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Débats - Page 96

  • Barbie : un film à charge contre les hommes qui manque cruellement de subtilité

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    D'Anne Guerry sur le site du Figaro via le blog "Pour une école libre au Québec" :

    Barbie, un film de propagande néoféministe et misandre ?

    26 juillet 2023

    Texte d’Anne Guerry est élève à l’École normale supérieure de Lyon, paru dans Le Figaro.

    En mêlant combat féministe et hypersexualisation de la femme, la réalisatrice Greta Gerwig signe un film à charge contre les hommes qui manque cruellement de subtilité.

    Ces derniers jours, certains passants ont pu voir des files parfois interminables devant les cinémas, mais ce n’était pas pour le nouveau film de Christopher Nolan, Oppenheimer, sur l’invention de la bombe atomique aux États-Unis.

    Ces files d’attente géantes étaient plutôt parsemées de perfectos rose bonbon, de minijupes tape-à-l’œil et de dessus pailletés, à l’image du style vestimentaire de la célèbre poupée Barbie commercialisée en 1959 par la société américaine Mattel. 64 ans plus tard, la société américaine commande un film pour faire la promotion de sa poupée, et confie le projet à la réalisatrice féministe Greta Gerwig. Après une promotion forcenée (on a pu voir une maison Barbie sur Airbnb, des collaborations avec de nombreuses marques de vêtements, des menus roses chez Burger King, une page Google qui s’affiche en rose lors des recherches en rapport avec le film), l’objectif semble donc atteint : la poupée bimbo fait à nouveau parler d’elle.

    Pourtant, outre l’ampleur hors du commun de la promotion du film, l’histoire, elle, est on ne peut plus commune : Barbie mène une vie parfaite à Barbieland, monde dans lequel les femmes ont accès à tous les métiers et à toutes les responsabilités, et où les Ken (les poupées masculines), cherchent désespérément à attirer l’attention d’une d’entre elles en se pavanant sur la plage. Le ton est donné. Mais, après un voyage dans le « vrai monde », Ken s’inspire du patriarcat qu’il y a observé et l’applique à Barbieland. Les Barbies sont alors réduites à servir les hommes, jusqu’à ce qu’elles se révoltent et obtiennent pour de bon le pouvoir.

    Dans le « vrai monde », les hommes sont tous machos et grossiers, ils méprisent les femmes et aucune d’elles n’a de responsabilités. À Barbieland, les Ken sont profondément stupides et superficiels, totalement dépendants des Barbies, alors que ces dernières n’ont que faire de leurs partenaires masculins. Le message est clair : la femme n’a pas besoin de l’homme, et c’est en se passant de lui qu’elle pourra s’émanciper et être pleinement femme. L’homme est une charge, si ce n’est une menace, pour la femme. Bien loin d’une histoire d’amour, la relation entre Barbie et Ken s’achève par un Ken en pleurs, qui regrette le patriarcat et qui accepte finalement le pouvoir des Barbies. Ce final grotesque et caricatural est à l’image de l’ensemble du film, ponctué de références peu subtiles et de tirades victimaires dans lesquelles les femmes expliquent la difficulté qu’elles éprouvent dans un monde phallocentré.

    Mais alors que le pouvoir est donné aux femmes et que les hommes sont tournés en dérision permanente, il faut encore déconstruire l’image stéréotypée de la poupée hypersexualisée. Pour dissimuler le paradoxe de la féministe privilégiée blonde, blanche, grande et mince qu’incarne Margot Robbie, la réalisatrice l’accompagne d’autre Barbies de toutes ethnies et de toutes morphologies confondues. C’est également la ligne adoptée par Mattel pour commercialiser ses poupées aujourd’hui : en faire des emblèmes d’inclusion ! Mais on peut s’interroger à raison sur l’opportunisme de cette démarche, où le libéralisme culturel est mis au service du capitalisme consumériste.

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  • Les confidences de Martin Mosebach, écrivain allemand catholique et réactionnaire

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    De Thomas Ribi et Benoît Neff  sur Neue Zürcher Zeitung :

    Martin Mosebach : "Je refuse de participer à l'hystérie de l'opinion publique allemande".

    Conservateur, catholique fervent et rétif à toutes les tendances à la mode : Martin Mosebach est tout ce qu'un écrivain allemand n'est pas aujourd'hui. Un entretien sur la patrie, l'Eglise et l'étrange travail d'écriture.

    20.07.2023

    "L'existence d'un écrivain est risquée. Si l'on devient un mauvais écrivain, on a raté sa vie" : Martin Mosebach.

    Le quartier de Westend à Francfort. Entre des bâtiments commerciaux sans visage et d'élégantes villas de l'époque des fondateurs, un immeuble d'habitation sans charme. Sur les balcons, des boulettes de nourriture sont accrochées pour les mésanges. Au troisième étage, un appartement étroit, encombré de meubles anciens, des bibliothèques, des tableaux du XIXe siècle sur les murs peints en sombre. Martin Mosebach, 71 ans, invite à entrer dans le salon, sert du café dans une cafetière en argent. "Nous sommes dans l'arche rescapée", dit-il. L'appartement dans lequel lui et sa femme ont longtemps vécu a brûlé il y a quatre ans. 

    Le jour de l'Épiphanie, l'arbre de Noël a pris feu et la moitié du mobilier a été détruite. Avec ce qui restait, Mosebach s'est retiré ici. Il s'assoit sur un élégant canapé Empire. Le vent souffle à travers les fenêtres ouvertes, par-dessus la rue, on aperçoit le parc Rothschild.

    Monsieur Mosebach, vous revenez tout juste de Rome, où vous avez travaillé sur votre prochain roman. Comment doit-on s'imaginer cela ? Vous vous asseyez à votre bureau à huit heures du matin et vous écrivez toute la journée ?

    Non, certainement pas à huit heures. Le début de matinée est consacré à la lecture. J'aime lire longtemps au lit. Ce qui est bien quand on travaille à l'étranger, c'est qu'il n'y a alors pas d'obligations, pas de repas en commun et ainsi de suite. Je ne dois tenir compte de rien. Je peux me glisser lentement dans l'écriture. Et ensuite y rester aussi longtemps que je le souhaite.

    Comment arrivez-vous malgré tout à une activité disciplinée ? Vous pourriez bien sûr avoir envie de rester au lit.

    Mais j'ai un objectif : le nouveau livre. Et c'est lié à une certaine inquiétude, surtout tant que j'en suis encore à un stade très précoce, où beaucoup de choses ne sont pas fixées. J'espère qu'il y aura des surprises, ce qui ne peut arriver que si l'on ne sait pas trop tôt où tout cela va aller.

    Ne craignez-vous pas que dans trois mois, vous ne sachiez toujours pas où vous en êtes ?

    C'est tout à fait possible. Mais c'est mon quatorzième roman. Il y a donc une certaine confiance. Même si, à chaque nouveau livre, j'ai l'impression d'avoir déjà écrit : C'est mon premier roman, je n'en ai jamais écrit et je ne peux pas m'appuyer sur une expérience. A un moment donné, une voix intérieure me dit : "Allez, ne fais pas semblant. Tu sais bien que même les situations les plus désespérées finissent par s'éclaircir."

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  • Une crise pire que la controverse arienne du IVe siècle

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    D'Edward Pentin sur son blog :

    Professeur Rist : L'Église catholique pourrait être confrontée à une crise pire que la controverse arienne du 4e siècle

    24 juillet 2023

    La récente suspension d'un prêtre italien pour avoir écrit une critique savante de l'exhortation apostolique Amoris Laetitia du pape François était une décision insensée et "totalement injuste", mais qui souligne la profondeur d'une crise dans l'Église qui pourrait être pire que la controverse arienne, a déclaré le professeur John Rist.

    Considéré comme l'un des meilleurs spécialistes de l'Église en matière de philosophie ancienne, de lettres classiques, de philosophie et de théologie du christianisme primitif, M. Rist estime que la suspension du père Tullio Rotondo en avril n'aurait jamais eu lieu sous un pontificat antérieur et attribue cette décision en partie à une papauté trop centralisée qui a permis à de "mauvais papes" d'agir sans loi et en toute impunité.

    Le père Rotondo, docteur en théologie et auteur de plusieurs livres, reste suspendu a divinis par son évêque, Mgr. Camillo Cibotti d'Isernia-Venafro, pour avoir écrit "Trahison de la saine doctrine par "Amoris Laetitia" - Comment le pape François et certains de ses collaborateurs diffusent une morale contraire au dépôt de la foi" (la traduction française peut être lue dans son intégralité en ligne ici).

    Selon sa description, le livre met en lumière "diverses erreurs que le pape et certains de ses collaborateurs répandent au sujet du sacrement de la confession, de la conscience morale, de la loi morale et de la peine de mort". Il comprend également une critique de poids de certains écrits du nouveau préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, l'archevêque Victor Manuel Fernández.

    Le professeur Rist, qui en 2019 faisait partie des 19 signataires d'une lettre adressée aux cardinaux et évêques du monde entier accusant le pape François d'hérésie, a déclaré que la suspension du père Rotondo était symptomatique d'une crise doctrinale qui, selon lui, est "encore plus grave" que celle de la Réforme.

    "Il faut remonter à la controverse arienne pour trouver quelque chose de comparable", m'a dit M. Rist récemment à son domicile de Cambridge. "Mais je pense qu'en termes de dommages qu'elle pourrait causer, de ce qui pourrait arriver à l'Église à l'avenir, cette affaire va causer plus de problèmes, plus que tout ce que nous avons vu auparavant.

    Le philosophe anglais cite le père Rotondo dans son nouveau livre, Infallibility, Integrity and Obedience : The Papacy and the Roman Catholic Church, 1848-2023 (Infaillibilité, intégrité et obéissance : la papauté et l'Église catholique romaine, 1848-2023), qui sera publié jeudi 27 juillet.

    Dans ce livre à paraître, Rist expose les développements qui ont conduit à la crise doctrinale et structurelle actuelle de l'Église, et explique pourquoi il pense qu'une mauvaise compréhension de la nature et de la définition de l'infaillibilité papale est à l'origine de la crise à laquelle l'Église est confrontée aujourd'hui. Il propose également des solutions pour inverser les décisions conciliaires et individuelles qui ont conduit à la situation actuelle, et pour récupérer le rôle propre du pape pour le bien de l'Église.

    Professeur Rist, que pensez-vous de la suspension du père Rotondo pour avoir écrit le livre dont vous avez rédigé la préface ?

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  • Liturgie ancienne : une divergence fondamentale sur « la conception de la messe et du salut »?

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    Une tribune de l'abbé Paul Roy (FSSP) sur le site du journal La Croix:

    « Tradis, nous croyons au même salut, par le Christ, à la messe »

    L’Abbé Paul Roy, de la Fraternité Saint Pierre, répond à une tribune publiée par La Croix s’interrogeant sur la différence de conception de la messe et du Salut des traditionalistes. Une accusation sous-jacente de divergence fondamentale qu’il juge grave et inquiétante.

    21/07/2023

    L’accusation portée par Alain et Aline Weidert dans une récente tribune est grave. Ils dénoncent dans l’engouement pour la liturgie ancienne une divergence fondamentale sur « la conception de la messe et du salut. » Les « tenants de la Messe de Trente » considèrent selon eux que les messes, nouvelles mises à mort de Jésus, diminuent les peines éternelles dues aux péchés en tant que Jésus se chargerait par obéissance d’une tâche de bouc émissaire, pour satisfaire au courroux divin et apaiser l’offense faite à un Dieu « cruel, cynique, » qui ferait mourir son fils pour sauver ses enfants de sa propre colère.

    Peut-on mettre en opposition la théologie qui sous-tend deux expressions liturgiques officielles de l’Église ? L’Église témoigne depuis ses origines d’une même foi, immuable et divine, qui inclut bien sûr le mystère de l’eucharistie, sacrement et sacrifice du Christ. Au-delà des légitimes discussions sur les gestes extérieurs, il faut réaffirmer l’unité intérieure de la foi de l’Église. Refuser la théologie de la « Messe de Trente » au nom de Vatican II, c’est se placer en « juge de l’Église », opposer des expressions différentes des mêmes vérités dogmatiques, enseignées par là même et unique Église, infaillible et indéfectible en vertu des promesses du Christ et par l’assistance du Saint-Esprit.

    Le sacrifice comme don total

    Or la thèse attribuée aux défenseurs de la « Messe de Trente » n’est autre que celle (luthérienne) de la « satisfaction pénale » : le Christ serait puni par son Père à notre place. Le problème réside d’abord dans une incapacité à penser le sacrifice dans toutes ses dimensions. Il ne s’agit pas d’un acte cruel ni toujours sanglant : le sacrifice est un don, « ce que l’on offre à Dieu pour lui rendre l’honneur qui lui est dû, en vue de lui plaire ». Il peut recouvrir quatre fins : l’action de grâces, l’expiation, la communion, mais surtout et premièrement l’adoration.

    Certains dialectisent aujourd’hui la messe autour d’une opposition entre la cène et la croix : comme si l’acte central du culte chrétien devait être ou bien expiation (caractérisant une religion de crainte et de soumission à un Dieu jaloux et colérique), ou bien communion (caractérisant une religion moderne, de partage communautaire autour d’un Dieu rassembleur et tolérant). Or le catholicisme n’est en rien réductible à cette alternative : le sacrifice qui en est l’acte le plus haut - celui du Christ, rendu présent (et non pas recommencé) sur les autels à la messe, est un don total, à la fois adoration, pardon, action de grâces et communion.

    Réparer ses fautes

    Il ne s’agit absolument pas pour le Père de punir son Fils à la place des hommes, ni de lui faire subir le mal de nos péchés. Dieu apporte gratuitement à l’homme la possibilité de réparer ses fautes, à travers la Passion du Christ, l’associant à son propre salut, pour restaurer l’équilibre détruit par le péché.

    « Le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures » (1 Corinthiens 15:3). Dieu se comporte envers nous comme un père dont l’enfant a commis une bêtise qu’il ne peut réparer de lui seul : il s’agenouille à son côté et restaure avec lui l’ordre brisé, s’abaisse par amour pour l’aider à rehausser sa volonté à la hauteur de la sienne, à travers un geste commun. Il prend sur lui de descendre vers nous pour réaliser, en notre nature même, la réconciliation parfaite d’une volonté humaine avec la sienne, nous montrant l’exemple de l’amour donné jusqu’au bout. Ce qui a été fait une fois pour toutes en Jésus, nous sommes rendus capables de le réaliser par la grâce et par l’union à son sacrifice, renouvelé pour toutes les époques du monde à la messe.

    Les yeux fermés

    Si l’on a aujourd’hui tant de mal avec la notion de sacrifice - en particulier dans sa dimension expiatoire et satisfactoire, c’est qu’à la racine, on refuse celle de péché. À quoi bon multiplier les messes s’il ne s’agit que de réunir les chrétiens ? À chaque messe l’Église est en « contact actuel » avec le sacrifice rédempteur. Et il faudrait avoir les yeux bien fermés pour ne pas voir que le monde a tant besoin - plus que jamais - de rédemption. Les auteurs de cette tribune semblent ne considérer que la supplication offerte - et c’est déjà un motif bien nécessaire - pour les âmes du Purgatoire. Mais c’est pour les péchés du monde entier, passés et actuels, qu’est offert le Saint-Sacrifice, seul apte à nous unir au pardon des offenses faites à la bonté infinie du Créateur.

    Et ainsi chaque messe a une valeur infinie, puisqu’elle est le sacrifice du Christ, la même victime offerte par le même prêtre, manifestant l’unique acte intérieur d’offrande de la volonté de Jésus, depuis la Cène jusqu’à nos messes de chaque jour, en passant par la consommation du Vendredi saint : « Toutes les fois que le sacrifice de la croix par lequel le Christ notre pâque a été immolé se célèbre sur l’autel, l’œuvre de notre Rédemption s’opère ».

    Une bombe d’amour

    Chaque messe est une « bombe » d’amour divin, un hommage parfait à la magnificence et à la bonté du créateur, un séisme qui déséquilibre le mal et porte en lui la puissance de réparer tout le désordre du monde.

    « Rien ne remplacera jamais une messe pour le salut du monde » : que cette explication de textes ne soit pas l’occasion d’accentuer les divisions mais de mieux contempler ce qui nous rassemble : notre désir d’union profonde au Christ qui nous sauve par son sacrifice d’amour rédempteur, manifesté par la participation extérieure à la liturgie, dont le rite romain ancien est une forme particulièrement digne et adéquate d’expression de la foi pérenne de l’Église.

  • La fin du Saint-Siège ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur MondayVatican :

    Le pape François, l'avenir du Saint-Siège

    24 juillet 2023

    Peut-être que le vrai problème de l'Église après le pape François ne sera pas la doctrine, la perte d'une figure charismatique comme le pape, ou la gouvernance de l'Église. Le vrai problème sera peut-être l'affaiblissement du Saint-Siège, l'institution appelée à garantir la liberté des fidèles dans le monde entier et le rayonnement international du pape, et qui n'a jamais été aussi endommagée et menacée qu'aujourd'hui.

    En particulier, deux situations mettent en évidence ce danger. La première, la plus évidente, est représentée par le processus judiciaire qui se déroule au Vatican. Le procès s'articule autour de trois volets d'enquête, le principal étant l'investissement de la Secrétairerie d'État dans un immeuble de luxe à Londres. Selon les accusations, l'investissement a été réalisé de manière frauduleuse et contre l'intérêt de la Secrétairerie d'État. Une autre concerne la destination de certains fonds de la Secrétairerie d'État en Sardaigne lorsque le substitut de la Secrétairerie d'État était l'actuel cardinal Angelo Becciu, et l'engagement par la Secrétairerie d'État d'une soi-disant experte en intelligence, Cecilia Marogna, qui aurait détourné à son profit de l'argent destiné à des initiatives de médiation.

    Le procès a atteint le stade de la décision d'inculpation, prévue dans six jours. Mais dès les trois premiers jours de la procédure d'inculpation, sous la houlette du juge Alessandro Diddi, le procureur du Vatican, tous les problèmes structurels de la procédure sont devenus évidents.

    Diddi a voulu souligner dès le départ qu'il ne s'agit pas d'un procès contre la Secrétairerie d'État, mais contre des fonctionnaires qui auraient mal agi. Mais chaque étape de la présentation est une mise en accusation du système dirigé par le Secrétariat d'État. Indirectement, c'est aussi l'indépendance du Secrétariat d'Etat, affaiblie ces dernières années, qui est niée. Les structures financières qui, malgré leurs limites, ont permis au Saint-Siège de survivre, sont remises en question.

    En pratique, un prétendu comportement corrompu devient le prétexte à la remise en cause de tout un système vaticaniste qui s'est toujours distingué, entre autres, par le maintien de deux sphères distinctes. D'une part, le Saint-Siège ; d'autre part, l'État de la Cité du Vatican. Et, d'une part, le droit canonique, qui est de toute façon un point de référence, et d'autre part, la direction de l'État, qui n'est pas moralisatrice mais travaille sur les faits.

    Ce processus a tout mélangé. Le pape y est intervenu par quatre rescrits, exerçant pleinement les prérogatives d'un pape-roi qui, au fil des ans, avaient été quelque peu mises en sommeil - à tel point que Jean-Paul II avait confié le gouvernement de l'État de la Cité du Vatican à une commission de cardinaux. Le promoteur de la justice a défini les crimes sur la base du droit canonique, introduisant subrepticement le droit canonique dans une procédure pénale du Vatican. Le crime devient un problème moral plutôt que pénal. Il y a un risque de dérive vers l'éthique dans les rapports avec l'État, ce que le Saint-Siège a toujours cherché à éviter, entre autres.

    Le recours au droit canonique donne corps à des accusations qui ne pourraient exister autrement. Les interrogatoires de ces derniers mois ont montré que de nombreuses procédures étaient légitimes, que de nombreuses décisions s'inscrivaient dans les règles de l'époque et que de nombreux choix étaient dictés par des nécessités qui dépendaient du cadre juridique, des contrats signés et du risque de s'empêtrer dans l'arène internationale. Mais si tout renvoie à l'obligation morale d'un bon père de famille, tout peut éventuellement devenir un délit. Et c'est probablement ainsi que se construit le dossier du procureur.

    Au-delà des problèmes internationaux que cela a déjà entraînés au niveau de la crédibilité du Saint-Siège, comment un processus géré de cette manière aura-t-il un impact sur l'influence du Saint-Siège ? Comment le pape pourra-t-il parler de "due process" face à une telle situation ? Et comment le Saint-Siège peut-il être un organe fiable si la monocratie institutionnelle existe dans son État ?

    Ces questions découlent précisément des arguments du procès et nous donnent matière à réflexion. Que pense le pape du Saint-Siège et de l'État de la Cité du Vatican ? S'agit-il de simples outils personnels à utiliser selon les besoins ou ont-ils une valeur institutionnelle qui transcende la figure du pape ?

    Si ces questions se posent, c'est parce que d'autres décisions du pape montrent qu'au fond, le pape François préfère les initiatives personnelles aux initiatives institutionnelles. Les récentes missions du cardinal Matteo Zuppi en tant qu'envoyé papal en sont la preuve.

    Le cardinal Zuppi s'est d'abord rendu en Ukraine, puis en Russie, puis aux États-Unis, et on pense qu'il se rendra également à Pékin. Un fonctionnaire de la Secrétairerie d'Etat l'a toujours accompagné, mais l'initiative vient du Pape et n'est pas coordonnée avec la Secrétairerie d'Etat. Et Mgr Zuppi n'a pas manqué d'intégrer dans ses délégations des experts de Sant'Egidio, le mouvement ecclésial dont il est issu et qui est connu depuis longtemps pour ses initiatives de "diplomatie parallèle".

    Le pape François a accepté cette diplomatie parallèle et lui a donné de la dignité. Mais de cette manière, la diplomatie royale, celle qui appartient au pape et qui le représente officiellement dans le monde entier, est déligitimée. Les nonces sont les ambassadeurs du pape et représentent le Saint-Siège dans le monde entier, en portant la voix du pape, en dialoguant et en écoutant. Mais qui est l'ambassadeur du pape aujourd'hui ? Qui a besoin d'être écouté ?

    Le pape François a fait un clin d'œil au monde diplomatique en annonçant la création comme cardinaux de deux nonces, Mgr Christophe Pierre et Mgr Emil Tscherrig. Mais leurs barrettes rouges récompensent davantage le travail effectué dans leur sélection d'évêques que les initiatives diplomatiques, et cela semble être un signe clair de ce que le pape pense être la première tâche d'un nonce. Ainsi, le nonce doit avant tout être appelé à un devoir pastoral. En même temps, les initiatives diplomatiques critiques ne sont pas confiées à l'institution du Saint-Siège et au réseau des nonces, mais à des envoyés spéciaux. Ces derniers peuvent également être des nonces - Gugerotti l'était lorsqu'il s'est rendu en tant qu'envoyé du pape en Biélorussie pour sortir de l'impasse concernant l'exil de l'archevêque Kondrusiewicz - mais ce n'est pas la considération principale.

    Dans ces deux cas, malgré leur portée différente, le rôle du Saint-Siège semble flou. Ces dernières années, nous avons assisté à une sorte de "vaticanisation" du Saint-Siège par le pape, qui gouverne son petit territoire et ne se préoccupe guère des conséquences internationales de ses choix. Nous sommes dans le dernier chapitre d'une opération qui vise à changer l'institution en profondeur. Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Est-ce la fin du Saint-Siège ?

  • La déchristianisation de l'Occident est-elle inéluctable ?

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    Occident, la fin du sacré ? Suivez le Club Le Figaro Idées animé par Eugénie Bastié: 1 - La déchristianisation : un phénomène inéluctable ? 2 - Seuls face à la mort ?  3 - Une religion identitaire ?

    Retrouvez Le Club Le Figaro Idées, avec Sonia Mabrouk, Laurence de Charette et Guillaume Cuchet, autour d'Eugénie Bastié :

  • L'autorité n'est pas à la mode, pourtant...

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    De Gregory Luri sur didoc.be (traduit de l’espagnol par Stéphane Seminckx) :

    L'autorité à l'heure des émotions

    18 juillet 2023

    L’autorité n’est pas à la mode. Cela ne veut pas dire que nous n’en avons pas besoin, mais qu’il n’est pas de bon ton de la revendiquer, sous peine de passer pour autoritaire. Ce que nous aimerions vraiment, c’est qu’on nous obéisse... sans avoir besoin de commander.

    Le journaliste britannique John Langdon-Davis raconte dans son ouvrage Behind the Spanish Barricades que les anarchistes espagnols des années 1930 étaient favorables au remplacement de leur coercition tant décriée par la « persuasion forcée » ; ainsi, s’ils désavouaient la discipline, ils exigeaient « une meilleure organisation de l’indiscipline ».

    « Maîtresse, est-ce qu’aujourd’hui aussi nous devons faire ce que nous voulons ? », demandait un jour une élève à une enseignante, résolue à imposer la non-directivité, au nom du respect au droit supposé de l’enfant d’être heureux en affirmant sa propre liberté.

    Ceux qui critiquent à la fois la discipline de la contrainte et les routines imposées croient souvent qu’il existe une sorte de discipline authentique qui jaillit spontanément de l’âme de ceux qui réfléchissent de manière autonome sur eux-mêmes. Ils devraient regarder la réalité d’un peu plus près, car la contrainte peut exprimer une maîtrise de soi louable chez des personnes de tous âges, tandis que les routines (hygiène, alimentation, sommeil, etc.) contribuent à la stabilité psychologique et émotionnelle de l’enfant en lui procurant une expérience concrète de l’ordre contre le chaos.

    L’amour est une médaille à deux faces. L’une est l’acceptation de l’être aimé pour ce qu’il est. L’autre est l’exigence pour qu’il soit à la hauteur de ce qu’il est. Chaque face de la médaille corrige les excès de l’autre. Je ne nie pas qu’il est parfois difficile de maintenir la médaille en équilibre sur sa tranche. Elle tombe parfois d’un côté, parfois de l’autre. Mais l’acceptation de l’autre sans exigence dégénère facilement en indulgence ; de même que l’exigence sans acceptation dégénère souvent en frustration. L’amour ne se contente pas de messages d’auto-assistance. C’est pourquoi nous admirons les parents qui aident leurs enfants à grandir armés face aux risques de l’existence.

    J’ai décidé d’écrire sur ces questions après avoir reçu un cadeau d’une amie française. Il s’agit de son cahier d’école de l’année scolaire 1959-1960, quand elle avait onze ans. Sur la première page, je suis tombé sur le texte suivant, écrit avec une calligraphie magnifique : « L’école développe notre intelligence, forme notre conscience et notre caractère et fait de nous des hommes de bien ». Puis, en tournant les pages, je suis tombé sur des perles comme celles-ci :

    - « Nous devons nous efforcer chaque jour d’être un peu meilleurs que la veille. Courage. »

    - « Va où tu veux, tu y trouveras ta conscience. »

    - « Le bien n’est pas toujours récompensé. Fais le bien pour le bien, pas pour la récompense. »

    - « Tout dans la vie est question de devoirs. Y être fidèle : voilà l’honneur. Ne pas les respecter : voilà la honte. »

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  • Vatican : une véritable rupture de digue selon Peter Seewald

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    De kath.net/news :

    La rupture de la digue !

    20 juillet 2023

    "Les récents développements (au Vatican) indiquent toutefois une véritable rupture de digue" - "Ce déluge pourrait détruire ce qui a encore résisté" - interview de kath.net avec le biographe du pape Peter Seewald sur la rupture de François avec Benoît XVI.

    kath.net : Monsieur Seewald, à l'occasion de l'annonce des nouveaux cardinaux nommés et du futur préfet du dicastère de la foi, le magazine Der Spiegel a titré : "Le pape François fait le ménage dans l'héritage de Benoît". Le Frankfurter Rundschau a écrit : "Franziskus bricht endgültig mit Benedikt" (François rompt définitivement avec Benoît). Avez-vous été surpris par ces gros titres ?

    Seewald : Pas vraiment. D'une part, ils correspondent aux souhaits des médias concernés, d'autre part, on a pu observer que le cours du pape François se radicalise ou, disons, se dévoile avec l'âge. Si en plus un collaborateur émérite comme l'archevêque Georg Gänswein est banni du Vatican et qu'en même temps un protégé est nommé gardien suprême de la foi, dont les qualifications pour la fonction la plus importante de l'Eglise catholique semblent douteuses, c'est déjà une annonce.

    kath.net : Le futur chef de l'autorité de la foi, l'Argentin Victor Fernández, a défini sa future mission en disant qu'"une croissance harmonieuse préservera la doctrine chrétienne plus efficacement que n'importe quel mécanisme de contrôle".

    Seewald : C'est non seulement flou, mais aussi grotesque au vu de la crise dramatique que traverse l'Eglise en Occident. Le fait que le pape François déclare en même temps que le dicastère a "utilisé des méthodes immorales" dans le passé doit faire réfléchir. Comment ne pas y voir une allusion à l'ancien préfet de la foi Joseph Ratzinger ? Ainsi que comme une tentative de légitimer le changement de cap.

    kath.net : Dans votre dernier livre "Benedict's Legacy", vous citez encore les paroles élogieuses que François a gardées pour son prédécesseur. Il l'a qualifié de "grand pape" : "Grand par la force de son intelligence, par sa contribution à la théologie, grand par son amour pour l'Eglise et les hommes, grand par ses vertus et sa foi".

    Seewald : Cela m'a beaucoup ému. Et c'est aussi très juste. Aucun observateur averti ne reconnaîtrait en Ratzinger l'un des plus grands enseignants sur le siège de Pierre. Mais aujourd'hui, on doit se demander si les confessions de Bergoglio n'étaient pas que des déclarations du bout des lèvres, voire des écrans de fumée. Nous nous souvenons tous des paroles chaleureuses de Ratzinger lors de la messe de requiem pour Jean-Paul II, des paroles qui allaient droit au cœur, qui parlaient d'amour chrétien, de respect. Mais personne ne se souvient des paroles de Bergoglio lors de la messe de requiem pour Benoît XVI. Elles étaient aussi froides que toute la cérémonie, qui ne pouvait pas être assez courte pour ne pas rendre un pouce d'honneur de trop à son prédécesseur.

    kath.net : Qu'est-ce que cela signifie ?

    Seewald : C'est très simple : si l'on est sérieux, on essaie tout de même de cultiver et d'utiliser l'héritage d'un "grand pape" - et non de l'endommager. Benoît XVI a montré l'exemple. En traitant l'héritage de Jean-Paul II, il a souligné l'importance de la continuité et des grandes traditions de l'Eglise catholique, sans pour autant se fermer aux nouveautés. François, en revanche, veut sortir de la continuité. Et donc de la tradition doctrinale de l'Église.

    kath.net : Mais n'y a-t-il pas toujours besoin de changements, de progrès ?

    Seewald : L'Église est en chemin. Mais elle ne vit pas d'elle-même. Elle n'est pas une masse de manœuvre au gré des dirigeants du moment. Pour Ratzinger, le renouvellement consistait à redécouvrir la compétence centrale de l'Église - pour redevenir ensuite cette source dont la société a besoin pour ne pas s'enliser spirituellement, moralement et psychiquement. La réforme signifie préserver dans le renouvellement, renouveler dans la préservation, afin d'apporter le témoignage de la foi avec une clarté nouvelle dans l'obscurité du monde. La recherche de l'actualité ne doit jamais conduire à l'abandon de ce qui est vrai et valable et à une adaptation à l'actualité du moment.

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  • Si la "synodalité" n'a pas pour but de favoriser la sainteté, alors il s'agit d'un nombrilisme ecclésiastique institutionnel et d'une scandaleuse perte de temps et d'argent

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    De George Weigel sur le Catholic World Report :

    Synodalité et sainteté

    Pourquoi le document de travail pour le Synode d'octobre sur la synodalité est-il pratiquement dépourvu de références aux saints, ou à l'héritage de sainteté de l'Église depuis deux millénaires, ou aux saints qui nous entourent en ce troisième millénaire de "voyage ensemble" ?

    19 juillet 2023

    Le pape Benoît XVI a souvent dit que, dans le monde sceptique et cynique d'aujourd'hui, les saints défendent la vérité du christianisme de manière plus convaincante que les arguments les plus sophistiqués. On peut donc se demander pourquoi le document de travail (Instrumentum Laboris, ou IL) pour le synode d'octobre sur la synodalité est pratiquement dépourvu de références aux saints, à l'héritage de sainteté de l'Église au cours de deux millénaires, ou aux saints qui nous entourent en ce troisième millénaire de "cheminement ensemble".

    Cela a peut-être quelque chose à voir avec le manque d'intérêt apparent de l'IL pour le but du voyage chrétien : la joie éternelle dans la lumière et la vie de la Sainte Trinité, dans cette célébration sans fin qu'Apocalypse 19 appelle les Noces de l'Agneau.

    Ceci est d'autant plus étrange que le processus synodal en cours depuis 2021 est souvent présenté par ses responsables et ses partisans comme une expression et un développement du Concile Vatican II. Pourtant, dans la Constitution dogmatique sur l'Église - l'un des deux textes fondateurs du Concile - nous trouvons un chapitre entier sur "L'appel universel à la sainteté", dans lequel les pères du Concile enseignent que la sainteté est la vocation baptismale de chaque chrétien. La sainteté n'est pas l'apanage du seul sanctuaire de l'Eglise. Les saints ne sont pas seulement ces personnes extrêmement bonnes que l'Église honore du titre de "saint". Chacun d'entre nous doit devenir un saint pour accomplir sa destinée humaine et chrétienne.

    C.S. Lewis a anticipé cet enseignement conciliaire lorsqu'il a noté que la plupart d'entre nous, soudainement transportés au ciel, se sentiraient probablement un peu mal à l'aise. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas encore des saints. Et les saints, a suggéré Lewis, sont ceux qui peuvent vivre confortablement avec Dieu pour toujours. Comment les saints peuvent-ils vivre ainsi ? Parce que, selon l'image frappante des Pères de l'Église orientale, ils ont été "déifiés". Tout l'intérêt du "voyage" chrétien est donc de coopérer avec la grâce de Dieu afin de devenir le genre de personnes qui se sentiront chez elles au festin des noces de l'Agneau : débordant de gratitude pour l'invitation et ne se sentant pas comme des trouble-fêtes.

    Vatican II a également enseigné que la sainteté est partout autour de nous. Convaincu de cette vérité, Jean-Paul II a réformé le processus par lequel l'Église reconnaît les saints que Dieu a créés. Dans la Constitution apostolique Divinus Perfectionis Magister (Le divin maître de la perfection) de 1983, Jean-Paul II a modifié le processus de béatification/canonisation, le faisant passer d'une procédure juridique contradictoire à une enquête historique érudite. Le processus accusatoire visait à réfuter la sainteté d'un individu proposé à la béatification ou à la canonisation, le fameux "avocat du diable" agissant comme une sorte de procureur post-mortem qui présentait les arguments contre le candidat. Si le candidat survivait à cette inquisition, sa sainteté devait encore être confirmée par un miracle. Dans le nouveau processus initié par Jean-Paul II, l'objectif est de démontrer la sainteté du candidat par le biais de témoignages, d'une biographie sérieuse et critique du candidat et, bien sûr, d'un miracle de confirmation.

    La rationalisation du processus de béatification/canonisation visait à donner à l'Église des exemples plus nombreux et différents de ceux qui avaient répondu à l'appel universel à la sainteté que ne le permettait l'ancien processus. Jean-Paul II croyait que nous avions besoin de l'exemple des saints - en particulier des saints de notre époque - pour vivre notre appel baptismal à la sainteté ici et maintenant. Les saints, selon lui, sont nos compagnons les plus importants sur le pèlerinage de la vie chrétienne. Les saints illustrent les nombreuses voies légitimes du discipulat chrétien. Les saints démontrent également que ces divers chemins ont une origine commune - Jésus-Christ, le maître et le modèle de la perfection - et un aboutissement commun : la communion avec le Dieu trois fois saint.

    Si le Synode d'octobre sur la synodalité doit contribuer à l'évangélisation d'un monde qui a cruellement besoin de sainteté, et s'il doit accélérer la réforme en cours de l'Église pour que le catholicisme manifeste plus efficacement cette sainteté, alors le Synode devra prendre les saints bien plus au sérieux que ne le fait son document de travail. Si les "facilitateurs" du Synode n'invitent pas ses groupes de discussion basés sur les langues à explorer les nombreux chemins de la sainteté évidents dans le catholicisme d'aujourd'hui, en fournissant des exemples de ceux qui ont récemment parcouru ou qui parcourent actuellement ces chemins, alors les participants du Synode devraient le faire eux-mêmes. Laissons le Synode parler de ce qui va bien dans l'Église ainsi que de ce qui ne va pas.

    Car si la "synodalité" n'a pas pour but de favoriser la sainteté, alors il s'agit d'un nombrilisme ecclésiastique institutionnel et d'une scandaleuse perte de temps et d'argent.

    (La chronique de George Weigel "The Catholic Difference" est publiée par le Denver Catholic, la publication officielle de l'archidiocèse de Denver).

  • La Déclaration de la COMECE sur « l'indéfendabilité éthique » d'un droit fondamental de l'UE à l'avortement

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    COMMUNIQUÉ DE PRESSE

    COMECE sur « l'indéfendabilité éthique » d'un droit fondamental de l'UE à l'avortement

    Dans le cadre du débat public sur l'inclusion d'un prétendu droit à l'avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l'UE, la COMECE (Commission des Episcopats de l'Union européenne) publie la déclaration « L'indéfendabilité éthique d'un droit fondamental à l'avortement de l'UE » élaborée par sa Commission d'éthique.

    Le document soutient que le respect de la dignité inaliénable de chaque être humain à chaque étape de la vie – en particulier dans les situations de vulnérabilité totale – est un principe fondamental dans nos sociétés démocratiques.

    SE Mgr. Anton Jamnik, président de la Commission d'éthique de la COMECE, déclare que "les États membres de l'UE ont des traditions constitutionnelles très différentes en ce qui concerne la réglementation légale de l'avortement, par conséquent, constituer un droit fondamental à l'avortement irait à l'encontre des principes généraux du droit de l'Union". Le document rappelle également qu' « il n'y a pas de droit à l'avortement reconnu dans le droit européen ou international ».

    Début 2022, la COMECE a exprimé sa vive inquiétude face à la proposition du président Emmanuel Macron d'inscrire un supposé droit à l'avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

    En juillet 2022, réagissant à une résolution du Parlement européen, la COMECE a publié une déclaration encourageant les dirigeants politiques « à œuvrer pour plus d'unité entre les Européens, et non à créer des barrières idéologiques et une polarisation plus élevées ».

    Déclaration de la Commission d'éthique de la COMECE

    L'indéfendabilité éthique d'un droit fondamental à l'avortement dans l'UE

    En ce qui concerne l'indéfendabilité éthique d'un droit fondamental à l'avortement dans l'UE, la Commission d'éthique de la COMECE considère que :

    1. La dignité humaine est une valeur primordiale dans les traités et la charte de l'UE. Les pères fondateurs de l'Union européenne, s'appuyant sur la véritable tradition humaniste qui fait de l'Europe ce qu'elle est, étaient tout à fait conscients de l'importance fondamentale de la dignité inaliénable de l'être humain. Le respect de la dignité de tout être humain à chaque étape de sa vie, en particulier dans les situations de totale vulnérabilité, est un principe fondamental dans une société démocratique.

    2. D'un point de vue juridique, il n'existe pas de droit à l'avortement reconnu dans le droit européen ou international. Ni la Charte des droits fondamentaux de l'UE, ni la Convention européenne des droits fondamentaux (CEDH) ne reconnaissent un tel droit à l'avortement.

    3. Les compétences législatives des États membres de l'UE et le principe d'attribution selon lequel l'Union n'agit que dans les limites des compétences qui lui ont été attribuées par les États membres dans les traités pour atteindre les objectifs qui y sont énoncés (article 5, paragraphe 2, du traité sur l'Union européenne) devraient être respectés. Il n'existe pas de compétences au niveau de l'UE pour réglementer l'avortement et il faut savoir que les droits fondamentaux ne peuvent pas établir des compétences de l'Union.

    4. La Cour européenne des droits de l'homme n'a jamais déclaré que l'avortement était un droit de l'homme protégé par la Convention européenne des droits fondamentaux. Au contraire, elle a déclaré que le droit à la vie était un droit humain fondamental et a confirmé dans sa jurisprudence qu'il s'agissait d'un objectif légitime pour les États contractants de la Convention de protéger les enfants à naître. En outre, elle s'est limitée à des questions de justice procédurale en matière d'avortement lorsque le droit national des États membres du Conseil de l'Europe le reconnaît. Si les conditions de l'avortement sont réglementées par le droit national, le fait de restreindre ou de refuser l'application de la Convention constitue une violation de la Convention.

    5. La doctrine générale de la Cour européenne des droits de l'homme est que, dans les questions qui mettent en jeu plus d'un droit l'homme fondamentaux et sur lesquels des citoyens raisonnables et des États démocratiques ont des points de vue différents, l'État membre jouit d'une "large marge de manœuvre d'appréciation" dans la manière dont ces droits sont mis en balance. L'avortement met en jeu le droit à la vie privée dans la vie familiale, mais l'État a également un intérêt légitime à protéger les enfants à naître et a le devoir de veiller à ce que les lois ne renforcent pas la discrimination à l'égard des personnes handicapées ou ne portent pas atteinte aux droits de conscience des professionnels de la santé. L'avortement est un sujet légitime de droit pénal et civil,
    et la grande majorité des États disposent de lois spécifiques qui imposent des exigences et des limites à la pratique de l'avortement.

    6. En ce qui concerne l'Union européenne et l'appel répété à mettre en œuvre à l'avenir un nouveau droit fondamental à l'avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l'UE, la Commission d'éthique souligne que la modification de la Charte des droits fondamentaux de l'UE nécessiterait une procédure très complexe. Selon les exigences juridiques de l'art. 48 du TUE, la ratification par tous les États membres est une condition préalable à toute modification du traité. En outre, une convention composée de représentants de tous les parlements nationaux, des chefs d'État et de gouvernement, du Parlement européen et de la Commission devrait être mise en place. En outre, il existe une grande diversité dans la manière dont les États membres concilient les droits des femmes enceintes avec les droits des enfants à naître. En ce qui concerne les traditions constitutionnelles, une image très différente se dessine au sein de l'UE. Le respect de la diversité de ces réglementations et la grande importance de chaque tradition constitutionnelle dans la mise en balance de droits fondamentaux divergents dans un conflit sur la grossesse suggèrent de ne pas constituer un droit à l'avortement en tant que principe général du droit de l'Union.

  • De nouveaux documents prochainement diffusés permettront d'approfondir le pontificat de Pie XII

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    De zenit.org :

    De nouveaux documents provenant du pontificat de Pie XII

    Incidences dans les relations entre juifs et chrétiens

    De nouveaux documents provenant du pontificat de Pie XII et leurs incidences dans les relations entre Juifs et chrétiens seront prochainement diffusés. C’est un dialogue entre historiens et théologiens.

    Une conférence internationale se tiendra du 9 au 11 octobre prochains à l’Aula Magna de l’Université pontificale grégorienne Piazza della Pilotta 4 – Rome (Italie)

    En mars 2020, le pape François a rendu publics des millions de documents relatifs au pontificat du pape Pie XII (1939-1958). Il faudra des décennies d’examen et d’analyse pour déterminer toute la signification de ces archives estimées à au moins 16 millions de pages, mais d’importantes découvertes ont été réalisées et doivent être diffusées. Ces documents peuvent être étudiés sous un angle historique et théologique.

    La conférence relative aux « nouveaux documents du pontificat du pape Pie XII et leurs incidences dans les relations entre Juifs et chrétiens » mettra en lumière :

    • la manière dont ces archives ont éclairé les controverses historiques et théologiques concernant le pape Pie XII et le Vatican pendant l’Holocauste
    • les relations entre Juifs et chrétiens à de multiples niveaux, touchant aussi bien des personnes ordinaires que des personnalités.

    En 1965, l’Église catholique a publié un nouvel enseignement, Nostra Aetate, qui condamnait l’antisémitisme et présentait le peuple juif comme béni par Dieu. Que nous révèlent ces nouveaux documents sur les échanges qui ont conduit à ce tournant dans l’enseignement de l’Église ? Cette conférence réunira des historiens et des théologiens, des chrétiens et des Juifs, qui approfondiront ensemble les connaissances historiques et les relations judéo-chrétiennes.

    L’événement sera ouvert au public et aux médias accrédités. De plus amples informations, ainsi que les procédures d’accréditation à la conférence, seront communiquées en septembre. Pour toute question, veuillez contacter le Dr. Paolo Pegoraro (Bureau de presse et de communication de l’Université pontificale grégorienne : press@unigre.it).

    La conférence internationale est organisée par:

    • CDEC – Fondation du Centre de documentation juive contemporaine (Milan, Italie)
    • le Centre d’études judaïques Cardinal Bea et la Faculté d’histoire et de patrimoine culturel de l’Église, Université pontificale grégorienne (Rome, Italie)
    • Programmes sur l’éthique, la religion et l’Holocauste, au Jack, Joseph and Morton Mandel Center forAdvancedHolocaust Studies, U.S. Holocaust Memorial Museum (Washington DC, USA)
    • Institute for International Research Yad Vashem World Holocaust Remembrance Center (Jérusalem, Israël)
    • Center for Catholic-Jewish Studies, Saint Leo University (Saint Leo, Floride, États-Unis).

    La conférence internationale est parrainée par :

    • UCEI – Union des communautés juives d’Italie
    • Le Saint-Siège, Archives apostoliques du Vatican
    • Le Saint-Siège, Dicastère pour la culture et l’éducation
    • Le Saint-Siège, Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme du Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens
    • Département d’État américain, Bureau de l’envoyé spécial pour les questions relatives à l’Holocauste
    • Ambassade des États-Unis auprès du Saint-Siège
    • Ambassade d’Israël auprès du Saint-Siège
    • FSCIRE – Fondazione per le Scienze Religiose Giovanni XXIII (Fondation pour les sciences religieuses Giovanni XXIII)
    • RESILIENCE, https://www.resilience-ri.eu
    • AJC – Comité juif américain.
  • François sans plus aucun voile : une analyse de ses dernières nominations

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    Un article de Sandro Magister sur Settimo Cielo :

    François sans plus aucun voile. Une analyse de ses dernières nominations

    La mort de son prédécesseur, Benoît XVI, à la fin de l'année 2022, a été pour le pape François comme la disparition du "katéchon", de la barrière qui l'empêchait de se révéler pleinement.

    En témoignent les actes de gouvernance qu'il a accumulés ces derniers mois, à un rythme effréné.

    Dernier en date, l'annonce de la nomination de 21 nouveaux cardinaux, dont 18 en âge de participer au conclave. Ni l'archevêque de Paris, ni l'archevêque de Milan, en poste depuis six ans, ne figurent sur la liste. Mais surtout, il n'y a pas l'archevêque majeur de l'Église gréco-catholique d'Ukraine, Sviatoslav Shevchuk, coupable lui aussi d'avoir dit ouvertement tout ce qu'il considère comme mauvais dans l'action de François concernant la guerre actuelle.

    Deux jésuites figurent sur la liste, l'évêque de Hong Kong Stephen Chow Sau-Yan - tout juste sorti d'un voyage officiel à Pékin qui, pour le pape, vaut plus que l'humiliation subie de la part du régime avec les récentes installations de deux évêques sans le consentement préalable de Rome - et l'archevêque de Córdoba, en Argentine, Ángel Sixto Rossi, un fidèle de Jorge Mario Bergoglio depuis les années où le futur pape était provincial de la Compagnie de Jésus, en contraste criant avec la majorité de ses confrères.

    Il y a aussi l'archevêque de Juba au Soudan du Sud, Stephen Ameyu Martin Mulla, dédommagé avec la bourse de l'attaque qu'il a subie lors de son installation dans le diocèse en 2019, par des opposants de différentes tribus, qui l'ont aussi accusé d'actes immoraux.

    Et encore deux nominations délibérément contraires aux orientations conservatrices des épiscopats nationaux respectifs : en Afrique du Sud l'archevêque du Cap Stephen Brislin, blanc de peau et aux idées similaires à celles de la " voie synodale " allemande ; et en Pologne Grzegorz Rys, archevêque de Lodz, le même diocèse d'où est originaire l'aumônier du pape, le cardinal Konrad Krajewski, son ami intime. Rys est l'une des rares voix progressistes de l'épiscopat polonais, alors que Cracovie, gouvernée par un successeur de Karol Wojtyla d'orientation opposée, reste dépourvue de la pourpre.

    *

    La nomination la plus marquante n'est cependant pas celle, évidente, de l'Argentin Victor Manuel Fernández en tant que cardinal, mais celle qui lui a été confiée auparavant, à savoir le poste de préfet du dicastère pour la doctrine de la foi.

    En fait, François a accompli ici ce qu'il n'avait jamais osé faire avec Joseph Ratzinger de son vivant. Il s'agit de la nomination, dans le rôle clé qui était celui du grand théologien et futur pape allemand, d'une personne qui est son total opposé.

    Il suffit de dire que son avant-dernier prédécesseur au même poste, le cardinal Gerhard L. Müller, a accusé Fernández, il y a des années, ni plus ni moins que d'"hérésie", pour les thèses décousues qu'il soutenait. Mais le pape François n'a pas bronché. Il avait nommé Müller puis Luis Francisco Ladaria Ferrer au poste de préfet pour la doctrine de la foi, l'un et l'autre d'une orthodoxie irréprochable, mais ce n'était pour lui qu'un hommage à Benoît XVI toujours vivant. Il se souciait peu de ce qu'ils disaient et faisaient, allant même parfois jusqu'à contredire ouvertement leurs décisions, comme le veto de Ladaria à la bénédiction des couples homosexuels.  C'est toujours Fernández qui a rédigé les documents clés du pontificat, "Evangelii gaudium" ou "Amoris laetitia", copiant même des passages entiers de ses essais précédents.

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