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Doctrine

  • L'organisme pro-vie du Vatican a perdu le cap

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    De Michael Haynes sur The European Conservative :

    L'organisme pro-vie du Vatican a perdu le cap

    Lorsque l'avortement est considéré comme un « droit » incontestable, même l'Académie pontificale pour la vie du Vatican n'exige plus de ses membres qu'ils soient pro-vie.

    7 mai 2026

    L’interdiction de l’Église catholique concernant l’utilisation de la contraception est claire et immuable, pourtant le déclin tragique de l’académie du Vatican chargée d’examiner ces questions est tel que son président reste incapable de dire s’il est d’accord ou non avec l’enseignement de l’Église.  

    Dans un monde fortement imprégné de penchants sexuels et marqué par la dégradation totale des mœurs et de l’éthique relatives au caractère sacré de la vie, la main directrice claire de l’Église fait cruellement défaut. Ses enseignements sur des questions telles que l’avortement, l’euthanasie et la sexualité sont largement impopulaires, mais constituent de plus en plus le dernier bastion de la défense de la vie. 

    Malheureusement, ces dernières années, l’organisme même chargé par le Vatican d’être le centre de la recherche universitaire dans ce domaine s’est désastreusement égaré. 

    L'Académie pontificale pour la vie était autrefois un centre de recherche universitaire, où se réunissaient certains des plus grands esprits unis dans la lutte contre l'avortement, l'euthanasie et les menaces particulières qui pesaient alors sur la vie. Pour le médecin ou le catéchiste catholique en proie à des doutes, qui se trouvait confronté à des questions sur le caractère sacré de la vie, l’Académie pontificale pour la vie (APV) était l’endroit vers lequel se tourner en toute confiance, sachant que les travaux des académiciens constitueraient une ressource fiable.  

    Fondée par le pape Jean-Paul II en 1994 par le motu proprio Vitae Mysterium, la PAV a été pendant de nombreuses années à l’avant-garde des activités bioéthiques et pro-vie du Vatican. Mais sous le pape François, elle a subi des modifications notables.  

    En 2016, le pape argentin a remanié les statuts de l’Académie et supprimé le serment obligatoire, destiné aux membres médecins de l’Académie, par lequel ceux-ci s’engageaient expressément à adhérer à l’enseignement catholique sur le caractère sacré de la vie et à ne pas pratiquer « de recherche destructrice sur l’embryon ou le fœtus, d’avortement volontaire ou d’euthanasie ». L’année suivante, il a vidé l’Académie de ses membres et admis un grand nombre de personnes dont les travaux étaient souvent en contradiction avec l’objectif initial de l’Académie. Parallèlement, il a également vidé de sa substance l’organisme jumeau de l’Académie, l’Institut pontifical Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille. 

    Le vaticaniste chevronné Sandro Magister écrivait à l’époque que parmi les membres écartés « figurent quelques universitaires faisant autorité, qui se sont toutefois distingués en critiquant publiquement les nouveaux paradigmes moraux et pratiques mis en vogue sous le pontificat de François ». La nouvelle liste des académiciens, estimait Magister, était « révélatrice d’un changement de cap ». 

    François a également supprimé le statut de membre à vie au profit de mandats de cinq ans, ce qui, selon certains critiques, ferait de l’Académie un simple bureau de la Curie romaine de plus plutôt qu’un groupe de réflexion pro-vie fidèle à sa cause d’origine.  

    À première vue, ces changements peuvent ne pas sembler si radicaux. Pourtant, en peu de temps, ils ont complètement bouleversé la réputation de l’Académie en tant qu’organisme phare du Vatican sur les questions pro-vie, d’autant plus que de nouveaux membres ont commencé à s’opposer à l’enseignement moral catholique sur la contraception, l’avortement et l’euthanasie.  

    Prenons, par exemple, le cas très médiatisé de l’économiste Mariana Mazzucato, nommée par le pape François à l’Académie pour la vie (PAV) fin 2022, bien qu’elle soit favorable à l’avortement. Une telle décision aurait été impensable avant la refonte de l’Académie par François, mais Mazzucato est loin d’être la seule membre pro-avortement de l’Académie pour la vie. Ce n’est pas pour rien que même parmi certains responsables du Vatican, la PAV est surnommée « l’Académie de la mort ». 

    Il ne semble pas non plus y avoir de véritable sentiment de honte parmi les membres pro-avortement de la PAV. À ma connaissance, je reste le seul journaliste du Vatican à avoir interpellé Mme Mazzucato sur son appartenance à la PAV, ce à quoi elle a répondu en qualifiant de « triste » le fait que sa position sur la question ait été remise en cause lors d’un événement organisé par l’Académie. 

    La PAV est actuellement dirigée par l’archevêque Renzo Pegoraro, qui a pris ses fonctions de président en mai dernier après que l’archevêque Vincenzo Paglia, président de longue date, a pris sa retraite pour raison d’âge. C’est sous l’influence de Paglia que la nature de l’Académie a subi une transformation radicale, le pape François ayant trouvé en lui un allié clé.  

    Au cours de son mandat, la PAV a publié un ouvrage controversé qui plaidait pour que l’Église accepte la contraception et l’insémination artificielle comme moralement acceptables. Paglia lui-même a déclaré dans une interview de 2022 qu’il « croyait que le jour viendrait » où le pape François ou son successeur publierait un texte sur la morale qui serait en accord avec le document controversé de la PAV. Il a par la suite nié avoir tenu de tels propos lorsque je l’ai interrogé à ce sujet en février 2024. Le parcours de l’archevêque comprend également une autre démonstration de contorsion morale, puisqu’il a exprimé son soutien à l’euthanasie – suscitant une condamnation générale –, tout en précisant qu’il ne la pratiquerait pas lui-même.  

    Mais Paglia n’est qu’un exemple parmi tant d’autres du triste déclin de cette Académie autrefois prestigieuse. Les bureaux où des experts médicaux et des théologiens défendaient autrefois avec ferveur l’enseignement de l’Église sur le caractère sacré de la vie à chaque étape sont désormais occupés par des théologiens qui cherchent sans cesse de nouvelles façons d’approuver des pratiques que l’Église ne peut tolérer. Tout cela est présenté sous le couvert d’un discours de renouveau, les nouveaux responsables affirmant que les enseignements moraux nécessitent une « réflexion continue ». 

    Cet esprit perdure encore aujourd’hui. Les nouveaux statuts de l’Académie, ratifiés par le pape Léon XIV ces dernières semaines, n’ont en rien changé la donne et se sont contentés d’ajouter une nouvelle catégorie de partisans à la PAV. 

    Mgr Pegoraro a pris la tête de l’Académie après avoir été pendant de nombreuses années le bras droit de Mgr Paglia, assurant ainsi une continuité naturelle dans le style et la morale de la PAV. Mgr Pegoraro a lui-même déclaré lors d’une interview accordée au Wall Street Journal en 2022 — en opposition directe à l’enseignement catholique — que la contraception pouvait être autorisée dans certains cas, notamment pour la « préservation de la vie sexuelle d’un couple ». 

    L’archevêque est resté évasif sur ce point lorsqu’il a été interrogé à plusieurs reprises à ce sujet l’année dernière.  

    Mais récemment, incapable d’échapper physiquement à mes questions lors d’un événement au Vatican, Pegoraro a cherché à se décharger de la responsabilité de ses propos et du rôle de l’Académie dans les débats sur la bioéthique. 

    Interrogé par notre correspondant au sujet de ses déclarations de 2022 en faveur de la contraception, Mgr Pegaroro a commencé par répondre qu’il s’agissait d’une question relevant du Dicastère pour la famille. Pressé de s’exprimer davantage sur le sujet, l’archevêque a recouru à l’expression « procréation responsable », qui, sous le pontificat du pape François et dans le cadre de la PAV réformée, en est venue à signifier de plus en plus la limitation du nombre d’enfants, y compris par le recours à des méthodes contraceptives. Une fois de plus, il a affirmé que toute question concernant son soutien à la contraception devait être adressée au Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie.  

    Tel est l’état actuel du principal organisme bioéthique du Vatican, dont le président reste incapable de dire s’il est d’accord avec l’enseignement de l’Église sur le caractère sacré de la vie — un élément qui sous-tend une grande partie de la morale catholique.  

    Les théologiens de la PAV sont trop prolixes et trop prudents pour livrer une citation percutante dans laquelle ils défendraient l’avortement ou la contraception comme étant toujours justifiables, évitant ainsi de se condamner facilement comme hérétiques. Au lieu de cela, la révolution morale a été menée en utilisant des termes relativistes, en remettant en question chaque enseignement sans réserve et en privilégiant le rôle de la pensée personnelle par rapport aux vérités et aux enseignements immuables.  

    Le pape Jean-Paul II a déclaré en 1988 que l’enseignement de l’Église sur la contraception « fait partie du patrimoine permanent de la doctrine morale de l’Église », mais pour la PAV, cela ne signifie rien. La vérité immuable n’est pas un concept qu’ils reconnaissent lorsqu’il s’agit des domaines de la morale et de la bioéthique. 

    Au lieu de cela, l’Académie pour la Vie se détourne de sa mission en se concentrant intensément sur la recherche autour de l’IA, délaissant ainsi sa véritable vocation au profit d’un sujet qui suscite un vif intérêt auprès des ONG internationales. Trouver un intervenant lors d’un événement de l’Académie — ou même un simple membre — qui soutienne l’avortement n’est désormais plus une exception, ce qui met en évidence la décadence théologique qui s’est installée dans de nombreux recoins de la Rome autrefois si noble. 

    Michael Haynes est correspondant au Vatican pour Pelican+ et analyste du Vatican pour The Catholic Herald ; les lecteurs peuvent le suivre sur Per Mariam et sur X @MLJHaynes.

  • L'unité a été le thème central de la première année du pontificat du pape Léon XIV

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    De Matthew Becklo sur le CWR :

    L'unité a été le thème central de la première année du pontificat du pape Léon XIV.

    Alors que la période de lune de miel de la première année de Léon touche à sa fin, une question demeure :  que va-t-il se passer maintenant ?

    Dans les semaines précédant le conclave qui devait élire le pape Léon XIV, né Robert Prevost, le  New York Times  publiait un article intitulé :  « Alors que les cardinaux se préparent à élire un pape, l'un des mots d'ordre est "l'unité". Cela divise. »

    Ça a mal vieilli.

    L’unité, en fin de compte, a été un thème central – voire  le  thème central – de la première année du premier pape américain depuis son élection le 8 mai 2025. Et la devise, qui pour ce « Fils de saint Augustin » a de  profondes racines augustiniennes, a été tout sauf source de division.

    Bien que ses références à l'unité au cours de l'année écoulée soient bien trop nombreuses pour être répertoriées ici en entier, un aperçu de quelques moments clés révèle trois cercles concentriques d'unité rayonnant vers l'extérieur : l'unité entre tous  les catholiques , l'unité entre tous  les chrétiens et l'unité entre tous  les peuples .

    l'unité catholique

    Bien que l'union des catholiques semble être la solution la plus simple, les divisions au sein de l'Église – à l'instar des divisions familiales – sont, d'une certaine manière, les plus tenaces et les plus délicates. Ces luttes intestines se sont aggravées au cours de la dernière décennie : le pape François,  « pape des polarités »,  a été une figure profondément clivante, et, d'un point de vue sociétal plus large, l'Église a été gravement gangrenée par le sectarisme politique et une  « culture du mépris ».  Pour les catholiques, le repli sur soi est devenu, comme partout ailleurs, la nouvelle norme.

    Léon XIV s'est introduit dans ce contexte tumultueux avec une grâce et une délicatesse indéniables. Avant même d'avoir prononcé un seul mot, ses actes parlaient d'eux-mêmes : son nom pontifical évoquait celui de Léon XIII, figure de transition qui avait mis l'accent à la fois sur les fondements traditionnels de l'Église et sur son enseignement social. Et bien que le monde ait entendu parler d'un autre pape du Nouveau Monde – arrivé à Rome depuis Chicago en passant par Chiclayo –, Léon XIV est apparu sur la loggia vêtu de la traditionnelle mozzetta rouge et de l'étole que François avait ignorées. Même sa devise épiscopale, une citation d'Augustin qu'il a emportée avec lui dans son pontificat et à laquelle il a fait référence à plusieurs reprises depuis, évoquait l'unité : « In Illo uno unum »  (« En lui, nous sommes un »).

    Dans  son premier discours, le premier mot de Léon fut « paix », et il parla d’une Église « unie », « rassemblée comme un seul peuple, toujours en paix ». Et dans  sa première homélie, il proclama : « Je voudrais que notre premier grand désir soit  une Église unie, signe d’unité et de communion, qui devienne un ferment pour un monde réconcilié . » Le ton donné dès ces premiers jours se confirma dans d’autres « premières » marquantes. Dans sa première exhortation apostolique,  Dilexi Te , Léon parla de la communion (exprimée aussi par une « communion des biens ») comme « la vocation de l’Église ». Dans  sa première catéchèse sur Vatican II , il parla de l’Église comme « un mystère de communion et un sacrement d’unité ». Et dès le premier jour de sa visite en Algérie, il  a de nouveau commencé  par le mot « paix » et a parlé des croyants qui « ont soif » d’unité : « Face à une humanité qui aspire à la fraternité et à la réconciliation, c’est un grand don et un devoir sacré pour nous de déclarer avec conviction que nous sommes toujours unis comme frères et sœurs, enfants du même Dieu ! »

    Léon a ensuite insisté sur l'unité de l'Église  non seulement auprès des évêques  (« Restez unis et ne vous défendez pas contre les provocations de l'Esprit »)  mais aussi auprès des associations de laïcs : « Efforcez-vous de répandre partout cette unité que vous vivez vous-mêmes… Approchez-vous de tous ceux que vous rencontrez, afin que vos charismes soient toujours au service de l'unité de l'Église. »

    Pourquoi cette unité était-elle si chère à Léon ? Non seulement parce qu’elle l’était aussi à Augustin, mais aussi parce que l’Église une est, comme l’  explique Léon , le lieu de l’unité la plus profonde avec le Dieu trinitaire : « L’Église [est une] communion de croyants, vivifiée par l’Esprit Saint, qui nous permet d’entrer dans la communion et l’harmonie parfaites de la Sainte Trinité. » Et cette unité avec Dieu – en tant que membres du « Christ tout entier » – est,  notait-il dès son premier mois de ministère , « la condition préalable à l’unité intérieure des individus, si nécessaire aujourd’hui, en cette ère de fragmentation. »

    l'unité chrétienne

    Si les divisions au sein du catholicisme sont particulièrement complexes, celles entre chrétiens en général – surtout depuis la Réforme – sont particulièrement nombreuses. On compte aujourd'hui, selon des estimations prudentes, plus de neuf mille confessions. Le renouveau œcuménique impulsé par l'Esprit Saint au XXe siècle, qui a culminé dans les années 1970 – une histoire retracée dans un nouveau docu-fiction sorti en salles en mai – est au point mort. Mais les chrétiens semblent se rapprocher à nouveau, un mouvement dans lequel le pape joue déjà un rôle déterminant.

    Deux semaines seulement après son élection, Léon XIV faisait  déjà de l'unité des chrétiens , qui avait « toujours été une préoccupation constante » pour lui, une priorité de son pontificat : « Nous, chrétiens, sommes donc tous appelés à prier et à œuvrer ensemble pour atteindre ce but, pas à pas, qui est et demeure l'œuvre du Saint-Esprit. » Il franchit une étape importante plus tard dans le mois, lors de la commémoration à Zurich du 500e anniversaire du mouvement anabaptiste,  en appelant catholiques et mennonites  à vivre « l'appel à l'unité des chrétiens » : « Plus les chrétiens seront unis, plus notre témoignage du Christ sera efficace. »

    Léon, de manière providentielle, devint pape juste avant le 1700e anniversaire du concile de Nicée. Il saisit cette occasion pour poursuivre le travail de rapprochement avec l'Orient entrepris par ses prédécesseurs. Le 23 novembre, il publia la lettre apostolique  In Unitate Fidei  ( Dans l'unité de la foi ), écrivant : « En vérité, ce qui nous unit est bien plus grand que ce qui nous divise ! […] Pour accomplir ce ministère avec crédibilité, nous devons cheminer ensemble vers l'unité et la réconciliation de tous les chrétiens. Le Credo de Nicée peut être le fondement et le point de repère de ce cheminement. »

    Quelques jours plus tard, Léon XIV entreprit son premier voyage apostolique en Turquie pour commémorer Nicée avec le patriarche Bartholomée. Ils publièrent une déclaration commune  affirmant « l’espoir d’une pleine communion entre nos Églises sœurs ». Cet anniversaire important, proclamèrent-ils, pourrait aussi « inspirer de nouvelles initiatives courageuses sur le chemin de l’unité », notamment en œuvrant à la célébration de Pâques le même jour.

    Au début de l’année 2026, en ouvrant la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens,  Léon XIV a invité tous les catholiques  à « approfondir leurs prières pour l’unité pleine et visible de tous les chrétiens ». Et à la clôture, méditant sur l’invocation répétée de saint Paul à l’  unité  de la vie chrétienne (Éphésiens 4, 4-6),  il a lancé un appel à l’action :  « Nous sommes un ! Nous le sommes déjà ! Reconnaissons-le, vivons-le et rendons-le visible ! »

    L'unité humaine

    Cette aspiration à l’unité chrétienne remonte, bien sûr, à la prière même de Jésus la veille de sa mort : que ses disciples soient « un », comme lui et le Père sont un (Jean 17, 11.21-22). Mais le but ultime de cette unité, ajouta Jésus, était la conversion du monde : les chrétiens doivent être un « afin que le monde croie » – et surtout, afin que le monde  sache – que Dieu a envoyé son Fils pour notre salut (Jean 17, 21-23).

    Ainsi, ces trois cercles concentriques, bien que distincts d'un point de vue historique, sont, dans l'esprit de l'Église, destinés à se fondre en un seul grand cercle : le rassemblement de tous les hommes dans le corps du Christ (Jean 12, 32). L'Église s'ouvre donc aussi au monde entier pour l'intégrer au rythme de l'unité de Dieu, ce qui faisait déjà partie du programme de Léon XIV.

    En octobre, à l'occasion du 60e anniversaire de  Nostra Aetate , la déclaration du concile Vatican II sur les religions non chrétiennes,  Léon XIV s'est adressé  aux représentants du christianisme, du judaïsme, de l'islam, de l'hindouisme et du bouddhisme pour évoquer l'unité interreligieuse : « Plus que jamais, notre monde a besoin de notre unité… Si nous sommes unis, tout est possible. Faisons en sorte que rien ne nous divise. » Lors de sa visite à Alger le mois dernier, il  a particulièrement insisté sur le dialogue chrétien avec les musulmans : « Cette basilique même est un signe de notre désir de paix et d'unité. Elle symbolise une Église de pierres vivantes, où la communion entre chrétiens et musulmans prend forme sous le manteau de Notre-Dame d'Afrique. »

    Léon XIV a également appelé le monde séculier dans son ensemble à  l'unité sociale  , à une harmonie humaine qui reflète, même imparfaitement, l'harmonie de la Cité de Dieu.  Nostra Aetate , a-t-il  également déclaré , « nous rappelle que l'humanité se rapproche et que la mission de l'Église est de promouvoir l'unité et l'amour entre les hommes et les femmes, et entre les nations ». Et dans son discours  de janvier sur « l'état du monde » adressé aux diplomates , il a exhorté les Nations Unies à mener des politiques « visant l'unité de la famille humaine plutôt que des idéologies ».

    Dans ce contexte social, l'intelligence artificielle, compte tenu de son pouvoir unique d'attiser et d'exacerber les divisions sociales et politiques, sera sans aucun doute un enjeu majeur pour Léon XIV. Dès le début de son pontificat, il a indiqué que l'une des principales motivations de son élection était le désir de s'attaquer, à l'instar de Léon XIII avant lui, aux bouleversements sociaux inédits de notre époque, et notamment à l'intelligence artificielle.

    En effet, ce thème devrait être l'un des plus importants de sa première encyclique,  Magnifica Humanitas , qui  devrait paraître la semaine prochaine, le 15 mai , date anniversaire de l' encyclique Rerum Novarum de Léon XIII  .

    Plus que des mots

    Tous ces documents, discours et déclarations du pape Léon XIV ne sont-ils que de vaines paroles ? Loin de là ! Le pape s'est aussi efforcé d' incarner  cet élan vers l'unité, principalement par des rencontres et des dialogues directs. Marqué par ses années au sein de l'Ordre de Saint Augustin, Léon XIV nourrit non seulement une profonde passion pour l'unité, mais aussi pour ses  moteurs : l'amitié, le dialogue et l'écoute attentive. C'est ainsi qu'il a rencontré, avec simplicité et impartialité, des personnalités catholiques de tous horizons théologiques, des chrétiens de diverses confessions et des personnalités publiques de tous types, des stars hollywoodiennes aux chefs d'État. Certes, une grande partie de cette attitude est caractéristique de la papauté, mais Léon XIV, véritable polyglotte, insuffle à ces rencontres un esprit de paix et de dialogue mesuré.

    Néanmoins, alors que la période de lune de miel de la première année du Lion touche à sa fin, une question demeure :  que va-t-il se passer maintenant ?  Si les déclarations inspirantes et les salutations cordiales se poursuivront sans aucun doute — et elles le doivent si l’on veut parvenir à l’unité —, les décisions difficiles seront nombreuses.

    Au sein même de l'Église, les nominations épiscopales de Léon XIV ont été perçues comme équilibrées et stables, mais de nombreux sièges importants devront être pourvus dans les années à venir ; les défenseurs de la messe traditionnelle en latin, encore sous le choc de  Traditionis Custodes , réclament de plus en plus une plus grande reconnaissance ; et les consécrations prévues de nouveaux évêques par la FSSPX et la résistance persistante des évêques allemands aux enseignements de l'Église sur la sexualité menacent de nouvelles fractures.

    Au sein de la communauté chrétienne, les profondes divisions qui ont secoué les Églises orthodoxe et anglicane ont conduit certains  à sonner le glas de l'unité chrétienne . Lors de sa rencontre avec Sarah Mullally, première femme archevêque de Canterbury, Léon XIV a insisté, comme à son habitude, sur « la nécessité de l'unité », tout en reconnaissant que de nouveaux problèmes rendent le chemin vers la pleine communion « plus difficile à discerner » – une observation qui pourrait s'appliquer à bien des confessions chrétiennes. Toute la bonne volonté du monde, semble-t-il, ne suffit pas à surmonter les profonds problèmes théologiques et historiques qui maintiennent les chrétiens séparés.

    Au sein de la communauté internationale, l'incertitude et la fragmentation demeurent les maîtres mots de ces nouvelles années folles. L'essor du numérique, la transformation radicale des réalités économiques et sociales et un conflit au Moyen-Orient aux répercussions mondiales constituent autant de défis considérables, à tous les niveaux, pour la quête d'unité et de paix du Lion.

    Ce « Fils de saint Augustin » était l’homme de la situation en ce moment – ​​une période spirituellement intense où tout avenir semble possible. Mais saisir cette opportunité d’  unité  exigera non seulement la bonté du cœur augustinien, mais aussi l’audace de l’esprit augustinien. Peut-on parvenir à une communion authentique sans entraîner l’Église de front dans des conversations difficiles, des précisions théologiques et des actions décisives – en un mot, dans un grand sacrifice ? Nous sommes peut-être à l’aube d’une vague d’unités nouvelles – un effet domino de l’Esprit renouvelant la face de la terre.

    Mais que faut-il abandonner pour la franchir ? Et à quoi faut-il s'accrocher de toutes ses forces lors de la traversée, de peur de succomber à une communion contrefaite ?

    Ce sont là de grandes questions. Lourd est le fardeau de la couronne papale, d'autant plus en ces temps si tendus de l'histoire mondiale. Mais si nous ne pouvons prédire les actions futures du Pape, nous pouvons assurément prier pour lui dans sa mission d'unité et nous unir à lui dans sa prière au Saint-Esprit .

    Esprit Saint de Dieu, tu guides les croyants sur le chemin de l'histoire.

    Nous vous remercions d’avoir inspiré les Symboles de la Foi et d’avoir suscité en nos cœurs la joie de professer notre salut en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, consubstantiel au Père. Sans lui, nous ne pouvons rien faire.

    Esprit éternel de Dieu, rajeunis la foi de l’Église de génération en génération. Aide-nous à l’approfondir et à toujours revenir à l’essentiel pour la proclamer.

    Pour que notre témoignage dans le monde ne soit pas vain, viens, Esprit Saint, avec ton feu de grâce, raviver notre foi, nous enflammer d'espérance, nous embraser de charité.

    Viens, divin Consolateur, source d'harmonie, unis les cœurs et les esprits des croyants. Viens et accorde-nous de goûter à la beauté de la communion.

    Viens, Amour du Père et du Fils, rassemble-nous en un seul troupeau du Christ.

    Montre-nous le chemin à suivre, afin que, par ta sagesse, nous redevenions ce que nous sommes en Christ : un, pour que le monde croie. Amen.


    Matthew Becklo est mari et père, écrivain et éditeur, et directeur des publications de Word on Fire Catholic Ministries. Son premier livre, * The Way of Heaven and Earth: From Either/Or to the Catholic Both/And* , est disponible dès maintenant aux éditions Word on Fire.
  • Synode : le plus que troublant rapport sur les "questions émergentes"

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    Synode : le troublant rapport sur les "questions émergentes"

    Deux groupes d'étude du Vatican, liés au synode sur la synodalité, ont publié mardi leurs rapports finaux, l'un portant sur les « questions émergentes », notamment l'homosexualité, et l'autre sur la sélection des évêques.

    Le groupe de travail sur les « questions émergentes » n'a formulé aucune proposition concrète, mais a recueilli les témoignages de deux hommes catholiques homosexuels.

    Ces deux groupes font partie des 14 groupes d'étude. Douze ont été créés par le pape François en mars 2024, quelques mois avant la deuxième session du synode sur la synodalité, qui s'est terminée en octobre 2024. Deux autres groupes ont été établis par le pape Léon XIV l'année dernière.

    Le groupe « questions émergentes »

    Le groupe « questions émergentes », dirigé par le cardinal Carlos Castillo de Lima, a proposé dans son rapport un « changement de paradigme » dans la manière dont l’Église aborde les questions doctrinales, pastorales et éthiques complexes.

    Alors que le groupe s'appelait initialement groupe d'étude sur les questions « controversées », ils ont décidé de le renommer en groupe d'étude sur les questions « émergentes » car « l'objectif n'est pas seulement de résoudre les problèmes, mais de construire le bien commun par la conversion relationnelle, l'apprentissage partagé et la transparence ».

    Le rapport se compose d'une introduction, de trois sections et de trois annexes contenant les témoignages de deux hommes ayant des relations homosexuelles au Portugal et aux États-Unis, ainsi que d'une initiative de non-violence en Serbie.

    La première partie s’intéresse à un changement de paradigme dans l’évangélisation, fondé sur la conversion relationnelle, l’apprentissage partagé et la transparence. La deuxième partie examine le principe de pastorale comme clé d’interprétation de ce changement de paradigme, et la troisième propose des orientations pour faciliter le discernement pastoral face à deux enjeux émergents : l’expérience des catholiques homosexuels et la pratique de la non-violence active.

    Section introductive

    Le document commence par expliquer sa propre méthodologie, affirmant que « le sujet qui nous a été confié, même dans la manière dont il a été formulé, soulève un ensemble de questions connexes qui exigent une réflexion approfondie et un engagement courageux. À cette lumière, nous avons constaté l’inadéquation de nos catégories et paradigmes opérationnels actuels. »

    Le rapport évoque plusieurs difficultés méthodologiques, notamment la nécessité de concilier différentes sensibilités, expertises et points de vue, et de clarifier les définitions. Il précise également qu'après une première ébauche, un processus de consultation a été mené « auprès de personnes issues de différents contextes ecclésiaux et possédant des compétences variées ».

    Ensuite, il propose le « discernement synodal » comme clé méthodologique du rapport, « à partir de témoignages [individuels], avec une écoute attentive et ouverte à la fois de la Parole de Jésus – rendue vivante et pertinente par le Saint-Esprit dans l’espace de la communion ecclésiale et attentive aux “signes des temps” – et de ce que le Peuple de Dieu a vécu dans divers contextes culturels et en relation avec diverses situations de vie. »

    « Pour être authentiques et fructueuses, ces expériences nécessitent une intégration attentive et une prise en compte de ce que nous pouvons apprendre grâce à la contribution des sciences humaines, des sciences sociales et des sciences naturelles », ajoute le texte.

    Première partie : Un changement de paradigme

    Cette section commence par expliquer que, selon la conception de l’Apocalypse de Dei Verbum comme « historique et dialogique », la pratique de la synodalité dans l’Église implique un « changement de paradigme » par rapport aux paradigmes dominants des siècles passés en ce qui concerne la manière d’interpréter et d’exprimer la proclamation de l’Évangile et la mission de l’Église.

    Selon le document, ce changement représente un retour à « la vérité salvatrice de l’Évangile telle qu’elle a été présentée à l’origine en Jésus : le témoignage fiable de l’agapè de Dieu, qui est Abbà, présent ici aujourd’hui pour tous ses fils et ses filles, chacun d’entre eux. »

    Le document définit ensuite le processus synodal comme « le déploiement de trois dynamiques favorisant un changement de paradigme », à savoir la conversion relationnelle, l’apprentissage partagé et la transparence.

    Le rapport consacre plusieurs pages à expliquer chacune de ces dynamiques, mais le résumé les définit en termes plus concrets.

    Il est dit que la conversion relationnelle désigne « les processus par lesquels tous les hommes et femmes baptisés peuvent apprendre à travers des pratiques (ecclésiales, liturgiques et sociales) ».

    Le texte ajoute ensuite que l'apprentissage partagé signifie que « grâce à ces pratiques, les personnes… contribuent à co-façonner le paysage linguistique, symbolique et culturel au sein duquel les problèmes peuvent émerger, être nommés et être résolus ensemble ».

    Enfin, il est dit qu’« une culture ecclésiale de transparence ne s’explique pas seulement par un besoin ressenti dans la société contemporaine, mais doit être comprise à la lumière de l’impératif évangélique et éthique de “parler et agir dans la vérité” ».

    Deuxième section : le principe de pastorale

    Le document utilise « le principe de pastorale » comme principale clé d’interprétation de ces questions, le définissant comme suit : « Il n’y a pas de proclamation de l’Évangile sans assumer la responsabilité de l’interlocuteur, en qui l’Esprit est déjà à l’œuvre. »

    « Ce principe, fidèle au Magistère de Vatican II, découle de la prise en compte de Dei Verbum comme horizon fondateur de la proclamation, de Gaudium et spes comme horizon interprétatif de ses multiples destinataires et sphères d’incarnation, et d’Ad gentes comme horizon contextualisant de ses divers lieux et acteurs », indique le texte.

    Le document aborde ensuite la place de l'autorité dans le cadre du principe de pastorale, affirmant qu'« il ne s'agit pas de problèmes à résoudre, mais de la construction du bien commun », et par conséquent, il précise que l'objectif principal du principe n'est pas la correction doctrinale, pastorale et éthique « des situations jugées problématiques dans l'expérience concrète de la foi », mais la priorité accordée à « la reconnaissance et au discernement des manifestations concrètes que les pratiques de foi expriment et révèlent dans l'action, souvent à travers une connaissance non thématique ».

    Par conséquent, selon le rapport, le rôle approprié de l'autorité est « avant tout d'écouter, de mettre en branle le processus de discernement et de l'accompagner jusqu'à l'expression d'un consensus... Ainsi, l'exercice de l'autorité... [implique] une responsabilité particulière de préserver et de sauvegarder l'identité et la contribution de chaque personne, en particulier celles qui sont moins visibles ou moins à même d'exprimer leur voix. »

    La section se conclut ensuite en expliquant la méthodologie des « conversations dans l’Esprit » utilisée lors du synode sur la synodalité comme moyen de mettre en pratique le principe de pastorale.

    Troisième section : questions émergentes

    Le rapport applique ensuite sa méthodologie à deux questions émergentes : « l’expérience des personnes homosexuelles croyantes et l’expérience de la non-violence active ».

    Le rapport comprenait trois annexes : les témoignages de deux hommes s’identifiant comme homosexuels, l’un du Portugal et l’autre des États-Unis, et celui d’un mouvement non-violent en Serbie.

    Dans le témoignage d'un Portugais en couple avec un homme du même sexe et actif dans une communauté basée sur la spiritualité ignatienne appelée la Communauté de Vie Chrétienne, le rapport critique les tentatives présumées de soi-disant thérapies réparatrices ou de conversion.

    « La positivité de ce parcours coexiste avec des difficultés importantes, comme en témoignent les effets dévastateurs des thérapies de réparation visant à rétablir l’hétérosexualité, et les conseils contradictoires reçus : de ceux qui suggèrent le mariage avec une femme pour « trouver la paix » à ceux qui invitent au contraire la personne à ne pas laisser de « zones d’ombre ou cachées » dans sa relation avec le Christ. »

    Le rapport indique ensuite que le péché « à la racine, ne consiste pas dans la relation de couple (homosexuelle), mais dans un manque de foi en un Dieu qui désire notre épanouissement ».

    Dans le second témoignage, un homme vivant lui aussi aujourd'hui dans une relation homosexuelle a déclaré avoir passé du temps à l'université dans un groupe de Courage International, un apostolat visant à accompagner les personnes attirées par le même sexe selon une approche conforme à l'enseignement catholique, mais que cela n'avait « guère contribué à mon développement spirituel et psychosexuel ».

    Le rapport indique à ce sujet que « le témoignage… décrit l’appartenance problématique à un groupe catholique (Courage) qui, en prônant une « thérapie réparatrice », a eu pour effet de séparer la foi et la sexualité ».

    Après avoir examiné les témoignages, le document abordait la question de l'équilibre à trouver entre la pratique pastorale et la doctrine catholique.

    « Il ne s’agit pas d’élaborer une stratégie pour masquer les difficultés réelles ni de forcer le débat pour affirmer une nouvelle doctrine : il s’agit de partir de l’écoute des expériences et de promouvoir des pratiques pastorales et ecclésiales de connaissance mutuelle, de collaboration, d’inclusion et de dialogue entre les croyants », indique le document.

    « Car c’est seulement ainsi – à la lumière de l’expérience vécue et partagée de l’Évangile au sein de la communauté chrétienne – que l’on peut discerner et promouvoir le « bien » inscrit dans les expériences et les pratiques. »

    Le document critique ensuite le « modèle théorique qui tire la praxis d’une doctrine « pré-emballée », « appliquant » des principes généraux et abstraits aux situations concrètes et personnelles de la vie. »

    « La tâche consiste donc à redécouvrir une circularité féconde entre théorie et praxis, entre pensée et expérience, en reconnaissant que la réflexion théologique elle-même procède des expériences du « bien » inscrites dans le sensus fidei fidelium », conclut-il.

  • Où mène la bataille entre Rome et l'Allemagne sur la question des bénédictions ?

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    De Luke Coppen sur The Pillar :

    Où mène la bataille entre Rome et l'Allemagne sur la question des bénédictions ?

    Après avoir été pris de court pendant des années, le Vatican a-t-il décidé de s'aligner sur les Allemands ?

    6 mai 2026

    Le cardinal Víctor Manuel Fernández, responsable de la doctrine au Vatican, a intensifié mercredi la pression sur les évêques allemands avec une nouvelle déclaration concernant les directives du pays sur les bénédictions pour les couples non mariés et de même sexe.

    Les évêques allemands attendent la messe d’ouverture de leur assemblée plénière de printemps à la cathédrale de Würzburg, le 23 février 2026. Crédit : Deutsche Bischofskonferenz / Marko Orlovic.
    Fernández a déclaré à Vatican News le 6 mai que sa lettre de novembre 2024 critiquant un projet de lignes directrices allemandes sur les bénédictions — publiée plus tôt cette semaine avec l’accord du pape Léon XIV — s’appliquait également au texte final publié en avril 2025.

    Le cardinal argentin a expliqué que la lettre de 2024 constituait la « seule et unique réponse définitive » du dicastère de la doctrine au document allemand sur les bénédictions, tant dans sa version préliminaire que dans sa version finale.

    « Ce qui a été dit dans cette lettre s’applique également au texte du Vademecum [directives] actuel, qui n’a pas reçu l’approbation du Dicastère pour la doctrine de la foi », a-t-il commenté.

    À quoi le Vatican s’oppose-t-il précisément dans les deux versions des lignes directrices allemandes ? Pour y répondre, il est utile de connaître un peu l’histoire des bénédictions de couples en Allemagne et de comprendre pourquoi cette pratique a pris une telle importance symbolique dans le pays.

    Brève histoire des bénédictions

    Il est difficile de déterminer avec précision la date à laquelle les bénédictions pour les couples non mariés et les couples de même sexe sont devenues un sujet majeur au sein de l’Église allemande. Mais le 9 mai 2015 est une date qui s’impose.

    C'est ce jour-là que les membres du Comité central des catholiques allemands — l'influente organisation laïque connue sous son acronyme allemand, ZdK — ont adopté une déclaration appelant à « la poursuite du développement des formes liturgiques, en particulier les bénédictions pour les partenariats entre personnes de même sexe, les nouveaux partenariats impliquant des personnes divorcées et les étapes importantes de la vie familiale ».

    C’est sans doute à ce moment-là, deux ans après le début du pontificat du pape François, que les bénédictions sont devenues ce que les catholiques allemands appellent une question « politico-ecclésiastique » (kirchenpolitische). On pourrait traduire cela en gros par un débat de politique interne à l’Église : un sujet qui fait l’objet d’une lutte, qui enflamme les militants et suscite des résistances.

    La réaction à la déclaration du ZdK est intéressante avec le recul. Le cardinal Reinhard Marx de Munich — qui a sans doute déclenché la dernière intervention du Vatican en approuvant les lignes directrices de 2025 — a vivement critiqué cette déclaration.

    « L’appel à la bénédiction des partenariats entre personnes de même sexe et d’un second mariage non reconnu par l’Église est incompatible avec la doctrine et la tradition de l’Église », a déclaré Marx, alors président de la Conférence épiscopale allemande.

    Pendant des années, avant la déclaration du ZdK, certaines paroisses catholiques allemandes proposaient déjà des cérémonies de bénédiction destinées aux couples non mariés et aux couples de même sexe. Mais l’aval officiel de cet organisme laïc a attiré davantage l’attention des médias sur cette pratique, lui donnant un nouvel élan en tant que question de politique ecclésiastique.

    Cette pratique a également attiré l’attention de Rome, ce qui a conduit le bureau doctrinal du Vatican à déclarer en 2021 que l’Église n’avait pas le pouvoir de bénir les couples de même sexe.

    En réponse, des prêtres et des agents pastoraux allemands ont organisé une journée de protestation, au cours de laquelle ils ont célébré des cérémonies de bénédiction en présence de couples de même sexe.

    Parmi les détracteurs de cette initiative figurait Mgr Georg Bätzing, successeur de Marx à la présidence de la conférence épiscopale, qui a déclaré qu’il ne s’agissait pas d’un « signe utile », bien qu’il soutienne les cérémonies de bénédiction en principe.

    Les bénédictions des couples de même sexe ont été l’un des thèmes centraux du « chemin synodal » allemand, une initiative pluriannuelle qui a réuni les évêques du pays et certains laïcs pour discuter de changements radicaux dans l’enseignement et la pratique catholiques.

    En mars 2023, les participants au « chemin synodal » ont adopté une résolution sur les « cérémonies de bénédiction pour les couples qui s’aiment », qui appelait à l’introduction officielle de ces cérémonies dans toutes les paroisses allemandes.

    La résolution indiquait que la conférence épiscopale et le ZdK préparaient un document qui inclurait « des modèles suggérés pour les célébrations de bénédiction adaptées à différentes situations de couples (couples remariés, couples de même sexe, couples après un mariage civil) ».

    La résolution faisait valoir que cette mesure était nécessaire en raison de la demande de bénédictions émanant des couples remariés civilement et des couples de même sexe.

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  • La vérité est modulable dans le rapport « doctrinal » du Synode

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    De Stefano Fontana dans la NBQ :

    La vérité est modulable dans le rapport « doctrinal » du Synode

    L'enseignement de l'Église réduit au silence pour donner la parole aux revendications des militants homosexuels. Et pas de jugements définitifs, recommande le groupe d'étude 9. C'est la méthode de la nouvelle synodalité, qui déclenche des processus en les orientant vers les conclusions dictées par l'agenda.

    7_05_2026

    Foto Vatican Media/LaPresse
    Photo Vatican Media

    Le 5 mai dernier, le secrétaire général du Synode, le cardinal Mario Grech, a rendu publics les rapports finaux des groupes d'étude 7, sur la sélection des évêques, et 9, sur les critères théologiques et les méthodologies synodales pour le discernement partagé des questions doctrinales, pastorales et éthiques émergentes. Des travaux de ce dernier groupe (nous omettons ici le groupe 7 car son rapport n’a pas été rendu public dans son intégralité), au cours desquels ont également été entendues certaines expériences de personnes homosexuelles croyantes, ont émergé de nouvelles positions – un « nouveau paradigme » – concernant le jugement à porter sur la relation homosexuelle : une révision de son caractère de « péché », la condamnation des « thérapies réparatrices » visant à rétablir l’hétérosexualité par la chasteté, la possibilité d’ouvrir le mariage aux couples homosexuels.

    Le principe directeur des travaux du groupe est que la vérité sur l’être humain ne peut être déterminée une fois pour toutes, car lorsqu’on entre en relation avec une personne, il faut toujours tenir compte de l’œuvre que l’Esprit accomplit déjà en elle. D’où la nécessité de ne pas donner d’indications doctrinales ni de porter de jugements définitifs, mais d’entreprendre un cheminement de discernement de la complexité. C’est ce que devraient faire, selon ce rapport, les Églises locales.

    Ce qui ressort du rapport du groupe 9 confirme les prévisions de La Bussola concernant la légitimation progressive de l’homosexualité en lien étroit avec le nouveau critère dit « pastoral » du Synode, spécialement conçu pour obtenir ces résultats.

    Il convient de rappeler que la nouvelle synodalité s'entend comme une manière d'agir, une méthode pour cheminer ensemble, d'où devrait émerger une manière d'être, plutôt que l'inverse. Sa méthode consiste à se réunir en assemblée, à discuter en petits groupes puis tous ensemble, à échanger ses opinions personnelles ou celles de son groupe, à écouter des témoignages, à présenter des demandes et des propositions, à interpréter sous différents angles les nouveautés que l'histoire propose, puis à voter un rapport final. Tout cela est le fait d’un groupe de personnes non hiérarchisées, placées sur un pied d’égalité comme c’est le cas précisément dans une assemblée sociologique, réunies et jouissant toutes de la même autorité pour être entendues, qu’il s’agisse d’évêques, de religieux consacrés ou de fidèles laïcs, toutes ces caractéristiques étant en l’occurrence comme annulées.

    L’ensemble du processus d’assemblée est dirigé par un secrétariat spécialement choisi pour s’adapter à la méthode et soucieux que le processus aboutisse à certaines conclusions déjà prévues. À cette fin, un ordre du jour délibérément orienté est établi, et l’on intègre parmi les participants des personnes et des groupes aptes à faire émerger de nouvelles prises de position qui seront ensuite qualifiées de « tournants historiques ». De cette manière, la méthode induit des changements significatifs de doctrine, tant dans le domaine ecclésial que moral, qui sont posés par l’autorité de la méthode elle-même, c’est-à-dire par le fait de les avoir posés en cheminant ensemble. Les conclusions insérées par l’assemblée dans le rapport final sont des vérités vécues par l’assemblée elle-même.

    Les deux philosophies qui guident de l’intérieur le processus de la nouvelle synodalité sont l’existentialisme et l’historicisme. Cette perspective considère l’existence (l’être-là) et l’histoire (le temps) comme des lieux où l’on fait l’expérience de l’action de l’Esprit à travers les « questions émergentes », y compris dans la confrontation dialectique entre les positions. Le parcours est conçu comme une expérience, au sens d’une communauté qui est au cœur des processus qu’elle examine et qui est investie par ceux-ci au moment même où elle se les pose. Les questions que l’assemblée synodale doit examiner ne se trouvent pas devant elle et ne doivent pas être envisagées à la lumière antérieure de la tradition et de la doctrine, mais elles sont en elle et elle est en elles. L’assemblée est immanente à l’histoire qu’elle interroge, elle ne la regarde pas de face ou d’en haut comme si elle disposait d’une sagesse à mettre en œuvre.

    Si l’on examine les conclusions du Synode concernant l’homosexualité, que nous avons brièvement exposées au début, on y trouve une large confirmation de ces caractéristiques d’une méthode qui devient substance, excluant toute autre substance en dehors d’elle-même. Le Synode, au lieu de parler de l’homosexualité à la lumière de la doctrine de l’Église, a laissé l’homosexualité s’exprimer par la voix d’individus et de groupes de chrétiens militants sur ce front. L’homosexualité a ainsi été présentée comme une exigence de l’histoire et une expérience qui n’est pas étrangère à l’Église. Tel était dès le départ l’objectif de l’appareil qui a organisé le Synode, mais il devait être atteint par la méthode de la nouvelle synodalité, c’est-à-dire à partir de la pratique existentielle de l’assemblée synodale et tout au long du temps historique des événements synodaux. Aujourd’hui, les « documents » s’écrivent ainsi, non pas comme le début d’un parcours que l’on souhaite orienter, mais comme son aboutissement final.

    Pendant les travaux du Synode, de nombreux autres événements liés à la question de l’homosexualité se sont produits à l’extérieur. Il suffit de rappeler les diverses initiatives du père Martin à ce sujet ou la participation au jubilé de groupes LGBT organisés. C’est aussi pour cette raison que le Synode revêt une dimension existentielle et historique : ses discussions s’inscrivent dans une pratique plus large qui les conditionne selon un projet. Le rapport final des travaux de groupe, tel que communiqué par le secrétaire Grech, n’avait pas besoin d’exprimer une majorité en faveur de nouveautés révolutionnaires. Il suffisait simplement que ces instances aient intégré la pratique ecclésiale, sa manière d’agir, qui, à ce stade, aurait coïncidé avec sa manière d’être. La perspective, comme nous le répétons, est existentielle, vitaliste et historique : le processus est déjà le résultat.

    Une fois le résultat du vote annoncé, voici le silence de la majorité et le tambour-batteur d’une minorité. Mais les opposants sont-ils vraiment si nombreux ? Et les partisans sont-ils vraiment si peu nombreux ? Dans la perspective d’un cheminement commun, les processus engagés ne s’arrêtent pas aux portes des salles de réunion, mais se poursuivent et vont même au-delà de certains documents officiels du Magistère qui pourraient, à un moment donné, tenter de clarifier les choses.

  • Pour ou contre la doctrine de la « guerre juste »; une polémique qui divise aussi l’Église

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Pour ou contre la doctrine de la « guerre juste ». Une polémique qui divise aussi l’Église

    (s.m.) Demain 7 mai, le pape Léon XIV recevra en audience Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, qui est catholique. Leur entretien portera sur la question capitale de la paix et de la guerre, qui a déjà été déjà amorcée d’abord par les grossières attaques verbales à répétition lancée par le président Donald Trump à l’encontre du pape et ensuite par la leçon de théologie malvenue en matière de « guerre juste » infligée encore une fois au pape, quelques jours plus tard, par le vice-président JD Vance, également catholique.

    Le pape Léon prêche la paix d’une part comme un choix personnel susceptible de conduire jusqu’au martyre et d’autre part comme un choix public impliquant le droit – et pour l’État le devoir – de défendre, au besoin par les armes, la liberté et la vie (sur la photo, l’archevêque majeur de l’Église grecque catholique ukrainienne, Mgr Sviatoslav Chevtchouk en prière à Bucha, après le massacre perpétré par les envahisseurs russes). Settimo Cielo avait d’ailleurs publié un article sur le sujet le 12 janvier en citant, pour soutenir ces deux chemins de paix, Flavio Felice, professeur d’histoire des doctrines politiques à l’Université pontificale du Latran.

    Mais tout de suite, Daniele Menozzi, ancien professeur d'histoire contemporaine à la Normale de Pise et auteur d'un volume imposant précisément sur « L'Église, la paix et la guerre au XXe siècle », s'était empressé de contester cette exégèse du magistère du pape Léon, l’attribuant aux « partisans irréductibles de l'idéologie de la "guerre juste" » et soutenant au contraire que — dans la lignée de ce que prêche le pape François — « la guerre est toujours une erreur » et que, par conséquent, la doctrine de la « guerre juste » ne tient plus la route.

    Selon le professeur Menozzi, il faudrait au contraire promouvoir aujourd’hui une « pédagogie de la non-violence » qui enseigne à « répondre au mal de l’injustice sans recourir au mal des armes », comme s’il la société et les fidèles catholiques souffraient d’un amour immodéré des armes et pour la guerre qu’il faudrait soigner.

    Pourtant, dans les faits, tous les sondages confirment que le sentiment qui domine – surtout en Italie – est totalement opposé au bellicisme. Un sentiment qu’Ernesto Galli della Loggia, ancien professeur d’histoire politique à l’Université de Pérouse, a d’ailleurs qualifié de « syndrome de la proie », dans un éditorial très critique publié dans le « Corriere della Sera » du 4 mai.

    Quelques jours plus tôt, toujours dans le « Corriere », un autre expert reconnu, Angelo Panebianco, professeur de sciences politiques à l’Université de Bologne, avait pris acte de ce sentiment répandu et pointé du doigt ses sérieuses lacunes, dans un éditorial intitulé « Se défendre pour avoir la paix » qui culminait en un appel à ce que l’Église « aide les Italiens » à « se débarrasser des alibis et des idéologies pacifistes » dangereuses.

    Et c’est sur cet appel du professeur Panebianco que s’appuie le commentaire publié ci-dessous. Il est signé par un autre professeur bien connu, Sergio Belardinelli, professeur de sociologie des processus culturels à l’Université de Bologne et coordinateur scientifique du Comité pour le projet culturel de la Conférence épiscopale italienne à l’époque où elle était présidée par le cardinal Camillo Ruini.

    Le professeur Belardinelli cite un autre commentaire publié le 1er mai dans le « Corriere » par Andrea Riccardi, qui est le fondateur et le dirigeant de la Communauté de Sant’Egidio. D’après ce dernier, c’est le pape François qui avait raison quand il disait qu’ « aujourd’hui, il est très difficile de défendre des critères rationnels imaginés à une autre époque pour parler de la possibilité d’une ‘guerre juste’ ».

    Le pacifisme de Riccardi est identique à celui dans lequel baigne la Conférence épiscopale italienne présidée par le cardinal Matteo Zuppi, qui fait lui aussi partie de la Communauté de Sant’Egidio, à l’instar d’une prise de position récente contre les fabricants et les marchands d’armes du cardinal et théologien Roberto Repole, archevêque de Turin et auparavant président de l’Association théologique italienne, également cité sur un ton polémique par le professeur Belardinelli.

    Son commentaire sort aujourd’hui simultanément sur Settimo Cielo et dans le quotidien italien « Il Foglio » :

    *

    Le devoir de toute société de se défendre, au besoin par les armes

    de Sergio Belardinelli

    Dans le « Corriere della Sera » du mardi 28 avril, Angelo Panebianco a lancé une sorte d’appel à toutes les forces politiques italiennes, pour leur faire comprendre l’importance de « se défendre pour avoir la paix ».

    Dans un contexte international de plus en plus caractérisé par le bruit des armes, il est aussi curieux que dramatique de voir nos élites politiques se bornent à exorciser la question de la défense nationale, au lieu de prendre à bras-le-corps. Elles s'en déchargent, au gré des opportunités, tantôt sur l'ONU, tantôt sur l'Europe ou sur l'OTAN, se réservant cyniquement le seul amour de la paix — comme si ce sentiment suffisait à nous prémunir contre d'éventuels agresseurs. Or, une telle pédagogie civile médiocre, bien qu’empreinte de nobles idéaux, alimente dans les faits la peur au sein de la population et laisse le pays sans défense, non seulement sur le plan militaire, mais également en matière culturelle.

    C’est dans ce climat de désarroi généralisé, me semble-t-il, que Panebianco, au terme de son éditorial, choisit de s’adresser directement à l’Église.

    « L’Église – écrit-il – peut jouer un rôle important pour aider les Italiens, effrayés et ne sachant plus à qui se vouer, à ne pas enfouir leur tête dans le sable et à les rendre conscients des risques que l’époque actuelle fait peser sur nous. C’est vrai, nous vivons dans une société sécularisée. Mais cela ne change rien au fait que, pour beaucoup d’Italiens, l’Église reste un repère moral majeur. Il est essentiel que les évêques italiens, tout en lançant des appels bien légitimes à la paix, aident les Italiens à comprendre qu’il n’y a pas de contraction entre vouloir la paix et se défendre des dangers potentiels, autrement dit qu’il n’y a pas de contradiction entre adopter une posture pacifique, sans la moindre agressivité à l’encontre de qui que ce soit, et dans le même temps reconnaître non pas seulement le droit mais même le devoir des gouvernements de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour défendre leur pays des potentielles agressions extérieures. Si certains ont raison de penser que les dangers ne feront qu’augmenter à l’avenir, alors il faudrait aider les Italiens à en prendre conscience. Ce qui signifie, en premier lieu, se débarrasser des alibis et des idéologies dangereuses ».

    Je crois personnellement que l’Église italienne devrait avoir le courage d’entendre cet appel, ne serait-ce que parce qu’elle lui offre l’occasion parfaite de réaffirmer ce que le pape Léon XIV a rappelé le jour de son élection, quand il a déclaré que la paix dont l’Église parle est celle de Jésus, et pas l’une de ces idéologies pacifistes qui contribuent, parfois sans le vouloir, à répandre la peur et même la haine dans la société.

    Il ne s’agit donc pas, bien entendu, de légitimer une politique plutôt qu’une autre, ni de réitérer simplement la pertinence de la doctrine millénaire de la guerre juste. Comme l’a rappelé Andrea Riccardi dans le « Corriere della Sera » du 1er mai, rien n’empêche que l’on mette à jour cette doctrine, à la lumière de la nouvelle réalité des guerres modernes.

    Mais il ne s’agit pas non plus de réduire le magistère de l’Église à des positions qui, sous couvert de non-violence, finiraient par nier à ceux qui sont victimes d'agressions (en général les plus faibles) leur droit fondamental à la légitime défense. Et c’est précisément ce droit – et ce droit seulement – qui pourrait justifier que l’on investisse des ressources dans l’armement. C’est important de le répéter, surtout si l’on veut défendre la radicalité du message de l’Évangile sans le dissoudre dans l’irréel.

    Dans un monde où l’avidité des puissants semble ne plus connaître de limites, il est important que l’Église ait une parole forte en faveur de la paix et de la justice, ce qui est par ailleurs le cas depuis longtemps, sans pour autant se confondre avec le pacifisme de ceux qui ne reconnaissent même pas le droit et le devoir des États de défendre leur propre population quand l’ennemi est à leurs portes et qui clament à tort et à travers qu’il est tout bonnement immoral d’acheter des armes en prétendant que cet argent serait mieux investi dans la santé ou l’enseignement.

    Et qui ne pourrait pas être d’accord ? Qui ne voudrait pas voir tous les conflits résolus par les seules armes de la diplomatie ? La guerre est horrible d’autant que, comme le souligne Riccardi, les guerres actuelles n’ont plus de vainqueur, mais cela n’est pas un argument pour ne pas investir dans la défense et la sécurité, bien au contraire.

    Car il n’y a qu’une seule manière de convaincre les puissants de l’inanité de la guerre, c’est que la victime potentielle montre qu’elle est en mesure de se défendre, soit parce qu’elle dispose d’un bon système de défense, soit parce qu’elle peut compter sur ses alliés.

    Comme le dit Panebianco, il serait temps que les évêques eux aussi « aident à comprendre qu’il n’y a pas de contradiction entre vouloir la paix et se défendre des dangers potentiels ». Ce qui revient à prendre le contre-pied d’un certain courant pacifiste qui s’est insinué jusque dans le monde catholique, y compris chez Riccardi lui-même. Et c’est justement pour cela qu’il faudrait clarifier les choses. La paix de Jésus ne revient pas à faire taire les armes ; elle regarde notre cœur et notre capacité à témoigner de la paix dans les situations les plus désespérées ».

    Dans son message adressé aux travailleurs pour le 1er mai, l’archevêque de Turin, Mgr Roberto Repole, a exhorté à juste titre à « ne pas s’habituer aux horreurs de la guerre ». Par contre, quand il a repris les déclarations de Léon XIV pour rappeler qu’il ne suffisait pas de parler de paix et qu’il « fallait la volonté d’arrêter de produire des instruments de destruction et de mort », pour que Turin, « la ville de l’automobile », ne devienne pas « la ville des armes », je crains qu’il ne s’aventure en terrain miné. Même si je n’ai aucune sympathie pour les marchands de canons, il faut bien reconnaître qu’ils constituent souvent l’unique espoir pour celui qui n’en a pas et qui se retrouve agressé par celui qui en a produit en abondance.

    Je sais pertinemment bien qu’aux yeux des chrétiens, comme aimait à le rappeler notamment Benoît XVI, « la non-violence n’est pas un simple comportement tactique mais bien une manière d’être de la personne, l’attitude de celui qui est à ce point convaincu de l’amour de Dieu et de sa puissance qu’il ne craint pas d’affronter le mal avec les seules armes de l’amour et de la vérité ».

    Mais nous parlons bien d’une « manière d’être de la personne », et pas de la société. Le chrétien sait bien que la fidélité à Jésus Christ est susceptible de lui imposer le sacrifice de sa propre vie. Mais jamais celle d’un autre. C’est pour cela qu’il sait également reconnaître le droit et le devoir d’une société à se défendre, en prenant les armes s’il le faut, tout en faisant en sorte qu’elles ne soient pas nécessaires. C’est rendre un grand service à la paix que d’oser le réaffirmer, surtout aujourd’hui.
     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Le bureau du synode du Vatican est-il devenu le bras armé de relations publiques du père James Martin ?

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    Du substack de Diane Montagna :

    Le rapport final du groupe d'étude synodal met en lumière le témoignage d'un homme présenté dans le New York Times, béni avec son « mari » par le père James Martin après la publication de Fiducia Supplicans.

    6 mai 2026
     
    CITÉ DU VATICAN, 6 mai 2026 — Mardi, le Vatican a publié le rapport final du groupe d’étude du Synode sur la synodalité sur les « questions doctrinales, pastorales et éthiques controversées », mettant en avant deux témoignages anonymes d’hommes ouvertement homosexuels mariés à des « couples de même sexe ».

    Cette décision a été immédiatement saluée par le père James Martin, SJ, comme « un pas en avant significatif dans les relations de l'Église avec la communauté LGBTQ ».

    Ce que ni le Vatican ni le père Martin n'ont reconnu, cependant, c'est que l'un des témoignages semble avoir été écrit par un homme figurant dans un article du New York Times de 2023 recevant une bénédiction aux côtés de son partenaire du même sexe du même prêtre jésuite, un jour seulement après la publication de Fiducia Supplicans .

    Publication du rapport final

    Publié par le Secrétariat général du Synode, le rapport final a été préparé par le Groupe d'étude n° 9, qui fait partie d'un ensemble plus large de dix groupes d'étude établis par le pape François en février 2024 pour examiner les questions qui ont émergé lors de la première session du Synode sur la synodalité, tenue au Vatican en octobre 2023.

    Le groupe d’étude n° 9 a été chargé d’examiner « les critères théologiques et les méthodologies synodales pour un discernement partagé des questions doctrinales, pastorales et éthiques controversées » — bien que le groupe ait choisi, à mi-chemin de ses travaux, de requalifier ces questions en « émergentes » plutôt qu’en « controversées ».

    Ce groupe de sept membres comprenait des personnalités telles que le cardinal Carlos Castillo Mattasoglio, archevêque de Lima (Pérou) ; l'archevêque Filippo Iannone, préfet du dicastère pour les évêques ; et le théologien moral italien, le père Maurizio Chiodi, professeur à l'Institut pontifical Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille depuis 2019.

    Personnage controversé, le père Chiodi a soutenu que les relations sexuelles au sein d'une relation homosexuelle pouvaient être bénéfiques dans certaines circonstances. Il a également affirmé , en s'appuyant sur Amoris Laetitia , que la responsabilité parentale pouvait contraindre un couple marié à recourir à la contraception.

    Le rapport final de 30 pages, rédigé en italien, ressemble beaucoup à l'une des conférences labyrinthiques du père Chiodi, ce qui laisse supposer qu'il a pu jouer un rôle de premier plan dans sa rédaction.

    Structurée en trois parties, la première propose un changement de paradigme dans la manière dont l’Église aborde ses questions doctrinales, pastorales et éthiques les plus difficiles. Ce changement est présenté comme faisant partie d’un processus initié par Vatican II qui remet en question les modèles ayant prévalu dans la vie ecclésiale au cours des siècles passés.

    La deuxième partie introduit ce qu’elle appelle le « principe de pastorale » comme clé de « la mise en œuvre du changement de paradigme actuellement en cours ». Selon le résumé du Groupe d’étude, cela signifie que « la proclamation de l’Évangile doit prendre en compte l’interlocuteur, en qui cette proclamation est déjà à l’œuvre par l’Esprit (cf. Gaudium et Spes 22) ».

    Le rapport souligne la « valeur indispensable » de la « conversation dans l’Esprit » pour favoriser une « culture ecclésiale de synodalité » et propose une méthode centrée sur « l’écoute mutuelle, l’attention portée à la réalité et la mise en commun de différents domaines d’expertise » afin de « servir le discernement » des questions émergentes et d’encourager la « participation active » de ceux « directement concernés ».

    Après avoir exposé cette approche, la troisième partie l’applique à deux questions émergentes que les auteurs jugent particulièrement importantes pour les Églises locales : « l’expérience des personnes homosexuelles croyantes et l’expérience de la non-violence active ».

    Les auteurs précisent que ce document n'a pas pour but d'exercer une autorité, mais d'être le fruit d'un travail confié à un groupe d'étude dans le cadre du processus synodal, visant à favoriser le discernement dans les Églises locales.

    Ils soulignent également que le rapport ne prétend pas offrir de solutions générales ou définitives. Il propose plutôt des pistes concrètes pour amorcer une démarche de discernement, en présentant deux « cas d’écoute » tirés d’expériences réelles et en les utilisant comme point de départ d’un exercice visant à identifier les étapes de développement au sein de ces récits.

    Reconnaissant la « tension » potentielle entre les « pratiques pastorales » et l’enseignement de l’Église sur l’homosexualité, le rapport cherche à « dépasser l’impasse » en proposant « des pistes et des questions possibles pour le discernement synodal ».

    Deux témoignages

    Conformément à cette approche, le rapport final comprend (dans les annexes A, 1 et 2) deux témoignages personnels, l’un provenant du Portugal et l’autre des États-Unis. Chaque témoignage est rédigé par un homme ouvertement homosexuel qui décrit son engagement dans un « mari » avec une personne du même sexe et parle de son « mari » comme étant au cœur de sa vie personnelle, relationnelle et spirituelle.

    Le témoignage 2 commence ainsi : « Mon orientation sexuelle n’est ni une perversion, ni un trouble, ni une épreuve ; c’est un don de Dieu. Je vis un mariage heureux et épanoui et je m’épanouis en tant que catholique ouvertement homosexuel. »

    L'auteur poursuit :

    « J’ai entamé ma première relation homosexuelle à 28 ans. Cette relation a parfois été tumultueuse, mais j’ai mûri. J’ai appris à être moins égoïste et à lâcher prise, et j’ai compris que je suis davantage la personne que Dieu m’appelle à être au sein d’une relation qu’en dehors. »

    Aujourd'hui, je remercie Dieu pour mon mari, que j'ai rencontré il y a cinq ans. Il est ma plus grande source d'apprentissage et de grâce. Immigré, il subit le racisme en tant qu'homme noir et est sobre depuis sept ans. Notre vie ensemble est un véritable miracle. Bien qu'il ait du mal avec la religion institutionnelle, il m'encourage souvent à approfondir ma relation avec Dieu. Nous aimons plaisanter en disant qu'il est « spirituel mais pas religieux », tandis que je peux être « religieuse mais pas spirituelle ». Nous nous complétons et la foi est une composante vivante de notre mariage. Alors que j'ai tendance à être sceptique et pragmatique, il rayonne d'espoir et de clairvoyance. Je ne serais pas la même personne, ni la même disciple du Christ, sans lui. Nous sommes fiers de construire notre famille ensemble.

    Bien que les deux témoignages critiquent les « thérapies de conversion », le témoignage 2 dénigre spécifiquement les personnes impliquées dans l’apostolat catholique « Courage ». L’auteur écrit :

    « Mes premiers contacts avec des groupes religieux traitant de l'homosexualité remontent à mes années d'étudiant en master à l'Université de Notre-Dame, où je cachais mon homosexualité. Aux yeux des autres, j'étais un catholique fondamentaliste récemment converti, fréquentant des femmes, mais j'étais rongé par la culpabilité face à mon attirance pour les personnes du même sexe. J'ai rejoint Courage, un apostolat qui accompagne ceux qui « souffrent d'attirance pour les personnes du même sexe ». Ce groupe m'avait été suggéré par un thérapeute de conversion que j'avais consulté pour traiter mon « problème ». Ma participation aux réunions de Courage n'a guère contribué à mon développement spirituel et psychosexuel. Les rencontres se déroulaient dans le secret et la clandestinité. Les personnes que j'y ai rencontrées étaient seules, désespérées et souvent déprimées. »

    L’auteur évoque ensuite le « souffle d’air frais » qu’il a ressenti lorsqu’il a appris de « nouvelles formes de théologie » et a commencé à « lire la Bible dans son contexte » à l’université Fordham, dirigée par les Jésuites, à New York :

    À 27 ans, j'ai entamé un doctorat en théologie à l'Université Fordham. Quel soulagement ! Le corps professoral, mes amis et mes collègues étaient extrêmement solidaires des personnes LGBTQ+, et le département lui-même comptait environ un tiers de personnes LGBTQ+. J'ai découvert de nouvelles approches théologiques qui m'ont aidé à m'accepter comme un homme gay créé à l'image de Dieu. La lecture de la Bible dans son contexte m'a fait prendre conscience que les interprétations traditionnelles ont peu à dire sur les relations homosexuelles contemporaines, pourtant source de vie. J'ai commencé à prendre mon expérience, ainsi que celle des autres personnes LGBTQ+, au sérieux, comme le reflet de l'œuvre divine. À Fordham, j'ai fait mon coming out et entrepris un long cheminement de guérison spirituelle et d'intégration.

    Bien que le Vatican n'ait pas révélé l'identité de l'auteur, celle-ci devient évidente lorsqu'il écrit :

    « Je me suis engagée dans le ministère et le leadership auprès des personnes LGBTQ+, d'abord dans ma paroisse, puis avec le programme Outreach d'America Media et Fortunate Families, une association basée à Lexington, dans le Kentucky. Grâce à l'accueil bienveillant et sans jugement de personnes capables d'écouter, je me suis sentie écoutée par l'Église et j'ai compris que ma présence comptait. Des prêtres, et même un évêque, m'ont encouragée à poursuivre mon engagement. J'ai commencé à écrire pour des médias nationaux, je suis devenue une porte-parole des catholiques LGBTQ+ et j'ai travaillé avec des communautés catholiques du monde entier. Mon premier livre, « Le ministère catholique LGBTQ+, hier et aujourd'hui », retrace l'histoire du mouvement pour la pastorale catholique LGBTQ+ aux États-Unis. »

    Une simple recherche sur Internet indique que l'ouvrage LGBTQ Catholic Ministry, Past and Present est écrit par Jason Steidl et comprend une préface du père James Martin, SJ.

    Une autre recherche indique que Jason Steidl était l'homme figurant sur la photo d'un article du New York Times publié le 21 décembre 2023, soit un jour après la sortie de Fiducia Supplicans , où il apparaît aux côtés de l'homme décrit comme son « mari » lors d'une bénédiction donnée par le père James Martin.

    L'article, intitulé « Marquer l'histoire un mardi matin, avec la bénédiction de l'Église », a suscité une vive controverse et est largement considéré comme ayant contribué à la forte réaction des évêques catholiques du monde entier contre les suppliants de Fiducia .

    La publication du rapport final du groupe d’étude n° 9, avec ses témoignages, intervient quelques jours seulement après la publication d’un document officiel du Vatican révélant que le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi et auteur de Fiducia Supplicans , avait écrit aux évêques allemands en novembre 2024 pour réaffirmer que l’Église « n’a pas le pouvoir de conférer sa bénédiction liturgique lorsque cela offrirait en quelque sorte une forme de légitimité morale à une union qui se prétend un mariage ou à une pratique sexuelle extraconjugale » (FS. 11).

    Dans un communiqué de presse publié mardi, le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode, a décrit le rapport final du groupe d’étude n° 9 comme touchant « au cœur même de la vie ecclésiale », ajoutant qu’il « offre des outils concrets pour aborder les questions les plus difficiles sans fuir la complexité ».

    « C’est la méthode synodale appliquée aux situations les plus exigeantes », a-t-il déclaré.

    Mais sa publication soulève de sérieuses questions. Pourquoi le témoignage n° 2 figure-t-il dans le rapport ? Les « experts » nommés au sein du groupe d’étude savaient-ils que son auteur était l’homme mentionné dans l’ article du New York Times ? Y a-t-il eu des échanges entre les membres du groupe d’étude n° 9 et le père James Martin lors de la rédaction du document ? Son rapport final peut-il être considéré autrement que comme une propagande visant à saper la doctrine catholique sur l’homosexualité ? Et la synodalité est-elle un moyen de soutenir et de défendre l’enseignement catholique, ou un instrument pour le modifier ?

    DOCUMENTS ASSOCIÉS :

    GROUPE D'ÉTUDE N° 9 - RAPPORT FINAL COMPLET (ANGLAIS)

    TÉMOIGNAGE 1 (ANGLAIS)

    TÉMOIGNAGE 2 (ANGLAIS)

    GROUPE D'ÉTUDE N° 9 - CRITÈRES THÉOLOGIQUES ET MÉTHODOLOGIES SYNODES POUR UN DISCERNEMENT PARTAGÉ DES QUESTIONS ÉMERGENTES DOCTRINES, PASTORALES ET ÉTHIQUES : SYNTHÈSE

  • Quand Léon XIV se retrouve pris entre deux feux

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV, le défi de la tradition

    4 mai 2026

    Le grand objectif du pontificat de Léon XIV est de rétablir l’unité au sein de l’Église. La tâche s’avère toutefois particulièrement ardue. En bref, c’est plus facile à dire qu’à faire.

    Les commentaires du pontife aux journalistes qui l'accompagnaient sur le vol de retour d'Afrique vers Rome illustrent bien ce point.

    Léon a répondu à une question concernant la décision du cardinal Reinhard Marx de bénir officiellement des couples de même sexe, et sa réponse a suscité de nombreuses réactions différentes tant en Allemagne que dans le monde entier, mais celle qui est venue du chef de l'institution effective de la hiérarchie allemande est instructive.

    Mgr Georg Bätzing, archevêque de Limbourg, qui termine son mandat de président de la Conférence épiscopale allemande, a simplement déclaré qu’il poursuivrait cette pratique pastorale car il ne pense pas qu’elle crée de division au sein de l’Église.

    Il s’agit peut-être d’une dernière pique de la part d’un homme sur le départ qui s’en moque un peu, ou bien Bätzing met-il tout simplement le pape au défi de l’en empêcher ?

    Nous verrons bien.

    Une autre menace pèse sur l’unité, celle-ci provenant du monde traditionaliste.

    La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) se prépare à célébrer ses premières ordinations épiscopales depuis 1988.

    Ces ordinations seraient valides, mais non licites, car elles ont été effectuées sans mandat pontifical. Quiconque consacre un évêque sans l’autorisation du pape encourt l’excommunication de plein droit, c’est-à-dire du simple fait d’avoir commis cet acte.

    C’est ce qui est arrivé à Mgr Marcel Lefebvre et aux évêques qu’il a ordonnés en 1988, à la suite de quoi un décret formel d’excommunication a été rédigé et publié.

    Aujourd’hui, selon certaines rumeurs, un document similaire aurait déjà été préparé au cas où la Fraternité déciderait de procéder aux consécrations prévues.

    En réalité, ce type de décrets est courant ; il n’est donc pas certain que le modèle n’ait pas été prêt depuis un certain temps, quelle que soit l’issue des discussions au sein de la FSSPX.

    La FSSPX, pour sa part, estime que même l’excommunication ne s’applique pas réellement à elle. Elle estime que le droit canonique n’autorise pas l’imposition de la peine – l’excommunication – si l’acte qui l’entraînerait est commis en réponse à un danger grave perçu pour l’Église, ou si l’on estime agir de bonne foi.

    C’est effectivement vrai, mais c’est le même raisonnement que Lefebvre avait utilisé en 1988, lorsqu’un décret papal était devenu un fait contre lequel il n’y avait plus rien à redire.

    Ces dernières semaines, la FSSPX a également publié une longue interview de son supérieur, le père Davide Pagliarani, qui a réitéré le sentiment d’urgence de la Fraternité et la nécessité d’ordonner de nouveaux évêques pour assurer sa survie.

    En réalité, la Fraternité Saint-Pie X n’a même pas la volonté sincère d’engager un dialogue avec le Saint-Siège. Dans ses communications précédentes déjà, elle a clairement indiqué que bon nombre des décisions ou des orientations du Saint-Siège étaient considérées comme frôlant l’hérésie et que, par conséquent, aucun dialogue ne pouvait avoir lieu sur ce sujet.

    En bref, Léon XIV se retrouve pris entre deux feux, tous deux particulièrement tenaces.

    D'un côté, ceux qui veulent que la doctrine évolue au point de s'adapter à la société, car sinon — et c'est une phrase qui revient souvent — l'Église ne sera plus pertinente. De l'autre côté, ceux qui estiment que l'Église a trop évolué, au point de juger inapproprié tout ce qui émane du Saint-Siège, notamment en matière doctrinale.

    La question à se poser est simplement la suivante : de quel côté se situe Léon XIV ?

    Les actions du pape suggèrent au moins une ligne claire quelque part, mais pas la ligne elle-même – pas une ligne tracée par la simple volonté du pape – et certainement pas une ligne qu’il entend tracer par la force de sa volonté.

    Léon XIV soutient les manifestations dans lesquelles la présence de Dieu se fait sentir, indépendamment des débats sur leur légitimité.

    L'année dernière, par exemple, il fut surprenant d'apprendre que Léon XIV aurait envoyé un message de salutations au pèlerinage Paris-Chartres, auquel participaient des milliers de personnes, pour la plupart des jeunes, tous attachés au rite traditionnel – on a même rapporté que le pape priait pour ce pèlerinage et avait lu des extraits d'une lettre qu'il avait adressée aux catholiques de France. Puis, le nonce en Angleterre, Mgr Miguel Maury Buendía, a annoncé que Léon XIV avait demandé que des exceptions soient faites pour célébrer selon l’ancien rite chaque fois que cela serait demandé.

    En bref, Léon XIV a tendu la main au monde traditionnel, essayant de surmonter l’attitude de fermeture manifeste qui avait caractérisé la fin du pontificat du pape François.

    Cette attitude avait également affecté les congrégations religieuses considérées comme traditionalistes, telles que les Hérauts de l’Évangile, une organisation née au Brésil puis qui s’est répandue dans le monde entier. Pendant des années, les Hérauts de l’Évangile avaient été empêchés d’ordonner de nouveaux prêtres. Ils avaient été placés sous administration spéciale – le commissaire étant le cardinal Raymondo Damasceno Assis – pour des allégations qui n’ont jamais été pleinement vérifiées, et toutes les affaires civiles s’étant finalement conclues en leur faveur.

    Après de nombreuses années d’impasse, cependant, les 11 et 12 avril, les Hérauts de l’Évangile ont enfin pu ordonner 26 nouveaux prêtres, lors d’une célébration émouvante qui a également marqué un retour de l’espoir.

    Les Hérauts ne sont qu’un exemple parmi d’autres de groupes jugés trop traditionnels qui ont été pris pour cible sous le pontificat du pape François. Dans certains cas, il s’agissait de groupes très modestes, qui n’ont donc pas réussi à s’imposer. Dans d’autres cas, cela a donné lieu à une véritable tempête, comme dans le cas du Sodalitium Christianae Vitae — que l’archevêque Prevost connaissait bien à l’époque — où les accusations d’abus contre le fondateur n’ont pas conduit à une réforme (comme cela s’était produit dans des cas similaires, tels que celui des Légionnaires du Christ), mais à la suppression effective de l’ordre.

    Il faut dire que le pontificat du pape François a également été influencé par une sorte de « guerre civile latino-américaine » qui avait éclaté dans les années qui ont suivi Vatican II, où les tensions entre la théologie de la libération et les mouvements plus traditionnels étaient devenues presque insupportables.

    Léon XIV n’a pas été affecté par ces tensions, même s’il les a vécues en tant que prêtre missionnaire et évêque au Pérou. C’est pourquoi Léon XIV a été appelé à trouver un équilibre difficile entre les exigences de ceux qui voulaient une Église plus présente et plus dynamique sur les questions sociales et la nécessité d’évangéliser, d’attirer de nouvelles vocations et de favoriser la croissance de l’Église.

    C'est là le grand défi auquel le pape est confronté dans la gestion du dossier traditionaliste.

    Les traditionalistes le savent, et ils diffusent le discours d'un Saint-Siège qui ne veut pas écouter et avec lequel aucun accord ne devrait être conclu. En effet, selon la FSSPX, Léon XIV devrait les laisser faire, sans les menacer d'excommunication.

    L'excommunication est toutefois nécessaire pour que le pape affirme son autorité au sein de l'Église, et c'est pourquoi il existe l'excommunication latae sententiae, c'est-à-dire qui s'applique du simple fait d'avoir commis un acte.

    Par ailleurs, l'idée selon laquelle le pape devrait tout accepter au nom d'un principe de miséricorde mal défini est un argument qui ne tient pas la route, bien qu'il ait été avancé à maintes reprises depuis le Concile Vatican II.

    On peut être sûr que ce thème reviendra à maintes reprises tout au long du pontificat de Léon XIV. Avec le temps, on verra clairement si le pape souhaite absorber la crise ou plutôt y faire face, en levant les obstacles qui créent la division et en raisonnant, dans ce cas également, en termes d’unité de l’Église.

  • Pourquoi Léon XIV refuse de rencontrer la FSSPX; serait-ce un acte de charité pastorale ?

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    D'Éd. Condon sur le Pillar :

    Pourquoi Léon XIV refuse de rencontrer la FSSPX

    Il s'agit très probablement d'un acte de charité pastorale.

    Depuis des mois, la direction de la Fraternité Saint-Pie-X insiste sur le maintien des consécrations, actuellement prévues pour juillet. En février, le père Davide Pagliarani, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie-X, a déclaré que la décision de consacrer de nouveaux évêques avait été prise après sa demande d'audience auprès du pape Léon XIV en août 2025, restée sans réponse , et après avoir récemment reçu une lettre du Vatican « qui ne répond en rien à nos demandes ».

    Pagliarani a déclaré que la consécration de nouveaux évêques est essentielle pour assurer l'avenir de la Fraternité Saint-Pie X, lui permettant ainsi de disposer des moyens sacramentels nécessaires à l'ordination des prêtres. Il a également affirmé que l'œuvre de la Fraternité est essentielle en elle-même car, selon lui, « dans une paroisse ordinaire, les fidèles ne trouvent plus les moyens nécessaires à leur salut éternel ».

    Dans le même temps, la FSSPX a insisté sur le fait que tout dialogue avec le Vatican devait inclure les questions de doctrine et d'ecclésiologie sur lesquelles la société est « en désaccord » avec l'Église, « en particulier concernant les orientations fondamentales adoptées depuis le concile Vatican II » — ce que le Saint-Siège a déclaré ne pas pouvoir accepter.

    Tout au long de ce processus, les dirigeants de la société ont semblé adopter un ton de personnes lésées cherchant un compromis, tout en insistant sur le fait que leurs consécrations illicites se poursuivront sans mandat papal.

    Dimanche dernier, l'évêque de la société, Bernard Fellay, a semblé avertir les partisans du groupe qu'« il existe une énorme probabilité que vous tous, nous y compris, soyez excommuniés, déclarés schismatiques » par le Vatican si les consécrations se déroulent comme prévu.

    Bien que Fellay ait affirmé qu’« il y a une très forte probabilité » que tous — évêques, prêtres et laïcs — affiliés à la FSSPX soient canoniquement excommuniés « parce qu’ils [le Vatican] l’ont déjà dit publiquement », le Vatican n’a fait aucune déclaration de ce genre, et cette affirmation n’est pas étayée par le droit canonique pertinent en la matière.

    Toutefois, la déclaration de l'évêque semble s'inscrire dans la stratégie de communication de la FSSPX, qui consiste à se présenter comme la victime d'un Vatican vindicatif et déraisonnable, refusant de satisfaire ses demandes prétendument modestes.

    Parmi ces « demandes », l’une des plus importantes a longtemps été une audience pour son supérieur auprès du pape Léon XIV. Et, à mesure que les consécrations prévues approchent, les proches de la FSSPX et ses sympathisants ont de plus en plus mis en avant le refus de Léon XIV de rencontrer Pagliarani comme preuve que Rome n’est pas intéressée par la réconciliation – et qu’elle pousse même la FSSPX à une rupture plus ouverte et plus formelle.

    Mais si cette interprétation peut servir un récit commode, la réalité est que le refus de Léon de rencontrer les dirigeants de la FSSPX est plus probablement un acte de charité envers ces dirigeants, et une volonté de repousser le plus longtemps possible une crise ultime.

    Depuis que la FSSPX a annoncé son intention de consacrer plusieurs évêques sans mandat papal, la Fraternité internationale pour le Pacte de Paris (FSSPX) a martelé publiquement qu'elle le ferait à contrecœur, par une nécessité regrettable qui lui serait imposée par le Vatican.

    Selon la Fraternité Saint-Pie-X, Léon XIV a refusé toutes les demandes de bonne foi de les rencontrer, de les écouter et de comprendre leurs préoccupations. S'il acceptait, suggèrent-ils, la Fraternité pourrait être pleinement reconnue par le Vatican et réintégrée au sein de l'Église catholique.

    Le problème de cette approche — et même de la conception du dialogue de la FSSPX — est qu'elle tente de présenter la société à la fois comme une véritable expression et un membre de la communion catholique sous l'autorité du pape et, en même temps, lorsque cela s'avère nécessaire, autonome et une sorte d'interprète légitime de la doctrine en dehors du Saint-Siège.

    Suite aux rencontres avec le cardinal Fernandez au Dicastère pour la Doctrine de la Foi en février — discussions dont le Saint-Siège espérait qu'elles pourraient persuader la FSSPX de suspendre ses projets de consécrations illicites —, la direction de la Fraternité a de fait mis fin à toute perspective de négociations.

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  • Selon le Supérieur général de la FSSPX, la rupture ne provient pas de la Fraternité Saint-Pie X,  mais de la divergence flagrante des enseignements officiels  avec la Tradition et le Magistère constant de l’Église

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    Du site de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X :

    « Qui déchire la tunique du Christ ? » - Entretien avec le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X

     

    Qui déchire la tunique du Christ ?

    « La rupture ne provient pas de la Fraternité Saint-Pie X, 
    mais de la divergence flagrante des enseignements officiels 
    avec la Tradition et le Magistère constant de l’Église. »

    1. FSSPX.Actualités : Monsieur le Supérieur général, votre annonce de prochains sacres épiscopaux, le 2 février dernier, a suscité une série de réactions particulièrement vives. Que pensez-vous de cela ?

    Don Davide Pagliarani : Cela est compréhensible, car on touche à une question très sensible dans la vie de l’Église. De plus, les motifs de cette décision sont objectivement graves : ce qui est en jeu – le bien des âmes – est une question capitale. Le débat que cette annonce a déclenché connaît donc logiquement une grande ampleur : au fond, personne n’est resté indifférent. C’est objectivement positif et, providentiellement, je pense que cela correspond à un besoin très actuel. 

    En effet, ces dernières années, la sphère conservatrice et traditionaliste – au sens large du terme – a parfois donné l’impression de se réduire à un milieu de commentateurs, où s’expriment analyses, attentes et frustrations, souvent légitimes, mais qui peinent à se traduire en prises de position réalistes et conséquentes. Parmi eux, certains attendent encore une réponse du Saint-Siège aux dubia formulés il y a dix ans par quatre cardinaux – dont deux sont aujourd’hui décédés – au sujet d’Amoris lætitia, ou bien la publication éventuelle d’un nouveau motu proprio sur la messe tridentine. 

    Dans ce contexte, la décision des sacres interpelle. Ce n’est pas une énième déclaration : c’est un geste significatif qui oblige à réfléchir, à saisir la gravité réelle des problèmes actuels, et à prendre concrètement position. Rien n’est plus urgent aujourd’hui. Sans l’avoir recherché, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X se trouve être l’instrument d’une secousse salutaire – secousse dont seule la Providence est, en définitive, l’artisan. Providentiellement, il lui est donné de contribuer à quelque chose dont l’Église a certainement besoin aujourd’hui plus que jamais, pour son bien et pour sa régénération.

    1. Pourquoi considérez-vous qu’une telle secousse soit aujourd’hui particulièrement nécessaire ?

    Lorsque l’on parle et que l’on discute sans relâche, souvent de manière frustrante, de problèmes extrêmement graves qui touchent à la foi, les thèmes mêmes qui font l’objet du débat ou du dialogue finissent, à long terme, par être perçus comme discutables, dans le respect systématique des idées d’autrui et des différentes sensibilités. Peu à peu, tout se relativise. 

    De fait, le fléau du pluralisme doctrinal, auquel l’homme moderne est naturellement enclin, finit par contaminer même les âmes les plus saines : on glisse graduellement dans l’indifférentisme ; une anesthésie lente et inexorable fait perdre le sens du réel ; on s’installe dans une zone de confort, on s’attache à des équilibres et à des privilèges qu’on ne veut surtout pas compromettre ; le zèle et l’esprit de sacrifice s’amenuisent. En un mot, le danger est de s’habituer à la crise et de la vivre comme une situation normale. Tout cela se produit progressivement, sans que l’on s’en rende compte. Ceux qui ont une responsabilité envers les âmes ont le devoir d’analyser en profondeur ces mécanismes, et d’essayer de les bloquer avant qu’ils ne deviennent irréversibles.

    Or, ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas une opinion, ni une sensibilité, ni une option préférentielle, ni une nuance particulière dans l’interprétation d’un texte : ce sont la foi et la morale qu’un catholique doit connaître, professer et pratiquer pour sauver son âme et aller au Paradis. 

    En d’autres termes, face à l’Éternité et au danger de perdre le Ciel, les bavardages, les dissertations et le dialogue doivent céder la place à la réalité.

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  • Bénédictions : Léon XIV a pris ses distances avec son prédécesseur

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    D'Andrea Gagliarducci sur le NCR :

    Léon XIV : La fin de l'approche pragmatique

    ANALYSE : La manière dont Léon XIV a abordé la question de la bénédiction a marqué une rupture nécessaire avec son prédécesseur.

    Le pape Léon s'exprime à bord de l'avion papal reliant la Guinée équatoriale à l'Italie après son voyage en Afrique le 23 avril 2026.
    Le pape Léon XIV s'exprime à bord de l'avion papal reliant la Guinée équatoriale à l'Italie après son voyage en Afrique, le 23 avril 2026. (Photo : Simone Risoluti / Vatican Media)

    La conférence de presse à bord de l'avion revenant d'Afrique a été le premier signe de la rupture notable entre Léon XIV et le pontificat du pape François.

    Interrogé spécifiquement sur la décision du cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et de Freising, de bénir officiellement les couples de même sexe, Léon XIV a déclaré que le Saint-Siège avait déjà informé les évêques allemands qu'il n'était pas d'accord avec « la bénédiction formelle des couples — en l'occurrence, des couples de même sexe comme demandé — ou des couples en situation irrégulière, au-delà de ce que le pape François a spécifiquement autorisé, affirmant que toutes les personnes devraient recevoir la bénédiction ».

    Léon XIV est allé plus loin.

    « Lorsqu’un prêtre donne la bénédiction à la fin de la messe », a-t-il déclaré, « lorsque le pape donne la bénédiction à la fin d’une grande célébration comme celle que nous avons eue aujourd’hui, il y a des bénédictions pour tous. »

    Il a également remarqué comment « la célèbre expression de François, "tout le monde, tout le monde, tout le monde" ( todos, todos, todos ), exprime la conviction de l'Église que tout le monde est le bienvenu, tout le monde est invité, tout le monde est invité à suivre Jésus et tout le monde est invité à rechercher la conversion dans sa propre vie. »

    « Aller plus loin aujourd’hui », a déclaré Léon, « pourrait engendrer plus de désunion que d’unité », ajoutant « que nous devrions chercher à fonder notre unité sur Jésus-Christ et sur ses enseignements. »

    Au début de sa réponse aux journalistes, Léon XIV a également souligné que l'enseignement moral de l'Église ne concerne pas seulement les questions sexuelles, mais aussi la justice, l'égalité et la paix. Ce n'est pas la première fois qu'il le dit, et cela n'a rien de surprenant.

    À cet égard, il convient de mentionner comment le Compendium de la doctrine sociale de l'Église aborde une variété de sujets et les organise autour d'un thème central : l'Eucharistie.

    C’est pourquoi l’Eucharistie a une importance, tout comme la liturgie, et chaque fois que cette importance est relativisée, la doctrine sociale de l’Église l’est également.

    La manière dont Léon XIV a abordé la question de la bénédiction a marqué une rupture nécessaire avec son prédécesseur.

    La bénédiction des couples irréguliers a été définie dans Fiducia Supplicans , l'un des rares documents du Vatican qui a incité des conférences épiscopales entières à prendre leurs distances.

    Par la suite, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié une note d'application qui n'a fait qu'accroître les divisions, un problème que le pape Léon XIV a souligné lors de sa conférence de presse de la semaine dernière. Cette note est même allée jusqu'à définir la durée et le déroulement de la bénédiction, un exercice extrême de casuistique et de pragmatisme qui contredit par ailleurs l'appel du pape François à éviter la casuistique .

    Il s'agissait essentiellement d'un document inutile, car il intervenait dans une pratique déjà établie. Aucun prêtre n'avait jamais refusé une simple bénédiction (c'est-à-dire un signe de croix sur le front) lorsqu'on le lui demandait.

    Les suppliants de Fiducia ont également engendré un autre inconvénient. Munis de ce document, des pasteurs engagés auprès des personnes LGBTQ rendaient visite à des couples de même sexe et se faisaient photographier en train de les bénir en privé, un geste qui n'était pas un mariage mais qui semblait néanmoins approuver symboliquement une union qui n'en était pas un.

    La politique de la miséricorde devint ainsi un sujet de controverse idéologique, surtout à une époque où l'Église en Allemagne était ébranlée par ces tendances progressistes, qui cherchaient précisément à saper sa structure.

    La « voie synodale » allemande est une crise structurelle qui trouve son origine dans l'idée que la crise de l'Église en Allemagne, confirmée par la crise des abus et des dissimulations, est ancrée dans des systèmes archaïques qu'il faut démanteler, même si cela implique d'abandonner des pratiques séculaires comme le célibat ou, en effet, la notion même de famille.

    Le principe d'adapter le monde à son époque était au cœur d'un vaste débat lors du dernier Synode sur la synodalité. Le document final du synode n'a pas retenu l'expression « Église universelle », mais l'a remplacée par « l'Église tout entière ». Ce choix était délibéré. ​​Le père Giacomo Costa, rapporteur spécial du synode, a expliqué lors de la conférence de presse finale que les pères synodaux souhaitaient éviter l'idée que « l'Église universelle se situe au sommet d'un système d'Églises locales. L'Église, c'est l'Église tout entière, au sein de l'ensemble des Églises. »

    Le problème, c'est que les concepts ne devraient pas changer parce qu'ils sont mal compris ; au contraire, ils doivent être expliqués pour être mieux appréhendés. En fin de compte, un monde qui s'adapte est un monde qui renonce à l'enseignement.

    Mais sans enseignement, point d'unité. Et c'est là que Léon XIV a vu juste. Toute cette volonté de créer une voie nouvelle, pratique et alternative, en phase avec l'époque, même au-delà de la doctrine de l'Église, a engendré la désunion. Cette désunion est manifeste dans tous les domaines.

    Prenons l'exemple du camp traditionaliste : nous savons que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), les Lefebvristes, a décidé d'ordonner de nouveaux évêques le 2 juillet. Bien que ces ordinations soient valides, puisqu'elles seraient accomplies par des évêques légitimement ordonnés, elles ne seraient pas licites faute d'approbation papale. Pour ces raisons, elles entraîneraient l'excommunication et, par conséquent, un schisme mineur.

    Le Saint-Siège a manifestement tenté d'éviter cette éventualité, et le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a invité la FSSPX à un dialogue à l'ancien Saint-Office. Ce dialogue n'a abouti à rien. Curieusement, la FSSPX a cependant retourné les arguments et a demandé que la même clémence qu'elle prétendait appliquer à d'autres situations leur soit accordée. Elle a en effet demandé une suspension de la loi au nom de la sollicitude pastorale, qui, dans ce cas précis, devrait peut-être être définie plus précisément comme une sollicitude pastorale.

    Léon XIV ne s'est jamais explicitement désolidarisé du pontificat du pape François. Il reconnaît son zèle missionnaire et souhaite souligner sa bonne foi et son désir d'évangéliser. Mais, par ses paroles dans l'avion, Léon XIV a également mis en lumière le fait qu'il existe des manières d'agir et d'autres à ne pas adopter.

    Les méthodes qui créent ou exacerbent la division ne sont pas la solution.

    Il est impossible de dire si cela marque la fin du cheminement synodal de l'Église allemande. Le pape François a abordé la question à plusieurs reprises, soulignant l'existence d'une Église évangélique en Allemagne et dénonçant un processus de protestantisation au sein de cette Église qu'il jugeait inacceptable. Cependant, le défunt pontife a également laissé à l'Église allemande la possibilité d'intervenir, à travers ses actions pastorales et ses décisions qui, en cherchant à s'ouvrir à tous, ont favorisé le dialogue.

    Léon XIV, pour sa part, a établi un principe clair, replaçant la doctrine au centre.

    Si l'Église allemande avait pu s'adapter au pape François, cela semble plus difficile avec Léon XIV. Il s'agit d'une approche différente qui ne nie pas la nécessité de toucher tout le monde, mais qui ne souhaite pas que cette nécessité devienne un motif de destruction de la foi.

    Ce n'est pas une approche nouvelle, mais elle est différente de ce à quoi nous nous sommes habitués ces 12 dernières années, et il reste à voir si elle suscitera un rejet.

  • La communion pour les chiens : pour l’évêque de Coire, ce n’est pas un sacrilège

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    De Luisella Scrosati sur la NBQ :

    La communion pour les chiens : pour l’évêque de Coire, ce n’est pas un sacrilège.

    Trois fidèles ayant communié avec leur chien ne seront pas excommuniés : selon l’évêque Bonneman, l’intention sacrilège faisait défaut. Le problème demeure, car cet « incident » résulte d’abus liturgiques et d’une falsification de l’Eucharistie.

    30 avril 2026

    L’« incident » se résume aisément (voir ici ). Le 4 octobre 2025, jour de la fête de saint François d’Assise, dans la paroisse du Bon Pasteur (Guthirt) à Zurich, il fut décidé d’organiser une célébration en plein air pour la bénédiction des animaux. En raison du mauvais temps, la bénédiction fut déplacée dans l’église et intégrée à la célébration eucharistique. Au moment de la communion, certains fidèles remarquèrent que trois personnes partageaient l’hostie consacrée avec leurs chiens.

    L’évêque du diocèse de Coire, Mgr Joseph Bonnemain, informé de l’incident, décida à juste titre d’ouvrir une enquête afin d’établir les faits. Le 17 avril, le diocèse annonça que les trois fidèles n’avaient pas encouru l’ excommunication latæ sententiæ prévue par le canon 1341. 1382 §1, pour « quiconque profane les espèces consacrées, ou les enlève ou les conserve à des fins sacrilèges », l’enquête n’ayant révélé aucune intention sacrilège. Le diocèse a également annoncé que l'évêque tiendra une réunion pour toute la paroisse le 5 juin au sujet de l'exhortation apostolique Desiderio desderavi, suivie d'une adoration eucharistique solennelle et de la messe, présidée par l'évêque lui-même.

    Il est clair que, faute d'éléments recueillis lors de l'enquête demandée par l'évêque, il nous est difficile d'évaluer précisément le jugement du diocèse quant au caractère sacrilège de l'acte en question. Cependant, certains points méritent d'être clarifiés. Tout d'abord, il convient de rappeler que tous les péchés graves ne sont pas sanctionnés par la loi ; néanmoins, les péchés graves existent. D'un point de vue moral, et donc d'un point de vue pécheur, l'acte commis par ces trois personnes apparaît clairement comme un péché grave de sacrilège, à moins que les personnes concernées n'aient été gravement altérées dans leurs facultés intellectuelles et de discernement (ce qui n'est pas le cas). Certains pourraient plaider, pour leur défense, qu'ils ont agi par ignorance, mais il ne faut pas oublier que seule l'ignorance involontaire ou invincible excuse le péché. Or, tout catholique fidèle se doit de connaître les dispositions requises pour recevoir l'Eucharistie, et parmi ces dispositions, le minimum est le baptême, et tout être humain est baptisé. Si ces personnes ignoraient ce fait doctrinal élémentaire, il s'agit d'une ignorance crasse, voire d'une négligence passive – c'est-à-dire un refus de savoir ce qu'il faut savoir – ; cette ignorance non seulement n'excuse rien, mais elle transmet sa malice à l'acte qu'elle engendre. La brève déclaration du diocèse ne fait aucune mention de la gravité du péché commis, se contentant de qualifier l'épisode de « hautement répréhensible ». Et c'est déjà là un premier problème.

    Quant au crime lui-même, comme mentionné précédemment, il est difficile de l'évaluer compte tenu du peu de preuves disponibles. Cependant, il est important de noter que l'intention sacrilège d'un acte n'implique pas nécessairement l'intention d'offenser Dieu, ni, dans ce cas précis, une haine directe de la Sainte Eucharistie. Le canoniste Juan Ignacio Bañares, professeur à l'Université de Navarre, dans un article de 2003 (« La protection pénale de la Très Sainte Eucharistie, pour le bien de l'Église et pour le bien de la Foi, dans l'article 1367 du Code de droit canonique » , dans « Fidelium Iura », 2003, 13, p. 172), a souligné que « certaines intentions (obscènes ou superstitieuses) impliquant le mépris de la Présence divine dans les espèces eucharistiques, combinées à l'acte extérieur de les retenir ou de les porter sur soi, manifestent suffisamment la volonté de commettre le crime. » L'élément constitutif du crime est le mépris ou l'humiliation de l'Eucharistie par celui qui le commet. Selon un autre canoniste, Klaus Lüdicke, aujourd'hui professeur émérite à l'Université de Münster, parmi les actes manifestant le mépris de l'Eucharistie et entraînant la profanation du sacrement, figure le fait de la donner aux animaux ( Muensterischer Kommentar zum Codex Iuris Canonici , 1367/3).

    Outre l'absence d'excommunication des trois personnes impliquées, l'attitude du diocèse est profondément inquiétante. En premier lieu, le curé devrait être sanctionné, car il n'a eu aucun scrupule à transformer l'église en arche de Noé et à célébrer une messe en présence d'animaux de toutes sortes. Si les conditions météorologiques ne permettaient pas une célébration en plein air, la bénédiction aurait facilement pu être reportée. Il n'y a pas d'objection à programmer le baptême des enfants plusieurs semaines, voire plusieurs mois, après leur naissance, mais la bénédiction des animaux ne pourrait-elle pas être reportée de quelques jours par respect pour le lieu sacré et la célébration eucharistique ?

    Deuxièmement : comment se fait-il que, dans un tel contexte, le curé n'ait pas songé à interdire la communion dans la main ? Rien de plus simple pour les fidèles que de se présenter à la communion après avoir caressé leur chien pour le calmer, voire même avec leur animal de compagnie dans les bras.

    Troisièmement : les ministres de la communion – et nous abordons ici un véritable fléau qui affecte nos liturgies – sont tenus de veiller à ce que l'hostie consacrée soit consommée immédiatement, devant eux : « Il convient de veiller particulièrement […] à ce que le communiant reçoive immédiatement l'hostie devant le ministre, afin que personne ne reparte en portant les espèces eucharistiques dans sa main » ( Redemptionis sacramentum).(p. 92). Or, cette injonction est ignorée par la grande majorité des prêtres et autres ministres de la communion, même à la basilique Saint-Pierre, comme l'a attesté Andrea Zambrano il y a quelques mois (voir ici ) ; et c'est précisément cette « négligence » qui rend possibles de nombreuses profanations de l'Eucharistie, y compris celle qui s'est produite à Zurich. Si ceux qui ont donné la communion aux trois fidèles concernés avaient rempli leur devoir, le problème ne se serait pas posé. L'Instruction ajoute également que « s'il y a un risque de profanation, la sainte communion ne doit pas être distribuée dans la main des fidèles ». Or, dans une célébration où il y a littéralement des chiens et des porcs, n'était-il pas judicieux de prendre cette précaution ? Mais, comme nous le savons, la communion dans la main est devenue plus intouchable que l'Eucharistie elle-même.

    Avec tout le respect que je dois à l'évêque de Coire, il serait préférable que, plutôt que de commenter l'encyclique Desiderio desideravi, qui ne mentionne ni la profanation de l'Eucharistie ni le sacrilège, il mette en avant les normes de l'encyclique Redemptionis sacramentum, rédigée précisément pour endiguer les abus liturgiques et rétablir la discipline. L'Instruction rappelle, entre autres, que « les actes graves doivent toujours être objectivement considérés comme ceux qui mettent en péril la validité et la dignité de la Très Sainte Eucharistie », parmi lesquels le paragraphe 92, cité plus haut, est explicitement mentionné.

    Ecce panis angelorum,
    factus cibus viatorum,
    vere panis filiorum,
    non mittendus canibus.

    Voici le pain des Anges
    devenu la nourriture des hommes voyageurs ici-bas,
    le vrai pain des enfants
    qui ne doit pas être jeté aux chiens.

    (Lauda Sion)