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Actualité

  • Manifestations à Liège : Mgr Delville condamne les violences et refuse de stigmatiser la jeunesse

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    COMMUNIQUÉ DE PRESSE

    DIOCÈSE DE LIÈGE · BISTUM LÜTTICH

    LIÈGE, LE VENDREDI 9 OCTOBRE 2026

    Manifestations à Liège : Mgr Delville condamne les violences et refuse de stigmatiser la jeunesse

    Alors que Liège connaît depuis plusieurs jours des manifestations de jeunes marquées, en marge des cortèges, par des violences et des dégradations, Mgr Jean-Pierre Delville prend la parole.L’évêque de Liège, également référendaire pour l’enseignement catholique en Belgique francophone et germanophone (il suit ce domaine pour l’ensemble des évêques de Belgique), condamne fermement la violence et refuse que toute une jeunesse en porte le poids. Il salue les gestes de solidarité, exprime sa proximité aux enseignants et appelle chacun à devenir artisan de paix.

    MESSAGE DE MGR JEAN-PIERRE DELVILLE

    Appel au calme, au dialogue et à l’espérance

    Évêque de Liège & Évêque référendaire pour l’enseignementcatholique en Belgique francophone et germanophone

    Les événements qui secouent Liège depuis plusieurs jours me touchent profondément, comme évêque de Liège, mais aussi comme évêque référendaire pour l’enseignement catholique en Belgique francophone et germanophone.

    Je le dis avec fermeté : rien ne justifie la violence, les dégradations, les pillages ni les atteintes aux personnes. Voir notre ville abîmée, des vitrines brisées, du mobilier urbain détruit et des personnes blessées me remplit de tristesse. Le bien public est notre bien à tous ; il appartient à chacun d’en prendre soin. Mais je refuse que les actes d’une minorité jettent la suspicion sur toute une jeunesse. Ceux qui, masqués, cassent, incendient ou pillent ne représentent pas cette jeunesse qui exprime ses inquiétudes et dont l’immense majorité souhaite être entendue pacifiquement.

    Je salue celles et ceux dont on parle moins. Des jeunes et des adultes ont tenté de raisonner les casseurs ou aidé des commerçants à rentrer leur terrasse et à mettre leur matériel à l’abri. Je pense notamment au chanoine Pierre Hannosset, bien connu également pour les messes télévisées. Alors que les événements se déroulaient devant notre cathédrale, il est allé à la rencontre des jeunes pour les écouter et comprendre les raisons de leur mobilisation. Il a même pu échanger calmement avec certains de ceux qui participaient aux dégradations, montrant que le dialogue reste possible, même dans les moments de tension. Incommodé par les gaz lacrymogènes, il a lui-même reçu l’aide de jeunes qui lui ont proposé des gouttes pour les yeux et se sont inquiétés de son état. Au milieu de la confusion et de la violence, ces gestes d’écoute, de courage et de solidarité disent, eux aussi, quelque chose de notre jeunesse et de notre ville.

    J’entends l’inquiétude de nombreux jeunes face au coût et aux conditions de leurs études, et face à leur avenir. Leur parole est une chance pour notre vie démocratique. Ces préoccupations méritent d’être entendues et prises au sérieux. C’est par une écoute mutuelle et une concertation sincère entre les différents acteurs concernés que pourront se construire des réponses durables. L’entendre est nécessaire ; l’entendre n’est jamais excuser la violence. J’exprime ma proximité et ma reconnaissance aux enseignants, aux éducateurs et aux directions d’école. Ils vivent une rentrée particulièrement éprouvante et affrontent des situations hors du commun. Je sais combien certains d’entre eux sont aujourd’hui éprouvés, parfois jusqu’à l’épuisement. Ils demeurent, pour tant de jeunes, des repères essentiels.

    Je porte dans ma prière toutes celles et ceux que cette situation touche, de près ou de loin : les jeunes et leurs familles, les enseignants et les directions, les commerçants, les personnes blessées, les policiers, les pompiers, les secouristes, les responsables politiques et tous les habitants qui vivent ces jours dans l’inquiétude. Je tiens également à remercier toutes celles et ceux qui, dans des circonstances particulièrement difficiles, se mobilisent pour protéger les personnes, porter secours et préserver notre sécurité commune.

    Ces événements nous interrogent aussi personnellement. L’effet de groupe peut nous pousser à poser des gestes que nous n’aurions jamais imaginé accomplir seuls. Et lorsque la violence éclate, demandons-nous quel est notre premier réflexe : filmer pour diffuser des images spectaculaires, ou nous soucier de ceux qui ont besoin d’aide ? Une vidéo partagée peut jeter de l’huile sur le feu ; une main tendue peut aider à l’éteindre. Même au cœur d’une foule, chacun demeure libre et responsable de ses actes, et appelé à agir en conscience.

    Aux jeunes, je veux dire : ne vous laissez pas entraîner dans une violence qui vous dépasse et qui finit par détruire ce que vous voulez défendre. Votre parole compte. Vos inquiétudes doivent pouvoir être entendues. La vraie force, c’est de rester maître de soi, d’aller vers l’autre et d’oser le dialogue. Aux parents et à tous ceux qui accompagnent les jeunes : restez proches d’eux, écoutez-les, parlez avec eux de ce qu’ils traversent.

    Il y a deux semaines à peine, au Stade de France, quelque 80 000 jeunes rassemblés autour du pape Léon XIV témoignaient que, dans un monde qui n’est pas simple, la joie et l’espérance restent possibles. Le pape leur disait : « Notre combat n’est pas un combat contre les autres, il n’utilise pas les armes de la violence, du mépris ou de l’oppression. Notre seule arme est celle de l’amour qui se donne. » Ces mots valent pour chacun de nous, croyant ou non : ayons tous le courage de baisser les armes de la violence pour mieux élever les voix qui osent entrer en dialogue.

    Je forme le vœu que Liège choisisse la rencontre plutôt que l’affrontement, l’écoute plutôt que le mépris, la confiance plutôt que la peur.« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » (Évangile selon saint Matthieu 5, 9)

    Puissions-nous tous, là où grandissent la colère et la haine, devenir des artisans de paix, de dialogue et d’espérance.

    + Jean-Pierre Delville

    Évêque de Liège

  • "Liberté, égalité, fraternité"; Léon XIV, le fantôme de la Révolution française et la franc-maçonnerie

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    De Mario Alexis Portella sur Crisis Magazine :

    8 octobre 2026

    Léon XIV, le fantôme de la Révolution française et la franc-maçonnerie

    La question n’est pas de savoir si les catholiques sont capables de soutenir la liberté, l’égalité et la fraternité ; ils le sont. La question est de savoir quel contenu substantiel ces termes acquièrent lorsqu’ils sont présentés comme des impératifs éthiques universels.

     
    Le pape Léon XIV a récemment entamé son cinquième voyage apostolique international depuis le début de son pontificat, en se rendant en France. Si beaucoup ont salué ce voyage comme un succès, certaines revues catholiques en ligne l'ont critiqué pour avoir « célébré une devise de la Révolution française utilisée par les francs-maçons — "Liberté, Égalité, Fraternité" — comme des "impératifs éthiques universels" ».

    Le pontife a déclaré aux fidèles que ces mots « ne sont pas simplement des mots inscrits sur le fronton de vos bâtiments publics ; ils renvoient à des impératifs éthiques universels qui trouvent également dans le message de l'Évangile une source inépuisable d'inspiration et d'accomplissement ».

    Le pape Léon XIV a présenté une recherche historique et théologique plus profonde, d'autant plus que l'organisation maçonnique du Grand Orient de France a pour devise « Liberté, Égalité, Fraternité », laquelle est née pendant la Révolution française anti-catholique — une période marquée par la persécution des évêques, des prêtres, des communautés religieuses et des laïcs catholiques tout au long de la Terreur.

    Le pape Léon XIV a présenté une recherche historique et théologique plus profonde.

    En considérant que « la liberté, l'égalité et la fraternité » sont des « impératifs éthiques universels » et en soutenant qu'elles se trouvent dans l'Évangile comme « une source inépuisable d'inspiration et de réalisation », sa méthodologie peut être perçue comme une tentative de réappropriation de ces principes dans un cadre chrétien de la dignité humaine. Néanmoins, cette formulation soulève la question de savoir si leurs origines séculières et révolutionnaires sont suffisamment distinguées de leur interprétation chrétienne, étant donné que ces expressions véhiculent de multiples interprétations historiques concurrentes.

    La question n’est pas de savoir si les catholiques sont capables de soutenir la liberté, l’égalité et la fraternité ; ils le sont. La question est de savoir quel contenu substantiel ces termes acquièrent lorsqu’ils sont présentés comme des impératifs éthiques universels.

    Des conceptions fondamentalement divergentes de la liberté humaine, de l'égalité, de la gouvernance et des relations entre la foi religieuse et l'autorité politique peuvent s'exprimer à travers une terminologie identique, ce qui est le point le plus important. Cette question devient encore plus significative lorsque Léon parle positivement de la liberté religieuse dans le contexte français, alors que le pape Pie IX, dans son encyclique Quanta Cura (1864), avait rejeté la proposition faite par Léon selon laquelle « chaque homme est libre d'embrasser et de professer la religion qu'il aura estimée vraie, guidé par la lumière de la raison ». Pie IX a de même condamné les propositions affirmant une liberté de conscience et de religion sans restriction.

    Léon a cependant souligné que la liberté religieuse ne peut être considérée comme un droit de choisir ou de professer si elle n’est pas alignée sur la vérité objective. En cela, le pape semblait reprocher à la politique laïciste de la France, qui remonte en définitive à la Révolution française, sa volonté de garantir l'absence totale d'influence de la religion dans les affaires politiques du gouvernement.

    De fait, lorsque le pape François a célébré la messe à Marseille en 2023, le président Emmanuel Macron, afin de se conformer à cette politique, a assisté à la messe papale mais n'a pas participé au culte, soutenant qu'il n'était présent qu'en tant que président par respect et courtoisie, et non en tant que fidèles pratiquant.

    « Le chrétien engagé dans la vie publique, qui agit à la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace pour l’unité de la patrie », a déclaré le pape Léon. À première vue, cela reflète ce que Léon a effectivement dit ; cependant, dans la mesure où la liberté religieuse ne peut être considérée comme un droit autonome de choisir, de professer et de propager une croyance religieuse indépendamment de la vérité objective, le pape semblait reprocher son laïcisme à la France, lequel remonte en dernière analyse à la Révolution française.

    Les papes Benoît XVI et François ont également partagé une vision sociale de l'Église catholique et de ses relations avec le monde séculier : la « saine laïcité » [ou « saine sécularité »]. Ce concept a été mentionné pour la première fois par le pape Pie XII en 1958 lorsqu'il a reconnu la possibilité et la légitimité d'une « saine sécularité de l'État », une formule qui non seulement acceptait la distinction entre le « sécularisme » en tant que philosophie sociale et la « laïcité » en tant que méthode d'organisation de l'État, mais ouvrait également, au sein de la pensée catholique, une réflexion sur le rôle et le sens de l'autonomie des laïcs en général et de l'État en particulier.

    En d'autres termes, étant donné que l'homme a une orientation religieuse intrinsèque puisqu'il est « créé » à « l'image et à la ressemblance » de Dieu (Genèse 1, 26-27), la possibilité d'accepter un État agnostique ou laïc — comme ce fut le cas sous l'ancienne Union soviétique ou aujourd'hui dans la Chine communiste — est hors de question. Il a également noté la nature contradictoire de l'expression « État laïc » tout en rejetant simultanément l'« État confessionnel », c'est-à-dire un État dans lequel les droits civils, politiques et économiques découlent d'une certaine profession de foi.

    Étant donné que l'homme a une orientation religieuse intrinsèque puisqu'il est "créé" à "l'image et à la ressemblance" de Dieu… la possibilité d'accepter un État agnostique ou laïc… est hors de question.
    Le paradoxe est qu'il s'est réuni par la suite avec des représentants des traditions religieuses musulmane, juive, bouddhiste, protestante et orthodoxe pour engager l'Église catholique dans des objectifs spirituels et éducatifs partagés entre les religions non chrétiennes. On pourrait raisonnablement soutenir, de manière compréhensible, que le pape a consenti à des principes associés à la franc-maçonnerie.

    La difficulté survient lorsque la liberté religieuse est comprise comme la prérogative de chaque personne de décider par elle-même de ce qui est vrai et de proclamer cette vérité indépendamment de la vérité objective. Il s'agit là d'une position erronée que Pie IX a condamnée dans Quanta Cura — la doctrine selon laquelle tout homme a le libre droit d'embrasser et de professer toute religion qu'il peut juger vraie. La vision catholique de la conscience ne fait pas du jugement subjectif le fondement de la vérité religieuse. Elle est attachée à la recherche de la vérité, que la conscience de l'homme doit rechercher et à laquelle elle doit se conformer.

    La vision catholique de la conscience ne fait pas du jugement subjectif le fondement de la vérité religieuse. Elle est attachée à la recherche de la vérité, que la conscience de l'homme doit rechercher et à laquelle elle doit se conformer.

    Il n'est pas exact de dire que les déclarations de Léon XIV (et ses actes lors du rassemblement avec les autres religions) rejettent catégoriquement l'enseignement catholique, car il n'affirme pas positivement la proposition condamnée par Pie IX. L'élucidation positive de la liberté religieuse soulève toutefois une préoccupation théologique légitime si elle est lue sans les nuances qu'exige la compréhension catholique traditionnelle de la vérité, de la conscience et des droits objectifs de Dieu.
    Le cœur du sujet est de savoir si la liberté religieuse est comprise comme le droit humain indépendant de déterminer et de professer des croyances religieuses indépendamment de leur vérité objective, ou comme une sauvegarde contre la cohésion [ou la coercition] en matière religieuse. Le même problème s'applique à la classification par Léon de « la liberté, l'égalité et la fraternité » comme des « impératifs éthiques universels ».

    Le catholicisme reconnaît tous ces principes, mais il ne les fonde pas sur une souveraineté humaine indépendante. La liberté doit être orientée vers la vérité, car il n'y a qu'une seule vérité. Pourquoi ? Parce que lorsque l'on recherche Dieu et le but de notre présence sur cette terre, il ne peut y avoir qu'une seule vérité — une seule Révélation divine, telle que l'enseigne l'Église catholique. Si et quand l'Église s'engage auprès de ceux qui sont en dehors du bercail du catholicisme, elle doit le faire avec une compréhension doctrinale claire selon laquelle la plénitude de la vérité révélée réside dans l'Église catholique fondée par Jésus-Christ. L'égalité doit reposer sur l'égale dignité des personnes créées par Dieu. La fraternité découle ultimement de l'origine commune de l'humanité et de sa destinée définitive en Dieu.

    La question cruciale, par conséquent, n'est pas de savoir si ces principes sont compatibles avec le christianisme, mais si leur signification est fondée sur l'anthropologie chrétienne ou sur la tradition politique non religieuse dans laquelle ils ont également vu le jour.

    Auteur : P. Mario Alexis Portella
    Le P. Mario Alexis Portella, J.D., J.C.D. est prêtre de la cathédrale Santa Maria del Fiore à Florence, en Italie. Il a auparavant été chercheur invité au Danube Institute à Budapest, en Hongrie, et professeur invité à l'ITI Catholic University à Trumau, en Autriche. Il est titulaire d'un doctorat en droit canonique et en droit civil de l'Université pontificale du Latran à Rome.
  • « Un flirt » entre Jésus et la Samaritaine : les propos de sœur Helen Alford font scandale

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    De sur Tribune Chrétienne :

    « Un flirt » entre Jésus et la Samaritaine : les propos d’une religieuse dominicaine font scandale

    sœur Helen Alford, religieuse dominicaine - capture écran
    sœur Helen Alford, religieuse dominicaine - capture écran
    Mercredi 7 octobre, en présence de Léon XIV, sœur Helen Alford, présidente de l’Académie pontificale des sciences sociales, a évoqué un « flirt » entre Jésus et la Samaritaine lors de la rencontre consacrée aux dix ans d’Amoris laetitia

    Mercredi 7 octobre 2026, dans la salle Paul-VI au Vatican, sœur Helen Alford, religieuse dominicaine britannique et présidente de l’Académie pontificale des sciences sociales depuis 2023, a choisi une interprétation particulièrement déplacée de la rencontre entre Jésus et la Samaritaine pour illustrer sa réflexion sur l’évangélisation et les situations familiales irrégulières. Devant les participants à la rencontre internationale consacrée aux dix ans d’Amoris laetitia, elle a évoqué le début de ce dialogue évangélique comme une forme de « flirt ». Une comparaison rapportée par Vatican News, le média officiel du Saint-Siège.

    La religieuse s’appuie sur une théorie élaborée par un autre dominicain, le père Michael Paluch, dont elle reprend une lecture présentée comme volontairement provocatrice. Parce qu’un homme et une femme se trouvent seuls près d’un puits et engagent une conversation, leur échange pourrait, selon cette interprétation, évoquer une tentative de séduction. Une ambiguïté qui disparaîtrait lorsque Jésus révèle à la Samaritaine la vérité de sa situation conjugale.

    Le problème dépasse largement celui d’un vocabulaire malheureux. C’est la représentation même de l’attitude du Christ qui se trouve brouillée par une comparaison aussi légère. Dans le quatrième chapitre de l’Évangile selon saint Jean, Jésus ne cherche pas à séduire une femme. Il vient révéler à une âme la vérité de sa condition et lui offrir cette eau vive qui conduit à la vie éternelle. La Samaritaine découvre progressivement celui qui se tient devant elle. D’abord étonnée qu’un Juif lui demande à boire, elle comprend ensuite qu’elle rencontre un prophète, avant de reconnaître en Jésus le Messie annoncé. Le dialogue est entièrement ordonné à cette révélation. Le Christ connaît sa vie, ses péchés et ses blessures. Il ne cherche nullement à entretenir une ambiguïté sentimentale, mais à conduire cette femme vers la vérité et la conversion.

    La tradition spirituelle de l’Église a toujours reconnu dans cet épisode une manifestation admirable de la miséricorde divine. Saint Augustin voit dans cette rencontre l’initiative du Sauveur qui demande à boire tout en venant lui-même donner la foi. La soif du Christ ouvre sur le mystère du salut, bien loin d’un quelconque jeu de séduction.

    Sœur Helen Alford n’est pourtant pas une intervenante quelconque. Présidente d’une Académie pontificale, elle exerce d’importantes responsabilités au Saint-Siège. Ses paroles, prononcées dans un cadre aussi solennel, ne peuvent être réduites à une simple provocation sans conséquence. Cette méditation s’inscrivait dans les travaux consacrés à l’exhortation apostolique Amoris laetitia, publiée en 2016 par le pape François. Depuis dix ans, ce document suscite des débats sur l’accompagnement des personnes divorcées remariées et sur l’articulation entre la miséricorde, la conscience personnelle et les exigences objectives de la loi morale.

    La religieuse a précisément rapproché la rencontre avec la Samaritaine de la « loi de gradualité », en évoquant les étapes par lesquelles une personne découvre progressivement la vérité chrétienne. Or saint Jean-Paul II, dans Familiaris consortio, distinguait clairement la loi de gradualité d’une prétendue gradualité de la loi. Le cheminement personnel vers le bien ne saurait modifier la vérité morale elle-même. Cette distinction est essentielle. La miséricorde du Christ ne consiste pas à relativiser le péché, mais à conduire le pécheur vers la conversion. L’épisode de la Samaritaine en constitue précisément l’une des plus belles illustrations.

    Pourquoi fallait-il recourir à une image aussi équivoque ? L’Évangile manquerait-il de profondeur pour qu’il soit nécessaire de lui prêter les codes d’une conversation sentimentale ? L’exégèse catholique exige de respecter la personne du Christ, vrai Dieu et vrai homme, et de ne pas attribuer à son comportement des intentions que l’Écriture ne lui prête pas.

    Il est d’autant plus regrettable qu’une religieuse chargée de responsabilités pontificales reprenne publiquement une comparaison susceptible de banaliser la personne du Sauveur. L’intention pédagogique invoquée ne suffit pas à justifier une formulation qui obscurcit le sens d’un passage aussi fondamental. La présence de Léon XIV à cette rencontre ne signifie évidemment pas qu’il approuve cette lecture. Le pape a rappelé la nécessité d’annoncer la beauté du dessein de Dieu sur le mariage et la famille, sans reprendre la comparaison avancée par sœur Helen Alford.

    L’Église doit annoncer le Christ aux hommes de notre temps, mais cette mission exige une fidélité sans compromis à la vérité révélée. L’originalité n’est pas une vertu théologique lorsqu’elle introduit la confusion dans la compréhension des Écritures.

  • John Henry Newman et la mission de l'Église

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    Une dépêche de l'Agence Fides (Marie Symington) :

    John Henry Newman et la mission de l'Église

    6 novembre 2025
     

    Rome (Agence Fides) - Saint John Henry Newman a récemment été proclamé Docteur de l'Église, puis nommé saint patron de l'Université Pontificale Urbanienne, qui fait partie intégrante du Dicastère pour l'évangélisation.

    En tant que Docteur de l'Église et saint patron de cette université, on attend naturellement de Newman qu'il soit à la hauteur de ces distinctions.

    En effet, la recherche de la Vérité a guidé Newman tout au long de sa vie, depuis ses années d'anglicanisme fervent à l'université d'Oxford jusqu'à celles qui ont suivi sa conversion au catholicisme en 1845. La révélation de la Vérité anime de la même manière l'Église dans sa mission de proclamation de l'Évangile. Comme l'explique Newman dans son discours « The Salvation of the Hearer the Motive of the Preacher » (Le salut de l'auditeur est la motivation du prédicateur) : « Mes chers frères, si nous sommes certains que le Très Saint Rédempteur a versé son sang pour tous les hommes, il s'ensuit clairement et simplement que nous, ses serviteurs, ses frères, ses prêtres, ne devrions pas être disposés à voir ce sang versé en vain [...] Quelle incitation à la prédication est plus puissante que la ferme conviction qu'il s'agit de la prédication de la vérité ? [...] Quelle plus grande persuasion pour amener les hommes à l'Église que la conviction qu'elle est le moyen spécial par lequel Dieu opère le salut de ceux que le monde éduque au péché et à l'incrédulité ? ».

    Aussi décourageant que cela puisse paraître pour les catholiques, la conversion des cœurs est au cœur de la mission de l'Église, comme le démontrent à la fois la Tradition et la dynamique même du catholicisme.

    Dans son discours « Prospects of the Catholic Missioner » (Perspectives du missionnaire catholique), Newman souligne le grand héritage que les catholiques ont reçu depuis l'époque de saint Pierre – une histoire qui a résisté à toutes les épreuves au cours des siècles – pour encourager les fidèles dans leur vocation : « Nous sommes confiants, zélés et inflexibles, car nous sommes les héritiers de saint Pierre, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire le Grand et tous les autres saints et fidèles qui, en leur temps, par leurs paroles, leurs actions ou leurs prières, ont promu la cause catholique ». Tout comme les Anglo-Saxons païens à l'époque du pape Grégoire Ier ont connu la joie de la Bonne Nouvelle lorsqu'il a envoyé des missionnaires en Grande-Bretagne, les catholiques d'aujourd'hui sont également appelés à partager cette même joie en diffusant la Parole.

    L'annonce de l'Évangile reste la mission essentielle de l'Église. En effet, l'appel universel à diffuser la Parole dans le monde entier est conforme à la nature même de l'Église catholique (kataholos, en grec, signifie « selon le tout » ou « universel »).

    Comme le rappelait Newman, « Nous agissons selon notre nom ; les catholiques sont chez eux en tout temps et en tout lieu, dans tous les états de la société, dans toutes les classes de la communauté, à tous les stades de la culture ».

    Cela dit, le grand zèle qui pousse les missionnaires catholiques à défendre la Vérité ne devrait jamais prendre le pas sur la gentillesse et la compassion avec lesquelles ils sont appelés à prêcher. L'amour de Dieu englobe l'amour pour Sa création, pour l'humanité, même dans sa faiblesse.

    Newman a réfléchi à cette vertu de la compassion dans son sermon « St. Paul’s Gift of Sympathy » (Le don de la compassion de saint Paul), la décrivant comme un don possédé par les saints, fondé « sur une expérience intime de ce qu'est réellement la nature humaine, dans son irritabilité et sa sensibilité, dans son découragement et sa versatilité, dans sa maladie, dans son aveuglement et dans son impuissance ». Cet amour pour l'humanité cherche à refléter l'amour infini de Dieu pour son peuple. Comme l'explique Newman, « Tout comme Dieu Tout-Puissant lui-même a la compassion d'un père envers ses enfants, car il connaît notre nature, il se souvient que nous sommes poussière ; ainsi, suivant son exemple, nous sommes appelés à aimer la vertu de l'humanité, comme on pourrait l'appeler. Une vertu qui découle de sa grâce surnaturelle et qui est cultivée pour son amour, bien que son objet soit la nature humaine vue en elle-même, dans son intelligence, ses affections et son histoire ».

    Par conséquent, la défense de la Vérité ne doit jamais être caractérisée par l'arrogance ou le jugement, mais fondée sur l'humilité et la compassion, dans la reconnaissance de notre nature humaine commune et imparfaite. Newman a fait remarquer que l'on peut considérer l'apôtre Paul comme un exemple, car il était « pleinement conscient d'être un homme [...] il est pour lui-même simplement un homme fragile qui parle à des hommes fragiles, et il est tendre envers les faibles parce qu'il a conscience de sa propre faiblesse ».

    Les missionnaires catholiques peuvent faire de même, en plaçant leur foi dans la grâce de Dieu comme source de force.

    Au-delà de la compréhension des faiblesses communes à tous les êtres humains, Newman reconnaissait que chaque personne est façonnée par un passé unique et des dispositions distinctes. Bien que la proclamation de l'Évangile reste la mission universelle de l'Église, elle est avant tout enracinée dans une relation personnelle avec Dieu qui embrasse l'individualité de chaque personne.
    Newman était profondément conscient de cette dimension intime. Dans sa conférence intitulée Logical Inconsistency of the Protestant View (Incohérence logique de la vision protestante), il a souligné que l'Église se répand « à travers les conversions individuelles, l'exercice du jugement privé, la communication entre les esprits à travers le conflit d'opinions, le zèle des convertis et au milieu de la persécution ; non pas à travers un plan d'action général ou un mouvement politique ». De plus, tout comme recevoir l'Évangile est un acte profondément personnel, le proclamer l'est également. La mission de chaque catholique est façonnée par son histoire et son caractère ; il n'existe pas deux vocations identiques.

    Dans ses « Méditations sur la doctrine chrétienne », Newman réfléchit à la vocation unique que Dieu lui a confiée, suggérant que chaque personne est appelée par Dieu à une mission qui lui est propre : « J'ai été créé pour faire quelque chose ou pour être quelque chose pour lequel personne d'autre n'a été créé ; J'ai une place dans les conseils de Dieu, dans le monde de Dieu, que personne d'autre n'a ; que je sois riche ou pauvre, méprisé ou estimé par les hommes, Dieu me connaît et m'appelle par mon nom [...] Dieu m'a créé pour lui rendre un service précis ; il m'a confié une tâche qu'il n'a confiée à personne d'autre. J'ai ma mission ».

    La devise épiscopale de Saint John Henry Newman, « Cor ad cor loquitur » (Le cœur parle au cœur), résume magnifiquement l'essence de la mission catholique : avant toute autre chose, la conversion commence par une rencontre sincère entre deux personnes. C'est à travers cette rencontre que Dieu peut toucher et convertir le cœur de Ses créatures. (Agence Fides 6/11/2025)

  • Saint John Henry Newman demeure une référence essentielle pour les questions de conscience, de foi et de développement doctrinal

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    Saint John Henry Newman demeure une référence essentielle pour les questions de conscience, de foi et de développement doctrinal.

    Proclamé Docteur de l’Église le 1er novembre 2025 par le pape Léon XIV lors de la messe de la solennité de la Toussaint, dans le cadre du Jubilé du monde de l’éducation, saint John Henry Newman (1801-1890) a rejoint le cercle restreint des 38 Docteurs de l’Église. Il a également été nommé co-patron de l’éducation catholique aux côtés de saint Thomas d’Aquin. Cette reconnaissance solennelle souligne l’influence durable de ce convertisseur anglican devenu cardinal sur la théologie contemporaine, particulièrement en matière de conscience, d’autorité ecclésiale et d’évolution des dogmes.

    La 36e Académie théologique internationale d’été, organisée du 31 août au 2 septembre 2026 à Haag (Basse-Autriche, diocèse de Saint-Pölten), et non à La Haye aux Pays-Bas, a précisément été consacrée à ce nouveau Docteur. Dirigée par Helmut Prader, théologien moral et directeur de l’académie, cette rencontre de trois jours a rassemblé une soixantaine de participants sur place (dont l’archevêque Mieczysław Mokrzycki de Lviv, président de la Conférence des évêques d’Ukraine, et l’évêque auxiliaire suisse émérite Marian Eleganti) et autant en ligne. Le changement de lieu, après des décennies à Aigen im Mühlkreis, s’explique par de meilleures liaisons, des coûts plus modérés et la disponibilité d’une salle paroissiale. Elle s’est tenue en collaboration avec la Société Cardinal Scheffczyk.

    Une biographie marquée par la quête de vérité

    Né à Londres le 21 février 1801, Newman connaît une première conversion religieuse à 15 ans. Étudiant brillant à Oxford, il devient fellow d’Oriel College à 21 ans, est ordonné prêtre anglican et joue un rôle central dans le Mouvement d’Oxford à partir de 1833. Son étude approfondie des Pères de l’Église et de l’histoire de la doctrine le conduit progressivement à la conviction que l’Église catholique est la véritable continuation de l’Église apostolique. « Ce sont les Pères qui m’ont fait catholique », résumait-il. Il se convertit en 1845, perd ses fonctions anglicanes et une grande partie de son statut social et universitaire. Ordonné prêtre catholique, il fonde l’Oratoire de Birmingham, tente de créer une université catholique à Dublin (expérience qui inspire ses conférences de 1852 sur The Idea of a University), et est créé cardinal par Léon XIII en 1879. Il meurt le 11 août 1890 à Edgbaston. Canonisé en 2019 par le pape François, il est aujourd’hui célébré pour l’unité de son œuvre, anglicane puis catholique.

    Sœur Birgit Dechant, du centre international de la Newman Society à Littlemore près d’Oxford, a rappelé lors de l’académie que « l’appel de la conscience était plus fort » que les attachements personnels. Cette trajectoire illustre le lien intime, chez Newman, entre recherche théologique de la vérité et décisions de conscience personnelles.

    La conscience : « vicaire aborigène du Christ »

    Helmut Prader a souligné que la conception newmanienne de la conscience est celle qui a été reprise et consacrée dans Gaudium et spes (n. 16) au concile Vatican II : au plus profond de sa conscience, l’homme découvre une loi qu’il ne se donne pas lui-même, mais à laquelle il doit obéir ; cette voix l’appelle à aimer le bien et à fuir le mal. Pour Newman, la conscience n’est ni pure subjectivité ni simple sentiment, mais « la voix de Dieu dans la nature et le cœur de l’homme », « le témoin interne de l’existence et de la loi de Dieu », le « vicaire aborigène du Christ ».

    Dans sa célèbre Lettre au duc de Norfolk (1875), répondant aux critiques de Gladstone sur l’infaillibilité pontificale, Newman écrit : « Je boirai à la santé du Pape, si vous voulez, mais à la conscience d’abord, et au Pape ensuite. » Cette formule, souvent détournée pour justifier un subjectivisme, signifie en réalité le contraire. La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs : elle est appelée à être formée, éclairée par la Révélation et le Magistère. Newman refuse absolument de l’opposer à l’autorité de l’Église. La conscience bien formée et le Magistère convergent vers la même vérité objective. Cette tension féconde entre conviction personnelle et autorité demeure d’une actualité brûlante dans les débats contemporains sur la liberté religieuse, la morale et le discernement.

    Le développement des dogmes

    Autre pilier de sa pensée, l’Essay on the Development of Christian Doctrine (1845) explique comment la doctrine peut croître organiquement sans se corrompre, à la manière d’un germe qui se déploie. Newman propose sept « notes » pour distinguer un développement légitime d’une corruption : préservation du type, continuité des principes, pouvoir d’assimilation, anticipation anticipée, séquence logique, action conservatrice sur le passé, et vigueur chronique. Cette théorie a profondément marqué la théologie du XXe siècle et le concile Vatican II. Le père Johannes Nebel a insisté lors de l’académie sur le fait que la tradition est un développement continu, mais toujours dans la continuité de l’Écriture et de la tradition apostolique, et non selon l’opportunisme social.

    L’idée d’université

    Wolfgang Klausnitzer a présenté la vision newmanienne de l’université : elle ne doit pas se réduire à une formation professionnelle utilitaire, mais offrir une éducation libérale complète, favorisant le dialogue entre les disciplines et empêchant qu’aucune science ne s’érige en vérité unique. L’université forme l’esprit à une « habitude philosophique » : curiosité, capacité de penser au-delà des frontières disciplinaires, ouverture. Oxford représentait pour Newman l’idéal de cette culture intellectuelle. Ses conférences de Dublin restent parmi les textes les plus importants sur le sujet.

    Une actualité qui ne se dément pas

    Newman n’était pas un théologien systématique, mais un auteur d’essais, de sermons et d’une correspondance abondante. Sa force réside précisément dans cette approche existentielle et historique de la vérité. Dans un monde marqué par le relativisme, le subjectivisme et les tensions entre conscience individuelle et institutions, sa pensée offre des ressources précieuses pour articuler fidélité à la tradition et ouverture au développement authentique, autorité et liberté responsable, foi et raison.

    L’académie de 2027 portera sur la pertinence de Jésus-Christ pour la société, en lien avec le centenaire de la naissance de Joseph Ratzinger (grand admirateur de Newman). En attendant, la proclamation de Newman comme Docteur de l’Église confirme ce que l’académie de Haag a mis en lumière : sa théologie de la conscience et du développement doctrinal reste un guide sûr pour l’Église et pour tout chercheur de vérité.

    source

  • L’Église est en crise — mais ce ne sont pas ses funérailles (Mgr Rob Mutsaerts)

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    Via le Forum Catholique :

    Traduction de l’article de Mgr Rob Mutsaerts paru le 7 octobre 2026 sur The Remnant sous le titre : « The Catholic Response to a (Synodal) Church in Crisis | Bishop Mutsaerts CIC 2026 »
    -------------------------------
    Dans une allocution ayant suscité la plus longue ovation debout de l'histoire de la Catholic Identity Conference, Mgr Rob Mutsaerts, évêque néerlandais, remet en question l'obsession moderne pour une réforme permanente, s'interroge sur la réalité des fruits du projet synodal, met en garde contre la confusion entre miséricorde et simple approbation, défend le caractère sacré de la liturgie et explique pourquoi les jeunes catholiques recherchent souvent précisément ce que l'Église a été tentée d'abandonner : la vérité, le sacrifice, le respect sacré, la doctrine, la confession, la beauté et une foi surnaturelle. Vous trouverez ci-dessous la transcription de son intervention.

    L’Église est en crise — mais ce ne sont pas ses funérailles


    Lorsqu’on est invité à s’adresser à une vaste assemblée de catholiques traditionalistes au sujet de « la crise dans l’Église », il y a au moins un avantage : je n’ai pas besoin de consacrer beaucoup de temps à convaincre l’auditoire qu’une crise existe bel et bien.

    En effet, si je commençais par dire : « Mes chers amis, tout va à merveille », je soupçonne que certains d’entre vous vérifieraient immédiatement si je n’ai pas été remplacé par un employé du service de communication.

    Et c’est peut-être là notre première petite difficulté. Les catholiques d’aujourd’hui semblent se diviser en deux groupes : ceux qui pensent que l’Église connaît un printemps sans précédent, et ceux qui ont réellement consulté les statistiques.

    Toutefois, il faut rester prudent. Les catholiques traditionalistes ont eux aussi leurs tentations. Nous pouvons parfois donner l’impression que la foi était parfaite jusqu’en 1962 environ, que chaque prêtre parlait alors le latin comme Cicéron, que chaque enfant connaissait le catéchisme par cœur et que chaque chorale paroissiale chantait comme celle de Solesmes.

    Quiconque a étudié l’histoire de l’Église sait qu’il n’en est rien.

    L’Église n’a jamais connu d’âge d’or où tout le monde se conduisait parfaitement. Les Apôtres eux-mêmes ont réussi, en un laps de temps remarquablement court, à se disputer pour des questions de préséance, à mal comprendre Notre-Seigneur, à s’endormir pendant son agonie, à s’enfuir lors de son arrestation et — au plus haut niveau de la hiérarchie ecclésiastique — à le renier trois fois avant le petit-déjeuner.

    Et pourtant, c’est sur ces hommes que Notre-Seigneur a fondé l’Église.

    Cela devrait apporter une consolation considérable aux évêques.

    Cela en apporte certainement une à l’évêque qui vous parle.

    Le sujet que nous abordons est sérieux. Il règne une confusion doctrinale. L’autorité est incertaine. Certaines pratiques pastorales semblent parfois contredire ce que l’Église continue d’enseigner officiellement. On observe un appauvrissement liturgique. Il existe une tentation de gouverner dans l’ambiguïté, car la clarté pourrait s’avérer gênante.

    Mais je ne souhaite pas m’exprimer cet après-midi comme si nous assistions aux funérailles du catholicisme.

    Ce n’est pas le cas. Rappelons-nous que le tombeau est vide. Le Christ n’a pas dit à Pierre : « Sur cette pierre, je bâtirai mon Église – à condition que les évêques procèdent à des nominations judicieuses, que la Curie romaine ne produise jamais de document incompréhensible et que tout le monde se conduise bien. »

    Remarquez que Notre-Seigneur n'a pas promis que les portes de l'enfer ne feraient jamais un bruit impressionnant. C'est souvent le cas. La question n'est donc pas de savoir si l'Église peut survivre à cette crise. Elle y survivra. La question la plus importante est de savoir si nous resterons des catholiques fidèles alors qu'elle traverse ces épreuves.

    Et pour cela, aussi étrange que cela puisse paraître, nous n'avons besoin ni de panique ni de nostalgie. Nous avons besoin de foi, de doctrine, de courage, d'humour, de prière – et peut-être de redécouvrir cette très ancienne habitude catholique qui consiste à appeler les choses par leur nom.

    Ainsi, cet après-midi, je voudrais examiner non seulement ce qui a mal tourné, mais aussi quelque chose de bien plus important : que nous dit la Tradition catholique elle-même de faire lorsque l'Église entre dans une période de confusion ? Car la réponse à une crise catholique ne peut consister en une diminution du catholicisme. Elle exige au contraire davantage de catholicisme.

    L’Église en crise — et comment NE PAS la sauver

    J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous. La mauvaise, c’est que l’Église catholique traverse une crise. La bonne, c’est qu’elle a déjà connu pareille situation. En fait, quiconque possède ne serait-ce qu’une connaissance modeste de l’histoire de l’Église a parfois l’impression que la crise est l’une des rares traditions catholiques véritablement pérennes.

    Nous avons connu des papes corrompus, des évêques mondains, des hérésies, des schismes, des révolutions, des persécutions et des commissions liturgiques. Et pourtant, nous sommes toujours là.

    Ce dernier fait me semble être, avant tout, un argument en faveur de l’origine divine de l’Église. Une organisation purement humaine, dirigée comme l’Église l’a parfois été, aurait probablement fait faillite aux alentours du IVe siècle.

    Et pourtant, la situation est grave. Non pas parce que l’Église manque de popularité. Non pas parce que sa part de marché diminue. Non pas parce qu’elle ne parvient pas à séduire le consommateur moderne.

    La crise est grave parce qu’il règne, au sein même de l’Église, une incertitude sur les points précis où elle devrait offrir des certitudes : qu’est-ce que la vérité ? Qu’est-ce que le péché ? Qu’est-ce que le mariage ? Qu’est-ce que le sacerdoce ? Qu’est-ce que la liturgie ? Qu’est-ce que l’obéissance ? Que signifie la miséricorde ? Qu’est-ce que le Christ a confié exactement à son Église ?

    Et, peut-être plus fondamentalement encore : croyons-nous toujours vraiment que l’Église a reçu du Christ quelque chose qu’elle n’a pas l’autorité de modifier ? C’est là le cœur du problème.

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  • Le Pape Léon lors de la réunion Amoris laetitia : l'Église doit proclamer l'enseignement de l'Évangile dans les situations de fragilité

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    De Michelle La Rosa sur The Pillar :

    Le Pape Léon lors de la réunion Amoris laetitia : l'Église doit proclamer l'enseignement de l'Évangile dans les situations de fragilité

    « L'Esprit Saint parle souvent à travers les situations mêmes qui nous interpellent. »

    7 octobre  2026

    Le pape Léon XIV a invité les participants à un rassemblement mondial à réfléchir sur la manière dont l'Église peut proclamer la plénitude de son enseignement sur le mariage et la famille aux personnes vivant dans des situations de fragilité.

    « La fragilité mérite une attention particulière, car elle peut profondément façonner la façon dont les gens se voient eux-mêmes, voient leur avenir, et même leur relation avec Dieu et avec l'Église », a déclaré le pape dans son allocution d'ouverture mercredi.

    L'expérience de la fragilité soulève la question de savoir si nous sommes capables de rester proches les uns des autres lorsque la vie ne correspond plus à ce que l'on avait espéré, et si nous pouvons reconnaître l'œuvre de la grâce même dans des situations marquées par les limites, les blessures et les échecs apparents.

    Le pape a prononcé ce discours le 7 octobre au début d'un rassemblement d'une semaine réunissant des évêques du monde entier, convoqué pour faire le point sur l'exhortation apostolique Amoris laetitia de 2016. Promulguée par le pape François, Amoris laetitia était un document vaste et détaillé sur la vie de famille, abordant des sujets tels que la préparation au mariage, l'éducation des enfants et la spiritualité conjugale.

    Mais l'exhortation apostolique a suscité le plus d'attention – et de controverses – à cause d'une note de bas de page qui abordait l'accès aux sacrements pour les catholiques divorcés et remariés.
    L'exhortation apostolique affirme au paragraphe 305 qu'un pasteur ne peut pas se sentir satisfait de l'application pure et simple de lois morales à ceux qui vivent dans des situations « irrégulières », comme s'il s'agissait de pierres à lancer contre la vie des gens. Le paragraphe ajoute qu'en raison des conditionnements et des facteurs atténuants, il est possible que dans une situation objective de péché – qui n'est pas subjectivement coupable, ou qui ne l'est pas pleinement – une personne vive dans la grâce de Dieu, puisse aimer et puisse également grandir dans la vie de grâce et de charité, tout en recevant à cet effet l'aide de l'Église.

    Une note de bas de page rattachée à ce paragraphe précise que cette aide peut inclure le secours des sacrements et ajoute que l'Eucharistie « n'est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles ».

    Plus tard, les évêques de la région de Buenos Aires en Argentine ont publié une instruction pour leurs prêtres dans laquelle ils appelaient à un discernement mutuel, avec un couple en union irrégulière, sur la possibilité de recevoir la communion et la sienne confession s'il est reconnu, dans un cas concret, qu'il existe des limitations qui diminuent la responsabilité et la culpabilité. « Amoris laetitia ouvre la voie à l'accès aux sacrements de la réconciliation et de l'Eucharistie », ont déclaré les évêques de Buenos Aires.

    Le pape François a déclaré plus tard qu'il n'y avait pas d'autre interprétation possible du document, et le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a indiqué en 2023 que le pape avait inclus l'instruction des évêques de Buenos Aires dans les Acta Apostolicae Sedis et qu'elle était donc considérée comme un magistère authentique.

    Les critiques du texte de Buenos Aires et de la formulation de la note de bas de page ont fait valoir qu'elle semblait aller directement à l'encontre de la discipline sacramentelle de l'Église et de son enseignement sur le mariage.

    En mars 2026, le pape Léon a appelé à un rassemblement mondial d'évêques pour réfléchir au dixième anniversaire d' Amoris laetitia. Ce rassemblement, qui se tient du 7 au 14 octobre au Vatican, s'intitule : Dix ans après Amoris laetitia : proclamer l'Évangile avec les familles d'aujourd'hui.

    L'ensemble des 115 conférences épiscopales du monde entier y sont représentées, ainsi que les 15 Églises catholiques orientales sui iuris (de droit propre). À leurs côtés participent 11 couples ou familles, ainsi que 26 experts et 16 facilitateurs.

    Des questions s'étaient posées avant la réunion sur la question de savoir si elle porterait sur les controverses d' Amoris laetitia. Les remarques liminaires du pape Léon n'ont pas abordé directement les sujets polémiques du document. Mais le pape a parlé de la nécessité d'offrir la plénitude de l'enseignement de l'Évangile sur la famille aux personnes en situation de fragilité.

    « Quel genre d'Église les gens rencontrent-ils donc précisément lorsqu'ils sont le plus fragiles ? Nos communautés les aident-elles à découvrir qu'ils ont encore une place, une responsabilité et des dons à offrir ? », s'est-il interrogé.

    Il a appelé à des manières renouvelées de proclamer l'Évangile, d'offrir les grâces sacramentelles, d'accompagner les familles et de rendre visible la tendresse avec laquelle le Christ continue de marcher parmi son peuple.

    « En tant que pasteurs, nous avons reçu la responsabilité, à temps et contre temps, de proclamer la beauté du plan de Dieu pour le mariage et la famille, ainsi que son appel à l'amour et à la tendresse », a-t-il déclaré. « Cela nous met au défi d'accompagner les gens alors qu'ils cherchent à vivre leur vocation dans les circonstances concrètes de leur vie. »

    Le pape a comparé cette réunion aux récits scripturaires des Apôtres se réunissant périodiquement pour rendre compte de tout ce que Dieu avait accompli par eux. Il a encouragé les personnes présentes à partager leurs expériences de la dernière décennie depuis la publication d' Amoris laetitia, et à affronter les questions difficiles avec courage.

    Dans de nombreux contextes, une distance croissante est apparue entre la façon dont la sexualité et l'intimité sont vécues et la vision chrétienne du mariage. Les jeunes continuent de désirer l'amour, la fidélité et le sentiment d'appartenance, mais beaucoup ont du mal à concevoir comment une telle vision de l'amour peut prendre forme dans leur propre vie ou à croire qu'un engagement à vie soit la condition pour atteindre ce qu'ils désirent.

    L'insécurité économique, la migration, la violence, la solitude et d'autres formes de fragilité émotionnelle façonnent également les choix que font les gens et les perspectives qu'ils peuvent imaginer pour leur avenir, a-t-il déclaré.

    Il a également demandé aux participants d'écouter les expériences vécues par les familles et de s'enrichir de la sagesse qu'elles ont à partager.

    « L'Esprit Saint parle souvent à travers les situations mêmes qui nous interpellent, et nous éclaire pour que nous puissions découvrir comment la miséricorde de Dieu et la grâce salvatrice du Christ peuvent atteindre nos familles aujourd'hui, en particulier dans leur faiblesse et leur résilience, dans leurs espoirs et leurs déceptions, dans leur désir de communion et leur recherche de sens », a-t-il déclaré.

     
    Dans son message de bienvenue aux participants, le cardinal Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, a cité le message du pape Léon du 19 mars annonçant la réunion d'octobre, dans lequel le pape affirmait que Familiaris consortio de Jean-Paul II et Amoris laetitia ont toutes deux renforcé l'engagement doctrinal et pastoral de l'Église au service des jeunes, des couples mariés et des familles.

    « Le moment est venu de réfléchir au chemin que nous avons parcouru dans nos Églises, de regarder en avant vers les défis qui nous attendent et de nous demander ce qui pourrait rendre la proclamation de l'Évangile plus pertinente pour les familles, afin qu'elles redécouvrent et vivent leur vocation chrétienne avec une plus grande conscience », a-t-il déclaré.

    « Nous vivons une époque de transformations culturelles et sociales rapides, qui ont profondément façonné la réalité de la famille au cours des 10 dernières années », a poursuivi le cardinal Farrell, en pointant du doigt la sécularisation, l'individualisme et la technologie parmi les moteurs de ce changement social. « Parallèlement, les gens font l'expérience de nouvelles questions sur le sens de la vie et... un désir de relations authentiques, durables et fructueuses. »

    La catéchèse, essentielle à la formation chrétienne, demeure indispensable, mais dans de nombreux contextes, elle ne peut plus soutenir à elle seule la transmission de la foi et le développement d'une relation personnelle avec Dieu chez les jeunes générations. En effet, nous ne pouvons plus tenir pour acquise la famille et l'ambiance sociale qui, autrefois, contribuaient presque naturellement à préserver la vie chrétienne au sein du foyer.

     
    Dans une méditation d'ouverture proposée aux participants, sœur Helen Alford (OP), doyenne des sciences sociales à l'Université pontificale Saint-Thomas à Rome, a également mis en avant ce qu'elle a décrit comme une continuité entre Familiaris consortio et Amoris laetitia.

    Les deux documents, a-t-elle expliqué, cherchent à la fois à maintenir l'idéal – la loi étant un don de Dieu qui indique la voie – et à reconnaître que beaucoup ne sont pas en mesure de comprendre pleinement, d'apprécier ou... de mettre en pratique les exigences objectives de la loi.

    Trente-cinq ans séparent ces deux documents, durant lesquels la situation concrète de la vie familiale chrétienne a connu de nombreux développements nouveaux. Comme dans d'autres domaines, par exemple dans l'enseignement social de l'Église, lorsque les situations sociales sont turbulentes et changent rapidement, il peut s'avérer nécessaire de trouver de nouvelles manières de conjuguer à la fois les exigences objectives de la loi (AL 295) et la loi de la gradualité (FC 34) que beaucoup expérimentent en tentant d'y entrer, a-t-elle déclaré. Tant Familiaris consortio que Amoris laetitia tentent de le faire dans leurs contextes historiques respectifs.

    Sœur Alford a également réfléchi au fait que les familles sont à la fois évangélisatrices et en besoin d'évangélisation.

    « Les familles sont souvent le premier lieu où les gens reçoivent la proclamation de l'Évangile », a-t-elle observé. « En même temps, de nombreuses familles en situation de souffrance et de besoin pourraient tirer une aide immense pour affronter leurs épreuves en entendant la Bonne Nouvelle leur être proclamée, en recevant la nouvelle perspective que l'Évangile nous donne sur la vie et, par là même, la grâce des sacrements », a-t-elle ajouté.

    Les tensions, les pressions et les ruptures mêmes de la vie familiale peuvent être portées avec plus de vaillance et avec l'espoir de les surmonter en les unissant aux souffrances du Christ.

    Réitérant l'insistance du pape Léon sur la nécessité d'accompagner les familles dans les moments de fragilité, sœur Alford a souligné que « la beauté de la vocation au mariage se trouve à travers, avec et dans sa fragilité, notamment parce que la faiblesse peut réveiller la confiance en Dieu, et que la confiance en Dieu éveille le désir de sainteté ».

    Elle a cité l'histoire de la Samaritaine dans l'Évangile de Jean comme exemple d'une proclamation de l'Évangile adressée à – et à travers – une personne vivant une situation familiale fragile.

    « L'évangélisation doit commencer par une rencontre qui éveille un désir chez l'autre », a-t-elle déclaré. « Vient ensuite la phase que nous aimerions éviter : faire face à la brisure et à la faiblesse de notre interlocuteur, puisque nous aussi, nous savons combien nous avons besoin de la miséricorde de Dieu », a-t-elle poursuivi.

    Pourtant, selon ce modèle, il est nécessaire de le faire, non pas pour condamner, mais pour rendre la rencontre plus réelle et le besoin d'aide plus pressant. « Ce n'est qu'alors que nous sommes appelés, dans ce modèle, à partager ce que nous avons à enseigner », a-t-elle précisé, notant que ce processus amène la personne qui a été évangélisée à devenir à son tour évangélisatrice pour les autres.

    À la suite de la réflexion de sœur Alford, les participants à la réunion ont entamé des discussions en petits groupes, qui se poursuivront pendant plusieurs jours, en se penchant sur les thèmes proposés :
    • les familles aujourd'hui : réalité, beauté et défis ;
    • les jeunes et la découverte de la vocation au mariage ;
    • les premières années de mariage : un temps décisif ;
    • dans les difficultés de la vie : accompagner et soutenir ;
    • et les familles chrétiennes en tant que sujets de la mission de l'Église.
    Chaque groupe présentera un bref rapport à l'assemblée, suivi d'un temps d'échanges en séance plénière.
    Les discussions menées durant ces cinq journées thématiques seront synthétisées dans un rapport récapitulatif. Une commission comprenant des représentants de l'assemblée veillera à ce que le rapport reflète fidèlement les échanges.
    Le dernier jour, le mercredi 14 octobre, le pape Léon XIV célébrera une messe sur la place Saint-Pierre. L'assemblée discutera ensuite du rapport récapitulatif avant de le confier au pape, qui prononcera un discours de conclusion. Ce résumé sera rendu public en tant que document de travail, et non comme un texte destiné à remplacer Amoris laetitia.
  • Le cardinal Burke inaugure la conférence mariale à Rome par un discours sur Notre-Dame de Guadalupe comme co-rédemptrice

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    Du substack de Diane Montagna :

    Le cardinal Burke inaugure la conférence mariale à Rome par un discours sur Notre-Dame de Guadalupe comme co-rédemptrice

    Texte intégral du discours d'ouverture du cardinal Burke à la Conférence mariale « De Maria numquam satis »

    7 octobre 2026

    ROME, 7 octobre 2026 — Une importante conférence mariale internationale s'est ouverte aujourd'hui à Rome, avec la participation du cardinal Raymond Burke, du théologien pontifical et père dominicain Wojciech Giertych, et de l'ancien secrétaire du cardinal George Pell, le père Joseph Hamilton, spécialiste de la patristique.

    Intitulé « De Maria numquam satis — De Marie, on ne peut jamais en dire assez » , le symposium de deux jours, qui se tient à l’Augustinianum, propose des contributions théologiques et historiques sur la Bienheureuse Vierge Marie dans le dogme et le culte.

    Substack de Diane Montagna est une publication financée par ses lecteurs. Pour recevoir les nouveaux articles et soutenir mon travail, pensez à vous abonner gratuitement ou payantement.

    Le cardinal Burke a ouvert la conférence ce matin par un discours intitulé : « Notre-Dame de Guadalupe et le règne du Christ Roi : la mission de la co-rédemptrice et des co-rédempteurs ».

    Son but, a-t-il déclaré, est de montrer « comment l’apparition de Notre-Dame de Guadalupe à Tepeyac en 1531 est une manifestation et une expression des plus belles et des plus éloquentes de la vérité de sa participation singulière, voire unique, à l’œuvre salvifique de son Divin Fils, de la vérité de la doctrine de son titre de Co-Rédemptrice, lorsqu’elle est correctement comprise. »

    « En même temps », a-t-il dit, « j’espère que cela nous a rappelé à tous notre vocation à être, avec la Vierge de Guadalupe, des participants à l’œuvre de l’Incarnation rédemptrice. »

    Le discours d'ouverture du cardinal Burke est reproduit intégralement ci-dessous.


    « Notre-Dame de Guadalupe et le règne du Christ Roi :

    La mission de la co-rédemptrice et des co-rédempteurs

    Introduction

    C’est avec une immense joie que je prononce le discours d’ouverture de cette importante conférence internationale sur la Vierge Marie dans le dogme et le culte : contributions théologiques et historiques. Avec vous, je suis profondément reconnaissant envers les organisateurs et tous ceux qui ont rendu cette conférence possible. Pour l’ouvrir, je vous propose une réflexion sur le thème : Notre-Dame de Guadalupe et le règne du Christ Roi : la mission de la co-rédemptrice et des co-rédempteurs.

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  • Ordre et désordre : une interview du cardinal Eijk

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    De l'Observatoire International Cardinal Van Thuan :

    Interview du cardinal Eijk 

    « Une société est ordonnée lorsque son organisation et sa structure sont fondées sur les intentions que Dieu avait en tête lors de la création du monde. » L’archevêque d’Utrecht s’exprime à la veille de son discours inaugural, qu’il prononcera le vendredi 9 octobre, pour le cours vidéo sur la doctrine sociale de l’Église organisé par Bussola et l’Osservatorio Van Thuân ( cliquez ici pour consulter le programme complet et vous inscrire ).

    *****

    « Nous, chrétiens, devons sans cesse, avec courage et clarté, présenter la vérité à tous, afin que les membres de la société prennent conscience que le Créateur, et non l’État, est la source de la dignité humaine. » C’est ce qu’affirme le cardinal Willem Jacobus Eijk, archevêque d’Utrecht, dans cet entretien avec La Bussola , à la veille de sa leçon inaugurale à l’École nationale de doctrine sociale de l’Église, consacrée à « L’ordre et le désordre social : les origines de l’insécurité », que La Bussola organise en collaboration avec l’Observatoire Cardinal Van Thuân.

    Le cardinal Eijk prononcera son discours en direct le vendredi 9 octobre à 21 heures, intitulé « L’ordre social selon la doctrine sociale de l’Église », une introduction à l’École, qui se poursuivra ensuite par des réunions hebdomadaires animées par des experts.

    Éminence, commençons par clarifier les termes : qu’entendons-nous par ordre et désordre ?

    Quand on parle d'ordre dans la société, on imagine d'abord une société où règnent la paix et la sérénité. Face au désordre, on pense immédiatement au chaos, aux conflits entre les membres et à d'autres tensions. Ces représentations de la société, qui opposent l'ordre au désordre, ne sont pas fausses en soi, mais elles occultent la dimension plus profonde qui sous-tend ces deux notions. Une société où règne l'ordre est celle dont l'organisation et la structure reposent en définitive sur l'ordre de la création, c'est-à-dire sur les intentions de Dieu lors de la création du monde. Une société désordonnée, en revanche, est celle où l'ordre de la création est ignoré et où les intentions divines sont bafouées. Le mépris de l'ordre de la création a de graves conséquences pour la société. Cela est déjà manifeste chez les premiers humains qui, après le péché originel, se sont éloignés les uns des autres et ont commencé à s'affronter. L'homme reproche à sa femme le péché originel : « La femme que tu as mise auprès de moi, c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé » (Genèse 3,12). Et à la femme, Dieu dit entre autres : « Ton désir se portera vers ton mari, et il dominera sur toi » (Genèse 3,16). La paix et la sérénité se perdent au sein même de la cellule primordiale de la société, et par conséquent aussi dans les sociétés les plus vastes.

    Quels sont les principes sur lesquels repose une société ordonnée ?

    Ce sont les principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Église. Premièrement, la dignité fondamentale de la personne humaine doit toujours être respectée. Elle est le fondement des autres principes de la doctrine sociale : le souci du bien commun, le principe de subsidiarité, le principe de solidarité et l’option fondamentale en faveur des pauvres.

    Le Magistère de l'Église parle d'un ordre fondé sur le droit naturel, qui renvoie à une objectivité valable pour tous les hommes. Or, cela se heurte à la conception moderne de l'État, où les critères de l'ordre social sont établis par les puissants ou par le vote majoritaire. Comment surmonter cette dichotomie ?

    La loi morale naturelle trouve son origine dans le fait que l'univers, à l'instar de l'être humain, a été créé par Dieu. C'est Dieu qui a créé l'homme à son image et à sa ressemblance et qui, de ce fait, lui a conféré une dignité inviolable, source de ses droits et de ses devoirs. Lorsque l'existence du Créateur et de la création est niée, c'est l'État qui, par le biais d'une majorité autocratique ou démocratique, détermine les droits de l'être humain et ce qu'on peut attendre de lui. Par conséquent, l'État peut, par exemple, interdire, sous certaines conditions, le droit à la tutelle à l'enfant à naître. Cette dichotomie ne peut être surmontée que lorsque l'État reconnaît que Dieu est la source des droits et des devoirs de l'homme et que la législation s'en inspire. Nous, chrétiens, devons sans cesse, avec courage et clarté, présenter la vérité à tous, afin que chacun comprenne que c'est le Créateur, et non l'État, qui est la source de la dignité humaine. L'augmentation significative du nombre de jeunes catholiques en France, mais aussi aux Pays-Bas et en Angleterre ces dernières années, est un signe d'espérance : la proclamation de la vérité en Jésus-Christ continuera de porter du fruit. Ces jeunes catholiques adhèrent généralement à la doctrine de l'Église, notamment à son organisation de la société.

  • « Comment les universités belges se sont laissé gagner par l’idéologie progressiste » (Alain Destexhe)

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    D'Alain Destexhe sur le Figaro Vox (2/10) via le site "Pour une école libre au Québec" :

    « Comment les universités belges se sont laissé gagner par l’idéologie progressiste »

    Entre la récitation du Coran devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven et les mesures prises par l’université de Gand contre un de ses chercheurs, les universités cèdent à l’idéologie progressiste, au détriment de la liberté académique, estime le sénateur honoraire belge. Alain Destexhe est médecin, ex-secrétaire général de MSF, sénateur honoraire belge, et fondateur du parti belge Libéraux Démocrates. Dernier livre paru Mayotte : comment l’immigration détruit une société (Éditions Texquis, 2025).

    Les universités belges sont de plus en plus contaminées par l’idéologie progressiste. Le 16 septembre, à l’occasion de la rentrée universitaire, le Coran a retenti [lors de la messe] dans l’église Saint-Pierre de Louvain devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven (KUL), la plus ancienne université catholique au monde, fondée en 1425. Cette scène illustre  une étrange maladie de l’Occident  : considérer son propre héritage comme un problème – un péché ? – dont il faudrait sans cesse s’excuser, tandis que l’affirmation d’autres identités serait une vertu. Le principe de l’inclusion désormais brandi par la KUL, la meilleure du pays, aboutit ainsi à l’effacement de son caractère catholique. À force de vouloir embrasser toutes les identités, elle n’assume plus la sienne.

    Quelques semaines plus tôt, l’Université de Gand (UGent) s’était trouvée au cœur d’une autre polémique, tout aussi révélatrice, celle de la liberté académique. Elle accueillait comme postdoctorant le chercheur américain Nathan Cofnas, celui qui avait accusé de plagiat  Jason Arday, le plus jeune professeur noir de l’histoire de Cambridge, icône des médias britanniques. D’autres révélations montrèrent que son parcours officiel relevait de la mythomanie. Le scandale prit une ampleur nationale. Arday démissionna de Cambridge, puis se suicida. Cofnas fut alors accusé d’être responsable de sa mort, notamment lors d’une manifestation à Trafalgar Square, où son nom fut jeté en pâture à la foule, comme dans les «Deux Minutes de la Haine» de 1984.

    L’UGent, qui aurait dû protéger son chercheur, le suspendit en raison aussi de ses travaux antérieurs portant sur l’hérédité, des thèses controversées, mais jamais vraiment réfutées. Après des pressions du monde entier pour défendre sa liberté de chercheur – jusqu’à l’intervention de l’ambassadeur américain – la suspension fut levée, mais il demeure soumis à des mesures restrictives absurdes comme l’interdiction de se rendre sur le campus et d’enseigner ! Son contrat ne sera vraisemblablement pas renouvelé. Au lieu d’être félicité, Nathan Cofnas fut diabolisé. Il a pourtant rendu service à Cambridge et à l’ensemble du monde universitaire en démontrant l’aberration  des politiques de DEI  (Diversité, Équité, Inclusion) qui avaient promu Jason Arday en raison de sa couleur de peau au détriment d’autres plus qualifiés.

    Les décisions de l’UGent ont été prises par Petra De Sutter, rectrice depuis 2025, personne  transgenre, ancienne sénatrice, puis vice-première ministre Groen (écologiste), militante de longue date des droits LGBT, qui n’avait quasiment plus rien publié depuis dix ans. Qu’une université prestigieuse – deuxième belge et 98e mondiale au classement de Shanghai – ait choisi un profil politique militant minoritaire pour la diriger, dans une Flandre politiquement ancrée à droite, montre l’écart entre l’institution et la société dont elle est issue.

    L’Université libre de Bruxelles (ULB) a, elle, depuis longtemps renoncé au libre examen, son principe fondateur. Elle s’est complètement discréditée en choisissant  Rima Hassan  [d'origine palestienne, c'est une politicienne de gauche, députée au Parlement européen] comme marraine de la promotion de droit 2025. Enfin, récemment à Liège, un professeur réputé et médiatique, Damien Ernst, a été violemment entarté en plein cours par le Vrai Comité (Populaire) d’Éthique de l’ULiège (sic). Au-delà de l’accusation de fascisme pour sa collaboration scientifique avec Thales dans le domaine de la défense, l’action, largement relayée, visait à menacer tout professeur qui se risquerait à sortir de la doxa imposée par les étudiants gauchistes.

    Depuis  le 7 octobre 2023, toutes les universités belges ont vu se succéder occupations de bâtiments et campagnes de boycott d’Israël. Les étudiants y ont imposé une grille de lecture unique du conflit israélo-palestinien, peu contestée par les autorités universitaires. Le pogrom du 7 octobre et le rôle du Hamas sont devenus secondaires. Israël, et souvent les Juifs, sont devenus des sujets collectifs de culpabilité. En avril 2026, trois universités flamandes (Anvers, Gand et la Vrije Universiteit Brussel) ont porté cette logique à son comble en décernant un doctorat honoris causa conjoint à Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU. Elles ont ainsi conféré une légitimité académique à une figure militante, malgré de nombreuses protestations. Gand honore Albanese, l’activiste propalestinienne, mais sanctionne Cofnas, le chercheur !

    Dans toutes les universités, le palestinisme s’inscrit dans la  convergence des luttes. Climat, LGBTQ, anticapitalisme, décolonialisme, boycott d’Israël voire antisémitisme font partie de la lutte antifasciste. Le discours militant mélange génocide, sionisme, énergies fossiles… comme s’il s’agissait d’une seule et même cause et dénonce des « systèmes d’oppression ». Petra De Sutter, militante transgenre et figure propalestinienne, véritable égérie médiatique, incarne cette fusion réussie au sommet de l’Université de Gand, comme un modèle à suivre en Occident. L’avenir de la jeunesse belge est entre de bonnes mains !

    [Si l'on regroupe l'ensemble du territoire belge, les projections et modèles sociologiques estiment que les jeunes de confession musulmane représentent environ 12 % à 15 % de la population totale des moins de 25 ans en Belgique.]

  • Dix ans après Amoris Laetitia : que peut-on attendre de la réunion de Rome ?

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    Dix ans après Amoris Laetitia : que peut-on attendre de la réunion de Rome ?

    Depuis le 7 octobre 2026 et jusqu’au 14, le Vatican accueille une réunion importante convoquée par le pape Léon XIV à l’occasion du dixième anniversaire de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia. Intitulée « Dix ans après Amoris Laetitia : annoncer l’Évangile avec les familles aujourd’hui », elle rassemble les chefs des Églises orientales catholiques, les présidents des conférences épiscopales, une vingtaine d’invités personnels du pape, des experts et une dizaine de couples venus des cinq continents. Environ 187 participants sont attendus pour une semaine d’écoute, de partage d’expériences et de discernement en style synodal.

    Un objectif pastoral, pas doctrinal

    La rencontre n’est pas un synode des évêques. Elle ne vise pas à réécrire le magistère. Son but officiel est de discerner, dans l’écoute mutuelle, les étapes concrètes à franchir pour annoncer l’Évangile avec et aux familles d’aujourd’hui, à la lumière d’Amoris Laetitia et de ce qui se fait déjà dans les Églises locales. Cinq thèmes structurent les travaux : la réalité des familles contemporaines, la vocation des jeunes au mariage, les premières années de la vie conjugale, l’accompagnement des situations complexes, et le rôle missionnaire des familles chrétiennes.

    Du positif peut en sortir. L’échange d’expériences concrètes, la présence de couples et de représentants de réalités très diverses (Afrique, Asie, Amérique latine, Europe sécularisée…) peut permettre d’identifier de bonnes pratiques pastorales, de mieux mesurer la crise du mariage et de la transmission de la foi, et de relancer une attention réelle aux familles comme acteurs de l’évangélisation. Une synthèse sera remise au pape le 14 octobre, jour où il présidera une messe sur la place Saint-Pierre.

    Les risques pour la doctrine traditionnelle

    Pourtant, de nombreuses voix s’inquiètent. La doctrine classique de l’Église sur le mariage – indissoluble, exclusif, entre un homme et une femme, total, fidèle et ouvert à la vie – n’est pas formellement remise en cause. Léon XIV a lui-même, dans d’autres interventions, réaffirmé des formulations fortes (« le mariage n’est pas un idéal, mais le canon du véritable amour »).

    Le vrai enjeu se situe ailleurs. Amoris Laetitia, surtout dans son chapitre 8, a ouvert la porte, via le discernement et l’accompagnement, à la possibilité d’accès aux sacrements pour certaines personnes en situation « irrégulière ». Cette interprétation a été confirmée comme magistère authentique. Dix ans plus tard, en prenant ce document comme horizon incontestable et en privilégiant « l’expérience vécue », la réunion risque de consolider une pratique pastorale où la norme objective s’efface progressivement derrière les cas particuliers. Sans clarification doctrinale claire, les divergences entre diocèses et conférences épiscopales peuvent s’accentuer.

    Le choix des invités : un signal net

    C’est ici que le choix des 22 invités personnels du pape devient révélateur. Parmi eux figurent de manière très visible des figures marquantes de l’aile progressiste associée au pontificat de François : les cardinaux Blase Cupich (Chicago), Robert McElroy (Washington), Joseph Tobin (Newark), José Cobo Cano (Madrid), Jean-Claude Hollerich, Víctor Manuel Fernández (préfet de la Doctrine de la Foi), Luis Antonio Tagle ou encore Pablo Virgilio David. Les États-Unis sont nettement surreprésentés.

    Aucun des critiques historiques d’Amoris Laetitia – signataires des dubia de 2016 ou figures comme les cardinaux Burke, Brandmüller, Sarah ou Zen – n’a été invité personnellement. Dans l’Église, le choix des personnes est déjà une orientation. En sélectionnant précisément ceux qui ont porté et élargi la lecture « pastorale » et souple du document, Léon XIV indique clairement une préférence pour la continuité avec l’approche de François plutôt qu’un recentrage doctrinal.

    Conclusion

    Cette réunion peut produire des fruits pastoraux utiles : un regard plus réaliste sur les défis des familles, un partage d’expériences et peut-être un regain d’attention à la mission des foyers chrétiens. Mais sa composition et son cadre laissent peu de doute sur son orientation probable. Elle s’inscrit dans la ligne de continuité avec Amoris Laetitia telle qu’elle a été reçue et appliquée depuis dix ans, avec le risque d’une érosion progressive, par la pratique, de la clarté de la doctrine traditionnelle sur le mariage et la famille.

    Ce qui sortira de la synthèse finale et de la façon dont elle sera reçue localement sera déterminant. Pour l’instant, les signaux envoyés par Rome pointent davantage vers une consolidation de l’approche « libérale-pastorale » que vers un rééquilibrage.

    (avec l'IA)

  • La tactique trompeuse de la Révolution silencieuse (Mgr Rob Mutsaerts)

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    De Mgr Rob Mutsaerts :

    6 octobre 2026

    La tactique trompeuse de la Révolution silencieuse

    En deux mille ans, l’Église catholique a pratiquement tout connu de ce qui peut arriver à une institution : mauvais papes, évêques corrompus, hérésies, schismes, révolutions, persécutions, monastères décadents, clercs débauchés et théologiens désireux d’être si originaux qu’à la fin eux seuls comprenaient encore ce qu’ils voulaient dire.

    Et pourtant, l’Église est toujours là. Non pas parce que les catholiques ont toujours été raisonnables. Ce serait une hypothèse historique pour le moins audacieuse. L’Église a survécu parce qu’un phénomène assez remarquable s’est régulièrement reproduit : après la fumée, les querelles et les acrobaties intellectuelles, l’orthodoxie catholique s’est révélée dotée d’un extraordinaire pouvoir de résistance.

    Arius a disparu, Nicée est restée. Les cathares ont disparu, le Credo est resté. Le jansénisme, le modernisme et des dizaines d’autres modes ont fait leur apparition en se présentant comme l’avenir, avant de finir dans les notes de bas de page de l’histoire.

    Le catholicisme possède un critère assez simple pour discerner la vérité : la continuité. D’où l’importance de la Tradition, de ce dépôt de la foi qui nous a été transmis.

    Cela ne signifie évidemment pas que rien ne puisse jamais changer. La liturgie s’est développée, le droit canonique a évolué, les disciplines ecclésiastiques ont été modifiées, les formulations théologiques ont été précisées. Un chêne, après cinq cents ans, ne ressemble plus à ce qu’il était lorsqu’il n’était encore qu’un gland.

    Mais si, soudain, ce gland se met à donner une tulipe, le mot « développement » n’est plus vraiment approprié.

    C’est là que se situe le problème de la crise actuelle de l’Église. Il n’y a pas de spectaculaire prise d’assaut du Vatican. La première étape consiste au contraire à maintenir la doctrine en l’état. La formule ecclésiale moderne pourrait se résumer ainsi : « Bien sûr, la doctrine ne change pas, mais notre approche pastorale, elle, doit changer. »

    Cela semble rassurant. Jusqu’au jour où la pratique pastorale finit, année après année, par communiquer exactement le contraire de la doctrine qui, officiellement, serait restée inchangée.

    Prenons l’Allemagne. La Voie synodale allemande ne s’est pas contentée de parler de réformes administratives ou d’un meilleur contrôle du pouvoir des évêques. Son ordre du jour officiel portait notamment sur la sexualité, l’homosexualité, la place des femmes dans les ministères ecclésiaux et la structure de l’autorité dans l’Église. En 2023, la Voie synodale a même adopté une résolution demandant que soient officiellement autorisées des célébrations de bénédiction pour, entre autres, les couples homosexuels et les couples de personnes divorcées et remariées, avec des formes liturgiques à élaborer.

    Rome avait elle-même identifié le problème. En 2022, le Saint-Siège avait expressément déclaré que la Voie synodale allemande n’était pas habilitée à imposer de nouvelles formes de gouvernement ni de nouvelles orientations en matière de doctrine et de morale, car cela pouvait constituer une « blessure pour la communion ecclésiale » et une menace pour l’unité de l’Église.

    Voilà qui est assez révélateur. Lorsque Rome doit publiquement rappeler à un processus conduit par des évêques qu’il ne peut instaurer une nouvelle morale, il est évident que nous ne parlons pas simplement de brouillard liturgique.

    Et pendant ce temps, le processus continue.

    En avril 2025, des représentants de la Conférence épiscopale allemande et du ZdK ont publié un guide encourageant explicitement la pratique de bénédictions pour les divorcés remariés, les couples de toutes orientations sexuelles et d’autres couples non mariés selon les formes reconnues par l’Église.

    Et une fois encore, le discours n’est pas : « L’ancienne doctrine est fausse », mais : « Nous accompagnons les personnes. »

    Pas : « La morale change. »

    Mais : « C’est de la proximité pastorale. »

    Celui qui s’y oppose se voit alors rapidement attribuer le rôle quelque peu étrange du pharisien. Le réformateur possède l’amour ; le catholique orthodoxe, semble-t-il, ne possède plus que le code juridique.

    Rhétoriquement, c’est particulièrement habile.

    Le même problème est apparu avec Fiducia supplicans. Ce document de 2023 maintient formellement et explicitement la doctrine catholique du mariage. Il précise même que les unions homosexuelles ne peuvent être confondues avec le mariage et que les bénédictions envisagées ne doivent pas prendre une forme liturgique qui ressemblerait à une célébration matrimoniale.

    En même temps, il autorise que des couples de même sexe puissent recevoir spontanément une bénédiction.

    Il faut être singulièrement naïf pour penser que les gestes symboliques ne véhiculent aucun message.

    Le lendemain de la publication du document, le jésuite américain James Martin bénissait à New York un couple homosexuel marié, en présence de la presse.

    Formellement, on peut toujours dire : aucun mariage n’a été célébré.

    Matériellement, la moitié du monde a vu ceci : deux hommes vivant comme un couple reçoivent ensemble la bénédiction d’un prêtre catholique.

    Et voici que réapparaît l’étrange distinction : « Ce que vous voyez n’est pas ce que nous voulons dire. »

    À la longue, c’est une stratégie pastorale difficile à tenir. Le langage sacramentel de l’Église repose précisément sur des signes visibles. Si nous enseignons pendant des siècles que les gestes ont un sens, nous pouvons difficilement affirmer soudain qu’une bénédiction ecclésiale doit être comprise uniquement à travers les notes de bas de page d’un document romain.

    Et puis il y a Mgr Johan Bonny, évêque d’Anvers. En mars 2026, il a déclaré qu’il souhaitait parvenir à ordonner à Anvers, en 2028, des hommes mariés au sacerdoce — après une période de préparation extrêmement courte, alors que le sacerdoce requiert réellement plusieurs années de formation.

    Il l’a même formulé ainsi : selon lui, la question n’est désormais plus de savoir si cela arrivera, mais quand cela arrivera.

    Entre-temps, des candidats sont préparés, alors que l’autorisation de Rome demeure nécessaire pour procéder effectivement à leur ordination.

    Et c’est précisément cela qui illustre le nouveau style de gouvernement ecclésial.

    On commence par créer une attente. Puis on organise la pratique. Ensuite, on demande à Rome de régulariser la réalité qui s’est entre-temps installée.

    La question n’est plus : « Qu’est-ce que l’Église autorise ? »

    Elle devient : « Que pouvons-nous déjà faire pour qu’il soit ensuite difficile à l’Église de revenir en arrière ? »

    Ce n’est pas de la synodalité.

    C’est une théologie du fait accompli.

    Nous en arrivons ainsi au pape François.

    Son pontificat a favorisé une culture dans laquelle l’ambiguïté était remarquablement souvent interprétée dans un sens progressiste. La formule était toujours plus ou moins la même : la doctrine demeure intacte, mais le cas concret est complexe ; les normes continuent d’exister, mais il faut discerner ; la doctrine est claire, mais son application pastorale peut varier.

    En soi, rien de cela n’a quoi que ce soit d’anti-catholique. Thomas d’Aquin savait lui aussi que la prudence devait être appliquée aux circonstances concrètes.

    Mais lorsque presque toutes les exceptions vont dans la même direction, il devient légitime de se demander si nous avons encore affaire à des exceptions.

    Il y a de bonnes raisons de s’en inquiéter.

    Pourquoi ?

    Il suffit de lire l’histoire de l’Église.

    Les bouleversements ecclésiaux commencent rarement par une annonce du genre : « À partir de lundi, nous abolissons deux mille ans de tradition catholique. »

    Les choses se passent autrement.

    On commence par dire qu’un enseignement est « mal compris ».

    Puis que sa terminologie est « blessante ».

    Ensuite, que personne ne veut changer la doctrine, mais qu’il faut « un espace pastoral ».

    Puis apparaissent des expériences locales.

    Les expériences deviennent une pratique.

    La pratique crée des attentes.

    Les attentes deviennent une « réalité vécue ».

    Et finalement, on demande à ceux qui défendent l’enseignement originel pourquoi ils s’accrochent avec tant de rigidité à une formulation désormais dépassée.

    Voilà la Révolution silencieuse !

    Il ne s’agit pas de nier le dogme, mais de le faire s’évaporer.

    Pas : « Ceci n’est plus vrai », mais : « Nous devons aujourd’hui en parler de manière plus nuancée. »

    Pas : « Le sixième commandement ne s’applique plus », mais : « Nous devons éviter d’accabler les personnes avec des règles. »

    Pas : « Le sacerdoce est en train de changer », mais : « Les besoins de la communauté locale exigent de nouvelles formes. »

    Ainsi, un enseignement peut encore figurer pendant des années dans le Catéchisme tout en cessant progressivement de fonctionner dans la pratique pastorale.

    Il arrive que l’Église doive trouver des mots nouveaux pour rendre une même vérité compréhensible. Mais c’est précisément pourquoi la question décisive n’est pas : « Est-ce que quelque chose change ? »

    La vraie question est : ce qui change est-il reconnaissable comme le développement organique de ce qui précédait, ou constitue-t-il une rupture avec ce qui précédait ?

    C’est pourquoi la continuité n’est pas un passe-temps de nostalgiques. C’est un critère catholique.

    La question catholique n’est jamais seulement : « Est-ce aimable ? », « Est-ce inclusif ? », « Est-ce efficace pastoralement ? »

    La question décisive demeure : est-ce bien la même foi que celle que nous avons reçue ?

    La foi de Paul, d’Augustin, de Thomas, du concile de Trente, de Newman, de Jean-Paul II et de Benoît XVI.

    L’ironie suprême de la situation actuelle est peut-être que les réformes progressistes sont présentées depuis soixante ans comme indispensables pour rendre l’Église plus attractive aux yeux de l’homme moderne.

    Et pourtant, dans les pays fortement sécularisés, les églises continuent précisément de se vider.

    Peut-être l’homme moderne est-il finalement moins impressionné par une Église qui lui dit ce qu’il a déjà lu dans le journal la veille.

    Pourquoi quelqu’un se lèverait-il tôt le dimanche matin pour aller dans une église entendre la même morale que celle qu’il a reçue gratuitement la veille au soir dans un talk-show ?

    Lorsque, après un certain temps, on ne voit plus personne, on peut penser que l’avant-garde prophétique a enfin été atteinte.

    Mais il existe une autre possibilité : on a pris la mauvaise direction.

    L’Église ne possède qu’un seul produit véritablement révolutionnaire : l’Évangile.

    Et malheureusement, ce produit n’est pas adaptable aux exigences du service marketing.

    Le christianisme n’a pas commencé parce que douze apôtres avaient décidé de mieux s’adapter à l’air du temps romain.

    Ils ont proclamé quelque chose que leur environnement trouvait parfois magnifique, parfois insensé et parfois offensant.

    Pour cela, ils n’ont pas été invités à la table des discussions synodales.

    Ils ont été mis à mort.