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Livres - Publications - Page 3

  • Quand un évêque ne peut se résigner à ce qu'il n'y ait plus de prêtres

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    De Tribune Chrétienne :

    Cardinal François Bustillo : « Je ne peux me résigner à ce que la Corse n’ait plus de prêtres »

    Cardinal François Bustillo - capture
    Cardinal François Bustillo - capture
    L’évêque d’Ajaccio refuse de regarder passivement la raréfaction des vocations sacerdotales : pour lui, la foi populaire corse doit demeurer une source de renouveau et non le souvenir d’un christianisme disparu

    Dans le troisième tome de ses Carnets corses, à paraître le 16 septembre prochain chez Fayard, Son Eminence François Bustillo livre une méditation pastorale sur la Corse, ses confréries et l’avenir de ses paroisses. La Corse est une terre où la foi ne se laisse pas aisément réduire aux statistiques. Elle s’exprime dans les processions, les fêtes patronales, les chants, les confréries, les églises de village et l’attachement profond aux saints protecteurs. Mais cette ferveur populaire ne doit pas masquer l’inquiétude qui traverse l’Église insulaire : les prêtres sont peu nombreux, souvent âgés, et les communautés chrétiennes risquent de se retrouver privées de la présence sacramentelle qui les fait vivre.

    C’est cette préoccupation que le cardinal François Bustillo exprime dans le troisième tome de ses Carnets corses, le prélat porte une vision très concrète de l’Église : sans prêtres, il n’y a plus de célébration régulière de l’Eucharistie, plus de confession accessible, plus de présence pastorale stable auprès des familles, des malades et des mourants.

    L’évêque d’Ajaccio ne parle pas ici d’une fonction qu’il faudrait seulement maintenir par tradition. Le prêtre n’est pas un organisateur de cérémonies ni le gardien d’un patrimoine local. Il est celui qui rend présent le Christ dans les sacrements, annonce l’Évangile et rassemble le peuple chrétien. Lorsque les prêtres disparaissent, ce n’est pas seulement une institution qui s’affaiblit : c’est la vie chrétienne elle-même qui risque de se dissoudre.

    La Corse connaît pourtant une réalité que bien des diocèses français pourraient regarder avec attention : les confréries. Dans son livre, l’évêque d’Ajaccio les décrit comme une présence familière et vivante. Elles accueillent, prient, chantent, portent les statues des saints, accompagnent les processions et donnent à la foi une expression incarnée dans les villages : Elles sont souvent les premières à maintenir le lien entre les générations.

    Mais le cardinal ne les idéalise pas. Les confréries ne peuvent pas devenir le substitut d’une Église sacramentelle. Elles soutiennent la foi, elles la rendent visible, elles transmettent un héritage ; elles ne remplacent ni la messe ni le ministère sacerdotal. Toute la question est là : comment faire de cette vitalité populaire un terreau pour les vocations, et non un décor religieux survivant à la disparition progressive des prêtres ?

    L’enjeu dépasse largement la Corse. Dans de nombreux territoires ruraux, l’Église est confrontée à la même tentation : s’habituer à l’absence. On s’habitue à des messes de plus en plus rares, à des paroisses toujours plus vastes, à des prêtres contraints de courir d’un clocher à l’autre. On s’habitue à demander aux laïcs de compenser ce qu’ils ne peuvent pourtant pas accomplir. On finit parfois par parler de cette situation comme d’une fatalité historique. Le cardinal Bustillo refuse cette résignation. Son propos n’est pas nostalgique. Il ne rêve pas d’un temps où chaque village aurait eu son curé et où la pratique religieuse structurait naturellement toute la vie sociale. Il pose plutôt une question de foi : croyons-nous encore que Dieu appelle des hommes à donner leur vie pour le sacerdoce ? Et créons-nous les conditions humaines, spirituelles et ecclésiales pour que cet appel puisse être entendu ?

    Une vocation ne naît pas dans l’abstrait. Elle mûrit dans des familles chrétiennes, au sein de paroisses priantes, auprès de prêtres heureux de leur ministère, dans une Église qui ose demander à des jeunes : « As-tu pensé à donner ta vie au Christ ? » La crise des vocations est aussi, d’une certaine manière, une crise de la confiance et de l’audace missionnaire.

    La Corse garde une mémoire chrétienne puissante. Ses confréries, ses pèlerinages et ses traditions ne sont pas des vestiges à conserver sous verre. Ils peuvent redevenir des chemins d’évangélisation, à condition que le peuple chrétien ne se contente pas d’honorer le passé, mais accepte d’en tirer une responsabilité pour l’avenir. « Je ne peux me résigner », écrit le cardinal Bustillo. Cette phrase vaut sans doute pour toute l’Église de France : la pénurie sacerdotale est un défi immense, mais elle ne dispense jamais de prier, d’appeler et d’espérer.

    Le livre est d’ores et déjà disponible en précommande

  • Un nouveau rapport indique que plus de 3000 chrétiens ont été tués au Nigéria en seulement huit mois en 2026.

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    De Ngala Killian Chimtom sur le CWR :

    Un nouveau rapport indique que plus de 3000 chrétiens ont été tués au Nigéria en seulement huit mois en 2026.

    La Société internationale pour les libertés civiles et l'État de droit, Intersociety, affirme que juillet et août ont peut-être été les mois les plus meurtriers de 2026, avec 437 chrétiens tués et 393 enlevés.

    Un nouveau rapport alarmant affirme qu'au moins 3 083 chrétiens ont été tués et 3 193 enlevés lors d'attaques qui auraient été perpétrées par des groupes djihadistes au Nigéria entre janvier et août de cette année.

    Le rapport, publié dimanche par la Société internationale pour les libertés civiles et l'État de droit (Intersociety), souligne que juillet et août ont peut-être été les mois les plus meurtriers de 2026, avec 437 chrétiens tués et 393 enlevés.

    Des chiffres stupéfiants

    Outre les meurtres et les enlèvements, le rapport révèle également que 400 églises ont été attaquées et que 25 prêtres et pasteurs ont été tués ou enlevés.

    D'après ce rapport, la plupart des meurtres et des enlèvements ont eu lieu dans la ceinture centrale du Nigeria, une région où la population majoritairement musulmane du nord rencontre la population majoritairement chrétienne du sud.

    Le diocèse de Wukari, dans l'État de Taraba, a enregistré à lui seul un nombre alarmant d'atrocités : environ 239 édifices religieux ont été attaqués ou détruits entre septembre 2025 et août 2026, et près de 100 000 paroissiens ont été déracinés et contraints de fuir leurs communautés. De plus, plus de 200 communautés chrétiennes ont été pillées et leurs habitants déplacés. Seize prêtres catholiques ont été contraints à l'exil, et les résidences de huit autres ont été détruites.

    Le rapport indique en outre que l'Église des Frères au Nigéria et l'Église chrétienne réformée universelle ont collectivement perdu plus de 27 000 membres et des milliers d'églises à cause d'attaques depuis juillet 2009.

    En 2020, l'Église des Frères au Nigéria a déclaré avoir perdu plus de 8 600 membres et des centaines de lieux de culte de district à cause de Boko Haram. De même, l'Église chrétienne réformée universelle a annoncé avoir perdu 5 987 de ses membres et 753 églises.

    Le dernier rapport d'Intersociety dresse un tableau plus large de ce que l'organisation considère comme la violence à motivation religieuse au Nigéria.

    Depuis 2009, date à laquelle Boko Haram a lancé sa campagne meurtrière pour créer un califat à travers le Sahel, au moins 19 800 églises ont été attaquées.

    Emeka Umeagbalasi, chercheur principal et directeur d'Intersociety, a déclaré à CWR que le nombre de chrétiens tués au Nigéria depuis 2009 a atteint le chiffre effarant de 130 783. M. Umeagbalasi, catholique fervent, a ajouté qu'au moins 82 603 chrétiens ont été enlevés ou kidnappés durant cette période. Il prévient qu'il existe 20 % de chances que ces victimes ne reviennent jamais vivantes auprès de leurs familles ni ne renouent avec leur foi.

    L’islamisation et la question du « génocide »

    Des organisations internationales de surveillance des persécutions ont averti que les chrétiens du Nigéria sont confrontés à un programme d'islamisation.

    « Le Nigeria est depuis plusieurs années l'endroit le plus violent au monde pour les disciples de Jésus », affirme Portes Ouvertes, expliquant que l'imposition de la charia dans 12 États du nord rend la vie des chrétiens nigérians de plus en plus précaire.

    L’organisation Global Christian Relief décrit le Nigeria comme « un épicentre mondial du martyre des chrétiens », expliquant que chaque année, au moins 4 000 chrétiens sont tués par des organisations extrémistes au Nigeria, un chiffre « qui dépasse souvent le total cumulé des décès de chrétiens persécutés dans le reste du monde ».

    Au Nigéria et dans le monde entier, les responsables religieux et civils ont présenté des points de vue contrastés sur la situation des chrétiens dans ce pays qui compte environ 113 millions de chrétiens.

    En septembre dernier, l'humoriste et animateur de télévision américain Bill Maher a déclaré sans ambages que les chrétiens nigérians étaient victimes d'un « génocide ». Il a affirmé que le groupe Boko Haram avait « tué plus de 100 000 personnes depuis 2009 et incendié 18 000 églises ».

    Le sénateur américain Ted Cruz a dressé un constat similaire, écrivant sur X que « depuis 2009, plus de 50 000 chrétiens ont été massacrés au Nigéria, et plus de 18 000 églises et 2 000 écoles chrétiennes ont été détruites ».

    L’homme politique américain a accusé les autorités nigérianes d’« ignorer, voire de faciliter, le massacre de chrétiens par des djihadistes islamistes… »

    Le président Donald Trump, reprenant ces propos, a décrit le Nigeria comme un « pays déshonoré », affirmant que le gouvernement « continue de permettre le meurtre de chrétiens ».

    Même les Nations Unies ont indiqué que les violences au Nigéria ciblent principalement les chrétiens. Le 8 juin 2026, des experts de l'ONU ont mis en garde contre les violations des droits des femmes et des filles issues des communautés chrétiennes et d'autres minorités religieuses.

    Citant les lois de la charia en vigueur dans 12 États du nord, ainsi que l'application des codes sur le blasphème, les experts ont noté que « la violence visant les chrétiens et les autres minorités religieuses reste endémique ».

    « Nous sommes particulièrement alarmés par les risques très spécifiques et accrus de discrimination, de violence et d’exploitation auxquels sont exposées les femmes et les filles chrétiennes, alors que nous continuons de documenter de graves cas de violence sexuelle, d’enlèvements, d’actes assimilables à des disparitions forcées, de conversions forcées et de mariages d’enfants parmi elles », ont déclaré les experts.

     « Dans de nombreux cas, ceux qui résistent seraient menacés, punis, portés disparus ou tués », ont-ils ajouté.

    Mais le gouvernement nigérian a répliqué, arguant que « les terroristes attaquent tous ceux qui rejettent leur idéologie meurtrière – musulmans, chrétiens et personnes sans confession indifférents ».

    Les rapports d'Intersociety suggèrent cette contradiction : entre 2009 et mars 2026, 128 750 chrétiens ont été tués, et 61 400 musulmans modérés ont été tués.

    Durant cette même période, 81 100 chrétiens et 50 000 musulmans modérés ont été enlevés.

    Bien que des musulmans modérés aient également été victimes d'attaques djihadistes, l'évêque Wilfred Chikpa Anagbe de Makurdi affirme qu'il n'y a aucune ambiguïté, insistant sur le fait que ce qui se passe au Nigeria est un génocide contre les chrétiens.

    « L’élimination totale de la population chrétienne est en cours. C’est un génocide perpétré par des djihadistes », avertit l’évêque Anagbe.

    Son diocèse dans l'État de Benue, où 98 % de la population est chrétienne, est devenu un foyer de violence.

    Mgr Anagbe décrit une campagne implacable au cours de laquelle des djihadistes massacrent des civils, rasent des églises et incendient des terres agricoles, forçant les communautés à quitter leurs foyers pour occuper les terres.

    Il qualifie cela de « stratégie calculée d’islamisation ». Pour illustrer l’horreur, il a mis en lumière le massacre de Yelewata : environ 200 personnes ont été tuées, dont beaucoup brûlées vives dans une pièce fermée à clé, parmi lesquelles deux bébés de seulement trois et cinq mois.

    Umeagbalasi a déclaré à CWR que si la tendance actuelle se poursuit, le christianisme pourrait disparaître du Nigeria au cours des 100 prochaines années.

    « C’est un génocide, quelle que soit la définition », a-t-il déclaré.


  • Les Mutations de l'Église catholique au XXe siècle (Marcel De Corte)

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    Aux Editions de l'Homme Nouveau :

    Les Mutations de l'Église catholique au XXe siècle

    Marcel De Corte

    Introduction de Mère Marie-Geneviève Rivière

    Deuxième édition revue et augmentée

    1re édition : novembre 2025

    540 pages

    25,50 €

    Je commande sur la boutique

    Les textes et les analyses du célèbre philosophe sur la crise traversée par l'Église après le concile Vatican II, telle qu’il a pu la vivre à son rang de laïc engagé et d’intellectuel catholique intervenant dans les débats de l’époque. Après d’autres, il s’agit là d’un témoignage historique sur une époque difficile pour l'Église.

    > Moins d’un an après sa parution, ce livre était déjà épuisé. Le voici donc revu, augmenté et réédité.

    Marcel De Corte, Les mutations de l’Église catholique au xxe siècle. Où en est le catholicisme ?, avec une préface de Mère Marie-Geneviève Rivière du Saint-Nom-de-Jésus de Fanjeaux, Paris, Hora Maxima, « Marcel de Corte », 2025, 540 p., 25,50 €

    Recension d'Olivier Rota (source) :

    Marcel De Corte (1905-1994) fait partie de cette génération de catholiques, néothomistes et maurrassiens, qui ont été révulsés par le second Concile du Vatican. Le présent volume rassemble un grand nombre de ses articles, publiés dans des revues traditionalistes telles que Itinéraires, Courrier de Rome ou encore L’Ordre français. On retrouvera dans ces articles la tonalité de ces revues : l’écriture est précise et élégante, le ton hautement polémique, les accusations souvent ad hominen. Y. Congar, Mgr Liénart ou encore Mgr Elchinger ne sont pas épargnés ; tout comme Jean XXIII, Paul VI et la « mafia des évêques », tous ensemble accusés d’avoir fondé une « nouvelle Église » opposée aux vérités dogmatiques les plus élémentaires.

    M. D. C. regrette en premier lieu que le concile ne se soit pas constitué en tribunal des erreurs modernes (p. 190). Pour l’auteur, le concile a succombé au goût de la nouveauté et au subjectivisme. En s’efforçant d’adapter le langage de l’Église, Vatican II aurait déréglé jusqu’à l’idée chrétienne de vérité (p. 53, 67). Plutôt que de s’adresser au monde, le concile aurait fait entrer le monde moderne dans l’Église. Or, soutient l’A., « à un monde cassé ne peut correspondre qu’une Église cassée à son tour par sa “pastorale” d’ouverture et d’adaptation » (p. 290). Pour expliquer cet état de fait, la responsabilité d’une « minorité » progressiste est pointée, tout comme la faiblesse des évêques conciliaires. M. D. C. écrit :

    Il me paraît évident que si la majorité des Pères [conciliaires] n’a pas résisté au complot de la minorité, c’est en raison de la dégradation de la foi objective dans l’intelligence et dans le cœur de la plupart d’entre eux. Nul ne met en cause la foi subjective du très grand nombre, mais cette foi est visiblement tributaire chez eux d’une théologie et d’une philosophie qui n’ont plus rien en commun avec la vertu de foi tel que saint Thomas, le théologien et le philosophe par excellence de l’Église, du moins en parole, en sonde le mystère dans toute son œuvre. (p. 191)

    (...)
  • La paix « désarmée » du pape Léon passée au crible par un historien de la politique

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    De sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    La paix « désarmée » du pape Léon passée au crible par un historien de la politique

    « Magnifica humanitas », la première encyclique de Léon XIV, met en regard deux images bibliques comme symbole des contradictions de notre époque. D’un côté la tour de Babel, de l’autre la reconstruction des murailles de Jérusalem au retour de l’exil. Orgueil et dispersion contre ce que Paul VI appelait déjà « la civilisation de l’amour » ; une cité éclatée et sans Dieu opposée à une cité solidaire « où Dieu et l’humanité habitent ensemble ».

    Mais en observant le monde d’aujourd’hui, cette comparaison pourrait tout aussi bien s’appliquer à deux personnalités de premier plan mondial, toutes deux américaines : Donald Trump et le pape Léon. C’est d’ailleurs ce que vient de faire un professeur d’histoire contemporaine et de politique réputé : Giovanni Orsina, qui dirige le département de sciences politiques à l’Université LUISS de Rome, dans un essai publié le 17 août en France dans « Le Grand Continent » et en Italie dans le quotidien « Il Foglio ».

    À l’intérieur de l’Église, « Magnifica humanitas » n’a recueilli presque que des louanges. Très rares ont été les voix critiques, y compris sur les points les plus contestables de la prédication du pape Léon sur la paix et la guerre qui ont été mis en évidence fin mai par Settimo Cielo.

    C’est justement pour cette raison que l’essai du professeur Orsina est très intéressant. Il vient combler un vide de réflexion et de discussion sur le rôle que le pape Léon joue lui aussi dans l’histoire politique de notre temps, de la fracture culturelle des années 1960 jusqu’à nos jours, avec l’effondrement de la révolution libérale – dans laquelle les démocrates chrétiens ont joué un rôle clé en Europe – et l’avènement de cette « contre-révolution » que sont les populismes, avec d’un côté la « politique sans morale » incarnée par le président américain et de l’autre la « morale sans politique » du pape.

    Il n’est guère surprenant qu’Orsina critique vertement Trump. Par contre – souligne-t-il – la véritable question est le large consensus qui a porté Trump à la Maison Blanche à deux reprises et les millions de voix qui portent les forces populistes en Europe, celles « qui lui ressemblent le plus ».

    L’analyse livrée par le professeur Orsina sur la pensée du pape Léon exprimée dans « Magnifica Humanitas », est en revanche plus articulée. C’est à juste titre, écrit-il, que le pape doute que le salut se trouve dans la technologie, mais quand il parle de politique « cette prudence disparaît ». Il donne à la politique un rôle démesuré, celui d’ « orienter les dynamiques économico-technologiques vers le bien commun », mais à condition de ne pas se salir les mains avec le pouvoir ni avec l’exercice de la force « qui, dans l’encyclique, n’apparaît pour ainsi dire que sous des formes pathologiques ».

    Orsina écrit : « Le seul pouvoir que ‘Magnifica humanitas’ reconnaît comme bon est celui qui a cessé de l’être. C’est la puissance de Dieu qui ‘se manifeste pleinement dans la faiblesse’ (2 Co 12, 9). Le chapitre V de l’encyclique consacre une section entière aux outils permettant de construire la civilisation de l’amour, mais on n’y trouve aucun levier de puissance, aucun mécanisme de contrainte. On y trouve des dispositions d’esprit, des actes verbaux, des pratiques spirituelles, une ‘planification responsable’, des ‘évaluations d’impact humain et social’, ‘l’inclusion’. Des objectifs extrêmement ambitieux et des outils inefficaces ».

    C’est là que réside la contradiction qui, selon le professeur Orsina, condamne l’encyclique du pape Léon à une utopie désarmée, incapable d’orienter l’action concrète.

    « À l’instar du pouvoir – poursuit Orsina –, l’encyclique dédouble également le réalisme. D’un côté, elle condamne comme un ‘prétendu réalisme politique’ l’attitude de ceux qui tiennent compte de la guerre, de l’usage de la force et de la dimension tragique de la condition humaine. Elle la dénonce comme une capitulation, voire une faute morale. D’autre part, elle revendique un ‘réalisme sain’ qui ne réduit pas la politique à la morale, mais qui part des intérêts et des rapports de force pour évaluer ce qui est possible d’obtenir. Cependant, lorsqu’il s’agit des moyens à mettre en œuvre, le raisonnement s’arrête toujours juste avant la coercition : des institutions crédibles, des garanties vérifiables, des négociations patientes, et enfin, ne pas céder au mal et garder espoir. En somme, même le réalisme doit d’abord cesser d’être lui-même pour être vertueux ».

    Même l’évocation que fait le pape de l’image biblique de la reconstruction des murailles de Jérusalem souffre de cette omission du recours à la force. Orsina poursuit : « Dans le contexte historique du texte, Néhémie est un gouverneur militaire agissant pour le compte de l’Empire perse. Non seulement il assure la défense contre les ennemis extérieurs en coordonnant des ouvriers qui ‘travaillaient d’une main et tenaient leur arme de l’autre’ (Néhémie 4, 11), mais il impose aussi l’ordre à l’intérieur avec intransigeance. Dans le dernier chapitre du livre, le leadership collaboratif laisse place à la coercition : ‘Je leur fis des réprimandes, et je les maudis ; j’en frappai quelques-uns, je leur arrachai les cheveux’ (Néhémie 13, 25). En omettant la rigueur impériale et son épée, l’encyclique idéalise le réalisme politique de Néhémie et transforme un ancien récit d’obligation politique en un manifeste d’écologie relationnelle et de coopération fraternelle ».

    Orsina précise que sa critique de « Magnifica Humanitas » ne prétend pas donner une leçon de théologie au pape. Ce qui l’intéresse surtout, en tant que chercheur en histoire et en sciences politiques, c’est de « mettre en évidence combien l’encyclique est profondément alignée avec la civilisation de l’antipolitique et de l’antipouvoir qui s’est cristallisée ces cinquante dernières années et qui est aujourd’hui entrée en crise ».

    Le professeur Orsina a consacré deux de ses travaux majeurs à l’histoire politique de l’Europe à partir des années 1960, en particulier dans le livre intitulé « Controrivoluzione. Una storia politica del nostro tempo » publié cette année mais également en grande partie dans l’essai publié dans « Le Grand Continent ». Il reconstruit dans ce texte comment l’Europe est venue à s’égarer entre l’éthique universaliste dont elle est imprégnée et le retour en force des particularismes. Ou, pour le dire autrement : « entre la morale sans politique à laquelle elle est habituée et la politique sans morale incarnée par les forces soi-disant populistes, Trump et ses semblables, des deux côtés de l’Atlantique ».

    Il n’est guère surprenant que la critique que fait Orsina de la vision du pape Léon ait été scrutée par les politologues, surtout ceux d’obédience catholique. La première réplique à l’essai que nous citons est venue de Flavio Felice, professeur d’histoire des doctrines politiques à l’Université Pontificale du Latran, dans un article publié dans « Il Foglio » le 22 août.

    Le professeur Felice objecte que la catégorie politologique dominante chez le pape Léon « n’est pas un idéal de paix parfaite, mais la ‘tranquillitas ordinis’ de Saint Augustin : un équilibre dynamique et fragile, jamais absolu, toujours marqué par les conflits, qui ne s’accomplira pleinement que dans la Jérusalem céleste ».

    Il s’appuie en cela sur le paragraphe 218 de « Magnifica Humanitas », où l’on peut lire que « le réalisme authentique ne réduit pas la politique à la morale, mais ne la livre pas non plus à la violence. Il cherche des voies praticables pour que la paix soit plus qu’un mot, c’est-à-dire des institutions crédibles, des garanties vérifiables, des négociations patientes, une prévention des conflits et la protection des civils ».

    Mais dans ce passage, on ne retrouve à nouveau aucune allusion au recours à la force, quand il est nécessaire, sinon dans une vague allusion à une « prévention des conflits ». Ce qui vient confirmer à quel point la « morale sans politique » du pape Léon se greffe sur le « dépassement de la théorie des ‘guerres justes’ » qu’il soutient explicitement dans « Magnifica Humanitas ».

    Le 30 mai dernier, Settimo Cielo avait d’ailleurs mis en évidence les incohérences de ce soi-disant « dépassement » de la doctrine de la guerre « juste » en citant un long article bien documenté dans la revue « Il Regno » de Luca Diotallevi, professeur de sociologie à l'Université de Rome III et à la Faculté théologique d'Italie du Nord, très critique envers « l'utopisme pacifiste » qui sévit dans l'Église.

    D’ailleurs, dans le numéro suivant de la même revue, le professeur Daniele Menozzi, professeur d'histoire contemporaine à l'École normale supérieure de Pise et auteur d'importants essais sur les questions de paix et de guerre dans l'Église catholique, a répondu à Diotallevi.

    Selon le professeur Menozzi, ce qui sévit dans l’Église, ce n’est pas tant un « utopisme pacifiste » mais, au contraire, une « idéologie militariste » à laquelle il faudrait opposer une « pédagogie de la non-violence » visant à éduquer la communauté des fidèles à « désarmer l’agresseur sans devoir recourir au pouvoir destructeur des armes », dans la ligne de ce que prêche le pape Léon – et son prédécesseur François – non seulement dans « Magnifica Humanitas » mais dans d’innombrables invectives contre les guerres et les armes, quelles qu’elles soient.

    La paix prônée par le pape Léon est peut-être « désarmée et désarmante ». Il n’en demeure pas moins qu’elle a mis le feu aux poudres de la bataille des idées.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Le génocide caché : la traite arabo-islamique

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    D'Anna Bono sur la NBQ :

    Le génocide caché : la traite arabo-islamique

    Le génocide voilé - 1

    Un véritable génocide occulté : pendant treize siècles, les colonisateurs arabo-islamiques d’Afrique ont déporté entre 12 et 18 millions d’habitants, les réduisant en esclavage. L’étude de l’anthropologue Tidiane N’Diaye paraît en Italie (parue en français précédemment). Un chapitre de l’histoire délibérément passé sous silence.

    29/08/2026

    On peut dire tout ce qu'on veut de mal sur notre civilisation en Italie, et même lorsque les accusations et les critiques sont infondées, ceux qui les formulent n'en subissent aucune conséquence, aucune responsabilité. Parler des défauts de l'Occident, en réalité, ouvre bien des portes. Critiquer d'autres cultures, en revanche, c'est comme s'aventurer en terrain miné. On risque des accusations, et des plaintes, de racisme, d'ethnocentrisme, d'islamophobie et, dans le cas du monde musulman, de fascisme. La délégitimation systématique de l'Occident, en cours depuis des décennies, exige que, par comparaison, nous ne parlions que positivement des autres cultures et sociétés, ou, si cela est impossible, que nous gardions le silence. 

    C’est pourquoi, par exemple, la traite négrière arabo-musulmane en Afrique est quasiment passée sous silence. L’éditeur Massari fait donc preuve de courage en décidant de publier l’ouvrage de Tidiane N’Diaye, « La traite négrière arabo-musulmane : treize siècles de racisme et d’extermination », paru ces dernières semaines. Cet éditeur courageux mérite nos remerciements, car c’est grâce à lui que l’Italie peut enfin prendre connaissance de ce chapitre profondément douloureux de l’histoire des peuples noirs et de l’humanité tout entière. 

    La traite négrière arabo-musulmane en Afrique s'est poursuivie sans interruption du VIIe au XXe siècle. Elle a réduit en esclavage et déporté entre 12 et 18 millions de personnes. Ce commerce s'effectuait selon deux routes : la route terrestre transsaharienne, acheminant les esclaves d'Afrique centrale et de l'Ouest vers l'Afrique du Nord, et la route maritime, des côtes de l'océan Indien vers le Moyen-Orient, la Perse et l'Inde.

    Cela a été rendu possible par un autre événement historique qui a été passé sous silence , voire nié : la colonisation arabo-musulmane du continent africain, qui a commencé peu après la mort du prophète Mahomet en 632. On croit généralement qu’il n’y a eu qu’une seule colonisation de l’Afrique, la colonisation européenne qui a eu lieu plusieurs siècles plus tard, et que la seule déportation d’Africains réduits en esclavage qui soit relatée et commémorée est la déportation transatlantique, qui a amené environ 12 millions d’Africains aux Amériques sur une période de quatre siècles, entre le XVIe et le XIXe siècle.

    En 2007, les Nations Unies ont institué la Journée internationale du souvenir des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique , célébrée chaque année le 25 mars. Pour marquer cette journée, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté cette année, par 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions, une résolution présentée par le Ghana reconnaissant la traite transatlantique comme « le crime le plus grave contre l’humanité ». Avant le vote, le président ghanéen John Mahama a déclaré : « Qu’il soit écrit pour l’avenir que nous avons agi conformément à la mémoire des millions de personnes qui ont subi l’indignité de la traite et de celles qui continuent de subir la discrimination raciale. L’adoption de cette résolution contribue à prévenir l’oubli et à lutter contre les séquelles persistantes de l’esclavage. »

    L’Assemblée générale a ainsi approuvé les demandes de réparation formulées par l’Union africaine et les pays des Caraïbes pour le préjudice causé par la traite des êtres humains, notamment la déportation de millions d’Africains, et pour les dommages qu’elle continue d’infliger, sous forme de racisme structurel, d’inégalités raciales et de sous-développement, aux Africains et aux personnes d’ascendance africaine dans le monde entier. La résolution de l’ONU exhorte les pays responsables à reconnaître leur culpabilité, à présenter des excuses officielles, à accorder une compensation financière aux populations touchées, à restituer les biens volés et à s’engager à ne plus jamais commettre de tels actes. 

    Rien de tel n'a jamais été fait concernant la traite négrière arabo-musulmane (ou islamique) des Africains, pour commémorer les victimes, dénoncer les responsables et exiger justice. Ce sujet n'est évidemment pas évoqué ni le 25 mars, ni le 23 août, Journée internationale de commémoration de la traite négrière et de son abolition , qui semble pourtant englober toute la traite des esclaves, partout et à toutes les époques. Or, cette commémoration a également été promue par l'UNESCO en 1997 afin d'« inscrire dans la mémoire de tous les peuples la tragédie » de la traite transatlantique et d'« offrir une occasion de réflexion collective sur les causes, les méthodes et les conséquences historiques de cette tragédie, ainsi que sur les interactions qu'elle a engendrées entre l'Afrique, l'Europe, les Amériques et les Caraïbes ». La date du 23 août a été choisie car, dans la nuit du 22 au 23 août 1791, une révolte d'esclaves a éclaté à Saint-Domingue, jouant un rôle décisif dans l'abolition de la traite transatlantique.

    Tidiane N'Diaye était un anthropologue sénégalais (décédé en octobre dernier). Il a publié en 2008 son ouvrage, désormais disponible en Italie, intitulé « Le génocide caché ». Dans la préface, il écrit : « Pendant treize siècles, les Arabes ont pillé l'Afrique subsaharienne sans interruption. La plupart des millions de personnes déportées ont disparu, victimes de traitements inhumains, aggravés par la pratique de la castration. Il est grand temps que la traite négrière arabo-musulmane, véritable génocide, soit examinée et intégrée au débat, au même titre que la traite transatlantique. En effet, bien qu'il n'existe pas de degrés d'horreur ni de monopole de la cruauté, on peut affirmer, sans risque de se tromper, que la traite négrière arabo-musulmane et les djihads (guerres saintes) – menés par des prédateurs impitoyables pour se procurer des prisonniers – ont été bien plus dévastateurs pour l'Afrique noire que la traite transatlantique. »

    Dans les neuf chapitres suivants, Tidiane N'Diaye relate où, comment et pourquoi cela s'est produit : la conquête arabe de l'Afrique, puis l'islamisation progressive des territoires conquis, et les formes préexistantes d'asservissement que l'islam a transformées, passant d'institutions tribales imposées par ses ancêtres fondateurs à la volonté d'Allah. L'annexe contient des versets du Coran qui encouragent la réduction en esclavage des non-musulmans par les musulmans. Un chapitre important de l'ouvrage explique son titre original. Selon N'Diaye, les déportations ne servaient pas seulement à tirer profit du commerce d'êtres humains, répondant ainsi à la demande de main-d'œuvre. Elles constituaient également, affirme-t-il, « une entreprise véritablement planifiée d'extermination ethnique par castration de masse », mise en œuvre à partir de la conviction, comme l'écrivait l'historien Ibn Khaldoun, que « les seuls peuples qui acceptent l'esclavage sont les Noirs » en raison de « leur humanité se rapprochant du stade animal », et qu'il était donc nécessaire de les empêcher de se reproduire en terres arabo-musulmanes.

    L'ouvrage conclut en qualifiant l'éradication réussie du trafic d'êtres humains, mise en œuvre par des universitaires et intellectuels arabo-musulmans au nom de la « solidarité religieuse », de sorte de « syndrome de Stockholm ». Mais cela n'explique pas l'amnésie sélective qui touche tout autant d'universitaires et d'intellectuels occidentaux.

  • Le Nouveau Testament : l’un des textes de l’Antiquité les mieux attestés

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    Les plus anciens manuscrits du Nouveau Testament

    Nous le savons tous : aucun original de la Bible n’a survécu. Ce que nous possédons, ce sont uniquement des copies. Pour le Nouveau Testament, ces copies sont particulièrement nombreuses et, pour certaines d’entre elles, remarquablement anciennes. De quand datent les plus anciens manuscrits ? Voici un panorama plus complet et nuancé.

    Les tout premiers témoins ne sont pas de grands livres reliés, mais de petits fragments de papyrus, découverts principalement en Égypte. Leur datation repose exclusivement sur la paléographie (l’étude comparative des écritures). Il s’agit donc de fourchettes approximatives, parfois discutées par les spécialistes, et non de dates précises.

    Le plus célèbre, et généralement considéré comme le plus ancien, est le Papyrus 52 (ou Papyrus Rylands). C’est un minuscule fragment de la taille d’une carte de crédit, contenant quelques versets du chapitre 18 de l’Évangile selon Jean (18,31-33 et 37-38). On l’a longtemps daté vers l’an 125. Des études plus récentes élargissent prudemment la fourchette à environ 125-175, voire un peu plus tard. Même avec cette nuance, il reste l’un des plus anciens, sinon le plus ancien fragment connu du Nouveau Testament.

    Un peu plus tardif, le Papyrus 90, daté de la fin du IIe siècle (environ 150-200), contient également des portions de l’Évangile selon Jean (18,36-19,7). Contrairement à ce que l’on peut parfois lire, il ne comporte pas de texte de Matthieu.

    Vers l’an 200 apparaissent des manuscrits nettement plus substantiels. Le Papyrus 46 (Chester Beatty II) est un codex qui contenait originellement une grande partie des épîtres de saint Paul ainsi que l’Épître aux Hébreux. Il nous en reste environ 86 feuillets, avec de larges portions de Romains, des deux Corinthiens, Galates, Éphésiens, Philippiens, Colossiens, 1 Thessaloniciens et Hébreux. Sa datation se situe autour de 200 (souvent 175-225).

    À la même époque, le Papyrus 66 (Bodmer II) offre une large portion de l’Évangile selon Jean : presque complet jusqu’au chapitre 14, puis des passages jusqu’au chapitre 21. On le date généralement du début du IIIe siècle, avec une fourchette allant de 150 à 250.

    D’autres papyri importants complètent ce tableau. Le Papyrus 104 (IIe siècle) conserve un fragment de Matthieu. Le Papyrus 45 (début-milieu du IIIe siècle) contient des portions des quatre Évangiles et des Actes. Le Papyrus 75 (début du IIIe siècle) offre de larges extraits de Luc et de Jean, et se révèle très proche textuellement du célèbre Codex Vaticanus.

    Malgré la richesse de ces fragments, il faut attendre le IVe siècle pour disposer de manuscrits presque complets du Nouveau Testament. Après la légalisation du christianisme par Constantin (édit de Milan, 313), les chrétiens ont pu faire copier de grands codex sur parchemin. Deux d’entre eux se distinguent particulièrement :

    • Le Codex Vaticanus, daté d’environ 325-350, contient presque tout le Nouveau Testament (il manque la fin d’Hébreux, les épîtres pastorales, Philémon et l’Apocalypse).
    • Le Codex Sinaiticus, daté d’environ 330-360, est le plus ancien manuscrit connu contenant l’intégralité du Nouveau Testament. Il renferme également une grande partie de l’Ancien Testament (version grecque de la Septante), ainsi que l’Épître de Barnabas et le Pasteur d’Hermas.

    Trois cent cinquante ans après les événements rapportés dans le Nouveau Testament, c’est à la fois court et long. Court, si l’on compare avec les œuvres des philosophes ou des historiens de l’Antiquité : pour Platon, Aristote ou la Guerre des Gaules de César, les plus anciennes copies complètes datent souvent de huit cents à quatorze cents ans après la rédaction originale. Long, si l’on imagine que le plus ancien récit des apparitions de la Vierge à Beauraing (1932-1933) ne daterait que de 2280 ou 2300.

    Parallèlement à la transmission des textes, la question du canon se pose : quels livres font autorité ? La première liste qui correspond exactement aux vingt-sept livres du Nouveau Testament tel que nous le connaissons apparaît en 367, dans la 39e lettre festale de saint Athanase d’Alexandrie. Cette liste est ensuite confirmée au concile de Rome de 382 sous le pape Damase Ier, puis aux conciles d’Hippone (393) et de Carthage (397 et 419). Ce n’est toutefois qu’au concile de Trente, en 1546, que l’Église catholique a solennellement défini ce canon (Ancien et Nouveau Testament) comme un dogme, en réaction aux contestations de la Réforme.

    Aujourd’hui, on dénombre plus de 140 papyri du Nouveau Testament, dont une soixantaine antérieurs à l’an 300, et plus de 5 800 manuscrits grecs au total. Cette abondance exceptionnelle, combinée à la relative proximité chronologique des plus anciens témoins, fait du Nouveau Testament l’un des textes de l’Antiquité les mieux attestés.

    (avec l'IA)

  • Traduite dans d’innombrables langues et constamment rééditée : l’Imitation de Jésus-Christ

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    De l'abbé Vincent-Marie Thomas  sur 100.000 raisons de croire :

    L’Imitation de Jésus-Christ

    De l'imitation de Jesus Christ Beuil Sacy Bosse Abraham Gravures religion -  Livre Luxe Book

    L’Imitation de Jésus-Christ est un ouvrage anonyme, rédigé en latin à la fin du XIVe siècle ou au début du siècle suivant. L’auteur invite son lecteur à délaisser l’agitation du monde pour conformer intérieurement sa vie à celle du Christ. Il expose le seul vrai sens de la vie humaine : puisque la souffrance est inévitable, mieux vaut souffrir en offrant ses peines à Jésus-Christ, et en sa compagnie. Mieux vaut souffrir pour l’amour de Jésus-Christ et avec lui, que sans but. Dans le premier cas, la vie est pénible, mais garde un sens. Dans le second, elle est cruelle et absurde. D’autre part, Dieu comble de biens spirituels celui qui le recherche avec sincérité et honnêteté. Traduit dans d’innombrables langues et constamment réédité depuis les débuts de l’imprimerie, cet ouvrage nourrit la vie spirituelle de générations de chrétiens.


    Les raisons d'y croire

    • L’Imitation de Jésus-Christ remporte un franc succès dès qu’elle est connue : en 1450, on en compte plus de deux cent cinquante manuscrits. La traduction de Pierre Corneille, parue pour la première fois en 1656, connaît deux mille trois éditions. À la fin du XVIIIe siècle, environ deux millions quatre cent mille exemplaires circulent dans le monde. L’un des organisateurs de l’exposition qui s’est tenue à la bibliothèque Mazarine en 2012 – titrée « Un succès de librairie européen : l’Imitatio Christi » –, Yann Sordet, estime que l’ouvrage est « l’un des plus grands succès de librairie que l’Europe ait connus de la fin du Moyen Âge au début de l’ère contemporaine » (catalogue de l’exposition, p. 11).
    • Pourquoi un tel enthousiasme pour ce livre ? Honoré de Balzac résume l’impression générale de tout lecteur : « Il est impossible de ne pas être saisi par l’Imitation, qui est au dogme ce que l’action est à la pensée. Le catholicisme y vibre, s’y meut, s’agite, s’y prend corps à corps avec la vie humaine. Ce livre est un ami sûr. Il parle à toutes les passions, à toutes les difficultés, même mondaines ; il résout toutes les objections, il est plus éloquent que tous les prédicateurs, car sa voix est la vôtre, elle s’élève dans votre cœur, et vous l’entendez par l’âme. C’est enfin l’Évangile traduit, approprié à tous les temps, superposé à toutes les situations » (L’Envers de l’histoire contemporaine, ch. 12).
    • Puisque la souffrance est partout présente autour de chaque homme et que nul ne peut parvenir, durant le cours de ses jours ici-bas, à y échapper, puisque, d’autre part, Jésus-Christ lui-même l’a portée durant sa vie terrestre (il eut faim, soif, froid, comme les autres hommes ; il endura la chaleur du jour et supporta la fatigue ; il souffrit du désintéressement des hommes, du revirement des foules et de la trahison de ses amis), puisque Jésus-Christ éprouva particulièrement l’angoisse de l’âme et la douleur du corps durant sa douloureuse Passion qu’acheva sa terrible mort sur la croix, puisque, d’autre part, Jésus-Christ a prouvé aux hommes, en les sauvant de l’esclavage du péché par sa résurrection, qu’il est tout-puissant et qu’il agit ainsi parce qu’il poursuit chaque homme d’un amour infini, pourquoi ne pas le prendre pour modèle et lui demander son aide ? Mieux vaut souffrir avec lui que sans lui.
    • Sans Jésus-Christ, la vie humaine est un cheminement à l’aveugle, parmi les peines ou les plaisirs vains d’ici-bas. Les plaisirs et les peines sont éphémères : comment bâtir sa vie sur la recherche assidue des premiers et la fuite volontaire des secondes ? De plus, la mort mettra un terme définitif à la capacité de l’homme à les éprouver. Plaisirs et peines sont donc vains en eux-mêmes, et les prendre pour fin et guide des actions humaines est une règle à courte vue. Mais il en va autrement s’ils sont goûtés non comme une fin, mais comme des moyens qui conduisent à Dieu : le plaisir inhérent aux bonnes actions et la souffrance offerte en union avec la croix du Christ leur donnent un sens parce qu’ils acquièrent ainsi une valeur d’éternité.

    En savoir plus

    L’Imitation de Jésus-Christ est un ouvrage composé de quatre parties (qu’on appelle, selon le sens ancien du mot, « livres »), indépendantes les unes des autres. Les plus anciens manuscrits, datés de 1421 et de 1424, ne contiennent que le premier livre. Des exemplaires comprenant les quatre livres paraissent à partir de 1427. L’auteur en est probablement un chanoine de Saint-Augustin, du monastère du Mont-Sainte-Agnès, près de Zwol (Zwolle, aux Pays-Bas), Thomas Hemerken, appelé couramment Thomas a Kempis (1379/1380 – 1471), originaire de Kempen, en Rhénanie, d’où ce nom.

    L’idée fondamentale de L’Imitation, héritée de saint Augustin et de saint Bernard, n’est pas originale pour son époque, mais elle heurte violemment l’hédonisme égocentrique et égoïste de notre temps. Rentrer en soi-même pour s’y retrouver soi-même en y découvrant Dieu : Noverim me, noverim Te ! « Que je me connaisse ! Que je vous connaisse, Seigneur ! » (Soliloques, II, 1). Connaître les aspirations profondes de l’âme : connaître la Vérité et aimer le Bien conduit à la connaissance et à l’amour de Dieu. Examiner ensuite les dispositions intimes de sa propre âme, qui soit vont dans le sens de ces attraits intimes, soit au contraire luttent contre eux, permet de prendre la mesure du cap à corriger afin de ne pas manquer le but ultime de la vie : Dieu. C’est ce que l’auteur de L’Imitation appelle « observer avec soin en nous les divers mouvements de la nature et de la grâce » (III, 54). Car « l’humble connaissance de soi-même est une voie plus sûre pour aller à Dieu que les recherches profondes de la science... La science la plus haute et la plus utile est celle-ci : se connaître vraiment soi-même et se mépriser [c’est-à-dire ne pas se surestimer]... Apprends à tenir pour rien les choses extérieures et à te donner aux intérieures et tu verras le royaume de Dieu venir en toi » (I, 3 ; I, 2 ; II, 1). Qu’est-ce que le royaume de Dieu sinon sa présence aimante à l’intime de l’âme, par le moyen de la grâce ?

    La première étape du cheminement vers Dieu est donc de parvenir à se connaître soi-même. Tout homme, s’il est honnête envers lui-même, n’est-il pas amené à reconnaître sa grande misère quand il ne se tourne pas vers Dieu ? Les biens d’ici-bas n’engendrent que des déceptions, soit qu’on n’en ait jamais assez, soit qu’on en découvre enfin la vacuité. Les sens portent souvent aux tentations, et de là aux mauvaises actions : la cause ne vient pas tant du corps que de l’âme qui est blessée. « C’est vraiment une grande misère de vivre sur la terre. Plus l’homme veut devenir spirituel, plus la vie présente lui devient amère, car il sent mieux et il voit plus clairement les défauts de la corruption humaine… Car l’homme intérieur est étrangement appesanti en ce monde par les nécessités du corps… Oh ! Qu’elle est grande la fragilité humaine qui est toujours inclinée aux vices. Aujourd’hui, tu confesses tes péchés et demain tu les commets à nouveau… » (I, 22). Comment calmer sa conscience troublée et recouvrer la paix de l’âme ? Par « la véritable contrition et humiliation du cœur » et la confession sacramentelle (III, 52). La mortification des passions est le sûr moyen de conserver cette paix. Les passions s’agitent en effet dans l’âme et produisent l’inconstance du cœur : ce dernier ne parvient pas à demeurer arrêté dans le bien. « Le commencement de toutes les tentations est l’inconstance de l’esprit et le peu de confiance en Dieu. Car, comme un vaisseau sans gouvernail est poussé çà et là par les flots, ainsi l’homme changeant, qui abandonne ses résolutions, est tourmenté par des tentations diverses » (I, 13).

    Que faire alors, sinon se tourner vers Jésus-Christ, duquel vient toute force ? N’a-t-il pas, par sa mort sur la Croix, affranchi les hommes de l’emprise que le démon et le péché ont sur eux ? Or, le Maître, qui est « la voie, la vérité et la vie » ( Jn 14,6 ) invite les hommes à le suivre, c’est-à-dire à mettre en pratique son enseignement et à reproduire dans leur vie quotidienne son exemple. La méditation de la Passion du Christ est une aide puissante pour y parvenir, et le renoncement à toutes choses en est la clé : « Quitte-toi, renonce à toi, dit le Christ à l’homme qui veut marcher à sa suite, et tu jouiras d’une grande paix intérieure. Donne tout pour trouver tout… Demeure uniquement et fermement en moi et tu me posséderas » (III, 37). L’amour du Christ à l’égard de ceux qui veulent l’aimer est en effet fidèle et durable. C’est pourquoi l’auteur de L’Imitation engage son lecteur à « aimer Jésus, l’avoir pour ami, lui qui, lorsque tous les autres nous abandonneront, ne nous laissera pas et ne souffrira pas que nous périssions à l’heure de la mort » (II, 8). Et cette amitié sera alors éternelle.

    Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.

  • Saint Louis, roi de France

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    51HV2NMERAL._SS500_.jpgIl y a une quinzaine d'années, Jacques Le Goff a publié une biographie magistrale de saint Louis qui a été saluée par les spécialistes comme une oeuvre historique innovante et qui rendait justice à ce roi prisonnier de sa légende; en voici une présentation intelligente, due à Pierre Gendron, sur "Spiritualité 2000"

    "Sur la sainteté de saint Louis, comme fil conducteur possible, il y aurait beaucoup à dire. C'est une question sur laquelle Jacques Le Goff apporte un éclairage nouveau. Son travail fait ressortir toute l'actualité de saint Louis comme exemple de saint laïc. Dans ce but, l'auteur procède à l'examen d'un document produit par un contemporain de saint Louis qui a justement l'avantage de représenter le point de vue du laïc. Il s'agit d'un témoin exceptionnel, une figure remarquable de l'entourage du roi, qui fut à la fois grand sénéchal du royaume et dès sa jeunesse un ami: Joinville. (Louis IX, né en 1214 et mort en 1270, a été canonisé en 1297. Jean, sire de Joinville, est né en 1224; il est octogénaire quand il compose son ouvrage, terminé en 1309; et il meurt lui-même en 1317 à l'âge de 93 ans.)

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  • Les écrits de saint Bernard, un guide vers le ciel

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    D'Antonio Tarallo sur la NBQ :

    Les écrits de saint Bernard, un guide vers le ciel

    Auteur de nombreux ouvrages, saint Bernard de Clairvaux est considéré comme le théologien le plus important du XIIe siècle. Dans ses écrits, chaque phrase est comme une étape vers le Ciel. Les quatre « degrés » de l'amour et l'importance de la dévotion à Marie.

    20_08_2025

    « Vierge Mère, fille de ton fils, / humble et exaltée au-dessus de toutes les autres créatures, / terme fixé du conseil éternel, / tu es celle qui a ennobli la nature humaine / que son créateur / n'a pas dédaigné de devenir sa création. » Une prière profonde, au contenu théologique dense, est adressée par Dante Alighieri, dans le chant XXXIII du Paradis, à saint Bernard de Clairvaux (vers 1090-1153), dont la mémoire liturgique est célébrée aujourd'hui.

    Auteur de nombreux ouvrages , saint Bernard est considéré comme le plus important représentant de la pensée mystico-théologique du XIIe siècle. Théologien de talent et écrivain prolifique, le saint cistercien a fait de sa vie un véritable trésor de paroles adressées à la Vierge Marie et à Dieu. En feuilletant ses textes, le lecteur est invité à un voyage fascinant : grâce aux sommets inatteignables de la prose poétique, il est conduit à la découverte de Dieu. Chaque mot, chaque phrase, semble véritablement être une étape vers le Ciel.

    Pour comprendre ses écrits , il faut d'abord comprendre comment saint Bernard de Clairvaux concevait sa vocation cistercienne. Ses paroles et ses pensées sont indissociables de sa vocation. Il écrit dans une de ses lettres : « Notre ordre est la mortification, l'humilité, la pauvreté volontaire, l'obéissance, la paix, la joie dans l'Esprit Saint. Notre ordre signifie être sous un maître, un abbé, une règle, une discipline [...]. Il consiste à pratiquer le silence, le jeûne, la veille, la prière, le travail manuel, et surtout la charité. Puis à progresser jour après jour dans ces activités et à y persévérer jusqu'au dernier jour. » Les six mots qu'il cite dans cet écrit soulignent déjà sa nature de chercheur de la Parole et son caractère de religieux cistercien : « mortification, humilité, pauvreté volontaire, obéissance, paix, joie dans l'Esprit Saint. » Et puis il utilise un verbe, « progresser », qui nous aide à comprendre l’effort avec lequel le saint a vécu sa vie : une vie passée en pleine recherche – par l’étude, la méditation et la prière – de son seul grand trésor, le Seigneur.

    Et puisqu'il s'agit de recherche , il nous faut citer l'un de ses textes les plus importants : Du devoir d'aimer Dieu , en latin De diligendo Deo . Un titre assez explicite : aimer Dieu est un devoir. Mais pourquoi ? Et surtout, comment ? C'est l'auteur lui-même qui nous fournit la réponse : « Vous désirez savoir de moi pourquoi et comment nous devons aimer Dieu. Et je vous réponds : la raison pour laquelle nous devons aimer Dieu, c'est Dieu lui-même ; et la manière de l'aimer, c'est de l'aimer sans mesure. » Pour saint Bernard, l'homme est « contraint » (non pas au sens de contrainte, mais d'« inclination naturelle ») à aimer le Créateur parce que c'est lui-même qui nous a aimés le premier. Et pour appuyer ce raisonnement, qui surprend par sa simplicité naturelle, les paroles de l'évangéliste Jean me viennent à l'esprit : « L'amour de Dieu a été manifesté envers nous en ce que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous ayons la vie par lui. Et cet amour consiste, non pas en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu'il nous a aimés et a envoyé son Fils en propitiation pour nos péchés » (Jn 4, 9-10).

    Aimer, donc … Il est donc nécessaire de comprendre de quel amour parle le saint. Bernard décrit quatre « degrés » d’amour. Le premier est l’amour pour soi-même, résumé par cette phrase : « D’abord, l’homme s’aime pour lui-même. Puis, voyant qu’il ne peut subsister seul, il commence à chercher Dieu par la foi. » C’est le premier stade pour l’homme. Vient ensuite le deuxième : « Au deuxième degré, donc, il aime Dieu, mais pour lui-même, non pour lui. Il commence cependant à fréquenter Dieu et à l’honorer en fonction de ses propres besoins. » Puis, nous trouvons le troisième degré, c’est-à-dire lorsque l’âme est capable d’aimer « Dieu non pour lui-même, mais pour lui. On s’attarde longtemps à ce degré », écrit-il. Et il ajoute, précisant : « Je ne sais pas s’il est possible d’atteindre le quatrième degré en cette vie. » Enfin, la dernière, la plus difficile, est celle où « l'homme ne s'aime que pour Dieu. Alors, il sera merveilleusement presque oublieux de lui-même, s'abandonnant presque entièrement à Dieu, au point de ne faire qu'un avec lui. » Image de l'union parfaite avec Dieu.

    Un autre ouvrage fondamental pour comprendre la pensée du saint cistercien est De gradibus humilitatis et superbiae , ou Les Degrés d'humilité et d'orgueil , un ouvrage qui peut, dans une certaine mesure, être défini comme une réplique du De diligendo Deo mentionné plus haut . On y retrouve également les « degrés » énumérés par Bernard de Clairvaux : ce sont douze étapes pour connaître et rencontrer la seule Vérité possible, le Christ. Pour s'accomplir, l'homme ne peut faire que la volonté de Dieu. Et cela n'est possible qu'en conquérant l'humilité. Par conséquent, plus on est orgueilleux, plus on s'éloigne de Dieu et plus on se rapproche du péché.

    Mais, assurément, les méditations les plus mémorables pour les fidèles sont celles qui font référence à la Vierge Marie. Elle est au cœur de la vie religieuse de Bernard. C'est elle qu'il vénère avec une dévotion filiale et une passion poétique. Nous avons des textes comme le célèbre Memorare , qui lui est traditionnellement attribué et qui fait désormais partie de la tradition mariale populaire. Mais ce n'est pas tout. « Dans les dangers, dans l'angoisse, dans l'incertitude, pensez à Marie, invoquez Marie. Qu'elle ne s'éloigne jamais de vos lèvres, qu'elle ne s'éloigne jamais de votre cœur ; et pour obtenir le secours de ses prières, n'oubliez jamais l'exemple de sa vie. Si vous la suivez, vous ne pouvez dévier ; si vous la priez, vous ne pouvez désespérer ; si vous pensez à elle, vous ne pouvez vous tromper », écrit-il dans ses Sermones in Cantica Canticorum, les Sermons sur le Cantique des Cantiques. L'exemple de la Vierge, nous rappelle saint Bernard, est un phare pour tout chrétien : la Mère du Christ peut empêcher l'homme de désespérer ; En tournant pieusement nos pensées vers elle, nous ne pouvons pas nous tromper. Il était donc naturel que Dante choisisse saint Bernard comme guide au Paradis : il savait pertinemment qu'en agissant ainsi, il ne pouvait certainement pas se tromper.

  • La réponse de Sainte Edith Stein à un monde affamé de beauté

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    La réponse de Sainte Edith Stein à un monde affamé de beauté

    Dans un nouvel ouvrage, Elizabeth Mitchell explore comment la martyre carmélite voyait toute beauté authentique comme un chemin vers Dieu — et la sainteté comme le chef-d'œuvre de l'Artiste divin.

    Edith Stein dans sa jeunesse
    Edith Stein dans sa jeunesse (photo : avec l'aimable autorisation d'Elizabeth Mitchell)

    Pour sainte Edith Stein, la beauté divine est « le fondement ou la cause ultime de tout ce qui est beau » et le remède au vide et à la superficialité d’un monde qui recherche la beauté sans recourir à Dieu.

    C’est ce qu’affirme Elizabeth Mitchell, auteure de l’ouvrage de 2025 intitulé « L’esthétique de sainte Edith Stein : beauté et sainteté, chef-d’œuvre de l’artiste divine » — une œuvre majeure sur la convertie juive au catholicisme devenue carmélite, qui prit le nom de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix et mourut martyre à Auschwitz en 1942. Stein a été canonisée par le pape saint Jean-Paul II en 1998.

    Stein voyait en Dieu « l’Artiste Éternel, l’Artiste Divin » qui « crée, façonne et perfectionne sans cesse sa création », explique Mitchell dans cette interview accordée au Register le 11 août. Elle y aborde également la conversion de la sainte, la manière dont sa vie et son enseignement peuvent nous aider à comprendre la souffrance, et les leçons pratiques que les artistes, les écrivains et les croyants peuvent tirer de son parcours héroïque aujourd’hui.

    Mitchell, qui a consacré sa thèse de doctorat à Stein, est actuellement directrice de la Trinity Academy, une école catholique privée située à Pewaukee, dans le Wisconsin.

    Docteur Mitchell, qu'est-ce qui vous a attiré en premier lieu vers Sainte Edith Stein, et pourquoi avez-vous voulu écrire un livre sur sa conception de la beauté ?

    Mon amitié avec sainte Edith m'a appris qu'en tant que membre de la communion des saints, elle intercède pour les fidèles et peut, par la grâce de Dieu, se manifester à eux de manière surprenante. Je crois qu'il n'est pas exagéré de dire que si vous lisez cet entretien en ce moment même et que vous vous demandez pourquoi il a croisé votre chemin, Dieu se sert peut-être de cette rencontre avec Edith Stein – par son intercession – pour vous guider vers quelque chose de précis. Il pourrait s'agir d'une amitié plus profonde avec elle, de son intercession pour un besoin particulier, ou peut-être, comme pour moi, d'un projet qu'elle vous aide à réaliser par ses prières. Lorsque j'étais assise place Saint-Pierre lors de sa canonisation en 1998, j'étais loin de me douter que j'apprendrais à mieux la connaître. Pourtant, elle avait d'autres projets ! Elle affirme avec conviction [dans son livre L'Être fini et l'Être éternel ] : « Ce qui n'était pas dans mon plan était dans le plan de Dieu . » 

    Les fils conducteurs de son esthétique se retrouvent dans l'ensemble de ses œuvres. Ses écrits ont été dispersés suite aux évacuations et aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Mon livre est une synthèse de son œuvre consacrée à ce sujet. 

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  • Faire aimer l'Immaculée, le testament de saint Maximilien Kolbe

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    De Chiara Chiessi sur la Nuova Bussola Quotidiana :

    Faire aimer l'Immaculée, le testament du père Kolbe

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    13-08-2022

    Dans son "testament spirituel", prononcé à Rome en 1933, saint Maximilien Kolbe a légué à ses confrères la mission de répandre la dévotion à l'Immaculée, le chemin vers Jésus, "jusqu'aux extrémités de la terre". Pour y parvenir, il faut s'appuyer sur trois armes (prière, travail, souffrance) et utiliser tous les moyens, à commencer par la presse.

    A l'occasion de la fête de saint Maximilien Marie Kolbe (1894-1941), qui tombe le 14 août, nous approfondissons les enseignements de son "testament spirituel", prononcé à Rome en mai 1933. Nous voyons ici à l'œuvre toute sa grande et ardente âme d'apôtre marial, désireux d'amener l'humanité entière à Marie, jusqu'au bout du monde et jusqu'au martyre, dans le camp de concentration d'Auschwitz.

    Au retour de son voyage missionnaire au Japon, saint Maximilien est resté quelques jours à Rome, au Collège séraphique international. Là, après avoir convoqué tous les clercs dans l'Aula Magna, il prononce son testament spirituel. "Nous devons donc tous nous approcher de l'Immaculée Conception pour pouvoir nous approcher plus facilement de Jésus. [...] Nos pères ont lutté pour l'Immaculée Conception, et maintenant, après la victoire, il ne nous est pas permis de nous reposer, car c'est précisément maintenant que ce qui est connu en théorie doit être traduit en pratique".

    Auparavant, le saint polonais avait expliqué comment ses prédécesseurs franciscains s'étaient battus avec acharnement pour la définition du dogme de l'Immaculée Conception, et comment il appartient maintenant à la génération actuelle de faire en sorte que l'Immaculée Conception règne dans chaque cœur. On se souvient en effet de la querelle menée par le théologien franciscain Duns Scot, qui a vécu entre le 13e et le 14e siècle, originaire d'Écosse et surnommé le Thin Doctor en raison de la subtilité de sa pensée. Pour affirmer la doctrine de l'Immaculée Conception, Scot s'est opposé à la pensée thomiste de l'époque, à savoir que la Vierge a été sanctifiée pendant qu'elle était dans le sein de sa mère, mais après avoir été marquée par le péché originel. Scot a surmonté l'obstacle avec la thèse de la rédemption préventive : en prévision des mérites de son Fils, la Vierge a été rachetée par Jésus.

    Mais revenons au testament du père Kolbe, qui condense en quelques lignes les principaux enseignements que le saint a voulu transmettre à ses enfants : "Lorsque vous apprendrez ma mort, sachez que vous êtes, par testament, mes héritiers. Jusqu'à présent, nous avons tous travaillé ensemble pour l'Immaculée Conception ; lorsque je serai mort, rappelez-vous que c'est votre tour de continuer, c'est à vous que je recommande la Milice de l'Immaculée Conception. Sans limites et sans retenue, consacrez-vous à la cause de l'Immaculée Conception, affrontez pour elle tous les sacrifices, jusqu'à l'effusion de sang s'il le faut et vous devez répandre la Milice de l'Immaculée Conception jusqu'aux extrémités de la terre, car c'est une cause sainte et c'est la volonté de la divine Mère que nous, Frères Mineurs Conventuels, qui dans le passé avons prôné son Immaculée Conception, répandions maintenant aussi son culte. Voici mon testament".

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  • Maximilien Kolbe : un saint religieusement incorrect ?

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    9782262028688FS.gifPhilippe Maxence, le rédacteur en chef du bimensuel catholique « L’Homme Nouveau », a publié, en 2011, une biographie du Père Maximilien Kolbe. Rémi Fontaine avait saisi la circonstance pour  écrire, dans l’édition du 13 juillet 2011 du journal « Présent », cette réflexion (im)pertinente :

    « Politiquement incorrects, tous les saints le sont par nature, d’une certaine manière. Mais, après le souffle ou « l’esprit » de Vatican II, certains sont maintenant perçus comme tels plus que d’autres, jusqu’à apparaître « religieusement incorrects » ! Parmi eux, ceux qui sont aujourd’hui pour ainsi dire « empêchés » de béatification, comme Pie XII ou Isabelle la catholique. Ou bien ceux qui ont été malgré tout béatifiés ou canonisés, comme Charles de Foucauld ou Maximilien Kolbe dont Philippe Maxence vient de réaliser une biographie fort éclairante à cet égard chez Perrin.

    Si le bienheureux Charles de Foucauld voulait convertir les musulmans avec l’appui séculier notamment de la colonisation française, saint Maximilien Kolbe, lui, voulait convertir les francs-maçons avec les moyens modernes du journalisme. Deux saints dont le « prosélytisme » n’est plus trop dans l’air du temps ! Deux témoins (trop ?) zélés pour répandre leur foi et qui mourront tous deux en « martyrs de la charité ».

    Mais l’enquête sur la vie et la mort de Charles de Foucauld ayant montré qu’il n’était pas mort, à strictement parler, en haine de la foi (même s’il est mort de mort violente et en victime de sa charité pour ses frères) ce sont pourtant les termes de « confesseur de la foi » qui conviennent à sa béatification par Benoît XVI (le 13 novembre 2005). Tandis que pour Maximilien Kolbe (condamné également sans haine ostensible de la foi) Jean-Paul II obtiendra (contre l’avis des membres de la commission d’enquête en vue de la canonisation) qu’on le fasse passer de « confesseur de la foi », selon les termes de sa béatification par Paul VI (le 17 octobre 1971), à « martyr », pour sa canonisation (le 10 octobre 1982 par Jean-Paul II lui-même). Selon André Frossard, auteur de 'N’oubliez pas l’amour; la passion de Maximilien Kolbe' (Robert Laffont, 1987) : « Il n’y a pas d’autre exemple, au catalogue des saints, d’un changement de catégorie d’une étape à l’autre d’une canonisation. »

    Et c’est justement ce changement qui a « troublé certains membres de l’Eglise catholique », note sobrement Philippe Maxence. La sainteté flagrante du martyr de l’amour, similaire à celle de Charles de Foucauld ou à celle des moines de Thibérine, ne permettrait-elle pas ainsi d’esquiver le problème de la différence, précisément, qu’il pourrait y avoir entre la confession de la foi par les uns hier (Kolbe et Foucauld) et les autres aujourd’hui (les martyrs de Thibérine) ?

    Le but de la chevalerie spirituelle que lancera le saint franciscain sous le nom de la Milice de l’Immaculée était sans équivoque : « Chercher la conversion des pécheurs, hérétiques, schismatiques, juifs, etc., et particulièrement des francs-maçons ; et la sanctification de tous sous la direction et par l’intermédiaire de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée. »

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