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Enseignement - Education

  • A-t-on eu tort de « tuer le père » ?

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    Du Point via le site "Pour une école libre au Québec" :

    A-t-on eu tort de « tuer le père » ?

    17 octobre 2026

    Jérôme Fourquet et Ruben Rabinovitch associent leur expertise pour analyser avec brio le basculement psychique de l’Occident.

    La parution d’un livre de Jérôme Fourquet est toujours un moment spécial pour les amateurs d’études et de dynamiques sociales. Alors quand un psychologue, Ruben Rabinovitch, le rejoint dans son travail d’analyse, cela devient un événement. Homo occidentalis (Seuil) est le fruit de ce mariage interdisciplinaire. Aux graphiques et camemberts du sondeur s’ajoutent les études et témoignages du psychologue. À l’interprétation du geste succède la lecture des tourments de l’âme. Le livre est touffu, dense et narre le basculement anthropologique et psychique de l’homme occidental, lequel n’est pas uniquement mû par ses intérêts économiques. On comprend, en effet, que les affects, les désirs, les blessures et les pulsions déterminent autant, sinon plus, une attitude sociale que les conditions de vie matérielles ou l’appartenance à une classe sociale.

    Les lecteurs de Fourquet retrouveront également, dans ces 450 pages passionnantes, des éléments augmentés ou actualisés de ses précédents ouvrages, comme la déchristianisation, le culte du corps, le choix des prénoms, la popularisation des tatouages, les rites funéraires, les phénomènes d’addiction, les structures familiales… Le tout est agrémenté de récits historiques, de développements internationaux, de références à la culture populaire et d’exemples de patients en thérapie, dont le vécu concrétise une évolution sociale. Mais arrêtons-nous sur un élément de ce livre qui constitue, selon nous, le sujet des sujets et qu’on pourrait qualifier, pour la société actuelle, d’acte fondateur : la fin du patriarcat. On parlerait volontiers d’un « péché originel » si cette expression ne comportait pas en elle un jugement moral. Au regard des conséquences qui se vérifient par ondulation, il est toutefois permis de poser un regard lucide sur cette rupture.

    Car la fin du « patriarcat » a entraîné bien plus que la disparition d’un système de domination masculine. Elle est, selon les auteurs, à l’origine de l’effacement de la figure du père, du refus de toute verticalité, de la défiance généralisée vis-à-vis de l’autorité et de bien d’autres comportements néfastes pour la cohésion sociale. Elle est à l’origine d’une véritable anthropofracture, soit la conception d’un « homme nouveau ». Non pas que le schéma patriarcal fût en lui-même parfait, loin de là. Les reproches sont nombreux : possibilité de déshériter sa descendance, relégation des femmes, droit de correction sur les enfants, avantage légal, écrasement psychologique des fils… Mais, dans ce livre, c’est davantage la dimension symbolique de ce basculement qui est examiné que la question de la perte du statut privilégié des hommes.

    Cet ordre social reposant sur la figure du père, « qu’on dirait granitique, impliquait une grande cohérence et une extrême stabilité. […] L’obéissance était, à tous les échelons, une valeur promue socialement. […] La fonction paternelle n’était pas seulement incarnée par le père de famille à la maison, mais de haut en bas de tout l’édifice social », écrivent les auteurs.

    Charles de Gaulle et son épouse,
     Yvonne, sur une plage irlandaise, en 1969.
     
    Une position qui impliquait des droits, mais aussi des devoirs : « Le pater familias, s’il est placé au sommet de la hiérarchie familiale, est aussi considéré comme responsable de l’intégrité matérielle et morale de ses membres : il doit en répondre devant le corps social et devant la loi. » Si elle garantissait la stabilité, cette « société d’ancien régime psychique» était aussi marquée par le secret, le refoulement, la honte et la culpabilité.

    Des sentiments qui ont nourri de nombreuses œuvres littéraires et rempli les cabinets de psychologues. « Les névroses procédaient précisément de cet écart déchirant entre les désirs des individus et l’interdit que leur adressait le discours paternel », lit-on dans le livre

    Les baby-boomeurs, démographiquement nombreux, amorceront la grande bascule. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, « les pères européens sont des pères défaits militairement [Note du carnet: mais on verra la même chose aux États-Unis et au Canada, gagnants dans le conflit...], des pères souvent discrédités moralement et délégitimés dans leur rôle de garant d’un ordre et de valeurs à transmettre », selon Fourquet et Rabinovitch. Une explication à nuancer quand on sait que le général de Gaulle instaura « le mythe de la victoire », précisément pour contrer ce sentiment dépréciateur. Ce récit fut présent dans tous les manuels scolaires, à la télévision et répété tous les 8 Mai devant les monuments aux morts.

    Quand ce n’était pas le silence ou le mensonge familial, c’est ce mythe qui fut largement partagé dans les foyers, ainsi que l’a montré le sociologue Henri Mendras. De même, de Gaulle avait compris l’urgence de moderniser le pays en réinstaurant le « père » à travers la figure de l’ingénieur d’État, qui fait entrer la France dans un futur radieux, grâce au TGV, au Concorde, à Ariane, au nucléaire… «La jeunesse a besoin de mythes », estimait-il.

    En outre, là où le nationalisme fut en perte de vitesse après 1945, l’idéal révolutionnaire connut une expansion auprès de la jeunesse occidentale, de plus en plus diplômée. En France, des intellectuels marxistes ont fourni le matériau idéologique qui allait permettre à la bourgeoisie étudiante de se défaire des anciennes attaches. On pense notamment à Michel Foucault et à sa dénonciation des rapports de domination. « Papa pue ! » écrivaient sur les murs de la Sorbonne les étudiants de Mai 68. De Gaulle lui-même incarnait cette figure paternelle devenue le symbole d’un étouffement qui suscitera la révolte.

    Très souvent « confronté à un mode relationnel égalitaire entre parents et enfants » dans son cabinet, Ruben Rabinovitch raconte le cas d’un garçon de 12 ans, Tom, qui insulte ses parents. Un enfant tyrannique, sans cesse dans la conflictualité. «Nombreux sont aujourd’hui les parents qui ne parviennent pas à puiser en eux les capacités nécessaires pour poser une limite à la toute-puissance de leurs enfants, explique-t-il, quand, jadis, la fonction de limitation des pulsions visait à transmettre à l’enfant l’intégration de la frustration.» Et à lui faire comprendre qu’il n’est pas le « centre du monde ».

    Enfant roi. Autre constat déroutant : quand les enfants font l’éducation de leurs parents. Le psychologue parle d’un phénomène de «parentalisation des enfants », lesquels enseignent à leurs parents la manière d’être dans un monde qui leur échappe. Les pères d’aujourd’hui, pour ceux observés par Ruben Rabinovitch, admettent « ne pas disposer “des outils” et de la légitimité symbolique et sociale pour faire face au dur métier de papa ». Le témoignage de cette patiente, lasse de son mari qui ne remplit pas son rôle de père, est éclairant : « Je suis contrainte d’occuper toutes les places. Je n’y arrive pas. Il se comporte comme une mère de seconde zone ou comme un gentil grand frère. » Professeur d’université, Baptiste, lui, va jusqu’à se demander : « De quel droit serait-il autorisé à imposer sa volonté à un autre être humain, même à ses enfants?»

    Le reste du livre ressemble à un ruissellement qui partirait, sur fond de déchristianisation, de cette rupture historique pour se propager dans toutes les sphères de la vie…

  • Reconnaître l’importance de la maternité en tant que travail précieux, significatif et porteur de sens

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    De didoc.be :

    Féminisme et maternité

    12 octobre 2026

    Erica Komisar — psychologue, psychanalyste et écrivain américaine — est l’auteur de « Being There. Why Prioritising Motherhood in the First Three Years Matters » (Être là. Pourquoi il est important de donner la priorité à la maternité pendant les trois premières années).

    (…)

    Vous dites que la maternité est « un amour sans pareil ». Cependant, selon des enquêtes menées dans différents pays, on observe aujourd’hui parmi les jeunes femmes un pourcentage plus élevé que dans n’importe quelle autre génération de femmes qui déclarent ne pas vouloir d’enfants. Quels facteurs, selon vous, sont à l’origine de ce phénomène ?

    Je pense que la société moderne a dévalorisé et minimisé l’importance de la maternité. Certes, des progrès ont été réalisés en matière de reconnaissance des capacités et des droits des femmes. Mais parfois, ces progrès ne tiennent pas compte d’aspects importants de nos traditions.

    Car souvent, au lieu de dire aux femmes : « Vous avez la possibilité de choisir », on leur a dit : « Vous ne valez rien si vous restez à la maison ».

    Cela a conduit les femmes à remettre en question leur instinct, leurs sentiments et leur désir de garder leur bébé pendant un certain temps. C’est pourquoi la majeure partie de mon travail clinique actuel, lorsque les mères — et aussi les pères — viennent me consulter, consiste à « leur donner la permission » d’écouter leur cœur et de le suivre : si elles ne veulent pas se séparer de leur bébé, elles ne devraient pas le faire. Car il n’y a rien de plus important.

    Freud disait que nous avons besoin d’amour et d’un travail significatif et qui ait du sens. Parfois, ce travail significatif se trouve à la maison. Et parfois, à l’extérieur. Mais l’amour passe toujours en premier. Car, en fin de compte, ce n’est pas une question d’argent ou de renommée ; c’est une question de la valeur de l’héritage laissé par vos relations affectives.

    Dans votre livre, vous expliquez que cette présence des parents est essentielle au développement physique et mental des enfants. À quels égards précisément ?

    Les trois premières années constituent ce que nous appelons la première période critique du développement socio-émotionnel, en raison de la maturation du cortex préfrontal et du système limbique, qui sont responsables, entre autres, de la régulation émotionnelle, de la capacité à gérer le stress à l’avenir, de la capacité à interpréter les signaux sociaux ou encore des fonctions exécutives.

    De plus, ce que nous savons grâce à la recherche, c’est que le développement de l’hémisphère droit — ou « cerveau émotionnel » — est très important en tant que base pour le développement de l’hémisphère gauche — ou « cerveau cognitif » —. Par conséquent, si nous n’apportons pas cette sécurité émotionnelle aux enfants, ils ne peuvent pas apprendre aussi efficacement. Les enfants anxieux, déprimés ou défavorisés n’apprennent pas aussi bien que ceux qui se sentent en sécurité sur le plan émotionnel.

    Mais, au-delà de ce que nous dit la science, il suffit de regarder votre bébé — incroyablement fragile d’un point de vue physique, neurologique et émotionnel — pour savoir qu’en tant que mère, vous n’êtes pas programmée pour l’abandonner. Si vous avez vous-même bénéficié de ce lien sain et de ce sentiment de sécurité et de protection de la part de votre propre mère, alors, lorsque vous regardez votre bébé, vous ressentez un élan, un élan instinctif : « C’est mon bébé, et c’est un petit être fragile qui a désespérément besoin de moi ».

    Certaines théories soutiennent que la période de gestation chez l’être humain devrait plutôt être de 18 mois, même si cela est biologiquement impossible. Ce n’est pas un hasard si, dans la majeure partie du monde, on a inventé des « poches marsupiales » pour que les mères puissent porter leurs bébés près d’elles.

    Vous soulignez également que les crèches ne constituent pas un bon substitut aux soins familiaux au cours de cette première étape du développement. Vous évoquez notamment le fait que l’environnement dans ces structures est souvent bruyant et hyperstimulant, tout le contraire de ce dont un bébé a besoin.

    Oui, c’est hyperstimulant, accablant. Cela provoque une augmentation de leur taux de cortisol, l’hormone du stress, ce qui n’est pas bon pour leur cerveau en développement. Les bébés doivent être protégés du stress pendant leurs premières années, dans la mesure du possible.

    Encore une fois, il y a quelque chose d’incroyablement contraire à l’instinct dans le fait de confier son bébé à des étrangers dans un environnement institutionnel, quand vous savez que ce bébé a besoin de votre corps. La mère est sa principale figure d’attachement. Ce bébé connaît la voix de sa mère, son odeur.

    Ce qui se passe dans notre société, c’est que nous renions notre humanité, la nature primitive de ce que nous sommes, celle qui nous a aidés à survivre pendant des milliers d’années. Je trouve toujours mystérieux de devoir expliquer aux parents ou à la société que les bébés naissent avec un besoin désespéré du réconfort, de la chaleur et de la sécurité que leur procure le corps de leur mère. Nous sommes tellement déconnectés de nos instincts, tant sur le plan émotionnel que physique, qu’il devient nécessaire de l’expliquer.

    Et qu’en est-il de la notion d’« alloparentalité », et de ce dicton selon lequel « il faut tout un village pour élever un enfant » ? Vous avez souligné l’importance de la coparentalité, mais aussi ses limites.

    Dans notre société, on assiste à une déformation et à une perversion du terme « alloparentalité ». Dans la véritable éducation partagée, la mère était sacro-sainte en tant que figure d’attachement principale, et son rôle était respecté au sein de la communauté. Lorsque le bébé était dans un état de bonheur ou d’homéostase émotionnelle, les mères pouvaient le laisser entre les mains de personnes de confiance ou de figures d’attachement de substitution, telles que les grands-mères, les grands-pères ou les frères et sœurs ; mais pas lorsque le bébé était en détresse : dans ce cas, l’autre personne rendait le bébé à sa mère.

    Les bébés ne peuvent établir des liens, explorer et prendre des risques que lorsqu’ils se sentent en sécurité. Et ils ne se sentent pas en sécurité lorsque la personne qui les tient dans ses bras ne les laisse pas retourner auprès de leur mère.

    La coparentalité ne consiste pas à laisser son bébé entre huit et douze heures par jour dans un environnement institutionnel avec une multitude d’inconnus qui vont et viennent et ne sont que de passage. Cette déformation du concept de coparentalité a été créée pour s’adapter à ce discours social moderne assez égocentrique, narcissique et adultocentrique.

    Vous avez souligné que la stabilité émotionnelle du bébé dépend de celle de ses parents. Compte tenu de la détérioration de la santé mentale chez les « millenials » et les adultes de la génération Z, qui sont en âge d’élever des enfants, avons-nous un problème ?

    En psychologie, il existe le concept de « sentiments égodystoniques » : l’évaluation négative que fait le sujet de certaines de ses pensées, émotions ou autres aspects de sa vie sociale et intrapersonnelle, ce qui résulte souvent d’une perturbation du développement précoce du moi. En ce qui concerne l’éducation des enfants, cela signifie que si vous avez subi un traumatisme durant l’enfance (peut-être aviez-vous des parents très égocentriques), vous avez probablement développé des mécanismes de défense si puissants que vous ne ressentez plus la douleur aujourd’hui, et que vous ne cherchez donc pas d’aide pour devenir vous-même un meilleur parent.

    Il arrive souvent que les parents ne se tournent vers une aide clinique que lorsque leurs enfants traversent des difficultés, de véritables difficultés, telles que la dépression ou l’anxiété. Et cela, pour moi, est très triste.

    Il existe un lien entre le fait d’avoir subi de la négligence pendant l’enfance et le développement de traits narcissiques à l’âge adulte, ce qui, à son tour, peut entraîner une éducation négligente. Un enfant négligé a dû développer des mécanismes de défense inadaptés pour faire face à cette négligence. Ces mécanismes interfèrent dans ses relations et dans sa capacité future à éprouver de la satisfaction. Il s’agit notamment de l’incapacité à reconnaître les autres ou à être reconnu par eux.

    Nous devons éviter à tout prix l’éducation négligente, ce qui signifie aider les parents à être présents pour leurs enfants durant les premières années de leur vie.

    Il existe de plus en plus d’étiquettes et de modèles pour décrire l’éducation idéale : « parents hélicoptères », « mères tigres », « parents phares »… Sommes-nous en train de trop problématiser cette question et, par la même occasion, de mettre la pression sur les familles ?

    Si vous avez besoin d’un terme pour décrire une façon d’être parent, c’est probablement que celle-ci n’est pas saine. À la place, je vais vous expliquer les caractéristiques d’une éducation saine : sensible, empathique, à l’aise avec les limites, présente émotionnellement et physiquement.

    Les enfants ont besoin de certaines limites, d’une structure et de restrictions, mais celles-ci doivent leur être présentées avec sensibilité et empathie. Le plus important, c’est que vous soyez présent(e) physiquement et émotionnellement autant que possible. On ne peut pas être présent émotionnellement si l’on n’est pas présent physiquement, mais on peut être présent physiquement sans l’être émotionnellement.

    Votre livre « Being There » a suscité une vive controverse au sein du mouvement féministe, mais vous avez raconté que, parallèlement, de nombreuses mères sont venues vous remercier d’avoir mis en lumière et défendu leur choix de rester à la maison. Pensez-vous que le féminisme doive élargir sa perspective pour inclure ces femmes ?

    Bien sûr. Beaucoup de gens l’ignorent, mais aux débuts du féminisme, il existait un mouvement appelé « féminisme maternel ». Ce mouvement insistait sur la nécessité pour les femmes d’avoir des choix, des droits et de pouvoir voter, mais, en même temps, il mettait l’accent sur l’importance de la famille. Il ne rejetait pas la maternité. C’est la deuxième vague du féminisme qui a introduit ce rejet.

    Donc oui, je pense qu’il y a de la place dans le mouvement féministe pour les mères, mais nous avons encore un long chemin à parcourir. Quand j’ai écrit « Being There », il y a dix ans, c’est ce que je voulais dire : les femmes ont besoin de reconnaissance et de liberté. Il s’agit de reconnaître l’importance de la maternité en tant que travail précieux, significatif et porteur de sens. Et il s’agit de donner aux parents la permission d’écouter leur cœur et de dire : « Je vais faire une pause dans ma carrière », ou « Je vais consacrer ma vie à élever mes enfants », ou encore « Je peux faire ça maintenant, puis décider plus tard de la suite de ma vie ».

    Vous êtes vous-même un exemple de cette liberté que vous revendiquez. Vous avez raconté qu’au moment de choisir un secteur professionnel, l’une de vos exigences était qu’il vous laisse la flexibilité nécessaire pour fonder une famille.

    Quand j’étais jeune, je savais que je voulais me marier et avoir des enfants, et que c’était ce qu’il y avait de plus important dans la vie. Mais je voulais aussi avoir un travail qui donne vraiment un sens à ma vie. Alors je suis passée d’un stage à l’autre, comme s’il s’agissait d’un menu de dégustation, ce que les jeunes sont censés faire. J’ai essayé le droit. J’ai essayé la production télévisuelle. J’ai essayé les relations publiques. J’ai essayé toutes ces choses. Mais je ne trouvais pratiquement aucune femme heureuse. Et puis, en regardant ma psychothérapeute, je me suis dit : « C’est ça, le mieux : cette femme m’aide à devenir une meilleure personne, à mener une vie meilleure, à être plus heureuse. Et elle gagne beaucoup d’argent. Pourquoi ne pas me lancer là-dedans ? ».

    J’ai eu la grande chance de réaliser, très jeune, que l’amour et les relations sont ce qu’il y a de plus important dans la vie. Mais ce n’est pas ce que nous disons aux jeunes. Nous leur disons de ne pas faire confiance à l’amour, de ne pas tomber amoureux trop jeunes, de ne pas se marier trop jeunes. Nous leur parlons du divorce avant de leur parler de l’amour.

    Et puis il y a aussi le problème de la culture d’entreprise dans certains secteurs : il existe certaines professions, qui étaient traditionnellement des domaines masculins — que ce soit la banque, le droit ou la médecine —, qui ont eu — et continuent d’avoir — de grandes difficultés à s’adapter aux besoins des femmes et des enfants.

    Vous avez dit que nous envoyons des messages inappropriés aux femmes et aux enfants. Et aux hommes ? Pensez-vous que dans ce qu’on appelle la « crise de la masculinité » actuelle, il existe, outre les facteurs éducatifs ou professionnels connus, d’autres facteurs culturels ?

    Il y a une crise chez les garçons et les hommes, et elle est en grande partie liée, une fois de plus, au discours social moderne sur la masculinité toxique : les hommes et les garçons sont mauvais, les filles sont bonnes, il faut glorifier les filles et les femmes, et les garçons, eux, qu’ils aillent se faire voir ailleurs. Bien sûr, il y a des hommes qui se comportent mal. Mais l’idée que toute la masculinité est toxique, ou que les femmes n’ont pas besoin des hommes, est étrange et absurde. Et cela a eu pour effet d’aliéner les garçons et les hommes de la société.

    Du coup, aujourd’hui, ils ont honte. « Houston, nous avons un problème », car, oui, il était très important de valoriser les femmes, mais aujourd’hui, malheureusement, il est important de renforcer, de reconnaître et de valoriser les hommes.

    Nous devons nous débarrasser de ce discours. Nous avons besoin des hommes, nous avons besoin des femmes, nous avons besoin des mères, nous avons besoin des pères. Les pères sont importants pour les enfants, très importants. Nous devons sortir nos hommes de derrière leurs ordinateurs et de leurs communautés d’incels [célibataires involontaires] et les ramener à la lumière du jour.

    Un divorce est toujours une expérience traumatisante, et bien souvent, ce sont les enfants qui en pâtissent le plus. D’après votre expérience clinique, quelles sont les blessures les plus courantes chez eux ? Quels conseils donneriez-vous aux parents à cet égard ?

    Tout d’abord : ne divorcez pas avant que votre plus jeune enfant ait atteint l’âge de trois ans, sauf en cas de maltraitance grave mettant votre vie ou celle de votre enfant en danger.

    Autrefois, il existait ce qu’on appelait la « doctrine des premières années » : en cas de séparation, la garde des enfants était généralement accordée aux mères s’ils étaient encore en bas âge, car les mères étaient reconnues comme les principales figures d’attachement. Aujourd’hui, en raison du mouvement en faveur de la neutralité de genre, on considère que les hommes et les femmes sont interchangeables et qu’il n’existe pas de figure d’attachement principale, ce qui est ridicule, car ce sont les mères qui donnent naissance, allaitent, etc.

    Dans quel monde considère-t-on comme sain de prendre un bébé allaité, ou qui dort peut-être encore avec sa mère, et de l’éloigner brutalement d’elle trois jours par semaine ? Or, c’est exactement ce qui se passe à cause de ce mouvement et parce que les pères tombent dans la possessivité et le narcissisme. « L’enfant est à moi et j’ai droit à la moitié de lui. » Les bébés ne sont pas des objets, ce sont des personnes. Ils traversent des périodes de développement extrêmement critiques qu’il faut respecter.

    Aujourd’hui, beaucoup de gens optent pour des accords « deux-deux-trois » : deux jours avec la mère, puis deux jours avec le père, puis trois jours avec la mère ; et la semaine suivante, dans l’ordre inverse.

    Je peux vous dire que certains adultes, parmi mes patients, se sont plaints que leurs parents aient adopté ce genre d’arrangements lorsqu’ils étaient enfants. Comme si personne n’était prêt à faire le moindre sacrifice au nom de ce qui aurait été approprié ou juste pour eux.

    Les divorces ne sont pas justes. Il n’y a rien de juste dans le divorce. Mieux vaut que cela n’arrive pas, mais si cela arrive, on attend de vous que vous fassiez ce qu’il faut pour vos enfants et que vous vous sacrifiiez pour eux, même si cela signifie qu’à certaines périodes, vous passez moins de temps avec eux. Mais cela exige que vous maîtrisiez vos émotions et que vous soyez capable de vous sacrifier pour les autres.

    Vous avez également écrit un livre sur la manière d’élever des adolescents heureux et épanouis. Que recommanderiez-vous aux parents concernant l’exposition de leurs enfants aux écrans à cet âge ?

    Les moins de 16 ans ne devraient pas être autorisés à utiliser les réseaux sociaux, pour diverses raisons liées à leur développement. Les réseaux sociaux accentuent la tendance à se comparer aux autres, un phénomène typique de l’adolescence, car c’est une période de la vie marquée par une grande insécurité.

    Il faut donc, en premier lieu, écarter cette option, puis fixer des limites concrètes concernant la technologie, quelle qu’elle soit.

    Autre conseil : cherchez une communauté de parents qui partagent votre point de vue, car sinon, cela s’avère très difficile à mettre en pratique.

    Et si votre enfant a besoin d’un téléphone, ne lui achetez pas un smartphone, mais un modèle de base, très ennuyeux, sans jeux, qui ne serve qu’à appeler maman pour lui dire qu’il aura 20 minutes de retard.

    Source : https://www.aceprensa.com/familia/erica-komisar-la-mayor-parte-de-mi-trabajo-clinico-consiste-en-dar-permiso-a-los-padres-para-escuchar-su-corazon-y-seguirlo/. L’article a été publié sous le titre : Erica Komisar: « La plus grande partie de mon travail clinique consiste à “donner la permissionˮ aux parents d’écouter leur cœur et de le suivre ». Le texte a été traduit de l’espagnol par Stéphane Seminckx.

  • Manifestations à Liège : Mgr Delville condamne les violences et refuse de stigmatiser la jeunesse

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    COMMUNIQUÉ DE PRESSE

    DIOCÈSE DE LIÈGE · BISTUM LÜTTICH

    LIÈGE, LE VENDREDI 9 OCTOBRE 2026

    Manifestations à Liège : Mgr Delville condamne les violences et refuse de stigmatiser la jeunesse

    Alors que Liège connaît depuis plusieurs jours des manifestations de jeunes marquées, en marge des cortèges, par des violences et des dégradations, Mgr Jean-Pierre Delville prend la parole.L’évêque de Liège, également référendaire pour l’enseignement catholique en Belgique francophone et germanophone (il suit ce domaine pour l’ensemble des évêques de Belgique), condamne fermement la violence et refuse que toute une jeunesse en porte le poids. Il salue les gestes de solidarité, exprime sa proximité aux enseignants et appelle chacun à devenir artisan de paix.

    MESSAGE DE MGR JEAN-PIERRE DELVILLE

    Appel au calme, au dialogue et à l’espérance

    Évêque de Liège & Évêque référendaire pour l’enseignementcatholique en Belgique francophone et germanophone

    Les événements qui secouent Liège depuis plusieurs jours me touchent profondément, comme évêque de Liège, mais aussi comme évêque référendaire pour l’enseignement catholique en Belgique francophone et germanophone.

    Je le dis avec fermeté : rien ne justifie la violence, les dégradations, les pillages ni les atteintes aux personnes. Voir notre ville abîmée, des vitrines brisées, du mobilier urbain détruit et des personnes blessées me remplit de tristesse. Le bien public est notre bien à tous ; il appartient à chacun d’en prendre soin. Mais je refuse que les actes d’une minorité jettent la suspicion sur toute une jeunesse. Ceux qui, masqués, cassent, incendient ou pillent ne représentent pas cette jeunesse qui exprime ses inquiétudes et dont l’immense majorité souhaite être entendue pacifiquement.

    Je salue celles et ceux dont on parle moins. Des jeunes et des adultes ont tenté de raisonner les casseurs ou aidé des commerçants à rentrer leur terrasse et à mettre leur matériel à l’abri. Je pense notamment au chanoine Pierre Hannosset, bien connu également pour les messes télévisées. Alors que les événements se déroulaient devant notre cathédrale, il est allé à la rencontre des jeunes pour les écouter et comprendre les raisons de leur mobilisation. Il a même pu échanger calmement avec certains de ceux qui participaient aux dégradations, montrant que le dialogue reste possible, même dans les moments de tension. Incommodé par les gaz lacrymogènes, il a lui-même reçu l’aide de jeunes qui lui ont proposé des gouttes pour les yeux et se sont inquiétés de son état. Au milieu de la confusion et de la violence, ces gestes d’écoute, de courage et de solidarité disent, eux aussi, quelque chose de notre jeunesse et de notre ville.

    J’entends l’inquiétude de nombreux jeunes face au coût et aux conditions de leurs études, et face à leur avenir. Leur parole est une chance pour notre vie démocratique. Ces préoccupations méritent d’être entendues et prises au sérieux. C’est par une écoute mutuelle et une concertation sincère entre les différents acteurs concernés que pourront se construire des réponses durables. L’entendre est nécessaire ; l’entendre n’est jamais excuser la violence. J’exprime ma proximité et ma reconnaissance aux enseignants, aux éducateurs et aux directions d’école. Ils vivent une rentrée particulièrement éprouvante et affrontent des situations hors du commun. Je sais combien certains d’entre eux sont aujourd’hui éprouvés, parfois jusqu’à l’épuisement. Ils demeurent, pour tant de jeunes, des repères essentiels.

    Je porte dans ma prière toutes celles et ceux que cette situation touche, de près ou de loin : les jeunes et leurs familles, les enseignants et les directions, les commerçants, les personnes blessées, les policiers, les pompiers, les secouristes, les responsables politiques et tous les habitants qui vivent ces jours dans l’inquiétude. Je tiens également à remercier toutes celles et ceux qui, dans des circonstances particulièrement difficiles, se mobilisent pour protéger les personnes, porter secours et préserver notre sécurité commune.

    Ces événements nous interrogent aussi personnellement. L’effet de groupe peut nous pousser à poser des gestes que nous n’aurions jamais imaginé accomplir seuls. Et lorsque la violence éclate, demandons-nous quel est notre premier réflexe : filmer pour diffuser des images spectaculaires, ou nous soucier de ceux qui ont besoin d’aide ? Une vidéo partagée peut jeter de l’huile sur le feu ; une main tendue peut aider à l’éteindre. Même au cœur d’une foule, chacun demeure libre et responsable de ses actes, et appelé à agir en conscience.

    Aux jeunes, je veux dire : ne vous laissez pas entraîner dans une violence qui vous dépasse et qui finit par détruire ce que vous voulez défendre. Votre parole compte. Vos inquiétudes doivent pouvoir être entendues. La vraie force, c’est de rester maître de soi, d’aller vers l’autre et d’oser le dialogue. Aux parents et à tous ceux qui accompagnent les jeunes : restez proches d’eux, écoutez-les, parlez avec eux de ce qu’ils traversent.

    Il y a deux semaines à peine, au Stade de France, quelque 80 000 jeunes rassemblés autour du pape Léon XIV témoignaient que, dans un monde qui n’est pas simple, la joie et l’espérance restent possibles. Le pape leur disait : « Notre combat n’est pas un combat contre les autres, il n’utilise pas les armes de la violence, du mépris ou de l’oppression. Notre seule arme est celle de l’amour qui se donne. » Ces mots valent pour chacun de nous, croyant ou non : ayons tous le courage de baisser les armes de la violence pour mieux élever les voix qui osent entrer en dialogue.

    Je forme le vœu que Liège choisisse la rencontre plutôt que l’affrontement, l’écoute plutôt que le mépris, la confiance plutôt que la peur.« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » (Évangile selon saint Matthieu 5, 9)

    Puissions-nous tous, là où grandissent la colère et la haine, devenir des artisans de paix, de dialogue et d’espérance.

    + Jean-Pierre Delville

    Évêque de Liège

  • « Comment les universités belges se sont laissé gagner par l’idéologie progressiste » (Alain Destexhe)

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    D'Alain Destexhe sur le Figaro Vox (2/10) via le site "Pour une école libre au Québec" :

    « Comment les universités belges se sont laissé gagner par l’idéologie progressiste »

    Entre la récitation du Coran devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven et les mesures prises par l’université de Gand contre un de ses chercheurs, les universités cèdent à l’idéologie progressiste, au détriment de la liberté académique, estime le sénateur honoraire belge. Alain Destexhe est médecin, ex-secrétaire général de MSF, sénateur honoraire belge, et fondateur du parti belge Libéraux Démocrates. Dernier livre paru Mayotte : comment l’immigration détruit une société (Éditions Texquis, 2025).

    Les universités belges sont de plus en plus contaminées par l’idéologie progressiste. Le 16 septembre, à l’occasion de la rentrée universitaire, le Coran a retenti [lors de la messe] dans l’église Saint-Pierre de Louvain devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven (KUL), la plus ancienne université catholique au monde, fondée en 1425. Cette scène illustre  une étrange maladie de l’Occident  : considérer son propre héritage comme un problème – un péché ? – dont il faudrait sans cesse s’excuser, tandis que l’affirmation d’autres identités serait une vertu. Le principe de l’inclusion désormais brandi par la KUL, la meilleure du pays, aboutit ainsi à l’effacement de son caractère catholique. À force de vouloir embrasser toutes les identités, elle n’assume plus la sienne.

    Quelques semaines plus tôt, l’Université de Gand (UGent) s’était trouvée au cœur d’une autre polémique, tout aussi révélatrice, celle de la liberté académique. Elle accueillait comme postdoctorant le chercheur américain Nathan Cofnas, celui qui avait accusé de plagiat  Jason Arday, le plus jeune professeur noir de l’histoire de Cambridge, icône des médias britanniques. D’autres révélations montrèrent que son parcours officiel relevait de la mythomanie. Le scandale prit une ampleur nationale. Arday démissionna de Cambridge, puis se suicida. Cofnas fut alors accusé d’être responsable de sa mort, notamment lors d’une manifestation à Trafalgar Square, où son nom fut jeté en pâture à la foule, comme dans les «Deux Minutes de la Haine» de 1984.

    L’UGent, qui aurait dû protéger son chercheur, le suspendit en raison aussi de ses travaux antérieurs portant sur l’hérédité, des thèses controversées, mais jamais vraiment réfutées. Après des pressions du monde entier pour défendre sa liberté de chercheur – jusqu’à l’intervention de l’ambassadeur américain – la suspension fut levée, mais il demeure soumis à des mesures restrictives absurdes comme l’interdiction de se rendre sur le campus et d’enseigner ! Son contrat ne sera vraisemblablement pas renouvelé. Au lieu d’être félicité, Nathan Cofnas fut diabolisé. Il a pourtant rendu service à Cambridge et à l’ensemble du monde universitaire en démontrant l’aberration  des politiques de DEI  (Diversité, Équité, Inclusion) qui avaient promu Jason Arday en raison de sa couleur de peau au détriment d’autres plus qualifiés.

    Les décisions de l’UGent ont été prises par Petra De Sutter, rectrice depuis 2025, personne  transgenre, ancienne sénatrice, puis vice-première ministre Groen (écologiste), militante de longue date des droits LGBT, qui n’avait quasiment plus rien publié depuis dix ans. Qu’une université prestigieuse – deuxième belge et 98e mondiale au classement de Shanghai – ait choisi un profil politique militant minoritaire pour la diriger, dans une Flandre politiquement ancrée à droite, montre l’écart entre l’institution et la société dont elle est issue.

    L’Université libre de Bruxelles (ULB) a, elle, depuis longtemps renoncé au libre examen, son principe fondateur. Elle s’est complètement discréditée en choisissant  Rima Hassan  [d'origine palestienne, c'est une politicienne de gauche, députée au Parlement européen] comme marraine de la promotion de droit 2025. Enfin, récemment à Liège, un professeur réputé et médiatique, Damien Ernst, a été violemment entarté en plein cours par le Vrai Comité (Populaire) d’Éthique de l’ULiège (sic). Au-delà de l’accusation de fascisme pour sa collaboration scientifique avec Thales dans le domaine de la défense, l’action, largement relayée, visait à menacer tout professeur qui se risquerait à sortir de la doxa imposée par les étudiants gauchistes.

    Depuis  le 7 octobre 2023, toutes les universités belges ont vu se succéder occupations de bâtiments et campagnes de boycott d’Israël. Les étudiants y ont imposé une grille de lecture unique du conflit israélo-palestinien, peu contestée par les autorités universitaires. Le pogrom du 7 octobre et le rôle du Hamas sont devenus secondaires. Israël, et souvent les Juifs, sont devenus des sujets collectifs de culpabilité. En avril 2026, trois universités flamandes (Anvers, Gand et la Vrije Universiteit Brussel) ont porté cette logique à son comble en décernant un doctorat honoris causa conjoint à Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU. Elles ont ainsi conféré une légitimité académique à une figure militante, malgré de nombreuses protestations. Gand honore Albanese, l’activiste propalestinienne, mais sanctionne Cofnas, le chercheur !

    Dans toutes les universités, le palestinisme s’inscrit dans la  convergence des luttes. Climat, LGBTQ, anticapitalisme, décolonialisme, boycott d’Israël voire antisémitisme font partie de la lutte antifasciste. Le discours militant mélange génocide, sionisme, énergies fossiles… comme s’il s’agissait d’une seule et même cause et dénonce des « systèmes d’oppression ». Petra De Sutter, militante transgenre et figure propalestinienne, véritable égérie médiatique, incarne cette fusion réussie au sommet de l’Université de Gand, comme un modèle à suivre en Occident. L’avenir de la jeunesse belge est entre de bonnes mains !

    [Si l'on regroupe l'ensemble du territoire belge, les projections et modèles sociologiques estiment que les jeunes de confession musulmane représentent environ 12 % à 15 % de la population totale des moins de 25 ans en Belgique.]

  • La joie parfaite selon saint François d'Assise

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    Comment Saint François, cheminant avec frère Léon, lui exposa ce qu'est la joie parfaite :

    saint François 220px-StFrancis_part.jpgComme saint François allait de Pérouse à Sainte Marie des Anges avec frère Léon, au temps d'hiver, et que le froid très vif le faisait beaucoup souffrir, il appela frère Léon qui marchait un peu en avant, et parla ainsi : « O frère Léon, alors même que les frères Mineurs donneraient en tout pays un grand exemple de sainteté et de bonne édification, néanmoins écris et note avec soin que là n'est pas point la joie parfaite. »

    Et saint François allant plus loin l'appela une seconde fois : « O frère Léon, quand même le frère Mineur ferait voir les aveugles, redresserait les contrefaits, chasserait les démons, rendrait l'ouïe aux sourds, la marche aux boiteux, la parole aux muets et, ce qui est un plus grand miracle, ressusciterait des morts de quatre jours, écris qu'en cela n'est point la joie parfaite. »

    Marchant encore un peu, saint François s'écria d'une voix forte : « O frère Léon, si le frère Mineur savait toutes les langues et toutes les sciences et toutes les Écritures, en sorte qu'il saurait prophétiser et révéler non seulement les choses futures, mais même les secrets des consciences et des âmes, écris qu'en cela n'est point la joie parfaite. »

    Allant un peu plus loin, saint François appela encore d'une voix forte : « O frère Léon, petite brebis de Dieu, quand même le frère parlerait la langue des Anges et saurait le cours des astres et les vertus des herbes, et que lui seraient révélés tous les trésors de la terre, et qu'il connaîtrait les vertus des oiseaux et des poissons, de tous les animaux et des hommes, des arbres et des pierres, des racines et des eaux, écris qu'en cela n'est point la joie parfaite. »

    Et faisant encore un peu de chemin, saint François appela d'une voix forte : « O frère Léon, quand même le frère Mineur saurait si bien prêcher qu'il convertirait tous les fidèles à la foi du Christ, écris que là n'est point la joie parfaite. »

    Et comme de tels propos avaient bien duré pendant deux milles, frère Léon, fort étonné, l'interrogea et dit : « Père, je te prie, de la part de Dieu, de me dire où est la joie parfaite. » et saint François lui répondit : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » et que nous lui répondrons : « Nous sommes deux de vos frères », et qu'il dira : « Vous ne dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les aumônes des pauvres ; allez-vous en » ; et quand il ne nous ouvrira pas et qu'il nous fera rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu'à la nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui, tant d'injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

    Et si nous persistons à frapper, et qu'il sorte en colère, et qu'il nous chasse comme des vauriens importuns, avec force vilenies et soufflets en disant : « Allez-vous-en d'ici misérables petits voleurs, allez à l'hôpital, car ici vous ne mangerez ni ne logerez », si nous supportons tout cela avec patience, avec allégresse, dans un bon esprit de charité, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

    Et si nous, contraints pourtant par la faim, et par le froid, et par la nuit, nous frappons encore et appelons et le supplions pour l'amour de Dieu, avec de grands gémissements, de nous ouvrir et de nous faire cependant entrer, et qu'il dise, plus irrité encore : « ceux-ci sont des vauriens importuns, et je vais les payer comme ils le méritent », et s'il sort avec un bâton noueux, et qu'il nous saisisse par le capuchon, et nous jette par terre, et nous roule dans la neige, et nous frappe de tous les noeuds de ce bâton, si tout cela nous le supportons patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni, que nous devons supporter pour son amour, ô frère Léon, écris qu'en cela est la joie parfaite.

    Et enfin, écoute la conclusion, frère Léon : au-dessus de toutes les grâces et dons de l'Esprit-Saint que le Christ accorde à ses amis, il y a celui de se vaincre soi-même, et de supporter volontiers pour l'amour du Christ les peines, les injures, les opprobres et les incommodités ; car de tous les autres dons de Dieu nous ne pouvons nous glorifier, puisqu'ils ne viennent pas de nous, mais de Dieu, selon ce que dit l'Apôtre : « Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu de Dieu ? et si tu l'as reçu de lui, pourquoi t'en glorifies-tu comme si tu l'avais de toi-même ? ». Mais dans la croix de la tribulation et de l'affliction, nous pouvons nous glorifier parce que cela est à nous, c'est pourquoi l'Apôtre dit « Je ne veux point me glorifier si ce n'est dans la croix de Notre-Seigneur Jésus Christ. » : à qui soit toujours honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.

    (Thomas de Celano, biographie de saint François d’Assise)

    Ref. la joie parfaite selon saint François d’Assise

    Le pape Benoît XVI a écrit : « En disant que la souffrance est une face intérieure de l’amour nous comprenons pourquoi il est si important d’apprendre à souffrir et, inversement, pourquoi éviter à tout prix la souffrance rend l’homme inapte à la vie : il connaîtrait le vide de l’existence qui ne peut entraîner qu’amertume et refus, et non acceptation et maturation : celui qui a intérieurement accepté la souffrance mûrit et devient compréhensif envers les autres et plus humain. Celui qui a toujours évité la souffrance ne comprend pas les autres : il devient dur et égoïste ». En ce sens, nous pouvons répéter cette parole si mal comprise de saint Josémaria Escriva : « bénie soit la douleur, aimée soit la douleur, sanctifiée soit la douleur » (Chemin, n° 108) qui accomplit en nous l’Homme nouveau. Car depuis le matin de Pâques, nous le savons : sa croix et ses plaies sont devenues glorieuses. Alleluia.

    JPSC

  • Octobre, le mois du Rosaire!

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    La réflexion publiée ci-dessous constitue le texte de l’éditorial de la livraison d’octobre 2020 des feuillets mensuels de l’église du Saint-Sacrement à Liège proposés par l’Abbé Marc-Antoine Dor, Recteur de ce sanctuaire :

    « Pourquoi le Rosaire ? Cette forme de dévotion ne rencontre pas toujours l’approbation et il n’est pas rare, surtout chez les intellectuels, d’entendre dire qu’on a du mal à entrer dans cette prière.

    François Mauriac a très bien décrit cette difficulté : « Je n’ai jamais pu me plier au partage qu’elle exige : la bouche qui profère les Ave Maria par dizaines et l’esprit qui médite chacun des mystères joyeux, glorieux, douloureux : quinze en tout, un par dizaine, cinq par chapelet. Il n’y a rien là qui me choque, mais cette dissociation entre la parole et la pensée m’est interdite. Il faut que je sois engagé tout entier dans chaque mot que je prononce. Il n’est pas question pour moi, que la salutation de l’Ange à Marie occupe mes lèvres tandis que mes pensées s’attacheraient à l’une ou l’autre scène de l’Evangile. Mais comment obtenir de soi une attention exclusive à la même parole indéfiniment répétée ? Telles sont, exposées sans fard, les difficultés que je trouve, personnellement, à la dévotion du Rosaire. »[1]

    I - Un album de souvenirs commentés par la Vierge

    Une comparaison peut nous aider à résoudre ce problème bien posé, en nous montrant comment dans le rosaire la méditation des mystères de la vie du Christ et l’humble récitation des Ave forment un tout.

    Qui n’a jamais rendu visite à une vieille maman ou à une grand-mère chargée d’ans et vivant seule ? De quoi parle-t-elle ? De ceux qu’elle porte dans son cœur, en particulier de ses descendants. Une mère aime ses enfants, et elle en est fière. Elle garde en son cœur les souvenirs de leur enfance, de leur scolarité, de leurs jeux, de leurs joies et de leurs peines, de leurs maladies et de leurs succès, de leurs amis, etc. Si elle a eu le malheur de perdre un fils, s’il a été un héros de la guerre, elle aime parler de lui, montrer ses photographies, ses décorations et ses citations, raconter ses exploits. Elle vit dans ses souvenirs qui ne la quittent pas. Souvent son récit rend attachant celui dont elle parle. Au fur et à mesure qu’elle tourne les pages de l’album de famille, des détails, des anecdotes lui reviennent à l’esprit et elle nous en fait profiter. Grâce à une telle maman, à son cœur et à ses souvenirs, on entre dans l’intimité de sa famille, on y vit.

    Un album de souvenirs commenté par une maman : voici une image suggestive qui peut nous faire comprendre de l’intérieur ce qu’est la prière du rosaire. Les paroles récitées au cours des dizaines s’adressent surtout à la Sainte Vierge, la mère du Christ, mais tous les souvenirs, tous les mystères, concernent surtout son fils bien-aimé. C’est évidemment impossible, mais si elle avait eu un album photo, la Sainte Vierge ne nous aurait montré que les clichés de son fils : son fils attendu, né, grandissant, accomplissant des miracles, souffrant, ressuscité, etc. Il y aurait beaucoup de photographies ! C’est pourquoi l’Eglise a sélectionné pour nous les meilleures : ce sont les mystères du rosaire. Et, pour continuer de filer ma métaphore, le pape saint Jean-Paul II a eu la chance de retrouver un lot d’excellents clichés qui s’étaient égarés ou qui passaient inaperçus : ce sont les mystères lumineux de la vie publique de Jésus[2].

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  • Liège (Saint-Sacrement) : cours de chant grégorien et d'orgue 2026-2027

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  • Fulton Sheen : son passage par l'Université Catholique de Louvain l'a profondément marqué

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    Le passage de Fulton Sheen à l’Université catholique de Louvain a été l’un des moments formatifs les plus décisifs de sa vie intellectuelle, spirituelle et pastorale.

    Contexte et réalisations académiques

    Après son ordination en 1919 et un an d’études à l’Université catholique d’Amérique (CUA), Sheen part en 1921 à Louvain, sur les conseils de son évêque (lui-même ancien élève de Louvain) et en accomplissement d’une prophétie de jeunesse du Mgr John Lancaster Spalding. Il y obtient son doctorat en philosophie en 1923 avec la plus haute distinction, puis le rare et prestigieux titre d’agrégé en philosophie (1925), devenant le premier Américain à le recevoir. Sa thèse, transformée en livre (God and Intelligence in Modern Philosophy, 1925, avec une préface de G.K. Chesterton), lui vaut aussi le prix Cardinal Mercier pour la philosophie internationale.

    Louvain était alors l’épicentre du renouveau néo-thomiste (grâce notamment au cardinal Désiré-Joseph Mercier et à l’Institut supérieur de philosophie). Sheen y est plongé dans saint Thomas d’Aquin, Aristote, la métaphysique, la psychologie rationnelle et expérimentale, etc., en français et en latin. Il rencontre Mercier après son agrégation et reçoit de lui des conseils d’enseignement qu’il fera siens toute sa vie : rester au courant de la pensée moderne tout en s’ancrant dans les classiques, et détruire ses notes de cours chaque année pour ne pas stagner.

    Témoignages de Sheen lui-même

    Dans son autobiographie Treasure in Clay, Sheen exprime une gratitude exceptionnelle :

    • « Quelle que soit la durée de ma vie, je ne pourrai jamais exprimer toute la profondeur de ma gratitude envers cette grande université pour la brillance de son enseignement, l’inspiration de sa direction et le développement qu’elle a donné à l’esprit humain. »
    • Ailleurs :  « Après Dieu, sur cette terre, je dois tout ce que je suis à l’Université de Louvain. »

    Il y a formé sa méthode : une philosophie thomiste rigoureuse, claire, capable de dialoguer avec le monde moderne (relativité, sciences, erreurs contemporaines) tout en restant ancrée dans la tradition. C’est cette formation qui lui permet d’être reconnu dès son retour comme l’un des meilleurs thomistes de son temps, d’enseigner 23 ans à la CUA, puis de devenir un prédicateur et catéchiste d’exception à la radio et à la télévision.

    Influence durable

    • Intellectuelle : base de tous ses livres, conférences et cours (philosophie de la religion, Dieu et la société, etc.).
    • Pédagogique : il applique les conseils de Mercier et développe une vision de l’éducation centrée sur la vérité, l’unité du savoir et la finalité divine de l’homme.
    • Spirituelle et apostolique : la clarté thomiste et l’ouverture au monde moderne nourrissent son style unique de communication, qui a touché des millions de personnes.

    En résumé, Louvain n’a pas seulement été un passage académique brillant : Sheen le considère comme le lieu qui a formé son esprit et auquel il doit « tout ce qu’il est » (après Dieu). C’est bien un tournant fondateur.

  • « Mars attacks » n'est pas un mouvement politique ?

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    De Claude Callens :

    Mars attacks n'est pas un mouvement politique ?

    Soyons sérieux ! Les animateurs de ce mouvement ont beau crier haut et fort qu’ils sont apolitiques, il n’empêche qu’un mouvement qui prétend militer « au finish » pour « le retrait de toutes les réformes » du gouvernement, joue un rôle éminemment politique. À moins que le mot « politique » ait perdu tous ses sens !

    Il y a plus significatif encore. Il suffit de parcourir le site de ce mouvement et on découvrira qu’il se prononce comme il l’a fait publiquement le 6 septembre dernier place Albertine à Bruxelles, pour une « convergence des luttes » rassemblant tous les secteurs : « enseignement, santé, agriculture, eau, biodiversité », bref, tous les mécontents.

    Et d’où vient ce concept « convergence des luttes » ? Il apparaît déjà en mai 68, en France comme leitmotiv des mouvements gauchistes qui tentent d’unir écologistes, féministes, antiracistes, anticapitalistes. Il est enraciné dans la tradition marxiste, plus précisément, aujourd’hui, dans le « populisme de gauche » tel qu’il a été défini par Ernesto Laclau, penseur post-marxiste et sa femme, la carolorégienne Chantal Mouffe* qui lui a survécu et dont la pensée inspire Podemos en Espagne ou La France insoumise.

    Pas mal pour un mouvement apolitique !

     

    * Laclau (théoricien argentin) et Mouffe (philosophe belge) partent d'un constat de crise du marxisme orthodoxe. Ils rejettent l'idée du déterminisme économique (le réductionnisme de classe) selon laquelle la classe ouvrière serait, par essence, le seul sujet révolutionnaire destiné à renverser le capitalisme.
    Pour eux, les identités politiques ne sont pas figées par la position économique des individus, mais sont construites à travers le discours et la lutte politique.

  • La récitation du Coran lors d’une cérémonie de la KULeuven suscite des réactions

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    De J.PE sur 21 News :

    Darya Safai dénonce la récitation du Coran lors d’une cérémonie à l’Université catholique de Louvain (KULeuven)

    Darya Safai dénonce que l'Université Catholique de Leuven fasse une cérémonie ou l'on récite le Coran. La vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux.

  • 9 séminaristes font leur rentrée au Grand Séminaire francophone de Belgique : un chiffre historiquement bas

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    Pour l’année académique 2026-2027, le Grand Séminaire francophone de Belgique (à Namur) a fait sa rentrée le lundi 7 septembre 2026.

    Voici la situation selon le discours de rentrée du recteur, l’abbé Joël Spronck (rapporté le 14 septembre 2026) :

    Effectifs

    • 42 hommes sont inscrits au Studium (formation intellectuelle et académique en philosophie et théologie).

    Répartition approximative :

    • 9 séminaristes diocésains (chiffre historiquement bas).
    • 5 nouveaux propédeutes diocésains (année de discernement préparatoire), âgés de 18 à 22 ans.
    • 7 jeunes en formation au Séminaire Redemptoris Mater (Chemin néo-catéchuménal).
    • 7 jeunes à la Maison Saint-Joseph de Namur (propédeutes de la Communauté de l’Emmanuel).
    • 14 religieux, dont deux provenant d’Églises orientales.

    Propédeutique

    Pour la première fois, les propédeutes belges sont accueillis à Metz (et non plus à Namur). Ils y rejoignent des propédeutes de Lorraine, de Strasbourg et du Grand-Duché de Luxembourg dès la fin septembre. Ils reviendront en Belgique pour un expérimental pastoral et une retraite ignatienne.

  • Comment la doctrine catholique peut être efficacement affaiblie sans qu’une seule vérité soit ouvertement niée

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    Le point de départ

    J'aborde avec rigueur une question qui touche de près à la transmission de la foi. Je ne rédige pas un pamphlet et ne porte aucune accusation contre des individus : je reconstitue patiemment une figure récurrente, que je nomme une loi sans règles , et que j'entends présenter, textes et dates à l'appui, afin de démontrer comment la doctrine catholique peut être efficacement affaiblie sans qu'une seule vérité soit ouvertement niée.

    Dans ce premier volet, j'expose les fondements de mon argumentation et la clé de sa compréhension : la perspective initiale, la définition de la foi sur laquelle repose l'ensemble, l'image de la loi préservée et de la réglementation tacite, et sa réapparition identique à cinq niveaux doctrinaux différents. Dans le deuxième volet, j'approfondirai la racine sotériologique et la crise actuelle ; dans le troisième, je montrerai où tout cela nous mène et pourquoi, sur le plan humain, la voie de sortie se révèle être une impasse, la seule clé qui nous échappe.

    Le regard du père

    Il me semble opportun de préciser d'emblée par où je commence, car le point d'observation est aussi important que les choses observées. Je ne suis ni canoniste ni historien : je suis un père, investi du devoir d'État de transmettre la foi catholique à mes trois filles. [1] C'est un titre qui, dans les débats savants, pèse moins qu'une chaire, mais qui, dans l'Église, prime, non par modestie, mais par nécessité. La loi et la doctrine, avec tout leur édifice de distinctions, existent en définitive pour rendre possible une chose très simple : qu'un père puisse transmettre à ses enfants la foi qu'il a lui-même reçue, intégralement, par le chemin commun, sans avoir à devenir ni théologien ni héros. Lorsque cette possibilité est compromise, ce n'est pas un détail marginal qui est ruiné : c'est le but même pour lequel tout l'appareil a été construit qui est touché.

    L'avantage de cette perspective réside dans son humilité. Ceux qui observent du haut de leur expertise possèdent les outils pour réparer eux-mêmes chaque déchirure et, de ce fait, sans s'en rendre compte, ne la perçoivent plus comme une déchirure. Ceux qui observent d'en bas, n'ayant pour seul outil que la transmission, perçoivent la déchirure dans son intégralité, car ils n'ont rien pour la réparer. C'est la même raison pour laquelle une fissure dans un mur est d'abord remarquée par le locataire qui y habite, et non par l'architecte de passage.

    Le chemin par lequel un enfant apprend la foi porte un nom précis et se compose de trois éléments ordinaires : un catéchisme clair, qui dit la vérité sans ambiguïté ; une messe qui exprime la foi, de sorte que par la prière on apprend à croire ; un enseignement qui distingue clairement le vrai du faux, le licite de l’illicite. L’enfant est formé sur ce fondement commun, car il n’a rien d’autre. Il n’a ni bibliothèques à consulter, ni le souvenir d’une époque plus faste auquel se référer : il reçoit ce que le présent lui offre, et rien de plus. Telle est la condition normale de l’enfance, et l’Église l’a toujours su ; c’est pourquoi, à travers les siècles, elle a soigneusement élaboré les instruments mêmes destinés aux simples et aux enfants, mettant entre les mains de chacun des formules sûres, brèves et éprouvées. [2] Cette clarté n’était pas une pauvreté de pensée, mais une charité envers les faibles.

    Nous abordons ici la différence fondamentale. [3] Un adulte averti, confronté à un texte ambigu, sait comment s'y prendre : il perçoit ce qui est sous-entendu, reconstruit lui-même la frontière manquante et poursuit sa lecture sans encombre. L'enfant, lui, n'a rien de tout cela : il reçoit ce qui lui est donné, et si ce qui lui est donné est ambigu, il accepte l'ambiguïté sans même s'en rendre compte. Cela crée une épreuve qui vaut bien plus que n'importe quelle dispute entre adultes. Les érudits peuvent débattre indéfiniment de la validité d'une formule tant qu'elle est lue avec la prudence requise ; mais l'enfant n'a pas cette prudence et recevra la formule telle quelle. La question pertinente n'est donc pas de savoir ce qu'un texte permet à quelqu'un qui sait déjà de penser, mais ce qu'il transmet réellement à celui qui ne sait encore rien. Nul besoin d'erreur explicite pour que le mal survienne : il suffit qu'une vérité soit sous-entendue ou voilée. Pour l'apprenant, le silence n'est pas une nuance manquante : c'est une part de vérité qui n'est pas encore révélée.

    « Mais beaucoup gardent la foi »

    C’est là que se pose l’objection la plus sérieuse, et il faut y répondre avec la plus grande fermeté. Malgré tout, d’innombrables prêtres et fidèles laïcs, plongés dans les mêmes conditions, conservent aujourd’hui la foi tout entière, demeurant pleinement unis à l’Église. Si les ressources ordinaires étaient véritablement épuisées, comment expliquer la survie si répandue de la foi ?

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