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Christianisme - Page 46

  • Après Nicée, Léon XIV vise Jérusalem, sans le « Filioque »

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    De sur Settimo Cielo, en français sur diakonos.be :

    Après Nicée, Léon XIV vise Jérusalem. Sans le « Filioque »

    Pour le Pape Léon XIV, la commémoration du premier concile œcuménique de Nicée, célébrée le 28 novembre à Iznik (nom actuel de la ville), aura été une célébration « magnifique, très simple mais aussi profonde », comme l'illustre la photographie ci-contre.

    Il est cependant saisissant de constater que la célébration d’événement de pareille envergure, qui en 325 a scellé à jamais le « Credo » de toutes les Églises chrétiennes, n’a pas réuni plus de deux douzaines de représentants de ces mêmes Églises, rassemblés sur une petite estrade dressée au-dessus des ruines d'une ancienne basilique, sur la rive solitaire d'un lac.

    Peut-être les autorités turques elles-mêmes auraient empêché un afflux massif de fidèles dans un pays où la présence chrétienne a été presque anéantie au siècle dernier. Mais les causes de cette faible participation sont également à chercher dans les fractures et les tensions entre les Églises.
    Dans le camp orthodoxe, c’est le Patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée, qui s’était chargé d’envoyer les invitations : non pas à toutes les Églises, mais seulement aux patriarcats historiques d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, qui constituaient, avec Rome et Constantinople, la « Pentarchie » du premier millénaire.

    Ce cercle d'invitations restreint laissait écartait donc d’emblée les Patriarcats plus récents de Russie, Serbie, Roumanie, Bulgarie et de Géorgie, ainsi que les Églises autocéphales de Grèce, Chypre, Albanie, Pologne, Tchéquie et Slovaquie, Finlande et Ukraine. Parmi ces dernières, il était certain que non seulement le Patriarcat de Moscou, mais aussi les Églises qui lui sont étroitement liées, en rupture avec Constantinople à cause de son soutien à la nouvelle Église nationale ukrainienne, auraient décliné l'invitation.

    Mais même du côté des Patriarcats historiques de la « Pentarchie », les réponses ont été mitigées. Le livret de la célébration imprimé par le Vatican mentionnait les noms de Théodore II, Jean X et Théophile III, respectivement patriarches d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, mais seul le premier était présent en personne.

    En lieu et place du Patriarche de Jérusalem – qui n'avait même pas daigné répondre à l'invitation, comme l'a révélé Bartholomée – se tenait l’Archevêque Nektarios d’Anthedona et à la place de celui d’Antioche, il y avait le Métropolite Basile d’Arcadie et du Mont Liban. Jean X, Patriarche d’Antioche, avait initialement confirmé sa présence, avant de l’annuler une semaine avant l'événement, préférant accueillir le Pape Léon XIV au Liban trois jours plus tard, à l’occasion de la rencontre œcuménique et interreligieuse du 1er décembre sur la Place des Martyrs à Beyrouth.

    Étaient également présents à la célébration de Nicée : le Patriarche de l'Église syro-orthodoxe d'Antioche, le Catholicos de l'Église syro-orthodoxe malankare ainsi que des représentants du Patriarcat copte-orthodoxe d’Alexandrie, de l'Église assyrienne de l’Orient et de l'Église apostolique arménienne.

    S’y trouvaient également quelques représentants isolés des Anglicans, des Luthériens, des Évangéliques, des Réformés, des Méthodistes, des Baptistes, de Pentecôtistes, des Mennonites, des Vieux-Catholiques, ainsi que du Conseil œcuménique des Églises.

    Tout cela n’a pas empêché Léon XIV de faire de cette célébration de Nicée la raison première de tout son périple et de réaffirmer avec force que la finalité même de ce premier concile œcuménique était au cœur de sa mission de Pape : l'unité de l'Église dans la foi en Christ, vrai Dieu et vrai homme.

    De l'avis de Léon XIV, le concile de Nicée est plus actuel que jamais. Au cours de son voyage, il a pointé du doigt à deux reprises le « retour d’un arianisme » (du nom d'Arius, dont l'hérésie a été à l’origine de la convocation de ce concile) comme représentant un risque capital pour la foi d'aujourd'hui.

    Il l’a fait une première fois à Istanbul, le 28 novembre, dans le discours adressé aux évêques, prêtres et religieuses en la cathédrale catholique du Saint-Esprit :

    « Il existe un défi, que je qualifierais de ‘retour de l’arianisme’, présent dans la culture actuelle et parfois chez les croyants eux-mêmes : il se produit quand on regarde Jésus avec une admiration humaine, peut-être même avec un esprit religieux, mais sans le considérer vraiment comme le Dieu vivant et vrai présent parmi nous. Son identité de Dieu, Seigneur de l’histoire, est en quelque sorte occultée et on se limite à le considérer comme un grand personnage historique, un maître de sagesse, un prophète qui a lutté pour la justice, mais rien de plus. Nicée nous le rappelle : Jésus-Christ n’est pas une figure du passé, il est le Fils de Dieu présent au milieu de nous, qui conduit l’histoire vers l’avenir que Dieu nous a promis. »

    Et une seconde fois, quelques heures plus tard, à Nicée même, dans le discours en mémoire de ce premier concile œcuménique :

    « L’anniversaire du premier Concile de Nicée est une occasion précieuse pour nous demander qui est Jésus-Christ dans la vie des femmes et des hommes d’aujourd’hui, qui est-Il est pour chacun de nous. Cette question interpelle tout particulièrement les chrétiens qui risquent de réduire Jésus-Christ à une sorte de chef charismatique ou de surhomme, une déformation qui conduit en définitive à la tristesse et à la confusion. En niant la divinité du Christ, Arius l’avait réduit à un simple intermédiaire entre Dieu et les êtres humains, ignorant la réalité de l’Incarnation, de sorte que le divin et l’humain restaient irrémédiablement séparés. Mais si Dieu ne s’est pas fait homme, comment les mortels peuvent-ils alors participer à sa vie immortelle ? C’était l’enjeu à Nicée et c’est l’enjeu aujourd’hui : la foi en Dieu qui, en Jésus-Christ, s’est fait comme nous pour nous rendre « participants de la nature divine » (2 P 1, 4) »

    À Nicée, en 325, les Pères conciliaires avaient également essayé de s'accorder sur une date commune pour la célébration de Pâques, sans succès. C'est ce que Léon XIV a de nouveau proposé de faire aujourd'hui –avec les Églises orientales et le Patriarche œcuménique Bartholomée –, comme cela avait déjà déjà souhaité dans l’Appendice de la Constitution sur la liturgie de Vatican II. Le Pape a rappelé les deux critères fondamentaux énoncés dans le document sur Nicée publié il y a quelques mois par la Commission Théologique Internationale : que Pâques soit célébrée un dimanche, jour de la résurrection de Jésus, tout en restant proche de l'équinoxe de printemps, à l'instar de la Pâque juive.

    Mais surtout, à Nicée, les Pères conciliaires s’étaient accordés sur un texte du « Credo », confirmé lors du concile œcuménique de Constantinople en 381, qui est resté jusqu'à nos jours le « Symbole » intangible de la foi chrétienne.

    Intangible, ou presque. Car ce « Credo » de Nicée, rapidement intégré aux liturgies baptismales puis eucharistiques, a reçu à l'époque carolingienne, dans sa version latine, l’ajout d'un « Filioque » qui fait « procéder » l'Esprit Saint non seulement du Père – comme dans le texte original – mais aussi du Fils.

    Léon III, le Pape qui a couronné Charlemagne, n’approuvait pas cette interpolation et ne l’avait pas admise dans les églises de Rome. Deux siècles plus tard, cependant, en 1014, Benoît VIII l’introduisait dans toute l'Église catholique. Elle y est encore présente aujourd'hui, à la seule exception des messes où le « Credo » est récité ou chanté en grec, respectant ainsi le texte originel.
    Et ce n'est pas en grec, mais en anglais, que le Pape et les autres chefs d'Églises l'ont prononcé ensemble à Iznik ce 28 novembre, dans une traduction fidèle au texte de Nicée et donc dépourvue de ce « Filioque », sur lequel Léon XIV ne semble vraiment pas vouloir s'arc-bouter.

    En effet, le « Filioque », qui a inséré unilatéralement dans le « Credo » latin, a été une source de controverses séculaires entre l'Église catholique et les Églises d'Orient, avant et après le schisme de 1054. Et ce malgré la subtilité des arguments théologiques sur lesquels il repose, exposés dans un très savant document de 1996 publié par le Dicastère du Vatican pour la promotion de l'unité des chrétiens.

    Rien n’interdit aujourd'hui de partager les raisons théologiques qui soutiennent le « Filioque », ni de poursuivre le dialogue entre l’Orient et l’Occident sur le sujet. C'est son insertion dans le « Credo » qui est problématique. Et c'est précisément sur ce point que Léon XIV semble vouloir intervenir.
    On peut le lire en filigrane dans la lettre apostolique « In unitate fidei », qu'il a publiée à la veille de son voyage à Nicée et qui visait précisément à expliquer – avec une simplicité et une efficacité communicative rares dans les documents pontificaux – à quel point ce premier concile œcuménique avait touché au « cœur de la foi chrétienne ».

    La lettre consacre quelques lignes à la question du « Filioque », là où elle rappelle que l'article sur le Saint-Esprit a été formulé lors du concile suivant à Constantinople en 381 et que :

    « Ainsi, le Credo, qui s'appelle depuis lors de Nicée-Constantinople, dit : ‘Nous croyons au Saint-Esprit, qui est Seigneur et qui donne la vie, et qui procède du Père. Avec le Père et le Fils, il est adoré et glorifié, et il a parlé par les prophètes’ ». À cet endroit, une note de bas de page précise :

    « L'affirmation ‘et procède du Père et du Fils (Filioque)’ ne se trouve pas dans le texte de Constantinople ; elle a été insérée dans le Credo latin par le Pape Benoît VIII en 1014 et fait l'objet d'un dialogue orthodoxe-catholique. »

    Avec cet espoir final : « Nous devons donc laisser derrière nous les controverses théologiques qui ont perdu leur raison d'être pour acquérir une pensée commune et, plus encore, une prière commune au Saint-Esprit, afin qu'il nous rassemble tous dans une seule foi et un seul amour. »

    Pas un mot de plus. Mais cela aura suffi, avec le renvoi confiant fait par Léon XIV, à Istanbul, à la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe – qui a formé un sous-comité consacré précisément à la question du « Filioque » – pour qu'un site web très proche du Patriarcat œcuménique de Constantinople titre : « Le Pape Léon XIV reconnaît le 'Credo' sans le 'Filioque' ». Et pour que l'un des plus grands spécialistes mondiaux des Églises d'Orient, Peter Anderson, prédise « que le 'Filioque' ne fera plus partie de la messe catholique d'ici la fin de ce pontificat. »

    À Istanbul, le 29 novembre, après sa visite à la Mosquée Bleue au cours de laquelle il n'a pas prié – et il a tenu à le faire savoir –, Léon XIV a eu une longue rencontre à huis clos dans l'église syro-orthodoxe de Mor Ephrem avec les représentants des Églises d'Orient.

    Il y a souhaité que « de nouvelles rencontres comme celle vécue à Nicée émergent, y compris avec les Églises qui n'ont pu être présentes », faisant allusion au Patriarcat de Moscou, comme il l'avait fait la veille à Nicée en réaffirmant son rejet ferme de « l'utilisation de la religion pour justifier la guerre et la violence ».

    Mais il a surtout lancé une autre proposition œcuménique forte, résumée comme suit par la salle de presse du Vatican :

    « Léon XIV a invité à parcourir ensemble le voyage spirituel qui conduit au Jubilé de la Rédemption, en 2033, dans la perspective d'un retour à Jérusalem, au Cénacle, lieu de la dernière Cène de Jésus avec ses disciples, où il leur a lavé les pieds, et lieu de la Pentecôte ; dans l’espoir que ce voyage conduise à la pleine unité, en citant sa devise épiscopale : ‘In illo Uno unum’».

    Léon XIV est le premier Pape à se rendre à Nicée, là où son prédécesseur de l'époque s'était contenté d'envoyer deux délégués en 325. Mais ce rendez-vous qu'il lance en 2033 au Cénacle de Jérusalem sera plus que jamais sans précédent dans l'histoire.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Pieter van der Moere, le franciscain gantois qui a baptisé saint Juan Diego

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    De Francesca Pollio Fenton sur CNA :

    Voici le frère franciscain qui a baptisé saint Juan Diego.sharethis sharing button

    Nombreux sont ceux qui connaissent l'histoire de saint Juan Diego, dont la fête est célébrée le 9 décembre dans l'Église universelle. Cependant, l'histoire du frère franciscain qui baptisa ce saint vénéré est moins connue.

    En 1521, le conquistador espagnol Hernán Cortés vainquit l'empire aztèque, détruisit les temples païens et y construisit des églises catholiques. Les Franciscains furent les premiers missionnaires à arriver dans la région et commencèrent leur œuvre d'évangélisation auprès des populations autochtones en 1524.

    L'un des trois premiers missionnaires franciscains arrivés au Mexique fut le frère Pedro de Gante, également connu sous le nom de Pieter van der Moere. Originaire de Gand, en Flandre (actuelle Belgique), Gante avait reçu une formation musicale chorale dans les pays du Benelux (Pays-Bas, Belgique et Luxembourg). Il apporta cette base musicale au Mexique où il forma les chanteurs indigènes qui officiaient à la cathédrale de Mexico.

    Gante était convaincu que l'éducation et la religion devaient faire partie intégrante de la vie quotidienne. Il étudia la langue des peuples autochtones et put leur enseigner aussi bien dans leur dialecte qu'en espagnol.

    Durant cette période, Juan Diego, membre de la tribu Chichimèque vivant dans une région faisant partie du vaste empire aztèque, et son épouse commencèrent à fréquenter l'église Saint-Diego. En 1525, à l'âge de 50 ans, ils furent baptisés par Gante et prirent les noms de Juan Diego et Maria Lucia. Ils sont considérés comme l'un des premiers couples autochtones baptisés au Mexique.

    En 1526, Gante fonda San José de los Naturales pour enseigner aux garçons indigènes la lecture, l'écriture, la musique et la foi catholique. L'école leur enseignait également les techniques artisanales espagnoles, ce qui permit à de nombreux peintres et sculpteurs de contribuer à la décoration des nombreuses églises construites à cette époque.

    Le frère publia « La doctrine chrétienne en langue mexicaine » en nahuatl, la langue aztèque, en 1528.

    Gante ne fut jamais ordonné prêtre et resta frère toute sa vie, mourant le 19 avril 1572 à Mexico. 

  • Marie Co-Rédemptrice : toutes les erreurs dans la note Mater Populi Fidelis du Dicastère pour la Doctrine de la Foi

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    De Luisella Scrosati sur la NBQ :

    Marie Co-Rédemptrice : Toutes les erreurs dans la note du Vatican

    La Bussola publie en exclusivité le document complet de la Commission théologique de l'Association mariale internationale, qui clarifie la doctrine correcte concernant les titres de Marie Corédemptrice et Médiatrice de toutes les grâces, conformément à la Note Mater Populi Fidelis du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, qui a engendré confusion et désorientation parmi les fidèles.
    - TEXTE INTÉGRAL DU DOCUMENT DE L'ASSOCIATION MARIALE INTERNATIONALE

    8/12/2025

    Le droit universel de l’Église reconnaît le droit de chaque croyant, qui peut parfois être considéré comme un véritable et juste devoir, de « manifester aux saints Pasteurs son opinion sur les questions qui concernent le bien de l’Église ; et de la faire connaître aux autres fidèles, sans préjudice de l’intégrité de la foi et des mœurs et du respect dû aux Pasteurs, tout en tenant compte du bien commun et de la dignité des personnes » (Code de droit canonique, can. 212 §3).

    C’est sur la base de ce principe et dans cet esprit, consciente de la désorientation et du trouble que la Nota Mater Populi Fidelis (MPF) a engendrés parmi de nombreux fidèles, que la Commission théologique de l’ Association mariale internationale (IMA), qui compte une quarantaine de membres, dont des théologiens et des évêques, a décidé de rendre public un document qui présente les principaux points critiques de la Note doctrinale du Dicastère pour la doctrine de la foi (DDF).

    Quarante paragraphes consacrés à un résumé clair et complet du développement de la doctrine correcte sous-tendant les titres de Corédemptrice et de Médiatrice de toutes les grâces, malheureusement absents de la Note doctrinale qui avait pourtant pour objet de traiter ce sujet. De ce fait, la MPF a non seulement exprimé certaines réserves concernant les deux titres mariaux en question, mais a également omis de présenter et de préserver l'enseignement mûri au fil des siècles et réaffirmé dans le magistère ordinaire des papes des trois derniers siècles. Ceci contrevient à l'herméneutique de continuité nécessaire, si fortement recommandée par Benoît XVI, à laquelle le document de l'IMA fait explicitement référence (cf. § 9).

    La première section (§§ 4-18) est consacrée au titre marial de Corédemptrice. Au § 13, le document rappelle que la note 32 de la Doctrine de la Foi (MPF) évoque deux courants théologiques : un courant maximaliste, qui affirme la coopération immédiate, directe et immédiate de Marie à la Rédemption, et un courant minimaliste. Or, c’est précisément l’enseignement de divers pontifes, et donc du Magistère ordinaire de l’Église, qui se range dans le courant dit maximaliste ; il ne s’agit donc pas simplement d’un débat entre deux courants théologiques, mais d’un Magistère ordinaire qui a réaffirmé et approfondi son propre enseignement, expliquant la coopération de Marie à la Rédemption comme immédiate et christotypique. De même, il est « inexact pour la Doctrine de la Foi d’affirmer que “certains pontifes ont utilisé ce titre sans s’arrêter pour l’expliquer” » (n° 18). Une fois encore, Pie XI et Jean-Paul II expliquent très clairement le rôle de Marie comme Co-Rédemptrice, et ils le font en des termes que la DDF décrit comme « coopération immédiate, christotypique ou maximaliste » (note 32).

    Le problème de MPF ne se limite pas à son affirmation selon laquelle le titre de Corédemptrice est inapproprié, mais plus fondamentalement, elle « n'affirme jamais que le rôle actif unique de Marie est rédempteur » , alors que « l'Église, des Pères de l'Église au Magistère pontifical moderne et contemporain, enseigne que le rôle actif unique de Marie, en tant que Nouvelle Ève humaine avec le Christ, le Nouvel Adam , a contribué à l'obtention des grâces de la Rédemption. Elle l'a fait en donnant librement naissance à notre Rédempteur, en persévérant avec lui au pied de la croix, en offrant sa souffrance humaine immaculée avec sa souffrance divine, et en "consentant avec amour à l'immolation de la Victime qu'elle avait enfantée" (Lumen Gentium, 58) ». Il apparaît donc assez évident que la Note ne parvient pas à enseigner « de manière positive le véritable rôle rédempteur de Marie avec et sous Jésus dans la Rédemption, tel qu’affirmé par le Magistère papal » (§ 14), finissant par s’aliéner le Magistère papal ordinaire et presque s’y opposer.

    Dans la deuxième section (§§ 19-32), le document souligne comment la MPF cherche à « réduire la médiation maternelle de Marie à la seule intercession » (§ 19), c’est-à-dire à une médiation purement dispositionnelle. Là encore, les nombreux enseignements pontificaux (douze pontifes en quatre siècles) ne sont pas pris en compte, alors qu’ils convergent pour soutenir la médiation de Marie Très Sainte comme cause sacramentelle ou secondaire de la grâce. La Commission théologique de l'IMA souligne que la DDF semble méconnaître le sens de la causalité instrumentale, qui, par définition, n'est pas une cause parallèle et quasi concurrente de la cause première : « La médiation instrumentale secondaire de la grâce par Marie n'enlève rien au Christ, unique Médiateur divin . Il est vrai que “Dieu seul est le Sauveur”, mais la médiation instrumentale et secondaire de la grâce du Christ par Marie ne le contredit pas. Puisque Dieu a librement choisi d'associer Marie à son œuvre de Rédemption, il est libre de nous communiquer sa grâce par sa causalité instrumentale secondaire. Dire que “Dieu seul est notre Sauveur” ne signifie pas que “c'est Dieu seul qui nous applique les mérites de Jésus” » (§ 25). Cette approche, à certains égards exclusiviste, implique une conception de la maternité spirituelle de Marie plus nominale que réelle, puisqu'elle est en effet privée de ses attributs propres de concevoir, d'enfanter et de nourrir ses propres enfants (cf. § 29).

    Dans les troisième (§§ 33-34) et quatrième sections (§ 35), il est souligné comment le MPF diminue respectivement le véritable mérite de Marie dans l'œuvre de Rédemption objective et le rôle que Dieu lui a assigné dans le plan de Rédemption des hommes, ne parvenant une fois de plus pas à accepter ce qui est présent dans le Magistère ordinaire des Papes.

    La cinquième et dernière section (§§ 36-39) a enfin le mérite de montrer les conséquences pastorales de l'approche de la Note, car c'est précisément sur le fondement de la corédemption et de la médiation de Marie que reposent les pratiques de dévotion les plus répandues et les plus chères au peuple de Dieu, telles que le Saint Rosaire, le Scapulaire et la consécration à Notre-Dame ; des églises et des instituts portent l'un de ces titres dans leur nom, sans parler de leur présence récurrente dans les livres de dévotion et dans le Manuel de la Legio Mariæ, une organisation catholique laïque présente dans le monde entier et comptant des millions de membres. Et, point crucial, le « tournant » opéré par la MPF ne peut qu'engendrer une méfiance envers le Magistère de l'Église, car « si les enseignements et les titres utilisés auparavant par les papes sont désormais considérés comme “inappropriés” ou “inopportuns”, pourquoi les fidèles devraient-ils avoir confiance dans le Magistère pontifical ? » (§ 36E).

    - LE TEXTE INTÉGRAL DU DOCUMENT DE L'ASSOCIATION MARIALE INTERNATIONALE

  • L'Église en Allemagne et en Suisse a capitulé

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    De Mgr Martin Grichting sur kath.net/news :

    L'Église en Allemagne et en Suisse a capitulé

    7 décembre 2025

    Un évêque qui dispense les fidèles de vivre selon leur foi a renoncé à être chrétien. Un commentaire de Martin Grichting.

    Coire (kath.net)

    Le pape Léon le Grand l'a dit de manière impressionnante aux croyants de son époque : « Chrétien, reconnais ta dignité ! Tu es devenu participant de la nature divine, ne retourne pas à ton ancienne misère et ne vis pas en dessous de ta dignité ». Le droit canonique en vigueur dit la même chose dans le CIC, can. 209 : « Les fidèles sont tenus, même dans leur propre comportement, de toujours préserver la communion avec l'Église ».

    Aucun évêque n'a le droit d'y déroger. Même le pape ne le peut pas, car cela reviendrait à dissoudre l'Église. Les évêques allemands ont néanmoins dispensé leurs collaborateurs laïcs de vivre conformément à ce qu'ils sont. À cette fin, ils ont modifié la « Constitution fondamentale du service ecclésiastique » du 22 novembre 2022. Désormais, l'article 7, paragraphe 2, stipule, en ce qui concerne les collaborateurs laïcs et la pertinence de leur vie personnelle pour leur emploi par l'Église : « Le domaine central de la vie privée, en particulier la vie relationnelle et la sphère intime, reste soustrait à toute évaluation juridique ». Il est donc possible de vivre en concubinage, de se remarier civilement, d'être polyamoureux, polygame ou homosexuel : cela n'a aucune incidence sur l'emploi par l'Église. Il est néanmoins possible d'enseigner et de prêcher au nom de l'Église. Tous les diocèses allemands ont intégré cela dans leur droit propre. Les évêques allemands ont ainsi gravement manqué à leurs obligations officielles. En effet, le CIC, can. 392 stipule : « § 1. Comme il doit préserver l'unité de l'Église tout entière, l'évêque est tenu de promouvoir l'ordre commun de toute l'Église et, par conséquent, d'exiger le respect de toutes les lois ecclésiastiques. § 2. Il doit veiller à ce qu'aucun abus ne se glisse dans l'ordre ecclésiastique, notamment en ce qui concerne le ministère de la Parole, la célébration des sacrements et des sacramentaux, le culte de Dieu et des saints, ainsi que la gestion des biens.

    En Suisse, les diocèses ne sont généralement pas les employeurs au sens du droit civil, comme c'est le cas en Allemagne. Cette tâche est assumée par les « paroisses » et les « Églises nationales », structures parallèles créées par l'État. Le 4 décembre 2025, l'« Église nationale » de Zurich, la plus puissante financièrement en Suisse, a adapté son « règlement d'emploi ». Concernant les collaborateurs laïcs, le § 4a stipule désormais : « Pour l'emploi dans le service de la proclamation, le domaine central de la vie privée n'est pas pris en compte. La vie relationnelle, l'orientation sexuelle et le mode de vie, en particulier la sphère intime, ne font pas l'objet d'évaluations juridiques et ne constituent pas un critère d'embauche ». L'évêque de Coire, Mgr Joseph M. Bonnemain, dont le canton de Zurich relève de la juridiction, a donné son accord préalable à cette dispense accordée aux collaborateurs ecclésiastiques de vivre selon le 6e commandement. En effet, son alter ego, le vicaire général responsable de Zurich, le chanoine Luis Varandas, a déclaré à l'« Église nationale » qu'il était « d'accord avec la révision partielle du règlement d'embauche ».

    Une Église qui ne veut plus exiger de ses collaborateurs qu'ils vivent selon les commandements de Dieu a capitulé. Et il est clair que si quelque chose ne s'applique plus aux collaborateurs, cela ne s'applique plus à tous les croyants. En Allemagne et dans le canton de Zurich, le respect du 6e commandement est donc facultatif. Dans les pays germanophones, cette capitulation de l'Église s'explique par le système d'impôt ecclésiastique. Selon l'interprétation des évêques, le maintien de ce système semble exiger que l'Église se soumette au courant dominant de la société. Afin de rester acceptable pour la majorité, l'Église doit taire, voire nier, tout ce qui est choquant pour les post-chrétiens et qui pourrait mettre en péril la jouissance des privilèges ecclésiastiques.

    Le pape s'est tu publiquement sur la modification de la constitution de 2022 en Allemagne. Dans le cas de l'ancien pape, cela n'a rien d'étonnant. On ignore ce que le pape Léon XIV compte faire. Il doit en tout cas prendre conscience que le silence vaut consentement. Et l'absence de politique menée jusqu'à présent a pour conséquence que d'autres parties de l'Église universelle sont également contaminées, comme on le voit actuellement en Suisse.

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  • Chrétiens de Syrie : entre incertitude et espérance

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    Du site de l'Oeuvre d'Orient :

    Présentation du rapport Chrétiens de Syrie : entre incertitude et espérance

    Chers amis,

    Nous vous proposons de découvrir ci-dessus la conférence de presse organisée en direct depuis Paris et Damas le jeudi 27 novembre 2025, qui présente un rapport inédit sur la situation des chrétiens de Syrie. Mgr de Woillemont rappelle qu'il est essentiel de maintenir notre attention sur la Syrie. Depuis de nombreuses années, L’Œuvre d’Orient accompagne les communautés chrétiennes syriennes à travers la reconstruction d’églises et d’habitations, le soutien aux établissements scolaires et hospitaliers, ainsi que des programmes dédiés à l’insertion professionnelle des jeunes.

    Au cours de la conférence, Vincent Gelot, directeur pays Syrie Liban Jordanie, présente le contenu du rapport. Celui-ci insiste sur l’ancienneté et la diversité des communautés chrétiennes syriennes, véritable mosaïque confessionnelle.

    Ces communautés jouent un rôle crucial dans la société syrienne. Elles assurent la gestion de 57 écoles accueillant 30 000 élèves, souvent issus de milieux modestes, et administrent quatre grands hôpitaux chrétiens, deux à Damas et deux à Alep, qui prennent en charge plus de 117 000 patients chaque année. Malgré leur diminution numérique, les chrétiens font vivre un tissu associatif particulièrement dynamique : depuis 2011, leurs organisations ont aidé près de 2,7 millions de personnes sur l’ensemble du territoire.

    Le rapport souligne aussi l’ampleur des destructions et des déplacements qu’a subie cette communauté : en proportion, c’est celle qui a le plus diminué depuis le début de la guerre. À Homs ou à Alep, certains quartiers chrétiens historiques ont été ravagés ou totalement vidés. La situation de Deir ez-Zor en est l’illustration la plus dramatique : sur les 7 000 chrétiens présents en 2011, il n’en reste aujourd’hui que quatre. Dans la vallée du Khabour, 33 villages chrétiens ont été attaqués ; leurs habitants ont été pris pour cible, et seuls 1 000 d’entre eux vivent encore sur place, contre près de 20 000 avant l’arrivée de Daech. Ainsi, depuis 2011, la communauté chrétienne de Syrie a perdu 80 % de ses membres. 

    N'hésitez pas à visionner l'intégralité de la conférence et à partager ce rapport autour de vous. Parler des chrétiens d’Orient, c’est déjà les soutenir. Depuis bientôt 170 ans, nous portons leur voix, leurs difficultés, leurs peurs, mais aussi leur Espérance. Grâce à vous, nous continuerons de le faire.

    Je soutiens L'Œuvre d'Orient

  • Toutes les religions seraient-elles des chemins équivalents vers Dieu ?

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    D'InfoVaticana :

    Monseigneur Eleganti avertit à Rome : « Toutes les religions ne sont pas des chemins vers Dieu. »

    Dans un discours prononcé au Forum Rome Life le 4 décembre 2025, et rapporté par LifeSite, l'évêque suisse Marian Eleganti a mis en garde contre le risque de dissocier la prétendue « fraternité universelle » de Jésus-Christ, sous peine de tomber dans un relativisme religieux qui vide l'Évangile de son sens. S'opposant à l'idée que toutes les religions seraient des chemins équivalents vers Dieu, le prélat a souligné que seul le Christ peut sauver et que la mission de l'Église ne saurait se réduire à un simple dialogue interreligieux dénué de vérité.

    D'Assise à « l' esprit d'Assise » : risque de syncrétisme

    Monseigneur Eleganti a retracé l'origine et le développement des rencontres interreligieuses à Assise, promues par saint Jean-Paul II à partir de 1986, rappelant que dès le début, la Curie et les évêques avaient exprimé des réserves quant au danger d' « hérésie du syncrétisme » et de donner l'impression que toutes les religions étaient sur un pied d'égalité.

    Selon le texte publié par LifeSite, l’évêque cite à la fois les clarifications de Jean-Paul II — qui voulait éviter une « prière universelle commune » — ainsi que les préoccupations du cardinal Ratzinger de l’époque et les avertissements ultérieurs de Benoît XVI, qui a tenté de bloquer les interprétations relativistes en rappelant l’enseignement de la déclaration Dominus Iesus.

    Eleganti souligne le pouvoir des images véhiculées par les médias : pour de nombreux croyants peu instruits, voir des représentants de différentes religions prier ensemble pour la paix peut nourrir l’idée qu’ « une religion vaut autant qu’une autre » et que Jésus-Christ n’est qu’un médiateur parmi d’autres. En ce sens, il parle du prétendu « esprit d’Assise » comme d’une étiquette vague qui, dans les faits, a servi à certains pour justifier des tendances relativistes au sein de l’Église.

    Critique directe des propos de François à Singapour et de la Déclaration d'Abu Dhabi

    L’évêque va plus loin et critique ouvertement certaines déclarations du pape François. Il qualifie notamment ses propos tenus au Catholic Junior College de Singapour en septembre 2024 d’« objectivement scandaleux », lorsque le pape a déclaré aux jeunes que « toutes les religions sont un chemin vers Dieu » et les a comparées à « différentes langues » pour atteindre le même Dieu, insistant sur le fait que « Dieu est Dieu pour tous » et que nous sommes tous « enfants de Dieu » par nature.

    Pour Eleganti, cette conception contredit la foi catholique, car elle dilue le caractère unique du Christ comme seul chemin vers le Père et réduit la mission à un simple accompagnement sans conversion. À ses yeux, il s'agit d'une forme de pluralisme religieux qui considère comme offensant de parler d'une religion « vraie » par opposition aux autres et qui rejette l'idée que le christianisme doive proclamer la vérité du Christ à tous les peuples.

    Dans le même esprit, il critique vivement la Déclaration d'Abou Dhabi, notamment le passage affirmant que le pluralisme religieux relève de la « sage volonté divine ». Eleganti soutient qu'il est impossible d'attribuer à Dieu, en tant que volonté positive, des religions qui nient la divinité du Christ ou de la Trinité, et il cite en particulier l'islam comme une religion structurellement opposée au christianisme, tant en théorie que dans sa pratique historique. Il qualifie de « fausse » l'affirmation selon laquelle « les religions n'incitent jamais à la guerre ou à la haine », soulignant que les textes fondateurs et l'histoire de certaines religions contredisent ouvertement cette formulation.

    Mission, dialogue et vérité : contre le renoncement pratique au mandat missionnaire

    Dans sa conférence, Eleganti dénonce le fait que, depuis des décennies, dans de nombreux milieux, le concept de mission a été remplacé par ceux de « dialogue »de « collaboration » ou d ’« apprentissage interculturel », au point que tenter de convaincre autrui de la vérité du Christ n’est plus considéré comme acceptable. Selon le texte publié par LifeSite, l’évêque perçoit cela comme une concession à une culture qui abhorre toute affirmation de vérité et juge offensant d’affirmer que Jésus-Christ est le seul Sauveur.

    Le prélat nous rappelle que le commandement du Christ de « faire des disciples de toutes les nations » demeure d'actualité et ne saurait être abandonné sans renoncer à la véritable foi catholique. Prêcher ne signifie plus – prévient-il – s'engager dans un militantisme sociopolitique pour des causes génériques (climat, migrations, etc.), mais proclamer Jésus-Christ, mort et ressuscité, seul Chemin, Vérité et Vie.

    Selon lui, le « dialogue », entendu comme relativisme où aucune des parties ne peut prétendre à une vérité supérieure à l'autre, se révèle finalement inutile car il renonce d'emblée à la recherche de la vérité. Eleganti nous rappelle que pour l'Église, le dialogue est lié au témoignage et à la proclamation, et que la conversion est l'œuvre de Dieu, non de la rhétorique humaine.

    Enfants de Dieu par la foi et le baptême, et non par la seule nature

    Dans la dernière partie de son discours, l’évêque suisse souligne un point essentiel : tous les êtres humains ne sont pas « enfants de Dieu » au sens chrétien du simple fait d’exister, mais seulement ceux qui acceptent le Christ par la foi et le baptême. Il cite le prologue de l’Évangile selon Jean : à ceux qui croient en lui, « il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non de la chair et du sang, mais de Dieu ».

    Il met donc en garde contre les projets de « fraternité universelle » qui ignorent le Christ et réduisent la foi à une éthique humanitaire ou à une sorte de « royaume de Dieu sécularisé » fondé uniquement sur la tolérance et le consensus politique. Une telle fraternité, affirme-t-il, n’est pas chrétienne, car elle exige de dissimuler ou de minimiser la médiation unique de Jésus-Christ pour être acceptée par tous.

    Eleganti conclut que seule la fraternité authentique entre les hommes trouve son fondement en Christ, la vraie Lumière qui vient au monde, et que tout modèle d'unité humaine qui remplace ou relativise cette vérité finit par n'être qu'une construction idéologique de plus, reposant sur des fragments amputés de l'Évangile.

  • Anticatholicisme : À la découverte de quelques monstres modernes

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    De sur The Catholic Thing :

    À la découverte de quelques monstres modernes

    Samedi 6 décembre 2025

    Lorsqu'un journaliste demanda au romancier américain Walker Percy pourquoi il s'était converti au catholicisme, il répondit, avec son franc-parler légendaire : « Que faire d'autre ? » Son intelligence et son esprit analytique l'empêchaient de se montrer désinvolte. Il savait que les autres religions et philosophies, même si elles pouvaient receler des éléments de vérité et de sagesse, ne pouvaient satisfaire la soif humaine d'une vision globale qui embrasse toutes les exigences et les aléas de l'existence terrestre, et qu'elles contenaient souvent des erreurs et les germes de comportements déviants. Sans compter que certaines étaient, par nature, farouchement anti-catholiques.

    Dans son dernier ouvrage, « Monstres modernes : Les idéologues politiques et leur guerre contre l’Église catholique », George Marlin met en lumière les aspects les plus obscurs de l’anticatholicisme qui ont imprégné la pensée de cinq siècles de religieux, philosophes, militants et hommes politiques influents. Comme le titre l’indique, ce livre ne vise pas à promouvoir le dialogue œcuménique ni à jeter des ponts entre les camps opposés. Il s’agit d’une analyse clinique des maux du monde moderne, de leurs causes et, implicitement, des solutions nécessaires à leur guérison.

    S'appuyant sur une abondance de citations de sources primaires et secondaires – qui, à elles seules, justifient la lecture de cet ouvrage –, Marlin brosse des portraits saisissants de plus d'une douzaine de penseurs éminents dont les idées et l'anticatholicisme virulent ont façonné notre culture, le plus souvent à notre détriment. Qu'il écrive sur Martin Luther ou Machiavel, ou, plus près de notre époque, sur les nazis, les fascistes et les communistes, on retrouve à maintes reprises illustrés les propos du pape Pie XI dans son encyclique de 1937, Mit brennender Sorge :

    Quiconque exalte la race, le peuple, l'État, une forme particulière d'État, les dépositaires du pouvoir ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine – aussi nécessaire et honorable que soit leur fonction dans les affaires du monde – quiconque les élève au-dessus de leur valeur normale et les divinise jusqu'à un niveau idolâtre déforme et pervertit un ordre du monde planifié et créé par Dieu : il est loin de la vraie foi en Dieu et des conceptions de la vie que cette foi soutient.

    L'ouvrage documente également l'assurance quasi mégalomaniaque des propagateurs de ces idées idolâtres, persuadés que leur mise en œuvre mènerait à un monde bien supérieur à celui que nous connaissons, voire à un paradis terrestre. En bref, la plupart des individus décrits par Marlin se révèlent être des utopistes qui, face à l'opposition à leur vision, se muent en totalitaires déterminés à anéantir tout ce qui entrave la réalisation de leur société idéale.

    Cela explique leur hostilité invariable envers l'Église catholique, toujours prêts à combattre la tendance des idéologues à réduire l'individu à un simple moyen ou à un rouage de la machine et, avec un réalisme parfait, à affirmer également qu'aucun individu ni groupe n'est capable de créer le paradis dans ce monde déchu.

    Du début à la fin, Marlin se heurte à ceux qui, absolument certains de leur vision d'un monde parfait, ne tolèrent aucune opposition à la mise en œuvre de leurs plans. Comment le pourraient-ils ? Ils se sont arrogé le rôle de Dieu, mais sans sa miséricorde ni son amour. Quiconque s'oppose à eux doit être éliminé par tous les moyens. Leur arrogance est stupéfiante.

    Martin Luther, qui a compris la Bible comme personne auparavant.

    Machiavel, le premier à avoir perçu la véritable nature de la politique.

    Thomas Hobbes, qui souhaitait remplacer l'Église catholique par une Église du Commonwealth fondée sur la science.

    Les idéologues des Lumières, qui avaient perçu la vérité derrière tout ce qui avait précédé, ont jeté les bases de la Terreur de la Révolution française.

    Jean-Jacques Rousseau, qui affirmait la bonté naturelle de l'homme et le mal inhérent à la civilisation.

    Les libéraux du XIXe siècle, qui pensaient que l'homme était perfectible par des moyens scientifiques et purement rationnels.

    Georg Wilhelm Friedrich Hegel, qui pensait avoir découvert le secret pour déchiffrer le code de l'histoire.

    Auguste Comte, qui prétendait fonder une nouvelle Église de l'Humanité.

    Karl Marx, qui a combiné la dialectique de Hegel avec le matérialisme de Comte, a inspiré la montée du communisme athée et le massacre de millions de personnes.

    Les fascistes européens, qui vénéraient l'État et s'étaient eux-mêmes confortablement installés à sa tête.

    Hitler et les nazis, qui vénéraient leur sang et leur race, considéraient tous les autres comme des sous-hommes et, par conséquent, comme des êtres jetables.

    Les révolutionnaires de la justice sociale du XXe siècle, qui nous ont apporté la révolution sexuelle, la théorie critique de la race et la théorie critique du genre.

    Tous infectés par un égocentrisme titanesque, sûrs de leur propre rectitude, intolérants à toute opposition ; tous parfaitement à l'aise avec l'élimination, d'une manière ou d'une autre, de ceux qui s'opposent à eux, leur fin grandiose justifiant les moyens les plus abominables.

    Le livre de George Marlin n'est pas une lecture réjouissante. Les spécialistes de l'un ou l'autre de ses sujets pourraient contester certaines de ses caractérisations et conclusions. Cependant, son thème central, l'hostilité manifeste envers le catholicisme chez ceux dont il examine la vie et la pensée, est difficilement réfutable et devrait, à tout le moins, ouvrir un débat important.

    Hélas, les woke et autres idéologues contemporains semblent peu intéressés par une telle discussion. Ils sont comme la reine de Blanche-Neige , malheureux et remplis de haine envers quiconque ou quoi que ce soit qui oserait suggérer qu'ils ne sont pas les plus beaux de tous. Tant pis pour eux. Tant pis pour notre société.

    Je dirais du livre de Marlin : « Lisez-le et pleurez », mais je ne veux décourager personne de le lire. Permettez-moi donc de terminer sur une note d'espoir en citant, comme le fait Marlin, le grand historien catholique Christopher Dawson :

    Inévitablement, au cours de l'histoire, il arrive des moments où l'énergie spirituelle [de l'Église] est temporairement affaiblie ou obscurcie… Mais vient toujours un moment où elle renouvelle ses forces et met de nouveau son énergie divine inhérente au service de la conversion des nouveaux peuples et de la transformation des anciennes cultures.

    Puisse le livre de George Marlin contribuer à l'avènement prochain de ce temps.

  • L'histoire complexe du général Franco et de l'Église espagnole

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    De Fionn Shiner sur le Pillar :

    L'histoire complexe du général Franco et de l'Église espagnole

    À une certaine époque, le catholicisme espagnol était presque synonyme du régime de Franco.

    Le mois dernier a marqué le 50e anniversaire de la mort de Francisco Franco, le général et dictateur qui a dirigé l'Espagne pendant plus de trois décennies après la guerre civile espagnole.

    Le jour de la mort de Franco, le 20 novembre 1975, le cardinal Enrique y Tarancón, figure emblématique du catholicisme espagnol de l'époque, a offert des paroles de consolation .

    « En cette heure, nous sommes tous profondément attristés par la disparition de cette figure véritablement historique. Par-dessus tout, nous sommes bouleversés par la mort de quelqu'un que nous aimions et admirions sincèrement », a déclaré Tarancón, qui était à l'époque archevêque de Madrid et président de la Conférence épiscopale espagnole.

    Nombre d'évêques espagnols de l'époque ont suivi l'exemple du cardinal et ont exprimé leur louange et leur gratitude envers le régime de Franco.

    Franco a été décrit par les évêques comme « vaillant », « illustre », « chrétien, croyant, homme éclairé » et « un grand homme, un homme d'État distingué, un soldat irréprochable ».

    Une semaine plus tard, lors du couronnement du roi Juan Carlos Ier, le cardinal Tarancón prononça une homélie qui laissait entendre que l'Église prenait ses distances avec le régime franquiste. Il affirma que le concile Vatican II avait actualisé le « message du Christ » afin qu'il « ne promeuve ni n'impose aucun modèle de société particulier ».

    « La foi chrétienne n’est pas une idéologie politique et ne peut être identifiée à aucune d’entre elles, car aucun système social ou politique ne peut épuiser la richesse de l’Évangile, et il n’appartient pas à la mission de l’Église de proposer des options ou des solutions gouvernementales spécifiques dans les domaines temporels des sciences sociales, économiques ou politiques », a ajouté le cardinal.

    Comment expliquer ce changement de discours, alors que le catholicisme espagnol était presque synonyme du régime de Franco ?

    La réponse nécessite une compréhension à la fois de la politique espagnole et de l'histoire catholique tout au long du XXe siècle.

    Une menace existentielle

    Comment l'Église catholique espagnole s'est-elle retrouvée unie à un dictateur comme Franco ?

    Au départ, il s’agissait d’une simple question de survie, a déclaré Rafael Escobedo Romero, professeur associé d’histoire contemporaine à l’Université de Navarre et directeur adjoint de la revue « Annuaire d’histoire de l’Église ».

    Romero a déclaré au journal The Pillar que lors de la guerre civile espagnole qui a éclaté en 1936, l'un des camps – les Républicains – tentait d'éradiquer le catholicisme.

    En réalité, a-t-il déclaré, les Républicains avaient à cette époque « l’objectif non dissimulé d’une extermination systématique et définitive du catholicisme espagnol ».

    Cette expérience a poussé de nombreux membres de l'Église à rejoindre le camp adverse : les nationalistes, dirigés par Franco.

    Avant même le déclenchement de la guerre civile, une persécution menée par les républicains à partir de 1931 fit plus d'une douzaine d'évêques, 4 000 prêtres et séminaristes, 2 000 religieux et 250 religieuses. Environ 4 000 laïcs furent également tués pour avoir aidé ou caché des religieuses ou des prêtres.

    Lorsque le général Franco triompha dans la guerre civile espagnole et établit un nouveau régime en 1939, « l’Église savait qu’elle devait sa survie matérielle à la victoire militaire de Franco », tandis que l’État franquiste savait qu’il « devait sa légitimité et une grande partie de son soutien social à son caractère militant catholique », a déclaré Romero.

    Une deuxième raison de la proximité de l'Église avec Franco, a déclaré Romero, était que « l'Église d'avant Vatican II aspirait à un modèle d'État chrétien – un État catholique – que le franquisme a largement fourni ».

    « Les catholiques d’Espagne, et même au-delà, ont vu dans le régime de Franco la formule politique la plus proche de l’idéal de restauration catholique tant espéré depuis l’époque de Pie IX et de Grégoire XVI », a-t-il déclaré.

    Pour certains partisans de Franco, « la guerre était conçue comme une croisade » qui devait « aboutir à la restauration triomphale de l'Espagne catholique », a déclaré le professeur. Ces catholiques estimaient que les seules issues possibles étaient « soit l'extermination de la religion, soit un régime quasi théocratique ».

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  • Christianophobie, ça suffit ! Signons la pétition de l'ECLJ

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    Du site de l'ECLJ :

    Christianophobie : ça suffit !

    1 Décembre 2025

    Il est temps de se mobiliser contre la haine et la violence contre les chrétiens en Europe.

    Les actes anti-chrétiens se multiplient de façon dramatique. Rien qu’en 2024, plus de 2211 attaques anti-chrétiennes ont été recensées en Europe, dont plus de 270 actes de violence physique.

    Chaque jour, des croix et calvaires sont détruits, des églises sont vandalisées, pillées, incendiées.

    Chaque jour, des chrétiens sont réduits au silence : dans le milieu professionnel ou dans l’espace public, pour ne pas subir de discriminations ou se mettre en danger.

    Chaque jour, des personnes sont agressées, physiquement et verbalement, dans la rue, au travail, dans les écoles ou dans des églises, parce qu’elles sont chrétiennes.

    Chaque année, en Europe, des chrétiens sont assassinés en raison de leur foi. Souvenons-nous du martyre du Père Jacques Hamel en 2016, de Yvonne T. à Fribourg en Allemagne en 2016, de F.S., une femme afghane convertie au christianisme, poignardée devant ses enfants en Allemagne en 2017, de Diego Valencia, un sacristain assassiné dans son égalise en Espagne en 2023, d’un fidèle assassiné pendant la messe à Istanbul en janvier 2024, d’un moine espagnol de 76 ans assassiné à Valence en novembre 2024, ou encore de Ashur Sarnaya, un chrétien irakien, réfugié et égorgé en France en septembre 2025. Ils sont morts sous les coups de l’athéisme radical et de l’islamisme.

    Et combien de personnes assassinées dans les attentats terroristes, parce qu’issues d’un peuple chrétien ?

    De façon plus insidieuse, la liberté des chrétiens est réduite par l’intolérance sociale. Des personnes sont condamnées en justice pour avoir prié ou cité la Bible, des hôpitaux chrétiens sont obligés de pratiquer l’avortement et l’euthanasie, des enseignants, pharmaciens, médecins ou infirmiers sont sanctionnés en raison de leur fidélité à leur foi, des juges font détruire des calvaires, tandis que tel ministre de l’Éducation prétend bannir la prière dans les écoles privées chrétiennes.

    Il est impératif de renverser cette tendance.

    Il existe des mécanismes de lutte contre l’antisémitisme et l’islamophobie, mais rien concernant les chrétiens. Ce n’est pas acceptable.

    Les chrétiens doivent se défendre, défendre leurs libertés et leur patrimoine, et la société doit les y soutenir. C’est pourquoi nous voulons que la société prenne conscience de ce crime commis sous nos yeux chaque jour contre les chrétiens et l’identité chrétienne de l’Europe.

    Pour œuvrer à cette prise de conscience, nous demandons aux députés européens d’inscrire « la lutte contre la haine anti-chrétienne » à l’ordre du jour du Parlement européen et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

    Cette pétition est une procédure officielle, prévue dans les règlements du Parlement européen et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Elle sera leur soumise formellement et fera l’objet d’une réponse officielle de leur part.

    Signez cette pétition sur le site de l'ECLJ

  • Le christianisme a-t-il fait l'Europe médiévale ? (KTO)

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    De KTO TV :

    Le christianisme a-t-il fait l’Europe médiévale ?

    04/12/2025

    À une époque où le christianisme connaît un déclin en Occident, il est important de rappeler que l’idée d’Europe s’est développée au Moyen Âge comme un synonyme de la chrétienté occidentale. Christophe Dickès invite donc deux historiens médiévistes, Xavier Hélary et Paul Bertrand, à explorer le rôle catalyseur du christianisme dans la formation de l’Europe médiévale. À travers les grandes étapes politiques de l’édification de la chrétienté occidentale, ils mettent en lumière l’importance de figures comme Grégoire le Grand et du monde monastique dans le processus d’évangélisation. Une émission qui invite chacun à redécouvrir les racines de la conscience occidentale.

  • Le patriarche de Constantinople demande plus que Rome ne peut donner

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    De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

    3 décembre 2025

    Le patriarche de Constantinople demande plus que Rome ne peut donner

    Lorsque le pape Léon XIV a assisté à la Divine Liturgie, sa présence aux côtés du patriarche œcuménique Bartholomée a réaffirmé l'engagement de Rome envers l'unité chrétienne à un moment où les gouvernements laïques d'Orient et d'Occident sont engagés dans un conflit politique à huis clos.

    Dans son homélie, le patriarche Bartholomée a souligné l'unité spirituelle des deux Églises tout en reconnaissant les formidables barrières théologiques qui continuent d'entraver la communion entre les traditions chrétiennes orientale et occidentale.

    « En tant que successeurs des deux saints Apôtres, fondateurs de nos Églises respectives », a-t-il déclaré en faisant référence à Pierre et André, « nous nous sentons liés par des liens de fraternité spirituelle. »

    Les deux saints apôtres invoqués par le patriarche étaient Pierre, qui devint le premier pape, prêcha à Rome et y subit le martyre, faisant de cette ville le centre de l'Église occidentale, et André, que Constantinople revendiqua plus tard comme son propre fondateur en vertu de l'établissement du diocèse de Byzance, qui devint un centre spirituel majeur du monde chrétien oriental.

    Le patriarche a également noté que « nous ne pouvons que prier pour que des questions telles que le filioque et l’infaillibilité soient résolues afin que les divergences d’interprétation ne constituent plus des obstacles à la communion de nos Églises. »

    S'adressant à la cathédrale bondée, le pape Léon a décrit les six dernières décennies de dialogue comme « un chemin de réconciliation, de paix et de communion croissante », ajoutant que les relations cordiales sont entretenues par « des contacts fréquents, des rencontres fraternelles et un dialogue théologique encourageant ». Il a réaffirmé que la recherche de la pleine communion reste « l'une des priorités de mon ministère en tant qu'évêque de Rome ».

    Après la liturgie, le pape et le patriarche se sont rendus sur le balcon surplombant la cour pour bénir les fidèles qui s'étaient rassemblés malgré la pluie battante. Parmi les hiérarques présents figurait le patriarche Théodore II d'Alexandrie.

    Le patriarche Bartholomée est apparu aux côtés du pape Léon à presque tous les moments importants de la visite, de la rencontre avec le président Erdoğan à Ankara aux commémorations à Nicée et à la messe célébrée pour les communautés catholiques de Turquie.

    La levée des anathèmes en 1965, autrefois décrite comme un printemps spirituel, a donné le coup d'envoi au travail théologique qui se poursuit à travers la Commission mixte internationale. Bien que les progrès aient ralenti en raison des divisions internes au sein de l'orthodoxie, les deux dirigeants ont manifesté leur détermination à poursuivre le dialogue.

    L'homélie du patriarche, cependant, allait au-delà d'un simple appel à l'unité. Elle suggérait que Rome, plutôt que Constantinople, devait faire les concessions doctrinales décisives pour que la communion soit rétablie. En identifiant le « filioque », la croyance catholique selon laquelle le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, plutôt que du Père seul, et l'« infaillibilité », la croyance catholique selon laquelle le pape est incapable d'erreur dans la proclamation du dogme, comme des « obstacles » à la communion, ses paroles ressemblent moins à de la diplomatie fraternelle qu'à un défi mesuré aux paramètres de l'œcuménisme catholique. Il pointe directement du doigt les doctrines qui ont fracturé la communion, signalant ainsi sa conviction que la responsabilité de la rupture incombe principalement à Rome.

    Rome a fait preuve d'une flexibilité liturgique légitime concernant le filioque, en l'omettant à Nicée et en permettant aux catholiques de rite oriental de professer le Credo sans lui, conformément à la tradition reçue de leurs rites, mais l'infaillibilité papale ne peut être reléguée au rang d'adaptation négociable ou de variance culturelle. Si tel était le cas, cela reviendrait à cesser de professer une définition dogmatique solennellement articulée par un concile œcuménique, Vatican I.
    L'insistance du patriarche sur le fait que l'unité ne doit pas devenir « absorption ou domination » clarifie que la préoccupation orthodoxe reste le risque que l'universalisme doctrinal submerge l'identité ecclésiale locale.

    L'insistance du patriarche sur le fait que l'unité ne doit pas devenir « absorption ou domination » montre clairement que la préoccupation orthodoxe reste le risque que l'universalisme doctrinal l'emporte sur l'identité ecclésiale locale.

    La ligne de démarcation centrale n'est pas de savoir si la chaleur œcuménique perdure, la présence de Léon démontre qu'elle perdure. La question centrale est de savoir si le dialogue catholique-orthodoxe peut progresser sans exiger de l'une ou l'autre Église qu'elle révise les doctrines qui constituent les éléments constitutifs de l'identité apostolique et conciliaire.

    L'unité ne saurait exiger la dissolution, l'abrogation ou l'abandon des doctrines que chaque Église professe comme faisant partie intégrante de son intégrité dogmatique. La chaleur humaine peut ouvrir une porte restée fermée, mais la doctrine en détient toujours la clé. Il n'existe aucun chemin plausible vers la pleine communion qui exige du catholicisme qu'il cesse de professer les doctrines qui définissent son identité conciliaire et apostolique.

  • Le Pape en Turquie : soutenir les chrétiens sans froisser Erdogan

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    De Thibault van den Bossche sur le site de l'ECLJ :

    Léon XIV en Turquie : soutenir les chrétiens sans froisser Erdogan

    2 Décembre 2025

    La visite du pape Léon XIV en Turquie (27–30 novembre 2025) s’est déroulée dans un climat de grande prudence diplomatique, tout en envoyant des signaux explicites en faveur de l’unité des chrétiens et du respect des minorités religieuses. Dans un pays où les chrétiens ne sont plus que 257 000 sur une population de 86,3 millions d’habitants, le souverain pontife a appelé à protéger les libertés fondamentales et à reconnaître la contribution irremplaçable des communautés chrétiennes, héritières d’une présence bimillénaire aujourd’hui marginalisée.

    À la fois chef d’État et pasteur, Léon XIV a rencontré en Turquie les autorités politiques et religieuses, encouragé les initiatives de paix et soutenu les petites communautés chrétiennes dont l’action sociale et caritative dépasse largement leur poids démographique. À la cathédrale du Saint-Esprit à Istanbul, il a invité le « petit troupeau » de fidèles catholiques à regarder « avec les yeux de Dieu », rappelant « qu’Il a choisi la voie de la petitesse pour descendre parmi nous ».

    Une petitesse qui résonne fortement en Turquie : les chrétiens n’y représentent plus qu’une fraction infime de la population (0,3 %), après des siècles de conversions forcées, de turquification progressive à partir du XIe siècle, puis de violences massives — massacres hamidiens, génocides arménien et assyro-chaldéen, expulsions des Grecs et pogroms — orchestrées par l’État dans le but de façonner une nation turque sunnite homogène, ethniquement et religieusement.

    Aujourd’hui encore, comme l’explique le dernier rapport du Centre européen pour le droit et la justice, les chrétiens subissent violences directes, physiques ou visant leurs églises, hostilité sociale, propagande éducative, ingérences dans les élections patriarcales grecques orthodoxes et arméniennes, et entraves à la gestion de leurs fondations. C’est dans ce contexte difficile que le pape a encouragé les catholiques de Turquie à poursuivre le travail pastoral rigoureux « du dialogue œcuménique et interreligieux, de la transmission de la foi à la population locale, et du service pastoral aux réfugiés et aux migrants ».

    Entre diplomatie prudente et appel à l’unité des chrétiens

    Conformément au protocole réservé aux chefs d’État en visite officielle, Léon XIV a dû rendre hommage à Atatürk, fondateur de la République turque en 1923, certes, mais aussi l’un des artisans de la marginalisation des derniers chrétiens d’Anatolie. Lors de sa rencontre au siège du Patriarcat arménien de Constantinople, il a évoqué avec prudence les « circonstances tragiques » du début du XXe siècle, se gardant — contrairement au pape François en 2015 — d’utiliser le mot « génocide ».

    À Iznik, l’ancienne Nicée, le pape a célébré les 1 700 ans du premier concile œcuménique, aux côtés du patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée et d’autres chefs d’Églises orientales. Ils ont récité ensemble le Credo, le texte officiel de la profession de foi chrétienne, sans le filioque, dans sa formulation de 325, un geste très symbolique en faveur de l’unité chrétienne.

    Contrairement à ses prédécesseurs, les papes Benoît XVI et François, lors de leurs visites en 2006 et 2014, Léon XIV n’a pas prié à la Mosquée bleue. Il ne s’est pas non plus rendu à la basilique Sainte-Sophie, lieu emblématique du christianisme oriental et l’équivalent de la basilique Saint-Pierre de Rome pour le patriarche œcuménique de Constantinople, convertie en mosquée en 1453, devenue musée en 1934, puis de nouveau mosquée en 2020.

    Ces abstentions marquent une inflexion : la priorité du pontificat semble être l’unité de l’Église plutôt que le dialogue islamo-chrétien médiatisé. Il a réaffirmé son souhait de rassembler toutes les confessions chrétiennes en Terre sainte en 2033, pour le bimillénaire de la mort et de la résurrection du Christ. La volonté de trouver une date commune de Pâques demeure constante, mais sans encore de concrétisation.

    La Turquie doit protéger ses chrétiens

    Devant les autorités civiles, la société civile et le corps diplomatique, le pape a salué la vocation plurielle de la Turquie, « carrefour de sensibilités dont l’homogénéisation serait un appauvrissement ». Il a souligné la dignité et la liberté de chaque personne, rappelant que les chrétiens « sont et se sentent partie intégrante de l’identité turque ». Dans un pays où la religion occupe une place publique très marquée, il a exhorté à protéger les droits de tous — citoyens comme étrangers. Le message est clair, mais formulé dans le langage prudent de la diplomatie : la Turquie doit garantir la liberté religieuse et la protection de ses minorités chrétiennes.

    Depuis l’avion qui le conduisait à Beyrouth, Léon XIV a décrit la Turquie comme « un pays à grande majorité musulmane qui compte toutefois de nombreuses communautés chrétiennes, bien qu’en petite minorité, et où des personnes de religions différentes peuvent toutefois vivre en paix », allant jusqu’à en faire « un exemple » pour le monde. Un vœu pieux que dément malheureusement la réalité des chrétiens de Turquie, loin d’être sereine : discours de haine, expulsions de chrétiens étrangers, obstacles à la vie ecclésiale et à la reconnaissance de la personnalité morale des églises, ingérences administratives, discriminations institutionnelles. Prions pour que les encouragements du pape soient entendus, et suivis d’effets.