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Eglise - Page 303

  • La "Lettre au peuple de Dieu" de l'assemblée synodale

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    De Vatican News :

    La "Lettre au peuple de Dieu" de l'assemblée synodale

    «Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir, même dans ses contradictions, exige de l'Église le renforcement des synergies dans tous les domaines de sa mission» peut-on lire dans ce texte publié ce mercredi 25 octobre.

    Chères sœurs, chers frères,

    Alors que s'achèvent les travaux de la première session de la 16ème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, nous voulons, avec vous tous, rendre grâces à Dieu pour la belle et riche expérience que nous venons de vivre. Nous avons vécu ce temps béni en profonde communion avec vous tous. Nous étions soutenus par vos prières, porteurs de vos attentes, de vos questions et aussi de vos craintes. Voilà déjà deux ans qu’a commencé, à la demande du pape François, un long processus d’écoute et de discernement, ouvert à tout le peuple de Dieu, sans exclusive, afin de « marcher ensemble », sous la conduite de l’Esprit Saint, disciples missionnaires à la suite du Christ Jésus.

    La session qui nous a réunis à Rome depuis le 30 septembre constitue une étape importante de ce processus. À bien des égards, ce fut une expérience inédite. Pour la première fois, à l’invitation du pape François, des hommes et des femmes étaient conviés, en vertu de leur baptême, à siéger à la même table pour prendre part non seulement aux délibérations mais aussi aux votes de cette Assemblée du Synode des Évêques. Ensemble, dans la complémentarité de nos vocations, de nos charismes et de nos ministères, nous nous sommes mis intensément à l’écoute de la Parole de Dieu et de l’expérience des autres. À l’aide de la méthode de la conversation dans l’Esprit, nous avons partagé humblement les richesses et les pauvretés de nos communautés sur tous les continents, en essayant de discerner ce que l'Esprit Saint veut dire à l'Église aujourd'hui. Nous avons notamment expérimenté l'importance de favoriser les échanges réciproques entre la tradition latine et les traditions de l’Orient chrétien. En outre, la participation des Délégués fraternels d’autres Églises et Communautés ecclésiales a profondément enrichi nos débats.

    Notre assemblée s'est déroulée dans le contexte d'un monde en crise, dont les blessures et les inégalités scandaleuses ont résonné douloureusement dans nos cœurs et donné à nos travaux une gravité particulière, d'autant plus que certains d'entre nous venaient de pays où la guerre fait rage. Nous avons prié pour les victimes de la violence meurtrière, sans oublier celles et ceux que la misère et la corruption jettent sur les routes dangereuses de la migration. Nous avons exprimé notre solidarité et notre engagement aux côtés des femmes et des hommes qui, partout dans le monde, sont des artisans de justice et de paix.

    À l'invitation du Saint-Père, nous avons accordé une place importante au silence, afin de favoriser l'écoute respectueuse entre nous et le désir de communion dans l'Esprit. Lors de la veillée œcuménique d'ouverture, nous avons expérimenté combien la soif d'unité grandit dans la contemplation silencieuse du Christ crucifié. La croix est, en effet, l'unique cathèdre de Celui qui, en donnant sa vie pour le salut du monde, a confié ses disciples à son Père, afin que « tous soient un » (Jn 17,21). Fermement unis dans l'espérance que nous donne Sa résurrection, nous lui avons confié notre Maison commune où résonnent de façon de plus en plus urgente la clameur de la terre et la clameur des pauvres : « Laudate Deum ! », a rappelé le pape François au tout début de nos travaux.

    Au fil des jours, nous avons entendu l’appel pressant à la conversion pastorale et missionnaire. Car la vocation de l'Église est d’annoncer l’Évangile non pas en se centrant sur elle-même, mais en se mettant au service de l'amour infini dont Dieu aime le monde (cf. Jn 3,16). Interrogés sur leurs attentes à l'égard de l'Église à l'occasion de ce synode, des personnes sans-abri des environs de la place Saint-Pierre ont répondu : « L'amour ! ». Cet amour doit toujours demeurer le cœur brûlant de l'Église, un amour trinitaire et eucharistique, comme l’a rappelé le Pape en évoquant le 15 octobre, à mi-chemin du parcours de notre assemblée, le message de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. « C’est la confiance » qui nous donne l’audace et la liberté intérieure dont nous avons fait l’expérience, n’hésitant pas à exprimer nos convergences et nos divergences, nos désirs et nos interrogations, librement et humblement.

    Et maintenant ? Nous souhaitons que les mois qui nous séparent de la deuxième session, en octobre 2024, permettent à chacun de participer concrètement au dynamisme de communion missionnaire qu'indique le mot « synode ». Il ne s'agit pas d'une idéologie mais d'une expérience enracinée dans la Tradition apostolique. Comme l'a rappelé le Pape au début de ce processus : « Communion et mission risquent de rester des termes un peu abstraits si l’on ne cultive pas une pratique ecclésiale qui exprime la réalité concrète de la synodalité (...), favorisant l'implication effective de tous et de chacun » (9 octobre 2021). Les défis sont multiples et les questions nombreuses : le rapport de synthèse de la première session précisera les points d'accord auxquels nous sommes parvenus, soulignera les questions ouvertes et indiquera la manière dont nous devrons poursuivre le travail.

    Pour progresser dans son discernement, l'Église a absolument besoin de se mettre à l’écoute de tous, en commençant par les plus pauvres. Cela exige de sa part un chemin de conversion, qui est aussi un chemin de louange : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Lc 10, 21) ! Il s’agit de se mettre à l’écoute de celles et ceux qui n’ont pas droit à la parole dans la société ou qui se sentent exclus, même de la part de l’Église. À l’écoute des personnes victimes du racisme sous toutes ses formes, notamment, en certaines régions, les peuples indigènes dont les cultures ont été bafouées. Et surtout, l’Église de notre temps se doit d’écouter, dans un esprit de conversion, les personnes qui ont été victimes d’abus commis par des membres du corps ecclésial, et de s’engager concrètement et structurellement pour que cela ne se reproduise pas.

    L’Église a aussi besoin d’écouter les laïcs, femmes et hommes, tous appelés à la sainteté en raison de leur vocation baptismale : le témoignage des catéchistes, qui dans bien des situations sont les premiers annonciateurs de l'Évangile ; la simplicité et la vivacité des enfants, l'enthousiasme des jeunes, leurs questions et leurs appels ; les rêves des anciens, leur sagesse et leur mémoire. L’Église a besoin de se mettre à l'écoute des familles, de leurs préoccupations éducatives, du témoignage chrétien qu'elles offrent dans le monde d'aujourd'hui. Elle a besoin d’accueillir la parole de celles et ceux qui souhaitent s'engager dans des ministères laïcs ou dans des instances participatives de discernement et de décision.

    L’Église a particulièrement besoin, pour progresser dans son discernement synodal, de recueillir davantage la parole et l'expérience des ministres ordonnés : les prêtres, premiers collaborateurs des évêques, dont le ministère sacramentel est indispensable à la vie du corps tout entier ; les diacres, qui signifient par leur ministère la sollicitude de toute l’Église au service des plus fragiles. Elle a aussi besoin de se laisser bousculer par la voix prophétique de la vie consacrée, sentinelle vigilante des appels de l’Esprit. Elle se doit également d’être attentive à celles et ceux qui ne partagent pas sa foi mais cherchent la vérité, et en qui l'Esprit est présent et agissant, Lui qui « offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associés au mystère pascal » (Gaudium et spes 22, 5).

    « Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir, même dans ses contradictions, exige de l'Église le renforcement des synergies dans tous les domaines de sa mission ». C'est précisément le chemin de la synodalité que Dieu attend de l'Église du troisième millénaire » (Pape François, 17 octobre 2015). N’ayons pas peur de répondre à cet appel. La Vierge Marie, première en chemin, accompagne notre pèlerinage. Dans les joies et les peines, elle nous montre son Fils et nous invite à la confiance. C’est Lui, Jésus, notre unique espérance !

    Cité du Vatican, 25 octobre 2023

  • La COMECE prend position sur un règlement européen relatif aux normes de qualité et de sécurité des substances d'origine humaine

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    Nous avions relayé sur ce blog un article du Tagespost qui dénonçait "un règlement élaboré par la Commission européenne menaçant de ne plus laisser aucun élément sur le terrain de la protection des embryons." A ce sujet, la COMECE (Eglise catholique dans l'Union Européenne) publie la prise de position suivante :

    Prise de position sur la proposition de règlement relatif aux normes de qualité et de sécurité des substances d'origine humaine (SoHO) destinées à l'usage humain

    Le Parlement européen a adopté, lors de sa session plénière du 12 septembre 2023, la proposition de règlement relatif aux normes de qualité et de sécurité des substances d'origine humaine (SoHO) destinées à l'homme [COM(2022)0338 - C9-0226/2022 - 2022/0216(COD)] - dans le présent document : Règlement SoHO

    Ce règlement vise à garantir un niveau élevé de santé aux citoyens de l'UE grâce à des normes de qualité et de sécurité des substances d'origine humaine. Conscient de la grande importance des substances d'origine humaine pour les soins médicaux modernes des citoyens de l'UE, l'Union européenne devrait assurer un approvisionnement adéquat par le biais de mesures de surveillance et de soutien.

    Nous nous félicitons expressément de la nécessité générale de ce règlement et de son principe sous-jacent du don volontaire et non rémunéré de substances d'origine humaine, qui repose sur l'altruisme du donneur et la solidarité entre donneur et receveur (considérant 18).

    Mais nous sommes préoccupés par certains contenus réglementaires essentiels de la proposition de
    règlement proposé :

    A. 1) La définition de "SoHo"- donnée dans le projet de règlement - est très large. Dans l'Art.3 Nr. 5, la définition ne se réfère pas seulement aux cellules germinales non fécondées (spermatozoïdes, ovocytes dégénérés) dans le domaine de la médecine reproductive, mais couvre également les embryons et les fœtus. Cela pourrait concerner, par exemple, le prélèvement et l'utilisation d'embryons et de fœtus décédés ou tués. 

    2) En vertu de l'art. 3 Nr. 12, 15 du règlement SoHO, l'embryon humain peut également être considéré comme une "préparation SoHO". L'art. 3 Nr.15 définit le terme "traitement" en incluant la fécondation. Ceci est inacceptable d'un point de vue éthique. L'embryon humain n'est pas seulement une substance d'origine humaine, il est doté d'une dignité humaine indépendante. Nous suggérons de de préciser dans le règlement, en assurant juridiquement, que ni les embryons, ni les fœtus ni les tissus fœtaux, qu'ils soient issus d'une conception naturelle ou d'une insémination artificielle à des fins de reproduction ou autres, ne sont couverts par les termes "SoHO" ou "préparation SoHO" et qu'ils sont par conséquent exclus de l'objet du règlement.

    B. La conception de la protection des bénéficiaires du SoHO et de leur progéniture à l'égard de la procréation médicalement assistée proposée au chapitre VII du règlement SoHO soulève d'autres questions. Les établissements SoHO seront obligés, en vertu de l'article 58 du règlement SoHO d'exclure la transmission de maladies génétiques, entre autres, aux bénéficiaires et à leur progéniture. Cela ne sera possible qu'en testant les embryons ou les fœtus pour ces maladies. Nous voyons le danger d'une sélection de la vie humaine qui violerait la dignité humaine. En outre, les États membres ont élaboré des législations multiples et complexes qui permettent les tests appropriés sur la progéniture. Nous voyons le danger d'une collision entre le droit de l'UE et le droit des États membres. On peut également s'interroger sur l'équilibre entre la compatibilité d'une éventuelle obligation de test génétique avec le droit à l'autodétermination du donneur et du receveur.

    C. L'art. 1 de la proposition de règlement mentionne que les États membres de l'UE peuvent établir des règles relatives à des aspects des SoHO autres que leur qualité et la sécurité des donneurs de SoHO. Mais seul le considérant 16 du règlement SoHO précise que le règlement ne doit pas interférer avec les décisions éthiques prises par les États membres. Nous suggérons d'inclure dans le texte du règlement, de préférence à l'article 1, la possibilité pour les États membres d'établir des règles juridiques différentes sur la base de décisions éthiques, de sorte que le règlement de l'UE n'affecte pas dans ces cas le droit national. Cela sera nécessaire pour ancrer la primauté nationale
    autour des décisions de valeur éthique d'une manière juridiquement sûre.

  • "A Gaza, la plus grande destruction que j'ai jamais vue dans ma vie".

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    De Nicola Scopelliti sur le site de la Nuova Bussola Quotidiana :

    "A Gaza, la plus grande destruction que j'ai jamais vue".

    Sœur Nabila Saleh, religieuse égyptienne qui vit à Gaza depuis 13 ans, décrit la tragédie vécue par les habitants de la bande de Gaza, y compris les chrétiens, qui ont été touchés par la réaction israélienne même s'ils n'ont aucun lien avec les groupes terroristes. "Beaucoup meurent sans savoir pourquoi", dit-elle à la Bussola.

    25_10_2023

    "En regardant par la porte de notre maison, je ne vois rien d'autre que des décombres et de la destruction. Des maisons rasées, des maisons éventrées, des bâtiments démolis ; des meubles, des objets d'ameublement et de nombreux vêtements gisent irrémédiablement sur les ruines. Une véritable désolation". Sœur Nabila Saleh appartient à la Congrégation des Sœurs du Saint Rosaire, un ordre religieux fondé en 1880 par Joseph Tannous Yammin, un prêtre du Patriarcat de Jérusalem. Elle parle d'une voix calme, mais avec des larmes dans les yeux. Elle est d'origine égyptienne, originaire d'Assiout, une ville surplombant le Nil. Elle est à Gaza depuis treize ans avec deux autres sœurs et s'occupe des enfants de l'école paroissiale qui porte le nom de Zahwa Arafat, l'une des premières filles à l'avoir fréquentée. C'est le père Yasser, ancien président de l'Autorité nationale palestinienne, qui a fait don du terrain aux sœurs pour qu'elles puissent construire une école à Gaza. "Ce que nous vivons est la plus grande destruction que j'ai jamais vue dans ma vie. Je ne m'attendais pas à une telle horreur". Sœur Nabila vit dans la structure de la seule église catholique dédiée à la Sainte Famille à Gaza. "Dans la rue, près de notre paroisse, il y avait beaucoup d'enfants qui jouaient. Aujourd'hui, ils ne sont plus là. Beaucoup d'entre eux sont morts ou sont encore sous les décombres, tandis que leurs parents creusent avec leurs mains pour essayer de les retrouver".

    Les Palestiniens musulmans ne sont pas les seuls à vivre à Gaza. Il y a aussi des catholiques et des orthodoxes. Lorsque les Israéliens larguent des missiles depuis des avions ou tirent des roquettes depuis des véhicules blindés depuis la frontière, ils ne pensent pas que des civils innocents, y compris des chrétiens, qui n'ont rien à voir avec les groupes terroristes, risquent de mourir. Beaucoup meurent sans savoir pourquoi, pendant leur sommeil ou dans la rue. Lorsque je leur rends visite ou que je les rencontre, je les entends souvent dire : "Pourquoi le Seigneur nous punit-il ainsi ? Pourquoi le Seigneur n'apporte-t-il pas la paix sur cette terre tourmentée ?

    Et que répondez-vous ?

    Dans cette situation, il est très difficile de faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'une punition divine. Nous sommes invités, en ce moment, à pouvoir saisir dans ces événements tragiques et douloureux un avertissement qui nous concerne tous, nous sommes appelés à la conversion.

    Et comment réagissent-ils ?

    Avec une grande foi. Le matin ou en fin d'après-midi, ils assistent à la messe avec une telle intensité et récitent le rosaire avec une grande dévotion. En se tournant vers la Vierge, ils savent qu'ils invoquent l'une des leurs, celle qui est née et a vécu sur cette terre.

    Et les enfants de votre école ?

    Lorsqu'ils rencontrent les religieuses, ils s'approchent et embrassent le chapelet qu'elles tiennent à la main. Ils nous disent de prier pour eux, pour leurs familles, ou nous demandent de réciter ensemble un Ave Maria.

    Sœur Nabila, comment réagissent les jeunes ?

    Malheureusement, beaucoup sont morts. Lors d'un récent attentat à la bombe, dix-neuf jeunes qui participaient à l'un de nos projets, conçu et fortement soutenu par le Patriarcat, ont perdu la vie. Un programme destiné à les préparer au travail et à assurer leur avenir. Nous n'abandonnerons jamais ceux qui restent à Gaza.

    Mais y a-t-il un avenir pour eux dans la bande ?

    Malheureusement, je pense que non. Un grand nombre de jeunes, lorsqu'ils en ont la possibilité, fuient ce pays, partent en Égypte ou dans d'autres pays, pour travailler et étudier ensemble.

    Actuellement, 730 personnes sont hébergées dans les locaux de l'église. Beaucoup sont des personnes âgées et des enfants. La situation s'alourdit de jour en jour. Il y a une pénurie d'eau et les réserves de nourriture se raréfient.

    L'eau manquait aussi avant, elle était rationnée. Aujourd'hui, elle ne nous est plus fournie et nous sommes obligés de l'acheter au marché noir. Il en va de même pour l'électricité...

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  • Ce livre vaut plus à lui seul que le Synode. Il est d’un évêque, et traite de la chasteté.

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    Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso. (traduction de Diakonos.be)

    Ce livre vaut plus à lui seul que le synode. Il est d’un évêque, et traite de la chasteté

    Au Vatican, le Synode approche de sa phase finale, qui ne sera en fait pas vraiment finale puisqu’il sera reconvoqué dans un an et que ce n’est qu’ensuite que le Pape décidera tout seul quelles conclusions en tirer, sur base de débats dont on ne sait rien ou presque étant donné qu’ils se déroulent à huis clos.

    Mais dans le même temps, on assiste également à un « synode hors les murs », dont le livre ci-dessus est une voix, sur un thème, la chasteté, qui est presque devenu un tabou pour ceux qui appellent dans l’Église à un « changement de paradigme » dans la doctrine catholique sur la sexualité, avec comme chef de file le cardinal Jean-Claude Hollerich que François a parachuté à la manœuvre du synode.

    L’auteur de « Chastity. Reconciliation of the Senses », paru le 12 octobre aux éditions Bloomsbury et qui sortira bientôt en librairie notamment en espagnol chez Encuentro, sous le titre « Castitad. La reconciliación de los sentidos », c’est Erik Varden, 49 ans, Norvégien, moine cistercien de la stricte observance, trappiste, ancien abbé en Angleterre de l’abbaye de Mount Sain Bernard dans le Leicestershire, et depuis 2020 évêque de Trondheim.

    Mgr Varden, qui n’est pas au synode, figurait parmi les signataires, avec tous les évêques de Scandinavie dont le cardinal de Stockholm, Ander Arborelius, de cette « Lettre pastorale sur la sexualité humaine », diffusée au Carême dernier, et que Settimo Cielo avait à l’époque publiée dans son intégralité. Par son extraordinaire originalité de langage et de contenu, cette lettre parvenait à dire à l’homme moderne toute la richesse de la vision chrétienne de la sexualité avec une fidélité intacte au magistère millénaire de l’Église tout en s’opposant de façon limpide à l’idéologie du gender.

    Cette lettre pastorale et le livre de Varden partagent donc un style commun. Mais il y a quand même une différence importante. « Chastity » ne se mêle pas des disputes et des « dubia » sur la bénédiction des coupes homosexuels ni sur la communion des divorcés remariés. Sur ces questions, l’auteur prend d’emblée le parti de ne pas s’écarter d’un iota de ce qu’enseigne le Catéchisme de l’Église de l’Église catholique de 1992, auquel il renvoie comme à un « grand trésor ».

    Parce qu’en tant qu’évêque, Mgr Varden poursuit un but très différent avec ce livre. Il veut « construire des ponts », combler ce vide qui s’est creusé entre la pensée de la société actuelle sécularisée et l’immense richesse de la tradition chrétienne, aujourd’hui dissoute dans une amnésie généralisée.

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  • Namur, 20 novembre : la Théologie du Corps; conférence par Robert Sebisaho

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  • La Lettre du Patriarche latin de Jérusalem à son diocèse

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    Lettre du Patriarche latin de Jérusalem à son diocèse.

    « Chers amis,

    Que le Seigneur vous donne la paix ! Nous traversons l’une des périodes les plus difficiles et les plus douloureuses de notre histoire récente. Depuis plus de deux semaines, nous sommes inondés d’images d’horreur qui réveillent d’anciens traumatismes, ouvrent de nouvelles blessures, font exploser en chacun de nous la douleur, la frustration et la colère. Beaucoup semble parler de mort et de haine sans fin. Tant de « pourquoi » se superposent dans nos esprits, ajoutant à notre sentiment de perplexité.

    Le monde entier considère cette Terre Sainte comme un lieu qui est constamment à l’origine de guerres et de divisions. C’est pourquoi il était bon, il y a quelques jours, que le monde entier se joigne à nous pour une journée de prière et de jeûne pour la paix. Un beau regard sur la Terre Sainte et un moment important d’unité avec notre Église. Et ce regard tient bon.

    Le 27 octobre prochain, le Pape a appelé à une deuxième journée de prière et de jeûne, afin que notre inter-cession se poursuive. Ce sera un jour que nous célébrerons avec conviction. C’est peut-être la principale chose que nous, chrétiens, pouvons faire en ce moment : prier, faire pénitence, intercéder. Et nous en remercions le Saint-Père du fond du cœur.

    Dans tout ce brouhaha, où le bruit assourdissant des bombes se mêle aux nombreux cris de douleur et aux nombreux sentiments contradictoires, je ressens le besoin de partager avec vous une parole qui trouve son origine dans l’Évangile de Jésus, parce qu’en fin de compte, c’est de là que nous devons tous partir et c’est là que nous devons toujours revenir. Un mot de l’Évangile pour nous aider à vivre ce moment tragique en unissant nos sentiments à ceux de Jésus.

    Regarder vers Jésus, bien sûr, ne signifie pas se sentir exemptés du devoir de dire, de dénoncer, d’appeler, mais aussi de consoler et d’encourager. Comme nous l’avons entendu dans l’Évangile de dimanche dernier, il faut rendre » à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21). En regardant vers Dieu, nous voulons donc d’abord rendre à César ce qui lui appartient.

    Ma conscience et le devoir moral m’obligent à dire clairement que ce qui s’est passé le 7 octobre dans le sud d’Israël n’est en aucun cas acceptable et que nous ne pouvons que le condamner. Il n’y a aucune raison pour une telle atrocité. Oui, nous avons le devoir de l’affirmer et de la dénoncer. Le recours à la violence n’est pas compatible avec l’Évangile et ne conduit pas à la paix. La vie de chaque personne humaine a une égale dignité devant Dieu, qui nous a tous créés à son image.

    La même conscience, cependant, avec un grand poids sur mon cœur, m’amène à déclarer avec clarté aujourd’hui que ce nouveau cycle de violence a fait plus de cinq mille morts à Gaza, dont beaucoup de femmes et d’enfants, des dizaines de milliers de blessés, des quartiers rasés, et une pénurie de médicaments, d’eau et de produits de première nécessité pour plus de deux millions de personnes. Ce sont des tragédies qui dépassent l’entendement et que nous avons le devoir de dénoncer et de condamner sans faille. Les bombardements intensifs et continus qui frappent Gaza depuis des jours ne feront que causer la mort et la destruction, ils ne feront qu’accroître la haine et le ressentiment, et ne résoudront aucun problème mais en créeront plutôt de nouveaux. Il est temps d’arrêter cette guerre, cette violence insensée.

    Ce n’est qu’en mettant fin à des décennies d’occupation ainsi qu’à ses conséquences tragiques, et en donnant une perspective nationale claire et sûre au peuple palestinien, qu’un processus de paix sérieux pourra être engagé. Si ce problème n’est pas résolu à la racine, il n’y aura jamais la stabilité que nous espérons tous. La tragédie de ces derniers jours doit nous conduire tous – religieux, hommes politiques, société civile, communauté internationale – à un engagement plus sérieux à cet égard que celui que nous avons pris jusqu’à présent. C’est le seul moyen d’éviter d’autres tragédies comme celle que nous vivons actuellement. Nous le devons aux nombreuses, trop nombreuses victimes de ces jours, et de toutes ces années. Nous n’avons pas le droit de laisser cette tâche à d’autres.

    Mais je ne peux pas vivre ce moment extrêmement douloureux, sans regarder vers le haut, sans regarder le Christ, sans que la foi n’éclaire mon regard, notre regard, sur ce que nous vivons, sans que nos pensées ne se tournent vers Dieu. Nous avons besoin d’une Parole pour nous accompagner, nous consoler et nous encourager. Nous en avons besoin comme de l’air que nous respirons.

    “Je vous ai parlé ainsi, afin qu’en moi vous ayez la paix. Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde.” (Jn 16,33) Nous nous trouvons à la veille de la passion de Jésus. Il adresse ces paroles à ses disciples, qui seront bientôt ballottés comme dans une tempête face à sa mort. Ils vont paniquer, se disperser et fuir, comme des brebis sans berger.

    Mais cette dernière parole de Jésus est un encouragement. Il ne dit pas qu’il va gagner, mais qu’il a déjà gagné. Même dans le drame à venir, les disciples auront la paix. Il ne s’agit pas d’une paix irénique sortie de nulle part, ni d’une résignation au fait que le monde soit mauvais et que nous ne puissions rien faire pour le changer. Il s’agit, plutôt, d’avoir la certitude qu’au milieu de tout ce mal, Jésus a gagné. Malgré le mal qui ravage le monde, Jésus a remporté une victoire, il a établi une nouvelle réalité, un nouvel ordre qui, après la résurrection, sera assumé par les disciples qui renaîtront dans l’Esprit.

    C’est sur la croix que Jésus a gagné. Pas par les armes, pas par le pouvoir politique, pas par les grands moyens, pas en s’imposant. La paix dont il parle n’a rien à voir avec la victoire sur l’autre. Il a gagné le monde en l’aimant. Il est vrai que sur la croix commence une nouvelle réalité et un nouvel ordre, la réalité et l’ordre de celui qui donne sa vie par amour. Et avec la résurrection et le don de l’Esprit, cette réalité et cet ordre appartiennent à ses disciples. À nous. La réponse de Dieu à la question de savoir pourquoi les justes souffrent n’est pas une explication, mais une Présence. C’est le Christ sur la croix.

    C’est sur ce point que notre foi est en jeu aujourd’hui. Jésus parle à juste titre de courage dans ce verset. Une telle paix, un tel amour, exigent un grand courage.

    Avoir le courage de l’amour et de la paix ici, aujourd’hui, signifie ne pas laisser la haine, la vengeance, la colère et la douleur occuper tout l’espace de nos cœurs, de nos paroles, de nos pensées. C’est s’engager personnellement pour la justice, être capable d’affirmer et de dénoncer la vérité douloureuse des injustices et du mal qui nous entourent, sans la laisser polluer nos relations. Cela signifie s’engager, être convaincu qu’il vaut encore la peine de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour la paix, la justice, l’égalité et la réconciliation. Notre discours ne doit pas être empreint de mort et de portes fermées. Au contraire, nos paroles doivent être créatives, donner de la vie, créer des perspectives, ouvrir des horizons.

    Il faut du courage pour pouvoir exiger la justice sans cracher la haine. Il faut du courage pour demander la miséricorde, pour refuser l’oppression, pour promouvoir l’égalité sans exiger l’uni-formité, tout en restant libre. Il faut du courage aujourd’hui, même dans notre diocèse et dans nos communautés, pour maintenir l’unité, pour se sentir unis les uns aux autres, même dans la diversité de nos opinions, de nos sensibilités et de nos visions.

    Je veux faire partie, nous voulons faire partie de ce nouvel ordre établi par le Christ. Nous voulons demander à Dieu cette co-élévation. Nous voulons être victorieux sur le monde, en prenant sur nous cette même Croix, qui est aussi la nôtre, faite de douleur et d’amour, de vérité et de peur, d’injustice et de don, de cri et de pardon.

    Je prie pour nous tous, et en particulier pour la petite communauté de Gaza, qui souffre le plus. Nos pensées vont en particulier aux dix-huit frères et sœurs qui ont récemment péri, ainsi qu’à leurs familles, que nous connaissons personnellement. Leur douleur est grande, et pourtant, chaque jour davantage, je réalise qu’ils sont en paix. Effrayés, secoués, bouleversés, mais avec la paix dans leur cœur. Nous sommes tous avec eux, dans la prière et la solidarité concrète, en les remerciant pour leur beau témoignage.

    Enfin, prions pour toutes les victimes innocentes. La souffrance des innocents devant Dieu a une valeur précieuse et rédemptrice, parce qu’elle est unie à la souffrance rédemptrice du Christ. Que leur souffrance nous rapproche toujours plus de la paix ! Nous approchons de la solennité de la Reine de Palestine, patronne de notre diocèse. Ce sanctuaire a été érigé pendant une autre période de guerre et choisi comme lieu spécial pour prier pour la paix. En ces jours, nous consacrerons à nouveau notre Église et notre terre à la Reine de Palestine !

    Je demande à toutes les Églises du monde de se joindre au Saint-Père, et à notre Diocèse, dans la prière et dans la recherche de la justice et de la paix. Nous ne pourrons pas tous nous réunir cette année, car la situation ne le permet pas. Mais je suis certain que tout le diocèse sera uni ce jour-là pour prier solidairement pour la paix, non pas la paix du monde, mais la paix que le Christ nous donne.

    Que le Seigneur vous accompagne et vous protège, »

    † Pierbattista Card. Pizzaballa, Patriarche latin de Jérusalem

  • En avant les enfants, fêtons tous les saints ! A Liège, 15è Holywins le dimanche 29 octobre 2023 à 14h, la fête de tous les saints en famille !

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    En avant les enfants, fêtons tous les saints !

    15è Holywins le dimanche 29 octobre 2023 à 14h, la fête de tous les saints en famille !

    Cette année, nous sillonnerons en petits groupes le jardin du sanctuaire et le magnifique parc de la Chartreuse, pour rencontrer 6 saints et saintes qui vous mèneront vers la grande figure de sainteté du jour.

    Qui sera le visage de sainteté du jour ?

    Ce sera une devinette !

    Plutôt la bonne soupe au potiron de grand-mère que les pommes pourries de la sorcière. Holywins est à la lumière ce qu’Halloween est à l’ombre. D’ailleurs, les fêtes Holywins se multiplient un peu partout dans le monde et en Belgique. Tant mieux.

    En 2021 et 2022, nous étions environ 200.

    En avant, les enfants de la lumière, pour cette édition 2023 !

    our l’équipe d’organisation,

    Edel & Jean, Laurence & Jacques

    holywins.liege@gmail.com

    www.saintejulienne.org

    Sanctuaire de sainte Julienne de Cornillon ASBL

    Infos et inscriptions: https://www.saintejulienne.org/fr/holywins/

    Au programme :

    •             Grand jeu avec tous les enfants dans le jardin du Sanctuaire et le parc de la Chartreuse

    •             Louange suivi d'un temps d'adoration avec les enfants

    •             Garderie pour les plus petits

    •             Grand goûter autour d'un chocolat chaud et de gaufres

    Informations utiles :

    •             Quand ? Dimanche 29 octobre 2023, de 14h à 18h

    •             Où ? Sanctuaire Sainte Julienne de Cornillon, rue de Robermont 2, 4020 Liège

    •             Qui participe ? Enfants accompagnés de leurs parents, grand-parents ou catéchistes

    •             PAF ? 20 eur par famille ou groupe de max 4 personnes adultes ou enfant. Prix de 4 eur/personne pour un groupe de plus de 4. Vous pouvez payer par banque sur notre compte IBAN BE57 0689 4175 4435, ASBL Sainte Julienne. Il est aussi possible de payer sur place.

    •             Qui organise ? Holywins est organisé par des familles et amis du Sanctuaire de sainte Julienne

    Merci de vous inscrire via le lien ci-dessous, et/ou de faire suivre l'e-mail à ceux de votre entourage qui pourraient être intéressés : amis, famille, voisins, ...

    Infos et inscriptions : https://www.saintejulienne.org/holywins

    Vous pouvez aussi contacter Edel 0493 81 69 77 ou Laurence 0496 41 42 19

    Lien direct vers le formulaire d’inscriptions : https://bit.ly/holywins2023

    Page Facebook : https://www.facebook.com/HolyWinsBelgique
    Page Youtube : 
    HolyWins
    Compte Instagram: 
    Holywins_belgium

    Cliquez sur l’image ou sur ce lien

    Pourquoi Holywins ?

    Dans une société qui élude souvent la question de la mort, la fête d’Halloween a le mérite de nous interroger sur ce thème, mais sans autres références que celles empruntées à des rituels macabres et morbides. C’est pourquoi HolyWins met en valeur la fête de la Toussaint et rappelle qu’elle est habitée par l’Espérance. A la Toussaint, l’Eglise célèbre tous les saints – connus ou anonymes – qui sont vivants auprès de Dieu. Selon la foi chrétienne, la mort constitue en effet un passage vers la vie éternelle à la suite du Christ. Soutenus par cette espérance, les croyants se rappellent le lendemain 2 novembre les défunts de leur famille.

    Edel, co-organisatrice explique : "Holywins est une initiative de familles et amis impliqués dans leurs paroisses de la région liégeoise. Depuis 15 ans, nous organisons cette petite fête pour nos propres enfants, nos amis et tous ceux que cela intéresse. Nous nous réjouissons qu'elle grandisse d'année en année. Des centaines d'enfants ont déjà participé à cette belle fête durant la semaine des congés de la Toussaint."

    Laurence, co-organisatrice, dit : "C'est une grande joie de fêter les saints avec nos enfants. Je viens à Holywins avec mes enfants pour qu'ils apprennent la vie des saints qui sont un modèle sur nos chemins. Ce genre d'activités ouvre le coeur."

    François, participant, déclare : "Cela nous semble important de vivre une après-midi sur le thème de la sainteté, de la lumière, surtout à un moment où certains célèbrent Haloween, la mort et les ténèbres. Je crois que la mort est un passage vers la lumière."

    Cette fête familiale HolyWins, liée à la Toussaint, se développe un peu partout dans le monde, au Brésil, en Espagne, en Chine, en Colombie, aux Philippines, en France, en Italie … et en Belgique.

  • Indifférence et athéisme

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    Comment l’athéisme a-t-il évolué ? L’hostilité parfois virulente vis-à-vis des religions semble avoir fait place à une indifférence critique. D’où vient-elle ? Et comment le chrétien est-il censé s’adresser à celui ou celle qui ne manifeste pas d’intérêt pour le message de l’Evangile ? Une émission de KTO: la foi prise au mot, 22 10 23:

    "Selon certains sondages, moins de la moitié des Français croiraient en l’existence de Dieu, au point que l’athéisme semble s’imposer comme une norme. Habituellement, la sécularisation est pointée du doigt comme la source de ce phénomène. Mais que signifie être athée aujourd’hui ? Si traditionnellement l’athéisme s’accompagnait d’un rejet des religions, il semble que ce soit moins le cas aujourd’hui. L’hostilité parfois virulente semble avoir fait place à une indifférence critique vis-à-vis de la question religieuse. D’où vient cette indifférence ? Et comment le chrétien est-il censé s’adresser à celui ou celle qui ne manifeste même plus d’intérêt pour le message de l’Evangile ? « Il nous faut mettre en lien le dogme avec le vécu humain, souligner le caractère proprement existentiel de la voie chrétienne », défend Thomas Remy, professeur en religion et étudiant en théologie à l’Université de Louvain (Belgique). « On compte beaucoup plus sur l’expérience humaine qui découvre sa richesse et sa profondeur proprement divine. C’est cela le mystère de l’incarnation : en tout homme on retrouve une trace du divin », renchérit Paul Valadier, jésuite et Professeur au Centre Sèvres à Paris".

  • Le diocèse d'Essen : un cas emblématique de l'effondrement de l'Eglise en Europe

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    De Luke Coppen sur The Pillar :

    Qu'est-ce qui ronge le diocèse allemand d'Essen ?

    23 octobre 2023

    L'évêque allemand Franz-Josef Overbeck a présenté une image sombre de son diocèse lors de la conférence de presse du synode sur la synodalité qui s'est tenue samedi au Vatican.

    S'adressant aux journalistes en italien le 21 octobre, l'évêque d'Essen a déclaré : "Nous n'avons presque plus de séminaristes. Je suis évêque d'Essen depuis 14 ans. Au cours de ces 14 années, j'ai enterré près de 300 prêtres et j'en ai ordonné 15. C'est notre réalité.

    Plus tôt dans la conférence de presse, Mgr Overbeck avait présenté la raison d'être de la "voie synodale" allemande, une initiative triennale très controversée qui a réuni les évêques du pays et des laïcs sélectionnés pour discuter de changements profonds dans l'enseignement et la pratique catholiques. 

    La remarque de Mgr Overbeck sur l'état de la prêtrise dans le diocèse d'Essen - destinée à illustrer la nécessité de nouveaux critères pour l'ordination sacerdotale - a enflammé les médias sociaux et laissé les catholiques hors d'Allemagne se demander comment la situation du diocèse était devenue si désastreuse. 

    Voici un bref aperçu d'un diocèse qui s'est brièvement retrouvé sous les feux de l'actualité catholique mondiale.

    Un diocèse en chute libre

    Le diocèse d'Essen est basé dans la ville du même nom, dans l'ouest de l'Allemagne. Le mot "Essen" signifie à la fois "manger" et "nourriture" en allemand, mais le nom de la ville est probablement dérivé d'un mot à la sonorité similaire mais à la signification différente.

    Le diocèse, qui ne date que de 1957, est connu sous le nom de "diocèse de la Ruhr" parce qu'il couvre la région fortement industrialisée qui est la troisième plus grande conurbation d'Europe après Londres et Paris. Pour donner une idée de la densité de population de la région, environ 140 millions de personnes vivent dans un rayon de 500 kilomètres autour d'Essen.

    Essen est à la fois l'un des plus récents et l'un des plus petits des 27 diocèses d'Allemagne. Son premier évêque a été le cardinal Franz Hengsbach, charismatique et socialement engagé, qui a dirigé le diocèse pendant trois décennies, avant de se retirer en 1991 à l'âge de 80 ans. 

    L'imposante réputation du cardinal a été bouleversée en septembre lorsque le diocèse a annoncé qu'il enquêtait sur au moins trois allégations d'abus sexuels à son encontre. Une statue de Hengsbach aux couleurs vives, située à l'extérieur de la cathédrale du diocèse, a été enlevée. 

    Mgr Overbeck a personnellement reconnu les erreurs commises dans la gestion des allégations contre son prédécesseur. Il s'est excusé auprès des catholiques du diocèse de ne pas avoir fait plus lorsqu'il a entendu pour la première fois une allégation contre Mgr Hengsbach en 2011, croyant à tort qu'elle avait été résolue. Il avait assisté à l'inauguration de la statue du cardinal cette année-là tout en étant au courant de l'allégation.

    Lorsque Mgr Overbeck a été nommé dans le diocèse en 2009, il n'avait que 45 ans, ce qui faisait de lui le plus jeune évêque d'Allemagne. Selon le magazine allemand Der Spiegel, sa résidence est le premier étage d'un ancien presbytère et sa voiture officielle est la luxueuse Volkswagen Phaeton.

    En termes statistiques, le diocèse d'Essen est en déclin depuis au moins 1970. Cette année-là, il desservait 1 335 303 catholiques, soit 44,1 % de la population totale, dans 232 paroisses avec 991 prêtres.

    En 2002, il ne comptait plus que 988 433 catholiques, soit 37,2 % de la population, répartis dans 321 paroisses et 647 prêtres.

    En 2022, le diocèse ne comptait plus que 679 495 catholiques, représentant 26,6 % de la population, dans 40 paroisses, avec 407 prêtres.

    En moyenne, 29 610 personnes, soit 4,36 % des catholiques baptisés, ont assisté régulièrement aux messes l'année dernière.

    Un peu plus de 14 000 personnes ont officiellement quitté l'Église dans le diocèse d'Essen en 2022, le chiffre annuel le plus élevé jamais enregistré.

    Il y a eu 7 928 enterrements d'église, dépassant de loin les 4 542 baptêmes.

    Un nouveau prêtre a été ordonné pour le diocèse en 2022, tandis que cinq hommes étaient en formation sacerdotale.

    En résumé, le diocèse d'Essen semble être en chute libre sur le plan statistique.

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  • Synode : réforme, renouveau ou révolution ?

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    De JD Flynn sur The Pillar :

    Synode : Réforme, renouveau ou révolution ?

    23 octobre 2023

    Lors d'une conférence de presse du Vatican la semaine dernière, le journaliste jésuite, le père Tom Reese, a posé une question plutôt directe à l'évêque du Texas, Daniel Flores. 

    Reese a noté que beaucoup de catholiques américains sont sceptiques à l'égard du synode, et que certains croient que "les évêques sont manipulés par une cabale libérale de personnel et de théologiens."

    Flores a été invité à répondre à la question de savoir s'il était lui-même sous le contrôle d'une cabale libérale. 

    C'était un moment amusant, bien sûr, parce qu'aucune personne manipulée par une cabale libérale ne l'admettrait.

    Mais Flores n'a pas clignoté S-O-S en code morse en répondant à la question. 

    Il a plutôt déclaré que les catholiques vivaient "à une époque très suspecte".

    La méfiance est dans "l'air que nous respirons", a-t-il dit, ajoutant qu'il avait vu des conversations sérieuses et sincères au synode, et non de la manipulation ou du contrôle.

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    La question de M. Reese soulève un point important. Une partie des fidèles américains pense que le synode a été manipulé, ou que son issue a été prédéterminée, les délibérations des tables rondes du synode servant en quelque sorte de vitrine à des résultats déjà déterminés par un groupe d'influenceurs du Vatican.

    Les Américains ne sont pas les seuls. Plusieurs évêques de pays autres que les États-Unis ont déclaré à The Pillar que les catholiques de leur pays, qu'ils soient "conservateurs" ou "libéraux", doutent que le synode soit réellement une libre délibération ou que des voix en dehors du courant dominant soient entendues.

    Pour la plupart, les participants au processus racontent une histoire différente. 

    Même les participants sceptiques à l'égard du processus de synodalité déclarent à The Pillar qu'ils doutent que le résultat soit prédéterminé ou que le synode soit truqué. 

    Bien sûr, certains se sont plaints de la procédure, notamment d'un déséquilibre perçu dans les possibilités d'intervention des délégués synodaux - et ils n'ont pas abordé la question de savoir qui était invité en premier lieu. 

    Mais la plupart des participants ont déclaré à The Pillar que les rapports des groupes reflétaient fidèlement les contributions des délégués synodaux et qu'il serait difficile que le rapport intérimaire de la réunion - qui sera publié à la fin du mois - s'écarte des rapports hebdomadaires qui y ont contribué.

    Au moins, disent-ils, il serait difficile de manipuler le rapport intérimaire sans une large réaction des participants au synode, à qui l'on a promis à plusieurs reprises que le document refléterait leurs points de vue.

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    Mais le scepticisme quant à l'intégrité du processus synodal persiste. 

    La raison pourrait être liée à la rhétorique utilisée par certains participants au synode sur ce qu'ils font exactement dans la salle du synode. 

    Certains participants ont présenté le synode comme un effort lié à la réforme ecclésiastique. 

    L'évêque allemand Franz-Josef Overbeck, par exemple, a déclaré aux journalistes samedi que le synode sur la synodalité avait une éthique similaire à la "voie synodale" de l'Allemagne - et a noté que ce processus avait commencé comme une tentative de réforme de l'Église à la lumière du scandale des abus commis par des clercs dans le pays. 

    Mgr Overbeck a suggéré qu'une approche plus participative de la direction ecclésiastique pourrait être un moyen efficace de lutter contre la perspective d'abus dans la vie de l'Église, et que le synode sur la synodalité s'est engagé dans cette voie.

    D'autres participants ont suggéré que le synode sur la synodalité permet une sorte de revigoration par la collaboration - que lorsque les religieuses, par exemple, partagent avec les évêques leur propre expérience de la vie communautaire et du discernement sororal, l'Église adopte de nouvelles pratiques, par une sorte d'échange fructueux d'idées et de coutumes.

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  • D'abortiste à convertie : quand la foi déplace les montagnes

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    De Tommaso Scandroglio sur la Nuova Bussola Quotidiana :

    D'abortiste à convertie : quand la foi déplace les montagnes

    Amaia Martinez Lopez est devenue Maria de Himalaya après sa rencontre avec le Christ, parce que la foi peut déplacer des montagnes, même celles qui pèsent sur nos cœurs. Voici son histoire extraordinaire. 

    23_10_2023

    Amaia Martinez Lopez est devenue Maria de Himalaya après sa rencontre avec le Christ, parce que la foi peut déplacer des montagnes, même celles qui pèsent sur nos cœurs. On peut trouver sur le web plusieurs de ses discours où elle raconte sa conversion. Nous en avons choisi un, datant d'avril dernier.

    Née en 1973 dans une famille non croyante, à l'adolescence elle fait de sa liberté - selon sa propre expression - "une apostasie de Dieu". Elle devient infirmière et rejoint les rangs des féministes : elle partage avec elles l'idée que les femmes doivent avoir la maîtrise absolue de leur corps, sans se soucier des conséquences de ce choix.

    Elle est ensuite employée dans une clinique privée pratiquant l'avortement à Bilbao, en Espagne. Devenue kinésithérapeute, elle ouvre elle-même une clinique privée et connaît un succès professionnel considérable qui, comme elle l'avoue, ne donne pas de sens à son existence.

    Maria de Himalaya, marquée par son rôle actif en procurant des avortements, a réalisé plus tard, une fois convertie, que le monde d'aujourd'hui est un grand camp d'extermination d'enfants et de femmes parce que, si on enlève la maternité aux femmes, on leur enlève la vie. C'est un camp d'extermination parce qu'ils exterminent la liberté de penser, d'avoir une opinion, de contredire. Mère Teresa de Calcutta a dit un jour qu'il n'y a pas de pays plus pauvre que celui qui a légalisé le meurtre d'innocents par peur et par égoïsme. Un camp de concentration sans barbelés parce que les gens sont esclaves de la pensée unique, même s'ils se sentent libres. Ceux qui se rendent compte de l'existence de cet esclavage sont persécutés.

    Maria poursuit en révélant que d'infirmière, elle est devenue sadique et que les médecins avec lesquels elle travaillait sont devenus des bourreaux. Elle s'est mariée, mais le vide intérieur ne lui a laissé aucun répit. En chacun de nous, dit-elle, il y a une blessure : celle de ne pas se sentir aimé. Elle a cherché l'amour dans sa profession, parmi ses amis, auprès de son mari, mais ne l'a pas trouvé.

    Martinez Lopez est une athlète qui parcourt des distances allant jusqu'à 160 km en montagne et qui a remporté de nombreuses compétitions. Elle admet qu'elle s'est adonnée au sport pour combler le vide de ne pas se sentir aimée et de ne pas pouvoir aimer. Et elle précise : le symptôme le plus singulier d'une avorteuse est l'incapacité d'aimer et de se laisser aimer. La course à pied était une façon de cacher ce qu'elle avait fait. Elle a couru parce qu'elle pensait que la course lui rendait une certaine dignité. Mais c'était une illusion. Une semaine après les courses, le non-sens revenait en elle et alors, comme une droguée, elle s'inscrivait à des courses encore plus éprouvantes. Mais cela ne sert à rien : ses compagnons de route s'appellent désormais anorexie, boulimie, crises de panique, automutilations.

    Le 11 janvier 2017, après 28 ans de relation, son mari l'abandonne. Et tout s'écroule sur elle : la carrière réussie de superwoman, riche, talentueuse dans le sport s'efface d'un seul coup. Tout s'est écroulé parce que tout était construit sur de la boue. La nuit qui a suivi le départ de son mari, elle a clairement entendu une voix intérieure, qui, comme Maria a tenu à le préciser, se manifeste lorsque nous sommes prostrés par le chagrin, une voix démoniaque. Cette voix lui murmurait : "Personne ne t'aime et c'est pour cela que tu es seule. Tu es mauvaise. Et il n'y aura personne pour t'aider".  Réponse de Marie : "Et je l'ai crue. J'ai alors demandé à cette voix ce qu'il fallait faire. Elle m'a dit : 'Prends ta vie. Là, tu trouveras la paix, alors tu résoudras tout'".

    Un certain temps s'est écoulé jusqu'à ce que Maria décide d'en finir. Un jour, elle prit les clés de sa voiture avec l'intention de sortir et de se suicider. Les clés en main, elle s'est allongée un moment dans son lit et l'un des deux chiens qu'elle possédait lui a sauté sur les jambes. Elle ne pesait que 40 kilos, car l'un des moyens qu'elle avait imaginés pour mettre fin à ses jours était d'arrêter de manger. Elle ne mangeait qu'un bol de lait et d'avoine par jour. Maria raconte qu'elle ne pouvait pas bouger avec ce gros chien sur elle. Elle a essayé de le faire bouger, mais rien n'y a fait. Finalement, épuisée, elle s'est endormie. Elle a été réveillée par un appel téléphonique d'un ami népalais qu'elle avait rencontré il y a quelque temps lors d'une compétition au Népal. L'ami lui a dit qu'il y avait eu un tremblement de terre et que, pour atteindre certains villages, on avait besoin d'agents sanitaires de montagne expérimentés, comme elle l'était. Après un tremblement de terre en montagne, raconte toujours Maria, il est dangereux de marcher car le sol et les rochers sont tous instables. Il est très facile de glisser et de mourir. Et elle s'est dit : "Parfait !

    Elle est partie le 8 mai 2017 au Népal avec l'idée d'y mourir. Un jour, bloquée par une mousson, elle voit apparaître deux Missionnaires de la Charité de Mère Teresa. Maria confie : "Je détestais beaucoup de choses, y compris l'Église catholique. Mais par-dessus tout, je détestais Jean-Paul II et Mère Teresa de Calcutta". L'une des sœurs s'est approchée d'elle, souriante et rayonnante, et lui a pris le bras avec force, lui demandant de se rendre à un certain endroit. Elle lui a répondu de ne pas la toucher et qu'elle n'allait nulle part. Les deux sœurs sont parties en prenant un bus. Quelque temps plus tard, la religieuse lui révéla que depuis un an, les sœurs suppliaient Mère Teresa de leur fournir un kinésithérapeute bénévole, car la communauté en avait besoin.

    Cette nuit-là, Maria n'a pas pu dormir car elle entendait constamment une voix lui dire qu'elle devait se rendre à l'endroit indiqué par la religieuse. Le lendemain matin, elle se rend à cet endroit, frappe à une porte et la même religieuse que la veille vient lui ouvrir. Elle n'a pas beaucoup ouvert la porte parce qu'elle avait peur d'elle. Comme la religieuse l'a raconté plus tard, elle avait vu l'enfer dans les yeux de Maria la veille. La sœur lui a demandé de revenir le lendemain pour assister à la Sainte Messe. Entendre cette demande lui donna presque de l'urticaire. Mais elle y est allée.

    Maria a dit que les neuf sœurs présentes dans la chapelle rayonnaient de lumière, de paix et de bonheur. Comme il n'y avait pas de chaises, elle s'est accroupie contre un mur. Lorsque la messe a commencé, Maria a entendu une voix masculine très aimante et miséricordieuse. Son souffle est devenu court et son cœur s'est mis à battre à tout rompre. La voix lui dit : "Bienvenue à la maison". Elle a ouvert les yeux et s'est dit : "Ce n'est qu'un cirque chrétien. On verra quand ils mourront et qu'ils se rendront compte qu'il n'y a rien de ce qu'ils avaient cru". Elle ferma à nouveau les yeux et sa voix revint : "Bienvenue à la maison. Combien de temps as-tu mis à m'aimer ?".

    Elle ouvrit les yeux et la chapelle fut remplie d'une lumière si intense que les silhouettes des autres personnes étaient comme phagocytées par cette même lumière. Marie dit alors qu'elle a vu Jésus descendre de la croix, qui lui a souri et l'a regardée avec une profondeur infinie. "J'ai vu l'amour". Marie a répondu à Jésus qu'elle n'avait pas foi en lui. Jésus lui sourit encore plus. Elle tombe alors de sa position accroupie sur le sol. Devant ses yeux, toutes les images de son existence ont commencé à défiler et elle a réalisé que c'était peut-être le dernier jour de sa vie.

    Elle s'est mise à pleurer et à demander pardon. "J'étais enfin libre".  En ouvrant les yeux, elle se rend compte que les neuf sœurs prient autour d'elle, croyant qu'elle est sur le point de mourir, tant son corps est froid.

    Maria a ensuite révélé que, dans le passé, chaque fois qu'elle regardait ses mains, elle les voyait tellement barbouillées de sang qu'elle devait les laver compulsivement, un sang qui n'était visible que pour elle. C'était le sang des bébés avortés. Aujourd'hui, elle voit ses mains encore barbouillées de sang mais réalise que c'est le sang de l'Agneau de Dieu.

    La véracité des locutions intérieures et des visions sera examinée par l'Église si nécessaire. Mais ce qui est certain, c'est que "mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il a été retrouvé" (Lc 15,24).

  • Le pape François et les limites de la synodalité

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    D'Andrea Gagliarducci sur le Monday Vatican :

    Le pape François et les limites de la synodalité

    23 octobre 2023

    Le changement de dernière minute du calendrier de l'assemblée du Synode a montré un avantage et une limite de la synodalité. L'avantage est que l'écoute conduit aussi à modifier les décisions et à redéfinir ce qui était prévu. La limite est que, de cette manière, il ne semble pas y avoir, ni ne peut y avoir, de projets à long terme. Tout reste provisoire, instantané, indéfini, et seule une personne d'une hiérarchie supérieure peut véritablement remettre de l'ordre. Ainsi, alors que tout le monde s'écoute, c'est le pape, et lui seul, qui peut prendre des décisions, en ramenant tout à lui.

    C'est d'ailleurs ce que le pape François a toujours fait jusqu'à présent. Le Conseil des cardinaux s'est souvent réuni, mais le pape a pris des décisions de réforme avant les réunions, où il les a présentées après coup, ou même soudainement, comme lorsqu'il a publié à la surprise générale le texte de la constitution apostolique Praedicate Evangelium.

    C'est d'ailleurs un style de gouvernement qui a été testé lors du Consistoire de 2022. Pour la première fois depuis le début du pontificat, le pape François a voulu que les cardinaux se réunissent pour discuter entre eux, et la discussion a porté sur la réforme de la Curie. Mais les cardinaux ne pouvaient pas s'exprimer en assemblée générale. Ils ont été divisés en groupes linguistiques. Certains ont été contraints de remettre leur discours.

    La méthodologie de ce synode est similaire. Les pères synodaux sont immédiatement divisés en cercles plus petits, en groupes de 11 ou 12 personnes. Chaque cercle ne discute cependant que d'un seul des "sous-thèmes" des modules dans lesquels la discussion a été divisée scolairement, et lorsqu'il passe au module suivant, il ne discute que d'un seul module, et ainsi de suite. En fait, personne n'a vraiment une vision globale du débat, mais chacun a une vision d'une partie particulière du débat qui a eu lieu dans son cercle.

    Bien sûr, le Pape est toujours au centre, mais le point est précisément celui-ci : le Pape ne doit pas faire partie du processus synodal, mais il est appelé à garantir l'unité. L'unité est réalisée lorsque chacun a une vision complète, et non partielle, des débats.

    Cette situation permet, d'une certaine manière, la formation de lobbies de communication organisés qui tendent à manipuler les situations à leur avantage. La campagne pour l'inclusion des LGBT a bénéficié de la nouvelle selon laquelle le Pape a rencontré le cofondateur et le personnel de New Ways Ministry, la campagne pour une "structure plus synodale de l'Église" a été menée par des journalistes progressistes allemands et latino-américains qui soutiennent une réforme de l'Église également en termes de démocratisation, et ainsi de suite. Tout le monde peut dire quelque chose sur le Synode parce que le Synode sur la communion, la mission et la participation est né sans direction, mais avec l'intention claire de faire parler tout le monde.

    Non, ce n'est pas un talk-show, ni un Parlement - le préfet de la communication Ruffini le répète toujours - mais l'impression que l'on a est précisément celle d'un lieu où l'on discute sans décider. En effet, le Synode n'aura pas de pouvoir décisionnel, mais seulement consultatif.

    Que veut donc le pape ? Réunir un grand Parlement et prendre ensuite ses propres décisions, tout en donnant l'impression que tout a changé ?

    La question est légitime, si l'on considère que le pape François lui-même a dit que la "synodalité" (ou la "vie de l'Église", comme le Secrétariat général du Synode préfère l'appeler) n'était que le deuxième thème choisi pour le Synode, le premier étant la question du sacerdoce.

    Pourquoi donc le pape François a-t-il choisi de parler de synodalité ? Cette question est également légitime. L'ouverture présumée de cette réunion synodale, qui comprend toutefois une élite sélectionnée de l'Église, donne à beaucoup l'impression de pouvoir participer pour la première fois aux décisions de l'Église. Mais cet aspect, sur lequel on insiste beaucoup, pose déjà quelques problèmes.

    L'Église, en effet, n'est pas une structure démocratique, où chacun doit avoir une voix et où ceux qui ont une voix doivent se sentir satisfaits. Ce n'est pas un lieu où l'on pense à obtenir des parcelles de pouvoir et de responsabilité. Il s'agit plutôt d'une assemblée où l'on sert, et où l'on sert en fonction de ses compétences, sans distinction de sexe, de race et de sexualité.

    La crise sous-jacente à ce Synode est une crise de la foi, qui entraîne une crise culturelle. Dans la pratique, le débat au Synode a atteint le paradoxe positiviste : tout est analysé partie par partie, mais on perd la vision d'ensemble et on risque de faire des dégâts. Avant, l'idée était de faire une analyse globale et ensuite d'aller dans les détails.

    Avec le Concile Vatican II, on a essayé de partir du particulier pour arriver à l'universel, et les constitutions conciliaires sont un vrai joyau en ce sens. Mais c'est un joyau parce que le particulier est invariablement devenu universel, et non l'inverse, et qu'il l'est devenu avec le soutien d'un projet culturel qui semble aujourd'hui manquer.

    Que fait-on, en effet, quand on a plus d'opinions que d'idées ? On choisit des thèmes populaires et populistes, comme l'accueil des migrants, la question de la communion pour les divorcés-remariés, l'idée d'un changement de doctrine, même si ce changement n'arrive jamais.

    La culture, quant à elle, permet un sens commun dans le débat, ainsi qu'une compréhension contextualisée des faits. Elle n'évite pas les divisions, mais permet aux divisions de s'absorber et de se comprendre. La culture est synodale.

    C'est une crise de la foi qui naît du fait que la foi catholique n'est connue que par la tradition ou les préjugés. C'est une crise de foi qui affecte les prêtres et, par conséquent, les évêques. C'est une crise de la foi qui est enregistrée dans les chiffres de la participation à la messe - de plus en plus bas, ce qui est également un signe de mauvais soins liturgiques.

    La synodalité, cependant, ne se donne pas le temps de la construction culturelle. Obsédé par la réponse à l'ici et maintenant, le Synode se retrouve à discuter de divers sujets et à devoir inclure tout le monde, tout en changeant le calendrier pour donner plus de discernement aux pères synodaux. Ou bien le Secrétariat général du Synode a-t-il besoin de discernement ?

    La synodalité est une limite, et pratiquée de cette manière, elle a une limite encore plus grande. Il y a une forte fragmentation, et cela peut vraiment conduire à une Église qui se replie sur elle-même et sur quelques grands thèmes, en perdant de vue le débat commun.

    Pourtant, le moment est venu de reconstruire. Pas à partir du Synode, sans doute, car celle du Synode risque de devenir une dictature de la majorité. Mais il faut reconstruire. D'autre part, l'Apocalypse demandait : "Quand le Fils de l'homme reviendra, trouvera-t-il la foi sur cette terre ?"