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Doctrine

  • « Je veux y croire, mais je n’y arrive pas »

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    De Randall Smith sur The Catholic Thing :

    « Je veux y croire »

    17 août 2026

    J’entends parfois des gens dire des choses comme : « Je veux y croire, mais je n’y arrive pas », ou « J’aimerais y croire, mais je n’y crois tout simplement pas ». Je ne souhaite pas critiquer ces personnes. Je suppose que leur réticence vis-à-vis de la « foi » découle d’un désir sincère d’être honnête avec eux-mêmes – un peu comme quelqu’un qui admettrait : « J’aimerais être une personne calme et posée, mais je ne le suis tout simplement pas. »

    Ainsi, bien que je respecte cette bonne volonté, j’aimerais tout de même poser cette question à cette personne : « Selon vous, qu’est-ce que la foi ? » « À quoi ressemble, selon vous, le fait d’avoir la foi ? »  Je crains parfois que les gens pensent qu’« avoir la foi » revient à « être certain », ou que « avoir la foi » soit un sentiment que l’on éprouve lorsqu’on est sûr de quelque chose. Et si ce n’était pas le cas ? Et si c’était autre chose ? Et si c’était comme l’amour – pas tant un sentiment qu’une façon de vivre ?

    Avant de pouvoir explorer la question de la foi, il faudrait clarifier un autre point.  Les gens n' « ont » pas simplement la foi ; ils ont foi en quelque chose.  En Dieu. En l’amour de Dieu pour nous. En ce que l’amour de Dieu pour nous s’exprime et s’incarne en Christ.  Nous ne nous contenterions donc pas de poser des questions sur la foi – c’est bien trop vague.  Nous commencerions par demander en quoi cette personne croit ou ne croit pas.

    Ainsi, par exemple, on pourrait se demander : vous semble-t-il raisonnable que l’univers tout entier, avec toute sa beauté et son ordre, et surtout avec des êtres humains capables de connaître, d’aimer et de se sacrifier les uns pour les autres, soit né du néant, par le néant et pour le néant ? C’est hypothétiquement possible, mais est-ce ce que vous croyez ? Certaines personnes le croient. Et vous ?

    Êtes-vous convaincu que la vie – toute vie – et toute existence sont fondamentalement dénuées de sens ? Car si vous n’en êtes pas convaincu, alors il est possible que la vie ait un sens. Et d’ailleurs, ne menez-vous pas votre vie de cette manière ? N’avez-vous pas montré, par la façon dont vous menez votre vie – en vous souciant des autres, en essayant de faire le bien plutôt que d’agir de manière égoïste, en appréciant la beauté et en cherchant à comprendre plus profondément ce qui vous entoure –, que vous croyez bel et bien en quelque chose ?

    Si l’on observe la façon dont vous vivez réellement, ne devrions-nous pas en conclure que vous croyez en réalité que vivre ainsi a un sens, et n’est pas dénué de sens ? Vous agissez comme si le fait de prendre soin des autres de manière désintéressée avait un sens, comme si agir avec amour et bienveillance envers les autres était une bonne chose. Vous n’avez aucune preuve scientifique que ce genre de vie soit intrinsèquement pleine de sens et bonne. Mais vous vivez comme si c’était le cas. C’est une forme de foi.

    Et si je disais à quelqu’un qui prétend souhaiter avoir la foi mais n’y parvient pas : « Mais attends, tu as bel et bien la foi ; tu ne t’en es simplement pas rendu compte ou tu n’y as pas réfléchi. »  Cette présupposition qui sous-tend votre façon de voir le monde et de mener votre vie, lorsque vous partez du principe que le courage, la gentillesse, la générosité et la bienveillance valent mieux que la lâcheté, la cruauté, l’arrogance et l’égoïsme – cela fait partie intégrante de ce que les chrétiens appellent la « foi ».

    Il n’y a aucune preuve scientifique que cette vie soit meilleure. En effet, il existe de nombreuses raisons de supposer qu’il est plus logique d’être égoïste que d’être altruiste. Vous arrive-t-il parfois de vous dire : « Je dois être fou de vivre ainsi, en me donnant sans compter aux autres plutôt que de simplement prendre tout ce que je peux pour moi-même ? »

    Alors, qu’est-ce qui vous pousse à revenir sans cesse à l’altruisme, à la bienveillance et à la générosité ? Est-ce quelque chose que vous avez remarqué dans votre expérience ?  Est-ce quelque chose dont vous pressentez simplement la vérité ? Ce sentiment que vous avez que quelque chose que vous ne pouvez ni toucher, ni mesurer, ni prouver scientifiquement est en réalité vrai – vrai au point que vous seriez prêt à y parier toute votre vie, même si parfois vous n’en êtes pas tout à fait certain – c’est ce que les chrétiens appellent la « foi ».

    Inutile de s'attarder sur le mot. Appelez ça comme vous voulez. Mais sachez-le : vous avez la foi. Vous ne l'avez simplement pas encore examinée.

    Ainsi, par exemple, si vous réalisiez que vous croyez effectivement que la vie a un sens intrinsèque – non seulement votre vie, mais celle de toutes les créatures –, alors vous pourriez commencer à vous poser d’autres questions, telles que : comment cela est-il possible ? Comment un univers dénué de sens pourrait-il receler de l’amour et du sens ? Se pourrait-il que ce sens qui existe en tous les êtres soit un don d’un Créateur aimant ? D’où d’autre l’aurions-nous tiré ?

    On imagine souvent qu’une personne dit d’abord : « Dieu existe », puis ajoute : « Oh, je ferais mieux d’être moral. » Mais et si c’était l’inverse ? Et si les gens se rendaient compte que la seule vie qui ait du sens est une vie morale, faite d’amour, d’attention et de sollicitude envers les autres, et se disaient alors : « Je suppose qu’il doit y avoir un Dieu qui a rendu tout cela possible » ?

    Vous voulez mener une vie d’amour désintéressé ? Parfait. Faites-le. Ce genre de vie exige une certaine forme de foi. Si vous la vivez, c’est que vous la possédez. Les chrétiens ont une explication de la raison pour laquelle ce genre de vie a du sens. Elle implique un Dieu d’amour qui nous aime tellement qu’Il a accepté d’endosser notre humanité et de mourir pour nous. Ce faisant, Il s’est révélé comme un don d’amour désintéressé.

    Mais ne confondez pas le fait que vous ne « compreniez » pas tout à fait pourquoi cette vie d’amour a un sens avec un manque de foi. Lorsque vous désespérez de devenir la personne que vous savez vouloir être, c’est cela le manque de foi. Lorsque vous échouez mais que vous continuez d’essayer – lorsque vous continuez à vous accrocher à ce modèle de bonté – alors vous avez toujours la foi.  Alors cessez de vous demander si vous en avez ou non, et contentez-vous de la vivre.

  • "Nous n’avons pas besoin d’une Église synodale, mais d’une Église missionnaire qui connaisse son trésor et n’ait pas peur de le révéler au monde." (Mgr Mutsaerts)

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    Dans une lettre ouverte au pape Léon XIV, l'évêque néerlandais Rob Mutsaerts affirme que les Occidentaux ont aujourd'hui besoin d'une proclamation claire et confiante de l'Évangile plutôt que d'une consultation ecclésiale permanente.

     
    Mgr Rob Mutsaerts
     
    13 août 2026
    Saint-Père,
    Avec le respect dû à la charge qui vous a été confiée en tant que successeur de saint Pierre, et en communion avec l’Église que le Christ a bâtie sur les apôtres, je m’adresse à vous par cette lettre ouverte. Je ne le fais pas à la légère. Ce qui me pousse à prononcer ces paroles publiquement est une préoccupation qui, en définitive, transcende toute autre considération ecclésiale : le salut des âmes. Salus animarum suprema lex — le salut des âmes est la loi suprême. Ma question est simple et sincère : le processus synodal contribue-t-il réellement à rapprocher les âmes du Christ et du salut éternel ? Telle est pour moi la question décisive.

    Saint-Père, je suis pleinement conscient que la charge de Pierre implique une responsabilité dont celui qui n'y participe pas ne peut qu'avoir une vague idée. C'est précisément pour cette raison que j'écris ces mots, non par manque de respect pour la charge papale, mais par amour pour elle. Car Pierre a reçu du Christ non seulement la mission d'unir les frères, mais aussi de les fortifier dans la foi : « Et toi, quand tu seras revenu à lui, fortifie tes frères. » En fin de compte, le monde ne gagne rien d'une Église qui se contente de répéter ce qu'il pense déjà. Il a besoin d'une Église qui le conduise au Christ, avec amour mais sans crainte.

    Ma préoccupation concernant le Synode sur la synodalité doit être comprise dans ce contexte. Et surtout, je m'interroge sur ce que tout cela signifie pour le simple croyant qui attend de son Église non pas un processus figé, mais une clarté sur le chemin qui mène à Dieu.

    Cette lettre n’est donc pas une accusation contre des individus. Je ne souhaite pas non plus nier les bonnes intentions de tous ceux qui se sont sincèrement consacrés au processus synodal. Les bonnes intentions méritent d’être reconnues. Mais elles ne nous dispensent pas d’examiner les fruits de ce travail. Le Christ lui-même nous a donné un critère simple à cet égard : « C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » C’est pourquoi je crois qu’après des années de consultations, de réunions, de rapports et de documents synodaux, le moment est venu de s’interroger en toute transparence sur ces fruits. Non par cynisme, mais par amour pour l’Église. Non par nostalgie d’un passé idéalisé, mais par souci de son avenir. Et non pour mener une lutte politico-ecclésiastique, mais parce que derrière toutes les discussions se cache une réalité infiniment plus importante : le salut éternel des âmes que le Christ a confiées à son Église. C’est pourquoi, Saint-Père, je vous soumets la réflexion suivante.

    Le Synode sur la synodalité.

    Quiconque juge le Synode sur la synodalité uniquement à l'aune de ses objectifs peut aisément en tirer un constat positif. On a beaucoup écouté. On a beaucoup parlé. Des milliers de personnes ont été consultées. Évêques, prêtres, religieux et laïcs se sont réunis. On a parlé de communauté, de participation et de mission. Un nouveau vocabulaire ecclésiastique a même émergé : synodalité, écoute, discernement, participation, dialogue dans l'Esprit, mise en œuvre de processus.

    Mais on peut aussi envisager cette même histoire sous un angle totalement différent. Permettez-moi de poser la question qui dérange : à quoi tout cela a-t-il réellement abouti ? Non pas : combien de réunions ont été organisées ? Non pas : combien de rapports ont été rédigés ? Non pas : combien de personnes ont participé ? Mais : la foi s’est-elle fortifiée ? Le Christ a-t-il été proclamé plus clairement ? L’identité catholique s’est-elle approfondie ? Y a-t-il eu davantage de conversions ? La messe dominicale est-elle mieux fréquentée ? Y a-t-il plus de vocations sacerdotales ? La catéchèse est-elle devenue plus efficace ? Un plus grand respect pour l’Eucharistie s’est-il manifesté ? L’enseignement moral de l’Église est-il devenu plus clair ? Le courage missionnaire s’est-il accru ?

    Face à de telles questions, il est impossible de considérer le Synode comme une réussite. De plus, un élément supplémentaire entre en jeu : l’entreprise synodale n’est pas véritablement achevée. La phase de mise en œuvre officielle se poursuit et, par le biais de réunions diocésaines, nationales et continentales, doit aboutir à une assemblée ecclésiastique à Rome en octobre 2028. En mai 2026, le Vatican a publié une nouvelle fois une feuille de route détaillée à cet effet. Dès lors, les critiques sont d’autant plus pertinentes. Ce qui avait commencé comme un synode pour la période 2021-2024 risque de devenir une forme de gouvernance permanente.

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  • Le 1er novembre 1950 : la proclamation du dogme de l'Assomption par le pape Pie XII (vidéo)

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    (à partir de la 24ème minute)

    PROCLAMATION DU DOGME DE L’ASSOMPTION PAR SA SAINTETÉ LE PAPE PIE XII LE 1ER NOVEMBRE 1950 À SAINT-PIERRE DE ROME

    UN FILM DE MAURICE PROULX POUR RADIO VATICAN ET CKAC / Portail internet Bnq Films

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    (via La Porte Latine)

  • Le dogme de l'Assomption (KTO)

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    De KTO Télévision :

    Le dogme lui-même tient en quelques mots : « Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste ». C’est pour La Foi prise au mot l’occasion d’une émission à la fois théologique et historique. Théologique, puisque cela nous permet de revenir sur ce qu’est l’Assomption. Mais aussi historique puisque nous allons découvrir dans cette émission pourquoi et comment Pie XII est arrivé à la conclusion qu’il était nécessaire de proclamer ce dogme et pourquoi il le fit en engageant sa fameuse infaillibilité pontificale, sur laquelle il sera bon de revenir. Nous partons donc à la découverte du dogme de l’Assomption en compagnie des deux invités de Régis Burnet : Martin Dumont, secrétaire général de l’Institut de recherche pour l’étude des religions à la faculté des lettres de Sorbonne-Université, et Sophie Binggeli, enseignante en théologie à la Faculté Notre-Dame et responsable du cours de théologie mariale aux Bernardins.

  • Mais c'est quoi, l’« état de nécessité » ?

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    De Roberto de Mattei sur Corrispondenza Romana :

    Mais qu’est-ce que l’« état de nécessité » ?

    Il est important de clarifier d'emblée un point fondamental : l'expression « état de nécessité » ne doit pas être confondue avec la grave crise qui affecte actuellement l'Église. Cette crise est un fait historique et sociologique indéniable : certains en font remonter les origines au pape François, d'autres à l'ère post-conciliaire, et d'autres encore au concile Vatican II. Ces références historiques contiennent une part de vérité, mais le phénomène est plus vaste et plus ancien dans le temps. Déjà, saint Pie X, dans son encyclique prophétique Pascendi dominici gregis du 8 septembre 1907, diagnostiquait l'existence des graves maux qui pénétraient l'Église par le biais du modernisme. Le professeur Plinio Corrêa de Oliveira, dans son ouvrage désormais classique Révolution et Contre-Révolution , publié en 1959, a inscrit cette crise dans le cadre d'un processus séculaire qui a débuté avec la dissolution du christianisme médiéval. Romano Amerio, dans son Iota unum… L’ouvrage « Étude des changements survenus dans l’Église catholique au XXe siècle » , publié en 1985, offrait un diagnostic large et pénétrant des maux qui affectaient l’Église à cette époque. La même année, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, publiait, avec Vittorio Messori, le « Rapport sur la Foi » , tirant la sonnette d’alarme quant à l’état du catholicisme contemporain. Devenu pape Benoît XVI, il consacra la dernière année de son pontificat à la crise de la foi. Depuis lors, la situation s’est considérablement aggravée, et seuls ceux qui étaient spirituellement ou intellectuellement aveugles pourraient nier l’évidence de cette crise.

    Le fait historique d'une crise très grave au sein de l'Église ne coïncide pas, cependant, avec la catégorie juridico-morale de « l' état de nécessité ». Ce sont deux notions distinctes qu'il ne faut pas confondre. L'état de nécessité présuppose une situation exceptionnelle, sans toutefois s'y réduire. Il s'agit d'une institution de théologie morale et de droit, élaborée pour réguler les situations extraordinaires où l'observance ordinaire de la loi semble entrer en conflit avec le bien que la loi elle-même vise à protéger. Une crise ecclésiale peut certes constituer le contexte dans lequel se pose la question de l'état de nécessité, mais entre la situation historique et le jugement moral et juridique, il existe une étape supplémentaire, qui exige prudence et une évaluation rigoureuse des faits.

    La doctrine morale définit l'état de nécessité comme la situation dans laquelle une personne, pour éviter un mal grave, imminent et inévitable, accomplit un acte qui, en temps normal, serait illicite ou interdit. Autrement dit, il ne s'agit pas tant de la situation extérieure elle-même que du jugement prudentiel de la personne qui doit agir dans cette situation. C'est pourquoi l'état de nécessité naît de la rencontre entre une situation exceptionnelle et la responsabilité personnelle de celui qui doit décider de la conduite à tenir. La crise peut être objective ; l'état de nécessité, en revanche, concerne l'appréciation subjective de l'action concrète à entreprendre face à cette crise.

    Le Code de droit canonique de 1983 traite expressément de cette question dans les canons 1323 et 1324. Le canon 1323 établit qu'aucune peine n'est infligée à quiconque a enfreint une loi « lorsqu'il y est contraint par une crainte grave, même relative, ou par nécessité ou grave inconvénient, à moins que l'acte ne soit intrinsèquement mauvais ou ne cause un préjudice aux âmes ». Cette norme ne crée pas de dérogation arbitraire à la loi, mais reconnaît que des circonstances exceptionnelles peuvent survenir dans lesquelles la responsabilité juridique cesse ou est atténuée.

    Une première caractéristique de l'état de nécessité est son caractère essentiellement exceptionnel et temporaire. Il survient en réponse à une situation spécifique et limitée dans le temps. Il ne peut se transformer en condition permanente, ni constituer un régime ordinaire de gouvernement ou de vie ecclésiale. Si la nécessité devenait permanente, elle cesserait d'être une véritable « exception » et viderait finalement de son sens la discipline ordinaire de l'Église.

    Une crise historique peut s'éterniser pendant des décennies ; un état de nécessité, en revanche, concerne des actions spécifiques, menées dans des circonstances particulières, pour faire face à un danger concret et immédiat. La crise fournit le contexte ; l'état de nécessité est le jugement prudentiel qui peut, dans des cas strictement définis, justifier ou excuser une ligne de conduite donnée.

    Enfin, il existe une limite insurmontable, sur laquelle insistent tant la théologie morale que le droit canonique. Un état de nécessité ne saurait justifier un acte intrinsèquement mauvais. Le principe formulé par saint Paul et constamment réaffirmé par le Magistère de l’Église s’applique ici : il n’est jamais licite de faire le mal pour qu’il en résulte du bien : « non sunt facienda mala ut veniant bona » ( Rm 3, 8). Certains actes, par leur objet moral même, demeurent toujours illicites, quelles que soient les circonstances et le contexte historique.

    C’est précisément sur ce point que porte le débat théologique et canonique. Un acte accompli en vertu d’un état de nécessité ne saurait contredire les principes du droit divin ni les normes qui, par leur nature même, ne permettent aucune dérogation. Or, les consécrations épiscopales sans mandat et contre la volonté du Pape ont pour but la création d’une entité indépendante du Pontife romain et des évêques en communion avec lui. Mais cela est intrinsèquement illicite, quelles que soient les circonstances historiques invoquées pour justifier l’acte.   

    Le véritable enjeu n'est donc pas de savoir s'il existe ou non une crise au sein de l'Église, dont l'existence est manifeste pour tous. La question cruciale est ailleurs : est-il moralement et juridiquement licite, même face à une crise très grave, de commettre un acte qui viole la constitution hiérarchique de l'Église, telle qu'établie divinement par Jésus-Christ, rejetant de fait la primauté de la juridiction du Pontife romain et introduisant une pratique étrangère à la tradition bimillénaire de l'Église ?

    Si tout cela n’est pas clair, « l’ état de nécessité » risque de n’être qu’un état de confusion. 

  • Quand la France légalise l'euthanasie : « Ce qui est en jeu, c'est notre rapport à la vie. » (MgrRougé)

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    De Communio :

    La France légalise l'euthanasie. Entretien avec l'évêque Matthieu Rougé : « Ce qui est en jeu, c'est notre rapport à la vie. »

    « Ce qui est en jeu, c'est notre rapport à la vie. »La France légalise l'euthanasie. Entretien avec Mgr Matthieu Rougé.

    Après un long processus parlementaire, l'euthanasie a été inscrite dans la loi française le 15 juillet 2026. Les évêques français ont immédiatement protesté. Dans un entretien avec Jan-Heiner Tück, rédacteur en chef de COMMUNIO, Mgr Matthieu Rougé, délégué de la Conférence épiscopale pour la bioéthique, la protection de la vie et les questions de fin de vie, explique le contexte et révèle les conséquences préoccupantes de cette loi.

    Jan-Heiner Tück : Le Parlement français vient de légaliser l'euthanasie et le suicide assisté, à sa quatrième tentative . La Conférence des évêques catholiques des États-Unis a immédiatement critiqué cette décision dans une déclaration publique , la qualifiant de « rupture avec une longue tradition de soins ». Pourquoi ? Quelles en sont les raisons profondes ?

    Mgr Matthieu Rougé : Le vote du 15 juillet 2026, qui fera l’objet d’un examen constitutionnel et juridique européen, s’inscrit dans un long processus, initié notamment par la loi Léonetti en 2005. Cette loi a donné la priorité au rejet de la « persistance abusive » en France [concernant les mesures de maintien en vie] et au développement des soins palliatifs, permettant ainsi une approche dite « à la française », qui a alors servi de modèle à plusieurs autres pays. Pendant vingt ans, cet équilibre juridique a été souvent remis en question, mais toujours préservé. Ce qui est en jeu aujourd’hui – contrairement à ce qu’affirment certains partisans laïques de l’euthanasie – n’est pas tant la poursuite, selon eux inappropriée, de l’éthique chrétienne dans notre société fortement sécularisée, mais bien plus directement, notre choix collectif d’une société fraternelle. Parmi les partisans de l'aide au suicide figurent ceux qui sont profondément bouleversés par les situations de souffrance extrême et la possibilité d'endurer des douleurs incurables, malgré les progrès réalisés dans la prise en charge de la douleur et les soins palliatifs. Ce débat ne vise donc pas à adopter une position intransigeante, mais exige au contraire une grande humilité et une grande sensibilité. Or, si le projet de loi est validé par le Conseil constitutionnel et les juridictions européennes, il fragilisera précisément ce modèle de notre république, fondé sur l'interdépendance indispensable de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.

    Il existe une forme de discrimination sociale concernant l'objection de conscience, réservée aux plus hauts responsables mais refusée aux pharmaciens et aux infirmières comme s'ils n'étaient que des subordonnés.

    Jan-Heiner Tück : La légalisation de l’euthanasie ne se heurte-t-elle pas à la liberté de conscience de groupes professionnels tels que les pharmaciens ou les infirmières, qui peuvent désormais être contraints d’administrer des médicaments létaux ?

    Mgr Rougé : La loi votée accorde aux médecins le droit à l'objection de conscience, mais pas aux autres professionnels de santé. Bien que la profession ne se soit pas encore prononcée sur la question dans son ensemble, certains pharmaciens s'inquiètent fortement de devoir transporter des médicaments létaux des pharmacies centrales aux patients ou aux professionnels chargés de pratiquer l'euthanasie. C'est pourquoi, entre autres raisons, comme l'obligation de délivrer des pilules abortives, certains pharmaciens chrétiens quittent leur officine pour se reconvertir. Je suis surpris que ce point n'ait pas été davantage souligné : il existe une forme de discrimination sociale concernant l'objection de conscience, réservée aux plus hauts responsables et refusée aux pharmaciens et aux infirmiers, comme s'ils n'étaient que des subalternes.

    La « réserve de droits » promise est absente.

    Jan-Heiner Tück : Que signifie la nouvelle loi pour les hôpitaux catholiques ?

    Mgr Rougé : Selon la législation actuelle, les établissements de santé catholiques (hôpitaux, hospices, maisons de retraite ou EHPAD) gérés par des congrégations religieuses ou dont la charte éthique rejette l'euthanasie sont tenus de la pratiquer si les patients en font la demande. Avec d'autres acteurs, nous avons toujours plaidé pour l'introduction d'une « réserve institutionnelle » afin de préserver la liberté de ces établissements et des personnes qui y ont recours. Le gouvernement nous a donné des assurances à ce sujet, qui, malheureusement, n'ont pas été tenues. C'est l'un des points litigieux des recours en cours. Plusieurs congrégations, comme les Petites Sœurs des Pauvres, sont profondément préoccupées et envisagent même de fermer leurs établissements et de quitter la France si la loi n'est pas modifiée. Nous avons tous en mémoire ce que recommandait Samaritanus Bonus , la déclaration du Dicastère pour la Doctrine de la Foi du 14 juillet 2020 (quelle date pour les Français !), et qui a été approuvée par le pape François : « Les hôpitaux catholiques sont appelés à être des témoins fidèles du devoir éthique indispensable de respecter les valeurs humaines et chrétiennes fondamentales qui constituent l’identité de ces institutions, en s’abstenant de comportements manifestement moralement inadmissibles. »

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  • Humanae Vitae : une encyclique prophétique

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    De Michael J Robinson sur le Catholic Herald :

    Humanae Vitae et le monde qu'elle prédisait

    Peu de documents pontificaux ont été autant moqués que Humanae Vitae. Lorsque le pape Paul VI a réaffirmé l'opposition de l'Église catholique à la contraception artificielle en 1968, beaucoup ont cru qu'il avait profondément mal interprété le monde moderne. La révolution sexuelle était en marche, la pilule contraceptive promettait une liberté sans précédent et l'histoire semblait n'avancer que dans une seule direction.

    Ce mois-ci marquant le 58e anniversaire de l'encyclique Humanae Vitae, le moment est opportun pour se demander si le pape Paul VI a réellement mal interprété le monde moderne, ou si c'est le monde moderne qui l'a mal compris.

    À la parution de Humanae Vitae, une grande partie du monde occidental a réagi avec incrédulité. Même au sein de l'Église, la dissension, la confusion et la déception étaient palpables. On pensait alors que l'histoire avait tout simplement ignoré l'enseignement catholique. Aujourd'hui, cependant, cette encyclique mérite d'être relue, non seulement comme un document sur la contraception, mais aussi comme un diagnostic d'une remarquable perspicacité sur la nature humaine et la société moderne.

    Paul VI a mis en garde contre le risque que l'usage généralisé de la contraception n'entraîne quatre grandes conséquences : une augmentation de l'infidélité conjugale, un abaissement des valeurs morales, une réduction des femmes à de simples objets de plaisir plutôt qu'à des personnes dignes de respect, et l'adoption par les gouvernements de politiques coercitives en matière de reproduction. Quelle que soit l'opinion que l'on porte sur l'enseignement de l'Église concernant la contraception, force est de constater que ces avertissements sont aujourd'hui d'une actualité frappante.

    La révolution sexuelle a été présentée comme une révolution de la liberté. Mais les révolutions tiennent rarement toutes leurs promesses. Elles transforment aussi les cultures d'une manière que leurs instigateurs n'anticipent ni ne souhaitent.

    Ce qui a changé, ce ne sont pas seulement les attitudes envers la contraception. Les sociétés occidentales ont progressivement dissocié la sexualité de son lien intrinsèque avec la vie. Une fois ce lien affaibli, la sexualité s'est de plus en plus détachée non seulement de la procréation, mais aussi de la permanence, de la responsabilité et du sacrifice. Il en a résulté non seulement une plus grande autonomie individuelle, mais souvent une plus grande fragmentation.

    Nous vivons aujourd'hui dans un contexte de solitude sans précédent, de chute de la natalité, de déclin du mariage, de consommation généralisée de pornographie et de profonde confusion quant aux relations et à l'identité. Malgré une permissivité sexuelle sans précédent, de nombreuses sociétés occidentales connaissent une solitude encore plus grande. L'intimité est de plus en plus marchandisée. Le discours sur l'engagement et la vocation a progressivement cédé la place à celui de l'épanouissement personnel et de l'optimisation du mode de vie.

    L'avertissement de Paul VI concernant le traitement des femmes comme des instruments résonne aujourd'hui moins comme une vieille angoisse religieuse que comme une description troublante de la culture moderne. La promesse était celle de la libération. Trop souvent, il en a résulté commercialisation, marchandisation et profonde solitude.

    Il suffit de considérer l'industrie pornographique, l'essor de plateformes comme OnlyFans ou la normalisation croissante de la gestation pour autrui commerciale pour constater avec quelle facilité l'intimité humaine se commercialise dès lors que la sexualité est dénuée de sa signification morale et relationnelle profonde. Le corps devient un objet de consommation. La fertilité devient un service. Les enfants deviennent le fruit d'arrangements contractuels plutôt que des dons reçus par amour.

    L'encyclique ne s'était pas trompée non plus sur le pouvoir de l'État. Les XXe et XXIe siècles ont maintes fois démontré comment les gouvernements sont tentés d'intervenir dans la reproduction dès lors que la fertilité est perçue avant tout comme un phénomène technologique et gérable. La politique de l'enfant unique en Chine demeure l'exemple le plus frappant, mais les programmes de stérilisation forcée, les politiques de contrôle des naissances et l'implication croissante de l'État dans les technologies de la reproduction révèlent tous la même motivation sous-jacente : la conviction que la fertilité humaine est avant tout un problème à gérer.

    Pourtant, l’avertissement le plus profond d’Humanae Vitae ne concernait peut-être pas la contraception en elle-même, mais plutôt le devenir d’une civilisation lorsque le sexe, l’amour et la vie ne sont plus perçus comme indissociables. Partout en Europe, les taux de natalité se sont effondrés bien en dessous du seuil de renouvellement des générations. La Grande-Bretagne vieillit rapidement. Des sociétés entières commencent à faire face aux conséquences économiques et culturelles du déclin démographique : diminution de la population active, pression accrue sur les systèmes de santé, baisse du nombre d’enfants et de familles, et sentiment croissant d’épuisement social.

    Cette crise n'est pas seulement économique, elle est aussi spirituelle. On ne cesse pas d'avoir des enfants simplement parce que le logement est cher ou que le travail est exigeant. Les générations précédentes ont souvent enduré la guerre, le rationnement et de réelles difficultés matérielles tout en continuant d'accueillir des enfants. Les taux de natalité reflètent en fin de compte quelque chose de plus profond : la conviction des sociétés que l'avenir mérite qu'on y investisse.

    Ce n'est pas un hasard si les sociétés qui considèrent de plus en plus les enfants comme des accessoires de mode facultatifs peinent également à défendre la vie prénatale. Dès lors que la fertilité devient un enjeu à gérer plutôt qu'un bonheur à accueillir, l'enfant à naître est plus facilement perçu comme un obstacle que comme un don. L'avortement, la contraception, la FIV, la gestation pour autrui et le suicide assisté sont souvent débattus comme des questions éthiques distinctes, mais ils découlent tous d'une même présomption fondamentale : celle que la vie humaine devrait être soumise au choix individuel et au contrôle technologique plutôt qu'accueillie avec gratitude et protégée par l'amour.

    Les enfants sont, au fond, des actes d'espérance. Le christianisme a toujours considéré les enfants non comme des projets à entreprendre une fois toutes les autres ambitions réalisées, mais comme des dons à recevoir. La culture moderne inverse de plus en plus cet ordre. La parentalité devient une option de vie parmi d'autres, comparée aux voyages, à l'avancement professionnel ou aux objectifs financiers, plutôt qu'une vocation où l'amour s'épanouit et où le don de soi trouve sa pleine expression.

    C’est pourquoi l’enseignement de l’Église sur l’ouverture à la vie n’a jamais été une simple interdiction. Il s’inscrivait dans une vision plus large de la personne humaine. Dans la conception catholique, l’amour n’est pas d’abord une expression de soi, mais un don de soi. La sexualité n’est pas seulement récréative ou thérapeutique. Elle est indissociable de responsabilité, de sacrifice, de permanence et de la transmission aux générations futures.

    La société moderne conçoit de plus en plus la liberté comme la suppression des limites plutôt que comme la capacité de se donner pleinement aux autres. Or, une civilisation entièrement organisée autour de l'autonomie finit par se trouver incapable de maintenir la dépendance, même si, en fin de compte, toute société repose sur des personnes disposées à prendre soin des enfants, des personnes âgées, des malades et les uns des autres.

    Humanae Vitae n'a pas prédit tous les aspects de la vie moderne. De même, tous les problèmes sociaux ne découlent pas directement de la contraception. Le monde est plus complexe que cela.

    Mais Paul VI avait compris une chose fondamentale : une fois dissociée de l’ouverture à la vie, la sexualité ne resterait plus cantonnée à la morale privée. Elle redéfinirait la manière dont les sociétés conçoivent les relations, l’engagement, la famille, la parentalité et même le sens même de la liberté humaine.

    Pendant des décennies, Humanae Vitae a été considérée comme une relique d'une époque révolue. De plus en plus, elle apparaît moins comme une relique que comme un diagnostic. Paul VI ne s'opposait pas à la modernité par crainte de la liberté, mais par crainte de ce que deviendrait une liberté détachée de la vérité, de la responsabilité et de l'ouverture à la vie. En observant le monde occidental de 2026, il est de plus en plus difficile de dire qu'il avait tort.

    Michael J Robinson est le directeur exécutif de SPUC, la plus ancienne ONG pro-vie au monde et la plus importante du Royaume-Uni.

  • L'évêque de Lourdes : la visite du pape en septembre fera du sanctuaire un cœur battant pour la défense de la vie

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    De Solène Tadié sur le NCR :

    L'évêque de Lourdes : La visite du pape en septembre fera du sanctuaire un cœur battant pour la défense de la vie

    L’évêque Jean-Marc Micas revient sur la portée spirituelle de la visite papale en France, à un moment marqué par la légalisation de l’euthanasie et un renouveau de la foi catholique chez les jeunes.

    Suite à la visite très attendue du pape Léon XIV en France plus tard cette année, le sanctuaire marial de Lourdes pourrait occuper une place centrale dans les efforts continus de l'Église pour défendre le caractère sacré de la vie et la dignité des plus vulnérables.

    La visite à Lourdes constituera la deuxième étape du voyage du pape en France, du 25 au 28 septembre, deux mois seulement après l'adoption par le pays de sa loi controversée légalisant l'euthanasie et le suicide assisté. C'est dans ce sanctuaire que le pape devrait aborder cette question sensible, qui a fortement mobilisé l'épiscopat français ces deux dernières années.

    Mgr Jean-Marc Micas de Tarbes et Lourdes
    Mgr Jean-Marc Micas de Tarbes et Lourdes (Photo : Courtney Mares/EWTN News)

    « Comme beaucoup d’autres, j’ai hâte d’entendre ce que le Saint-Père dira à la classe politique », a déclaré Mgr Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, au Register. « Je suis convaincu que le Pape transmettra et même renforcera le message que l’Église de France n’a cessé de marteler sur ce sujet. »

    Le voyage de quatre jours du pape Léon XIV marquera sa première visite en France en tant que pontife et la première visite papale dans le pays depuis près de vingt ans. Au programme : les vêpres à la cathédrale Notre-Dame récemment restaurée et une messe en plein air place de la Concorde, sur les Champs-Élysées à Paris, avant une dernière étape à Metz, où repose Robert Schuman, l'un des pères fondateurs de l'Union européenne. Le 27 septembre sera entièrement consacré à Lourdes et comprendra une procession aux flambeaux devant la grotte de Massabielle, une matinée de prière avec les évêques français et une messe en plein air sur la grande esplanade du sanctuaire.

    Le monde à l'endroit

    Quelques jours avant la légalisation de l'euthanasie en France, Mgr Micas s'était distingué par une lettre percutante, largement relayée, intitulée « Mon cœur pleure ». Il y dénonçait l'idée que l'aide médicale à mourir puisse défendre la dignité de la vie, la qualifiant d'« absurdité anthropologique » et de l'un des « grands mensonges de l'histoire de l'humanité qui ont coûté la vie à des millions de personnes "pour les sauver" ! ». L'adoption de cette loi, selon lui, ne fait que renforcer le devoir pastoral de la hiérarchie catholique dans le pays. « Notre mission d'évêques est aussi de rappeler aux fidèles que l'existence même de cette loi ne signifie pas que tout est permis », affirmait-il, paraphrasant la Première Lettre de saint Paul aux Corinthiens.

    Réaffirmant son espoir que les paroles du pape Léon s'adressent à la conscience du plus grand nombre, il a insisté sur le fait que Lourdes sera l'étape la plus purement spirituelle et pastorale du voyage papal, une étape qui transcende tout agenda politique.

    Le sanctuaire Notre-Dame de Lourdes marque le lieu des apparitions mariales de 1858 à la jeune paysanne sainte Bernadette Soubirous. Au fil des ans, de nombreuses guérisons ont été attribuées à l'eau de source qui jaillit de la grotte de Massabielle, où eurent lieu les apparitions, faisant de ce lieu un important site de pèlerinage pour les fidèles catholiques, notamment les malades et les personnes handicapées.

    « Lourdes, c’est le monde à l’endroit, comme on aime à le dire », a déclaré Mgr Micas, « ce qui signifie que la pauvreté, la misère, la maladie et le handicap ont le droit d’exister et ne sont pas occultés ; ils font partie intégrante de la réalité de la vie, de la famille humaine. » C’est, a-t-il ajouté, « un magnifique laboratoire d’une humanité épanouie », qui offre déjà « un avant-goût de ce que pourrait être le paradis ». C’est cette même vision – la souffrance et la vulnérabilité comme porteuses de dignité, et non comme des problèmes à résoudre – que Mgr Micas voit s’opposer à la logique de la nouvelle loi.

    L’évêque Micas parle du pape Léon XIII avec une admiration manifeste, évoquant son audience privée avec lui lors d’un pèlerinage diocésain à Rome en juin 2025. « Il est extrêmement attentif. Il avait préparé notre rencontre et m’avait posé des questions précises sur Lourdes, sur le sanctuaire et sur sa mission », se souvient le prélat. Depuis, ajoute-t-il, « le voyage en Afrique puis en Espagne l’ont véritablement révélé au monde entier – et je m’en réjouis sincèrement. »

    En tant que gardien de la grotte de Massabielle, il estime que le pape visitera le sanctuaire comme un simple pèlerin, à l'instar de millions d'autres personnes chaque année, ajoutant que par ses paroles et sa manière d'aller à la rencontre des gens, « il nous encouragera tous, tant dans la foi que dans le témoignage de la foi ».

    Grandir grâce à l'humilité

    Réfléchissant à ce que beaucoup considèrent comme un moment de grâce pour l'Église de France, manifesté par l'essor du nombre de catéchumènes adultes ces dernières années et, plus récemment, par la saturation des séminaires propédeutiques, première étape de la formation des nouvelles vocations, Mgr Micas a confirmé que cette dynamique est clairement visible sur le terrain.

    À Lourdes même, l'évêque a souligné une nette augmentation du nombre de jeunes pèlerins, tout en précisant que l'affluence record de l'année dernière avait peut-être été amplifiée par l'Année jubilaire et en notant qu'il faudrait un peu plus de temps pour confirmer une tendance durable.

    Il perçoit également quelque chose de presque providentiel dans le fait que ce renouveau se déroule en France, pays qui compte plus d'apparitions mariales que tout autre, mais aussi l'un des plus déchristianisés d'Europe – une combinaison qui n'est pas passée inaperçue à Rome, où, selon lui, les autorités considèrent désormais l'Église française « avec beaucoup plus d'intérêt qu'au cours des dernières décennies ».

    Cet intérêt ne semble pas se limiter aux cercles ecclésiastiques. Mi-juillet, la Conférence des évêques de France et les trois diocèses hôtes ont lancé une campagne nationale de levée de fonds pour couvrir les quelque 15 millions d'euros que devrait coûter la visite, suscitant un vif intérêt auprès de donateurs bien au-delà du cercle habituel, une tendance attribuée à la récente encyclique du pape sur l'intelligence artificielle .

    L’évêque Micas a toutefois pris soin de ne pas laisser cet espoir se muer en triomphalisme, surtout après les années douloureuses marquées par une série de scandales au sein de l’Église. « La lutte contre les violences sexuelles et les scandales est un combat de longue haleine », a-t-il déclaré. « Nous n’avons pas encore réglé nos comptes avec le passé. Il nous faut donc rester extrêmement humbles. » Malgré tout, a-t-il ajouté, ce renouveau peut être perçu « comme un encouragement à persévérer sur le chemin de la vérité, le chemin de l’humilité, le chemin de la foi ».

  • "Purs comme des anges, orgueilleux comme des démons – un schisme et ma façon de quitter la Fraternité Saint-Pie X"

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    Du Père George Elsbett (Centre Jean Paul II - Vienne) :

    Purs comme des anges, orgueilleux comme des démons – un schisme et ma façon de quitter la Fraternité Saint-Pie X.

    5 juillet 2026

    Pures comme des anges. orgueilleuses comme Lucifer. Obstinées comme des démons. Tel fut le jugement de l'archevêque de Paris de l'époque sur le mode de vie des religieuses d'un couvent du XVIIe siècle, apparemment influencé par le jansénisme .

    Je ne saurais dire si son jugement était juste. Cependant, cette citation m'est venue à l'esprit en réfléchissant au schisme provoqué par la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX – Fraternitas Sacerdotalis Sancti Pii Decimi , ou simplement « Fraternité Saint-Pie-X ») le 1er juillet. Non pas que tous les membres de la Fraternité Saint-Pie-X, ni la Fraternité elle-même, soient arrogants ou obstinés. Au contraire, je crois que beaucoup sont bien intentionnés et ne souhaitent que le meilleur pour l'Église. Et nombre d'entre eux sont scandalisés, déçus et frustrés.

    L'état d'urgence

    Nous sommes en 1988. En juin 1988, l'archevêque Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité Saint-Pie-X, consacre quatre prêtres de sa Fraternité comme évêques, sans autorisation papale. Cet acte entraîne l'excommunication de Lefebvre et des évêques qu'il a consacrés. La Fraternité Saint-Pie-X affirme que cette mesure était indispensable compte tenu de la crise que traverse l'Église.

    Peu de temps auparavant, j'avais fêté mes dix-sept ans chez moi, dans l'ouest du Canada. Le bas-relief de dix mètres de haut de notre église paroissiale représentait une Vierge nue. Notre paroisse finançait fidèlement les Sandinistes (les rebelles communistes arrivés au pouvoir à l'époque) au Nicaragua. Lors d'une mission paroissiale, un paroissien demanda comment un prêtre pouvait nier la divinité de Jésus-Christ. Le prêtre répondit sèchement : « Oh, c'est un dogme de l'Église. » On préparait du pain au miel et au levain pour la messe, ce qui, pourtant, la rendait invalide. Mais quel était le problème quand d'autres paroisses célébraient l'Eucharistie avec des hot-dogs et du Coca-Cola ? Au moins, notre prêtre emmenait les enfants de chœur à Las Vegas. Peu après, il se maria. Ah oui, et j'ai oublié de mentionner les messes rock 'n' roll ! Chaque dimanche, nous roulions jusqu'à deux heures dans une direction pour trouver un office religieux et un prêtre que nous pouvions suivre en toute conscience (les distances canadiennes sont un peu plus grandes :))… pour ensuite faire le trajet inverse la semaine suivante.

    Malgré quelques lueurs d'espoir au milieu de cette folie, les offices de la Fraternité Saint-Pie X étaient un baume pour quiconque tenait à sa santé mentale. Les fidèles n'avaient pas de grandes attentes : une messe valide aurait été un début. Au moins, avec la Fraternité Saint-Pie X, nul besoin de s'enfuir pendant l'homélie ou de fumer une cigarette dehors. Les messes étaient même célébrées avec beauté et dignité. J'ai compris pourquoi mes parents ont fini par rejoindre la Fraternité Saint-Pie X. Ils avaient fondé et dirigé deux centres pour femmes en difficulté. Il semblait que ces efforts – ainsi que la tentative d'empêcher une loi au Canada, notre pays d'origine, autorisant l'avortement jusqu'au neuvième mois – étaient sabotés par les évêques eux-mêmes. Et tout cela au nom de la déclaration Dignitatis Humanae (sur la liberté religieuse) du Concile Vatican II. C'en était trop. Dès lors, ils ont assisté régulièrement aux offices de la Fraternité Saint-Pie X. Non pas par haine de l'Église ou par fanatisme arrogant. Mais parce qu'ils aimaient l'Église.

    La théologie au sein de la Fraternité Saint-Pie X

    Un peu plus tard, j'en suis arrivé là moi-même. J'ai fréquenté le séminaire de la FSSPX aux États-Unis pendant trois ans. J'étais fasciné par leurs arguments, par la cohérence de leurs récits.

    Mes études auraient dû être le premier signe d'alerte. Le cursus de théologie à leur université s'était arrêté dans les années 1950. Tous les manuels que nous étudiions avaient été écrits avant le concile Vatican II. Ce n'étaient pas de mauvais livres, simplement anciens. Ce n'est qu'en étudiant la théologie fondamentale là-bas que j'ai commencé à me demander si ce que nous pratiquions et disions pouvait encore être qualifié de catholique. Et pourtant…

    Je crois que beaucoup de gens ont rejoint la FSSPX à l'époque pour des raisons similaires aux miennes. Selon l'endroit où l'on vit aujourd'hui, il se peut que certaines personnes se tournent encore vers la FSSPX pour des raisons analogues. Objectivement parlant, cependant, cela ne s'applique certainement pas à des villes comme Vienne aujourd'hui. Alors qu'au Canada, il fallait parcourir au moins 100 kilomètres pour assister à une messe et en trouver une autre, à Vienne, j'ai aujourd'hui une centaine de messes dominicales à moins d'une demi-heure de marche de mon bureau. Elles ne sont peut-être pas toutes célébrées à la perfection, et l'on pourrait souhaiter plus de dévotion de la part des prêtres et moins de sermons superficiels. Mais il faudrait chercher longtemps pour trouver une « messe Coca-Cola »… sans parler d'une urgence canonique (une situation extrême qui implique objectivement un danger pour le corps et l'âme, ainsi que l'impossibilité matérielle de trouver un prêtre régulier, et dans laquelle les lois peuvent être suspendues pour administrer les sacrements).

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  • Le cardinal Müller s’exprime sur le consistoire et l’Église allemande « woke »

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    De Michaël Haynes sur le Catholic Herald :

    Le cardinal Müller s’exprime sur le consistoire et l’Église allemande « woke ».

    25 juillet 2026

    Lors du conclave de 2025, le Collège des cardinaux se réunissait pour la première fois en personne, et ce pour beaucoup. Le manque de familiarité entre les cardinaux était manifeste, comme en témoignaient les badges et cordons de style professionnel distribués à chacun.

    Cette ignorance était due à l'absence de consistoires durant le pontificat du pape François, privant ainsi les cardinaux de l'occasion habituelle de se rencontrer et d'échanger des idées. Un appel à la reprise de ces réunions a été clairement lancé lors du conclave qui a élu le pape Léon XIV, et ce dernier s'est attaché, dès le début de son pontificat, à répondre à cette demande.

    La première rencontre a eu lieu en janvier, et lorsque le pape Léon XIV et les organisateurs se sont rapidement rendu compte que les deux jours impartis étaient trop courts, une autre a été programmée pour juin. Le pape a promis que ces rencontres deviendraient annuelles et dureraient un peu plus longtemps que les événements de deux jours organisés jusqu'à présent.

    Ce changement a été unanimement salué, même si certains ont ironisé en juin en suggérant qu'une période plus fraîche de l'année pourrait être choisie à l'avenir.

    Bien que les consistoires aient repris, leur fonctionnement est très différent. La prédominance des interventions libres traditionnelles, également appelées session plénière, a disparu. Désormais, la structure du Synode sur la synodalité a été mise en place et le pape Léon XIV a affirmé en juin que cela deviendrait la nouvelle norme.

    Certains cardinaux, notamment ceux qui restent attachés au format traditionnel, ont exprimé des inquiétudes à ce sujet. Ils préviennent que la méthode synodale en petits groupes ne favorise pas les discussions constructives et qu'elle empêche également l'expression de véritables préoccupations.

    En effet, le rapport de chaque petit groupe de travail doit être approuvé par tous ses membres, ce qui signifie que les préoccupations soulevées par une minorité ne sont pas nécessairement intégrées au rapport et ne figurent donc pas dans les documents officiels.

    Il s'agit donc d'une question que le Collège devra aborder. Les consistoires ont repris, mais aucun dialogue constructif n'a eu lieu.

    Le cardinal Gerhard Müller, ancien préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, est l'un des prélats qui plaident pour un retour au format traditionnel. Dans un long entretien accordé à notre correspondant fin juin, Müller a évoqué l'harmonie entre le pape et les cardinaux et la nécessité pour le consistoire de traiter des problèmes concrets plutôt que de publier des platitudes.

    L'interview a été réalisée juste avant les consécrations épiscopales du 1er juillet par la Fraternité Saint-Pie-X, un sujet que le consistoire n'a curieusement pas abordé du tout, même après que Müller ait profité de son moment de gloire au micro pour appeler à une réponse collective.

    À ce sujet, l'analyse de Müller met en lumière les tensions internes qui se développent au sein des consistoires : lui aussi se réjouit de leur réintégration dans le calendrier annuel, mais semble de plus en plus préoccupé par leur manque de finalité significative.

    L’intégralité de l’interview du cardinal Müller par le Catholic Herald est reproduite ci-dessous. Certaines questions portent sur les consécrations de la FSSPX, qui étaient sur le point d’avoir lieu au moment de l’entretien, mais ses réponses abordent également la différence de traitement entre le Saint-Siège et l’Église en Allemagne.

    Müller a mis en garde contre les dangers d'une approche laxiste à l'égard de l'Allemagne, tout en soutenant la position ferme du Saint-Siège face à la FSSPX.

    Haynes : Éminence, comment trouvez-vous que les cardinaux s'intègrent aux consistoires et constatez-vous des changements entre le consistoire de janvier et celui de juin ?

    Cardinal Müller : Il règne une bonne harmonie entre le Pape et les cardinaux eux-mêmes. Le Collège des cardinaux n’est pas une assemblée d’individus. Chacun souhaite soutenir et aider le Pape dans l’analyse de la situation théologique mondiale et dans la manière dont nous pouvons œuvrer ensemble à la mission de l’Église, telle que donnée par Jésus-Christ, unique Sauveur du monde, Fils de Dieu.

    Le Pape est pour nous le principe d'unité et le fondement permanent de l'unité visible de l'Église dans la foi révélée en Jésus-Christ. Les catholiques n'ont pas besoin d'un Pape par manque d'intelligence ou pour des raisons sentimentales. Nous n'avons pas besoin d'une figure à laquelle nous identifier comme une star de la pop, mais parce qu'il est le successeur de saint Pierre et que les successeurs des apôtres appartiennent ensemble, constitués en collège par Jésus-Christ.

    La papauté connaît également une collégialité interne, car le pape est le chef de l'Église de Rome, et les cardinaux assistent le pape dans son service pour le gouvernement de l'Église universelle.

    Haynes : Concernant les discussions, il semble que certaines questions internes à l’Église, pourtant cruciales, aient été absentes du programme officiel. Vous avez évoqué la Fraternité Saint-Pie-X. Cela a-t-il suscité des échanges ?

    Cardinal Müller : Non, le thème principal était la réflexion sur l’encyclique, la question de la paix, l’intelligence artificielle, la dignité humaine, en soulignant que, dans le monde actuel, on place peu d’espoir dans les politiciens, les milliardaires ou l’économie. La presse et les réseaux sociaux, partout, ont leurs propres intérêts de pouvoir, mais l’Église n’a pas le même intérêt à devenir la plus grande ou la plus puissante dans quoi que ce soit : elle est là comme sacrement de l’unité de l’humanité avec Dieu et de l’unité de tous les hommes.

    Ces sujets ont été brièvement abordés, mais sans grande profondeur, car le consistoire avait préparé des questions sur lesquelles nous devions réfléchir. Chacun était tellement absorbé par ces questions que les réponses étaient vagues et générales, sans véritable réflexion, se limitant à des commentaires spontanés. Il s'agissait davantage d'un brainstorming que d'une véritable discussion.

    Je privilégierais une discussion en séance plénière, car nous ne sommes pas de simples groupes ou individus réunis. Nous sommes constitués en collège. Le collège doit être uni. Certes, des sous-commissions pourraient se pencher sur des thèmes spécifiques, mais il serait préférable de s'inspirer des anciens synodes ou des nouveaux conciles où tous les évêques étaient réunis en plénière et pouvaient s'exprimer clairement.

    Le concile de Nicée a donné lieu à des débats si intenses que saint Nicolas a fini par gifler Arius pour avoir nié la divinité de Jésus. Il s'agissait de véritables discussions ! Nous ne devons pas imiter cet épisode, mais nous devons en revanche affirmer clairement qu'il est absolument impossible pour les évêques ou les cardinaux de célébrer des messes avec des drapeaux arc-en-ciel, symboles de l'idéologie athée, sans pour autant faire ces prétendus compromis pastoraux.

    Il est une chose d'entretenir des contacts utiles avec des personnes qui s'interrogent sur leur identité, mais il ne s'agit pas de s'engager activement auprès des prétendus lobbies homosexuels…

    Notre but n'est pas d'être acceptés ou loués par la presse moderne ou la gauche. S'ils nous louent, c'est que nous nous égarons. Il ne nous appartient pas d'être loués par ces ennemis de Dieu et de l'humanité.

    L'idéologie woke est un terrible fléau pour l'humanité. Permettre aux jeunes de modifier leurs organes génitaux est absolument immoral et criminel, car cela leur fait croire qu'ils ne sont pas dans le bon corps. À mes yeux, c'est une atteinte à l'identité corporelle de chacun.

    Haynes : Avez-vous l’impression que le Collège des cardinaux dans son ensemble est conscient de la gravité des problèmes qui se posent au sein de l’Église ? J’ai remarqué, dans les comptes rendus que nous avons reçus en tant que journalistes, que les discussions semblaient souvent assez vagues ou générales. Elles ne paraissaient ni précises ni axées sur les détails pratiques ; était-ce différent pour vous lors des réunions ?

    Cardinal Müller : Il est certain qu’il existe une tentation de parler de paix, puisque tout le monde est pour la paix et que, par conséquent, l’Église doit maintenant prendre la parole pour la paix ou formuler des critiques envers Trump, etc. Mais nous ne pouvons pas nous contenter de cela.

    En matière politique, nous devons donner une orientation morale, mais nous ne devons pas prendre parti pour tel ou tel groupe politique. Dans une démocratie, il appartient aux citoyens de choisir leurs représentants. Les évêques nous fournissent des critères moraux qui guident notre décision.

    Toutes ces valeurs de paix, de dignité humaine et de bien commun trouvent leur fondement dans le droit naturel, mais ce dernier n'est pas universellement reconnu. Le péché originel a blessé la nature humaine, et nombreux sont ceux qui désirent dominer autrui, posséder des esclaves…

    Il nous faut donc critiquer certaines structures et certaines conditions, et non les accepter… Nous devons toujours être indépendants des autorités politiques et dire la vérité, que ce soit opportun ou non.

    Mais nous avons plus à dire que le monde. La paix vient par Jésus-Christ : « Je ne vous donnerai pas la paix que le monde vous donne, mais ma paix, la paix divine. » Nous ne pouvons changer la malédiction et les épreuves de l’histoire du monde. Comme l’a décrit saint Augustin, il existe un grand combat entre la Cité de Dieu et la Cité des Hommes, y compris dans nos cœurs – non seulement sur le plan politique, mais aussi sur les plans métaphysique et spirituel.

    Le diable est toujours à l'œuvre…

    Mais nous avons également discuté du dilemme de la guerre juste, de la légitime défense.

    Haynes : Pour conclure, Votre Éminence, concernant les consécrations de la FSSPX : je sais que vous avez évoqué ce point au consistoire, mais pensez-vous que le Vatican ou la Fraternité puissent encore parvenir à un accord ? Un dernier recours serait-il envisageable ?

    {Question posée avant les consécrations du 1er juillet.}

    Cardinal Müller : Le pape et les cardinaux ont multiplié les appels, et il semble qu’ils aient perdu espoir de voir la FSSPX revenir sur sa décision. Mais cela est totalement injustifiable.

    L'ordination d'un évêque sans la communion du Pape constitue en soi un acte schismatique. Le Pape est le successeur de saint Pierre et le principe visible de l'unité visible de l'Église. Chaque groupe ne peut ordonner son propre évêque.

    Ce groupe affirme : « Nous sommes les meilleurs catholiques et avons donc le droit de nous défendre contre le pape. » C'est là la plus profonde atteinte au principe de catholicité. Luther disait aussi : « Je suis catholique et l'interprétation finale de l'Évangile m'appartient, non au pape. » Voilà l'attitude typique des protestants.

    L'autre question est de savoir si la réaction aux erreurs commises en Allemagne est suffisante. Le Vatican a opté pour des solutions diplomatiques, et celles-ci sont acceptables jusqu'à un certain point. L'enjeu crucial reste la question de la vérité.

    Haynes : Plusieurs personnes l’ont remarqué : il semble qu’avec la FSSPX, le Vatican ait été très rapide et ferme, mais avec des pays comme l’Allemagne, il a été très lent, laissant beaucoup de latitude. Le Vatican craint-il que l’Allemagne ne quitte l’Église en tant que pays ?

    Cardinal Müller : Le Vatican a longtemps fait preuve de tolérance envers la FSSPX, mais concernant les ordinations épiscopales, combien de fois les papes et le cardinal Ratzinger ont-ils engagé des discussions à ce sujet !

    De nombreux débats ont porté sur la bonne compréhension et l'interprétation du Concile Vatican II. Certaines idées absurdes prétendent que seule la messe célébrée selon la forme traditionnelle est valide et que le nouveau rite est invalide. Or, la nouvelle forme n'est pas invalide ; cette affirmation est absurde.

    Haynes : Pensez-vous que si le Vatican se montrait encore plus ferme envers l'Allemagne et menaçait d'excommunication pour certains événements qui s'y déroulent, cela pourrait également faire reculer l'Allemagne ?

    Cardinal Müller : Ils évitent de déclarer les évêques hérétiques. Ils avancent diverses explications et prétendent qu’il ne s’agit que d’une « adaptation et d’une modernisation », mais à y regarder de plus près, on découvre une contradiction. [Ce que font les Allemands] constitue un abus du terme « développement du dogme ». Le développement du dogme n’implique pas une modification du fond.

    La doctrine est fondée sur la révélation de Dieu en Jésus-Christ. Il est la vérité incarnée.

    En Allemagne, nous avons le Comité central des catholiques allemands, un groupe d'idéologues – pas tous, certes, mais certainement leurs dirigeants. Ils veulent une autre Église, façonnée par leurs idées issues de l'idéologie woke et du féminisme. Ils veulent des femmes prêtres : non pas pour prêcher l'Évangile ou par conviction religieuse, ni par souci de la mission de l'Église. Ils ne s'intéressent pas à la mission de l'Église. Ils recherchent avant tout un prestige personnel, une position d'autorité. C'est absurde.

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    Michael Haynes est un journaliste anglais accrédité auprès du Saint-Siège. Il est correspondant au Vatican pour le Catholic Herald , et vous pouvez le suivre sur Per Mariam et sur Twitter (@MLJHaynes ). 

  • Les cardinaux Burke et Sarah demandent au Pape de dire quelques « ça suffit ! »

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Burke et Sarah demandent au Pape de dire quelques « ça suffit ! »

    Entre les expériences synodales, l'homosexualité, la lutte contre le célibat et les messes arc-en-ciel, les processus initiés par François ont dégénéré et il est temps d'y mettre un terme. Les deux cardinaux se tournent vers Léon XIV, espérant un changement de cap pour le bien de l'Église.

    27/07/2026

    SARA MINELLI - IMAGOECONOMICA

    Ces derniers jours, les cardinaux Robert Sarah et Raymond Burke ont rendu publiques leurs analyses des besoins actuels de l'Église, appelant le pape Léon XIV à intervenir. Ce n'est pas la première fois que les deux cardinaux s'expriment sur la situation et l'avenir de l'Église, mais cette fois-ci, le ton était plus urgent, laissant entendre que les progrès sur certaines questions importantes sont trop lents. Si certains problèmes ne sont pas résolus, les processus sous-jacents se poursuivront et toute correction de cap deviendra impossible. Par ces deux interventions, les cardinaux semblaient inviter le pape à dire « ça suffit ! ». Dans un entretien accordé au  College  of Cardinals Report

    le 28 juin, le cardinal Burke  a déclaré : « Nous devons insister pour que ce processus de synodalité soit stoppé net » et a appelé à « une étude très sérieuse sur l'ensemble de la question, car il s'agit de la vie même de l'Église et du salut des âmes ». Burke avait déjà exprimé son opposition à la nouvelle synodalité, mais cet appel récent se veut nettement plus insistant. Le cardinal a rappelé ce que les documents synodaux eux-mêmes reconnaissent, à savoir que la nouvelle synodalité n'a aucun fondement théologique mais constitue une expérience : « Il n'y a pas de définition de la synodalité. Elle n'a pas d'histoire dans l'Église. » Le processus synodal vise plutôt à faire émerger la notion de synodalité à partir de la pratique synodale elle-même.

    Durant ce nouveau pontificat, le processus initié par François s'est poursuivi sans entrave : les deux derniers consistoires en ont adopté la forme, le rapport du Groupe 9 au synode a souligné où mène la nouvelle pratique synodale, et la Fiducia supplicans , l'un des fruits les plus néfastes de cette nouvelle synodalité, a été de fait confirmée par la distinction fallacieuse : bénédictions formelles non, bénédictions informelles oui.

    Le cardinal Robert Sarah a également eu des mots durs pour la nouvelle synodalité lors d'un entretien avec Diane Montagna le 29 juin. Selon lui, la synodalité n'est pas présente dans la tradition de l'Église ; sa signification est mal comprise ; en effet, le Synode des évêques a toujours été empêché de se transformer en une assemblée, comme cela semble être le cas aujourd'hui. À l’instar de Burke, il soutient qu’il n’existe aucune définition de la synodalité et que le mot lui-même est intraduisible dans de nombreuses langues africaines, notamment parce que la définir comme une « Église qui marche » est dénué de sens ; l’Église est, en réalité, missionnaire.

    (Voir le rapport du Groupe 9) Le cardinal Sarah a également demandé à Léon XIV d'examiner personnellement le synode, de ne pas autoriser sa diffusion dans les diocèses du monde entier sans un examen approfondi, de clarifier la position de l'Église sur l'homosexualité et d'éviter de reproduire les dégâts causés par la publication de Fiducia supplicans .

    Le cardinal a été très sévère dans ses remarques concernant la Pachamama, restée exposée tout au long du Synode sur l'Amazonie de 2019. Il s'est demandé pourquoi une image de la Vierge vénérée en Amérique latine, comme Notre-Dame de Guadalupe, n'avait pas été choisie. À sa place, a-t-il affirmé, « ils ont apporté une idole inca » qui est entrée dans la basilique Saint-Pierre et a été portée en procession jusqu'à la salle Paul VI. D'où la demande de préserver l'Église de toute infiltration païenne, qu'elle provienne de religions primitives ou de cultures occidentales développées qui envisagent une synodalité démocratique.

    En bref, les deux cardinaux ont demandé au Pape de dire « ça suffit ! » : de la nouvelle synodalité pour une pause de réflexion, à l'homosexualité catholique, à Fiducia supplicans , et même à Traditionis custodes , que Sarah espère voir annulée ou du moins réduite au silence et rendue inoffensive. Ils ne sont pas allés jusqu'à Amoris laetitia .

    Si nous examinons ne serait-ce qu'un bref instant les événements survenus dans l'Église durant la même période que les deux interventions que nous venons d'évoquer, force est de constater qu'un « ça suffit ! » est plus que nécessaire. Erio Castellucci, évêque de Modène, propose qu'une femme préside la Liturgie de la Parole lors de la messe ; l'évêque de Bruxelles, au nom des évêques de Belgique, plaide pour l'ordination de prêtres mariés, ce qui enrichirait l'Église ; le père James Martin demande qu'un homosexuel puisse également être ordonné prêtre ; le cardinal Timothy Radcliffe préside une célébration religieuse pour l'anniversaire d'un couple de même sexe ; à Los Angeles, une « Misa Azteca » avec des danses païennes a été organisée ; La cathédrale de San Diego célèbre une messe « ouverte à tous » sur les questions LGBT ; Christian Würtz, partisan du processus synodal allemand et de la bénédiction des couples de même sexe à l’église, est nommé évêque d’Eichstätt ; Vatican News approuve l’insémination artificielle et L’Osservatore Romano nie le péché originel et l’existence de Satan… tandis que le cardinal Mauro Gambetti inaugure un restaurant-bistro sur la terrasse de la basilique Saint-Pierre.
    On comprend aisément l’urgence des interventions péremptoires de Burke et Sarah.

  • Quand sainte Brigitte défendait le célibat des prêtres

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    Du Père Simon Noël sur son blog :

    Sainte Brigitte et le célibat des prêtres

    Les controverses sur le célibat des prêtres ne datent pas d'aujourd'hui. Elles avaient déjà cours au Moyen-Âge. Devant la triste réalité de la dépravation de certains clercs, concubinaires ou sodomites, certaines personnes de bonne volonté émettaient l'idée qu'il eût été préférable que les prêtres puissent être mariés. J'ai donc trouvé intéressant de vous offrir ce qu'écrit sur le sujet sainte Brigitte de Suède, co-patronne de l'Europe, dans le livre des Révélations, livre qui rapporte les extases et les locutions de cette grande mystique, livre approuvé par le concile de Bâle et par trois papes. Il s'agit du chapitre 10, du livre 7, dans la traduction de la comtesse de Flavigny :

    Défense que les prêtres soient mariés.

    Réjouissez-vous éternellement, ô précieux corps de Dieu, en un honneur perpétuel, en continuelle victoire, en éternelle puissance, avec votre Père et le Saint-Esprit, avec la Vierge Marie, votre très-digne Mère, et avec toute la cour céleste! Louange vous soit, ô Dieu éternel, et actions de grâces infinies, parce qu’il vous a plu de vous faire homme, et avez voulu que le pain fût transubstantié en votre corps, par vos saintes paroles, et l’avez donné en viande comme par un excès d’amour pour le salut de nos âmes!

    Il arriva une fois à une personne qui était profondément plongée en l’oraison, qu’elle ouït une voix qui lui disait : O vous à qui sont faites les faveurs d’ouïr et de voir les choses spirituelles, écoutez maintenant ce que je vous veux manifester de cet archevêque qui a dit que, s’il était pape, il donnerait licence à tous les prêtres de se marier, croyant et pensant que cela serait plus agréable à Dieu que de voir les prêtres vivre avec tant de dissolution; il disait encore que, par ce mariage, s’éviteraient tant de péchés charnels; et bien qu’en cela il n’entendît pas la volonté de Dieu, néanmoins il était ami de Dieu. Or, maintenant, je vous déclarerai la volonté de Dieu sur cela, car j’ai engendré le Dieu même, et vous signifierez cela à cet archevêque, lui parlant en ces termes : A Abraham fut donnée la circoncision longtemps avant que la loi fût donnée à Moïse, et au temps d’Abraham, les hommes étaient gouvernés selon qu’ils entendaient et selon qu’ils voulaient, et néanmoins plusieurs étaient lors amis de Dieu.

    Mais après que la loi fut donnée à Moïse, lors il plut plus à Dieu que les hommes vécussent selon la loi que selon leur volonté. Il en fut de même du précieux corps de mon Fils, car quand il eut institué le saint Sacrement de l’autel, qu’il fut monté au ciel, lors cette loi ancienne était encore gardée, savoir, les prêtres de Jésus-Christ vivaient en un mariage charnel, et néanmoins plusieurs d’iceux étaient amis de Dieu, d'autant qu’ils croyaient en simplicité que cela était agréable à Dieu, comme il lui fut agréable au temps des Juifs, et cela fut observé plusieurs années par les apôtres chrétiens. Mais cette coutume et observance était abominable et odieuse à toute la cour céleste, et à moi, qui ai engendré le corps de mon Fils, de voir que des mariés touchassent de leurs mains le corps précieux de mon Fils au saint Sacrement, car les Juifs, en leur ancienne loi, n’avaient que l’ombre et la figure de ce sacrement; mais les chrétiens ont maintenant la vérité même, savoir, Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme en ce sacrement sacro-saint.

    Mais après quelque temps que les prêtres anciens observaient cela, Dieu, par l’infusion de son Esprit, le versa au cœur du pape, pour qu’il ordonnât que désormais les prêtres qui consacreraient le corps précieux de Jésus-Christ ne seraient point mariés ni ne jouiraient des délices infâmes de la chair. Et partant, par l’ordonnance divine et par son juste jugement, il a été justement ordonné que les prêtres vivraient en la chasteté et continence de la chair, autrement qu’ils seraient maudits et excommuniés devant Dieu, et dignes d’être privés de l’office de prêtres, néanmoins que ceux qui s’amenderaient véritablement avec résolution de ne plus pécher, obtiendraient miséricorde de Dieu.

    Sachez aussi que si quelque pape donne aux prêtres licence de se marier charnellement, lui-même sera damné de Dieu par la même sentence, comme celui qui aurait grandement péché, à qui on devrait, selon le droit, arracher les yeux couper les lèvres, le nez et les oreilles, les pieds et les mains, et le corps duquel devrait être tout ensanglanté et congelé de froid; et d’ailleurs qu’on devrait donner ce corps mort aux oiseaux et aux bêtes sauvages : il en arriverait de même à ce pape qui voudrait donner licence aux prêtres de se marier, contre la susdite ordonnance divine, car ce pape serait soudain privé de la vue et ouïe spirituelle, de la parole, des œuvres spirituelles, et toute sa sapience spirituelle défaudrait spirituellement; et d’ailleurs, son âme descendrait en enfer pour y être éternellement tourmentée et être la proie des démons. Voire si saint Grégoire le pape eût établi cette loi, il n’eût jamais obtenu miséricorde de Dieu, s’il n’eût révoqué une telle sentence.

    Les papes ont toujours défendu le célibat sacerdotal. Le pape François a lui aussi récemment manifesté sa haute estime pour ce trésor de l’Église latine, en citant Paul VI : « Je voudrais donner ma vie pour le célibat des prêtres ! ». S'il y a des exceptions, il s'agit toujours d'hommes déjà mariés au moment de leur ordination, comme les prêtres catholiques-orientaux ou les prêtres anglicans devenus catholiques. Tout au plus, le pape envisagerait d'autres exceptions de ce type pour des régions manquant cruellement de prêtres, par exemple en appelant au sacerdoce des diacres mariés. Mais rien n'est encore décidé. Prions pour le Saint-Père afin que Dieu l'éclaire et qu'il discerne ce que Dieu veut, dans la ligne de la Tradition multiséculaire de l’Église romaine. Gageons cependant que l’Église, si elle adopte ces exceptions, prendra aussi toutes les mesures pour que le niveau spirituel du clergé ne soit pas menacé. Enfin, j'aimerais citer le cas d'un grand saint russe orthodoxe, Jean de Kronstadt, un prêtre marié, qui dans son évolution spirituelle vers la sainteté, en vint à la fois à célébrer quotidiennement la divine liturgie et à choisir une stricte continence dans sa vie conjugale. Cet exemple est à méditer dans le contexte actuel.