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Actualité - Page 95

  • De quel pape l'Église a-t-elle besoin aujourd'hui ? Entretien avec George Weigel.

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    De sur le CWR :

    De quel pape l'Église a-t-elle besoin aujourd'hui ? Entretien avec George Weigel.

    « Le prochain pape devrait rappeler avec force à l’Église que le catholicisme ne fait pas de « changements de paradigme », car Jésus-Christ, « le même hier, aujourd’hui et toujours », est toujours le centre de l’Église. »

    J'ai correspondu avec Weigel lorsque le livre a été publié pour la première fois en 2020 par Ignatius Press, lui posant diverses questions sur la papauté, Vatican II et les défis actuels à l'intérieur et à l'extérieur de l'Église.

    Cette interview, initialement publiée sur CWR en juillet 2020, est republiée ici avec quelques petites modifications apportées à la lumière du décès du pape François et de la situation actuelle.

    CWR : Bien que certains lecteurs puissent penser au départ que votre livre porte sur l’ identité du prochain pape, n’est-il pas plus exact de dire (comme l’indique le sous-titre) qu’il porte sur ce qu’est la papauté, en particulier dans le cadre d’une bonne compréhension de la nature de l’Église et de sa mission évangélique ?

    Weigel : C’est exact. Mon livre est un ouvrage d’orientation pour l’avenir, pas un livre sur les personnalités. M’appuyant sur mon expérience personnelle avec le pape François et ses deux prédécesseurs, ainsi que sur mes contacts avec des catholiques du monde entier, j’essaie de suggérer ce que le prochain pontificat pourrait faire pour promouvoir ce que le pape François a appelé une « Église en mission permanente ».

    Ainsi, bien que le livre traite de la fonction de Pierre et de son rôle unique dans l'Église, défini bibliquement dans Luc 22:32, il traite également de la responsabilité de chacun dans l'Église pour l'œuvre d'évangélisation, vue à travers le prisme de ce que la papauté pourrait faire pour soutenir cette œuvre.

    CWR : Un point fondamental de ce livre est votre affirmation selon laquelle nous traversons « les turbulences d’une période de transition », qui fait partie de ce que vous identifiez comme la cinquième transition historique majeure dans la vie de l’Église. Quelle est cette transition ? Et comment la papauté s’inscrit-elle, si l’on peut dire, dans cette transition ?

    Weigel : Comme je le note de manière très télégraphique dans The Next Pope , nous sommes dans la cinquième grande époque de transition dans les deux mille ans d'histoire de l'Église.

    La première fut la transition du Mouvement de Jésus (ou, si vous préférez, de l’Église primitive décrite dans les Actes et les épîtres du Nouveau Testament) à « l’Église primitive », une transition qui s’est accélérée avec la première guerre judéo-romaine (vers 70 après J.-C.) ; cette Église primitive a converti entre un tiers et la moitié du monde méditerranéen en 250 ans environ.

    L'« Église primitive » a ensuite donné naissance, tout en cédant la place au christianisme patristique, qui a été façonné par la rencontre de l'Église avec la culture classique ; cette manière d'être catholique a soutenu des conciles œcuméniques cruciaux comme Nicée I, Éphèse et Chalcédoine, et a nourri de grands penseurs comme Ambroise, Augustin, les Pères de Cappadoce et Maxime le Confesseur.

    Puis, vers la fin du premier millénaire, le christianisme patristique a donné naissance – et a même cédé la place – à la chrétienté médiévale : peut-être la synthèse la plus étroite jamais atteinte entre Église, société et culture. La chrétienté médiévale s'est effondrée au XVIe siècle, et des cataclysmes de cette époque est né le catholicisme dans lequel tout catholique de plus de 55 ou 60 ans a grandi : le catholicisme de la Contre-Réforme.

    Nous traversons actuellement une période de transition du catholicisme de la Contre-Réforme à l'Église de la Nouvelle Évangélisation, une transition où les institutions laborieusement construites, défendues et reconstruites entre la fin du XVIe et la fin du XXe siècle doivent désormais être transformées en plateformes missionnaires. Ces transitions sont toujours tumultueuses, et celle-ci, qui a débuté avec le pontificat de Léon XIII à la fin du XIXe siècle, ne fait pas exception.

    CWR : Vous abordez très tôt un thème développé plus en détail dans votre livre L’ironie de l’histoire catholique moderne , à savoir que depuis 1878 et le pontificat de Léon XIII, l’Église a cherché à « s’engager auprès du monde moderne afin de le convertir ». Quels ont été les principaux défis et obstacles à cette œuvre, et comment cela façonnera-t-il ou affectera-t-il la prochaine papauté ?

    Weigel : Le défi fondamental pour l’Église en Occident est de comprendre que nous ne vivons plus à l’époque de la chrétienté, une époque où la culture contribue à transmettre la foi, mais à l’époque apostolique : une époque où l’Évangile doit être activement proclamé et proposé. Il n’est pas nécessaire d’expliquer cela aux jeunes Églises dynamiques d’Afrique subsaharienne ; elles le vivent.

    Il est nécessaire d'expliquer cela en Europe, en Amérique latine et dans une grande partie de l'Amérique du Nord. Chaque responsable d'Église, clerc ou laïc, et surtout le Successeur de Pierre, doit reconnaître ce fait fondamental concernant notre situation. Il existe bien sûr de nombreux autres défis et obstacles, notamment l'insistance de certains à considérer le catholicisme allégé comme la voie vers la « pertinence », ce qui n'est manifestement pas le cas.

    Et puis il y a le défi du cynisme généralisé, né d'une sorte d'ennui spirituel nihiliste, présent dans une grande partie de la culture élitiste occidentale. Pourtant, le défi fondamental est de comprendre que nous vivons à une époque apostolique et d'en tirer les conclusions qui s'imposent.

    CWR : Vous critiquez vivement le « catholique allégé » tout au long du livre. Quelles en sont les caractéristiques essentielles ? Et que devrait faire, selon vous, le prochain pape pour y remédier ?

    Weigel : Le catholicisme allégé est la simplifica- tion de la croyance et de la pratique catholiques, en conformité avec les tendances et les dogmes culturels dominants. Et comme l’expérience aurait dû nous l’enseigner, le catholicisme allégé conduit inexorablement au catholicisme zéro, comme c’est le cas, par exemple, en Allemagne. Une grande partie du catholicisme allemand actuel est une coquille institutionnelle massive et bien financée, sans pouvoir évangélique ni impact significatif sur la société ; voilà l’effet que cinquante ans de catholicisme allégé peuvent avoir sur une Église locale, aussi vénérable ou aisée soit-elle.

    Je pensais autrefois que le catholicisme allégé était une forme de schisme psychologique : « Écoutez, nous sommes plus intelligents que vous, les orthodoxes/conservateurs. » Je ne le pense plus. Le catholicisme allégé est une forme d'apostasie, un déni tacite de la qualité de Jésus-Christ comme unique sauveur de l'humanité et centre de l'histoire et du cosmos.

    Les parties vivantes de l'Église mondiale sont celles qui adhèrent pleinement au catholicisme. Le prochain pape pourrait le souligner, encourager le catholicisme vivant dans son œuvre d'évangélisation et appeler les parties de l'Église mondiale engluées dans les sables mouvants du catholicisme allégé à redécouvrir l'aventure de l'orthodoxie avant de sombrer dans le catholicisme zéro.

    CWR : Vous écrivez qu'il existe aujourd'hui des catholiques qui « nient que la révélation divine juge l'histoire et suggèrent que le cours de l'histoire et notre expérience présente jugent les vérités de la révélation… » Quels sont quelques exemples de cette approche de la révélation divine, influencée par Hégél ? Et quels problèmes en découlent ?

    Weigel : Nous avons vu ces problèmes lors des synodes de 2014 et 2015 sur la famille, lorsque d’éminents hommes d’Église ont insisté sur le fait que notre expérience des défis du mariage et de la vie de famille aujourd’hui nous permet d’« ajuster » l’enseignement de Jésus lui-même – la révélation – sur ces questions.

    Bien entendu, cela conduit précisément au même résultat que celui qui a conduit le protestantisme libéral depuis le XIXe siècle : à un christianisme à la dérive, qui finit par se confondre avec la société et la culture environnantes, et sombre donc dans le coma, tant sur le plan évangélique que dans son impact sur la société. Le Concile Vatican II a fermement affirmé la réalité et l’autorité contraignante de la révélation divine, et chaque pape devrait le rappeler régulièrement à l’Église.

    Nous ne sommes pas  sans gouvernail, grâce à l’Écriture et à la Tradition qui, comme l’enseigne le Concile, forment un seul dépôt de la Parole de Dieu.

    CWR : Selon vous, le débat le plus important dans l'Église aujourd'hui porte sur la question de savoir si Vatican II s'inscrit « dans la continuité de la révélation et de la tradition » ou s'il est un « concile de rupture et de discontinuité ». La situation semble avoir atteint un point critique aujourd'hui. Que pourrait faire le prochain pape pour répondre à ce débat ?

    Weigel : À mon avis, il devrait aborder cette question en la réglant. Il la réglerait d'abord en rappelant avec force à l'Église l'intention de Jean XXIII pour le Concile, qui était de transmettre l'intégralité de la révélation divine d'une manière compréhensible par les hommes de l'époque, afin qu'ils puissent se convertir au Christ. Ainsi, les documents de Vatican II ne peuvent être correctement compris et interprétés que dans le cadre de la tradition établie de l'Église.

    Cette affirmation vigoureuse répondrait à la critique de Vatican II comme une triste erreur, qui émane de certains milieux ultra-traditionalistes ces jours-ci, même si elle rappelle à l’aile « progressiste » de l’Église que Jean XXIII ne cherchait pas à déconstruire le catholicisme selon une sorte d’« esprit » conciliaire amorphe.

    Deuxièmement, le prochain pape devrait rappeler avec force à l'Église que le catholicisme ne change pas de paradigme, car Jésus-Christ, « le même hier, aujourd'hui et toujours » (Hébreux 13:8), est toujours au centre de l'Église. L'Église développe sa compréhension du Christ et de sa mission ; elle ne change pas de paradigme. Le paradigme est et sera toujours « la foi transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 1:3).

    CWR : Le prochain pape, écrivez-vous, devra œuvrer à renforcer l'unité de l'Église. Mais que se passera-t-il s'il n'y parvient pas ? Que se passera-t-il si, par exemple, il semble davantage préoccupé par ses intérêts politiques et ignore les différends essentiels sur les questions théologiques, morales et liturgiques ? Que se passera-t-il alors ?

    Weigel : Je ne pense pas que ce soit probable, mais si cela devait arriver, les évêques, les prêtres, les religieux et les fidèles laïcs devront poursuivre la nouvelle évangélisation, qui ne s’épanouit que par la plénitude de la vérité chrétienne. Nul n’a besoin d’autorisation pour être évangéliste ; chacun a reçu la Grande Mission de Matthieu 28.19 au baptême. La papauté est d’une importance cruciale dans l’Église, mais le pape n’est pas l’Église, et le catholicisme ne se réduit pas à la papauté.

    CWR : La crise actuelle « de la civilisation mondiale est une crise de l'idée de la personne humaine » et, selon vous, la réponse à cette crise est « la revitalisation de l'humanisme chrétien ». Est-il juste de dire que beaucoup trop de dirigeants catholiques, même ceux qui souhaitent s'attaquer à cette crise, n'en comprennent pas suffisamment la nature profonde ? Et comment y remédier concrètement ? Comment le prochain pape devrait-il chercher à revitaliser l'humanisme chrétien ?

    Weigel : Ici, aux États-Unis, il est désormais impossible de nier la nature de la crise, grâce à la récente décision Bostock de la Cour suprême. Bostock a déclaré, en termes clairs, que la conception biblique de la personne humaine est contraire à la législation américaine sur les droits civiques. Selon cette législation, telle qu'interprétée par la majorité dans l'arrêt Bostock , nous ne sommes que des faisceaux de désirs moralement équivalents, dont la satisfaction est l'objet ; et toute remise en cause de cette vision de la personne humaine est par définition un acte de discrimination ou de sectarisme. La situation a empiré à ce point.

    Alors, quelle est la solution ? Des stratégies juridiques pour assurer une bonne défense jusqu'à ce que le paysage juridique évolue et soit remis en conformité avec la réalité sont essentielles. À long terme, cependant, la seule réponse à cette dégradation de la personne humaine est d'élever une vision plus noble de ce que nous sommes, êtres humains. Les chrétiens croient que la vérité de notre identité et de notre noble destinée a été définitivement révélée en Jésus-Christ, qui révèle à la fois le visage du Père des miséricordes et la vérité sur nous. Jésus n'est pas un avatar de la décence humaine ou de la « spiritualité ». Il est ce qu'il a déclaré être : « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14.6). Ainsi, un renouveau radicalement christocentrique de l'évangélisation est impératif, tant pour l'Église que pour la société.

    Comment le prochain pape pourra-t-il soutenir ce qui devra être un effort massif de conversion et de renouveau culturel de la part de l'Église tout entière ? Il peut y parvenir en étant profondément, voire inexorablement, christocentrique dans sa prédication et son enseignement. Et en cela, il peut s'inspirer de Jean-Paul II. Quand on pense à la grande homélie inaugurale de Jean-Paul II, le 22 octobre 1978, on se souvient de la phrase : « N'ayez pas peur ! » L'homélie commençait cependant par la confession de foi christologique de Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu 16,16).

    Jean-Paul II a su vivre au-delà de la peur et, grâce à sa foi radicale et christocentrique, il a su convaincre les autres de faire de même. C'est un modèle puissant pour la papauté de demain, en ces temps apostoliques.

    CWR : L’un des derniers chapitres du livre évoque la nécessité de réformer le Saint-Siège. On peut dire sans se tromper que de nombreux catholiques sont devenus plutôt cyniques à ce sujet, car il est constamment évoqué sans jamais aboutir. Quels sont les principaux obstacles ? Et que peut faire le prochain pape pour y parvenir ?

    Weigel : Il y a quelques années, un membre éminent du Collège des cardinaux m’a demandé ce que nous devrions, selon moi, « rechercher chez le prochain pape ». J’ai répondu : « Premièrement, nous avons besoin d’un homme à la foi lumineuse, capable de rendre l’orthodoxie chrétienne attrayante et convaincante. Et deuxièmement, nous avons besoin d’un homme prêt à licencier cinquante personnes dès son premier mois de mandat. »

    Le cardinal acquiesça. Comme tous les chefs de dicastères du Vatican perdent leur poste lors du sede vacante (c'est-à-dire lorsque le pape décède ou abdique), le nouveau pape a la possibilité d'opérer une réforme sérieuse dès le début de son pontificat : il ne renouvelle tout simplement pas certaines personnes.

    Au-delà de cela, les choses se compliquent un peu, c'est pourquoi je suggère dans le livre que le prochain pape a besoin d'un second de confiance, déterminé et capable de faire le ménage nécessaire. Mais même une fois cela fait, une réforme à long terme du Vatican ne résultera que d'un profond changement dans la culture institutionnelle du Saint-Siège. Cela implique, entre autres, de ne nommer aux postes décisionnels de la Curie (les soi-disant « supérieurs ») que ceux qui ont déjà fait preuve de compétence financière et de probité. Les audits, la transparence budgétaire et comptable, ainsi que d'autres réformes structurelles sont impératifs, et le pape François a réalisé des progrès sur ce front.

    Mais le personnel est une politique, et la clé de la réforme du Vatican réside dans le caractère de ceux qui sont appelés à y travailler.

    CWR : Une dernière réflexion ?

    Weigel : The Next Pope  s'inspire de la vie et de l'œuvre de chacun des papes avec lesquels j'ai eu le privilège de m'entretenir personnellement : Jean-Paul II, Benoît XVI et François. Aucun d'eux n'a tout réussi, et il y a des leçons à tirer de ce qui a bien fonctionné et de ce qui a moins bien fonctionné durant ces pontificats.

    The Next Pope reflète également mes expériences de la vie catholique dans une grande variété de lieux à travers l'Église mondiale, qui m'ont aidé à voir à la fois la complexité de la réalité catholique et une grande simplicité : le catholicisme total est attrayant et transformateur, et le Catholic Lite ne l'est pas.

    Ce livre n'est pas une polémique ; j'aimerais qu'il soit lu comme un appel à l'espérance. Je l'ai aussi écrit pour tenter d'élever et d'approfondir le débat sur la papauté et son avenir, qui, comme trop d'autres sujets dans l'Église aujourd'hui, est mené sur un ton de plus en plus strident et partisan. Assez de cris, c'est assez. Soyons sérieux.

  • François : comment la presse a construit l'image publique d'un pape à son image

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    De Gavin Ashenden sur le Catholic Herald :

    La compréhension sélective par les médias d'un pape complexe

    25 avril 2025

    La mort du pape François nous laisse avec des récits et des perspectives très différents sur sa personne et sur la manière dont nous pouvons évaluer sa vie et son pontificat. Nous devons tenter de concilier certaines des nombreuses contradictions que son pontificat a présentées à l'Église et au monde. Un élément source de confusion importante est la façon dont la presse l'a perçu.

    Nous avons l'impression paradoxale qu'il était peut-être plus populaire auprès de la presse laïque qu'auprès de l'Église. Il était presque universellement célébré par les médias. La réaction au sein de l'Église fut plus complexe.

    C’est la couverture médiatique et la manière dont elle a choisi de célébrer certains problèmes, tout en fermant les yeux sur d’autres qui semblaient incohérents, qui ont été déterminantes pour forger la réputation du pape François de son vivant et à titre posthume.

    On peut se demander pourquoi les médias, si longtemps méfiants et pleins de ressentiment envers le catholicisme, ont réservé un tel accueil au pape François.

    La presse a dépeint Benoît XVI comme le « Rottweiler de Dieu » pur et dur, car ses dons intellectuels et sa réserve personnelle s'accordaient mal avec le sentiment populiste. Si certains de ses travaux sur l'économie redistributive l'avaient jugé, la gauche aurait pu le considérer, en matière de redistribution sociale, comme l'un des siens.

    Cela pourrait indiquer que la presse est guidée par les sentiments et les jugements superficiels. Or, le pape François a excellé dans sa manière de livrer à la presse des commentaires explosifs, inspirés par le sentiment, sans trop les inquiéter de la complexité du contenu. 

    Il serait trop simpliste de supposer qu’il cherchait simplement à rendre la foi plus conforme à leur vision du monde en la diluant, car avec le recul (à l’exception de la peine de mort), il n’a pas beaucoup changé.

    Et pourtant, il avait la capacité de « lire la salle » et de trouver le moyen de toucher une corde sensible populiste d’une manière qui gagnait la confiance et la sympathie du public.

    Certaines de ses phrases étaient étonnamment efficaces, même si, examinées de plus près, elles ne supportaient pas le poids d'un examen minutieux.

    Il avait notamment le don de présenter une image de compassion sans jugement, avec juste une touche de teinte progressiste à laquelle le monde laïc répondait avec un accueil instinctif et surtout sans poser trop de questions.

    Sa remarque apparemment improvisée « Qui suis-je pour juger ? » prononcée lors d’une conférence de presse informelle en vol, pourrait à elle seule être considérée comme ayant défini son image publique. 

    Pourquoi la culture laïque réagit-elle si vigoureusement à l'absence de jugement lorsqu'elle en trouve un ? En partie parce que sa prétendue haine du jugement est un symptôme de son rejet de l'éthique traditionnelle. La retenue éthique interfère avec l'hédonisme et est donc taboue. Et les catholiques font preuve de retenue.

    Aux oreilles des médias, « Qui suis-je pour juger ? » sonne comme un signal que l’éthique catholique a été abandonnée et remplacée par la sanction de « tout ce qui compte, c’est la sincérité », qui, avec « ne pas vouloir nuire », est l’une des rares normes éthiques que la modernité est prête à tolérer.

    En réalité, « Qui suis-je pour juger ? » était une remarque soigneusement décortiquée qui, lue dans son contexte, véhicule un message bien différent de l'image universelle que lui véhiculent les médias. Mais son caractère émotionnel a complètement dépassé les limites du contexte et est devenu un mème festif à part entière. Cela n'a rien changé à l'enseignement de l'Église, mais a donné l'impression que cet enseignement avait changé ou était en train de changer. Et la presse s'en est délectée, l'ayant relayée sans relâche.

    Plusieurs des remarques judicieuses du pape sont devenues des slogans. En 2013, il a déclaré avec émotion : « Comme je voudrais une Église pauvre et pour les pauvres ! » Cette déclaration a immédiatement été perçue comme un antidote à l’image publique selon laquelle l’Église était inexcusablement riche et irresponsablement puissante.

    Outre sa volonté, largement médiatisée, d'utiliser les transports en commun en tant qu'évêque argentin et d'accueillir les marginalisés partout où il les rencontrait, cette attitude fut accueillie très favorablement et devint un signe d'humilité et d'intégrité. Lorsqu'il annonça qu'il vivrait à la Casa Santa Marta plutôt que dans les appartements pontificaux, la célébration publique de ses valeurs pragmatiques fut extatique. « On ne peut venir que par petits groupes (dans les appartements officiels), et je ne peux pas vivre sans les autres », expliqua-t-il. « J'ai besoin de vivre ma vie avec les autres. » 

    Mais les observateurs de la vie à la Maison Sainte-Marthe ont suggéré qu'une autre version des faits était, au moins en partie, à l'œuvre. Ils ont souligné que l'un de ses traits de personnalité les plus marquants était son besoin de microgestion. Pour cela, il avait besoin d'être au courant des autres et de ce qu'ils disaient. L'échelle entre la collecte d'informations et le plaisir des ragots est subtile, mais le besoin d'être informé et de garder le contrôle a peut-être joué un rôle important, parallèlement à son humilité, dans sa volonté d'éviter l'isolement et l'exclusion dans les appartements pontificaux.

    À y regarder de plus près, cette humilité était un peu mitigée. Mais bien sûr, la presse n'a pas proposé d'analyse plus approfondie.

    Il existe une vidéo montrant une file de sympathisants venant lui rendre hommage et embrasser son anneau papal. Cela signifiait clairement beaucoup pour ceux qui faisaient la queue, même si cela offensait son humilité. Le langage corporel était affreux. On voyait le pape retirer sa main avec impatience au moment même où chacun la prenait. Cela ressemblait plus à de l'irritabilité qu'à de l'humilité. Mais qui sommes-nous pour juger ? La presse a décidé de l'ignorer.

    Il est vrai que le pape François s'est montré assidu à prendre des mesures judicieuses pour aider les personnes marginalisées lorsqu'il le pouvait. Sa mise à disposition de douches et d'installations pour les sans-abri à Rome a une fois de plus été saluée, reconnue et relayée par la presse. Cela leur a beaucoup plu, car cela correspondait à l'image qu'ils se faisaient de lui. Ainsi, pratiquant une dissonance cognitive prononcée, ils ont passé sous silence ses remarques sur d'autres dogmes, notamment l'avortement. Pourtant, celles-ci étaient aussi chargées d'émotion qu'intransigeantes et ont été totalement ignorées.

    L’avortement, « c’est comme engager un tueur à gages… »

    « … J'ai récemment eu l'occasion de revenir sur le sujet de l'avortement. Vous savez que je suis très clair à ce sujet : c'est un homicide et il est interdit d'en être complice. »

    Nous sommes victimes de la culture du jetable… On jette des enfants que l'on ne veut pas accueillir. Aujourd'hui, c'est devenu normal, une habitude très mauvaise ; c'est un véritable meurtre. Pour bien comprendre cela, peut-être que deux questions peuvent nous aider : est-il juste d'éliminer, de mettre fin à une vie humaine pour résoudre un problème ? Est-il juste d'engager un tueur à gages pour résoudre un problème ?

    Sur d’autres questions controversées, il pouvait être et était également très clair :

    « L'idéologie du genre ? C'est le plus grand danger ; elle ressemble à la méthode de formation des Jeunesses hitlériennes. »

    Y aura-t-il des femmes prêtres ou diacres ? « Non. »

    Le célibat ecclésiastique sera-t-il aboli ? « Je ne le ferai pas. »

    Les couples homosexuels peuvent-ils être bénis ? « Ce sont les personnes qui sont bénies, pas l’union. Le mariage et la famille naissent d’un homme et d’une femme. »

    Euthanasie et suicide assisté ? « Ce sont des pratiques à rejeter, issues de la culture du jetable. »

    Et l'utérus loué ? « C'est de l'esclavage moderne. »

    Les nombreuses nécrologies du pape François démontrent la tension qui a surgi du mélange de slogans progressistes accompagnés de ce qui semblait être un désir de secouer l’institution tout en restant totalement orthodoxe sur certaines questions éthiques brûlantes. 

    Il y avait de quoi plaire et exaspérer tout le monde. Les progressistes allemands se réjouissaient des ambiguïtés introduites autour des bénédictions homosexuelles et étaient furieux de la résistance aux attaques féministes contre le diaconat. Les traditionalistes étaient dévastés par la campagne éclair inexpliquée contre la messe latine, mais rassurés par la clarté sur l'avortement. « Qui suis-je pour juger ? » a conquis le cœur de ceux qui souhaitaient une évolution vers la solidarité LGBTQ+, mais est devenu plus problématique lorsqu'il a été appliqué au viol présumé de religieuses par le père Marko Rupnik et à la complicité pour cacher d'autres agresseurs sexuels du clergé.

    Tout cela ne correspondait pas non plus au récit que les médias avaient construit sur François, et n’a donc pas été largement rapporté.

    La presse avait construit l'image publique du pape à son image, et elle était et est toujours réticente à laisser d'autres faits ou informations perturber ce qu'elle trouvait si confortable et réconfortant. Comme toujours, la réputation comme la beauté dépendent du regard de celui qui regarde.

  • Le cardinal Burke propose une neuvaine en vue du conclave

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    Du blog de Jeanne Smits :

    Le cardinal Burke propose une neuvaine en vue du conclave, depuis ce 26 avril au 5 mai


    Le cardinal Raymond Burke, cardinal électeur au conclave qui devrait s’ouvrir dans quelques jours, exhorte les fidèles à prier pour l’Eglise en ces jours graves. Voici la traduction française officielle de la prière qu’il a composée pour une neuvaine commençant aujourd’hui, ce 26 avril, et prenant fin le 5 mai prochain. Je la publie ci-dessous avec l’aimable autorisation de Son Eminence.
    Neuvaine pour le Sacré Collège des cardinaux rassemblés en vue du conclave pour élire le Pontife romain 
    26 avril – 5 mai, 2025 
    Me voici à genoux à vos pieds, ô Vierge Mère de Dieu, Notre-Dame de Guadalupe, mère compatissante de tous ceux qui vous aiment, qui vous implorent, qui vous cherchent et qui ont mis leur confiance en vous. Je viens vous supplier pour l’Église au moment où elle traverse une période de grandes épreuves et de grands dangers. De même que vous êtes venue au secours de l’Église à Tépotzátlan en 1531, daignez intercéder pour le Sacré Collège des cardinaux réuni à Rome pour élire le successeur de saint Pierre, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Église universelle. 
    En cette période de tumulte pour l’Église et pour le monde, plaidez auprès de votre Divin Fils afin que les cardinaux de la Sainte Église romaine, son Corps mystique, obéissent humblement aux inspirations du Saint-Esprit. Puissent-ils, par votre intercession, choisir l’homme le plus digne d’être le Vicaire du Christ sur terre. Avec vous, je mets toute ma confiance en Celui qui, seul, est notre secours et notre salut. Amen. 
    Cœur de Jésus, salut de ceux qui placent leur confiance en vous, avez pitié de nous ! 
    Notre Dame de Guadalupe, Vierge Mère de Dieu et Mère de la Divine Grâce, priez pour nous ! 
    Cardinal Raymond Leo BURKE
    24 avril 2025
    (Je remarque que le dernier jour de la neuvaine tombe le 5 mai, fête liturgique de saint Pie V dans le rite traditionnel. Que ce pape, dont le pontificat fut marquée par l’unification de la liturgie latine et le combat victorieux de Lépante sur les Ottomans par la puissance du Rosaire, nous obtienne un digne et saint successeur de saint Pierre ! – J.S.)
  • Les quatre voeux du cardinal Ruini pour l'avenir proche de l'Eglise

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Card. Ruini : quatre conditions sine qua non pour le bon gouvernement de l’Église

    Le cardinal Camillo Ruini offre cette « prière » aux cardinaux qui, dans quelques jours, entreront en conclave pour élire le prochain pape.

    Mais il l’offre également à l’ensemble du peuple chrétien que le prochain successeur de Pierre sera chargé de « confirmer dans la foi ».

    À 94 ans, Ruini a été le cardinal le plus proche de Jean-Paul II, dont il était vicaire pour le diocèse de Rome, en plus d’avoir présidé la Conférence épiscopale italienne. Il a été parmi les grands électeurs et admirateurs de Benoît XVI, dont il rappelle dans cet écrit la valeur mais également une limite : sa « piètre aptitude à gouverner ».

    Une limite dont le futur pape ferait bien de se garder.

    *

    Prière pour l’Église de l’avenir proche

    de Camillo Card. Ruini

    L’héritage du Pape François est une question qui agite et interpelle en profondeur l’Église. Dans ces quelques lignes, je l’aborderai dans une perspective confiante, parce que fondée sur la puissance miséricordieuse de Dieu qui guide nos pas sur le chemin du bien.

    Je formulerai quatre vœux – qui sont également des appels – pour l’Église d’un avenir que j’espère très proche. Je mets mon espoir en une Église bonne et charitable, doctrinalement sûre, gouvernée selon les normes du droit, profondément unie en son sein. Telles sont mes intentions de prière que je souhaiterais partager largement.

    1. En premier lieu, donc, une Église bonne et charitable. L’amour rendu efficace dans la vie est en effet la loi suprême du témoignage chrétien et dans de l’Église. Il est ce à quoi les gens, aujourd’hui encore, aspirent le plus. Éliminons donc de notre manière de gouverner toute dureté inutile, toute mesquinerie et toute sécheresse de cœur.

    2. Comme l’a écrit Benoît XVI, la foi est aujourd’hui une flamme qui menace de s’éteindre. Raviver cette flamme est donc une autre priorité majeure pour l’Église. Il faut pour cela beaucoup prier, il faut la capacité de répondre sur une note chrétienne aux défis intellectuels d’aujourd’hui, mais il faut également la certitude de la vérité et de la doctrine. Depuis trop longtemps, nous avons fait l’expérience que quand ces dernières s’affaiblissent, nous tous, pasteurs et fidèles, en pâtissons durement.

    3. Il y a ensuite la question du gouvernement. Le pontificat de Benoît XVI a été marqué par sa piètre aptitude à gouverner et il s’agit là d’un point d’attention valable en tout temps, y compris dans un avenir proche. Prenons garde à ne pas oublier qu’il s’agit de gouverner cette réalité très spéciale qu’est l’Église. Là encore, comme je l’ai dit, la loi fondamentale, c’est l’amour : le style de gouvernement et le recours au droit doivent être le plus conforme possible à cette loi, particulièrement exigeante pour chacun.

    4. Ces dernières années, nous avons éprouvé certaines menaces – que je ne voudrais pas exagérer – pour l’unité et la communion de l’Église. Afin de les surmonter et de faire apparaître en pleine lumière ce que je me plais à appeler la « forme catholique » de l’Église, la charité réciproque est, une fois encore, décisive, mais il est tout aussi important de raviver la conscience que l’Église, à l’instar de tout corps social, a ses propres règles, que nul ne peut ignorer impunément.

    À l’âge de 94 ans, le silence convient mieux que les mots. J’espère cependant que ces quelques lignes puissent être un petit fruit du bien que je veux à l’Église.

    ———

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l’hebdomadaire L’Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l’index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • L'homélie du Cardinal Giovanni Battista Re lors des funérailles du pape François

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    Du Site de l'Eglise catholique de France :

    Funérailles du pape François : homélie du Cardinal Giovanni Battista Re

    Homélie prononcée par le Cardinal Giovanni Battista Re, Doyen du Collège des Cardinaux pour la messe de funérailles du pape François (1936-2025) qu’il a présidée, célébrée avec 700 cardinaux, 4000 prêtres et 250 000 fidèles.

    Sur cette majestueuse place Saint-Pierre, où le pape François a célébré tant de fois l’Eucharistie et présidé de grandes rencontres au cours de ces 12 années, nous sommes rassemblés en prière autour de sa dépouille mortelle, le cœur triste, mais soutenus par les certitudes de la foi, qui nous assure que l’existence humaine ne s’achève pas dans la tombe, mais dans la maison du Père, dans une vie de bonheur qui ne connaîtra pas de crépuscule.

    Au nom du Collège des Cardinaux, je remercie cordialement chacun d’entre vous pour votre présence. Avec une profonde émotion, j’adresse un salut respectueux et mes vifs remerciements aux chefs d’État, aux chefs de gouvernement et aux délégations officielles venus de nombreux pays pour exprimer leur affection, leur vénération et leur estime envers le Pape qui nous a quittés. Le plébiscite des manifestations d’affection et de participation, que nous avons vu ces derniers jours après son passage de cette terre vers l’éternité, nous montre à quel point le pontificat intense du pape François a touché les esprits et les cœurs.

    Sa dernière image, qui restera gravée dans nos yeux et dans nos cœurs, est celle de dimanche dernier, jour de la solennité de Pâques, lorsque le pape François, malgré ses graves problèmes de santé, a voulu nous donner la bénédiction depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, puis est descendu sur cette place pour saluer depuis la papamobile découverte toute la foule venue assister à la messe de Pâques.

    Par notre prière, nous voulons maintenant confier l’âme du bien-aimé Pontife à Dieu, afin qu’Il lui accorde la félicité éternelle dans l’horizon lumineux et glorieux de son immense amour. La page de l’Évangile, où résonne la voix même du Christ interpellant le premier des Apôtres, nous éclaire et nous guide : “Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?”. Et la réponse de Pierre fut immédiate et sincère : “Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime”. Et Jésus lui confia la grande mission : “Pais mes brebis”. Ce sera là la tâche constante de Pierre et de ses successeurs, un service d’amour à la suite du Maître et Seigneur Jésus-Christ qui « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10, 45).

    Malgré sa fragilité dernière et sa souffrance, le pape François a choisi de suivre cette voie du don jusqu’au dernier jour de sa vie terrestre. Il a suivi les traces de son Seigneur, le bon Pasteur, qui a aimé ses brebis jusqu’à donner sa vie pour elles. Et il l’a fait avec force et sérénité, proche de son troupeau, l’Église de Dieu, en se souvenant de la phrase de Jésus citée par l’apôtre Paul : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20, 35).

    Lorsque le Cardinal Bergoglio a été élu le 13 mars 2013 par le Conclave pour succéder au pape Benoît XVI, il avait derrière lui des années de vie religieuse dans la Compagnie de Jésus et surtout il était enrichi par l’expérience de 21 ans de ministère pastoral dans l’archidiocèse de Buenos Aires, d’abord comme auxiliaire, puis comme coadjuteur et enfin, surtout, comme archevêque.

    La décision de prendre le nom de François est immédiatement apparue comme le choix d’un programme et d’un style sur lesquels il souhaitait fonder son pontificat, en cherchant à s’inspirer de l’esprit de saint François d’Assise. Il a conservé son tempérament et sa manière de guider son troupeau, et a immédiatement imprimé sa forte personnalité dans la gouvernance de l’Église, en établissant un contact direct avec les individus et les populations, désireux d’être proche de tous, avec une attention particulière pour les personnes en difficulté, se dépensant sans compter, en particulier pour les plus démunis, les exclus.

    Il a été un pape parmi les gens, avec un cœur ouvert à tous. Il a également été un pape attentif à ce qui émergeait de nouveau dans la société et à ce que l’Esprit Saint suscitait dans l’Église. Avec son vocabulaire caractéristique et son langage riche en images et en métaphores, il a toujours cherché à éclairer les problèmes de notre temps par la sagesse de l’Évangile, en offrant une réponse à la lumière de la foi et en encourageant à vivre en chrétiens les défis et les contradictions de ces années de changements, qu’il aimait qualifier de “changement d’époque”. Il avait une grande spontanéité et une manière informelle de s’adresser à chacun, même aux personnes éloignées de l’Église.

    Riche de chaleur humaine et profondément sensible aux drames actuels, le pape François a véritablement partagé les angoisses, les souffrances et les espoirs de notre époque de mondialisation, et s’est dépensé pour réconforter et encourager chacun par un message capable de toucher le cœur des gens de manière directe et immédiate. Son charisme de l’accueil et de l’écoute, unis à une manière d’être en phase avec la sensibilité d’aujourd’hui, a touché les cœurs, cherchant à réveiller les énergies morales et spirituelles. Le primat de l’évangélisation a été le guide de son pontificat, diffusant, avec une empreinte missionnaire évidente, la joie de l’Évangile, qui a été le titre de sa première exhortation apostolique Evangelii gaudium. Une joie qui remplit de confiance et d’espérance le cœur de tous ceux qui se confient à Dieu.

    Le fil conducteur de sa mission a également été la conviction que l’Église est une maison pour tous, une maison dont les portes sont toujours ouvertes. Il a souvent utilisé l’image de l’Église comme “hôpital de campagne” après une bataille qui a fait de nombreux blessés ; une Église désireuse de prendre en charge avec détermination les problèmes des personnes et les grandes souffrances qui déchirent le monde contemporain ; une Église capable de se pencher sur chaque homme, au-delà de toute croyance ou condition, pour soigner ses blessures. Ses gestes et ses exhortations en faveur des réfugiés et des personnes déplacées sont innombrables.

    Son insistance à œuvrer en faveur des pauvres a également été constante. Il est significatif que le premier voyage du pape François ait été celui à Lampedusa, île symbole du drame de l’émigration avec des milliers de personnes noyées en mer. Dans la même ligne, il y a eu également le voyage à Lesbos, avec le patriarche œcuménique et l’archevêque d’Athènes, ainsi que la célébration d’une messe à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, à l’occasion de son voyage au Mexique.

    Parmi ses 47 voyages apostoliques intenses, celui qu’il a effectué en Irak en 2021, au péril de sa vie, restera particulièrement gravé dans les mémoires. Cette difficile visite apostolique a été un baume sur les plaies ouvertes du peuple irakien, qui a tant souffert des actes inhumains de Daech. Ce voyage a également été important pour le dialogue interreligieux, autre dimension importante de son œuvre pastorale.

    Avec sa visite apostolique de 2024 dans quatre pays d’Asie- Océanie, le pape a atteint “la périphérie la plus périphérique du monde”. Le pape François a toujours mis au centre l’Évangile de la miséricorde, soulignant à plusieurs reprises que Dieu ne se lasse pas de nous pardonner : Il pardonne toujours, quelle que soit la situation de celui qui demande pardon et revient sur le droit chemin. Il a voulu le Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, afin de mettre en évidence que la miséricorde est “le cœur de l’Évangile”. Miséricorde et joie de l’Évangile sont deux mots clés du pape François.

    En opposition à ce qu’il a défini comme “la culture du déchet”, il a parlé de la culture de la rencontre et de la solidarité. Le thème de la fraternité a traversé tout son pontificat avec des accents vibrants. Dans la lettre encyclique Fratelli tutti, il a voulu faire renaître une aspiration mondiale à la fraternité, car nous sommes tous enfants du même Père qui est aux cieux. Il a souvent rappelé avec force que nous appartenons tous à la même famille humaine. En 2019, lors de son voyage aux Émirats arabes unis, le pape François a signé un document sur la “Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune”, rappelant la paternité commune de Dieu.

    S’adressant aux hommes et aux femmes du monde entier, la lettre encyclique Laudato si’ a attiré l’attention sur les devoirs et la coresponsabilité envers notre maison commune. “Personne ne peut se sauver seul”. Face à la fureur des nombreuses guerres de ces dernières années, avec leurs horreurs inhumaines, leurs innombrables morts et destructions, le pape François n’a cessé d’élever la voix pour implorer la paix et appeler à la raison, à des négociations honnêtes afin de trouver les solutions possibles, car la guerre, disait-il, n’est que mort d’êtres humains, destruction de maisons, d’hôpitaux et d’écoles.

    La guerre laisse toujours le monde pire qu’il n’était auparavant : elle est toujours une défaite douloureuse et tragique pour tous. “Construire des ponts et non des murs” est une exhortation qu’il a répétée à plusieurs reprises et son service de foi en tant que Successeur de l’Apôtre Pierre a toujours été lié au service de l’homme dans toutes ses dimensions. En union spirituelle avec toute la Chrétienté, nous sommes nombreux ici à prier pour le pape François afin que Dieu l’accueille dans l’immensité de son amour. Le pape François avait l’habitude de conclure ses discours et ses rencontres en disant : “N’oubliez pas de prier pour moi”.

    Cher Pape François, nous te demandons maintenant de prier pour nous et que, du ciel, tu bénisses l’Église, bénisses Rome, bénisses le monde entier, comme tu l’as fait dimanche dernier depuis le balcon de cette basilique, dans une dernière étreinte avec tout le peuple de Dieu, mais aussi, idéalement, avec l’humanité qui cherche la vérité avec un cœur sincère et qui tient haut le flambeau de l’espérance.

  • Homélie pour le dimanche de la Miséricorde

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    De homelies.fr (Famille Saint-Joseph)

    Homélie (Archive 2007)

    En ce premier dimanche après Pâque, l'Eglise nous invite à tourner notre attention vers le mystère de la Divine Miséricorde, selon la demande de Jésus lui-même à Sainte Faustyna Kowalska : « Je désire qu'il y ait une fête de la Miséricorde. Je veux que cette image que tu peindras, soit solennellement bénie le premier dimanche après Pâques. Ce dimanche doit être la fête de la Miséricorde ».

    Pourtant, les textes de ce dimanche ne nous parlent pas directement de la Miséricorde. Comment faire le lien entre celle-ci et la figure de Thomas doutant de la résurrection du Seigneur et demandant des preuves bien concrètes de celle-ci ?
    « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n'y croirai pas » : Somme toute, une telle requête n’est-elle pas normale ? En effet, serait-il bien raisonnable d’engager toute sa vie à la suite de ce prétendu ressuscité sans un minimum de garanties ?

    Ce qui est touchant ici, c’est que Jésus va consentir à cette demande de Thomas. En invitant son Apôtre à avancer la main et à la mettre dans son côté, Jésus va bien lui donner une « preuve » tangible de sa résurrection. Mais en même temps, il lui intime de cesser d'être incrédule et de devenir croyant.
    Cette injonction n'aurait pas de sens s'il s'agissait seulement de « croire » en la résurrection, puisque celle-ci est maintenant pour Thomas de l'ordre de l'évidence sensible. C’est ici que nous devons être bien attentifs. En fait, Jésus invite Thomas à dépasser une incrédulité qui ne concerne pas le fait de la résurrection mais son interprétation. C'est au niveau du sens à donner à l'événement de la résurrection du Seigneur que Thomas doit passer de l’incrédulité à la foi.

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  • Les lignes de force et les tensions d’un pontificat très débattu

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    D'Elisabeth Geffroy sur le site de la Nef :

    Pape François : lignes de force et tensions d’un pontificat très débattu

    Le pape François est mort le lundi de Pâques, 21 avril 2025. Il nous revient d’analyser ici les lignes de force de son pontificat, ses apports pour l’Église et le monde, mais aussi les tensions qui l’ont traversé et les doutes qu’il a suscités.

    Le merveilleux chant de l’Exultet qui illumine la nuit pascale se termine par cette supplique : « et que passent tous les hommes de cette terre à votre maison. » La joie de Pâques, joie du salut obtenu pour nous par le Christ, enveloppait encore nos cœurs quand le pape François a rejoint la maison du Père, à qui il avait donné toute sa vie. Maintenant qu’il nous a quittés et que son action terrestre est close, il nous revient d’analyser les lignes de force de ce pontificat long de douze ans.

    Lire l'article sur le site de La Nef où l'on dépeint "un homme qui a voulu être avant tout un pasteur universel, un apôtre de la miséricorde, mais qui a pu sembler ne pas toujours comprendre les besoins de son temps."

  • Les médias du Vatican entrent en Conclave en donnant la parole aux candidats les plus progressistes

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    D'InfoVaticana via Il Nuovo Sismografo :

    Selon le site espagnol InfoVaticana, les médias du Vatican entrent en Conclave en donnant la parole aux candidats les plus progressistes, parmi lesquels, au premier plan, se distingue le candidat de la Communauté de Sant'Egidio Matteo Zuppi, soutenu par une importante machine politico-médiatique à l'intérieur et à l'extérieur des murs du Vatican. Aucune interview des cardinaux qui, ces dernières années, sont restés en retrait et ont été écartés des rôles de direction. 

    Vatican Info - Chaque geste et chaque action qui émane des Palais Sacrés est mesuré au millimètre près et orienté vers un objectif précis. Il est donc intéressant d’analyser à quels cardinaux les médias officiels du Vatican donnent la parole.

    Évidemment, celui qui ne pouvait pas manquer cette campagne pour se faire connaître et faire connaître les candidats est l'Italien Matteo Zuppi, président de la Conférence épiscopale italienne. Les médias officiels ont publié des déclarations du cardinal italien sur ce que le pontificat du défunt pape signifiait pour lui. François « s'est adressé aux gens parce qu'il voulait communiquer à tous l'amour de Dieu pour l'humanité telle qu'elle est, sans filtres, sans hypocrisie, en impliquant tout le monde. » "Créer un certain mécontentement parmi ceux qui ont peur, parmi ceux qui préfèrent regarder de loin, parmi ceux qui ne veulent pas sentir - comme il le disait - la fameuse 'odeur des brebis', qui est aussi un peu gênante, mais qui est précisément l'odeur du Bon Pasteur", a déclaré Zuppi.

    Un autre cardinal mentionné par Vatican News est l'ultra-progressiste Jean-Claude Hollerich, qui a été rapporteur général du Synode sur la synodalité et est connu pour ses opinions hétérodoxes sur le sacerdoce féminin et l'homosexualité. Réfléchissant à l'héritage du Pape, le cardinal luxembourgeois souligne la valeur de la synodalité que François a transmise à l'Église. « Le Pape a toujours soutenu les démarches que nous avons entreprises au Synode. « Lorsque le cardinal Mario Grech et moi allions le voir chaque mois pour nous préparer, il nous encourageait toujours à continuer », a-t-il déclaré à Vatican News. Hollerich souligne ensuite que, déjà lors de son hospitalisation à la polyclinique Gemelli, François avait approuvé le début d'un itinéraire qui mènera à une rencontre en 2028, consolidant ainsi les acquis jusqu'alors, sans convoquer un nouveau synode.

    Une autre figure promue par la machine médiatique du Vatican est le cardinal brésilien Leonardo Ulrich Steiner, archevêque de Manaus. 

    Selon Steiner, le pape François « a restitué à l’Église le sens premier du Royaume de Dieu : être le royaume de la miséricorde, le royaume de l’attention ». C’est le grand héritage du pape François ; c'était un immense trésor. Même dans la question de la miséricorde, on peut lire son souci des pauvres et des personnes âgées. Mais nous lisons aussi ses gestes continus visant à ouvrir une participation toujours plus grande des femmes au sein de l’Église.

    Même l'actuel préfet du Dicastère pour les évêques, Robert Prévost, a été soutenu ces derniers jours par les médias officiels du Vatican. Le cardinal péruvien a été l’un des grands protégés de François ces derniers mois, au cours desquels il a été pointé du doigt pour sa mauvaise gestion dans des cas d’abus...

  • Le cardinal Müller prévient que l'Église risque une division si un pape « orthodoxe » n'est pas choisi

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    Lu sur le Catholic Herald :

    Le cardinal Müller prévient que l'Église risque une division si un pape « orthodoxe » n'est pas choisi

    24 avril 2025

    L'Église catholique risque un schisme si elle ne choisit pas un dirigeant « orthodoxe », a averti le cardinal allemand Gerhard Müller avant le conclave du mois prochain.

    Müller, 77 ans, est depuis longtemps une figure de proue parmi les catholiques traditionnels qui s'opposaient souvent à l'approche réformiste du pape François, et il est l'un des rares « penseurs conservateurs » de l'Église catholique basée à Rome, aux côtés du cardinal américain Raymond Burke, rapporte Le Times .

    Müller s'oppose à l'utilisation des étiquettes « libéral » et « conservateur » pour désigner l'Église catholique, soulignant que le clivage au sein de l'Église est plus profond. Le nouveau pape, a-t-il déclaré, « doit être orthodoxe – ni libéral ni conservateur ».

    Il a déclaré que « la question n’est pas entre les conservateurs et les libéraux mais entre l’orthodoxie et l’hérésie », ajoutant : « Je prie pour que le Saint-Esprit illumine les cardinaux, car un pape hérétique qui change tous les jours en fonction de ce que disent les médias de masse serait catastrophique. »

    Le prochain pape, soutient Müller, ne devrait pas « rechercher les applaudissements du monde séculier qui voit l’Église comme une organisation humanitaire faisant du travail social ».

    Müller a décrit François comme un « homme bon », malgré de nombreux désaccords. Il a énuméré ses divergences avec François, à commencer par la décision du défunt pape en 2023 d'autoriser la bénédiction des couples de même sexe. Le pape François avait alors déclaré que « nous ne pouvons pas être des juges qui se contentent de nier, de repousser et d'exclure », mais cette décision a suscité une vive controverse, des évêques d'Afrique et d'Asie ayant refusé d'autoriser ces bénédictions.

    La liste des griefs de Müller à l'égard du pape François s'étend également à l'attention portée par le défunt pontife aux migrants et à l'environnement, rapporte le Times .

    Müller note que « le pape François est bien vu par les médias et il y a un risque que [les cardinaux] disent : "Nous devons continuer". » Au contraire, a-t-il ajouté, « ils ont la responsabilité [au conclave] d'élire un homme capable d'unifier l'Église dans la vérité révélée ».

    Il a ajouté : « J’espère que les cardinaux ne sont pas trop influencés par ce qu’ils lisent dans les gros titres. »

    Près de 80 % des 135 cardinaux éligibles ont été choisis par François, ce qui laisse entrevoir une potentielle majorité dite libérale au sein du conclave, rapporte le Times . Mais les opinions de nombre d'entre eux ne seront connues que lorsqu'ils se mêleront à leurs confrères cardinaux lors des réunions pré-conclave, appelées congrégations générales, qui pourraient bien influencer les votes ultérieurs.

    Lorsqu'on lui a demandé s'il promouvrait sa marque de catholicisme doctrinal lors de ces réunions, qui commencent sérieusement après les funérailles de François ce samedi, Müller a déclaré : « Je dois le faire ; je le dois à ma conscience. »

    L’alternative, a-t-il averti, est une Église qui risque de se diviser en deux si un pape « orthodoxe » n’est pas élu.

    « Aucun catholique n’est obligé d’obéir à une doctrine erronée », a-t-il déclaré, ajoutant : « Le catholicisme ne consiste pas à obéir aveuglément au pape sans respecter les saintes écritures, la tradition et la doctrine de l’Église. »

    Nommé par le prédécesseur traditionaliste de François, Benoît XVI, chef doctrinal du Vatican, Müller a conservé son poste après l'élection du pontife argentin en 2013, mais a rapidement contesté le programme libéral de son chef.

    En 2017, il a été limogé par François après avoir critiqué la décision du pape d'autoriser la communion aux divorcés remariés hors de l'Église. Ses opinions sont probablement représentatives d'autres cardinaux « conservateurs » déterminés à élire un successeur plus orthodoxe à François.

    Ancien évêque de Ratisbonne en Allemagne, Müller a également été directeur de la théologie dogmatique à l'Université Ludwig Maximilian de Munich.

    Dans un livre de 2023 qui, selon le Times , « constituera un manuel pratique pour les conservateurs lors du conclave », Müller a critiqué l'accord de François avec la Chine pour nommer conjointement les évêques, le comparant à l'apaisement du Vatican envers les nazis dans les années 1930 et avertissant : « On ne peut pas conclure de pacte avec le diable. »

    Gerhard Müller a également mis en garde les cardinaux arrivant pour le vote du conclave afin d'éviter des manœuvres en coulisses comme décrites dans le film oscarisé Conclave.

    « Ce n'est pas un jeu de pouvoir joué par des gens stupides qui cherchent à manipuler, comme dans ce film, qui n'a rien à voir avec la réalité », a déclaré le cardinal allemand.

  • Un historien appelle à un examen attentif des archives concernant le pape Pie XII et l'Holocauste

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    De Martin Barillas pour CNA sur le CWR :

    Un historien appelle à un examen attentif des archives concernant le pape Pie XII et l'Holocauste

    Pape Pie XII. (Crédit : Vatican Media)
    Ann Arbor, Michigan, 24 avril 2025

    « Il y a eu un changement ces derniers temps concernant Pie XII », a déclaré l'historien William Doino à CNA. Le pontife en temps de guerre a souvent été vilipendé, a-t-il ajouté, ajoutant : « Il sera bientôt reconnu à sa juste valeur » pour ses efforts visant à sauver les Juifs et autres personnes persécutées par les nazis et les fascistes il y a plus de 80 ans.

    Cette année, Yom HaShoah, également connue sous le nom de Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste , est célébrée le 24 avril aux États-Unis et en Israël, selon le calendrier lunaire juif. Ailleurs, la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste est célébrée le 27 janvier.

    Doino a consacré des décennies à étudier l'héritage du pape Pie XII et les efforts déployés par le pontife pendant la guerre pour sauver les Juifs, les militaires alliés et d'autres personnes poursuivies par l'occupant nazi. Il a interrogé des membres du clergé et des diplomates qui connaissaient personnellement Pie XII et pouvaient témoigner de vive voix. Contrairement à d'autres chercheurs, Doino a enregistré ces entretiens, qui éclairent ses rapports sur le pontife.

    Il est également co-auteur de « The Pius War: Responses to the Critics of Pius XII ». L'éditeur du livre est le rabbin David G. Dalin, qui a noté que des juifs éminents, dont Albert Einstein, Golda Meir et le grand rabbin Yitgzhak HaLevi Herzog, ont loué Pie XII pour avoir sauvé des milliers de juifs.

    Doino a déclaré qu'une « montagne de preuves » fournies par la recherche moderne et des documents récemment révélés offrent un nouvel éclairage sur le pape Pie XII (ex-Eugenio Pacelli), et que ses efforts ont été ignorés par ses détracteurs. Cependant, Doino a également déclaré dans une interview que l'Église doit faire face aux « fléaux croissants de l'antijudaïsme et de l'antisémitisme, qui représentent une grave menace pour la communauté juive du monde entier ».

    D'éminentes figures catholiques, comme Pie XII, ont réagi en luttant contre « ces péchés dangereux » et en défendant les Juifs. « La dignité et les droits fondamentaux de chaque être humain, donnés par Dieu, doivent être respectés en tout temps ; notre foi catholique n'exige rien de moins », a-t-il déclaré.
     
    William Doino (à droite) aux côtés de l'ancien président de l'Association du barreau catholique, Peter H. Wickersham (à gauche). À l'arrière-plan, un portrait du vénérable Pie XII. Crédit : Martin Barillas/CNA
    William Doino (à droite) aux côtés de l'ancien président de l'Association du barreau catholique, Peter H. Wickersham (à gauche). À l'arrière-plan, un portrait du vénérable Pie XII. Crédit : Martin Barillas/CNA

    Pie XII, comme ses prédécesseurs, cherchait à rester neutre et à œuvrer pour la paix. « Il n'était pas seulement un diplomate aux manières douces. Il était prêt à sortir des sentiers battus et à prendre des risques », a déclaré Doino. Il subissait une pression énorme, et les sauveteurs étaient menacés de mort. Nombre des efforts du pape et de l'Église étaient trop dangereux pour être consignés sur papier, a affirmé Doino, ce qui constituait un défi pour les historiens. Doino a ajouté que le clergé du Vatican recevait des instructions orales du pape pour secourir les Juifs.

    Plusieurs auteurs , dont le journaliste catholique John Cornwell, ont lié le pape Pie XII à la destruction des Juifs d'Europe. Cornwell a soutenu qu'avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, Pie XII avait légitimé le régime d'extermination d'Adolf Hitler. Il l'a accusé d'antisémitisme et de vouloir magnifier la papauté. Cependant, de nombreuses informations remettent en question le récit de l'indifférence papale , voire de sa complicité, dans ces crimes.

    Doino a déclaré que Pie XII avait usé de moyens diplomatiques et secrets pour réprimander les nazis pour leur eugénisme et leur racisme et pour éviter la guerre. Mais les fascistes et les nazis n'ont pas écouté, a déclaré Doino, « car, comme nous le savons, les psychopathes et les meurtriers n'écoutent pas les gens honorables. » Il a également souligné que Pie XI, prédécesseur de Pie XII, avait publié en 1937 Mit Brennender Sorge , une encyclique dénonçant l'antisémitisme et le fascisme, que Pie XII avait confirmée.

    Les généralisations hâtives sur l'Église et la papauté, a déclaré Doino, doivent être écartées, même si des cas spécifiques de clergé et de laïcs européens antisémites ont soutenu l'Axe. Doino a également confirmé que le pape avait activement soutenu les résistants antinazis et cherché à renverser Adolf Hitler.

    Doino a déclaré que les chercheurs doivent aller au-delà des archives du Vatican pour documenter les efforts de Pie XII. Il a déclaré que dans « Myron Taylor, l'homme que personne ne connaissait », l'auteur C. Evan Stewart a révélé en 2023 que Taylor – le représentant officiel des États-Unis auprès du Saint-Siège – avait appris que le pape, lors d'une célèbre rencontre en 1940 avec le diplomate nazi Joachim von Ribbentrop, avait exigé que deux représentants du Vatican soient autorisés à se rendre en Pologne pour documenter les atrocités nazies lorsqu'il avait appris que les Juifs étaient pris pour cible. L'Allemand a admis que les Juifs étaient exterminés, puis a refusé la demande papale. « Cela prouve que Pie XII a défendu les Juifs », a déclaré Doino, ce qui dément les affirmations contraires.

    Les critiques de Pie XII peinent à prouver qu'il était antisémite ou indifférent au sort des Juifs d'Europe. « Ils tentent de le relier à d'autres responsables qui étaient, malheureusement, antisémites ou antijuifs. Mais même dans ces cas-là, Dieu a agi sur eux. Certains antisémites, confrontés aux horreurs nazies, ont changé ou ont laissé leurs sympathies humaines transcender leur intolérance afin de pouvoir sauver les Juifs », a-t-il déclaré.

    L'archevêque Angelo Roncalli, futur pape Jean XXIII, est connu pour avoir sauvé des milliers de Juifs alors qu'il était diplomate pontifical en Turquie et en Grèce pendant la Seconde Guerre mondiale. L'archevêque Clemens August Graf von Galen de Münster, en Allemagne, a protesté contre l'euthanasie nazie en 1941.

    « Cela ne serait pas arrivé si le pape Pie XII ne les avait pas autorisés. Tout a été fait sous ses ordres et son inspiration », a déclaré Doino. « Distinguer les actions de Roncalli de celles du pape est incorrect. »

    Doino a déclaré que les critiques qui examinent les horreurs de l'Holocauste devraient « être humbles et ouverts à la vérité et suivre les faits où qu'ils mènent ». Il a noté que l'historien Père Hubert Wolf, critique acerbe de Pie XII, a depuis appelé à une réévaluation de l'héritage du pape sur la base de nouveaux documents.

    Des documents du Vatican révélés par l'archiviste papal Johan Ickx ont révélé dans « Le Bureau — Les Juifs de Pie XII », publié en 2020 et basé sur une décennie de recherche, que le pape a constamment recherché la paix et a créé un bureau pour sauver les personnes en danger.

    Ickx a déclaré : « Je pense qu'il y a 2 800 cas , il y a une liste équivalente à la liste de Schindler, une « liste de Pacelli » ; je me demande comment il se fait que le Saint-Siège ne l'ait jamais rendue publique. » Pendant l'occupation allemande de l'Italie, 81 % des 39 000 Juifs d'Italie ont été sauvés.

    Suzanne Brown-Fleming, du Musée commémoratif de l'Holocauste des États-Unis, a déclaré lors d'une conférence à Rome en octobre 2023 qu'avant le Concile Vatican II, de nombreux catholiques considéraient les Juifs et le judaïsme comme « quelque chose de dangereux, quelque chose de différent ». Mais beaucoup ont lutté contre ces préjugés et ont sauvé des Juifs « parfois au prix de leur vie » .

    Parmi les sauveteurs, a-t-elle déclaré, figuraient ceux qui ont inspiré le Concile Vatican II, comme le pape Jean XXIII, qui l'a inauguré. Elle a ajouté que les laïcs, les paroisses, les séminaires, les ordres religieux et les institutions papales abritaient des Juifs, fabriquant de fausses identités et faisant entrer clandestinement des Juifs en Suisse sous peine de mort.

  • Les cardinaux électeurs, en chiffres

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    De Brendan Hodge sur The Pillar :

    Les cardinaux électeurs, en chiffres

    Les données sur les hommes qui choisiront le pape

    24 avril 2025

    Sur les 135 cardinaux électeurs éligibles dans l'Église aujourd'hui, 133 devraient entrer dans la chapelle Sixtine début mai pour élire un nouveau pape, tandis que deux ont déclaré qu'il était peu probable qu'ils y assistent en raison de leur maladie.

    Mais qui sont ces hommes, et en quoi ce conclave sera-t-il différent – ​​et similaire – à ceux qui l’ont précédé ?

    Le Pillar regarde les chiffres.


    Avec 135 cardinaux éligibles — et presque tous attendus — l’élection de 2025 sera le plus grand conclave organisé dans l’histoire moderne de l’Église.

    Avant le pape saint Jean XXIII, qui l'agrandit en 1958, la taille du Collège des cardinaux était fixée à 70 membres depuis le XVIe siècle.

    Soixante-dix était un plafond, mais le collège ne comptait pas toujours 70 cardinaux. Dans les siècles précédant Jean XXIII, les nominations au collège n'intervenaient qu'en cas de décès de plusieurs cardinaux, de sorte que le pape en nommait d'autres pour ramener le nombre à 70 (ou presque).

    Cette pratique a parfois donné lieu à de petits consistoires, et parfois à plusieurs consistoires par an. Par exemple, en 1927, le nombre de cardinaux tomba à 67 ; le pape Pie XI tint donc un consistoire le 20 juin, nommant deux cardinaux supplémentaires, portant le total à 69.

    Mais lorsque six cardinaux supplémentaires moururent au cours du second semestre de l’année, le pape tint un second consistoire et en nomma cinq autres.

    À d'autres moments, des événements mondiaux ont empêché la nomination de davantage de cardinaux, si bien que le nombre de cardinaux au Collège a considérablement diminué. Le point le plus bas de l'histoire moderne de l'Église a été la Seconde Guerre mondiale.

    Lorsque le pape Pie XI tint le dernier consistoire de son pontificat en décembre 1937, il porta le nombre de cardinaux à 70. Mais en raison de la mort de Pie XI en février 1939 et du déclenchement de la guerre en Europe six mois après l'élection de Pie XII, un autre consistoire ne fut pas tenu avant 1946.

    Au moment où Pie XII convoqua ce premier consistoire d'après-guerre en 1946, le nombre de cardinaux était tombé à 38. Pie XII le rétablit en créant l'un des plus grands consistoires jusqu'alors, en nommant 32 nouveaux cardinaux et en portant le total à 70.

    En raison de la coutume de ne jamais dépasser 70 cardinaux à la fois, les conclaves d’avant Vatican II avaient tendance à être moins de la moitié de celui que l’Église est sur le point de connaître.

    C'est en 1958 que le pape Jean XXIII a élargi le Collège des cardinaux au-delà de 70. Et en 1975, le pape saint Paul VI a fixé la taille cible actuelle à 120 cardinaux électeurs.

    Depuis lors, les papes ont considéré 120 comme un objectif plutôt qu'une limite stricte. Ils ont souvent nommé suffisamment de cardinaux pour porter le nombre d'électeurs au-dessus de 120, s'attendant à ce qu'il redescende sous 120 d'ici un an ou deux, lorsque les cardinaux dépasseront 80 ans, l'âge maximum pour voter.

    Cet âge maximum de vote résulte également d'un droit ecclésiastique relativement récent. Le pape Paul VI a établi la distinction entre cardinaux votants et non-votants en 1971, décrétant que les cardinaux ayant atteint l'âge de 80 ans n'étaient plus éligibles au vote en conclave.

    Le résultat est que, même si les cardinaux continuent de vivre plus longtemps grâce aux progrès de la technologie médicale, les cardinaux qui ont voté lors des récents conclaves étaient en réalité légèrement plus jeunes que ceux qui ont élu les papes Jean XXIII et Paul VI, avant la règle d’âge.

    En effet, les électeurs éligibles pour le conclave de 2025 sont légèrement plus jeunes, en moyenne, que ceux de 2005 et 2015, mais légèrement plus âgés que les deux conclaves de 1978.

    Ce fait est dû à l’approche moins standard de François dans le choix des cardinaux au cours de son pontificat.

    Alors que le plus jeune cardinal du conclave de 2013 était le cardinal Baselios Thottunkal, alors âgé de 53 ans, il y aura au conclave de cette année cinq cardinaux plus jeunes que le cardinal Thottunkal en 2013, dont le cardinal Mykola Bychok, âgé de 45 ans.

    La dernière fois qu'un homme aussi jeune a été nommé cardinal, c'était en 1973, lorsque Paul VI a nommé cardinal l'archevêque Antonio Ribeiro, patriarche de Lisbonne âgé de 44 ans.

    Ces jeunes cardinaux étaient autrefois plus fréquents, à une époque où l'espérance de vie était plus courte qu'aujourd'hui. Le pape Léon XIII a nommé huit cardinaux âgés de 45 ans ou moins, dont un qui n'avait que 37 ans lorsqu'il a reçu le chapeau rouge. Mais le plus jeune cardinal nommé par le pape Benoît XVI avait 53 ans, et le plus jeune nommé par le pape saint Jean-Paul II avait 47 ans.

    Bien sûr, une autre différence essentielle souvent évoquée à propos des cardinaux nommés par François est leur dispersion géographique, « vers les périphéries ».

    Selon les pays de naissance des cardinaux électeurs éligibles en 2025, le plus grand changement par rapport aux conclaves précédents est qu'il y a beaucoup moins d'Italiens.

    Avant la Seconde Guerre mondiale, le Collège des cardinaux était composé à plus de 50 % d'Italiens. La situation changea après la guerre, avec la nomination de nouveaux cardinaux venus de toute l'Europe et du reste du monde.

    Lors des conclaves de 1978 — et jusqu'à celui de 2013 qui a élu le pape François —, le collège comptait encore environ un quart d'Italiens de naissance. Mais lors du conclave de 2025, seulement 14 % des cardinaux éligibles sont italiens.

    Les plus grands gains sont ceux de l'Asie-Pacifique, dont la part au sein du collège est passée de 10 % à 16 %. On compte désormais plus de cardinaux votants originaires de la région Asie-Pacifique que d'Italie.

    La représentation a également augmenté pour la région Afrique et Moyen-Orient, ainsi que pour l’Amérique latine, qui égalent ou dépassent désormais l’Italie en termes de représentation.

    Comme l’Italie, l’Amérique du Nord a vu sa part de représentation au conclave diminuer, passant de 12 % des électeurs éligibles au conclave de 2013 à 9 % aux élections de 2025.

    Le reste de l’Europe, à l’exception de l’Italie, a légèrement augmenté sa part.

    Même si l'Italie et les États-Unis compteront tous deux moins de cardinaux natifs lors du conclave de 2025 que lors des précédents, ils restent les deux pays comptant le plus grand nombre de cardinaux natifs.

    Il y aura 19 hommes nés en Italie éligibles pour participer à ce conclave, contre 28 en 2023, et neuf nés aux États-Unis, contre 11.

    Le pays qui compte le plus grand nombre de représentants éligibles est le Brésil avec huit, contre cinq auparavant, suivi de l'Espagne avec sept, contre cinq auparavant — bien qu'un cardinal espagnol ait indiqué qu'il ne participerait probablement pas.


    Alors que la composition des cardinaux électeurs change, un facteur reste relativement constant : le pourcentage de cardinaux en âge de voter qui sont membres de la curie plutôt que des évêques diocésains actuels ou retraités.

    Le conclave de 2013 a enregistré un pourcentage inhabituellement élevé de cardinaux de la Curie, soit 27 %. Cependant, la représentation de 20 % de la Curie au conclave de 2025 est pratiquement identique à celle des conclaves de 2005 et de 1978.

    Ce qui a clairement changé, en revanche, c’est l’origine des cardinaux membres de la curie.

    Alors que la curie était autrefois majoritairement italienne, avec seulement 14 % des cardinaux actuels en âge de voter venant d’Italie — et beaucoup d’entre eux étant situés dans des sièges géographiques répartis dans tout le pays — beaucoup des cardinaux qui travaillent à plein temps à la curie sont nés dans d’autres parties du monde.

    Bien sûr, toute la discussion sur la manière dont le pape François a façonné le Collège des cardinaux qui choisira son successeur soulève la question évidente : dans quelle mesure s’agit-il désormais d’un collège « François » ?

    La réponse est que la grande majorité des cardinaux qui voteront pour choisir le successeur de François seront des hommes élevés au collège par François lui-même — mais ils ne constituent pas un pourcentage inhabituel d’un point de vue historique.

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    Quatre-vingt pour cent des cardinaux éligibles pour voter au conclave de 2025 ont été choisis par le pape François.

    C'est certainement plus d'influence que celle qu'avait Benoît XVI sur son successeur. Lors du conclave de 2013, 58 % des cardinaux en âge de voter avaient été nommés par Benoît XVI, tandis que les 42 % restants avaient été nommés par Jean-Paul II.

    Après le long pontificat de Jean-Paul II, 98% des cardinaux ayant voté en 2005 avaient été nommés par Jean-Paul II.

    Mais il est intéressant de noter qu'après les 15 ans de pontificat de Paul VI, 90 % des cardinaux électeurs votant lors des deux conclaves de 1978 avaient été nommés par lui.

    Ainsi, même si François — par ses choix pour le Collège des cardinaux — aura plus d’impact sur le conclave qui choisira son successeur que Jean XXIII ou Benoît XVI sur leurs successeurs, il aura eu moins d’influence que Paul VI ou Jean-Paul II.

    Jean-Paul II et François lui-même ont tous deux été perçus comme s'éloignant significativement des hommes qui avaient nommé les cardinaux qui les avaient élus. De même, il est difficile de prédire, du seul fait que François les ait nommés, ce que les cardinaux choisis par François rechercheront chez un pape.

    Il s’agira néanmoins du conclave le plus vaste et le plus diversifié de l’histoire de l’Église.

    Beaucoup d'entre eux seront des hommes qui ne se connaissent pas bien, car ils s'occupent habituellement des besoins de leurs églises dans les « périphéries » du monde.

    Les 20% de cardinaux électeurs qui travaillent à la curie, et les autres qui voyagent souvent de leurs diocèses à Rome, peuvent former un noyau de cardinaux qui se connaissent mieux, et qui peuvent former un noyau important dans les discussions entre les cardinaux.

    Mais par ailleurs, la composition de ce conclave pourrait être particulièrement conçue pour générer des surprises.

    De la part du « pape des surprises », ce n’est pas du tout une surprise !

  • Le cardinal Sarah : un papabile qu'il faut mettre hors jeu

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    Le cardinal Sarah est dans le viseur des médias : un "ultra conservateur", un "rigide", un "digne héritier de l'Inquisition", etc. Il suffit d'une petite recherche sur google actualités pour se faire une idée de cette campagne de dénigrement du cardinal guinéen...