D'Eric de Beukelaer, vicaire général du diocèse de Liège, sur le site de la Libre en "contribution externe" :
Un repas-raclette dans une église a été critiqué : arrêtons-nous sur cette histoire
Loin de la crèche de la Grand-Place, Verviers s'est offert un chaud débat suite au repas-raclette qu'une unité scoute organisa dans une vaste église.
Une chronique d'Eric de Beukelaer, prêtre (*)
Si Bruxelles souffrit la polémique de la crèche de la Grand-Place, Verviers s'offrit un chaud débat suite au repas-raclette qu'une unité scoute organisa dans une vaste église, avec l'accord des autorités pastorales et de la fabrique d'église. Alerté par des voix critiques, l'évêché a renvoyé la paroisse à ses responsabilités, en l'invitant à évaluer l'initiative après l'événement. Précisons que les scouts respectèrent le lieu, encadrant le repas par des chants de Noël. Comme le demande le diocèse, le Saint-Sacrement fut déplacé et le chœur de l'édifice ne fut pas occupé. Sur les réseaux sociaux, peu enclins à la nuance, les uns criaient au sacrilège et les autres ricanaient : où est le problème ? Plutôt que de s'emmurer dans une posture partisane, arrêtons-nous sur cette histoire pour réfléchir à ce qui est acceptable dans une église et pourquoi.
Que dit le droit canonique ?
Que dit le droit canonique ? "Ne sera admis dans un lieu sacré que ce qui sert ou favorise le culte, la piété ou la religion, et y sera défendu tout ce qui ne convient pas à la sainteté du lieu. Cependant l'Ordinaire peut permettre occasionnellement d'autres usages qui ne soient pourtant pas contraires à la sainteté du lieu" (Canon 1210). Le Directoire diocésain liégeois pour le temporel des cultes, précise quant à lui : "Ces activités doivent être conciliables avec la spécificité d'un espace chrétien de prière. Ce qui veut dire qu'il ne peut s'agir d'intérêts privés, d'activités commerciales ou de manifestations de partis politiques, mais bien d'objectifs sociaux qui ne sont pas en contradiction avec la foi chrétienne ou l'Église. L'usage multifonctionnel doit rester limité dans le temps" (Objectif 2020, § 22 1C).
En parallèle avec le droit interne à l'Église, il y a le statut juridique des bâtiments du culte en vigueur en Belgique. Aux Pays-Bas, les églises sont des biens privés. Les autorités religieuses décident souverainement de leur usage, mais quand elles ne peuvent plus les entretenir financièrement, les diocèses les vendent et leur réaffectation est rarement heureuse. En Belgique, suite au concordat de 1801, 95 % des lieux de culte appartiennent au domaine public, car les églises sont des propriétés communales ou fabriciennes (la fabrique d'église est aussi un établissement public). Ce régime implique que toute la collectivité est responsable de leur entretien, qui est subsidié par les budgets communaux, et même régionaux pour les édifices classés. Ceci invite, dès lors, à ouvrir ces lieux à tous et à les animer, quitte à parfois y accueillir des activités "hors culte".
Acceptable ou pas ?
Quelles activités profanes sont acceptables dans une église ? Les animations culturelles ne font pas polémiques : concerts de Laurent Voulzy et Natascha St-Pier, spectacles son et lumière de Luc Petit dans plusieurs vastes églises du pays, ou de Luminiscence à la cathédrale de Bruxelles et expositions de peinture, de sculpture, ou d'artisanat. Organiser un repas dans une église n'est pas non plus tabou. Les orthodoxes, si sensibles au respect du sacré, connaissent d'ailleurs des églises-réfectoires. À Rome, Sainte-Marie au Trastevere est transformée depuis 1982 à Noël en réfectoire pour nourrir les pauvres, sans que les papes successifs ne s'en offusquent. Cette initiative de la communauté Sant Egidio est depuis reprise à Bruxelles, Anvers et Liège, et personne n'y trouve à redire. Si organiser un repas dans une église pour les démunis est accepté, le faire pour alimenter les finances de scouts crée le débat. Nourrir les pauvres n'est pas la même chose que de transformer une église en taverne d'un soir, pour renflouer la caisse des mouvements de jeunesses. Le sens qui anime chaque activité profane dans un lieu sacré dessine une frontière subtile mais réelle, entre un événement accepté de tous et celui qui génère un diffus malaise. Si la raclette verviétoise devait se reproduire, cet aspect serait à réévaluer.
→ Blog : http://www.ericdebeukelaer.be/
Comme il fallait s'y attendre, l'évêque de Liège n'a pas répondu à notre lettre ouverte dans laquelle nous demandions que l'on revienne sur cet évènement choquant pour l'évaluer avec justesse avant d'autoriser qu'il se reproduise. On peut considérer que les réticences exprimées par le Vicaire général du diocèse vont timidement dans la bonne direction sans toutefois nous satisfaire vraiment.




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