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Belgique

  • Au sanctuaire de Banneux, premier Festival marial missionnaire : Marie, visage du dialogue et de la mission en Asie

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    Une dépêche de l'Agence Fides (Marie-Lucile Kubacki) :

    Au sanctuaire de Banneux, premier Festival marial missionnaire : Marie, visage du dialogue et de la mission en Asie

    24 juillet 2026
     

    Banneux (Fides) - Mettre en évidence le lien qui unit la dévotion à la Mère de Dieu à la vocation missionnaire et à la joie d'annoncer l'Évangile, joie que l'on peut ressentir par chaque baptisé : c'est le cœur de la première édition du Festival Marial Missionnaire, qui se tiendra au sanctuaire de Notre-Dame de Banneux, en Belgique, le dimanche 26 juillet 2026.

    Organisé par l’Union Pontificale Missionnaire (UPM) en collaboration avec la communauté européenne de pèlerinage vietnamien, cet événement inédit rassemble fidèles et missionnaires autour de la figure mariale, dont la dévotion est largement répandue sur le continent asiatique. Comme l'explique le Père Dinh Anh Nhue Nguyen (OFMConv), Secrétaire Général de l'Union Pontificale Missionnaire : « Il s'agit de la première édition d'un festival qui réunit la matrice mariale et la matrice missionnaire. La dévotion mariale, très ressentie dans les pays asiatiques, s'unit à l'engagement missionnaire de tous les baptisés. Ils sont appelés à être des disciples missionnaires comme Marie. »

    À l’occasion de cette première édition, une messe d’action de grâce sera célébrée pour la béatification du prêtre martyr Francis Xavier Trương Bửu Diệp le 2 juillet 2026, événement de portée majeur puisqu’il s’agissait de la toute première cérémonie de béatification jamais célébrée sur le sol vietnamien. La célébration eucharistique (en vietnamien) sera présidée par Mgr Frédéric Rossignol, évêque de Tournai. En amont de la messe, deux conférences — dispensées en anglais et en vietnamien — seront animées par le père Anthony Chantry (MHM), directeur national de Missio pour l'Angleterre et le Pays de Galles, et le père Dinh Anh Nhue Nguyen.

    Le Père Anh Nhue indique que ces enseignements :« seront concentrés sur les aspects du vécu et du témoignage de la foi dans toutes les circonstances de la vie, que ce soit à la paroisse, au travail, à l’école, et dans la famille, et donc aussi sur le martyre, autour de la promesse du Christ venu "donner sa vie” afin que ses brebis “aient la vie en abondance." Il souligne également que cette perspective rejoint le message du Pape pour la prochaine Journée Missionnaire Mondiale, dans lequel le Souverain Pontife met l'accent sur la "Mission de l'Amour."

    En plaçant la Mère du Christ au centre de ce festival, les organisateurs mettent également l’accent sur une réalité importante de la vie spirituelle en Asie, celle de la dévotion mariale comme lieu privilégié d'inculturation et de rencontre interculturelle sur le continent. Mais comment? Et quelles conclusions les missionnaires peuvent-ils tirer de ce constat?

    Marie, pont entre les croyants et les cultures

    En 2023, le centre de recherche américain Pew Research Center a publié une enquête sur le bouddhisme, l'islam et le pluralisme religieux en Asie du Sud et du Sud-Est, en interrogeant plus de 12 000 personnes en Thaïlande, au Cambodge, en Malaisie, à Singapour et en Indonésie. Cette enquête a établi que de nombreux non-chrétiens vénéraient Marie. Afin de comprendre en profondeur la manière dont les Chrétiens et non-Chrétiens d'Asie abordent la Mère du Christ, l'Initiative for the Study of Asian Catholics (ISAC), un réseau académique international hébergé par l'Institut de recherche sur l'Asie de l'Université nationale de Singapour, en partenariat avec le Center for Marian Studies de Londres, ont organisé une conférence de recherche. Au cours de cette journée, 18 travaux de recherche explorant les dévotions mariales dans 11 pays et à travers cinq traditions religieuses ont été présentés.

    Le théologien et anthropologue Michel Chambon, fondateur d’ISAC, a présenté les résultats dans le World Mission Magazine, où il relève que la Vierge Marie transcende les frontières religieuses et donne plusieurs exemples. À l'église de la Novéna à Singapour, comme sur les sites de pèlerinage de Velankanni en Inde ou de Mariamabad au Pakistan, des milliers de fidèles musulmans et hindous viennent régulièrement confier leurs intentions et faire des vœux à Marie. À Singapour, le mouvement taoïste « Origin of the Self » (Origine du Soi), fondé par le professeur Zhang Bu Sheng, intègre Marie dans son panthéon aux côtés de Jésus et de saint Joseph. Ces fidèles ne s’intéressent pas à la maternité physique ; pour eux, la figure de Marie, considérée à la lumière de leurs croyances, incarne plutôt le modèle accompli de la personne qui, par la méditation et la vertu, génère un être divin de l'intérieur et transcende la mort. En Asie de l'Est, Marie coexiste avec des divinités féminines comme le Bodhisattva Guanyin ou la déesse Mazu à Taïwan. Des statues japonaises de l'ère Edo (Maria Kannon) aux peintures dissimulées de la dynastie Qing, jusqu'aux statues contemporaines coréennes en granit sculptées par Choi Jong-Tae selon le style bouddhique du VIe siècle, la figure mariale dialogue en profondeur avec le patrimoine artistique et spirituel asiatique.

    Michel Chambon rappelle également que l'attrait pour Marie s'enracine dans l’intimité des maisons, où ses images côtoient parfois d'autres figures spirituelles. La sphère domestique devient ainsi un lieu d'expression d'une « religion vécue ».

    De plus, la réappropriation culturelle de figures comme Notre-Dame de La Vang au Viêt Nam,représentée depuis la fin des années 1990 en tenue traditionnelle (áo dài), montre comment le catholicisme se redéfinit continuellement comme une foi authentiquement asiatique. « Les dévotions asiatiques soulignent la centralité de Marie dans le dialogue que les populations asiatiques entretiennent avec les traditions chrétiennes et non chrétiennes, affirme Michel Chambon. Marie en Asie reste une question intrigante qui nous fait sortir de notre zone de confort. Avec ses dévots haut en couleur, elle est une figure stimulante qui nous invite à reconsidérer notre position religieuse et nos manières de conceptualiser la religion, le catholicisme et le dialogue interreligieux. »

    En rassemblant la communauté à Banneux, ce premier Festival Marial Missionnaire illustre ainsi que la mission est avant tout une affaire de rencontre : celle qu'incarne le témoignage des martyrs et que Marie continue de favoriser entre les cultures et les croyants du monde entier.
    (Agence Fides 24/7/2026)

  • Le roi Baudouin, mystique et politique

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    De Paul Vaute sur Le Passé belge :

    Le roi Baudouin, mystique et politique

    De l’emprise des partis aux questions éthiques, de la décolonisation aux réformes de l’Etat, les carnets privés du cinquième Roi des Belges révèlent le regard de foi qu’il porta sur chaque événement comme sur le drame de ne pas avoir d’enfant. Le constat de son humanité, manifestée de multiples manières, fit l’unanimité (1950-1993)

       Entre les débuts du prince royal, nullement préparé, considéré par ses ministres comme un « non-interlocuteur » , et le dernier hommage rendu au Roi par quelque 500.000 Belges faisant la file devant le palais et 38 chefs d’Etat présents aux funérailles, que de chemin parcouru! Vincent Dujardin, professeur à l’Université catholique de Louvain, n’a pas ménagé ses peines pour le retracer [1].

       Spécialiste de nos temps contemporains, il a entrepris ses recherches au moment le plus opportun, quand les archives commençaient à s’ouvrir alors qu’un nombre important de témoins et d’acteurs pouvaient encore être interrogés. On soulignera particulièrement l’importance des entretiens de l’historien avec la reine Fabiola et de l’accès qu’elle lui a ouvert aux écrits privés de son mari.

       Si la qualification de « non-interlocuteur » est quelque peu exagérée, elle correspond en tout cas à la réputation faite au chef de l’Etat pendant ses difficiles premières années. Une époque où, selon un ambassadeur du Luxembourg, un ancien ministre catholique (!) affirmait qu’il vivrait assez longtemps pour assister à la prestation de serment du premier président de la république belge (p. 85). Le voyage triomphal au Congo en 1955 amorça le tournant, pleinement accompli à partir du mariage en 1960. « On nous a changé Baudouin! » , proclamait alors le Pourquoi Pas ? (16 décembre 1960, cité p. 192). L’image fâcheuse de la dyarchie disparut, les relations difficiles avec l’atrabilaire princesse Lilian ayant conduit à une prise de distance de Baudouin, ainsi que de son frère et de sa sœur, avec leur père.

       Le cinquième Roi des Belges prit de la bouteille. Même si sa marge d’intervention personnelle dans la vie politique n’était plus comparable à celle de ses prédécesseurs, sa magistrature d’influence et son poids moral allèrent grandissant. S’il déplora, notamment en 1981 dans une lettre à Léopold III, en pleine valse des ministères, la « dégradation dans le gouvernement du pays par l’emprise des partis » (cité p. 521), il se garda de provoquer ceux-ci publiquement. Les couacs, au total, ont été rares. Comme l’observa Jean Stengers, dont les travaux sur le « métier » royal font autorité, innombrables furent les chausse-trapes communautaires dans lesquelles il aurait pu tomber (cité p. 840).

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  • Liège (Cornillon), 7 août : Fête de sainte Julienne

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  • « Des prêtres mariés seraient un enrichissement pour l’Église. » (Mgr Terlinden)

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    De Hedro Munsterman sur le Nederlands Dagblad :

    Que faisait l'archevêque catholique romain de Belgique au synode anglican en Angleterre?

    Entretien
     L’archevêque Luc Terlinden de Malines-Bruxelles était l’invité du synode général de l’Église anglicane à York le week-end dernier. Il a constaté que la synodalité y est structurée comme un parlement, mais estime que l’Église catholique doit emprunter une voie différente. « Des prêtres mariés seraient un enrichissement pour l’Église. »

    15 juillet 2026

    L'archevêque catholique romain Luc Terlinden (à gauche) avec l'archevêque anglican Stephen Cottrell (à droite) dans la salle synodale à York.
    L’archevêque catholique romain Luc Terlinden (à gauche) et l’archevêque anglican Stephen Cottrell (à droite) dans la salle synodale d’York. Photo : Archidiocèse de Malines-Bruxelles
     

    L’invitation adressée à l’archevêque Terlinden pour participer au synode général de l’Église d’Angleterre venait de Stephen Cottrell, l’archevêque anglican d’York, ville où se tient le synode chaque année en juin.

    « Cette invitation s'inscrit dans une longue tradition qui a débuté à Malines il y a plus d'un siècle », explique Terlinden. « C'était très exceptionnel pour l'époque, mais entre 1921 et 1927, se sont déroulés les pourparlers de Malines entre une délégation anglicane conduite par Lord Halifax et la délégation catholique dirigée par mon prédécesseur comme archevêque de Malines, le cardinal Mercier. »

    Terlinden souligne que ces conversations informelles – l’Église catholique n’ayant pas encore officiellement adhéré au mouvement œcuménique – étaient de nature théologique, mais constituaient aussi une expérience d’amitié. Cette amitié entre les archidiocèses d’York et de Malines-Bruxelles perdure encore aujourd’hui. 

    « Nous devons apprendre à vivre cette amitié œcuménique localement, dans l'hospitalité et le respect de l'identité de chacun », déclare Terlinden. Avec Stephen Cottrell, par exemple, il a discuté de projets d'organisation de pèlerinages œcuméniques.

    En tant qu'archevêque, vous vous êtes retrouvé au sein d'un synode anglican fonctionnant très différemment de la synodalité instaurée par le pape François dans votre propre Église catholique. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

    C'était très différent. Cela fonctionne vraiment comme un parlement. Cela fait partie de la longue tradition anglaise. Il y a un président et un secrétaire. À côté d'eux siège un avocat, qui porte une de ces perruques traditionnelles.

    Le synode est composé de trois chambres : les évêques, le clergé et les laïcs. Ils votent sur les motions. Celles-ci portent sur des sujets aussi variés que les règles juridiques régissant la nomination des évêques et la reconnaissance des unions entre personnes de même sexe.

    J'avais parfois le sentiment qu'il manquait de profondeur théologique et philosophique. De plus, un tel système ne laisse peut-être pas suffisamment de place à ce que nous, dans l'Église catholique, appelons « discernement dans l'Esprit ». Par ailleurs, plusieurs anglicans m'ont également confié avoir beaucoup à apprendre de notre expérience de la synodalité. 

    Mais en même temps, les participants jouissent d'une grande liberté. Ils peuvent, par exemple, poser des questions. Il y en avait deux cents cette fois-ci. Les évêques et autres responsables disposent ensuite d'une minute pour répondre. 

    Ce ne sera peut-être pas long, mais cela donne quand même l'occasion de parler de tout. D'ailleurs, c'était encore calme cette fois-ci, du moins c'est ce qu'on m'a dit. Parfois, les choses se compliquent beaucoup plus.

    Au sein de l'Église catholique, cette synodalité est encore en développement. Quel est votre avis à ce sujet ?

    Nous nous interrogeons sur le lien entre la synodalité – la participation de tous les croyants – et la collégialité des évêques. En tant qu’évêque, je suis convaincu qu’un équilibre doit être trouvé entre ces deux aspects. 

    Nous, évêques, avons une fonction spécifique au sein de l'Église et nous servons comme successeurs des apôtres. C'est important. L'évêque est au service de la proclamation de l'Évangile, du peuple de Dieu et de l'unité de l'Église. 

    Chez nous, l'évêque ou le pape a toujours le dernier mot. C'est logique. Mais en même temps, je partage pleinement les paroles que le pape Léon XIV a récemment adressées aux cardinaux : « Je dois écouter avant de diriger, apprendre avant d'enseigner. »

    Mais ces évêques sont actuellement choisis de manière très opaque, sans que les croyants ordinaires aient la moindre voix au chapitre. 

    C’est vrai. Mais nous disposons désormais d’un rapport d’une commission d’étude du Vatican qui préconise également la consultation des fidèles dans le cadre des nominations épiscopales. 

    Une question cruciale que je me pose est de savoir qui, en définitive, compile le résumé de toutes ces consultations et l'envoie à Rome. En fin de compte, c'est le nonce apostolique qui s'en charge. 

    Nous, évêques belges, avons suggéré d'associer les évêques à la phase finale de la synthèse. Et peut-être aussi d'autres personnes du pays. Autrement, le nonce aura une responsabilité et une influence considérables. 

    Il existe des prêtres mariés au sein de la communion anglicane. L'évêque Johan Bonny d'Anvers s'est également prononcé explicitement en faveur de cette possibilité au sein de l'Église catholique. Quelle est la position des évêques belges à ce sujet ? 

    Dans le cadre du synode de 2023, nous, évêques belges, avons clairement indiqué dans un document envoyé à Rome que nous sommes ouverts à une discussion concernant la possibilité d'ordonner des hommes mariés. 

    Dans ce contexte, nous plaidons également pour une certaine décentralisation. La position de l'évêque d'Anvers relève de sa propre initiative, mais il ne peut naturellement ordonner des prêtres mariés sans l'autorisation du pape. 

    À mon sens, des prêtres mariés seraient un enrichissement pour l'Église. Je le constate dans les Églises orientales. 

    J'ai parlé à un évêque gréco-catholique qui m'a dit que 90 % de leurs prêtres sont mariés. En Occident, nous ne respectons pas toujours suffisamment cette tradition orientale, qui est elle aussi catholique.

  • Il y a eu 3 prêtres ordonnés (+ 1) en Belgique en 2026

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    Plusieurs ordinations sacerdotales (presbytérales) ont eu lieu en Belgique en 2026. Voici un aperçu basé sur les informations disponibles au 14 juillet 2026 :

    Diocèse de Namur

    Diocèse d’Anvers (Antwerpen)

    Diocèse de Tournai

    Autres mentions

    • Dans le diocèse de Liège, il y a eu une ordination (par la Fraternité Saint-Pie X) d’un Liégeois, l’abbé Vincent Richter, le 29 juin 2026 (réaction de Mgr Delville).
    • Pour Gand, Bruges et Hasselt (diocèse de Hasselt/Limbourg), on ne trouve pas d’ordinations sacerdotales relayées en 2026 dans les sources consultées, mais des ordinations diaconales ou d’autres événements pastoraux ont pu avoir lieu.

    2026 n’est pas une année exceptionnelle ni en hausse, que du contraire. Le nombre est au plus bas, typique de la situation structurelle des vocations en Belgique.

  • Converti de l’islam au catholicisme : un professeur menacé pour avoir choisi le Christ

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    De Tribune chrétienne :

    Ahmed Yetrib converti de l’islam au catholicisme : un professeur menacé pour avoir choisi le Christ

    Ahmed Yetrib - capture écran foi et Raison
    Ahmed Yetrib - capture écran foi et Raison
    Son parcours rappelle le prix que certains convertis continuent de payer pour leur foi, même au cœur de l'Europe

    À première vue, Ahmed Yetrib mène le parcours d’un enseignant passionné par la transmission. Théologien de formation, il poursuit des études de philosophie à l’Université catholique de Louvain (UCLouvain) tout en enseignant la religion catholique au Collège du Christ-Roi, dans la région de Charleroi. Mais derrière cette vocation se cache une histoire personnelle peu ordinaire. Né dans une famille musulmane, il découvre progressivement le christianisme et choisit, après un long cheminement spirituel, de recevoir le baptême en 2018. Depuis lors, il n’a jamais caché sa foi catholique. Au contraire, il s’est engagé dans l’enseignement et intervient régulièrement pour témoigner de son itinéraire, convaincu que la recherche de la vérité l’a conduit vers le Christ.

    Son parcours illustre une réalité souvent ignorée. Si la liberté religieuse comprend le droit de pratiquer une religion, elle comprend aussi celui d’en changer. Pourtant, quitter l’islam demeure, dans de nombreuses familles ou communautés, une décision particulièrement difficile à accepter. Pour certains convertis, cette démarche entraîne une rupture avec leurs proches, un isolement social ou des intimidations qui les conduisent parfois à vivre leur foi dans une grande discrétion.

    Ces derniers jours, cette réalité a pris un visage bien concret. Selon les informations révélées par Marianne, Ahmed Yetrib fait l’objet de menaces sur les réseaux sociaux après que certains élèves ont découvert ses publications consacrées au christianisme sur TikTok. L’hebdomadaire rapporte que l’enseignant confie n’avoir « jamais été aussi inquiet ». Dans le même entretien, il explique que les menaces reçues lui ont fait penser au destin tragique de Samuel Paty, le professeur assassiné en France en 2020 par un terroriste islamiste. Une confidence qui témoigne de la gravité avec laquelle il perçoit la situation.

    Cette affaire dépasse largement le cas personnel de ce professeur belge. Elle pose la question de la liberté de conscience dans nos sociétés européennes. Chacun est libre de croire, de ne pas croire, mais aussi de changer de religion. Ce principe est garanti par les textes internationaux relatifs aux droits de l’homme. Il ne saurait souffrir d’exception sous la pression de groupes ou d’idéologies qui considèrent l’apostasie comme une faute.

    L’histoire de l’Église est jalonnée d’hommes et de femmes qui ont tout quitté pour suivre le Christ. Aujourd’hui encore, des milliers de musulmans demandent le baptême à travers le monde. Beaucoup le font dans une extrême discrétion, conscients des risques qu’ils encourent. Certains perdent leur famille, leur emploi ou leurs amis. D’autres vivent sous la menace permanente.La Belgique, qui fait de la liberté religieuse l’un des fondements de son État de droit, ne peut rester indifférente à de tels faits si ceux-ci sont confirmés. Un enseignant ne devrait jamais craindre pour sa sécurité en raison de sa foi ou de sa conversion.

    Le parcours d’Ahmed Yetrib rappelle enfin que la conversion au christianisme n’est jamais un simple changement d’appartenance culturelle. Pour ceux qui la vivent au prix du rejet ou des menaces, elle constitue souvent un véritable témoignage de fidélité au Christ. Dans une Europe qui se veut le continent des libertés, cette fidélité ne devrait jamais conduire à la peur.

  • Fin de vie : CathoBel publie la prose inacceptable d'un moine de Maredsous

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    Alors que les évêques de France, avec le cardinal Aveline en tête, sont mobilisés contre le vote d’une loi libéralisant l’euthanasie et le suicide assisté, le portail officiel de l’Église catholique en Belgique francophone, CathoBel, publie complaisamment un texte du Frère Réginald-Ferdinand Poswick, moine bénédictin de l’abbaye de Maredsous. (1) Celui-ci plaide pour une libéralisation de ces pratiques, suggérant que certaines personnes âgées puissent volontairement mettre fin à leur vie et proposant même une ritualisation ecclésiale exceptionnelle de ce « départ ».

    Ces positions vont à l’encontre de l’enseignement constant de l’Église, qui refuse absolument de provoquer la mort par des moyens artificiels. Un moine, aussi érudit soit-il, ne peut faire prévaloir une opinion personnelle dans un organe officiel de l’Église (2), au nom d’un évangélisme dévoyé et d’un argumentaire contestable.

    La doctrine constante de l’Église

    L’enseignement officiel de l’Église catholique est clair et inchangé : l’euthanasie (acte qui provoque directement la mort pour supprimer la souffrance) et le suicide assisté sont inacceptables. Le Catéchisme (§2324) les qualifie de meurtre grave, contraire à la dignité de la personne et à la souveraineté de Dieu sur la vie. Jean-Paul II l’a solennellement rappelé dans Evangelium Vitae (1995), position confirmée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et de nombreux documents ultérieurs, y compris sous le pontificat de François.

    L’Église promeut les soins palliatifs, l’accompagnement humain et spirituel, la sédation proportionnée (qui soulage sans viser la mort) et une spiritualité qui voit dans la souffrance et la mort un passage vers la vie éternelle. La dignité de la vie humaine demeure entière jusqu’à sa fin naturelle.

    Les évêques de France

    En cohérence avec cette doctrine, les évêques français alertent sur les risques de dérive : pression sur les vulnérables, banalisation de la mort provoquée et affaiblissement des soins palliatifs. Ils lancent des neuvaines et défendent une anthropologie de la fraternité qui accueille les fragiles plutôt que de les éliminer.

    Le cas belge

    En Belgique, l’euthanasie est légalisée depuis 2002 et n’a cessé de s’étendre (mineurs, troubles psychiatriques, etc.), avec une augmentation constante des cas. CathoBel a mis en avant les propositions du Frère Poswick sous le titre « proposition-choc », tout en précisant que celles-ci n’engagent que leur auteur et vont « à l’encontre de l’enseignement de l’Église ». Cette clause de style ne change rien au fait de donner une tribune à une rupture doctrinale.

    Un moine bénédictin, connu pour ses travaux sur la Bible, l’informatique et la spiritualité, n’a pas autorité pour proposer une telle évolution. Cette publication (désapprouvée par son supérieur) (1) interroge la gouvernance et la fidélité doctrinale de l’Église en Belgique, déjà mise en cause par d’autres affaires ayant nécessité des interventions vaticanes.

    Pourquoi cette divergence ?

    • Contexte culturel : forte sécularisation et tradition de « tolérance » pragmatique en Belgique et aux Pays-Bas. Une partie des catholiques, clercs inclus, s’aligne sur l’esprit du temps au nom d’une « miséricorde » ou d’une autonomie individuelle absolue.
    • Crise interne : difficulté de transmission doctrinale en Europe occidentale. Certains invoquent un « développement pastoral » qui contourne l’enseignement constant, au profit d’un subjectivisme moral.
    • Évangélisme dévoyé : ritualiser la mort provoquée reviendrait à transformer l’Église en aumônerie de la culture de mort, au lieu d’en être le sel et la lumière.

    Le magistère universel prime sur les initiatives locales. Rome a déjà corrigé des dérives similaires. Les fidèles ont le devoir, selon Donum Veritatis, de s’attacher à l’enseignement constant plutôt qu’à des propositions novatrices isolées.

    La réaction (ou l’absence de réaction) des évêques belges

    La Conférence épiscopale de Belgique a réaffirmé par le passé son opposition de principe à l’euthanasie, tout en privilégiant un ton nuancé et pastoral (« Je te prends par la main », 2019). Cependant, face à la banalisation sociale de l’euthanasie et à cette publication interne, une réaction ferme et claire fait défaut. Cette tiédeur contraste avec la position plus résolue des évêques français.

    Ce silence probable s’explique par la peur du conflit dans un pays très sécularisé, une culture du « dialogue » et de l’« accueil » qui l’emporte souvent sur la clarté doctrinale, et une certaine pusillanimité face à l’opinion publique majoritairement favorable.

    Conclusion

    Cette affaire révèle un défi plus large : celui de l’unité doctrinale face à la pression sociétale. Les évêques français ont raison de résister fermement. En Belgique, l’accommodement progressif affaiblit le témoignage prophétique de l’Église. Si les évêques belges restent silencieux, les fidèles attachés à la doctrine ont toute légitimité à rappeler la vérité et à s’adresser, si nécessaire, directement à Rome. L’accompagnement véritable des mourants passe par l’espérance et le respect inconditionnel de la vie, et non par l’administration de la mort.

    (1) Le Père Abbé de Maredsous vient (le 1er juillet en matinée) de publier une mise au point : Opinion de Fr. Poswick sur la fin de vie: la mise au point du Père Abbé de Maredsous

    (2) CathoBel précise "qu'un texte d'opinion publié sur le site cathobel.be n'a aucunement valeur de prise de position de l'Eglise en Belgique."

  • Un jeune du diocèse de Liège a été ordonné prêtre à Ecône; l'évêque de Liège réagit par un communiqué officiel

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    COMMUNIQUÉ OFFICIEL

    Réaction de Monseigneur Jean-Pierre Delville à l'ordination d'un prêtre de son diocèse dans la Fraternité Saint-Pie-X

    Vincent Richter ordonné prêtre au sein de la Fraternité Saint-Pie X

    Mgr Jean-Pierre Delville a été informé que l’abbé Vincent Richter, un jeune homme originaire de Steffeshausen, dans le diocèse de Liège, a été ordonné prêtre dans la Fraternité Saint-Pie X, à Écône, en Suisse, ce lundi 29 juin, en la solennité des saints Pierre et Paul. L’évêque assure le nouveau prêtre de sa prière et l’encourage à suivre le Christ dans sa future mission au Brésil, en authentique disciple de l’évangile.

    La Fraternité Saint-Pie X rassemble les catholiques qui, à la suite de Mgr Marcel Lefebvre, ont refusé de reconnaître différentes décisions du Concile Vatican II (1962-1965). Cette assemblée des évêques du monde entier, réunis autour du Pape, a validé une mise à jour du catholicisme, avec entre autres des déclarations sur la liberté religieuse, sur l’œcuménisme et sur le respect des autres religions. Ce sont ces éléments et non pas tant les questions de liturgie en latin selon la forme ancienne, qui ont causé la rupture entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint-Pie X. Celle-ci dessert l’église qu’elle a fondée à Steffeshausen. Elle est à distinguer de la Fraternité Saint-Pierre, qui elle aussi célèbre selon l’ancienne liturgie, en particulier à Herstal et à Verviers, mais reconnaît les enseignements du Concile Vatican II.

    La dissidence de Mgr. Lefebvre et de ses disciples n’est pas une première dans l’histoire de l’Église. De tout temps, des catholiques n’ont pas voulu ou pu comprendre que la fidélité à la tradition n’était pas statique, mais dynamique. C’est ce qu'enseignait saint John Henry Newman (1801-1890), docteur de l’Église, en écrivant que, comme tout organisme vivant, l’Église « change pour rester la même » (it changes with them in order to remain the same). C’est inévitable : « ici-bas, vivre c’est changer, et être parfait, c’est avoir changé souvent » (here below to live is to change, and to be perfect is to have changed often) (Essai sur le développement de la doctrine chrétienne, 1845, Section 1, p. 33, n°7). Pour Newman, la doctrine chrétienne, qui s’est accomplie en Jésus-Christ, n’attend pas de nouvelle révélation, mais se développe, en faisant apparaître des éléments latents.

    En outre, en ordonnant, ce 1er juillet 2026, quatre nouveaux évêques sans autorisation du Pape, la Fraternité Saint-Pie-X accentue sa dissidence dans l’Eglise catholique. Cela ne nous empêche pas de rechercher le dialogue avec elle, de nous interpeller mutuellement et d’établir des relations fraternelles.

  • Avortement : ce n'est pas la "science" qui décide et il ne lui appartient pas de le faire

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    Une opinion de Werner-Édouard de Saeger van Nattenhaesdonck, avocat au barreau de Liège-Huy, professeur de droit à l'université de Hasselt, affilié au Center for Bioethics de la Harvard Medical School, publiée en sur le site de la Libre :

    Avortement : la science ne décide pas, et il ne lui appartient pas de le faire

    Dans le débat actuel sur l'allongement du délai légal, l'invocation de "la science" masque un choix moral qui, en démocratie, revient au citoyen, non aux experts.

    Il n'existe pas de manière plus élégante de soustraire un choix moral au débat que de le déclarer fait scientifique. "Laissons la science décider, et non la politique" sonne comme un appel à la sobriété contre l'idéologie. C'est en réalité la phrase la plus idéologique de tout le débat sur l'avortement : elle déguise un choix de valeurs profondément contesté en simple résultat de mesure.

    Soyons précis. La science décrit comment l'embryon devient fœtus, à partir de quand un système nerveux fonctionne, quand la viabilité hors de l'utérus devient possible. Ce sont là des faits. Mais d'aucun fait ne découle, à lui seul, une norme. Aucune échographie, aucun rapport d'experts ne peut dire à partir de quel moment la vie à naître mérite la protection du droit : cette question n'est pas empirique, mais éthique et juridique. Qui l'ignore ne fait pas de la science : il fait, derrière son bouclier, de la politique sans oser l'avouer.

    Une "neutralité" qui n'en est pas une

    On met en garde, à juste titre, contre l'idée de légiférer à partir d'"une seule vision morale du monde déguisée en neutralité". Mais que l'on s'applique alors ce principe. Présenter l'avortement comme un simple "acte de soin sûr et de routine" n'est pas un résumé neutre de la médecine : c'est l'individualisme libéral déguisé en jargon médical. Que l'intervention soit sûre pour la femme, nul ne le conteste ; là n'est pas la question. Le mot "soin" présuppose qu'il n'y a qu'un patient. Or savoir s'il existe un second être humain dont les intérêts comptent est précisément la question disputée que ce terme fait mine d'avoir tranchée. La vision "neutre" que l'on dénonce chez l'adversaire, on la porte donc soi-même.

    De la cellule unique au nouveau-né court un seul développement ininterrompu, sans aucune césure devant laquelle on puisse dire, l'œil sec : avant ceci, pas encore un homme ; après, oui.

    La science, du reste, est moins unanime qu'on ne le prétend. Que le fœtus ne ressentirait la douleur qu'après vingt-deux semaines n'est pas un fait acquis, mais une interprétation que conteste une partie de la recherche, y compris des chercheurs qui défendaient naguère la thèse inverse et qui n'excluent pas une perception bien antérieure. Et la viabilité n'est pas une frontière morale : c'est une frontière technologique, qui recule à mesure que progresse la néonatologie. Un enfant qu'on ne savait pas sauver en 1990 et qu'on sauve en 2026 n'était pas moins humain hier.

    Le critère le moins arbitraire

    Si l'on veut faire parler la biologie, qu'on la laisse parler jusqu'au bout. Le critère le moins arbitraire qu'elle désigne est la conception : dès cet instant existe un organisme humain distinct, vivant, doté de son propre génome. Douze, quatorze, dix-huit semaines sont précisément les points où la nature ne trace aucune ligne de rupture, où rien n'apparaît soudain qui n'existait pas la veille. Les seuils gradualistes ne sont donc pas scientifiques : ce sont des compromis juridiques.

    Je ne m'en cacherai pas, car esquiver serait lâche : je me situe sur la ligne de la vie dès la conception. Non par sentiment, ni par la seule conviction religieuse (que je porte, en catholique, sans détour), mais parce que la raison elle-même n'indique aucun autre commencement où la dignité humaine s'ouvre sans arbitraire. De la cellule unique au nouveau-né court un seul développement ininterrompu, sans aucune césure devant laquelle on puisse dire, l'œil sec : avant ceci, pas encore un homme ; après, oui. Qui veut faire commencer la protection plus tard doit tracer une frontière que la nature ne trace nulle part, et la charge de la preuve lui incombe.

    Et le père ?

    Une figure, enfin, manque systématiquement : le père. La procréation est, par nature, une réalité partagée : il y a un enfant, et cet enfant a deux auteurs. Pourtant, le discours dominant réduit la décision à une affaire strictement privée, comme si le père, le couple et la famille n'existaient pas. Je ne plaide pas pour un droit de veto de l'homme : celle qui porte la grossesse porte un fardeau que l'autre ne porte pas, et c'est à elle que revient, à juste titre, la décision finale. Or notre droit ne traite pas le père comme une voix plus faible, mais comme une voix nulle. Et cela s'accorde mal avec un droit de la famille qui impose au même homme dix-huit années d'obligation alimentaire pour un enfant qu'il ne voulait pas, tout en lui refusant toute parole sur celui qu'il voulait. Une responsabilité sans voix : dans tout autre domaine, nous la dirions injuste.

    Lorsque, dans le débat actuel, une ministre affirme que ce n'est pas la science qui détermine la politique, elle a raison : en démocratie, ce n'est pas une prétention, mais la définition même du gouvernement de soi.

    Reste l'argument bien connu selon lequel une législation plus stricte pousse la pratique "dans l'ombre" ou "de l'autre côté de la frontière". Mais ce n'est pas un argument sur le droit ; c'est une prévision sur l'efficacité. Et il prouve trop : qu'une interdiction soit contournée n'a jamais démontré qu'elle fût injuste. On reconnaît du reste volontiers qu'il s'agit d'" un nombre inconnu" de femmes. On ne peut pas, dans la même phrase, brandir un chiffre comme décisif et avouer l'ignorer.

    À qui revient la décision

    L'objection la plus profonde demeure démocratique. Précisément parce que des citoyens raisonnables divergent ici fondamentalement, la question a sa place au parlement, chez le représentant élu, non dans une commission d'experts sans mandat pour juger de la vie et de la mort. Les experts doivent éclairer le législateur par les faits ; mais dès qu'ils "recommandent" un délai, ils sortent de leur compétence et deviennent des législateurs non élus. Lorsque, dans le débat actuel, une ministre affirme que ce n'est pas la science qui détermine la politique, elle a raison : en démocratie, ce n'est pas une prétention, mais la définition même du gouvernement de soi.

    La science décrit la vie. Que nous la protégions, et dans quelle mesure (et qui siège à la table lorsqu'on en décide : la femme, l'enfant, le père, la communauté), demeure un choix de la conscience et de la démocratie. Le mien est clair, et je ne le dissimule pas : la protection commence à la conception, parce que c'est là que commence l'homme. Que celui qui préfère une frontière plus tardive le plaide, dans un pays libre, mais comme le choix moral qu'il est, et non comme le décret d'une science qui, sur l'essentiel, garde le silence.

  • Le respect de la vie est devenu tabou en Belgique.

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    Du Frère René Stockman sur le Catholic Herald :

    Le respect de la vie est devenu tabou en Belgique.

    Alors que le débat sur l’euthanasie s’était quelque peu apaisé en Belgique ces derniers temps, il semble revenir sur le devant de la scène à la suite de plusieurs cas particuliers qui ont fait la une de l’actualité.

    Par exemple, un homme – encore relativement jeune – atteint d’une maladie en phase terminale a choisi l’euthanasie. La semaine précédant l’événement, il a organisé une grande fête d’adieu pour tous ses amis, qui a bien sûr fait l’objet d’une large couverture médiatique, avec photos et interviews. Il a déclaré explicitement que les éventuels sentiments négatifs de ses amis à l’égard de sa décision lui étaient totalement indifférents et que cela ne regardait qu’eux.

    Puis, un médecin a affirmé que les gens dépensaient plus en frais médicaux au cours des trois dernières années de leur vie que pendant toutes les années précédentes, ce que l’on ne ferait jamais avec une vieille voiture. Une déclaration bizarre, qui cachait naturellement des intentions cachées.

    Peu de temps auparavant, même le président d’une caisse d’assurance maladie – une caisse aux racines chrétiennes, qui plus est – avait suggéré qu’il serait peut-être judicieux de promouvoir l’option de l’euthanasie auprès des personnes âgées afin de mieux maîtriser la hausse des coûts de l’assurance maladie. Ici, le lien entre l’euthanasie et les considérations financières était mis à nu sans la moindre hésitation, et il n’y avait pas besoin d’intentions cachées.

    On fait invariablement référence à l’accord de coalition conclu lors de la récente formation du gouvernement, qui stipule que, sur la base de données scientifiques solides, des efforts doivent être déployés pour étendre les directives anticipées en matière d’euthanasie aux personnes incapables de discernement en raison d’une démence, et que les conditions dans lesquelles cela est envisageable doivent être étudiées.

    Lorsque l’on écoute les arguments avancés par les défenseurs bien connus de l’euthanasie et de son extension, il est frappant de constater que, sous la bannière d’une société pluraliste, une seule vision de l’humanité est mise en avant, à savoir celle d’une personne capable d’exercer son libre arbitre de manière absolue, ce qui doit lui garantir une autodétermination absolue. Toute autre conception de l’humanité, dans laquelle, par exemple, la dimension sociale et la responsabilité mutuelle sont explicitement considérées comme une dimension inhérente à la condition humaine, est rejetée comme une vision dépassée de l’humanité. Tout semble se réduire à une conception entièrement individualiste de l’humanité, où prévaut le principe du « chacun pour soi ». La seule préoccupation est désormais de savoir comment, dans des situations complexes d’incapacité – qui sont déjà interprétées de manière plus large que les seuls cas de démence –, garantir à la fois le libre arbitre de la personne et la diligence professionnelle de celui qui doit pratiquer l’euthanasie.

    L’idée selon laquelle la vie en tant que telle, quelle que soit sa forme, peut avoir une valeur absolue, et que les êtres humains sont toujours des êtres sociaux – ce qui signifie que les décisions concernant la vie ont des répercussions sur les proches du défunt – est écartée comme étant tout à fait secondaire et hors de propos dans le débat actuel, qui vise à aboutir à une éventuelle extension de la loi. Tant les personnes concernées que leur entourage immédiat et, surtout, les soignants se trouvent ici confrontés à un dilemme moral dans lequel ils doivent, a priori, se conformer à une conception de l’humanité qui leur est imposée. Sous le prétexte de la liberté absolue, c’est en réalité la liberté elle-même qui est sapée, et le débat se déroule exclusivement dans un cadre éthique prédéterminé, fondé sur une conception de l’humanité qui n’est plus sujette à discussion ni à contestation.

    Alors que, dans certains pays où le débat sur l’euthanasie en est, pour ainsi dire, encore à ses balbutiements, et où de sérieuses questions morales sont soulevées précisément au sujet de ce caractère sacré absolu de la vie et de la responsabilité sociale que chaque personne a envers les autres, et où l’on se demande donc si l’euthanasie en tant que telle peut réellement être considérée comme le fruit d’une compréhension croissante d’une humanité en pleine évolution, il s’agit là, pour notre pays, d’un débat depuis longtemps oublié et relégué aux oubliettes, dans lequel on regarde avec pitié ceux qui n’ont pas encore atteint cette maturité morale. L’argument est alors très vite avancé selon lequel certaines opinions doctrinales doivent être totalement exclues d’une société qui s’est affranchie de toute forme de considération religieuse ou philosophique ne s’alignant pas sur la nouvelle vision de l’humanité qui vient d’être mise en avant.

    C’est ainsi que ceux qui tentent encore d’introduire une réflexion morale dans le débat, et s’efforcent à juste titre d’en faire le point de départ, sont très vite réduits au silence, accusés de cruauté inhumaine parce qu’on leur reproche d’être insensibles aux souffrances que d’autres doivent endurer. Car ce serait là une conception de l’humanité qui priverait les individus du droit de prendre des décisions autonomes concernant leur propre vie et qui permettrait à une idéologie de primer sur la situation concrète dans laquelle se trouve une personne.

    Selon eux, « l’humanité » exige que l’on emploie tous les moyens pour soulager la souffrance et, si cela s’avère impossible, pour l’éliminer complètement. Le véritable sens de la compassion est réduit et perverti à l’élimination radicale de la souffrance par le fait de tuer activement l’autre, plutôt que d’honorer ce mot dans son sens véritable, où l’attention bienveillante portée à ses semblables reste la priorité. L’euthanasie est élevée au rang de forme suprême de compassion, en tant qu’acte d’amour par lequel une personne est délivrée de ses souffrances.

    Ceux qui, en revanche, osent encore parler du caractère sacré absolu de toute vie – surtout lorsqu’il semble que ce soit avancé dans une perspective religieuse particulière et avec des connotations religieuses – semblent venir d’une autre planète. Ils deviennent des parias dans un pays qui s’est présenté à l’échelle mondiale comme un pionnier du débat éthique, où le seul objectif est désormais de promouvoir à la fois l’avortement et l’euthanasie en tant que droits humains fondamentaux.

    Le fait que cela ait déjà été réalisé en France dans le domaine de l’avortement pourrait bien être considéré par certains Belges comme un échec à rester à l’avant-garde de la libération de toute forme d’ingérence morale dans les décisions concernant la vie et la mort, fondée sur un triomphe absolu de l’autodétermination que personne ni rien ne peut remettre en cause. C’est ainsi que le respect absolu de la vie a été relégué aux oubliettes et est finalement devenu tabou. La véritable question n’est pas de savoir si nous sommes devenus plus libres, mais si nous sommes devenus plus humains.

  • Voilà pourquoi le départ des Jésuites est une perte pour Liège

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    De sur Boulettes Magazine :

    Pourquoi le départ des Jésuites est une perte pour Liège

    Après plus de 450 ans de présence ininterrompue dans la Cité ardente, les Jésuites quittent Liège cette année. Plus que le départ d’une communauté religieuse, c’est une page majeure de l’histoire éducative, intellectuelle et sociale liégeoise qui se tourne. Leur absence prive en effet la ville d’un héritage vivant, qui a contribué à former des générations d’élèves, d’enseignants, d’ingénieurs et de citoyens.

    C’est que les Jésuites étaient présents à Liège depuis 1569. Mille cinq cent soixante-neuf, vous imaginez ? Quelques décennies seulement après la fondation de la Compagnie de Jésus par Ignace de Loyola, ils s’implantent en principauté, où ils développent rapidement une œuvre éducative d’envergure. Dès 1582, ils fondent le Collège en Isle, qui accueillera jusqu’à un millier d’élèves. Plus tard viendront le Collège des Anglais, le Collège Saint-Servais et le Collège Saint-Louis. L’Institut Gramme ? Encore eux, au début du XXe siècle.

    Peu d’institutions peuvent revendiquer une telle continuité dans l’histoire liégeoise. Pendant près de cinq siècles, les Jésuites ont accompagné les transformations de la ville. Traversé les bouleversements politiques, les révolutions industrielles et les mutations sociales. Et ce, sans jamais abandonner leur mission première : transmettre le savoir et former la personne humaine dans toutes ses dimensions.

    Disclaimer : l’auteure de ces lignes a été en première ligne pour en juger, ayant fait toutes ses humanités à Saint-Servais. Aujourd’hui encore, un lien bien plus fort qu’un CESS perdu depuis belle lurette unit ses alumni. « La mafia Saint-Servais » se rient certains, tant on se retrouve, rencarde et renseigne entre nous.

    Une conception exigeante de l’éducation

    Plus qu’en raison du prestige aujourd’hui terni d’une école dite d’élite, c’est parce que la contribution des Jésuites ne se mesure pas seulement au nombre d’écoles qu’ils ont fondées à Liège. Elle réside aussi dans une vision particulière de l’éducation.

    Depuis le XVIe siècle, la pédagogie ignatienne repose sur une conviction forte.

    L’école ne doit pas seulement transmettre des connaissances, mais aider chacun à développer son intelligence, son sens critique, sa liberté intérieure et son sens des responsabilités.

    Une approche qui a inspiré des générations d’enseignants (et d’élèves) à Liège.

    Lire aussi : Philippe Boxho (ex-Saint-Servais aussi, et oui) nous a partagé ses restos préférés à Liège

    La tradition éducative jésuite valorise l’excellence académique sans la dissocier de l’excellence humaine. Elle encourage la rigueur intellectuelle, certes. Mais aussi le respect de l’autre, l’écoute, la capacité de dialogue et le discernement.

    Dans une société souvent marquée par la polarisation et l’immédiateté, autant dire que cette culture de la réflexion et du respect apparaît plus précieuse que jamais.

    Pour et avec les autres

    L’une des formules les plus connues de la tradition jésuite ? La volonté de former des « femmes et des hommes pour les autres et avec les autres ». Une expression qui dénote d’une philosophie profondément humaniste.

    Les Jésuites ont en effet toujours considéré que l’éducation devait préparer les jeunes à contribuer au bien commun.

    La réussite individuelle n’a de sens que si elle s’accompagne d’un souci des plus fragiles et d’une attention à la société dans laquelle chacun évolue.

    Une vision qui a marqué durablement la culture de nombreuses institutions liégeoises. Et a encouragé l’engagement social, le sens du service et la responsabilité citoyenne. Bien sûr, le départ des Jésuites ne signifie pas la disparition de ces valeurs essentielles. Mais il prive la ville de ceux qui en furent pendant des siècles les porteurs directs et les témoins quotidiens. Et franchement ? Quel gâchis.

    On ne citera pas de noms, on sait que certains POs ont le bras long. Mais ceux qui ont refusé de trouver un compromis pour garder les Jésuites restants ? Vous savez qui vous êtes. Et dans les mots d’une autre icône de la religion, la nonne Unella : honte, honte honte !

    Liège sans Jésuites ? Un sacré vide

    La capacité à créer des ponts entre la foi, la culture, la science et la société a constitué l’une des richesses de leur présence. Dans une époque où les institutions peinent parfois à dialoguer entre elles, les Jésuites représentaient une tradition de médiation intellectuelle et humaine dont Liège bénéficiait encore.

    Bien sûr, les écoles fondées par les Jésuites vont continuer d’exister. Les œuvres qu’ils ont inspirées poursuivront leur mission.

    Mais une institution n’est jamais plus tout à fait la même lorsqu’elle perd ceux qui lui ont donné naissance – et qui ont incarné son esprit pendant des siècles.

    Oui, décidément, ce départ est une perte. Parce qu’il met fin à une présence qui reliait la ville à une histoire exceptionnelle de transmission, de culture et d’engagement. Il rappelle aussi qu’un patrimoine ne se résume pas à des bâtiments ou à des archives. Il vit à travers des femmes et des hommes qui portent une vision du monde.

    Pendant plus de 450 ans, les Jésuites ont contribué à faire de Liège un lieu d’éducation, de réflexion et de service.

    Leur héritage demeure. Mais leur absence laisse incontestablement un vide dans le paysage humain et intellectuel de la Cité. Et pas seulement parce que désormais, plus personne ne va patrouiller le Carré crucifix au cou sur le temps de midi pour récupérer les brebis égarées.

    Au-delà de la religion, une question de patrimoine et de diversité

    On vous entend, noter que gnignignagnagna, Saint-Servais, grenouille de bénitier, tout ça. Ce n’est pas déraisonnable, mais ce n’est pas non plus toute la vérité. Déjà, parce qu’en ce qui concerne l’auteure de ces lignes (toujours elle !), une de ses dernières messes date probablement de sa fin de rhéto. Comment faire mieux qu’une reprise bof réussie de One of Us en pleine église Saint-Christophe ?!

    Mais plus sérieusement, regretter le départ des Jésuites ne relève pas nécessairement d’une adhésion religieuse ni même d’une pratique de la foi. La question dépasse largement le cadre confessionnel.

    Elle touche au patrimoine vivant de Liège et à la diversité des institutions qui composent son identité.

    Une ville s’enrichit de la coexistence d’acteurs porteurs d’histoires, de traditions et de visions différentes du monde. Et les Jésuites, bien que toujours moins nombreux au gré des années, faisaient partie de cette pluralité. Leur présence apportait une sensibilité éducative, culturelle et humaniste particulière, forgée au fil des siècles.

    Dans une époque clivée, la disparition d’une telle singularité constitue une perte collective. Que l’on ait ou non la foi, difficile de nier la valeur d’un héritage qui a contribué à la richesse intellectuelle et sociale de la cité. Préserver la diversité d’une ville, c’est aussi préserver les traditions qui l’ont façonnée. Amen.

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    Journaliste pour Le Vif Weekend & Knack Weekend, Kathleen a aussi posé sa plume dans VICE, Le Vif ou encore Wilfried, avec une préférence pour les sujets de société et politique. Mariée avec Clément, co-rédacteur en chef de Boulettes Magazine, elle a fondé avec lui le semestriel SIROP, décliné à Liège et Bruxelles en attendant le reste du pays.