De Damien Wojciechowski sur Opoka :
Fidélité ou unité ? Léon XIV parviendra-t-il à empêcher une nouvelle division au sein de l'Église ?
Léon XIV pourra-t-il sauver l'Église comme son grand prédécesseur, Léon le Grand ? Il y a beaucoup de problèmes à résoudre, et il n'est plus possible de suivre la voie du « juste milieu », note frère Damien Wojciechowski, TJ.
Si nous visitions les musées du Vatican, nous aurions l'occasion d'admirer une immense fresque de Raphaël, peinte vers 1513 dans la Stanza di Eliodoro du Palais apostolique, représentant la rencontre entre le pape Léon Ier (le Grand) et Attila, le chef victorieux des Huns, en 452. Grâce à cette rencontre, Attila empêcha la destruction de Rome et le pape sauva non seulement la Ville éternelle, mais aussi le Saint-Siège, centre de toute l'Église.
Léon le Grand... avec le visage de Léon X
Sur la fresque, Léon Ier, auquel Raphaël a donné les traits de Léon X (il avait commandé le tableau), calme et digne, chevauche vers Attila, terrifié par la vision de saint Pierre et saint Paul attaquant ses guerriers, l'épée à la main. En réalité, Léon était probablement moins sûr de lui, ou plutôt, il implorait la clémence d'Attila, qui, bien sûr, ne craignait personne. Malheureusement, Léon X ne sauva pas l'Église. Pape de la Renaissance, il fut mêlé à des intrigues politiques et à des affaires de richesse. Plusieurs cardinaux complotèrent même pour l'empoisonner, et après avoir découvert la conspiration, Léon X condamna l'un d'eux à mort. Pour financer ses dépenses, notamment la construction de la basilique Saint-Pierre, il décida de vendre des indulgences à grande échelle, ce qui provoqua l'indignation de Luther et une division au sein de l'Église qui perdure encore aujourd'hui.
Depuis lors, chaque pape a été hanté par la crainte qu'une tragédie similaire ne se reproduise de son vivant. Empêcher une nouvelle division au sein de l'Église était sans aucun doute la préoccupation première de Léon XIV.
Premier défi : la Fraternité Saint-Pie X
Les lefebvristes ont annoncé leur intention de procéder à des ordinations épiscopales le 1er juillet 2026. La raison est simple : les évêques ordonnés par Lefebvre lui-même atteignent l'âge de la retraite.
En 1988, l'archevêque Marcel Lefebvre a consacré des évêques sans l'autorisation du Saint-Siège, s'excommuniant ainsi que les évêques nouvellement consacrés. Selon le droit canonique, tant ancien que nouveau (que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X vénère tant), la consécration épiscopale requiert le consentement du Vatican ; à défaut, le consécrateur entre en schisme et est automatiquement excommunié.
Le supérieur actuel de la Fraternité invoque un accord avec la Chine, selon lequel les évêques élus par les communistes chinois seraient approuvés par le Vatican. De même, la Fraternité souhaiterait choisir des candidats évêques en dehors de la Congrégation pour les évêques (dont était le chef le pape actuel), et le Vatican serait contraint de les reconnaître. Cet accord avec les communistes chinois était une des mauvaises idées de François, mais il était néanmoins motivé par la préoccupation pour les catholiques vivant en Chine, un État totalitaire qui ne valorise ni la liberté ni l'Église. Les relations avec la Fraternité sont cependant tout à fait différentes – nous n'allons tout de même pas exiger que le pape s'incline devant elle parce qu'elle recourt à la violence ?
La Société fait référence à la Tradition, mais dans l'Église préconciliaire, personne n'en aurait discuté avec eux, on les aurait seulement réprimandés sévèrement (voir : Vieux-catholiques).
L'Église, après le Concile, s'est montrée très conciliante, et tous les papes, même François, ont entretenu des relations excessivement proches de la Fraternité Saint-Pierre. À maintes reprises, des papes ont proposé divers compromis, y compris Benoît XVI, qu'on ne saurait soupçonner de progressisme – la Fraternité a systématiquement rejeté toutes ces propositions. Les lefebvristes pourraient coexister pacifiquement avec la Fraternité Saint-Pierre, catholique et traditionaliste, mais ils s'y refusent par simple entêtement et orgueil. Si le pape accepte que la Fraternité consacre ses propres évêques, alors demain, les évêques allemands ordonneront des femmes selon le même principe.
La Fraternité critique le « pluralisme doctrinal » de l'ère François et les déclarations étranges du cardinal Fernandez (préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi), mais elle exige la même chose : elle accepte tel point de l'enseignement de l'Église et en rejette tel autre, elle adhère à tel autre. La Fraternité souhaite créer une Église parallèle avec sa propre doctrine, des évêques indépendants de Rome, une liturgie différente, etc. C'est précisément ce que veulent les membres du Chemin synodal allemand. Dans les deux cas, le pape ne peut consentir à un tel séparatisme, car cela conduirait au chaos et à la division. Les lefebvristes se comportent comme un enfant capricieux qui n'obéit à ses parents que s'ils cèdent à tous ses caprices. Ils veulent une Église séparée où ils pourraient gouverner en toute indépendance, et en même temps, le pape leur accorderait une orthodoxie inconditionnelle et confirmerait la vertu d'obéissance. Ils usurpent l'infaillibilité papale, se placent au-dessus d'un concile validement convoqué, méprisent le droit canonique et l'autorité du Saint-Siège, et se présentent, par-dessus tout, comme de fidèles serviteurs de l'Église et les gardiens de la Tradition. Ils prétendent qu'il existe un état de nécessité (comme, par exemple, durant la Révolution mexicaine) et que les fidèles n'ont pas accès à des sacrements validement administrés (ce qui expliquerait pourquoi les évêques doivent être ordonnés sans l'accord du Vatican). En réalité, ils se comportent comme une secte qui rejette les sacrements administrés dans l'Église (à l'instar des docètes du christianisme primitif). Il vaudrait mieux pour eux qu'ils élisent leur propre pape, qui approuverait tout à leur place…





