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Justice - Page 6

  • RDC : sondage et résignation ?

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    Lu sur le site web « Afrikarabia » ce commentaire d’un sondage d’opinion analysé par Christophe Rigaud (1) :

    « Les attentes étaient fortes… la déception aussi. L’arrivée à la tête du pays de l’opposant Félix Tshisekedi, dans des conditions contestées, avait suscité beaucoup d’espoirs. Il faut dire qu’après 17 années d’un pouvoir sans partage de Joseph Kabila, la République démocratique du Congo (RDC) n’avait toujours pas décollé économiquement, et le quotidien des Congolais ne s’était jamais amélioré. Félix Tshisekedi avait promis de s’attaquer au chômage, à la pauvreté, à la corruption, au manque d’infrastructures et à l’insécurité endémique à l’Est du pays. Un peu plus de 4 ans plus tard, le bilan est bien mince, et la déception est en rendez-vous.

    Un trop-plein de promesses

    Le sondage réalisé par le Groupe d’étude sur le Congo (GEC), Ebuteli et le bureau d’études Berci (2) indique que 57,16% des Congolais interrogés considèrent que « les choses vont dans la mauvaise direction ». Selon Jacques Mukena, chercheur pour Ebuteli, « Le quinquennat du chef de l’État a commencé avec des projets ambitieux promettant de changer le quotidien de la population en un temps record : projets de 100 jours, programmes d’assainissements, nouveaux avions pour Congo Airways, etc. Aujourd’hui, la corruption, la mégestion, le manque de planification ou de volonté politique freinent la tenue de ces promesses ».

    Tshisekedi toujours fort dans les Kasaï

    Dans un contexte pré-électoral tendu, où la présidentielle est théoriquement prévue pour le 20 décembre si la situation sécuritaire s’améliore à l’Est, la confiance dans le président Tshisekedi reste pourtant forte dans son fief des Kasaï. Le taux de satisfaction est très élevé au Kasaï (95,24 %), Kasaï-Oriental (86,34 %), et Lomami (70,16 %), ce qui n’est pas le cas dans les provinces du Haut-Katanga (26,61 %), Haut-Lomami (13,10 %), Maniema (8,54 %), Bas-Uele (6,90 %) et Kwilu (0,86 %).

    Des promesses qui « n’ont rien changé »

    L’étude d’opinion relève également que les Congolais ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour améliorer la situation du pays, à près de 58%. « Pour la même question, 19,55 % de l’opinion consultée estime qu’il faut une intervention divine » note le sondage. Malgré les multiples programmes de développement (programme des 100 jours, projet Tshilejelu, programme des 145 territoires… ), 54,35 % des Congolais interrogés affirment que ces promesses « n’ont rien n’a changé », et 27,45 %, que la situation « a empiré ».

    L’IGF sauve l’honneur

    « Aucun service public ne donne satisfaction » estiment également les sondés. Seuls 39,23 % des répondants pensent que le secteur de l’enseignement « fonctionne bien ». « Les plus faibles taux de satisfaction sont enregistrés en matière d’assainissement (2,75 %), de transport public (5,31 %) et de sécurité (9,53 %) ». Une institution trouve tout de même grâce aux yeux de la population, il s’agit de l’Inspection générale des finances (IGF). 55,50 % des Congolais estiment que l’IGF « est la seule institution qui s’investit dans la lutte contre la corruption ». Mais il y a un bémol de taille, puisque 55,75 % des personnes interrogées trouvent que le niveau de corruption « n’a pas changé ces 6 derniers mois ». Et 21,39 % des Congolais estiment que la situation s’est dégradée.

    Une popularité en chute libre

    Le gouvernement concentre l’essentiel de la déception des sondés, puisque 65,12 % de l’opinion se dit « insatisfaite du bilan du gouvernement Sama Lukonde ». Par ricochet, la cote de popularité du président Félix Tshisekedi continue de chuter depuis son arrivée au pouvoir début 2019. Le chef de l’Etat passe de 63% d’opinion favorable en mars 2019 à 35,66% en janvier 2023… son plus faible score depuis son intronisation. L’inflation, la corruption endémique, la guerre à l’Est qui s’est réactivée avec le retour du M23, et un quotidien qui ne s’améliore pas, expliquent ce faible taux de satisfaction. Reste à savoir quel impact ce mécontentement aura sur les prochaines élections ? Mais les Congolais sont avant tout pragmatiques et réalistes. Une majorité des sondés estiment en effet, que d’ici décembre 2023, « le chef de l’État ne va pas réaliser ses promesses électorales de 2018 »… et qu’il n’y aura donc pas de miracle. »

    Christophe Rigaud – Afrikarabia

    ( 1) Journaliste, directeur du site Afrikarabia consacré à l'actualité en République démocratique du Congo (RDC) et en Afrique centrale.

     (2) Ce sondage a été réalisé du 14 au 17 janvier 2023 pour évaluer les quatre années de la gouvernance du président Félix Tshisekedi. L’enquête s’est déroulée auprès d’un échantillon de 4 000 répondants, dont 3 632 ont été retenus après nettoyage du fichier. La base de données utilisée provient du répertoire national d’enquêtes de Berci, répartis en 26 provinces de la République démocratique du Congo.

  • Les conflits d'intérêts entre juges et ONG persistent à la Cour européenne des droits de l'homme

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    Conflits d'intérêts à la CEDH

    Madame, Monsieur,

    Les conflits d’intérêts persistent à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). À cela s’ajoutent d’autres dysfonctionnements.

    C’est ce que révèle le rapport que l’ECLJ publie aujourd’hui : « L’impartialité de la CEDH, problèmes et recommandations ». Ce nouveau rapport poursuit et approfondit l’analyse entreprise en 2020 sur les conflits d’intérêts à la CEDH.

    L’ECLJ révélait alors l’existence d’un problème structurel de conflits d’intérêts au sein de cette Cour. Il démontrait que, entre 2009 et 2019, 18 juges ont jugé à 88 reprises des affaires introduites ou soutenues par sept ONG dont ils ont précédemment été dirigeants ou collaborateurs. Parmi ces ONG, l’Open Society se distingue par le fait que la majorité des juges en cause lui est liée, et qu’elle finance les six autres ONG.

    En réponse à ce rapport de 2020, dont la véracité et le bien fondé ont été reconnus, la CEDH et le Conseil de l’Europe ont entrepris de corriger certains aspects du système et de proposer des mesures pour améliorer la sélection, l’indépendance et l’impartialité des juges de la Cour, ainsi que la transparence de l’action des ONG. L’ECLJ se félicite de ces premiers résultats.

    Cependant, notre nouveau rapport constate que les cas de conflits d’intérêts entre juges et ONG persistent, et ont même augmenté. Rien que sur les trois dernières années, de 2020 à 2022, l’ECLJ a constaté 54 situations de conflits d’intérêts, dont 18 pour des jugements de Grande Chambre, les décisions les plus importantes rendues par la CEDH.

    Ces conflits concernent 12 juges de la CEDH sur les 46 qui la composent. Ils ont siégé à 54 reprises dans des affaires introduites ou soutenues par la fondation ou l’ONG qu’ils ont fondée, dirigée, ou avec laquelle il ont précédemment collaboré. Il s’agit de : Amnesty InternationalHuman Rights WatchOpen Society FoundationInterights, un Comité ou une Fondation Helsinki, A.I.R.E. Centre et la Commission Internationale des Juristes.

    Ce sont des situations de conflits d’intérêts manifestes contraires aux règles élémentaires de la déontologie judiciaire et mettant en cause l’impartialité de la Cour. Ces juges auraient dû se récuser. Plus encore, la Cour a plusieurs fois refusé de donner suite à des demandes de récusation formulées par un gouvernement concernant des requêtes introduites par l’ONG fondée par l’un des juges.

    Lire « L’impartialité de la CEDH - Problèmes et recommandations »

    Outre ces cas de conflits d’intérêts, le présent rapport expose une série de problèmes structurels affectant la Cour en matière d’impartialité et démontrant que celle-ci n’est pas au niveau des exigences des autres grandes juridictions internationales et nationales. Ainsi, entre autres, les problèmes d’impartialité s’observent également au sein du greffe de la Cour ; la CEDH ne prévoit pas de procédure de récusation, les juges ne publient pas de déclarations d’intérêts, et le traitement des affaires est marqué par l’opacité, ce qui porte atteinte au droit à un procès équitable. Il apparaît aussi que certains juges ont un peu trop embelli leur curriculum vitae et n’ont pas toujours la qualification attendue pour la juridiction la plus élevée d’Europe.

    Lire « L’impartialité de la CEDH - Problèmes et recommandations »

    À la suite de ces constats objectifs et fondés sur les données publiques du Conseil de l’Europe, ce rapport présente une série de recommandations précises permettant de répondre aux problèmes identifiés. Elles ont été analysées et approuvées par plusieurs juges et juristes de la Cour. L’ECLJ les remercie pour leur collaboration, et espère que ce nouveau rapport contribuera à davantage de justice, car la Cour européenne devrait être exemplaire et respecter les normes qu’elle-même impose aux juridictions nationales en matière d’impartialité.

    Le présent rapport démontre que tel n’est pas le cas à ce jour. Cela est dû, notamment, au fait que la CEDH n’est soumise au contrôle d’aucune instance judiciaire susceptible de constater ses dysfonctionnements. Les gouvernements n’ont pas voulu effectuer ce contrôle jusqu’à présent, par respect pour l’indépendance de la Cour. Il échoit donc à la société civile d’assumer ce travail de contrôle extérieur et de lanceur d’alerte et c’est ce qu’a entrepris l’ECLJ.

    Il est donc essentiel que vous partagiez ces informations à vos proches et à vos élus afin que la notoriété de ces faits oblige la Cour à se réformer. Merci pour votre aide !

    Voici le lien à partager : https://eclj.org/echr-impartiality-concerns-and-recommendations?lng=fr

  • "Affaire Orlandi"; le pape défend la mémoire de Jean-Paul II

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    De Vatican News :

    Le Pape défend saint Jean-Paul II, "objet de conclusions offensantes et infondées"

    Après le Regina caeli, François a évoqué son prédécesseur en se disant «certain d'interpréter les sentiments des fidèles du monde entier» et en adressant «une pensée reconnaissante» à sa mémoire. Le nom du pape polonais est réapparu cette semaine au cours d’un nouvel épisode de l’affaire Orlandi, nom d’une adolescente, fille d’un employé du Vatican, disparue il y a quarante ans.

    Après la récitation du Regina caeli, le Pape François a pris la défense de son prédécesseur saint Jean-Paul II, dont la figure a été ces derniers jours au centre d'accusations calomnieuses liées à l'affaire Orlandi, formulées sur la base de «rumeurs» anonymes, sans témoignages ni indices. Des accusations que le Souverain pontife a qualifiées de «conclusions offensantes et infondées».

    Après avoir salué les groupes de la Divine Miséricorde présents sur la place Saint-Pierre ce dimanche 16 avril, François a ajouté: «Certain d'interpréter les sentiments des fidèles du monde entier, j'adresse une pensée reconnaissante à la mémoire de saint Jean-Paul II, objet ces jours derniers de conclusions offensantes et infondées».

    Allégations sans preuves du frère de la victime

    Pour comprendre cette prise de parole du Pape ce dimanche, il faut revenir sur les événements de cette semaine liés à l’affaire Orlandi, du nom d’Emanuela Orlandi, une jeune fille de quinze ans, disparue le 22 juin 1983. Une affaire qui fit grand bruit il y a quarante ans, Emanuela étant la fille d’un employé du Vatican et possédant la citoyenneté vaticane. Jean-Paul II s’était adressé à l’époque directement aux ravisseurs lors d’un Angélus, demandant sa libération. Depuis, cette affaire non-élucidée défraye régulièrement la chronique en Italie, les rumeurs et les hypothèses se multipliant. En janvier dernier, la justice du Vatican avait annoncé la réouverture de l’enquête, le Pape François et le secrétaire d’État du Saint-Siège ayant expressément demandé de chercher la vérité sur ce qu’il s’est passé.

    Mardi 11 avril, Pietro Orlandi, le frère d’Emanuela, s’est rendu auprès du promoteur de justice du Vatican pour lui exposer longuement de nouveaux éléments dont il aurait été en possession. Le soir même, dans une émission télévisée italienne, Pietro Orlandi, accompagné de son avocate Laura Sgrò, a affirmé que Jean-Paul II «sortait le soir avec deux de ses amis monsignori polonais» et «n’allait certainement pas bénir les maisons», mais abuser de jeunes filles. Des allégations qui corroboreraient un enregistrement audio d’un ancien membre d’un groupe criminel romain bien connu à l’époque, la bande de la Magliana. La disparition de la jeune fille serait ainsi liée, selon cette dernière version, à Jean-Paul II.

    Ce samedi 15 avril, l’avocate Laura Sgrò a rencontré brièvement au Vatican le promoteur de justice Alessandro Diddi, en qualité de témoin pour s’expliquer sur les sources de ces allégations concernant Jean-Paul II. L’avocate, qui avait demandé publiquement de rencontrer les enquêteurs du Vatican dès le mois de janvier, a finalement choisi d’opposer le secret professionnel et a ainsi refusé de dire d’où provenaient ces «voix» sur les soi-disant habitudes du pape polonais, signifiant ainsi son refus de collaborer à l’enquête et de faire la lumière sur ces accusations dénoncées ce dimanche donc par le Pape François.

    Lire également : Pourquoi ils veulent abattre Jean-Paul II

  • Selon François, l'Église doit garder la maîtrise du traitement juridique des abus sexuels

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    De Jean-Marie Guénois sur le site du figaro via Il Sismografo :

    Pour le pape l'Église doit garder la maîtrise du traitement juridique des abus sexuels

    Contre la loi du silence François a publié un décret très contraignant mais il opte pour la primauté juridique de l'Église au détriment de la collaboration avec la justice civile -- Dans un document juridique publié le 25 mars, fête de l'Annonciation dans l'Église catholique, le pape François a confirmé et renforcé plusieurs mesures juridiques pour lutter contre les abus sexuels. En clair, toute personne dans l'Église qui a connaissance d'un abus sexuel sur mineurs, ou sur des personnes handicapées, a le devoir de le « signaler » à l'évêque du lieu. «Ce signalement n'est pas une violation du secret professionnel » (segreto d'ufficio) précise le texte. «Sauf» demande l'Église, si un prêtre recevait cette confidence dans le cadre de la confession dont le secret absolu reste protégé.

    Tout responsable, quel que soit son statut, clerc ou laïc, qui est informé d'un délit potentiel, doit alors diligenter une enquête canonique, selon le droit interne de l'Église. En cas de blocage, il doit même user de son autorité hiérarchique pour « obtenir des informations » et faire avancer l'enquête. Et ne doit donc, en aucune manière, s'y opposer. Il est également responsable de la « conservation » des documents de l'enquête, c'est-à-dire de leur sécurité, contre toute destruction ou disparitions de pièces comme cela s'est déjà produit.

    Ce décret entend rendre pratiquement impossible la « couverture ou l'ensablement » des abus sexuels commente Mgr Filippo Lannone, Préfet du dicastère pour les textes législatifs, un ministère du Vatican.

    Mise en application le 30 mars 2023

    Mais s'il renforce nombre de procédures internes à l'Église catholique, le pape François n'impose pas l'obligation de recours à des enquêtes juridiques menées par des instances civiles, non dépendantes de l'Église. C'était pourtant une demande de nombres associations de victimes dans le monde. En France, l'Église catholique a ainsi passé des conventions de signalements automatiques d'abus avec les parquets pour déclencher les enquêtes de police afin de vérifier la nature des accusations. Mais en Italie, le concordat interdit pratiquement un évêque le droit de signaler un prêtre accusé à la justice civile.

    Le nouveau document suggère simplement que le responsable ecclésial, « s'il le juge opportun, peut demander des informations à des personnes et à des institutions, mêmes civiles, qui sont en mesure de fournir des éléments utiles pour l'enquête ». L'Église universelle n'accepte donc pas que la justice civile entre dans une procédure touchant ses prêtres. Cela dit le document fustige et interdit toute action d'obstruction hiérarchique « omissions directes, interférences ou évitement d'enquêtes civiles ou d'enquêtes canoniques, administratives ou pénales ».

    Plus globalement les mesures, en partie déjà connues, sont proclamées « définitivement » par ce Motu Proprio, un décret d'application, d'une dizaine de pages, intitulé « Vous êtes la lumière du Monde ». Elles ont été expérimentées depuis le 7 mai 2019 à tous les niveaux de l'Église avec un précédent Motu Proprio provisoire. Elles entrent en application le 30 mars 2023.

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  • Pour les élections en RDC : un mauvais signal concernant la lutte espérée contre l’impunité et la corruption

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    Lu sur le site web « Afrikarabia » :

    Cela y est : Felix Tshisekedi s’offre Bemba (Equateur) et Kamerhe (Sud Kivu). L’hypothèse d’un renouveau aux mains propres, avec Fayulu, Katumbi et Mukwege, va-t-elle s’éloigner encore. Que va faire l’Eglise congolaise pour illustrer les bonnes paroles de la récente tournée du pape François ?

    Lu sur le site web « Afrikarabia » :

    « Le départ de ministres proches de Moïse Katumbi du gouvernement nécessitait un réaménagement de l’exécutif congolais et la nomination de nouveaux ministres. Depuis 3 mois, le projet était dans l’air. Mais plutôt qu’un simple remaniement technique ou un jeu de chaise musicale, Félix Tshisekedi a préféré frapper un grand coup, avec un remaniement plus large, très stratégique et très politique à l’approche de la présidentielle. Trois surprises composent le nouveau gouvernement Sama Lukonde, qui reste à son poste : la nomination de Jean-Pierre Bemba au ministère de la Défense, celle de Vital Kamerhe à l’Economie et enfin celle d’Antipas Mbusa Nyamwisi à l’Intégration régionale. Trois figures emblématiques de la politique congolaise, longtemps restés en réserve, font donc leur entrée au gouvernement.

    Un homme à poigne pour les FARDC

    Jean-Pierre Bemba sera en charge de la Défense, alors que l’armée congolaise peine à restaurer la sécurité à l’Est et que le M23 contrôle toujours de vastes territoires au Nord-Kivu. L’ancien seigneur de guerre du MLC, qui avant de se muer en parti politique était un groupe armé, prend donc les commandes d’une armée fantôme, qui n’est plus que l’image d’elle-même. Mal commandée, mal équipée et rongée par la corruption, l’armée doit profondément se réformer. Félix Tshisekedi, qui a échoué à ramener la paix à l’Est après la mise en place de l’état de siège, cherche donc un homme fort pour remettre de l’ordre dans les FARDC.

    Un geste vers l’Ouganda

    Du temps où Jean-Pierre Bemba était à la tête de sa milice, il avait pour parrain l’Ouganda voisin. Ce qui tombe plutôt bien pour Félix Tshisekedi, qui compte sur Kampala pour lutter contre les ADF, un groupe armé affilié à l’Etat islamique, qui sévit en Ituri. En faisant entrer Bemba au gouvernement, le chef de l’Etat espère donc relancer la collaboration sécuritaire avec l’Ouganda. La nomination de Mbusa Nyamwisi, nommé à l’Intégration régionale, acte également cette volonté de repositionnement de Kinshasa envers son puissant voisin. Félix Tshisekedi avait déjà appelé Kampala à la rescousse pour combattre les ADF, mais sans résultat. Pire, le dernier rapport de l’ONU soupçonnait l’Ouganda d’avoir laissé entrer les rebelles du M23 prendre le contrôle de la ville frontière de Bunagana. Les ex-chefs de guerre, Bemba et Mbusa Nyamwisi (un des fondateurs de la rébellion du RCD) auront donc la délicate mission d’améliorer la coopération ougando-congolaise.

    Bemba: la mauvaise réputation

    Rappeler deux ex-seigneurs de guerre pour régler l’insécurité endémique qui règne à l’Est du Congo est une veille recette qui n’a jamais restauré la paix dans cette région. D’autant que c’est un étrange signal qu’envoie Kinshasa aux défenseurs des droits humains concernant les nombreux crimes commis dans cette zone en toute impunité depuis bientôt 30 ans. L’ancien chef de guerre, Jean-Pierre Bemba, n’a jamais vraiment eu bonne réputation. Ses propres troupes ont souvent été laissées en déshérence et se sont livrées à de nombreuses exactions au début des années 2000. Jean-Pierre Bemba avait d’ailleurs été condamné à 18 ans de prison par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes commis par ses miliciens en République centrafricaine, avant d’être acquitté en appel en 2018. On se souvient aussi de la tristement célèbre opération « effacer le tableau », menée par les troupes du MLC et du RCD-N en 2002 en Ituri. Une opération marquée par de nombreuses atrocités contre les civils.

    Des nouveaux ministres puissants dans leur province

    Le nouveau ministre de l’Intégration régionale, Mbusa Nyamwisi n’a guère meilleure réputation. L’Armée populaire congolaise (APC), la branche militaire du RCD est accusée, en 2000, d’avoir tué 1.500 personnes, principalement de l’ethnie Hema, dans la région de Bunia (Ituri). Sa milice prélèvait également des taxes aux commerçants voulant traverser sa zone de contrôle, selon un rapport de l’ONU de 2002. Les bons rapports entretenus par Mbusa Nyamwisi avec le président ougandais, Yoweri Museveni, et sa forte implantation politique dans la zone de Beni et Bunia, font pourtant de cet ancien rebelle un nouvel allié de poids pour le président Tshisekedi à la veille des élections. Jean-Pierre Bemba, toujours très puissant en Equateur, assure lui aussi le soutien de sa province au président sortant. Et il en va naturellement de même pour Vital Kamerhe, le nouveau ministre de l’Economie, très bien implanté dans le Sud-Kivu.

    Kamerhe,l’allié incertain

    La nomination du patron de l’UNC à un poste gouvernemental n’est pas une surprise, même si celui-ci lorgnait sur la Primature plutôt qu’un simple poste de vice-Premier ministre. Mais après sa mésaventure judiciaire dans l’affaire de détournement de fonds du « programme des 100 jours« , puis sa condamnation à 20 ans de prison et son blanchiment de dernière minute, on se demandait si Vital Kamerhe était toujours un allié fiable du président Tshisekedi ? Plusieurs contentieux planent en effet entre les deux hommes. L’accord de coalition électorale avec Félix Tshisekedi, signé en 2018, prévoyait que Vital Kamerhe occuperait la Primature en cas de victoire du patron de l’UDPS. Mais le nouveau président ne le nommera qu’au poste de directeur de cabinet. Et puis il y a bien sûr le passage par la case prison, qui reste en travers de la gorge à Vital Kamerhe.

    Du neuf avec du vieux

    L’arrivée du patron de l’UNC à un poste gouvernemental-clé remet en selle l’ancien président de l’Assemblée nationale. Comme pour Jean-Pierre Bemba, la nomination de Vital Kamerhe dans le nouvel exécutif permet à Félix Tshisekedi de renforcer sa majorité présidentielle, forte de l’UDPS, mais aussi maintenant du MLC et de l’UNC. Le candidat-président s’assure ainsi le soutien de deux poids lourd de la politique tout en les neutralisant pour le scrutin à venir. Le chef de l’Etat en profite également pour contrer un possible front « anti-Tshisekedi » qui est en train de se nouer dans l’opposition autour de Martin Fayulu, Augustin Matata Ponyo et Denis Mukwege. Avec ce remaniement, Félix Tshisekedi a l’air de faire du neuf avec du vieux. Le nouvel exécutif congolais ressemble à un énième partage du pouvoir, qui pourrait être payant pour Tshisekedi en cas de report des élections pour négocier une transition politique. Si le chef de l’Etat apparaît plus fort politiquement, marginalisant un peu plus ses concurrents en affichant une large coalition, ce tour de passe-passe peine à cacher les entailles aux deux principes défendus par le président Tshisekedi depuis des mois : la lutte contre la corruption et la promotion de la justice transitionnelle pour combattre l’impunité. Deux bonnes intentions qui restent des voeux pieux avec les nominations de Jean-Pierre Bemba, Mbusa Nyamwisi et Vital Kamerhe. »

    Christophe Rigaud – Afrikarabia

    Ref. Pour les élections en RDC : un mauvais signal concernant la lutte espérée contre l’impunité et la corruption

    A propos de l'auteur

    Journaliste, directeur du site Afrikarabia consacré à l'actualité en République démocratique du Congo (RDC) et en Afrique centrale.

  • Le procureur de Munich n’a pas trouvé de « preuves suffisantes d’actes criminels » dans l’accusation portée contre Benoît XVI

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    De zenit.org :

    Benoît XVI dispensé de procès en Allemagne

    Absence de preuves de dissimulation d’abus sexuels

    Le procureur de Munich n’a pas trouvé de « preuves suffisantes d’actes criminels » dans l’accusation portée contre Benoît XVI et deux autres ecclésiastiques d’avoir couvert des abus sexuels commis sur des mineurs. La décision a été prise par la justice civile après que des enquêtes ont été menées sur la base du rapport d’abus de l’archidiocèse de Munich-Freising.

    Dans des déclarations à la presse, le procureur a indiqué que l’acte principal n’était pas vérifiable et que, de plus, il était déjà prescrit. Par conséquent, les personnes présumées n’ont pas été interrogées au cours de cette procédure et il n’y a donc pas eu de signalement de lancement ni de clôture de la procédure, a ajouté le procureur Hans Kornprobst. Il a en outre estimé qu’il n’y avait pas de « preuves suffisantes d’actes criminels concernant le cardinal Ratzinger, le cardinal Wetter et le vicaire général de l’époque, le P. Gerhard Gruber. »

    Le procureur Kornprobst a déclaré que les faits exposés, qui étaient d’ailleurs déjà connus, « ne permettent pas de déduire un comportement pénalement répréhensible », ajoutant que dans les autres cas, les preuves concrètes sont inexistantes ou ne sont que des rumeurs.

  • RDC : l’Eglise catholique et les églises protestantes réclament plus d’attention de la part de l’UE et spécialement de la Belgique

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    Lu sur le site web de « La Libre Afrique » :

    EVEQUE-1.jpgLes deux principales confessions religieuses congolaises, la catholique et les protestantes, ont demandé jeudi à l’Union européenne et à ses États membres – et en particulier à la Belgique – une « implication sincère » à l’égard de la République démocratique du Congo (RDC), un pays en proie à des décennies de violences et qui doit organiser des élections générales à la fin de l’année. Une délégation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), principale fédération protestante du pays, a mené durant quatre jours une « mission de plaidoyer » à Bruxelles, auprès de responsables belges et européens, rencontrant notamment l’archevêque de Malines-Bruxelles, cardinal Jozef De Kesel, et le nonce apostolique auprès de l’Union européenne, Mgr Noel Treanor.

    Les délégués des deux églises ont ensuite, lors d’une conférence de presse, dénoncé une « grave détérioration » de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC et surtout dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, avec une ‘multiplication » des groupes armés, locaux et étrangers.

    Avec de « graves conséquences », a souligné le secrétaire exécutif de la commission justice et paix de la Cenco, le père Clément Makiobo.

    Selon les deux églises, depuis 2021, au moins 10.100 personnes ont été massacrées et plus de quatre millions d’autres ont été déplacées, alors que de graves violations des droits humains ont été enregistrées.

    « À cause de cette insécurité, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) ne peut organiser les opérations électorales en cours (l’enregistrement des électeurs qui se déroule dans l’ensemble du pays, ndlr) dans les territoires de Masisi, Rutshuru et Nyaragongo » dans le Nord-Kivu, ont souligné la Cenco et l’ECC dans une déclaration conjointe.

    Elles déplorent que la paix ne soit pas encore rétablie dans cette région en dépit des nombreuses initiatives militaires – comme le déploiement d’une force régionale de la communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC) – et diplomatiques, comme des médiations menées par le Kenya et l’Angola entre les présidents congolais et rwandais, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et Paul Kagame.

    RDC : l’Eglise catholique et les églises protestantes réclament plus d’attention de la part de l’UE et spécialement de la Belgique

  • RDC : échec du cessez-le-feu et diplomatie en panne

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    RDC 7141ad3d86b5d46b6ec1a949f5720ff21675742715.jpgLes combats se poursuivent dans l’Est du Congo entre les rebelles du M23 et l’armée congolaise, malgré un nouveau cessez-le-feu  annoncé à Luanda début mars et la faiblesse de son armée oblige Kinshasa à sous-traiter sa sécurité et sa diplomatie. Lu sur le site web « afrikarabia »:

    Comme si de rien n’était. Le sixième accord de cessez-le-feu, censé entrer en vigueur le 7 mars entre le M23 et l’armée congolaise, n’a jamais été respecté. Toute la semaine, les combats se sont poursuivis dans le Masisi, autour de la ville de Sake, dernier verrou d’accès à la capitale provinciale, Goma. Encore une fois, l’armée congolaise et les rebelles du M23 se sont accusés mutuellement d’avoir violé le plan de paix négocié à Luanda. Pourtant, les partenaires régionaux de la communauté d’Afrique de l’Est (EAC), l’Angola dans son rôle de médiateur, et la France qui souhaitait « donner une chance à la paix » selon Emmanuel Macron, avaient tous mouillé la chemise pour tenter de faire aboutir un énième cessez-le-feu. Peine perdue. Le rapport de force, très défavorable à Kinshasa sur le terrain militaire, pousse le M23 à acculer le gouvernement à se mettre à la table des négociations, ce que refuse toujours l’exécutif congolais.

    Isoler Goma

    L’apathie de la force régionale kényane de l’EAC, qui n’a pas levé le petit doigt pour affronter le M23, a fini par convaincre les rebelles qu’ils pouvaient encore accentuer la pression militaire sur les autorités congolaises en continuant d’avancer sur Goma. Si la prise de la capitale régionale de 2 millions d’habitants par le M23 et son parrain rwandais semble être un objectif diplomatiquement trop risqué, l’encerclement de la ville par l’Ouest et son asphyxie économique pourrait être tout aussi payant. Les rebelles ont en effet contourné la zone de Goma par le Masisi, au Nord, avant de redescendre vers le lac Kivu et la ville stratégique de Sake, qui ouvre la route vers le Minova, Bukavu et le Sud-Kivu. Le non-respect du cessez-le-feu et la poursuite des combats autour de Goma n’est donc pas vraiment une surprise.

    Nouvelle promesse de retrait du M23

    A Luanda, le 3 mars, outre un cessez-le-feu, qui ne sera jamais appliqué, le président angolais avait réussi faire accepter un plan de retrait des rebelles. Le calendrier, très souple, laisse jusqu’à fin mars au M23 pour libérer ses positions et se retirer vers ses bases, à la frontière ougandaise. Sur ce point, un communiqué du M23 a annoncé ce week-end son intention de se retirer de Karuba, Muremure, Nyamitima, Nkingo, Kagano et Kihuli. Début 2023, déjà, les rebelles avaient annoncé leur retrait de Kibumba et Rumangabo, dans le Nyiragongo. Un départ relatif, puisque très étrangement, ces positions font de nouveau partie des zones à libérer d’ici le 30 mars. La force de l’EAC, qui se renforce bien timidement de Burundais et d’Angolais doit occuper le terrain laissé par le M23, se transformant en une simple force tampon, très contestée par la population locale qui dénonce un risque de « balkanisation » de la région.

    Sous-traitances extérieures

    Militairement, le M23 reste toujours le maître des horloges, laissant Kinshasa chercher ses soutiens à l’extérieur, sans grand succès pour le moment. Face à l’extrême faiblesse de son armée, les autorités congolaises ont sous-traité leur sécurité à l’EAC, dont le Rwanda (soutien du M23) et l’Ouganda (accusé d’avoir facilité l’accès au sol congolais aux rebelles), font ironiquement partie. Sur le plan diplomatique, c’est également l’EAC qui a la main sur la pacification de l’Est congolais, avec le président angolais Lourenço à la manoeuvre. Pour les sanctions contre le Rwanda, Kinshasa cherche aussi l’appui des Nations unis. Lors de la visite d’Emmanuel Macron en RDC, Félix Tshisekedi a encore renouvelé sa demande de sanctions contre l’agression rwandaise.

    « La sortie de ce conflit ne peut être que politique »

    La France, comme les Nations unies, dont une délégation du Conseil de sécurité était au Congo jusqu’à ce dimanche, ont rappelé que Kinshasa ne pouvait pas tout attendre de l’extérieur. Emmanuel Macron avait été très direct, en mettant les dirigeants congolais devant leur incapacité à restaurer la souveraineté de leur pays depuis presque 30 ans. D’une manière presque moins diplomatique, l’ambassadeur de France à l’ONU, Nicolas de Rivière, a été plus cash : « Ne vous attendez pas que les Nations-Unies règlent les choses de manière magique et instantanée à la place des autorités congolaises ». Et de rappeler, ce qui est une évidence bien peu populaire au Congo : « La sortie de ce conflit ne peut être que politique, et ne peut se faire que par des négociations ».

    Tshisekedi prisonnier de l’EAC

    Impuissante militairement face au M23, Kinshasa attend donc des solutions de la part de la communauté d’Afrique de l’Est, qu’elle voudrait plus offensive face aux rebelles. Elle attend aussi de fortes sanctions contre Kigali pour obliger le soutien du M23 à sonner la fin de la progression du M23. L’opposant Dellly Sessanga estime que toutes les solutions proposées par Kinshasa ont échoué : état de siège, opérations militaires avec l’Ouganda, ou déploiement de la force de l’EAC. Le candidat à la présidentielle demande « une force internationale adaptée » pour remplacer l’EAC et les casques bleus de la Monusco, cantonnés au rôle de simples spectateurs. Certains experts voudraient voir la RDC s’appuyer sur la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), pourquoi pas soutenue par la France. Il se dit que la Namibie et le Zimbabwe pourraient être susceptibles de s’y impliquer. Un scénario bien trop prématuré, alors que Félix Tshisekedi semble maintenant être complètement prisonnier de son adhésion à l’EAC.

    Christophe Rigaud – Afrikarabia

     

  • La dictature du Nicaragua condamne l'évêque Rolando Álvarez à 26 ans de prison

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    De Walter Sanchez Silva sur Catholic News Agency :

    La dictature du Nicaragua condamne l'évêque Rolando Álvarez à 26 ans de prison 
     
    Bishop Rolando Álvarez
    L'évêque Rolando Álvarez. | Crédit : Diocèse de Matagalpa

    10 février 2023

    La dictature de Daniel Ortega au Nicaragua a condamné, vendredi 10 février, l'évêque de Matagalpa, Rolando Álvarez Lagos, à 26 ans et quatre mois de prison, l'accusant d'être un "traître à la patrie".

    La condamnation d'Álvarez intervient un jour seulement après que la dictature a expulsé 222 prisonniers politiques vers les États-Unis. Álvarez a refusé de monter dans l'avion avec les déportés, a déclaré Ortega lui-même hier après-midi dans un discours.

    La sentence lue cet après-midi par le juge Héctor Ernesto Ochoa Andino, président de la Chambre criminelle 1 de la Cour d'appel de Managua, stipule : "L'accusé Rolando José Álvarez Lagos est considéré comme un traître à la patrie". "Qu'il soit déclaré que Rolando José Álvarez Lagos est coupable d'être l'auteur des délits d'atteinte à la sécurité et à la souveraineté nationale, de diffusion de fake news par le biais des technologies de l'information, d'entrave à l'exercice des fonctions d'un fonctionnaire, de désobéissance aggravée ou d'outrage à l'autorité, tous commis concurremment et au détriment de la société et de l'État de la République du Nicaragua", indique la sentence.

    Détaillant chacun des chefs d'accusation et leurs peines respectives, le texte ajoute : "Le prévenu Rolando José Álvarez Lagos est condamné à 15 ans de prison et à l'interdiction perpétuelle d'exercer une fonction publique au nom ou au service de l'État du Nicaragua." "Est déclarée la perte des droits citoyens du condamné, qui sera perpétuelle, tout cela pour être l'auteur du délit d'atteinte à la sécurité et à la souveraineté nationale", poursuit le jugement.

    La sentence décrète également "la perte de la nationalité nicaraguayenne pour le sanctionné José Álvarez Lagos, dans le strict respect de la loi 1145". La loi 1145 susmentionnée, ainsi qu'une réforme constitutionnelle qui permet la perte de la nationalité des personnes condamnées pour "trahison", ont été adoptées par l'Assemblée nationale du Nicaragua le 9 février.

    Le jugement d'aujourd'hui se lit comme suit : "L'accusé Rolando José Álvarez Lagos est condamné à cinq ans de prison et à une amende monétaire de 800 jours (basée sur un pourcentage de son salaire quotidien) pour avoir été l'auteur de la propagation de fausses nouvelles par le biais des technologies de l'information et de la communication." "La peine en jours-amende équivaut à la somme de 56 461 córdobas et 15 centavos (environ 1 550 dollars)."

    Enfin, le jugement condamne "l'accusé Rolando José Álvarez Lagos à cinq ans et quatre mois de prison pour être l'auteur d'une entrave aggravée à l'exercice des fonctions d'un fonctionnaire au détriment de l'État et de la République du Nicaragua" et également "un an de prison pour être l'auteur du délit d'outrage à l'autorité." "Les peines de prison seront purgées successivement, de sorte que le condamné Rolando José Álvarez Lagos doit purger 26 ans et quatre mois de prison", indique la sentence. Selon la sentence, Álvarez doit être emprisonné jusqu'au 13 avril 2049.

    L'évêque a refusé de monter à bord de l'avion hier après-midi avec 222 autres déportés, dont quatre prêtres, qui ont été envoyés aux États-Unis en vertu d'un accord avec le département d'État américain. Álvarez a décidé de rester pour accompagner les catholiques qui souffrent de la répression de la dictature au Nicaragua.

    Dans une déclaration publiée vendredi à la suite de l'expulsion des 222 prisonniers politiques nicaraguayens, le représentant Chris Smith, président de la sous-commission de la santé mondiale, des droits de l'homme et des organisations internationales de la Chambre des représentants des États-Unis, a déclaré : "Nous devons continuer à travailler pour combattre le régime brutal d'Ortega et libérer les prisonniers restants - y compris le courageux évêque Rolando Álvarez, qui refuse d'abandonner son troupeau." "Il est vraiment une figure christique avec un cœur de serviteur, et nous continuons à exhorter le pape François à parler sans équivoque en son nom et à demander sa libération", a ajouté le membre du Congrès.

  • RDC : La septimana horribilis de Félix Tshisekedi

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    Et il la doit, comme l’explique Hubert Leclercq dans « la Libre Afrique », au jeu du pape régnant qui a remis en selle celui de la hiérarchie catholique congolaise, le chef de l’Etat et sa cour suivant sur la touche, comme l’avait déjà bien observé le politologue Jean-Claude Mputu :

    Felix  et le pape AP23031601848507.jpg

    « Après la visite papale, il n’est pas parvenu à mobiliser les chefs d’État de l’EAC, samedi, à Bujumbura.

    Sale semaine ! Le président Félix Tshisekedi avait pointé depuis quelques semaines les dates du 31 janvier au 3 février dans son agenda. Pas question de voyager à ces dates-là. Il avait rendez-vous à Kinshasa avec le pape François. La première visite d’un Souverain pontife en République démocratique du Congo depuis 37 ans, quand le pays s’appelait encore Zaïre. Jean-Paul II est venu deux fois chez le Maréchal Mobutu. “La première fois, c’était le 2 mai 1980”, se souvient Marie-Joseph, jeune sexagénaire de Limete, un des quartiers de Kinshasa sur la route de l’aéroport international de N’djili. Elle se souvient de “l’accueil exceptionnel reçu par le pape dès sa descente d’avion. C’était son premier voyage en Afrique. Il était venu directement chez nous. Tout Kinshasa voulait le voir. Le Maréchal (Mobutu, NdlR) était venu en personne pour l’accueillir”. Cinq ans plus tard, en décembre 1985, ces deux-là se retrouvaient une nouvelle fois à Kinshasa.

    Trente-sept ans plus tard, le pape François débarquait au pays de Félix Tshisekedi. Pour le chef de l’État congolais, mal élu, qui s’est recroquevillé sur son ethnie pour diriger le pays, qui s’est acheté une majorité politique à coups de billets verts, qui s’est fâché avec les grandes Églises catholique et protestante en imposant contre leur gré son président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et qui est affaibli par les mouvements rebelles qui entament largement son autorité et sa capacité à gouverner le pays, ce voyage était le moment de fédérer, de lancer un mouvement de réconciliation et, simultanément, sa campagne pour la présidentielle de décembre prochain.

    Message papal sans ambiguïté

    Mais, dès son arrivée à Kinshasa, le pape a donné le ton et montré qu’il n’était pas venu pour tresser des couronnes de laurier sur la tête de ses hôtes. Après avoir condamné l’exploitation des richesses par des mains étrangères qui empêchent tout développement du pays et plongent des millions de Congolais dans la misère et la violence, le pape a pointé du doigt les lacunes et les responsabilités du régime dans cette situation. Corruption, repli ethnique, copinage,…“On sait que le Vatican connaît exactement la situation de ce pays”, explique un diplomate. “Il dispose du meilleur réseau d’information de ce pays. Son maillage est demeuré excellent. Il fallait voir ce qu’il allait en faire. Le Vatican, c’est aussi une diplomatie très fine. En ce sens, le message du pape est un vrai séisme pour le pouvoir congolais. L’Église catholique joue gros dans ce pays où elle doit compter au moins 40 millions de fidèles”. Du bout des lèvres, un autre diplomate ose le terme “marché” dans une “guerre des cultes face aux églises du réveil qui gagnent chaque semaine en influence”.

    L’armée burundaise compte ses morts au Sud-Kivu

    Le pape s’est rangé du côté du peupleIl a aussi remis en selle les évêques congolais qui avaient perdu un peu de leur lustre et qui avaient dû aussi freiner leurs ardeurs ces derniers mois pour ne pas créer de tensions excessives pour ce déplacement papal”, nous expliquait fin de semaine dernière Jean-Claude Mputu, politologue et chercheur congolais. Le cardinal Fridolin Ambongo n’a pas tardé à prendre la balle au bond, y allant de sa critique contre les errements du pouvoir, mais aussi vis-à-vis du processus électoral en cours.

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  • Le Nicaragua condamne quatre prêtres, deux séminaristes et un laïc à dix ans de prison

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    Lu sur El Debate :

    Le Nicaragua condamne quatre prêtres, deux séminaristes et un laïc à dix ans de prison

    Le régime de Daniel Ortega a imposé cinq ans de prison pour le crime de complot en vue de porter atteinte à l'intégrité nationale, et cinq autres pour le crime de diffusion de fausses nouvelles.

    7/2/2023

    Quatre prêtres catholiques, deux séminaristes et un caméraman du diocèse de Matagalpa, dans le nord du Nicaragua, ont été condamnés à 10 ans de prison pour des crimes considérés comme "trahison contre la patrie", ainsi que la "déchéance perpétuelle de leurs droits de citoyens", a rapporté la Unidad de Defensa Jurídica. Les condamnés sont les prêtres Ramiro Tijerino, recteur de l'Université Juan Pablo II et responsable de la paroisse de San Juan Bautista ; José Luis Díaz et Sadiel Eugarrios, respectivement premier et deuxième vicaire de la cathédrale San Pedro de Matagalpa, et le diacre Raúl Vega González. Egalement les séminaristes Darvin Leiva Mendoza et Melkin Centeno, et le caméraman Sergio Cárdenas. Les prêtres et le laïc, détenus depuis le 19 août, ont été condamnés par la juge Nadia Camila Tardencilla, chef du tribunal pénal du deuxième district de Managua, lors d'une audience tenue à huis clos, a indiqué l'Unité de défense juridique, composée d'avocats qui défendent les religieux.

    Aucun droit fondamental

    La semaine dernière, le prêtre Óscar Danilo Benavidez Dávila, curé de la paroisse Espíritu Santo, dans la municipalité de Mulukuku, dans la région autonome des Caraïbes du Nord du Nicaragua, a également été condamné à 10 ans de prison pour des crimes considérés comme «trahison». Selon la décision, le juge Tardencilla a condamné le groupe de religieux à cinq ans de prison pour le crime de complot visant porter atteinte à l'intégrité nationale, et à cinq autres pour le crime de propagation de fausses nouvelles, à la fois au détriment de l'État du Nicaragua et de la société, en plus des "peines accessoires", a détaillé la Cellule de défense judiciaire. Les peines accessoires, selon ce groupe d'avocats, consistent en "800 jours d'amende, l'interdiction perpétuelle d'exercer des fonctions publiques au nom ou au service de l'État du Nicaragua, ainsi que l'exercice de fonctions d'élection populaire et l'interdiction perpétuelle de leurs droits des citoyens ».

    Aberration juridique

    Le Centre nicaraguayen des droits de l'homme (Cenidh) a qualifié l'affaire contre les religieux d'"aberration juridique", entre autres parce qu'ils "étaient disqualifiés à vie pour occuper des fonctions publiques et bannis des élections populaires". «Depuis Cenidh, nous condamnons ces actions perverses du régime qui violent les droits de l'homme. Nous exigeons une liberté immédiate pour eux et pour tous les gens P.p. (prisonniers politiques)", a exigé l'organisation. Le groupe de religieux et de laïcs, ainsi que l'évêque Rolando Álvarez, ont été arrêtés à l'aube du vendredi 19 août par des policiers dans le palais épiscopal du diocèse de Matagalpa, après avoir été enfermés pendant 15 jours, et depuis lors, ils ont été à la prison de police "El Chipote", officiellement connue sous le nom de Direction de l'assistance judiciaire, à l'exception de l'évêque qui est sous "protection domiciliaire". Álvarez, 56 ans et très critique du gouvernement de Daniel Ortega, sera jugé pour répondre des mêmes crimes que les prêtres le 28 mars. Le hiérarque, qui a été présenté sans ses vêtements religieux lors des audiences, est le premier évêque arrêté et inculpé depuis le retour au pouvoir d'Ortega au Nicaragua en 2007. Les relations entre les sandinistes et l'Église catholique nicaraguayenne ont été marquées par des frictions et de la méfiance au cours des 45 dernières années.

  • Quand le Vatican lance une enquête apostolique dans le diocèse de Mgr Rey

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    De Jean-Marie Guénois sur le site du Figaro (via Il Sismografo) :

    Pourquoi le Vatican lance une enquête apostolique dans le diocèse de Toulon

    Annoncée conjointement mardi 7 février par la nonciature et le diocèse, une «visite apostolique» vise le diocèse de Fréjus-Toulon dont Mgr Dominique Rey est en charge.

    Sous observation romaine depuis plusieurs années, le diocèse de Fréjus-Toulon va entrer dans une nouvelle phase en ce mois de février 2023. Une «visite apostolique» a été décrétée par le Vatican et annoncée officiellement ce mardi 7 février pour en finir d'y voir clair sur la gestion ecclésiale controversée de ce diocèse français pourtant florissant et sous la conduite, depuis mai 2000, de Mgr Dominique Rey, 70 ans.

    Une «visite apostolique» n'est pas un simple audit. Elle est décidée par l'autorité romaine du dicastère des évêques «par mandat du pape François», précise la nonciature apostolique de Paris. Elle est diligentée par deux évêques expérimentés, désignés par le Saint-Siège, en l'occurrence, Mgr Joël Mercier, 78 ans, français, ancien secrétaire de la congrégation pour le clergé et par Mgr Antoine Hérouard, 66 ans, archevêque de Dijon.

    Ils vont auditionner qui ils le désirent dans le diocèse à partir du 13 février, pendant deux semaines, puis lors d'une dernière semaine avant d'en faire la synthèse et de rendre leurs conclusions visant à résoudre un «certain nombre de difficultés», précise le communiqué de la nonciature. Le statut de la «visite apostolique» ne limite pas leur rôle à la simple enquête. Habituellement, les évêques visiteurs disposent des pleins pouvoirs pour décider de la suite des événements à Toulon.

    Que reproche-t-on à Mgr Dominique Rey ? Il n'y a pas a priori d'affaire de mœurs qui dépasserait les proportions comparables à tous les autres diocèses. Il a dû, par exemple, signaler au procureur le curé de sa cathédrale visé par les accusations d'une femme. Le problème de fond est celui de la «gouvernance».

    Des méthodes questionnées

    Si les résultats sont là comme dans aucun autre diocèse catholique de France - une quarantaine de séminaristes, 250 prêtres actifs, un dynamisme d'évangélisation tous azimuts -, ce sont les méthodes de l'évêque qui sont questionnées autour de trois reproches majeurs.

    Tout d'abord le management de cet homme, membre de la communauté charismatique de l'Emmanuel, qui sait où il va et avance avec détermination. Ce qui n'est pas toujours du goût de l'Église de France et de certains prêtres. Ils se seraient sentis «froissés» ou «délaissés».

    Deuxième reproche, l'accueil de séminaristes, prêtres, laïcs, communautés, rejetés par d'autres évêques. Au total une cinquantaine d'œuvres, associations ou institutions. Par principe, Mgr Rey leur a toujours offert une seconde chance. Avec des réussites mais aussi des incompréhensions et des accidents de parcours, conduisant à accuser l'évêque d'un manque de «discernement» mais aussi un «manque de suivi» de ces cas particuliers.

    Troisième grief, moins explicite mais virulent car mal porté actuellement dans l'Église, l'attitude d'ouverture de Mgr Rey vis-à-vis de la sensibilité traditionaliste de l'Église. Il n'en est pas personnellement issu mais il a développé pour cette vision, la même bienveillance que pour des charismatiques. Il est persuadé que l'avenir de l'Église de France, passe par cette réconciliation que certains dénomment comme le courant «tradismatique».

    Plusieurs affaires concrètes et récentes ont nourri ces trois points. Le plus spectaculaire a été la décision romaine,le 29 mai 2022, de suspendre les ordinations de quatre prêtres et de six diacres pourtant prévues un mois plus tard. Du jamais vu dans l'Église. Pour l'heure les six attendent toujours. Une supplique signée par un tiers des prêtres du diocèse et par «12 000 fidèles» - selon une source diocésaine, pour ne pas laisser cette situation en suspens n'y a rien fait. Certaines sources estimaient que ce bras de fer romain visait à pousser alors Mgr Rey à la démission, en prenant les séminaristes en otage.

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