « cette morale unitaire qui exalte la figure et la responsabilité de la personne humaine, avec son élan de fraternité évangélique, son respect du droit hérité des anciens, son culte de la beauté affiné au fil des siècles, et sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire ». [4]

    Loin d’être un critère confessionnel exclusif, [5] la référence à la dette de la culture européenne envers le christianisme permet de mieux comprendre combien l’ouverture au transcendent est toujours une dimension constitutive de la personne humaine et une source vivante de civilisation.

    À cet égard, l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne revêt une grande importance. Il encourage « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les églises », tout « en respectant et ne préjugeant pas du statut dont elles bénéficient » dans les États membres. La laïcité qui régit la vie des États n’implique pas seulement le caractère non confessionnel des institutions civiles, mais suppose une véritable collaboration entre les parties prenantes, ainsi que le respect, par les autorités étatiques et communautaires, de l’autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d’organisation, d’expression et de culte.

    Il s’agit de remonter à la source des valeurs qui constituent le fondement de la coexistence civile, à savoir « les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit » (Traité sur l’Union Européenne, Préambule).

    Dans le contexte multiculturel d’aujourd’hui, l’affirmation de l’universalité de ces valeurs, essentielle pour sa survie, passe à la foi par une redécouverte de ses racines et par l’ouverture au dialogue avec l’autre.

    Il s’agit d’une nécessité sociale et politique pour redécouvrir la place centrale de la personne humaine et donner une consistance réelle à des mots tels que liberté, démocratie, paix et unité. À cette fin, se révèle précieuse l’invitation du  Pape François à apprécier la complexité de la réalité européenne dans toute la richesse de ses traditions et de ses sensibilités, en relevant « le défi d’une harmonie constructive, libérée d’hégémonies ». [6]

    Ce double mouvement, de ressourcement et de dialogue, permettra également de retrouver un juste équilibre entre les droits eux-mêmes, ainsi qu’entre les droits et les devoirs, car – comme le rappelait toujours le  Pape François – « au concept de droit, celui - aussi essentiel et complémentaire - de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même ». [7]

    L’Europe contemporaine, en effet, se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyants les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère.

    Comme je l’ai dit lors de ma récente visite aux iles Canaries, en Espagne : « La dignité humaine exige des voies légales et sûres, le secours et l’assistance, la coopération réelle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre » (Rencontre avec les structures d’accueil des migrants).

    Mais tout cela ne serait pas encore suffisant : accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille, en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité, mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison. Il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. L’universalité des valeurs fondatrices de l’Europe nous assure que ce dialogue est possible, et qu’il pourra donner un fondement solide à nos sociétés, permettant d’œuvrer plus efficacement pour la paix et pour un monde réconcilié.

    C’est précisément cette lucidité qui inspira des hommes comme Schuman pour surmonter l’opposition entre identités culturelles et pour donner naissance aux institutions européennes, au terme de l’immense tragédie de la Seconde Guerre mondiale qui avait mis en évidence combien le mal commis par l’homme est grand lorsqu’il estime ne rencontrer aucun obstacle à l’exercice de son pouvoir.

    Robert Schuman, qui a connu des frontières en constante évolution, a contribué à jeter les bases d’une Europe consciente de l’urgence d’abattre les murs qui la déchiraient. Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l’égalité, sans distinction de race ou de classe sociale, et lui a enseigné la dignité du travail. La succession de différentes souverainetés nationales lui a inculqué l’importance du droit international et la valeur de la parole donnée. Ayant grandi dans un contexte où l’orgueil et l’esprit de revanche semblaient prévaloir, Schuman s’est engagé en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples qui, après s’être longtemps affrontés, reconnaissaient enfin qu’ils avaient besoin les uns des autres.

    Quels sont donc les enseignements de Robert Schuman à l’Europe et au monde d’aujourd’hui ? Tout d’abord, un profond désir de paix. Aujourd’hui, malheureusement, la guerre a refait surface, même en Europe : un nouveau « massacre inutile », [8] qui fait chaque jour d’innombrables victimes civiles. Et aujourd’hui encore, comme en 1950 [mille neuf cent cinquante], les paroles contenues dans la Déclaration Schuman restent d’actualité : « La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques ». [9] Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix.

    Certes, la recherche de la paix en Europe, tout comme dans le monde entier, ne doit pas être confondue avec un irénisme naïf. Au contraire, les paroles de Schuman sont plus que jamais d’actualité : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ». [10] Il faut toutefois se garder de l’illusion du réarmement. « Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres » ( Message pour la 59e Journée Mondiale de la Paix, 1 er janvier 2026). Favoriser la paix est une œuvre active. Aujourd’hui, il faut se demander si nous déployons réellement des “efforts créatifs” pour favoriser la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à “endiguer l’hémorragie de la guerre” et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir.

    L’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que s’affronter par les armes ; où l’on met en commun les ressources pour faire en sorte que « toute guerre […] devienne non seulement impensable, mais matériellement impossible ». [11]

    L’Europe selon Schuman repose sur le respect du droit international qui, contrairement aux droits nationaux, ne peut être imposé de force par un État, mais repose sur le principe universellement reconnu selon lequel pacta sunt servanda. Ce principe est précieusement conservé par la législation particulière de cette région, qui couvre aussi les relations entre l’État et l’Église catholique sur la base du Concordat de 1801 entre le Saint-Siège et la France, toujours en vigueur.

    Le droit international et le multilatéralisme soulignent l’égalité effective des États dans leurs relations mutuelles et constituent le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l’origine de tout conflit. Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie. L’Europe peut mettre fin à cette spirale grâce au respect de l’autre qu’elle a su cultiver et préserver, puisqu’elle a largement démontré au cours des quatre-vingts dernières années qu’il est possible de faire valoir des opinions, des revendications et des intérêts divergents, en se rencontrant plutôt qu’en s’affrontant.

    Schuman nous rappelle qu’il faut toujours faire preuve de réalisme et de courage : « L’Europe – affirmait-il – ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». [12] Il ne faut jamais perdre confiance en notre capacité à progresser, même si les pas franchis sont parfois petits et presque imperceptibles. La prétention moderne d’“avoir tout, tout de suite” ne correspond pas à l’histoire et la culture européennes qui, au contraire, enseignent la valeur du temps et de la patience. C’est par de petits pas que l’on peut donner vie à cette solidarité effective qui implique que personne ne se sente abandonné ou oublié.

    En vous livrant ces réflexions, je pense avant tout aux jeunes, appelés à construire l’Europe d’aujourd’hui et de demain. Comme le faisait déjà remarquer Schuman : « Que cette idée d’une Europe réconciliée, unie et forte soit désormais le mot d’ordre pour les jeunes générations, désireuses de servir une humanité enfin affranchie de la haine et de la peur, qui réapprend, après de trop longs déchirements, la fraternité chrétienne ». [13]

    Aux jeunes, je dis : ayez le courage de vivre de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos pays et de toute l’Europe.

    Ne vous soumettez pas à la logique de la violence et de l’oppression.

    Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !

    N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle.

    N’ayez pas peur de travailler sans relâche au service du bien de vos communautés, y compris par l’engagement politique.

    Soyez des bâtisseurs de communautés !

    Et avec vous, l’Europe, solidement enracinée, continuera à s’épanouir et à inspirer le monde entier.

    Que Dieu vous soutienne dans ces résolutions et qu’Il bénisse et protège l’Europe tout entière !

    ________________________________

    [1] St Paul VI, Lett. ap. Pacis nuntius, 24 octobre 1964 : AAS 56 (1964), p. 965.

    [2] R. Schuman, Pour l’Europe, Genève, 2010 5, pp. 57-58.

    [3] Cf. A. De Gasperi, La nostra patria Europa. Discorso alla Conferenza Parlamentare Europea, 21 aprile 1954, in: Alcide De Gasperi e la politica internazionale, Cinque Lune, Roma 1990, vol. III, pp. 437-440.

    [4] Ibid.

    [5] Ibid.

    [6] Discours au Conseil de l’Europe, 25 novembre 2014.

    [7] François, Discours au Parlement européen, 25 novembre 2014 : AAS 106 (2014), p. 997.

    [8] Benoît XV, Lettre aux chefs des peuples belligérants (1er août 1917), 1 er août 1917 : p. 423. AAS IX (1917), p.417-420.

    [9] Déclaration Schuman, Paris, 9 mai 1950.

    [10] Ibid.

    [11] Ibid.

    [12] Ibid.

    [13] R. Schuman, Pour l’Europe, op. cit., p. 46.

  • Prière à saint Michel en musique

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    Lu et entendu ce 29 septembre, en la fête de l’archange saint Michel, sur le site web « aleteia » : 

    Le Chœur St Michel à Paris, chœur de jeunes hommes chrétiens, a mis en musique la prière d’exorcisme à St Michel de Léon XIII, prière qu’ils chantent à chaque répétition : « saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat, soyez notre secours contre la perfidie et les embûches du démon ; que Dieu étende sur lui son empire, nous le demandons en suppliant.
    Et vous, prince de la Milice céleste, refoulez en enfer, par la vertu divine, Satan et les autres esprits mauvais qui errent dans le monde pour la perte des âmes ».

    Prière composée par le pape Léon XIII (1878-1903), à la suite d’une extase durant laquelle il aurait entendu Satan demander à Jésus-Christ de lui laisser un siècle pour parvenir à détruire l’Église catholique romaine, ce que Jésus lui accorda. Elle a été récitée à la fin de chaque messe basse jusqu’à Vatican II, et demandée par le pape François en octobre 2018.

     Ref. Prière à saint Michel en musique