"Le parti communiste chinois (PCC) a proposé d’autoriser le président de la République populaire de Chine à rester en poste au-delà de la limite constitutionnelle de deux mandats. Concrètement, cette proposition ouvre la voie à un maintien au pouvoir "à vie" de l’actuel président Xi Jinping. Emmanuel Veron, docteur en géographie, spécialiste de la Chine et enseignant à l’INALCO, décrypte les enjeux pour Aleteia.
Surnommé « l’empereur rouge », Xi Jinping est considéré comme le dirigeant chinois le plus important depuis quarante ans. Président de la République populaire de Chine depuis 2013, il aurait dû, conformément à la Constitution du pays, quitter ses fonctions en 2023. Mais, surprise (ou pas), le comité central du Parti communiste chinois (PCC) vient de proposer d’effacer de la constitution la mention stipulant qu’un président « ne peut pas exercer plus de deux mandats consécutifs » de cinq ans.
Depuis son arrivée à la tête du PCC fin 2012, Xi Jinping a tout mis en œuvre pour concentrer les pouvoirs sur sa personne et rétablir autour de lui un quasi-culte de la personnalité. Omniprésent, il a également durci sa politique de répression à l’égard des médias mais aussi au sein du PCC en menant une vaste lutte « contre la corruption » (plus d’un million de cadres ont été sanctionnés). Aujourd’hui âgé de 64 ans, Xi Jinping pourrait-t-il devenir le « Mao Tsé-toung du XXIe siècle » ? Docteur en géographie, spécialiste de la Chine et enseignant à l’INALCO, Emmanuel Veron revient pour Aleteia sur les enjeux d’une telle annonce.
Cette proposition du Parti communiste chinois vous fait-elle l’effet d’une bombe ou, au contraire, s’inscrit-elle dans une certaine logique ?
Emmanuel Veron : Cette affaire était dans les tuyaux depuis longtemps. Les premiers signaux ont été lancés au moment du congrès du PCC en octobre 2017. Le comité permanent, renouvelé à cette occasion, donne la trajectoire politique de la Chine au moins pour les cinq prochaines années. Chacun a senti la figure particulière de Xi Jinping : une concentration des pouvoirs sur sa personne, un pouvoir fort, et surtout la nouvelle équipe qu’il a nommé au comité permanent. Dans les faits, beaucoup de proches tels que Li Zhanshu, directeur de la direction générale du Comité central du PCC, et Wang Yang, vice-premier ministre, l’entourent au sommet du parti et de l’État mais aussi des figures intellectuelles et universitaires.
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Jusqu’à quand Xi Jinping pourrait-il rester à la tête de la Chine ?
Il me semble évident que Xi Jinping va rester pour au moins trois mandats et cela pour trois raisons. La première est le contexte international dans lequel la Chine est insérée : la Chine de Xi Jinping s’est mondialisée à un niveau sans précédent dans l’histoire du monde et du pays et l’actuel président est loin d’en avoir terminé. Le deuxième point concerne la politique nationale. Le pouvoir communiste chinois a besoin de maintenir au pouvoir quelqu’un de fort qui puisse conduire d’un seul et même trait les nombreuses réformes dont le pays a besoin et… avec une politique dirigiste. Il est donc malheureusement aussi assez évident que sur le plan national cette politique va s’accompagner d’un durcissement du contrôle et de la censure. Enfin, la troisième raison que je vois est le niveau de puissance qu’a atteint la Chine. Par exemple, jamais Pékin n’avait investi à ce point sur le continent africain (en vingt ans, la Chine est devenue le partenaire économique le plus important pour l’Afrique avec un commerce sino-africain multiplié par 20 et l’implantation de 10 000 entreprises chinoises en Afrique, d’après un récent rapport du cabinet Mckinsey Africa). Comment la Chine peut-elle continuer à s’affirmer à un tel niveau sur le plan international ? Pour le PCC la réponse a un nom : Xi Jinping. Empereur à vie, je ne sais pas, mais ce qui est certain c’est qu’avec lui la Chine s’inscrit dans une vision qu’elle a d’elle-même et déploie sa stratégie pour être la plus grande puissance au monde.
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Comment le projet des « nouvelles routes de la soie » s’inscrit-il dans le calendrier de Xi Jinping ?
C’est LE projet de Xi Jinping pour la Chine de demain ! Depuis presque cinq ans, la politique étrangère de la Chine se traduit par ces nouvelles routes de la soie. Lancées en 2013 par le président, elles doivent relier, par terre et par mer, la Chine au Proche-Orient, à l’Afrique et à l’Europe, en passant par l’Asie centrale. Au niveau financier, on est sur plus de 1 000 milliards de dollars investis côté chinois uniquement pour la construction d’infrastructures. Dans les faits, ce projet s’inscrit dans un temps long de recentrement du monde sur la Chine. L’objectif visé : sortir d’un cadre occidentalisé, onusien et, à terme, redessiner le monde avec la Chine comme centre, les pays européens comme périphéries et la « marginalisation » des États-Unis. Pour la Chine, ces nouvelles routes de la soie sont également… les nouvelles routes de la foi. En terme d’échéance, l’horizon visé est la seconde moitié du XXIe siècle. Le gouvernement chinois vise le centenaire de la République populaire de Chine pour la mise en place de ce projet.
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Cette annonce peut-elle ou va-t-elle changer les relations de la Chine avec l’Occident ?
Xi Jinping se trouve dans une logique de pouvoir et de puissance. Le langage diplomatique de la Chine à l’égard des États-Unis va, selon les dossiers, se durcir et en particulier là où la Chine talonne les États-Unis. Le jeu assez dur mené par Pékin et Washington va nécessairement impacter les décisions de l’Union européenne qui a finalement peu de marge de manœuvre par rapport à la Chine. La Chine a tout intérêt à avoir en face d’elle une Europe fragmentée et va certainement développer des relations bilatérales avec chaque pays."
Ref. Xi Jinping, empereur à vie ?
Mais quel accord le pape actuel espère-t-il obtenir d’un pouvoir absolu qui, au fond, n’a rien à négocier avec lui ? A défaut d’un compromis impossible, une compromission est déjà bien engagée par l’Eglise patriotique inféodée au régime en place. Face à Créon, il faut choisir son rôle : Antigone ou Ismène ?
JPSC
Mgr Fridolin Ambongo, nommé par le Pape archevêque coadjuteur de Kinshasa, au côté de Mgr Laurent Monsengwo, a indiqué dans une interview à la Deutsche Welle diffusée vendredi qu’il était dans la droite ligne du cardinal. Un article de Marie-France Cros sur le site de « La Libre Afrique » :
"Contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila dont le deuxième et dernier mandat de cinq ans a pourtant pris fin le 20 décembre 2016, les catholiques de République démocratique du Congo ne se résignent pas. Samedi 10 février, un collectif proche de l’Eglise catholique a en effet appelé à une nouvelle marche, le 25 février. Les deux précédentes marches, en décembre 2017 et janvier dernier, avaient été interdites et réprimées à balles réelles.
Alors que le pape François vient de nommer un coadjuteur appelé à lui succéder, le cardinal Laurent Monsengwo a été plébiscité par un “vote citoyen” comme la personnalité neutre qui pourrait diriger une éventuelle transition en République Démocratique du Congo (RDC) après le départ du président Joseph Kabila fin 2018. L’archevêque de Kinshasa a été choisi parmi une palette de douze noms. Du correspondant en Afrique de l’agence cath. ch. :
« Le Pape a nommé mardi Mgr Fridolin Ambongo, jusqu’ici archevêque de Mbandaka (l'ancienne Coquilhatville, chef-lieu de la province de l'Equateur) à la charge d’archevêque coadjuteur de Kinshasa, aux côtés du cardinal Laurent Monsengwo. Une nomination vue comme un renfort pour ce dernier.
" Aujourd’hui, les chrétiens du Proche-Orient sont confrontés à des défis si redoutables qu’on peut les qualifier d’existentiels car c’est la survie du christianisme lui-même dans les territoires marqués par l’histoire biblique qui est en jeu. Face à ces épreuves, nos frères orientaux manifestent à la face du monde un héroïsme impressionnant et admirable. Les témoignages abondent. Des familles entières et nombre de religieux ont préféré tout quitter, tout perdre, y compris parfois la vie, pour ne pas renier leur foi en Jésus-Christ. Les médias nous renvoient les images d’une ferveur inhabituelle. Le contraste est frappant avec l’atrophie spirituelle de l’Europe post-chrétienne.
Nouvelle répression, ce dimanche, des tentatives des chrétiens congolais d’organiser des marches pacifiques pour réclamer l’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016, qui balise la marche vers des élections consensuelles. Celles-ci, qui auraient dû être organisées en 2016, ne l’ont pas été, ce qui a permis au président Joseph Kabila de se prolonger au pouvoir en dépit de la fin de son dernier mandat constitutionnel.
« Plusieurs morts, entre 6 et 11, des dizaines de blessés, des églises profanées et une population congolaise à bout de patience: tel pourrait être le premier bilan de cette journée lors de laquelle les catholiques congolais voulait marcher pacifiquement pour démontrer leur détermination à obtenir de Joseph Kabila qu’il dise enfin publiquement qu’il ne chercherait pas à briguer un troisième mandat et la mise en oeuvre de l’accord de la Saint-Sylvestre, signé entre majorité et opposition sous l’égide des évêques congolais, le 31 décembre dernier, qui prévoit notamment la libération des prisonniers politiques, la fin des poursuites contre les opposants, la fin des dédoublements des partis politiques, la réouverture des médias,…