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Témoignages - Page 106

  • Il est urgent que la bioéthique retrouve l’amitié de la nature humaine

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    De Gènéthique magazine :

    François-Xavier Putallaz : « La nature ne se laisse pas manipuler »

    30 Juin, 2022

    Alors que l’écologie, le climat, l’environnement sont au cœur de l’actualité, la notion de nature est souvent mal comprise. Le philosophe François-Xavier Putallaz, professeur à l’Université de Fribourg et auteur de Qu’est-ce que la nature ?, a accepté de répondre aux questions de Gènéthique.

    Gènéthique : En quoi la bioéthique est-elle influencée par la question de la nature ?

    François-Xavier Putallaz : Aujourd’hui la bioéthique oscille entre deux extrêmes : la raison débarrassée de la nature, ou l’utilitarisme avec son calcul visant à maximiser le plaisir. Ayant rejeté la possibilité de toute connaissance en profondeur des choses naturelles, il ne restait à la pensée de Kant que la pure raison, ce qu’on appelle « l’impératif catégorique » : la raison dicte de manière rigide les comportements. A l’autre extrême, l’utilitarisme évalue une technique biomédicale en fonction des seules conséquences, avantages et souffrances qu’elle implique : la bioéthique se réduit à une mise en balance des intérêts. Dans les deux cas, la nature est écartée.

    Pour éviter ces deux positions extrêmes, nous invitons à reconsidérer en profondeur la nature des choses et surtout la nature humaine, car celle-ci fournit les normes adéquates pour le comportement et pour la technique. C’est une forme d’écologie intégrale à laquelle tout le monde aspire actuellement. Ce livre prétend offrir quelques clarifications indispensables.

    G : Quelles sont les conséquences sur la bioéthique de l’opposition caractéristique de la pensée actuelle entre liberté et nature ?

    FXP : L’opposition est en effet radicale aujourd’hui entre liberté et nature : ou bien, dit-on, il faut respecter les processus naturels sans que les humains y interviennent ; ou bien, on absolutise la liberté individuelle, qui se prétend souveraine : selon la formule de Descartes, on rendrait l’homme « comme maître et possesseur de la nature ». La conséquence en est une arrogance outrancière, où l’individu se met au centre, au point de détruire les ressources naturelles : la crise écologique est manifeste. En bioéthique cette même déviance s’exprime dans la prétention à « l’autonomie reproductive » pour le début de la vie : toute technique devrait être mise à disposition de la liberté individuelle de réaliser tous ses désirs. Une femme ne peut porter d’enfant ? Alors la Grossesse pour Autrui (GPA) est aussitôt réclamée, sans qu’on s’inquiète de la « nature » ni de la servitude que cela impose à des femmes exploitées dans leur corps. De même pour la fin de vie : puisque la liberté individuelle est absolutisée, elle se prétend maîtresse de la vie comme de la mort. Et cela est si ancré dans nos mentalités depuis 300 ans, qu’on ne voit même plus ce qui pourrait poser problème.

    Or problème il y a dans les deux cas : par nature, on ne peut sans dégât majeur arracher un enfant à une femme qui l’a porté durant 9 mois ; par nature, on peut difficilement revendiquer un « droit de mourir », comme si nous maîtrisions tout. Si on comprend certes les souffrances et les aspirations de chacun, euthanasie et GPA ne trouvent pourtant aucun fondement naturel et rationnel.

    G : Comment trouver le chemin d’une réconciliation entre l’homme et la nature qui soit normative, une éthique applicable en bioéthique ?

    FXP : Le problème vient que la notion de « nature », que je viens d’employer, est comprise de manière inadéquate. On réduit hélas la « nature » à l’ensemble des phénomènes physiques et biologiques du monde qui nous entoure et du corps humain. Dans ce sens, évidemment, la nature n’est pas normative : une paire de lunettes n’est pas naturelle. Mais il faut entendre le terme « nature » dans un sens bien plus riche et plus large : c’est l’essence d’une chose, aspirant à se réaliser pleinement. « Par nature » les yeux sont faits pour voir : la technique (lunettes ou opérations au laser) est justifiée parce qu’elle contribue à la réalisation de cette finalité. Les lunettes sont en ce sens naturelles : elles vont dans la direction indiquée par la nature.

    Par nature un enfant est destiné à naître dans une famille avec un père et une mère. Une technique (GPA) qui dissocie la parentalité ne va pas dans le sens de la nature.

    Mais ce langage est inaudible actuellement, car il heurte une liberté absolutisée et la volonté de réaliser ses désirs à n’importe quel prix dans une société de consommation déviante. Ce que nous défendons au contraire, c’est une liberté qui, au lieu de porter atteinte à la nature extérieure (source de la crise écologique), au lieu de brimer la nature humaine (comme si le corps humain était un bien de consommation), discerne la finalité inscrite de la nature et développe des moyens techniques qui la respectent et la perfectionnent. Nous prônons une amitié de la liberté et de la technique avec la nature. Car la technique n’est pas auto-normative : elle n’a de sens que si elle est au service de l’humain, et notamment des plus faibles.

    G : La nature peut-elle remettre en cause les choix qui ont été faits ces dernières décennies en matière de bioéthique ?

    FXP : L’avenir le dira. Mais de même que, sous nos yeux, la nature environnante réagit avec force à la violence d’une exploitation exagérée, de même la nature humaine réagira aux exagérations dans l’utilisation des techniques qui ne respectent pas sa finalité. A qui fera-t-on croire qu’une « mère porteuse » sort indemne de cette aventure ? Croit-on vraiment que les proches ne seront pas impactés à long terme par un suicide médicalement assisté ?

    La nature ne se laisse pas manipuler : elle est si imprégnée de finalités qu’elle finira par s’imposer à toute liberté qui ne se résout pas à la respecter.

    C’est le sens de ce livre : la nature n’est pas figée dans un passé derrière nous (ça c’est le natif), mais elle est devant nous, comme accomplissement que l’homme réalise librement (ça c’est le naturel). Il est urgent que la bioéthique retrouve l’amitié de la nature humaine, car c’est à cette « écologie intégrale » qu’aspire notre humanité.

  • Une émission KTO dans la série « La foi prise au mot » : l’Eglise en Afrique

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    Dans le cadre de la programmation spéciale autour de la venue du pape François au Congo et au Soudan du sud, Régis Burnet réunit deux experts de l’Eglise en Afrique pour évoquer non seulement l’histoire de l’évangélisation mais aussi ses enjeux aujourd’hui. L’annulation, ou plutôt le report du voyage du Pape, n’empêche pas KTO de proposer cette fois ci, pour les francophones d’Europe mais aussi pour les centaines de milliers d’Africains qui attendent avec beaucoup d’espoir cette visite, ce complément à notre programmation. Le bibliste Régis Burnet reçoit Jean Pirotte et Mathieu Zana.

  • Une énième interview fleuve du pape

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    Interview du Pape François à l'agence de presse argentine Télam, avec la journaliste Bernarda Lorente., publiée le 1er juillet 2022.

    Le pape a accordé une très longue interview à l'Agence d'information argentine TELAM (traduction automatique) :

    "ON NE SORT PAS D'UNE CRISE PAR NOUS-MÊMES : NOUS DEVONS PRENDRE DES RISQUES ET PRENDRE LA MAIN DE L'AUTRE"

    par Bernarda Llorente

    01.07.2022

    Dehors, le soleil de plomb ne semble pas décourager les milliers de touristes qui, en plein soleil, partagent des files interminables pour entrer dans la Cité du Vatican. À quelques mètres de là, à la Casa Santa Marta, malgré son emploi du temps chargé, il avance pas à pas. Des mouvements étranges annoncent son arrivée.

    François, sa Sainteté, le pape argentin, l'un des leaders qui fixent l'agenda social et politique du monde, s'avance vers moi avec un sourire radieux sur le visage. Il a l'air complètement remis. Conscient de toutes les transformations mises en place pendant ses neuf années de papauté et avec une vision à long terme concernant l'avenir de l'humanité, la foi et le besoin de nouvelles réponses. Alors que nous entrons ensemble dans la salle où aura lieu, pendant une heure et demie, la conversation exclusive avec Télam (l'agence de presse nationale argentine), je sais que ce 20 juin est un jour exceptionnel et unique pour moi.

    - François, vous avez été l'une des voix les plus importantes dans un moment d'extrême solitude et de peur dans le monde, pendant la pandémie. Vous l'avez définie comme les limites d'un monde en crise économique, sociale et politique. Et vous avez ajouté : "Nous ne sortons pas d'une crise comme avant. Nous en sortons soit meilleurs, soit pires". Dans quel sens pensez-vous que nous sortons de cette crise ? Où allons-nous ? 

    - Je ne l'apprécie pas particulièrement. Nous avons progressé sur certains aspects, mais, en général, je n'aime pas ça parce que c'est devenu sélectif. Le simple fait que l'Afrique ne dispose pas de nombreux vaccins ou d'un nombre minimum de doses signifie que le salut contre la maladie a été rationné par d'autres intérêts. Le fait que l'Afrique ait besoin de vaccins indique que quelque chose n'a pas bien fonctionné.

    Quand je dis que nous ne sortons jamais d'une crise comme avant, c'est parce que la crise nous change nécessairement. Plus encore, les crises sont des moments de la vie où l'on fait un pas en avant. Il y a la crise de l'adolescence, la crise du passage à l'âge adulte, la crise de la quarantaine. Une crise vous fait bouger, vous fait danser. Nous devons apprendre à prendre nos responsabilités, car si nous ne le faisons pas, elles deviennent un conflit. Et le conflit est une chose fermée, le conflit cherche la réponse en lui-même, il se détruit. Au contraire, une crise est nécessairement ouverte, elle vous fait grandir. Une des choses les plus sérieuses dans la vie, c'est de savoir traverser une crise, pas avec de l'amertume. Comment avons-nous vécu cette crise ?

    Chaque personne a fait ce qu'elle pouvait. Il y a eu des héros. Je peux parler de ce qui était le plus proche de moi : des médecins, des infirmières, des prêtres, des religieuses, des laïcs qui ont donné leur vie. Certains d'entre eux sont morts. Je crois que plus de soixante d'entre eux sont morts en Italie. L'une des choses que nous avons vues pendant cette crise, ce sont des gens qui ont donné leur vie. Les prêtres ont également fait un excellent travail, en général, parce que les églises étaient fermées, mais ils appelaient les gens par téléphone. Les jeunes prêtres demandaient aux personnes âgées ce dont elles avaient besoin au marché ou leur achetaient des produits d'épicerie. Je veux dire que les crises vous font faire preuve de solidarité, parce que tout le monde traverse la même crise. Et nous grandissons à partir de cela.

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  • Rencontre avec le Père Pedro, "l'abbé Pierre de Madagascar"

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    De sur le site de La Libre :

    "La vie vaut la peine d’être vécue, mais en combattant, pas en étant un simple consommateur"

    On l’appelle "l’abbé Pierre" de Madagascar. Le père Pedro a fondé l’association Akamasoa. En 33 ans, pour les plus pauvres, celle-ci a permis de construire 22 villages, des écoles, des hôpitaux, des stades qui ont déjà permis de soutenir plus de 500 000 Malgache. Entretien avec un homme au destin hors du commun.

    J'ai compté. En 33 ans, j'ai participé à plus de 3 100 réunions avec Akamasoa. Et chaque fois, cela va assez fort : ce ne sont pas des réunions avec des petites voix…" On veut bien le croire. Avec ses larges épaules, sa poignée franche, son regard droit, sa voix rocailleuse et sa large barbe, le père Pedro Opeka n'est pas homme à se laisser faire. Inutile également d'attendre qu'il s'étale en de complaisantes théories : "mon bureau, c'est la rue", souligne-t-il les manches retroussées. De passage en Belgique pour encourager les Occidentaux à envoyer de l'argent à son association Akamasoa, il revient sur 33 ans d'aventures. En 1989, au large de la capitale Antananarive, il découvre que des milliers de personnes vivent sur une décharge à ciel ouvert. Il se met à les aider. Aujourd'hui 3 000 maisons, des écoles, des hôpitaux ont été bâtis et ont permis à 500 000 Malgaches de trouver de l'aide.

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  • Deux prêtres ont été tués au cours du week-end au Nigeria, l'un dans l'État de Kaduna et l'autre dans l'État d'Edo

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    De Catholic News Agency :

    Deux prêtres tués au Nigeria dans des incidents distincts

    26 juin 2022

    Deux prêtres ont été tués au cours du week-end au Nigeria, l'un dans l'État de Kaduna et l'autre dans l'État d'Edo.

    Le père Vitus Borogo, prêtre de l'archidiocèse de Kaduna, a été tué le 25 juin "à Prison Farm, Kujama, le long de la route Kaduna-Kachia, après un raid des terroristes sur la ferme", a déclaré le chancelier de l'archidiocèse de Kaduna dans un communiqué transmis à ACI Afrique. 

    Le prêtre, âgé de 50 ans, était l'aumônier catholique du Kaduna State Polytechnic.

    Dans l'État d'Edo, le père Christopher Odia a été enlevé de son presbytère à l'église catholique St. Michael, Ikabigbo, Uzairue, vers 6h30 le 26 juin. Il a été tué par ses ravisseurs, a annoncé le diocèse d'Auchi.

    Le père Odia, âgé de 41 ans, était administrateur de l'église St. Michael et directeur de la St. Philip Catholic Secondary School à Jattu.

    The Sun, un quotidien nigérian, a rapporté qu'un servant de messe et un vigile local qui suivait les ravisseurs ont été abattus pendant l'enlèvement du père Odia.

    Le nombre de chrétiens tués pour leur foi est plus élevé au Nigeria que dans tout autre pays du monde - au moins 4 650 en 2021, et près de 900 rien qu'au cours des trois premiers mois de 2022.

    Selon la fondation britannique de défense des droits de l'homme Christian Solidarity Worldwide, l'État de Kaduna est devenu "un épicentre des enlèvements et des violences perpétrés par des acteurs non étatiques, bien qu'il s'agisse de l'État le plus garni du Nigeria."

    Au début du mois, des hommes armés ont attaqué une église catholique et une église baptiste dans l'État de Kaduna, tuant trois personnes et enlevant plus de 30 fidèles, et plus de 40 chrétiens ont été tués dans une attaque contre une église catholique dans l'État d'Ondo le 5 juin.

  • La mission des prêtres : lutter contre l’asphyxie des âmes et des communautés

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    MGR_MATHIEU_ROUGE.jpgLu sur le site « Riposte Catholique », cette Tribune de Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, parue dans Le Figaro  à propos du travail suscité par le pape au sujet de la « synodalité » :

    " Le mois de juin est chaque année celui des ordinations sacerdotales, traditionnellement célébrées dans l’Église catholique à proximité de la grande fête des saints Pierre et Paul, le 29 juin. Bien que trop peu nombreuses dans notre pays, des ordinations continuent d’y avoir lieu : après au moins sept années de formation spécifique, faisant souvent suite à une qualification et une expérience professionnelle de haut niveau, de jeunes hommes, ayant perçu un appel intérieur à tout quitter pour suivre Jésus, à la manière des premiers apôtres, acceptent d’offrir leur vie pour l’annonce de l’Évangile et le service de tous.

    Il n’est certes pas facile d’être prêtre en France aujourd’hui, dans un contexte de profonde sécularisation.

    Le rapport, en lui-même à l’évidence salutaire et à terme certainement bienfaisant, de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église a pu susciter une sorte de suspicion généralisée à l’égard des prêtres, pourtant en grande majorité irréprochables et fidèles. Le travail suscité par le pape François sur la « synodalité », c’est-à-dire la coopération de tous les baptisés à la mission de l’Église, a pu, à côté de réflexions stimulantes et prometteuses, conduire à des critiques injustes voire violentes et blessantes à l’égard des prêtres comme tels.

    Mais tout cela est peu de chose à côté de la joie de méditer, de vivre, d’annoncer cette parole étonnamment libératrice que constitue l’Évangile, à côté du bonheur de manifester la proximité aimante de Dieu au milieu des joies et des peines de tous et de chacun. Peu d’expériences humaines sont aussi intenses que la célébration du baptême ou de la confession ou de l’eucharistie : le Christ offrant sa vie, qui se rend présent au milieu de ses disciples rassemblés par le pain et le vin consacrés. Pour ceux qui y sont appelés et qui s’y sont préparés en profondeur, le sacerdoce recèle des trésors inépuisables de joie.

    Saint Charles de Foucauld, tout récemment canonisé par le pape François, pour le bonheur de l’Église et la légitime fierté des Français, a témoigné d’une fraternité proprement universelle fondée sur un amour hors du commun de l’eucharistie, célébrée et adorée. Cet homme, ce prêtre, si contemporain par son enfance et sa jeunesse blessées, par sa recherche spirituelle laborieuse et tumultueuse, a découvert dans le Christ la lumière qu’il désirait intensément et compris qu’il valait la peine de tout sacrifier à l’accueil et au service de cette lumière.

    L’avenir du sacerdoce catholique ne relève pas d’abord de questions d’organisation ou de pouvoir. Il est, dans des conditions d’exercice qui peuvent évoluer évidemment, le signe sacramentel que l’Église n’est pas une organisation centrée sur elle-même mais qu’elle se reçoit du Christ pour pouvoir témoigner de lui. C’est l’oubli de cet enracinement spirituel et de cette perspective missionnaire qui conduit aux abus ou au déclin. Les périodes de grand renouveau de la foi en revanche sont toujours des époques d’approfondissement du mystère du Christ, vrai Dieu et vrai homme, sauveur d’une humanité menacée par la mort mais faite pour la vie éternelle.

    L’Église en elle-même n’est pas très intéressante, même pour les chrétiens, ou plutôt elle n’est intéressante que dans la mesure où elle se perçoit et se vit comme accueil rayonnant de la lumière du Christ. En dehors de cette perspective d’espérance et de foi, les débats ecclésiastiques internes sont condamnés à la médiocrité, voire à la violence et à la stérilité. La mission des prêtres est précisément de lutter contre cette asphyxie des âmes et des communautés, par un service et un témoignage humbles, profonds, joyeux, courageux, persévérants.

    Il y a quelques semaines, le jour de la Pentecôte, il m’a été donné de célébrer la messe pour plus de 30 000 jeunes, scouts unitaires de France, dans une atmosphère inoubliable de ferveur, de paix et de joie. Malgré les intempéries, au soir tombant, à l’heure où dans l’Évangile Jésus ressuscité se fait reconnaître aux disciples d’Emmaüs par la fraction du pain, ces jeunes et ceux qui les encadraient, avec l’énergie de fidèles laïcs pleinement responsabilisés, s’ouvraient avec enthousiasme à la nourriture précieuse entre toutes de l’eucharistie. Ils constituaient une vivante image du meilleur de la « synodalité » .

    La tentation est grande en notre temps de céder aux sirènes de la déconstruction et de la culture de l’annulation, parfois même dans l’Église. Celle-ci n’est pas d’abord une structure hiérarchique corsetée mais bel et bien une fraternité libératrice, à condition que l’Église se reçoive constamment du Christ rendu présent notamment par le ministère sacramentel des prêtres. Renoncer à cette source, c’est en fait renoncer à la fraternité non seulement ecclésiale mais encore universelle, que l’humanité, prisonnière de ses démons, l’actualité nous le montre assez, n’est pas capable de faire advenir par ses seules forces. La joie du sacerdoce, c’est la joie de contribuer au salut du monde en témoignant de ce qui le dépasse et le fonde.

    L’auteur de ces lignes a eu le bonheur d’ordonner deux prêtres à la cathédrale de Nanterre, tout près du mont Valérien, ce 18 juin, quatre-vingt-deuxième anniversaire de l’appel du général de Gaulle. Le père François de Gaulle, son neveu missionnaire, raconte que, rendant visite à son oncle illustre quelques jours après son ordination sacerdotale, il eut l’émotion de le voir, conformément à la tradition, tomber à genoux devant lui pour recevoir sa bénédiction de jeune prêtre aux mains fraîchement consacrées. Le héros de la France libre, l’homme du courage et de l’audace, le chef intraitable et apparemment sûr de lui, savait en fait que la force, la liberté et la paix ont une source et que les prêtres en sont les indispensables serviteurs."

    Ref : La mission des prêtres : lutter contre l’asphyxie des âmes et des communautés

  • Le linceul de Turin : la plus belle figure

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    De CNews :

    Aymeric Pourbaix et Véronique Jacquier reçoivent le père Jean-François Thomas, jésuite, et Laurent Touchagues, président du centre international d’études sur le linceul de Turin :

    Voir aussi : Le linceul de Turin preuve de l'amour du Christ

  • Le secrétaire de Benoît XVI en larmes lorsqu'il évoque la santé du pape émérite

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    De Camille Lecuit sur le site de Famille Chrétienne (accès libre) :

    Le secrétaire de Benoît XVI pleure en évoquant la santé du pape émérite

    « Je n'aurais jamais cru que la dernière partie du chemin entre le Monastère Mater Ecclesiae et la porte du ciel de saint Pierre… [ le prélat, inclinant son visage, s’arrête plusieurs secondes et peine à cacher l’émotion qui le submerge… ] Et la porte du ciel de Saint Pierre serait si longue », murmure-t-il d’une voix chevrotante.

    « Les dernières années ont eu raison de ses forces »

    Et de poursuivre en sortant son mouchoir : « C'est ce que m'a confié Benoît XVI…. [ il s’arrête de nouveau un moment, avant de reprendre ] … Lorsque nous avons parlé du poids et de la détresse de la vieillesse et des critiques récurrentes à l'encontre de sa personne et de son action. C'était il y a quelques années. Même après sa démission, Benoît XVI a répondu de manière franche et convaincante aux questions et aux défis importants de l'époque, toujours à la lumière de l'Incarnation. Et cela était caractéristique chez lui. C'est là qu'il s'est senti interpellé. C’est une exigence qu'il a maîtrisée avec brio, qu'on le veuille ou non, en faisant face à tous les assauts du monde jusqu'aux jours les plus récents. Le ministère pastoral suprême n'était pas seulement un fardeau pour lui, mais aussi une joie de l'âme. Et cette joie de l'âme, il l'a conservée - au-delà de toutes les détresses et déceptions. Elle est comme une lumière qui l'accompagne intérieurement. »

    Puis les larmes le reprennent lorsqu’il évoque plus spécifiquement la santé faiblissante de Benoît XVI : « Entre temps, le pape émérite… [ l'archevêque tente tant bien que mal de retenir ses sanglots et laisse s’écouler quelques secondes de silence ] … est devenu un homme très âgé, physiquement fragile, mais dont l'esprit et le regard sont, Dieu merci, toujours aussi éveillés et brillants. Même si sa voix est de plus en plus faible et incompréhensible. Les dernières années ont eu raison de ses forces. Mais malgré ses forces déclinantes, il a conservé l'humble sérénité de son cœur. Comme elle se manifestait peut-être le plus clairement autrefois devant le monde entier dans les moments où il répondait aux questions des enfants, toujours de manière totalement libre et rafraîchissante. »

    Il conclut en saluant l’humour et la douceur de cette figure papale qu’il connaît et admire particulièrement : « Son humour inaltérable, enveloppé de sa douceur personnelle qui a toujours été la marque de fabrique de sa personnalité, est également très présent. Il s'est réjoui comme un enfant lorsqu'il a été informé de la cérémonie d'aujourd'hui. Et il m'a demandé de vous envoyer à tous des bénédictions chaleureuses. »

    Ce n’est pas la première fois que l'archevêque Georg Gansweïn se montre très ému en public. Déjà lors des funérailles du frère de Benoît XVI en 2020, il avait lu d’une voix tremblante la lettre que le pape émérite adressait à ce frère défunt. 

     
  • Les archives de Pie XII sur les Juifs ouvertes au public

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    Du site de Paris Match :

    Le Vatican ouvre au public des archives de Pie XII sur les Juifs

    Des milliers de lettres adressées au pape Pie XII par des Juifs d'Europe demandant de l'aide face aux persécutions nazies ont été publiées par le Vatican.

    Le Vatican a mis en ligne jeudi des milliers de lettres adressées au pape Pie XII (1939-1958) par des Juifs d'Europe demandant de l'aide face aux persécutions nazies pendant la Seconde Guerre mondiale.

    Au total, quelque 40 000 fichiers numérisés répartis en 170 fonds seront consultables sur le site du Saint-Siège, dont la majorité ont été publiés dès jeudi.

    En mars 2020, le Vatican avait déjà ouvert aux chercheurs 120 fonds et séries d'archives historiques sur Pie XII, accusé par certains d'avoir gardé le silence durant l'extermination de six millions de Juifs.

    Cette nouvelle publication, voulue par le pape François, permettra aux descendants des expéditeurs "de trouver des traces de leurs proches dans n'importe quelle partie du monde", a expliqué Mgr Paul Gallagher, en charge des relations avec les Etats, dans un article publié par L'Osservatore Romano, le quotidien du Vatican.

    Les demandes, provenant de toute l'Europe, visent à obtenir des visas ou des passeports, trouver l'asile, aider à réunir des familles ou chercher des informations sur les personnes déjà déportées. Certains en appellent à l'aide pour être libérés des camps de concentration.

    Mais dans la plupart des cas, le sort de ceux qui demandent de l'aide demeure inconnu, a précisé le Vatican.

    "Il y a peu d'espoir pour ceux qui n'ont aucune aide extérieure"

    Dans une lettre écrite en 1942, un étudiant allemand de 23 ans explique qu'il cherche à fuir un camp de concentration en Espagne. "Il y a peu d'espoir pour ceux qui n'ont aucune aide extérieure", écrit-il.

    Les archives ne dévoilent aucune autre information sur lui mais selon des recherches effectuées par le United States Holocaust Memorial Museum de Washington, il a été libéré un an après sa lettre et s'est finalement installé en Californie, a indiqué le Vatican.

    Cette publication, qui intervient au lendemain de l'audience du pape avec une organisation internationale juive, fait suite à des décennies de pressions de la part d'universitaires et d'historiens divisés sur le rôle du pape italien durant l'Holocauste.

    Le Vatican défend Pie XII, affirmant qu'il a sauvé de nombreux juifs en les faisant cacher dans des institutions religieuses et que son silence visait à ne pas aggraver leur situation.

  • Chine; l'évêque Cui Tai est toujours détenu : le Vatican va-t-il insister sur sa libération ?

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    De Wu Xiuying sur Bitter Winter :

    L'évêque Cui Tai est toujours détenu : Le Vatican va-t-il insister sur sa libération ?

    22/06/2022

    Ce n'est qu'en faisant de sa libération une condition préalable au renouvellement de l'accord avec la Chine que le Saint-Siège pourra mettre fin au calvaire du prélat.

    Bishop Cui Tai. From Weibo.

    L'évêque Cui Tai. De Weibo.

    En octobre 2022, l'accord Vatican-Chine de 2018 expirera, après avoir été renouvelé lors de sa première échéance en 2020 pour deux années supplémentaires. Le Vatican le renouvellera-t-il ? Les catholiques chinois ne doutent pas que le renouvellement de l'accord soit dans l'intérêt du PCC. Mais est-ce dans l'intérêt du Vatican ?

    Ici, les avis divergent. Certains catholiques qui ont parlé à Bitter Winter apprécient le fait que, au moins en théorie, il y a maintenant en Chine une seule Église catholique - au lieu de deux, la "patriotique" contrôlée par le gouvernement et la "clandestine" indépendante - et les catholiques qui décident d'assister aux services de l'Église catholique patriotique peuvent maintenant le faire avec la bénédiction du Vatican et sans se sentir coupables de participer à des rites "schismatiques".   

    Cependant, la majorité des catholiques chinois n'étaient pas satisfaits de l'accord au départ ou sont déçus de ses résultats. Bien sûr, il est impossible de réaliser des sondages d'opinion indépendants, mais les catholiques votent visiblement avec leurs pieds. Parmi ceux qui fréquentaient les églises clandestines, rares sont ceux qui suivent les évêques patriotes, même s'ils sont désormais reconnus par le Vatican. Dans un climat général de confusion, beaucoup ont abandonné l'Église catholique. Bitter Winter a également recueilli l'opinion de dizaines de prêtres et de laïcs qui, tout en respectant le pape et le Saint-Siège, estiment avoir été trompés en signant un accord qui ne profite qu'au régime.

    Un test que ces catholiques dissidents ou perplexes considèrent comme crucial est de savoir si le PCC libèrera les évêques clandestins qu'il a arrêtés. Bitter Winter a mentionné le cas de l'évêque Joseph Zhang Weizhu du diocèse de Xinxiang, qui a été arrêté en mai 2021 et dont on ignore toujours où il se trouve. Nous avons rapporté que, selon des sources crédibles, le Vatican a demandé sa libération, mais en vain.

    Le cas le plus discuté par les catholiques chinois concerne l'évêque Augustine Cui Tai, qui était évêque coadjuteur du diocèse de Xuanhua, dans la province de Hebei. L'évêque Cui Tai, âgé de 72 ans, a été emprisonné pendant de longues périodes depuis 2007, bien qu'il ait été périodiquement libéré pour quelques jours à l'occasion du Nouvel An chinois et d'autres fêtes. De janvier à juin 2020, il a connu sa plus longue période de liberté, car après le Nouvel An chinois, il a été confiné chez lui à cause de la pandémie. Mais il a ensuite été de nouveau arrêté. Selon les catholiques de Xuanhua, plusieurs rumeurs circulent, mais on ignore où il est détenu.

    L'évêque Cui Tai est l'un des "objecteurs de conscience" qui refusent de rejoindre l'Association patriotique, bien que cela soit autorisé et même encouragé par le Vatican. Il est accusé par le PCC de dire à ses ouailles que même s'il n'a pas rejoint l'Association patriotique, il est en communion avec le Saint-Siège. Or, cela est vrai, selon le Vatican lui-même, qui a déclaré à plusieurs reprises qu'il n'encourage pas l'objection de conscience mais considère les objecteurs comme des catholiques en règle dont le choix doit être respecté. 

    L'évêque Cui Tai est un prélat populaire et sa détention est un immense scandale. Des rapports crédibles indiquent qu'il a été torturé à plusieurs reprises en prison, car il refuse obstinément de rejoindre l'Association patriotique. Son calvaire prouve que quelque chose cloche dans l'accord de 2018. De nombreux catholiques chinois pensent que, comme il l'a fait sans succès pour l'évêque Zhang Weizhu, le Vatican demande maintenant discrètement la libération de l'évêque Cui Tai également.

    Cependant, demander n'est pas suffisant. La libération des évêques objecteurs de conscience, dont l'évêque Cui Tai, devrait être une condition préalable au renouvellement de l'accord. Sans cela, l'évêque Cui Tai et d'autres continueront d'être détenus et torturés.

  • Invoquer saint Thomas More, patron céleste des responsables de gouvernement et des hommes politiques (22 juin)

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    Saint Thomas More, la fidélité à l'Eglise au prix de la tête - Diocèse de  Versailles

    LETTRE APOSTOLIQUE
    EN FORME DE MOTU PROPRIO
    POUR LA PROCLAMATION DE SAINT THOMAS MORE
    COMME PATRON DES RESPONSABLES DE GOUVERNEMENT
    ET DES HOMMES POLITIQUES

    JEAN-PAUL II
    EN PERPÉTUELLE MÉMOIRE

    1. De la vie et du martyre de saint Thomas More se dégage un message qui traverse les siècles et qui parle aux hommes de tous temps de la dignité inaliénable de la conscience, dans laquelle, comme le rappelle le Concile Vatican II, réside «le centre le plus secret de l’homme et le sanctuaire où il est seul avec Dieu dont la voix se fait entendre dans ce lieu le plus intime» (Gaudium et spes, n. 16). Quand l’homme et la femme écoutent le rappel de la vérité, la conscience oriente avec sûreté leurs actes vers le bien. C’est précisément pour son témoignage de la primauté de la vérité sur le pouvoir, rendu jusqu’à l’effusion du sang, que saint Thomas More est vénéré comme exemple permanent de cohérence morale. Même en dehors de l’Église, particulièrement parmi ceux qui sont appelés à guider les destinées des peuples, sa figure est reconnue comme source d’inspiration pour une politique qui se donne comme fin suprême le service de la personne humaine.

    Certains Chefs d’État et de gouvernement, de nombreux responsables politiques, quelques Conférences épiscopales et des évêques individuellement m’ont récemment adressé des pétitions en faveur de la proclamation de saint Thomas More comme Patron des Responsables de gouvernement et des hommes politiques. Parmi les signataires de la demande, on trouve des personnalités de diverses provenances politiques, culturelles et religieuses, ce qui témoigne d’un intérêt à la fois vif et très répandu pour la pensée et le comportement de cet insigne homme de gouvernement.

    2. Thomas More a connu une carrière politique extraordinaire dans son pays. Né à Londres en 1478 dans une famille respectable, il fut placé dès sa jeunesse au service de l’Archevêque de Cantorbéry, John Morton, Chancelier du Royaume. Il étudia ensuite le droit à Oxford et à Londres, élargissant ses centres d’intérêts à de vastes secteurs de la culture, de la théologie et de la littérature classique. Il apprit à fond le grec et il établit des rapports d’échanges et d’amitié avec d’importants protagonistes de la culture de la Renaissance, notamment Didier Érasme de Rotterdam.

    Sa sensibilité religieuse le conduisit à rechercher la vie vertueuse à travers une pratique ascétique assidue: il cultiva l’amitié avec les Frères mineurs de la stricte observance du couvent de Greenwich, et pendant un certain temps il logea à la Chartreuse de Londres, deux des principaux centres de ferveur religieuse dans le Royaume. Se sentant appelé au mariage, à la vie familiale et à l’engagement laïc, il épousa en 1505 Jane Colt, dont il eut quatre enfants. Jane mourut en 1511 et Thomas épousa en secondes noces Alice Middleton, qui était veuve et avait une fille. Durant toute sa vie, il fut un mari et un père affectueux et fidèle, veillant avec soin à l’éducation religieuse, morale et intellectuelle de ses enfants. Dans sa maison, il accueillait ses gendres, ses belles-filles et ses petits-enfants, et sa porte était ouverte à beaucoup de jeunes amis à la recherche de la vérité ou de leur vocation. D’autre part, la vie familiale faisait une large place à la prière commune et à la lectio divina, comme aussi à de saines formes de récréation. Thomas participait chaque jour à la messe dans l’église paroissiale, mais les pénitences austères auxquelles il se livrait n’étaient connues que de ses proches les plus intimes.

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  • Homélie Fête-Dieu 18 juin 2022 Liège, église du Saint-Sacrement Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

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    "Chers Frères et Sœurs,

    Vous savez peut-être que dans certaines églises du moyen âge, comme à la cathédrale de Chartres ou à celle de Cologne, un dallage représente un labyrinthe. C’est le signe du mystère de la foi et du chemin, parfois tortueux, qui nous mène à Dieu.

    Ce matin, j’ai eu l’occasion d’inaugurer devant la porte de l’église de Cornillon un autre dallage mystérieux : il représente un grand cercle en pierre de sable, de 8 mètres de diamètre, avec une échancrure, comme un morceau de tarte, en pierre calcaire grise. Vous l’avez compris, il s’agit d’une évocation de la vision qu’avait sainte Julienne de Cornillon, avant de promouvoir la fête du saint sacrement. Elle voyait la lune à laquelle il manquait une fraction. Après de nombreuses années, elle comprit que cette vision signifiait l’Église à laquelle il manquait une fête, la fête du S.-Sacrement du corps et du sang du Christ. La vision représentait l’hostie à laquelle il manquait une fraction. L’hostie évoquait la célébration de l’eucharistie et la communion au corps du Christ. Désormais à Cornillon l’esplanade créée devant la porte de l’église entraîne aussi notre contemplation : contemplation de la façade de l’église, contemplation du site du monastère et de la ville de Liège, contemplation du Christ et de l’humanité, grâce à la prière ou la rencontre.

    Ainsi, nous aussi comme sainte Julienne, nous sommes invités à contempler le Christ dans son humanité pour découvrir sa divinité. Le Christ partage sa vie, comme il a partagé le pain à la dernière Cène. Ce partage pourrait donner l’impression de faiblesse, car le Christ annonce le don de sa vie, la venue de sa passion, le corps brisé, le sang versé. Pourtant ce partage est une source de vie : comme le dit Jésus à la dernière Cène, « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. … Comme je vis par le Père, celui qui me mange vivra par moi » (Jn 6).

    Comme l’écrit le pape Urbain IV,  « ce pain n’est pas de même nature que le pain commun. On le prend, mais on ne le consume pas ; on le mange, mais il n’en reçoit point d’altération ; car il ne se transforme pas en celui qui l’a mangé; mais, au contraire, si on l’a reçu dignement, il transforme celui qui l’a reçu et il le rend semblable à Lui ». Donc notre communion au corps du Christ nous transforme intérieurement et nous convertit. Comme dit le Lauda Sion,  à la strophe 16, « Qu’un seul ou mille reçoivent ce pain, l’un y trouve autant que l’autre ; et, consommé, ce pain ne disparaît pas ».

    Le pain partagé est donc le mystère d’un don sans mesure et d’une joie sans mesure ! C’est pourquoi sainte Julienne a eu l’inspiration qu’il fallait une fête pour célébrer ce corps et ce sang du Christ, partagé à toute l’humanité. Ce mystère visible de tous comme la lune est visible de tous au même moment sur toute la terre ! Et ce soir, n’oubliez pas de regardez le ciel, vous verrez la lune à laquelle il manque un morceau, car nous après la pleine lune du dimanche de la Trinité, deux mois après la pleine lune de Pâques, nous fêtons la fête du S. Sacrement, avec la lune à laquelle il manque une portion, une fraction, le pain rompu pour un monde nouveau.

    Or ce fut la volonté de Jésus lui-même que de prolonger sa vie terrestre par un signe perpétuel. C’est le geste qu’il a fait à la dernière cène, comme nous le raconte saint Paul dans sa 1e lettre aux Corinthiens (1 Cor 11,23-26) : « Le Seigneur Jésus, la nuit même où il fut livré, prit du pain et rendant grâces, le rompit et dit : prenez et mangez, ceci est mon corps, qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ». Donc Jésus, face à la souffrance et à la mort, partage le pain et le vin, en tant que son corps et son sang. Face à la fragilité de sa vie, à l’échec apparent de sa mission, face à la pauvreté des disciples qui vont se sentir abandonnés, Jésus ne baisse pas les bras, il ne tombe pas dans la déprime, encore moins dans la fuite. Il partage cette nourriture essentielle d’un repas, que sont le pain et le vin, en disant qu’ils sont son corps et son sang. Ils représentent une vie fragile, une vie qui va être enlevée. Mais ils représentent en même temps un partage de cette vie et une démultiplication de ses effets : « faites ceci en mémoire de moi ». Le corps et le sang du Christ, donnés en communion, nous associent aujourd’hui à sa vie, à sa mort et à sa résurrection. Notre pauvreté est dépassée, nous sommes rassasiés ; nous recevons une vie nouvelle, par notre communion à la pauvreté du Christ.

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    Dieu est dans ce partage de la pauvreté et nous communique sa divinité. Et c’est pourquoi, en abrégé, nous appelons « Fête-Dieu » la fête d’aujourd’hui. Nous la célébrons ici dans cette église du Saint-Sacrement d’une manière particulièrement solennelle, dans la forme ancienne du rite romain, parce qu’elle nous permet de garder la richesse de la liturgie ancienne, dans la beauté de ses gestes, ses mots et de ses chants, qui évoquent le mystère d’amour de Dieu qui se donne à nous.

    Frères et Sœurs, dans la communion au Christ nous trouvons la vraie vie, et dans la communion à celui qui souffre, nous trouvons la vraie joie. Ainsi la communion au Christ débouche dans une communion en Église.

    Alors recevons avec foi le corps du Christ qui nous est donné en communion et soyons des témoins de la vraie vie dans notre monde !

    Amen ! Alleluia !"