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Société - Page 236

  • "On ira tous au Paradis" ?

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    De Sixtine Chartier sur le site de La Vie :

    « On ira tous au paradis »: mais qu'a vraiment voulu dire le pape François ?

    Lors de sa conférence de presse dans l’avion de retour de son voyage en Slovaquie le 15 septembre, le pape François a prononcé une petite phrase qui suscite d'anciennes réflexions théologiques : irons-nous tous au paradis ?

    17/09/2021

    C’est une tradition à laquelle le pape François déroge rarement : la petite phrase aussi sibylline que polémique prononcée sur un ton badin lors de la conférence de presse donnée dans l’avion de retour d’un voyage apostolique.

    Cette année, de retour de Slovaquie, le pape répondait à une question sur les unions civiles et le mariage entre personnes de même sexe. François se dit favorable aux unions civiles pour les couples homosexuels mais pas au mariage en tant que sacrement. Rien de très nouveau jusque là, puisqu’il avait déjà pris position sur le sujet.

    Au détour de ses explications sur le sujet, très claires, il glisse : « Nous sommes tous égaux. Il faut respecter tout le monde. Et le Seigneur est bon. Il sauvera tout le monde. Ça il ne faut pas le dire trop fort. (rire) Le Seigneur veut sauver tout le monde. »

    À quoi bon un enfer ?

    Voilà qui ouvre de complexes réflexions théologiques au sujet du salut et des fins dernières. Car énoncer que Dieu « sauvera tout le monde » est pour le moins problématique du point de vue de la doctrine catholique. Concrètement, cela met en jeu l’existence de l’enfer : si Dieu sauve tout le monde, c'est-à-dire qu’il les emmène tous au paradis, à quoi bon un enfer ? Or l’Eglise catholique professe toujours son existence. 

    « C’est une question ancienne qui a été tranchée lors du 5e concile de Constantinople au VIe siècle », explique le dominicain Marie Augustin Laurent-Huyghues-Beaufond. Le débat se concentre autour de la figure d’Origène, père de l’Eglise dont une partie de l’enseignement a été rejeté par ce concile œcuménique du début de l’ère chrétienne. En particulier, sa conviction que « toute la création retrouvera la splendeur perdue lors de la chute d’Adam ». Un concept théologique qui répond au nom technique d’ « apocatastase », explique le dominicain. 

    « Il n’y a pas de miséricorde sans justice »

    Sauver tout le monde après la mort : quel est le problème ? « Si nous sommes tous sauvés quoique nous fassions sur terre, que sauvegarde-t-on de la liberté humaine ? détaille le frère Marie Augustin. Est-ce que Dieu est tellement tout puissant qu’il puisse contraindre l’Homme au salut ? Dieu peut il nous imposer d’être sauvés contre notre gré ? »

    Il s’agirait d’une « prédestination inversée » qui suscite encore d’autres questions, explique le dominicain : « Si nous sommes tous destinés au salut, à quoi bon travailler au bien de notre prochain sur terre ? » Nous pourrions répondre que faire le bien n’attend pas forcément de rétribution. Néanmoins, se pose une question de justice : « Notre Dieu est un Dieu de miséricorde, précise le frère Marie Augustin. Il veut donc le salut de tous. Mais il n’y a pas de miséricorde sans justice ; on le voit bien à l’échelle humaine dans les affaires d’abus sexuels. C’est la même chose pour Dieu, il ne peut pas laisser le mal impuni. »

    « Il faut maintenir l’enfer comme possibilité réelle, mais il faut espérer qu’il soit vide » 

    N’est-il pas terrible de concevoir un Dieu autorisant l’existence de l’enfer ? Sur ce point, le dominicain renvoie à un court ouvrage écrit par le théologien Hans Urs Von Balthazar, L’enfer. Une question paru en 1992. « Il dit en somme : il faut maintenir l’enfer comme possibilité réelle, mais il faut espérer qu’il soit vide. » 

    Il faut aussi rappeler que le débat sur l’enfer est, comme toutes les questions eschatologiques (c'est-à-dire touchant aux fins dernières), hautement spéculatif.  Pour ne pas s’enferrer dans des débats abscons, frère Marie Augustin propose un critère simple : « Est-ce que ce que nous disons sur la vie de l’homme dans la vie éternelle est compatible avec notre expérience présente de la vie ? » La vie éternelle étant le prolongement de la vie terrestre, l’une ne saurait contredire radicalement l’autre. Et Dieu ne saurait se contredire lui-même. 

    Une stratégie de petites phrases

    Revenons au pape François. L’épisode de l’avion est difficile à interpréter car ambigu : sa petite phrase est immédiatement corrigée par l’assertion que Dieu « veut » sauver tout le monde, ce qui annule sa première assertion et est parfaitement conforme à la doctrine catholique. 

    « Cet épisode participe de son attitude générale assez ouverte, décomplexée, sympathique, estime frère Marie Augustin. Il sait très bien que ce sujet suppose une élaboration beaucoup plus profonde, mais n’estime-t-il pas que ces constructions théologiques subtiles n’intéressent pas grand monde aujourd’hui ? » En homme de média, le pape François n’ignore certainement pas cette réalité.

    Quant au fait que son intervention se situe au sein d’une question sur le mariage homosexuel, ce n’est pas anodin. « On voit bien que depuis le début de son pontificat, sur les questions LGBT, il adopte une stratégie de petites phrases, indique le dominicain. Une façon de contourner l’impossibilité catholique de faire évoluer les textes du magistère. » Cela donne la mesure du propos du pape qui s’adresse au grand public : « Certes l’Eglise ne vous paraît pas très inclusive aujourd’hui, mais vous verrez, dans l’éternité, elle sera inclusive. Le salut est offert à tous sans distinction malgré ce que les apparences laissent croire dans la vie de l’Eglise aujourd’hui : l’accès au salut ne se fait pas en fonction de l’orientation sexuelle. » 

    Comme l’écrivait le grand mystique espagnol saint Jean de la Croix : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour ». 

  • Le wokisme : un despotisme démocratique, symptôme d'une société déchristianisée

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    D' sur le site du Figaro Vox :

    Conversations Tocqueville: «Le “wokisme”, une fièvre américaine qui atteint l'Europe»

    Le concept «d'intersectionnalité» repose sur l'idée selon laquelle les dominations (de sexe, de classe, de genre, ethniques) ne seraient pas indépendantes les unes des autres ; elles s’entremêleraient, voire se renforceraient puis aboutiraient à faire «système». Ainsi, tous les «dominés» doivent converger dans une lutte contre les «dominants». Les réunions en non-mixité, excluant les personnes blanches au profit des noires en constituent un exemple parfait. «Pourquoi des personnes partageant la même couleur de peau ou la même orientation sexuelle, seraient identiques les unes aux autres ?», s'interroge Rachel Khan, présente pour débattre de la question raciale. La nébuleuse woke, rongée par ses fantasmes de fusion, cherche à faire perdre à chaque individu sa «signature» et à l'enfermer dans une «identité figée», déplore l'auteure, née d'un père immigré africain et d'une mère juive polonaise, fille de déportés. Or, si les individus sont identifiés par leur race comment peuvent-ils s'en affranchir ?

    Pourtant certains d'incarner l'idéal démocratique, les woke instituent une tyrannie, souligne Janice Rogers-Brown, ancienne juge de la Cour Suprême de Californie. Pointant du doigt les membres de certains groupes sociaux comme des agresseurs, ils en font ses boucs émissaires et demandent leur suppression de la vie sociale : «il faut annuler les scandales vivants», résume Alain Finkielkraut.

    S'il voulait garantir la pérennité de la démocratie, Alexis de Tocqueville connaissait aussi ses dangers intrinsèques : «Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme.» (De la démocratie en Amérique, II, Chapitre 4)

    L’individu démocratique, érigeant l'égalité comme finalité de l’action politique, non seulement ne supporte plus l’inégalité, mais considère la moindre différence comme une offense. Même si l’égalité semble réalisée, l’apparence d’une inégalité injurie en quelque sorte la conscience collective. Ainsi, il n’est plus question de veiller au respect de l’égalité, mais de scruter ce qui pourrait représenter une esquisse de divergence, jugée forcément discriminante, a poursuivi le producteur de la célèbre émission Répliques.

    Symptôme d'une société déchristianisée

    Dostoïevski affirmait dans la préface des Frères Karamazov que le communisme se voulait la réalisation du royaume de Dieu sur Terre. Embrassant la théorie de l’écrivain russe, le professeur de théorie politique à Georgetown, Josh Mitchell, a développé, devant l'auditoire, l'idée selon laquelle le wokisme était une nouvelle expression du religieux dans une société déchristianisée. En effet, il se caractérise par un contrôle social inédit pour l’époque, un amour pour la vérité officielle, une obsession de la pureté morale, des relations sociales devenues pathologiques et lorsqu’un récit de persécution provient du persécuté, ne pas y croire relève du blasphème.

    Mais si la bonne parole du totalitarisme soviétique émanait de l'État, cette nouvelle tyrannie trouve racine dans nos démocraties libérales. À ce propos, René Girard disait déjà il y a 20 ans que le souci pour la victime tenait du fanatisme : «La surenchère perpétuelle transforme le souci des victimes en une injonction totalitaire, une inquisition permanente.» Alors que le Christ était le bouc émissaire de l'humanité tout entière, se livrant sur la croix pour sauver les hommes, chacun devient désormais le coupable à désigner, argumente l'universitaire américain.

    Préserver l'idéal démocratique

    Pour s'opposer à cette nouvelle hégémonie et promouvoir un récit collectif alternatif à ce discours, le passé ne semble plus être un recours, mais un repoussoir pour les plus extrêmes : «Le cadavre des anciennes humanités fait place aux revendications des minorités», a ainsi déploré Alain Finkielkraut. Pourtant, nous sommes les dépositaires d'une Histoire plus ancienne que nous, et c'est à la préserver qu’œuvrent les Conversations Tocqueville.

    À l'orée de ce moment charnière, les orateurs se sont entendus sur la nécessité de ne pas céder aux concurrences victimaires. Pour assurer un avenir commun, il faudra aller puiser au cœur des institutions démocratiques, ont-ils conclu cette première journée de discussions.

  • Rien n’est joué concernant l’avenir du catholicisme en France

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    De Laurent Ottavi sur Aleteia.org :

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    Guillaume Cuchet : « Le catholicisme aura l’avenir qu’on voudra bien lui donner »

    18/09/21

    Rien n’est joué concernant l’avenir du catholicisme en France, telle est l’opinion de l’historien Guillaume Cuchet qui répond aux questions d’Aleteia sur la situation des catholiques dans la société d’aujourd’hui, alors qu’ils sont devenus une minorité. Si les chrétiens ont des combats à livrer, en particulier dans le domaine de la culture, leurs motivations doivent être évangéliques, et pas idéologiques.

    Professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Est et spécialiste de l’histoire des religions, Guillaume Cuchet défend la thèse selon laquelle la crise du catholicisme a des racines profondes, bien antérieures au concile Vatican II, même si celui-ci fut un déclencheur. Dans son nouveau livre, Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ?, il explore les effets de la déchristianisation sur la société. Pour lui, l’avenir du catholicisme passe par une prise de conscience, « la responsabilité de chacun », et par la culture. 

    Aleteia : Votre livre précédent, Comment notre monde a cessé d’être chrétien ?, exposait les causes lointaines de la déchristianisation de notre société. Dans Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ?, voulez-vous montrer qu’il n’y a rien d’irréversible à cette évolution ?

    Guillaume Cuchet : J’ai cherché à prolonger mes courbes pour rejoindre la situation que nous avons sous les yeux, avec toutes les incertitudes que comporte l’exercice, parce qu’à mesure que l’historien se rapproche du présent, il perd évidemment son principal outil de travail qui est le recul. Il y a une tendance lourde à la déchristianisation qui remonte au XVIIIe siècle, même si elle n’est pas linéaire et qu’elle est passée par des phases, tantôt ascendantes, tantôt descendantes. L’Église était plus en forme en 1860 qu’en 1810, par exemple. Il y a aussi des scénarios plus probables que d’autres. Mais, en dernière analyse, l’avenir du catholicisme est une question posée à notre liberté, individuellement et collectivement. Il aura l’avenir qu’on voudra bien lui donner. Donc je propose d’y réfléchir un peu froidement tant qu’il en est encore temps : on peut vouloir laisser filer les choses mais autant savoir ce qu’on fait.

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  • Russie : le film "Benedetta" jugé offensant pour les croyants est interdit d'écrans

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    Du site de La Libre :

    La Russie interdit Benedetta, le dernier film de Paul Verhoeven

    La Russie a interdit Benedetta, le nouveau film de Paul Verhoeven avec l'actrice franco-belge Virginie Efira.

    Le film, qui devait sortir dans les cinémas russes le 7 octobre, n'a pas reçu de licence de distribution de la part du ministère de la Culture, a rapporté samedi l'agence étatique russe Tass.

    Certaines scènes violent en effet la législation russe en la matière et sont considérées comme offensantes pour les croyants.

    Le nouveau film du réalisateur néerlandais de 83 ans raconte l'histoire d'amour entre deux religieuses homosexuelles. Le film a été présenté en avant-première à Cannes début juillet.

  • Le motu proprio « Traditionis custodes » du pape François : un document à effet unilatéral ?

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    Une réaction de Denis Crouan sur le site « Pro liturgia » :

    « NOUVEAU Samedi, 18 septembre 2021. Depuis la publication du Motu proprio “Traditionis custodes”, un certain nombre d’évêques se focalisent sur les fidèles et les lieux de culte attachés à la forme “extraordinaire” de la liturgie romaine.

    Il serait bon qu’ils regardent aussi du côté des paroisses où l’on dit recevoir Vatican II et la liturgie restaurée dans le sillage de ce Concile. Car c’est de ce côté-là - bien plus que du côté des ”traditionalistes” - que viennent la majorité des problèmes liturgiques dont sont révélatrices les liturgies dénaturées célébrées dimanche après dimanche depuis des années. Mais ça, les évêques refusent de le voir. Et pour une raison très simple : les liturgies dénaturées sont les fruits d’une pastorale qu’ils ont eux-mêmes approuvée et encouragée. Et nos pasteurs semblent avoir à la fois trop de fierté pour faire leur “mea culpa” et pas assez de courage pour corriger les nombreuses malfaçons des célébrations paroissiales.

    NOUVEAU Samedi, 18 septembre 2021. Quand on assiste à une messe paroissiale, on constate que très peu de fidèles savent qu’ils doivent s’agenouiller à certains moments de la célébration. Il est vrai que durant plusieurs années, cette attitude d’adoration fut proscrite par un clergé autoproclamé “conciliaire”, lequel a d’ailleurs fait supprimer les agenouilloirs dans un très grand nombre d’églises.

    Pourtant, la “Présentation générale du Missel romain” consacre un long passage aux “gestes et les attitudes du corps”. On y lit :

    “Les gestes et les attitudes du corps, tant ceux du prêtre, du diacre ou des ministres, que ceux du peuple doivent viser à ce que toute la célébration manifeste une belle et noble simplicité, que soit perçue toute la vraie signification de ses diverses parties et que soit favorisée la participation de tous. On devra donc être attentif aux normes de cette Présentation générale et à la pratique reçue du rite romain ainsi qu’au bien commun spirituel du peuple de Dieu, plutôt qu’à ses goûts personnels et à son propre jugement.

    Les attitudes communes à observer par tous les participants sont un signe de l’unité des membres de la communauté chrétienne rassemblée dans la sainte Liturgie; en effet, elles expriment et développent l´esprit et la sensibilité des participants.

    Les fidèles (...) s’agenouilleront pour la consécration, à moins que leur état de santé, l’exiguïté des lieux ou le grand nombre des participants ou d’autres justes raisons ne s’y opposent. (...) Là où il est de coutume que le peuple demeure à genoux depuis la fin du Sanctus jusqu’à la fin de la Prière eucharistique, et avant la communion quand le prêtre dit Ecce Agnus Dei (Voici l’Agneau de Dieu), il sera bon de conserver cette coutume.”

    Ref. https://www.proliturgia.org/actua.html

    Au point où se trouve actuellement l’usage du missel de Paul VI, est-il encore réformable dans un sens plus proche de l’esprit de la constitution liturgique « sacrosanctum concilium » de Vatican II (1963) ?

    JPSC

  • L'ère de la manipulation de masse

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    De Anne-Laure Debaecker sur le site de Valeurs Actuelles :

    Tous manipulés

    À travers les décennies, les techniques développées par des ingénieurs du consentement n’ont eu de cesse de se développer et de s’améliorer pour influencer nos comportements, détaille David Colon. Entretien. 

    16 septembre 2021

    La « persuasion des foules » « trouve bel et bien son origine dans la démocratie » et, ainsi, des experts « fabriquent le consentement ou le dissentiment » depuis plus d’un siècle, explique David Colon dans son dernier ouvrage, les Maîtres de la manipulation . Professeur à Sciences Po Paris, membre de son administration et chercheur dans son centre d’histoire, l’enseignant a déjà consacré son précédent livre à la manipulation de masse. À travers vingt portraits de « maîtres de la persuasion » au cours du XXe siècle se dévoilent les mises en place de techniques publicitaires et de lobbying, développées pour influer sur nos actes de plus en plus discrètement. D’Edward Bernays à Walt Disney en passant par Goebbels, David Ogilvy ou encore Mark Zuckerberg, on découvre ainsi comment des hommes politiques, des idéologues, des industriels ont vu leurs intérêts servis et couronnés de succès par des entreprises de manipulation à grande échelle. On peut seulement regretter que le livre soit pudique sur le matraquage actuel opéré dans la sphère médiatique pour promouvoir le progressisme. 

    Valeurs actuelles. Dans notre XXIe siècle, en quoi consiste l’art de la persuasion de masse ? Par quels biais nous faisons-nous influencer voire manipuler ?

    On a longtemps vécu avec la conviction que l’éducation et l’information nous préservaient des dispositifs de manipulation de masse. Or, de plus en plus de recherches tendent à accréditer l’idée que nous sommes davantage influencés et manipulés aujourd’hui que par le passé. Nous sommes en effet à la fois beaucoup plus en quête d’informations et beaucoup plus informés. Nous passons quotidiennement des heures en contact avec des écrans et, par eux, nous sommes ainsi exposés tous les jours à de la propagande et des opérations publicitaires, dont certaines opèrent à notre insu. Elles sont le produit du travail d’“ingénieurs du consentement” ou d’“ingénieurs des âmes”, que j’appelle les “maîtres de la manipulation”. Au cours du siècle qui s’est écoulé, ceux-ci ont inventé et déployé des techniques et des dispositifs toujours plus perfectionnés de persuasion de masse.

    Pour illustrer cet art, votre livre met en avant une vingtaine de portraits de ces maîtres de la manipulation. Sur quels critères les avez-vous retenus ?

    J’ai retenu vingt personnages qui ont en commun d’avoir eu l’intention de persuader ou de manipuler les masses, qui ont eu la capacité de le faire à grande échelle, ce qui n’est pas donné à tout le monde, et qui ont atteint leur but en produisant des effets mesurables. Tous sont des hommes, ce qui s’explique par le fait que le milieu dans lequel ils évoluent est très largement masculin, qu’il s’agisse de la publicité, du cinéma, de la communication politique ou des géants du numérique. Beaucoup d’entre eux se connaissent, s’inspirent les uns des autres, se plagient parfois, et rivalisent d’ingéniosité pour s’imposer face à leurs concurrents. À travers ces vingt portraits, je retrace un siècle d’histoire de la persuasion et de la manipulation de masse.

    Comment expliquer l’écrasante majorité d’Américains dans vos portraits ?

    Les États-Unis sont le creuset de l’industrie de la manipulation de masse. Depuis le début du XXe siècle, ils sont la première puissance économique mondiale et ont vu naître la consommation de masse, les relations publiques, le marketing, les études de marché, les sondages, la publicité scientifique… Ils accueillent les plus grands centres d’étude de la communication, de la propagande et des comportements humains. Ils ont ainsi dominé l’art de la manipulation de masse et continuent de le faire à travers certaines entreprises de la Silicon Valley comme Facebook, qui est le plus grand outil de manipulation de masse de l’histoire, capable de modéliser, de prédire et d’influencer les attitudes et les comportements de 2,8 milliards d’utilisateurs.

    Vous distinguez différentes approches concurrentes de la persuasion, lesquelles ?

    La première est celle de l’exposition, qui repose sur la conviction que plus on expose les individus à une publicité ou à un programme politique, plus on a de chance de les encourager à adopter le comportement voulu. La deuxième est une approche scientifique, qui consiste à déterminer un contenu persuasif en fonction des effets mesurés par des expériences ou des études de marché. La troisième est l’approche psychologique, qui consiste à appliquer la psychologie à l’art de la persuasion en vue d’identifier et d’influencer les mobiles des conduites humaines.

    Tout au long du XXe siècle, ces approches ont été plus ou moins concurrentes et distinctes. Elles tendent désormais à devenir complémentaires dans les dispositifs publicitaires proposés par Facebook et par d’autres firmes de la Silicon Valley. L’analyse prédictive du comportement des utilisateurs combine en effet une approche scientifique reposant sur l’exploitation de leurs données comportementales et l’élaboration de leur profil psychologique, et une approche par l’exposition consistant à déterminer le moment le plus approprié pour porter, souvent de façon répétée, un message individualisé à la connaissance des individus ciblés. C’est ce qui fait des services publicitaires des plates-formes comme Facebook des outils de manipulation individualisée de masse, et les rend d’autant plus redoutables que les dispositifs de persuasion sont de plus en plus difficilement perceptibles. La manipulation est devenue furtive.

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  • 22 septembre - 31 octobre : 40 days for life "pour aider à mettre fin à l'injustice de l'avortement"

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    Du site de 40 days for life :

    traduction de la présentation :

    Aider à mettre fin à l'injustice de l'avortement

    40 jours pour la vie est une campagne de 40 jours coordonnée au niveau international qui vise à mettre fin à l'avortement au niveau local par la prière et le jeûne, la sensibilisation de la communauté et une veille pacifique toute la journée devant les établissements pratiquant l'avortement.

    PRIÈRE ET JEÛNE

    Le Christ nous a dit que certains démons ne peuvent être chassés que par la prière et le jeûne. Les deux vont de pair. La prière nous maintient enracinés dans le fait que notre désir est d'accomplir la volonté de Dieu. Le jeûne est un sacrifice qui nous aide à dépasser nos propres limites avec l'aide de Dieu.

    Chaque jour, pendant les 40 jours pour la vie, les individus, les églises, les familles et les groupes seront invités à s'unir dans la prière pour une demande spécifique, afin que le Corps du Christ tout entier puisse s'unir autour d'un objectif commun.

    Les personnes de foi sont également invitées à jeûner tout au long des 40 jours pour la vie. Nous croyons que lorsque le peuple de Dieu jeûne avec un esprit brisé, repentant et contrit, notre Père céleste entendra du ciel et guérira nos vies, nos églises, nos communautés, notre nation et notre monde.

    VEILLE CONSTANTE

    La pièce maîtresse visible et publique des 40 jours pour la vie est une veillée de prière ciblée, de 40 jours, non-stop, 24 heures sur 24, devant un seul centre Planned Parenthood ou autre établissement pratiquant l'avortement dans votre communauté.

    Il s'agit d'une présence pacifique et éducative. Ceux qui sont appelés à témoigner pendant cette présence 24 heures sur 24 envoient un message puissant à la communauté sur la réalité tragique de l'avortement. C'est aussi un appel à la repentance pour ceux qui travaillent dans le centre d'avortement et ceux qui le fréquentent.

    Si vous n'avez pas de centre d'avortement ou de bureau de Planned Parenthood dans votre ville, vous pouvez tout de même organiser les 40 jours pour la vie ; cependant, vous devrez choisir un autre endroit qui a une certaine importance stratégique - peut-être près de la mairie, d'un palais de justice ou d'une intersection très visible.

    SENSIBILISATION DE LA COMMUNAUTÉ

    Pendant les 40 jours pour la vie, le message est porté de manière proactive dans tous les coins de votre communauté. La sensibilisation des médias se fait par le biais de reportages, d'émissions-débats et d'éditoriaux soigneusement ciblés. La participation des églises commence par des rencontres avec les pasteurs locaux, d'autres responsables d'églises et les membres de différentes congrégations.

    Une pétition et une campagne d'information en porte-à-porte sont lancées auprès de chaque foyer de votre ville. Les gens montrent visiblement leur soutien aux 40 jours pour la vie en portant des bracelets, en plaçant des panneaux dans leur jardin ou en affichant des autocollants sur leur véhicule.

    Si votre communauté possède un campus universitaire, un grand nombre d'étudiants peuvent être touchés par une action intense de 40 jours sur le campus. Cela peut consister en des campagnes de tracts, des témoignages publics, des campagnes de pétition, des expositions de tables, et bien plus encore.

  • Le Parlement européen réclame une reconnaissance du mariage pour tous dans toute l’UE

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    Une synthèse de presse de gènéthique.org :

    « Mariage pour tous » : le Parlement européen réclame une reconnaissance dans toute l’UE

    16 Sep, 2021

    Le Parlement européen réclame une reconnaissance des « unions homosexuelles » dans toute l’UE

    Mardi, les députés européens ont adopté un texte non contraignant réclamant « que les couples homosexuels puissent bénéficier des mêmes droits que les autres dans tout l’Union européenne ». Notamment en ce qui concerne la liberté de circulation, et le regroupement « familial ». Ils visent en particulier la Roumanie, la Pologne et la Hongrie, appelant l’UE « à prendre des mesures supplémentaires » à leur encontre. Mais aussi « onze pays » dans lesquels « les parents légaux d’un enfant ne peuvent être deux femmes ou deux hommes et donc la filiation des deux parents ne sera pas reconnue pour les familles homosexuelles arrivant d’un autre État membre ».

    De la contraception au « mariage homosexuel »

    Dans un livre sur l’Europe paru ce 16 septembre en Italie, le pape émérite Benoit XVI relie le « mariage homosexuel » à l’introduction de la pilule contraceptive, qui a « transformé les consciences des hommes, lentement d’abord, puis de plus en plus clairement » : « Si la sexualité est séparée de la fécondité, alors, inversement, la fécondité peut naturellement être pensée sans sexualité ». L’homme devient « un produit planifié », et les conséquences sont lourdes : « ce qui peut être fabriqué peut aussi être détruit ».

    Est-il juste de tuer une vie humaine pour résoudre un problème ?

    De son côté, le pape François a accordé une demi-heure d’entretien aux journalistes présents lors de son voyage retour de Slovaquie. Parmi les sujets évoqués, l’avortement :

    « L’avortement est plus qu’un problème. L’avortement est un homicide. Qui pratique l’avortement tue, sans demi-mesurePrenez n’importe quel livre sur l’embryologie pour les étudiants en médecine. La troisième semaine après la conception, tous les organes sont déjà là, même l’ADN… C’est une vie humaine, cette vie humaine doit être respectée, ce principe est tellement clair ! À ceux qui ne peuvent pas comprendre, je poserais cette question : est-il juste de tuer une vie humaine pour résoudre un problème ? Est-il juste d’engager un tueur à gages pour tuer une vie humaine ? Scientifiquement, c’est une vie humaine. Est-il juste de la supprimer pour résoudre un problème ? »

    Source : Aleteia (16/09/2021) ; Le Figaro, Jean-Marie Guénois (15/09/2021) ; La Croix, Xavier Le Normand (16/09/2021) ; AFP (14/09/2021); Photo : Pixabay DR

  • Du gymnase au bar à café, les églises de la province d'Anvers obtiennent une nouvelle fonction

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    Lu sur la Gazet van Antwerpen :

    17 septembre 2021

    p. 8-9  :

    Du gymnase au bar à café, les églises obtiennent une nouvelle fonction

    Dans les prochaines années, la province d'Anvers investira 5 millions d'euros dans une politique en faveur des églises sur son territoire. De nouvelles utilisations seront recherchées et des ajustements seront effectués pour permettre d'autres utilisations des bâtiments de l'Eglise. Les églises de Flandre se vident. Sur les 1 786 églises paroissiales, 8 % ne sont plus utilisées, 60 % ne sont ouvertes qu'une ou deux fois par semaine et 50 % ne sont ouvertes que lors des offices. Les plans de politique ecclésiastique flamands ont identifié un tiers des bâtiments ecclésiastiques pour une éventuelle réutilisation ou une utilisation secondaire. Dans la province d'Anvers, cela concerne 298 églises. Parmi celles-ci, 102 sont des églises dites B, pour lesquelles une utilisation secondaire ou supplémentaire doit être examinée à court terme. Le vicaire Wim Selderslaghs : "Nous discutons déjà des besoins de la communauté religieuse et de la mesure dans laquelle le bâtiment de l'église répond à ces besoins. Nous examinons si et comment nous pouvons mettre le bâtiment au service d'un plus grand nombre de communautés. Mais ces discussions sont souvent bloquées par le manque de ressources pour y travailler. Les congrégations nous disent que leurs budgets sont sous pression. Les implantations d'églises n'ont pas l'argent nécessaire pour commencer à gérer le bâtiment différemment et impliquer des partenaires."

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  • Benoit XVI-Rémi Brague : même combat

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    Dans le cadre de conférences organisées à l’Université de Liège, l’Union des étudiants catholiques liégeois et le groupe de réflexion sur l’éthique sociale avaient invité, voici quelque temps déjà, le philosophe Rémi Brague, professeur ordinaire à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne et à la Ludwig-Maximilian Universität de Munich. Membre de l’Institut, celui-ci a reçu le Prix de la Fondation Ratzinger-Benoît XVI. Elle rejoint la dénonciation, renouvelée aujourd’hui par le pape émérite (Un texte inédit de Benoît XVI sort en Italie ), de l’anthropologie mortifère que l’Occident postchrétien fait peser sur le monde.

    the-preaching-of-the-antichrist-luca-signorelli.jpgVoici, en synthèse, un rappel de cette conférence intitulée :  « Eclipse de Dieu, éclipse de l’homme ». Elle n’a pas pris une ride :

    Mort de Dieu, mort de l’homme

    Le titre est une métaphore empruntée à l’œuvre du philosophe juif Martin Buber (Vienne 1878-Jérusalem 1965) illustrant  le thème de la mort de Dieu que l’on rencontre aussi chez Max Weber (Le désenchantement du monde, 1917) et, bien sûr, Friedrich Nietzche (le Gai Savoir, 1882) : plus que de triomphe, c’est un cri d’inquiétude auquel répond celui de la mort de l’homme que l’on trouve chez Léon Bloy, Nicolas Berdiaev ou André Malraux. Il a été repris et rendu célèbre par Michel Foucauld (Les mots et les choses, 1966) ramenant cette idée à la critique d’une incohérence logique : si le prototype disparaît, alors la copie doit aussi s’effacer. La thèse de Rémi Brague est moins innocente : selon lui, la disparition de Dieu à l’horizon de l’humanité pourrait, de fait, entraîner celle de l’humanité elle-même, sinon physique en tout cas ontologique: la disparition de ce qui fait l’humanité de l’homme.

    Echec de l’athéisme ?

    Pour Rémi Brague, l’athéisme est un échec. Sa faveur croissante dans l’opinion publique n’est pas une objection pertinente. Pour un philosophe, la quantité de gens qui défendent une opinion déterminée n’est pas un argument en soi : ni pour, ni contre. Mais d’autres succès spectaculaires sont à mettre au crédit de l’athéisme :

    Au niveau théorique d’abord, la science moderne de la nature n’a plus besoin d’une religion « bouche-trou » lorsqu’on cherche une explication du monde. Mais, on peut ici se demander si une religion a vraiment jamais prétendu expliquer comment le monde fonctionne. Quoi qu’il en soit, le Dieu horloger de Voltaire a vécu. Cette victoire théorique se complète d’une victoire dans la pratique politique, laquelle montre que les sociétés d’aujourd’hui peuvent s’organiser sans avoir besoin d’un principe supra humain de légitimité. Reste que toutes les religions ne cherchent pas à réglementer la société : on oublie trop à cet égard que le christianisme n’édicte pas de règles de conduite fondamentalement distinctes de celles que la raison naturelle a ou pourrait trouver par ses propres forces.  De fait, le Décalogue qui est ce qu’il a retenu de la Torah des juifs n’est jamais que le « kit » de survie de l’humanité : un minimum.

    Quoi qu’il en soit, les deux « victoires » de l’athéisme sont énormes dans l’histoire de l’humanité. Mais elles appellent tout de même deux observations :

    D’une part, l’athéisme n’est pas nécessairement l’affirmation militante de convictions agressives. Ce peut être d’abord un principe de méthode : une mise entre parenthèses du divin. C’est pourquoi on a inventé des termes comme « agnosticisme », « sécularisme » ou « humanisme » (un parti politique belge d’origine chrétienne a même adopté ce qualificatif). D’autre part, cet agnosticisme lui-même ne concerne pas que les questions religieuses : le positivisme philosophique se contente de connaissances « positives » sur le monde, sans chercher les causes dernières des phénomènes qu’il appréhende.

    Est-il légitime que l’homme existe ?

    Malgré tout cela, l’athéisme contient un défaut mortel, même sous sa forme atténuée de l’ agnosticisme. Il y a, en effet, une question sur laquelle l’athéisme n’a rien à dire dès lors que la racine de l’homme serait l’homme lui-même : s’il n’existe aucune instance supérieure à l’homme, comment celui-ci pourrait-il affirmer sa propre valeur?  Si c’est l’homme lui-même qui se juge, comme dirait Chesterton, c’est le signe du fou, dont l’histoire politique nous montre maints exemples.

    Au tournant des XVIIIe-XIXe siècles, Fichte, radicalisant la philosophie de Kant, croit avoir trouvé la solution : le divin est donné dans la loi morale qui est présente en nous et dont nous aurions tous conscience. Donc, il n’y a pas besoin de foi en Dieu mais, en revanche, il y a quelqu’un en qui nous avons besoin de croire : c’est l’homme.

    Croire en l’homme, malgré ce théâtre de grand guignol que représente l’histoire ? Nous avons eu, au XXe siècle, deux régimes explicitement athées : l’un anti-chrétien parce qu’anti-juif, l’autre anti-juif parce qu’anti-chrétien. « J’ai honte d’être un être humain » disait alors la philosophe allemande d’origine juive Hanna Arendt. Et aujourd’hui la question de la légitimité de l’être humain se fait encore plus concrète parce que nous avons, à grande échelle, les possibilités techniques d’en finir avec l’humanité. Or, comme disait Leibniz, les possibles ont une tendance à exister.  

    Mais, à supposer même que l’athéisme ne tue personne, est-il capable de donner des raisons de vivre ? L’homme n’est peut-être pas le gentil du film hollywoodien, c’est peut-être le méchant ou, comme disait le philosophe angliciste allemand Hartmann, la « sale bête » universellement prédatrice, universellement envahissante ne se contentant pas de sa niche écologique mais faisant irruption partout : si l’homme disparaissait, alors tout de même la nature serait libre.

    Que faire avec ce genre d’argument ?  Une réponse serait de dire qu’il y a un instinct de survie et que l’homme peut bien continuer à exister sans s’occuper de sa propre légitimité. Mais alors, le seul animal qui se pose la question des raisons de ce qu’il fait renoncerait à la raison à propos d’un problème qui met en jeu son existence.

    Cette impasse rationnelle n’appelle qu’une issue raisonnable : c’est de trouver un point de référence extérieur qui puisse dire qu’il est bon qu’il existe des hommes, un levier d’Archimède qui soit en droit de dire, justement parce qu’il n’est pas homme, que celui-ci, malgré tout, doit être sauvegardé et, conclut Rémi Brague, pour nommer ce point de référence extérieur, si vous trouvez un meilleur terme que Dieu, vous me faites signe.

    Dans son célèbre « Drame de l’humanisme athée » publié à la fin de la seconde guerre mondiale, le Père Henri de Lubac estimait que si l’on peut construire une société sans Dieu, elle serait inhumaine. Moins optimiste, Rémi Brague ajoute qu’une telle société serait séculaire au sens propre du terme, c’est-à-dire que raisonnablement, elle ne pourrait donner que la vie d’un individu humain en sa longévité maximale.

    JPSC

  • Mariage homosexuel, pilule, suicide assisté... Un nouveau livre de Benoît XVI salué par François

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    Du site de Famille Chrétienne :

    Mariage homosexuel, pilule, suicide assisté... Un texte inédit de Benoît XVI sort en Italie

    16/09/2021

    « Avec la légalisation du “mariage homosexuel” dans seize États européens, le thème du mariage et de la famille a pris une nouvelle dimension qui ne peut certainement pas être ignorée ». Telle est la première phrase du texte inédit du pape émérite Benoît XVI introduisant l’ouvrage La Vera Europa, identità e missione, – La vraie Europe, identité et mission – qui paraît le 16 septembre aux éditions CantagalliLe livre de 264 pages est le troisième volume d’un projet éditorial qui rassemble une sélection des textes de Joseph Ratzinger-Benoît XVI. Les deux précédents ouvrages avaient également été préfacés par le pape François.

    Liens étroits entre la pilule et le suicide assisté

    Dans son texte d’un peu plus de deux pages envoyé à l’éditeur en avril dernier, Benoît XVI dresse un raisonnement en quatre temps. D’abord, il explique que « le “mariage homosexuel” est en contradiction avec toutes les cultures de l’humanité qui se sont succédées jusqu’à présent ». Jamais auparavant n’avait été remis en question le fait que « l’existence de l’homme – en tant que mâle et femelle – [était] ordonnée à la procréation », insiste-t-il. Cette « certitude originelle qui a été évidente pour l’humanité » a selon lui été bouleversée avec l’introduction de « la pilule » contraceptive. Car celle-ci a rendu possible la « séparation entre fécondité et sexualité ». Dès lors, toutes les formes de sexualité sont devenues « équivalentes » ; « il n’existe plus aucun critère de fond », constate le pontife émérite.

    Il en déduit que, si la sexualité est séparée de la fécondité, « alors, inversement, la fécondité peut naturellement être pensée sans sexualité ». L’homme ne serait donc plus compris comme « un don reçu » mais un comme « produit planifié ». Or, « ce qui peut être fabriqué peut aussi être détruit », prévient le théologien de 94 ans. Et de s’inquiéter de la « tendance croissante » au recours au « suicide comme fin planifiée de la vie ». Finalement, le pape émérite assure que derrière les réflexions sur le mariage homosexuel, la pilule ou bien le suicide assisté se cache une « question fondamentale » : « qui est l’homme ? ». Il pose alors cette alternative : « soit l’homme est la créature de Dieu, l’image de Dieu, le don de Dieu, soit l’homme est un produit que lui-même sait créer ».

    Un raisonnement salué par le pape François

    Dans sa préface rédigée le 28 juillet dernier, le soutien du pape François au pape émérite est manifeste. « Je suis heureux de présenter ce volume », commence-t-il par écrire, avant de reprendre brièvement l’alternative existentielle proposée par son prédécesseur et les enjeux qu’elle soulève. Il s’attriste lui aussi du fait qu’en Europe, « l’idée de respect de toute vie humaine disparaît de plus en plus, à partir de la perte de la conscience de son caractère sacré ».

    Puis il écrit : « au fil des ans, Benoît XVI n’a pas craint de dénoncer avec beaucoup de courage et de clairvoyance les nombreuses manifestions de ce renoncement dramatique à l’idée de création, jusqu’aux conséquences actuelles les plus récentes ». Des conséquences qui, selon le pontife argentin, sont « décrites de manière absolument claire et convaincante dans le texte introductif [de Benoît XVI, ndrl]».

    En conclusion de sa préface, le pape François fait sienne l’espérance de son prédécesseur, convaincu que « le désir de Dieu » est « profondément inscrit dans chaque âme humaine et ne peut disparaître ». Et de le citer : « nous les humains, sommes agités jusqu’à ce que nous ayons trouvé Dieu. Cette agitation existe aussi aujourd’hui. C’est l’espérance que l’humanité, encore et toujours, se mette en route vers ce Dieu ».

  • Les sociétés à forte fécondité ont tendance à être ferventes, dévotes et enthousiastes sur le plan religieux

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    15 Sep 2021

    Professeur émérite — en titre et en réalité — d’histoire à l’Université Baylor, Jenkins formule d’emblée une généralisation évidente sur le plan intuitif, mais puissante : « Les sociétés à forte fécondité… ont tendance à être ferventes, dévotes et enthousiastes sur le plan religieux. Inversement, plus le taux de fécondité est bas et la taille de la famille réduite, plus la tendance à se détacher de toute religion organisée ou institutionnelle est grande. » En d’autres termes, plus succincts, « la fécondité et la foi font route ensemble ».

    La majeure partie de l’étude de Jenkins développe ensuite les aspects parfois peu évidents de cette thèse. Ainsi « ce qui, dans l’économie religieuse, distingue les gagnants des perdants n’est pas la solidité de leur théologie, mais leurs taux de fécondité » ou « les religions doivent développer de nouvelles méthodes de présentation de leurs opinions » si elles veulent survivre et réussir, ou encore « la sécurité et la stabilité tendent à réduire la fécondité » (et donc la foi).

    Concernant les musulmans, Jenkins se concentre sur ce qu’il appelle « l’islam à deux niveaux », et distingue pour ce faire les pays à forte fécondité comme le Yémen et l’Afghanistan, et les pays à faible fécondité comme l’Albanie et l’Iran. Le premier niveau se caractérise par un « ensemble de valeurs » caractérisé par le communautarisme, une mentalité traditionnelle, une conception des sexes moins égalitaire et plus régentée, un sens plus aigu de l’honneur, une plus grande propension à l’agressivité et à l’instabilité ainsi qu’une adhésion inconditionnelle à des valeurs religieuses. Le second niveau se caractérise par une mentalité plus occidentale, une grande stabilité et un sens développé de l’individualisme. Les dirigeants iraniens méprisent tellement cette mentalité de plus en plus occidentale qu’en 2010, Mahmoud Ahmadinejad a décrit le désir de consommer plus plutôt que d’avoir des enfants comme « un acte de génocide ».

    Contre toute logique, Jenkins observe que « même l’Arabie saoudite se trouve désormais sous le seuil de remplacement [des générations] », et insiste dans le même temps sur le fait que « aucun critère rationnel ne permet d’affirmer que l’Arabie saoudite… est en voie de sécularisation ». Or, les preuves manifestes d’un tel mouvement ne manquent pas. Pour ne citer qu’une statistique, un sondage WIN/Gallup de 2012 a montré que les « athées convaincus » représentaient 5 % de la population en Arabie saoudite tandis que les personnes « non religieuses » représentaient 19 %.

    Jenkins émet plus d’une observation perspicace. En voici trois. La démographie signifie que « les chrétiens du Sud du globe sont à bien des égards plus proches de leurs voisins musulmans que de leurs coreligionnaires européens. » « L’idéologie de l’honneur [est] un indicateur de développement rarement pris en compte par les décideurs politiques. » Le déclin démographique de l’Iran « rend moins probable l’hypothèse d’une chute du régime à la suite d’une agitation populaire ».

    À l’instar de ses autres écrits, Jenkins donne ici beaucoup de matière à réflexion et à discussion.

    Source

    Fertility and faith
    par Philip Jenkins
    publié aux éditions Baylor University Press,
    à Waco (Texas),
    en juillet 2020,
    270 pages,
    ISBN-13 : 978-1481311311,